POLYHISTOR, *Voy.* ALEXANDRE, n° V, et SOLIN.
POLYMESTOR ou POLIMNESTOR, (Mythol.) roi de Thrace, le plus avare et le plus cruel de tous les hommes. *Hécube* lui creva les yeux pour avoir tué *Polydore*. Voyez ce mot.
POLYMNIE ou POLYHYMNIE, (Myth.) l'une des neuf Muses, fille de *Jupiter* et de *Mnemosyne*, présidoit à la rhétorique. On la représente ordinairement avec une couronne de perles, habillée en blanc, toujours la main droite en action pour haranguer, et te- tenant un sceptre à sa gauche. *Voy.* PITHO.
POLYMUS, (Mythol.) Grec, qui montra à *Bacchus* le chemin des Enfers, lorsqu'il y descendit pour en tirer *Semelé* sa mère.
POLYNICE, *Voy.* ETHÉOCLE et I. POLYBE.
POLYPHÈME, (Mythol.) fils de *Neptune* et de la nymphe *Thoosa*, roi des Cyclopes, d'une grandeur démesurée, aima tendrement *Galathée*, et écrasa le berger *Acis* que cette Nymphe lui avoit préféré. Il n'avoit qu'un œil au milieu du front, et il ne se nourrissoit que de chair humaine. *Ulysse* ayant été jeté par la tempête sur les côtes de la Sicile où habitoient les Cyclopes, *Polyphème* l'enferma lui et tous ses compagnons, avec ses troupeaux de moutons, dans son antre, pour les dévorer. Mais *Ulysse* le fit tant boire en l'amusant par le récit du siège de Troye, qu'il l'enivra; ensuite aidé de ses compagnons, il lui creva l'œil avec un pieu. Le Cyclope se sentant blessé, poussa des hurlemens effroyables: tous les voisins accoururent pour savoir quel mal lui étoit arrivé. Le voyant dans cet état, ils lui demandaient qui l'avoit ainsi maltraité, et il leur répondit: *C'est Personne: Nemo...* (*Ulysse* s'étoit annoncé sous ce nom au Géant) Alors ils s'en retournèrent en riant, et crurent qu'il avoit perdu l'esprit. Cependant *Ulysse* ordonna à ses compagnons de s'attacher sous les moutons, pour n'être point arrêtés par le Géant, lorsqu'il lui faudroit mener paître son troupeau. Ce qu'il avoit prévu, arriva. *Polyphème* ayant ôté une pierre que cent hommes n'auroient pu ébranler, et qui bouchoit l'entrée de la caverne, se plaça de façon que les moutons ne pouvoient passer qu'un à un entre ses jambes. Lorsqu'il entendit *Ulysse* et ses compagnons dehors, il les poursuivit, et leur jeta un rocher d'une grosseur énorme; mais ils l'évitèrent aisément, s'embarquèrent, et ne perdirent que quatre d'entre eux, que le Géant avoit mangés. *Enée* courut les mêmes dangers qu'*Ulysse*, et échappa de la même manière à la fureur de ce monstre. Le portrait qu'en fait *Virgile* est d'après *Homère*; et il faut avouer que la fable de *Polyphème* n'est pas ce que leurs ouvrages offrent de plus piquant. *Annibal Carrache* a représenté *Polyphème* et *Galathée*, et ensuite le courroux du Cyclope. « Dans le premier tableau, *Annibal*, dit *Bellori*, étendit l'art du dessin; son imagination s'éleva à la grandeur de celle d'*Homère*; tout ce que la poésie a feint de la stature énorme de *Polyphème*, le pinceau d'*Annibal* l'a exprimé. » Dans le second, le peintre a mis en action de la manière la plus fière et la plus terrible le précepte qu'avoit donné *Léonard de Vinci* sur l'attitude que doit avoir la figure lorsqu'elle se dispose à lancer un corps quelconque avec violence, et qu'elle veut imprimer la plus grande force au coup qu'elle porte.
POLYPHONTE, Tyran de Messène, fut tué par *Téléphon* fils de *Cresphonte* et de *Mérope*, qui avoit échappé à sa fureur, lorsqu'en usurpant le trône il massacra tous les princes de la famille royale.
POLYTECHNUS, *Voyez AIDONE*, n.º II.
POLYXÈNE, (Myth.) fille de *Priam* et d'*Hécube*, fut demandée pour épouse par *Achille* pendant le siège de *Troye*. Lorsqu'on étoit assemblé dans le Temple pour la cérémonie de son mariage, *Paris* tua *Achille*. Après la ruine de *Troye*, l'ombre de ce héros apparut aux Grecs, et dit, que pour appaiser ses mânes, il falloit immoler *Polyxène* sur son tombeau. Les Grecs allèrent aussitôt l'arracher d'entre les bras d'*Hécube* et l'immolèrent... *Voy. PHILOXÈNE*.
POLYXO, (Mythol.) prêtresse d'*Apollon* dans l'isle de *Lemnos*. *Vénus* irritée de ce que les Lemniennes négligeoient son culte, leur donna une haleine si puante, que leurs mâris dégoûtés allèrent chercher des femmes en Thrace. Alors *Polyxo* leur conseilla de se venger d'eux en les égorgeant dans une même nuit. Ils furent donc tous massacrés. *Hypsipile* fut la seule qui épargna la vie de son père. — Il y eut une autre *POLYXO*, femme de *Tépomèle*, qui fit pendre *Hélène*, parce qu'elle avoit été cause de la guerre de *Troye* où son époux avoit été tué.
POMBAL, (Sébastien — Joseph CARVALHO comte d'Oeyras, marquis de) né en 1699 d'*Emmanuel de Carvalho*, gentilhomme de Soure, bourg de Portugal dans le territoire de Coimbre. Il fut envoyé dans l'université de cette ville pour y faire son cours de droit, mais il se dégoûta bientôt de l'étude, et prit le parti des armes. Une taille avantageuse et presque gigantesque, une fi- 226 POM gure distinguée et une force extraordinaire le rendoient propre à ce nouvel état ; mais dégoûté encore de cette profession, il se retira à Soure. Il avoit su captiver le cœur d'une jeune dame de la première noblesse du royaume, nommée *Dona Teresa de Noronha Almada*, et il vint à bout de l'épouser malgré l'opposition des parens de cette dame. Il la perdit le 7 janvier 1739. Envoyé en 1745 à Vienne pour une commission secrète, il sut plaire à la jeune comtesse de *Daun*, parente du célèbre maréchal de ce nom, qu'il épousa. Il retourna peu de temps après à Lisbonne. La reine *Marie-Anne d'Autriche* qui avoit pris en affection l'épouse de *Carvalho*, s'intéressa vivement en faveur de l'époux auprès du roi, sans qu'elle pût obtenir le moindre emploi. Mais cette princesse réussit mieux auprès de son fils après la mort de *Jean V*, arrivée le 30 juillet 1750. Le nouveau roi *Joseph II*, nomma d'abord *Carvalho* secrétaire des affaires étrangères, et lui donna bientôt la plus grande part à l'administration. Les Portugais, avec de beaux ports de mer, n'avoient ni vaisseaux ni matelots ; en peu de temps ils eurent, graces au nouveau ministre, vingt frégates et dix vaisseaux de guerre. Les manufactures furent encouragées, et des étrangers appelés en Portugal pour y perfectionner les arts. Les Anglois s'étoient emparés de tout le commerce ; ils continuèrent d'être bien reçus, mais ils ne purent plus vendre exclusivement ni les vins du pays, ni les autres productions. L'agriculture avoit été négligée ; *Pombal* la ranima par ses propres écrits et par ceux des nations étrangères qu'il faisoit traduire. L'avidité du ministre corrompit bientôt ces bienfaits. Pour se procurer de l'or et des avantages personnels, il prodigua les privilèges exclusifs et les vendit chèrement. C'étoit une Compagnie qui faisoit le commerce du Brésil, et une autre celui des Indes ; c'étoit une Compagnie qui mettoit le prix aux denrées, et qui les achetoit ensuite pour les revendre. *Pombal* avoit des vignes, des manufactures à lui ; il fit arracher les vignes des particuliers pour faire valoir les siennes ; il tracassa les autres manufactures pour assurer le débit de celles qui lui appartenoient. Les Portugais, appauvris par ces manœuvres, le furent encore plus par des impôts excessifs sur l'importation et l'exportation. *Pombal* étouffa en partie les murmures par les soins qu'il se donnoit dans les grandes parties de l'administration. Lors du tremblement de terre qui bouleversa Lisbonne en 1755, il rassura les citoyens, secourut les blessés, pourvut aux subsistances, fit tirer du milieu des décombres les effets précieux, et fit sortir cette ville immense de ses ruines par la réparation des édifices écroulés ou ébranlés, et par la construction d'un grand nombre d'autres. Il s'empara insensiblement de toute la confiance du roi, et crut son crédit assez bien établi pour oser s'opposer au mariage de la princesse héritière présomptive de la couronne, avec *Dom Pedre* frère du roi, quoique *Jean V* eût demandé les dispenses nécessaires à Rome. Cette opposition lui fit des ennemis puissans ; son despotisme et sa hauteur ne lui en firent pas moins. Quelques grands conspirèrent contre lui et contre le roi. (Voyez AVEIRO.) Tous ceux qui furent soupçonnés d'être entrés dans ce complot, furent punis avec une rigueur qui tenoit de la cruauté. Le Portugal fut en proie à la délation; les prisons furent remplies de tous ceux qui étoient suspects; quelques-uns furent envoyés en Asie et en Afrique. La noblesse qui inspiroit sur-tout des méfiances au ministre, ne put parvenir aux emplois militaires. Pombal se voyant généralement détesté, ne sortit plus qu'entouré de quarante gardes, l'épée nue et toujours prêts à le défendre contre les attentats de la haine. Enfin Joseph II étant mort en 1777, le Portugal respira, et Pombal fut disgracié. Les prisons furent ouvertes, et un grand nombre de victimes du caractère soupçonneux du ministre, en sortirent. Presque tous les prisonniers furent justifiés par un décret solennel du 7 avril 1781. On nomma en même temps une commission extraordinaire pour lui faire son procès; mais le jugement n'eut pas d'exécution. Pombal exilé et oublié dans une de ses terres, y mourut le 8 mai 1782 dans sa 85e année. Les Jésuites renvoyés de Portugal par ce ministre, l'ont peint comme un monstre, comme un homme incapable, qui obéra l'état, qui laissa tout dépérir, et qui ne paya ni les troupes, ni ne sut en tirer parti. Les ennemis de la société l'ont représenté sous un jour bien différent; c'étoit, si on les en croit, malgré ses défauts et ses fautes, un ministre plein de génie, actif, vigilant, le restaurateur de la discipline militaire, du commerce et de la marine, entièrement négligés avant lui. Entre deux portraits si différens comment se décider? C'est au lecteur sage à le faire lui-même, en attendant que l'éloignement des temps calme les esprits, et que les faits rassemblés par la vérité, nous fournissent le moyen de porter un jugement juste et auquel la postérité équitable mette son sceau. Ceux que nous avons consignés dans cet article, nous ont paru généralement avoués. En 1783 le comte d'Oeyras fils de Carvalho, se retira en Angleterre avec une pension. On a publié en 1783, en 4 vol. in-12, les Mémoires du Marquis de POMBAL; et ce recueil n'a pas été rédigé par l'impartialité.
POMÈRE, (Julien) Pomerus, né dans la Mauritanie, passa dans les Gaules, et fut ordonné prêtre après y avoir enseigné la rhétorique. Il vivoit encore en 1796. C'est lui qui est auteur du livre De la Vie contemplative ou des Vertus et des Vices, qu'on a long-temps attribué à St. Prosper, et qui se trouve dans ses Œuvres. St. Julien de Tolède ayant aussi porté le nom de Pomère, quelques écrivains l'ont confondu avec Julien POMÈRE, mais très-mal à propos: celui-ci vivoit au cinquième siècle, et l'autre ne parut que deux cents ans après.
POMET, (Pierre) né en 1658, acquit autant de réputation que de richesses dans la profession de marchand droguiste, qu'il exerça long-temps à Paris. Il rassembla à grands frais, de tous les pays, les drogues de toute espèce. Il fit les démonstrations de son Droguier au Jardin du roi, et donna le Catalogue de 128 POM toutes les drogues contenues dans son magasin, et une liste de toutes les raretés de son Cabinet. Il se proposoit d'en publier la Description; mais il n'en eut pas le temps, étant mort à Paris le 18 novembre 1699, à 41 ans, le jour même qu'on lui expédia le brevet d'une pension que Louis XIV lui accordoit. On a de lui un excellent ouvrage, que Joseph POMET son fils a fait réimprimer en 1735, en 2 vol. in-4°, sous le titre d'Histoire générale des Drogues. C'est le Droguier le plus complet que l'on ait jusqu'à présent. Il avoit déjà paru à Paris en 1694, in-folio; et les figures de cette première édition sont plus belles que celles de la seconde. On voit son portrait à la tête, avec ce quatrain : Dat nova, dat quæsita diù, paucisque reperta Nota facit, mundus quæ magè rara capit. Auctoris, Lector, summos perpende labores, Sumpibus et quantis grande peregit opus. On peut les rendre ainsi en françois : Pomet, d'un zèle infatigable, Rassembla des objets et rares et nouveaux. Juge donc, cher Lecteur, que d'or, que de travaux A dû coûter cet ouvrage admirable.
POMEY, (François) Jésuite, fut long-temps préfet des basses classes à Lyon, où il mourut en 1673, dans un âge avancé. Ses principaux ouvrages sont : I. Un Dictionnaire François-Latin, in-4°, dont on ne se sert plus dans les classes, depuis que le Père Joubert son confrère publia le sien. II. Flos Latinitatis, in-12. C'est un bon Abrégé du Dictionnaire de Robert Etienne. III. Indiculus universalis, françois et latin, dont l'abbé Dinouart a donné une édition corrigée et augmentée en 1756, à Paris, in-12. Ce petit livre est un répertoire utile. George Matthias Konig l'a publié en quatre langues, Nuremberg, 1698. On en a aussi une édition avec l'italien, Venise, 1682. IV. Des Colloques scolastiques et moraux. V. Libitina ou Traité des Funérailles des Anciens, en latin; Lyon, 1659, in-12 : livre curieux. VI. Un Traité des Particules, en françois. VII. Pantheum mysticum, sen Fabulosa Deorum Historia; à Utrecht, 1697, in-8° avec figures. C'est une Mythologie assez bonne, qui a été traduite en françois par du Manant, Paris, 1715, in-12. VIII. Novus Rhetorica Candidatus, in-12 : rhétorique médiocre, qui ne fera jamais un orateur. Le P. Jouvenci en donne une nouvelle édition, corrigée et augmentée en 1712, à l'usage des rhétoriciens du collège des Jésuites de Paris. Les successeurs du P. Jouvenci crurent qu'un collège si renommé devoit avoir une rhétorique un peu plus approfondie, et ne se servirent plus de celle du P. Pomey. Ce Jésuite connoissoit bien les auteurs latins; il étoit exact et laborieux. S'il eût vécu de nos jours, il auroit mis un peu plus de choix, de correction et de méthode dans ses livres.
POMFRET, (Jean) poète Anglois, fils d'un curé dans le comté de Bedford, né en 1667, et mort à Londres de la petite vérole, vérole, à 36 ans, donnoit d'hen- reuses espérances. Il avoit déjà publié diverses petites pièces mo- rales ou galantes, imprimées à Londres en 1740, in-12. Quel- ques-unes ont été traduites en françois : telle que le Choix de la Vie, dont la traduction est de Trochereau. POMFRET avoit obtenu un bénéfice considérable; mais l'évêque de Londres, pré- venu contre le poète et la poésie, lui suscita bien des traverses.
POMIS, (David de) Voyez V. DAVID.
POMMERAYE, (Dom Jean-François) Bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, né à Rouen en 1617, renonça à toutes les charges de son ordre, pour se livrer entièrement à l'é- tude. Il mourut d'apoplexie dans la maison du savant Bulteau au- quel il étoit allé rendre visite, le 28 octobre 1687, à 70 ans. L'amour de l'étude et celui de son état étoient ses plus grandes pas- sions. On a de lui plusieurs ou- vrages pesamment écrits, mais pleins de recherches laborieuses. Les principaux sont : I. L'His- toire de l'Abbaye de St-Ouen de Rouen, et celles de St-Amand et de Sainte-Catherine, de la même ville, in-folio, 1662. II. L'Histoire des Archevêques de Rouen, in-folio, 1667. C'est le meilleur de ses ouvrages. III. His- toire de la Cathédrale de Rouen, in-4.º IV. Un Recueil des Con- ciles et Synodes de Rouen, in-4º; 1677. On préfère la collection des mêmes Conciles, donnée par le Père Bessin. V. Pratique jour- nalière de l'Aumône, in-12. C'est une exhortation à donner à ceux qui ont la charité de quêter pour les pauvres... Voyez l'Histoire Littéraire de la Congrégation de Saint-Maur, pag. 121 et 122.
POMMIERS, (Des) Voyez AUROUX.
POMONE, (Mythol.) Nym- phe du Latium, fut révérée par les Romains comme la Déesse des Jardins et des Fruits. Elle fut aimée par Vertumne, qui l'é- pousa, après avoir tenté sous mille formes différentes, de sur- prendre ses faveurs. On la re- prèsentoit avec une serpette à la main et une couronne de fruits sur la tête. Les Grecs ne connu- rent point cette Divinité.
POMPADOUR, (Jeanne- Antoinette Poisson, marquise de) succéda, auprès de Louis XV, à la faveur de Mad. de Château- roux. Elle étoit fille d'une femme entretenue et d'un paysan (ou plutôt d'un fermier) de la Ferté sous Jouare, qui avoit amassé quelque chose à vendre du bled aux entrepreneurs des vivres. Cet homme étoit alors en fuite, ayant été condamné pour quelque malversation. On avoit marié sa fille au sous-fermier le Nor- mand, seigneur d'Etoile, ne- veu du fermier général le Nor- mand Tournehem, qui entrete- noit la mère. La fille étoit bien élevée, sage, aimable, remplie de graces et de talens, née avec du bon sens et un bon cœur. «Je la connois assez, dit Voltaire dans ses Mémoires qui nous four- nissent ces détails. Je fus même le confident de son amour. Elle m'avouoit qu'elle avoit tou- jours eu un secret pressentiment qu'elle seroit aimée du roi, et qu'elle s'étoit sentie une violente inclination pour lui, sans la trop domilier. Cette idée qui avoit pu paroître chimérique dans sa situation, étoit fondée sur ce qu'on l'avoit souvent menée aux chasses que faisoit le roi dans la forêt de Senar. *Tournehem*, l'amant de sa mère, avoit une maison de campagne dans le voisinage. On promenoit Mad. d'*Etiole* dans une jolie calèche; le roi la remarquoit et lui envoyoit souvent des chevreuils. La mère ne cessoit de lui dire qu'elle étoit plus jolie que Mad. de *Châteauroux*, et le bon homme *Tournehem* s'écrioit souvent : *Il faut avouer que la fille de Mad.* Poisson est un morceau de roi. » Leur ambition fut bientôt satisfaite; *Louis XV* en devint amoureux; et elle fut créée marquise de Pompadour en 1745, et jouit aussitôt d'un grand crédit. Elle en usa pour favoriser les beaux arts qu'elle avoit cultivé dès son enfance. Plusieurs gens de lettres et divers artistes lui durent des pensions ou des places. Elle s'étoit formé un des beaux cabinets de Paris, en livres, en peintures, en curiosités : emploi utile de l'argent, si le sien n'avoit pas été pris en partie sur le peuple. Elle mourut à Paris en 1764, à 44 ans, avec plus de résignation qu'on ne devoit en attendre d'une femme qui avoit joui en apparence de tant de bonheur. Le jour même où elle attendoit sa dernière heure, le curé de la Magdeleine dont elle étoit paroissienne, vint l'exhorter à mourir. Comme il prenoit congé d'elle : *Un moment, Monsieur le curé*, lui dit la marquise, nous nous en irons ensemble. On a publié après sa mort : I. Ses *Mémoires*, deux volumes in-8°, 1765. Dans ce livre, on la fait l'arbitre de la guerre et de la paix, et le seul mobile de la dis- disgracé ou de la faveur des ministres et des généraux. Les gens instruits savent que son pouvoir ne fut pas d'abord si absolu qu'elle n'éprouvât des contradictions de la part de la famille royale et même de certains ministres. Il est vrai qu'elle tâcha ensuite de ne mettre en place que ceux dont elle étoit sûre et d'écarter tous ceux qui lui déplaisoient. Au déclin de sa beauté, elle se rendit plus importante que jamais. Flattée d'un billet que lui avoit écrit l'impératrice *Marie-Thérèse*, elle décida la malheureuse guerre de 1756, s'opposant qu'elle put à la paix, fit exiler le cardinal de *Bernis* qui vouloit cette paix si nécessaire, le remplaça par le duc de *Choiseul*, et eut part à toutes les fautes de nos armées, en favorisant des généraux incapables. Ne pouvant plus être maîtresse du roi, elle voulut jouer le rôle de premier ministre, et la France ne s'en trouva pas mieux. II. Des *Lettres*, trois brochures in-8°; beaucoup mieux écrites que ses *Mémoires*, mais qui ne sont pas plus d'elle que ce dernier ouvrage. L'auteur des *Lettres* l'a peint empressée pour ses amis, généreuse envers les gens de lettres, et ennuyée ou malheureuse au sein de la grandeur. Mais il dissimule ses défauts et ses fautes. Au reste, Mlle *Poisson* n'avoit rien de commun avec l'ancienne famille de *Pompadour* dont elle prit le nom pour faire oublier le sien et celui de son mari. La maison de *Pompadour* en Limousin, éteinte en 1722, remontoit au 12e siècle. I. POMPÉE LE GRAND; (*Cn. Pompeius Magnus*) fils de *Pompée Strabon* et de *Lucilia*, d'une famille noble, naquit l'an 706 avant J. C., la même année que *Cicéron*. Il apprit le métier de la guerre sous son père, l'un des plus habiles capitaines de son temps. *Quintus Pompée* son grand-père, le premier qui parvint aux honneurs de la république, avoit été vaincu par les Numantins et obligé de faire une paix honteuse. *Cn. Pompée Strabon* fils de celui-ci, eut plus de bonheur; et ayant eu le commandement dans la guerre sociale, il triompha des Picentins. Son courage et son zèle pour la discipline militaire le rendirent recommandable. *Pompée le Grand* son fils, eut donc un excellent maître, et il profita de ses leçons. Dès l'âge de vingt-trois ans, il leva de son chef trois légions, qu'il mena à *Sylla*. Trois ans après, il reprit la Sicile et l'Afrique sur les proscrits. *Sylla* redoutant l'autorité que *Pompée* encore jeune acquéroit de jour en jour sur les soldats par sa douceur et ses vertus militaires, le rappela à Rome. Il obéit malgré la résistance de l'armée qui vouloit l'obliger à mépriser les ordres du dictateur. *Sylla* fut si content de ce procédé, qu'il alla au-devant de lui, et l'embrassant avec tous les témoignages d'une véritable affection, il le salua du surnom de GRAND. *Pompée* demanda les honneurs du triomphe. *Sylla* qui avoit ses raisons pour l'en détourner, lui représenta qu'étant encore trop jeune pour recevoir cet honneur, il attire-roit infailliblement sur lui la haine et la jalousie. *Faites donc attention*, lui dit *Pompée*, que le *Soleil* levant a bien plus d'ardeur que le *Soleil* couchant. Ces pa- proles ne furent point d'abord entendues par le dictateur; mais elles lui furent répétées, et dans l'étonnement que lui causa la confiance audacieuse de celui qui les avoit dites, il s'écria brusquement : *Qu'il triomphe ! Qu'il triomphe ! ... Pompée* le prit au mot, et l'on vit pour la première fois, l'an 81 avant J. C., un simple chevalier Romain honoré du triomphe. Plusieurs officiers n'ayant point obtenu tout ce qu'ils espéroient, voulurent troubler ce triomphe; mais *Pompée* toujours ferme, répondit : « Qu'il renonceroit plutôt à cet honneur qu'il avoit toujours désiré, que de s'abaisser à les flatter. » *Servilius* personnage considérable de Rome et l'un de ceux qui avoient montré le plus d'opposition, s'écria publiquement : *Je reconnois à cette heure que Pompée est véritablement Grand et digne du triomphe*. La faveur qu'il s'étoit acquise auprès du peuple, lui avoit fait déférer, quoique absent, une puissance aussi absolue que celle que *Sylla* avoit usurpée par les armes. Lorsque *Pompée* reçut les lettres qui lui apprenoient cette nouvelle, il en parut accablé; et comme ses amis qui étoient présens s'en réjouissoient, il fronça les sourcils, dit *Plutarque*, et s'écria avec une feinte amertume : « O Dieux, que de travaux sans fin ! N'aurois-je pas été plus heureux d'être un homme inconnu et sans gloire ? Ne verrai-je donc jamais la fin de mes travaux ? Pourrai-je jamais me dérober à l'envie qui me persécute, et passer des jours tranquilles à la campagne avec ma femme et mes enfants ? » Après la mort de *Sylla* il obligea *Lepidus* de sortir de Rome, et porta
**PIGRÈS** : c'est le nom d'un certain Poëte ancien, de si mauvais goût qu'il entreprit d'ajouter à chaque vers de l'*Iliade* un vers pentamètre de sa façon. Quelques grammairiens lui attribuent un Poëme intitulé : *Margitès*, (Voy. l'art. CALLIXÈNE) perdu depuis long-temps. Mais une preuve qu'il n'étoit point de *Pigrès*, c'est qu'*Aristote* en dit beaucoup de bien et le cite comme le premier modèle de la comédie. De plus, le même écrivain ainsi que *Platon* le donnent incontestablement à *Homère*.
**PIKARSKI**, (Michel de) riche seigneur de Pologne, eut l'esprit foible, et le roi *Sigismond III* lui donna des curateurs ; il en fut tellement choqué qu'il résolut de tuer ce prince. Il prit le temps où le roi devoit aller à l'église pour commencer la diète : (c'étoit le 15 novembre 1620.) Il se cacha derrière la porte, et quand le roi vint à passer il lui déchargea sur la tête deux coups de hache d'armes qui le firent tomber à terre. On l'appliqua aussitôt à la question pour l'obliger à découvrir ceux qui l'avoient porté à ce forfait ; mais il ne nomma personne et dit beaucoup d'extravagances, ne se plaignant que de la foiblesse de son bras. On le tenailla, et après lui avoir coupé toutes les jointures des doigts l'une après l'autre et ensuite la main droite, on l'écartela. On brûla toutes les pièces de son corps, on en jeta les cendres dans la Vistule et l'on rasa son château.
**PILADE**, *Voyez ORESTE*.
**PILARINO**, (Jacques) né dans l'isle de Céphalonie, doc- teur en médecine à Padoue, exerça cette science auprès de divers princes en Valachie, en Moscovie, etc. Soit inconstance, soit envie de parcourir plusieurs pays, il ne se fixa long-temps dans aucun. Enfin il fut pendant cinq ans consul à Smyrne, et mourut à Padoue en 1718, âgé de 59 ans. On a de lui : I. Un Traité latin de l'*Inoculation de la petite Vérole*, à Venise, 1715, in-12. II. *La Medicina difesa*, contre J. Gazola, 1717, in-12. Ces écrits sont curieux et instructifs.
**PILATE**, (*Pontius PILATUS*) gouverneur de la Judée, dont la famille et la patrie sont inconnues, mais qu'on croit Romain ou du moins Italien, fut nommé gouverneur de la Judée à la place de *Gratus*, l'an 26 ou 27 de Jésus-Christ. Il commanda dans cette province pendant dix ans sous *Tibère*. Ce fut lui à qui les Juifs menèrent Jésus-Christ, pour le prier d'exécuter le jugement de mort qu'ils croyoient qu'il méritoit. *Pilate* le trouvant innocent, le renvoya à *Hérode* roi de Galilée, et tacha de profiter de la fête de Pâques pour le délivrer. Ensuite croyant calmer la fureur des Juifs par quelque satisfaction, il fit cruellement fouetter le Sauveur. Mais la rage de ses ennemis ne fut pas assouvie. *Pilate* voulut cependant se dispenser de prononcer le dernier jugement contre lui. Mais lorsqu'il vit que les Juifs ne se rendoient point et qu'ils le menaçoient même de la colère de *César*, il livra Jésus-Christ aux bourreaux qui le crucifièrent : pareil à tant de magistrats qui avec de bonnes intentions, mais la guerre en Espagne contre *Sertorius*. Cette guerre étant heureusement terminée, il triompha une seconde fois, l'an 73 avant J. C. *Pompée* fut élu consul quelques jours après. Lorsqu'il parut devant les censeurs pour savoir s'il avoit fait toutes les campagnes portées par les ordonnances. *Oui*, répondit-il à haute voix, *je les ai fait toutes, et je ne les ai faites sous d'autre général que sous moi*. *Pompée* rétablit pendant son consulat, la puissance des Tribuns; extermina les Pirates; remporta de grands avantages contre *Tigranq* et contre *Mithridate*; pénétra par ses victoires dans la Médie, dans l'Albanie et dans l'Ibérie; soumit les Colques, les Achéens et les Juifs; et retourna en Italie avec plus de puissance et de grandeur, que ni les Romains ni lui-même n'auroient osé l'espérer. Ayant congédié ses troupes, il rentra dans Rome en homme privé et en simple citoyen. Cette modestie après la victoire lui gagna tous les cœurs. Il triompha pendant trois jours, avec une magnificence qui le flatta moins que les acclamations du peuple. Sa gloire lui fit des ennemis et des jaloux. Il s'unit à *Crassus* et à *César* pour les repousser. Tous les trois jurèrent de se servir mutuellement. *Julie* fille de *César*, que *Pompée* épousa, fut le lien de cette union. Ces deux grands hommes, unis par le sang et la politique, et soutenus par *Crassus*, formèrent ce que les Historiens appelent le premier *Triumvirat*, vers l'an 60 avant Jésus-Christ. Ce fut la première époque de la destruction du pouvoir consulaire et populaire, qui fléchit bientôt sous une autorité que le génie, le crédit et les richesses rendoient inébranlable. *Caton* vit porter ce coup, et ne put le parer: *Nous avons des maîtres*, s'écria-t-il, et *c'en est fait de la République*. Ses craintes étoient justes. *Pompée* employa bientôt la violence pour se faire élire consul avec *Crassus*. On voulut donner la prêtre à *Caton* pour contrebalancer leur pouvoir; mais *Pompée* feignit qu'il avoit paru des signes au Ciel, qui devoient l'empêcher de prendre cette charge. Le Triumvir prétendoit usurper, par la ruse ou par la force, un ascendant égal à celui des Tyrans. Il voulut d'abord tenir tout de la reconnoissance de ses concitoyens. Il avoit presque triplé les revenus de la République, et tellement reculé les frontières de l'empire, que l'Asie mineure qui avant ses victoires étoit la dernière des provinces du peuple Romain, en occupoit alors le centre. Après de tels services il avoit droit de beaucoup attendre; mais ses compatriotes, alarmés par ses services mêmes, s'opposèrent à toutes ses prétentions. On alla jusqu'à lui appliquer ouvertement un vers d'une Tragédie qui se représentoit alors: *Tu n'es devenu Graud que pour notre malheur!* Le peuple applaudit à ce vers, et le fit répéter plus de cent fois. Cependant *Pompée*, par une conduite imprudente, se donnoit un rival redoutable, ou plutôt un maître, dans la personne de *César*. Il s'en apperçut, et travailla à le supplanter. Le sénat l'ayant nommé gouverneur d'Afrique et d'Espagne, il sentit que son éloignement étoit contraire au dessein qu'il avoit de dominer dans sa patrie. Il se contenta de gouverner ces provinces par ses lieutenans, quoique la chose fût sans exemple, pendant qu'il s'occupoit à Rome à captiver la bienveillance de la populace par des jeux et des spectacles. Il en donna de si magnifiques à l'occasion de la dédicace d'un Théâtre qu'il avoit fait construire, qu'au rapport de Cicéron, la pompe de l'appareil en fit entièrement disparoître la gaieté. Ce Théâtre, le premier qui ait été bâti d'une manière permanente, étoit assez vaste pour contenir 40 mille personnes. Il sut tellement gagner le peuple par ses profusions, qu'il fut créé seul consul, l'an 52 avant Jésus-Christ. Cette élection sans exemple fut autorisée par Caton et par le Sénat; mais elle le brouilla avec César. Ils n'étoient plus liés, depuis quelque temps, par les mêmes nœuds qu'autrefois. Julie étoit morte, et Pompée venoit d'épouser Cornélie, fille de Metellus Scipion, qu'il associa à son consulat. César, pour se rendre maître de la République, vouloit en même temps garder le gouvernement des Gaules, et obtenir le consulat. Le Sénat, à la sollicitation de Pompée, rendit un décret, par lequel il devoit être regardé comme ennemi de la patrie, s'il ne quittoit son armée dans trois mois. Tel fut le premier acte d'hostilité entre ces deux rivaux de gloire et de puissance. Pompée ne l'auroit peut-être jamais fait, sans l'occasion qu'il eut de reconnoître combien la plupart des Romains lui étoient attachés. Réchappé d'une maladie contre toute espérance, l'Italie entière célébra sa convalescence par des fêtes. Cet événement le rendit pré- P O M 137 somptueux; et quelqu'un lui ayant dit, que si César marchoit contre Rome, on ne voyoit rien qui pût l'arrêter: En quelque lieu de l'Italie, répondit-il, que je frappe la terre de mon pied, il en sortira des Légions. La République étant menacée, Caton le fit souvenir de tout ce qu'il lui avoit prédit de César dès le commencement. Dans tout ce que vous m'avez prédit, lui répondit Pompée, vous avez deviné en homme d'esprit; et dans tout ce que j'ai fait, j'ai agi en homme de bien. En même temps, Caton proposa de nommer Pompée général avec une autorité souveraine, ajoutant que ceux qui ont fait les plus grands maux sont aussi ceux qui savent y apporter les meilleurs remèdes. César se présenta bientôt pour le combattre. Cet homme qui devoit faire sortir des Légions par un seul mouvement du pied, se retira de Rome avec les consuls, et se renferma dans Brindes, d'où il passa bientôt dans la Grèce. Il eut le bonheur de mettre tout l'Orient dans ses intérêts, et forma deux grandes armées, une de terre et l'autre de mer. César l'y suivit; mais Pompée évita soigneusement d'en venir à une action décisive. Son adversaire sentant qu'il ne pouvoit l'y contraindre, prit la résolution de l'enfermer dans ses lignes, et on vint à bout quoiqu'il eût un tiers moins de troupes. Pompée, menacé des dernières extrémités, attaque les lignes et les force. La déroute des ennemis fut si complète, qu'on ne doute point que la fortune ne se fût entièrement déclarée pour lui, s'il eût marché droit au camp de César. Ce dernier en convenoit lui-même, et disoit, en parlant de cette journée, que la victoire était aux ennemis, si leur Chef avoit su vaincre. Il y eut bientôt une nouvelle bataille à Pharsale, l'an 48 ans avant Jésus-Christ. Dans cette journée à jamais mémorable, la cavalerie de Pompée prit lâchement la fuite. Les soldats de César attaquent le camp du général ennemi, qui découragé par la déroute de ses troupes, se réfugia sur des hauteurs, d'où il s'enfuit par mer en Égypte auprès de Ptolomée. Ce monarque, à qui il demanda une retraite dans ses états, chargea deux de ses officiers de l'aller recevoir et de le poignarder à l'instant. Le grand et malheureux Pompée passe, accompagné de quelques soldats et de domestiques, dans la chaloupe qui devoit le porter à terre. Mais aussitôt Achillas et Septimius, (c'étoient les noms des deux officiers) le tuèrent, à la vue de sa femme qui le conduisoit des yeux, du vaisseau où il l'avoit laissée. Pompée avoit vainement tenté de la consoler. Cornélie, lui avoit-il dit, tu n'as connu jusqu'ici que la bonne fortune, et c'est cela même qui t'a trompée. Tu la voyois avec moi plus longtemps qu'elle ne demeure avec ses favoris. Mais supportons ses revers, puisque nous sommes nés hommes. Essayons de la tenter encore; car il ne faut pas désespérer que de la bassesse où je suis réduit, je ne puisse encore m'élever à ma grandeur passée, comme de ma grandeur passée je suis tombé dans l'état où tu me vois. Pompée avoit 58 ans, selon Patercule, et 59 selon Plutarque, lorsqu'il fut tué. Son corps demeura quelque temps sans sépulture sur le bord de la mer. Un de ses affranchis et un de ses anciens soldats le brûlèrent suivant l'usage des anciens, et couvrirent ses cendres d'un petit monceau de terre. Tel fut le tombeau du Grand Pompée. César, à qui on porta sa tête, versa des larmes sur le sort de ce grand homme, et lui fit élever un tombeau plus digne de lui. Salluste a peint cet illustre Romain en deux mots. « Sa probité, dit cet historien, étoit plus sur son visage que dans son cœur. » Oris probi, animo invercundo. Cette pensée, prise dans toute son étendue, nous développe parfaitement son caractère. Il respecta assez la vertu, pour ne pas lui insulter en face; mais il ne l'aima pas assez pour lui sacrifier en secret. De la cette dissimulation profonde dans laquelle il s'enveloppa toujours, et ce système si bien soutenu de ne vouloir en apparence rien obtenir que par son mérite, tandis qu'il ravissoit tout par l'intrigue. Le surnom de GRAND, qui lui fut donné par Sylla tyran de sa patrie, seroit une fiétrissure plutôt qu'un sujet de gloire; mais il ne l'accepta que comme un heureux augure, et crut qu'avant de le porter il falloit le mériter. S'il fut digne d'entrer en concurrence pour la valeur avec César, il lui fut toujours supérieur par la pureté des mœurs et par la modération des sentimens. César voulut être le maître du monde, et Pompée ne voulut en être que le premier citoyen. Il fut ami constant, ennemi modéré, et citoyen paisible, tant qu'il ne craignit point de rival. Si vie privée offre plusieurs traits dignes d'un sage. Son médecin lui ayant ordonné dans une maladie de manger de la grive, ses valets lui dirent qu'en été l'on ne pouvoit trouver cet oiseau nulle part que chez *Lucullus*, qui en engraissoit chez lui. *Pompée* ne voulut point qu'on allât lui en demander, et dit à son médecin: *Quoi ! Pompée séroit donc un homme mort, si Lucullus n'étoit un homme friand ?* Il commanda en même temps qu'on lui servit un autre oiseau qui fût moins difficile à trouver.
II. POMPÉE, (*Cneius* et *Sextus*) fils du précédent, avoient mis une puissante armée en campagne, lorsque leur illustre père leur fut enlevé. *Jules-César* les poursuivit en Espagne, et les défit dans la bataille de Munda, l'an 45 avant Jésus-Christ. *Cneius* y fut tué, et *Sextus* son cadet se rendit maître de la Sicile, où sa domination ne fut pas de longue durée. Il perdit, dans un grand combat sur mer, la puissante flotte dont il étoit le maître, et fut entièrement défait par *Auguste* et *Lepidus*. Il passa en Asie avec sept vaisseaux seulement, lui qui auparavant en avoit eu jusqu'à 350. L'impuissance où il étoit de soutenir la guerre, l'obligea de se retirer en Arménie, où *Antoine* lui fit donner la mort, l'an 35 avant Jésus-Christ.
III. POMPÉE, *Voyez TROGUE*.
POMPEIA, fille du Grand *Pompée*, troisième femme de *Jules-César*, fut mariée à ce héros après la mort de *Cornélie*; mais son époux la répudia bientôt après. Il la soupçonnait d'avoir eu commerce avec *Clodius*, qui s'étoit glissé en habit de femme, pendant les cérémonies publiques de la fête de la Bonne-Déesse. On vouloit obliger *César* de déposer contre elle : il le refusa en disant, qu'il ne la croyoit point coupable; cependant, comme la femme de *César* ne devoit pas seulement être exempte de crime, mais même de soupçon, il la renvoya.
POMPÉIEN, simple chevalier Romain d'Antioche, parvint, par son courage et ses vertus, aux premiers emplois de la république et au consulat. *Marc-Aurèle* lui fit épouser *Lucille* sa fille, veuve de *Lucius Verus*. Ce mariage ne fut pas heureux : (*Voyez LUCILLE.*) *Pompéien* se distingua dans la guerre des Marcomans, et donna de bons conseils à son beau-frère l'empereur *Commode*, qui n'en profita point. Ne pouvant supporter la vue des horribles excès de ce prince, il se retira de Rome sous prétexte d'infirmités : il y reparut dès qu'il sut qu'on vouloit mettre *Pertinax* sur le trône. Mais quand cet empereur, dont le règne fut trop court, eut été tué par les Prétoriens l'an 193, les infirmités de *Pompéien* revinrent, et on ne le revit plus dans la ville. Il y avoit joué le plus beau rôle de tous les particuliers ses contemporains : grand homme de guerre, grand homme de bien, l'oracle du sénat et le *Caton* de son siècle. Il fut fidèle à *Commode*, malgré tant de raisons de se détacher de lui, et daigna même verser des larmes sur la mort d'un prince, sous lequel sa vie n'avoit pas été assurée un instant. *Julien* pense que *Marc-* Aurèle auroit dû choisir Pompéien pour son successeur.
