PINGOLAN ou PUIGUILLON, (Aymeric de) poète Provençal, mort vers 1260, fit diverses Pièces ingénieuses, mais si satiriques qu'elles lui attirèrent de fâcheuses affaires. On de lui un Poème intitulé: Las Angueyssas d'Amour. Pétrarque l'a imité.
PINGRÉ, (Alexandre-Guy) bibliothécaire de Ste-Geneviève à Paris, naquit dans cette ville le 14 septembre 1711. Des études faites avec succès, l'amour extrême du travail, la facilité de la conception le distinguèrent bientôt, et l'anatomiste le Cat qui le connut, le fit recevoir en qualité d'astronome à l'académie de Rouen, qu'il avoit fondé. Le 1er ouvrage de Pingré fut le Calcul de l'éclipse de lune arrivée le 23 décembre 1749. Il publia ensuite un Almanach nautique pour faciliter aux navigateurs l'observation des longitudes. Ces travaux l'ayant fait connoître du gouvernement, celui-ci l'envoya dans la mer des Indes observer le passage de Vénus sur le disque du soleil; puis ac- compagner Courtanvaux en Hollande pour vérifier les horloges marines de le Roy; enfin accroître les progrès de l'astronomie et de la géographie dans les Voyages de l'Isis et de la Flore, noms des vaisseaux sur lesquels il s'embarqua. La Relation de ses voyages a été publiée en 1773 et en 1778, chacune en 2 vol. in-4°. Pingré fut alors nommé à la place d'astronome géographe de la marine, devint membre de l'académie des Sciences, et ensuite de l'Institut. Il est mort à Paris le 12-floréal de l'an 4, à l'âge de 84 ans. Ses ouvrages sont: I. Etat du Ciel, 1754, 1755, 1756 et 1757. II. Mémoire sur les découvertes faites dans la mer du Sud, avant les derniers voyages des Anglois et des François autour du monde, 1758, in-4°. III. Cométographie ou Traité historique et théorique des Comètes, 1784, deux vol. in-4°. C'est l'ouvrage le plus considérable de l'auteur. Il y a calculé les orbites de toutes les comètes dont le souvenir s'est conservé. IV. Traduction des Astronomiques de Manilius, 1785, in-8°. Le traducteur y a réuni les autres poètes Latins qui ont écrit sur le cours des astres. V. Histoire de l'astronomie du XVIIe siècle, 1791, in-4°. Pingré avoit publié dès 1756 le Projet de cet ouvrage. VI. Il a été l'éditeur des Mémoires de l'abbé Arnaud, publiés en 1756, en 3 vol. in-4°, et de la onzième édition de la Géographie en vers artificiels de Buffer, qui parut en 1781, in-12. VII. On lui doit dans la nouvelle édition de l'Art de vérifier les dates, les Calculs des éclipses qui ont eu lieu mille ans avant l'ère vulgaire, et dans les Mémoires de l'Académie des Sciences gligées, tenant une faucille à la main. Voyez MUTUMUS. I. PRICE, (Jean) *Pricæus*, naquit à Londres en 1600. Ayant été persécuté dans sa patrie pour un écrit composé en faveur de l'infortuné *Charles I*, il se retira à Florence, où il embrassa la religion Catholique. Le grand duc lui donna la garde de ses médailles et une chaire en langue grecque, qu'il remplit avec succès. Mais comme il étoit naturellement inconstant, ces places ne purent le fixer, et il alla mourir à Rome en 1676, à 76 ans. C'étoit un savant universel, qui embrassoit le sacré et le profane, et qui joignoit à beaucoup de mémoire le jugement qui ne l'accompagne pas toujours. On a de lui : I. Des *Notes* sur les *Pseaumes*, sur *St. Matthieu*, sur les *Actes des Apôtres* et sur quelques autres livres. On les trouve dans les *Critici sacri* de *Pearson*. « On voit, dit *Richard Simond*, une grande érudition dans les ouvrages de cet habile scoliaste. Il semble même l'avoir affectée, faisant venir très-souvent à son secours les écrivains profanes, tant Grecs que Latins. Il a imité en quelque chose la méthode de *Grotius* dont il fait l'éloge, bien qu'il l'ait redressé en plusieurs endroits. Il a aussi justifié en beaucoup de lieux, contre *Bèze* et contre les autres nouveaux traducteurs, l'ancien interprète Latin, sans néanmoins l'épargner lorsqu'il a jugé que sa version n'étoit pas exacte. » II. Des *Notes sur Apulée*, 1650, in-8.º Tout le défaut de ce commentaire est que l'auteur cherche trop à paroître savant.
II. PRICE, (Richard) *Anglois*, né dans le pays de Galles vers 1728, mort en 1791, se fit connoître par des écrits politiques, profonds et moraux. Ils sont intitulés : I. *Dissertations* sur la Providence. II. *Revue* des principales questions en morale. III. *Observations* sur la nature du gouvernement civil, 1775, in-8.º I. PRIDEAUX, (Jean) né en 1578 à Stawford dans le comté de Devon, obtint la chaire de théologie et le rectorat du collège d'Exon. Il s'acquit dans ces places beaucoup de réputation, et fit paroître un grand zèle pour les intérêts du roi et de l'église Anglicane. Ce zèle lui mérita l'évêché de Worcester, en 1641. Les troubles d'Angleterre lui firent perdre ses revenus, et il mourut pauvre à Bridon le 29 juillet 1650, à 72 ans. On a de lui : Une *Apologie* pour *Casaubon*, en latin, 1614, in-8.º II. Des *Leçons de Théologie*, Oxford, 1648, in-folio; et d'autres ouvrages inconnus aujourd'hui.
II. PRIDEAUX, (Humphrey) naquit à Padstow, dans le comté de Cornouailles en 1648, d'une bonne famille. Il fit ses études à Westminster, ensuite à Oxford, et se signala dans ces deux endroits par l'étendue de sa mémoire. La mort d'*Edouard Pocock* ayant fait vaquer la chaire d'hébreu, on l'offrit à *Prideaux*, qui la refusa. Outre qu'il étoit jaloux de son temps, il possédoit plusieurs bénéfices. Il fut pourvu du doyenne de Norwich en 1704, et mourut dans cette ville en 1724, à 76 ans. Ses P R I 223 tuteurs étoient celles d'un savant toujours enfermé dans son cabinet. Il n'avoit pas les dehors imposans de cette politesse légère de nos littérateurs François; mais il se distinguoit par un grand fonds de franchise et de vertu. Nous avons de lui plusieurs ouvrages pleins de recherches et d'érudition. Les plus connus sont : I. Marmora Oxoniensia, ex Arundelianis, Seldenianis, aliisque conflata, cum Graecorum versione latină, et lacunis suppletis, ac figuris aeneis; ex recensione et cum Commentariis Humphreydi Prideaux, necnon Joannis Seldeni, et Thomæ Lydiati annotationibus : accessit Sertorii Ursati de notis Romanorum Commentarius, in-folio, à Oxford, 1676. Selden avoit entrepris cet ouvrage, et en avoit fait imprimer une partie en 1627; mais il n'avoit expliqué que 29 Inscriptions grecques et 10 latines; Prideaux a expliqué les 260 autres. II. La Vie de Mahomet en anglois. Elle a été traduite en françois par Larroque fils, et imprimée à Amsterdam en 1698, in-8.º III. L'Ancien et le Nouveau Testament, accordés avec l'Histoire des Juifs en anglois, deux volum. in-folio, Londres, 1720. IV. Histoire des Juifs et des Peuples voisins, depuis la décadence des Royaumes d'Israël et de Judas, jusqu'à la mort de Jésus-Christ. Ce savant ouvrage écrit en anglois, a eu un succès extraordinaire. On en fit en Angleterre huit éditions en quatre ans, soit in-folio, soit in-8.º La première parut en 1716, et la dernière en 1720. Il a été traduit en françois, et on en a aussi différentes éditions en cette langue. Les plus estimées sont celles d'Amsterdam, 1729, six vol. in-12 et deux vol. in-4.º Il ne faut chercher ni dans l'original ni dans la version, les egrémens et l'élégance du style. D. Calmet n'a point adopté la description du temple de Jérusalem, que cet Anglois a faite en partie d'après les écrits des rabbins. « Je ne prétends pas, dit-il, décrier le travail de Prideaux; mais je soutiens que la plupart des choses marquées dans le plan du temple qu'il a donné, sont peu certaines. Les auteurs Juifs qu'il a suivis sont des guides peu sûrs dans cette matière; nous ajouterons que pour connoître l'ancien temple de Salomon il faut s'en tenir au texte des livres des Rois et d'Ezéchiel; et à l'égard de celui d'Hérode détruit par les Romains, on doit s'en rapporter uniquement à Josèphe. Mais dès qu'il est question d'un édifice ancien, chacun veut le bâtir à sa manière, sans penser que les Vitruve et les autres grands architectes sont très-rares, et qu'un savant qui ne sait pas même arranger sa maisonnette, a mauvaise grace de vouloir édifier des temples superbes. » Voyez L. VILLALPANDE.
PRIE, ( N. de Bertelot, marquise de ) étoit fille de Bertelot de Pléneuf, ancien commis du ministre de la guerre, qui s'étoit enrichi dans les entreprises des vivres. Il tenoit une maison opulente, dont sa femme faisoit les honneurs. Leur fille avoit plus que de la beauté; toute sa personne étoit séduisante. Avec autant de grace dans l'esprit que dans la figure, elle cachoit, dit Duclos, sous un voile de naïveté, la fausseté la plus dans gereuse. Sans la moindre idée de la vertu, qui étoit pour elle un mot vide de sens, elle étoit simple dans le vice et violente sous un air de douceur. Libertine par tempérament, elle eut de bonne heure des amans distingués. Sa mère qui lui avoit donné l'éducation la plus soignée, devint ja- louse d'elle dès qu'elle commença à fixer les regards des adorateurs qui formoient sa petite cour. *Plé-neuf* pour avoir la paix chez lui, la maria en 1713, au marquis de *Prie*, nommé à l'ambassade de Turin, où il amena son épouse. Revenue à Paris, elle dédaigna la société de sa mère qu'elle traitoit comme une petite bourgeoise, et se fit aimer du duc de *Bourbon* (*Voyez* ce mot, n.º V.) premier ministre. Elle trompa impunément ce nouvel amant, et n'en fut pas moins le canal de toutes les graces et l'instru- ment de toutes les vengeances. C'est elle en partie qui perdit le *Blanc* ministre de la guerre. Le cardinal de *Fleury* étant parvenu au ministère, la punit de ses ga- lanteries, de ses rapines et de ses excès, en l'exilant dans sa terre de Courbe-Épine en Nor- mandie. Elle regarda d'abord sa disgrace comme un nuage pas- sager; mais ayant appris que sa place de dame du palais de la reine avoit été donnée à une au- tre, elle fut saisie par un déses- poir qui la conduisit au tombeau. Les médecins crurent d'abord que les maladies, suite de son cha- grin, n'étoient que des vapeurs: mot commode dont quelquefois se couvre leur ignorance. Le jour même qu'ils l'avoient encore trai- tée de malade imaginaire, elle monrut en 1727, à 29 ans, après avoir séché quinze mois dans son exil. La religion, la seule véritable consolation des malheureux, n'en fut pas une pour elle. Dans le temps de son élévation elle avoit affiché son mépris pour les cho- ses les plus respectées. Lorqu'en 1725, année où les pluies dé- truisirent la récolte, on porta en procession la chasse de Sainte Geneviève, elle osa dire: *Le peu- ple est fou; ne sait-il pas que c'est moi seule qui fais la pluie et le beau temps?* Le marquis de *Prie* d'une famille du Berry, qui remontoit au XIV$^{e}$ siècle a été le dernier de sa maison.
PRIERIO, *Voy. MOZZOLINO.*
PRIEUR, (Philippe le) *Priorius*, natif de Normandie, professa avec un succès peu or- dinaire, les belles-lettres dans l'université de Paris, et mou- rut en 1680. On a de lui: I. Une édition de *Tertullien*, en 1664, in-folio qu'il accompagna de no- tes tant de son propre fonds, que de celles qu'il avoit com- pilées particulièrement de l'édi- tion de *Rigault*. II. Il donna dans le même goût une édition de *Saint-Cyprien*, de *Minutius Fe- lix*, d'*Arnobe*, de *Firmicus Ma- ternus* et de *Commodianus-Ga- zæus*, 1666 in-folio. III. Une édition d'*Optat* de Milève, 1679. IV. Un bon Traité des formules des Lettres Ecclésiastiques, sous ce titre: *Dissertatio de Litteris canonicis, cum appendice de trac- toriis et Synodicis*, in-8.º V. Un Traité latin, sous le nom d'*Eu- sèbe* Romain contre le livre des Préadamites de la *Peyrère*. Ce Traité est intitulé: *Animadver- siones in Librum Præadamita- rum, in quibus confutatur nupe- rus Scriptor, et primum omnium hominum* *hominum fuisse* Adamum *defenditur*; Paris, 1656, in-8.º
PRIÉZAC, (Daniel de) né au château de Priézac en Limousin, avant l'an 1590, mort à Paris en 1662, âgé d'environ 73 ans, prit le bonnet de docteur en droit à Bordeaux, y fréquenta le barreau, s'y maria et y enseigna pendant dix ans la jurisprudence avec distinction. Le chancelier *Séguier* protecteur des gens de mérite, le fit venir à Paris. Il y devint, peu de temps après, conseiller d'état ordinaire, et membre de l'académie Françoise en 1639. Ses principaux ouvrages sont: I. *Vindiciæ Gallicæ*, Paris, 1638, in-8.º; traduit en françois par *Baudouln*, 1639, in-8.º C'est une réponse qu'il fit par ordre de la cour, au *Mars Gallicus* du fameux *Jansénius*. II. *Discours Politiques*, assez mal écrits, deux vol. in-4.º III. Deux livres de *Mélanges* en latin, in-4.º, et des *Poésies*, 1650, in-8.º — *Salomon de PRIÉZAC* son fils donna au public: I. Une *Dissertation sur le Nil*, in-8.º, 1664. II. *L'Histoire des Eléphans*, 1650, in-12 : on y trouve de l'érudition. III. *Icon Christinae*, à Paris, 1655, in-4.º C'est un portrait ou plutôt un éloge de la fameuse reine *Christine*.
PRIMAQUE, *PRIMACUS*, esclave dans l'isle de Chio, s'enfuit dans les montagnes, et se mit à la tête de tous les fugitifs, qui comme lui y étoient venus chercher un asile. Les habitans de l'isle envoyèrent des troupes contr'eux; mais après plusieurs combats de part et d'autre, ils furent obligés de traiter avec *Primaque*, auquel ils promirent des vivres pour un prix dont on convint. *Tome X.* Ce chef de son côté, s'engagea de ne plus recevoir d'esclave, qu'après avoir examiné la cause de sa fuite, et jugé si elle étoit juste ou non. Dans la suite, les habitans de Chio mirent sa tête à prix et promirent une grande somme à qui la leur apporte. *Primaque* qui étoit fort vieux, lassé de se voir exposé à des embûches continuelles, contraignit un jeune homme qu'il aimoit tendrement, de lui couper la tête pour gagner la recompense qui avoit été promise. Les habitans de Chio, touchés de cette générosité, élevèrent une statue à ce héros.
PRIMASE, évêque d'Adrumète en Afrique, se trouva l'an 553, au vᵉ synode général tenu à Constantinople, où il s'opposa à la condamnation des Trois Chapitres. Nous avons de lui, dans la *Bibliothèque* des Pères, des *Commentaires* sur les Épîtres de *St. Paul*. C'est un recueil des passages de *St. Augustin* et des autres Pères qui pouvoient servir à expliquer *St. Paul*; mais fait avec très-peu de choix. On lui attribue aussi un *Traité des Hérésies*.
PRIMATICE, (François) peintre et architecte, naquit à Bologne en 1490. Cet artiste est aussi connu sous le nom de *Saint-Martin de Bologne*, à cause d'une abbaye de ce nom qui est à Troyes et que *François Iᵉʳ* lui donna. Il fut employé à Mantoué dans le château du T. Les beaux ouvrages de stuc qu'il y fit donnoient une haute idée de ses talens, lorsqu'il fut appelé en France par *François I*. Le roi le chargea en 1540, d'acheter en Italie des figures antiques, et de faire faire les moules des plus fameuses figures, qui furent jetées en bronze et placées à Fontainebleau. Le *Primatice* a embellî ce château par ses peintures. Il a aussi donné le plan du château de Meudon, et le dessin du Tombeau de *François Ier* à Saint-Denis. Ce grand homme fut nommé commissaire général des bâtiments du roi dans tout le royaume. Enfin, comblé de bienfaits et d'honneurs par les rois sous lesquels il vécut, il étoit regardé comme un grand de la cour, dont les artistes ambitionnoient la protection et sur lesquels il répandoit ses libéralités. Il mourut à Paris en 1570, à 80 ans. C'est au *Primatice* et à maître *Roux*, que nous sommes redevables du bon goût de la peinture. Cet artiste étoit bon coloriste; il composoit avec esprit: les attitudes de ses figures sont d'un beau choix; mais on lui reproche d'avoir pressé l'ouvrage et d'avoir peint de pratique. On a beaucoup gravé d'après ce maître. Son meilleur élève fut *Nicole* de Modène.
**PRIMAUDAYE**, (Pierre de la) gentilhomme Angevin, seigneur de la Primaudaye et de la Barrée, vers 1580, est auteur d'un ouvrage intitulé: *L'Académie Françoise*, 1581, infolio, 1613, in-4°, qui fut bien reçu alors du public, et qui seroit relégué à présent dans la classe des ouvrages les plus médiocres.
**PRIMEROSE**, (Jacques) médecin de Paris dans le XVIIe siècle, natif de Bordeaux ou de Saint-Jean d'Angély, et fils d'un ministre Écossois, exerça son art avec distinction. On a de lui: I. *De Mulierum Morbis*, Rotterdam, 1655, in-4°. II. *De circulatione Sanguinis*, Leyde, 1639, in-4°. III. *Academia Monspeliensis descripta*, Oxford, 1631, in-4°. IV. *Enchiridion Medico-Practicum*, Amsterdam, 1654, in-8°. V. *Ars Pharmaceutica*, ibid., 1651, in-8°. VI. *De vulgi erroribus in Medicind*, Leyde, 1664, in-8°; traduit en françois par de *Rostagny*; Lyon, 1689. Avant *Primerose*, Laurent Joubert avoit déjà publié son *Traité des erreurs populaires*; mais son sens droit ne l'a pas empêché de sacrifier à ces mêmes erreurs, et ses questions traitées dans sa naïveté gauloise, sont souvent plus gaies qu'importantes. *Primerose* eut plus de génie. Son ouvrage est plus court et cependant plus complet. Il pense avec vigueur et s'exprime avec précision. En combattant les erreurs vulgaires, il pose les vrais principes; aussi le médecin *Zacutus Lusitanus* vouloit-il que cet ouvrage fût toujours entre les mains des médecins. Il seroit à souhaiter qu'un habile praticien le refondit et le publiât de nouveau.
**PRINCE DE BEAUMONT**, *Voyez* VI. BEAUMONT.
**PRINCE**, *Voy*. LEPRINCE.
**PRINGIS**, (Mad. de) a publié quelques romans, entr'autres *Junie* ou les *Sentimens des Romains*, et les *Caractères des Femmes*. Elle est morte au commencement du siècle dernier.
**PRINGLE**, (Jean) chevalier, baronnet, né le 10 avril 1707 à Stichel-House dans le comté de Roxburg, fut nommé en 1745 médecin en chef des armées Bri- tanniques, place qu'il remplit près des troupes destinées à combattre le prince *Edouard*, et qu'il avoit méritée par les soins qu'il s'étoit donnés en Allemagne auprès des soldats malades et blessés. C'est durant ses travaux qu'il prépara un ouvrage sur les maladies des armées, qui a été très bien accueilli et traduit en plusieurs langues. Nous l'avons en françois sous ce titre : *Observations sur les Maladies des Armées dans les camps et dans les garnisons*, Paris, 1755, 1771, deux vol. in-12; la seconde édition est augmentée de sept *Mémoires sur les Substances Septiques et Antiseptiques*, que *Pringle* avoit présentés à la Société royale depuis 1750 jusqu'en 1752, et qui ont été récompensés par des médailles. Il servit encore dans les armées d'Allemagne durant les trois premières campagnes de la guerre de 1755, et se fixa à Londres en 1758, partageant son temps entre la pratique de la médecine et la Société royale, dont il étoit président depuis 1772, place qu'il quitta en 1778, par rapport à une espèce de schisme que l'usage des conducteurs électriques avoit occasionné dans cette savante compagnie. Il vit avec peine que la méthode de *Francklin* avoit perdu de son crédit, en conséquence de plusieurs accidens qui en étoient résulté. Ami de *Francklin*, il soutint sa cause avec chaleur; mais il résolut en même temps de préférer sa tranquillité à ces contestations. Après sa retraite, il quitta Londres pour aller finir ses jours à Edimbourg; mais la rigueur du climat le força de revenir à Londres, où il mourut le 18 janvier 1782, avec les titres de mé- médecin du roi et de la reine d'Angleterre. Outre les ouvrages dont nous avons parlé, on a de lui : I. *Observations sur la nature et le traitement des Fièvres des hôpitaux et des prisons*, adressées à M. *Mead*, 1750, in-8°, en anglois. II. *Une Dissertation sur les différentes espèces d'Airs*, lue à la Société royale en 1774; et d'autres écrits où il y a d'excellentes choses, et quelquefois des idées systématiques. En médecine cependant il ne vouloit rien de hasardé. Il étoit ennemi des méthodes fondées sur la théorie, qu'il regardoit comme trop vague et trop peu avancée. Il paroissoit envisager l'empirisme, c'est-à-dire la pratique appuyée sur la seule observation, comme la meilleure méthode. *Il faut du moins que cet empirisme soit raisonné*, lui disoit un de ses confrères. — *Le moins qu'il se pourra*, répondit Pringle; c'est en raisonnant que nous avons tout gâté.
PRIOLO ou PRIOLI, (Benjamin) né à Saint-Jean d'Angély en 1602, descendoit de l'illustre famille des *PRIOLI* ou *PRIOLI*, qui a donné quelques doges à la république de Venise. *Gui-Patin* pour rendre son nom plus françois, l'appelle PRIOLEAU dans une de ses Lettres. Après avoir étudié sous *Heinsius* et sous *Vossius*, il s'appliqua à Leyde, pendant trois ans, à l'étude des poètes et des historiens Grecs et Latins. De là il vint à Paris, pour voir et pour consulter *Grotius*. Il passa ensuite à Lyon, où il abjura le Calvinisme en 1641, et à Padoue pour apprendre à fond sous *Cremonin* et sous *Licetus*, les sentimens des philosophes de l'antiquité. Quelque temps après il s'attacha au duc de *Rohan*, et en devint le plus intime confident. *Priolo* le servit de son épée et de son esprit. Après la mort de ce héros en 1638, il fut employé par la cour de France dans diverses affaires importantes, qui lui méritèrent une pension du cardinal *Mazarin* et une autre de *Louis XIV*. Ce négociateur mourut à Lyon en 1667, à 65 ans, comme il alloit à Venise, par ordre de la cour de France, pour une affaire secrète. On a de lui une *Histoire de France*, en latin, depuis la mort de *Louis XIII* jusqu'en 1664, dont la meilleure édition fut faite à Leipzig en 1686, in-8.º On y trouve des lettres, des tables et des notes qui ne sont pas dans les précédentes. Elle est dédiée au doge et au sénat de Venise, qui le reconnurent pour noble chevalier Vénitien. *Priolo* y dit la vérité avec beaucoup de franchise. Il s'y livre quelquefois trop à sa mauvaise humeur et à son penchant pour la satire. A ce défaut près, c'est un tableau assez fidelle des troubles de la Fronde et du ministère du cardinal *Mazarin*. Cette Histoire doit plaire à ceux qui aiment les portraits et les caractères; les phrases de *Tacite* en fournissent presque toutes les couleurs, et semblent s'y être placées d'elles-mêmes. Il ne voulut pas étudier la manière des auteurs du siècle d'*Auguste*, quoiqu'il l'estimât davantage. Il se compare dans son Épître dédicatoire à ce Lacédémonien « qui ne vouloit pas que sa femme regardât de beaux tableaux, de peur que ses enfans ne fussent plus beaux que lui... » Il aima mieux se livrer à son génie, qui se rapprochoit plus de celui de *Tacite* et de *Sénèque*, que de suer à imiter *Tite-Live* ou *Cicéron*. *Priolo* étoit un homme d'un grand sens. Il avoit coutume de dire, que l'Homme ne possède que trois choses: l'Ame, le Corps, et les Biens; et qu'elles sont perpétuellement exposées à trois sortes d'embuscades: l'Ame à celle des Théologiens, le Corps à celles des Médecins, et les Biens à celles des Avocats et des Procureurs. Il étoit marié, et il laissa sept enfans.
**PRIOR**, (Matthieu) naquit le 21 juillet 1684 à Londres, d'un menuisier, qui en mourant le laissa sous la conduite d'un oncle qui étoit cabaretier. Après qu'il eut fait ses études dans l'école de Westminster, son oncle voulut lui faire embrasser sa profession. Mais quelques personnes de distinction qui alloient chez lui, ayant remarqué les talens du jeune homme, le détournèrent de ce dessein. Le comte de *Dorset* fut si charmé de sa conversation sur *Horace*, qu'il le prit sous sa protection et l'envoya au collège de Saint-Jean à Cambridge. *Prior* y fut fait bachelier en 1686, et fut mis ensuite au nombre des Associés. Ce fut pendant son séjour dans cette université, qu'il lia une amitié intime avec *Charles de Montagu*, depuis comte de *Halifax*. Le prince *Guillaume* ayant chassé du trône son beau-père, *Prior* fut conduit à la cour par le comte de *Dorset*, et fut fait en 1690 secrétaire du comte de *Berkley* plénipotentiaire à la Haye. Il eut le même emploi auprès des ambassadeurs et des plénipotentiaires au traité de Ryswick en 1697. Il accompagna l'année suivante le comte de *Port*. land dans son ambassade à la cour de France. Il y revint de nouveau en 1711 en qualité de plénipotentiaire, et présenta en 1714 un *Ecrit* à la cour pour la démolition du Canal de Mar-dick. Ce fut à lui, et non pas à milord *Stairs*, comme le dit le président *Hénault*, que *Louis XIV* répondit : *J'ai toujours été maître chez moi, quelquefois chez les autres ; ne m'en faites pas souvenir ! ... Prior* de retour dans sa patrie, y trouva des ennemis, qui le perdirent à la cour d'Angleterre. On lui intenta un procès criminel, à la poursuite du chevalier *Walpole*. Il se justifia, et sa liberté lui fut rendue. Il n'en fit usage que pour se consacrer entièrement à son amour pour l'étude. Il mourut le 18 septembre 1721, à 57 ans, et fut enterré à l'abbaye de Westminster, où on lui dressa un superbe monument. Sa conversation étoit enjouée et ingénieuse ; il avoit la repartie vive. Un courtisan lui montrant à Versailles les victoires de *Louis XIV* peintes par le *Brun*, lui demanda si l'on voyoit les actions du roi *Guillaume* dans son palais ? — *Non, Monsieur*, répondit Prior ; *les monuments des actions de mon Maître se voient par-tout ailleurs que chez lui*. Comme il parloit beaucoup et facilement, il abusoit de cette facilité pour s'emparer de la conversation. Le docteur *Swift* son ami, s'en plaignoit à sa manière. *Le moyen*, disoit-il, *de vivre avec M. Prior ! Il occupe seul tout l'espace ; il n'en laisse point aux autres pour remuer le coude*. On a de lui un grand nombre de *Poésies* angloises, 1733, 2 vol. in-12, dans lesquelles on trouve de l'esprit, de l'imagination et du goût. *Horace* paroît avoir été son modèle ; il est loin de l'égaler. Les Anglois lui reprochèrent d'avoir trop cherché à imiter les François, et d'être moins original que quelques-uns de leurs grands poètes ; mais il est aussi moins inégal et moins bizarre. Entr'autres Ouvrages, il a composé des *Odes*, traduites en français par l'abbé *Yart... Prior* fit lui-même son épitaphe, qu'on a rendue ainsi en vers français : Ci gît *PRIOR... Que fût-il ? Baron ?* Comte ? Marquis ? Duc ? —Point. —Prince ? Monarque ? —Oh ! non ; Et si pourtant sa famille remonte Plus haut que les *Nassau*, plus haut que les *Bourbon*. Gardez, Passant, de dire : C'est un rêve : Il descendoit tout droit d'*Adam* et d'*Eve*.
PRIORIUS, *Voyez* PRIEUR.
PRISCA, *Voyez* VALERIA.
PRISCIEN, *PRISCIANUS* ; grammairien de Césarée au VIe siècle, dont on a divers ouvrages imprimés à Venise par *Alde Manuce*, en 1476, in-folio ; et à Paris par *Badius*, en 1517, in-folio. On les trouve aussi dans le *Recueil des Grammairiens Latins de Putschius*, Hanoviæ, 1605, in-4.
PRISCILLE ou PRISQUE, Chrétienne, femme d'*Aquila*, est fort connue par les Actes des Alpôtres et par les Épîtres de *St. Paul*. Son zèle pour les progrès de l'Évangile, la rendit célèbre. Elle demeuroit à Corinthe avec son mari, qui y travailloit à faire des tapisseries, et ils eurent l'un et l'autre l'avan- tage de recevoir l'Apôtre chez eux. Ils risquèrent leur vie pour sauver celle de l'Apôtre, qu'ils conduisirent jusqu'à Ephèse, où ils s'établirent ; et leur maison y étoit si réglée que *St. Paul* l'appelle une Église. De là ils allèrent à Rome, où ils étoient lorsque l'Apôtre écrivit son Épître aux Romains, l'an 58 de J. C. Ils revinrent ensuite en Asie quelque temps après, et y moururent saintement.
**PRISCILLIEN**, hérésiarque, étoit un homme considérable par sa fortune, par sa naissance et par son mérite. A une grande facilité de parler, il joignoit un extérieur humble, un visage composé, des mœurs austères et un grand désintéressement. Ces qualités étoient ternies par une curiosité téméraire, par un caractère ardent et inquiet, qui le jetèrent d'abord dans les folles et vaines recherches de la magie, et ensuite dans les erreurs des Gnostiques et des Manichéens. Son hérésie commença à éclater en 379, et se répandit rapidement en Espagne sa patrie. Ses disciples y formèrent un parti considérable. *Hybin* évêque de Cordoue, et *Ithace* évêque de Mérida, les poursuivirent avec beaucoup de vivacité, et les multiplièrent en les irritant. Après plusieurs disputes, les évêques d'Espagne et d'Aquitaine tinrent un concile à Sarragosse en 380, où les nouvelles erreurs furent anathématisées. *Instantius* et *Salvien* deux évêques Priscillianistes, loin de se soumettre au jugement du concile, ordonnèrent *Priscillien* évêque. Cette ordination souleva tout l'épiscopat contre lui. On assembla un concile à Bordeaux en 384 ; mais *Priscillien* ne voulut point répondre devant les évêques. Il en appela à *Maxime*, usurpateur de l'empire. Les évêques *Ithace* et *Idace* l'accusèrent devant ce prince, malgré les sollicitations de *St. Martin* de Tours, qui conjura ces évêques, plus passionnés que zélés, de se désister d'une accusation qui déshonorait l'épiscopat ; ils n'en furent que plus ardens à poursuivre l'hérésiarque et ses fauteurs. Enfin ils firent condamner les uns et les autres à perdre la tête. La mort de *Priscillien* ne fit qu'étendre son hérésie et affermir ses sectateurs, qui l'honoroient déjà comme un Saint. Ils lui rendirent le culte qu'on rendoit aux Martyrs, et leur plus grand serment étoit de jurer par lui. Le supplice de *Priscillien* et de ses sectateurs, rendit *Ithace* et *Idace* odieux. On voit l'impression que leur conduite fit sur les esprits, par le panégyrique de *Théodose*, que *Pacatus* prononça à Rome l'an 389, en présence même de *Théodose*, et un an après la mort de *Maxime*. « Nous avons vu, dit cet orateur, une nouvelle espèce de délateurs, évêques de nom, soldats et bourreaux en effet, qui non contens d'avoir dépouillé ces pauvres malheureux des biens de leurs ancêtres, cherchoient encore des prétextes pour répandre leur sang, et qui ôtoient la vie à des personnes qu'ils rendoient coupables, comme ils les avoient déjà rendues pauvres. Il y a plus : Après avoir assisté à ces jugemens criminels, après s'être repu les yeux de leurs tourmens, et les oreilles de leurs cris, après avoir manié les armes des licteurs, et trempé leurs mains dans le sang des suppliciés, ils alloient avec ces mains toutes sanglantes; offrir des sacrifices! » L'autorité de la justice, l'apparence du bien public et la protection de l'empereur, empêchèrent qu'on ne traitât ceux qui avoient poursuivi les Priscillianistes, avec toute la sévérité que méritoient des évêques qui avoient procuré la mort à tant de personnes, qu'il falloit prêcher et non assassiner. *St. Ambroise* et plusieurs autres prélats se séparèrent de leur communion. *St. Martin* refusa d'abord de communiquer avec eux; mais il s'y détermina ensuite, pour sauver la vie à quelques Priscillianistes. Ces hérétiques devenus enthousiastes par la persécution, honorèrent comme des martyrs tous ceux de leurs frères que l'on avoit condamnés à la mort. Leurs erreurs se répandirent sur-tout dans la Galice. *Orose* se plaignoit vers l'an 400, à *St. Augustin*, que les Barbares qui étoient entrés en Espagne, y faisoient moins de ravages que ces faux docteurs. C'étoit une exagération, mais elle prouve du moins combien ils étoient accrédités. Quelques années après, l'empereur *Honorius* ordonna en 407 que les Manichéens, les Cataphrygiens et les Priscillianistes, seroient privés de tous les droits civils; que leurs biens seroient donnés à leurs parens Catholiques; qu'ils ne pourroient rien recevoir des autres, rien donner, rien acheter; que même leurs esclaves pourroient les dénoncer et les quitter pour se donner à l'Eglise; et *Théodose le Jeune* renouvela cette loi. Malgré cette sévérité, ou peut-être à cause de cette sévérité, beaucoup de Priscillianistes persistèrent dans leurs erreurs, et l'on en comptoit encore quelques-uns dans le sixième siècle, quoique la secte eût été en partie détruite par le zèle de *St. Léon* pape. I. PRISCUS, fameux ingénieur qui florissoit après le milieu du second siècle de l'Eglise, sous l'empire de *Septime-Sévère*, étoit très-habile dans son art; et ce prince respecta son mérite, lorsqu'en l'an 196 de J. C., la ville de Byzance, la plus considérable de la Thrace, eût été prise. On fit mourir par l'ordre de *Sévère*, tous les magistrats et tous les soldats. La ville fut ruinée, ses murailles furent rasées, ses théâtres, ses bains et tous ses ornemens furent abattus. On vendit ensuite tous les biens des habitans, et Byzance, privée de la liberté, fut soumise comme un simple bourg à la ville de Perinthe. *Priscus* seul fut épargné dans sa personne, dans sa liberté et dans ses biens. L'empereur *Sévère* lui donna même des marques d'affection, et se servit depuis très-avantageusement de lui.
II. PRISCUS, frère de l'empereur *Philippe*, gouverneur de Syrie, puis de Macédoine, s'attira la haine des peuples par ses exactions. Cela ne l'empêcha pas de prendre la pourpre dans cette dernière province l'an 249, à la nouvelle de la mort de son frère; mais il en fut bientôt dépouillé, avec la vie, par *Dèce*, le meurtrier et le successeur de *Philippe*.
III. PRISCUS, fameux général sous *Maurice* empereur d'O- un grand nombre d'Écrits savans et utiles. *Pingré* eut un caractère doux et ami des hommes. Incapable d'aigreur, d'envie, de vengeance, il passa sa vie entière dans la paix, jouissant de l'estime publique et du bonheur de n'avoir pas un ennemi.
PINUS, (Jean) savant Jésuite, né à Gand en 1678, a travaillé aux *Acta Sanctorum*, à Anvers, et a enrichi cet ouvrage de plusieurs Dissertations estimées. Il mourut le 19 mai 1749.
PINON, (Jacques) poète latin, remplit au parlement de Paris sa patrie, une charge de conseiller, qu'il honora autant qu'il en fut honoré. Il se distingua dans le barreau par ses lumières et son intégrité, et sur le théâtre littéraire par ses connaissances profondes et variées, et sur-tout par son talent pour la poésie. Il en donna des preuves dans son Poème *De anno Romano*, qu'il dédia au roi *Louis XIII*, qui estimoit en lui un savant aimable et un bon magistrat. Cet ouvrage est très-structif: le commentaire en prose que l'auteur y a joint pour en rendre la lecture plus claire, est plein d'érudition. On a encore de *Pinon* un autre Poème concernant la suite chronologique des empereurs Romains en Orient et en Occident, depuis *Jules-César* jusqu'à *Maximilien premier*. Ce poète historien mourut doyen des conseillers en 1641. Les éditions de ses *Poésies* sont de Paris, 1615 et 1630, in-8.$^{o}$
PINS, (Jean de) conseiller-clerc au parlement de Toulouse, et évêque de Rieux en 1523, étoit sorti d'une famille qui a donné à l'ordre de Malte deux grands maîtres dans *Odon* et *Roger de PINS*, l'un en 1297 et l'autre en 1355. *Jean* fut ambassadeur à Venise et à Rome, où il cultiva la littérature et l'éloquence. Il mourut à Toulouse sa patrie, l'an 1537. On a de lui: I. *Les Vies de Sainte Catherine de Sienne* et de *Philippe Bérod* son maître, en latin; l'une et l'autre imprimées à Bologne en 1505, in-4.$^{o}$ II. *De Vita Aulica*, Toulouse, in-4.$^{o}$ III. *De claris Fæminis*, Paris, 1521, in-folio; ouvrage remarquable par la beauté du style. IV. *Sancti Rochi Vita*, Paris in-4.$^{o}$ Son *Eloge* avec quelques-unes de ses *Lettres à François Ier* et à *Louise de Savoie* régente, a été publié à Avignon en 1748, in-12. Il écrivait en latin avec élégance et politesse, et il mérita qu'*Erasme* bon juge, dit de lui: *Potest inter Tullianae dictionis competitores numerari Joannes PINUS*.
PINSONNAT, (Jacques) né à Châlons-sur-Saône, étoit professeur royal en Hébreu, curé des Petites-Maisons, et docteur de théologie en la Faculté de Paris. Cet écrivain distingué par sa piété, son zèle et son érudition, mourut en 1723, à l'âge de 70 ans. On a de lui: I. *Une Grammaire Hébraïque*. II. *Des Considérations sur les Mystères, les paroles et actions principales de Jésus-Christ*, avec des *Prières*. I. PINSSON DE LA MARTINIÈRE, (Jean) procureur du roi dans la juridiction de la connétable et maréchaussée de France, à Paris, mort en 1678, s'est fait connoître par quelques ouvrages historiques. Le premier parut en 1650, sous ce titre: *Le vrai état* rient, se signala plus d'une fois contre les Abares. Phocas ayant détrôné Maurice en 602, mit sa confiance dans Priscus, et lui donna sa fille en mariage. Mais le peuple ayant proclamé ce général Auguste, le beau-père jaloux chercha tous les moyens de perdre son gendre. Priscus s'en vengea en favorisant Héraclus qui détrôna Phocas. Héraclus fut peu reconnoissant. Un jour il demanda à quelques seigneurs de sa cour : Contre qui péchoit celui qui outrageoit l'Empereur?.. Tous répondirent : Contre Dieu, par qui l'Empereur est établi... Priscus n'imaginant point que la question le regardât, ajouta qu'un homme coupable d'un tel crime étoit indigne de toute grace. Alors Héraclus lui reprocha ses révoltes et ses désobéissances. Comment, lui dit-il, pourrez-vous être fidelle à un ami, puisque vous ne l'avez pas été à votre beau-père ? En même temps il lui fit faire la tonsure monacale, et l'envoya dans le monastère de Core, où il mourut en 613. Telle fut la fin obscure d'un ambitieux, dont les talens ne rachetèrent pas les vices.
PRITZ, (Jean-George) Pritius et Pritius théologien protestant, né à Leipzig en 1662, fut choisi en 1707, pour être professeur de théologie, conseiller ecclésiastique, et ministre à Gripswald. Il remplit ces emplois avec honneur jusqu'en 1711, qu'il fut appelé à Francfort-sur-le-Mein, pour y être placé à la tête du ministère ecclésiastique. Il y mourut le 24 août 1732, à 70 ans, aimé et estimé. Ce savant avoit été un des auteurs des Journaux de Leipzig, depuis 1687 jusqu'en 1698. On a de lui, des Sermons, une Morale, un grand nombre de Traductions, et d'autres ouvrages en allemand. Les principaux de ceux qu'il a composés en latin, sont : I. Une savante Introduction à la lecture du Nouveau Testament, dont la meilleure édition est celle de 1724, in-8.º II. De Immortalitate hominis, contre Asgil philosophe Anglois, qui avoit fait un Livre de l'Immortalité des hommes sur la terre, en anglois, que Pritz avoit traduit en allemand. III. Une bonne Edition des Œuvres de St. Macaire, en grec et en latin, Leipzig, 1698 et 1699, 2 vol. in-8.º IV. Une, non moins estimée, du Nouveau Testament grec, avec les diverses Leçons, des Cartes géographiques, etc. Leipzig, in-12, 1702, 1709 et 1724, V. Une Edition des Lettres de Milton, etc. VI. Nous ne citerons pas plusieurs autres ouvrages, qui ne sont presque que des compilations.
PRIVAT, Voyez MOLIÈRES (Joseph).