POMPÉIO LEONI, sculpteur Italien, appelé en Espagne par Philippe II, orna le maître autel de l'Escurial de 15 statues et d'un crucifix d'une exécution parfaite. I. POMPIGNAN, (Jean-Jacques LE FRANC, marquis de) d'abord avocat général, ensuite premier président de la cour des Aides de Montauban, naquit en cette ville le 10 août 1709, d'une famille noble et bien alliée. Ses parens le destinèrent à la magistrature, et son goût l'entraînait vers la poésie. Dans sa tragédie de Didon, jouée en 1734, il tâcha d'imiter Racine; et il parut ne l'avoir pas lu sans fruit. Il y a sans doute quelques négligences et des vers prosaïques; mais il y a aussi de beaux morceaux écrits avec force et élégance: on ne citera que la tirade où la reine de Carthage, qui intéresse les spectateurs par la sensibilité de son cœur et la fierté de son ame, accable de reproches Enée. Le caractère de ce héros Troyen un peu mieux conçu que dans Virgile; la situation frappante où Hyarbas, introduit comme ambassadeur, ne peut dévorer un refus et éclate en amant et en roi, et quelques autres situations touchantes, font penser que cette pièce dont la marche est simple, vraie et attachante, restera au théâtre. Cet essai d'un jeune homme de 25 ans donnoit les plus grandes espérances; mais, dégoûté de Paris par quelques tracasseries littéraires et rappelé à Montauban par ses devoirs, il alla remplir dans cette ville les deux places dont nous avons parlé, avec autant d'intégrité que de zèle. Un exil passager lui ayant inspiré des dégoûts pour la magistrature, et un mariage avantageux ayant augmenté sa fortune, il voulut en aller jouir à Paris, où son épouse se plaisoit plus qu'en province, et où il avoit d'ailleurs un grand nombre de partisans. Il fut accueilli d'abord comme le méritoit un homme qui joignoit la bonté du cœur à des talens distingués. Mais sa réception à l'académie Françoise, en 1760, fut l'époque d'un dénigrement presque universel. On se trouvoit alors dans des circonstances malheureuses, qui devoient toucher un homme religieux tel que le Franc. On étoit inondé d'ouvrages impies; Voltaire entassoit brochures sur brochures pour décrier ou pour ridiculiser la religion. Le livre de l'Esprit où le matérialisme étoit peu déguisé, venoit de faire un éclat scandaleux. Les auteurs de l'Encyclopédie avoient donné dans des écarts que l'autorité n'avoit pu réprimer. Le Christianisme étoit outragé; le président de Montauban, bon Chrétien et excellent citoyen, éleva la voix pour le venger. Il eut le courage de plaider sa cause dans son Discours de réception. Il voulut prouver que le Sage vertueux et chrétien méritoit seul le nom de Philosophe; et qu'en jugeant plusieurs littérateurs modernes d'après cette définition, il ne falloit voir en eux qu'une fausse littérature et une vaine philosophie. Un tel Discours, qui peut-être n'auroit pas dû être prononcé dans une compagnie qui l'adoptoit, et où il y avoit alors beaucoup de philosophes, de- voit déplaire à ceux-ci, ainsi que le dit *Louis XV* en le parcourant. Aussi vit-on éclore bientôt les *Quand*, les *Si*, les *Pourquoi*, et une foule d'autres satires que *Voltaire* ne cessa de lancer pendant près de deux années. Ce n'étoient point de simples facéties littéraires; on y mêla les reproches les plus graves. *Pompignan* fut dénoncé au public comme n'ayant qu'une dévotion hypocrite; comme cherchant à plaire par son discours antiphilosophique, à des personnes puissantes qui pouvoient lui procurer de grandes places à la cour. Ces accusations étoient injustes. *Pompignan* dans le silence de la retraite, se livrait à tous les exercices d'une piété véritable, et en parlant en faveur du Christianisme, il parlait du fond du cœur. Cependant ce littérateur estimable se retira à Pompignan, où il passa les plus beaux jours de sa vie. C'est dans cette terre qu'il mourut le premier novembre 1784, à 75 ans, d'une apoplexie, emportant l'estime de ses concitoyens et les regrets de ses vassaux dont il étoit le protecteur et le père. Il avoit beaucoup embellir le château de Pompignan, et l'avoit orné d'une bibliothèque des plus belles et des mieux choisies de la province. Ses *Ouvrages* ont été recueillis en six volumes in-8°, 1784. Nous avons parlé de sa *Didon*. On a encore de lui des *Opéra* qui n'ont pas été joués; et sa comédie des *Adieux de Mars*, en un acte et en vers libres, représentée avec succès à la comédie italienne en 1735. Ses autres ouvrages poétiques sont ses *Ones Sacrées*, qui malgré le bon mot de *Voltaire*, (*Sacrés ils sont*, car personne n'y touche) ne sont point des productions sans mérite. Nous n'avons rien eu de mieux depuis les *Pseaumes* de *Rousseau*. Il y a des traits heureux, de la noblesse, quelquefois de la verve. Si une correction trop soignée y met trop souvent de la froideur; s'il y a des vers durs, sans coloris et sans harmonie, et des stances foibles, c'est que le genre lyrique a des difficultés presque insurmontables. Ses *Discours* imités des livres de *Salomon*, renferment de grandes vérités morales, rendues en général avec élégance et quelquefois avec énergie. Son imitation des *Géorgiques de Virgile* vint malheureusement après la traduction de M. l'abbé *Delille*, dont la versification abondante et harmonieuse avoit favorablement prévenu tous les lecteurs, et elle lui est très-inférieure, si l'on en excepte quelques morceaux où la difficulté est vaincue avec succès. Le discours qui la précède est sagement écrit et plein de vues judicieuses sur l'agriculture. Son *Voyage de Languedoc* n'égale point par la facilité, par la molle négligence du style, par l'enjouement, celui de *Chapelle*: sa gaieté y est contrainte; on y sent le travail de l'esprit; mais il y a quelques beaux vers... Si des ouvrages poétiques nous passons aux productions en prose, nous trouverons encore à louer. L'*Eloge du Duc de Bourgogne* respire une simplicité touchante. Ses *Dissertations*, sa *Lettre à Racine* le fils, ses *Discours Académiques* décèlent un jugement sain, un goût solide, un esprit nourri de la lecture des anciens. Quelques censeurs lui ont reproché une froide élégance ; mais quand même cette critique seroit juste, ne devoient-ils pas remarquer que la plupart de ses ouvrages ne comportoient point un style plus animé ; que le sien est pur, correct, toujours adapté au sujet, exempt de l'obscurité, de l'emphase et du néologisme qui déparent presque tous les livres modernes. Ses Traductions en prose de quelques *Dialogues de Lucien* et des *l'ragédies d'Eschile* sont estimées, quoique ces dernières soient souvent peu conformes à l'original. Sa *Dissertation* sur le nectar et l'ambroisie, a de l'agrément et de l'érudition. L'auteur étoit familier avec les chefs-d'œuvre de l'antiquité. Il savoit les langues mortes, et connoissoit une partie des vivantes. Son érudition étoit aussi étendue que bien digérée ; et les beaux arts qui tiennent à la poésie, tels que la peinture et la musique, ne lui étoient pas étrangers ; il en jugeoit en connoisseur. *Voltaire* son ennemi, en se plaignant de son zèle inflexible, rendoit justice à sa vaste littérature, et même à quelques-uns de ses vers. Il admiroit cette strophe de l'*Ode sur la mort de Rousseau* : Le Nil a vu sur ses rivages De noirs habitans des déserts Insulter, par leurs cris sauvages, L'Astre éclatant de l'univers. Cris impuissans ! fureurs bizarres ! Tandis que ces monstres barbares Poussoient d'insolentes clameurs, Le Dieu, poursuivant sa carrière, Versoit des torrents de lumière Sur ses obscurs blasphémateurs. « Je n'ai guère vu de plus grande idée, dit *la Harpe*, rendue par une plus grande image, ni de vers d'une harmonie plus impo- sante. Je la récitai un jour à M. de *Voltaire*, qui y trouvoit tous les genres de sublime réunis. Je lui en nommai l'auteur, et il l'admira encore davantage. »
IL POMPIGNAN, (Jean-George LE FRANC de) prélat connu par ses mœurs irréprochables, son zèle et ses lumières, frère du précédent, naquit à Montauban le 22 février 1715, et devint à 29 ans évêque du Puy. *Louis XV* qui l'avoit nommé son premier aumônier, lui demanda la première fois qu'il prit possession de sa place, s'il sauroit bien dire le *Benedicite*, l'évêque lui répondit : *Non, Sire, je ne sais que rendre graces*. Appelé à l'archevêché de Vienne, il se plut à combattre constamment par ses écrits, les incrédules et les ennemis de la foi. En 1789 la province de Dauphiné le députa à l'assemblée constituante, et le 20 juin il y conduisit la majorité du clergé dans la chambre du tiers-état. Bientôt après, il entra au conseil et devint ministre de la feuille des bénéfices. C'est alors qu'il reçut du pape une lettre qui l'engageoit à s'opposer de toutes ses forces à toute innovation relative au clergé. « Vous êtes plus propre qu'aucun autre, lui dit-il, à rendre le grand service que je vous demande. Vous avez déjà donné tant de preuves de votre zèle à défendre la sainte doctrine. Mais le temps presse ; il n'y a pas un moment à perdre pour sauver la religion, le roi et votre patrie. Vous pourrez certainement engager sa majesté à ne pas donner cette fatale sanction. *La résistance fût-elle pleine de danger, il n'est jamais permis* de paraître un instant abandon- ner la foi catholique, même avec le dessein de revenir sur ses pas, quand les circonstances auront changé.» Pompignan ne put ac- céder à la demande de Pie VI, étant mort à Paris le 29 décem- bre 1790, dans sa 75e année, affoi- bli par ses travaux et par l'in- quiétude que lui causoit la marche des événemens. Ses principaux écrits sont : I. Essai critique sur l'état présent de la république des lettres, 1743. II. Instruction pas- torale de l'évêque du Puy, aux nouveaux convertis de son dio- cèse, 1751. III. Le Véritable usage de l'autorité séculière dans les matières qui concernent la religion, 1753. IV. Questions di- verses sur l'incrédulité, 1753. C'est une seconde édition. Le style en est foible et sans inté- rét. V. La Dévotion réconciliée avec l'esprit, 1753. VI. Contro- verse pacifique sur l'autorité de l'église, 1758. VII. L'Incrédulité convaincue par les prophéties, 1759, in-4.º Il y a aussi une édi- tion de cet ouvrage en trois vol. in-12. VIII. Instruction pasto- rale sur la prétendue philosophie des incrédules modernes, 1763. IX. Autre sur l'hérésie, 1766, in-4.º X. La Religion vengée de l'incrédulité par l'incrédulité elle- même, 1772. XI. Défense des actes du clergé de France concer- nant la religion, in-4.º XII. Man- dement contre l'édition des Œu- vres de Voltaire, 1781, in-8.º XIII. Autre portant défense de lire les Œuvres de J.J. Rousseau et de Raynal, 1781, in-8.º On sait combien ces deux écrits lui attirèrent d'injures de la part des amis des écrivains attaqués. Peut- être auroit-il dû distinguer ce qui étoit repréhensible et anti reli- gleux dans quelques-uns de leurs ouvrages, et ne pas les confon- dre tous dans sa proscription. XIV. Oraison funèbre de Marie Leczinska reine de France. Elle fut prononcée à Saint-Denis, et l'auteur se plut à y comparer la religion de la princesse avec l'es- prit d'incrédulité de son siècle. XV. Lettres à un évêque sur di- vers points de morale et de dis- cipline, an 10, 2 volum. in-8.º Elles sont au nombre de huit, et adressées à l'évêque de Nantes. XVI. Il a laissé en manuscrit un Traité dogmatique et moral de la fin de l'homme et de la résur- rection générale. Ces différens ouvrages ont été trop vantés par les amis de l'évêque du Puy, et trop déprimés par ses ennemis. Ce prélat n'étoit point sans doute le rival de Bossuet; il n'avoit ni en chaire, ni dans le cabinet, l'é- loquence entrainante de l'évêque de Meaux; mais il écrivoit d'ail- leurs avec pureté, et souvent avec élégance. Il unissoit à un esprit éclairé une ame compa- tissante; et quoiqu'il eut beau- coup de zèle pour la religion, il ne fut point aussi intolérant que certains écrivains ont cherché à le peindre. Mallet du Pan qui le blâme sur sa présidence de l'as- semblée, lui a rendu cependant justice sur ses qualités person- nelles, et en a tracé ce portrait : « En désapprouvant la foiblesse qu'eut l'archevêque de Vienne de fléchir devant des circonstances qu'il jugea impérieuses, on doit joindre l'éloge des vertus évan- géliques dont ce prélat fut le modèle pendant quarante ans. Il est juste de rappeler qu'aucun ministre de l'église ne montra des mœurs plus austères, plus d'éloignement pour toutes es- pèces de mondanités, plus de dévouement à ses devoirs, plus de science, plus de simplicité, plus de titres à la vénération dont il étoit l'objet dans le clergé catholique. Il avoit passé sa vie à combattre la nouvelle philosophie, et les injures de *Voltaire* contre lui sont, je pense, un correctif assez frappant de celle que lui valut sa conduite à l'assemblée nationale. Il ne fut pas assez en garde contre les illusions dont on l'avoit bercé en Dauphiné, et contre l'ascendant qu'on avoit pris sur lui. Elu par les états de sa province dans une assemblée commune des trois ordres, il reçut le mandat impératif de persévérer dans cette forme de délibération, et la députation entière du Dauphiné lui donna l'exemple de respecter cet engagement jusqu'à ce qu'une loi les en déliât. »
POMPONACE, (Pierre) né à Mantouele 16 septembre 1462, étoit de si petite taille, qu'il ne s'en falloit guère qu'il ne fût un nain; mais la nature avoit réparé ce défaut, en lui accordant beaucoup d'esprit et de génie. Il enseigna la philosophie à Padoue et en plusieurs autres villes d'Italie, avec une réputation extraordinaire. Son livre *De Immortalitate animæ*, Bologne, 1516, in-12, dans lequel il soutient qu'*Aristote* ne la croit point, et qu'on ne la peut prouver que par l'Écriture-Sainte et par l'autorité de l'Église, fut vivement attaqué. Ce sentiment parut dangereux : on prit le cardinal *Bembo* pour arbitre. Ce prélat tâcha de justifier *Pomponace*, qui obtint une nouvelle permission sion de publier son livre. Il trouva alors des apologistes; mais il lui resta encore beaucoup d'adversaires. *Théophile Rainaud* prétend que son ouvrage de l'*Immortalité de l'âme* fut condamné au feu par les Vénitiens, et qu'il fut désavoué par son propre père. Son livre *De Incantationibus*, Basle, 1556, in-8°, n'excita pas moins de rumeur. On le mit à l'index. L'auteur veut y prouver que ce qu'on dit de la magie et des sortilèges, ne doit aucunement être attribué au démon; mais en ôtant à la magie son pouvoir, il en donne trop aux astres; il leur attribue tous les effets miraculeux, jusqu'à en faire dépendre les lois et la religion. On place la mort de ce philosophe en 1526, à 64 ans. Elle fut causée par une rétention d'urine. Il s'étoit fait cette Epitaphe : *Ille sepultus jaceo. Quare ? nescio ; *Si vales, bené est : vivens valul.* *Fortassé nunc valco.* *Si, aut non, dicere nequeo.* Quoiqu'une foule d'écrivains Catholiques et Protestans l'aient accusé d'irréligion, on assure qu'il fit une fin très-chrétienne. « On est accoutumé, dit *Niceron*, à le regarder comme un impie et un athée, qui ne songeoit qu'à détruire la religion chrétienne, tâchant d'en saper les fondemens par les coups qu'il a portés à l'immortalité de l'âme. Il se peut faire qu'il ait pensé un peu librement sur plusieurs points de la religion, comme le faisoient plusieurs savans de son temps, avec lesquels ce défaut lui étoit commun. Mais ses ouvrages ne font rien voir de cet athéisme prétendu qu'on lui attribue, et pourvu qu'on les lise avec un esprit désintéressé, on reviendra, du moins en partie, de la prévention générale où l'on est à son égard. » Voici par exemple comme il s'explique dans son *Defensorium* sur l'immortalité de l'âme. Si CHRISTUS resurrexit, nos resurgemus. Si nos resurgemus, anima est immortalis; at CHRISTUM verè à mortuis surrexisse scimus ex tantorum et sanctissimorum virorum testimonio, ex Ecclesia militante; ergò verè anima est immortalis. Un préjugé en faveur de Pomponace, c'est que parmi la foule de ses disciples, il y en eut plusieurs élevés aux premières dignités de l'Eglise; et ils conservèrent pour lui une estime et une amitié constantes. Les Ouvrages philosophiques de Pomponace furent recueillis à Venise, en 1525, infolio, sous ce titre : Petri Pomponatii Opera omnia Philosophica. Cette édition est rare.
POMPONE, Voyez VI. et VII. ARNAULD.
POMPONIA - GRÆCINA, dame Romaine, fut un modèle d'amitié. Julie nièce de l'empereur Claude, ayant été mise à mort parce que ses vertus faisoient ombrage à Messaline, son amie Pomponia passa quarante ans à la pleurer, à en porter le deuil, à nourrir sa douleur dans la solitude et l'éloignement de tous les plaisirs. La mort seule vint mettre un terme à son chagrin et à ses regrets.
POMPONIUS - ATTICUS, Voyez ATTICUS, n.º I. I. POMPONIUS - MELA, géographe de Melaria dans le royaume de Grenade, est auteur d'une Géographie intitulée : *De situ orbis*, en trois livres. Cet ouvrage est exact et méthodique. L'auteur a su le rendre agréable par plusieurs traits d'histoire. Plusieurs savans, entre autres Vossius et Gronovius, l'ont enrichi de notes. La première édition est de 1471, in-4°; les meilleures sont celles de Leyde, 1646, in-12; de Gronovius, 1722, in-8°, qui se joint aux éditions Cum notis Variorum. Les dernières sont de Leyde, 1748, 2 vol. in-8°, et Etonæ, 1761, in-4°. Ce géographe florissoit dans le premier siècle de l'Eglise.
II. POMPONIUS - SECUNDUS, (P.) poète latin, fut consul l'an 40 de J. C. Il avoit fait plusieurs Tragédies, dont Pline et Quintilien font l'éloge; mais elles sont perdues pour nous.
III. POMPONIUS - LÆTUS, (Julius) nommé mal à propos Pierre de Calabre, naquit en 1425 à Amendolara, dans la haute Calabre. Il vint de bonne heure à Rome, où ses talens le firent distinguer; mais ayant été faussement accusé avec d'autres savans d'avoir conjuré contre le pape Paul II, il se retira à Venise. Après la mort du pontife il revint à Rome, où il vécut en philosophe, suspect d'impiété et d'athéisme. Il étoit enthousiaste de l'ancienne Rome. Il ne lisoit que les auteurs de la plus pure latinité, dédaignant l'Écriture et les Pères. Il célébroit la fête de la fondation de Rome, et avoit dressé des autels à Romulus. Il ne donnoit à ses disciples que des noms d'anciens Romains, au lieu de ceux qu'ils avoient reçus au baptême. Dans la chaleur de son sans force de caractère, se prêtent aux intentions perverses des méchans. Il ajouta la dérision à l'injustice, en faisant mettre sur l'écriteau de la croix : JÉSUS de Nazareth, roi des Juifs ; car il ne reconnoissoit pas le royaume de JÉSUS-CHRIST, mais il vouloit se moquer du peuple Juif. Pilate prit l'argent du trésor sacré, pour faire travailler à un aqueduc. On se sonleva contre lui, et le gouverneur fut obligé d'employer la force pour appaiser la sédition. Il exerça des cruautés encore plus horribles contre les habitans de Samarie, qui s'en plaignirent à Tibère. Ce prince l'envoya l'an 36 de J. C. en exil près de Vienne en Dauphiné, où il se tua de désespoir deux ans après, du moins à ce que dit Eusèbe. Philon le Juif en parle comme d'un juge inique, qui vendoit la justice, et livroit pour de l'argent le sang innocent. Il le peint comme un magistrat injuste, cruel et vénal, qui tourmenta la Judée par ses meurtres et par ses rapines. L'historien Josèphe en fait à peu près le même portrait. Nous avons sous son nom une Lettre à Tibère, dans laquelle il lui rend compte des miracles et de la résurrection de J. C. ; mais quoiqu'elle soit citée par Tertullien dans son Apologie pour les Chrétiens, on la regarde comme une pieuse imposture. On doit porter le même jugement du Trésor admirable de la Sentence de Ponce-Pilate contre JÉSUS-CHRIST, trouvée écrite sur parchemin en lettres hébraïques dans la ville d'Aquila. Cette pièce supposée fut traduite de l'italien en françois, et imprimée à Paris en 1581, in-8.
PILATRE DU ROSIER, (François) né à Metz le 30 mars 1756, fut placé d'abord chez un apothicaire, qu'il quitta pour aller chercher des lumières dans la capitale. Il cultiva l'histoire naturelle et la physique. Il avait établi à Paris un Musée ayant deux objets, le premier d'offrir aux savans des laboratoires propres à essayer leurs découvertes ; l'autre, d'enseigner aux étudiants en chimie et en pharmacie, l'usage des machines et leur application. Pilatre avait acquis déjà quelque célébrité, lorsque la découverte de Montgolfier vint étonner les savans. Le 25 du mois d'octobre 1783, il tenta un premier voyage dans les airs avec M. d'Arlande. Le 21 novembre suivant, dans un ballon lancé du château de la Murette, il traversa la Seine, dépassa Paris, et s'abaissa au-delà du nouveau boulevard, vis-à-vis le moulin de Croullebarbe. Ce fut alors qu'on fit sur le nom de l'aéronaute, l'une des plus heureuses anagrammes de ce genre futile, en trouvant dans les lettres de Pilatre du Rosier ces mots : Tu es pr roi de l'air. Il ne jouit pas long-temps de ce dangereux empire. Il fit en présence de la Famille Royale de France, du roi de Suède et du prince Henri de Prusse, différentes autres coursées aériennes qui eurent un brillant succès. Après avoir résolu d'aller en Angleterre par la voie des airs, il se rendit à Boulogne-sur-mer, d'où il s'éleva à sept heures du matin, le 15 juin 1785 ; mais demi-heure après le feu prit au ballon, et Pilatre avec son compagnon Romain, furent fracassés par la chute de cette machine plus singulière peut-être qu'utile. zèle pour le Paganisme, il disoit que « la religion Chrétienne n'étoit faite que pour des Barbares. » Les lumières de la grace ayant dissipé les ténèbres de la philosophie, il mourut chrétiennement en 1495, à 70 ans, à l'hôpital, où son indigence l'avoit fait porter dans sa dernière maladie. C'étoit un homme d'un esprit singulier et d'une humeur assez bizarre. Rien n'étoit plus frugal que sa manière de vivre, ni plus simple que son habillement. Sa naissance est une tache, qu'il a ignorée ou qu'il a voulu faire ignorer aux autres. Il étoit bâtard de la maison de Sanseverini, l'une des plus illustres du royaume de Naples. La honte de cette naissance ou quelqu'autre raison, lui a toujours fait garder un profond silence sur ses parens et sa famille. Leur noblesse le touchoit si peu, qu'ayant été sollicité plusieurs fois de venir demeurer dans la maison paternelle, il le refusa par cette lettre singulière : POMPONIUS-LATUS; Cogatis et Propinquis suis; Salutem. Quod petitis, fieri non potest. VALETZ... C'étoit en agir bien cavalièrement avec des parens qui n'avoient rien oublié pour lui donner une bonne éducation, et auxquels il étoit redevable des progrès qu'il avoit faits dans les sciences. On lui donne aussi les noms de Julius POMPONIUS Sabinus et de POMPONIUS Fortunatus. On a de lui : I. Un Abrégé de la Vie des Césars, depuis la mort des Gordiens jusqu'à Justinien III, 1588, infolio. Vossius dit qu'on y trouve bien des choses qui ne sont pas dans les historiens et que l'auteur avoit tirées des Panégyriques anciens. II. Un livre De exortu Mahumedis, dans un Recueil sur ce sujet, Basle, 1533, infol. III. Un autre Des Magistrats Romains, in-4.º IV. De Sacerdotiis, de Legibus, ad M. Pantagathum, in-4.º V. De Romanæ urbis vetustate, à Rome, 1515, in-4.º Il n'avoit fait ce livre que pour son usage particulier. On n'y voit ni la même pureté, ni la même élégance de style que dans ses autres productions. VI. Vita Statii Poëtæ et Patris ejus : De arte Grammatica, Venise, 1484, in-4.º VII. Des Editions de Salluste, de Pline le Jeune et de quelques écrits de Cicéron. VIII. Des Commentaires sur Quintilien, sur Columelle, sur Virgile, etc. etc. Pomponius-Latus ramassa avec soin les anciens manuscrits et les marbres antiques sur lesquels il y avoit des inscriptions. S'il fut louable en cela, on ne peut trop le blâmer d'avoir forgé lui-même des inscriptions, et d'en avoir fait passer de fausses pour des véritables. On prétend aussi que dans son édition de Salluste, il changea beaucoup de choses, contre la foi des manuscrits. Sabellicus son disciple a écrit sa Vie. I. PONA, (Jean-Baptiste) mort à Vérone sa patrie en 1588, à la fleur de son âge, est auteur, I. D'un ouvrage critique qui a pour titre : Diatribe de rebus Philosophicis, Venise, 1590. II. De Poésies latines. III. D'une Pastorale intitulée : Il Tirreno, etc. — Il ne faut pas le confondre avec Jean PONA son frère, habile botaniste, apothicaire de Vérone, dont on a : I. Plenæ quæ in Baldo monte reperiuntur, Vérone, 1595, in-4º; et dans l'Historia rariorum Stirpium de P·O·N P O N' 147 Charles de l'Ecluse, Anvers, 1601, in-fol. Cet ouvrage a été traduit en italien, et a paru sous le titre de Monte Baldo descritto, Venise, 1617, in-4.º II. Del vero Balsamo degli antichi, Venise, 1623, in-4.º
II. PONA, (François) né à Vérone en 1594, y exerça la médecine et mourut vers 1652, à 58 ans. On a de lui : I. Medicina anima, 1629, in-4.º II. La Lucerna di Eureta Misoscolo, 1627, in-4.º C'est un Entretien qu'il a avec sa lampe, laquelle, suivant les principes des Pythagoriciens, étoit animée d'une ame qui avoit passé par plusieurs corps. III. Saturnalia, 1632, in-8.º IV. L'Ormondo, 1635, in-4.º : c'est un Roman. V. La Messalina, in-4.º, autre Roman. VI. Des Tragédies et des Comédies. VII. La Galeria delle Donne celebri, 1641, in-12. VIII. L'Adamo, Poëma, 1664, in-16. IX. Della contraria forza di due belli occhi, in-4.º, etc.
PONCE-PILATE, Voy. PILATE. I. PONCE, religieux de Cluni, en fut fait abbé en 1109. Dès qu'il eut obtenu la première place, il se livra au luxe le plus scandaleux. Il étoit presque toujours hors de son monastère, marchant avec un train superbe, et étalant la magnificence d'un prince. Instruit des justes plaintes que l'on faisoit de tous côtés contre son gouvernement, il se rendit à Rome pour donner la démission de son abbaye au pape Monorius II, et se retira à Jérusalem. Mais s'ennuyant bientôt du séjour de la Palestine, il revint en 1125 en France, où ses partisans voulurent le faire passer pour un Saint. Il profita de l'absence de Pierre le Vénérable, qui avoit été élu à sa place, pour entrer à Cluni avec quelques moines vagabonds et quelques laïques armés. Il chassa le Prière Bernard, vieillard respectable, et ses moines qui se dispersèrent de côté et d'autre. Il se rendit maître de tout, obligea ceux qu'il y trouva par les plus fortes menaces et les plus indignes traitements, de lui prêter serment de fidélité, et il chassa ou mit en prison ceux qui le refusèrent. Le pape affligé de ces violences, l'excommuniste et le fit enfermer dans une tour, où il mourut peu de temps après. Cet homme turbulent et ambitieux, s'étant trouvé au concile de Rome en 1116, voulut y prendre le titre d'Abbé des Abbés... Jean Cajetan, chancelier du pape, lui dit à cette occasion : Les Bénédictins de Cluni ont reçu leur règle de ceux du Mont-Cassin ; c'est donc au chef de ceux-ci qu'appartient le nom que vous usurpez ; et Ponce ne sut que répondre.
II. PONCE DE LARAZE, gentilhomme du diocèse de Lodève, dans le 12e siècle, fut long-temps le fléau de sa province par ses brigandages et ses violences. Touché de la grace, il prit la résolution de faire une pénitence aussi éclatante que ses crimes avoient été publics. Sa femme, charmée de son dessein, lui en facilita l'exécution en entrant dans un monastère. Après avoir vendu tous ses biens et ses meubles, et donné des exemples singuliers d'humilité et de pénitence, il alla avec ses six compagnons à Saint-Jacques en Ga- lice, et fit, selon la coutume de ce temps-là, divers autres pèlerinages. Il s'arrêta ensuite, avec ses compagnons, dans un lieu appelé *Salvanes*, qu'*Arnauld du Pont*, seigneur de cet endroit, lui donna. Ils y bâtirent des cabanes, et le nombre des disciples de *Ponce* s'étant augmenté, ils embrassèrent la règle de Citeaux en 1136. *Pierre* abbé de Mazan leur donna l'habit, et choisit *Adémare*, l'un d'entre eux, pour leur abbé. *Ponce* ne voulut d'autre rang que celui de Frère convers, et mourut quelque temps après en odeur de sainteté.
III. PONCE DE LA FUENTE, (Constantin) *Pontius Fontius*, chanoine de Séville, et docteur en théologie de la faculté de cette ville, fut prédicateur de l'empereur *Charles-Quint*; mais s'étant laissé fasciner par les dangereuses nouveautés du Protestantisme, il apostasia et embrassa ce parti; il en devint l'un des plus ardens sectateurs. Il fut arrêté par ordre du Saint-Office, et n'échappa au supplice que par la mort qu'il fut même accusé de s'être procurée en 1559: mais son effigie fut portée à l'Auto-da-fé et livrée aux flammes. *Ponce* avoit composé en latin des *Commentaires* sur l'Ecclésiaste, les Proverbes, le Cantique des Cantiques, et d'autres ouvrages.
IV. PONCE, (Paul) sculpteur Florentin, se distingua en France sous les règnes de *François II* et de *Charles IX*. Il y avoit plusieurs de ses ouvrages aux Célestins de Paris, qui atiroient les curieux dans cette église. Il avoit fait aussi la Colonne semée de flammes, et ac- compagnée de trois Génies portant des flambeaux, avec une Urne qui renfermoit le cœur de *François II*. On voyoit aussi de cet artiste, dans la même église, le tombeau en pierre avec la figure de *Charlemagne* vêtu militairement: ce morceau étoit très-estimé. V. PONCE DE LÉON, (Basile) canoniste et théologien de Grenade, d'une famille illustre, prit l'habit religieux de l'ordre des Hermites de Saint-Augustin. Après avoir brillé à Salamanque dans ses études, il professa la théologie et le droit canon à Alcala, avec une grande réputation. Ses principaux ouvrages sont: I. *De Sacramentis Confirmationis et Matrimonii*, infolio. II. *De impedimentis Matrimonii*, in-4° III. *Diverses Questions, tirées de la Théologie Scolastique et de la Positive*, en latin, etc. Ce savant et pieux religieux mourut à Salamanque en 1629, où il avoit été chancelier de l'université. Des casuistes trop indulgens lui ont reproché des décisions qui leur paroissient trop sévères.
VI. PONCE DE LÉON, (Gonzalo-Marín) écrivain de Séville, contemporain du précédent, très-habile dans la langue grecque, a traduit en latin les *Œuvres de Théophane* archevêque de Nicée; et le *Physiologue* de *St. Epiphane*. Ses traductions sont aussi élégantes que fidelles. On a de lui encore d'autres ouvrages.
PONCET, *Voy. RIVIÈRE.* I. PONCHER, (Étienne) fils d'un officier au grenier à sel de Tours, fut d'abord chanoine de Saint-Gatien et de Saint-Martin de de cette ville ; puis évêque de Paris en 1503. Son mérite lui procura les places de garde des sceaux en 1512 ; d'ambassadeur de France à la cour d'Espagne en 1517 ; puis à celle d'Angleterre en 1518, avec l'amiral de Bonnivet ; enfin l'archevêché de Sens en 1519. Egalement ferme et prudent, il soutint en présence de Louis XII et de la reine son épouse qui n'aimoit pas à être contredite, le parti des Vénitiens qu'on avoit abandonnés ; mais la passion du roi contre ces républicains et l'autorité de la reine l'emportèrent sur ses sages conseils. Poncher étoit aussi recommandable par son intelligence dans les affaires, que par ses vertus épiscopales. Il mourut à Lyon, le 24 février 1524, à 78 ans. On a de lui des Constitutions Synodales, publiées en 1514, où il entre dans un grand détail sur la manière d'administrer les Sacremens.
II. PONCHER, (François) neveu du précédent, succéda à son oncle dans l'évêché de Paris en 1519. Il se brouilla avec la duchesse d'Angoulême, mère du roi François I. Pour s'en venger il cabala, voulut lui faire enlever la régence, et manœuvra sourdement en Espagne, en 1525, pour prolonger la prison du roi. Cette atrocité le fit enfermer à Vincennes, où il finit sa vie en 1531. Il a composé des Commentaires sur le Droit Civil, qui l'ont moins fait connoître que sa perfidie. — Claude-François PONCHER, doyen des maîtres des requêtes, mort sans enfans en 1770, âgé de 82 ans, fut le dernier rejeton de cette famille.
PONCINS, (N° Montagne marquis de) né en Forez, s'est fait connoître par des écrits et des travaux qui produits par le désir d'être utile n'en furent pas moins bizarres ; ils annoncèrent en lui le cœur d'un bon citoyen uni à une imagination peu réglée. Il a publié un ouvrage intitulé : Le grand Œuvre de l'Agriculture, 1779, in-12. Poncins, réfugié dans une maison de campagne près de Lyon pendant le siège de cette ville ; y fut tué en 1793.
PONÇOL, (l'abbé Henri-Simon-Joseph Anker de) né en 1730, à Quimper en Bretagne, et mort au château de Bardy dans l'Orléanois, à 53 ans, le 13 janvier 1783, étoit un littérateur très-estimable. Il avoit été Jésuite. Les qualités de son ame ont excité les regrets de tous ceux qui le connoissoient. Il a publié deux ouvrages très-bien accueillis du public. L'un est sorti des belles presses de Barbou ; sous le titre d'Analyse des Traités des bienfaits et de la clémence de Sénèque ; précédé de la Vie de ce Philosophe. Cette Vie, dans laquelle le portrait de Sénèque est un peu flatté, offre des observations judicieuses et des discussions approfondies. Diderot en parle avec éloge dans son Essai sur les règnes de Claude et de Néron. L'autre ouvrage a pour titre : Code de la Raison ou Principes de Morale, demandé à l'auteur par le comte de Saint-Germain. C'est une suite de maximes et de faits propres à former les mœurs ; il y a de l'intérêt ; mais on y desireroit un peu plus d'ordre. Il parut en 1778 à Paris chez Colas ; libraire. L'abbé de Ponçol a laissé quelques manuscrits considérables ; entr'autres une Traduction de Martial, qui mériteroit d'être imprimée.
PONCY DE NEUVILLE, (Jean-Baptiste) né à Paris, mort le 27 juin 1737, âgé de 39 ans, prit l'habit de Jésuite, qu'il quitta après s'être distingué dans cette compagnie. Se trouvant dans le monde sans ressource, il cultiva le talent de la chaire et celui de la poésie. Il remporta jusqu'à sept fois le prix à l'académie des jeux Floraux de Toulouse. Nous avons aussi de lui plusieurs autres Pièces de Poésie, imprimées la plupart dans les Mercures. L'abbé de Pony a encore composé une Comédie, intitulée Damoclès, représentée au collège des Jésuites de Mâcon, où il professoit. On la trouve dans le Cours des Sciences du P. Buffier. De tous ses Discours, le plus connu est le Panégyrique de St. Louis, prononcé en présence de l'académie des Sciences et Belles-Lettres.
PONIATOVIA, (Christine) fille d'un moine apostat de Pologne, devint fameuse par ses extases. Etant au service de la baronne d'Engelking en Bohême, elle eut, dit-on, en 1627 et les deux années suivantes, des visions extraordinaires touchant le rétablissement de l'église. Au commencement de l'année 1629 ayant paru morte, elle ressuscita et n'eut plus de révélations. Elle mourut tout de bon en 1644. Les délires de cette visionnaire parurent, recueillis avec ceux de Kotter, à Amsterdam, 1657 et 1665, in-4.º Voy. KOTTER.
PONIATOWSKI, Voy. STANISLAS-AUGUSTE. I. PONS, (Jacques) de Lyon, médecin ordinaire du roi, vivoit en 1596, et publia un Traité sur les dangers et les abus de la saignée. — Son neveu Claude Pons, aussi médecin, établit dans un écrit imprimé en 1600, que la thériaque de Rome et de Venise étoit préférable à celle faite à Lyon.
II. PONS, (Jean-François de) issu d'une ancienne noblesse de Champagne, naquit en 1683 à Marly près de Paris. Il vint dans cette ville en 1699, et y prit des leçons de théologie en Sorbonne ; mais la foiblesse de sa santé le détermina à renoncer au bonnet de docteur. L'abbé de Pons fut nommé peu de temps après à un canonicat de la collégiale de Chaumont. Ce bénéfice lui ayant été disputé, il composa un mémoire ingénieux, solide et bien écrit, qui lui fit gagner son procès en 1709. Ce succès fut suivi peu de temps après, de la démission volontaire de son canonicat, qu'il quitta pour se fixer à Paris. Les liens de l'amitié et les plaisirs de la littérature le retenoient dans la capitale. Parmi les amis qu'il se fit, il se lia surtout avec Houdard de la Mothe qu'il défendit contre Mad. Dacier. Il traita cette illustre savante avec la même vivacité que celle-ci avoit montrée contre la Mothe. L'abbé de Pons nuisit à ce bel esprit par l'excès de son zèle ; et parmi les épigrammes qui pleuvoient sur les deux partis, il en eut quelques-unes pour son compte. Voici une des plus connues, par Gacon : L'abbé de Pons, ce petit homme, Vante la Mothe et le renomme Grand Poète, grand Écrivain... Tout est Géant aux yeux d'un Nain On l'appeloit le Bossu de la Mothe, sobriquet dont il ne faisoit que rire. Dès l'âge de 15 ans on s'étoit apperçu d'un déplacement peu considérable d'une de ses vertèbres. Ce dérangement venant à croître peu à peu, l'abbé de Pons fit venir secrètement un chirurgien, et se fit passer avec force et à plusieurs reprises un rouleau de bois le long de l'échine, s'imaginant qu'une opération aussi bizarre rétabliroit ses vertèbres dans leur état naturel; mais elle augmenta au contraire la difformité de son dos pour le reste de sa vie. Il étoit le premier à plaisanter sur cette disgrace, et l'on s'en appercevoit moins: Ses amis le railloient aussi, mais sans chercher à l'offenser, car ils l'aimoient. La Mothe Houdard lui fit cet impromptu : Amis, on dit que la Nature, De cette aimable créature Ayant fait le corps si petit, Pour dédommager la matière, Fit un paquet tout plein d'esprit Qu'elle lui mit sur le derrière. Son tempérament étoit très-vif et très-foible, ce qui l'épuisa bientôt. Se sentant dépérir, il se retira à Chaumont dans le sein de sa famille, et y mourut en 1732, à 49 ans. A un esprit orné, il joignoit un cœur excellent et de grands sentimens de religion. On a imprimé à Paris en 1738, les Œuvres de l'Abbé de Pons, in-12. Ce qu'il y a dans ce recueil, est le Factum dont nous avons parlé; un nouveau Système d'Education; et quatre Dissertations sur les Langues, et sur la langue Françoise en particulier. On voit de l'esprit et du Willant dans les écrits de l'abbé de Pons; mais un style affecté et tous les défauts de la Mothe, dont il n'avoit pas le mérite. Ce qu'il y a de singulier, c'est que personne n'écrivoit plus facilement que lui, quoique d'un style très-recherché. Ce qui étonne davantage, c'est qu'il parloit comme il écrivoit, et avec la plus grande rapidité.
PONT, (Pierre du) Voy. IV. PONTANUS.
PONT, (Louis du) Jésuite de Valladolid en Espagne, enseigna la philosophie et la théologie avec réputation, et passa pour un excellent maître de la vie spirituelle. Il mourut saintement en 1624, à 70 ans. Ses Méditations pleines d'onction et de lumière, ont été traduites en françois, Paris, 1683, 3 vol. in-4° et 6 in-12. Le P. Brignon les a fait réimprimer en meilleur françois en 1702, 3 vol. in-4° et 7 in-12. Le P. Nicolas Frizon en a donné un bon Abrégé, Châlons, 1712, 4 vol. in-12. La Vie de ce Jésuite a été écrite par le P. Cachupin; c'est celle d'un Saint.
PONTAU, (N. Boissard de) devint entrepreneur de l'opéra comique à Paris, et y donna plusieurs pièces, l'Heure du Berger, Arlequin Atys, l'Ecole de Mars, l'Art et la Nature, le Compliment, le Hasard, l'Œil du Maître. Il travailla aussi de concert avec Pannard, Favart et Fagan à diverses autres.
PONT-DE-VESLE, (Antoine de Ferriol, comte de) gouverneur de la ville de Pont-de-Vesle en Bresse, intendant général des classes de la marine, et ancien lecteur du roi, né en 1697, d'un président à mortier au parlement de Metz et d'une sœur du cardinal de Tencin, mourut à Paris le 3 septembre 1774, à 77 ans. Ses parens le destinoient à la robe ; mais comme il étoit né sans ambition, il ne voulut embrasser aucun état qui pût gêner son goût pour les plaisirs. Il passa sa vie dans une douce inaction : il en fut tiré pendant quelque temps par un ami puissant, avec lequel il a vécu pendant plus de 50 ans dans la plus grande liaison. On le força d'accepter la place d'intendant général des classes de la marine, qu'il remplit avec autant d'exactitude que d'intelligence. Sur la fin de ses jours, il se borna à faire le charme de la société, par un esprit agréable et par un caractère enjoué. Il avoit du talent pour le genre dramatique. Il donna en gardant l'incognito, la comédie du Complaisant, pièce de caractère qui est restée au théâtre, et qu'on revoit toujours avec plaisir. On a encore de lui la comédie du Fat puni, qui réunit au mérite d'une intrigue bien conduite, celui d'un style vif, naturel, et plein de traits ingénieux sans affectation. Il a eu aussi une très-grande part à la comédie du Somnambule, petite pièce qui a eu beaucoup de succès. Nous ne parlons pas d'un grand nombre de Chansons, d'Ouvrages de société et de Pièces fugitives. Il avoit fait une collection presque universelle d'Ouvrages dramatiques, dont le Catalogue a paru après sa mort, in-8.º Il étoit frère du comte d'Argental et neveu de Ferriol, ambassadeur à Constantinople, qui fit peindre les figures des Levantins. Il en fit graver cent es- tampes avec l'explication, 1715, in-fol. Il doit y avoir trois estampes doubles en grandeur, qui manquent quelquefois : ce sont le Mariage, l'Enterrement des Turcs et la Danse des Dervis. Les Tableaux originaux étoient chez le comte de Pont-de-Vesle, d'où ils ont passé chez le prince de Conti.
PONTAC, (Arnaud de) évêque de Bazas, natif de Bordeaux, d'une famille illustre fut choisi par l'assemblée du clergé tenue à Melun l'an 1579, pour faire au roi Henri III des remontrances : commission dont il s'acquitta avec dignité. Ce prélat mourut le 4 février 1605, dans un âge avancé et avec la réputation d'un homme qui possédoit bien les langues Orientales. Les occupations de l'épiscopat ne l'empêchèrent pas de se livrer à son goût pour l'étude. On a de lui des Commentaires sur Abdias, 1566, in-4°, et d'autres ouvrages. I. PONTANUS, (Louis) jurisconsulte de Cerreto bourg d'Ombrie, fut profonotaire du saint Siège, et mourut de la peste à Basle, pendant la tenue du concile, en 1439, à 30 ans. Son nom est plus connu que ses ouvrages. Sa mémoire étoit un prodige.
II. PONTANUS, (Octavius) théologien et jurisconsulte, né à Cerreto comme le précédent, se fit un nom par son esprit. Pie II l'envoya en 1459, en qualité de nonce pour régler les différends de Ferdinand roi de Naples, et de Pandolfe Malatesta seigneur de Rimini. Il fut envoyé à Basle, et nommé à la pourpre; mais il mourut dans ce voyage, sans pouvoir profiter de cet honneur. On a de lui un volume d'Epîtres, et un autre de Réponses à des Consultations de Droit. Ces ouvrages sont ignorés aujourd'hui.
III. PONTANUS, (Joannes-Jovianus) né à Cerreto en 1426, se retira à Naples, où son mérite lui acquit d'illustres amis. Il devint précepteur d'Alphonse le Jeune roi d'Aragon, duquel il fut ensuite secrétaire et conseiller d'état. Ce prince s'étant révolté contre son père, Jovianus le réconcilia avec lui. Mais Ferdinand ne l'ayant pas récompensé comme il croyoit le mériter, il lança contre ce prince un Dialogue sur l'ingratitude, et loua à l'excès Charles VIII roi de France, son ennemi. Ferdinand, insensible à ces outrages, le continua dans ses charges. Ce bel esprit mourut, suivant Moreri, en 1503, à 77 ans; d'autres disent en 1505, à 79 ans. Il fit mettre, de son vivant, sur son tombeau cette épitaphe fastueuse. Sum Joannes Jovianus, PONTANUS, Quem amaverunt bona Musa, Suspexerunt viri probi, Honesteverunt Reges, Domini; Seis jam quis sim, aut quis potius fuerim. Ego. verò. te, Hospes, noscere. in tene- bris nequeo; Sed teipsum ut noscas, rego... VALLE. Il avoit plus de politesse dans le style que dans les manières; mordant dans ses censures, libre dans ses jugemens, il se fit beaucoup d'ennemis. On a de lui l'Histoire des Guerres de Ferdinand I et de Jean d'Anjou, et un grand nombre d'autres ouvrages envers et en prose, tous écrits en latin P O N 149 assez purement, et recueillis à Basle en 1556; ils forment quatre vol. in-8°. On a séparément ses Ouvrages en prose, à Venise, 1518 et 1519, trois vol. in-4°, et ses Productions poétiques, recueillies dans la même ville, 1533, in-8°. Ces deux recueils sont rares, et le premier l'est moins que le second. Les Histoires de Pontanus manquent de fidélité, et le reste n'est que médiocrement bon. Le style quoique élégant, est souvent obscur et enflé. Ses Poésies sont remplies d'expressions obscènes.
IV. PONTANUS, ou DU PONT (Pierre) grammairien de Bruges, fut surnommé l'Aveugle, parce qu'il perdit la vue à l'âge de 3 ans. Cette disgrace de la nature ne l'empêcha pas de devenir fort savant. Il enseigna les belles-lettres à Paris avec réputation, et publia plusieurs écrits qui lui firent honneur. Les principaux sont : I. Une Rhétorique et un Traité de l'Art de faire des Vers. Il y attaqua Despaupère en quelques endroits. Pontanus étoit un philosophe tranquille, ennemi de la bassesse et de la flatterie, ami de la vertu, de la franchise et de la vérité. Il florissoit vers le commencement du XVIe siècle. V. PONTANUS, (Jacques) Jésuite de Brugg ville de Boëme, enseigna long-temps avec un succès distingué les belles-lettres en Allemagne. Il mourut à Augsbourg en 1626, à 84 ans. On a de lui en latin : I. Des Institutions Poétiques, in-8°, 1602. II. Des Commentaires sur les livres de Ponto et les Tristes d'Ovide, Ingolstadt, 1610 infolio. III. Des Commentaires très-amples sur Virgile, Augsbourg, 150 P O N 1699, in-folio. IV. Des *Traductions* de divers auteurs Grecs, et plusieurs autres ouvrages en prose et en vers. Ceux-ci sont très-foibles; et il étoit plus capable de commenter les poètes que de l'être lui-même.
VI. PONTANUS, (*Roverus*) religieux Carme, mort en 1567, est auteur d'une Histoire en forme d'années sous le titre de *Rerum memorabilium libri quinque*, Cologne, 1559, in-folio. Ce livre embrasse les événements depuis 1500 jusqu'à 1559; il y dévoile quelques faussetés de l'Histoire de *Sleidan*, et de celles d'autres auteurs hérétiques. Plusieurs écrivains ont cru que c'est une version de *Gasp. Génépée* de Cologne.
VII. PONTANUS, (*Jean-Isaac*) historiographe du roi de Danemarck et de la province de Gueldre, étoit originaire de Harlem. Il naquit en Danemarck, où ses parens étoient allé pour quelques affaires, et mourut à Harderwick en 1640, à 69 ans, après y avoir enseigné la médecine et les mathématiques. Ses mœurs étoient pures, et son application infatigable. Des divers ouvrages dont il a enrichi la littérature, on n'estime que ceux d'érudition. Il étoit plus fait pour compiler que pour imaginer. Il se méloit de poésie; mais il versifioit en dépit d'*Apollon*, et ses *Vers*, imprimés en 1634, in-12, à Amsterdam, n'étoient que de la prose mesurée. Il avoit fait l'énigme suivante sur un Trou, qu'il proposa aux savans: *Die mihi quid majus fiat, quà pluria demas 3* *Scriverius* répondit sur-le-champ: *Pontano demas carmina, major erit.* Ses écrits en prose sont: I. *Historia Urbis et Rerum Amstelodamensium*, in-folio, 1611, ouvrage qui déplut à tous les bons critiques: il y a une infinité de hors-d'œuvres qui montrent sa haine contre tout ce qui tient à l'antique religion qui étoit autrefois florissante dans sa patrie. II. *Itinerarium Galliæ Narbonensis*, in-12, Leyde, 1606. III. *Rerum Danicarum Historia, unà cum chorographicà ejusdem regni urbiumque descriptione*, Amsterdam, 1631, in-folio. Cette Histoire estimée va jusqu'en 1548. M. de *Westphal* chancelier de Holstein, en a fait imprimer la Suite dans le second tome de ses *Monumenta inedita Rerum Germanicarum*, etc, à Leipzig, 1740. Cette Suite de *Pontanus* comprend les règnes de *Christiern I*, et des cinq rois suivans: l'éditeur rapporte dans sa Préface plusieurs traits particuliers de la vie de *Pontanus*. IV. *Disceptationes Chorographicae de Rheni divortius atque ostius et accolis Populis, adversus Ph. Cluverum*, 1617, in-8°; livre savant et judicieux. V. *Observationes in tractatum de Globis Calesti et terrestri, Auctore Roberto Huesio*, Amsterdam, 1617, in-4°. VI. *Discussiones Historicae*, Amsterdam, 1637 in-8°. Il y traite principalement de la manière qu'il faut entendre ces mots, la *mer libre* et la *mer fermée*, contre *Jean Selden Anglois*. VII. *Historia Geldrica*, Amsterdam, 1689, in-folio avec une description chorographique de cette province. Cet ouvrage estimé a été traduit en Flamand par *Arnold Slichtenhorste*, Arnheim, 1654, in-folio. VIII. *Orrigines Francicae*, in-4°, pleines d'érudition. IX. *Historia Ulrica*; in-folio; exacte. X. *La Vie de Frédéric II roi de Danemarck et de Norwège*, publiée en 1737, par *George Kyrsing* docteur en médecine à Flensburg.
PONTAS, (Jean) naquit à Saint-Hilaire du Harcouet, au diocèse d'Avranches, en 1638. Il vint achever ses études à Paris, et reçut les ordres sacrés à Toul en 1664. Trois ans après il fut reçu docteur en droit canon et en droit civil. *Péréfixe* archevêque de Paris, instruit de son mérite, le fit vicaire de la paroisse de Sainte-Geneviève-des-Ardens à Paris. Il remplit cette place avec zèle pendant vingt-cinq ans, et fut ensuite nommé à celle de pénitencier de l'église de Paris. Ses lumières n'éclatèrent pas moins dans cette place que l'ardeur de sa charité. Il mourut le 27 avril 1728, à 90 ans, de la mort des Saints qu'il avoit imités pendant sa vie. Parmi les ouvrages qui font honneur à sa mémoire, on distingue: I. *Scriptura Sacra ubique sibi constans*, in-4.º Il y concilie les contradictions apparentes du Pentateuque. II. Un grand *Dictionnaire des Cas de Conscience*, dont la plus ample édition est en trois vol. in-folio. Il tient un juste milieu entre le rigorisme et le relâchement. On y trouve quelques décisions contradictoires, que son abréviateur *Collet* à tâché de concilier dans l'Abrégé qu'il en a donné en deux vol. in-4.º Il est peut-être dangereux qu'un tel ouvrage fait pour les pasteurs et directeurs des ames, soit écrit en langue vulgaire. Ce détail de péchés et d'opinions opposées sur leur nature et leur griéveté, ne convient pas au simple peuple et ne peut produire des fruits de piété. En traitant ces matières en françois, on n'a que trop réussi à faire de la théologie une espèce de commune, où tout le monde, jusqu'aux femmes, prétend labourer, récolter, arracher et couper. III. Des *Entretiens spirituels, pour instruire, exhorter et consoler les malades*. IV. Un grand nombre d'autres *Livres de Piété*, qui prouvent qu'il étoit très-verse dans la lecture de l'Écriture et des Pères.
PONTAULT DE BEAULIEU, *Voyez BEAULIEU*.
PONTBRIAND, (Rend-François de Breuil de) chanoine de Rennes, mort dans cette ville en 1767, étoit un esprit subtil et quelquefois trop métaphysique. Son *Incrédule détrompé*, 1752, in-8°, et ses *Nouvelles vues sur le système de l'Univers* eurent quelques succès dans le temps. I. PONTCHARTRAIN, (Paul PHELYPEAUX, seigneur de) quatrième fils de *Louis Phelypeaux* seigneur de la *Vrillière*, naquit à Blois en 1569. La famille de *Phelypeaux* que certains généalogistes font remonter jusqu'au XIII$^{e}$ siècle, n'étoit guères connue avant lui. *Paul Phelypeaux* joignant à la facilité d'un heureux génie toutes les lumières d'une excellente éducation, entra dans les affaires dès 1588. Il se perfectionna sous *Villeroy*, et fut pourvu par *Henri IV* de la charge de secrétaire des commandemens de *Marie de Médicis*. Cette princesse, satisfaite de son zèle, lui procura celle de secrétaire d'état en 1610, peu Leur malheur vint de leur imprudence. Ils montoient un ballon rempli de gaz inflammable. Celui-ci étoit accompagné d'une *Montgolfière* ou ballon à réchaud, qui mit le feu au gaz; aussitôt la galerie se détacha et se précipita sur la terre avec une rapidité que l'œil eut peine à suivre; les lambeaux du ballon ne descendirent que lentement, et la *Montgolfière* restâ intacte. *Pilatre* ne donna aucun signe de vie après sa chute, *Romain* ne survécut que de quelques minutes. Ils avoient l'an et l'autre la poitrine fendue en travers, le cou et la tête enfoncés dans la poitrine, les jambes et les cuisses brisées en plusieurs endroits. Ils furent ensévelis au village de Wimille. Les vertus sociales de *Pilatre* et son courage, le firent regretter de ses amis. Son mérite comme chimiste et ses tentatives comme aéronaute, lui avoient procuré des récompenses pécuniaires, des places, et l'association à plusieurs Académies.
PILES, (Roger de) peintre, né à Clameci en 1635, étoit d'une famille distinguée dans le Nivernois. Il étudia d'abord en Sorbonne; mais un goût particulier pour la peinture l'engagea à se mettre de bonne heure sous la discipline de Frère *Luc Récollet*. *Ménage*, instruit de son mérite, le fit entrer chez le président *Amelot*, en 1662, pour avoir soin de l'éducation de son fils. *De Piles* n'étoit pas seulement un homme savant; il avoit encore un goût fin et délicat, qu'il sut inspirer à son illustre disciple. Le jeune *Amelot* fit un voyage en Italie avec de *Piles*, qui eut occasion pour lors de satisfaire son amour pour les beaux arts. De retour en France, notre auteur publia quelques *Traités sur la Peinture*, qui le firent estimer et rechercher des célèbres artistes et des amateurs. Son élève ayant été nommé ambassadeur du roi à Venise, de *Piles* le suivit en qualité de secrétaire d'ambassade. Il l'accompagna encore à Lisbonne en 1685, en Suisse en 1689, et il fut chargé de porter au roi le traité de neutralité que l'ambassadeur avoit conclu avec les treize Cantons. Trois ans après, *Louvois* l'envoya à la Haye comme amateur de tableaux; mais en effet pour agir secrètement avec les personnes qui souhaitaient la paix. Il fut découvert, et retenu prisonnier par ordre de l'Etat. Ce fut dans sa captivité qu'il s'occupa à composer les *Vies des Peintres*. A son retour en France, le roi lui donna une pension. Il voulut suivre encore *Amelot*, nommé en 1705 ambassadeur à Madrid; mais sa mauvaise santé le força de quitter l'Espagne. Il mourut à Paris le 5 avril 1709, à 74 ans. *De Piles* avoit les qualités qui font aimer et estimer; son esprit étoit méthodique, son cœur sensible, son caractère simple. Il étoit bon ami, fidelle et discret. Ces qualités avoient pour base un grand fonds de religion. Il fut honoré du titre de conseiller-amateur de l'académie de Peinture et de Sculpture. Ses occupations ne lui permirent point de s'adonner entièrement à la peinture; mais il s'étoit fait des principes qui suppléaient, en quelque sorte, à l'usage qui lui manquoit. Son admiration pour de temps avant la mort déplorable de Henri IV. Dans les temps orageux de la régence, il aida la reine à maintenir le pouvoir du trône et la tranquillité des peuples. Les mouvemens des Huguenots furent réprimés par ses soins. Enfin le roi ayant été obligé d'armer contr'eux, il le suivit en Guienne en 1621. Il tomba malade au siège de Montauban, et alla mourir à Castel-Sarrazin, le 21 octobre de la même année, âgé de 52 ans. Ses travaux avoient épuisé ses forces et hâté sa mort. Son fils aîné, qui étoit conseiller au parlement, gendre du fameux avocat général Talon, ne lui succéda pas. La place de Paul Phelypeaux passa à son frère cadet Raimond Phelypeaux d'Herbaut, qui avoit été d'abord greffier du conseil privé, ensuite trésorier de l'épargne. Il mourut en 1629. On a de Paul Phelypeaux des Mémoires intéressans, la Haye, 1720, deux vol. in-8.
II. PONTCHARTRAIN, (Louis PHELYPEAUX, comte de) petit-fils du précédent, naquit en 1643. Conseiller au parlement à l'âge de dix-sept ans en 1661, il fut nommé en 1677 premier président au parlement de Bretagne. Ayant contribué par son génie conciliant à calmer les agitations de cette province, il obtint la place de contrôleur général en 1689, après la retraite de le Pelletier; devint ministre et secrétaire d'état en 1690, et chancelier en 1699. Lorsqu'il prêta serment le 9 septembre de cette année, le roi lui dit: Monsieur, je voudrois avoir une charge encore plus éminente à vous donner, pour vous marquer mon ex- time de vos talens et ma reconnoissance de vos services. La nouveau chancelier protégea les sciences et donna une forme meilleure aux académies des Sciences et Belles-Lettres, qui eurent en lui un protecteur zélé. Après avoir rendu de longs services à l'État, il se retira en 1714, à l'institution de l'Oratoire, où il se montra aussi grand par ses vertus, qu'il l'avoit été par ses places. Louis XIV l'honora d'une de ses visites. Il mourut à Pontchartrain, en 1727, à 85 ans, et fut enséveli sans pompe, comme il l'avoit désiré. — Son petit-fils le comte de Maurepas, est mort sans postérité en 1781, Voy. MAUREPAS.
PONTCHASTEAU, (Sébastien-Joseph du Cambout, Baron de) né en 1634 d'une famille ancienne, étoit petit-fils de la tante du cardinal de Richelieu. Il fut élevé d'une manière conforme à sa naissance. Il eut trois abbayes dès sa jeunesse. Ayant de l'esprit, des talens, des connaissances et l'art de plaire, il pouvoit aspirer aux plus grandes places; mais Singlia directeur des Religieuses de Port-Royal, lui inspira le dessein de se consacrer à la pénitence. Cette première ferveur ne fut pas de longue durée. Enfin, après divers voyages en Allemagne, en Italie et dans les différentes parties de la France, après plusieurs aventures, après avoir combattu longtemps contre ses penchans, il prit une résolution efficace de renoncer aux brillantes chimères qui avoient séduit sa raison. Les cardinaux de Richelieu et de Lyon, instrumens de sa fortune, étoient morts; et, suivant ses P O N 113 expressions, Dieu avoit tué ces deux hommes pour le sauver. Il se démit de ses bénéfices, disposa de son patrimoine, et ne se réserva que 200 écus de rente viagère sur l'Hôtel-de-ville. Il fut reçu de nouveau à Port-Royal, après bien des instances, et il s'y chargea en 1668, de l'office de jardinier, dont il fit pendant six ans toutes les fonctions, même les plus basses. Obligé de sortir de sa retraite en 1679, l'évêque d'Alet l'engagea d'aller à Rome, où il agit avec zèle en faveur de ses amis de Port-Royal. Il y demeuroit sous un nom emprunté, lorsque l'évêque d'Orléans Coislin, depuis cardinal, se transporta dans cette solitude pour tâcher de le découvrir. La première personne qu'il rencontra fut le baron de Pontchasteau lui-même, auquel il s'adressa sans le reconnaître. Mon bon homme, lui dit-il, ne pourriez-vous pas me dire s'il n'y a pas ici un gentilhomme appelé M. de Pontchasteau. Il y est, Monseigneur, lui dit Pontchasteau; il n'y a qu'un moment qu'il étoit dans le jardin; sonnez, et on vous en instruira. Sur-le-champ le Baron de Pontchasteau part. Il se retira alors dans l'abbaye de Haute-Fontaine en Champagne; puis dans celle d'Orval, où il vécut pendant cinq ans dans la pénitence la plus austère. Quelques affaires de charité l'ayant rappelé à Paris, il y tomba malade, et y mourut le 27 juin 1699, à 57 ans, regardé comme un homme d'une piété tendre, mais d'un esprit ardent et inflexible. On fut fort étonné, à sa mort, de voir des ducs et pairs et des cordons-bleus aux funérailles d'un homme que l'on croyoit un pauvre honteux, tant il avoit soin d'éviter l'éclat. Mais s'il vécut pauvre, il eut grand soin de mettre les pauvres à leur aise. On a de lui : I. La manière de cultiver les Arbres fruitiers, Paris, 1652, in-12, sous le nom de le Gendre. II. Les deux premiers volumes de la Morale-pratique des Jésuites, dont Arnauld a fait les six autres. On prétend que Pontchasteau fit exprès et même à pied, le voyage d'Espagne, pour y acheter le Theatro Jesuitico. III. Une Lettre à Péréfixe, en 1666, en faveur de M. de Saci, qui avoit été mis à la Bastille. IV. Il a traduit en françois les Soliloques de Hamon sur le Pseaume cxxviii.
PONTCOURLAY, Voyez WIGNEROD.
PONTEDERA, (Julien) natif de Pise, professeur de botanique à Padoue, au commencement du XVIIIe siècle, y fit paraître son Compendium Tabularum Botanicarum in quo plantæ 272 in Italid nuper detectæ recensentur, 1718, in-4.º II. De Florum naturâ, 1720, in-4.º III. Antiquitatum latinarum, græcarumque enarrationes et emendationes, Padoue, 1740, in-4.º
PONTÈVES, Voyez IL FLAS-SANS.
PONTHIEU, (Adelaide ou Adèle, comtesse de) a joué un rôle dans les Croisades du temps de St. Louis. Cette princesse injustement condamnée par son père, arrachée à son mari, vendue à un Soudan, reconnue longtemps après, fut ramenée triomphante en sa patrie. Ses aventures ont fourni au Commandeur de Vignancourt le sujet de son Roi 154 PON man d'Edèle de Ponthieu, imprimé en 1723; à M. de la Place, celui d'une Tragédie jouée en 1757; et à M. de Saint-Marc, celui d'un grand Opéra, représenté en 1772.
PONTIEN, (Saint) pape après *Urbaia I*, au mois de juillet 230, fut persécuté pour la foi de J. C. sous l'empereur *Maximin*. Il mourut, l'an 235, dans l'isle de Sardaigne où il avoit été exilé. On lui attribue deux *Epitres* faites après coup.
PONTIS, (Louis de) seigneur de la terre de Pontis, dans le diocèse d'Embrun, naquit, en 1583, d'un père distingué par sa valeur. Le fils entra jeune dans le régiment des Gardes, sous *Henri IV*, et s'éleva par son mérite à divers emplois militaires. *Louis XIII*, instruit de son courage et de sa valeur, lui donna une lieutenance dans les Gardes, et ensuite une compagnie dans le régiment de Bresse. Ce prince l'engagea ensuite à acheter la charge de commissaire général des Suisses; mais mille obstacles s'opposèrent à sa fortune. Le cardinal de *Richelieu* qui avoit vainement tenté de se l'attacher tout-à-fait, le traversa si fortement, qu'il ne put rien obtenir. *Pontis* las de rouler sans cesse dans ce tourbillon, se retira dans le monastère de Port-Royal-des-Champs, après avoir servi 50 ans sous trois rois, et reçu 17 blessures. Loin de la cour et de la guerre, J'apprends à mourir dans ces lieux. Qui ne meurt long-temps sur la terre, Ne vivra jamais dans les Cieux. Tels furent ses sentimens dans cette retraite, où il mourut, en 1670, à 87 ans. Nous avons sous son nom des *Mémoires* curieux; imprimés à Paris, en 1676, en 2 vol. in-12. On y trouve quelques circonstances des guerres de son temps, des intrigues de la cour, et du gouvernement des princes sous lesquels il a servi. Ces *Mémoires*, recueillis des conversations de ce guerrier solitaire par *du Fossé*, offrent encore quelques réflexions judicieuses, également propres à former un chrétien et un militaire. Mais on auroit souhaité que l'éditeur eût été moins diffus; qu'il eût retranché des faits qui semblent romanesques, les digressions, les complimens, les dialogues, les moralités triviales, les minuties. Les mécontentemens que l'auteur essuya à la cour, rendent ses *Mémoires* suspects lorsqu'il parle du cardinal de *Richelieu* et de quelques autres ministres. Mais le P. d'*Avrigny* et *Voltaire* ont eu tort d'en conclure que *Pontis* n'a point existé. Sa famille étoit très connue en Provence, et elle passoit ordinairement l'été à la terre de Pontis, et l'hiver à Digne. Quant à *Pontis* lui-même, tous ceux qui ont vécu avec les Solitaires de Port-Royal, ne l'ont jamais regardé comme un être supposé. Son épitaphe se trouvoit auprès de la grille des Religieuses de Port-Royal de Paris. Il peut y avoir des faits faux dans ses *Mémoires* comme dans tous les livres de ce genre; mais le héros n'a certainement pas été un personnage romanesque.
PONTIUS, *Voy. II. PONCE.*
PONTIUS, (Paul) graveur des Pays-Bas, né à Anvers, mort au commencement du XVIII$^{e}$ siècle. C'étoit un dessinateur correct et savant. On a de lui un grand nombre d'estampes, d'après *Rubens*, *Vandyck* et *Jordans*. Elle sont très-estimées.
**PONTOPPIDAN**, (Éric) évêque de Bergen en Norwège, réunit aux vertus de son état le savoir et l'amour des lettres. On lui doit : Une *Histoire* de la réforme en Danemarck, et une *autre* de la Norwège, qui est instructive et curieuse. Cet auteur est mort au milieu du 18$^{e}$ siècle. — On ne doit pas le confondre avec son grand oncle, nommé aussi *Éric PANTOPPIDAN*. Celui-ci, évêque de Drontheim, est auteur d'une *Grammaire* Danoise très-estimée.
**PONTORMO**, (Jacques) peintre, né à Florence, en 1493, mourut dans la même ville en 1556, à 63 ans. Ses premiers ouvrages annoncèrent un talent supérieur : *Raphaël* et *Michel-Ange*, en les voyant, dirent que « ce Maître porteroit la peinture à son plus haut degré. » *Pontormo* ne remplit point toute l'étendue de cette prophétie ; mais on ne peut nier qu'il n'eût d'abord un pinceau vigoureux, un beau coloris, et qu'il ne mit de l'invention dans ses ouvrages. Sa manière étoit grande quoiqu'un peu dure. Il sortit de son genre où il acquéroit beaucoup de réputation, pour prendre le goût Allemand. C'est à cette bizarrerie qu'il faut attribuer la grande différence qui est entre ses premiers ouvrages fort estimés, et entre les derniers dont on ne fait point cas. Il voulut revenir à sa première manière ; mais ses efforts furent inutiles. Ce peintre avoit quelques singularités dans sa façon de vivre. Il avoit fait cons- construire dans sa maison un escalier de bois, qu'il retiroit en haut par une poulie, lorsqu'il étoit monté à son atelier. Il se servoit lui-même, et se mettoit toujours fort mal. Il étoit si capricieux, qu'il faisoit des tableaux pour un ouvrier, tandis qu'il refusoit de peindre pour le grand duc. Il avoit d'ailleurs de bonnes qualités. Ennemi de la médisance, il se déclaroit toujours pour les absens qu'on déchiroit.
**PONTOUX**, (Claude) né à Châlons-sur-Saône, s'appliqua avec succès à la médecine. Il fit un voyage en Italie, et vint mourir dans sa patrie vers l'an 1579. On a de lui quelques mauvais ouvrages en vers et en prose. Les citer tous, ce seroit troubler sa cendre. Ce sont des *Élégies*, des *Stances*, des *Odes* ; de petites Pièces dans le goût de celles appelées en latin *Basia*. Ses *Poésies* furent recueillies en 1579, in-16. On a encore de lui un recueil qu'il a intitulé : *Géodacrie Amoureuse*, 1596, in-16, contenant plusieurs *Aubades*, *Chansons* gaillardes, *Pavanes*, *Branles*, *Sonnets*, *Stances*, *Chapitres*, *Odes*, etc. Il n'y a rien dans tous ces différens écrits, qui flatte l'imagination et le goût, quoiqu'on y trouve beaucoup d'imitations de *Pétrarque* et de plusieurs autres poètes d'Italie.
**PONTUS**, *Voy. I. GARDIE*.
**POOLE**, (Renaud) *Voyez POLUS*.
**POOLE**, (Matthieu) né à Yorck, en 1624, fut incorporé dans l'université d'Oxford, et lui fit honneur par son érudition. Il devint recteur de Saint-Michel-le-Quern à Londres, en 1648. Son zèle pour l'éducation de la jeunesse, l'engagea à proposer en 1658, un projet qui devoit lui être fort utile. Le parlement l'approuva; mais l'auteur ayant été obligé de se retirer en Hollande, ce projet louable n'eut pas lieu, Poole s'étoit signalé avant son départ par plusieurs ouvrages, dont le plus célèbre est son Synopsis Criticorum, à Londres, 1669, 5 vol., qui se relient en 9 vol. in-fol.; et réimprimé à Utrecht, 1684, 5 vol. in-fol., avec des augmentations qui n'empêchent pas de préférer la première édition. Cet ouvrage est un abrégé des remarques des plus habiles commentateurs de l'Écriture-Sainte, et sur-tout de celles des Protestans. Les auteurs qui ont travaillé sur la Bible, ont beaucoup puisé dans cette compilation. Voyez les Mémoires de Nicéron, tome 34. Ce biographe le fait naître à Londres; il mourut à Amsterdam, en 1679, à 55 ans, avec la réputation d'un savant commentateur, d'un bon casuiste, d'un homme charitable, doux et pieux.
POPE, (Alexandre), vit le jour à Londres, le 8 juin (vieux style) 1688. Il étoit d'une ancienne famille noble du comté d'Oxford. Les auteurs de sa naissance Catholiques-Romains, ne lui laissèrent qu'une médiocre fortune. Il reçut cependant, dans la maison paternelle, une éducation digne des dons heureux que lui avoit faits la nature. Il apprit, en très-peu de temps le grec et le latin, et il se familia-tisa de bonne heure avec les meilleurs écrivains d'Athènes et de Rome. On peut le mettre au rang de ces génies heureux qui n'ont pas eu d'enfance. A douze ans il fit une Ode sur la vie champêtre, que les Anglois comparent aux meilleures Odes d'Horace. A quatorze il donna quelques morceaux traduits de Stace et d'Ovide, qu'ils mettent à côté des originaux. A seize, on vit de lui des Pastorales dignes de Virgile et de Théocrite; le style en est doux et facile, les pensées heureuses, les images rantes, les expressions pleines d'aménité et de graces. Un Poème intitulé la Forêt de Windsor, une Pastorale sur la naissance du Messie, sont à la suite de ces Égiogues, et ne les déparent point. On trouve dans le premier ouvrage, des descriptions charmantes de la vie champêtre; et dans le second, des idées sublimes et une poésie fort élevée. L'Essai sur la Critique, Poème assez connu en France par la Traduction de l'abbé du Resnel, parut en 1709, et mit le jeune poète au rang des plus beaux génies de l'Angleterre. On y remarque toute la solidité de l'âge-mûr, et tout l'agrément de l'imagination d'un jeune poète. Les compatriotes de Pope le mirent au-dessus de l'Art Poétique de Boileau. Il y a cependant une grande différence entre ces deux morceaux. Autant il y a dans le poète François d'ordre et de liaison, autant on remarque de confusion et d'embarras dans le poète Anglois: Rien n'y fixe l'esprit; il est difficile d'en lire deux chants sans fatigue. Le but de cet Essai, autant qu'on le peut saisir, est d'apprendre à connoître la portée de son génie, à discerner le bon du mauvais, et le clinquant de l'or. Il expose les qualités qui font non-seulement les bons critiques, mais encore les bons auteurs. Le Temple de la Renommée, Poème qui parut en 1710, offre encore moins d'ordre que l'Essai sur la Critique. (Voyez GAHAGANS.) Tout y est confus; le plan en est indéterminé, et l'auteur n'a pas su maîtriser son imagination. La Boucle de Cheveux enlevée, petit Poème en cinq chants, publié en 1712, n'a aucun des défauts de cette bizarre production. On y trouve de l'invention, de l'ordre, du dessein, des images et des pensées. On y remarque un comique riant, des allusions satiriques sans être offensantes, des plaisanteries délicates sur les femmes, peut-être plus capables de leur plaire que toutes les fleurettes de nos madrigaux. Ce Poème, plus galant, plus enjoué, mais moins régulier que notre Lutrin, est parmi les Anglois ce que le Vert-Vert est parmi nous. Il est pourtant inférieur au Poème François, pour la justesse des idées et le bon goût des ornemens. On doit encore blâmer l'auteur de n'avoir pas assez voilé certains endroits, qui offrent des images trop libres. (Marmontel en a donné, dans sa jeunesse, une imitation en vers françois.) Cette charmante bagatelle ne respire que la galanterie; mais l'Épître d'Héloïse à Abailard, autre production de Pope, paroît dictée par tout ce que l'amour le plus violent peut inspirer. (Voyez COLARDEAU.) Le poète y peint, avec des traits de feu, les combats de la nature et de la grace. Un travail plus considérable occupoit Pope lorsqu'il enfanta cette Épître; il préparoit une Traduction en vers de l'Iliade et de l'Odyssée. Toute l'Angleterre souscrivit pour cet ouvrage, et on prétend que l'auteur y gagna près de cent mille écus. Quand l'Homère Anglois parut, il ne démentit point l'idée qu'on en avoit conçue. On y trouva la richesse, la force, la majesté de la poésie de l'Homère Grec. Ce fut le temps de la plus grande gloire de Pope; mais ce fut également celui où l'envie lui suscita le plus d'ennemis. Il se vit environné d'un tourbillon d'insectes. On eut la bassesse d'attaquer dans des écrits publics, sa figure et sa taille, qui en effet n'étoient pas fort avantageuses. On voulut lui prouver qu'il n'entendoit point le grec, parce qu'il étoit puant, laid et bossu. Ces injures étoient trop grossières pour blesser l'amour propre, elles révoltèrent le sien. Il écrivit contre ses ennemis une satire sanglante, intitulée la Dunciade, c'est-à-dire l'Hébétide ou la Soïtiade. Il y passoit en revue les auteurs et même les libraires. Cette satire basse et indécente respire la fureur. L'auteur eut honte dans la suite de l'avoir enfantée. Il n'hésita point de la jeter au feu, en présence du docteur Swift qui la retira promptement et lui rendit le mauvais office de la conserver. Si Pope eût méprisé ses ennemis, il se fût épargné bien des chagrins; mais il se fit un devoir de résister à cet essaim d'êtres mal-faisans, ridiculement entêtés de mesures et de rimes, et ils n'en bourdonnèrent que davantage. Non contens de le traiter dans vingt libelles d'ignorant, de fou, de monstre, d'homicide et d'empoisonneur, ils firent courir dans les rues de Londres la relation d'une flagellation ignominieuse. Le titre de cette pièce singulière étoit Relation véritable et remarquable de l'horrible et barbare flagellation qui vient d'être commise sur le corps de Maître Alexandre POPE Poëte, pendant qu'il se promenoit innocemment à Hamwalks sur le bord de la Tamise, méditant des Vers pour le bien public. Cette flagellation a été faite par deux hommes mal-intentionnés, en dépit et vengeance de quelques Chansons sans malice que ledit Poëte avoit faites contr'eux. La relation porte que les deux mal-intentionnés, après avoir fouetté jusqu'au sang le malheureux Pope, l'avoient à peine laissé qu'il fut apperçu dans cet état par Mlle Blount, personne charitable et voisine du poëte. Elle prit au plus vite ce petit homme dans son tablier, remit sa culotte, le porta au bord de la rivière, et fit venir un bateau pour le transporter chez lui. Cette Dlle Blount étoit une très-jolie Angloise qu'il aimoit beaucoup. Une telle imposture remplit d'amertume le cœur de Pope. Il ne se contenta pas de faire écrire un Avis au public, où il attestoit qu'il n'étoit pas sorti de sa maison le jour marqué dans la relation, il voulut encore ajouter de nouveaux traits à la Dunciade. Ses amis lui conseillèrent de ne répondre à ses adversaires que par de nouveaux chefs-d'œuvre, et il enfanta l'Essai sur l'Homme. Une métaphysique lumineuse, ornée des charmes de la poésie; une morale touchante, dont les leçons pénètrent le cœur et convainquent l'esprit; des peintures vives, où l'homme apprend à se connoître pour apprendre à devenir meilleur: tels sont les principaux caractères qui distinguent le poëte Anglois. Son imagination est également sage et féconde; elle prodigue les pensées neuves, sait donner le piquant de la nouveauté aux pensées anciennes. Il embellit les matières les plus sèches, par le coloris d'une élocution noble, facile, énergique, variée avec un art infini. On ne taira pas cependant qu'il y a quelques descriptions trop étendues, et quelques pensées répétées; qu'on y trouve peu de solidité dans quelques principes, peu d'ordre et de liaison entre les idées; que le système qu'il présente est celui du Déisme, et qu'il ne peut être justifié que par des explications très-forcées. On n'ignore point que Ramsay a tenté de faire son apologie, dans une Lettre à Racine le fils, auquel Pope écrivit lui-même; mais il est bien difficile à quiconque a lu les ouvrages et connu les amis de Pope, de n'avoir pas quelques doutes sur ses sentiments. On a trouvé un peu extraordinaire que Pope soutint l'Optimisme; il étoit plutôt fait, suivant un auteur, pour soutenir le Pessimisme. Contrefait dans son corps, inégal dans son humeur, toujours malade, toujours à charge à lui-même, harcelé par cent ennemis jusqu'à son dernier moment; c'est au sein de l'inquiétude et des chagrins qu'il chantoit que Tout est bien. Mais de quelque façon qu'on juge de ses sentiments, son Essai sur l'Homme sera toujours un des plus beaux fruits du Parnasse. Plusieurs écrivains l'ont traduit en françois. La version de l'abbé du Besnel en vers, n'est pas assez littérale; et celle de M. Silhouette en prose, l'est trop. L'abbé Millot en a donné une en 1761, supé- rieure à celle-ci. Nous en avons deux traductions en vers, celle de l'abbé du *Resnel*, (*Voyez* son article) et celle de M. de *Fontanes*, 1783, in-3°, bien supérieure à la première. On trouve à la suite de la Traduction de l'abbé *Millot* une Épître morale de *Pope* sur la connoissance des hommes. C'est un tissu de réflexions fines, hardies et profondes, qui développent les replis du cœur humain. Le génie Anglois s'y montre dans tout son éclat et avec tous ses défauts. Cette Épître tient par son sujet à l'*Essai sur l'Homme*, et on peut la regarder comme une carte particulière, où est tracé en détail ce qu'une carte générale ne présente qu'en gros. *Pope* se signala par plusieurs Épîtres dans le même genre et qui méritent les mêmes éloges. S'il est un genre où *Pope* puisse être comparé à *Boileau*, c'est celui de l'*Épître*. On peut même dire que le poète Anglois présente un plus grand nombre d'idées que le poète François, et qu'il approfondit davantage ses sujets, sans cependant se perdre dans des spéculations trop subtiles, et sans tomber dans une obscurité qu'on reproche avec justice à l'*Essai sur l'Homme*. On rencontre souvent dans ses *Épîtres*, des peintures des mœurs, d'une vérité et d'une énergie singulières. Les *Satires* de *Pope* comme celles de *Boileau*, sont d'heureuses imitations d'*Horace*, dont il s'est approprié presque toutes les idées. Le satirique François a mieux rendu dans sa langue la légèreté, la fine plaisanterie et l'élégant badinage du favori de *Mécène*. *Pope* est plus mordant, plus amer, plus emporté, et sa manière tient plus de *Juvenal* que d'*Horace*. Parmi les *Satires* de *Pope*, on en trouve deux composées par le docteur *Jean Donne* doyen de Saint-Paul, écrivain aussi caustique que *Lucilius*, et non moins négligé dans son style. *Pope* les a retouchées, et conservant le fond des idées qui est excellent, il leur donne un nouveau coloris qui en augmente beaucoup la valeur. On peut mettre au nombre des satires de *Pope*, divers articles de sa façon, insérés dans le *Mentor moderne*, ouvrage périodique. On y trouve plusieurs traits d'imagination dans le goût de ceux dont le *Spectateur* est égayé, qui renferment une critique ingénieuse des mœurs et des ridicules du siècle. Dans une de ces Épîtres il fait la satire des femmes et leur impute bien des défauts. Une dame de la cour d'Angleterre en fit des reproches au poète. Cette dame dans sa jeunesse avoit été une des plus belles personnes de la cour et des plus vertueuses : elle menoit dans sa vieillesse une vie fort retirée. *Monsieur Pope*, lui dit-elle, un jour vous écriviez que toutes les femmes sont vicieuses au fond du cœur ; puis-je croire que vous pensez cela de moi et de plusieurs femmes qui me ressemblent? — Quand j'ai nommé toutes les femmes, répondit galamment le poète, je n'ai pu parler de vous, *Madame*, qui étiez un *Angé* dans votre jeunesse, et qui êtes une *Sainte* à présent. — Ah ! vous autres beaux esprits, repartit aussitôt cette dame, voilà comme vous êtes : vous divinisez les objets ou vous les foulez aux pieds... Il a encore composé des *Odes*, des *Fables*, des *Épitaphes*, des *Prologues*, et des *Épilogues*, qui sont regardés comme autant de bons ouvrages dans leur genre. L'auteur passe pour le poète le plus élégant et le plus correct, et ce qui est encore beaucoup, le plus harmonieux qu'ait eu l'Angleterre: Il a réduit les sif- flemens aigres de la trompette Angloise, aux doux sons de la flûte. Cependant il n'étoit point enthousiaste de la poésie. Toutes les fois que je me livre, dit-il, à quelque méditation sérieuse, je ne saurois regarder la poésie que comme un vain amusement et même un amusement aussi vain, que si une bête de somme se plai- soit à entendre le bruit de ses sonnettes sans porter le moindre fardeau: Nous ne parlerons point de ses Lettres, dont on a un recueil assez ample. S'il y en a deux ou trois qui puissent inté- resser le public, toutes les au- tres ne sont que d'un très-foible prix; et il en est ainsi de presque toutes les collections de ce genre. Ses différens Ouvrages ont été recueillis à Londres, 1751, vingt volumes in-8°, et à Edimbourg, 1764, en six vol. in-8°. Sa Tra- duction d'Homère ne se trouve point dans cette dernière édition. On a publié, en 1779, à Paris, les Œuvres complètes de Pope, traduites de l'Anglois; nouvelle édition, augmentée du texte An- glois; mis à côté des meilleures pièces, et de la Vie de l'Auteur, avec des figures en taille-douce, à huit volumes in-8°. La plupart des traductions insérées dans ce recueil, sont bien choisies; mais quelques - unes manquent d'élé- gance... Il ne nous reste plus qu'à faire connoître l'homme après avoir peint l'écrivain. Pope étoit bon parent et ami solide. Quoi- qu'il ait été accusé d'avarice, sa probité étoit exacte; il avoit de la philosophie, mais beaucoup plus dans l'esprit que dans le ca- ractère. Il étoit vain, railleur, colère, envieux, sacrifiant tout à sa réputation, d'une sensibilité puérile sur la critique, et ca- pable des plus grandes violences pour la repousser. Il alloit sou- vent chez son libraire, et il y donnoit de temps en temps des scènes de fureur, que sa figure, sa taille difforme, ses jambes torses, et peut-être sa profés- sion, rendoient comiques. Dans une de ses invectives contre mi- lord Harvey, il tâche de plai- santer sur la figure de ce sei- gneur, et il lui reproche jusqu'à ses graces. « Quand on songe, (dit Voltaire, qui auroit bien pu s'appliquer quelquefois cette ré- flexion), que c'étoit un petit homme contrefait, bossu par devant et par derrière, qui par- loit ainsi, on voit à quel point la colère et l'amour propre sont aveugles. » Lorsqu'on le plaisan- toit sur sa difformité, il avoit toujours une réponse prête. On lui dit un jour que le roi d'An- gleterre, en l'appercevant dans la rue, avoit demandé à ses cour- tisans: Je voudrois bien savoir, à quoi nous sert ce petit homme qui marche de travers? -à les faire marcher droit, répondit le poète. Pope manioit quelquefois le pin- ceau, mais il n'y réussissoit pas comme en poésie. Il plaisante lui-même sur le peu de talent qu'il avoit pour la peinture: « Ja- vois, dit-il, crucifié une seconde fois Jésus-Christ, et fait la Sainte Vierge aussi vieille que Sainte Anne sa mère. J'avois même osé imiter St. Luc. On dit qu'un Ange vint un jour chez lui, et qu'il y finit un de ses tableaux: P O P 161 vous jureriez que le Diable a mis la dernière main au mien. Ce qui me console, c'est que je n'ai point péché contre les commandemens de Dieu, et les images ne ressemblent à aucune chose qui soit dans le Ciel, sur la terre et au-dessous. Il n'y a point à craindre que personne leur rende aucun culte, à moins que ce ne soit quelques Indiens qui veulent que nous adorions leurs Pagodes ou leurs idoles, précisément à cause de leur laideur... » La santé de Pope fut toujours chancelante, et l'art fut souvent appelé au secours de la nature. Les papiers publics le firent mourir plusieurs fois avant son décès, et il eut le plaisir de voir annoncer sa mort, avec les éloges les plus pompeux. Enfin, il mourut réellement d'une hydropisie de poitrine le 30 mai (vieux style) 1744, à 56 ans, après avoir répandu ses bienfaits sur ses parens, ses amis et ses domestiques. Le règne de la poésie Angloise finit à Pope. Il dit lui-même quelque part qu'il étoit la dernière Muse d'Angleterre, et il dit vrai; car depuis lui à peine peut-on citer un seul poète.