PROBA-FALCONIA, femme d'Anicius Probus, au quatrième siècle, mérita des éloges de St. Augustin et de plusieurs autres Pères de l'Eglise. Elle composa la Vie de JESUS-CURIST, de divers fragmens de Virgile qu'elle assembla en Centons Francfort, 1546. Cet ouvrage faisoit plus d'honneur à sa piété qu'à son génie... Voy. ANICIUS-PROBUS. I. PROBUS, (M. Aurelius-Valerius) empereur Romain, originaire de Sirmich en Pannonie, fut élevé dès sa jeunesse A ce ouvrage a pour titre, Proba Falconia dans clarissime personnes, conprobates centenes, de fidei nostræ mysteriis & carminibus exceptum opusculum... Lyon, 1516. 82.— Paris, 156 min. 19 B. 80. P R O 233 aux premières dignités militaires. Son père avoit été jardinier, mais s'étant mis dans la milice, il obtint le grade de tribun. Son fils obtint le même titre dès l'âge de 22 ans. Plus il s'éloignoit de la jeunesse, plus son mérite augmentoit; enfin il parvint, de dignité en dignité, jusqu'au trône. Après la mort de l'empereur Tacite, en 276, Florien son frère voulut se saisir du sceptre impérial; mais les troupes d'Orient le donnèrent à Probus, comme le prix de sa valeur, de son intégrité et de sa clémence. Reconnu par le sénat et par les provinces de l'empire, il marcha vers les Gaules, où les Francs, les Bourguignons, les Goths et les Vandales exerçoient les plus cruels brigandages. Il les défit dans plusieurs batailles, leur tua plus de quatre cent mille hommes, et les força à demander la paix et à payer un tribut. Vainqueur des Gaulois, il passa en Illyrie contre les Sarmates, et leur enleva tout ce qu'ils avoient usurpé. Il défit ensuite les Blemmys, peuple féroce dans le voisinage de l'Égypte. La victoire qu'il remporta sur eux, épouvanta tellement Varanane II roi de Perse, qu'il lui envoya des ambassadeurs avec des présens, pour lui demander la paix. Ces ambassadeurs le rencontrèrent sur de hautes montagnes proche la Perse, au milieu de ses soldats, mangeant des pois cuits depuis long-temps et du porc salé. Qui de nos généraux, de nos capitaines mêmes, pourra croire un tel fait? Probus, sans se détourner, dit aux envoyés du roi de Perse, que si leur Maître ne faisoit pas une entière satisfaction aux Romains, il rendroit les campagnes de la Perse aussi rases que sa tête l'étoit. Il ôta en même temps son bonnet, pour leur montrer une tête parfaitement chauve. Il les invita ensuite de manger avec lui s'ils avoient faim, sinon de se retirer. Varanane, toujours plus épouvanté, vint lui-même trouver Probus, qui lui accorda tout ce qu'il voulut. Les ennemis du dehors vaincus, il s'en éleva au dedans. Jules Saturnin, Proculus et Bonose se firent tous les trois proclamer empereurs, l'un à Alexandrie, l'autre à Cologne, et le troisième dans les Gaules; mais leur révolte n'eut point de suite. L'empire Romain jouit d'une paix générale. Ce fut pendant cette paix que Probus orna ou rebâtit plus de soixante et dix villes. Il occupa ses soldats à diyers travaux utiles; et donna une permission générale de planter des vignes dans les Gaules et dans l'Illyrie; ce qui n'avoit point été permis universellement, depuis que Domitien avoit marqué les endroits où il accordoit d'en planter. Ce digne empereur faisoit des préparatifs de guerre contre les Perses qui avoient repris les armes, lorsqu'il fut massacré par des soldats, las des travaux qu'il leur faisoit entreprendre, à Sirmich, en 282, à 50 ans, après en avoir régné six et quatre mois. Le seul défaut de Probus fut de n'avoir pas su mêler prudemment la fermeté avec la douceur. Sa mort inspira des regrets dans tout l'empire. Grand Dieu, disoit le peuple, que vous a fait la République Romaine pour lui enlever un bon Prince! L'armée même qui s'étoit révoltée, lui éleva un monument qu'elle orna de cette épitaphe : *Ici repose l'empereur Probus, vraiment digne de ce nom par sa probité. Il fut vainqueur des Barbares et des Usurpateurs.*
II. PROBUS, (*Amilius*) *Voyez* I. NÉPOS... et ANICIUS-PROBUS
III. PROBUS, (*M. Valerius*) grammairien Latin dans le 2$^{e}$ siècle, composa plusieurs ouvrages, dont il ne nous reste que des fragmens, publiés dans le *Corps des anciens Grammairiens de Putschius*, 1605, in-4.$^{o}$ I. PROCACCINI, (*Camille*) peintre, né à Bologne en 1546, mort à Milan en 1626, à 80 ans, entra dans l'école des *Carraches*, où il trouva des rivaux qui piquèrent son émulation, et des modèles qui perfectionnèrent ses talens. Ce peintre avoit un beau génie : il peignoit avec une liberté surprenante. Ses draperies sont bien jetées; ses airs de tête sont admirables. Il donnoit beaucoup d'expression et de mouvement à ses figures; son coloris est frais. On peut lui reprocher d'avoir souvent peint de pratique. Ce peintre a beaucoup contribué à l'établissement de l'*Académie de Peinture* de Milan, où il s'étoit retiré avec sa famille. Ses principaux ouvrages sont à Bologne, à Reggio et à Milan.
II. PROCACCINI, (*Jules-César*) frère puné de *Camille*, naquit à Bologne en 1548, et mourut à Milan en 1626, à 78 ans. Ce peintre avoit un coloris vigoureux, un goût de dessin sévère et très-correct. Son génie étoit grand, vif et facile; il étudioit la nature. Sa réputation tion le fit nommer chef de l'académie de Peinture à Milan. Il eut une école nombreuse, et acquit une fortune considérable. On voit beaucoup d'ouvrages de ce maître à Milan et à Gênes. — *Carlo-Antonio* son frère, plus jeune que lui, quitta la musique pour la peinture. Son talent étoit le paysage; il réussissoit principalement à peindre les fleurs et les fruits.
III. PROCACCINI, (*Ercole-Juniore*) fils de *Carlo-Antonio*, mort en 1676, âgé de 80 ans, fut d'abord élève de son père, et s'adonna comme lui à peindre les fleurs; mais *Jules-César* son oncle lui donna des leçons et développa ses talens. Il fit beaucoup de tableaux d'histoire pour la ville de Turin. Le duc de Savoie lui fit présent d'une chaîne d'or avec son portrait.
PROCHITA, (*Jean de*) ainsi nommé parce qu'il étoit seigneur de l'isle de Prochita dans le royaume de Naples, eut beaucoup d'autorité sous le règne de *Mainfroi*, dans la Sicile, où il exerça les professions de médecin et de jurisconsulte. Il fut dépouillé de ses biens et de ses charges par *Charles d'Anjou* roi de Naples et de Sicile. Animé par l'esprit de vengeance autant que par l'ambition, il entreprit de faire révolter la Sicile contre ce prince, et de la réduire sous la puissance de *Pierre* roi d'Aragon. Pour tramer ce complot plus secrètement, il se déguisa en Cordelier l'an 1280; et après avoir parcouru toute la Sicile sous cet habit, il alla à Constantinople traiter avec *Michel Paléologue*, et en obtint un secours d'argent. De là il se rendit à Rome, où il engagea le pape à favoriser cette entreprise. Mais la mort de *Nicolas III*, l'exaltation du cardinal de *Sainte-Cécile*, que le roi *Charles* fit élire pape sous le nom de *Martin IV*, firent changer la face des affaires. *Prochita* ne renonça cependant pas à son projet. Après avoir ourdi pendant deux ans, avec des soins infatigables, son horrible conspiration, elle fut exécutée en 1282. Il convint avec les chefs des conjurés, que le lendemain de Pâques, au premier coup des *Vêpres*, on feroit main-basse sur tous les François. Cette exécution fut faite avec tant de rage et de cruauté, par toutes sortes de personnes séculières et ecclésiastiques, par les prêtres mêmes et par quelques religieux, qu'en peu de temps tout ce qu'il y avoit de François dans la Sicile fut tué, sans distinction d'âge, ni de sexe, ni de condition. Ils y périrent tous, à l'exception de *Guillaume des Porcelets*, gentilhomme Provençal, que les Siciliens renvoyèrent chez lui : *Voyez PORCELETS*. *Voltaire* place le massacre au jour de Pâques, dans son *Histoire générale*; et le troisième jour de Pâques, dans ses *Annales de l'Empire*. Il dit dans le premier ouvrage, que si les conjurés avoient formé le complot des *Vêpres Siciliennes*, c'étoit dans le royaume de Naples qu'il falloit l'exécuter; et il en conclut que ce n'étoit pas précisément ce massacre que les conspirateurs avoient résolu. Mais il oublie qu'il avoit dit dans les *Annales*, que les conjurés ne pouvoient rien dans le royaume de Naples, lequel *Charles d'Anjou* contenoit par sa présence et par la terreur. Il eût été à de- sirer que cet historien eût concilié les différentes contradictions qui se trouvent fréquemment entre son *Histoire* et ses *Annales*.
PROCHORE, *Voyez PROCORE*. I. PROCLUS, (*Eutychius*) grammairien célèbre du 2$^{e}$ siècle, étoit de Sicca en Afrique. *Marc-Antonin* le *Philosophe*, dont il avoit été précepteur, le fit proconsul. *Trebellius Pollion* cite un livre de *Proclus* sur ce qu'il y avoit de plus curieux dans les pays étrangers; mais cet ouvrage est perdu.
II. PROCLUS, (*Saint*) célèbre patriarche de Constantinople, disciple de *St. Jean-Chrysostôme*, s'opposa avec force aux progrès de l'erreur, et contribua beaucoup par ses vertus au triomphe de la vérité. Il nous reste de lui des *Homélies*, des *Epitres* et d'autres écrits en grec; Rome, 1630, in -4$^{o}$. On les trouve aussi dans la *Bibliothèque des Pères*. Son style est semé de pointes et d'antithèses. Cet illustre prélat, connu par sa piété et son zèle pour la discipline ecclésiastique et l'observation des canons, mourut en 447, au bout de treize ans et trois mois d'épiscopat.
III. PROCLUS DIADOCUS, philosophe Platonicien, mort l'an de Jésus-Christ 485, étoit natif de Lycie. Il eut beaucoup de part à l'estime et à l'amitié de l'empereur *Anastase*. On dit que dans le temps que *Vitalieu* assiégeoit Constantinople, *Proclus* brûla ses vaisseaux avec de grands miroirs d'airain; mais c'est une fable sans fondement. 236 PRO *Proclus* écrivit contre la religion Chrétienne. Il nous reste de lui des *Commentaires* sur quelques livres de *Platon*, et plusieurs autres savans ouvrages écrits en grec. Ils ont été imprimés à la suite de l'édition de *Jamblique*, à Venise, 1497, in-fol. *Allatius* a donné : *Proclus in Ptolomæi Tetrabiblos*, en grec et en latin, Leyde, 1635, in-8.º On trouve ses *Hymnes* dans le recueil de *Maittaire*. *Proclus* étoit un des plus zélés partisans du Paganisme. *Marin* de Naples a écrit sa Vie. I. PROCOPE, d'une famille illustre de Cilicie, et parent de l'empereur *Julien*, avoit des talens et des mœurs; mais son caractère sombre, inquiet, ardent et ambitieux, lui faisoit désirer les grandes places. Après avoir rendu des services à l'état sous *Julien* et sous *Jovien*, il se retira chez les Barbares de la Chersonnèse Taurique, jusqu'au règne de *Valens*, qu'il vint se cacher à Chalcédoine. Cet empereur étant parti pour la Syrie, *Procope* se rendit à Constantinople, et se fit déclarer empereur le 28 septembre 365. Il marcha ensuite contre *Valens*. Le succès de ses armes fut si rapide, que ce prince auroit abdiqué l'empire, si ses amis ne l'en avoient détourné. L'année suivante les choses changèrent de face. *Procope* fut défait dans une campagne de Phrygie, nommée *Salutaire*, et ayant été abandonné par ses soldats, il fut conduit à *Valens*, qui lui fit trancher la tête à la fin de mai 366. Il n'étoit âgé que de 32 ans. La tête de cette idole passagère de la fortune, fut envoyée à *Valen-* *tinien* dans les Gaules... *Voyez ANTHEMIUS*.
II. PROCOPE, *PROCOPIUS*, fameux historien Grec, fut longtemps professeur d'éloquence à Césarée sa patrie. Il alla à Constantinople, où il gagna la confiance de *Bélisaire* qui le prit pour son secrétaire, et le mena avec lui lorsqu'il étoit à la tête des troupes en Asie, en Afrique et en Italie. *Justinien* l'honora du titre d'*Illustre*, et lui donna la place de préfet de Constantinople. Il mourut vers la fin du règne de ce prince. Nous avons de lui : I. Une *Histoire* en huit livres. Les deux premiers contiennent la guerre des Perses, depuis la fin du règne d'*Arcadius*, jusqu'à la trente-troisième année du règne de *Justinien*. Les deux suivants décrivent la guerre des Vandales, depuis l'irruption de ces peuples en Afrique, jusqu'à l'an 649, qu'ils furent entièrement soumis aux Romains. Dans les quatre derniers, il raconte les guerres d'Italie contre les Ostrogoths, jusqu'à la mort de *Tâias* leur dernier roi. Cette Histoire est pleine de faits curieux et vrais. Le caractère des nations Barbares qui inondèrent l'empire Romain, y est bien peint. Le style de *Procope*, sans être toujours pur, ne manque pas d'élégance. II. *Histoire Secrète*, ou *Anecdotes* pour servir à la grande Histoire. *Procope*, qui avoit dit tant de bien dans celle-ci de *Justinien*, le couvre d'opprobres dans celle-là : c'est une satire dictée par la noirceur, et quoique la méchanceté puisse dire vrai, cet ouvrage renferme des faits si atroces qu'il est difficile d'y ajouter foi. L'impéra- trice *Théodora* y est sur-tout traitée d'une manière si affreuse, que les éditeurs de ces Anecdotes se sont crus obligés d'en omettre plusieurs traits. Le Père *Maltret* Jésuite, qui dirigea, en 1662 et 1663, l'édition des Ouvrages de *Procope*, donnée au Louvre, en 2 vol. in-fol., grec et latin, en retrancha une grande partie; mais la *Monnoye* les conserva dans le premier volume du *Menagiana*. Nous avons diverses Traductions latines de l'Histoire de *Procope*, et une en françois par le président *Cousin*. *Procope* est encore auteur d'un *Traité des Edifices*, qu'on trouve dans l'édition du Louvre. *Marmontel* a voulu prouver, à la tête de son *Bélisaire*, que l'Histoire *Secrète* n'est point de *Procope*; mais ses preuves ou plutôt ses présomptions n'ont pas fait changer les savans d'opinion.
III. PROCOPE DE GAZE, rhéteur et sophiste Grec, vers l'an 560, a laissé: I. Une *Chaîne des Pères Grecs et Latins* sur l'Octateuque, c'est-à-dire sur les huit premiers livres de la Bible; elle parut en latin, in-fol. II. Des *Commentaires* sur les livres des Rois et des Paralipomènes, que *Meursius* a publiés en grec et en latin; Leyde, 1620, in-4.º III. Des *Commentaires sur Isaïe*, imprimés en grec et en latin, Paris, 1580, in-fol., dans lesquels il est diffus et ne s'attache pas assez au sens littéral.
IV. PROCOPE-RASE ou LE RASE, surnommé le *Grand*, mérita ce titre par son courage. C'étoit un gentilhomme Bohémien, qui après avoir voyagé en Allemagne, en France, en Italie, en Espagne et dans la Terre-Sainte, fut tonsuré malgré lui: ce qui lui fit donner le nom de *Rase* ou de *Rasé*. Il fut même ordonné prêtre. Dégoûté de l'état ecclésiastique, il s'attacha à *Ziska* chef des Hussites, qui eut pour lui une confiance particulière. Il succéda à cet aventurier en 1424, fit de grands ravages dans la Moravie, dans l'Autriche, dans le Brandebourg, la Silésie et la Saxe; se rendit maître de plusieurs places, et d'une grande partie de la Bohème. *Sigismond* l'ayant vainement combattu, crut que ses négociations seroient plus heureuses que ses armes; il eut une entrevue avec *Procope*, qui lui demanda beaucoup et n'obtint rien. Ce rebelle déterminé à continuer la guerre, écrivit une longue *Lettre* en mauvais latin, pour solliciter les princes Chrétiens d'envoyer au concile de Basle, indiqué en 1431, leurs évêques et leurs docteurs, pour disputer avec les docteurs des Hussites, à condition de ne prendre pour fondement de leurs disputes que le texte seul de l'Écriture. Il annonce à la fin de sa Lettre, que lui et ceux de son parti combattront pour ces quatre articles. Qu'on doit: I. Empêcher les désordres publics des prêtres et des autres ecclésiastiques. II. Réduire le Clergé à l'état de pauvreté, observé par les disciples du Seigneur. III. Laisser à tous ceux qui exercent le ministère, la liberté de prêcher de la manière, dans le temps et sur la matière qu'ils voudront. IV. Enfin, distribuer l'Eucharistie selon l'institution de J. C., c'est-à-dire sous les deux espèces. *Procope* se rendit au concile avec ses fauteurs au commencement de 1433, et y défendit avec chaleur les 238 PRO quatre articles précédens. Comme on ne vouloit pas satisfaire à leurs prétentions, il en repartit fort irrité, et continua ses courses et ses ravages. Procope mourut en 1434, des blessures qu'il avoit reçues dans un combat. Ses Lettres se trouvent dans le dernier volume de la grande Collection des Pères Martenne et Durand. V. PROCOPE, surnommé le Petit, chef d'une partie de l'armée des Hussites, accompagna Procope le Grand, et se trouva tué dans la même action de 1434, où cet aventurier perdit la vie. Les grandes qualités de ces deux hommes étoient dignes d'une meilleure cause.
PROCOPE - COUTEAUX, (Michel) célèbre médecin de Paris sa patrie, naquit en 1684 de François Procope, d'une noble famille de Palerme en Sicile, qui a, dit-on, introduit chez nous l'usage des cafés. Son esprit fut précoce, et à l'âge de neuf ans il prêcha dans l'église des Cordeliers du grand couvent, un Sermon en Grec de sa composition. Il avoit été ecclésiastique avant que de se consacrer à la médecine. Quoiqu'il fût bon théoricien, l'amour du plaisir lui permit peu de se livrer à la pratique. Il mourut à Chaillot en 1753, à 69 ans, avec la réputation d'un homme aimable. Un esprit vif, une humeur gaie, un caractère complaisant, faisoient oublier qu'il étoit petit, laid et bossu. L'abbé Desfontaines son ennemi, l'appeloit le Thersite de la Faculté, l'Avorton d'Esculape. Mais cet avorton étoit beaucoup plus recherché que son censeur. On a de lui beaucoup de Poésies fugi- tives, répandues dans différents Recueils. Il travailla à la Comédie des Fées et à celle de Pygmalion avec Romagnesi, et à la Gageure avec la Grange. Il donna seul l'Assemblée, comédie en un acte. Comme médecin il est connu par l'Analyse du Système de la Trituration, de M. Hecquet, 1712, in-12, auquel il n'est pas favorable; et par l'Art de faire des Garçons, in-12 : brochure frivole et peu digne d'un physicien instruit.
PROCOPIUS-ANTHEMIUS, Voyez L. ANTHEMIUS.
PROCORE ou PROCHORE, l'un des sept premiers diacres, et disciple des Apôtres, sous le nom duquel nous avons une Vie de St. Jean l'Evangéliste dans la Bibliothèque des Pères. Il est certain que cet ouvrage n'est pas de lui; les fables dont il est rempli le prouvent assez.
PROCRIS, Voy. CÉPHALE.
PROCRUSTE, Voyez PROCUSTE.
PROCULEIUS, chevalier Romain, ami de l'empereur Auguste, se signala par sa tendresse envers ses parens. Après la mort de son père, il avoit partagé également l'héritage avec ses deux frères, Murena et Scipion; mais ils furent totalement dépouillés par la guerre civile. Proculeius, pour les soulager dans leur malheur, partagea une seconde fois les biens qui lui étoient échus la première. Plutarque rapporte qu'Antoine mourant, avoit dit à Cléopâtre que de tous les favoris d'Auguste, Proculeius étoit le seul à qui elle pourroit se rendre si elle y étoit forcée. En effet, après la mort d'Antoine, Auguste envoya Proculeius pour tâcher de lui amener cette reine en vie; mais il ne put la gagner.
PROCULUS, Voy. ROMULUS.
PROCULUS, (Titus-Ælius) né à Albenga ville de la côte de Gênes, homme fameux par son audace et son courage, avoit acquis de grandes richesses dans le vil métier de pirate. Il servit avec distinction dans les conquêtes d'Aurélien et de Probus. Son ambition lui fit prendre le titre d'empereur l'an 280, à la sollicitation de sa femme Viturgie et des Lyonnois. Le prétexte de sa révolte fut qu'on l'avoit salué du nom de César dans un divertissement, et que Probus ne lui pardonneroit pas d'avoir souffert cette flatterie. Cet empereur marcha en effet contre lui. Proculus fut trahi par les Francs auxquels il s'étoit confié, et fut livré à l'empereur qui lui fit subir à Cologne le supplice du gibet. Ce rebelle étoit adonné aux femmes et livré à la débauche la plus outrée.
PROCUSTE ou PROCUSTE, insigne voleur du pays d'Attique dans la Grèce, faisoit sa demeure vers le fleuve Céphise. On dit qu'il exerçoit une étrange cruauté envers tous les passans qu'il pouvoit prendre. Après les avoir étendus sur un lit, il faisoit couper les pieds et les jambes à ceux qui étoient plus longs que ce lit, et faisoit alonger avec des cordes ceux qui n'étoient pas aussi grands. Thésée le fit mourir par le même supplice. I. PRODICUS, sophiste et rhéteur de l'isle de Cos, ou selon d'autres de Chio, vers l'an 396 avant J. C., disciple de Protagoras, fut maître d'Euripide, de Socrate, de Théramène et d'Isocrate. Il enseigna publiquement l'éloquence à Athènes, quoiqu'il y résidât en qualité d'ambassadeur de sa patrie. Une cupidité sordide le faisoit aller de ville en ville pour y étaler son éloquence. Ce charlatan amassa de l'argent et acquit de la gloire. Thèbes, Lacédémone lui rendirent des honneurs distingués. Prodicus avoit ses pièces d'éclat comme les baladins de profession. Les anciens ont beaucoup parlé de sa Harangue à 50 drachmes, parce que personne ne pouvoit y assister qu'en payant cette somme. C'étoit acheter bien cher le plaisir d'entendre une Harangue! D'autres croient que ce prix étoit celui d'une leçon et non d'une harangue. Socrate dans un dialogue de Platon, se plaint avec son ton moqueur, « de n'être pas bien en état de discourir sur la nature, parce qu'il n'avoit pas ouï la leçon à 50 drachmes, qui selon Prodicus, instruisoit de tout le mystère. » En effet, ce sophiste avoit des discours à tout prix, depuis 2 oboles jusqu'à 50 drachmes. Quoi de plus vil! Parmi les Ecrits de Prodicus, on distinguoit la fiction ingénieuse de la Vertu et de la Volupté, qui se présentent à Hercule, déguisées en femmes, et tâchent à l'envi de l'attirer à elles. Ce héros est enfin persuadé par la vertu, et méprise la volupté. (Lucien a imité cette fiction.) Les Athéniens firent mourir Prodicus, comme corrupteur de la jeunesse.
II. PRODICUS, chef des hérétiques appelés ADAMITES, se fit connoître dans le second siècle par ses extravagances. La principale et celle qui a donné le nom d'*Adamites* à ses se tateurs, fut que l'homme devoit être nu, du moins dans la prière, parce qu'*Adam* avoit toujours été tel dans le temps d'innocence. L'abus que les hérétiques ont fait dans tous les temps de la Sainte-Ecriture, quand ils ont voulu en être les seuls interprètes, prouve la nécessité d'un tribunal suprême pour l'expliquer. *Voyez* I. ADAM et L. PEYRÈRE.
PROETIDES, *Voyez* PRÉTIDES.
PROETUS, *Voyez* DANAÉ.
PROGEN, (Jean-François) né à Toulouse en 1717, mort vers 1780, entra dans le service comme mousquetaire, et se retira ensuite dans sa patrie où il publia les ouvrages suivans : I. *Eloge de Clémence Isaure*, in-8.º II. *L'Epreuve*, conte moral. III. *Essai* de critique et contes moraux, 1764, in-12. L'auteur étoit de l'académie des jeux Floraux.
PROGNÉ, (Mythol.) fille de *Pandion* roi d'Athènes, et sœur de *Philomèle*, épousa *Térée* roi de Thrace, dont elle eut un fils nommé *Itys*. Elle fut métamorphosée en hirondelle, *Philomèle* en rossignol, et *Itys* en faisan. *Voyez* TÉRÉE et PHILOMÈLE.
PROMACHUS, guerrier Macédonien, fut apparemment digne par sa vaillance, d'être au nombre des capitaines d'*Alexandre le Grand*; mais s'il eut des supérieurs sous les armes, il n'en connut point, le verre en main. *Alexandre*, après une victoire, donna un repas à ses principaux officiers, auxquels il proposa un prix pour celui qui seroit le plus fort buveur. *Promachus* qui fut le coryphée de cette orgie, remporta une couronne d'or; mais son triomphe fut de peu de durée, et le lierre fit place au cyprès; car il mourut au bout de trois jours, et sa mort fut suivie de quarante-un de ceux qui lui avoient disputé la gloire de ce singulier combat.
PROMÉTHÉE, (Myth.) fils de *Japet* et de *Clymène*, et frère d'*Epiméthée*, (*Voyez* ce mot.) conçut selon la fable, le dessein de faire un homme. Pour le former, il mêla à l'argile une portion de chaque élément, en y ajoutant quelque chose des forces du corps et des passions de l'âme. Les poètes ajoutent qu'il composa son cœur des qualités des différens animaux. Il unit ensemble la timidité du lièvre, la finesse du renard, l'orgueil du paon, la férocité du tigre, la colère et la force du lion. *Minerve* à laquelle il présenta son ouvrage, l'admira et promit pour le rendre parfait, de lui donner tout ce qu'il y avoit chez les Dieux. *Prométhée* lui ayant représenté qu'il ne pouvoit savoir ce qui lui conviendroit, s'il ne le voyoit lui-même; la déesse l'enleva au ciel, où il remarqua que tous les corps étoient animés d'un feu céleste qui leur donnoit la vie et le mouvement. Ce feu lui parut devoir produire le même effet sur son ouvrage. Il approcha donc d'une roue du Soleil une baguette de férule, et l'y ayant allumée, il descendit sur la terre et anima sa figure d'argile. *Jupiter* irrité, envoya *Pandore* sur la terre pour y répandre tous les maux. (Voy. PANDORE.) Il ordonna en même temps à Mercure d'attacher Prométhée sur le mont Caucase, où un vautour mangeoit son foie à mesure qu'il renaissoit. Ce supplice dura jusqu'à ce que Hercule tua le vautour à coups de flèches. Les savans tirent de l'Histoire plusieurs conjectures sur l'origine de cette fable. Le docte Bochart en particulier, (dans son Phaleg, livre 1, chap. 2.) s'efforce de prouver que Prométhée est le même que le Magog dont il est parlé dans l'Écriture—Sainte; mais cette conjecture n'est pas appuyée sur des preuves décisives.
PRONAPIDE, d'Athènes, ancien poète Grec, qui, selon Diodore de Sicile, fut le maître d'Homère. Ce fut lui qui commença à écrire de gauche à droite, au lieu que les Grecs écrivoient avant lui de droite à gauche, à la manière des Orientaux. On a attribué à ce poète une production en vers, intitulée : Le premier Monde.
PRONOMUS, Thébain, fut, dit-on, l'inventeur des flûtes sur lesquelles on pouvoit jouer tous les tons. D'autres attribuent cette invention à Diodore de Thèbes, ou à Antigenides; d'où il faut conclure qu'on n'en connoit pas le véritable auteur.
PROPERCE, (Sextus Aurelius PROPERTIUS) poète Latin, naquit à Moravia ville d'Ombrie, aujourd'hui Bevagna dans le duché de Spolète, et mourut 19 ans avant J. C. Son père, chevalier Romain, avoit été égorgé par ordre d'Auguste, pour avoir suivi le parti d'Antoine pendant le Triumvirat. Le fils vint à Rome, et son talent pour la poésie lui mérita la protection de l'empereur et l'estime de Mécène et de Cornelius—Gallus. Ovide, Tibulle, Bassus, et les autres beaux esprits de son temps, se firent un honneur et un plaisir d'être liés avec lui. Il nous reste de Properce IV livres d'Élégies. Une dame appelée Hostia ou Hostilia, à laquelle il donne le nom de Cynthie, et qui possédoit son cœur, est le sujet de ses complaintes amoureuses. Properce s'appelle lui-même le Callimaque Romain, parce qu'il avoit imité ce poète Grec. Comme lui il manie très-heureusement la fable. Il a su allier la finesse et la pureté de l'expression, à la délicatesse et aux charmes du sentiment. Ses Élégies accompagnent ordinairement les Poésies de Catulle. On les a imprimées séparément à Amsterdam, 1705, in-4°, et M. l'abbé de Longchamps les a traduites en françois, 1772 et 1802, 2 vol. in-8°. Peut-être qu'on n'a pas tout ce que Properce a écrit, ou y a-t-il en quelque poète de ce nom; car Fulgence cite ce vers de Properce, qu'on ne trouve point dans ses Élégies : Divitias mènti confèlit omnis amor. Les œuvres de ce poète ont été découvertes tard; le texte très altéré a été rétabli par divers commentateurs; l'ont-ils toujours fait avec exactitude? On peut en douter, et dès-lors ses Élégies auront perdu de leurs grâces originelles pour acquérir cette contrainte qu'on y remarque et un peu d'obscurité par le trop fréquent usage des ellipses dans le style. Quintilien dit que de son temps plusieurs préféroient Pra de la France ; c'est une description de son gouvernement en cette année-là. Le second est le Recueil des Privilèges des Officiers de la Maison du Roi, qui parut dès l'an 1645. Il y joignit en 1649, 1650 et 1652, des Etats des Maisons du Roi, de la Reine, etc. Enfin en 1661 il publia in-folio, un Traité de la Connétablie et Maréchaussée de France.
II. PINSSON, (François) né à Bourges d'un professeur en droit, mort à Paris le 10 octobre 1691, à 80 ans, étudia la jurisprudence dans l'école de son père. Il vint à Paris en 1633, et s'y fit recevoir avocat. Il plaida d'abord au Châtelet, et ensuite au Parlement. Pinson travail-loit aussi dans le cabinet, et il étoit regardé comme l'oracle de son siècle, sur-tout pour les matières bénéficiaires, auxquelles il s'appliqua particulièrement. Les excellens ouvrages qu'il nous a laissés sur cette matière prouvent combien il y étoit versé. Les principaux sont : I. Un ample Traité des Bénéfices, commencé par Antoine Bengy son aïeul maternel, célèbre professeur à Bourges, et imprimé en 1654. II. La Pragmatique-Sanction de Saint Louis et celle de Charles VII, avec de savans Commentaires, 1666, in-folio. III. Des Notes Sommaires sur les indults accordés à Louis XIV par Alexandre VII et Clément IX, avec une Préface historique, et quantité d'Actes qui forment une collection utile. IV. Traité des Régales, 1688, deux vol. in-4°, avec d'excellentes instructions sur les Matières bénéficiaires : ouvrage rempli de savantes recherches, et enrichi d'un grand nombre d'Actes originaux, qui sont d'une utilité extrême pour l'étude du Droit. V. Pinson a travaillé à la révision des Œuvres du savant de Mornac, et de celles de du Moulin.
PINTO, (Hector) religieux de l'ordre de Saint-Jérôme, fut docteur de l'université de Coimbre, où l'on fonda pour lui une chaire de théologie. Il moût et en 1583. On a de lui : I. Des Commentaires sur Isaïe, sur Ezéchiel, et sur Daniel, Paris 1617, trois vol. in-folio. II. Un livre intitulé : Image de la Vie Chrétienne, traduit en françois par Guillaume de Coursol, Paris, 1580.
PINTO, Voy. MENDEZ PINTO.
PINTO DE FONSECA, (Emmanuel) Portugais, entra de bonne heure dans l'ordre de Malte, s'y distingua par sa valeur et par son zèle, et en fut élu grand maître en 1741. Il mourut le 24 janvier 1773, âgé de 92 ans, sans avoir presque jamais été malade. Il gouverna son ordre pendant 32 ans avec sagesse.
PINTOR, (Pierre) né à Valence en Espagne, l'an 1420, fut médecin d'Alexandre VI, qu'il suivit à Rome, où il exerça son art avec succès. On a de lui deux ouvrages recherchés : I. Aggregator sententiarum doctorum de curatione Pestilentiæ, Romæ, 1499, in-folio. II. De morbo fœdo et occulto, his temporibus affligenti, etc. Romæ, 1500, in-4°, gothique : livre extrêmement rare, inconnu à Luisini et à Astrue, et qui fait remonter la maladie vénérienne à l'année 1496. Pintor mourut à Rome en 1503, à 83 ans.
PINTURRICHIO, perce à *Tibulle*, mais il donne avec raison le prix à ce dernier.
**PROPERTIA DE ROSSI.** Cette dame florissoit à Bologne, sous le pontificat de *Clément VII*: elle s'adonna particulièrement à la sculpture. Elle décora la façade de l'Église de Saint-Pétrone, de plusieurs statues de marbre, qui lui méritèrent l'éloge des connoisseurs. La sculpture n'étoit point son seul talent; elle possédoit tous ceux qui ont rapport au dessin: elle peignit quelques tableaux, et grava plusieurs morceaux sur le cuivre. On rapporte que *Propertia* devint éperduement amoureuse d'un jeune homme, qui ne répondit point à sa passion; ce qui la jeta dans une langueur qui abrégea ses jours. Dans son désespoir, elle représenta en bas-relief l'histoire de *Joseph* et de la femme de *Putiphar*: histoire qui avoit quelque rapport à sa situation. Elle avoit même rendu la figure de *Joseph* parfaitement ressemblante à celle de son amant: ce fut là son dernier ouvrage et son chef-d'œuvre.
**PROPETIDES**, (*Mythol.*) femmes d'Amathonte, dans l'isle de Chypre, qui soutenoient que *Vénus* n'étoit pas Déesse. Pour les punir, elle leur fit perdre toute honte et toute pudeur, jusqu'à ce qu'elles périrent et furent changées en rochers.
**PROPHÉTÉS**, (*la Secte des*) *Voyez KOLDE.*
**PROSERPINE**, (*Mythol.*) que les Grecs appelent *Persephone*, étoit fille de *Jupiter* et de *Cérès*. Elle fut enlevée par *Pluton* pendant qu'elle cueilloit des fleurs dans les campagnes de la Sicile. *Cérès* sa mère s'en plaignit à *Jupiter*, qui lui permit de la ramener des enfers, pourvu qu'elle n'y eût rien mangé. Mais *Proserpine* y avoit goûté quelques grains de grenade: ainsi elle demeura dans l'empire infernal, en qualité d'épouse de *Pluton* et de reine de ces lieux ténébreux. Irritée contre *Ascalaphe* qui avoit assuré qu'elle avoit mangé, elle le changea en hibou. *Cérès* obtint depuis de *Jupiter*, que sa fille passeroit six mois dans les enfers avec *Pluton*, et les six autres mois sur la terre avec sa mère. On croit que c'est la même Déesse appelée *Diane* sur la terre, et la *Lune* dans le ciel, ce qui la fait nommer *Hecate Triformis*. On la représente ordinairement à côté de *Pluton*, sur un char traîné par des chevaux noirs. Les anciens croyoient que personne ne pouvoit mourir, que lorsque *Proserpine* avoit coupé le cheveu fatal. **I. PROSPER**, (*Saint*) connu sous le nom de *Tiro Prosper*, naquit dans l'Aquitaine, au commencement du cinquième siècle. Il passa sa jeunesse dans les plaisirs et la débauche; mais les malheurs dont les peuples étoient accablés par les ravages des Barbares, lui firent ouvrir les yeux. Après avoir expié les fautes de sa vie passée par ses larmes et par ses austérités, il voulut engager les peuples à l'imiter dans sa pénitence. Il se nourrit des livres de *St. Augustin*, auquel il s'imit pour la défense de la grace contre les Semi-Pélagiens. Lorsque ces Hérétiques répandirent leurs erreurs dans les Gaules, *Prosper* les dénonça à cet illustre évêque. Après la mort du maître, le disciple n'en fut pas moins ardent à défendre sa doctrine. Il réfuta les prêtres de Marseille, et *Cassien* leur chef qui avoit laissé glisser le Pélagianisme dans ses conférences. Ses écrits ayant excité quelques rumeurs, il alla à Rome avec *Hilaire* pour porter de concert leurs plaintes au pape. *Célestin* étoit alors sur la chaire de Saint-Pierre; il écrivit en leur faveur aux évêques des Gaules. *St. Léon*, successeur de *Célestin*, ne témoigna pas moins d'estime à *Prosper* et se servit de lui dans les affaires les plus importantes. Ce Saint vivoit encore en 463; mais on ignore en quelle année il mourut, et s'il étoit évêque, prêtre ou laïque. La plus commune opinion est qu'il n'étoit point engagé dans le ministère ecclésiastique. Celle qui le fait évêque de Riès en Provence, est insoutenable. *Saint Maxime* fut élevé sur ce siège en 433, et il eut pour successeur *Fauste* qui gouverna cette église jusque vers la fin du v$^{e}$ siècle. *St. Prosper* qui mourut avant *Fauste* et après *Maxime*, n'a pu être évêque de Riès avant l'un ni après l'autre. Les écrits qui nous restent de *St. Prosper*, sont: I. Une *Lettre* à *St. Augustin*, et une à *Rufin*. II. Le *Poème contre les Ingrats*. III. Deux *Epigrammes* contre un censeur jaloux de la gloire de *St. Augustin*. IV. Cent seize autres *Epigrammes* avec une préface. V. La *Réponse* aux objections de *Vincent*. VI. Le *Livre sur la Grace et le Libre-Arbitre*, contre le Colla-teur, c'est-à-dire *Cassien*. VII. Le *Commentaire sur les Pseaumes*. VIII. Le Recueil de 392 *Sentences* tirées des ouvrages de *Saint* *Augustin*. IX. Une *Chronique*, divisée en deux parties, dont la première finit en 398, et la seconde en 455. On a attribué à *St. Prosper* plusieurs écrits qui ne sont point de lui. Cet illustre défenseur de la Grace a réuni le rare talent d'écrire avec élégance en vers et en prose. Ses Poésies ont de la douceur, de l'onction et du feu. La diction en est pure et le tour aisé. S'il n'y a point répandu certains agrémens comme les Poètes profanes, c'est qu'il ne cherchoit qu'à édifier et non à plaire; la matière d'ailleurs ne le permettoit pas. Ses ouvrages en prose sont d'un style concis, nerveux, naturel, sans affectation ni de termes ni de figures. Dans l'un et l'autre genre d'écrire, il traite son sujet avec beaucoup de force et de netteté. La meilleure édition de ses *Œuvres* est celle de Paris en 1711, in-folio, par *Mangeant*. Elle a été réimprimée à Rome en 1732, in-8.$^{o}$ *Le Maître de Sacy* a donné une Traduction en vers françois de son *Poème contre les Ingrats*, in-12.
II. PROSPER, écrivain ecclésiastique, aussi du v$^{e}$ siècle, qui, pour éviter la persécution des Vandales, avoit passé d'Afrique sa patrie, en Italie. C'est ce *Prosper l'Africain*, qui est auteur du *Traité de la vocation des Gentils*; et de l'*Épître à la Vierge Démétriade*, dans l'*Appendix Augustiniana*, Anvers, 1703, in-folio. Ces deux ouvrages font honneur à sa piété et à ses connoissances. Quelques écrivains lui attribuent l'ouvrage intitulé: *De predictionibus et promissionibus Dei*, qui se trouve dans la collection des Ouvrages de St. Prosper d'Aquitaine. C'est une explication de plusieurs Prophéties relatives au Sauveur, à l'Antechrist, etc. — Plusieurs critiques distinguent des deux précédents, PROSPER TYRO de qui on a une Chronique appelée en latin Chronicon Pithæanum et Imperatorium, dont Henri Noris a corrigé les erreurs dans l'Histoire Pélagienne, tome 2, chap. 15. D'autres croient que cette Chronique est la même que celle de St. Prosper d'Aquitaine, mais falsifiée par un Pélagien et remplie de calomnies contre Saint Augustin.
III. PROSPER, (Saint) évêque d'Orléans vers l'an 454, mort vers 463, se signala par ses vertus et ses lumières.
PROSPER ALPINI, Voyez ALPINI.
PROSPER MARCHAND, Voyez II. MARCHAND.
PROST DE ROYER, (Antoine-François) avocat, né à Lyon le 29 septembre 1729, devint lieutenant général de police de Lyon, remplit cette place pendant huit ans avec beaucoup de zèle et d'intelligence, et fut le défenseur éclairé et courageux des droits de la ville. Il ne remplit pas avec moins d'honneur les places d'administrateur des hôpitaux, d'échevin, de président du tribunal de commerce, de lieutenant provincial des monnoies. Tous les étrangers illustres qui passèrent par Lyon, se firent un plaisir de le voir, tels que l'empereur, le grand duc de Russie, l'archiduc, le roi de Suède, le prince Henri de Prusse, etc. Différentes académies étrangères et nationales mi- rent son nom sur leur liste. Comme auteur, il se fit d'abord connoître par une Lettre in-8° à M. l'Archevêque de Lyon sur le Prêt à intérêt; que Voltaire adopta dans le recueil de ses œuvres; par un Mémoire moins connu, mais aussi estimable sur les Hôpitaux; par un autre sur la conservation des enfans trouvés; par des Lettres sur l'administration de la municipalité de Lyon. Les vues en sont grandes et utiles. Il est fâcheux que bornés à l'intérêt local, elles aient été peu répandues; par un Mémoire très-bien écrit sur l'allaitement des enfans, et l'établissement des bureaux de nourrices. Il avoit entrepris ensuite une nouvelle édition entièrement refondue, du Dictionnaire des Arrêts de Brillon. Il avoit déjà donné quatre vol. in-4° de cet ouvrage important, lorsqu'il mourut à Lyon le 21 septembre 1784. Son recueil n'est pas une simple compilation; il y a de la profondeur dans les idées et de l'énergie dans le style. On peut lui reprocher cependant de s'être trop abandonné à la manie de semer des vues systématiques, et des réflexions déclamatoires dans une matière où il auroit fallu se borner aux notions précises et nécessaires. A des talens et des connoissances étendues, l'auteur joignoit une ame généreuse; un cœur sensible et un caractère honnête. On trouvoit dans lui une bonhommie et une simplicité de mœurs qui étonnoit et plaisoit d'autant plus qu'elle contrastoit entièrement avec son maintien, sa manière d'être dans la société, et l'égoïsme de ses expressions le seul qu'on eût à lui reprocher, mais celui que fameur propre des autres par- donne le moins. Le prince Henri de Prusse l'honora de son amitié. L'éloge de Prost de Royer par Barou du Soleil a été imprimé, et son portrait a été gravé par Boyli artiste Lyonnois.