POPELINIÈRE, (Lancelot Voësin, seigneur de la) gentilhomme Gascon, étoit Calviniste, et mourut Catholique en 1608. C'étoit un homme d'une imagination vive, mais mal réglée. On a de lui : I. Une Histoire de France, depuis 1550 jusqu'en 1577, en quatre volumes in-8.º Quoique sa matière soit vaste, il pouvoit se renfermer dans des bornes plus étroites. Il narre avec assez de netteté. Il est sincère et exact dans beaucoup d'endroits, et s'il ne l'est pas en tout, c'est parzèle pour le Calvinisme. II. Un ouvrage intitulé : Les Trois Mondes, in-4.º III. L'Histoire des Histoires, in-4, etc. Cet écrit est peu digne d'être lu. Ce n'est qu'un insipide recueil de bruits populaires. Voyez POUPELINIÈRE.
POPILIUS, (C.) de l'illustre famille des POPILIENS, qui donna plusieurs grands hommes à la république Romaine. Il fut député vers Antiochus roi de Syrie, pour l'empêcher d'attaquer Ptolomée roi d'Égypte et allié du peuple Romain. Le monarque Syrien chercha à éluder par adresse la demande des Romains; mais Popilius apperçut son dessein, et traçant avec sa baguette un cercle autour de lui, il lui ordonna de n'en point sortir sans lui donner une réponse décisive ou de paix ou de guerre. Cette action intimida tellement Antiochus qu'il renonça à son projet, l'an 168 avant Jésus-Christ, et évacua toutes les villes de l'Égypte où il avoit garnison. — Il ne faut pas confondre C. Popilius, avec un autre POPILIUS LENAS, scélérat obscur, qui étant l'un des satellites de Marc-Antoine, se chargea de tuer Cicéron, quoique cet orateur immortel lui eût conservé la vie par son éloquence.
POPILIUS NEPOTIANUS, Voyez NÉPOTIEN.
POPPÉE, (POPPEA Sabina) fille de Titus Ollius qui avoit été questeur, prit le nom de son aïeul maternel Poppeus Sabinus, lequel avoit illustré sa famille par les honneurs du triomphe et du consulat. Elle avoit les tableaux de *Rubens* étoit extrême. Il ressemblait à ce peintre par son enthousiasme pour son art, et par sa capacité pour les affaires. Il avoit une grande intelligence du coloris et du clair-obscur ; il imitoit parfaitement les objets qu'il vouloit rendre, et on a de lui des portraits estimés. Il a peint entre autres personnes, *Despréaux* et *Mad. Dacier*... Ses ouvrages sont : I. Un *Abrégé d'Anatomie, accommodé aux Arts de Peinture et de Sculpture*, publié sous le nom de *TORTEBAT*, 1667, in-fol. II. *Conversations sur la connoissance de la Peinture*, 1677, in-12. III. *Dissertation sur les Ouvrages des plus fameux Peintres*, in-12, 1681. IV. *Les premiers Elémens de la Peinture pratique*, 1684, in-12. V. *Traduction du Poème de du Fresnoy, avec des Remarques*, 1684, in-12. VI. *Abrégé de la Vie des Peintres*, 1715, in-12. VII. *Cours de Peinture par principes*, 1708, in-12. Tous ces ouvrages sont écrits avec beaucoup de netteté.
PILET, *Voyez MESNARDIÈRE*.
PILLADE, (Laurent) né en Lorraine dans le 16$^{e}$ siècle, obtint un canonicat à Saint-Dié, et s'amusa à la poésie. Dom *Calmet* déterra un de ses *Poèmes*, qu'il plaça dans sa *Bibliothèque de Lorraine*. Il roule sur la guerre des paysans d'Alsace, et peut servir plutôt à instruire sur quelques événements de cette guerre, qu'à prouver le goût de l'auteur.
PILON, (Germain) sculpteur et architecte de Paris, originaire du Maine, mort en 1590, fut un de ces hommes rares, destinés à tirer les arts des ténèbres de la barbarie, et à porter dans leur patrie le vrai goût du beau. Il est le premier sculpteur qui ait supérieurement rendu le caractère des étoffes. On voit plusieurs de ses ouvrages à Paris, qui font les délices des curieux. Il y a dans le cloître des grands Augustins, un *St. François* que ce sculpteur avoit fait en terre cuite, pour l'exécuter ensuite en marbre. L'église de Sainte-Catherine, la Sainte-Chapelle, Saint-Gervais, l'église des religieux Picpus, celle des Célestins, Saint-Etienne-du-Mont, sont ornés de plusieurs morceaux de sculpture admirables, eu égard au temps où ils ont été produits. On admiroit de lui les bas-reliefs de la chaire des grands Augustins de Paris ; mais l'ignorance les a gâtés et défigurés en les dorant.
PILPAY ou BIDPAY, Bramine Indien, gymnosophiste et philosophe, fut, à ce que l'on croit, gouverneur d'une partie de l'Indostan, et conseiller de *Dabschelim* qui étoit, dit-on, un puissant roi Indien. Il enseigna à ce prince les principes de la morale et l'art de gouverner, par des *Fables* ingénieuses qui ont rendu son nom immortel. Ces *Fables*, écrites en Indien, ont été traduites dans presque toutes les langues connues. L'auteur florissoit quelques siècles avant Jésus-Christ. On ne sait rien de bien assuré sur sa vie et sur ses ouvrages. *Antoine Galland* a traduit ses *Fables* en françois, avec celles de *Lockman*, Paris, 1714, 2 vol. in-12. M. *Cardonne* en a donné une 162 POP tous les agrémens de l'esprit, tous les charmes de la figure, et ce mélange de coquetterie, d'artifice et de graces qu'ont eu tant de femmes célèbres. Elle avoit tout, dit *Tucite*, hors des mœurs. Mariée à un chevalier Romain, nommé *Rufus Crispinus*, elle en avoit eu un fils, lorsqu'*Othon*, qui fut depuis empereur, et alors favori de *Néron*, l'enleva à son mari et l'épousa. Soit par un excès d'amour, soit pour augmenter son crédit auprès du prince, il ne cessa de la louer devant *Néron*, qui la vit et qui en devint amoureux. Après lui avoir résisté quelque temps, *Poppée* l'écouta favorablement. L'empereur éloigna alors *Othon* de Rome, sous le prétexte glorieux de lui donner le gouvernement de Lusitanie. Il répudia ensuite sa femme *Octavie*, qui étant stérile, fut bientôt sacrifiée à sa rivale, et il épousa *Poppée*. (*Voy. II. OCTAVIE.*) Il en eut une fille : la naissance de cette enfant causa à *Néron* des transports de joie violens. Il lui donna le nom d'*Auguste*, ainsi qu'à sa mère, l'une des plus belles femmes de son temps. *Poppée* ne jouit pas longtemps de sa faveur sous un prince cruel et bizarre. Elle mourut d'un coup de pied que lui donna *Néron*, lorsqu'elle étoit grosse, l'an 65 de Jésus-Christ. *Néron* au désespoir, la pleura et la fit embaumer avec les plus riches parfums de l'Europe et de l'Asie. Il fit plus, il prononça en grand deuil, son oraison funèbre sur la tribune Romaine, et les Romains de ces temps corrompus applaudirent à l'éloge d'une femme galante, comme leurs ancêtres avoient applaudi six cents ans auparavant, à l'éloge de *Brutus*, le libérateur de sa patrie. Les soins que *Poppée* prenoit de sa beauté, sont célèbres : elle so baignoit tous les jours dans du lait d'ânesse.
POQUELIN, *Voy. MOLIÈRE.*
POQUET, *Voy. LIVONIÈRE.*
PORCACCHI, (*Thomas*) écrivain Toscan, né à Castiglione-Aretino, mourut en 1585. Il traduisit en italien *Justin*, *Dion*, *Plutarque*, et d'autres auteurs Grecs et Latins. On a de lui d'autres ouvrages, dont le plus curieux est intitulé : *Funerali antichi di diversi Popoli* • *Nationi con figure del porto*, à Venise, 1574, in-4.º Il cultiva aussi les Muses italiennes et latines; mais il eut moins de succès en vers que dans les recherches d'érudition. On cite encore son *Isole del mondo*, 1620, in-fol.
PORCAIRAGUES, *Voyez AZALAIS.*
PORCELLETS, (*Guillaume des*) d'une des plus anciennes familles de Provence, seigneur en partie de la ville d'Arles, suivit en 1265 *Charles premier* roi de Naples dans son royaume de Sicile. Il se signala à la conquête de Naples, et mérita le titre de chevalier et le gouvernement de la ville de Pouzzol. Sa haute probité, sa sagesse et la douceur de son gouvernement, le firent seul épargner à Palerme pendant l'horrible massacre des *Vépres Siciliennes*. (*Voyez PROCHITA.*) On prétend que le nom de *Porcellets* vient d'une imprécation d'une pauvre femme, à qui une dame de cette maison refuse l'aumône avec aigreur. La pauvre lui dit : P O R 163 Je prie Dieu, Madame, que vous fassiez autant d'enfants que la truie qui passe par-là mène de petits. En effet, ajoute t-on, la dame accoucha de neuf enfants; mais ce conte paroît imité d'un autre beaucoup plus ancien, et vraisemblablement aussi peu fondé.
PORCELLUS ou PORCELLUS, (Pierre) écrivain de Naples, fut ainsi appelé parce qu'il garda, à ce que l'on croit, les pourceaux dans sa jeunesse. On ne sait comment il sortit de l'obscurité; ce qu'il y a de constant, c'est qu'il se qualifie Secrétaire du Roi de Naples. Ses talens lui procurèrent l'amitié et l'estime de Frédéric duc d'Urbin et célèbre général, mort en 1482. Il se trouva en 1452 dans l'armée des Vénitiens, qui étoient en guerre contre les Milanois. Porcellus y étoit, non comme guerrier, mais comme témoin des belles actions du comte Jacques Piccinino qui combattoit à ses frais pour les Vénitiens. Ce héros l'honoroit de son estime, le logeoit avec lui, et l'admettoit tous les jours à sa table. Porcellus écrivit l'Histoire de ce général, et l'adressa à Alphonse d'Aragon, sous ce titre: Commentaire du Comte Jacques PICCININO, appelé Scipion Emilien. Ce morceau d'Histoire, qui fut publié en 1731 par Muratori, dans le tome 20e de ses Écrivains d'Italie, plait par les agrémens du style. Il prodigue les louanges à Piccinino son héros; mais il le fait avec tant de grace, qu'on seroit tenté de les lui pardonner, si la flatterie étoit excusable dans un historien. Son ouvrage est en neuf livres: il avoit fait une suite de cette Histoire, mais elle est demeurée manuscrite. On a encore de Porcellus, des Epigrammes d'un style simple et naturel. On les trouve dans un Recueil de Poésies Italiennes, in-8°, 1539.
PORCHAIRE, (Saint) abbé de Lérins en 731, étoit à la tête de cinq cents moines, lorsque les Sarasins ou Maures d'Espagne vinrent fondre sur cette isle, au retour du siège d'Arles. Ces barbares massacrèrent tous ces saints religieux, à l'exception de quatre qu'ils emmenèrent avec eux. Ceux-ci s'étant sauvés, revinrent à Lérins, et n'y trouvèrent qu'un saint vieillard appelé Eleuthère, qui s'étoit caché dans une grotte pendant cette horrible boucherie. Ils l'élurent pour abbé, après avoir fait revenir d'Italie trente-six religieux, que St. Porchaire y avoit envoyés à la première nouvelle des incursions des Sarasins en Provence.
PORCHÈRES D'ARBAUD, (François de) né à Saint-Maximin en Provence, se distingua de bonne heure par son talent pour la poésie françoise. Il fut un des élèves de Malherbe, qui lui légua la moitié de sa bibliothèque. Porchères obtint une place parmi les premiers membres de l'académie Françoise, et mourut l'an 1640 en Bourgogne où il s'étoit marié. Ses poésies sont: I. Une Paraphrase des Pseaumes Graduels. II. Des Poésies diverses sur différens sujets, in-8°, à Paris 1633; et plusieurs autres Pièces, insérées dans les Recueils de son temps. III. On lui attribue un Sonnet sur les Yeux de la Belle Gabrielle d'Estrées, qui lui valut, dit-on, une pension de 1400 livres. C'étoit payer bien chèrement un ouvrage très-médiocre. Il se trouve dans un Recueil de 1607 intitulé : *Le Parnasse des excellens Poètes de ce temps*, tome premier, page 286. IV. Une *Ode* à la louange du cardinal de *Richelieu*, pour le remercier de lui avoir donné une place à l'académie.
PORCHERON, (Dom David-Placide) Bénédictin et bibliothécaire de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, naquit, à Châteauroux en Berri, l'an 1652. Les langues, l'histoire, la géographie, les généalogies et les médailles, entroient dans la sphère de ses connoissances. Ce pieux et savant religieux mourut à Paris dans l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, le 14 février 1694, à 42 ans. On a de lui : I. Une édition des *Maximes pour l'éducation d'un jeune Seigneur*, qu'il publia en 1690, après en avoir réformé le style. Il y ajouta une Traduction des *Instructions* de l'empereur *Basile le Macédonien* pour *Léon* son fils, et la *Vie* de ces deux princes. II. Une édition de la *Géographie de l'Anonyme de Ravenne*, qu'il publia en 1688, in-80, avec des *Notes* aurieuses et savantes : ouvrage très-utile pour la géographie du moyen âge. III. Il contribua à la nouvelle *Édition de Saint-Hilaire*, et à quelques autres éditions publiées par ses confrères.
PORCHETTI DE SILVATICIS, savant et pieux Chartreux Génois, qui vivoit vers 1315, s'occupa dans sa solitude à réfuter les Juifs, dans un livre intitulé : *Victoria adversus impios Hebræos*, Paris 1520, in-folio; gothique, assez rare. Cet ou- vrage, dont *Raimond Martin* lui avoit fourni le modèle, et qui depuis fut copié par *P. Galatin*, renferme quelques raisonnemens peu concluants; et l'on doit plus louer le zèle de l'auteur que sa logique. *Voy*. III. JUSTINIANI.
PORCIE, fille de *Caton d'Utique*, et femme en première noces de *Bibulus*, puis de *Brutus*, se rendit illustre par son esprit et par son courage. Dans le temps que *Brutus* devoit exécuter la conjuration contre *César*, qu'on lui cachoit, elle se fit elle-même une grande blessure. Son mari demanda la raison d'une si étrange conduite. *C'est*, répondit-elle, pour vous faire connaître avec quelle constance je me donnerois la mort, si l'affaire que vous allez entreprendre venoit à échouer et causer votre perte... *Brutus* ayant perdu la vie quelques années après, elle ne voulut point lui survivre. Ses parens s'opposèrent à ce dessein funeste, et lui ôtèrent toutes les armes avec lesquelles elle pouvoit se nuire; mais elle avala des charbons ardens, dont elle mourut l'an 42 avant J. C.—Il y a eu une autre PORCIE sœur de *Caton d'Utique*, de laquelle *Cicéron* parle avec éloge.
PORCIO, (Camillo) *Voyez* CORDES, n.º I.
PORCIUS, *Voyez* CATON LE CENSEUR; et PLACENTIUS. I. PORDENON, (Jean-Antoine *Licinio-Regillo*, dit) peintre, né en 1484 au bourg de *Pordenon* dans le Frioul, à huit lieues d'Udine, mourut en 1540, à 56 ans. Ce fut dans l'école du *Giorgion* qu'il étudia les effets piquans de la nature, pour les transporter dans ses ouvrages. La beauté de son coloris, son style grand et noble, sa facilité et son goût de dessin, le firent souvent rechercher préférablement au *Titien*. Ce grand peintre ne put voir sans jalousie et sans émotion la haute réputation que le *Pordenone* acquéroit. Il fut toujours son ennemi et son rival. Une jalousie si marquée faisoit tenir le *Pordenone* sur ses gardes. Lorsqu'il travaillait dans la même ville que le *Titien*, il avoit son épée au côté et une rondache près de lui, suivant l'usage des braves de son temps. *Charles-Quint* combla ce peintre de biens, et le décora du titre de chevalier. Le *Pordenone* a beaucoup peint à fresque; il y a plusieurs villes d'Italie enrichies de ses ouvrages. Son tableau de *St. Augustin*, et deux chapelles qu'il a peintes à fresque à Vicence, font singulièrement honneur à ce célèbre artiste.
II. PORDENON LE JEUNE, (Jules *Licinio* dit) neveu du précédent, né à Venise, mort à Augsbourg en 1561, fut élève de son oncle, et réussissoit dans la peinture à fresque. Il a peint à Venise et dans plusieurs autres endroits de l'Italie. Les magistrats d'Augsbourg, charmés des ouvrages qu'il y a faits, ont cru devoir honorer sa mémoire par une inscription particulière.
PORÉE, *Voyez* PORRÉE. I. PORÉE, (Charles) Jésuite, né le 14 septembre 1675 à Vendes près de Caen, entra dans la société des Jésuites en 1692. Il professa d'abord les humanités en province, et se fit une grande réputation. Appelé à Paris pour y faire sa théologie, il fut chargé en même temps de la direction de quelques pensionnaires. Les progrès qu'ils firent sous un tel maître, l'idée que ses supérieurs avoient de ses talens, le firent nommer en 1708 professeur de rhétorique au collège de *Louis le Grand*: emploi qu'il n'accepta qu'à regret. Si l'on n'eût écouté que ses inclinations et ses instances, il se seroit consacré pour toujours aux missions chez les Infidelles. Le *P. Porée* choisi presque immédiatement après le *P. Jouvenci*, le remplaça dignement. Même zèle, même piété, même application; mais plus d'esprit, plus de génie, plus d'élévation dans le successeur. Une latinité moins élégante et moins pure; mais un style plus vif et plus ingénieux. On lui a reproché de n'avoir point l'éloquence nombreuse et périodique de *Cicéron*; mais il ne vouloit pas l'avoir. Le style coupé, pressé, vif, lui paroissoit plus convenable pour des discours académiques, tels que ceux qu'il prononçoit à l'ouverture des classes, et plus propre à aiguiser l'esprit des jeunes gens et à exercer leur imagination. Le *P. Porée* forma des élèves dignes de lui pendant les trente-trois années qu'il occupa la place de professeur, jusqu'à sa mort arrivée le 11 janvier 1741, à 66 ans. Il aimoit ses disciples, et il avoit l'art de s'en faire aimer. Il les rappeloit à leur devoir par la douceur, et à la vertu par ses exemples. Occupé uniquement de son emploi, il étoit presque aussi solitaire au milieu de Paris que dans un désert. On a de lui: I. Un *Recueil de Harangues*, publié à Paris en 1735, en 2 vol. in-12. On ne peut nier qu'il n'y ait dans ses discours un grand nombre de tours ingénieux, de pensées fines, d'expressions vives et saillantes; mais il eût été à souhaiter qu'il en eût retranché des jeux de mots, généralement réprouvés par les gens de goût. II. Un second *Recueil* de ses *Harangues*, Paris, 1747, in-12. Il y en a quelques-unes sur des sujets pieux, dans lesquelles il est plus simple que dans ses Discours d'apparat. Il ne pense qu'à éclairer l'esprit et à toucher le cœur, et il réussit. III. Six *Tragédies* latines, publiées en 1725, in-12, par le P. *Griffet* qui les a ornées d'une *Vie* de l'auteur. Il y a plusieurs morceaux pleins d'élévation, de noblesse et de pathétique; mais tout n'est pas égal. IV. Cinq *Comédies* latines, en prose, 1749, in-12, qui ont vu le jour par les soins du même éditeur. Le comique du P. *Porée* est gracieux et toujours décent. Il n'a pas le *vis comica* de *Plaute*, ni l'élégante simplicité de *Térence*; mais on y admire la flexibilité de son esprit, et sur-tout l'attention d'y amener une morale exacte, à la portée des jeunes gens. Le P. *Porée* a fait d'autres pièces fugitives, telles que celle qu'il composa sur la dernière maladie du P. *Commire*, où l'on remarque beaucoup d'imagination et de poésie. On a gravé son portrait, avec ces mots au bas, qui renferment un éloge d'autant plus flatteur, qu'il est fondé sur la plus exacte vérité: *Pietate an ingenio, poësi an eloquentia, modestia major an fama?* L'abbé *Ladvocat* blâme l'usage de faire représenter des comédies aux écoliers, et prétend qu'on devroit leur préférer les exercices en forme de plaidoyers, que *Rollin* a introduits, et dont on se sert, dit-il, depuis le P. *Porée* dans le collège de *Louis le Grand*. Cet habile Jésuite avoit employé ce moyen établi par le P. *le Jay*, et on convient qu'il l'avoit porté à toute la perfection dont il étoit susceptible. Mais il croyoit le théâtre plus propre à corriger le ridicule des jeunes gens, et à leur donner de la hardiesse pour les actions publiques auxquelles on les destine. Personne ne conteste cet avantage; mais les représentations théâtrales des collèges ont donné souvent aux jeunes gens le goût des spectacles, et ce n'a pas été au profit des mœurs.
II. PORÉE, (Charles-Gabriel) frère du précédent naquit à Caen en 1685. Le dégoût que ses premiers maîtres lui firent prendre pour l'étude dura jusqu'à 25 ans qu'il se cassa la jambe. La lecture, sa ressource contre l'ennui pendant la guérison de cet accident, devint une passion qui ne le quitta qu'avec la vie. Il entra dans la congrégation de l'Oratoire, d'où son frère le fit sortir bientôt après, pour le placer auprès de l'illustre *Fénélon* en qualité de bibliothécaire. Ensuite il fut curé dans l'Auvergne jusqu'en 1728, que le roi lui donna dans la cathédrale de Baïeux un canonicat qu'il résigna deux ans après. On le contraignit encore d'accepter la cure de Louvigny près de Caen; il la garda 20 ans. Retiré dans cette ville au sein de sa famille, il partagea son temps entre la prière et l'étude, jusqu'au 17 juin 1770, qu'il mourut à 85 ans. Il étoit gai, franc, sensible, charitable, es- timé de ses supérieurs, haï des hypocrites, et chéri de tous les honnêtes gens. Nous avons de lui: I. *Examen de la prétendue possession de Landes*, et *Réfutation d'un Mémoire où l'on s'efforce de l'établir*. Il fit cet ouvrage justement estimé, conjointement avec M. *Dudouet* médecin à Caen. II. *La Mandarinade*, ou *Histoire du Mandarinat de l'Abbé de Saint-Martin*, connu dans le dix-septième siècle par ses ridicules; cette Histoire, en 3 vol. in-12, renferme beaucoup d'anecdotes amusantes sur l'abbé qui en est le héros. Ses extravagances fournirent, dit-on, à *Molière* l'idée du *Bourgeois Gentilhomme*. III. *Quatre Lettres sur les sépultures dans les églises*, 1745. Elles sont écrites d'une manière intéressante. Cet ouvrage fut attaqué; il y répondit par un petit écrit sous le titre d'*Observations*. IV. *Nouvelles Littéraires de Caen*, 3 vol. in-8. Il les commença en 1742, et les continua jusqu'à la fin de 1744. C'est un recueil de Pièces en prose et en vers des Académiciens de cette ville. V. *Quarante-quatre Dissertations sur différents sujets*, lues à l'académie de Caen, dont *Porée* a été pendant 30 années un des principaux ornemens. Onze de ces *Dissertations* ont été imprimées dans les *Mémoires* de cette académie, et dans les *Nouvelles Littéraires*. VI. Un grand nombre de *Corrections* et d'*Additions* pour une nouvelle édition du *Dictionnaire de Trévoux*, restées manuscrites.
PORETTE, *Voy*. PORRETTE.
PORLIER, (Pierre) seigneur de *Goupilières* en Normandie, fut maître des comptes à Paris, et rendit un service important à l'ordre de Malte en 1714. Les Turcs sachant qu'il n'y avoit point de poudre dans l'isle, résolurent d'en faire le siège. *Porlier*, sensible aux malheurs dont la Religion étoit menacée, les prévint en vendant sa vaisselle d'argent et d'autres effets précieux, pour acheter une grande provision de poudre qu'il fit passer dans cette isle. Le grand maître *Perellos de Rocafull*, pénétré d'estime et de reconnoissance pour une action aussi généreuse, envoya à *Porlier* la croix de l'Ordre. Il mourut à Paris dans un âge fort avancé. I. PORPHYRE, philosophe Platonicien, né à Tyr l'an de J. C. 223, étudia d'abord l'éloquence et la philosophie à Athènes sous *Longin*. De là il passa à Rome où il prit *Plotin* pour maître. Après la mort de ce philosophe, il enseigna avec succès et eut un grand nombre de disciples. On dit qu'il épousa la veuve d'un de ses amis, pour être plus à portée de faire du bien à sa femme et à ses enfans. Il mourut sous le règne de *Dioclétien*, après s'être fait un grand nom par ses talens et par sa manière de vivre. Son génie étoit vif, entreprenant, passionné pour la nouveauté. Il trouvoit du ridicule dans les choses qui occupent le plus sérieusement les autres hommes. Son savoir s'étendoit à tout, et il avoit fait un grand nombre d'ouvrages. Le plus célèbre est celui qu'il composa contre les Chrétiens. Nous ne l'avons plus; mais il falloit qu'on le crût bien dangereux ou qu'il fût bien répandu, puisqu'une partie des saints Pères l'a réfuté. *Porphyre* 168 POR frappé de la conformité de l'histoire avec les Prophètes, voulut prouver que celles de Daniel avoient été faites après coup, et formées sur les historiens par un écrivain qui avoit emprunté le nom de ce prophète. Mais on lui démontra le contraire, en exposant la tradition constante des Juifs et la manière dont s'est formé le Canon des Livres Saints. Théodose le Grand fit brûler cet ouvrage en 388. Ses Traités De abstinencia ab animalibus necandis, et De vita Pythagora, parurent à Cambridge, 1655, in-8°, avec les notes de Luc Holstenius; et Utrecht, 1767, in-8°. On a encore de lui, De antro Nympharum, Trajecti-ad-Rhenum, 1765, in-4°. On a imprimé sous son nom Porphyrii Isagoge, latinè, à Ingolstadt, 1592, in-fol.; rare. Le Traité sur l'Abstinence des Viandes a été traduit en françois par de Burigni, 1747, in-12.
II. PORPHYRE, (Publius Optatianus) Poète Latin, floris-soit sous l'empire de Constantin le Grand. Il composa en vers le Panégyrique de ce prince. Ce Poème présenté à l'empereur, valut à l'auteur le rappel de l'exil où il étoit alors. Il fut imprimé à Augsbourg en 1595, infolio de 28 feuillets, sur un manuscrit tiré de la bibliothèque de Paul Velser. Rien n'est si ridicule que les difficultés que le poète a recherchées dans la composition de cet ouvrage. Ce sont des acrostiches au commencement et au milieu des vers, des chiffres entrelacés, des figures de mathématiques, etc., sur chaque page. Voyez RABAN-MAUR.
PORPHYRE, (Saint) Voyez ONESIPHORE.
PORPHYROGÉNÈTE, Voyez CONSTANTIN, n° VII.
PORQUET, (Pierre-Charles-François) né à Vire en Normandie le 12 janvier 1728, devint aumônier de Stanislas roi de Pologne, et plut à la cour de Luneville par son esprit agréable. Il cultivoit la poésie, et en fit naître le goût à M. de Boufflers dont il avoit été précepteur. Les Almanachs des Muses renferment plusieurs pièces de l'abbé Porquet, et l'on distingue parmi elles une Ode sur le bonheur, et des Stances sur l'espérance. Nous nous permettrons d'en citer deux autres très-courtes, parce qu'elles peuvent faire juger du talent et du genre d'esprit de l'auteur. La première est sur l'amour propre : De son esprit, dit-on, l'homme pense trop bien : C'est le commun avis : pour moi, je n'en crois rien. Notre esprit a sa conscience, De sa foiblesse on ne fait point l'aveu ; Mais on la sent, on est juste en silence Sur ce point délicat, bien qu'on en souffre un peu ; Les plus sévères yeux sont peut-être les nôtres. On ne se trompe point ; on veut tromper les autres : Surprendre leur estime est un larcin permis, Et nos dupes toujours sont nos meilleurs amis. La seconde est une réponse à une personne qui demandoit ce que c'étoit que des longueurs dans un ouvrage : Est trop court qui me plaît, est trop long qui m'ennuie ; Sur l'inutile seul le bon goût se ré- crie, Et le sentiment même a sa précision. La richesse de l'art naît de l'éco- nomie. Dans un tableau bien fait tout est expression. Cette science est peu commune ; C'est le secret des bons auteurs. L'ouvrage le plus court peut avoir des longueurs ; Le plus long n'en avoir aucune. L'abbé Porquet étoit d'une très- petite stature et d'une très-petite santé ; aussi disoit-il de lui- même : Je ne suis qu'empaillé dans ma peau ; et Mad. de Boufflers lui faisoit dire dans un couplet : Hélas ! quel est mon sort ! L'eau me fait mal, le vin m'enivre ; Et le café fort Me met à la mort. Cet abbé se prêtoit avec grace à toutes les plaisanteries, à tous les jeux de la société, et réu- nissoit le bel esprit au bon esprit. Il est mort à l'âge de 73 ans, le 20 novembre 1796.
PORRAL, (Claude) médecin de Lyon, anobli par la reine Catherine de Médicis à laquelle il donna des soins lorsqu'elle passa à Lyon, publia en 1539 un Com- mentaire d'Aranius, sur le Traité d'Hippocrate, relatif aux blessu- res de la tête. Il a été réimprimé en 1579.
PORRÉE, (Gilbert de la) né à Poitiers, fut chanoine, puis évêque de cette ville, après avoir enseigné la philosophie et la théo- logie avec une réputation ex- traordinaire. Le goût de son siècle étoit, en logique et en théolo- gie, d'analyser tout et de don- ner des noms différents aux dif- férentes qualités des objets. Gil- bert de la Porrée le suivit. Il avoit composé plusieurs ouvrages théo- logiques, et avoit traité les dog- mes de la religion selon la mé- thode des logiciens. Ainsi, par exemple, en parlant de la Tri- nité, il avoit examiné la nature des Personnes divines, leurs at- tributs, leurs propriétés. Il avoit examiné quelle différence il y avoit entre l'essence des Person- nes et leurs propriétés, entre la nature divine et Dieu, entre la nature et les attributs de Dieu. Comme tous ces objets avoient des définitions différentes, Gil- bert jugea qu'ils étoient différens : que l'essence ou la nature de Dieu, sa divinité, sa sagesse, sa bonté, sa grandeur, n'étoient pas Dieu, mais la forme par la- quelle il est Dieu. Voilà, ce me semble, dit Pluquet, le vrai sen- timent de Gilbert de la Porrée. Ainsi il regardoit les attributs de Dieu et la Divinité, comme des formes différentes ; et Dieu où l'Être souverainement parfait, comme la collection de ces for- mes. Voilà l'erreur fondamentale de Gilbert de la Porrée. Il en avoit conclu que les propriétés des personnes divines n'étoient pas ces personnes, que la Nature di- vine ne s'étoit pas incarnée. Gil- bert de la Porrée conserva tous ces principes lorsqu'il fut élu évêque de Poitiers, et les expliqua dans un discours qu'il fit à son clergé. Arnauld et Calon ses archidia- cres, le déférèrent au pape Eu- gène III qui étoit alors à Sienne sur le point de passer en France. Lorsqu'il y fut arrivé, il fit exa- miner l'accusation qu'on avoit portée contre l'évêque de Poitiers. Ce prélat fut appelé à une assemblée qui se tint à Paris en 1147, et ensuite au concile de Rheims tenu l'année suivante, et dans lequel on condamna les sentimens de Gilbert. Ce prélat rétracta ses erreurs, et se réconcilia sincèrement avec ses dénonciateurs. Il mourut en septembre 1154. Quelques-uns de ses disciples persévérèrent dans leurs sentimens; mais ils ne formèrent point un parti.
PORRÊTE, (Marguerite) femme du Hainault, vint à Paris, où elle composa un Livre rempli des erreurs renouvelées par les Quiétistes modernes. Elle y disoit entr'autres choses, qu'une personne anéantie dans l'amour de son Créateur, peut satisfaire librement tous les désirs de la nature, sans crainte d'offenser Dieu. Elle soutint opiniâtrement cette doctrine, qui la fit condamner à être brûlée en 1310.
PORRUS, (Pierre-Paul) imprimeur Milanois, vint prendre son domicile à Turin dans le 16e siècle, et y publia un grand nombre d'éditions recherchées. On distingue le Pseautier Pentaglofte de Justiniani. Sa devise étoit un porreau placé entre deux P, par allusion aux trois de son nom. Voyez JUSTINIANI.
PORSENNA; roi d'Étrurie; dont la capitale étoit Clusium, (aujourd'hui Chiusi en Toscane) alla assiéger Rome l'an 507 avant J. C., pour rétablir Tarquin le Superbe. Ce siège réduisit les Romains à la dernière extrémité; mais le courage de Clélie, d'Horatius-Coclès et de Mutius-Scævola, (Voyez ces trois articles) obligea Porsenna de le lever. Il mourut peu de temps après. I. PORTA, (Jean-Baptiste) gentilhomme Napolitain, s'est fait un nom par son application aux belles-lettres et aux sciences, sur-tout à l'étude des mathématiques, de la médecine et de l'histoire naturelle. Il tenoit souvent chez lui des assemblées de gens de lettres, dans lesquelles on traitoit des secrets chimériques de la magie. La cour de Rome, instruite de l'objet qui occupoit cette petite académie, lui défendit de la tenir. Il se consacra alors aux Muses, et composa des Tragédies et des Comédies qui eurent quelques succès. Sa maison fut toujours cependant la retraite des gens de lettres et des étrangers, admirateurs du mérite de Porta qui mourut en 1515, à 70 ans. On a de lui: I. Un Traité de la Magie naturelle, en latin, Amsterdam, 1664, in-12; traduit en françois par Meissonnier, Lyon, 1688, in-12: livre plein d'idées chimériques et extravagantes. II. Un autre Traité de la Physionomie, composé dans le même esprit que le précédent. L'auteur entêté de l'astrologie judiciaire, l'a rempli d'inepties. Cet ouvrage imprimé à Leyde en latin, 1645, in-12, fut traduit en françois par Rault, Rouen, 1655, in-8. On l'a aussi en italien, Venise, 1652, in-8°: édition extrêmement rare. III. De occultis Litterarum notis; réimprimé à Strasbourg en 1606, avec des augmentations. C'est un Traité de la manière de cacher sa pensée dans l'écriture, ou de découvrir celle des autres. Il y donne plus de cent quatre-vingts ma- nières de se cacher; et en laisse encore une infinité d'autres à deviner, qu'il est aisé d'inventer sur celles qu'il propose. Ainsi il a surpassé de beaucoup tout ce qu'avoit fait *Trithème* sur ce point, particulièrement dans sa *Polygraphie*; soit par sa diligence et son exactitude; soit par son abondance et sa diversité; soit enfin par sa netteté et par sa méthode. IV. *Phytognomonica*, seu *Methodus cognoscendi ex inspectione vires abditas cujuscumque rei*, Neapoli, 1583, in-fol. V. *De Distillationibus*, Romæ, 1608, in-4.º C'est à J. B. Porta que nous devons l'invention de la Chambre obscure, perfectionnée depuis par s'*Gravesande*. Il avoit conçu le projet d'une *Encyclopédie*.
II. PORTA, (Joseph) prit le surnom de *Salviati*, parce qu'il fut disciple du peintre de ce nom. Il naquit à Castel-Nuovo dans la Garsagnana en 1535, et mourut à Venise en 1585, à 55 ans. Il se fit une manière qui tenoit du goût Romain et du Vénitien. *Porta* excelloit également à peindre à fresque et à l'huile. Le pape *Pie IV* et le sénat de Venise exercèrent long-temps son pinceau. Cependant ces occupations ne l'empêchèrent point de s'attacher aux sciences, et principalement à la chimie, dont il tira plusieurs secrets pour son art. Ce maître avoit un dessin correct, un bon goût de couleur; il inventoit facilement: mais on remarque dans ses ouvrages trop d'affectation à exprimer les muscles du corps humain. *Porta* étoit un de ces savans avares qui ne travaillent que pour eux, et ne veulent point que les autres profitent de leurs découvertes et de leurs lumières. Il avoit composé plusieurs *Traités de Mathématiques* qu'il jeta au feu, ainsi que ses dessins et ses études, dans une maladie dont il crut mourir.
III. PORTA, (Simon) *Portius*, Napolitain, fut disciple de *Pomponace*, dont il embrassa les opinions et la doctrine. Après avoir brillé dans différentes villes d'Italie, il professa la philosophie à Pise, et mourut à Naples en 1554, à 57 ans. On a de lui divers Traités de philosophie morale, qu'on a recueillis à Florence, in-4.º, en 1551. Cette collection renferme ses *Traités De Mente humand*; *De Voluptate et Dolore*, et *De Coloribus Oculorum*. On a encore de lui: I. *De rerum naturalium Principiis libri duo*, 1553, in-4.º Ce livre est rare. II. *De Conflagratione agri Puteolani*, Florenciæ, 1551, in-4.º III. *Opus Physiologicum, in quo tractatur, num ars chymica verum aurum efficere queat?* Messanæ, 1618, in-4.º, etc.—Il y a eu un *Simon Pontius*, Romain, auteur du *Lexicon Graeco-Barbarum et Graeco-Litteratum*, 1635, in-4.º; et d'une *Grammaire* de la langue grecque vulgaire, 1638, in-4.º I. PORTE, (Maurice de la) Parisien, mort en 1571, à 40 ans, est le premier auteur qui ait rassemblé les Épithètes françoises. Le P. *Daire* qui a fait un ouvrage sous le même titre, parroit n'avoir pas connu celui de la *Porte*. Il fut imprimé à Paris en 1580, in-8.º Le but de ce compilateur est de faciliter l'intelligence des poètes. Mais ce livre n'a pu être utile qu'à des nouvelle édition, augmentée de quelques *Fables* qu'il a traduites, en 3 vol. in-12. *Le Naufrage des Isles flottantes ou la Basiliade*, Paris, 1755, in-12, est un autre ouvrage attribué à *Pilpay*.
**PILUMNUS, Voyez PICHUMNUS.**
**PIMPIE, (La) Voyez SOLIGNAC.**
**PINA, (Jean de) Jésuite**, né à Madrid en 1582, mort en 1657, à 75 ans, fut prédicateur, recteur et provincial dans sa Société. On a de lui : I. *Commentaire sur l'Ecclésiaste*, en 2 vol. in-folio. II. Un autre sur l'*Ecclésiastique*, en 5 vol. in-folio. On dit qu'il avoit lu tous les Pères Grecs et Latins, qu'il en avoit extrait cent volumes, et que chaque volume étoit de cinq cents pages, tous écrits de sa main; mais on ne dit pas si cette compilation immense étoit bien digérée. Il y a apparence que non, du moins si l'on en juge par les ouvrages imprimés de *Pina*, qui ne sont qu'un recueil informe de passages.
**PINÆUS, Voyez PINEAU.**
**PINAMONTI, (Jean-Pierre) Jésuite**, né à Pistoie en Toscane l'an 1632, se consacra aux missions de la Campagne, avec le célèbre P. *Ségneri*. Il fut un grand maître dans la conduite des ames. La duchesse de *Modène* le choisit pour son confesseur, et le grand duc *Cosme III* lui donna le même emploi auprès de lui, après la mort du P. *Ségneri*. Le pieux directeur continua cependant toujours ses travaux apostoliques, au milieu desquels il termina sa carrière, à Orta au diocèse de Novare en 1703, à 71 ans. Il y a eu peu de missionnaires aussi humbles, aussi austères, aussi puissans en œuvres et en paroles. Nous avons de lui un grand nombre d'Ouvrages de piété, en italien, recueillis en 1706, in-folio, à Parme... Le plus connu est celui que le Père de *Courbeville* traduisit en françois, sous le titre de *Directeur dans les voies du salut*, 1718, in-12.
**PINART, (Michel)** né à Sens vers 1660 d'une famille honnête, mort à Paris en 1717, s'appliqua avec ardeur à l'étude de l'Histoire, des langues, des antiquités et de la bibliographie. Ses succès lui méritèrent une place dans l'académie des Inscriptions. Le recueil de cette société savante offre divers *Mémoires* de cet auteur. Sa *Dissertation* sur les Bibles hébraïques est estimée pour l'exactitude et les bonnes recherches qu'elle renferme.
**PINCHESNE, Voyez MARTIN, n.º XVII.**
**PINCIANUS, Voyez I. NUNEZ.**
**PINDARE**, le prince des Poètes lyriques, naquit à Thèbes dans la Béotie, vers l'an 500 avant J. C. Il apprit l'art de faire des vers de *Lasus d'Hermione* et de *Myrthis*, dame Grecque. Il étoit au plus haut point de sa réputation dans le temps que *Xercès* voulut envahir la Grèce. On croit qu'il mourut au théâtre vers l'an 436 avant J. C. Il avoit composé un très-grand nombre de Poésies; mais il ne nous reste que ses *Odes*, dans lesquelles il célèbre ceux qui de son temps écoliers, et ne peut servir tout au plus aujourd'hui qu'à faire connoître que la Porte avoit beaucoup lu nos anciens auteurs François, et que son livre est un fruit de ses lectures. Voyez V. MENDOZA.
II. PORTE, (Charles de la) duc de la Meilleraye, étoit petit-fils d'un célèbre avocat de Paris, qui avoit pour père un apothicaire de Partenay en Poitou. Il s'éleva aux premiers honneurs militaires par son courage, et surtout par la faveur du cardinal de Richelieu son parent. Après s'être distingué dans plusieurs sièges, il obtint le gouvernement de la ville et du château de Nantes en 1632. Il fut fait chevalier des ordres en 1633, et grand maître de l'artillerie en 1634. Il servit ensuite à la bataille d'Avein, au siège de Louvain, de Dole, etc.; et après la prise de la ville d'Hesdein, il reçut des mains du roi Louis XIII le bâton de maréchal de France sur la brèche de cette place, le 30 juin 1639. Le nouveau maréchal défit les troupes du marquis de Fuentes le 2 août suivant, et contribua beaucoup à la prise d'Arras, en 1640. Il commandoit alors l'armée avec les maréchaux de Chaulnes et de Châtillon. Il prit les années suivantes Aire, la Bassée et Bapaume en Flandre, Collioure, Perpignan, et Salces dans le Roussillon. En 1644 il fut lieutenant général sous le duc d'Orléans, et en 1646 il commanda l'armée en Italie, où il prit Piombino et Porto-Longone. Le roi érigea en sa faveur la Meilleraye en duché-pairie en 1663. Ce maréchal mourut à l'arsenal à Paris, le 8 février 1664, âgé de 62 ans. Il passoit pour l'homme de son temps qui entendoit le mieux les sièges. — Son fils épousa Hortence Mancini, et succéda au nom de Mazarin... Voy. ÉRARD. — FABERT. — et II. MAZARIN.