PROTAGORAS, philosophe Grec, natif d'Abdère, exerça d'a- bord le métier de crocheteur. Dé- mocrite l'ayant rencontré chargé de fagots arrangés dans un équi- libre géométrique, conçut une idée avantageuse de son esprit, et le mit au nombre de ses dis- ciples. Protagoras tiré de la mi- sère, ouvrit bientôt son cœur à un orgueil insupportable. Il osa attaquer la Divinité, et nia l'exis- tence d'un Être suprême ou du moins la mit en problème. Je ne puis assurer, disoit-il dans un de ses ouvrages, s'il y a des Dieux ou s'il n'y en a point : parmi les choses qui m'empêchent de le savoir, je compte en pre- mier lieu les doutes qu'on forme sur ce sujet, et la brièveté de la vie des hommes. Cet ouvrage im- pie fut condamné aux flammes par les magistrats d'Athènes, qui chassèrent l'auteur comme une peste publique. Le blasphémateur parcourut alors les isles de la Mé- diterranée, et mourut en allant en Sicile, dans un âge très- avancé, vers l'an 400 avant J. C. Il fut, dit-on, le premier qui déthonora la philosophie, en don- nant ses leçons pour de l'argent. Protagoras plutôt sophiste que philosophe, avoit l'esprit moins solide que subtil. Il raisonnoit ou plutôt il déraisonnoit en di- lemme. Il s'appliquoit de préfé- rence à fournir des argumens captieux, pour faire gagner une mauvaise cause. Une de ses opi- nions étoit que l'Ame n'étoit pas différente des sens, et que tout ce qu'ils représentoient étoit vé- ritable... Aulu-Gelle rapporte un procès fort singulier entre ce Protagoras et un de ses disci- ples, appelé Evathle. Celui-ci, pressé d'un vif désir de se rendre un célèbre avocat, s'adresse à Protagoras. On convient du prix, (car c'étoit toujours par où ces sortes de maîtres commençoient;) et le rhéteur s'engage à révéler à Evathle les plus secrets mystères de l'éloquence. Le disciple, de son côté, paye sur-le-champ la moitié du prix convenu, et remet le payement de l'autre jusqu'après le gain de la première cause qu'il plaidera. Protagoras, sans perdre de temps, étale tous ses pré- ceptes et après un grand nom- bre de leçons, prétend avoir mis son disciple en état de briller dans le barreau, et le presse d'y faire essai de son savoir. Evathle, soit timidité, soit par une autre roi- son, traîne toujours en longueur, et s'obstine à ne pas vouloir exer- cer son nouveau talent. Le rhé- teur, las d'un refus si opiniâtre, le traduit devant les juges. Là, sûr de la victoire, quel que puisse être le jugement, il insulte au jeune homme. Car, lui dit-il, si la sentence m'est favorable, elle vous oblige de me payer; si elle m'est contraire, elle vous fait gagner votre première cause, et vous rend aussitôt mon débiteur par les lois de notre convention... Evathle répliqua sur-le-champ : J'accepte l'alternative. Si l'on juge pour moi, vous perdrez votre cause; si l'on prononce en votre faveur, la convention m'ab- soub : je perds ma cause pro- 246 PRO mière, et dès là je suis quitte. Les juges embarrassés par cette captieuse alternative, laissèrent la question indécise; et firent vraisemblablement repentir *Protagoras* d'avoir si bien instruit son disciple.
PROTÉSILAS, fils d'*Iphiclus* roi d'une partie de l'Épire, avoit épousé *Laodamie* dont il fut si passionnément aimé qu'elle fit faire sa statue après sa mort, pour la coucher dans son lit. L'Oracle lui avoit prédit qu'il mourroit à Troye; malgré cette prédiction il s'embarqua avec les autres princes Grecs. Mais dès qu'il fut à terre, il tomba le premier sous les coups d'*Hector*.
PROTHÉE ou PROTÉE, (Mythol.) Dieu marin, fils de l'*Océan* et de *Téthys*, suivant quelques Mythologistes, ou de *Neptune* et de *Phœnice* suivant d'autres, étoit chargé de conduire et de faire paître les troupeaux marins du Dieu des eaux. Il avoit reçu en naissant la connoissance de l'avenir, avec le pouvoir de changer de corps ou de prendre toutes les formes qu'il voudroit. Comme on accouroit de toutes parts pour le consulter, il se déroboit aux yeux; et quand il étoit découvert, il avoit recours à mille métamorphoses pour éluder l'importunité pressante des curieux. Plus il étoit léger, souple et versatile pour éblouir ou effrayer, plus on devoit redoubler d'efforts et de fermeté pour le retenir: alors épuisé de fatigues, il revenoit à sa première figure et satisfaisoit le désir des consultants. Il parut en spectre devant ses enfans *Thmolus* et *Télégone*, géans d'une atrocité inouïe, qu'il avoit eus de sa femme *Toronne*, et les épouvanta si fort qu'il les corrigea de leur cruauté... On a donné diverses explications à la fable de *Prothée*, dont aucune n'est satisfaisante.
PROTHÉE, *Voy.* PÉRÉGRIN et MÉLANCHTHON.
PROTOGÈNE, peintre de Caune ville située sur la côte méridionale de l'isle de Rhodes, florissoit vers l'an 328 avant J. C. Il fut réduit par son indigence à peindre des vaisseaux. *Aristote* avec qui il étoit parfaitement lié d'amitié, voulant le tirer de ce genre indigne de lui, lui proposa les batailles d'*Alexandre le Grand*; mais *Protogène* crut ce travail au-dessus de ses forces. *Apelles* étant venu voir ce peintre, fut étonné de la grandeur de son talent, et indigné de ce que les Rhodiens n'en connoissoient point le prix; il offrit d'acheter ses tableaux; mais cette proposition s'étant répandue dans le public, les compatriotes de *Protogène* ouvrirent les yeux sur son mérite, et payèrent ses ouvrages comme ils le méritoient. *Démétrius* ayant assiégé Rhodes, ne voulut point mettre le feu à un quartier de la place, quoique ce fût le seul moyen de s'en emparer; parce qu'il apprit que c'étoit en cet endroit que *Protogène* avoit son atelier. Le bruit des armes ne put distraire l'artiste; et comme le vainqueur lui en demanda la raison: *C'est que je sais*, répondit-il, *que vous avez déclaré la guerre aux Rhodiens et non aux Arts*. Le tableau le plus célèbre de ce peintre, étoit l'*Ialyse* chasseur fameux, qui passoit pour être un petit-fils du *Soleil* et le fondateur de Rhodes. Il employa sept années à ce morceau ; et pendant tout ce temps, il prit un régime de vie extrêmement sobre, afin d'être plus capable de réussir. Cependant tant de précaution pensa lui être inutile. Il s'agissoit de représenter dans ce tableau un chien tout haletant et la gueule pleine d'écume ; depuis long-temps il y travaillait et n'en étoit jamais content. Enfin, de dépit il jette dessus l'ouvrage l'éponge dont il s'étoit servi pour effacer. Le hasard fit ce que l'art n'avoit pu faire ; l'écume fut représentée parfaitement, et l'animal ainsi rendu fit l'admiration des connoisseurs. Cet artiste peignoit avec beaucoup de vérité. Il finissoit extrêmement ses ouvrages, et c'étoit même un défaut que lui reprochoit *Apelles*. On sait de quelle manière ces deux peintres célèbres firent connoissance. *Apelles* arrivé à Rhodes, alla chez ce peintre, et ne l'ayant point rencontré, il esquissa d'une touche légère et spirituelle, une petite figure. *Protogène* de retour, ayant appris ce qui s'étoit passé, s'écria dans le transport de son admiration : *Ah ! c'est Apelles...* et prenant à son tour le pinceau, il fit sur les mêmes traits un contour plus correct et plus délicat. *Apelles* revint, et ne trouva point encore *Protogène*. On lui montra ce qu'il venoit de faire : *Apelles* se sentit vaincu ; mais ayant fait de nouveaux traits, *Protogène* les trouva si supérieurs aux siens, que, sans s'amuser inutilement à joûter contre un si redoutable rival, il courut dans la ville chercher *Apelles*, le trouva, et contracta depuis avec lui l'amitié la plus intime.
PROTOGÉNIE, (Mythol.) fille de *Deucalion* et de *Pirrha*. *Jupiter* eut d'elle *Ethlius* qu'il plaça dans le ciel, d'où ce demi-dieu fut précipité dans les enfers, pour avoir manqué de respect à *Junon*.
PROU, (Jacques) sculpteur mort en 1706, à 51 ans. On a de lui une *Vénus* qui se voit dans les jardins de Versailles.
PROVENCHÈRE, (Siméon) médecin François, né à Langres vers 1552, exerça sa profession à Sens, fut nommé par cette ville aux états généraux de 1614, et mourut en 1617. Il a publié : I. *Histoire d'un prodigieux Enfant pétrifié*, 1582, in 8.º II. *Discours sur un Enfant qui n'a bu ni mangé depuis trois ans*, 1614, in-8.º III. Il avoit mis en vers latins les *quatrains* de *Pibrac* et les *Aphorismes d'Hippocrate*.
PROVENZALE, (Marcel) peintre Italien, né en 1575, a peint l'histoire et le portrait, et s'est rendu sur-tout célèbre par des ouvrages en mosaïque exécutés avec autant d'éclat que de goût.
PROVENZALIS, (Jérôme) médecin de *Clément VIII*, puis archevêque de Sorrento, étoit de Naples. Il fit honneur à sa patrie par ses connoissances. Il mourut en 1612, après avoir gouverné son diocèse avec sagesse. On a de lui un *Traité des Sens*, en latin, Rome, 1597, in-4°, dans lequel on voit que son siècle étoit plus avancé dans les notions de la physique qu'on ne le croit communément. 348 PRO
PROVIDENCE, (Mythol.) Elle avoit un temple dans l'isle de Délos. On la trouve représentée sous la figure d'une femme âgée et vénérable, tenant une corne d'abondance d'une main, et les yeux fixés sur un globe vers lequel elle étend une baguette qu'elle tient de l'autre main. Les Romains en avoient aussi fait une divinité, à laquelle ils donnoient pour compagnes les déesses Autevorta et Postvorta. I. PRUDENCE, (Mythol.) PRUDENTIA, divinité allégorique qu'on représente avec un miroir entouré d'un serpent, et quelquefois une lampe à la main.
II. PRUDENCE, (Aurelius PRUDENTIUS Clémens) né à Saragosse en Espagne l'an 348, fut successivement avocat, magistrat, homme de guerre, et se distingua dans toutes ces professions. Son mérite lui procura un emploi honorable à la cour de l'empereur Honorius : mais on ne sait rien de plus particulier sur sa vie ou sur sa mort. On sait seulement que le préfet Symmaque ayant demandé à Valentinien II, au nom du sénat, le rétablissement de l'autel de la Victoire, et les revenus des temples Païens que Gratien avoit confisqués, Prudence fit contre lui deux Livres qui nous restent encore. Les meilleures éditions de ses Poésies sont : celle d'Elzevir, in-12, 1667, à Amsterdam, avec les notes de Nicolas Heinsius; et celle de 1687, in-4°, à Paris, ad usum Delphini, par les soins du P. Chamillard Jésuite. Celle-ci est rare. La Vie de Prudence est dans la plupart des éditions, mais on l'a omise dans celle de 1667. Ses Poèmes sont : I. Psychomachia ou Du combat de l'Esprit. II. Cathemerion, Hymnes pour tous les jours de fêtes des Martyrs. III. Apotheosis, De la divinité contre les Hérétiques. IV. Hamartigenia, De l'origine des Péchés. V. Peri Stephanon ou Des couronnes des Martyrs, composé de quatorze Hymnes. Le Clerc, fameux critique Protestant, fait sur ce livre l'observation suivante : « Il paroît clairement par plusieurs endroits de ces Hymnes, que depuis ce temps-là on invoquoit les Martyrs, et qu'on croyoit qu'ils avoient été établis de Dieu, patrons de certains lieux. Quelques Protestans qui se sont imaginés que l'on doit joindre à l'Écriture la tradition des quatre ou cinq premiers siècles, ont nié que l'on invoquât les Saints dans le quatrième siècle; mais ils ont eu tort de se former un système en idée, avant que d'être bien instruits des faits, puisqu'on peut les convaincre de celui-ci par divers endroits de Prudence. » (Biblioth. Univ. et Hist. t. 12.) Prudence est plus estimable encore par son zèle pour la religion que par la beauté de ses Poésies. Il y a dans ses vers beaucoup de fautes de quantité, et l'orthodoxie n'y est pas toujours scrupuleusement gardée. Il faut cependant convenir que l'on rencontre dans ses ouvrages quelques morceaux où il règne du goût et de la délicatesse. Son Hymne sur les saints Innocens, Salvete, flores Martyrum, est de ce nombre.
PRUDENCE LE JEUNE, Voy. GALINDON.
PRUSIAS, roi de Bithynie, étoit sur le point d'entrer dans la ligue d'*Antiochus* contre les Romains auxquels sa politique l'avoit rendu redoutable, lorsque le sénat l'en détacha par ses ambassadeurs. Il tourna ensuite ses armes contre *Eumène* roi de Pergame, et le vainquit dans plusieurs occasions, par l'adresse et le courage d'*Annibal* qui s'étoit réfugié chez lui. Il ternit entièrement l'éclat de ses victoires, par l'ingratitude dont il paya celui qui les lui avoit remportées. Les Romains lui ayant proposé de leur livrer ce héros, il étoit près de le faire, lorsqu'*Annibal* s'empoisonnant lui épargna ce crime, 183 ans avant J. C. Ce lâche monarque se rendit à Rome l'an 167, et y fut reçu magnifiquement; mais ce fut par des bassesses d'esclave qu'il obtint ces honneurs. Il alla au-devant des députés envoyés pour le recevoir, la tête rasée, avec le bonnet, l'habit et la chaussure des affranches. *Voici*, leur dit-il, *un de vos seviteurs prêt à tout faire et à tout entreprendre pour vous*. Lorsqu'il parut devant le sénat assemblé, il baisa le seuil de la porte. L'appela les sénateurs des *Dieux*, et tout roi qu'il étoit, il tint des discours qui auroient déshonoré un homme d'une condition servile. De retour dans ses états, il déclara la guerre à *Attale* roi de Pergame, le vainquit, s'empara de la capitale de ses états, et fut contraint par les Romains à rendre tout et à faire des réparations au vaincu. Cette paix conclue l'an 154 avant J. C., et l'extrême cruauté de *Prusias*, le endirent l'exécution et le mépris de ses sujets. Ce n'étoit, dit qu'il historien, par la taille qu'une moitié d'homme, et par le courage qu'une femme. Ennemi des belles-lettres, de la philosophie et des autres connoissances qui adoucissent les mœurs, il avoit autant de grossièreté dans l'esprit que de bassesse dans le cœur. Les peuples révoltés mirent sur le trône son fils *Nicomède*. *Prusias*, dès le premier moment de la révolte, avoit mis son espérance dans les Romains; mais désespéré de ce qu'ils n'envoyoient que des ambassadeurs au lieu de soldats, il s'enfuit en Nicomédie, où il fut tué près de l'autel de *Jupiter* l'an 148 avant l'ère Chrétienne. Ce fut par son fils lui-même; si l'on en croit *Tite-Live*.
PRYNNE, (Guillaume) jurisconsulte Anglois, né à Swainswich près de Bath en 1600, s'éleva avec violence contre les épiscopaux. Ils feignirent de mépriser ses invectives. Mais *Prynne* ayant publié en 1633 son *Histrio-Mastix* ou *le Fouet des Histrions*, livre où il ne ménageoit ni les comédiens, ni ceux qui jouoient la comédie; les épiscopaux se servirent du crédit de la reine qui aimoit ces amusements, pour le faire enfermer à la tour de Londres. La Chambre étoilée lui fit son procès; le livre fut condamné à être brûlé par la main du bourreau, et l'auteur à avoir les oreilles coupées. Un autre libelle qu'il publia en 1637 contre l'archevêque *Laud*, lui attira une pareille sentence, et on lui coupa ce qui lui restoit d'oreilles. Ce traitement le fit regarder par les presbytériens comme un martyr de la bonne cause; ils obtinrent son élargissement en 1640 et Newport le nomme député de la Chambre des communes dans le parlement assem- blé contre le roi. Après avoir, pendant quelque temps, fait paroître beaucoup d'animosité contre ce prince, il rougit de sa frénésie et de celle des Anglois. Il s'en expliqua ouvertement, et Cromwel le fit mettre en prison. Il y composa un petit Livre pour détourner le parlement de faire le procès au roi. Après la mort du protecteur, Charles II dont Prynne avoit favorisé le rappel, lui donna la garde des archives de la tour de Londres avec cinq cents livres sterling de pension. Il mourut à Lincoln's—inn, le 24 octobre 1669, âgé de 69 ans. Outre l'ouvrage dont nous avons parlé et qui se trouve dans le Sylloge variorum Tractatuum, imprimé en 1649, on a de Prynne: I. La Vie des Rois Jean II, Henri III et Édouard I, in-folio, en anglois. Il y défend le pouvoir suprême des rois, après l'avoir attaqué long-temps. II. L'Histoire de Guillaume Laud archevêque de Cantorbery, in-folio, en anglois. III. Antiquæ Constitutiones Regni Anglici sub Joanne II, Henrico III et Eduardo I, circa Jurisdictionem Ecclesiasticam, Londres, 1672, 2 vol. in-fol. Ce Recueil tiré des archives de la cour de Londres, est d'autant plus estimé qu'il n'est pas commun. IVa plusieurs ouvrages de Théologie et de Controverse, où il y a beaucoup d'érudition et peu de jugement. Voltaire peint l'auteur « comme un homme scrupuleux à outrance, qui se seroit cru damné s'il avoit porté un manteau court au lieu d'une soutane, et qui auroit voulu que la moitié des hommes eût massacré l'autre pour la gloire de Dieu et de la propaganda fide. » Il y a du vrai dans ce portrait, quoique les traits en soient exagérés.
PRZIBRAM, (Jean) pasteur de la paroisse de Saint-Gilles de Prague, et professeur en théologie de l'université de cette ville, mort l'an 1447, eut un grand crédit parmi les Hussites. Ayant abjuré leurs erreurs, il écrivit contreux un Traité, où il établit avec fondement, entr'autres choses, qu'il n'est pas permis aux Prêtres de porter les armes ni de faire la guerre. Mais dans la Profession de Foi qu'il dressa depuis sur la Trinité, à la tête de l'université, il montra que pour avoir abjuré le Hussitism, il n'en étoit pas plus Catholique, ou qu'il étoit retourné à ses erreurs. On trouve ses Ouvrages dans l'Histoire des Hussites de Cochlée.
PRZISCOVIUS, (Samuel) gentilhomme Polonois et conseiller de l'électeur de Brandebourg, suivit une partie des antimens de Socin, dont il écrivit la Vie en latin, et fut chassée la Pologne avec les autres parisiens de cet hérétique. Ses Ouvrages sont dans la Bibliothèque des Frères Polonois, 1656, 9 vol. in-fol. Il termina sa carrière en Prusse en 1670, à 80 ans.
PSALMANASAR, (Georg) imposteur hardi, mort à Londres en 1763, à l'âge d'environ 65 ans, naquit dans une des parties meridionales de la France. Après avoir fait ses études chez ces moines, il se dégoûta du jargon de l'école, et entra pour précepteur chez une dame, nouvelle Putiphar, qui trouvant en lui un autre Joseph, le chassa de chez elle. Il erra ensuite dans diverse P S A 251 provinces de France, où il joua tantôt le rôle de Catholique-Romain, persécuté par un père Protestant; tantôt celui de Catholique-Irlandois; persécuté par ses compatriotes. Ennuye de ce rôle, il en imagine un autre. A l'aide de ce qu'il avoit lu et entendu raconter des peuples des Indes, il se fait un alphabet de caractères singuliers, s'exerce à parler un langage nouveau, et ayant arrangé dans sa tête un système de mœurs, de religion et de police extraordinaire, il se donne pour Japonais converti au Christianisme: il parcourut ainsi quelques provinces d'Allemagne et de Flandre; mais ce nouveau masque ne réussissant pas, il fut contraint de se faire soldat dans un régiment Écossois. Le chapelain de ce régiment, résolu de tirer parti pour lui-même des artifices de cet imposteur, entreprit d'en faire un prosélyte de l'église Anglicane, et réussit avec une extrême facilité. Il l'employa ensuite à traduire, dans la prétendue langue Japonaise, le *Catéchisme Anglican*. Le chapelain, après avoir raconté à l'évêque de Londres la fable du soi-disant Japonais comme une vérité, fit présent au prélat du manuscrit. Celui-ci le fit placer comme une rareté dans sa bibliothèque, et récompensa le fourbe en lord curieux. Peu de temps après, *Psalmanasar* composa son fameux Roman, intitulé: *Relation de l'Isle Formose*. Cette fable partagea les esprits pendant un temps, et on en fit des éditions en diverses langues. Nous en avons une en françois, in-12, qui a été recherchée. Enfin cet imposteur se mit à étudier, apprit les langues Orientales, et se rendit si habile dans l'hébreu, qu'il fut mis au nombre de ces savans à qui nous devons une compilation savante, mais quelquefois informe, et mal digérée, d'une *Histoire universelle*, en 38 volumes in-4. La plus grande partie de l'Histoire ancienne est de lui. *Psalmanasar* après avoir passé ses dernières années dans la retraite et l'étude, finit par un trait de sincérité. Sur le point de mourir, il donna un manuscrit pour être publié après sa mort: c'est l'*Histoire* de sa vie, écrite en anglois, et imprimée à Londres en 1764, in-8.
PSAMATHÉ, (Mythol.) fille de *Crotopus* roi d'Argos, épousa secrètement *Apollon*. Elle en eut un fils qu'elle cacha dans les bois, où il fut dévoré par des chiens. *Apollon* irrité de la mort de l'enfant, envoya contre les Argiens le monstre *Pæna*, qui leur causa bien des alarmes. *Psamathé* fut révérée comme une déesse. *Voy*. PÆNA.
PSAMMÉNITE, roi d'Égypte, monta sur le trône après *Amasis* son père vers l'an 526 avant J. C. *Cambyse* lui déclara la guerre, l'attaqua devant Peluse, mit son armée en fuite et s'empara de la ville. Le vainqueur profitant de la superstition des Égyptiens, avoit mis à la tête de son armée les animaux que ce peuple honoroit comme ses dieux; ce qui empêcha les Égyptiens de se défendre comme ils l'auroient pu. *Psamménite* fut défait dans un second combat; la ville de Memphis où il s'étoit retiré fut assiégée et prise en fort peu de temps. *Cambyse* traita *Psamménite* avec douceur, et lui assigna un entretien honnête;
**PINTURRICHIO**, (Berhardin) peintre Italien, mort en 1513, âgé de 59 ans, avoit beaucoup de talent. Il a peint au dôme de la Bibliothèque de Sienne la Vie du pape *Pie II*, qui est une suite de tableaux fort estimés. On prétend que le célèbre *Raphaël* l'aida dans cet ouvrage. *Pinturrichio* avoit le défaut d'employer des couleurs trop vives; et, par une singularité qui étoit de son invention, il peignoit sur des superficies relevées en bosse, les ornemens d'architecture : innovation qui n'a point eu d'imitateurs.
**PINUS**, *Voyez PINS*, et VII. MORIN, à la fin. **P I O**, (Albert) prince de Carpi dans le Modénois, prouva que la science peut illustrer la noblesse. Il osa se mesurer avec le plus habile homme de son temps, avec le savant *Erasme*. Les disputes qu'il eut avec lui servirent au moins à éclaircir quelques points de doctrine. Il mourut à Paris en janvier 1531, et fut enterré aux Cordeliers, où ses héritiers lui firent dresser une statue en bronze. Ses *Ouvrages* furent recueillis à Paris en 1537, in-fol., et la même année à Vénise chez *Junte*, aussi in-fol.
**PIOMBINO**, (Anne-Marie ARDOINI princesse de) se distingua par son esprit et l'agrément de ses poésies, à la fin du 17$^{e}$ siècle. Le recueil de ses pièces en vers latins est intitulé : *Rosa Parnassi*. **I. PIPER**, (le comte) conseiller d'état de Suède, devint en 1693, premier ministre de *Charles XII*, sans en avoir le titre, et le suivit dans ses conquêtes. Il avoit autant de poli- *Tome X.* tique que son maître avoit de bravoure. Lorsque ce prince eut convoqué la diète de Pologne où il étoit entré en vainqueur, il lui conseilla de prendre pour lui-même la couronne Polonaise, au lieu de la placer sur une autre tête. *Charles* lui répondit qu'il étoit plus flatté de donner que de gagner des royaumes. Mais ce n'étoit pas assez de donner; il falloit conserver, et c'est ce que *Charles XII* ne fit point. *Piper* qui étoit avec lui à Pultawa en 1709, fut fait prisonnier par les Russes, et transféré à Pétersbourg. Le czar persuadé que ce ministre avoit attiré sur la Moscovie les armes de la Suède, lui rendit sa captivité plus dure. *Charles* n'avant jamais voulu s'abaisser à offrir pour *Piper* une rançon qu'il craignoit que *Pierre* n'acceptât point, le ministre Suédois fut enfermé dans la forteresse de Schlusselbourg, où il mourut en 1716, à 70 ans. On rendit son corps au roi de Suède qui lui fit faire des obsèques magnifiques; tristes et vains dédommagements de tant de malheurs et d'une fin si déplorable.
**II. PIPER**, (François) peintre Anglois, mort à Aldermanbury en 1740, excella dans la perspective.
**PIPPI**, (Giulio) peintre, *Voy*. ROMAIN, (Jules) n.º VII.
**PIPPO**, (Philippe *Santa-Croce*, dit) excellent graveur, s'est autant distingué par le beau fini et l'extrême délicatesse qu'il mettoit dans ses ouvrages, que par le choix singulier de la matière qu'il employoit pour son travail. Il s'amusoit à tailler sur des noyaux de prunes et de ces mais ayant appris que ce prince prenoit des mesures secrètes pour remonter sur le trône, il le fit mourir. *Psamménite* ne régna que six mois.
**PSAMMITIQUE** ou
**PSAMMÉTIQUE**, roi d'Égypte, né à Saïs capitale de la Basse-Égypte, étoit fils de *Bocchoris* qui fut tué par *Sabacon* roi d'Éthiopie, lorsque celui-ci s'empara de l'Égypte. Il auroit eu le même sort que son père s'il ne se fût sauvé en Syrie. Après la retraite de *Sabacon* on rappela *Psammitique*, et il fut l'un des douze seigneurs Égyptiens qui partagèrent entre eux le gouvernement d'Égypte. Ses collègues jaloux de sa gloire et de ses richesses, le reléguèrent dans des marais voisins de la mer, où il vécut avec tranquillité, jusqu'à une descente que des Ioniens et des Cariens firent dans ses états. Ayant trouvé le moyen de s'accommoder avec eux et de se les attacher, il les joignit à son armée, et livra à ses ennemis une grande bataille qu'il gagna près de Memphis, l'an 670 avant J. C. Par cette victoire, *Psammitique* devint maître de toute l'Égypte. Il donna des terres à habiter aux Grecs qui l'avoient secouru, ouvrit à leurs compatriotes l'accès de son pays, et se servit d'eux pour bannir de ses états la barbarie, pour y faire fleurir le commerce, et pour élever les jeunes Égyptiens dans la connoissance des arts et des sciences. On assure qu'il fut le premier roi d'Égypte qui introduisit l'usage de boire du vin en ce pays; qu'il fit chercher les sources du Nil; qu'il prit la ville d'Azoth, après un siège fameux qui dura 29 ans; et qu'il empêcha, par ses présens et par ses prières, une armée innombrable de Scythes de fondre dans son domaine. Il mourut vers l'an 616 avant J. C., et fut enterré à Saïs, dans le temple de *Minerve*. *Nechao* son fils lui succéda. Il est bon de dire ici que son mariage avec la fameuse *Rodope* est tout-à-fait dénué de vraisemblance. Le seul récit de cette aventure romanesque en démontre le ridicule. Un jour que cette courtisane se baignoit, un aigle fondit sur ses habits, enleva une de ses mules, la porta à Memphis où il la laissa tomber sur les genoux de *Psammitique*, qui rendoit alors la justice à son peuple. Ce prince, plus charmé encore que surpris, et jugeant par le soulier de la beauté de celle qui le portoit, fit chercher avec grand soin l'objet inconnu de son amour, et après en avoir fait l'heureuse découverte, il lui fit partager sa couche et son trône. Voilà ce que nous rapportons d'après le bon *Hérodote*, en donnant ce récit pour ce qu'il est, pour une fable.
**PSAPHON**, (Mythol.) Lybien, qui, voulant se faire reconnoître pour un Dieu, amassa un grand nombre d'oiseaux. Il leur apprit à répéter ces mots : *PSAPHON est un grand Dieu!* Quant il les crut assez instruits, il les lâcha sur des montagnes, qu'ils firent retentir de ces mêmes mots. Les habitans de Lybie, frappés de ce prétendu prodige, regardèrent *Psaphon* comme un Dieu, et lui décernèrent les honneurs divins.
**PSCHERNING**, poète Allemand, dont les odes sont estimées dans sa patrie, vivoit à la fin du 17$^{e}$ siècle.
PSEAUME, ( Nicolas ) fils d'un simple laboureur de Chaumont-sur-Aire bourg du diocèse de Verdun, dut son élévation à un de ses oncles, abbé de Saint-Paul de Verdun, qui l'éleva avec soin et lui résigna son abbaye en 1538. Il fut pourvu de l'évêché de Verdun en 1548, par la résignation que lui en fit le cardinal Jean de Lorraine. Il assista en cette qualité au concile de Trente, et s'y signala par son éloquence. On a de lui : I. Un Journal de ce qui s'est fait au concile de Trente; ouvrage curieux qui a été donné au public par le Père Hugo Prémontré, dans son Recueil intitulé : Sacrae antiquitatis monumenta. II. Un écrit intitulé : Préservatif contre le changement de Religion, Verdun, 1563, in-8° : ouvrage qui conserva à l'Eglise quelques-uns de ses enfans, disposés à s'en séparer. Quelques écrivains lui attribuent la fameuse réponse : Utinam ad galli cantum Petrus resipisceret ! mais le plus grand nombre en fait honneur à DANSS : ( Voy. ce dernier mot. ) Pseaume mourut le 10 Août 1575, dans sa ville épiscopale, emportant avec lui les regrets de ses ouailles.
PSELLUS, ( Michel ) auteur Grec, sous le règne de l'empereur Constantin Ducas, qui le fit précepteur de son fils Michel Parapinace, laissa quelques ouvrages. I. De quatuor Mathematicis Scientiis, Basilæa, 1556, in-8.° II. De Lapidum virtutibus; Tolosae, 1615, in-8.° III. De operatione Dæmonum, græco-latinè, Parisiis, 1623, in-8°; Kiloni, 1688, in-12; et dans la Bibliothèque des Pères : ce Traité a été traduit en françois par P S Y 253 Gaulmin. IV. De victûs ratione libri duo, Basle, 1529, in-8°, traduit par George Valla. V. Synopsis Legum, versibus graecis edita, cum latind interpretatione Fr. Bosqueti, Paris, 1632, in-8.° Psellus fut enveloppé dans la disgrace de Michel Parapinace, qui fut détrôné par Nicéphore Botoniate, en 1078. On le dépouilla de ses biens, et on le relégua dans un monastère où il mourut la même année.
PSYCHÉ, ( Mythol. ) est un mot grec qui signifie Ame. Les Païens en avoient fait une Divinité, dont on a raconté bien des fables. Cupidon l'aima, et la fit transporter par Zéphire dans un lieu de délices, où elle demeura long-temps avec lui sans le connoître. Vénus jalouse de ce qu'elle avoit séduit son fils, la persécuta tant qu'elle la fit mourir. Jupiter lui rendit la vie, et lui donna l'immortalité en faveur de Cupidon. On la représente avec des ailes de papillon aux épaules, pour exprimer en quelque sorte la légèreté de l'ame; car le papillon en étoit le symbole, et lorsqu'on peignoit un homme mort, on représentoit un papillon qui paroissoit être sorti de sa bouche, et s'envoloit en l'air. Un excellent tableau de Gérard exposé à Paris dans l'un des derniers Sallons, représente Psyché et l'Amour. « Les deux figures, a-t-on dit, sont posées dans le goût antique, et si bien qu'on les croiroit imitées d'une médaille. L'expression ne laisse rien à desirer : ce n'est dans la figure de Psyché, ni la stupidité d'une ame qui ne sentira jamais, ni la légèreté sémillante de celle que le sentiment agite à son insu et à laquelle il ne manque que de connoître la cause de son émotion pour n'être plus l'innocence... Il y a dans l'embrassement de l'Amour je ne sais quoi de léger et de mystérieux qui donne l'idée du souffle créateur. Cet Amour, à physionomie noble et grave, est tel que l'exigeoit le sujet, et qu'on le trouve dans les poètes et dans les philosophes de l'antiquité lorsqu'ils représentent ce dieu comme le principe de l'ordre et l'ame de l'univers. » Ce beau tableau a été gravé. Nous avons une tragédie-ballet de *Psyché*, par *Molière* aidé par *Pierre CORNEILLE*. I. PTOLOMÉE—LAGUS ou SOTER, roi d'Égypte, étoit fils d'*Arsinoë*, concubine de *Philippe* de Macédoine. Ce prince la maria dès qu'elle fut enceinte, à *Lagus* homme de basse extraction, qui fut depuis l'un des gardes d'*Alexandre le Grand*. *Ptolomée* élevé à la cour de ce conquérant, devint l'un de ses plus intimes favoris et eut grande part à ses conquêtes. Après la mort d'*Alexandre*, *Ptolomée* eut l'Égypte en partage, dans la distribution qui fut faite de ses états, l'an 323 avant J. C. Quoiqu'il ne prit point encore le titre de *Roi*, c'est toutefois de ce temps qu'il faut compter les années de l'empire des nouveaux rois d'Égypte, surnommés *Lagides*. Le premier soin de *Ptolomée* fut de profiter des troubles de Cyrénaïque en Lybie, pour s'en rendre maître. *Perdiccas* régent du royaume de Macédoine, se préparoit en même temps à marcher contre lui; mais la réputation que *Ptolomée* s'étoit faite par sa douceur, son équité, sa sagesse et sa modération, attira beaucoup de monde dans son parti. *Perdiccas* fut vaincu et massacré par sa propre armée, qui offrit la régence de l'empire à son rival. *Ptolomée* refusa ce titre, qu'il regardoit comme plus dangereux qu'utile à ses intérêts. Pour s'assurer la possession de l'Égypte par la conquête des provinces voisines, il se rendit maître de la Célosyrie et de la Phénicie par ses généraux, entra dans la Judée, prit Jérusalem, et emmena plus de 100,000 captifs en Égypte, du nombre desquels il choisit 30,000, à qui il donna la garde des places les plus importantes de ses états. Il invita aussi les Juifs à venir s'établir dans Alexandrie pour achever de la peupler, et il leur accorda le droit de bourgeoisie. *Ptolomée* passa ensuite dans l'isle de Chypre, et s'en rendit maître. De là il alla mettre le siège devant Gaza, défendue par *Démétrus*, sur lequel il remporta une victoire signalée. Le vainqueur donna non-seulement au vaincu la permission de faire enterrer ses morts, mais il ne garda aucun prisonnier, et lui renvoya tous ses bagages sans rançon. Cette victoire mit *Ptolomée* en possession de la Phénicie et de la Syrie. (*Voyez* II. LAMIE.) Tyr et Sidon rentrèrent sous son obéissance. Cependant *Démétrus* lève de nouvelles troupes, et de concert avec son père *Antigone*, il porte la guerre en Égypte, qu'il fut bientôt forcé d'abandonner. Désespéré d'avoir manqué son coup, il assiégea Rhodes, que *Ptolomée* secourut. Les Rhodiens, pénétrés de reconnaissance, donnèrent à leur libérateur le surnom de *Soter*. ou de *Sauveur*. Après plusieurs autres tentatives de *Démétrus*, *Ptolomée* resta paisible possesseur d'un grand nombre d'états, et nomma pour son successeur *Ptolomée* — *Philadelphe*, qu'il plaça lui-même sur le trône. Il mourut quelque temps après, l'an 285 avant J. C. à 92 ans, après en avoir régné 40. Ce roi avoit établi à Alexandrie une Académie, appelée le *Muséon*. Les savans qui la composoient, s'adonnoient à la philosophie, et faisoient aussi des recherches sur toutes les autres sciences. *Ptolomée* ne se borna point à protéger seulement les lettres, il les cultiva : il avoit composé une *Vie d'Alexandre*, fort estimée des anciens, mais que nous n'avons plus. On peut dire de ce roi, l'un des plus grands que l'Égypte ait eus, qu'il régna en père, qu'il vécut en sage et qu'il combattit en héros. Sous le règne de ce prince, fut élevée la fameuse Tour du fanal de l'isle de Pharos, mise au nombre des *Sept Merveilles* du monde. Cette Tour étoit construite de marbre blanc, ou, selon *Pline*, de pierres blanches, et l'on y entretent continuellement du feu pour servir de guide aux matelots.
II. PTOLOMÉE — PHILADELPHÉ, fils du précédent, succéda l'an 285 avant J. C. à son père, qui de son vivant, l'avoit déjà associé à l'empire. Il fut surnommé *Philadelphe*, amateur de ses frères, par anti-phrase, parce qu'il en avoit fait mourir deux. *Ptolomée* chercha l'amitié des Romains, qui lui envoyèrent des ambassadeurs pour conclure un traité d'alliance. Il distribua à chacun des députés une couronne d'or; ils en ornèrent ses statues. Flatté de cette politesse généreuse, *Philadelphe* leur fit de magnifiques présens, qu'ils portèrent au trésor public à leur retour à Rome. Cependant il s'élevoit plusieurs rebelles en Égypte. *Magès* son frère utérin trama une conspiration contre lui; mais elle fut bientôt éteinte par la mort du coupable. Quatre mille Gaulois méditoient en même temps la conquête de l'Égypte. *Ptolomée* sut conduire les conjurés dans une isle du Nil, où ces Barbares, investis de tous côtés, périrent par leur propre fureur ou par la faim. Tranquille après ces agitations passagères, il travailla à attirer dans son royaume le commerce maritime. Dans ce dessein, il bâtit, sur la côte occidentale de la Mer Rouge, une ville, à laquelle il donna le nom de sa mère *Bérénice*; mais ce port n'étant pas commode, on se servoit de celui de *Myros-Hormos*, qui n'en étoit pas éloigné. C'étoit là que venoient aborder les richesses de l'Arabie, de l'Inde, de la Perse et de l'Éthiopie; et pour faciliter les transports des marchandises, on construisit un canal, depuis le Nil dont il tiroit ses eaux, jusqu'au port de *Myros-Hormos*. *Ptolomée* fit équiper deux flottes, l'une dans la Mer Rouge, et l'autre dans la Méditerranée, et par ce moyen il s'assura tout le commerce du Levant et du Couchant. *Antiochus* de Théos roi de Syrie, marcha contre *Ptolomée*, avec toutes les forces de Babylone et de l'Orient; mais les troubles élevés dans ses états le forcèrent à faire la paix. Les conditions du traité furent, que le roi de Syrie répudiereit *Lao-* 256 PTO dice, sa femme et sa sœur; qu'il épouseroit Bérénice fille de Ptolomée; et que déshéritant ses enfans du premier lit, il assure-roit la couronne à ceux qui naî-troient de ce mariage. L'alliance des deux rois fut conclue à ces conditions, et Ptolomée, malgré son grand âge et ses infirmités, conduisit lui-même la princesse jusqu'à Seleucie, port de mer proche l'embouchure de l'Oronte rivière de Syrie, où Antiochus la vint recevoir. Ptolomée, dans le séjour qu'il fit en Syrie, fut frappé d'admiration pour une magnifique statue de Diane, et l'obtint d'Antiochus; mais à peine cette statue fut-elle transportée à Alexandrie, qu'Arsinoé femme de Ptolomée, tomba malade. Cette reine crut voir en songe Diane elle-même qui se plai-gnoit d'avoir été ainsi enlevée de son temple. Le roi voulant guérir l'esprit inquiet de la reine, renvoya la statue en Syrie. La mort de cette princesse, arrivée peu de temps après, accabla Ptolomée de douleur: ce monar-que l'avoit aimée constamment. Il donna son nom à plusieurs villes qu'il fit bâtir, et lui ren-dit, après sa mort, tous les honneurs qu'il put imaginer. Il avoit entr'autres, formé le pro-jet d'élever à sa mémoire un Temple, dont la voûte devoit être revêtue de pierre d'aimant, pour y tenir la statue d'Arsinoé suspendue en l'air; mais la mort de Dinocrate fameux architecte, qui avoit donné le dessin de ce Temple, en empêcha l'exécution. Ptolomée-Philadelphe ne sur-vécut pas long-temps à sa chère Arsinoé; il mourut dans la 64e année de son âge, l'an 246 avant J. C. Philadelphe se distingua plus par les qualités qui font les grands hommes, que par les vertus qui font les héros. Il se rendit en quelque sorte, le bienfaiteur de l'Univers, et enrichit ses états par les avantages qu'il procura au commerce. Son goût dominant étoit pour les sciences et pour les arts: le mérite en tout genre eut part à ses bienfaits. Il avoit à sa cour plusieurs savans et plusieurs poètes illustres, tels que Euclide (Voyez ce mot), Lycophron, Callimaque, Théo-crite. Ce prince enrichit la biblio-thèque d'Alexandrie, formée par son père, des livres les plus rares et les plus curieux qu'il put trou-ver dans toutes les parties du monde connu. Lorsqu'il mourut, elle étoit composée de 200,000 volumes, et ses successeurs l'aug-mentèrent jusqu'au nombre de 700,000. On dit que ce fut sous ce Ptolomée que fut faite la ver-sion grecque des livres de l'An-cien-Testament, connue sous le nom de Version des Septante. Ce roi écrivit, à ce que prétendent quelques historiens Grecs, au grand-prêtre Eléazar, pour le prier de lui envoyer le livre de la Loi, avec des Traducteurs ca-pables de le rendre d'hébreu en grec. Eléazar, sensible à la gé-nérosité du roi, fit partir aussi-tôt six Anciens de chaque Tribu, qui, après 72 jours de travail, terminèrent cet ouvrage. Ptolomée témoigna sa satisfaction aux In-terprètes, et les renvoya en Judée avec les plus riches présents pour eux, pour le grand-prêtre et pour le Temple. C'est là ce qu'on appelle la Version des Septante. D'auteur de ce récit, qui porte le faux nom d'Aristée, est un Juif Helléniste, qui écrivoit long-temps après le règne de Ptolomée. où l'on suppose qu'a été faite la *Version des Septante*, et qui, pour mieux déguiser sa fable, avoit emprunté le nom d'*Aristée*, prétendu garde de *Ptolomée*. Tout ce qu'il y a de vrai dans cette histoire romanesque, c'est que, du temps de *Ptolomée-Philadelphe*, il se fit une Traduction grecque des livres de *Moyse* à l'usage des Synagogues d'Égypte, dont les Juifs n'entendoient plus la langue sainte; mais on ne sait précisément, ni le temps où elle fut faite, ni le nom des auteurs.