III. PORTE, (l'Abbé Joseph de la) né à Béfort en 1718, mort à Paris en décembre 1779, à 61 ans, dans des sentimens très-chrétiens, fut pendant quelque temps Jésuite. Ayant quitté cette société, il vint à Paris et il y publia l'Antiquaire, comédie en vers et en trois actes, qui n'a jamais franchi l'enceinte des collèges où elle a été jouée. La poésie n'étoit point son talent; il se tourna du côté de la prose. Il commença en 1749, des Feuilles périodiques, intitulées : Observations sur la Littérature moderne, dans lesquelles il louoit tout ce que Fréron critiquoit, et il déchiroit impitoyablement tout ce que celui-ci exaltoit; ce Journal finit au neuvième volume. Il offrit alors sa plume à Fréron, et eut part aux quarante premiers volumes de l'Année littéraire. Il fit plus de la moitié de l'ouvrage, et ne reçut cependant, suivant le traité fait avec le journaliste en chef, que le quart, parce que Fréron, meilleur écrivain que lui, polis-soit son style. Les deux juges du Parnasse s'étant brouillés, l'abbé de la Porte publia son Observateur littéraire. Ces nouvelles Feuilles périodiques, quoique faites avec assez de soin, écrites d'un style net et assez agréable, eurent peu de succès; malgré les éloges des philosophes que la Porte louoit, parce que son antagoniste les dépri- moit... L'article de ce critique qui fit le plus de bruit, ce fut une revue des Feuilles de Fréron, dans laquelle se trouvoit d'un côté la liste de tous ceux que ce dernier avoit loués, et de l'autre, celle de ceux qu'il avoit censurés avec amertume. Il se trouva que les premiers étoient les écrivains les plus obscurs, et les auteurs dénigrés les chefs de notre littérature. Les Journaux s'étant multipliés à l'infini, la Porte fut obligé d'abandonner le sien, tandis que celui de Fréron subsistoit avec éclat. C'est alors qu'il forma un atelier littéraire, dans lequel il fit fabriquer par ses copistes son Ecole de Littérature, deux vol. in-12, où il n'y a guère de lui que le titre et la préface; l'Histoire littéraire des Femmes Françoises, 5 vol. in-8°, qu'on pourroit réduire en un vol. in-12, si l'on se bornoit à ce qu'il y a d'intéressant; les Anecdotes Dramatiques, trois vol. in-8°, le Dictionnaire Dramatique, trois vol. in-8°; un grand nombre d'Almanachs, en particulier celui des Spectacles, etc. etc. Mais, de toutes ses compilations, la plus connue est le Voyageur François, en 24 vol. in-12. Ce livre a les agrémens d'une histoire et d'un roman; on reproche même à l'auteur d'avoir prodigué les embellissemens romanesques, les contes indécens, les détails peu favorables aux mœurs et à la religion. En général, il est écrit avec plus de soin que les autres ouvrages de l'abbé de la Porte qui, suivant un critique, étoit toujours pressé de mal faire. On voit bien que l'auteur n'a voyagé que la plume à la main, qu'il connoit souvent très-peu les pays dont il parle, qu'il les fait con- noître quelquefois d'après d'anciens voyageurs, et par conséquent très-mal. Mais les gens du monde et les femmes n'ont pas examiné si sévèrement un livre qui les amusoit. M l'abbé de Fontenai le continua; il est actuellement en 28 vol. L'abbé de la Porte mourut avec 10,000 livres de rente, qu'il ne devoit qu'à sa manufacture. « L'abbé de la Porte est mort, dit la Harpe dans sa Correspondance, sans qu'on ait fait beaucoup plus d'attention à sa mort qu'à sa vie. C'est pourtant un homme qui a fait imprimer quantité de livres, non qu'il fût auteur de beaucoup d'ouvrages; mais il est un des premiers qui aient imaginé ces compilations de toute espèce qui ont mis presque toute notre librairie en Esprits et en Extraits. L'abbé de la Porte étoit en ce genre le fripier le plus actif; il avoit coutume de dire que, pour s'enrichir il ne falloit pas faire des livres, mais en imprimer; il a gagné en effet beaucoup d'argent à r'habiller ainsi les ouvrages d'autrui. » Ce maltôtier littéraire étoit si avide d'argent, que, dès qu'il paroissoit un ouvrage passable en province, il se l'approprioit quoique l'auteur fût vivant et le publioit à Paris. C'est ce qu'il fit pour la Bibliothèque d'un homme de goût, imprimée à Avignon en deux vol. in-12. Il s'en empara, et en fit une compilation indigeste en quatre vol. in-12. Sa collection n'ayant pas réussi, il ne manqua pas de l'attribuer à l'auteur de ce Dictionnaire, qui n'a jamais eu la moindre part à cette seconde édition, et qui a fourni seulement des morceaux à la première, tels que le chapitre des 174 POR Moralistes, etc. etc. Cette double manœuvre de voler un ouvrage, de le vendre tout défiguré à un libraire, et d'imputer ses sottises à un autre, fait connoître mieux que tout ce qu'on pourroit dire, le caractère de l'abbé de la Porte. Cet agioteur spirituel mit encore à l'alambic beaucoup d'auteurs estimés ou fameux, pour en extraire la substance. On lui doit les Pensées de Massillon; l'Esprit de J. J. Rousseau; l'Esprit du P. Castel; l'Esprit des Monarques Philosophes; l'Esprit de Marivaux; l'Esprit de Fontenelle; l'Esprit de des Fontaine qui lui produisit quatre énormes volumes, tandis que le penseur et substantiel Rousseau ne lui fournit que deux brochures. Plus attaché à l'or qu'à la gloire, il étoit peu sensible à la critique, et dans la société il entendoit plaisanterie.
IV. PORTE, (Pierre de la) fut d'abord porte-manteau de la reine Anne d'Autriche, puis maître d'hôtel et premier valet de chambre de Louis XIV. Il mourut à Paris le 13 septembre 1680, à 77 ans. Sincèrement attaché à sa maîtresse, la Porte fut le seul ministre des correspondances qu'elle entretenoit secrètement avec les rois d'Espagné et d'Angleterre, alors ennemis de la France. Le cardinal de Richelieu ayant soupçonné les services qu'il rendoit à la reine, le fit mettre à la Bastille, où il le menaça en vain de la mort pour le forcer à trahir les secrets de cette princesse. La Porte souffrit beaucoup dans sa prison et n'en sortit que lorsque Louis XIII se fut réconcilié avec son épouse. De la Bastille il fut envoyé en exil à Saumur, où il demeura jusqu'à la mort du roi. Alors la reine régente le rappela à la cour, lui fit d'abord du bien, mais ayant découvert à la reine une chose sur laquelle il devoit se taire, il fut disgracié par elle. On a publié ses Mémoires, Genève, 1756, in-12. Le style en est lâche, et se ressent des premiers temps où l'auteur a vécu; mais on y rencontre quelques anecdotes, qu'on ne trouveroit point ailleurs. Il paroît d'ailleurs honnête homme, attaché à la vertu, et ennemi de l'intrigue et de la flatterie. Ayant remarqué à Ruel que Louis XIV encore enfant, affectoit de faire le personnage de valet, il se mit dans son fauteuil le chapeau sur la tête, et joua le rôle de Roi. La reine-mère instruite par son fils de ce manque d'égards, le valet de chambre dit devant lui: Puisque le Roi a choisi mon métier, n'est-il pas raisonnable que je fasse le sien? Et en vérité je ne perds pas au change. Le jeune prince auroit voulu qu'on eût continué de lui faire des contes de peau d'âne pour l'endormir, la Porte y substitua l'histoire de France par Mezerai. Le cardinal Mazarin qui vouloit prolonger l'ignorance de son pupille, dit à cette occasion, que le domestique s'avisoit de faire le gouverneur. La Porte toujours zélé, toujours sincère, faisoit même à la reine de petites remontrances au sujet de ce cardinal, qui contribuèrent sans doute à accélérer sa disgrace; s'étant montré à la cour plus fidelle serviteur que bon courtisan, et croyant aller à la fortune par ce chemin, on lui a appliqué ce qu'on a dit du sort des chercheurs de pierre phi- P O R 175 losophale : *Initium decipi, medium laborare, finis mendicare*. Sa famille ne mendia pas pourtant. Son fils *Gabriel de la Porte* mourut doyen du parlement de Paris, le 11 février 1730, à 82 ans, n'ayant eu qu'une fille morte avant lui. V. PORTE, ( Jacques de la ) architecte de Milan, voûta la coupole de *Saint-Pierre* sous *Sixte V*, et d'après le projet de *Michel-Ange*. Le Belvédère de Frescati est encore un de ses ouvrages. P O R T E R, ( François ) né en Irlande dans le comté de Meath, se fit Récollet et fût long-temps professeur en théologie dans le couvent de Saint-Isidore à Rome. Plusieurs cardinaux l'honorèrent du titre de leur théologien, et *Jacques II* de celui de son historiographe. Il mourut à Rome le 7 avril 1702. On a de lui : I. *Securis Evangelica ad haeresis radices posita*, 1674. II. *Palinodia religionis pretensæ reformatæ*, 1679, III. *Compendium Annalium ecclesiasticorum regni Hiberniæ*, 1690, in-4.º IV. *Systema decretorum dogmaticorum ab initio nascentis Ecclesiæ per summos Pontifices, concilia generalia et particularia huc usque editorum*, 1698.
PORTES, *Voy. DESPORTES*, nos II. et III. I. PORTIUS, ( Luc-Antoine ) né à Naples en 1639, enseigna la médecine à Rome vers 1672, passa de là à Venise, puis à Vienne en Autriche, où il exerça son art avec succès. Il termina ses jours dans sa patrie après l'an 1711. On a de lui : *De Militis in castris sanitate tuenda*, Vienne, 1685, Leyde, 1741, in-8°, en françois, sous le titre de *Médecine Militaire*, Paris, 1744. Ce traité est estimé. On a encore plusieurs ouvrages du même auteur, réunis sous ce titre : *Opera Medica, Philosophica et Mathematica in unum collecta*, Naples, 1736, deux vol. in-4.º
II. PORTIUS, ( Grégoire ) Italien de nation, s'est rendu célèbre vers l'an 1630, par le talent qu'il avoit pour la poésie Latine et pour la Grecque. Il a composé dans ces deux langues, des *Odes*, des *Élégies*, des *Epigrammes*. On admire surtout la facilité et le naturel de ses Vers latins : qualités d'autant plus estimables dans ce poète, que ceux de sa nation semblent ordinairement affecter l'enflure et l'hyperbole, soit dans leurs pensées, soit dans leurs expressions.
PORTIUS, *Voy. III. PORTA*, —et AZON.
PORTUMNE, *Voyez MÉLICERTE*.
PORTLAND, ( Guillaume Benfing, comte de ) favori de *Guillaume III* roi d'Angleterre, reçut en France les plus grands honneurs, quand il y vint en qualité d'ambassadeur de son maître. Sa faveur excita la jalousie des Anglois. Les Communes demandèrent inutilement sa disgrace. Il mourut âgé de 62 ans, en 1710. Sans avoir des talens supérieurs, il savoit plaire; et à la dignité d'un grand seigneur, il joignoit le caractère adroit d'un courtisan. 176 POR I. PORTUS, (François) natif de Candie, fut élevé chez Hercule II du de Ferrare. Il y puisa les erreurs que Jean Calvin y avoit enseignées. Il professa quelque temps la langue grecque dans cette ville, et ensuite à Genève, où il mourut en 1581, à 70 ans. On a de lui : I. Des Additions au Dictionnaire Grec de Constantin, Genève, 1593, in-folio. II. Des Commentaires sur Pindare, Thucidide, Longin, Xénophon, et sur plusieurs autres auteurs Grecs. Il étoit originaire de Candie ; et de Thou l'appelle l'un des ornemens modernes de la Grèce.
II. PORTUS, (Emilius) fils du précédent, habile dans la langue grecque, l'enseigna à Lausanne et à Heidelberg. On a de lui, Dictionarium ionicum et doricum, greco-latinum, Francfort, 1603, deux volum. in-8.º Une Traduction de Suidas, et d'autres ouvrages estimables. Son édition de Xénophon avec ses notes et celles de son père, à Francfort en 1596, est recherchée.
PORUS, roi d'une partie des Indes, entre les fleuves Hydaspe et Acesine, d'une taille gigantesque, d'une valeur peu commune, possédoit un empire considérable. Alexandre vainqueur de Darius, le fit sommer par ses ambassadeurs l'an 328 avant J. C., de lui faire hommage de ses états. Le monarque Indien, surpris d'une telle proposition, lui fit dire qu'il iroit sur les frontières de son Royaume le recevoir les armes à la main. Il s'approcha en effet avec son armée des bords de l'Hydaspe, pour en défendre le passage au conquérant Macédonien. Ce torrent étoit une barrière en quelque sorte insurmontable. Cependant Alexandre passa ce fleuve à la faveur des ténèbres, et battit le fils aîné de Porus. Ce prince livra un second combat où il fut de nouveau vaincu, quoiqu'il eût montré dans la bataille la conduite d'un général et la bravoure d'un soldat. Enfin percé de coups, il se retiroit sur son éléphant. On l'atteignit, et Alexandre admirateur de son courage, envoya un prince Indien pour l'engager à se rendre. N'entends-je point, lui dit Porus, la voix de ce traître ? et il se saisit en même temps d'un dard pour le percer. Alexandre le fit de nouveau solliciter par ses amis, qui le déterminèrent à se rendre, mais non pas à abattre sa fierté. Comment, lui demanda le vainqueur, veux-tu que je te traite ? ... En roi, répondit le vaincu. Charmé de cette réponse généreuse, Alexandre ordonna qu'on prit un grand soin de sa personne, lui rendit ses états et y ajouta de nouvelles provinces. Porus, pénétré de reconnaissance, suivit son bienfaiteur dans toutes ses conquêtes, après lui avoir juré une fidélité qu'il ne viola jamais. Porus son neveu et roi comme lui, s'enfuit chez les Gangarides, pour n'être pas exposé aux armes de son oncle. Au reste, il est probable que Quinte-Curce a brodé et embelli l'histoire de Porus, ainsi que d'autres parties de la vie d'Alexandre.
POSADAS, (François) Dominicain, né à Cordoue dans l'Andalousie, de parens pauvres, mais vertueux. Il se signala dans son ordre par le talent d'instruire les pauvres de la campagne, et et de ramener à une vie exemplaire les personnes du grand monde. Son mérite le fit nommer à un évêché, que son humilité lui fit refuser. Tout ce qu'il y avoit de grand en Espagne, avoit pour lui une considération singulière. On le consultoit comme un oracle. Le Père Posadas mourut à Cordoue en 1720, après une longue vie, passée dans les bonnes œuvres et les austérités. La voix publique l'a déjà canonisé, et on a déjà commencé à faire les informations pour procéder un jour à la canonisation authentique de ce serviteur de Dieu. Un savant religieux de son ordre a écrit sa Vie, et l'a publiée en un gros volume in-folio. On a du Père Posadas plusieurs ouvrages, qui respirent la plus haute piété. I. Le Triomphe de la Chasteté, contre les erreurs de Molinos, in-4° II. La Vie de St. Dominique de Guzman, in-4° III. Sermons Doctrinaux, 2 vol. in-4° IV. Sermons de la Sainte Vierge Marie, in-4° On a encore de lui divers Traités de Théologie mystique, qui pourroient former six vol. in-4° Ils sont restés manuscrits.
POSSEVIN, (Antoine) né à Mantoue, entra dans la Compagnie de Jésus en 1559. Il prêcha en Italie et en France avec un succès distingué. Son génie pour les langues étrangères, pour les négociations, le fit choisir par le pape Grégoire XIII, pour rétablir la bonne intelligence entre Jean III roi de Pologne, et le ezar de Moscovie. Il fut employé dans d'autres affaires en Suède et en Allemagne. De retour à Rome, il travailla à la réconciliation de Henri le Grand avec le saint Siège. Ce zèle ne plut pas aux Espagnols, qui firent donner ordre à Possevin de sortir de cette ville. Il mourut à Ferrare le 26 février 1611, âgé de 78 ans. Ce Jésuite joignoit à beaucoup d'érudition une dextérité peu commune à manier les esprits, et son goût pour la politique n'affoiblit jamais sa piété. Nous avons de lui divers ouvrages. Les plus importants sont : L Bibliotheca selecta de ratione studiorum, à Rome, 1593, in-folio; Venise, 1603, deux vol. in-folio, avec des augmentations. Le but qu'il s'est proposé, a été d'adoucir et d'abréger le travail de l'étude à ceux qui veulent s'y appliquer. Il tâche de leur donner une idée des auteurs, qui leur épargne l'ennui ou le danger de lire plusieurs livres qui ne méritoient pas d'être lus, ou dont la lecture est dangereuse. Le premier volume traite de la théologie, tant positive et scolastique, que morale et catéchistique. Les autres sciences, comme la philosophie, la jurisprudence, la médecine, les mathématiques, l'histoire, la poésie et la rhétorique, font la matière du 2e. « On ne peut nier, dit Dupin, qu'il n'y ait beaucoup d'érudition dans cet ouvrage, et bien des choses très-utiles pour ceux qui veulent étudier; mais il faut avouer qu'il l'a grossi de bien des questions de controverse, et de pièces qu'il y a insérées, dont on pourroit facilement se passer, et qui ne conviennent guère à un ouvrage de cette nature. » D'ailleurs, il ne fait pas toujours un assez bon choix des écrivains qu'il conseille; il en censure d'autres avec trop peu de ménagement. On lui reproche encore 178 POS beaucoup de négligences et d'inexactitudes. II. Apparatus Sacer, Cologne, 1607, en 2 vol. in-folio; ouvrage qui a eu beaucoup de cours, quoique les catalogues qu'il y donne soient imparfaits, peu exacts et assez mal digérés. L'auteur se propose de faire connoître les interprètes de l'Écriture-Sainte, les théologiens, les historiens ecclésiastiques. Mais s'il fut utile dans son temps par ce livre, on ne peut guère en faire usage dans le nôtre. Se bornant trop souvent à compiler et à transcrire les bibliographes, il copie toutes leurs fautes et y ajoute les siennes. III. Moscovia, Cologne, in-fol., 1587. C'est une description fort étendue de l'état des Moscovites, de leurs mœurs, de leur religion, etc. On en a une traduction Italienne, Mantoue, 1596, in-4.º IV. Judicium de Nux (la Noue), Joannis Bodini, Philippi Mornei et Nicolai Machiavelli quibusdam scriptis, Rome, 1592, et Lyon, 1593: ouvrage fait par ordre d'Innocent IX. V. Confutatio ministrorum Transilvania et Francisci Davidis, de Trinitate. VI. Miles christianus. VII. Quelques Opuscules en italien, dont on peut voir le titre dans le Dictionnaire Typographique. Le P. Dorigni Jésuite a donné la Vie de cet habile négociateur, en 1712, in-12. Elle est curieuse et intéressante. — Il ne faut pas le confondre avec Antoine POSSEVIN son neveu, natif de Mantoue, dont on a Gonzagarum Montux et Montisferrati Ducum Historia, Mantoue, 1628, in-4.º
POSSIDIUS, évêque de Calame, et disciple de St. Augustin, recueillit les derniers soupirs de ce saint Docteur en 430. On a de lui, la Vie de son maître, écrite d'un style assez simple; mais il y a beaucoup d'exactitude et de vérité dans les faits. Il y a joint le catalogue des ouvrages de ce Père, avec lequel il avoit eu le bonheur de vivre pendant près de 40 ans. I. POSSIDONIUS, astronome et mathématicien d'Alexandrie, vivoit après Eratosthènes et avant Ptolomée. Il mesura le tour de la Terre, et la trouva de 30 mille stades.
II. POSSIDONIUS d'Apamée ville de Syrie, célèbre philosophe Stoïcien, qui tenoit son école à Rhodes. Celui-ci florissoit vers l'an 30 avant J. C. Pompée à son retour de Syrie, après avoir heureusement achevé la guerre contre Mithridate, vint exprès à Rhodes profiter en passant, de ses leçons. On lui apprit qu'il étoit fort malade d'un accès de goutte, qui lui faisoit souffrir de cruels tourmens. Il voulut du moins voir celui qu'il s'étoit flatté d'entendre raisonner sur des sujets philosophiques. Il alla chez lui, le salua, et lui témoigna la peine qu'il avoit de ne pouvoir l'entendre. Il ne tiendra qu'à vous, repartit-il, et il ne sera pas dit qu'à cause de ma maladie un si grand homme soit venu me voir inutilement. Il commença donc dans son lit un long et grave discours, sur ce dogme des Stoïciens: Qu'il n'y avoit rien de bon que ce qui est honnête... et comme la douleur se faisoit sentir vivement, il répéta souvent: Tu ne gagneras rien, ô douleur! quelque incommode et violente que tu puisses être, je P O S : 179 n'avouerai jamais que tu sois un mal. L'historien *Josèphe* l'accuse d'avoir calomnié les Juifs, en les accusant faussement d'adorer une tête d'âne. Cette imposture est d'autant plus honteuse, ajoute-t-il, qu'il n'est jamais permis de se moquer de ce qui forme le culte de quelque nation que ce soit.
POSSIN, *Voyez* POUSSINES.
POSTEL, (Guillaume) né l'an 1510 à la Dolerie, hameau de la paroisse de Barenton en Normandie, perdit à huit ans son père et sa mère, qui moururent de la peste. La misère l'ayant chassé de son village, il se fit maître d'école, âgé seulement de 14 ans, dans un autre village près de Pontoise. Dès qu'il eut ramassé une petite somme, il vint continuer ses études à Paris. Pour éviter la dépense, il s'associa avec quelques écoliers; mais il ne fut pas long-temps sans s'en repentir; dès la première nuit, on lui vola son argent et ses habits. Le froid qu'il endura, lui causa une maladie qui le réduisit à souffrir pendant deux ans dans un hôpital. Sorti de cet asile de la misère, il alla glaner en Beauce. Son industrie laborieuse lui ayant procuré un habit, il vint continuer ses études au collège de Sainte-Barbe, où il s'engagea à servir quelques régens. Ses progrès furent si rapides, qu'en peu de temps il acquit une science universelle. *François I*, touché de tant de mérite uni à tant d'indigence, l'envoya en Orient, d'où il rapporta plusieurs manuscrits précieux. Ce voyage lui mérita la chaire de professeur royal des mathématiques et des langues, avec des appointeurs considérables. Sa façon d'enseigner et sur-tout sa façon de vivre, lui suscitèrent divers ennemis. La reine de Navarre irritée de son attachement au chanceller *Poyet*, lui fit perdre ses places. Obligé de quitter la France il passa à Vienne, s'en fit chasser et se rendit à Rome, se fit Jésuite, fut exclus de l'ordre et mis en prison l'an 1545, pour avoir soutenu que la puissance des *Conciles étoit au-dessus de celle des Papes*. Après une année de captivité, il se retira à Venise, où une vieille fille s'empara de son cœur et de son esprit. Il s'oublia jusqu'à soutenir que la rédemption des femmes n'étoit pas achevée, et que la *Mère Jeanne* (c'étoit le nom de sa Vénitienne) devoit terminer ce grand ouvrage. C'est sur cette imbécille qu'il publia son livre extravagant: *Destrès-merveilleuses victoires des Femmes du Nouveau Monde; et comment elles doivent par raison à tout le Monde commander, et même à ceux qui auront la monarchie du Monde Vieil*, Paris, 1553, in-16. Ses rêveries le firent enfermer; mais on le relâcha ensuite, comme un insensé. De retour à Paris en 1553, il continua à débiter ses extravagances. Contraint de fuir en Allemagne, il se retira à la cour de *Ferdinand* qui l'accueillit assez bien, et il professa quelque temps dans l'université de Vienne en Autriche. L'amour de la patrie le sollicitant de retourner en France, il adressa une rétractation à la reine qui le rétablit dans sa chaire du Collège royal. Son changement n'étoit pas sincère. Il chercha à répandre ses folies, et il fut relégué M. 2. au monastère de Saint-Martin-des-Champs, où il fit pénitence, et où il mourut le 6 septembre 1581, à 71 ans. *Postel* se faisoit beaucoup plus vieux, et il attribuoit sa constante santé et sa longue vie, à l'avantage de n'avoir jamais approché d'aucune femme. Il vouloit persuader aussi qu'il étoit ressuscité; et pour prouver ce miracle à ceux qui l'avoient vu autrefois avec un visage pâle, des cheveux gris et une barbe blanche, il se fardoit secrètement, et se peignoit la barbe et les cheveux. C'est pourquoi dans la plupart de ses ouvrages, il s'appeloit *POSTELLUS BESTITUTUS*. *Postel* étoit, à ses rêveries près, un des génies les plus étendus de son siècle. Il avoit une vivacité, une pénétration et une mémoire qui alloient jusqu'au prodige. Il connoissoit parfaitement les langues Orientales, une partie des langues mortes, et presque toutes les vivantes; il se vantoit de « pouvoir faire le tour du Monde sans truchement. » *François I* et la reine de Navarre le regardoient comme la merveille de leur siècle. *Charles IX* l'appeloit son *Philosophe*. On assure que quand il enseignoit à Paris dans le collège des Lombards, il y avoit une si grande foule d'auditeurs que la salle de ce collège ne pouvant les contenir, il les faisoit descendre dans la cour et leur parloit d'une fenêtre. On ne peut nier qu'il n'eût fait beaucoup d'honneur aux lettres, si, à force de lire les Rabbins et de contempler les astres, il n'avoit pas perdu la tête. Ses principales chimières étoient, que les femmes domineroient un jour sur les hommes; que toutes les sectes seroient sauvées par *Jésus-Christ*; que la plupart des mystères du Christianisme pouvoient se démontrer par la raison, que l'Ange *Raziel* lui avoit révélé les secrets divins, et que ses écrits étoient les écrits de *Jésus-Christ* même; enfin, que l'ame d'*Adam* étoit entrée dans son corps. Ces folles idées étoient plus dignes de compassion que de châtiment, et *Postel* étoit un de ces hommes qui sont plutôt fous que méchans. Dans la foule des écrits dont il surchargea l'univers littéraire, on ne citera que les principaux: I. *Clavis absconditorum à constitutione mundi*, Parisiis, 1547, in-16, et Amstelod., 1646, in-12. Cette dernière édition est très-commune, la première est fort rare. II. *De ultimo Judicio*, sans nom de ville ni d'imprimeur, et sans date, in-16. C'est un des plus rares ouvrages de *Postel*. III. *Apologie contre les détracteurs de la Gaule*, qui renferme des choses singulières. IV. *L'Unique Moyen de l'accord des Protestans et des Catholiques*. V. *Les Premiers Elémens d'Euclide Chrétien, pour la raison de la divine et éternelle Vérité démontrée, traduits du latin*, Paris, 1579, in-16. VI. *La Divina Ordinazione*, in-8°, 1556, où est comprise la raison de la restitution de toutes choses. VII. *Merveilles des Indes*, 1553, in-16. VIII. *Description et Carte de la Terre-Sainte*, idem. IX. *Les Raisons de la Monarchie*, Paris, 1551, in-8°. X. *Histoire des Gaulois depuis le Déluge*, Paris, 1552, in-16. XI. *La Loi Salique*, idem. XII. *De Phœnicum litteris*, Paris, 1552, in-8°, petit format. XIII. *Liber de causis Naturæ*, 1552, in-16. XIV. *De originibus Nationum*, 1553, in-8°. XV. *Le prime Nuove dell'altro* P O S 181 Mondo cioè la Vergine Venetiana, 1555, in-8.º XVI. Traité de l'origine de l'Etrurie. XVII. Epistola ad Schwenfeldium de Virgine Venetiand, 1556, in-8.º XVIII. Recueil des Prophéties les plus célèbres du Monde, par lequel il se voit que le roi François I doit tenir la Monarchie de tout le Monde. XIX. Alcorani et Evangelii Concordia, Parisiis, 1543, in-8.º XX. De rationibus Spiritus Sancti, idem. XXI. De Nativitate Mediatoris ultimâ, 1547, in-4.º XXII. Proto-Evangelium, 1552, in-8.º XXIII. De linguae Phœnicis seu Hebraicæ excellentid, Viennæ-Austriacæ, 1554, in-4.º, inséré depuis dans la Bibliothèque de Brême; très-rare. XXIV. Une Apologie de Servet. XXV. Une Version françoise de Darès, 1553, in-16. XXVI. De Orbis concordid, à Basle, in-folio, 1544. Le but de l'auteur est de ramener tout l'univers à la Religion Chrétienne. Cette production bizarre est divisée en quatre livres. Le premier contient les preuves de la religion; le second, la réfutation de la doctrine de l'Alcoran, le troisième, un Traité de l'origine des fausses religions et de l'idolâtrie; et le quatrième, de la manière de ramener les Mahométans, les Païens et les Juifs. Tous ces différens écrits sont aussi rares que singuliers. Il y en a encore d'autres que les curieux recherchent, quoique leur rareté fasse tout leur mérite... Consultez les Nouveaux éclaircissemens sur la Vie et les Ouvrages de Guillaume Postel, par le Père Desbillions, Liège, 1773. C'est à tort qu'on a attribué à Postel le livre De tribus Impostoribus.
POSTHUME, (Marcus Cassius Latienus POSTHUNIUS) le plus illustre des tyrans qui s'emparèrent vers le milieu du 3e siècle, de diverses provinces de l'empire, fut peu connu avant les deux années qui précédèrent sa révolte. Valérien voulant accoutumer de bonne heure au gouvernement Cornelius Valerianus son petit-fils, le mit à la tête des troupes des Gaules, et fit Posthume chef de son conseil. Ce jeune prince acquit beaucoup de gloire, et sut empêcher les Germains de pénétrer dans les Gaules. Mais l'imprudence de Sylvain son gouverneur, causa bientôt un grand changement. Il voulut enlever aux soldats le butin qu'ils avoient fait. Ils se mutinèrent, tuèrent Valérien et son gouverneur, et déclarèrent Posthume empereur vers le commencement de l'an 261. La conduite de Posthume justifia le choix des troupes. Les Germains furent repoussés en diverses rencontres; et pendant plusieurs années il sut se maintenir dans sa dignité, quoique Gallien qui étoit légitime empereur, fit des efforts extraordinaires pour le détruire. Posthume avoit un fils qu'il associa à l'empire; il étoit digne de son père par ses grandes qualités, et lui étoit supérieur en éloquence. On lui a attribué XIX Déclamations, qui ont paru sous le nom de Quintilien. Les deux Posthume furent tués par leurs soldats en 267, près de Maïence, où ils venoient de vaincre le tyran Lœlien. Posthume le père, quoique d'une naissance obscure, étoit un de ces esprits privilégiés qui apprennent tout d'eux-mêmes, et qui n'ont besoin que de suivre l'instinct de leur génie avoient remporté le prix aux quatre Jeux solennels des Grecs : les Olympiques, les Isthmiques, les Pythiques et les Néméens. Alexandre eut tant de vénération pour la mémoire de ce grand poète, qu'à la destruction de Thèbes il conserva sa maison et sa famille. Pindare n'avoit pas reçu de moindres marques de considération pendant sa vie, que celles dont il fut honoré après sa mort. Thèbes l'ayant condamné à une amende pour avoir donné trop d'éloges à Athènes, cette ville fit payer cette somme des deniers publics. On sent en lisant les ouvrages de Pindare, cette impétuosité de génie, ces violens transports, cette impulsion divine qui caractérisent le véritable poète lyrique. La véhémence des figures, la hardiesse des images, la vivacité des expressions, l'audace des métaphores, l'harmonie des tours nombreux, la majestueuse précipitation du style, tout concourt chez lui à en faire le plus grand poète qui ait encore paru dans le genre de l'Ode. Horace a consacré l'une des siennes à l'éloge de son maître : Monte decurrens velus amnis, imbres Quem super notas aluere ripas Fervet, immensusque ruis profundo Pindarus ore. Pindare n'a pas moins de douceur que d'enthousiasme, et le gracieux lui est aussi naturel que l'énergique : témoin le riant tableau qu'il nous offre des Champs-Elysées, dans la seconde Ode olympique, adressée à Théron roi d'Agrigente. (Voyez aussi I. HÉRON.) Marmontel en rendant justice aux grands talens de Pindare, lui reproche non moins justement de négliger trop l'u- nité, l'ensemble et les liaisons. La meilleure édition de ce poète est celle d'Oxford, in-fol., 1697. Elle est peu commune. On estime encore celle d'Erasme Schmidt, 1616, in-4.º L'abbé Massieu a traduit en françois une partie de ses Odes ainsi que M. Gin, 2 vol. in-8.º La Mothe-Houdard en a voulu imiter quatre en vers françois; mais appartenoit-il à Céladon de manier la massue d'Hercule ? I. PINEAU, (Séverin du) Pinæus, mort à Paris en 1619, doyen des chirurgiens du roi, étoit de Chartres. Il fut très-expert dans la lithotomie. On a de lui : I. Discours touchant l'extraction de la pierre de la vessie, 1610, in-8.º II. Traité De Virginitatis notis, Leyde, 1641, in-12 : celui-ci est estimé des gens de l'art, qui le recherchent. Mais il peut être dangereux aux jeunes gens à cause de certains détails qu'il n'étoit peut-être pas nécessaire d'exposer aux yeux du public.
II. PINEAU, (Gabriel du) né à Angers en 1573, suivit le barreau dans sa patrie avec une réputation supérieure à son âge. Il vint ensuite à Paris, et plaida avec éclat au parlement et au grand conseil. De retour dans sa patrie, il devint conseiller au présidial. Il fut consulté de toutes les provinces voisines, et il eut part à toutes les grandes affaires de son temps. Marie de Médicis le créa maître des requêtes de son hôtel. Elle chercha dans ses disgraces, à s'appuyer de son crédit et de ses conseils; mais du Pineau toujours attentif à ce qu'il devoit d'un côté à la mère de son roi, et de l'autre à son sou- Dun, cendriniens temps, M. G. O. K. a publié en Allemagne une édition de Pindare, comme de la par la réabonnement des maîtres. 182 POS pour exécuter les plus grandes choses. Il reçut de la nature des talens distingués pour gouverner un état avec splendeur, et pour le défendre avec courage. **I. POSTHUMIUS**, (*Aulus*) fut créé dictateur dans la guerre excitée par la fuite de *Tarquin* chez *Manlius* général des Tusculans, qui étoit son gendre. Il y eut un combat près du lac Régille; et comme la victoire étoit indécise, *Titus Abutius* général de la cavalerie, fit ôter la bride à tous les chevaux, afin que fondant à toutes jambes sur l'ennemi, ils ne pussent être détournés ni arrêtés dans leur course. Cet expédient réussit, et l'armée ennemie fut mise en déroute et entièrement détruite l'an 496 avant J. C. Sept ans auparavant, il avoit remporté une victoire contre les Sabins, et étoit entré dans Rome couronné de myrtes. Ce fut l'origine des *Ovations* ou petits triomphes.
**II. POSTHUMIUS**, (*Lucius*) consul après la bataille de Cannès, 217 ans avant J. C., partit pour les Gaules avec une armée. Il fut entièrement défait par les Boïens qui habitoient le Bourbonnois, et il resta sur le champ de bataille. Les Barbares ayant coupé sa tête, la portèrent en triomphe dans leur temple, où son crâne devint un vase sacré dans lequel ils offroient des libations aux Dieux.
**POTAMON**, philosophe d'Alexandrie, contemporain d'*Auguste*, prit un sage milieu entre l'incertitude des Pyrrhoniens et la présomption des Dogmatiques. Il emprunta de chaque école de philosophie ce qui pouvoit per- fectionner sa raison. Il ne paroît pas que ce sage philosophe ait présidé à aucune école, ni qu'il ait donné naissance à aucune secte; mais sa manière de philosopher se répandit dans tout le monde savant. Ceux qui l'embrassèrent soit à Alexandrie, soit à Rome, furent nommés *Eclectiques*, parce qu'ils choisissaient les opinions qui leur paroissaient les plus convenables. *Voyez LESBONAX*.
**POTEMKIN**, (*Grégoire-Alexandre*) né en 1736 à Smolensko, d'une famille d'origine Polonoise, étoit enseigne de la garde à cheval, lorsque *Catherine II* pour sa faire reconnoître impératrice, parcouroit les rangs des gardes dont elle vouloit sa faire un appui. Elle étoit elle-même à cheval et en uniforme. *Potemkin* voyant qu'elle n'avoit point de dragonne à son épée, détacha la sienne et s'avança pour la lui offrir. Cette attention le fit distinguer. Sa grace, son agilité fixèrent bientôt en sa faveur le cœur de sa souveraine. Sa fierté lui attira bientôt la haine des *Orloff*, et dans une querelle qu'il eut avec *Alexis Orloff*, il reçut un coup à l'œil qui le lui fit perdre. L'impératrice le consola de cet accident en le nommant ministre de la guerre. Ce fut lui qui donna l'idée à sa souveraine de s'emparer de la Crimée et de jeter les fondemens de la ville de Cherson. Elle fut fondée en 1778 sur les bords du Niéper, à dix lieues d'Oczackow, bientôt après elle contenoit plus de 40,000 habitans et un superbe chantier pour la marine. *Potemkin* introduisit dans la Crimée plusieurs arbres Fruitiers, et près de Soudak la distillation de l'eau de vie. On lui dut la grande manufacture de verrerie et de glaces établie à Pétersbourg, et qui est devenue supérieure pour la grandeur et la beauté des ouvrages à celles de Vanise et de Paris. *Potemkin*, amateur des arts, passionné pour la musique, se faisoit suivre partout par 80 musiciens. Possesseur d'immenses terres, de plusieurs cassettes remplies de pierres précieuses, et des billets de banque de toutes les nations commerçantes de l'Europe, il y réunit les riches dépouilles des princes *Lubomietski* et *Sapieha* en Podolie et en Lithuanie, le gouvernement de la Tauride et le grade de grand amiral de la mer Noire. Il manquoit à son orgueil le cordon de l'ordre de *Saint-George*. Pour l'obtenir, il falloit avoir commandé une armée en chef et avoir remporté une victoire; *Potemkin* fit renouveler la guerre contre la Turquie en 1787. Placé alors à la tête d'une armée de 150,000 hommes, ayant sous ses ordres plusieurs autres corps d'armée commandés par des généraux de marque, revêtu d'un pouvoir sans bornes, régissant despotiquement le département de la guerre, tout fit craindre un instant qu'il n'allât conquérir des états pour s'en déclarer lui-même le souverain. Bientôt, de nombreux combats inondèrent de sang les plaines d'Oczackow, du Kuban et de la petite Tartarie. La famine et la peste se réunirent au carnage pour les dévaster, et il fallut apporter des contrées lointaines tout ce qui étoit nécessaire à l'approvisionnement d'une foule d'hommes. *Potemkin* assiégea Oczackow au milieu des frimats les plus rigoureux; les habitans pour diminuer l'atteinte du froid avoient été forcés de se creuser des huttes souterraines; le général Russe fit donner l'assaut, livra la ville pendant trois jours au pillage, et en fit passer la garnison et les habitans au fil de l'épée. Cette terrible exécution coûta la vie à 25,000 Turcs; mais elle procura à *Potemkin* un présent de 100,000 roubles, le titre d'Hotman ou chef des Cosaques, et un bâton de commandement garni de diamans et entouré d'une branche de laurier. Les faveurs de l'impératrice ne se bornèrent pas là; au mois de mars 1791, *Potemkin* revint à Pétersbourg jouir de sa gloire. Sa souveraine lui prodigua les fêtes, lui fit don du palais de Tauride et d'un habit brodé en diamans, estimé 200,000 roubles. Ce favori étala alors le luxe le plus extrême. Chacun de ses repas coûtoit 800 roubles; on y trouvoit les mets les plus rares et des cerises au cœur de l'hiver, qu'on avoit payées un rouble la pièce. *Potemkin* se rendit bientôt au congrès d'Yassi, qui devoit assurer la paix entre la Russie et la Turquie; mais il ne put s'occuper long-temps des négociations, ayant été attaqué de la maladie qui y régnoit. Il avoit auprès de lui *Timmann* et *Menat*, les deux plus célèbres médecins de Pétersbourg, mais il dédaigna leurs conseils et ne voulut point borner son intempérance excessive. On dit qu'il mangeoit à son déjeuner une oie entière ou un jambon, buvoit une quantité énorme de vin et de liqueur de Dantzig, et d'inoit ensuite avec la même voracité. Huit jours avant sa mort, le grand visir lui M. 4 184 POT envoya un homme de confiance pour le prier de se relâcher sur quelques articles de ses propositions de paix, parce que s'il étoit dans la nécessité d'y souscrire, il craignoit de signer en même temps son arrêt de mort. Malgré cette prière, *Potemkin* ne le refusa pas moins. L'air d'Yassi lui paroissant insalubre, il voulut se rendre à Nicolaeff, mais à peine eut-il fait trois lieues qu'il se trouva plus mal. Il descendit de voiture sur le grand chemin, et mourut sous un arbre le 15 octobre 1791, à l'âge de 55 ans. Il fut aussitôt transporté à Cherson, où l'impératrice destina 100,000 roubles pour lui ériger un mausolée. Despote violent, impérieux, il eut du courage et de l'audace. « Son ambition, dit *Castera*, fut inconstante et capricieuse. Il voulut quelque temps être duc de Courlande et roi de Pologne. Bientôt après, il trouva ces souverainetés trop subordonnées, et il leur préféra l'espoir de chasser les Ottomans de l'Europe, pour fonder un nouvel empire sur les débris du leur. Dès les premiers instans de sa faveur, il s'accoutuma à traiter despotiquement tout ce qui l'entouroit. Vêtu d'une simple robe de chambre, les jambes nues et étendu sur un canapé, il recevoit les courtisans et les ministres étrangers sans daigner leur offrir de s'asseoir; et plus d'une fois il se permit de porter une main insolente sur les grands qui ne vouloient pas ramper devant lui. » M. de Segur ambassadeur de France à Pétersbourg, qui a décrit avec autant d'énergie que de profondeur la politique des diverses cours du Nord dans ces derniers temps, trace ce portrait de *Potemkin* qui mérite d'être rapporté : « Cet homme, dit-il, fut l'un des plus extraordinaires de son siècle. Un hasard singulier le créa pour l'époque qui lui convenoit : il rassembloit dans sa personne les défauts et les avantages les plus opposés. Avare et magnifique, despote et populaire, dur et bienfaisant, orgueilleux et caressant, politique et confiant, libertin et superstitieux, audacieux et timide, ambitieux et indiscret, prodigue avec ses parens, ses maîtresses et ses favoris, il ne payoit souvent ni sa maison, ni ses créanciers. Rien n'égaloit l'activité de son imagination, ni la paresse de son corps. Aucun danger n'effrayoit son courage; aucune difficulté ne le faisoit renoncer à ses projets, mais le succès le dégoûtoit de ce qu'il avoit entrepris. Il fatiguoit l'empire par le nombre de ses emplois et par l'étendue de sa puissance, et il étoit lui-même fatigué du poids de son existence, envieux de tout ce qu'il ne faisoit pas et ennuyé de ce qu'il faisoit. Il ne savoit ni goûter le repos, ni jouir de ses occupations. Tout en lui étoit décousu, travail, plaisir, caractère, maintien; il avoit l'air embarrassé dans toutes les sociétés, et sa présence génoit tout le monde. Il traitoit avec humeur ceux qui le craignoient, et caressoit ceux qui l'abordoient familièrement. Il promettoit toujours, tenoit peu et n'oublioit jamais rien. Personne n'avoit moins lu que lui, et peu de gens étoient plus instruits. Il avoit causé avec des hommes habiles dans toutes les professions, dans toutes les sciences, dans tous les arts. On ne sut jamais mieux pomper et s'approprier le savoir des autres. Il auroit étonné dans une conversation un littérateur, un artiste, un artisan et un théologien. Son instruction n'étoit pas profonde, mais elle étoit fort étendue. Il n'approfondissoit rien, mais il parloit bien de tout. L'inégalité de son humeur répandoit une bizarrerie inconcevable dans ses désirs, dans sa conduite, dans sa manière de vivre. Tantôt il formoit le projet de devenir souverain; tantôt il montroit le désir de se faire évêque ou même simple moine. Il bâtissoit un palais superbe, et vouloit le vendre avant qu'il fût achevé. Un jour il ne révoit qu'à la guerre et n'étoit entouré que d'officiers, de Tartares et de Cosaques. Le lendemain, il ne songeoit qu'à la politique; il vouloit partager l'empire Ottoman, et mettre en mouvement tous les cabinets de l'Europe. Dans d'autres temps, ne s'occupant que de la cour, paré d'habits magnifiques, couvert de cordons de toutes les puissances, étalant des diamans d'une grosseur et d'une blancheur infinies, il donnoit sans sujet de superbes fêtes. Comme on voit passer rapidement ces météores brillans, dont l'éclat étonne, mais n'a rien de solide, *Potemkin* commença tout, n'acheva rien, dérangea les finances, désorganisa l'armée, dépeupla son pays et l'enrichit de nouveaux déserts. La célébrité de l'impératrice s'est accrue par ses conquêtes. L'admiration fut pour elle; la haine pour son ministre. La postérité partagera peut-être entre eux la gloire des succès et la sévérité des reproches. Elle ne donnera point à *Potemkin* le titre de grand homme, mais elle le citera comme un homme extraordinaire; et si l'on veut le peindre avec vérité, on pourra le représenter comme le véritable emblème, comme une image vivante de l'empire de Russie. Il étoit en effet colossal comme lui, rassemblant dans son esprit de la culture et des déserts. On y voyoit de l'Asiatique, de l'Europeen, du Tartare et du Cosaque; la grossièreté du onzième siècle et la corruption du dix-huitième, la superficie des arts et l'ignorance des cloîtres, l'extérieur de la civilisation et beaucoup de traces de barbarie. Ce portrait peut paraître gigantesque; mais ceux qui ont connu *Potemkin*, en attesteront la vérité. Cet homme avoit de grands défauts: mais sans eux, peut-être il n'eût dominé ni sa souveraine ni son pays. Le hasard le fit précisément tel qu'il devoit être, pour conserver si longtemps son pouvoir sur une femme aussi extraordinaire. »
POTER, (Paul) peintre, né à Enchuysen en 1625, mort à Amsterdam en 1654, a excellé dans le paysage. On admire surtout l'art avec lequel il a rendu les divers effets que peut faire sur la campagne, l'ardeur et l'éclat d'un soleil vif et brillant. Ses sites ne sont pas des plus riches, n'ayant exécuté que les vues de la Hollande, qui sont plates et très-peu variées. Son talent n'étoit point pour la figure; aussi n'en peignoit-il guère plus de deux, encore il avoit soin de les cacher en partie. Pour les animaux, on ne peut les rendre avec plus de vérité que ce maître. 186 POT Ses ouvrages sont très-rares en France. *Dujardin*, un de ses élèves, a imité sa manière.