III. PTOLOMÉE-ÉVERGÈTE, fils et successeur du précédent, monta sur le trône 246 ans avant Jésus-Christ. Il tenta inutilement de venger la mort de *Bérénice* sa sœur, mariée à *Antiochus le Dieu*. Il se rendit maître de la Syrie et de la Cilicie, passa l'Éuphrate, et soumit tout jusqu'au Tigre. Il étoit sur le point de faire la conquête de toutes les provinces de l'empire, lorsqu'une révolte l'obligea de revenir dans ses états. Le vainqueur emporta avec lui des richesses immenses, et plus de deux mille cinq cents statues, dont la plus grande partie avoient été enlevées dans les temples d'Égypte, lorsque *Cambyse* en avoit fait la conquête. Les Égyptiens charmés de revoir leurs Dieux, depuis long-temps captifs chez une nation étrangère, lui donnèrent par reconnaissance le nom d'*Évergète*, c'est-à-dire *Blenfaisant*. Il eut ensuite un démêlé avec les Juifs. Le grand-prêtre *Onias II*, homme avare et de peu d'esprit, refusa de payer le tribut de vingt talens d'argent, que ses prédécesseurs payoient aux rois d'Égypte, gypte, comme un hommage qu'ils faisoient à cette couronne. *Évergète* irrité de ce refus, envoya sommer les Juifs de le satisfaire, avec menace s'ils ne le faisoient, d'envoyer des troupes qui les chasseroient du pays et le partageoient entre elles. Les Juifs alloient éprouver les derniers malheurs, si *Joseph* neveu du grand-prêtre n'eût détourné l'orage par son esprit et sa prudence. La fin du règne de *Ptolomée* fournit peu d'événements. Ce prince, profitant des douceurs de la paix, s'occupa à faire fleurir les sciences et à augmenter la fameuse bibliothèque d'Alexandrie. Il fut le dernier des rois d'Égypte qui goûta le plaisir de faire des heureux. Sa mort, arrivée l'an 221 avant Jésus-Christ, après un règne de vingt-sept ans, fit couler bien des larmes. — *Voyez Conon*, n.º II.
IV. PTOLOMÉE-PHILOPATOR roi d'Égypte, ainsi nommé par dérision, parce qu'on l'accusa d'avoir empoisonné *Ptolomée-Évergète* son père, auquel il succéda l'an 221 avant Jésus-Christ, fut un monstre de cruauté. Il se défit de sa mère, de son frère, de sa sœur et de sa femme. Adonné aux passions les plus brutales, il fit régner avec lui la licence et la débauche; ce qui lui fit donner le surnom mérité de *Tryphon*. *Antiochus* roi de Syrie lui ayant déclaré la guerre, il marcha contre lui à la tête d'une puissante armée, et alla camper dans les plaines de Raphaël. *Théodore* officier du monarque Syrien, voulant terminer la guerre par un coup hardi, pénètre dans le camp des Égyptiens, entre dans la tente de *Ptolomée*, et 258 PTO tue son médecin, qu'il prend pour ce prince. Cette hardiesse hâta la bataille. *Antiochus* fut vaincu, et obtint la paix; mais sa victoire fit rentrer la Célésyrie et la Palestine sous la domination de *Ptolomée*. Le vainqueur parcourut alors les provinces conquises par ses armes. Il entra dans Jérusalem, et alla au Temple; mais voulant pénétrer jusques dans le sanctuaire malgré l'opposition des Juifs, il fut arrêté par la main de Dieu. De retour en Egypte, il voulut se venger de cet affront. Il ordonna qu'on exposât un grand nombre de Juifs dans la place destinée à la course des éléphans, pour les faire écraser sous les pieds de ces animaux, qui tournèrent leur fureur contre les spectateurs. Ce prodige calma la colère de *Ptolomée*, et depuis il combla la nation Juive de bienfaits. Il signala ensuite sa magnificence envers les Rhodiens désolés par un horrible tremblement de terre. Les dernières années de son règne furent marquées par une ambassade de la part des Athéniens, et par le renouvellement de l'alliance avec les Romains. Il mourut l'an 204 avant Jésus-Christ, usé de débauches et comblé de malédictions, après un règne licencieux et cruel de dix-sept ans. Les femmes tinrent le sceptre pendant tout ce règne, et il n'en fut pas gouverné avec plus de douceur. V. PTOLOMÉE-EPIPHANE, monta sur le trône d'Egypte à l'âge de quatre ans, après la mort de son père *Ptolomée-Philopator*, l'an 204 avant Jésus-Christ. Il fut en danger d'être mis à mort durant sa minorité, par ceux qui avaient le soin de sa tutelle, et fut redevable de sa couronne à la fidélité de ses sujets et à la protection des Romains: car *Antiochus le Grand*, voulant profiter de la foiblesse de l'âge de ce prince pour s'emparer de ses états, envahit la Syrie et la Palestine, que les généraux de *Ptolomée* reprirent quelque temps après. Mais l'année suivante le roi de Syrie ayant battu l'armée des Egyptiens, conquit de nouveau la Célésyrie et la Palestine. Les Juifs s'empressant de lui porter les clefs de toutes leurs villes, l'aidèrent encore à chasser les garaisons des Egyptiens. Ils lui demeurèrent attachés jusqu'à ce qu'ils retournèrent sous l'obéissance du roi d'Egypte, par le mariage de ce prince avec *Cléopâtre* fille d'*Antiochus*, qui céda les deux provinces contestées pour la dot de la princesse. *Ptolomée* ayant été déclaré majeur, fut placé sur le trône avec beaucoup de magnificence, et honoré du surnom d'*Epiphane*, c'est-à-dire Illustre: surnom qu'il ne mérita pas long-temps. Dès qu'il fut maître, il s'abandonna aux déréglemens les plus infames. A des rois corrompus, il faut des ministres qui leur ressemblent. *Aristomène* son tuteur, son conseil et son soutien, homme d'un esprit éclairé, d'une ame pleine de noblesse, fut empoisonné par ses ordres. L'Egypte ne fut plus qu'un chaos. L'humeur féroce du roi souleva plusieurs villes. Celle de Licopolis éclata la première, et fut forcée de se rendre. *Ptolomée* chargea *Polycrate* grand ministre et grand général, de réduire les autres rebelles, et ce héros les eut bientôt fait rentrer dans le devoir. Quatre des prins P T O 159 cipaux conjurés furent chargés d'aller renouveler à Alexandrie leur serment de fidélité. Le roi avoit promis de leur pardonner; mais à peine furent-ils arrivés, qu'il les fit attacher nus à son char, et après les avoir traînés dans toute la ville, il les envoyâ au supplice. Ce monstre ne survécut pas long-temps à cette barbarie. Ayant conçu le dessein de faire la guerre au roi de Syrie, on lui demanda où il prendroit l'argent nécessaire pour cette expédition? il répondit que *ses amis étoient son argent*. Les principaux de la cour conclurent de cette réponse ambiguë, que le roi en vouloit à leurs biens et même à leurs personnes, et ils le firent empoisonner l'an 180 avant Jésus-Christ, dans la 49$^{e}$ année de sa vie, et la 24$^{e}$ de son règne.
VI. PTOLOMÉE-PHILOMÉTOR, ainsi nommé par ironie, parce qu'il détestoit *Cléopâtre* sa mère, monta sur le trône d'Égypte après la mort de *Ptolomée-Epiphane* son père, l'an 180 avant Jésus-Christ. C'est sous le règne de ce prince que fut bâti par *Onias* le temple surnommé *Onion*, et que s'éleva la fameuse dispute entre les Juifs et les Samaritains d'Alexandrie. Les premiers soutenoient que le temple de Jérusalem étoit le seul où Dieu devoit être honoré selon la loi de *Moyse*, et les Samaritains prétendoient au contraire que c'étoit celui de Garizim. L'affaire fut plaidée devant *Philométor* et son conseil, qui décida en faveur des Juifs. Ce prince mourut entre les mains des médecins, qui vouloient faire sur lui l'opération du trépan, pour le guérir d'une blessure sure qu'il avoit reçue à la tête dans une bataille contre *Alexandre-Balas* roi de Syrie. Il fut vainqueur; mais la victoire lui coûta cher. On place sa mort l'an 146 avant J. C.
VII. PTOLOMÉE PHYSCON ou *le Ventru*, avoit d'abord régné quelque temps avec son frère *Philométor*. Il s'empara après sa mort du trône d'Égypte, l'an 146 avant Jésus-Christ, au préjudice de la veuve et du fils de son frère. Ceux-ci soutenus par une petite armée de Juifs, marchèrent à Alexandrie pour disputer la couronne à l'usurpateur; mais un ambassadeur Romain qui se trouva pour lors à Alexandrie, amena les choses à un accommodement. On convint que *Physcon* épouseroit *Cléopâtre* veuve de son frère, dont le fils seroit déclaré héritier de la couronne, et qu'en attendant *Physcon* en jouiroit toute sa vie. Leur mariage ayant été conclu, *Physcon* fut reconnu roi, et le jour même des noces il tua le jeune prince entre les bras de sa mère. Ses vices et ses cruautés excitèrent une indignation générale. On conspira contre lui, et il eût été détrôné sans la prudence d'*Hyeras* son premier ministre. Enfin sa tyrannie monta à un tel point, que les habitans d'Alexandrie se réfugièrent dans les pays étrangers, et laissèrent la ville presque déserte. Pour repeupler cette ville, il fallut accorder de grands privilèges à ceux qui voulurent s'y établir; mais peu d'hommes eurent ce courage. Parmi les réfugiés d'Alexandrie il y eut beaucoup de grammairiens, de philosophes, de géomètres, de médecins, de musiciens et d'artistes. qui portèrent le goût des sciences et des beaux arts dans l'Asie mineure et dans les isles voisines. Les nouveaux habitans d'Alexandrie y brisèrent ses statues. *Ptolomée* croyant que *Cléopâtre* qu'il venoit de répudier, étoit auteur de cette action, fit tuer *Memphitis* son fils et le sien, jeune prince de grande espérance; il ordonna ensuite qu'on coupât son corps en morceaux, et il envoya ce fatal présent à *Cléopâtre*, le jour même de la naissance de cette princesse. Un siaffreux spectacle inspira l'horreur qu'il méritoit. On leva contre le tyran une puissante armée, dont la reine donna le commandement à *Marsyas*; mais elle fut vaincue. *Ptolomée* après cette victoire, voulut assurer la couronne à l'aîné de ses fils, qu'il avoit eu de sa dernière femme; et dans ce dessein, il le maria à *Cléopâtre* sa fille, suivant la coutume du pays, où le roi et la reine devoient être frère et sœur, mari et femme. Il mourut l'année d'après, l'an 116 avant J. C. souillé de tous les vices de l'esprit et du cœur, et surnommé *Cacourgète*, c'est-à-dire Mal-faisant, surnom bien digne d'un tyran.
VIII. PTOLOMÉE-LATHUR, ainsi appelé à cause d'un poireau qu'il avoit au nez, eut à peine succédé à son père *Physcon* l'an 116 avant Jésus-Christ, que *Cléopâtre* sa mère, soutenue des forces d'*Alexandre*-*Jannée* roi des Juifs, le chassa du trône pour mettre à sa place *Ptolomée*-*Alexandre* son frère, et le força de se retirer en Chypre. *Ptolomée* pour se venger du monarque Juif, entra dans son royau- me; et après avoir emporté Azoth, il livra bataille à ce prince, qu'il rencontra près d'Azoph sur le Jourdain. La victoire fut long-temps disputée; mais enfin *Lathur* rompit l'armée des Juifs, et en fit un grand carnage; cinquante mille restèrent sur la place, et le vainqueur s'étant répandu dans les bourgs, fit égorger les femmes et les enfans, et les fit jeter dans des chaudières bouillantes, pour inspirer plus de terreur à l'ennemi. *Lathur* ayant tenté en vain de rentrer en Egypte, se retira dans l'isle de Chypre; mais il fut rappelé après la mort de *Ptolomée*-*Alexandre*, qui fut tué par un pilote l'an 80 avant l'ère vulgaire. Il mourut environ huit ans après, l'an 88.
IX. PTOLOMÉE-AULÈTES, c'est-à-dire *Joueur de fuite*, fils naturel de *Ptolomée*-*Lathur*, monta sur le trône d'Egypte l'an 73 avant J. C. après *Alexandre III*. Pour s'y affermir, il donna à *César* six mille talens; mais les levées extraordinaires dont il surchargeoit son peuple, la lâche indifférence avec laquelle il laissa le peuple Romain s'emparer de l'isle de Chypre, ses crimes et ses débauches irritèrent les Alexandrins à un tel point, qu'on déclara *Bérénice* l'aînée de ses enfans, reine à sa place. *Aulètes* aborda à l'isle de Rhodes, où *Caton* étoit depuis plusieurs jours. Le roi le fit avertir de son arrivée; mais le fier sénateur attendit qu'il vint le trouver; et sans daigner se lever, il blâma ouvertement *Ptolomée* de ce qu'il abandonnait son royaume pour devenir le client et le jouet des grands de Rome: il lui conseilla de retourner en Egypte, et offrit de l'accompagner pour être médiateur entre lui et ses sujets. Ptolomée méprisa ces sages conseils, et continua sa route vers Rome, où il comptoit trouver du secours pour rentrer dans son royaume. Les Alexandrins craignant que le séjour de Ptolomée auprès des Romains n'eût pour eux des suites funestes, envoyèrent cent des plus notables de la ville, afin de justifier dans le sénat leur conduite, et d'exposer les excès et les vexations de Ptolomée. Mais ce prince fit égorger la plus grande partie de ces citoyens députés, et gagna les autres par des présens. Cependant les affaires de Ptolomée traïnoient en longueur. Ses ennemis intrigués, et un prétendu oracle de la Sibylle directement contraire à ses intérêts, lui ôtèrent l'espérance de régner de nouveau en Égypte. Il se retira à Ephèse dans le temple de Diane. Bérénice sa fille avoit épousé Archélaüs pontife de Comane dans le Pont, avec lequel elle partagea son trône; mais Ptolomée ayant été rétabli par Gabinius lieutenant de Pompée, il fit mourir sa fille, et mourut lui-même peu de temps après, l'an 51 avant J. C. Il fit un testament par lequel il donnoit la couronne aux aînés des deux sexes, et ordonnoit le mariage entre le frère et la sœur, suivant la coutume du pays; et comme l'un et l'autre étoient fort jeunes, il les mit sous la protection du sénat Romain. X. PTOLOMÉE DENYS ou BACCHUS roi d'Égypte, succéda à son père Aulètes avec sa sœur Cléopâtre, l'an 51 avant Jésus-Christ. C'est lui qui eut la lâche cruauté de faire mourir Pompée P T O 261 son bienfaiteur, après la bataille de Pharsale. Il ne fut pas plus fidelle à César, car il lui dressa des embûches à son arrivée à Alexandrie; mais ce héros en sortit victorieux, et pendant le tumulte Ptolomée prit la fuite et se noya dans le Nil, l'an 46 avant J. C.
XI. PTOLOMÉE-MENNEUS, roi de Chalcide vers l'an 30 avant Jésus-Christ, fit alliance avec Alexandre fils d'Aristobule prince des Juifs. Après la mort de son allié, occasionnée par Scipion, il envoya Philippion son fils, offrir à Alexandra sœur du malheureux Alexandre, une retraite honorable dans ses états. Mais s'étant apperçu que Philippion avoit conçu de l'amour pour la princesse, il le tua de sa propre main, et força Alexandra à recevoir au pied des autels sa main qui étoit encore fumante du sang de son fils.
XII. PTOLOMÉE-MACRON, fils de Borymène, avoit reçu de Philométor le gouvernement de l'isle de Chypre. Il livra ensuite cette isle à Antiochus-Epiphane, qui lui donna le commandement des troupes qu'il avoit dans la Phénicie et la Célésyrie. Après la mort d'Epiphane, ses amis le noircirent dans l'esprit du jeune Eupator, en le représentant comme le protecteur des Juifs, et ils le forcèrent de s'empoisonner.
XIII. PTOLOMÉE, fils d'Abobi, gendre de Simon Macchabée gouverneur du château de Doch et de la plaine de Jéricho, conçut le barbare dessein de se défaire de son beau-père et de ses fils, pour s'emparer seul du gou- rises, de petits bas-reliefs composés de plusieurs figures, mais si fines qu'elles devenoient imperceptibles à l'œil. Ces figures étoient néanmoins dans toutes leurs proportions, vues avec la loupe. Il eut plusieurs enfans : *Matthieu* l'aîné de tous, surpassa ses frères, et *Jean-Baptiste* fils de celui-ci, fut encore plus recommandable que son père. On ignore le temps précis où ils ont vécu.
PIRA, ( Henri de la ) médecin Lyonnois du dernier siècle, a fait imprimer en 1638, un crédule traité de *Géomancie*.
PIRANESI, ( Jean-Baptiste ) peintre, graveur et architecte célèbre, naquit à Venise en 1721, et mourut à Rome en 1778. Plein d'enthousiasme pour les monumens de l'antiquité au milieu desquels il vécut, il chercha à en offrir l'image aux autres par le secours de la gravure, et il inventa dans cet art une méthode nouvelle. Ses talens en architecture ne furent pas moins brillans, et on les reconnoit dans la construction de l'église du prieuré de Malte à Rome. Le recueil des œuvres gravées de *Piranesi* forme 15 vol. in-folio. Sa fille *Laure Piranesi*, morte en 1785, a gravé avec succès une suite de vues d'après la méthode de son père. Ses deux frères *François* et *Pierre*, accueillis à Paris en 1800, continuent la collection célèbre de *Jean-Baptiste*, portée aujourd'hui à 23 vol. On y trouve les belles fresques de *Raphaël*, un grand nombre de dessins du *Guerchin* et des autres peintres les plus fameux.
PIRCKEIMER, ( Bilibalde ) mort le 22 décembre 1530, à 60 ans, fut conseiller de l'empereur et de la ville de Nuremberg, et servit avec honneur dans les troupes de cette ville. Egalement propre aux affaires et aux armes, il fut employé dans diverses négociations importantes, où l'on admira son éloquence et sa sagesse. Ses *Œuvres* ont été recueillies et publiées in-folio en 1610, à Francfort. On y trouve des *Poésies* et des *Traités* de politique et de jurisprudence; mais il n'y a rien qui mérite d'être placé au premier rang ni même au second.
PIRITHOUS, ( Mythol. ) fils d'*Ixion*, est à cause de cela, surnommé *Ixionide* par les poètes. Ayant ouïdire une infinité de merveilles de *Thésée*, il lui déroba un troupeau pour l'obliger à le poursuivre : *Thésée* ne manqua pas de le faire. Ils conçurent dans le combat tant d'estime l'un pour l'autre qu'ils jurèrent de ne plus se quitter. *Pirithoüs* secourut *Thésée* contre les Centaures, qui vouloient lui enlever *Hippodamié* sa femme. Après qu'elle fut morte, *Thésée* et *Pirithoüs* convinrent de ne plus épouser que des filles de *Jupiter*. C'est pour se conformer à cette idée, que *Thésée* enleva *Hélène* fille de *Jupiter* et de *Léda*. *Pirithoüs* qui l'avoit secondé dans cet enlèvement, descendit aux enfers pour ravir *Proserpine*; mais il fut dévoré par le chien *Corbère*. *Thésée* qui l'y avoit suivi pour servir son amour, fut enchaîné par ordre de *Pluton*, jusqu'à ce qu'*Hercule* vînt le délivrer. On croit que cette fable a quelque fondement dans l'Histoire. Les savans ont 261 PTO vernement de la Judée. Simon qui étoit alors occupé à visiter les places de son état, arriva à Jéricho l'an 135 avant J. C., avec sa femme et ses fils Matathias et Judas, et s'en alla loger chez son gendre au château de Doch. Ptolomée leur fit un grand festin, et au milieu du repas, des gens qu'il avoit apostés entrèrent dans la salle, tuèrent Simon et quelques-uns des siens, et retirèrent prisonniers ca belle-mère et ses deux fils. Aussitôt il manda à Antiochus Sidètes ce qu'il avoit fait, et le pria de lui envoyer du secours pour délivrer le pays du joug des Macchabées. Il envoya en même temps des gens à Gazara pour tuer Jean Hyrcan dernier fils de Simon; et d'autres à Jérusalem, avec ordre de se saisir de la montagne du Temple: mais Dieu fit échouer les projets de cet ambitieux. Hyrcan averti à temps, se mit en défense et se sauva à Jérusalem: il quitta ensuite cette ville dont il fit bien fermer les portes, et vint assiéger Ptolomée dans son château. Ce barbare lui fit lever le siège en faisant déchirer à coups de fonet sa mère et ses frères; il les fit ensuite mourir, et s'enfuit auprès de Zénon tyran de Philadelphie.
XIV. PTOLOMÉE, (Claude) mathématicien de Péluse, surnommé par les Grecs Très-Divin et Très-Sage, florissoit à Canope près d'Alexandrie, sous l'empire d'Adrien et de Marc-Aurèle, vers l'an 138 de J. C. Il est célèbre par son Système du Monde, dans lequel il place la Terre au centre de l'Univers. Sa Géographie est un ouvrage nécessaire pour la connoissance du Monde an- cien. La première édition est de Bologne, 1462, in-fol.; et la meilleure celle de Bertius, 1619, in-fol., ornée de Tables par Ger. Mercator. On fait cas aussi de celle de Servet, Lyon, 1535, in-fol., réimprimée avec des changemens et des retranchemens, en 1541. Outre sa Géographie, Ptolomée a donné plusieurs savans ouvrages sur l'astronomie, publiés à Basle, 1551, in-fol. Les principaux sont: I. L'Almagesta ou Compositio magna. On trouve dans ce livre un catalogue des étoiles fixes, formé d'après les observations de l'auteur et celles d'Hypparque. On y compte 1022 étoiles, dont les longitudes et les latitudes sont déterminées. Enfin cet ouvrage est singulièrement estimable, par la démonstration que Ptolomée y donne du mouvement des étoiles fixes, sur le centre de l'écliptique. II. De Judiciis Astrologicis. III. Planisphærium. IV. Harmonicorum libri tres, 1682, in-4°. Son système du Monde a été adopté pendant plusieurs siècles par les philosophes et par les astronomes; mais les savans l'ont abandonné pour suivre le système de Copernic. L'un est plus conforme aux apparences, et l'autre à la vérité.
XV. PTOLOMÉE, hérésiarque dans le deuxième siècle, disciple de Valentin, ajouta plusieurs rêveries à celles de son maître. Il donna à DIEU deux femmes, l'Intelligence et la Volonté; et il ajoutoit que par elles il engendroit les autres Dieux. Il croyoit que les Eons étoient des personnes substantielles hors de Dieu; au lieu que Valentin les avoit renfermées dans la Divinité, comme des mouvemens et des sentimens. Il soutenoit que la loi de *Moyse* n'étoit pas d'un seul auteur; qu'il y en avoit une partie de *LIEU*, l'autre de *Moyse*, et la troisième des *Juifs*. Qu'elle contenoit aussi de trois sortes de préceptes; les uns entièrement bons, comme le *Décalogue*; d'autres mêlés de justice et d'injustice, comme la loi du *Talion*; et les troisièmes typiques et symboliques, comme les lois cérémoniales. Il eut des sectateurs, qui furent nommés de son nom *Ptolomaites*.
XVI. PTOLOMÉE, dit de *LUCQUES*, parce que selon quelques écrivains, il étoit né dans cette ville au 14$^{e}$ siècle; et que selon d'autres, il y avoit fait un long séjour, embrassa l'ordre de Saint-Dominique. Il s'appliqua particulièrement à l'étude de l'histoire sacrée et profane. Il voulut trop pénétrer dans la mysticité, et en disant plus que ce que nous dit l'Écriture-Sainte sur l'Incarnation du Verbe, il s'égara. Il osa avancer dans un sermon prêché à Mantoue, que « *Jésus-Christ* avoit été formé dans le cœur de la *Sainte Vierge* et non dans ses entrailles. » Une proposition aussi hasardée obligea ses supérieurs à lui imposer silence. Il se tut en chaire, et il parla par ses livres qui ne valent guère mieux que ses sermons. Les principaux sont: I. Des *Annales* en latin, depuis 1060 jusqu'en 1303. On les trouve dans la *Bibliothèque des Pères*. II. Une *Chronique des Papes et des Emperieurs*, dans la même langue, réimprimée à Lyon en 1719, in-4.$^{o}$
PTOLOMÂÎTES, *Voyez* PTOLOMÉE, n.$^{o}$ xv.
PUBLICI, (Aymond de) des comtes de *PLOSASCI*, docteur en droit, co-seigneur de *Publici*, (*Publicianum*) près de Turin, après avoir rempli divers emplois, devint conseiller du grand conseil de *Charles II* duc de Savoie. Ce prince l'envoya comme ministre en différentes cours, à Rome et en France. Ce fut lui qu'il chargea en 1529, d'aller à Venise revendiquer ses droits à la couronne de Chypre. Il assista avec le duc de Savoie, à Bologne, au couronnement de *Charles-Quint*; l'année suivante il fut nommé président du sénat de Chambéri, et il conserva cette place jusqu'aux troubles de l'année 1536, qui l'obligèrent de se retirer chez lui. Accusé d'être favorable au parti du duc de Savoie, il fut arrêté et conduit dans le château de Turin en 1542. Son procès fut instruit, et il fut relégué à Montferrand en Auvergne. Après y avoir fait venir sa femme, ses enfans et sa bibliothèque, il exerça sa profession de jurisconsulte dans les sièges de Riom, de Clermont et de Montferrand. Il s'appliqua particulièrement à faire une *Conférence du Droit Écrit avec les Coutumes d'Auvergne*. Cet ouvrage est plein d'une érudition superflue, et rempli de maximes Ultramontaines.
PUBLICOLA, *Voyez* VALERIUS-PUBLICOLA. I. PUBLIUS-SYRUS, fameux poète *Mimique*, natif de Syrie, flo issoit à Rome l'an 44 avant J.C. Il y fut amené esclave, et tomba entre les mains d'un maître nommé *Domitius*, qui l'éleva avec soin et l'affranchit fort jeune. *Syrus* se distingua dans la poésie 264 PUB *Mimique*. Ses talens lui méritèrent l'estime de *Jules-César*; il parut avec tant d'éclat sur le théâtre de Rome, qu'il effaça *Laberius* chevalier Romain, dont les *Mimes* étoient estimées. On a de cet auteur un Recueil de *Sentences* en vers jambes libres, rangés selon l'ordre alphabétique. *La Bruyère* y a puisé quelques-unes de ses maximes. *Acarias de Sérione* l'a traduit en françois, Paris, 1736, in-12. Les meilleures éditions sont celles de *Tanneguy le Fèvre*; et celle d'*Havercamp*, ornée de remarques, in-8°, Leyde, 1708, avec les *Sentences de Sénèque*. On les trouve aussi dans le *Phèdre* de Paris, 1729 et 1742, in-12.
II. PUBLIUS, riche habitant de l'isle de Méléda; reçut *Saint Paul* et le défraya avec toute sa suite durant trois jours. *St. Paul* guérit de la fièvre le père de *Publius*. Il se fit Chrétien et fut le premier évêque de cette isle.
PUCCI, (François) *PUCCIUS*, d'une famille ancienne et noble de Florence, quitta l'église Catholique pour embrasser le Calvinisme. Il étoit alors à Lyon; de là il passa en Suisse, ensuite en Angleterre, puis en Pologne. Il flotta long-temps d'opinions en opinions. Enfin il rentra dans la communion Catholique à Prague l'an 1595. Son inconstance le jeta encore dans l'erreur. L'évêque de Saltzbourg l'ayant fait arrêter, l'envoya à Rome où il fut brûlé sur la fin du 16$^{e}$ siècle. Le principal dogme qu'on lui reprochoit, étoit que *Jésus-CHRIST*, par sa mort, *avoit satisfait pour tous les hommes*: « de manière que tous ceux qui avoient une connoissance naturelle de Dieu seroient sauvés, quoiqu'ils n'eussent aucune connoissance de J. C. » Il soutint ce sentiment dans un livre dédié au pape *Clément VIII*, sous ce titre: *De CHRISTI Salvatoris efficacité in omnibus et singulis hominibus quatenus homines sunt, assertio Catholica æquitati divinæ et humanæ consentanea, universæ Scripturæ sacræ et Patrum consensu spiritu discretionis probata, adversus scholas asserentes quidem sufficientiam Servatoris Christi, sed negantes ejus salutarem efficaciam in singulis, ad S. Pontificem Clementem VIII, 1592, in-8°. Ses sectateurs s'appelèrent les *Puccianistes*; et le sentiment de leur maître fut réfuté par plusieurs théologiens Catholiques et Protestans. Son erreur qui avoit été celles de *Rhetorius* dans le 4$^{e}$ siècle, et de *Zuingle* dans le 16$^{e}$, pouvoit, dit *Pluquet*, être une erreur du cœur; mais elle est contraire aux paroles de J. C. même. — La famille de *Pucci* a produit trois cardinaux, dont le plus célèbre est *Laurent*, que *Léon X* honora de la pourpre en 1513. *Pucci* eut le plus grand crédit auprès de ce pontife, qui lui confia une partie de l'administration. Son avidité lui fit prodiguer les indulgences, et fut en partie cause du soulèvement de *Luther* contre l'église Romaine. *Paul Jove* dit « qu'il avoit corrompu le bon naturel de *Léon X* par ses flatteries, et qu'il savoit modérer la sévérité des canons par des interprétations commodes et agréables. » Après la mort de ce pape on vouloit lui faire son procès comme à un concussionnaire. Mais le cardinal de *Médicis* détourna le coup, et ayant été placé ensuite sur la chaire de *St. Pierre* sous le nom de *Clément VII*, il rendit à *Pucci* toute l'autorité qu'il avoit perdue. Ce cardinal eut dès-lors une conduite plus ménagée et plus adroite. Il mourut à Rome en 1531, à 73 ans.
**PUCELLE**, (René) naquit à Paris en 1655, de *Claude Pucelle* avocat au parlement, et de *Françoise de Catinat* sœur du célèbre maréchal du même nom. Il se consacra d'abord à l'état ecclésiastique; mais peu de temps après le goût des armes l'emporta sur cette première destination. Après avoir fait quelques campagnes en qualité de volontaire, sous les yeux de son oncle, il voyagea en Italie et en Allemagne pour orner son esprit. De retour à Paris, il reprit l'habit ecclésiastique, se fit ordonner sous-diacre, étudia en droit, et fut reçu conseiller-clerc au parlement de Paris en 1684. La droiture de son cœur, l'intégrité de ses jugemens et l'élévation de son esprit fixèrent sur lui les regards du public. Pourvu de l'abbaye de Saint-Léonard de Corbigny en 1694, il ne voulut jamais être revêtu d'aucun autre bénéfice, quoiqu'il se soit trouvé dans la suite à portée de profiter des faveurs de la cour. Il se signala en 1713 contre l'Histoire des Jésuites par le P. *Jouvenci*, et en 1714 il se déchaîna contre la bulle *Unigenitus*. Après la mort de *Louis XIV* en 1715, il eut une place dans le conseil de conscience établi par le duc d'*Orléans* régent du royaume. L'abbé *Pucelle* continua de se distinguer dans le parlement, et d'y favoriser avec tant de vivacité la cause des *Anti-Constitutionnaires*, res, qu'il fut exilé dans son abbaye, d'où il répandit d'abondantes aumônes. Sa santé s'affoiblissant il craignit l'affoiblissement de sa tête, et de peur de porter la balance de la justice d'une main peu sûre, il renonça aux affaires ordinaires du palais. Il mourut à Paris le 7 janvier 1745, à 90 ans, en homme de bien comme il avoit vécu, honoré des regrets de son illustre compagnie et des larmes des indigènes.
**PUCELLE - D'ORLÉANS**, (la) *Voy. JEANNE D'ARC*, n.º X.
**PUCKERIDGE**, *Irlandois*, ayant observé en 1760 le son produit par le frottement du bord d'un verre à boire avec un doigt mouillé, essaya le premier de former un instrument harmonieux en plaçant sur une table un certain nombre de verres de diverses grandeurs et à moitié remplis d'eau. *Puckeridge*, mort jeune, n'eut pas le temps de perfectionner son invention, mais elle fut saisie par le docteur *Francklin*, auquel on est redevable de l'instrument connu sous le nom d'*Harmonica*.
**PUFENDORFF**, (Samuel de) né à Fleh, petit village de Misnie, en 1631, d'une famille Luthérienne, étoit fils du ministre de ce village. Après avoir fait de grands progrès dans les sciences à Leipzig, il tourna toutes ses études du côté du droit public, et des intérêts respectifs de l'Empire et des différens souverains dont l'Allemagne est composée. Il joignit à cette étude celle de la philosophie de *Descartes* et des mathématiques. Son mérite lui procura en 1658 la place de gou- verneur du fils de Coyer, ambassadeur du roi de Suède à la cour de Danemarck. Il se rendit avec son élève à Copenhague; mais à peine y fut-il arrivé, que la guerre s'étant allumée entre le Danemarck et la Suède, il fut arrêté avec toute la maison de l'ambassadeur. Pufendorff pendant sa prison qui dura huit mois, réfléchit sur ce qu'il avoit lu dans le Traité du Droit de la Guerre et de la Paix de Grotius, et dans les Ecrits politiques de Hobbes. Il mit ensuite ses réflexions en ordre et les publia à la Haye en 1660, sous le titre d'Elémens de la Jurisprudence universelle. Ce premier essai lui acquit une telle réputation, que Charles-Louis électeur Palatin, fonda en sa faveur une chaire de droit naturel dans l'université d'Heidelberg. Pufendorff demeura dans cette ville jusqu'en 1670, que Charles XI roi de Suède lui donna une place de professeur en droit naturel à Londen, le fit son historiographe et l'un de ses conseillers, avec le titre de baron. Plusieurs souverains se disputèrent l'avantage de posséder un tel homme. Pufendorff donna la préférence à l'électeur de Brandebourg, qui le fit conseiller d'état, et le chargea d'écrire l'histoire de l'électeur Guillaume le Grand. Il mourut à Berlin le 26 octobre 1694, à 63 ans, d'une blessure qu'il se fit au pied en coupant ses ongles. Sa réputation s'étoit soutenue autant par ses mœurs que par son savoir. Quoiqu'il eût vécu à la cour, son caractère ne fut ni moins droit, ni moins vrai. Le droit public avoit été le principal objet de ses études et le premier mobile de sa fortune. Parmi les ouvrages qui lui ont fait un nom dans l'Europe, on distingue: I. Histoire de Suède depuis l'expédition de Gustave-Adolphe en Allemagne, jusqu'à l'abdication de Christine, (c'est-à-dire depuis 1628 jusqu'en 1654,) à Utrecht, 1686, in-fol. II. Histoire de Charles-Gustave, en deux tomes in-fol., Nuremberg, 1696, en latin; et imprimée en françois dans la même ville, 1698, in-folio. III. Histoire de Frédéric-Guillaume le Grand, électeur de Brandebourg, Berlin, 1695, 2 vol. in-fol. en latin. Cette histoire tirée des archives de la maison de Brandebourg, essuya plusieurs retranchemens pendant le cours de l'impression, et il est rare de trouver des exemplaires non châtés. IV. Elementorum Jurisprudentiae universalis libri duo, à la Haye en 1660; Iéne, 1669, avec un appendice de Sphæd Morali, qui est d'une autre main. V. Joannis Meursii Miscellanea laconica, Amsterdam, 1661, in-4.° C'est par ses soins que ce volume a paru, de même que la Grèce ancienne de Jean Lauremberg, même année, 1661, in-4.° VI. Severini de Mozanbano, Destatu, Imperii Germanici; Genève, 1667, in-12, et souvent réimprimé depuis: il a été traduit en plusieurs langues, quoique vivement censuré par plusieurs savans. L'auteur veut y prouver que l'Allemagne est un corps de République dont les membres mal assortis font un tout monstrueux. La traduction françoise est de Savinien d'Alquier, Amsterdam, 1669, in-12. VII. Un recueil de Dissertations Académiques, en latin, 1698, in-8.° VIII. Une Description Historique et Politique de l'Em- pire du Pape, en allemand : production partiale, qui a été traduite en flamand et en latin. On la trouve dans l'ouvrage suivant, édition de 1742. IX. Introduction à l'Histoire des principaux Etats qui sont aujourd'hui dans l'Europe. C'est un de ses bons ouvrages, quoiqu'il y ait bien des méprises; il parut en 1682 en allemand. Il en donna une suite en 1686, et une addition contre Varillas en 1687. Ce livre fut traduit en françois par Claude Rouxel; et en 1722 un anonyme rectifia cette traduction, continua l'ouvrage, l'enrichit de notes, et publia le tout à Trévoux sous le titre d'Amsterdam, en 7 vol. in-12. (Voyez BRUZEN.) M. de Grace en a donné depuis une nouvelle édition, considérablement augmentée, en 8 vol. in-4.º X. Traité du Droit Naturel et des Gens, imprimé pour la première fois en 1672 à Leyde, en allemand. En 1684 il en fit faire une seconde édition à Francfort, augmentée d'un quart. Ce traité fut traduit en françois par Jean Barbeyrac, avec des notes, et imprimé à Amsterdam en 1734, 2 vol. in-4.º On l'a réimprimé en latin à Francfort, 1744, 2 vol. in-4.º Si Pufendorff eut des approbateurs, il ne manqua pas de critiques contre lesquels il n'oublia pas aussi de se défendre. On peut voir dans le tome XVIII des Mémoires du Père Niceron, les différens écrits qu'il a faits à ce sujet. Le recueil de ce qui fut dit de part et d'autre forme un livre, imprimé dès 1686 à Francfort, sous le titre d'Eris Scandica « Querelle de Scandinavie. » Quelque chose qu'on ait dit des Traités de Pufendorff, il est certain qu'il a rectifié et étendu les principes de Grotius. On y voit, ainsi que dans ses autres ouvrages, une grande connoissance des mœurs, du génie et des intérêts des peuples; mais beaucoup de choses inutiles, beaucoup de divisions scolastiques peu exactes, trop de définitions obscures, trop de choses vagues, et même quelques principes hasardés, et trop peu de modération lorsqu'il parle de l'église Romaine et du souverain pontife. Son style est dur jusqu'à la barbarie; mais les fruits qu'on tire de son livre dédommagent de la peine qu'on prend pour les cueillir. Il publia un abrégé de ce traité sous le titre de Devoirs de l'homme et du Gitoyen, traduit en latin à Edimbourg, in-8.º, et en françois par Barbeyrac, 1718, 2 vol. in-8.º — Son frère Isaïe PUFENDORFF, résident dans plusieurs cours, né en 1628 et mort en 1689 à Ratisbonne, passe pour l'auteur de l'ouvrage satirique, intitulé : Anecdotes de Suède ou Histoire secrète de Charles XI, 1716, in-8.º On a encore de lui, Opuscula juvenilia, 1699, in-8.º Ce sont de petites dissertations sur les Druides, les Lois Saliques, la Théologie de Platon.
PUGATSCHEFF, (Yemelka) cosaque, l'un des imposteurs qui se donnèrent pour Pierre III empereur de Russie, étoit né à Simoreisk sur le Don. Après avoir servi dans les troupes Russes contre le roi de Prusse et les Turcs, il déserta et se réfugia en Pologne chez des hermites du rit Grec, et gagna ensuite la petite Russie. Là, il fit révolter quelques cosaques, prit des forteresses dans le gouvernement d'Orem- 68 P U G bourg et se fit reconnoître pour Pierre III. Après divers succès il eût pu s'emparer de Moscow; mais il négligea de s'y rendre et ne put réparer cette faute. Cent mille serfs l'y attendoient pour prendre les armes. La cour de Russie mit sa tête à prix, et pro- mit cent mille roubles à qui le livrerait. Enfin le comte de Panin ayant été envoyé contre lui, les compagnons de son imposture manquant de nourriture et in- dignés de ses cruautés, le livre- rent au commandant de la forte- resse du Jaick. Il fut conduit à Moscow dans une cage de fer, et eut la tête tranchée le 21 jan- vier 1775. Autant il avoit montré d'audace à la tête des révoltés, autant il fit paroître de pusilla- nimité à l'approche du supplice. « Après Tamerlan, dit l'impéra- trice de Russie dans une lettre à Voltaire, aucun scélérat n'a plus fait de mal à l'espèce humaine. » Il faisoit pendre sans rémission tous les nobles, hommes, fem- mes, enfans, tous les officiers, tous les soldats. Il livroit tout au pillage, même les maisons de ceux qui l'avoient bien ac- eueilli. Il ne savoit ni lire, ni écrire. C'étoit une bête féroce portée d'elle-même à la violence et au meurtre. Son procès n'offrit pas la moindre présomption qu'il eût été l'instrument de quelque puissance, ni qu'il eût suivi l'ins- piration de qui que ce soit. Il avoit fait frapper des roubles avec son effigie et cette inscription: Redivivus et ultor. I. PUGET, (Pierre) sculp- teur, peintre et architecte, né à Marseille en 1623, annonça dès l'enfance ce qu'il devoit être un jour. Il construisit une ga- lère, n'étant âgé que de 16 ans: Puget, après cette preuve de ses talens, entreprit le voyage d'Italie. Il séjourna à Florence et à Rome. Le premier sculp- teur du grand duc de Florence ayant connu son mérite, le char- gea non-seulement de l'exécu- tion, mais encore du dessin de plusieurs morceaux considérables. De retour dans sa patrie à 21 ans, avec une grande réputation, le duc de Brezé amiral de France lui demanda le modèle du plus beau vaisseau qu'il pourroit ima- giner. C'est alors qu'il inventa, pour orner les vaisseaux, ces belles galeries que les étrangers ont tâché d'imiter. Puget se fai- soit aussi un grand nom par ses tableaux; mais une maladie lui fit abandonner cet art, pour ne plus se livrer qu'à la sculpture. Ses talens le firent désirer à la cour. Fouquet le chargea d'aller choisir en Italie de beaux blocs de marbre. Ce généreux minis- tre ayant été disgracié, ce fut un obstacle au retour de Puget, et un avantage pour l'étranger, qui profita de ces circonstances pour avoir de ses chefs-d'œuvre. Il fit plusieurs grands morceaux à Gênes; et le duc de Mantoue obtint de lui ce magnifique bas- relief de l'Assomption, auquel le cavalier Bernin ne put refu- ser ses éloges. Ce même Bernin admirant à Toulon les ouvrages de Puget, dit: Je m'étonne que le Roi ayant un sujet si habile, ait pensé à m'appeler auprès de sa personne. — Quoi! (dit-il en voyant les armes de l'Hôtel de ville de Toulon, production de Puget,) Quoi! vous avez un homme de ce mérite, et la cour ne l'emploie pas! La cour l'em- ploya et le récompensa. Colbert le rappela en France, et lui fit donner une pension de 1200 écus. Louis XIV, qui se connoissoit en mérite, avoit coutume d'appeler Puget l'Inimitable. Ses morceaux de sculpture pourroient être comparés à l'antique, pour le grand goût et la correction du dessin, pour la noblesse et l'expression de ses caractères, pour la beauté de ses idées et l'heureuse fécondité de son génie. Le marbre prenoit sous son ciseau, du sentiment, de la souplesse, de l'élégance. Je me suis nourri, disoit-il, aux grands ouvrages. Je nage quand j'y travaille, et le marbre tremble devant moi, pour grosse que soit la pièce. Ses draperies sont si bien entendues, qu'on sent le nu au travers. Les groupes de Milon de Crotone, et de Persée délivrant Andromède, placés à l'entrée du parc de Versailles, sont de Puget, et dignes de cet excellent maître. Lorsqu'on ouvrit à Versailles la caisse qui renfermoit Milon, la reine fut si touchée, que, dans la surprise où elle fut, elle s'écria tout-à-coup, en voyant les efforts du Crotoniate pour se débarrasser : Ah ! le pauvre homme ! Ce mot valoit bien le geste de Zeuxis pour tirer le rideau de Parrhasius. Il y a des tableaux de Puget à Aix, à Marseille, à Toulon. Son St. Charles, à la Consigne de Marseille, est un morceau admirable. Puget a dessiné sur le vélin des marines, morceaux précieux pour le goût et l'exécution. L'amour propre de cet artiste étoit très-sensible, et il n'étoit pas aveugle sur ses talens. Une occasion, entre autres, le manifesta tel qu'il étoit, et il eût fallu beaucoup de stoï- cisme pour n'être pas ému dans une circonstance si singulière. Il étoit question d'une statue équestre en bronze, que la ville de Marseille vouloit ériger à Louis XIV. Puget fut choisi pour cet ouvrage; il fit le modèle, il reçut des avances. Mais un des échevins, piqué de ce que le sculpteur avoit refusé de lui faire gratis deux statues pour sa maison de campagne, se met à la traverse, fait casser le contrat passé avec lui, et procure l'ouvrage à un sculpteur nommé Glérion, qui étoit d'un mérite bien inférieur à celui de Puget. Notre artiste sentit vivement cette injure, en écrivit à la Brun, premier peintre du roi, et s'en plaignit amèrement à la cour, dans un voyage qu'il fit à Fontainebleau. Mansard surintendant des bâtiments, lui dit : « que s'il vouloit faire la statue du roi pour le même prix que Glérion, il lui feroit donner la préférence. » Alors Puget, piqué de ce qu'on le comparoit à un tel artiste, répondit brusquement, qu'un homme comme lui ne devoit être mis en parallèle qu'avec les Cavaliers l'Algarde et Bernin... Puget ne savoit point l'art de faire sa cour; il n'avoit que l'ambition d'un grand artiste, l'amour de la gloire, et le désir de vivre dans la mémoire des hommes. Il joignoit à cela beaucoup de probité, de droiture et de complaisance pour ses amis. Il étoit fidelle à tous les devoirs de la religion; ses tableaux de dévotion et quelques fondations pieuses, en sont la preuve. Il mourut à Marseille le 2 décembre 1694, à 72 ans. Voy. GIRARDON.
PUGET, Voy. SERRE, n° I.
PUJOS, (André) peintre en portrait, né à Toulouse en 1730, mort à Paris en 1788, réunit dans son cabinet les portraits des gens de lettres et des autres personnes célèbres de son temps.
PUIS, *Voyez* DUPUIS.
PUISIEUX, (Philippe-Florent de) né à Meaux en 1713, mort à Paris en octobre 1772, à 69 ans, étoit avocat au parlement de Paris. Il cultiva moins la jurisprudence que la littérature. Nous avons de lui, un grand nombre de Traductions de Livres anglois, dont quelques-unes sont utiles. Telles sont celles de la *Grammaire Géographique de Gordon*, in-8°; de l'*Histoire navale d'Angleterre*, en 3 vol. in-4°; de la *Grammaire des Sciences Philosophiques de Martin*, in-8°; des *Éléments des Sciences et Arts*, 3 vol. in-12; des *Consultations de Médecine d'Hoffman*, 8 vol. in-12; des *Observations du même*, 2 vol. in-12; de la *Géographie de Varenius*, 4 vol. in-12; du *Voyage en France, en Italie, et aux isles de l'Archipel*, 4 vol. in-12; des *Voyageurs modernes*, 4 vol. in-12; des *Avis de Médecine*, de *Méad*, in-12; des *Expériences Physiques de Lewis*, trois vol. in-12; des *Observations sur le Jardinage*, 3 vol. in-12, etc. Il a aussi traduit quelques Romans et quelques autres brochures angloises, dont la plupart ne méritoient pas de passer la mer.
PUISIEUX, *Voy*. BRULART, nos I. et II.
PUISMIROL DE ST. MARTIN, jeune Languedocienne, se distingua à la fin du 17$^{e}$ siècle par son goût pour la poésie. Qu a recueilli ses vers à Toulouse, en un vol. in-12.
PUISSELEUR, (François de) évêque d'Amiens en 1546, s'y rendit recommandable par sa bienfaisance, ses vertus et ses ordonnances synodales; leur recueil sert à faire connoître les mœurs du temps, et sur-tout celles du clergé. Elles enjoignent aux prêtres du diocèse de porter une soutane qui descende jusqu'aux talons, de ne point porter des souliers à jour, découpés et garnis de petits miroirs. Elles défendent à tous l'exercice des professions de notaire et de procureur, de ne baptiser l'enfant dans le ventre de sa mère s'il n'en paroît rien au dehors, et d'avoir des histrions et des danses au repas d'une première messe, etc.
PULAWSKI, général de l'armée des confédérés en Pologne, eut la principale part aux troubles qui agiterent ce royaume en 1771. Les dissidens avoient obtenu des privilèges; *Pulawski* s'imaginant qu'ils les devoient au roi *Stanislas-Auguste*, résolut de l'enlever pour qu'on procédât à l'élection d'un nouveau monarque. Environ quarante factieux entrèrent dans ce complot, qu'ils exécutèrent après s'être liés par un serment devant une image de la Vierge. *Voyez* STANISLAS. Le roi ayant dû la vie aux remords de l'un des conjurés, *Pulawski* alla servir en Amérique pour les États-Unis, et il commandoit une légion au siège de Savannah, où il fut tué par un boulet en 1779, à côté du général François.
PULCHÉRIE, (Sainte) *Ella Pulcheria*, impératrice, P U L 271 fille de l'empereur Arcadius, et sœur de Théodose le Jeune, fut créée Auguste en 414, et partagea avec son frère la puissance impériale. Après la mort de Théodose, arrivée en 450, Ste. Pulchérie fit élire Marcien et l'épouse, plutôt pour avoir un soutien qui l'aidât à porter le poids de la couronne, que pour avoir un époux. Elle lui fit promettre qu'il garderoit la continence avec elle. C'est par ses soins que fut assemblé en 451, le concile général de Chalcédoine. Cette auguste assemblée la combla d'éloges. Elles les méritoit par sa piété et par son zèle. Cette princesse aimoit les lettres et les cultivé. Elle mourut en 454, à 56 ans. Voltaire maltraite cette princesse dans la préface de son Commentaire sur la Pulchérie de Corneille. Il dit qu'en épousant Marcien, elle fut aussi fidelle à son vœu d'ambition et d'avarice, qu'à celui de chasteté. Elle avoit, ajoute-t-il, 50 ans, et Marcien 70; elle l'épousoit donc moins pour avoir un mari qu'un premier domestique. Mais il est faux que Marcien eût cet âge. Il étoit né en 391, et n'avoit par conséquent que neuf ans de plus que Pulchérie. Quant aux consures que Voltaire fait du gouvernement de Pulchérie et de Marcien, nous les avons peints l'un et l'autre d'après les historiens anciens et modernes, qui ne partagent point la façon de voir du censeur. (Voyez MARCIEN.) Voltaire pour le dégrader, dit qu'il fut long — temps prisonnier de Genseric, et qu'il n'avoit su se conduire ni dans la guerre ni dans la paix. La vérité est que Genseric le retint très-peu de temps, et que son administration sous Pulchérie et après sa mort, fut celle d'un père, toujours occupé, pendant son règne, à protéger ses sujets et à les soulager, comme le dit Guillaume Beauvais dans son Histoire abrégée des Empereurs Romains et Grecs.
PULCI, (Louis) né à Florence en 1432, d'une famille noble, et chanoine de cette ville, est auteur d'un long Poème intitulé: Morgante Maggiore; espèce de Poème épique, où il y a quelque imagination, mais peu de jugement, encore moins de goût, et où l'auteur fait un mélange bizarre du sérieux et du comique le plus bas. Il se permet d'ailleurs des plaisanteries révoltantes sur des matières sacrées, et des obscénités grossières. Les meilleures éditions de ce Poème sont: celles de Venise, 1494, 1545, 1574, in-4°; de Naples sous le nom de Florence, en 1732, in-4°; de Paris, 1768, 3 vol. in-12. Quelques critiques Italiens, Varchi entre autres, ont mis Pulci au-dessus de l'Arioste; mais leur jugement, en le supposant de bonne foi, ne prouve que la singularité de leur goût. Le Morgante fut composé pour Lucrèce Tornabuoni, mère de Laurent de Médicis dit le Magnifique, qui le faisoit lire à sa table; et quelques-uns ont prétendu qu'Ange Politien et Marcile Ficin y avoient eu beaucoup de part. On ne sait point quand mourut Louis Pulci. L'éditeur de Naples, qui donne la date précise de sa naissance, ne donne point celle de sa mort, qu'on place par conjecture vers l'an 1487. Zilioli, auteur d'une Histoire manuscrite des Vies des sonjecturé que *Proserpine* étoit fille d'*Aidoneus* roi des Molossiens; et que *Pirithoüs* ayant voulu la ravir, il fut arrêté et exposé aux chiens; mais qu'*Hercule* le délivra.
PIROMALLI, (Paul) Dominicain de Calabre, fut envoyé dans les missions d'Orient. Il demeura long-temps en Arménie, où il eut le bonheur de ramener à l'Eglise Catholique beaucoup de Schismatiques et d'Entychéens, et le patriarche même qui l'avoit traversé. Il passa ensuite dans la Géorgie et dans la Perse, puis en Pologne en qualité de nonce du pape *Urbain VIII*, pour y appaiser les troubles causés par les disputes des Arméniens qui y étoient en grand nombre. *Piromolli* réunit les esprits dans la profession d'une même foi et dans l'observance des mêmes pratiques. Comme il retournoit en Italie, il fut pris par des corsaires qui le menèrent à Tunis. Dès qu'il fut racheté, il alla à Rome rendre compte de sa mission au pape, qui lui donna des marques éclatantes de son estime. Le pontife lui confia la révision d'une Bible Arménienne, et le renvoya en Orient, où il fut élevé en 1655, à l'évêché de Nassivan. Après avoir gouverné cette église pendant neuf ans, il revint en Italie. Il fut chargé de l'église de Bisignano, et y mourut trois ans après, en 1667. Sa charité, son zèle et ses autres vertus honorèrent l'épiscopat. On a de lui : I. Des ouvrages de *Controverse* et de *Théologie*. II. Deux *Dictionnaires*; l'un *Latin-Persian*, et l'autre *Arménien-Latin*. III. Une *Grammaire Arménienne*. IV. Un *Directoire*; estimé pour la correction des livres Arméniens. Tous ces ouvrages déposent autant en faveur de sa vertu, qu'en faveur de son érudition.
PIRÓN, (Alexis) né à Dijon le 9 juillet 1689, d'un apothicaire, y passa plus de 30 années dans la dissipation d'un jeune homme qui aimoit les plaisirs et la liberté. Une Ode trop connue ayant fait une impression scandaleuse sur ses concitoyens, il quitta sa patrie pour échapper aux reproches qu'il y essuyoit. Sa famille ne pouvant l'aider que l'obblément, il se soutint à Paris par le moyen de sa plume, qui étoit aussi belle et aussi nette que les traits du burin. Il se plaça chez M. de Bellisle en qualité de secrétaire, et ensuite chez un financier, qui ne s'apporçut point qu'il possédoit un homme de génie. Diverses Pièces où l'on trouve des détails singuliers, originaux, et une invention piquante, qu'il fournit au spectacle de la Foire, commencèrent sa réputation; et la *Métromanie*, la meilleure comédie qui ait paru depuis le *Joueur de Hégnard*, y mit le dernier sceau. Cette pièce en cinq actes, bien conduite, semée de traits neufs, pleine de génie, d'esprit et de gaieté, fut jouée avec le plus grand succès en 1738, sur le théâtre François (Voyez DES FORGES - MAILLARD.) L'auteur jouit dans la capitale de tous les agrémens que peut se promettre un homme d'esprit dont les saillies sont intarissables. Admirable dans la conversation, où il n'eut point d'égal, plein du sel de *Rabelais* et de l'esprit de *Swift*, toujours neuf, tou- Poètes Italiens, a écrit, mais sans preuves, que ce poète étoit mort à Padoue, et qu'on lui avoit refusé la sépulture comme à un excommunié. — Luc et Bernard Pulci, frères de Louis, se distinguèrent aussi dans la poésie. Le premier est principalement connu par deux Poèmes : Il Cirillo Calvanco, dont la meilleure édition est celle de Venise, 1518, in - 4°; Il Driadeo, Florence, 1479, in-4°. Le second l'est par un Poème sur la Passion de Jésus-Christ, et par une Traduction en vers des Bucoliques de Virgile. C'est Louis Pulci, qui le premier a introduit dans sa langue le style Bernesque, quoique ce genre de poésie ait pris son nom de Berni, uniquement parce qu'il y excelloit. Ce genre piquant, agréable et uniquement propre à la langue italienne, ne doit point être confondu avec notre poésie burlesque : il imite assez bien la poésie mimique des anciens.
PULLUS, (Robert) ou POULLAIN, théologien Anglois, fit ses études à Paris avec distinction. A son retour en Angleterre, vers 1130, il rétablit l'académie d'Oxford, et fut pourvu de l'archidiaconé de Rochester. Quelque temps après, le pape Innocent II l'appela à Rome, où il fut fait cardinal et chancelier de l'Eglise Romaine par le pape Celestin II, en 1144. Le P. Mathou Bénédictin, publia en 1655, son livre des Sentences, in-fol. Il est distingué parmi les rapsodies scolastiques que le 12e siècle produisit. L'auteur mourut vers 1150.
PULMANNUS, (Théodore) né à Cranenbourg, dans le du- ché de Clèves, vers 1570. Quoique d'une condition obscure, et obligé de vivre du travail de ses mains, il se rendit habile dans les belles-lettres et dans la critique grammaticale. Son application principale fut de corriger les poètes Latins sur d'anciens manuscrits, et d'en donner de bonnes éditions chez Plantin à Anvers. Il y servit de correcteur d'imprimerie pendant seize ans. On a de lui, des éditions d'Arator, de Saint Paulin, de Virgile, de Lucain, de Juvenal, d'Horace, d'Ausone, de Claudien, d'Esope, de Térence, de Suétone, etc. Il mourut à Salamanque en Espagne.
PULTENEY, (Guillaume) né en 1682, et mort en 1764, comte de Bath, entra dans le conseil privé du roi d'Angleterre en 1741, et se rendit moins célèbre par ses grands principes, que par son opposition continuelle avec ceux du ministre Walpole, à qui il fit ôter le ministère.
PUONÇU, (Mythol.) nom du premier homme, suivant la tradition chinoise. Les lettrés disent qu'il naquit comme le champignon, sans le secours d'aucune semence. D'autres le font éclore d'un œuf, dont la coque s'éleva au ciel, le blanc se dispersa dans les airs, et le jaune resta sur la terre.
PUPIEN, (Marcus Claudius Maximus PUPIENUS) né vers l'an 164 d'un forgeron, prit le parti des armes, et parvint par son mérite aux premiers emplois de l'armée et du sénat. Il fut prétour, consul, préfet de Rome et et gouverneur de plusieurs provinces, où il se conduisit avec autant d'intégrité que d'intelligence. Après la mort des *Gordiens* en 237, le sénat le déclara Auguste avec *Balbin*, pour délivrer l'empire de la tyrannie des *Maximins*. Il marchoit contre eux avec une armée formidable, lorsqu'il apprit qu'ils avoient été massacrés devant Aquilée. Il fut alors reconnu par tout l'empire, et vint jouir à Rome de la paix qu'il lui avoit procurée. Il se préparoit à porter ses armes victorieuses dans la Perse; mais les soldats du prétoire s'étant révoltés, il fut massacré avec *Balbin*, le 15 juillet 238. Ce prince, digne d'un meilleur sort, avoit la taille élevée, le maintien grave, la figure noble. La mélancolie dominoit dans son caractère; il étoit sévère sans rudesse, humain sans foiblesse, et d'une douceur admirable. Ses mœurs étoient pures. Il aimoit la patrie et les lois, rendoit justice sans acception de personnes, et maintenoit les soldats dans une exacte discipline. Il régna un an et quelques jours, et mourut âgé de 74 ans.
PUPIUS ou PUPPIUS, poète tragique Latin, dont les pièces étoient si touchantes qu'il faisoit fondre en larmes tous les spectateurs. *Horace* en parle avantageusement dans sa première Epître du premier livre.
PURBACH, PEURBACH ou BURBACH, (George) *Purbachius*, né en 1423 au village de Purbach entre la Bavière et l'Autriche, enseigna la philosophie et la théologie à Vienne. Il prit un goût particulier pour l'astronomie, et fit plusieurs voyages en Italie afin d'acquérir des connaissances plus étendues dans cette science. On voulut le fixer à Bologne; mais l'empereur *Frédéric III* l'engagea par tant de bienfaits à retourner à Vienne, qu'il en reprit le chemin. *Purbach* s'attacha alors uniquement à l'observation des astres, et après avoir rectifié les instrumens des anciens astronomes, il en imagina de nouveaux. Ses observations le mirent en état d'apprécier le système de *Ptolomée* et de le corriger. Il forma des tables astronomiques et perfectionna la trigonométrie et la gnomonique. Au milieu de ses travaux il desiroit toujours d'avoir une traduction fidèle de l'*Almagesté* de *Ptolomée*. Cet ouvrage étoit écrit en grec, et il ignoroit cette langue. Le cardinal *Bessarion* grec d'origine, étant venu à Vienne, lui conseilla de retourner en Italie pour bien entendre la langue grecque. Il travailloit alors à un abrégé de ce grand ouvrage, et il en étoit au sixième livre. Il se disposoit cependant à suivre le conseil de *Bessarion*, lorsqu'une maladie l'enleva le 8 avril en 1462, à 39 ans. *Jean Muller* son disciple acheva cet ouvrage. Les fruits de sa plume sont: I. *Theoria nova Planetarum*. II. *Observationes Hassiaca*. III. *Tabula Eclipsium*, pour le méridien de Vienne. Ses écrits lui méritèrent une place distinguée dans la liste du petit nombre des mathématiques de son temps.
PURCEL, (Henri) musicien Anglois, né en 1658 et mort en 1695, mit en musique l'opéra d'*Arthur de Dryden*. Il fut organiste de Westminster dès l'âge de 18 ans.
PURCHAS, (Samuel) Anglois, né en 1577 dans le comté d'Essex, mort en 1628, a publié une collection curieuse de voyages pieux, connus sous le nom de *Pèlerinages de Purchas*.
PURE, (l'abbé Michel de) écrivain François du 17$^{e}$ siècle, est auteur de quelques *Pièces de Théâtre*, qu'on n'a pu ni jouer ni lire, à l'exception de la tragédie d'*Ostorius*, représentée et dédiée à *Mazarin*. On a encore de lui des *Traductions* : I. Des *Institutions de Quintilien*, 1663, in-4$^{o}$, très-inférieures à celles de l'abbé *Gédoyn*. II. De l'*Histoire des Indes Orientales de Moffée*, 1665, in-4$^{o}$. III. De l'*Histoire Africaine de J. B. Birago*, 1666, in-12. IV. De l'*Histoire de Léon X par Paul Jove*. Son ouvrage le plus recherché est sa *Vie du Maréchal de Gassion*, Paris, 1673, 4 vol. in-12. On lui doit encore la vie du cardinal *Alphonse de Richelieu*. Cette dernière est en latin. Ce médiocre écrivain n'est guère connu que par le ridicule dont *Boileau* l'a couvert dans ses satires. Ce dernier voulut se venger d'un libelle qu'on accusa l'abbé de *Pure* d'avoir distribué. Dès-lors le poète offensé plaça le nom de ce dernier dans sa seconde satire, et supprima deux vers qu'il avoit fait contre *Ménage*. Il mourut en 1680.
PURVER, (Antoine) Quaker Anglois, né en 1702, mort en 1775, exerça d'abord le métier de cordonnier, mais ayant appris ensuite l'hébreu, le grec et le latin, il traduisit la Bible en anglois et devint un prédicateur renommé dans sa secte.
PUTEANUS, *Voy*. II. Puy.
PUTIPHAR, *Voy*. I. Joseph.
PUTSCHIUS, (Élie) né à Anvers en 1580, d'une famille originaire d'Augsbourg, n'avoit que 21 ans lorsqu'il mit au jour *Salluste*, avec des fragmens et de bonnes notes. Il donna ensuite un *Recueil* de 33 anciens Grammairiens avec des notes, *Hanoviæ*, 1605, in-4$^{o}$. Ce savant préparoit d'autres ouvrages lorsqu'il mourut à Stade le 9 mars 1606, à 26 ans, après avoir fait concevoir de grandes espérances.
PUY, (du) *Voyez* Dupuy.
PUY-CIBOT, (Gasberg de) poète Provençal du XIII$^{e}$ siècle, se fit beaucoup de réputation par ses vers, et sur-tout par son *Traité intitulé : Las Bauzias d'Amours*. L'infidélité de sa femme qui étoit de la maison de *Bartas*, et qu'il aimoit éperdument, l'engagea à se faire moine au monastère de Pignans, où il oublia l'amour sans oublier les Muses.
PUY-GUILLON, *Voyez* Pingolan.
PUY-HERBAULT, (Gabriel du) *Putherbæus*, religieux de l'ordre de Fontevrault, et docteur de Sorbonne, natif de Touraine, fut l'un des plus célèbres prédicateurs et des plus habiles controversistes de son temps. Les Protestans le regardoient comme leur fléau. Il mourut en 1566, au monastère de Notre-Dame de Colignance en Picardie. On a de lui plusieurs ouvrages; les plus connus sont : I. *Evangelicae Historiæ Tetramonon*. II. *Theotimus, de tollendis et expurgandis malis libris*, Paris, in-8$^{o}$, 1549. Il y a quelques bonnes réflexions; mais elles sont noyées dans beaucoup d'autres, qui mériteraient d'être exprimées avec plus de précision.
PUY-LAURENS, (Antoine de l'Age de) attaché à Gaston d'Orléans qu'il trahissait, reçut de la cour des gratifications, et la trahit ensuite à son tour. Il fut même condamné à perdre la tête en 1633, comme complice de l'évasion du duc d'Orléans en Lorraine. Il fit cependant sa paix en faisant celle de son maître. Il épousa Mlle de Pontchâteau cousine-germéine du cardinal de Richelieu, et fut fait duc et pair en 1634. Cette brillante fortune ne fut qu'un éclair. Le roi le fit arrêter le 14 février 1635, et conduire à Vincennes, où il mourut le premier juillet suivant, sans enfans. Sa veuve finit ses jours en 1674. Elle s'étoit remariée au comte d'Harcourt, de la maison de Lorraine. Voyez I. Foix. I. PUY-SÉGUR, (Jacques de Chastenet, seigneur de) lieutenant général sous Louis XIII et Louis XIV, étoit d'une famille noble du comté d'Armagnac. Il avoit pour septième aïeul Bernard de Chastenet qui en 1665, étoit conseiller et chambellan du roi de Navarre. Il commença à porter les armes en 1617, dans le régiment des Gardes dont il fut enseigne. Nommé ensuite major du régiment de Piémont, il en devint colonel, et obtint le grade de lieutenant général des armées du roi. Il servit pendant 43 ans sans discontinuation. En 1636 les Espagnols avoient entrepris de passer la Somme, pour porter la guerre jus- qu'aux portes de Paris; Puy-Ségur fut chargé de leur disputer le passage avec peu de monde. Le comte de Soissons général de l'armée Françoise, craignant avec raison qu'il ne fût écrasé, lui envoya dire de se retirer s'il le jugeoit à propos. Monsieur, répondit Puy-Ségur à l'aide de camp, un homme commandé dans une action périlleuse comme est celle-ci, n'a point d'avis à donner. Je suis venu par ordre de Monsieur le Comte; je n'en sortirai pas, à moins qu'il ne me l'envoie commander. Ce brave officier se trouva à plus de 120 sièges où le canon avoit tiré, à plus de 30 combats, batailles ou rencontres, sans jamais avoir été malade ni avoir reçu aucune blessure. Il ne fit pas pourtant une grande fortune, parce qu'il fut plus attaché au roi qu'aux ministres, et qu'il avoit trop de franchise pour s'accommoder à tous les manèges des courtisans. C'est ce qu'il témoigne dans ses Mémoires qui s'étendent depuis 1617 jusqu'en 1658. Ils ont vu le jour à Paris et à Amsterdam en 1690, deux vol. in-12, par les soins de du Chêne historiographe de France. On y voit divers événements remarquables sur les campemens où il s'est trouvé; et il y a à la fin des instructions militaires assez utiles. L'auteur raconte avec hardiesse et avec vérité: Il mourut à l'âge de 82 ans, en 1682, dans son château de Bernouilles près de Guise.
II. PUY-SÉGUR, (Jacques de Chastenet, marquis de) fils du précédent, naquit à Paris en 1655. Il s'éleva de grade en grade, fut du nombre de ceux qui entrèrent au conseil de guerre éta- 176 P U Z blh après la mort de Louis XIV en 1715, et parvint enfin au bâton de maréchal de France. Cet honneur lui fut accordé en 1734, et en 1739 il fut reçu chevalier des ordres du roi. Il mourut à Paris le 15 août 1743, à 88 ans, après s'être signalé par son esprit et par son courage. On a de lui un ouvrage estimé sur l'Art Militaire, 1748, in-folio, et deux vol. in-4.º Il fut publié par son fils unique le marquis de Puy-Ségur, mort en 1782, à 65 ans.
PUZOS, (Nicolas) né à Paris en 1686, accoucheur, devint en 1745 directeur de l'académie de chirurgie. Il mourut le 7 juin 1753. Sa charité pour les pauvres ne se bornoit pas à secourir gratuitement ceux qui avoient recours à lui; il y en avoit un grand nombre dont il étoit le trésorier. Il laissa quelques Notes sur l'art qu'il avoit pratiqué. Morisot Deslandes en forma un Traité des Accouchemens, 1759, in-4º, qui parut inférieur au nom que Puzos s'étoit fait. I. PYGMALION, (Mythol.) fameux sculpteur, aima tellement une statue de Vénus qu'il avoit faite en ivoire, qu'il demanda à cette Déesse d'animer sa statue. Il obtint sa demande. Alors il épousa l'objet de son amour, et il en eut Paphus. Ce trait de fable a fourni au célèbre J. J. Rousseau le sujet d'une scène lyrique, où la passion trop exaltée dégénère quelquefois en frénésie.
II. PYGMALION, roi de Tyr, vers l'an 900 avant J. C., fit mourir Sichée mari de Didon, laquelle se sauva en Afrique avec tous ses trésors, et y fonda la ville de Carthage. Astarbé sa femme, aussi cruelle que lui, l'empoisonna; et voyant qu'il ne mouroit pas assez promptement, elle l'étrangla.
PYGMÉES, (Mythol.) peuple de nains, célèbre dans la Fable, et qui selon la plus commune opinion, habitoient la Lybie. Il n'avoient qu'une coudée de hauteur; leur vie étoit de huit ans; les femmes engendroient à cinq, et cachoient leurs enfans dans des trous, de peur que les grues, avec lesquelles cette nation étoit toujours en guerre, ne vinssent les enlever. Ils osèrent attaquer Hercule qui avoit tué leur roi appelé Antée. Un jour l'ayant trouvé endormi dans un grand chemin, ils sortirent des sables de Lybie, et le couvrirent comme une fourmilière. Le héros s'étant éveillé, les enferma dans sa peau de lion et les porta à Eurystée. Le nom de Pygmée qui leur fut donné, vient d'un mot grec qui signifie Naim.
PYLADE, ami d'Oreste; Voyez ORESTE.
PYLADE, pantomime de Cilicie, parut à Rome du temps d'Auguste. Il inventa une danse, où par des gestes ingénieux et par les divers mouvemens du corps, des doigts et des yeux, les Acteurs exprimoient admirablement, sans parler, les sujets comiques ou satiriques. Pylade excelloit encore dans les sujets tragiques, graves et sérieux. Il s'éleva entre lui et Hyllus son disciple, une dispute en présence du peuple Romain, pour savoir qui des deux représentoit mieux la grandeur d'*Agamemnon*. L'élève exprima cette grandeur en s'élevant sur ses pieds; mais *Pylade* lui cria : *Tu le fais long, et non pas grand*. Pour lui, il représenta *Agamemnon* sous les véritables traits de la grandeur et de l'héroïsme. *Voy*. BATHILLE.
PYLE, (Thomas) ministre Anglois, mort dans le XVIII$^{e}$ siècle, a publié beaucoup d'ouvrages pieux, et sur-tout des *Paraphrases* sur les actes des Apôtres et l'Apocalypse.
PYNAKER, (Adam) paysagiste célèbre, né en 1622 près de Delft, mort en 1675, excelloit dans le coloris et l'art des reflets. Ses tableaux se vendent très-cher.
PYRAME, (Myth.) jeune Assyrien, célèbre par sa passion pour *Thisbé*. Comme ses parens et ceux de *Thisbé* les génoient extrêmement, ils se donnèrent un rendez-vous pour partir ensemble et se retirer dans un pays éloigné. *Thisbé* arriva la première au rendez-vous; et ayant aperçu une lionne qui avoit la gueule tout ensanglantée, elle se sauva, et laissa tomber son voile, que la lionne déchira et teignit de son sang. *Pyrame* étant arrivé, ramassa le voile, et croyant que sa maîtresse étoit dévorée, il se perça de son épée. *Thisbé* revint un moment après, trouva *Pyrame* expirant, et connoissant son erreur, elle se perça aussi avec la même épée. *Ovide* et *la Fontaine* ont mis en vers cette pitoyable aventure.
PYRÈNE, fille de *Bebrix*, souverain de cette partie de l'Espagne qui confine à la France, et qui en est séparée par une chaîne de hautes montagnes, fut remarquée par *Hercule*, lorsqu'il fit cette expédition qu'il termina en élevant les deux fameuses colonnes de son nom; et elle lui inspira une passion si violente qu'il l'enleva et l'épousa. Un jour que le héros s'étoit éloigné d'elle pour aller combattre des brigands qui infestoient les états de son beau-père, des bêtes féroces déchirèrent la princesse: *Hercule* à son retour l'ensévolit sous une de ces montagnes, qui désolors, suivant la Fable, prirent le nom de *Pyrénées*.
PYRÉNÉE, (Mythól.) roi de Thrace, ayant un jour enfermé chez lui les *Muses* qui s'y étoient arrêtées en retournant au Parnasse, et n'ayant pas voulu les laisser sortir, elles s'attachèrent des ailes et s'envolèrent. *Pyrénée* monta sur une haute tour, d'où il se jeta en l'air pour voler après elles; mais il tomba et se brisa la tête.
PYRGOTELES, graveur Grec sous *Alexandre le Grand*, avoit le droit exclusif de graver ce fameux conquérant; de même que le sculpteur *Lysippe* étoit seul autorisé à faire ses statues. Ses gravures en creux passaient pour les chefs-d'œuvre de son art.
PYRON, *Voyez* PIRON.
PYRRHA, fille d'*Epimethée* et femme de *Deucalion*; *Voyez* DEUCALION.
PYRRHON, fameux philosophe Grec, natif d'Elide au Péloponnèse, avoit exercé la profession de peintre avant que de s'attacher à l'étude de la philosophie. *Anaxarque* fut son maître. *Pyrrhon* flottit dans un 278 P Y R doute éternel; il trouvoit partout des raisons d'affirmer et des raisons de nier; et après avoir bien examiné le pour et le contre, il suspendoit son consentement, et se réduisoit à dire : *Non Liquor; Cela n'est pas évident.* Ainsi il cherchoit toute sa vie la vérité, et ne vouloit jamais tomber d'accord qu'il l'eût trouvée. C'est cet art de disputer sur toutes choses, sans prendre d'autre parti que de suspendre son jugement, que l'on appela le *Scepticisme* ou le *Pyrrhonisme*. Quoique *Pyrrhon* n'en soit pas l'inventeur, il le mit néanmoins tellement en vogue de son temps, que depuis il a porté son nom. Ses disciples prirent celui de *Sceptiques...* On les appeloit aussi *Inquisiteurs, Suspendans, Dou- teux, Examinateurs.* Ils se flattoient de posséder une situation d'esprit exempte de trouble par le moyen de l'*Ataraxie* qui règle les opinions, et de la *Matriopathie* qui modère les passions. Ils vouloient jouir d'un parfait repos tant à l'égard de la volonté qu'à l'égard de l'entendement. Leur maître s'étoit procuré cet heureux état. Son indifférence étoit si étonnante, qu'*Anaxarque* son maître étant un jour tombé dans un fossé, il passa outre sans daigner lui tendre la main. *Pyrrhon* soutenoit que *vivre et mourir étoient la même chose.* Un de ses disciples choqué de cette extravagance, lui ayant dit : *Pourquoi donc ne mourez-vous pas ? — C'est précisément, répondit-il, parce qu'il n'y a aucune différence entre la mort et la vie.* Qu'on ne pense pas qu'il eût oublié ses maximes, si la mort eût été présente : car il conserva la même intrépidité dans une occasion périlleuse. Étant sur le point de faire naufrage, il fut le seul que la tempête n'étonnât point; et comme il vit les autres saisis de frayeur, il les pria d'un air tranquille de regarder un pourceau qui étoit à bord, et qui mangeoit à son ordinaire : *Voilà, leur dit-il, quelle doit être la sensibilité du Sage.* Quand il parloit, il se mettoit peu en peine si on l'écoutoit ou si on ne l'écoutoit pas; et il continuoit ses discours, quoique ses auditeurs s'en allassent. Il ne croyoit pas qu'on dût faire la moindre démarche pour se faire un nom. *Les hommes, disoit-il, ressemblent à des feuilles qui tournent au gré des vents et qui sèchent bientôt. Leur estime n'honore pas plus que leur mépris.* Dédaignant la censure du public, il tenoit ménage avec sa sœur et partageoit avec elle les plus petits soins domestiques. Il balayoit la maison, il engraissoit des poulets, des cochons; il les portoit vendre au marché. Il se fâcha un jour contre elle pour un sujet assez léger, et comme on lui remontra que son chagrin ne s'accordoit pas avec l'indolence dont il faisoit profession : *Pensez-vous, répondit-il, que je veuille mettre cette vertu en pratique pour une femme ?* Il faut prendre pour de fades plaisanteries ou plutôt pour des impostures grossières, les contes que quelques anciens ont débités touchant notre philosophe : par exemple, ils disent que *Pyrrhon* alloit toujours devant lui, sans se détourner ni reculer, même à la rencontre d'un chariot ou d'un précipice, et que ses amis qui le suivoient, lui sauvèrent souvent la vie. Ce philosophe vivoit du temps d'Épicure et de Théophraste, vers l'an 300 avant J. C. Il mourut à 90 ans, sans avoir laissé aucun écrit. Une de ses opinions les plus dangereuses, étoit, que « la justice ou l'injustice des actions dépendent uniquement des lois humaines ou de la coutume, et qu'il n'y a rien en soi-même d'honnête et de honteux. » Malgré ce dogme destructeur de toute vertu, sa patrie lui conféra la dignité de pontife, et accorda en sa faveur une exemption de tributs aux philosophes. On trouve sa Vie dans Sextus Empiricus. Quelques philosophes modernes que l'irréligion a réduits à un triste scepticisme, ont fait de grands efforts pour réhabiliter la mémoire et la doctrine de Pyrrhon. Bayle sur-tout s'est signalé dans ce vain et pernicieux travail. Mais un doute perpétuel sur les plus importantes et les plus consolantes vérités, est un état violent, que la nature de l'esprit humain ne comporte pas; et l'on peut assurer que cette secte n'aura jamais un grand nombre de partisans de bonne foi. I. PYRRHUS, ainsi appelé à cause de ses cheveux roux, étoit fils d'Achille et de Déidamie fille de Lycomède roi de l'isle de Scyros. Il naquit dans cette isle un peu avant la guerre de Troye, et y fut élevé jusqu'à la mort d'Achille. Alors Ulysse et Phénix furent envoyés par les Grecs vers Pyrrhus, pour l'emmener au siège de Troye, parce qu'on leur avoit prédit que c'étoit le seul moyen de prendre cette fameuse ville. Pyrrhus y alla malgré sa grande jeunesse: ce qui lui fit donner le nom de Néoptolème. Il se montra digne du sang d'Achille; il fut comme lui, brave, féroce, inhumain. Il combattit contre Euripyle fils de Télèphe, et le tua. Cette victoire le flatta si fort qu'il institua pour en perpétuer la mémoire, la danse qu'on nomma Pyrrhique, dans laquelle les danseurs devoient être armés de toutes pièces. Il entra le premier dans le fameux cheval de bois; et la nuit de la prise de Troye il fit un carnage épouvantable, et massacra le roi Priam d'une manière barbare. Ce fut lui aussi qui précipita du haut d'une tour le petit Astyanax fils d'Hector, et qui immola Polyxène sur le tombeau d'Achille. Après le sec de Troye, il eut Andromaque en partage et il en fit sa femme ou sa concubine. Il alla ensuite en Épire où il fonda un royaume. Quelque temps après, il épousa la belle Hermione fille de Ménélas et d'Hélène, et fut tué par Oreste furieux, au pied des autels, à la sollicitation d'Hermione jalouse, qui avoit été promise en mariage à ce dernier avant qu'elle épousât Pyrrhus. Ce prince eut trois femmes: Hermione, dont il n'eut point d'enfans, Lanasse et Andromaque. C'est de ces deux dernières femmes, que descendent les rois qui possédèrent l'Épire jusqu'à Pyrrhus qui suit.