POTHIER, (Robert-Joseph) conseiller au présidial d'Orléans sa patrie, et professeur en droit de l'université de cette ville, naquit en janvier 1699 : il consacra une partie de sa vie à la jurisprudence. Un goût particulier le porta d'abord vers le droit Romain ; il s'attacha ensuite au droit François, et nous avons de lui un très-grand nombre d'ouvrages, qui prouvent qu'il possédoit l'un et l'autre. Les principaux sont : I. *Pandectæ Justinianæ*, 1748, 3 vol. in-fol. II. *Traité du Contrat de Vente*, 1765, in-12. III. *Traité du Contrat de Rente*, 1763, in-12. IV. *Traité du Contrat de Louage*, 1764, in-12. V. *Traité du Contrat de Société*, in-12. VI. *Traité des Contrats Maritimes*, in-12. VII. *Traité des Contrats de Bienfaisance*, 1766, 2 vol. in-12. VIII. *Traité du Contrat de Mariage*, 1768, in-12. IX. *Coutume du Duché d'Orléans*, 1773, in-4.º X. *Traité de la Possession et de la Prescription*, in-12, 1772, etc. XI. *Traité des Fiefs*, Orléans, 1776, 2 vol. in-12 ; et d'autres ouvrages posthumes, dont on a formé 3 vol. in-4.º L'auteur joignoit à beaucoup de mémoire une grande facilité de travail. Son amour pour la jurisprudence l'engagea à faire chez lui des conférences de droit, qui s'y tenoient toutes les semaines. Nommé par M. le chancelier d'Aguesseau à la place de professeur en droit François, sans l'avoir demandée, il établit des prix pour exciter l'émulation parmi les étudiants. En mettant ce qui nous reste de la jurispru- denée Romaine dans l'ordre que le bon sens indiquoit, il leur en a beaucoup facilité l'étude. C'étoit un homme doué de toutes les vertus morales et chrétiennes, charitable, bienfaisant, utile à sa patrie par son savoir et par son esprit de conciliation. Il mourut le 2 mai 1772, à 73 ans, sans avoir été marié.
POTHIN, (St.) premier évêque de Lyon, étoit disciple de *St. Polycarpe*, qui l'envoya dans les Gaules. Il a pu l'être aussi de *St. Jean*, puisqu'il avoit 15 ans quand cet apôtre mourut. *St. Pothin* étoit âgé de 90 ans lorsque la persécution s'étant élevée sous l'empire de *Marc-Aurèle*, l'an 177 de J. C., il fut conduit devant les magistrats de Lyon, à la vue d'une multitude de Païens qui crioient contre lui. Le gouverneur lui demanda alors quel étoit le Dieu des Chrétiens ? *Vous le connoîtrez*, répondit *St. Pothin*, si vous en êtes digne. Cette réponse irrita ses persécuteurs. On le maltraita cruellement, et on le traîna en prison où il mourut deux jours après. *St. Irenée* fut son successeur. *Voyez* les Actes du martyre de *St. Pothin* dans la Lettre des Eglises de Vienne et de Lyon aux Fidelles d'Asie et de Phrygie, qu'on trouve en grande partie dans l'Histoire Ecclésiastique d'*Eusèbe*, *Lib.* 5. C'est un des plus précieux monumens des premiers siècles de l'Eglise. I. POTIER, (Nicolas) seigneur de Blancmesnil, président au parlement de Paris, étoit d'une noble famille de cette ville, qui remonte au 15$^{e}$ siècle et qui a fourni plusieurs hommes célèbres à la France. C'étoit un des plus vertueux magistrats de son temps. N'ayant pu sortir de Paris lorsque cette capitale se déclara pour la Ligue, il fut arrêté prisonnier au Louvre, avec ceux qui imprivoient cette révolte. La faction des *Seize* lui fit faire son procès dans les formes, sous prétexte qu'il entretenoit une correspondance secrète avec *Henri IV*. Il auroit subi le même sort que le président *Brisson*, si le duc de *Mayenne*, plein de vénération pour la vertu de ce fidelle magistrat, ne fût allé le délivrer de sa prison. *Monseigneur*, lui dit *Blancmesnil* en se jetant à ses pieds, je vous ai obligation de la vie; mais j'ose vous demander un plus grand bienfait; c'est de me permettre de me retirer auprès de mon légitime Roi, ne pouvant vous servir comme mon maître. Le duc de *Mayenne* touché de cette fermeté, le releva, l'embrassa et le laissa aller vers *Henri IV*. *Blancmesnil* ne fut pas moins dévoué à *Louis XIII* qu'il l'avoit été à son père. La reine *Marie de Médicis*, pendant sa régence, l'honora du titre de son chancelier. Il mourut en 1635, à 94 ans, sans se ressentir des incommodités de la vieillesse.
II. POTIER, (Louis) seigneur de *Gesvres*, secrétaire d'état, étoit frère puiné du précédent. Il s'acquit par son zèle et par sa fidélité, la confiance de *Henri III*, qui voulut l'avoir auprès de lui après la journée des Barricades en 1588. Il ne fut pas moins attaché à *Henri IV* et à *Louis XIII*, auxquels il rendit de grands services durant les guerres civiles. Il mourut le 25 mars 1630.
III. POTIER, (René) fils aîné du précédent, comte de Tresmes en Valois, fut capitaine des gardes du corps, gouverneur de Châlons, etc. Sa terre de Tresmes fut érigée en duché-pairie l'an 1648, sous le nom de *Gesvres*. Il mérita cette faveur par son zèle patriotique et par son courage.
IV. POTIER, (Bernard) seigneur d'Eblerencourt, second fils de *Louis Potier*, fut lieutenant général de la cavalerie légère de France. Ce seigneur vaillant et aimable mourut en 1662. V. POTIER, (Antoine) seigneur de Seaux, troisième fils de *Louis*, fut secrétaire d'état, et fit paroître beaucoup d'habileté dans les affaires et les négociations. Il avoit été envoyé à Rome et à Madrid, où il s'étoit également distingué. Il mourut le 13 septembre 1621, sans laisser de postérité. C'étoit un homme sage, studieux, de bonnes mœurs, et qui laissa de vifs regrets à sa famille et à la patrie.
VI. POTIER, (Nicolas) seigneur de Novion, de la famille des précédents, secrétaire des ordres du roi en 1656, puis premier président au parlement de Paris en 1678, mourut en 1693, âgé de 75 ans. Il étoit de l'académie Françoise. C'étoit un magistrat intègre et éclairé.
POTIER, *Voy*. POTHIER.
POTKEN, (Jean) imprimeur Allemand, s'établit à Rome en 1513, puis à Cologne en 1518. Pour se perfectionner dans la connoissance des langues Orientales, il avoit voyagé dans les Indes, en Egypte et en Ethiopie. 188 POT L'ouvrage le plus remarquable sorti de ses presses est un *Pseautier* in-4°, 1518, en hébreu, en grec, en latin et en éthiopien. *Potken*, outre sa profession d'imprimeur, étoit encore prêtre et grammairien.
POTON, *Voy. SAINTRAILLES.* I. POTT, (Jean-Henri) habile chimiste Allemand, recula les bornes de la science qu'il cultivoit. On a de lui : I. *De Sulphuribus Metallorum*, 1738, in-4°. II. *Observationes circa Sal*, Berolini, 1739 et 1741, 2 vol. in-4°. Ces ouvrages sont très-estimés, à cause d'un grand nom-nombre d'observations nouvelles. L'auteur étoit de diverses académies.
II. POTT, (Percival) célèbre chirurgien Anglois, naquit à Londres en 1713 et y mourut en 1788. Doué d'un génie inventif, il perfectionna divers instrumens utiles dans les opérations, et a publié un savant *Traité* sur les hernies, un *Autre* sur les blessures et les contusions de la tête, et des *Observations* sur la fistule lacrymale.
POTTEAU, (Nicolas) natif de Lucques, embrassa la règle de *St-Dominique*, et publia à Lyon des *Entretiens sur l'amour divin*, en 1625. I. POTTER, (Christophe) né en 1591, fut élevé à Oxford. Il devint chapelain du roi *Charles I*; puis doyen de Worcester et vice-chancelier de l'université d'Oxford. Dans sa jeunesse, il fut Puritain zélé. Dans un âge plus avancé, il s'attacha au parti du roi, et fut persécuté dans les troubles qui agiteient l'Angle- terre. On a de cet auteur quelques *Traités* sur la *Prédestination* et sur la *Grace*. Il a aussi traduit de l'italien en anglois, et publié l'*Histoire du différend du pape Paul V avec les Vénitiens*. Il mourut en 1646, à 55 ans.
II. POTTER, (François) curé à Kilmington en Angleterre. Son goût pour la peinture et les mécaniques alloit jusqu'à la passion. Une machine pour l'eau qu'il présenta à la Société royale de Londres, lui valut l'honneur d'être mis au nombre de ses membres. *Potter* mourut aveugle en 1678. Son *Explication du nombre 666 de l'Apocalypse*, Oxford, 1642, in-4°, est pleine d'idées absurdes. Que ne se renfermoit-il dans la mécanique ?
III. POTTER, (Jean) théologien Anglois, né en 1674 à Wakefield dans le comté d'York, fut nommé à l'archevêché de Cantorbery et mourut en 1745. Il a publié : I. *Archaeologia Graeca*, dans *Gronovius*; et séparément, Leyde, 1702, in-folio. II. Une édition de *St-Clément d'Alexandrie*, Oxford, 1736, 2 vol. in-fol., dont les remarques sont très-estimées. III. Une édition de *Lycophron*, réimprimée en 1702. IV. Les *Antiquités Grecques*, 1751, 2 vol. *Voyez* POTER.
POUCHARD, (Julien) né en Basse-Normandie près la ville de Domfront, eut la principale direction du *Journal des Savans*, qui s'est toujours continué depuis. Habile dans l'étude de l'hébreu, du grec et du latin, ainsi qu'en celle de la philosophie et de la théologie, il obtint en 1701, une place dans l'académie des Inscriptions, et trois ans après, la chaire de professeur en grec au Collège royal. Il mourut en 1705, âgé de 49 ans. On a de lui : I. Discours sur l'antiquité des Égyptiens. II. Un autre sur les libéralités du peuple Romain, dans les Mémoires de l'académie. III. Histoire universelle, depuis la création du monde jusqu'à la mort de Cléopâtre, en manuscrit.
POUFFIER, (Hector-Bernard) doyen du parlement de Dijon, mort dans cette ville en 1732, devint l'un des bienfaiteurs des lettres en fondant par ses dernières dispositions l'académie de Dijon, et en lui léguant les fonds nécessaires pour ses prix et ses exercices. Son testament a été imprimé en 1736, in-4°
POUGET, (François-Amé) prêtre de l'Oratoire, docteur de Sorbonne et abbé de Chambon, naquit à Montpellier en 1666. Il fut fait vicaire de la paroisse de Saint-Roch à Paris en 1692, et ce fut en cette qualité qu'il eut part à la conversion du célèbre la Fontaine, (Voyez son article) dont il donna une relation curieuse et détaillée, dans une Lettre publiée par le P. Desmolets. Pouget avait fait sa licence avec Colbert évêque de Montpellier, qui le mit à la tête de son Séminaire. Il forma les ecclésiastiques à la piété la plus solide, autant par ses leçons que par ses exemples. Après avoir éclairé et édifié ce diocèse, il vint mourir à Paris dans la maison de Saint-Magloire en 1723, à 57 ans. Son principal ouvrage est le livre connu sous le nom de Catéchisme de Montpellier, dont l'édition la plus recherchée est celle de Paris en 1702, in-4°, ou 5 vol. in-12. Il avait lui-même traduit cet ouvrage en latin, et il voulait le publier avec les passages entiers qui ne sont pas cités dans l'original françois; la mort l'empêcha d'exécuter ce dessein. Le P. Desmolets son confrère, acheva ce travail et le mit au jour en 1725, en 2 vol. in-folio. Cet ouvrage solide peut tenir lieu d'une Théologie entière. Il y a peu de productions de ce genre où les dogmes de la Religion, la morale Chrétienne, les Sacremens, les Prières, les Cérémonies et les usages de l'Eglise, soient exposés d'une manière plus claire, plus précise, et avec une simplicité plus élégante. Le Christianisme y paroît dans toute sa majesté. L'auteur n'établit les vérités qu'il enseigne que sur l'Écriture, les Conciles et les témoignages des Pères. Cet ouvrage ayant essuyé quelques difficultés, Charancy successeur de Colbert, le fit imprimer en 4 vol. in-12, avec des corrections qui ne plurent pas à tout le monde. On doit encore au P. Pouget : I. Instructions Chrétiennes sur les devoirs des Chevaliers de Malte, 1712, in-12. Il ne fut guère que l'éditeur et le reviseur de cet ouvrage. II. Il a eu part au Bréviaire de Narbonne, à l'édition de Saint-Jérôme, par Martinay; aux Analectes Grecques de Montfaucon, etc.
POUJADE, (Le vicomte de la) lieutenant-colonel et chevalier de Saint-Louis, né en 1704 au Château de Péricard, diocèse d'Agen, mort au Château de Montbeau, même diocèse, a été connu par des couplets faciles, agréables, pleins de gaieté et de graces qu'il faisoit sans cesse *in-promptu*. Il ne savoit, dit-on, ni lire ni écrire ; mais son esprit naturel lui fournissoit des pensées neuves et délicates qu'il renfermoit ordinairement dans quatre vers. *Moncrif*, *Gresset*, le président *Hénault* faisoient cas de son talent, et aimoient sa société. Ses meilleurs Couplets se trouvent dans le tome troisième des *Chansons choisies*, avec les *airs notés*, Genève, (Paris) 4 vol. in-24, 1777.
**POULCHRE**, (François le) seigneur de la Mothe-Messemé, étoit un gentilhomme originaire d'Anjou. Son père étoit surintendant de *Marguerite* reine de Navarre, laquelle faisoit son séjour au Mont-Marsan ; c'est dans cette ville, que naquit le *Poulchre*. Il porta les armes de bonne-heure, et se trouva à la bataille de Dreux en 1562. *Charles IX* à qui le duc de Roannès le présenta, l'envoya à Saint-Mesmin vers la reine sa mère, pour savoir de ses nouvelles, et de celles de la paix, à laquelle cette princesse travailloit. *Le Poulchre* suivit ensuite la cour à Paris, à Saint-Germain, et ailleurs ; et depuis ce temps-là, il servit, montant de grade en grade, dans toutes les guerres de son temps. *Charles IX* le gratifia de la charge de gentilhomme ordinaire de sa chambre. On a de lui un ouvrage singulier, qu'il publia sous ce titre : *Les Sept Livres des honnêtes Loisirs de M.* de la Mothe-Messemé, *Chevalier de l'ordre du Roi*, et *Capitaine de cinquante Hommes d'armes des ordonnances de Sa Majesté*. Ils sont intitulés chacun du nom d'une des Planètes ; qui est un Discours en forme de Chronologie, où sera véritablement discouru des plus notables occurrences de nos Guerres civiles, et de divers accidens de l'auteur ; dédié au Roi : Plus, un mélange de divers Poèmes, d'Elégies, Stances et Sonnets ; à Paris, chez Marc Orri, 1587, in-12. Ce salmigondis peut être de quelque utilité pour notre Histoire ; mais il ne servira jamais à la gloire de notre Parnasse, quoique *Ronsard* l'ait honoré de son approbation. Les vers en sont plats et languissans, tels qu'on devoit les attendre d'un vieux gentilhomme dont le style étoit à demi-barbare, et qui n'avoit pas assez cultivé son art et son génie.
**POUILLI**, *Voyez* LÉVESQUE et POILLY.
**POULIN**, *Voyez* ESCALIN et POULLIN.
**POULLAIN DU PARC**, (N.) avocat à Rennes, se distingue dans cette ville par son savoir et son intégrité. On lui doit : I. *Journal* des audiences du parlement de Bretagne, 3 volum. in-4°, dont le premier parut en 1737, et le troisième en 1763. II. *Coutumes* du pays et duché de Bretagne, 1748, 3 vol. in-4°. III. *Observations* sur les ouvrages de la *Bigotière* du *Parchambault*, 1766, in-12. IV. *Principes du Droit François*, suivant les maximes de Bretagne, 1767, 2 vol. in-12. Il est mort avant la révolution.
**POULLAIN**, *Voyez* II. BARRE, PULLUS et SAINT-FOIX.
POULLE, (Louis) prédicateur du Roi, et abbé commendataire de Nogent, mourut à Avignon sa patrie, le 8 novembre 1781, à 79 ans, avec la résignation d'un philosophe Chrétien, dont les espérances consolantes affoiblissent les craintes. Né avec une heureuse imagination, l'abbé *Poulle* cultiva de bonne-heure la poésie et l'éloquence. Ces deux sœurs lui furent favorables, mais la seconde beaucoup plus que la première. Peu de gens savent qu'il remporta le prix de poésie à Toulouse en 1732 et 1733; mais tout le monde a lu avec plaisir ses *Sermons*, Paris, 2 vol. in-12. Une éloquence vive, noble et rapide, des images grandes et brillantes, quelquefois du sentiment; voilà les beautés de ce recueil. Quelques métaphores forcées, la recherche de l'esprit dans divers morceaux, où il falloit de la simplicité ou du pathétique, trop d'interrogations, trop d'exclamations; voilà les défauts. Mais ils disparoissoient en partie, lorsque l'orateur prononçoit ses Discours, parce qu'il avoit toutes les graces extérieures. Aussi des critiques d'un goût sévère, disoient qu'il étoit le seul véritable orateur que nous eussions vu dans la chaire depuis *Massillon*. L'abbé *Poulle* ne fit pas tout ce qu'il pouvoit faire, parce qu'il étoit naturellement paresseux. Aussi, après avoir obtenu son abbaye, il ne prêcha plus que très - rarement et dans les assemblées de cérémonie; ce qui fit dire de lui: que la *Poulle* ne chantoit plus depuis qu'on l'avoit engraissée. Toutes ses lectures se réduisoient aux Livres saints, et à un petit nombre de poètes et d'orateurs. Il n'en a pas été moins éloquent; parce qu'on l'est par son ame et son imagination, et non par ses connaissances. Mais lorsqu'il cesse d'être éloquent, il ne se soutient pas par d'autres mérites. En général, il cherchoit plutôt, dans ses plans, un cadre à tous les beaux morceaux vers lesquels son enthousiasme l'entraînait, qu'un développement complet et précis de ses sujets. Aussi, de douze discours qu'il a laissés, il y en a un tiers qui ne peuvent rien faire pour sa réputation. Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'avant la première édition de ses *Sermons*, en 1778, il ne les avoit jamais écrits, et qu'il les avoit gardés fidèlement pendant quarante ans dans sa mémoire, sans les avoir jamais confiés au papier. Dans sa vieillesse, les instances de ses amis le déterminèrent à les dicter à son neveu qui les a publiés. On doit distinguer sur-tout parmi eux, le *Discours* sur le Ciel, l'*Exhortation* sur l'aumône, et celle en faveur des enfans trouvés. M. de Sainte-Croix a fait l'*Eloge de l'abbé Poulle*, 1783, in-8. L'ingénieux panégyriste peint cet abbé comme un homme vertueux sans ostentation, bienfaisant sans effort, tolérant sans indifférence. « Il vécut heureux, ajoute-t-il, et mérita d'autant plus de l'être, que le spectacle du bonheur d'autrui fut pour lui une véritable jouissance. »
POULLET, (Pierrard) a donné en 1598, la tragédie de *Clorinde*, imprimée la même année.
POULLETIER DE LA SALLE, (François-Paul) né à Lyon le verain, ne cessa d'inspirer à cette princesse des sentimens de paix. Louis XIII, par reconnoissance le nomma en 1632, maire et capitaine général de la ville d'Angers : place où du Pineau mérita le titre flatteur de Père du peuple. Il ne faisoit acception de personne. Les pauvres à son audience alloient de pair avec les grands, auxquels il savoit faire agréer cette conduite par sa politesse. Ce digne citoyen mourut le 15 octobre 1644, à 71 ans. Sa maison étoit une espèce d'académie. Il se tenoit chez lui des conférences réglées, où assistoient les jeunes officiers, les avocats et autres savans. Chacun y proposoit librement ses difficultés sur les matières les plus épineuses du Droit, de l'Histoire, et quand du Pineau avoit parlé, tout étoit éclairci; mais il ne prenoit la parole que le dernier, parce qu'il s'étoit aperçu qu'on déféroit trop à son sentiment. Ses écrits sont : I. Notes latines opposées à celles de du Moulin sur le Droit canon, imprimées avec les Œuvres de ce jurisconsulte par les soins de François Pinson. II. Commentaires, Observations et Consultations sur plusieurs Questions importantes, tant de la Coutume d'Anjou que du Droit François, avec des Dissertations sur différens sujets, etc., réimprimées en 1725, en 2 vol. in-folio, par les soins de Livonière, qui les a enrichies de remarques très-utiles. L'éditeur dit « que du Pineau est peu inférieur au célèbre du Moulin pour le Droit civil, et qu'il est plus exact pour le droit canon. » Ménage fit sur sa mort ces deux vers : Pinellus perlit, l'hémidis plus illa sacerdos, In proprio judex limine perpetuus. Il est éteint ce flambeau de la France, Ce prêtre zéié de l'hémis ;
PINEAU, qui sous ses toits, ainsi que sur les Lis, Toujours d'une main sûre a tenu la balance.
PINEDA, (Jean) né à Séville d'une famille noble, entra dans la Société des Jésuites en 1572. Il y enseigna la philosophie et la théologie dans plusieurs collèges, et se consacra à l'Écriture-Sainte. Pour se rendre cette étude plus facile, il apprit les langues orientales. Nous avons de lui : I. Deux vol. de Commentaires sur Job, in-folio. II. Deux sur l'Écclésiaste. III. De rebus Salomonis, in-folio : curieux et savant, mais peu exact. IV. Une Histoire universelle de l'Église en espagnol, quatre vol. in-folio. V. Une Histoire de Ferdinand trois, en la même langue, in-folio. Il mourut en 1637, emportant dans le tombeau les regrets de ses confrères et du public.
PINELIÈRE, (N. de la) étoit d'Anjou. Il donna en 1635 au théâtre François, une Tragédie d'Hippolyte. I. PINELLI, (Jean-Vincent) naquit à Naples de Côme Pinelli noble Génois, domicilié dans cette ville, et qui y avoit acquis des richesses considérables par le commerce. Après avoir reçu une excellente éducation, il quitta sa patrie pour venir se fixer à Padoue à l'âge de vingt-quatre ans. Passionné pour les sciences, il préféra cette ville, à cause des 30 septembre 1719, de l'intendant de la généralité de cette ville, fut envoyé par ce dernier à Paris pour suivre le cours de droit; mais le jeune *Pouletier* les négligea pour s'attacher avec ardeur à ceux de médecine. En vain voulut-t-on le nommer à d'importantes places dans l'administration publique, il les refusa pour suivre son goût. Bientôt, il exerça gratuitement la médecine, et seulement en faveur des pauvres. Il établit dans les faubourgs de Paris trois hospices, où ces derniers furent reçus et traités à ses dépens. Intime ami de *Macquer*, il l'aida dans ses expériences chimiques, et contribua beaucoup à son *Dictionnaire*, sans que sa modestie permit qu'on le nommât. Uniquement occupé à faire le bien, il ne connut d'autres délassemens que la musique; et il composa le chant de plusieurs morceaux des opéra de *Métastase*. Cet homme simple, doux et bienfaisant termina son utile carrière au mois de mars 1788.
POULLIN DE LUMINA, (Étienne-Joseph) négociant à Lyon, étoit né à Orléans, et mourut en 1772. On a de lui: I. *L'Abrégé Chronologique de l'Histoire de Lyon*, 1767, in-4.º II. *Histoire de l'Eglise de Lyon*, 1767, 2 vol. in-4.º III. *Les Mœurs et Coutumes des François*, 2 vol. in-12, 1770. Ces ouvrages offrent quelques recherches; mais ils sont languissamment écrits, et l'auteur est resté dans la classe des écrivains subalternes, qui acquièrent peu de réputation en compilant beaucoup.
POVODOVIUS, (Jérôme) archidiacre de Cracovie, issu d'une famille noble, se distingue par son érudition et par ses talens pour la chaire. On a de lui, une *Instruction des Confesseurs*, un Traité de la *Cène*, un autre de la *Résurrection*, et des Écrits polémiques contre les Ariens, etc. Ils sont en latin, et virent le jour à Cracovie, en 1610, in-4.º *Povodovius* mourut trois ans après, en 1613.
POUPART, (François) né au Mans, vint de bonne heure à Paris où il s'appliqua avec ardeur à la physique et à l'histoire naturelle. Il avoit sur-tout un goût décidé pour l'étude des insectes, et il passoit un temps considérable à les observer et à les disséquer. Pour se perfectionner dans cette partie, il crut devoir exercer la chirurgie. Il se présenta à l'Hôtel-Dieu de Paris, où il subit les examens, et fut reçu avec applaudissement; mais il étonna beaucoup, quand il avoua qu'il n'avoit que de la spéculation, et qu'il ne savoit pas même saigner. Après s'être instruit de la pratique, il se fit recevoir docteur en médecine à Rheims. L'académie des Sciences se l'associa en 1699. *Poupart* étoit philosophe non-seulement par ses connoissances, mais encore par sa conduite. Réduit à un genre de vie fort incommode et fort étroit, il le supportoit avec gaieté. Son extérieur étoit modeste, et cette modestie avoit passé jusqu'à son cœur. On a de lui: I. *Une Description de la Sangsue*, dans le *Journal des Savans*. II. *Un Mémoire sur les Insectes Hermaphrodites*. III. *L'Histoire du Formica-Leo* et du *Formica-Pulex*. IV. *Des Observations sur les Moules*, et d'autres d'autres savans Ecrits, dans les Mémoires de l'Académie des Sciences. On le croit aussi auteur du Livre intitulé la Chirurgie complète, qui n'est qu'un Recueil de plusieurs Traités curieux et utiles. Si cela est, dit Fontenelle, on doit pardonner ce livre au besoin qu'il avoit de le faire, et lui savoir gré en même temps de ne s'être pas fait honneur d'une compilation. Il mourut en octobre 1709, à 48 ans.
POUPELINIÈRE, (Alexandre - Jean - Joseph le Riche de la) mort à Paris sa patrie, en 1762, à 70 ans, étoit fils d'un receveur général des finances. Nommé fermier général en 1718, il invita chez lui la bonne compagnie. Il avoit une table bien servie, où il rassembloit les beaux esprits et les gens à talens, auxquels il faisoit du bien par vanité. Comme il aimoit beaucoup l'encens, il ne vivoit guère qu'avec des gens qui lui en donnoient pour son argent et pour ses dîners. Ses parasites l'appeloient Pollion. Il y avoit pourtant quelques gens de lettres qui ne se prosternoient pas devant le Veau d'or; Piron choqué un jour des airs d'importance qu'il se donnoit, lui dit: Allez cuver votre or. Il aimoit beaucoup les femmes, la musique et tous les plaisirs; et sa bonne mine, son esprit et le ton du monde lui procurèrent quelques aventures singulières, qui ajoutèrent à sa réputation d'homme à bonnes fortunes. Il étoit poli et aimable, quand il n'étoit pas dans ses jours d'humeur. On a de lui, un Roman médiocre, intitulé: Baire, histoire orientale, 1761, in-8e et in-12.
POUPPÉE, Voyez DESPORTES, n.º III. I. POURBUS, le père, (Pierre) peintre, mort à Anvers en 1583, s'est attaché à peindre des animaux et des paysages; mais c'est dans le portrait qu'il a sur-tout excellé. Il donnoit à ses têtes beaucoup de ressemblance, et saisissoit avec sa gacité ces traits délicats, dans lesquels l'esprit et le caractère d'une personne se font en quelque sorte connoître. Son ton de couleur est excellent; on auroit souhaité plus de force de dessin dans ses ouvrages. Il a été surpassé par François Pourbus son fils et son élève.
II. POURBUS, (François) peintre, fils du précédent, natif d'Anvers, mort à Paris en 1622, âgé d'environ 40 ans, a fait beaucoup de portraits estimés. On lui doit aussi quelques sujets d'Histoire, qui prouvent l'excellence de ses talens dans ce genre. Ce peintre a parfaitement saisi la ressemblance dans ses portraits: son coloris est admirable, ses draperies bien jetées, ses ordonnances bien entendues; il a mis beaucoup de noblesse et de vérité dans ses expressions. Le roi possédoit plusieurs de ses tableaux; on voyoit aussi, au Palais-Royal, le portrait en grand de Henri IV, peint par ce maître.
POURCHOT, (Edme) né au village de Pouilly près d'Auxerre, en 1651, de parens obscurs, vint à Paris pour y achever ses études. Il s'y distingua et devint professeur de phi losophie au collège des Grassins, puis au collège de *Mazarin*. Il fut sept fois recteur de l'université : il l'eût été encore plus souvent si l'on eût pu forcer davantage sa modestie. Pendant quarante ans qu'il fut syndic, il servit ce corps avec le zèle le plus ardent, et ses membres avec l'amitié la plus agissante. *Pourchot* n'étoit pas seulement connu dans l'université, il l'étoit encore dans le monde, et l'étoit avantageusement. *Racine*, *Despréaux*, *Mabillon*, *Dupin*, *Baillet*, *Montfaucon*, *Santeuil*, le recherchèrent, comme un homme dont le caractère et la conversation avoient des charmes. *Bossuet* et *Fénélon* l'honoroient d'une estime particulière. Ce dernier lui offrit plusieurs fois d'employer son crédit, pour le mettre au nombre des instituteurs des Enfans de France; mais *Pourchot* aime mieux se dévouer au service de l'université, qu'à celui de la cour. Cet homme estimable mourut à Paris le 22 juin 1734, à 83 ans. On trouve son caractère en peu de mots, dans ces vers faits par *Martin*, son élève : *Ille est Purchotius, quo se Schola *Spreils certa sequi dogmata quis-* *Religionis amans, idem Sophiaque Magister* *Egregius, mores format et ingenium.* On a de lui : *Institutiones Philosophicae*, dont la quatrième édition fut donnée en 1744, in -4° et 5 vol. in-12. La philosophie de *Pourchot* lui attira autant d'ennemis dans l'intérieur de l'université, que d'admirateurs au dehors. Il s'éleva, dans le sein de ce corps, des cabales contre l'auteur de la nouvelle philosophie. Tout le monde connoit l'Arrêt burlesque qui fut dressé à ce sujet par *Despréaux*, dans lequel certains *Quidams sans aveu*, prenant les noms de *Gassendistes*, *Cartésiens*, *Malebranchistes* et *Pourchotistes*, sont traités de *factieux*. Le ridicule que cet Arrêt jetoit sur les anciens préjugés, dissipa le parti qui s'étoit formé dans l'université contre la nouvelle philosophie, qu'on avoit déjà déférée au parlement comme une doctrine dangereuse. Le péripatéticisme dominoit par-tout; mais c'étoit un vieux tyran qu'on méprisoit. *Pourchot* vit sa philosophie se répandre sans exciter de sédition. Il est vrai que pour ne pas paroître mépriser tout-à-fait les questions dont on faisoit le plus de cas dans les écoles, il en avoit fait une espèce de collection, séparée du corps de l'ouvrage, sous le titre de *Series disputationum Scholasticarum*, qu'il appeloit, en badinant : *Le sottisier*. Son *Cours de Philosophie* n'étant pas conforme aux nouvelles découvertes et aux systèmes modernes, est moins consulté qu'il ne l'a été. (*Voyez* II. LAMY.) II. *Pourchot* a travaillé pour le style, aux *Prolégomènes*, et à la composition des *Méthodes* hébraïque, chaldaïque et samaritaine, de *Masclef* son ami, qu'il contribua beaucoup à répandre. III. Il fit des *Mémoires* sur différens droits de l'université.
POURFOUR, (François) médecin de Paris sa patrie, né en 1664, plus connu sous le nom de *Petit*, fit des progrès rapides dans son art. Ses succès lui méritèrent une place à l'académie des Sciences en 1722. Il s'acquit une grande réputation, sur-tout pour la cure des maladies des yeux. Il avoit imaginé et fait construire un *Ophthalmomètre*, instrument destiné à mesurer les parties de l'œil, et plusieurs autres machines, pour constater ce qu'il avançoit sur toute cette matière, ou pour diriger la main de ceux qui ont à opérer sur cet organe délicat. Une des plus importantes étoit un globe de verre creux, représentant au naturel un œil dont le cristallin est cataracté. Cet habile homme mourut à Paris, le 18 juin 1741, à 77 ans, après avoir publié quelques *Écrits*, dont le style est négligé et sans aucun agrément. Il n'avoit jamais su ou voulu savoir ce que c'étoit que limer un ouvrage. Renfermé dans les faits et dans les expériences, il s'embarrassoit fort peu des phrases. Ses écrits ne sont que des brochures. Les principales sont : I. *Trois Lettres... Sur un nouveau Système du cerveau*, Namur, 1710, in-4.º II. Une *Dissertation sur une nouvelle méthode de faire l'opération de la cataracte*, 1727, in-12. III. *Lettre dans laquelle il est démontré que le cristallin est fort près de l'uvée*, Paris, 1729, in-4.º IV. Une autre *Lettre contenant des Réflexions sur ce que Hecquet a fait imprimer touchant la maladie des yeux*, 1729, in-4.º V. Une troisième *Lettre, contenant des Réflexions sur les découvertes oculaires*, 1732, in-4.º Il a orné aussi les *Mémoires de l'Académie des Sciences*, de plusieurs Observations curieuses. On trouva à sa mort un Herbier de trente gros volumes in-folio, qui ne contenoient aucune plante qu'il n'eût desséchée lui-même, et dont il ne connût la vertu. Il est encore auteur d'une Dissertation qui est rare, où il critique quelques endroits des *Éléments de Botanique de Tournefort*.
POUSSET, *Voyez MONTAUBAN.*
POUSSIN, (Nicolas le) naquit à Andely en Normandie en 1594, d'une famille noble, mais très-pauvre. Ce peintre, qu'on peut appeler le *Raphaël de la France*, fit ses premières études sous des maîtres médiocres; il fit cependant des progrès rapides. Son mérite avoit déjà éclaté, et il étoit fort employé lorsqu'il partit pour l'Italie, toujours animé du désir de se perfectionner dans son art. Le cavalier *Marin*, célèbre par son Poème d'*Adonis*, connut le *Poussin* à Rome, se lia d'amitié avec lui, et lui fit goûter la lecture des Poètes, où ce peintre trouva beaucoup à profiter pour ses compositions. *Marin* étant mort, le *Poussin* se trouva tout-à-coup sans secours, et fut obligé pour subsister, de vendre ses ouvrages à un très-bas prix. Mais ces circonstances fâcheuses n'affoiblirent point son courage : il étoit sans cesse occupé à acquérir les connaissances propres à la peinture. Il apprit la géométrie, la perspective, l'architecture et l'anatomie. Sa conversation, ses lectures et ses promenades, étoient d'ordinaire relatives à sa profession. Il ne consultoit la nature que pour le paysage, qu'il a rendu avec beaucoup d'intelligence. On a beaucoup loué, et avec raison, un tableau du *Poussin* 196 POU en ce genre, dont l'invention, digne de *Tibulle*, décèle à la fois l'esprit, le sentiment et le génie. On y voit des bergers livrés à la joie qu'inspirent la jeunesse et le printemps, former par groupe des danses légères dans un bocage riant; et tandis qu'ils foulent en folâtrant les fleurs de la prairie, on apperçoit un peu à l'écart, un tombeau simple et orné de gazons que couronne un cyprès, avec cette inscription: *Je fus aussi, dans mon temps, Pasteur d'Arcadie!* ... Ce beau tableau se voit maintenant dans le *Muséum* de Versailles, sous le n.º 187. L'antique servit toujours à *Poussin* pour la figure. Il modeloit très bien les statues et les bas-reliefs, et il seroit devenu un excellent sculpteur s'il eût voulu tailler le marbre. De retour en France, *Louis XIII* le nomma son premier peintre. Un jour que cet artiste venoit à Fontainebleau, le roi envoya ses carrosses au-devant de lui, et lui fit l'honneur d'aller jusqu'à la porte de sa chambre pour le recevoir. On avoit chargé le *Poussin* de décorer la grande galerie du Louvre; mais ayant été traversé par plusieurs envieux, et se plaignant qu'à *Paris on le forçoit à dessiner des ornemens de cheminée, des frontispices et des couvertures de livres*, il retourna à Rome et y resta jusqu'à sa mort, arrivée en 1665, à 71 ans. Il y avoit quelque temps qu'il étoit à moitié paralytique. Il vécut toujours dans la médiocrité, quoique *Louis XIV* lui eût conservé son titre de premier peintre et ses pensions. Sa maison étoit montée sur le ton le plus modeste. Un jour qu'il reconduisoit lui-même, la lampe à la main, le cardinal *Mancini*, ce prélat ne put s'empêcher de lui dire: *Je vous plains beaucoup, Monsieur Poussin, de n'avoir pas seulement un valet.* — *Et moi*, répondit le *Poussin*, *je vous plains beaucoup plus, Monseigneur, d'en avoir un si grand nombre.* La gloire étoit son seul mobile. Il ne faisoit jamais de prix pour ses tableaux; il marquoit derrière la somme qu'il en vouloit, et renvoyoit ce qu'on lui présentoit en sus de son estimation. Il étoit encore dans l'usage d'accompagner son ouvrage d'une lettre, pour en rendre un compte détaillé et raisonné. Ce peintre est un de ceux qui ont le mieux connu le *Beau idéal*; ce qui le remplit de vénération pour les anciens chez lesquels seuls on peut le trouver, et lui inspira de l'éloignement pour l'école Flamande, qui, comme on sait, éprise du coloris, néglige ce *Beau idéal*. « C'est la nature qu'ils aiment, nous dit-on; c'est la nature qu'ils copient; c'est la nature qu'on voit dans leurs ouvrages. Eh! que m'importe dans un tableau la réunion de vingt têtes communes? C'est un beau caractère, une grande expression que je desire; c'est la finesse, la gravité, la majesté d'une tête que je recherche. Je n'aime point la lance d'*Achille* dans la main d'un nain décharné, quoique souvent la force s'unisse à la maigreur, à la petitesse de la taille. Je ne veux point que *Laure* soit laide, si l'on me peint *Pétrarque* soupirant à ses pieds, quoiqu'elle le fût en effet. La postérité, qui ne connoit les grands hommes que par les faits qui sont dignes d'elle, dont l'imagination s'exalte, s'agrandit, s'embellit en songeant aux *Scipion*, aux *César*, aux *Brutus*, est blessée de leur voir des formes flamandes, et choquée quand on leur prête l'attitude et l'action d'un pesant bourgmestre Hollandois. On ne doit rendre certaines difformités, que quand elles sont consacrées par l'histoire ou par la sculpture. » (*Essai sur la Vie et sur les Tableaux du Poussin.*) *Le Poussin* a montré un grand jugement dans tout ce qu'il a fait; il dessinoit avec beaucoup de correction : sa composition est sage, et en même temps pleine de noblesse. On ne peut rien lui reprocher contre l'érudition et la convenance. Ses inventions sont ingénieuses, son style grand et héroïque. Aucun maître particulier n'eut la gloire de former ce grand homme : il n'a lui-même fait aucun élève. Ce peintre avoit d'abord fait une étude spéciale des ouvrages du *Titien*; c'est pourquoi ses premiers tableaux sont mieux coloriés. Mais il craignit, à ce qu'il disoit lui-même, que *le charme du coloris ne lui fit négliger le dessin*, et il n'apporta point à cette partie qui fait la magie de l'art, toute l'attention nécessaire. Son goût pour l'antiquité est trop sensible dans ses tableaux. Les connoisseurs vont jusqu'à remarquer les tableaux qui lui ont servi de modèles. Les plis de ses étoffes sont en trop grand nombre : il n'a pas assez contrasté ses attitudes, ni assez varié ses airs de tête et ses expressions. A ces défauts près, il peut être comparé aux plus célèbres artistes d'Italie. On voit à Rome plusieurs ouvrages du *Poussin*; mais la plus grande partie étoit en France, dans la collection des tableaux du Roi et dans celle du Palais-Royal. Celle-ci offroit, entr'autres, les *Sept Sacremens*, suite très-précieuse. Le tableau du mariage est plus foible que les autres; ce qui fit dire plaisamment à un poète, dans une Epigramme, qu'un bon mariage étoit difficile à faire, même en peinture. Son tableau du *Déluge* est l'un de ses chefs-d'œuvre; on ne peut le voir sans ressentir tous les sentimens de la terreur et de la pitié. En 1802, il a été gravé à Paris par *Laurent*. Le *Bellori*, qui a écrit la Vie du *Poussin* en italien, composa ces quatre vers latins en son honneur : *Parce più tacrymis, vivit Pussinus in urad, Vivere qui dederat, nescius ipse mori : Ille tamen ipse sillet; si vis audire loquentem, Mirum est, in tabulis vivit et elo- quitur.* On les a imités ainsi : Cette urne-offre à nos yeux les plus tristes images ; Cependant *Poussin* n'est point mort : Malgré la cruauté du sort, Il vit toujours dans ses ouvrages. *Château* a gravé d'après lui. *Voy*: LOIR.