II. PYRRHUS, roi des Épirotes, descendoit du précédent. Les Molosses ayant tué son père, Pyrrhus encore à la mamelle fut enlevé par quelques serviteurs fidelles à la fureur des révoltés, qui le poursuivoient pour l'égorger. Cassandre roi de Macédoine, voulut acheter la mort de cet enfant; mais Glaucias roi d'Illyrie, à la cour duquel il s'étoit S. 4 retiré, eut horreur d'une telle inhumanité : il le fit élever comme son propre fils, et lorsqu'il eut atteint l'âge de 12 ans, il le rétablit dans son royaume. *Pyrrhus* fut d'abord obligé de le partager avec *Neoptolème* qui l'avoit usurpé ; mais il se défit peu de temps après de ce rebelle, et régna seul en grand roi. *Alexandre* l'ayant appelé à son secours contre *Démétrius* roi de Macédoine, il lui demanda pour prix de ses services quelques provinces dont il s'empara à l'instant. Il s'y établissoit lorsque *Démétrius* le força de se retirer. Ce prince ravagea l'Épire, et *Pyrrhus* se vengea sur l'Italie où il remporta une victoire signalée. Cette bataille laissa dans l'esprit des Macédoniens, de grandes idées de son courage, de ses talens pour la guerre, et de son art pour le commandement. La nouvelle d'une maladie de *Démétrius* le rappela l'année d'après, l'an 290 avant J. C., dans la Macédoine. Tout céda à la force de ses armes, jusqu'à ce que *Démétrius* étant un peu remis, le força à se retirer. *Pyrrhus* fit de nouvelles tentatives qui eurent un succès heureux : il s'empara de la Macédoine et la partagea avec *Lysimaque* ; mais il n'en jouit pas long-temps. Les Macédoniens le chassèrent sept mois après, et ne voulurent reconnoître pour leur souverain que son collègue. Une guerre plus importante l'occupa bientôt. Les Tarentins l'ayant appelé à leur secours, il courut à Tarente, livra bataille au consul *Lavinus* près d'Héraclée, et remporta une victoire complète. Ce prince avoit amené des éléphans armés en guerre. La vue, l'odeur extraordinaire, les cris de ces mons- monstrueux animaux, effarouchèrent les chevaux de l'armée Romaine, et causèrent leur déroute. Le combat fut meurtrier, et le nombre des morts fut à peu près égal des deux côtés. Le vainqueur disoit, après la bataille : *Helas ! si j'en gagne encore une semblable, il faudra que je retourne en Épire presque sans suite...* Il souhaitoit beaucoup la paix, et il envoya à Rome le philosophe *Cyneas* pour la proposer. *Cyneas* harangua le sénat avec beaucoup d'éloquence ; mais on lui répondit que si *Pyrrhus* souhaitoit l'amitié du peuple Romain, il ne devoit en faire la proposition que quand il seroit hors de l'Italie. (Voy. I. FABRICIUS.) Il se donna une seconde bataille près d'Ascoli dans la Pouille, où la victoire fut balancée, et si douteuse que les histeriens se contredisent sur ce qu'ils en racontent. Tout ce qui paroît certain, c'est que le carnage fut réciproque. *Pyrrhus* continuoit la guerre avec assez peu de succès, lorsque les Siciliens l'appelèrent dans leur isle pour les délivrer du joug des Carthaginois, et de celui de plusieurs petits tyrans. Il y passa aussitôt, gagna deux batailles sur les Carthaginois en 276 et 277 avant J. C., et prit Eryx avec quelques autres places. Cependant l'insolence de ses troupes et son envie de dominer, commencèrent à le rendre odieux aux Siciliens. On fut charmé de le voir partir. Dès qu'il fut disparu, il perdit presque toutes les villes qui avoient embrassé son parti. Les Tarentins le rappelèrent peu de temps après ; mais sa flotte fut battue dans le détroit de Sicile par celle des Carthaginois. De 200 galères il n'en ramena que 12 en Italie, P Y R 281 Il châtia en passant les Locriens, et pilla le trésor consacré à la déesse *Proserpine* : brigandage impie qui, suivant les historiens Païens, fut la cause de tous ses malheurs. Il y eut une nouvelle bataille à Bénévent, entre lui et les Romains. Le consul *Curius Dentatus* eut la gloire de le vaincre : il n'avoit que 20,000 hommes, et son adversaire en avoit plus de 80. *Pyrrhus* honteux de sa défaite, retourna précipitamment dans son royaume. Il implora le secours d'*Antiochus* roi de Syrie et d'*Antigone* roi de Macédoine, mais n'en ayant reçu que des lettres d'excuse, il ravagea les états du dernier. Il agit d'abord par vengeance, ensuite par ambition. Il s'empara de plusieurs places frontières et de toutes les villes de la haute Macédoine et de la Thessalie. *Pyrrhus* enivré de l'orgueil de ses triomphes, affecta d'humilier les Macédoniens par des inscriptions infamantes. *Cidonyme* prince du sang royal de Sparte, l'ayant ensuite appelé à son secours, il entra dans le Péloponnèse et forma le siège de Sparte; mais il fut bientôt contraint d'abandonner cette ville. De là il se jeta dans Argos, où il s'étoit élevé une faction entre *Arisippe* et *Aristias*. Les Argiens lui envoyèrent des ambassadeurs pour le prier de se retirer. Il le promit; mais il pénétra la nuit dans leur ville, dont *Aristias* lui avoit facilité l'entrée. *Pyrrhus* eut l'imprudence d'y faire marcher ses éléphans, qui trop resserrés nuisirent beaucoup à l'action. Ce prince abandonné des siens et prêt à tomber entre les mains de l'ennemi, se fait jour par sa valeur, après avoir quitté son aigrette pour n'être pas reconnu. Un Argien l'attaque et lui porte un coup de javeline, qui fut paré par l'épaisseur de sa cuirasse. Le prince plein de fureur, étoit près de le frapper, lorsque la mère de cet Argien, qui voyoit le combat de son toit, lança une tuile sur la tête du roi et le renversa sans connoissance. Un soldat d'*Antigone* survint et lui coupa la tête. C'est ainsi que mourut, l'an 272 avant J. C., ce prince également célèbre par de grandes qualités et de grands défauts. Son caractère étoit affablé, son accès facile. Il étoit reconnoissant des services qu'on lui rendoit et prompt à les récompenser. Il pardonnoit aisément les fautes que l'on commettoit à son égard, et ne punissoit qu'à regret. De jeunes officiers dans le vin avoient fait de lui des plaisanteries offensantes. L'ayant su il les fit venir et leur demanda s'il étoit vrai qu'ils eussent ainsi parlé? — *Oui, Seigneur*, répondit l'un d'entre eux, et nous en aurions dit davantage si le vin ne nous eût manqué. Cette repartie le fit rire, et il les renvoya... Le témoignage glorieux qu'on dit lui avoir été rendu par *Annibal*, l'homme du monde le plus capable de juger sainement du mérite guerrier, ne permet pas de refuser à *Pyrrhus* le titre de grand capitaine. Personne en effet ne savoit mieux que lui prendre ses postes, ranger ses troupes, gagner le cœur des hommes et se les attacher. Il avoit la vivacité, l'intrépidité, et cette ardeur martiale d'*Alexandre*; mais moins prudent que lui, il s'exposoit sans ménagement comme un simple soldat et comme un aventurier. Il n'avoit aucun règle dans ses entreprises, et s'y jours original, il n'est point d'homme qui ait fourni un plus grand nombre de traits à recueillir. Nous en citerons quelques-uns qui feront connoître son tour d'esprit et son caractère. En Bourgogne on appelle les habitans de Beaune, les dnes de Beaune. Piron exerça souvent sa causticité à leurs dépens. Un jour qu'il se prome- noit aux environs de cette ville, il se mit à abattre tous les char- dons qu'il rencontroit. Un de ses amis lui en demanda la raison. Il répondit : J'ai à me plaindre des Beaunois ; je leur coupe les vivres... Comme on lui répondit que ces Messieurs se vengeroient : Allez, dit-il, Allez, je ne crains point leur impuissant courroux, Et, quand je serois seul, je les bâterois tous. —Etant un jour entré dans une maison où l'on jouoit la comédie, il demanda quelle pièce on devoit donner. « On jouera les Fureurs de Scapin, lui répondit gravement un jeune Beaunois. —Ah ! Monsieur, répondit Piron en le remerciant, je croyois que c'étoient les Fourberies d'Oreste. » Dans le temps de la représentation quelqu'un apostro- pha l'assemblée d'un Paix là, Messieurs, on n'entend pas. —Ce n'est pas du moins faute d'or- reilles, cria Piron. —Un évêque demandoit un jour à Piron, dans le temps des disputes du jansé- nisme : Avez-vous lu mon Mande- ment, Monsieur Piron ? —Non, Monseigneur ; et vous ? —Piron s'entretenant avec un grand sei- gneur, et la conversation s'é- chauffant beaucoup, celui-ci lui rappela l'intervalle que la nais- sance et le rang mettoient entre eux. Monsieur, lui dit Piron, j'ai plus au-dessus de vous dans ce moment, que vous n'avez au-dessus de moi ; car j'ai raison, et vous avez tort. —Un homme de peu d'esprit disoit beaucoup de mal d'un ouvrage médiocre. Piron qui étoit présent lui ré- pondit : Prenez-y garde Mon- sieur ; cet ouvrage-là devoit vous paroître fort beau. —Excédé du luxe, du ton hautain et suffi- sant du fermier général la Po- pelinière, il lui dit en le quit- tant après une dispute assez vive : Adieu, Monsieur ; allez cuver votre or. —Il disoit, en parlant de Corneille et de Racine : « Je voudrois être Racine, et avoir été Corneille. » —Un auteur mé- diocre lui demanda un sujet d'ou- vrage où personne n'eût travaillé et ne travaillât jamais. « Vous n'avez, dit Piron, qu'à faire votre éloge. » —La Sémiramis de Voltaire ne fut pas fort bien ac- cueillie à la première représenta- tion. L'auteur trouvant Piron dans les foyers, lui demanda ce qu'il pensoit de sa pièce ? Je pense, répondit celui-ci, que vous vou- driez bien que je l'eusse faite. —Piron avoit prédit la chute d'une pièce à celui qui l'avoit donnée. Elle n'a point été sifflée, lui vint dire ce dernier. —Je le crois, ré- pondit le critique ; on ne peut pas sifflé quand on bâille. —Un autre lui présenta une tra- gédie sur laquelle il le pria de donner son avis. Chaque acte étoit terminé par la formule or- dinaire ; Fin du premier acte, Fin du second acte. Piron, pour tout avis, ne fit qu'effacer le n du mot Fin. —Un autre poète tra- gique lui lisoit son œuvre où il avoit inséré beaucoup de vers livroit presque toujours par tempérament, par passion et par impuissance de se tenir en repos. Violent, inquiet, impétueux, il falloit qu'il fût toujours en mouvement, et qu'il y mit les autres; toujours errant, et allait chercher de contrée en contrée un bonheur qui le fuyoit, et qu'il ne rencontroit nulle part. Un tel caractère approche fort de celui d'un héros de roman, et d'un chercheur d'aventures; mais il n'a jamais fait celui d'un grand roi et d'un bon roi. On connoit le bon mot de *Cyneas*. *Pyrrhus* lui étalant un jour toutes les conquêtes qu'il avoit faites en imagination, de toute l'Italie, de la Sicile, de Carthage et de la Grèce; ce prince ajouta : *Ce sera alors, mon ami, que nous rirons et que nous nous reposerons à l'aise.* — *Mais, Seigneur*, repartit *Cyneas*, qui nous empêche de le faire dès à présent ? On attribue à *Pyrrhus* l'invention du jeu des *Echecs*.
**PYTHAGORE**, né à Samos d'un sculpteur, vers l'an 600 avant J. C., (*) exerça d'abord le métier d'athlète; mais s'étant trouvé aux leçons de *Phérécyde* sur l'immortalité de l'âme, il se consacra tout entier à la philosophie : (*Voyez* I. PHÉRÉCYDE.) Pour avoir une connoissance plus étendue des mœurs et des caractères des hommes, il abandonna sa patrie, ses parens et ses biens, et parcourut l'Égypte, la Chaldée et l'Asie mineure. Enfin, après avoir enrichi son esprit, il revint à Samos, chargé des précieuses dépouilles qui avoient été le but et qui furent le fruit de son voyage. *Polycrate* avoit usurpé le gouvernement de sa patrie, et quoique ce tyran eût beaucoup d'égard pour le philosophe, il abandonna Samos, et alla s'établir dans cette partie de l'Italie qui a été appelée la Grande Grèce. Il fit sa demeure ordinaire à Héraclée, à Tarente, et sur-tout à Crotone, dans la maison du fameux athlète *Milon*. C'est de là que sa secte a été appelée *Italique*. Sa réputation extraordinaire se répandit bientôt dans toute l'Italie, avec le goût de l'étude et l'amour de la sagesse. On accouroit de toutes parts pour l'entendre, et dans peu de temps il n'eut pas moins de quatre ou cinq cents disciples. Avant que de les admettre à ce rang, il leur faisoit subir un noviciat de silence qui duroit deux ans pour les taciturnes, et qu'il faisoit durer au moins cinq années pour ceux qu'il jugeoit les plus enclins à parler. Il les faisoit vivre tous en commun; ils quittoient la propriété de leur patrimoine, et apportoient leurs biens aux pieds du maître. On a dit qu'il attachoit un mérite infini à l'abstinence des fèves. Il est certain néanmoins qu'il faisoit un grand usage de ce légume dans ses repas. (*Voyez* le *Voyage du jeune Anacharsis*, ch. 75.) L'un de ses principaux soins fut de corriger les abus qui se commettoient dans les mariages. Il voulut non-seulement que les maris renonçassent au concubinage, mais aussi qu'ils obser- (*) *Ladvocat* le fait naître en 140. Nous avons suivi la chronologie du *Voyage du jeune Anacharsis*, qui est beaucoup plus exacte. vassent les lois de la chasteté et de la pudeur envers leurs épouses. Son affection pour le bien public le détermina à porter ses instructions jusqu'aux palais des grands, et il eut le bonheur et la gloire de réussir auprès d'un grand nombre. Il mit la police dans presque toutes les villes d'Italie, pacifia les guerres et les séditions intestines, et eut beaucoup de part au gouvernement de Crotone, de Métaponte, de Tarente et des autres grandes villes dont les magistrats étoient obligés de prendre et de suivre ses conseils. On dit que pour donner plus de poids à ses exhortations, il s'enferma dans un lieu souterrain où il demeura pendant un certain temps. Sa mère lui communiqua en secret tout ce qui se passait pendant son absence. *Pythagore* sortit enfin de sa caverne avec un visage pâle et tout défait ; il assembla le peuple, et il assura qu'il venoit des Enfers. Si ce philosophe joua cette bizarre comédie, ce n'étoit qu'un misérable charlatan ; mais il y a apparence que c'est une fable inventée par ces petits esprits, qui se plaisent à semer de contes absurdes la vie des grands hommes. Quoi qu'il en soit, *Pythagore* eut la gloire de produire des changemens avantageux aux mœurs dans une partie de l'Italie, et sur-tout à Crotone son principal séjour. « Ayant trouvé, dit *Justia*, les habitans de cette ville livrés au luxe et à la débauche, il les rappela par son autorité aux règles de la frugalité. Il louoit tous les jours la vertu, et en faisoit sentir la beauté et les avantages. Il représentoit vivement la honte de l'intempérance, et faisoit le dénombrement des états dont ces excès vicieux avoient causé la ruine. Ses discours firent une telle impression sur les esprits et causèrent un changement si général dans la ville, qu'on ne la reconnoissoit plus, et qu'il n'y resta aucune trace de l'ancienne Crotone. Il parloit aux femmes séparément des hommes, et aux enfans séparément des pères et des mères. Il recommandoit aux femmes les vertus de leur sexe, la chasteté, la soumission envers leurs maris ; aux jeunes gens un profond respect pour leurs pères et mères, et du goût pour l'étude et les sciences. Il insistoit principalement sur la frugalité mère de toutes les vertus. Il obtint des dames qu'elles renonçassent aux étoffes précieuses et aux riches parures, qu'elles faisoient passer pour des ornemens nécessaires à leur rang, mais qu'il regardoit comme l'aliment du luxe et de la corruption. Il exigea qu'elles en fissent un sacrifice à la principale Divinité du lieu qui étoit *Junon*, montrant par ce généreux dépouillement la pleine conviction où elles étoient que le véritable ornement des dames étoit une vertu sans tache, et non la magnificence des habits. On peut juger, ajoute l'historien, de la réforme que produisirent parmi les jeunes gens les vives exhortations de *Pythagore*, par le succès qu'elles eurent chez les dames, attachées pour l'ordinaire à leur parure et à leurs bijoux avec une passion presque invincible. » Ce philosophe forma des disciples qui devinrent d'excellens législateurs, tels que *Zaleucus*, *Carondas* et quelques autres. La science des mœurs et des lois n'étoit pas la seule que possédât *Pythagore* : il étoit très-savant en astronomie, en géométrie, en arithmétique et en toutes les autres parties des mathématiques. C'est lui qui inventa cette fameuse démonstration du *Carré de l'Hypothénuse*, qui est d'un si grand usage dans tous les traités de mathématiques. On dit qu'il en sentoit lui-même tellement l'utilité, qu'il immola à Dieu par reconnoissance une hécatombe de cent bœufs. On lui attribue le système de la *Métempsycose*, c'est-à-dire la transmigration des ames d'un corps dans un autre. C'étoit, dit-on, le dogme principal de sa philosophie; il l'avoit emprunté ou des Égyptiens ou des Brachmanes. Cette chimère lui tenoit, ajoute-t-on, si fort au cœur, qu'il se vantoit de se souvenir dans quel corps il avoit été avant que d'être *Pythagore*... Sa généalogie ne remontoit que jusqu'au siège de Troye. Il avoit été d'abord *Ethalides* fils putatif de *Mercure*, ensuite *Euphorbe* le même qui fut blessé par *Ménélas*. Son ame passa du corps d'*Euphorbe* dans celui d'*Hermotime*; de celui-ci dans le corps d'un pêcheur; enfin dans celui de *Pythagore*. Nous rapportons ces contes d'après le plus grand nombre d'historiens. Mais le savant *Barthélemi*, qui a approfondi tous les points de l'histoire des anciens philosophes, prétend que *Pythagore* n'admettoit point le dogme de la *Métempsycose*. D'autres savans disent que par ce mot il vouloit donner une image symbolique des reproductions et des métamorphoses des trois règnes de la nature qui s'opèrent chaque jour sous nos yeux. Quoi qu'il en soit, les autres parties du système Pythagoricien prouvoient que ce philosophe avoit beaucoup réfléchi. Il admettoit dans le monde une intelligence suprême, une force motrice, une matière sans intelligence, sans force et sans mouvement. « Tous les phénomènes, selon *Pythagore*, dit *Plaquet* dans ses Mémoires pour servir à l'histoire des égaremens de l'esprit humain, supposoient ces trois principes; mais il avoit observé dans les phénomènes une liaison de rapports, une fin générale; et il attribua l'enchaînement des phénomènes, la formation de toutes les parties du monde et leurs rapports, à l'intelligence suprême qui seule avoit pu diriger la force motrice, et établir des rapports et des liaisons entre toutes les parties de la nature; il ne donna donc aucune part aux génies dans la formation du monde. *Pythagore* avoit découvert entre les parties du monde des rapports, des proportions. Il avoit apperçu que l'harmonie ou la beauté étoit la fin que l'intelligence suprême s'étoit proposée dans la formation du monde, et que les rapports qu'elle avoit mis entre les parties de l'univers étoient le moyen qu'elle avoit employé pour arriver à cette fin. Ces rapports s'exprimoient par des nombres. Parce qu'une planète est, par exemple, éloignée du soleil plus ou moins qu'une autre un certain nombre de fois, *Pythagore* conclut que c'étoit la connoissance de ces nombres qui avoit dirigé l'Intelligence suprême. L'ame de l'homme étoit, selon *Pythagore*, une portion de cette Intelligence suprême, que son union avec le corps en tenoit séparée, et qui s'y réunissoit lorsqu'elle s'étoit dégagée de toute affection aux choses corporelles. La mort qui séparoit l'ame du corps ne lui étoit point ses affections ; il n'appartenoit qu'à la philosophie d'en guérir l'ame, et c'étoit l'objet de toute la morale de Pythagore. » L'auteur renvoie le lecteur à l'*Examen du Fatalisme*, tome 1er, et à la *Vie* de ce philosophe par *Dacier*. Notre soin principal devoit être, selon lui, de nous rendre semblables à la Divinité. Le seul moyen d'y parvenir étoit de posséder la vérité, et pour la posséder il falloit la rechercher avec une ame pure. Il faut, disoit-il souvent, ne faire la guerre qu'à cinq choses : aux maladies du corps, à l'ignorance de l'esprit, aux passions du cœur, aux séditions des villes, et à la discorde des familles. Telles sont les cinq choses, s'écrioit-il, qu'il faut combattre de toutes ses forces, même par le fer et par le feu... Les plus beaux présens que le Ciel ait faits aux hommes sont, disoit-il aussi, d'être utile à ses semblables et de leur apprendre la vérité. Ce philosophe comparoit le spectacle du monde à celui des jeux olympiques : Les uns y tiennent boutique et ne songent qu'à leur profit ; les autres payent de leur personne et cherchent la gloire ; d'autres se contentent de voir les jeux... Il est défendu, disoit-il, de quitter son poste sans la volonté de celui qui commande. Le poste de l'homme est la vie. La tempérance est la force de l'ame ; l'empire sur les passions fait sa lumière. Posséder la continence, c'est être riche et puissant. L'homme est mort dans l'ivresse du vin, il est furieux dans l'ivresse de l'amour. L'homme n'est en sureté que sous le bouclier de la sagesse, et il n'est heureux que quand il est en sureté. —Ne souffrons point qu'il y ait de cicatrice dans l'ame de notre ami. Il n'y aura ni blessure ni cicatrice dans l'ame de notre ami si nous savons lui céder à propos. Que le plus jeune cède toujours au plus âgé. La fidélité que vous devez à votre ami est une chose sacrée, qui ne souffre pas même la plaisanterie. —L'homme est un abrégé de l'univers ; il a la raison par laquelle il tient à Dieu ; une puissance végétative, nutritive et productrice, par laquelle il tient aux animaux ; une substance inerte qui lui est commune avec la terre. —Le philosophe s'occupe des vérités à découvrir ou des actions à faire ; et sa science est théorique ou pratique. Il faut commencer par la pratique des vertus ; l'action doit précéder la contemplation. » Une morale si sensée n'avoit pas toujours son effet, parce qu'il la cachoit sous le voile des allégories. Ainsi au lieu de dire simplement : *Ne vous présentez dans les temples qu'avec un air décent et recueilli*, il disoit à ses disciples : *Ne sacrifiez point aux Dieux les pieds nus*. Quand il leur conseilloit de ne pas surcharger le fardeau de la vie du poids des affaires et des soucis, il leur disoit : *Ne vous amusez pas à couper du bois dans votre chemin*. Pour leur dire qu'il falloit être prêt et actif à toutes les heures du jour, il leur disoit : *Ne tuez jamais le coq*. S'il leur conseilloit de ne se lier par aucun vœu ni par aucun serment, il s'exprimoit ainsi : *Gardez-vous de porter au doigt la bague qui vous gêne*. Enfin au lieu de dire, n'irritez pas un homme qui est déjà en colère, il disoit : *N'attisez point le feu avec votre épée*. Ces façons de parler emblématiques paroissent aujourd'hui assez froides ; mais *Pythagore* avoit rapporté de l'Égypte ces façons de s'exprimer ; et les écrivains sacrés n'ont pas toujours dédaigné de s'en servir. On ne sait rien de certain sur le lieu et sur le temps de la mort de *Pythagore*. L'opinion la plus commune est qu'il mourut tranquillement à Métaponte vers l'an 490 avant J. C., âgé d'environ 90 ans. Sa maison fut changée en un temple, et on l'honora comme un Dieu. Il étoit en si grande vénération, qu'on lui fit faire pendant sa vie et après sa mort une foule de prodiges. On disoit qu'il écrivoit avec du sang sur un miroir ce que bon lui sembloit, et qu'opposant ces lettres à la face de la lune quand elle étoit pleine, il voyoit dans le rond de cet astre tout ce qu'il avoit écrit dans la glace de son miroir ; qu'il parut avec une cuisse d'or aux Jeux Olympiques ; qu'il se fit saluer du fleuve *Nessus* ; qu'il arrêta le vol d'un aigle, apprivoisa un ours, fit mourir un serpent, et chassa un bœuf qui gâtoit un champ de fèves par la vertu de certaines paroles ; qu'il se fit voir au même jour et à la même heure en la ville de Crotone et en celle de Métaponte ; qu'il avoit des secrets magiques ; qu'il prédisoit les choses futures, etc. etc. Ses disciples regardoient comme un crime de mettre en doute la vérité de ses opinions ; et quand on leur en demandoit les raisons, ils se contentoient de répondre : *Le Maître l'a dit*. On fit courir mille bruits sur sa mort ; et tous ces bruits, qu'il seroit inutile de rapporter, montrent seulement que le peuple a aimé de tout temps le mensonge ; et que, tout grossier qu'il est, les hommes d'un mérite extraor- dinaire ont toujours fait une profonde sensation sur son esprit. Les écoles Pythagoriciennes se soutinrent dans presque toutes les villes de la grande Grèce après la mort de leur chef. Il en sortit non-seulement des philosophes spéculatifs, ordinairement inutiles à la société ; mais des législateurs et des guerriers. *Pythagore* avoit veillé avec un soin extrême au choix de ses disciples ; et comme la physionomie est le miroir de l'âme, il rejetoit ceux dont la figure annonçoit un cœur dur ou un caractère méchant. *Ni toute sorte de bois, ni toute sorte de marbre*, disoit-il quelquefois, *ne sont pas propres à faire un Apollon ou un Mercure*. Les élèves passaient par de rigoureuses épreuves, appelées *les purgations de l'âme*. On leur ordonnoit un silence austère, qu'ils pouvoient rompre plutôt ou plus tard selon leur bonne ou mauvaise conduite. Outre les diverses écoles pour la jeunesse, les Pythagoriciens avoient des maisons de retraite pour les vieillards. C'étoient les asiles de la paix et de la vertu. On n'y commandoit point avec hauteur ; on n'obéissoit point avec contrainte. Les initiés vivoient entre eux comme des amis. Si malgré la douceur de ces retraites quelqu'un vouloit se retirer, il en étoit le maître, et il pouvoit emporter ce qui lui appartenoit ; mais on lui faisoit des obsèques comme s'il étoit mort. « J'ai appris, écrivoit *Lysis à Hipparque*, que vous renoncez à la doctrine de nos Pythagoriciens d'Italie, et que vous donnez la préférence à la bonne chère de la cour de Sicile. Si cette nouvelle est fausse, je vous en félicite ; si elle est vraie, je vous regarde dès ce moment comme un homme qui n'a plus de part à la vie. » *Pythagore* eut des disciples jusque dans l'intérieur de sa maison. Sa femme et sa fille *Damo* (*Voyez* ce mot) apprirent de lui les éléments de la philosophie. Il légua en mourant tous ses manuscrits à *Damo*, à condition que jamais elle ne les vendroit, quelque somme qu'on lui proposât, et qu'elle n'en feroit part qu'aux initiés. Nous avons sous le nom de *Pythagore* un ouvrage en grec commenté par *Hiéroclès*, et intitulé : *Les Vers dorés* ; mais il est constant que ce livre n'est point de lui, quoiqu'il renferme une partie de sa doctrine et de ses maximes morales. On l'attribue à *Lysis*. Les *Vers dorés* ont été imprimés à Padoue, 1474, in-4° ; — à Rome 1475, in-4° ; — à Cambridge 1709, et à Londres, 1742, in-8°. Ces deux éditions se joignent aux auteurs, *cum notis Variorum... Diogène, Porphyre, Jamblique*, un anonyme dont *Photius* donne l'extrait, ont écrit la *Vie* de ce célèbre philosophe, mais avec plus d'érudition que de discernement. On a réuni leurs Écrits à Amsterdam 1707, in-4°. *Dacier* a mis plus de critique dans celle qu'il a publiée en français, avec les *Vers dorés* et le Commentaire d'*Hiéroclès*, à Paris 1706, deux vol. in-12 ; nouvelle édition, 1771, aussi en 2 vol. I. PYTHEAS, philosophe qu'on croit contemporain d'*Aristote*, naquit à Marseille colonie des Phocéens, et se rendit habile dans la philosophie, l'astronomie, les mathématiques et la géographie. On conjecture avec raison que ses concitoyens prévenus en faveur de ses connaissances et de ses talens, et dans la vue d'étendre leur commerce, lui fournirent les moyens d'aller tenter dans le Nord de nouvelles découvertes, tandis qu'ils emploient *Euthymènes* à découvrir les pays du Sud. *Pytheas* parcourut une partie des côtes de l'Océan, s'avança jusqu'à l'isle de Thulé, maintenant l'*Islande* ; il pénétra ensuite dans la mer Baltique, jusqu'à l'embouchure d'un fleuve qu'il nomme mal-à-propos *Tanaïs*, car le *Tanaïs* se débouche dans la mer Noire, et qui est peut-être la Vistule. Il observa qu'à mesure qu'il s'avançoit vers le Pôle Arctique, les jours s'alongeoient au solstice d'été, et qu'à l'isle de Thulé le soleil se levoit presque aussitôt qu'il s'étoit couché : ce qui arrive en Islande et dans les parties septentrionales de la Norwège. « *Pytheas*, dit *Bailly* dans son excellente *Histoire de l'Astronomie*, étoit observateur. Il a remarqué qu'il n'y avoit pas d'étoile près du Pôle ; en effet de son temps, il n'y en avoit point. L'observation qui l'a rendu le plus fameux, sur-tout depuis la contestation élevée parmi les astronomes modernes sur la diminution de l'obliquité de l'écliptique, est celle de la hauteur méridienne du soleil au solstice d'été. *Pytheas* en se servant d'un gnomon fort élevé, trouva que la longueur de l'ombre au temps du solstice d'été, avoit à l'égard de la hauteur du gnomon, la même proportion à Marseille qu'à Byzance. » La relation des voyages de *Pytheas* a paru fabuleuse à *Polybe* et à *Strabon* ; mais *Gassendi*, *Sanson* et *Rudbeck*, ont été du sentiment d'*Hipparque* et 288 P Y T d'Eratosthène, en prenant la défense de cet ancien géographe. Les navigateurs modernes l'ont pleinement justifié. On lui doit la découverte de l'isle de Thulé, et de la distinction des climats par la différente longueur des jours et des nuits. Cet habile Marseillois est le premier et le plus ancien des écrivains Gaulois qui nous soit connu. Le plus célèbre de ses ouvrages étoit intitulé : Le Tour de la Terre ; mais ni cet ouvrage, ni aucun des autres de Pytheas, ne sont parvenus jusqu'à nous, quoique quelques-uns existassent encore à la fin du quatrième siècle. Ils étoient écrits en grec, qui étoit alors la langue des Marseillois.
II. PYTHEAS, rhéteur Athénien, contemporain et ennemi de l'orateur Démosthènes, vers l'an 33o avant Jésus-Christ, osa parler en public, quoique fort jeune, pour dire son sentiment sur les résolutions que la république prenoit au sujet d'Alexandre le Grand. Un citoyen qui n'approuvoit point cette hardiesse, lui dit : Eh quoi ! vous osez parler si jeune, de choses si importantes ! — Pytheas répondit sans se déconcerter : Cet Alexandre, que vous estimez un Dieu, n'est-il pas encore plus jeune que moi ? Pourquoi vous étonnez-vous qu'à mon âge je parle comme un homme doit parler ?
PYTHIAS, Voy. DAMON.
PYTHIE, Voy. PYTHONISSE.
PYTHON : (Mythol.) ce mot signifie proprement le Dieu Apollon, appelé Python ou Pythius, à cause du serpent Python qu'il tua. C'étoit un animal d'une grandeur prodigieuse, que la terre engendra de son limon après le déluge de Deucalion. Junon l'envoya contre Latone, l'une des concubines de Jupiter. Celle-ci ne put l'éviter qu'en se jetant dans la mer, où Neptune fit paroître l'isle de Délos, qui lui servit de retraite. Apollon tua ce serpent dans la suite à coups de flèches. Ce fut en mémoire de cette victoire, qu'il institua les jeux Pythiens. Il mit la peau de cet animal sur le trépied, où lui, ses Prêtres et ses Prêtresses s'asseyoient pour rendre ses oracles. — On appeloit aussi PYTHON des Génies qui entroient, suivant la Fable, dans les corps des hommes, sur-tout des femmes, pour leur découvrir ce qui devoit arriver.
PYTHONISSES, magiciennes que Saül chassa de ses états avant qu'il eût désobéi à Dieu. Mais après son péché, il fut rejeté du Seigneur ; et loin de mettre sa confiance en lui, il alla consulter une Pythonisse, qui lui fit voir l'ombre de Samuel, et lui prédit qu'il mourroit avec ses fils dans la bataille de Gelboé. — La PYTHONISSE ou la Pythie étoit, selon la Fable, une prêtresse d'Apollon, qui rendoit ses oracles à Delphes dans le temple de ce Dieu. Elle se plaçoit sur un trépied couvert de la peau du serpent Python. Lorsqu'elle vouloit prédire l'avenir, elle entroit en fureur, parloit d'une voix étouffée, grêle et inarticulée, s'abandonnoit à des convulsions horribles et évoquoit les mânes des morts. Ses oracles étoient quelques vers ambigus et obscurs, auxquels les prêtres donnoient un sens favorable à leurs intérêts ou à la superstition de ceux qui les consultoient.
QUADRATUS-DEUS,
**QUADRATUS-DEUS**, c'est-à-dire le *Dieu-Carré*. (Mythol.) C'est le Dieu *TERME* qu'on révérait quelquefois sous la figure d'une pierre carrée. On donnait aussi ce nom à *MERCURE* dans le même sens que celui de *QUADRICEPS* (qui a quatre têtes) comme au Dieu de la Fourberie et de la Duplicité; de même qu'on donnait à *JANUS* celui de *QUADRIFORMIS* (qui a quatre visages) pour marquer que son empire s'étendait sur toutes les parties du monde, en orient, en occident, au nord et au midi.
**QUADRATUS**, (Saint) disciple des Apôtres, et selon quelques-uns l'Ange de Philadelphie, à qui *JÉSUS-CHRIST* parla dans l'*Apocalypse*, étoit déjà célèbre dans l'Eglise du temps de *Trajan*, et répandoit par-tout la semence de la parole évangélique. On prétend qu'il fut élevé sur le siège d'Athènes vers l'an 126. *Quadratus* est le premier qui uit composé une *Apologie* de la Religion Chrétienne qu'il présenta lui-même à *Adrien* vers l'an 131. Cet ouvrage plein de raisonnemens forts et solides, dignes d'un disciple des Apôtres, arrêta le feu de la persécution qui étoit alors excitée contre les Chrétiens. Il ne nous en reste que des fragments.
**QUADRIO**, (François-Xavier) né dans la Valteline le 1er décembre 1695, se fit *Jésuite* et se distingua par son ap- *Tome X.* plication; mais sa mélancolie et son inconstance lui firent abandonner cet état en 1744; il se retira à Zurich, d'où il sollicita auprès du souverain pontife la permission de rester dans l'état de prêtre séculier. Il mourut à Milan le 21 novembre 1756, après avoir publié: I. Un traité *De la Poésie Italienne*, sous le nom de *Joseph-Marie Andrucci*. II. *Histoire de la Poésie*, deux volumes. III. *Dissertations historiques sur la Rhétie et sur la Valteline*, pleines d'érudition, 3 vol. in-4°, 1755.
**QUAINI**, (Louis) peintre, né à Ravenne en 1643, mourut à Bologne en 1717, à 74 ans. Le *Cignani* lui apprit les élémens de son art. Bientôt il eut tant de confiance dans les talens de cet illustre élève, qu'il lui remit ses principaux ouvrages, conjointement avec *Franceschini* qui étoit devenu dans la même école son rival et son ami. Leurs pinceaux réunis semblent n'en faire qu'un. Les parties principales de *Quaini* étoient l'architecture, le paysage et les autres ornemens. *Franceschini* se chargeoit pour l'ordinaire de peindre les figures. Ils ont principalement travaillé à Parme et à Bologne.
**QUAKERS**, *Voyez EKLES*; BARCLAY, n.º III; FRANSWORTH, Fox, n.º II; KEITH et PENN.
**QUANWON**, (Mythol.) Dieu Japonais, fils d'*Amida*, 290 QUA préside aux eaux et aux poissons. On le représente avec quatre bras, et le bas du corps avalé par un monstre : sa tête est couronnée de fleurs. — Dans un temple du Japon, *Quanwon* appelé aussi *Canon*, paroît avec sept têtes sur la poitrine, avec trente mains tenant chacune une flèche : il est assis sur la fleur nommée *Tarate*.
**QUARESME**, (François) naquit à Lodi dans le Milanois, se lit Cordelier, fut employé aux missions du Levant, et mousut vers 1640. Il a laissé quelques *Ouvrages* théologiques, ignorés des savans, et une *Description de la Terre-Sainte*, qui contient plusieurs particularités assez curieuses.
**QUARLES**, (François) poète Anglois, mort en 1644, a publié beaucoup de Poésies, et sur-tout des *Emblèmes* ingénieux. Son attachement à la cause de *Charles premier*, exposa ses jours et ruina sa fortune : ce qu'il regrette le plus, fut la perte de ses livres et de ses manuscrits qui furent pillés.
**QUARRÉ**, (Jacques-Hugues) docteur de Sorbonne, né dans la Franche-Comté, entra dans l'Oratoire en 1618. Ses sermons, ses ouvrages et ses vertus lui firent une grande réputation. Il devint prédicateur du roi d'Espagne à Bruxelles, où il étoit supérieur de la maison de l'Oratoire. Le Père *Quarré* mourut dans cette ville le 26 mai 1656, en odeur de sainteté. Ses principaux ouvrages sont : I. *La Vie de la bienheureuse Mère Angèle*, première Fondatrice des Mères de Ste-Ursule : in-12. II. *Traité* de la *Pénitence Chrétienne*, in-12. III. *Trésor spirituel*, contenant les obligations que nous avons d'être à Dieu et les vertus nécessaires pour vivre en Chrétiens parfaits, in-8. Il y a eu six éditions de cet ouvrage. IV. *Direction spirituelle pour les Amis qui veulent se renouveler en la piété*, avec des Méditations, in-8. Tous ces ouvrages respirent une piété tendre ; mais le style en est suranné.
**QUARRÉ**, *Voyez CARRÉ*.
**QUARTIER**, *Voyez CARTIER*.
**QUATREMAIRE**, (Dom Jean-Robert) Bénédictin, né à Courseraux au diocèse de Sées en 1611, se signala contre *Naudé*, qui soutenait que *Cersen* n'étoit pas l'auteur de l'*Imitation*. Dom *Quatremaire* publia deux *Écrits* très-vifs en latin à cette occasion, l'un et l'autre in-8°, Paris, 1640 et 1650. (*Voyez NAUDÉ*.) On a de lui : I. Deux *Dissertations* pour prouver contre *Lannoy*, le privilège qu'a l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, d'être immédiatement soumise au saint Siège. La première vit le jour en 1657, in-8° ; la seconde en 1668, in-4°. II. Une autre *Dissertation* publiée en 1659, pour autoriser de pareils droits de l'abbaye de Saint-Médard de Soissons. Quelques-uns lui attribuent le Recueil des ouvrages sur la Grace et la Prédestination, qui a paru sous le nom de *Guilbert-Maugin*, en 2 vol. in-4° ; mais l'abbé d'*Olivet* donne le second volume de ce Recueil à l'abbé de *Bourzès*. Ce savant Bénédictin étant en l'abbaye de Ferrières en Gâtinois, pour y prendre les bains, se noya dans la rivière le 7 juillet 1671, à 59 ans.
**QUATTROMANI**, (Sertorio) né à Cosenza dans le royaume de Naples vers 1551, d'une famille honnête, mourut vers 1606, âgé d'environ 55 ans. Indépendamment de son excessive vanité, il étoit colère et vindicatif; et quand on l'avoit offensé, il ne parloit que de meurtre et de carnage. Pointilleux même avec ses amis, la moindre chose le choquoit. Cependant il ne ménageoit point la délicatesse des autres, et critiquoit sans aucun égard ce qui lui déplaisoit dans leurs ouvrages. Ce caractère le rendit odieux à tous les savans de son temps. C'étoit d'ailleurs un homme judicieux. Il conseilla aux académiciens de Cosenza de ne pas prendre un autre nom que celui de leur société, et de ne pas imiter les autres savans d'Italie qui se paroient de noms bizarres, plus convenables à des massacrades qu'à des sociétés de gens graves, dont le but étoit de cultiver les sciences. La poésie et la littérature remplirent toute sa vie. Le recueil de ses Œuvres, publié à Naples en 1714, in-8°, renferme des *Vers* latins et italiens, des *Lettres*, etc. On y trouve certaines pièces, mais en petit nombre, dignes de quelque attention. *Sannazar* son compatriote et presque son contemporain, avoit été son modèle, mais le copiste lui est inférieur. *Voyez* la liste de ses ouvrages dans le *Dictionnaire historique et critique*, en 4 vol. in-8°, publié à Lyon en 1771, sous le nom de *Bonnegarde*; et dans le tome 12° des *Mémoires* de *Nicéron*. **I. QUELLIN**, (Érasme) *Quellinus*, peintre, né à Anvers en 1607, mort en 1678, à 71 ans, dans une abbaye de cette ville où il s'étoit retiré, s'adonna dans sa jeunesse à l'étude des belles-lettres. Il professa même quelque temps la philosophie; mais son goût pour la peinture l'ayant entièrement dominé, il fréquenta l'école de *Rubens* et donna bientôt des preuves de l'excellence de son génie. Ses compositions font honneur à son goût. Son coloris se ressent des leçons de son illustre maître; sa touche est ferme et vigoureuse. *Quellin* a également réussi à peindre les grands sujets et les petits. Il a un goût de dessin flamand, mais assez correct. Ses principaux ouvrages sont à Anvers. Ce grand artiste s'est aussi beaucoup attaché à l'architecture et aux figures d'optique. — Il eut un fils nommé *Jean-Erasme QUELLIN*, qui n'eut point l'étendue des talens de son père. On voit pourtant quelques tableaux de lui dans différentes villes de l'Italie, lesquels lui font honneur.
**II. QUELLIN**, (Artus) neveu du précédent, a fait à Anvers sa patrie des morceaux de sculpture qui le font regarder comme un excellent artiste. C'est lui qui a exécuté les belles *Sculptures* de l'hôtel de ville d'Amsterdam, gravées par *Hubert QUELLIN*.
**QUÉLUS**, (Jacques DE LEVIS, comte de) jeune seigneur d'une figure et d'un caractère agréables, sut plaire à la cour de France, à un point que *Henri III* eut pour lui une passion excessive. Reçu dans sa plus intime d'autrui. *Piron* ôtoit son bonnet à tout instant. L'auteur lui demanda la raison de ce geste perpétuel ? « *C'est*, lui répondit *Piron*, que j'ai l'habitude de saluer tous les gens de ma connoissance. » — *Fernand-Cortez*, tragédie de *Piron*, ayant fait désirer quelques changements à la première représentation, les comédiens députèrent le *Grand* à l'auteur, pour lui demander quelques corrections. *Piron* se gendarme au mot de corrections. L'acteur insista en citant l'exemple de *Voltaire*, qui corrigeoit ses pièces au gré du public. *Cela est différent*, répondit *Piron* : *Voltaire travaille en Marqueterie, et je jette en Bronze*. Si cette réponse n'est pas modeste, il faut convenir qu'elle est énergique. Il se croyoit, sinon supérieur, du moins égal à *Voltaire*, qui n'avoit, disoit-il, qu'une réputation viagère. — Quelqu'un le félicitant d'avoir fait la dernière comédie de ce siècle ; il répondit, avec plus de franchise que de modestie : *Ajoutez, et la dernière Tragédie*. On connoit les vers dans lesquels il dit : En deux mots voulez-vous distinguer et connoître Le rimeur Dijonnois et le Parisien ? Le premier ne fut rien, et ne voulut rien être ; L'autre voulut tout être, et ne fut presque rien. On voit par ces différens traits, que *Piron* avoit assez d'amour propre. Ce qui servoit à le nourrir et à lui faire penser qu'il étoit au-dessus du plus célèbre de ses contemporains, c'est que la gaieté originale qu'il portoit avec lui, fit pendant long-temps préférer sa société à celle de *Voltaire*, d'ailleurs trop vif, trop sensible et trop épineux. Mais ceux qui ont rapporté les plaisanteries dont sa conversation étinceloit, anroient dû donner des saillies de table pour ce qu'elles sont, et rayer celles qui étoient ou indécentes ou insipides. Telle chose a fait rire le verre à la main, qui devient maussade lorsqu'on la répète, sur-tout si en la répétant on veut lui donner de l'importance. Quoi qu'il en soit, l'ingénuité maligne de *Piron* fut en partie la cause qui l'exclut de l'académie Françoise : *Je ne pourrois*, disoit-il, *faire penser 39 personnes comme moi, et je pourrois encore moins penser comme trente-neuf*. Il appeloit très-injustement cette Compagnie célèbre les *Invalides du bel esprit*, et cependant il avoit travaillé plus d'une fois pour avoir ces invalides. On croit qu'il auroit réuni assez de suffrages pour les obtenir, mais l'abbé d'*Olivet* mit obstacle à sa réception, en portant à *Boyer* ancien évêque de Mirepoix l'ode licencieuse de *Piron*. Le poète se vengea de l'académicien par cette épitaphe maligne : Ci gît le pédant Martin, Suppôt du pays Latin, Juré priseur de diphthongue, Rigoureux au dernier point Sur la virgule et le point, La syllabe brève et longue, Sur l'accent grave et l'aigu, L'U voyelle et l'U consonne. Ce charme qui l'enflamma Fut sa passion mignonne ; Son huile il y consume. Du reste, il n'aima personne, Et personne ne l'aima. Une chute que *Piron* fit quelque temps avant sa mort en précipita 291 QUE familiarité, il fut admis à tous les ridicules exercices de religion et de débauche, que ce prince par une étrange bizarrerie pratiquoit tour-à-tour. Il jouissoit de la plus haute faveur, lorsqu'une querelle occasionnée par des propos indiscrets entre ce favori et d'Entragues, lui en fit perdre le fruit avec la vie. Quélus s'étant trouvé dès cinq heures du matin au rendez-vous avec Maugiron et Livarot, il se battit en duel le 27 avril 1578 contre d'Entragues, Ribérac et Schomberg. Ce dernier et Maugiron, qui n'avoient que dix-huit ans, furent tués roides; Ribérac mourut le lendemain. Livarot, d'un coup sur la tête, resta six semaines au lit. D'Entragues ne fut que légèrement blessé. Quélus, de dix-neuf coups qu'il avoit reçus, languit trente-trois jours, et mourut entre les bras du roi, à l'âge de vingt-quatre ans, le 29 mai, à l'hôtel de Boissy, à Paris. Ses dernières paroles furent : AH ! MON ROI ! MON ROI !... Henri accablé de douleur, le baisa après sa mort, garda ses blonds cheveux, et ôta de sa main les boucles d'oreilles qu'il lui avoit attachées lui-même. Il lui fit élever dans l'église de Saint-Paul, ainsi qu'à Maugiron et à Saint-Maigrin, deux autres favoris, de magnifiques mausolées de marbre; mais les Parisiens les détruisirent dix ans après, à la nouvelle de la mort du duc de Guise, à Blois. On lisoit sur le tombeau de Quélus, ces mots : Non injuriam, sed mortem patienter sulit. Il ne put souffrir un ouvrage, Et souffrit constamment la mort.
QUENSTEDT, (Jean-André) théologien Luthérien, né en 1617 à Quedlimbourg, mort le 22 mai 1688, à 71 ans, fut professeur de philosophie à Wittemberg, et cinq fois recteur de l'université. On a de lui : I. Un Traité en forme de Dialogue, touchant la naissance et la patrie des hommes de lettres, depuis Adam jusqu'en 1600, in-4.º Cet ouvrage superficiel et inexact, parut à Wittemberg en 1654, in-4.º II. Un savant Traité De Sepulturâ veterum sive De ritibus sepulchralibus, in-8º et in-4.º C'est son meilleur écrit. III. Un Système de la Théologie de ceux qui suivent la confession d'Augsbourg, en 4 vol. in-folio, 1685. Comme l'auteur fait souvent des incursions très-inutiles contre les Catholiques, il n'est point étonnant qu'il ait publié de si gros volumes. IV. Plusieurs autres ouvrages remplis d'érudition, mais quelquefois dénués de critique, d'exactitude et de goût.
QUENTAL, (Barthélemi du) né dans une des isles Açores en 1626, donna dès son enfance des marques d'une piété singulière. Devenu confesseur de la chapelle du roi de Portugal et l'un de ses prédicateurs ordinaires, il profita de son crédit pour fonder la congrégation de l'Oratoire en Portugal, l'an 1668. Il refusa l'évêché de Lamego, et mourut saintement le 20 décembre 1698, à 72 ans. On a de lui : I. Des Méditations sur les Mystères. II. Des Sermons en portugais, qui sont pleins d'onction. Le pape Clément XI lui donna le titre de Vénérable.
QUENTEL, (Pierre) imprimeur de Cologne, s'est rendu recommandable par les éditions nombreuses et recherchées qu'il a publiées, et parmi lesquelles on distingue les Œuvres de *Denis* le Chartreux, en 21 vol. in-folio. *Quentel* est mort à la fin du 16$^{e}$ siècle.
QUENTIN, (Saint) est regardé comme l'Apôtre de la ville d'Amiens et du Vermandois. On croit qu'il y souffrit le martyre durant la persécution de *Dioclétien*, le 31 octobre 287.
QUERAS, (Mathurin) docteur de Sorbonne, naquit à Sens l'an 1614, d'une famille obscure. *Gondrin* archevêque de cette ville, le mit à la tête de son séminaire et le fit un de ses grands vicaires. Cet ecclésiastique avoit été exclus de Sorbonne pour avoir refusé de signer le formulaire, et de souscrire à la censure contre le docteur *Arnauld*. Il mourut à Troyes le 9 avril 1695, âgé de 80 ans. Ses mœurs étoient le modèle de celles du Clergé. Il établit dans le diocèse de Sens des Conférences ecclésiastiques, qu'il anima par sa présence et qu'il éclaira par ses lumières. Nous avons de lui un *Eclaircissement* de cette importante question : *Si le Concile de Trente a décidé ou déclaré que l'ATTRITION, conçue par les seules peines de l'Enfer et sans amour de Dieu, soit une disposition suffisante pour recevoir la rémission des péchés et la grace de la justification au sacrement de Pénitence ?* in-8$^{o}$, 1685. Cet ouvrage dans lequel il défend la négative, n'est pas composé dans les principes de la morale relâchée.
QUERCETANUS, *Voyez* CHESNE, n.$^{o}$ III.
QUERENGHI ou QUERENGI, (Antoine) poète Italien et Latin, né à Padoue en 1546, montra un génie précoce. Une mémoire immense, jointe à une conception facile, le mit en état d'acquérir beaucoup de connoissances. Il possédoit plusieurs langues et se rendit célèbre dans les belles-lettres. Il fut aussi un citoyen utile à sa patrie, par son intelligence pour les affaires. Plusieurs pontifes lui confièrent des emplois honorables et importants. Il fut secrétaire du sacré collège sous cinq papes. *Clément VIII* le fit chanoine de Padoue ; mais *Paul V* le rappela à Rome pour le faire camérier secret, référendaire de l'une et de l'autre signature, et prélat ordinaire. *Querenghi* eut les mêmes emplois sous *Grégoire XV* et *Urbain VIII*, et mourut à Rome le 1$^{er}$ septembre 1633, à 87 ans. *Henri IV* avoit voulu l'attirer en France. On a de lui divers ouvrages. Ses *Poésies latines*, Rome, 1629, in-8$^{o}$, et *Italiennes*, Rome, 1616, in-8$^{o}$, sont estimées ; on y trouve, suivant quelques critiques, du feu, du goût et du génie.
QUERLON, (Anne-Gabriel Meusnier de) né le 15 avril 1702, à Nantes, se distingua de bonne heure par un jugement sain, des connoissances étendues et l'amour du travail. Il fit pendant 22 ans les Affiches pour la province ; et dans le petit espace que lui laissoit cette feuille, il montra un littérateur passionné pour les anciens et pour les grands auteurs du siècle de *Louis XIV*, et ennemi du mauvais goût, des faux principes, du néologisme et des sophistes mo- dernes. Son style étoit nerveux et précis, mais quelquefois roide, dur et recherché. Il travailla pendant cinq ans à la *Gazette de France*, et pendant deux au *Journal Etranger*, et il fit marcher de front ces deux ouvrages avec ses petites Affiches. Il fut aussi un des coopérateurs du *Journal Encyclopédique*. Dans sa jeunesse il avoit publié un petit volume, qui a fait regretter qu'il ne se fût pas adonné davantage aux ouvrages d'imagination. Le titre est : *Les Impostures innocentes*; ce sont des espèces de petits Romans ingénieux, écrits d'un style apprêté et fleuri. Ses autres productions sont : I. *Le Testament de l'abbé des Fontaines*, 1746, in-12; brochure assez insipide. II. *Le Code Lyrique ou Règlement pour l'Opéra de Paris*, 1743, in-12. III. Une édition de *Lucrèce*, 1744, in-12, accompagnée de notes estimées. IV. Une édition de *Phèdre* avec des notes. V. Une édition des *Poésies d'Anacréon*. VI. *Collection Historique* ou *Mémoires pour servir à l'Histoire de la Guerre terminée par la Paix d'Aix-la-Chapelle en 1748*, Paris, 1757, in-12. VII. Continuation de l'*Histoire des Voyages* de l'abbé Prévôt. VIII. Traduction du *Poème de la Peinture* de l'abbé de *Marsy*; elle est fidelle et élégante. (*Voyez* I. FRESNOY.) IX. *Les Soupers de Daphné*, in-12. Enfin ce littérateur infatigable a été l'éditeur d'un très-grand nombre d'Auteurs Latins et François, qu'il a enrichis de préfaces et de notes aussi curieuses qu'instructives. C'est lui qui a présidé à la belle édition de *Malherbe*; et à celle des *Voyages de Montagne*; il les a toutes deux ornées des Vies de leurs auteurs. Depuis plusieurs années un riche financier, M. de *Beaujon*, l'avoit chargé du soin de sa bibliothèque, et lui avoit fait accepter une pension et une retraite dans son hôtel. Il y est mort regretté de tous ceux qui l'ont connu, le 22 avril 1780, à 78 ans, après avoir reçu les secours de la religion. C'étoit un homme sans faste et sans ambition, qui sut se préserver de tout esprit de brigue et de parti. Les manuscrits qu'il a laissés, sont considérables. On y distingue l'*Analyse raisonnée* des *Feuilles Littéraires* qu'il a composées pendant 22 ans.
QUERNO, (Camille) poète né à Monopoli dans le royaume de Naples, mourut à l'hôpital de cette dernière ville vers 1528. Il avoit composé un poème de vingt mille vers intitulé *Alexiade*, qu'il récitait par cœur. Il vint à Rome en 1514, et y reçut un accueil favorable à cause de ses talens et de son humeur enjouée. Le pape *LEON X* le voyoit avec plaisir : *Voyez* l'article de ce pontife.
QUESNAY, (François) premier médecin ordinaire du roi, membre de l'académie des Sciences de Paris et de la Société royale de Londres, né au village d'Écquevilli en 1694, d'un laboureur, s'occupa des travaux de la campagne jusqu'à 16 ans. Il apprit alors à lire et à écrire, et fit ses délices de la lecture de la *Maison rustique*. Le chirurgien de son village lui donna quelque teinture de grec et de latin, et des premiers principes de son art. Le séjour de la capitale perfectionna ses talens et augmenta ses lumières. Ayant pris la maîtrise en chirurgie, il alla l'exercer à Mantes. *De la Peyronie* le trouvant déplacé dans une petite ville, l'appela à Paris pour être secrétaire de l'académie de Chirurgie qu'il vouloit établir. *Quesnay* orna le premier recueil des *Mémoires* de cette compagnie, d'une Préface digne de figurer à côté des meilleurs morceaux en ce genre. La goutte qui le tourmentoit, lui fit abandonner la chirurgie pour la médecine; et, semblable aux anciens, il excella dans l'une et dans l'autre. Il supporta en philosophe les maux de la vieillesse. *Il faut bien*, disoit-il paisiblement à ses amis, *avoir quelques incommodités à mon âge. Les uns sont paralytiques; les autres attaqués de la pierre, sourds, aveugles, imbécilles; et moi, goutteux: c'est ma part, et je m'y soumets*. Son ancien goût pour l'économie rurale et politique se réveilla à la fin de ses jours, et il fut regardé comme le patriarche de la secte des Économistes, qui le perdit au mois de décembre 1774, à 80 ans. Elle fit son Oraison funèbre; et quoiqu'on ne puisse pas s'en rapporter ordinairement à ces sortes d'éloges, *Quesnay* méritoit ceux que sa mémoire reçut, par son humanité, sa charité et ses qualités patriotiques et sociales. Il avoit 80 ans lorsqu'il mourut, et à cet âge l'amour des mathématiques s'étoit emparé de lui et l'avoit absorbé tout entier. Il eut le malheur de croire avoir trouvé à la fois la trisection de l'angle et la quadrature du cercle: si cependant on peut appeler malheur, une illusion qui le rendoit heureux. *Louis XV* qui estimoit beaucoup *Quesnay*, l'ap- l'ap- peloit *SON PENSEUR*, et il lui donna pour armes trois fleurs de *Pensée*. Ses ouvrages sont: I. *Observations sur les effets de la Saignée*, 1730, in-12, réimprimées en 1750. II. *Essai physique sur l'Économie animale*, 1747, trois vol. in-12; ouvrage digne d'un moraliste et d'un physicien, par la sagacité avec laquelle il développe l'origine et les progrès, les excès et les remèdes des passions. III. *L'Art de guérir par la Saignée*, 1736, in-12. Ce livre, réimprimé en 1750, offre des raisonnemens et des principes, dont quelques-uns ont été contredits. IV. *Traité des Fièvres continues*, 1753, deux vol. in-12: bon ouvrage. V. *Traité de la Gangrène*, 1749, in-12. VI. *De la Suppuration*, 1749, in-12. VII. *Physiocratie, ou du Gouvernement le plus avantageux au Genre humain*, in-8°, 1768: livre dont les idées sont quelquefois aussi singulières que le style, trop souvent recherché, ampoulé et amphibologique. VIII. *Divers Opuscules sur la science économique*, où il y a quelques bonnes vues et d'autres impraticables. IX. Quelques articles de l'*Encyclopédie* relatifs à la même matière. Il laissa un fils. (*Voyez XVI. FRANÇOIS.*)
QUESNE, (du) *Voyez DUQUESNE*. I. QUESNEL, (Pasquier) naquit à Paris le 14 juillet 1634, d'un libraire, fils d'un gentilhomme Écossois qui avoit été premier peintre de *Henri III*. Il fit son cours de théologie en Sorbonne avec beaucoup de distinction. Après l'avoir achevé, il entra dans la congrégation de 296 QUE l'Oratoire en 1657. Consacré tout entier à l'étude de l'Écriture et des Pères, il composa de bonne heure des livres de piété, qui lui méritèrent, dès l'âge de 28 ans, la place de premier directeur de l'Institution de Paris. Ce fut pour l'usage des jeunes élèves confiés à ses soins, qu'il composa ses *Réflexions Morales*. Ce n'étoient d'abord que quelques pensées sur les plus belles maximes de l'Évangile. Le marquis de *Laigue* ayant goûté cet essai, en fit un grand éloge à *Félix de Vialart* évêque de Châlons-sur-Marne, qui résolut de l'adopter pour son diocèse. L'Oratorien flatté de ce suffrage, augmenta beaucoup son livre, et il fut imprimé à Paris en 1671, chez *Praslard*, avec un Mandement de l'évêque de Châlons et l'approbation des docteurs. *Quesnel* travaillait alors à une nouvelle édition des Œuvres de *St. Léon* pape, sur un ancien manuscrit apporté de Venise, qui avoit appartenu au cardinal *Grimani*. Elle parut à Paris en 1675, en deux vol. in-4°, fut réimprimée à Lyon, in-folio, en 1700, et l'a été depuis à Rome en trois vol. in-folio, avec des augmentations. C'est, selon *Dupin*, la meilleure édition qu'on ait de *St. Léon*. Le texte y est revu avec soin, et accompagné de Notes et de Dissertations qui font honneur au savoir et au discernement de l'éditeur. Mais on ne l'accusera pas d'être passionné pour son auteur; on lui a même fait un reproche tout contraire. (*Voyez* l'article de *St. Léon*.) Le repos dont il avoit joui jusqu'alors, fut troublé peu de temps après. L'archevêque de Paris, *Harlay*, instruit de son attachement aux nouveaux disciples de *St. Augustin*, et de son opposition à la Bulle d'*Alexandre VII*, l'obligea de quitter la capitale et de se retirer à Orléans en 1681; mais il n'y resta pas long-temps. On avoit dressé dans l'Assemblée générale de l'Oratoire, tenue à Paris en 1678, un certain Formulaire de doctrine qui défendoit à tous les membres de la Congrégation, d'enseigner le Jansénisme et le Cartésianisme. Dans l'Assemblée de 1684, il fallut quitter ce corps ou signer ce Formulaire ridicule, du moins dans ce qui regardoit les opinions philosophiques. Cet air de despotisme dans un état qui se disoit libre, révolta les républicains. Plusieurs membres de la Congrégation en sortirent, et *Quesnel* fut de ce nombre. Il triompha, sur le mélange singulier de philosophie et de théologie, qu'on avoit fait dans ce Formulaire. Ce fut alors vraiment qu'il commença à jouer un rôle. Ayant un cœur au-dessus de sa naissance et de sa fortune; un talent singulier pour écrire facilement, avec onction et avec élégance; jouissant d'une santé robuste, que ni l'étude, ni les voyages, ni les peines continuelles d'esprit n'altérèrent jamais; joignant à des mœurs pures le désir de diriger les consciences, personne n'étoit plus en état que lui de remplacer *Arnauld*. Il en avoit recueilli les derniers soupirs. Un auteur ex-Jésuite prétend, «qu'*Arnauld* mourant l'avoit désigné chef d'une faction malheureuse. Aussi les Jansénistes à la mort de leur *Pape*, de leur *Père-Abbé*, mirent-ils *Quesnel* à la tête du parti. L'ex-Ora- torien méprisa des titres si fastueux, et ne porta que celui de Père-Prieur. Il avoit choisi Bruxelles pour sa retraite. Le savant Bénédictin Gerberon, un prêtre Brigode, et trois ou quatre autres personnes de confiance, composoient sa société. Tous les ressorts qu'on peut mettre en mouvement, il les faisoit agir en digne chef du parti. Soutenir le courage des élus persécutés; leur conserver les anciens amis et protecteurs, ou leur en faire de nouveaux; rendre neutres les personnes puissantes qu'il ne pouvoit se concilier; entretenir sourdement des correspondances partout, dans les cloîtres, dans le Clergé, dans les Parlemens, dans plusieurs Cours de l'Europe: voilà quelles étoient ses occupations continuelles. Il eut la gloire de traiter par ambassadeur avec Rome. Hennebel y alla, chargé des affaires des Jansénistes. Ils firent de leurs aumônes un fonds qui le mit en état d'y représenter. Il y figura quelque temps; il y parut d'égal à égal avec les envoyés des Têtes couronnées: mais les charités venant à baisser, son train baissa de même. Hennebel revint de Rome dans les Pays-Bas en vrai pèlerin mendiant. Quesnel en fut au désespoir; mais, réduit lui-même à vivre d'aumônes, comment eût-il pu fournir au luxe de ses députés? Cette aventure, ajoute notre auteur, divertit beaucoup les Jésuites.» Mais cette aventure ne paroît qu'un roman sans vraisemblance, ainsi que la plupart des vues qu'on prête ici à Quesnel. Il ne se crut jamais, disent ses partisans, un personnage important, et s'il parut tel, il le dut en partie à ses ennemis. Ce fut à Bruxelles qu'il acheva ses Réflexions Morales sur les Actes et les Epîtres des Apôtres. Il les joignit aux Réflexions sur les quatre Evangiles, auxquelles il donna plus d'étendue. L'ouvrage ainsi complet parut en 1693 et 1694. Le cardinal de Noailles alors évêque de Châlons, successeur de Vialart, invita par un Mandement, en 1695, son clergé et son peuple à le lire. Il le proposa aux fidelles, comme le Pain des forts et le Lait des foibles. Les Jésuites voyant qu'on multiplioit les éditions de ce livre, y soupçonnèrent un poison caché. Le signal de la guerre se donna en 1696. Noailles, devenu archevêque de Paris, publia une Instruction Pastorale sur la Prédestination, qui occasionna une mauvaise brochure du Jésuite Doucin. Cette brochure éphémère rouloit presque entièrement sur les Réflexions Morales. Elle donna lieu à examiner ce livre. Le cardinal de Noailles y fit faire quelques corrections, et l'ouvrage ainsi corrigé parut à Paris en 1699. On prétend que le grand Bossuet, indigné des tracasseries que les Réflexions Morales occasionnoient, en fit une justification, publiée en 1710, et qui servit à l'édition de 1699. Nous avons fait dans l'article de NOAILLES une histoire assez ample de l'ouvrage de Quesnel; il n'est plus question que de faire celle de l'auteur. Les Jésuites ne le perdoient pas de vue; ils découvrirent sa retraite à Bruxelles, et ils prirent des mesures pour l'y faire enlever. Philippe V que ces Pères gouvernoient, donna un ordre pour l'arrêter; l'archevêque de Malines, Humbert de Precipiano, le fit exécuter. On 298 QUE le transféra dans les prisons de son archevêché, d'où il fut tiré par une voie inespérée, le 13 septembre 1703. Sa délivrance fut l'ouvrage d'un gentilhomme Espagnol, employé par le marquis d'Aremberg, qui perça les murs de la prison et brisa ses chaînes. En l'arrêtant on s'étoit saisi de ses papiers et de ceux qu'il avoit d'Arnauld : le Jésuite Tellier en fit des extraits, dont Mad. de Maintenon lisoit tous les soirs quelque chose à Louis XIV pendant les dix dernières années de sa vie. Quesnel remis en liberté s'enfuit en Hollande, d'où il décocha plusieurs brochures contre l'archevêque de Malines son persécuteur. Cependant, dès le 15 octobre de cette année, Foresta de Colongue qui étoit évêque d'Apt proscrivit les Réflexions Morales. L'année suivante, on dénonça l'auteur au public comme hérétique et comme séditieux. C'étoient les titres qu'on lui donnoit dans deux libelles publiés par quelque théologien Jésuite. Le P. Quesnel se défendit ; mais ses apologies n'empêchèrent pas que ses Réflexions Morales ne fussent condamnées par un Décret de Clément XI, en 1708, supprimées par un Arrêt du Conseil en 1711, proscrites par le cardinal de Noailles en 1713 ; enfin solennellement anathématisées par la Constitution Unigenitus, publiée à Rome le 8 septembre de la même année, sur les instances de Louis XIV. Cette Bulle fut acceptée, le 25 janvier 1713, par les évêques assemblés à Paris, enregistrée en Sorbonne le 5 mars, et reçue ensuite par le Corps Episcopal, à l'exception de quelques évêques François qui en appellèrent au futur Concile. De ce nombre étoient le cardinal de Noailles, la Broue évêque de Mirepoix, Soanen évêque de Senès, Colbert évêque de Montpellier, et de Langle évêque de Boulogne. Quesnel survécut peu à ces événements. Après avoir consacré sa vieillesse à former à Amsterdam quelques Eglises Jansénistes, il mourut dans cette ville le 2 décembre 1719, à 86 ans. La manière dont il s'expliqua dans ses derniers mœurs, est remarquable. Il déclara dans une Profession de Foi, « qu'il vouloit mourir comme il avoit toujours vécu, dans le sein de l'Eglise Catholique ; qu'il croyoit toutes les vérités qu'elle enseigne, qu'il condamnoit toutes les erreurs qu'elle condamne ; qu'il reconnoissoit le Souverain Pontife pour le premier Vicaire de J. C., et le Siège Apostolique pour le centre de l'Unité. » Ce fut dans le cours de cette dernière maladie, que le P. Quesnel dit à une personne qui étoit auprès de lui : Je dois vous déclarer, avant de mourir, un secret que je n'ai dit à qui que ce soit durant ma vie : C'est au sujet des calomnies de Louvain, où je suis accusé de corruption. Dès l'âge de 18 ans je fis vœu de chasteté perpétuelle, et depuis ce temps-là, par la miséricorde de Dieu, non-seulement je n'ai rien fait, non plus qu'auparavant, contre mon vœu, mais même j'ai été préservé du vice contraire. Il est certain que ses mœurs étoient exactes. On a de lui : I. Lettres contre les NUDITES, adressées aux Religieuses qui ont soin de l'éducation des Filles, in-12, 1686. II. L'Idée du Sacerdoce et du Sacrifice de JÉSUS-CHRIST, dont la seconde partie est du Père de *Gondren*, 2$^{e}$ supérieur-général de l'Oratoire. On a plusieurs éditions de cet ouvrage, qui est in-12. III. *Les trois Consécrations, la Consécration Baptismale, la Sacerdotale, et la Consécration Religieuse*, in-12, et avec l'ouvrage précédent. IV. *Élévations à N. S. JÉSUS-CHRIST, sur sa Passion et sa Mort*, etc. in-16. V. *JÉSUS Pénitent*, in-12. VI. *Du Bonheur de la Mort Chrétienne*, in-12. VII. *Prières Chrétiennes, avec des Pratiques de piété*, 2 vol. in-12. Dans une lettre que M. Grosley nous a adressée, (*Journal Encyclopédique* 1$^{er}$ novembre 1784,) il dit : « J'ai oui-dire et répéter au célèbre P. de *Tournemine* : *Que deux pages des Prières Chrétiennes offroient plus d'onction que tout ce qui est sorti de la plume des Jésuites, sans en exclure le P. Bourdaloue.* » Nous ne nierons point cette anecdote ; mais l'assertion du P. de *Tournemine* est bien forte. VIII. *Office de JÉSUS avec des Réflexions*, in-12. IX. *Prières à N. S. J. C. au nom des Jeunes-gens, et de ceux qui désirent de lire la parole de Dieu, et sur-tout l'Évangile* ; brochure in-12. X. *Éloge historique de M. Desmahis* chanoine d'Orléans, au-devant de la *Vérité de la Religion Catholique*, etc. de ce chanoine. Tous ces ouvrages ont été souvent réimprimés. XI. *Recueil de Lettres Spirituelles sur divers sujets de Morale et de Piété*, in-12, 3 vol. à Paris chez *Barrois*, en 1721. XII. *Tradition de l'Église Romaine, sur la Prédestination des Saints et sur la Grace efficace*, à Cologne en 1687, 4 vol. in-12, sous le nom du sieur *Germain* docteur en théologie. Outre une longue analyse de l'Épître de *Saint Paul* aux Romains, on trouve dans cet ouvrage la doctrine de l'Église depuis le commencement jusqu'au Concile de Trente, la doctrine de ce Concile, l'histoire de la Congrégation de *Auxiliis*, une partie de ses Actes originaux, les principaux Canons et Décrets sur cette matière, etc. XIII. *La discipline de l'Église, tirée du Nouveau Testament et de quelques anciens Conciles*, deux vol. in-4$^{o}$ en 1689, à Lyon. Ce ne sont que des Mémoires imparfaits, fruits des Conférences sur la discipline qu'il avoit été engagé de faire par ses supérieurs. XIV. *Causa Arnaldina*, in-8$^{o}$, 1699, en Hollande. On voit dans cet ouvrage le zèle d'un ami, et la chaleur qu'inspire une cause liée à la sienne. Il le fit entrer en partie dans sa *Justification de M. Arnauld*, 1702, en trois vol. in-12. XV. *Entretiens sur le Décret de Rome, contre le Nouveau Testament de Châlons, accompagnés de Réflexions morales*. XVI. Sept *Mémoires* en 7 vol. in-12, pour servir à l'examen de la Constitution *Unigenitus* ; un grand nombre d'Œuvres sur les contestations dans lesquelles il s'étoit engagé, dont il est inutile de donner la liste. Le petit nombre de lecteurs qui voudront les connoître, en trouveront le catalogue dans la dernière édition de *Moréri*. XVII. *La Souveraineté des Rois défendue*, Paris, 1704, in-12... Les éditions des *Réflexions Morales*, 1727 et 1736, 8 vol. in-12, sont préférées par plusieurs à l'in-8$^{o}$, à cause de leur commodité. Celle- ci est en quatre vol. 1699 et 1705; mais les unes et les autres sont complètes.
II. QUESNEL, (Pierre) surnommé *Benard*, mort à la Haye en 1774, âgé de 75 ans, est connu dans la république des lettres par plusieurs ouvrages, et principalement par l'*Histoire de la Compagnie de Jésus*, dont les deux premiers volumes ont été imprimés à Utrecht en 1741. Cet écrivain qui avoit achevé, trois mois avant sa mort, cette *Histoire*, à laquelle il avoit employé la plus grande partie de sa vie, en fit brûler le manuscrit, qui auroit formé 20 volumes in-12, peu d'heures avant de rendre le dernier soupir.
QUESNOY, (François du) connu sous le nom de *FLAMAND*, sculpteur, natif de Bruxelles, mort à Livourne en 1644, âgé de 52 ans, travailla principalement en Italie et dans les Pays-Bas. Les compositions de cet ingénieux artiste sont d'un goût et d'une élégance admirables. Il a fait beaucoup de petits bas-reliefs en bronze, en marbre, en ivoire, etc. et de petites figures en cire qui représentent, la plupart, des jeux d'enfants, des bacchanales et autres sujets gais, traités avec un art et un esprit infinis. Ils sont fort recherchés des curieux.
QUETIF, (Jacques) né à Paris en 1618, prit l'habit de Saint-Dominique, fut bibliothécaire du couvent des Dominicains de la rue Saint-Honoré, et mourut le 2 mars 1698, à 80 ans. On a de lui: I. Une Edition des *Opuscules* et des *Lettres* de *Pierre Morin*. II. Une nouvelle édition du *Concile de Trente*; in-12. III. Une nouvelle édition de la *Somme de Saint Thomas*, en trois vol. in-folio. IV. Les *Lettres de Savonarole*, et sa *Vie* par *Jean-François Pic de la Mirandole*. V. Il préparoit une *Bibliothèque des Auteurs* de son Ordre, qui fut finie par le Père *Echard* son confrère. Toutes ces productions sont des témoignages avantageux de son érudition. Sa vertu égaloit son savoir, et son savoir étoit très-étendu.
QUEVEDO DE VILLEGAS, (François) né à Villeneuve de l'Infantado, en 1670, d'une famille noble, devint chevalier de Saint-Jacques. Il cultiva la poésie, et ses vers lui procurèrent de la gloire et des chagrins. Il fut mis en prison par ordre du comte *Olivarez*, dont il avoit décrié le gouvernement, et n'obtint sa liberté qu'après la disgrace de ce ministre. Cet auteur est mis au rang des plus célèbres écrivains de sa nation. Il s'est exercé dans plusieurs genres de poésie. On a de lui: I. Des Pièces *Héroïques*. II. Des *Lyriques*. III. Des *Facétieuses*. Il publia ses différentes Poésies sous le titre de *Parnasse Espagnol*, à Madrid, 1650, in-4.º. IV. Des *Traductions*. V. *L'Aventurier Buscon*; mauvais roman, traduit en plusieurs langues, et en françois, 1775, trois brochures in-12. VI. Les *Visions*. VII. *L'Enfer réformé*, etc. Ses productions en vers et en prose ne manquent ni d'imagination, ni d'agrémens: mais il n'est pas heureux dans les détails; il ne choisit pas bien ses couleurs, il ne les assortit pas; en un mot, il manque de goût. Ses Ouvrages ont été recueillis à Bruxelles en trois vol. in-12; et traduits en françois et imprimés dans la même ville en 2 vol. Ce poète mourut à Villeneuve de l'Infantado, le 8 septembre 1745, à 65 ans.
QUEUX, (Claude le) chapelain de Saint-Yves à Paris, mort en 1768, s'est fait connoître par des Traductions de plusieurs Traités de St. Augustin et de St. Prosper sur la Grace et sur le petit nombre des Elus. De plus, il a composé : I. Les dignes fruits de Pénitence, 1742, in-12. II. Le Chrétien fidelle à sa vocation, 1748 et 1761, in-12. III. Le Verbe incarné, 1759, in-12. IV. Tableau d'un vrai Chrétien, 1748, in-12. Il a encore été, avec l'abbé le Roy, l'éditeur de l'Histoire des Variations du grand Bossuet, 5 vol. in-12, 1770. Il avoit projeté une nouvelle édition des Œuvres de ce savant évêque, dont l'exécution a été confiée aux Bénédictins. I. QUIEN, (Michel le) Dominicain, naquit à Boulogne en 1661, d'un marchand. Etant venu achever ses études à Paris, il s'y rendit habile dans les langues, dans la théologie et dans l'antiquité ecclésiastique. Il fut aimé par ses confrères et consulté par les savans, qui trouvoient en lui un critique habile et un littérateur poli, toujours prêt à communiquer ses lumières. Ce pieux et savant Dominicain mourut à Paris le 12 mars 1733, à 72 ans. Ses principaux ouvrages sont : I. La Défense du Texte Hebreu contre le P. Pezron, avec une Réponse au même Père qui avoit réfuté cette Défense, in-12. (Voyez PEZRON.) II. Une Edition des Œuvres de Saint Jean Damascène, en grec et en latin, trois vol. in-folio, 1712. III. Un Traité contre le schisme des Grecs, qu'il a intitulé : Panoplia contra Schisma Graecorum, in-4°, sous le nom d'Etienne de Altimura. IV. Nullité des Ordinations Anglicanes, contre le P. le Courayer, quatre vol. in-12. V. Plusieurs Dissertations dans les Mémoires de Littérature et d'Histoire, recueillies par le P. Desmolets. VI. Oriens Christianus, in quatuor Patriarchatus digestus; in quo exhibentur Ecclesiæ, Patriarchæ, cæterique Præsules Orientis, en trois vol. in-folio, 1740, à Paris de l'Imprimerie Royale. C'est le plus grand ouvrage que nous ayons sur l'état ancien et présent des églises d'Orient. L'auteur s'y est proposé de faire sur ces vastes régions, ce que d'autres Savans ont exécuté pour quelques royaumes, quelques états de l'Europe, et même pour des églises particulières. Son livre renferme toutes les églises Orientales, sous les quatre grands patriarcats de Constantinople, d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem. Il y donne la description géographique de chaque diocèse, des villes épiscopales. Il rapporte l'origine et l'établissement des églises, leur étendue, leur juridiction, leurs droits, leurs prérogatives, leurs prétentions, la succession et la suite de leurs évêques, le gouvernement politique, les changemens qui y sont arrivés, etc. La Gaule Chrétienne de Sainte Marthe lui a servi de modèle, et il l'a très bien imitée. l'instant. Il mourut le 21 janvier 1773, à 83 ans. Il s'étoit fait lui-même cette épitaphe, qui tient de l'épigramme :
CI GUT PIRON, QUI NE FUT RIEN, PAS MÊME ACADÉMICIEN. Il eut pendant plusieurs années une compagne douce et pleine d'esprit comme lui, Marie-Thérèse Quenaudon morte en 1751; et aucun époux ne remplit mieux les devoirs de son état. Le recueil de ses ouvrages parut en 1776, en 7 vol. in-8° et 9 vol. in-12. Les principales pièces sont : I. L'École des Pères, comédie jouée en 1728 sous le titre des Fils ingrats. II. Callisthènes, tragédie dont le sujet est tiré de Justin. III. L'Amant mystérieux, comédie. IV. Gustave et Fernand-Cortez, deux tragédies dont quelques scènes décèlent un génie original, mais dont la versification flatte peu l'oreille et ne va point au cœur. Maupertuis disoit de la première : Ce n'est pas la représentation d'un événement en vingt-quatre heures, mais de vingt-quatre événements en une heure; Boindin l'appeloit; l'Histoire des Révolutions de Suède revue et augmentée. V. La Métromanie, comédie. (Voyez II. FRESNE.) VI. Les Courses de Tempé, pastorale ingénieuse où l'on peint avec agrément les mœurs des villes et celles de la campagne. VII. Des Odes, dont quelques-unes sont belles. VIII. Des Poèmes, des Contes, des Epigrammes. Il réussissoit dans ce dernier genre, et on doit le placer, après Marot et Rousseau. Il étoit forcé dans le tragique et beaucoup moins naturel que dans le comique; ses tragédies offrent pourtant des choses fortes et rendues avec énergie. Les Préfaces dont il a accompagné ses différentes pièces se font remarquer par des choses pensées, neuves et plaisantes, par des expressions heureuses et des tours naïfs; mais on y desireroit un style plus aisé, plus pur, plus noble, et moins de jargon. Il ne falloit pas d'ailleurs surcharger le public de sept volumes; il y en a au moins quatre de trop. A l'exception de la Métromanie, de Gustave, des Courses de Tempé, de quelques Odes, d'une vingtaine d'Epigrammes, de trois ou quatre Contes, de quelques Epitres, tout le reste est plus ou moins médiocre. Le ton pénible, la dureté, le mauvais goût y dominent et en rendent la lecture peu agréable. On n'a point imprimé les nombreuses petites pièces données par Piron au théâtre Italien et à celui de l'Opéra Comique. On connoît cependant leurs noms : ce sont Philomèle, les huit Mariannes, Arlequin Deucalion, l'Antre de Trophonius, l'Endriague, l'Ane d'or, les Caprices, les Chimères, le Fâcheux veuvage, Crédit est mort, l'Enrôlement d'Arlequin, la Robe de dissention, les Jardins d'Hymen, etc. Voyez EPIGURE vers la fin; et II. NIVELLE. I. PISAN, (Thomas de) astrologue de Bologne, fut appelé à Venise par un docteur de Forli conseiller de la république, dont il épousa la fille. Les Vénitiens instruits de sa capacité, l'honorèrent du titre qu'avoit son beau-père. La réputation de son profond savoir porta le roi de France Charles V et le roi de Hongrie, à le faire solliciter en même temps de s'attacher à chacun
II. QUIEN DE LA NEUFVILLE, (Jacques le) né à Paris en 1647, capitaine de cavalerie, d'une ancienne famille du Boulonois, fit une campagne en qualité de *cadet* dans le régiment des Gardes-Françoises, et quitte ensuite le service pour le barreau. Il étoit sur le point d'être pourvu de la charge d'avocat général de la cour des Monnoies, lorsqu'une banqueroute considérable faite à son père, dérangea ses projets, et le réduisit à chercher une ressource dans la littérature. *Scarron* son parent, voulut lui inspirer du goût pour la Poésie; mais il aima mieux suivre les avis de *Pellissou*, qui lui conseilla de s'appliquer à l'Histoire. Après avoir appris l'espagnol et le portugais, il donna en 1700, en deux vol. in-4°, l'Histoire générale du Portugal; ouvrage qui lui mérita une place à l'académie des Inscriptions en 1706. *Le Quien* n'a conduit cette Histoire que jusqu'en 1521, à la mort d'*Emmanuel I*; et outre que son ouvrage n'est pas fini, il a plusieurs autres défauts. *La Clède* secrétaire du maréchal de Coigni, qui donna en 1735, en deux vol. in-4° et en huit vol. in-12, une *Nouvelle Histoire de Portugal*, conduite jusqu'à nos jours, prétend que *le Quien* a supprimé dans la sienne un grand nombre de faits importants, et a passé légèrement sur beaucoup d'autres. *Le Quien* enfanta un ouvrage qui fut plus utile à sa fortune que son Histoire. Nous voulons parler de son Traité *De l'usage des Postes chez les anciens et les modernes*, Paris, 1734, in-12, qui lui fit donner la direction d'une partie de celles de la Flandre Françoise. Il alla s'établir au Quesnoy, et il y demeura jusqu'en 1713, que l'abbé de *Mornay* ambassadeur en Portugal, l'emmena avec lui comme un homme intelligent et un confident sûr. Ce voyage lui fut aussi avantageux qu'honorable. Le roi de Portugal lui donna une pension de 1500 livres, payable en quelque lieu qu'il fût; le nomma chevalier de l'ordre de Christ, le plus considérable des trois ordres de Portugal, et celui que le roi porte lui-même; et lui demanda ses vues et ses avis sur l'Académie d'Histoire qu'il avoit dessein d'établir, et qu'il établit en effet peu de temps après à Lisbonne. *Le Quien* crut ne pouvoir mieux le remercier qu'en finissant son *Histoire de Portugal*; mais sa trop grande application lui causa une maladie dont il mourut à Lisbonne le 20 mai 1728, à 81 ans, laissant deux fils. Sa mémoire est précieuse à ceux qui l'ont connu.
QUIES, (Mythol.) Déesse du Repos et de la Tranquillité. Les Prêtres chargés de son culte, étoient nommés les *Silencieux*. — *QUIETALE NUMEN* étoit un nom donné à *Pluton*, parce qu'on croyoit qu'il ne régnoit que sur les morts.
QUIETISTES, Voyez I. GUYON et MOLINOS.
QUIETUS, (*Fulvius*) second fils de *Macrien*, se distingua dans les armes et fut fait tribun par *Valérien*. Son père ayant été déclaré empereur en 261, par l'armée d'Orient, lui donna le titre d'Auguste, et partagea son autorité avec lui et *Macrien le Jeune*. *Macrien* le père voulut aller se faire reconnoître en Oe- sident, où *Gallien* régnoit; il lui laissa le soin de défendre l'Orient contre les Perses. *Quietus* signala dans cette occasion ses talens militaires. Mais son père et son frère ayant été tués, *Odenat* qui l'avoit très—bien servi jusqu'alors, lui enleva une partie de ses troupes, et mit le siège devant Émèse où l'infortuné prince s'étoit renfermé. Les habitans le sacrifièrent à leur sureté, et après lui avoir donné la mort ils jetèrent son cadavre dans les fossés de la ville. Ce fut à la fin de juillet de l'an 262. Son règne ne fut que d'environ 17 mois; mais dans un si court espace il parut très-capable de bien gouverner un empire. I. QUIGNONES, (François de) Cordelier Espagnol, d'une famille illustre, parvint par ses talens à la place de général de son ordre en 1522. L'empereur *Charles-Quint* qui l'aimoit autant qu'il l'estimoit, le fit conseiller de son conseil de conscience. Lorsque *Clément VII* eut été fait prisonnier en 1527, par les troupes de ce prince, *Quignonnes* fut chargé par ce pontife de négocier la paix et d'obtenir sa liberté. Ses soins lui ayant réussi, il fut honoré de la pourpre, envoyé légat en Espagne, et mourut à Veroli en 1540, après avoir donné une grande idée des lumières de son esprit et des qualités de son cœur. On a de lui un Bréviaire, (*Breviarium Romanum, è sacra potissimum Scriptura et probatis Sanctorum historiis confectum*;) imprimé à Rome en 1536, aussi curieux que rare. La Préface en est belle, et mérite d'être lue. On a suivi en partie, dans les nouveaux Bréviaires de France, le plan proposé par ce cardinal; et si celui de Paris étoit pendant toute l'année comme il est au temps Pascal, il y seroit entièrement conforme. Les Heures canoniales sont réduites à trois Pseaumes, et les Matines à trois Leçons; le Pseautier y est distribué de façon qu'on peut le réciter en entier dans chaque semaine. L'auteur en le composant, avoit retranché plusieurs Légendes apocryphes, et cette proscription souleva les ignorans contre l'auteur. *Pie V* excité par leurs cris, supprima cet ouvrage, et il ne sert plus, dit *Mordri*, que d'ornement dans les bibliothèques. On le réimprima à Paris, in-8°, vers l'an 1676.