POUSSINES, (Pierre) *Pousinus*, Jésuite de Narbonne, demeura long-temps à Rome, où la reine *Christine* de Suède, le cardinal *Barberin*, et plusieurs autres personnes illustres, lui donnèrent des marques de l'estime qu'ils faisoient de son mérite. Il mourut en 1686, à 77 ans, également recommandable par son savoir et par sa piété. On a de lui : I. Des *Traductions* d'un grand nombre d'Écrivains Grecs, avec des notes. II. Une *Chatne* des Pères Grecs sur *St. Marc*, Rome, 1673, in-fol.; et d'autres ouvrages qui prouvent beaucoup en faveur de son érudition.
POUTEAU, (Claude) docteur en médecine, et chirurgien en chef du grand Hôtel-Dieu de Lyon, membre de l'académie de la même ville, mort à la fleur de son âge, en 1775, réunit l'amitié de ses concitoyens à une grande réputation dans l'exercice de son art. Ses ouvrages présentent des idées aussi solides que neuves. On lui doit : I. *Mélanges de Chirurgie*, 1760, in-8.º II. *Essai sur la Rage*, 1763, in-8.º III. *La Taille au niveau*, 1765, in-8.º IV. *Œuvres posthumes*, 1783, 3 vol. in-8.º Ce recueil savant parut long-temps après la mort de son auteur, et il a beaucoup contribué à sa gloire. Le premier volume traite du vice-cancereux, de l'utilité du feu dans les rhumatismes, de la pulmonie; il est terminé par un mémoire sur le rachitis et la gibbosité. Le second volume a pour objet les fausses ankiloses, les dangers et les avantages du feu appliqué sur le sommet de la tête, les douleurs sympathiques, les coups à la tête, formant des abcès au foie, les causes de la saillie de l'os après l'amputation, les apparences de vie qu'on peut exciter dans un membre qu'on vient de couper, la luxation de la cuisse et des muscles. Aucun auteur n'avoit encore traité ce dernier sujet avec autant de profondeur. *Pouteau* pense qu'on pourroit parvenir à réunir une portion de membre entièrement coupé au membre encore vivant, pourvu qu'on procédât sur-le-champ à leur jonction. Le troisième volume offre plusieurs mémoires curieux sur les accouchemens, les naissances précoces et tardives, les ossifications, la ligature de l'épiploon, les précautions nécessaires pour l'opération de la taille où l'auteur excelloit; les moyens enfin d'éviter la contagion dans les hôpitaux. La pratique hardie et heureuse de *Pouteau*, ainsi que ses ouvrages, ont placé son nom parmi ceux des plus célèbres chirurgiens du siècle qui vient de finir.
POWEL, (David) antiquaire Anglois, naquit en 1552, et mourut en 1590. Il a publié une *Histoire* du pays de Galles, 1584. — Un acteur de ce nom, nommé *Georges*, mort en 1714, se distingua sur le théâtre Anglois, et a fait quatre tragédies, parmi lesquelles on a distingué celle d'*Alphonse* roi de Naples. — Le coureur Anglois, *Foster POWEL* alloit plus vite qu'un cheval au grand galop, et a fait plusieurs fois la course de Londres à York sans s'arrêter.
POWNAL, (Jean) célèbre antiquaire Anglois, se distingua d'abord par ses connoissances politiques, et fut nommé gouverneur de l'une des colonies Angloises dans l'Amérique. De retour dans sa patrie, il renonça à toute ambition pour se donner à la culture des lettres, et fut reçu de la société des Antiquaires. Un ouvrage très-érudit sur les antiquités Angloises lui ouvrit l'entrée de cette Compagnie savante. L'archéologie Britannique ren- ferme un grand nombre de Dissertations curieuses de cet écrivain laborieux. Il vint en France en 1787, et séjourna quelque temps à Lyon, où il publia une Dissertation sur l'arc de triomphe d'Orange. Bon, généreux, modeste, riche sans ostentation, ami des arts, il a laissé de lui un souvenir flatteur par-tout où il a passé. Pownal est mort en 1795, à l'âge de 70 ans.
POUZOL, (Marie de) fille illustre, célébrée par Pétrarque, comme un prodige de force, de valeur, de vertu et de chasteté. Voyez les Œuvres de ce poète. I. POYET, (Guillaume) fils de l'échevin perpétuel d'Angers, étudia dans les plus célèbres universités du royaume. Il vint ensuite à Paris, où il parut avec éclat dans le barreau. Louise de Savoie mère de François I, le choisit pour soutenir les prétentions qu'elle avoit contre le connétable de Bourbon. Poyet ayant plaidé cette cause avec succès, la princesse lui obtint du roi la charge d'avocat général. Ce ne fut pas le terme de son élévation. Il devint président à mortier, puis chancelier de France en 1538. Dès qu'il fut parvenu à cette première place de la magistrature, il ne songea plus qu'aux deux grands moyens qu'on avoit alors de se maintenir à la cour : les richesses et un aveugle dévouement. François I, mécontent de l'amiral Chabot, le menaça de lui faire faire son procès. Celui-ci défia le monarque irrité de lui trouver des crimes. Poyet se chargea de ce soin odieux : en peu de temps il rassembla vingt-cinq chefs d'accusation. Chabot ayant échappé au supplice, Poyet qui craignoit son ressentiment, s'avilit encore plus pour échapper à la disgrace que ses ennemis lui préparoient. Mais ayant déplu à la reine de Navarre et à la duchesse d'Etampes, il fut arrêté en 1542, privé en 1545, par arrêt du parlement, de toutes ses dignités, déclaré inhabité à tenir aucune charge, condamné à 100,000 livres d'amende, et enfermé pour cinq ans dans l'endroit que le roi ordonneroit. Péculat, altération de jugemens, faussetés commises et protégées, concussions, créations et dispositions d'offices, évocations vexatoires, violences, abus du pouvoir, etc. etc.; tels furent les crimes pour lesquels on le condamna, suivant l'auteur de l'Histoire du Procès du Chancelier Poyet, Londres, 1776, in-8.º On l'envoya dans la grosse tour de Bourges, d'où il ne sortit qu'après avoir cédé tous ses biens à François I. Ce prince parlant à du Châtel de la disgrace de Poyet, comme d'un événement qui devoit le combler de joie puisqu'il le délivroit d'un ennemi acharné à sa ruiné : Cet avantage, répondit ce savant, ne m'empêche pas de sentir que Votre Majesté n'auroit pas dû faire arrêter le Chef de la justice pour un sujet très-léger, après lui avoir laissé commettre tranquillement les plus grands crimes. — Je n'ai pas tant de tort que vous pensez, dit le Roi; lorsque le fruit d'un arbre n'est pas mûr, les vents les plus impétueux ne l'ébranlent pas; est-il parvenu à sa maturité? un souffle le fait tomber. L'infortuné Poyet mourut en 1548, à 74 ans, d'une rétention d'urine. De quelques 200 POY opprobres qu'on ait chargé sa mémoire, il est certain que la reine de Navarre sœur de François I, et la duchesse d'Étampes maîtresse de ce prince, eurent encore plus de part à sa disgrace que ses prévarications. Le chancelier avoit reçu un ordre du roi de sceller des Lettres qu'il avoit d'abord rejetées quoique accompagnées d'une recommandation de la duchesse. Il étoit alors avec la reine de Navarre, qui lui demandoit aussi une grace. Le chancelier dit à la duchesse d'Étampes, d'un ton chagrin : Voilà le bien que les Dames font à la Cour : non contentes d'y exercer un empire despotique, elles veulent encore dominer sur les Magistrats les plus consommés, pour leur faire violer les lois les mieux établies. La reine de Navarre prit pour elle ces paroles, qui ne regardoient que la duchesse. Elle concerta avec elle le moyen de perdre le chancelier, et eut d'autant moins de peine à y réussir qu'une partie de la France se plaignoit de lui.
II. POYET, (François) docteur de Sorbonne, de l'ordre de Saint-Dominique, naquit à Angers vers le commencement du XVIe siècle. Il étoit prieur d'Angoulême, lorsque l'amiral de Coligni s'empara de cette ville. Les Hérétiques n'ayant pu l'entraîner dans leur parti, ils le mirent en prison avec Jean Chauveau qui étoit âgé de 70 ans; celui-ci y mourut mangé des vers. Ensuite ayant tâché de vaincre le P. Poyet dans la dispute, après des conférences réitérées ils n'en remportèrent que de la confusion. Ils le tirèrent alors de prison, le promenèrent par la ville, en lui faisant déchirer le dos et la poitrine avec des tenailles ardentes, l'habillèrent après cela de haillons en forme de chasuble, lui mirent des brides au cou et aux bras en forme d'étole et de manipule, et le précipitèrent enin dans la Charente, où ils achevèrent de le tuer à coups de fusil. I. POZZO, (André del) né à Trente en 1642, se fit Frère Jésuite à l'âge de 23 ans. Il étoit peintre et architecte, et se fit sur-tout une grande réputation dans la peinture. Il manioit le pinceau avec une vitesse et une facilité surprenantes, et s'est distingué principalement dans la perspective. On estime beaucoup les peintures dont il a orné la voûte de l'Église de Saint-Ignace à Rome. Il ne réussit pas également dans l'architecture, sur laquelle il a composé deux gros volumes intitulés : Perspectives des Peintres et Architectes, ouvrage d'un goût bizarre et contraire aux vrais principes de l'art. Tel est aussi le superbe autel de Saint-Louis de Gonzague, élevé sur ses dessins dans l'église de Saint-Ignace, où la somptuosité et la magnificence brillent de toutes parts, mais ne dérobent pas aux yeux des artistes et des connoisseurs les défauts considérables qui règnent dans la composition. Frère Pozzo mourut en 1709, à 67 ans, à Vienne, où ses talens l'avoient fait appeler par l'empereur.
POZZO, (Modesta) Voyez FONTE-MODERATA.
PRADE, (Jean le Roger) né en 1624, est auteur de trois tragédies médiocres, Arsace. P R A 201 *Annibal* et *Silvanus*. La première seule fut représentée en 1666, par la troupe de *Molière*.
PRADES, (Jean-Martin de) prêtre, bachelier de Sorbonne, né à Castel-Sarasin dans le diocèse de Montauban, fit ses premières études en province. Il passa de là à Paris, et demeura dans plusieurs séminaires, entr'autres dans celui de Saint-Sulpice. Ses progrès dans la théologie ne furent pas brillants, mais il sut se tirer de la foule par une *Thèse* qu'il soutint en 1751, et qui fut approuvée par le syndic de Sorbonne qui sans doute ne l'avoit pas lue. Tous les gens de bien réclamèrent contre ce premier essai public de la philosophie irréligieuse. L'abbé de *Prades* étourdi, vif, facile et voulant faire du bruit, avoit bien pu n'en être que le prête-nom. Sa Thèse contenoit les propositions les plus fausses sur l'essence de l'âme, sur les notions du bien et du mal moral, sur l'origine de la société, sur la loi naturelle et la religion révélée, sur les marques de la véritable religion, sur la certitude des faits historiques, sur la chronologie et l'économie des lois de *Moyse*; sur la force des miracles pour prouver la révélation divine, sur le respect dû aux saints Pères: mais ce qui indignoit sur-tout, c'étoit le parallèle impie des guérisons d'*Esculape* et des guérisons miraculeuses de J. C. Cette Thèse étoit d'ailleurs aussi extraordinaire par le style que par les idées. C'est un latin bizarre, tour-à-tour emphatique et obscur. Le parlement de Paris sévit contre cette production téméraire. La Sorbonne l'imita et publia une *Censure*, le 27 janvier 1752. La *Thèse* fut également condamnée par l'archevêque de Paris et par *Benoit XIV*. De *Prades* craignant que l'on ne s'en tint pas à la condamnation de son livre, se retira à Berlin. Protégé par *Voltaire*, il devint lecteur du roi de Prusse qui s'en amusoit et l'appeloit son *petit Hérétique*. Il eut quelque temps après un canonicat de Breslaw: alors il publia une *Apologie*, et fut, dit-on, aidé dans son travail par *Diderot* qui avoit revu sa *Thèse*, en reconnaissance des articles que l'abbé avoit fournis à l'*Encyclopédie*. Dans cette *Apologie*, l'abbé de *Prades* se répandit en invectives contre ses censeurs, et les accabla d'injures; mais dès que sa bile fut soulagée, il rougit de ses excès et songea à se réconcilier avec l'église. L'évêque de Breslaw fut le principal moteur dont se servit la Providence pour ménager cette réconciliation plus politique que sincère. Il rendit compte à *Benoit XIV* des dispositions de l'abbé de *Prades* qui signa une rétractation solennelle le 6 avril 1754. Dans cet acte célèbre il dit, entr'autres choses, « qu'il n'avoit pas assez d'une vie pour pleurer sa conduite passée et pour remercier le Seigneur de la grace qu'il lui accordoit. » Il en envoya des exemplaires au pape, à l'évêque de Montauban et à la faculté de Paris. *Benoit XIV* obtint de la Sorbonne qu'il fût rétabli dans ses degrés. Il fut fait ensuite archidiacre d'Oppelen, et mourut à Glogaw en 1782, après avoir essuyé quelques années de prison pendant la guerre de 1757. Le roi de Prusse l'ayant soupçonné de quelques correspon- savans en tout genre qu'une célèbre université y rassembloit. Il se forma une Bibliothèque aussi nombreuse que distinguée par le choix des livres et des manuscrits, et il ne cessa de l'augmenter jusqu'à sa mort. Ses soins pour l'enrichir étoient incroyables. Ses correspondances littéraires, non-seulement en Italie, mais dans toute l'Europe savante, lui procuroient tous les ouvrages nouveaux dignes d'entrer dans sa collection. Les auteurs eux-mêmes s'empressoient souvent de lui faire hommage. On peut juger de son ardeur en ce genre, par ce seul trait. Il avoit des émissaires dans plusieurs villes d'Italie, chargés de visiter au moins tous les mois les boutiques des ouvriers qui emploient beaucoup de vieux parchemins, tels que les luthiers, les faiseurs de cribles et autres; et il lui arriva plus d'une fois de sauver par ce moyen, de la destruction, des morceaux précieux. Sa passion de savoir embrassoit toutes les connoissances; mais l'histoire, les médailles, les antiquités, l'histoire naturelle, et particulièrement la botanique, étoient les objets de sa prédilection. Il étoit consulté de toutes parts, et l'étendue de ses relations avec les savans étoit immense. *Juste Lipse, Joseph Scaliger, Sigonius, Possevin, Pancirole, Pierre Pithou*, et un grand nombre d'autres, étoient en commerce avec lui, et tous ont célébré son érudition. Insensible à tous les plaisirs de la vie, et ne connoissant que ceux de l'esprit, son indifférence pour les jeux, les festins, les fêtes, les spectacles, et pour tout ce qui pique le plus la curiosité des autres hommes, étoit extrême. Dans l'espace de quarante-trois ans qu'il vécut à Padoue, on ne le vit que deux fois sortir de la ville : l'une, à l'occasion d'une peste qui la ravageoit : l'autre, pour un voyage à Naples, qu'il ne fit que pour céder à l'importunité de sa famille. Du reste *Pinelli* étoit généreux, secourable et compatissant, sur-tout pour les gens de lettres, dont il prévenoit souvent les besoins. Son zèle pour le progrès et l'avancement des sciences, le rendoit très-communicatif de ses lumières et de ses livres; mais il ne l'étoit qu'avec choix et discernement. Il mourut en 1601, âgé de 68 ans, sans avoir publié aucun ouvrage. *Paul Gualdo* qui a écrit la *Vie de Pinelli*, ne spécifie point le nombre des volumes qui composoient sa riche bibliothèque; il nous apprend seulement, que pour la transporter par mer à Naples, elle fut distribuée en cent trente caisses, dont quatorze contenoient les manuscrits; mais elle ne parvint pas entière à ses héritiers. Le sénat de Venise fit apposer le scellé sur les manuscrits et enlever tout ce qui concernoit les affaires de la république, au nombre de deux cents pièces. « Je compare, dit le président de Thou, *Pinelli* à Titus Pomponius; car de même que cet illustre Romain fut appelé *ATTIQUE*, *Pinelli* porta aussi le nom de *VÉNITIEN*, à cause de l'extrême affection que la république de Venise avoit pour lui. »
II. PINELLI, (Maphée) imprimeur de Venise, mort dans cette ville le 7 février 1785, à 49 ans, étoit riche et éclairé. Il se forma une bibliothèque com- dances suspectes avec ses ennemis, s'assura de sa personne pour l'empêcher d'écrire. On croit néanmoins que dans cette occasion l'abbé de Prades fut plus imprudent que coupable. Nous avons donné quelque étendue à cet article, parce que la Thèse de cet abbé est une époque dans la révolution arrivée de nos jours à l'égard de la religion. Avant cela, on ne l'attaquoit qu'à l'ombre du manteau de l'anonyme, par des moyens obscurs, par de petites brochures clandestines : la Thèse fut le premier signal d'une attaque ouverte. Au reste, l'abbé de Prades ne méritoit pas de faire tant de bruit. C'étoit un homme assez médiocre, mielleux dans la société et caustique dans ses écrits : mais sachant se rendre agréable par sa gaieté, sa vivacité et l'empressement d'être utile à ceux avec qui il vivoit. Malgré sa prétendue conversion, il n'étoit pas assez réservé dans ses propos sur la religion Chrétienne ; et il oublia souvent la maxime : Loquentiæ parum, sapientiæ multum.
PRADO, (Jérôme) Jésuite Espagnol, natif de Baënza, enseigna la philosophie à Cordoue avec un succès peu commun. Il finit ses jours à Rome en 1595, à 48 ans. Il s'étoit rendu dans cette ville pour y faire imprimer ses Commentaires sur l'Écriture-Ste. Il travailla pendant seize ans avec le Père Villalpande autre Jésuite, par ordre de Philippe II roi d'Espagne, à expliquer les vingt-six premiers et les trois derniers chapitres d'Ezéchiel, qui concernent le Temple. Leur production est imprimée en 3 vol. in-folio, à Rome, 1596. C'est un des livres les plus profondément savans qu'on ait faits sur les Prophètes. On en estime surtout la description du Temple et de la ville de Jérusalem : cette matière s'y trouve épuisée. Les figures sont un des mérites de cet ouvrage, dans lequel on désireroit plus d'ordre et moins de choses étrangères au sujet principal.
PRADON, (Nicolas) poète François, natif de Rouen, mourut à Paris au mois de janvier 1698. Les Tragédies de Pradon eurent dans leurs premières représentations beaucoup d'admirateurs et d'illustres partisans. Ce poète osa se montrer le concurrent du célèbre Racine, en traitant le même sujet que lui : et en effet sa tragédie de Phèdre et Hippolyte, jouée en janvier 1677, parut avec plus d'éclat que celle de son rival, et sembla balancer quelque temps son mérite et sa réputation. Enfin le beau triompha, et Racine, malgré la cabale et les vers qu'on fit courir contre sa pièce, plongea celle de Pradon dans un oubli dont elle n'a jamais pu se tirer. (Voyez I. HOULIÈRES et II. NEVERS.) Despréaux intime ami de Racine, n'a pas peu contribué à ridiculiser Pradon qui passeroit aujourd'hui pour un poète supportable s'il eût été un poète modeste. Il faut avouer malgré les critiques de Boileau, que Pradon savoit conduire régulièrement une tragédie, en ménager les incidens, y placer des peintures vives, des traits heureux, des situations intéressantes, quelquefois neuves, des mouvemens forts et véhémens. Sa versification même si vicieuse en gé- P R A 203 néral, offre des tirades qui font plaisir. On joue encore quelquefois *Regulus*. Cette Pièce fut fort bien reçue et son *Antigone* l'avoit été fort mal. C'est par allusion au sort de ces deux Pièces qu'un seigneur ayant rencontré l'auteur qui couvroit d'un beau manteau d'écarlate, un assez mauvais habit, lui dit : *Pradon, voilà le manteau de Regulus sur le justaucorps d'Antigone*. Les autres Pièces de ce poète sont : la *Troade*, *Statira*, *Scipion l'Africain*, *Tarquin*, *Electre*, *Germanicus*, *Tamerlan*, *Pyrame* et *Thisbé*. On les a recueillies à Paris, 1744, en 2 vol. in-12. On a fait aussi l'Épitaphe de ce poète : Qui durant quarante ans, d'une ardeur sans pareille, Le même métier que *Corneille*. *Pradon* n'eut guère d'un poète que la figure, les distractions, l'extérieur négligé, les saillies et les aventures singulières. Voyant un jour siffler une de ses pièces, il siffla comme les autres. Un Mousquetaire qui ne le connoissoit point et dont il s'obstinoit à ne vouloir pas être connu, prit sa perruque et son chapeau qu'il jeta sur le théâtre, le battit, et voulut pour venger *Pradon*, percer *Pradon* lui-même de son épée. Il étoit d'une si grande ignorance, qu'il transporta plus d'une fois des villes d'Europe en Asie; un prince lui ayant fait des reproches : *Oh !* lui répondit *Pradon*, *Votre Altesse m'excusera ; c'est que je ne sais pas la Chronologie*. *Pradon* ayant aimé M$^{lle}$ *Bernard* qui ne répondoit à ses lettres galantes que par des plaisanteries; il lui envoya ces jolies vers : Vous n'écrivez que pour écrire ; C'est pour vous un amusement : Moi, qui vous-aime tendrement, Je n'écris que pour vous le dire.
**PRADOVENTURA**, (Antoine) Mathurin Espagnol, né en 1701 dans l'Andalousie, s'éleva par son mérite aux premiers emplois de son ordre. Aucun prédicateur n'a prêché à la cour de Madrid avec tant d'applaudissement; et les Sermons qu'il faisoit dans l'église des Trinitaires, attroient une foule d'auditeurs qui ne se lassoient point d'exhalter son éloquence. Chargé de faire l'Oraison funèbre du cardinal *Bisneros*, pendant la cérémonie des obsèques que l'université d'Alcala fit faire à cette éminence, il s'en acquitta à la satisfaction de tous ceux qui l'entendirent. Le Père *Pradoventura* mourut à Cordoue en 1753, à 52 ans. On a de lui plusieurs ouvrages : I. Le *Poème de Saint Raphaël*, in-4.$^{o}$ II. *Sermons des Saints*, 2 vol. in-4.$^{o}$ III. *Diverses Consultations*, in-folio. On a d'autres ouvrages de ce savant, à qui on ne peut refuser la gloire d'avoir été un de ceux qui ont contribué le plus à la pureté de la langue espagnole, et au degré de perfection où elle se trouve aujourd'hui.
**PRÆTEXTATUS**, *Voyez PAPIRIUS* n.$^{o}$ II, et
**PRETEXTAT**.
**PRAGEMANN**, (Nicolas) docteur en philosophie à l'ène, où il mourut à la fleur d' son âge en 1719, étoit né à Stade en 1690. On a de lui : I. Une bonne Dissertation *De meritis Germanorum in Jurisprudentiale naturali*. II. Un Ouvrage latin sur le *Droit Canon*, etc.
PRASLIN, *Voy. CHOISEUL.*
PRAT, (Du) *Voyez Du-PRAT.*
PRATEOLUS, (Gabriel) autrement *DU PREAU*, naquit au commencement du 16$^{e}$ siècle, et mourut en 1585, docteur de Sorbonne. Il n'a pas fait un honneur infini à cette savante faculté; et quoique vivant dans un siècle où l'on commençoit à secouer plusieurs préjugés des siècles précédents, il en conserva quelques-uns, même des plus grossiers. La *Géomancie* de *Cattan*, qu'il mit au jour et qu'il augmenta, en est une preuve. Ses *Traités* de Doctrine et d'Histoire ecclésiastique, tels que son *Elenchus Hareticorum*, Cologne, 1605, in-4$^{o}$, firent plus d'honneur à son zèle; mais cet *Elenchus* comprend bien des gens qui ne doivent pas être placés parmi les hérétiques.
PRATINAS, poète tragique de Phlionte ville du Péloponnèse, voisine de Sycione, florissoit vers l'an 500 avant Jésus-Christ. Ce poète étoit contemporain d'*Eschyle* et de *Chéryle*, qui écrivoient dans le même genre et dont il fut le concurrent. Il composa, le premier, de ces Pièces de théâtre connues des Grecs sous le nom de *Satires*, qui étoient des espèces de farces. Pendant la représentation d'une de ses Pièces à Athènes, les échafauds qui portoient les spectateurs se rompirent; ce qui détermina les Athéniens à faire construire un théâtre dans les formes. *Pratinas* composa jusqu'à cinquante poèmes dramatiques, et parmi ces cinquante on comprend trente-deux farces connues sous le nom de *Satires*. On en trouve quelques fragments dans le *Corpus Poëtarum Græcorum*, Genève, 1606 et 1614, 2 vol. in-fol.
PRAXAGORAS, d'Athènes, vivait vers l'an 345 de Jésus-Christ. Il publia, âgé seulement de dix-neuf ans, l'*Histoire des Rois d'Athènes*; et à vingt-deux, la *Vie de Constantin le Grand*, dans laquelle, quoique Païen, il parle très-avantageusement de ce prince. Il avoit aussi écrit l'*Histoire d'Alexandre le Grand*.
PRAXEAS, hérésiarque du deuxième siècle, étoit d'Asie, d'où il alla à Rome, du temps du pape *Eleuthère*. Il s'y déclara contre les Montanistes, et obligea le pape de révoquer les lettres de communion qu'il leur avoit accordées. Il tomba lui-même dans l'hérésie, ne reconnoissant qu'une seule personne dans la Trinité, et disant même que le Père avoit été crucifié, ce qui fut depuis suivi par les hérétiques *Noëtiens*, par les *Sabelliens*, et par les *Patripassiens*. *Tertullien* devenu Montaniste, écrivit avec une extrême véhémence contre *Praxeas*, qui étoit passé de Rome en Afrique. Il revint deux ou trois fois dans le sein de l'Eglise, qui comme une bonne mère, le reçut avec une très-grande douceur; mais il retomba toujours, et mourut dans l'hérésie.
PRAXILE, dame de Sycione, florissoit vers l'an 492 avant J. C. Ses talens poétiques la firent mettre au nombre des neuf Poètes Lyriques dont les *Poésies* ont été recueillies à Hambourg en 1734, in-4$^{o}$. On dit que *Praxile* inventa une espèce de vers, qui de son nom fut appelée Praxiléenne.
PRAXITÉLE, sculpteur célèbre, né dans la Grande-Grèce ou la Calabre, florissoit vers l'an 364 avant J. C. Il travaillait principalement sur le marbre de Pâros, et semblait l'animer par son art. Tous ses ouvrages étoient d'une grande beauté; on ne savait auquel donner la préférence: il falloit être lui-même pour juger des différens degrés de perfection. La fameuse Phryné, aussi industrieuse que belle, ayant obtenu de Praxitéle la permission de choisir son plus bel ouvrage, se servit d'un stratagème pour le connoître. Elle fit annoncer à ce célèbre artiste que le feu étoit à son atelier; alors tout hors de lui-même, il s'écria: Je suis perdu, si les flammes n'ont point épargné mon Satyre et mon Cupidon! Phryné sachant le secret de Praxitéle, le rassura sur cette fausse alarme, et l'obligea de lui donner le Cupidon. Les anciens auteurs ont beaucoup vanté une autre statue de l'Amour, faite par ce sculpteur. Praxitéle livré comme il l'étoit à Phryné, ne manqua pas d'employer le travail de ses mains pour celle qui s'étoit rendue maîtresse de son cœur. Unè des statues de Phryné fut placée à Delphes même, entre celles d'Archidamus roi de Sparte, et de Philippe roi de Macédoine. Les habitans de l'isle de Cos avoient demandé une statue de Vénus à Praxitéle. Il en fit deux, dont il leur donna le choix pour le même prix. L'une étoit nue, l'autre étoit voilée; mais la première l'emportoit infiniment pour la beauté. Ceux de Cos curent la sagesse de donner la préférence à la dernière, persuadés que la bienséance ne permettoit pas d'introduire dans leur ville des images capables de faire des impressions funestes sur la jeunesse. Les Gnidiens furent moins attentifs aux bonnes mœurs. Ils achetèrent avec joie la Vénus rebutée, qui fit depuis la gloire de leur ville. On alloit exprès de fort loin pour voir cette statue, qui passoit pour l'ouvrage le plus achevé de Praxitéle. Nicodème roi de Bithynie en faisoit un tel cas, qu'il offrit aux habitans de Gnide d'acquitter toutes leurs dettes qui étoient fort considérables, s'ils vouloient la lui céder. Ils crurent que ce seroit se déshonorer et même s'appauvrir, que de vendre pour quelque prix que ce fût une statue qu'ils regardoient comme leur gloire et comme leur trésor... Praxitéle s'est rendu recommandable par le choix qu'il savoit faire de la nature. Les Graces conduisoient son ciseau, et son génie donnoit la vie à la matière. On rapporte qu'Isabelle d'Est, grand-mère du duc de Mantoue, possédoit la fameuse statue de l'Amour par Praxitéle. Cette princesse avoit aussi dans son cabinet un Cupidon de Michel-Ange, qu'elle montra au président de Thou dans ses voyages d'Italie. Cette statue lui parut un chef-d'œuvre; mais lorsqu'on lui eut montré la fameuse antique, il eut honte en quelque sorte d'avoir loué le premier Cupidon; et il manqua d'expressions pour louer le second.
PRÉ, (Du) Voy. DUPRÉ.
PRÉAU, (Du) Voyez PRATÉOLUS.
PRÉAUX, (Des) Voyez III. BOILEAU (Nicolas). 206 P R E
PRÉCIEUX, (Jacques) savant Bénédictin, né à Richelieu en 1722, mort depuis peu, a travaillé à l'Histoire du Berry, et a donné en 1767 avec son confrère Dom Poirier, le onzième volume du Recueil des historiens des Gaules.
PREMISLAS ou PRIMISLAS, fils d'un simple paysan Bohémien, dut, dit-on, la royauté à un heureux hasard ou plutôt à un coup signalé de la Providence. L'an 632, les Bohémiens livrés à l'anarchie, ne s'accordant point pour l'élection d'un roi, il fut décidé qu'on placeroit dans une plaine un cheval sans bride et sans frein; qu'on le laisseroit aller librement à l'aventure; et que celui auquel l'animal s'arrêteroit, seroit reconnu monarque. Premislas étoit pour lors occupé à labourer son champ, sans se douter de ce qui se préparoit. Le cheval abandonné à lui-même, voit l'homme et l'attelage, et va droit à eux: aussitôt il fut proclamé roi. Il épousa la princesse Libussa, destinée à celui qui devoit monter sur le trône; fit de bonnes lois, entoura de murailles la ville de Prague, et porta dignement le sceptre, jusqu'à l'an 676, où il mourut, laissant un fils qui lui succéda.
PRÉMONTVAL, (Pierre le Guay de) de l'académie des Sciences de Berlin, naquit à Charenton en 1716. Son goût pour les mathématiques lui fit ouvrir à Paris en 1740, une école gratuite de cette science. Il forma quelques excellens élèves. La causticité orgueilleuse de son caractère lui ayant fait beaucoup d'ennemis, il quitta la France; il passa un an ou deux à Basle, erra dans quelques villes d'Allemagne, et se fixa ensuite à Berlin où il eut des succès et des querelles. Ce fut alors qu'il se mit au rang des auteurs. Nous avons de lui: I. La Monogamie ou l'Unité dans le Mariage, 1751, 3 vol. in-8°: ouvrage savant, bizarre et ennuyeux. II. Le Diogène de d'Alembert, in-12: livre moins singulier que le précédent; mais écrit avec la même incorrection, et avec cette licence et cet enthousiasme factice de quelques-uns de nos sophistes modernes. III. Préservatifs contre la corruption de la Langue françoise en Allemagne, 1761, in-8°. C'est le meilleur de tous ses livres. IV. De l'Esprit de Fontenelle, 1744, in-12. V. Du Hazard sous l'empire de la Providence, 1754, in-8°. VI. Pensées sur la Liberté. VII. Plusieurs Mémoires, dans le recueil de ceux de l'académie de Berlin. Il mourut dans cette ville en 1767, à 51 ans, avec la réputation d'un homme savant, mais qui faisoit haïr ses connoissances par son caractère bizarre, difficile et emporté. Rien n'étoit moins décidé chez lui que la religion. Dans plusieurs passages de ses écrits, il se déclare pour le Socinianisme; il a même donné en faveur des atomes d'Epicure, de creuses spéculations sur les chances, solidement réfutées par l'abbé Bergier. On trouve cependant dans ses ouvrages des témoignages bien honorables au Christianisme, et en particulier aux religieux qu'il regarde comme les sauveurs des sciences, des arts et des lettres dans les temps d'ignorance et de barbarie. — Son épouse Marie-Anne-Victoire PIGEON, devint lectrice de l'épouse du prince Henri de Prusse, P R E 207 et a publié : I. *Mémoire* sur la vie de *Jean Pigeon*. II. *Le Mécaniste Philosophe*. Elle étoit née à Paris en 1724, et elle survécut peu à son mari. •
**PRENESTINUS**, préteur dans l'armée de *Papirius-Cursor*, vers l'an 320 avant J. C., n'imita point la valeur de son général. Saisi d'une lâche frayeur, il mena sa troupe à un combat avec la lenteur d'un homme qui craint la mort. Le consul *Papirius* après la victoire le fit venir, et se promenant devant sa tente, commanda au lecteur de lever la hache. A cet ordre, *Prenestinus* fut glacé d'effroi : *Ça donc, lecteur*, ajouta le consul, *coupez cette racine qui nuit au passage*. Il le renvoya ainsi, troublé par la crainte du dernier supplice, et lui donna une leçon utile pour l'avenir.
**PREPOSITIVUS**, (Pierre) théologien scolastique de l'université de Paris, au commencement du 13$^{e}$ siècle, a laissé une *Somme de Théologie* qui n'a point encore été imprimée.
**PRÉS**, (Des) *Voyez MONT-PEZAT*.
**PRESLE**, (Raoul de) fils naturel du fondateur du collège de *Presle*, avocat général du parlement de Paris, puis maître des requêtes de l'hôtel du roi *Charles V*, fut historien et poète de ce prince. Ce fut par son ordre qu'il traduisit en françois la *Cité de Dieu* de *St. Augustin*. Sa Traduction a été imprimée à Abbeville en 1486, en 2 vol. in-fol. Elle est rare. Elle fut aussi imprimée à Paris en 1531. C'est la première version françoise de ce savant Traité. On a encore de *Raoul* un *Traité des Puissances Ecclésiastique et Séculière*, que *Goldast* a fait imprimer dans le premier tome de sa *Monarchie*. C'est un abrégé du *Songe du Vergier*, que de *Presle* fit à la sollicitation du roi *Charles V*. Il y a de fortes raisons de croire qu'il est aussi l'auteur du *Songe du Vergier*, 1491, in-fol.; et qu'on trouve encore dans les *Libertés* de l'Église Gallicane, 1731, 4 vol. in-fol. Ce savant mourut en 1382.
**PRESSIGNY**, *Voyez FEY-DEAU*.
**PRESTET**, (Jean) fils d'un huissier de Châlons-sur-Saône, vint jeune à Paris. Il entra au service du P. *Malebranche*, qui, lui trouvant des dispositions pour les sciences, lui apprit les mathématiques. Le disciple y fit en peu de temps de si grands progrès, qu'à l'âge de 27 ans, en 1675, il donna la 2$^{e}$ édition de ses *Éléments de Mathématiques*. La meilleure édition de cet ouvrage est celle de 1689, en 2 vol. in-4$^{o}$. On y trouve un très-grand nombre de problèmes curieux, dont les jeunes mathématiciens peuvent se servir comme d'exemples pour s'exercer. C'est principalement en ce point qu'il est recommandable. Le P. *Prestet* trouve par l'art des combinaisons, que ce vers latin : *Tot sibi sunt dotet, Viraco, quot sidera cælo,* peut être varié en 3376 manières, sans cesser d'être vers. Il n'étoit pas encore de l'Oratoire lorsqu'il publia cet ouvrage. Il y entra la même année; et après avoir professé les mathématiques avec distinction, sur-tout à Angers, Il mourut à Marines, le 8 juin 1690, laissant une mémoire chère au public et à ses confrères. I. PRESTRE, (Claude le) conseiller au parlement de Paris, sur la fin du 16e siècle, étoit un magistrat recommandable par sa piété et par son intégrité. On a de lui : I. Un Recueil fort estimé, sous le titre de Questions de Droit, avec 200 Arrêts et des observations. La meilleure édition de ce Recueil est celle de 1676, par Guéret qui l'a enrichie de notes et de cent autres Arrêts. II. Un Traité des Mariages clandestins, et les Arrêts de la cinquième chambre des Enquêtes. Ces ouvrages sont recherchés par les jurisconsultes.
II. PRESTRE, (Sébastien le) fils d'Urbain le Prestre seigneur de Vauban, naquit le 1er mai 1633. Il commença à porter les armes dès l'âge de 17 ans. Ses talens et son génie extraordinaire pour les fortifications se firent aussitôt connoître, et parurent avec éclat au siège de Sainte-Ménehould en 1652. Vauban avoit servi jusqu'alors sous le prince de Condé, général des armées Espagnoles, contre la France. Ayant été pris par un parti François, le cardinal Mazarin tàcha de l'engager au service du roi, et « il n'eut pas de peine à réussir, dit Fontenelle, avec un homme né le plus fidèle sujet du monde. » Cette même année Vauban servit d'ingénieur au second siège de Sainte-Ménehould, qui fut reprise par l'armée royale. Il fit ensuite les fonctions d'ingénieur au siège de Stenai en 1654, de Landrecie en 1655, de Valenciennes en 1656, et de Montmédi en 1657. L'année d'après il conduisit en chef les sièges de Gravelines, d'Ypres et d'Oudenarde. Le cardinal Mazarin qui n'accordoit pas les gratifications sans sujet, lui en donna une assez considérable, et l'accompagna de louanges, qui, selon le caractère de Vauban, le payèrent beaucoup mieux. Après la paix des Pyrénées, le jeune ingénieur s'occupa à démolir des places ou à en construire. Il avoit déjà quantité d'idées nouvelles sur l'art de fortifier, si nécessaire et si peu connu jusques-la. Il avoit déjà beaucoup vu et avec de très-bons yeux; il augmentoit sans cesse son expérience par la lecture. Quand la guerre se ralluma en 1667, il eut la principale conduite des sièges que le roi fit en personne. Il reçut au siège de Douai un coup de mousquet à la joue, et n'en servit pas moins. Il fut occupé en 1668 à faire des projets de fortification pour les places de la Franche-Comté, de Flandre et d'Artois. Le roi lui donna le gouvernement de la citadelle de Lille qu'il venoit de construire, et ce fut le premier gouvernement de cette nature en France. La paix ayant été conclue à Aix-la-Chapelle, il n'en travailla pas moins que pendant la guerre. Il alla en Piémont avec Louvois, donna au duc de Savoie des dessins pour Vérue, Verceil, Turin, et reçut de ce prince son portrait enrichi de diamants. La guerre de 1672 lui fournit de nouvelles occasions de signaler son génie. Il conduisit tous les sièges auxquels le roi se trouva. Ce fut à celui de Maestricht en 1675, qu'il commença à se servir d'une méthode singulière pour l'attaque des places. Il fit changer de de face à cette terrible et importante partie de la guerre. Les fameuses *Parallèles* et les *Places d'armes* parurent au jour. Depuis lors il ne cessa d'inventer; tantôt les *Cavaliers* de tranchée, tantôt un nouvel usage des *Sapes* et des *demi-Sapes*, tantôt les *Batteries en ricochet*; et par ces inventions nouvelles il satisfit à ses vues principales, la conservation des hommes. En 1677, Valenciennes fut prise d'assaut, et l'attaque de cette place fut faite en plein jour. Ce fut *Vauban* qui donna ce conseil, pour empêcher qu'une partie des assiégeans ne tirât sur l'autre, et que la nuit ne favorisât la pusillanimité des lâches. L'usage ancien étoit que les attaques se fissent toujours pendant la nuit. *Louvois* et cinq maréchaux de France vouloient le conserver; mais *Louis XIV* ébranlé par les raisons de *Vauban*, adopta le nouveau. Au siège de Cambrai qui suivit celui de Valenciennes, *Vauban* n'étoit pas d'avis qu'on attaquât la demi-lune de la citadelle. *Dumetz* brave homme, mais haut et emporté, persuadé au roi de ne pas différer davantage. Ce fut dans cette contestation que *Vauban* dit au roi: *Vous perdrez peut-être à cette attaque tel homme qui vaut mieux que la place. Dumetz* l'emporta; la demi-lune fut attaquée et prise: mais les ennemis étant revenus avec un feu dépouventable, ils la reprirent, et le roi y perdit plus de 400 hommes et 40 officiers. *Vauban* deux jours après l'attaque dans les formes, et s'en rendit maître sans y perdre plus de trois hommes. Le roi lui promit une autre fois qu'il le laisseroit faire... La paix de Nimègue lui ôta le pénible emploi de prendre des places; mais il en eut un plus grand nombre à fortifier. Il fit le fameux port de Dunkerque, son chef-d'œuvre, et par conséquent celui de l'art. Strasbourg et Casal furent ensuite ses travaux les plus considérables. La guerre qui recommença en 1683, lui valut l'année suivante la gloire de prendre Luxembourg qu'on croyoit imprenable, et de le reprendre avec fort peu de perte. En 1683 il fit, sous les ordres de *Monseigneur*, les sièges de Philipsbourg, de Manheim et de Franckendal. Ce prince le récompensa de ses services, en lui donnant quatre pièces de canon à son choix, pour mettre à son château de Bazoche; privilège unique jusqu'alors. Une maladie l'ayant mis hors d'état d'agir en 1690, il répara cette oisiveté involontaire par la prise de Mons en 1691, de Namur en 1692, par le siège de Charleroi en 1693, par la défense de la Basse-Bretagne contre les desseins des Anglois en 1694 et 1695, enfin par le siège d'Ath en 1697. La succession d'Espagne ayant fait re-naire la guerre, il étoit à Namur en 1703, lorsqu'il reçut le bâton de maréchal de France. Il prit à la fin de cette année le Vieux-Brisach, place très-considerable qui ne coûta que 300 hommes. C'est par ce siège qu'il finit sa brillante carrière. Le titre de maréchal de France produisit les inconvénients qu'il avoit prévus: il demeura inutile, et sa dignité lui fut à charge. *La Feuillade* ayant été chargé du siège de Turin, *Vauban* offrit de servir de volontaire dans son armée. *J'espère prendre Turin à la Cohora*, dit audacieusement ce jeune homme sans expérience, en refusant les secours du grand homme qui seul pouvoit le secourir. Le siège n'avançant point, *Louis XIV*, consulta *Vauban* qui offrit encore d'aller conduire les travaux. — *Mais, Monsieur le Maréchal*, lui dit le roi, *songez-vous que cet emploi est au-dessous de votre dignité?* — *SIRÉ*, répondit *Vauban*, *ma dignité est de servir l'état. Je laisserai le bâton de Maréchal à la porte, et j'aiderai peut-être le duc de la Feuillade à prendre la ville.* Ce vertueux citoyen ayant été refusé, parcé qu'on craignoit de donner du dégoût au général, fut envoyé à Dunkerque, et rassura par sa présence les esprits étonnés. Il mourut l'année d'après, le 30 mars 1707, d'une fluxion de poitrine, à 74 ans, après avoir travaillé à 300 Places anciennes et en avoir construit 33 nouvelles, et après s'être trouvé à 140 actions de vigueur et avoir conduit 53 sièges. Le maréchal de *Vauban* étoit un Romain sous les traits d'un François. Sujet plein d'une fidélité inviolable et nullement courri-sant, il aimoit mieux servir que plaire. Il méprisoit cette politesse superficielle qui couvre souvent tant de dureté; mais sa bonté, son humanité, sa libéralité lui composoient une autre politesse plus rare, qui étoit dans son cœur. Personne n'a eu un zèle plus ardent pour la patrie, et n'a plus cherché à soulager les citoyens. Dans tous ses voyages, il s'informoit avec soin de tous les détails de l'agriculture et du commerce. Il avoit recueilli le prodigieux nombre d'idées qui s'étoient présentées à son esprit pour le bien public. De toutes ces différentes vues, il avoit composé 12 gros volumes ma- manuscrits qu'il intitula *ses Oisivetés*. « S'il étoit possible que tous ses projets s'exécutassent, dit son ingénieux panégyriste, ses Oisivetés seroient plus utiles que ses travaux. Fortifications, détail des places, discipline militaire, campemens, manœuvres, courses par mer en temps de guerre, finances, culture des forêts, colonies Françoises, il embrasse tout. » L'académie des Sciences se l'associa en 1699, comme un homme qui feroit autant d'honneur à son corps qu'il en faisoit à la France. Outre les *Oisivetés*, il y a encore plusieurs ouvrages qu'il a faits ou qu'on lui attribue, ou que l'on dit avoir été composés sur ses idées: I. *Manière de fortifier*, par M. de *Vauban*, mise en ordre par le chevalier de *Cambrai*, à Amsterdam, 1689 et 1692, in-8° et in-12. — Paris, in-8° sous ce titre: *L'Ingénieur François... Hébert* professeur de mathématiques, a joint ses notes à cet ouvrage. *Coignard* le réimprima à Paris en 1691, in-12, avec les notes de l'abbé du Fay. Cette édition fut contrefaite à Amsterdam en 1702 et 1727, en deux vol. in-4°. II. *Nouveau Traité de l'attaque et de la défense des Places, suivant le système de M. de Vauban*, par M. *Desprez de Saint-Savin*, à Paris, chez le *Mercier*, 1736, in-8°, excellent. III. *Essais sur la fortification*, par M. de *Vauban*, à Paris, 1740, in-12. IV. *Projet d'une Dime Royale*, qui supprimant la taille, les aides, les douanes d'une province à l'autre, les décimes du Clergé et tous les autres impôts onéreux et non volontaires, en diminuant le prix du sel de moitié et plus, produira au roi un revenu certain et suffisant, sans frais et sans être à charge à l'un de ses sujets plus qu'à l'autre, qui s'augmenteroit par la meilleure culture des terres; à Rouen, 1707, in-4°, plusieurs fois réimprimé depuis: projet digne d'un bon patriote, mais dont l'exécution est très-difficile. V. Le Testament Politique de M. de Vauban, imprimé en 1708, in-12, est de Pierre le Pesant, Sieur de Bois-Guillebert lieutenant général au bailliage de Rouen, mort en 1714. Cet écrit avoit d'abord paru sous le titre de Détail de la France... Voltaire attribue au même Bois-Guillebert la Dime Royale. Voy. PESANT et II. PAGAN. Le maréchal de Vauban ne laissa que deux filles mariées; mais la postérité de son frère subsiste. Sa famille n'étoit connue que depuis son bisaeul; mais son nom y a ajouté un éclat qui efface celui des maisons les plus anciennes.