II. QUIGNONES, (Jean de) médecin Espagnol, de la même famille que le précédent, naquit vers 1600. Il exerçoit la médecine par goût et non par intérêt. Ses amis à qui il portoit généreusement des secours dans leurs maladies, éprouvèrent plus d'une fois combien il étoit instruit dans l'art de guérir. Il nous reste de lui un *Traité sur les Langoustes* ou *Sauterelles*. Ce Traité, écrit en espagnol, est curieux et peu commun. Il fut imprimé à Madrid, in-4°, en 1620. Il renferme plusieurs Oraisons mystérieuses, et qui prouvent combien on étoit encore superstitieux en Espagne, puisqu'on leur attribuoit dans ce temps le pouvoir de chasser cet insecte. Il est encore auteur d'un Traité assez recherché, imprimé à Madrid en 1632, in-4°, sous ce titre: *El monte Vesuvio*; il est curieux. Cet auteur, comme on voit, avoit embrassé plus d'une science. Outre celle de l'Histoire naturelle à qui nous devons les deux Traités précédens, il cultiva aussi celle des antiquités. Il a laissé un *Traité* en espagnol, *sur quelques Monnoies des Romains*, imprimé à Madrid en 1620, in-4.º Il est peu commun.
QUILLARD, ( Pierre-Antoine ) peintre de Paris, mort à Lisbonne en 1733, à la fleur de son âge, travailla dans le goût de *Wateau* son maître.
QUILLET, ( Claude ) né à Chinon en Touraine, exerça l'abord la médecine. Il se trouva à Loudun dans le temps que *Laubardemont* fut envoyé dans cette ville, pour prendre connaissance de la triste comédie que le cardinal de *Richelieu* y faisoit jouer contre *Grandier*. On sait qu'il étoit question de sortilège. Le Diable s'étoit emparé des Religieuses de Loudun, par le ministère, à ce qu'on prétendoit, du malheureux curé. *Satan* menaça un jour d'enlever le lendemain jusqu'à la voûte de l'Église, le premier impie qui oseroit douter de son pouvoir. L'incrédule *Quillet* eut l'imprudente fermeté de le défier d'exécuter en sa personne ce qu'il avoit annoncé. Le Diable qui ne s'attendoit pas à être pris au mot, fut bien déconcerté, et *Quillet* craignant le ressentiment du cardinal, fut obligé de se retirer en Italie. Le maréchal d'*Estrées* ambassadeur de France à Rome, le prit pour son secrétaire. Ce fut dans cette ville qu'il commença sa *Callipédie*, Poème en IV chants, imprimé à Leyde en 1655, sous ce titre : *Calvidii Læti Callipædia*, sive *De pulchra prolis ha-* *benda ratione*, in-4.º L'auteur le publia sous un nom étranger, parce qu'il y avoit lancé plusieurs vers satiriques contre le cardinal *Mazaria*. Ce ministre le découvrit, et ne s'en vengea qu'en lui donnant une abbaye *Apprenez*, lui dit-il, à *ménager davantage vos amis*. L'abbé *Quillet*, dit *Thomas*, eut d'abord la bassesse d'accepter ce bienfait d'un homme dont il avoit dit du mal; et comme s'il n'eût attendu qu'un salaire, dès qu'il fut payé il fut flatteur. Il donna une nouvelle édition de son Poème à Paris en 1656, in-8°, la dédia au cardinal; et substitua l'éloge à la satire; trouvant ainsi le moyen de s'avilir par tous les deux. Cet auteur mourut quelque temps après à Paris, en 1661, à 59 ans, dans des dispositions très-chrétiennes; *Loret* l'annonça du moins dans sa *Gazette* : *Quillet*, bel esprit, que jadis Affectoit peu le Paradis, Par erreur ou par contenance, Qui fut touché de repentance D'en avoir de la sorte usé, D'un feu divin fut embrasé, Après avoir fait malin bon livre, A depuis peu cessé de vivre, Plaint et regretté dans Paris De la plupart des beaux esprits. Son Poème de la *Callipédie* est intéressant par la juste distribution des parties, par l'ingénieux emploi de la fable, par la variété des épisodes; mais sa versification ne se soutient pas. La diction n'est pas toujours correcte, et la bonne latinité y est blessée en quelques endroits; mais dans plusieurs autres morceaux, l'harmonie, la douceur, l'élévation, le nombre et la cadence caractérisent sa muse, et la la sécheresse des préceptes disparaît sous le coloris poétique. La matière n'y est pas traitée avec beaucoup de solidité, et on y trouve quelques erreurs populaires; il y débite sérieusement les extravagances de l'Astrologie judiciaire. « Il est singulier, dit avec raison un critique, qu'un Poème qui enseigne un pareil art, et où l'on trouve des peintures des plaisirs de l'amour et des détails sur l'article de la génération, ait été composé par un ecclésiastique, dédié à un cardinal, et ait procuré une abbaye à son auteur; mais la science des bienséances n'a été connue que fort tard parmi nous. » On a imprimé en 1746, in-12, une traduction françoise en prose, de ce Poème, par *Montenault d'Egly*; et en 1774, une en vers françois avec le texte latin, in-8. *Caillau* médecin de Bordeaux, en a publié en 1799, une traduction nouvelle avec le texte latin, une notice sur la vie de *Quillet* et le catalogue des diverses éditions de son Poème. *Quillet* avoit composé plusieurs autres ouvrages; mais ils n'ont pas été imprimés. Il donna en mourant tous ses écrits à *Ménage*, et 500 écus pour les faire imprimer; mais celui-ci prit l'argent et les papiers, et ne publia aucun écrit de *Quillet*. Le principal étoit un Poème latin en l'honneur de *Henri IV*, intitulé: *La HENRIADE* en XII chants.
QUIN, (Jacques) né à Londres en 1693, mort à Bath en 1766, fut le premier acteur d'Angleterre, avant que *Garrick* eût paru sur le théâtre. Il lutta souvent avec ce dernier dans les mêmes rôles ou dans des rôles *Tome X.* différens de la même pièce. *Quin* étoit ami de *Pope* et de *Thompson*. Il avoit donné des leçons de prononciation à la famille royale; et lorsque le prince de Gallos devenu monarque, parut pour la première fois au parlement et y eut prononcé son discours avec grace, *Quin* dans son enthousiasme s'écria: *C'est moi qui ai formé ce garçon-là*. Cet acteur étoit plaisant dans la société, et écrivit avec esprit et enjouement. On en peut juger par une de ses lettres sur l'Écosse, insérée dans le Conservateur de l'année 1787, publiée par l'un des auteurs de ce Dictionnaire.
QUINAULT, (Philippe) naquit en 1636, d'une famille honnête, et non pas d'un boulanger comme l'insinue *Furetière* dans son *Factum* contre l'Académie. Quand tout ce que ce satirique a dit sur la prétendue bassesse de son extraction, seroit vrai, *Quinault* n'en seroit que plus lôuable, d'avoir si bien réparé par ses talens et par sa politesse le tort de sa naissance. *Tristan l'Hermite* qui avoit vieilli dans la carrière du théâtre, fut le maître de poésie de *Quinault*. On a même prétendu que celui-ci fut son domestique; et c'est ce faux bruit qui donna lieu à cette Epigramme: De son manteau, joint à son double esprit, Récompensa son serviteur fidèle: *Tristan* eût suivi son modèle; Mais *Tristan* qu'on mit au tombeau, Plus pauvre que n'est un prophète, En laissant à *Quinault* son esprit de Poème, Ne put lui laisser de manteau. Les leçons de *Tristan* ne furent point inutiles à *Quinault*; mais il dut davantage à la nature. Il se fit connoître avant l'âge de 20 ans par quelques Pièces de théâtre qui eurent assez de succès; et avant l'âge de 30 ans il en donna 16, dont plusieurs obtinrent les suffrages du Partètre. Elles furent jouées depuis 1654 jusqu'en 1666. La première fut la comédie des *Muses rivales*, jouée en 1653. *Tristan* la présenta aux comédiens comme étant de lui. Ceux-ci en offrirent cent écus. Le marché fait, *Tristan* avoua que la pièce étoit du jeune *Quinault*. Les comédiens ne voulurent plus en donner alors que cinquante écus. Par accommodement, il fut convenu que l'auteur recevroit le neuvième de la recette pendant le temps que sa pièce seroit jouée dans sa nouveauté. Cet arrangement fut l'origine de la part d'auteur accordée depuis par les comédiens aux auteurs dramatiques. Les autres pièces de *Quinault* sont: *L'Amour indiscret* ou *le Maître indiscret*, comédie représentée en 1654; *La Comédie sans Comédie*, en 1654; *La généreuse ingratitude*, tragi-comédie, en 1656; *Stratonice*, tragi-comédie, en 1657; *Les Coups de l'Amour et de la Fortune*, tragi-comédie, en 1657; *Amalasonte*, tragédie, en 1658; *Le Feint Alcibiade*, tragi-comédie, en 1658; *Le Fantôme amoureux*, tragi-comédie, en 1659; *Agrippa* ou *le faux Tiberius*, tragi-comédie, en 1660; *Astrate roi de Tyr*, tragédie, en 1663; *La Mère coquette* ou *les Amans brouillés*, comédie, en 1664; (c'est après le *Menteur de Corneille*, l'une des meilleures pièces du théâtre ancien avant *Molière*.) *Bellérophon*, tragédie, en 1665; *Pausanias*, tragédie, en 1666. Toutes ces pièces sont en vers et en cinq actes. *L'Astrate* eut un si grand succès qu'on la joua pendant trois mois; *Sallo* en fit l'éloge dans le *Journal* des Savans; et *Boileau* la ridiculisa : « C'est là ce qu'on appelle un ouvrage achevé; Sur-tout l'anneau royal me paroît bien trouvé. Son sujet est conduit d'une belle manière, Et chaque acre en sa pièce, est une pièce entière. » Les autres Tragédies de *Quinault* ne réussirent pas autant qu'*Astrate*. « Lorsqu'il fit ses premières pièces, dit *Ménage*, elles furent si goûtées et si applaudies, qu'on entendoit le brouhaha à deux rues de l'Hôtel de Bourgogne. » S'apercevant que l'une d'elles étoit mal reçue, *Quinault* dit à un courtisan, que la scène étoit en Cappadoce, qu'il falloit se transporter dans ce pays-là, et entrer dans le génie de la nation. *Vous avez raison*, répondit le courtisan : *franchement je crois qu'elle n'est bonne qu'à être jouée sur les lieux*. On prétend que ce furent ces premiers essais de *Quinault*, qui agirent *Boileau* contre lui. Point de régularité dans le plan, point de force dans le style; des amours romanesques; un ton de galanterie de ruelle dans les endroits même qui exigeoient un pinceau mâle et un coloris vigoureux : c'en étoit trop pour ne pas exciter la bile du *Juvenal* François. Il couvrit de ridicule le jeune poète; il lui reprocha que dans ses pièces doucereuses et languissantes, *tout, jusqu'à JE VOUS HAIS*, se disoit tendrement. *Quinault* né sensible, mais foible et timide, voulut trouver dans les lois un frein à la satire. Il demanda aux magistrats qu'ils fissent ôter son nom de celles qui faisoient tant de bruit; mais ses démarches furent inutiles. Son ennemi l'en insulta plus cruellement, et lui dit dans une épigramme : Tourmente - toi moins. . . . . . . . . . pour faire ôter ton nom de mes ouvrages; Si tu veux du Public éviter les ouvrages, Fais effacer ton nom de tes propres écrits. Boileau se repentit dans la suite de sa critique exagérée. « Quinault étoit fort jeune et moi aussi, dit-il dans la Préface de ses Œuvres, lorsque j'écrivois contre lui; il n'avoit pas fait alors la plupart des Ouvrages qui lui ont acquis depuis une juste réputation. » Cependant Quinault, qui avoit mêlé l'étude du droit à celle de la rime, arrangea les comptes d'un riche marchand que ses associés inquiétoient. Il eut occasion de connoître sa femme, et après la mort du mari qui arriva quelque temps après, il l'épousa. Devenu riche par ce mariage, il acheta en 1671 une charge d'auditeur en la chambre des Comptes. Cette compagnie fit quelques difficultés à sa réception; et c'est à cette occasion qu'un plaisant fit l'épigramme qui finit ainsi : Puisqu'il a fait tant d'auditeurs, Pourquoi l'empêchez-vous de l'être. Il avoit été reçu l'année d'auparavant à l'académie Françoise; ses Opéra lui avoient mérité une place dans cette compagnie. Il étoit le premier homme de son siècle en ce genre. Lulli le préféra à tous les autres poètes, parce qu'il trouvoit en lui seul toutes les qualités qu'il cherchoit : une oreille délicate qui ne choisit que des paroles harmonieuses; un goût tourné à la tendresse, pour varier en cent manières les sentimens consacrés à cette espèce de Tragédie; une grande facilité à rimer, pour être toujours disposé à se prêter aux divertissemens de Louis XIV; et une extrême docilité à se plier aux idées du musicien. Il possédoit dans un très-hant degré le talent de la déclamation; et Lulli lui faisoit souvent réciter ses vers, jusqu'à ce qu'il eût saisi les inflexions de sa voix pour les faire passer dans son récitatif. De là sans doute cette expression toujours juste qu'on admire dans sa musique, qui est comme une déclamation notée. On avouera cependant que le poète étoit à quelques égards supérieur au musicien, et que cet artiste a manqué plusieurs des tableaux poétiques que Quinault lui avoit donnés. Que d'invention, que de naturel, que de sentiment, que d'élévation même quelquefois, enfin que de beautés d'ensemble et de détail dans ses Poèmes lyriques! Il faudroit avoir bien peu de goût ou des préventions bien fortes, pour n'être pas sensible aux charmes d'Alceste, de Thésée, d'Atys, de Phaéton et d'Armide. Suivant Rémond de Saint-Mard, jamais Quinault ne s'est mépris et n'a mis un sentiment à la place d'un autre : bien plus, jamais le sentiment n'a parlé un langage qui fût si vrai, qui fût si bien à lui. On l'a blâmé de ce que sa versification étoit sans nerf et sans force. Une versifica- 308 Q U I tion plus forte eût été un défaut dans les Opéra, comme la poésie douce et coulante de *Quinault* en seroit un dans une Saire. D'ailleurs *Quinault* fit quelquefois de très-beaux vers pleins d'énergie, lorsque la musique en avoit besoin pour être plus fière et plus expressive; on peut citer pour témoins ces vers de *Médée* : Sortez, ombres, sortez de la nuit éternelle ; Voyez le jour pour le troubler ; Que l'affreux désespoir, que la rage cruelle ; Prennent soin de vous rassembler. Avances, malheureux coupables, Soyez aujourd'hui déchaînés ; Goutez l'unique bien des cœurs infortunés ; Ne soyez pas seuls misérables. Ma rivale m'expose à des maux effroyables ; Qu'elle ait part aux tourmens qui vous sont destinés ; Non, les enfers impitoyables Ne pourront inventer des horreurs comparables Aux tourmens qu'elle m'a donnés. Goutons l'unique bien des cœurs infortunés ; Ne soyons pas seuls misérables. *Boileau* seroit aujourd'hui bien étonné de voir ce *Quinault* qu'il outrageoit, mis par la postérité sur la même ligne que lui. L'acharnement du satirique contre le lyrique paroît à présent d'autant plus insupportable, que quand *Despréaux* voulut faire un Prologue d'*Opéra* pour donner un modèle en ce genre, il fit un ouvrage médiocre qui n'approchoit pas des Prologues de ce même *Quinault*, qu'il affectoit tant de rabaisser. Lorsque ces deux poètes se furent réconciliés, *Boileau* conserva encore un peu de fiel. Comme *Quinault* lui montroit toujours quelque ouvrage chaque fois qu'il alloit le voir, le satirique disoit à ses amis : *Il me semble qu'il n'a voulu se raccommoder avec moi, que pour me parler de ses vers, et il ne me parle jamais des miens*. Les Prologues de *Quinault* remplis de finesse et d'esprit, offrent cependant une trop continuelle adulation pour *Louis XIV*. Après la défaite des François à Hoschtedt, un prince Allemand dit à un prisonnier : *J'espère au moins qu'on ne fera plus en France tant de Prologues*. *Quinault* avoit le don de la parole. Il eut l'honneur de haranguer le roi, au nom de l'académie Françoise, au retour de ses campagnes de 1675 et 1677. Ayant appris la mort de *Turenne* au moment qu'il alloit parler, il fit une digression aussi ingénieuse que touchante sur ce héros. A peine sortoit-il de sa 53e année, qu'il se sentit assailli de dégoûts, d'insomnies, de langueurs : pendant deux ou trois mois il se sentit mourir pour ainsi dire plusieurs fois par jour, ayant continuellement des défaillances. L'idée de *Lulli* mort l'année précédente sans beaucoup de préparation, l'avoit frappé : il pensa à faire une mort chrétienne. Il commença un Poème sur l'extinction de la religion Prétendue-Réformée dans le royaume; voici les quatre premiers vers : Je n'ai que trop chanté les jeux et les amours ; Sur un ton plus sublime il faut me faire entendre : Je vous dis adieu, Muse tendre, Je vous dis adieu pour toujours ! Il se repentit d'avoir consacré son temps à ses *Opéra*, auxquels il a dà son immortalité; et ses regrets étoient bien justes; car l'amour et la volupté y sont parés de toutes les graces de la poésie et de la musique: ces deux arts réunis sur un théâtre profane, font toujours des impressions dangereuses sur un jeune cœur. Quinault plein de repentir, mourut dans de grands sentimens de religion le 26 octobre 1688, dans sa 54e année, après avoir composé pour lui-même cette épitaphe, dont la simplicité est remarquable: Passant, arrête ici pour prier un moment; C'est ce que des vivans les morts peuvent attendre. Quand tu seras au monument, On aura soin de te le rendre. Quinault étoit un homme aimable, d'une société douce, d'une conversation agréable, d'une politesse attentive et prévenante. Il plut aux grands, il ne dédaigna pas les petits: également éloigné des défauts qui choquent à la cour, et de ceux qui font haïr dans le monde. Il jouit de l'aisance qu'il méritoit. Sa femme lui avoit apporté plus de cent mille écus; le roi lui donnoit deux mille livres de pension, et Lulli lui payoit chaque Opéra quatre mille livres. Cependant il se plaint de la médiocrité de sa fortune, dans ces jolis vers; mais c'est une plainte de poète: C'est avec peu de bien, un terrible devoir, De se sentir pressé d'être cinq fois beau-père. Quoi! cinq actes devant notaire, Pour cinq filles qu'il faut pourvoir! O ciel! peut-on jamais avoir. Opéra plus fâcheux à faire? Ses Opéra, outre ceux que nous avons nommés, sont: Les Fêtes de l'Amour et de Bacchus, Cadmus, Isis, Proserpine, le Triomphe de l'Amour, Persée, Amadis, le Temple de la Paix... Quinault est encore auteur, I. De quelques Epigrammes dont la poésie est foible. II. De la Description de la Maison de Seaux; petit poème écrit avec délicatesse. III. De différentes Pièces de Poésie répandues dans les Recueils du temps. Ses Pièces dramatiques conservées au théâtre, sont: Agrippa ou le Faux Tiberinus, Astrate, tragédies; la Mère Coquette, comédie, retouchée par Collé. Ses Œuvres ont été imprimées avec sa Vie à Paris, 1739 et 1778, 5 volumes in-12.
QUINAULT, Voyez FRESNE (DU) n° II. I. QUINCY, (Charles-Sevin marquis de) lieutenant général d'artillerie, s'est distingué dans le 18e siècle par son courage et par son amour pour les lettres. On a de lui l'Histoire Militaire de Louis XIV, 1726, 7 vol. in-12 qui se relient en huit. Elle est très-utile pour ceux qui s'appliquent au métier de la guerre, et qui veulent suivre les marches, les campagnes et les autres opérations militaires.
II. QUINCY, (Jean) médecin Anglois, exerçoit sa profession au commencement du dix-huitième siècle à Londres, et publia en anglois: I. Un Dictionnaire de Physique, 1719, in-8. II. Pharmacopée universelle, 1721, in-8°, traduit en françois par Clausier, Paris, 1745, in-4. On y trouve la critique des prins cipales préparations des apothi- caires. III. *Pharmacopée chimi- que*, Londres, 1723, in-4.º
QUINQUARBRES, *Voyez* CINQ-ARBRES (Jean).
QUINTE-CURCE, (*Q. Cur- tius - Rufus*) historien Latin, dont le nom est fort connu et dont la vie est fort ignorée. On croit qu'il florissoit sous *Vespa- sien* ou sous *Trajan*. Dans quel- que temps et dans quelque pays qu'il ait vécu, il est certain que c'étoit un homme d'esprit. Il s'est immortalisé par son *Histoire d'Alexandre le Grand*, et il a immortalisé ce héros. Cet ouvrage étoit en dix livres, dont les deux premiers, la fin du cinquième et le commencement du sixième ne sont pas venus jusqu'à nous. Son style est noble, élégant, pur, mais trop fleuri. Ses pen- sées sont brillantes, ingénieuses et sensées. Le nom d'*Alexandre* ne lui en impose point : il dit le bien et le mal de ce héros comme il l'auroit pu dire d'un homme ordinaire. Il est moins fidèle dans les discours qu'il prête à ce con- quérant et aux autres person- nages qu'il fait agir; la plupart sont trop longs, et le bel esprit y paroît plus que l'homme véri- tablement éloquent. Il faut peut- être excepter la belle Harangue des *Scythes* à *Alexandre*, au sep- tième livre, qui a été imitée en vers françois par *Dorat*. On lui reproche encore d'avoir trop né- gligé la chronologie et les dates, et d'avoir fait des fautes essen- tielles en géographie et en his- toire. En décrivant par exemple la marche pompeuse de *Darius* qu'on prendroit pour une fête, il fait paroître un char consacré à *Jupiter*, et il orne le char du roi de statues qui représentent les dieux des Romains; comme si les Perses avoient connu *Jupi- ter*; comme s'ils n'avoient pas eu en horreur l'idolâtrie. Il est étrange que *Rollin* ait copié *Quinte-Curce* dans un siècle éclairé, dans un ouvrage destiné à de solides instructions. « De sa- vans critiques et même des phi- losophes, dit *Fréron* le fils, ont regardé la Vie d'*Alexandre* par *Quinte-Curce*, comme un roman bien écrit. *Montesquieu* faisoit beaucoup plus de cas de l'ouvrage d'*Arrien* sur l'expédi- tion de ce héros. (*Voyez* II. AR- RIEN.) Il est sûr que l'historien Latin n'avoit pas une tête assez politique pour bien apprécier plu- sieurs actions du plus grand con- quérant qui ait existé. Son esprit lui a fait prodiguer des contes plus merveilleux que raisonna- bles. C'est une chose singulière, que deux héros assez semblables, au moins par le courage, (*Char- les XII* et *Alexandre*) aient eu deux historiens d'un goût à peu près pareil, et d'un esprit plus brillant que profond.» Les meil- leures éditions de *Quinte-Curce* sont celles d'*Elzevir*, 1633, in-12; — du P. le *Tellier* Jésuite, *ad usum Delphini*, à Paris, 1678, in-4º; — des *Variorum*, in-8º, deux vol. à Amsterdam, 1708; — et de Delft, 1724, deux vol. in-4º. Nous en avons encore une, conférée sur les manuscrits de la bibliothèque du Roi en 1756, in-12, chez *Barbou*, avec les Supplémens de *Freinshemius*. Les curieux recherchent aussi celle de Venise, 1470, in-fol. La Tra- duction donnée par *Vaugelas*, 2 vol. in-12, est estimée et mé- rite de l'être. L'abbé *Mignot* et *Beauzée* en ont donné depuis peu deux autres qui ont chacun leur mérite. (*Voy. l'article II. FAVRE et celui de FREINSHEMIUS.*) — Quelques savans, tels que *Juste-Lipse* et le président *Brisson*, ont prétendu que le *Curtius-Rufus*, auquel l'empereur *Claude* décerna les honneurs du triomphe l'an 47 de J. C., étoit le même que *Quinte-Curce*. Leur conjecture, dit *Crevier*, a de la vraisemblance, et un passage du dixième livre de l'Histoire d'*Alexandre*; paroît désigner visiblement les mouvemens qui suivirent la mort de *Caligula*. L'histoire de *Curtius-Rufus* est assez singulière pour pouvoir la rapporter ici, soit qu'il fût le même que l'historien, soit qu'il fût un personnage différent. Sa naissance étoit très-obscure. S'étant attaché dans sa jeunesse au questeur qui avoit le département de l'Afrique, il vint à Drumète. Là, pendant qu'il se promenoit seul sous de vastes portiques au temps de la plus forte chaleur du jour, un fantôme avec une taille gigantesque et une figure de femme, parut tout d'un coup devant lui, et lui dit: Rufus, *je suis l'Afrique; tu viendras gouverner cette province en qualité de proconsul, et tu y mourras*. Rien n'étoit plus éloigné de la pensée de *Curtius*, qu'une si haute fortune; mais un prodige élève le courage. De retour à Rome, et soutenu par ses intrigues et par celles de ses amis, il obtint d'abord la questure. Ensuite il parvint à se faire nommer préteur par *Tibère* entre les candidats de la première noblesse. *Tibère* pour couvrir l'obscurité de sa naissance, dit: *Je regarde Curtius comme fils de la Fortune*. Il paroît qu'il attendit long-temps le consulat; et il le méritoit peu, au portrait qu'en fait *Tacite*, qu'il dépeint comme adulateur des puissans, arrogant avec les foibles, difficile avec ses égaux. Il y parvint néanmoins. Il fut décoré des ornemens du triomphe; et afin qu'il ne manquât rien à l'entier accomplissement de la prédiction, le proconsulat d'Afrique lui échut par le sort. Mais lorsqu'il arrivoit à Carthage, le même fantôme se présenta à ses yeux; et peu de temps après, ayant été attaqué d'une maladie qui ne parut dangereuse à aucun de ceux qui l'environnoient, et qu'il annonça devoir être telle, l'événement vérifia son pronostic. *Tacite*, tout incrédule qu'il est, raconte sérieusement cette aventure. *Pline le Jeune* consulte un savant sur ce qu'il en doit croire. « Pour nous, dit *Crevier*, nous ne serons point embarrasses à renvoyer le fantôme de *Curtius* avec le dragon de *Néron*, et avec tant d'autres fables pareilles dont le goût des hommes pour le merveilleux a rempli le monde. »
QUINTIANUS STOA, (Jean-François) professeur de belles-lettres à Paris, naquit à Quinzano en 1486, et y mourut en 1557. Ses *Poésies*, Paris, 1514, in-folio, ne sont lues de personne, et ne méritent pas de lecteurs.
QUENTIEN, (Saint) né en Afrique, sous la domination des Vandales, vint en France du temps du roi *Clovis*, et fut élu évêque de Rodez; il assista en cette qualité au concile d'Agde en 508. Chassé de son siège par les Goths, il se retira en Auvergne, où il devint évêque, et où il mourut saintement en 527. d'eux. Le mérite personnel de Charles le Sage et le désir de voir l'université de Paris, le déterminèrent en faveur de la France. Le monarque François ayant connu par lui-même ce que valait cet étranger, suivit ses avis en plusieurs occasions importantes, et lui donna une place dans son conseil avec des pensions considérables. La mort de Charles V arrivée en 1330, affoiblit beaucoup son crédit. On n'étoit pas détrompé sur l'astrologie, mais on étoit dégoûté de l'astrologue. Charles lui donnoit près de sept mille livres de notre monnoie d'aujourd'hui de pension, sans compter de grandes et fréquentes gratifications. On lui retrancha une partie de ses gages, le reste fut mal payé, et ses infirmités le conduisirent au tombeau quelques années après. — Christine de PISAN sa fille assure qu'il mourut à l'heure même qu'il l'avoit prédit. Cela peut être; mais il ne faut pas croire qu'il y ait rien de surnaturel dans cet événement: le hasard seul le rendit prophète.
II. PISAN, (Christine de) fille du précédent, née à Venise vers l'an 1363, n'étoit âgée que de cinq ans lorsque son père la fit venir en France. Sa beauté, son esprit, et la faveur de son père, la firent rechercher par un grand nombre de personnes de distinction. Le mérite d'un jeune gentilhomme de Picardie, nommé Etienne Castel, obtint les suffrages du père et le cœur de la fille, qui lui donna sa main à l'âge de 15 ans. Une maladie contagieuse ayant emporté ce tendre époux en 1389, à 34 ans; Chris- tine âgée seulement de 25 ans fut accablée d'un grand nombre de procès. Elle se consola de sa mauvaise fortune par l'étude, et elle composa un grand nombre d'ouvrages en vers et en prose. Ils lui acquirent l'estime de plusieurs princes qui eurent soin de ses enfans, et qui lui firent des gratifications. Charles VI lui en accorda une considérable. On a d'elle: I. Les Cent Histoires de Troye en rimos, petit in-folio sans date. II. Le Trésor de Cité des Dames, Paris 1497, in-folio. III. Le Chemin de longue étendue, traduit par Jean Chaperon, Paris 1549, in-12. IV. Une partie de ses Poésies fut imprimée à Paris en 1549, in-12. Les autres se trouvent en manuscrit dans la bibliothèque du roi et dans d'autres bibliothèques. Elles respirent la naïveté et la tendresse. L'ouvrage en prose qui lui a fait le plus d'honneur, est la Vie de Charles V; elle fut composée à la prière de Philippe le Boë duc de Bourgogne. Cette Vie se trouve dans le 3e volume des Dissertations sur l'Histoire Ecclésiastique de Paris par l'abbé le Bœuf, qui a écrit la Vie de cette femme illustre.
PISANI, (Victor) général Vénitien, se distingua contre les Génois et en Dalmatie. Un revers fit oublier ses services; il fut condamné à avoir la tête tranchée. La peine fut cependant convertie en cinq années de prison. Avant qu'elles fussent écoulées les Génois menacèrent les Vénitiens d'une descente. Ceux-ci armèrent leurs galères; mais les matelots refusèrent d'y monter si on ne leur rendoit le général
QUINTILIA DE LA MIRANDE, (Lucrèce) Italienne, fut renommée par ses talens et son esprit au 16e siècle. Elle a laissé des tableaux estimés, et des écrits historiques sur la vie des plus célèbres peintres.
QUINTILIEN, (Marcus-Fabius-Quintilianus) naquit la 2e année de l'empereur Claude, la 42e de J. C. On dispute sur le lieu de sa naissance. Plusieurs le font Espagnol; d'autres croient avec assez de fondement, qu'il étoit né à Rome. Quintilien, pour se former à l'éloquence, se rendit le disciple des orateurs qui avoient le plus de réputation. Domitius Afer tenoit alors parmi eux le premier rang. Quintilien ne se contentoit pas d'entendre ses plaidoyers au barreau: il lui rendoit aussi de fréquentes visites. Au commencement de l'empire de Galba, Quintilien ouvrit à Rome une école de rhétorique. Il fut le premier qui l'y enseigna par une autorité publique et aux gages de l'état. Il dut ce privilège à Vespasien; car, selon Suétone, ce prince fut le premier qui assigna sur le trésor public, aux rhéteurs tant Grecs que Latins, des pensions qui montoient par an à 1205 livres. Quintilien remplit la chaire de rhétorique avec un applaudissement général. Il exerça en même temps et avec un pareil succès, la fonction d'avocat, et se fit aussi un grand nom dans le barreau. Après avoir employé vingt années à ces deux exercices également utiles et pénibles, il obtint de l'empereur Domitien la permission de les quitter. Le loisir que se procura Quintilien par sa retraite, ne fut pas un loisir de langueur et de paresse, mais d'ardeur et d'activité. Il commença par composer un Traité sur les causes de la corruption de l'Éloquence, dont on ne sauroit trop regretter la perte. Quelque temps après, pressé par les instantes prières de ses amis, il commença son grand ouvrage des Institutions Oratoires, composé de douze livres. Il en avoit achevé les trois premiers lorsque l'empereur Domitien lui confia le soin des deux jeunes princes ses petits-neveux qu'il destinoit à l'empire. Le plaisir que lui causa la composition de ce livre fut troublé par la perte de ses deux fils et de sa femme; il fut sur-tout sensible à la mort de l'aîné. C'étoit un prodige d'esprit. La fécondité de son génie, dit-il, n'en étoit pas demeurée aux boutons et aux fleurs; dès l'âge de dix ans il portoit des fruits. C'étoit principalement pour ce cher fils, l'objet de ses complaisances et de ses soins, qu'il avoit commencé ses Institutions Oratoires. C'est la Rhétorique la plus complète que l'antiquité nous ait laissée. Son dessein est de former un orateur parfait. Il le prend au berceau et le conduit jusqu'au tombeau. Dans le premier livre il traite de la manière dont il faut élever les enfans dès l'âge le plus tendre; puis de ce qui regarde la grammaire. Le second expose ce qui se doit pratiquer dans l'école de rhétorique, et plusieurs questions qui regardent la rhétorique même. On trouve dans les cinq livres suivans les préceptes de l'invention et de la disposition. Un des caractères particuliers de la rhétorique de Quintilien, est d'être écrite avec art et avec élégance. On y voit une grande richesse de pensées, d'ex- pressions, d'images, et sur-tout de comparaisons qu'une imagination vive et ornée lui fournit à propos. On y souhaiterait seulement plus de précision et plus de profondeur. *Quintilien* parle bien; mais il pense peu ou du moins il ne creuse pas assez son sujet. On voudrait encore qu'il n'eût pas donné des louanges excessives à un monstre tel que *Domitien*. Ses *Institutions* demeureront inconnues jusqu'en 1415. Elles furent trouvées par le *Pogge*, dans une vieille tour de l'abbaye de Saint-Gal, et non point dans la boutique d'un épicier Allemand, comme quelques-uns l'ont écrit. Au reste, l'exemplaire que le *Pogge* découvrit, n'étoit pas le seul qu'on eût alors, puisque *Léonard Aretin* à qui il l'envoya, lui écrivit qu'il travaillait à le collationner avec celui qui étoit dans sa bibliothèque. Les meilleures éditions des Œuvres de *Quintilien*, sont celles d'*Obrecht*, à Strasbourg, en 1698; et de *Capperonnier*, 1725, in-folio. L'abbé *Gédoyn* a traduit en françois les *Institutions*, Paris, 4 vol. in-12: excellente traduction, mais un peu défigurée par l'orthographe du nouvel éditeur. Les savans recherchent deux éditions des *Institutions*, données à Rome en 1470, in-folio; l'une par *Comanus*, qui est la plus estimée; et l'autre par l'évêque d'Aleria. Nous ignorons l'année de la mort de *Quintilien*; l'éditeur de *Ladvocat* la place l'an 59 de J. C., et certainement beaucoup plutôt qu'elle n'arriva. Quoi qu'il en soit, il laissa une mémoire chère aux gens de bien. Après vingt années d'exercice public, employées avec le plus grand succès à l'éducation de la jeunesse et aux travaux du barreau; après un assez long séjour à la cour, il n'avoit pas amassé de grands biens, et étoit demeuré dans une médiocrité plus louée qu'imitée. (*Voy. II. PLINE.*) —Il ne faut pas confondre cet éloquent rhéteur avec *QUINTILIEN* son aïeul. C'est de ce dernier qu'il nous reste 145 *Déclamations*. *Ugolin* de Parme publia les 136 premières dans le 15$^{e}$ siècle, Venise, 1481 et 1482, in-folio. Les 9 autres furent publiées en 1563, par *Pierre Ayrauld*, et ensuite par *Pierre Pithou*, en 1580. Il y a encore 19 autres *Déclamations*, imprimées sous le nom de *Quintilien* l'orateur; mais *Vossius* pense qu'elles ne sont ni de lui, ni de son grand-père. Il les attribue au jeune *Posthume*, qui prit, dit-on, le nom de César et d'Auguste dans les Gaules, avec *Posthume* son père, l'an 260 de J. C. Elles ont été traduites en françois, in-4$^{o}$, par *Jean Nicole* père de l'auteur des *Essais de Morale*. (*Voyez APER.*) On a réuni les *Institutions* du fils et les *Déclamations* du père, dans l'édition cum *notis Variorum*, 1665, 2 vol. in-8$^{o}$; et dans celle du savant et prolixe commentateur *Burman*, 1724, 4 volumes in-4$^{o}$, moins estimée que l'autre.
QUINTILIUS-VARUS, gouverneur de Syrie. *Voy. VARUS.*
QUINTILLUS, (*Marcus-Aurelius-Claudius*) étoit frère de l'empereur *Claude II*; il crut que cette qualité lui donnoit des droits à l'empire. Il se revêtit de la pourpre à la fin de mai 270. *Aurelien* avoit été proclamé Auguste par l'armée qui étoit à Sirmich. *Quintillus* désespérant de se soutenir contre ses armes victorieuses, se fit ouvrir les veines dans un bain à Aquilée, après 314 QUI avoir régné environ dix-sept jours. Ce prince étoit recommandable par sa modération, son affabilité, ses mœurs, et par son exactitude à maintenir la discipline militaire; mais il n'avoit pas assez de fermeté et de hardiesse pour soutenir le poids de l'empire. I. QUINTIN, (Jean) né à Autun en 1500, fut chevalierservant dans l'ordre de Malte, et accompagna le grand-maître dans cette isle en qualité de domestique. De retour en France, il devint professeur en droit canon à l'aris l'an 1536, et s'y acquit beaucoup de réputation. Quintin mourut à Paris en 1561. On a de lui une Description de l'isle de Malte, en latin, 1536, in-4°, et d'autres ouvrages plus volumineux qu'exacts.
II. QUINTIN, tailleur d'habits, chef des hérétiques qu'on nommoit Libertins, tient une place parmi les rêveurs que le 16e siècle produisit. Il sontenoit que J. C. étoit Satan; que tout l'Évangile étoit faux; qu'il n'y avoit dans l'univers qu'un seul Esprit, qui étoit Dieu; qu'on ne doit pas punir les méchans; qu'on peut professer toutes sortes de Religions; enfin, qu'on peut sans péché se laisser aller à toutes ses passions. Ce blasphémateur factieux fut brûlé à Tournai en 1530; mais la mort du maître n'empêcha pas les disciples de répandre en France, en Hollande et dans les pays voisins.
QUINTIN, Voyez Messis et LORGES.
QUINTINIE, (Jean de la) naquit près de Poitiers en 1626. Après son cours de philosophie, il prit quelques leçons de droit et vint à Paris se faire recevoir avocat. Une éloquence naturelle cultivée avec soin, le fit briller dans le barreau et lui concilia l'estime des premiers magistrats. Quoiqu'il eût peu de temps dont il pût disposer, il en trouvoit néanmoins suffisamment pour satisfaire la passion qu'il avoit pour l'agriculture. Il lut Columelle, Varron, Virgile et tous les autres auteurs anciens et modernes qui ont traité de cette matière. Il augmenta ses connoissances sur le jardinage dans un voyage qu'il fit en Italie. De retour à Paris, la Quintinie se livra tout entier à l'agriculture et fit un grand nombre d'expériences curieuses et utiles. C'est lui qui fit voir le premier qu'un arbre transplanté ne prend de nourriture que par les racines qu'il a poussées depuis qu'il est replanté, et qui sont comme autant de bouches par lesquelles il reçoit l'humeur nourricière de la terre, et nullement par les petites racines qu'on lui a laissées, qu'on appelle ordinairement le chevelu: qu'ainsi loin de conserver ces anciennes petites racines, quand on transplante l'arbre, comme on faisoit autrefois avec grand soin, il faut les couper, parce qu'en se séchant et en se moisissant elles nuisent à l'arbre au lieu de lui aider. C'est lui aussi qui découvrit le premier par ses expériences la méthode infaillible de bien tailler les arbres, pour les contraindre à donner du fruit, à le donner aux endroits où l'on veut qu'il vienne, et même à le répandre également sur toutes les branches; ce qui n'avoit jamais été ni pensé ni même cru possible. Le grand Condé qui aimoit l'agriculture, prenoit un extrême plaisir à s'entretenir avec lui; et Jacques II roi d'Angleterre lui offrit une pension considérable pour l'attacher à la culture de ses jardins; mais la Quintinie reusa ces offres avantageuses par amour pour sa patrie, et trouva en France les récompenses dues à son mérite. Louis XIV créa en sa faveur la charge de directeur général des jardins fruitiers et potagers de toutes ses maisons royales, et Colbert lui en expédia les provisions. La Quintinie mourut à Paris vers 1700. On a de lui un excellent livre, intitulé : Instructions pour les Jardins fruitiers et potagers, Paris, 1725, 2 vol. in-4°; et plusieurs Lettres sur la même matière... Voyez EVELIN.
QUINTUS-CALABER, Voy. CALABER. I. QUIQUERAN, (Jean de) chevalier, baron de Beaujeu, d'une des plus anciennes maisons de Provence, mort en 1466, rendit à Louis III d'Anjou, roi de Naples et comte de Provence, des services signalés et en reçut de grandes récompenses.—Robert de QUIQUERAN de Beaujeu, chevalier de Saint-Michel en 1568, gouverneur des villes d'Apt et de Manosque en 1583, maréchal des camps et armées du roi en 1586, et consul d'Arles en 1593, marcha dignement sur ses traces.
II. QUIQUERAN DE BEAUJEU, (Pierre de) étoit de la même famille que les précédens. Après avoir appris la rhétorique et la poésie à Paris, il fit un voyage en Italie, où il s'appliqua à la musique. De retour à Paris, il étudia les mathématiques, l'histoire naturelle, la botanique et les belles-lettres. Sa naissance soutenue par la réputation que lui avoient faite ses talens, lui mérita l'évêché de Senès à l'âge de 18 ans. Il n'en jouit pas longtemps, étant mort à Paris en 1550, à 24 ans. Quiqueran fut le premier évêque nommé après le Concordat de Léon X et de François I. On a de lui : I. Un Eloge de la Provence en 1555, sous ce titre : De laudibus Provinciæ. On en a une version françoise, in-8°, par Pierre de Vini de Claret archidiacre d'Arles. II. Un Poème latin sur le passage d'Annibal dans les Gaules. Ces deux ouvrages présentent des images heureuses et de l'esprit; mais on voit que son génie n'avoit pas encore acquis sa maturité. Ils ont été recueillis à Paris en 1551, in-folio.