III. PRESTRE, (Antoine le) neveu à la mode de Bretagne du précédent, fut aussi très-célèbre ingénieur. Il suivit son oncle dans presque toutes les visites qu'il fit des places étrangères, et à tous les sièges des places ennemies. Après s'être signalé, en 1703 au siège de Brisach, et en 1714 à celui de Barcelone, il fut fait lieutenant général, et obtint l'érection de sa terre de Saint-Sernin en comté, sous le nom de Vauban. Il mourut dans son gouvernement de Béthune le 10 avril 1731, à 77 ans. Il avoit alors 58 ans de service; il s'étoit trouvé à 44 sièges; et avoit reçu 16 blessures considérables. Il vit périr de son temps plus de 600 ingénieurs. P R E 111
PRETEXTAT, Voyez PAPIUS, n.º II.
PRETEXTAT, (St.) évêque de Rouen, craignant les suites d'un commerce scandaleux, marié Brunehaud avec son neveu Mérovée, en 576, persuadé que le cas étoit assez pressant pour autoriser une telle dispense; mais le concile de Paris, en 577, en jugea tout autrement et le condamna; le roi l'exila dans une petite isle de la Basse-Normandie. De retour dans son diocèse, il continua de veiller avec soin à la garde de son troupeau. Il tacha par ses exhortations d'ouvrir les yeux à Frédégonde sur l'énormité de ses crimes; mais cette princesse, au lieu de profiter de ses exhortations, le fit assassiner le 25 février 588.
PRETI, (Jérôme) poète Italien, natif de Toscane, mort à Barcelone en 1626. Son père l'avoit d'abord destiné à la profession d'avocat, mais son amour pour les belles-lettres et singugulièrement pour la poésie, lui fit bientôt quitter l'étude du Droit. Il est un des poètes d'Italie les plus estimés; ses Ouvrages ont été traduits en plusieurs langues. De toutes les Poésies de son recueil, imprimé en 1666, in-12, la pièce dont on fait le plus de cas est l'Idylle de Sulmacis.
PRETI, (Matthieu) Voyez CALABROIS.
PRÉTIDES, ou PRÉTIDES, (Mythol.) filles de Prætus, prétendoient être plus belles que Junon. Pour les punir de leur vanité, cette Déesse leur inspira une telle rage qu'elles errèrent dans les campagnes, s'imaginant posée de manuscrits curieux et de livres rares, dont le catalogue parut après sa mort, en six vol. in-8°. Des Anglois ayant acheté ce trésor littéraire, publièrent un nouveau Catalogue tronqué et altéré, en un seul vol. I. PINET, (Antoine du) seigneur de Noroy, vivoit au 16e siècle. Besançon étoit sa patrie. Il fut attaché à la religion Protestante jusqu'à se montrer furieux contre l'église Catholique. La Conformité des Eglises réformées de France et de l'Eglise primitive, Lyon, 1564, in-8°, et les Notes qu'il ajouta à la Traduction françoise de la Taxe de la Chancellerie de Rome, qui fut imprimée à Lyon, in-8°, en 1564, et réimprimée à Amsterdam, 1700, in-12, décèlent ses sentimens. Il publia ce livre sous ce titre : Taxe des parties casuelles de la boutique du Pape, en latin et en françois avec des annotations prises des Décrets, Conciles et Canons, pour la vérification de la discipline anciennement observée en l'Eglise. Dans l'épître dédicatoire il prend le ton d'un ennemi déclaré de la cour de Rome. Il s'excuse d'avoir présenté ce livre « à une compagnie si sainte que la vôtre, (aux Protestans) où on n'oit résonner que cantiques, psalmes et louanges au Seigneur notre Dieu. Mais il convient montrer au vilain sa vilenie et au fou sa folie, de peur qu'on ne soit estimé semblable à lui. » On voit par cet échantillon que Pinet n'avoit pas plus de politesse dans le style que dans les mœurs. Sa Traduction de l'Histoire naturelle de Pline, à Lyon, en 2 vol. in-folio, 1566, et à Paris, 1608, a été beaucoup, lue autrefois. Quoiqu'il ait fait bien des fautes, son travail est très-utile encore à présent, même pour ceux qui entendent le latin de Pline, à cause des recherches du traducteur, et du grand nombre de notes marginales. Pinet a encore mis au jour les Plans des principales Forteresses du monde, à Lyon, 1564, in-folio.
II. PINET, (N.) agent de change à Paris, y empruntoit à un taux exorbitant, et fut accusé d'avoir contribué à l'accaparement des grains et à la famine qui se fit sentir à Paris en 1789. Pinet fut mandé à Marly où il eut une conférence avec les ministres, qui lui promirent la place de garde du trésor royal, s'il fournissait des preuves de conviction contre les auteurs de la disette. Quelques jours après cet entretien, et le 29 juillet 1789, Pinet fut trouvé assassiné dans un bois près de Passy. Sa mort entraîna l'une des plus fortes banqueroutes qui ait été faite dans la capitale : elle fut de cinquante-quatre millions.
PINGERON, (J. C.) né à Lyon et mort à Versailles en 1795, à l'âge de 60 ans, fut actif, laborieux; il publia quelques Opuscules relatifs aux finances et à l'agriculture, et sur-tout beaucoup de Traductions d'ouvrages italiens et anglois. Parmi les premiers, on distingue le Traité des Vertus et des récompenses par Dragonetti, 1768, in-12; les Conseils d'une Mère à son Fils par Mad. Piccolomini-Girardi, 1769, in-12; le Traité des violences publiques et particulières par Murena, 1769, in-12; le Poème sur les abeilles de être vaches. Le médecin *Mélampe* les guérit de cette manie, en leur faisant prendre de l'ellébore noir. Elles se nommoient *Lysippe*, *Iphianasse* et *Iphinoë*.
**PRETORIUS**, (Jean) savant du 16$^{e}$ siècle, ayant acquis de *Joachim Camerarius* un manuscrit de l'empereur *Frédéric II* sur la chasse aux oiseaux, le publia avec des notes en 1596, en y réunissant le traité d'*Albert le Grand* sur la fauconnerie. Cette édition in-8$^{o}$ est rare. Il devint professeur de mathématiques à Altorf, et trouva le premier le carré géométrique. Il mourut en 1616.
**PRÉTOT**, (Étienne-André-Philippe de) né à Paris, devint censeur royal et membre des académies de Rouen et d'Angers. Il a été long-temps fort utile à la jeunesse par des cours gratuits d'histoire et de géographie, et a publié sur ces deux parties de la littérature, plusieurs ouvrages élémentaires qui sont estimés; ce sont: *Le Spectacle de l'Histoire Romaine*, 1762, in-8$^{o}$; *une Analyse de l'Histoire Universelle*, in-8$^{o}$; *un Essai de Géographie*, 1748, in-8$^{o}$; *des Tablettes Géographiques pour l'intelligence des Poètes et des Historiens Latins*, 1755, deux vol. in-8$^{o}$. Tous ces écrits ont le mérite d'une rédaction concise et judicieuse. *Prétot* a donné encore des éditions correctes de plusieurs Historiens Latins, publiées par *Coustelier*, et il les a enrichis de notes instructives et intéressantes. Il est mort à Paris le 6 mars 1787.
**PREUIL**, (Saint) *Voyez* SAINT-PREUIL.
**PRÉVILLE**, (Pierre-Louis Dubus de) célèbre acteur François, fut d'abord destiné à l'état ecclésiastique et occupé dans sa jeunesse à servir la messe. Ayant fui la maison paternelle pour des étourderies, il fut obligé pendant quelque temps de servir d'aide à des maçons, et de s'engager ensuite dans une troupe de comédiens de campagne. Le théâtre de Lyon annonça ses premiers succès; il vint les accroître à Paris sur le théâtre de la comédie Françoise où il débuta le 20 septembre 1753. Ce fut *Armand* qui favorisa son début. Quoique celui-ci pût trouver en *Préville* un rival dangereux, il n'écouta que le désir d'encourager le talent, et il s'y prit d'une manière très-délicate pour le faire jouer à Fontainebleau; il se chargea d'un rôle où il prévoyait que son jeune protégé devoit briller, le lui fit apprendre secrètement, et le jour de la représentation il prétexta une indisposition subite pour lui fournir l'occasion de le remplacer. Ce moment décida de la célébrité et de la fortune de *Préville*. Il remplit cinq rôles de travestissement dans le *Mercure Galant*. *Louis XV*, dont le coup d'œil étoit juste, fut tellement frappé de la rapidité avec laquelle le nouvel acteur variait son jeu, qu'il ordonna sur-le-champ qu'il fût reçu au nombre de ses comédiens ordinaires. On devoit cet honneur inouï jusqu'à lui, à un homme qui réunissait tous les talens de son art: physionomie spirituelle, animée, mobile, piquante; accord le plus vrai du geste avec les accens; expression toujours bien saisie du sentiment qui animoit les personnages; ton adapté à l'état, à l'âge, au caractère de celui qu'il représentait. Aussi du moment que Préville parut jusqu'à celui de sa retraite, il fut l'idole des amateurs du théâtre. Après avoir excité le rire dans les rôles de Sganarelle et de Scapin, il archafoit des larmes dans ceux de père. Sa conversation étoit douce, son caractère affectueux. Après avoir quitté le théâtre en 1785, il y reparut en 1792 dans le rôle du Bourru-Bienfaisant pour venir au secours de ses camarades ruinés par les événements politiques. Quelque temps après son esprit s'affoiblit, et il se retira chez sa fille aînée à Beauvais où il mourut aveugle le 27 frimaire de l'an 8. Il fut inhumé dans le cimetière commun ; et Garrick son émule repose à Westminster à côté des rois ! On a dû élever un monument en son honneur sur l'une des portes de Beauvais. Préville avoit épousé Mlle Drouin, qui joua dans la comédie et la tragédie, et rendit ses rôles avec autant de décence que d'esprit et d'intelligence.
PRÉVOST, Voyez CHARRY. I. PRÉVOST, (Jean) abusa de la crédulité du peuple par ses prestiges dans le xiv$^{e}$ siècle. Un abbé de l'ordre de Cîteaux ayant perdu une somme considérable d'argent, il entreprit de la lui faire recouvrer par ses sortilèges. Mais ayant été découvert dans le temps de l'exécution, il fut condamné par la justice de l'archevêque à être brûlé vif, avec Jean PERSANT qui étoit le grand-maître dans l'art prétendu des sortilèges. Les complices, qui étoient un moine apostat de l'ordre de Cîteaux, disciple de Persant, l'abbé de Sarconcelles du même ordre, et quelques chanoines réguliers, furent dégradés et condamnés à une prison perpétuelle.
II. PRÉVOT, (Jean) savant médecin, né à Disperg dans le diocèse de Basle, en 1585, exerça son art avec succès à Padoue. On a de lui : I. *Opera Medica*, 1656, in-12. II. *De morbosis uteri passionibus*, in-8$^{o}$, 1669. III. *De Urinis*, 1667, in-12. Il mourut à Padoue en 1631, à 46 ans. — On ne doit pas confondre ce médecin avec Nicolas PRÉVOT, agrégé au collège de Lyon, et qui est auteur du *Grand Antidotaire*, et du livre intitulé *Servitor*. Celui-ci est mort au milieu du 16$^{e}$ siècle.
III. PRÉVOT, (Jean) né à Dorat dans la Basse-Marche, exerça la profession d'avocat, et donna au théâtre plusieurs tragédies oubliées : *Hercule*, *Turnus*, *Œdipe*, *Clotilde*. Ces pièces ont été recueillies à Poitiers en un vol. in-12, 1614.
IV. PRÉVOT, (Pierre-Robert le) chanoine de l'Église de Chartres, né à Rouen en 1675, montra dès sa jeunesse un goût décidé pour l'éloquence de la chaise. La ville où il avoit reçu le jour applaudit à ses premiers essais. Il vint ensuite à Paris pour s'y former sur le modèle des grands maîtres ; et bientôt il fut recherché avec empressement et toujours écouté avec un nouveau plaisir. Il ne fut pas moins goûté à la cour, où il prêcha les Avents de 1714 et de 1727, et le Carême de 1731. Il mourut à Paris en 1736, à 61 ans. On a de lui le *Panégyrique de Saint* 214 PRÉ Louis, prononcé en présence de l'académie Françoise; et quatre *Oaisons funèbres*: la plus belle est celle du duc de Berry. Elles ont été imprimées à Paris, en 1765, in-12. V. PRÉVOT, (Claude-Joseph) avocat au parlement de Paris sa patrie, mort en 1753, dans sa 81$^{e}$ année, fut une des lumières du barreau par ses consultations et par ses livres. Ceux que nous avons de lui, offrent des principes justes et des recherches savantes. Les principaux sont : I. *Réglemens des Scelles et Inventaires*, 1734, in-4$^{o}$. II. *La Manière de poursuivre les crimes*, ou *Lois Criminelles*, 1739, deux vol. in-4$^{o}$. III. *Principes de Jurisprudence sur les visites et rapports des Médecins*, *Chirurgien*, *Accoucheurs et Sages-Femmes*, 1753, in-12. Son principal mérite comme avocat (et ce mérite est rare au barreau) consistoit dans un laconisme lumineux. En 1731, il avoit été exilé à Maïenne pour avoir soutenu avec zèle les droits de son ordre; et cet exil lui donna un nouveau relief auprès de ses confrères et du public.
VI. PRÉVOT D'EXILES, (Antoine-François) naquit en 1697 à Hesdin petite ville de l'Artois, d'une bonne famille. Un génie aisé et naturel annonça ses talens, et ces présages ne furent pas trompeurs. Après avoir fait de bonnes études chez les Jésuites, il prit l'habit de cette Société, et le quitta quelques mois après pour porter les armes. Il s'enrôla en qualité de simple volontaire; mais, fâché de ce qu'il n'étoit pas avancé, il retourna chez les Jésuites, d'où il sortit encore quelque temps après. Son goût pour le service militaire s'étoit réveillé dans le cloître. Il reprit les armes, et les porta avec plus de distinction et d'agrément. Quelques années s'écoulèrent dans les plaisirs de la vie voluptueuse d'un officier. Le jeune Prévôt, vif et sensible à l'amour, se livra à toute son ivresse. La malheureuse fin d'un engagement trop tendre, le conduisit enfin au tombeau. C'est ainsi qu'il appelait l'ordre des Bénédictins de Saint-Maur, où il alla s'ensevelir. On le plaça à Saint-Germain-des-Prés, le centre de l'érudition Bénédictine. L'étude amortit un peu ses passions; mais son cœur vivoit sous la cendre. Tourmenté par le souvenir des plaisirs qu'il avoit goûtés dans le monde, il prit occasion d'un petit mécontentement pour quitter Saint-Germain, sa congrégation et son habit. Il passa en Hollande en 1729. Se trouvant sans fortune, il chercha des ressources dans ses talens, et il les y trouva. Il avoit composé à Saint-Germain les deux premières parties de ses *Mémoires d'un homme de qualité*; il les mit au jour, et le succès de cet ouvrage fut aussi utile à sa bourse qu'à sa gloire. L'étude et les plaisirs partagèrent son temps. Fixé à la Haye, il lia connoissance avec une femme aimable, dont la fortune avoit été dérangée par divers accidens, et leur liaison passa les bornes de la simple amitié. Ce fut le sujet des plaisanteries grossières de l'abbé Lenglet, le *Zoïle* des érudits. En parlant de Prévôt, dans sa *Bibliothèque des Romans*, il dit « qu'il s'étoit laissé enlever par une femme. » Ce *Médor* (*), si chéri des belles, étoit alors un homme de 37 ou 38 ans, qui portoit sur son visage et dans son humeur les traces de ses anciens chagrins. Il n'étoit pas probable qu'il eût été enlevé; mais l'abbé *Lenglet* voulut faire penser qu'il avoif été le ravisseur, et il y réussit. Diverses raisons ayant obligé *Prévôt* de passer en Angleterre à la fin de 733, sa conquête l'y suivit. Londres auroit pu être pour lui un séjour délicieux; mais les qualités de *Moine apostat* et de *Littérateur vagabond*, étoient de grandes taches. Il avoit entrepris alors le *Pour et Contre*. Quelque soin qu'il eût de ménager l'amour propre des auteurs, il déplaisoit toujours à quelqu'un. Ses succès excitoient d'ailleurs l'envie; on l'accabloit de brocards; on rappeloit toutes ses aventures; on prédisoit « qu'il iroit à Constantinople se faire circonscrire, et que de là il pourroit gagner le Japon pour y fixer ses courses et sa religion. » Las de lutter contre la méchanceté, il sollicita son retour en France. Ses ouvrages lui avoient fait des protecteurs qui lui obtinrent cette permission. Il repassa à Paris dans l'automne de 1734, y prit le petit collet, et vécut tranquille sous la protection d'un prince ingénieux et aimable, (le Prince de *Conti*) qui l'honora des titres de son aumônier et de son secrétaire. Le choix que le chancelier d'*Aguesseau* fit de lui en 1745, pour la belle entreprise de l'*Histoire générale des Voyages*, lui donna une nou- nouvelle considération. Le succès de ses ouvrages, la faveur des grands, le silence des passions, tout lui promettoit une vieillesse douce et paisible, lorsqu'il fut enlevé par une mort affreuse le 23 novembre 1763, en revenant de Chantilly. Une attaque d'apoplexie l'étendit au pied d'un arbre dans la forêt. Des paysans qui survinrent le portèrent chez le curé du village le plus voisin. On rassembla avec précipitation la Justice, qui fit procéder sur le champ par le chirurgien à l'ouverture du cadavre. Un cri du malheureux qui n'étoit pas mort, arrêta l'instrument; et glaça d'effroi les spectateurs. Mais le coup mortel étoit déjà porté! L'infortuné abbé *Prévôt* ne rouvrit les yeux que pour voir l'appareil cruel qui l'environnoit, et la manière horrible dont on lui arrachoit la vie. C'est ainsi qu'il termina, dit-on, sa carrière, presque aussi romanesque que celle de ses héros, à l'âge de 66 ans et demi. L'abbé *Prévôt* annonçoit par sa figure le caractère propre de ses ouvrages. Ses sourcils et ses autres traits étoient fort marqués; son air, sérieux et mélancolique. Il étoit peu propre au grand monde, qui n'est, dans le fond, qu'un ennui plus bruyant. Il étoit cependant deux, poli, et capable d'amitié. L'envie, la méchanceté, la tracasserie, étoient des vices étranges à son cœur. Quoique sensible à la critique, il la repoussa toujours avec noblesse. Quand l'abbé *Lenglet*, et *Jourdan* académicien de Berlin, le peignirent d'une manière si désoblie- (*) *Angélique*, héroïne de l'*Ariotte*, quita *Roland* pour l'enfuir avec *Médor*. 216 PRÉ geante, l'un dans sa *Bibliothèque des Romans*, l'autre dans la *Relation de ses Voyages*, il se borna à se justifier, sans se permettre des personnalités. Lorsque l'abbé des *Fontaines*, le plus satirique des *Aristatiques*, lui écrivit cette fameuse Lettre où il disoit : *Alger mourroit de faim, s'il étoit en paix avec tous ses ennemis*; il se contenta de faire imprimer ce billet singulier, bien digne d'un pirate littéraire. Le désintéressement de l'abbé *Prévôt* étoit digne d'un philosophe. Un riche financier lui offrit de faire tous les frais de l'impression de l'*Histoire des Voyages*: c'eût été pour lui un profit de plus de cent mille livres. Il préféra d'en laisser tout l'avantage à son libraire, avec qui, chose assez rare, il continua de vivre dans la plus parfaite intelligence jusqu'à sa mort. Pressé par ce même financier d'accepter une pension viagère, et sachant que ses enfans, quoique très-riches, murmuroient, il la refusa. Il se retira même de sa maison, où il avoit un logement et où il paroissoit être devenu un objet de jalousie. Indifférent sur ses propres intérêts, il étoit très-sensible aux disgraces de ceux qui avoient recours à lui; plus d'une fois il s'est dépouillé du fruit de son travail, pour secourir l'indigence d'un infortuné. Un homme avec qui il avoit été légèrement lié dans sa jeunesse et dont même il avoit à se plaindre, vint lui exposer sa misère; se trouvant lui-même dans ce moment sans argent, il lui donna un ouvrage de prix dont on vevoit de lui faire présent. Sa vie étoit simple et frugale. Il se te- noit à son régime, même dans les meilleures tables. Sa facilité étoit si grande, qu'en composant il suivoit une conversation sur des sujets différens. Sa mémoire étoit presque toute sa bibliothèque, et il assuroit qu'il n'avoit jamais oublié ce qu'il avoit appris. Ses ouvrages sont : I. Les *Mémoires d'un Homme de qualité qui s'est retiré du monde*, en six vol. in-12, 1729. Ce roman renferme plusieurs récits intéressants, et des historiettes assez agréables. La morale qui y règne est noble et utile, mais quelquefois déplacée et presque toujours trop longue. Les sentimens y sont exprimés avec beaucoup de naturel, de vérité, de chaleur et de noblesse. La diction est aussi pure qu'élégante; mais la trame de l'ouvrage est souvent mal ourdie. Il y a dans les caractères des personnages, je ne sais quoi de singulier qui blesse les personnes judicieuses. On désapprouva assez généralement celui du marquis, dont les réflexions chagrines et multipliées, dit l'abbé de *Fontenai*, jettent un peu de longueur dans ce roman. II. *Histoire de M. Cleveland, fils naturel de Cromwell*, 1732, 6 vol. in-12. Cet ouvrage, rempli de tant de beautés et de tant de défauts, ne fit que confirmer le public dans l'idée que l'abbé *Prévôt* étoit fait pour peindre le noir et le terrible. On lui assigna la même place dans le *Roman*, que *Crébillon* avoit dans le tragique. L'auteur s'appesantit sur les détails : il invente mal; mais on ne peut s'empêcher d'être frappé de la fécondité de son imagination, et du coloris de son style. III. *Histoire du Chevalier des Grieux et de Manon*, Lescaut, 1733, in-12. Le héros de ce roman est un jeune homme pensant bien et agissant mal; aimable par ses sentimens et blâmable par ses actions. On doit en défendre la lecture aux jeunes gens, sur lesquels il pourroit faire une impression dangereuse, parce que le vice y paroît trop séduisant. IV. Le Pour et Contre, ouvrage périodique, dans lequel on s'explique librement en matière de Sciences, d'Arts, de Livres, etc., 1733 et années suivantes, vingt vol. in-12. Ce journal eut moins de succès que les feuilles satiriques de l'abbé des Fontaines. On y trouve cependant des morceaux intéressants et une littérature variée. V. Histoire universelle de M. de Thou, traduite en françois, 1733, in-4. Il n'en a paru que le premier volume, parce qu'on en donna dans le même temps une beaucoup meilleure traduction à Paris. Celle de l'abbé Prévôt est assez négligée, et le texte s'y trouve noyé dans un long Commentaire. VI. Tout pour l'Amour, et le monde bien perdu; ou la mort d'Antoine et de Cléopâtre, Tragédie traduite de l'anglois, 1735, in-12. Le style de cet ouvrage est vif, nombreux, élégant, sans affectation, et la version est assez fidelle. VII. Le Doyen de Killcrine, Histoire morale, en 6 vol. in-12, 1735: roman verbeux et assez mal imaginé. VIII. Histoire de Marguerite d'Anjou Reine d'Angleterre, contenant les guerres de la maison de Lancastre contre la maison d'Yorck, 1740, deux vol. in-12. Quoique cet ouvrage appartienne autant à la classe des romans qu'à celle des livres d'histoire, en le lut avec avidité. La narration en est agréable, et les faits singuliers. IX. Histoire d'une Grecque moderne, 1741, 2 vol. in-12: roman qui eut du succès. X. Campagnes philosophiques ou Mémoires de M. de Montcalm aide de camp de M. le Maréchal de Schomberg, contenant l'Histoire de la Guerre d'Irlande, 1741, 2 vol. in-12. C'est un mélange de fictions et de vérités, quelquefois mal assorties, mais toujours rendues avec beaucoup d'agrément. XI. Mémoires pour servir à l'Histoire de Malte, ou l'Histoire du Commandeur de ***, 1742, 2 vol. in-12. XII. Histoire de Guillaume le Conquérant roi d'Angleterre, 1742, deux vol. in-12. Il y a trop d'intrigues de cabinet et de galanterie, trop de ressorts de politique, et point assez de cette simplicité noble, qui est le véritable ornement de l'Histoire. XIII. Voyages du Capitaine Robert Lade en différentes parties de l'Afrique, de l'Asie et de l'Amérique, contenant l'histoire de sa fortune, et ses observations sur les Colonies et le commerce des Espagnols, des Anglois, des Hollandois, etc. Ouvrage traduit de l'anglois, 1744, 2 vol. in-12: relation intéressante et curieuse. XIV. Lettres de Cicéron à Brutus, traduites en françois avec des Notes, 1744, in-12. XV. Histoire de la vie de Cicéron, tirée de ses Ecrits et des monumens de son siècle, avec les preuves et des éclaircissemens, composée sur l'Ouvrage Anglois de M. Midleton, 1743, 4 vol. in-12. Cet ouvrage, fait à la hâte, auroit demandé plus de soin, de méthode, de précision et de goût; mais c'est moins la faute du traducteur que de son original. 218 PRÉ
XVI. Mémoires d'un honnête Homme, 1746 : roman qui a peu réussi. XVII. Histoire Générale des Voyages, depuis le commencement du quinzième siècle, contenant ce qu'il y a de plus curieux, de plus utile et de mieux vérifié dans toutes les Relations des différentes Nations du monde : Ouvrage traduit d'abord de l'Anglois, et continué, depuis l'interruption des premiers Auteurs, par ordre de Monseigneur le Chancelier de France ; 1745 et années suivantes, seize vol. in-4° et 64 vol. in-12. La Table des matières a été composée par M. Chompré. Cette Histoire a été continuée par Querlon et par M. Deleyre, Paris 1770, douze vol. in-12. On convient généralement que si l'abbé Prévôt avoit fait cet ouvrage en entier, il seroit beaucoup meilleur. La partie puisée dans les auteurs Anglois est sans méthode, et chargée d'inutilités et de répétitions. « Les efforts continuels que j'ai fait ( dit-il à la tête du tome VIII° ) pour amener les Anglois à nos principes d'ordre et de goût, ont dû faire juger que je n'ignore pas combien ils s'en sont écartés. Mes Préfaces et mes Introductions rendent témoignage de mes regrets ; surtout dans le premier tome, où je puis dire hardiment que tout ce qu'il y a de supportable pour la forme et la liaison des sujets, est uniquement de moi. Mais j'ai désespéré dans le tome suivant de pouvoir rendre le même service aux auteurs, et je me suis réduit à les suivre, en remédiant dans l'occasion à leur excès de pesanteur et de prolixité, à leurs répétitions sans fin, à leurs excursions déplacées ; en y remédiant, c'est-à-dire en les diminuant beaucoup : car ceux qui savent que j'ai reçu l'ouvrage anglois feuille à feuille, comme il a été publié, et que, suivant mes engagements avec le public, je l'ai traduit de même, doivent comprendre que n'en ayant pas eu toutes les parties rassemblées sous mes yeux, je n'ai pu réformer ce qui manque à leur dépendance mutuelle, ni rien changer dans un plan dont je n'ai pas connu la distribution et la mesure. » L'abbé Prévôt abandonne ce plan quand il fut en Amérique, pour en prendre un autre aussi simple qu'agréable. Il consiste à réduire toutes les Relations en un seul corps qui forme une histoire suivie, en rejetant dans les notes ce qui est personnel aux voyageurs. Mad. la duchesse d'Aiguillon, en parlant de l'Histoire des voyages, dit un jour à l'abbé Prévôt : Vous pouviez faire mieux cet Ouvrage ; mais personne ne pouvoit le faire aussi bien. La Harpe de l'académie Françoise l'a abrégée ; Paris 1780, 23 vol. in-8°, et un volume de Cartes, in-4°. XVIII. Lettres de Cicéron qu'on nomme vulgairement Familières traduites en françois sur les éditions de Grævius et de M. l'abbé d'Olivet, avec des Notes, 1746 5 vol. in-12. Cette version ressemble à un excellent original écrit en françois. XIX. Manuel Lexique, ou Dictionnaire Portatif des mots François dont la signification n'est pas familière à tout le monde : Ouvrage utile aux personnes qui veulent écrire et parler juste, 1751, un vol. in-8°... 1754 ; Nouvelle édition augmentée d'un Abrégé de la Grammaire Françoise, deux vol. in-8. C'est un des meilleurs dictionnaires qui aient été donnés dans ces derniers temps. Il renferme des définitions fort claires et fort précises. XX. *Lettres de Miss Clarisse Harlove*, en douze parties, 1751; ce Roman est traduit de l'anglois, de *Richardson*. XXI. *Histoire de Sir Charles Grandisson*, contenue dans une suite de *Lettres publiées sur les originaux par l'diteur de Paméla et de Clarice*: ouvrage traduit de l'anglois; 1755, huit parties in-12. XXII. *Le Monde moral ou Mémoires pour servir à l'Histoire du cœur humain*, 1760, 4 vol. in-12. XXIII. *Histoire de la Maison de Stuard sur le Trône d'Angleterre*, traduite de l'anglois de M. Hume, 1760, trois vol. in-4°, ou 6 vol. in-12. L'original est excellent; mais on remarque dans la Traduction un air étranger, un style souvent embarrassé, semé d'anglicismes, d'expressions peu françoises, de tours durs, de phrases louches et mal construites. XXIV. *Mémoires pour servir à l'Histoire de la Vertu*, 1762, 4 vol. in-12. XXV. *Almoran et Hamet*, 1762, 2 vol. in-12. XXVI. *Lettres de Mentor à un jeune Seigneur*, 1764, in-12. Ces trois ouvrages, dont le dernier est posthume, ont été traduits de l'anglois. Il résulte des jugemens que nous avons portés sur les différens ouvrages de l'abbé *Prévôt*, que c'étoit un écrivain d'une imagination belle et riche. Son goût étoit délicat, sans être toujours sûr. On ne peut lui refuser beaucoup d'esprit, et un esprit très-facile; mais le sien auroit paru davantage, s'il avoit mis plus de précision dans son style, plus de profondeur dans ses réflexions, plus de finesse dans ses idées. Que lui manqua-t-il pour être au premier rang? Des amis sévères, une situation avantageuse qui l'eût mis en état de limer ses ouvrages. Il étoit rare qu'il fit des copies de ses écrits, et on ne peut qu'en être fâché. Si ses premiers essais paroissoient si heureux, quel plaisir n'auroient pas fait des ouvrages travaillés avec la lenteur de la réflexion et du goût! On ne doit pas moins déplorer qu'un homme capable des productions les plus belles et les plus utiles, ait consacré la moitié de sa vie à un genre pernicieux, l'écueil de la vertu, l'opprobre de la raison et le délire de l'imagination. Ce n'est pas qu'on veuille proscrire les romans qui ne blessent point l'honnêteté des mœurs, qui ne roulent point sur une fade galanterie, qui mènent à la vertu par l'agrément. Il faudroit être de bien mauvaise humeur pour désapprouver *Télémaque*, *Séthos* et quelques autres ouvrages, qui ne sont pour ainsi dire que des cours de morale. Mais il faudroit être aussi bien indulgent, pour ne pas condamner ces écrits frivoles, qui par la vivacité des situations, la tendresse des sentimens, amollissent l'ame et lui inspirent les passions les plus funestes. Ceux de l'abbé *Prévôt* qui ont été recueillis en 54 vol. in-8°, sont presque tous de ce dernier genre. Il est vrai que la morale suit partont ses héros, et jusque dans les plaisirs. Mais la vertu n'y est qu'en maximes, et le vice y est en action, et s'ils parlent comme *Sénèque*, ils agissent comme *Pétrone*. On a donné en 1764, in-12, les *Pensées de M. l'abbé Prévôt*.
VII. PRÉVOST-D'EXMES, (N. le) né en Normandie le 29 septembre 1729, entra dans les gardes du corps du roi de Pologne Stanislas, et s'en fit remarquer par une ode qui obtint une mention honorable dans un concours de l'académie de Nanci. Bientôt il fit jouer sur le théâtre de Lunéville les Trois Rivaux opéra comique, et la Nouvelle Reconciliation, comédie en un acte, qui eurent du succès. Ayant quitté le service, le Prévost d'Exmes se fixa à Paris, où il donna aux Italiens en 1752 les Thessaliennes, comédie en trois actes, qui obtint plusieurs représentations. La perte de sa fortune dans des faillites, celle d'une place qu'il avoit obtenue avant la révolution, remplirent son cœur de tristesse sans en exclure la bonté. Timide, ne confiant sa détresse à personne, il fut réduit en 1793 à se retirer à l'hospice de la Charité de Paris où il expira septuagénaire et presque de misère. On lui doit divers écrits et des recueils qui ont de l'intérêt. I. Rosel ou l'Homme heureux. L'auteur ne se peignit pas dans son héros. Cet ouvrage offre des conseils sages que donne un père à son fils. Le style en est noble, et il eut plusieurs éditions consécutives. II. Dans le Nécrologe des hommes de lettres, on a inséré les Vies de Lully et de Julien le Roi par le Prévôt. III. Etrennes du Parnasse. Il les rédigea pendant plusieurs années. IV. Trésor de Littérature étrangère. L'auteur plongé dans le chagrin, suspendit ce recueil dont on desiroit la continuation. V. Il a travaillé au Journal des Spectacles, fait les paroles de plusieurs Oratorio exécutés au Concert spirituel, et laissé manuscrite une Histoire de la dernière guerre de l'empereur contre les Turcs. Ce dernier écrit s'est perdu après la mort de l'auteur.
VIII. PRÉVOT-CABANIS, (Jean-François) conseiller d'état à Genève, soutint avec beaucoup d'énergie le parti des citoyens contre l'influence de la cour de France, qui voulut changer la constitution de cette république en y envoyant M. de Vergennes. Dans les troubles de 1794, Prévôt chercha à s'opposer à la licence qui suivit la prise d'armes du 19 juillet. Arrêté et traduit successivement par le peuple devant plusieurs tribunaux, il fut toujours acquitté; mais ses ennemis furieux le fusillèrent le 24 juillet au soir. Un moment avant de périr, il écrivit une lettre à son fils, où il l'invitoit avec noblesse à servir toujours sa patrie, quoique ingrate.
PREXASPE, l'un des principaux courtisans de Cambyse roi des Perses, se signala par l'adulation la plus basse. Un jour qu'il reprochoit à ce prince son penchant excessif pour le vin, lui représentant: Que de tous les vices, il n'y en avoit point de plus honteux que l'ivresse, pour un prince sur qui les yeux de tous ses sujets étoient attachés, et dont toutes les actions et les paroles ne pouvoient être cachées. — Je vais vous apprendre, lui répliqua Cambyse, que le vin ne me fait point perdre la raison, et que mes yeux et mes mains n'en sont pas moins en état de faire leur devoir accoutumé. Il se mit donc à boire de plus grands coups et en plus grand nombre qu'il n'avoit jamais fait. Il ordonna ensuite au fils de *Prexaspe* qui l'avoit réprimandé, de se tenir droit au bout de la salle, la main gauche sur la tête. Prenant alors son arc et le bandant contre lui, il déclara qu'il en vouloit au cœur du jeune homme, et le perça en effet. Puis, après lui avoir fait ouvrir le côté, il se tourna vers *Prexaspe*, et lui montrant la flèche attachée au cœur de son fils, il ajouta d'un ton mocqueur: *Ai-je la main sûre?* Ce malheureux père qui n'avoit déjà que trop souffert d'assister à un pareil spectacle, eut la lâcheté de lui répondre en louant un tel coup: *Apollon lui-même ne tireroit pas plus juste.*
PREYSIUS, ( Christophe ) étoit né en Hongrie, et professa la philosophie dans l'université de Francfort. *Mélanchthon* loue sa science, son érudition, sa sagacité et son attachement à ce qu'il appeloit la vérité, c'est-à-dire aux erreurs de son temps, que *Preysius* soutint avec opiniâtreté. *Preysius* a fait en latin une *Vie de Cicéron*, que l'on estime. Il y entre dans le détail des études et des actions de cet excellent orateur : détail puisé dans ses écrits ou dans ceux des auteurs contemporains. Cette Histoire de *Cicéron* parut à Basle en 1555, in-8°, avec un Traité ou Discours *De imitatione Ciceroniand*, qui est aussi de *Christophe Preysius*. *Gaspard Peucer* estimoit singulièrement ces deux ouvrages.
PRIAM, roi de Troye, fils de *Laomédon*, fut emmené en Grèce avec sa sœur *Hésione*, lorsque *Hercule* renversa le royaume de Troye; mais il se racheta, vint relever les murs de cette ville, fit des conquêtes, recula ses frontières, et rendit son royaume le plus florissant de toute l'Asie, pendant 12 ans qu'il le gouverna. Il épousa *Hécube*, dont il eut plusieurs fils et plusieurs filles. *Pilris*, l'un de ses enfans, ayant enlevé *Hélène*, les Grecs vinrent assiéger cette ville, et la saccagèrent après dix années de siège. *Priam* fut massacré par *Pyrrhus* au pied de l'autel de *Jupiter* qu'il tenoit embrassé, environ l'an 1240 avant J. C., après avoir vu périr tous ses enfans par le fer de l'ennemi. *Juvenal* a très-bien dit à ce sujet : *Longa dies igitur quid contulit? omnia vidis* *Eversa, et flammis Asiam ferroque cadentem.* « *Priam* poussa trop loin sa tardive carrière ; Il vit l'Asie en cendre et son trône ébranlé. »
PRIAPE, ( Mythol. ) Dieu des Jardins, fils de *Bacchus* et de *Vénus*, naquit avec une difformité étrange, produite par un enchantement de *Junon* qui se vengea ainsi de *Vénus* qu'elle haïssoit mortellement. Sa mère choquée de sa laideur, l'abandonna aux habitans de Lampsaque où il étoit né, pour l'élever : mais ses débauches le firent chasser. Cependant une cruelle maladie dont ils furent affligés, les obligea de le rappeler et de lui ériger un temple. *Priape* présidoit aux jardins, où l'on mettoit ordinairement sa figure pour servir d'épouvantail. Il étoit regardé comme le Dieu le plus infame du Paganisme, et comme le père de la débauche. On le représentoit toujours avec une barbe et une chevelure fort né- Ruccellai, 1770, in-8°; l'Essai sur la peinture par Algarotti, in-12; les Vies des architectes anciens et modernes par Mstizia, 1771, 2 vol. in-12; Lettres de l'abbé Sestini sur l'Italie, la Sicile et la Turquie, 1789, 3 vol. in-8°. Les seconds sont: Voyage de Marshal Anglois, dans la partie septentrionale de l'Europe, 1776, in-8°; Description de la Jamaïque, 1782, in-12; Manuel des gens de mer, in-8°; Description de la machine électrique de Catherson, in-8°. Pingeron a en outre publié un Journal sur le commerce, les finances et les arts, dans lequel on trouve beaucoup de choses utiles.