III. QUIQUERAN DE BEAUJEU, (Paul-Antoine de) de la même famille, chevalier de Malte, combattit souvent avec succès contre les Turcs. Mais au mois de janvier 1660, une tempête l'ayant obligé de relâcher dans un fort mauvais port de l'Archipel, il y fut investi par 30 galères de Rhodes, que le capitan-pacha Mazamamet commandoit en personne. Il en soutint le feu pendant un jour entier, et n'y succomba qu'après avoir épuisé ses munitions et perdu les trois quarts de son équipage. Il étoit chargé de fers, quand une seconde tempête plus violente que la première, mit la flotte victorieuse en tel danger, que Mazamamet se vit réduit à implorer le secours du chevalier. Quiqueran le sauva par l'habileté de sa manœuvre. Le capitan touché de reconnoissance pour ce service, voulut le sauver à son tour. Pour réussir plus facilement il le confondit avec les plus vils esclaves. 316 QUI Mais le grand visir qui le recon- mut au portrait qu'on lui en avoit fait, le fit mettre au château des sept Tours, sans espérance de rançon ni d'échange. Louis XIV le redemanda en vain, et les Vé- nitiens ne purent le faire com- prendre dans le traité de Candie. Il y avoit onze ans qu'il étoit en prison lorsque Jacques de QUI- QUERAN, un de ses neveux, âgé seulement de 22 ans, et cheva- lier de Malte, forma le hardi dessein de le délivrer et l'exécuta. Il passa à Constantinople avec Nointel, vit son oncle et lui porta des cordes en secret et à plusieurs reprises. Quand on ju- gea qu'il en avoit suffisamment, on convint du jour, de l'heure et du signal. Ce signal donné, le chevalier descendit, et la corde se trouvant trop courte de quatre ou cinq toises, il s'élança dans la mer qui mouille le pied du château. Le bruit qu'il fit en tom- bant attira quelques Turcs qui paroissoient dans un brigantin. Mais le neveu arrivant à force de rames dans un esquif bien ar- mé, les écarta et le conduisit à bord d'un vaisseau de roi que montoit le comte d'Apremont, qui le ramena heureusement en France. Il mourut commandeur de Bordeaux.
IV. QUIQUERAN DE BEAU- JEU, (Honoré de) frère de Jac- ques de Quiqueran dont il est parlé dans l'article précédent, naquit à Arles en 1655. Après avoir brillé dans le cours de ses études, il entra dans la congré- gation de l'Oratoire à l'âge de 17 ans. Il n'y étoit encore que diacre lorsqu'il fut chargé de professer la théologie à Arles, puis à Sau- mur. Après la révocation de l'é- dit de Nantes on l'envoya dans les Missions du Poitou et du pays d'Aunis. Il s'y acquit une si grande réputation, que le célèbre Flé- chier évêque de la ville de Nîmes lui donna un canonicat dans sa cathédrale et le choisit pour un de ses grands vicaires. L'abbé de Beaujeu se signala dans le Lan- guedoc autant que dans le Poi- tou, sur-tout par le talent de la chaire. Il s'étoit accoutumé de bonne heure à parler sur-le- champ. Son éloquence le fit ad- mirer dans les assemblées du clergé de 1693 et de 1700, où il fut député du second ordre. L'il- lustre Bossuet et l'abbé Bignon n'oublièrent rien pour l'engager de se fixer à Paris. On lui donna dans cette vue une place d'associé à l'académie des Inscriptions; mais son zèle pour son ministère ne lui permit pas de se borner à la capitale. Le roi informé des fruits que l'abbé de Beaujeu opé- roit dans la diocèse de Nîmes, le nomma en 1705 à l'évêché d'O- léron, et presque aussitôt à celui de Castres. Louis XIV étant mort en 1715 dans le temps de l'as- semblée générale du clergé, l'é- vêque de Castres fut choisi pour prononcer à Saint-Denis l'Orai- son funèbre de ce monarque: il s'en acquitta avec succès. Nous ne devons pas omettre un trait de ce prélat, dans le temps qu'il n'étoit que simple chanoine de Nîmes; il est trop honorable à sa mémoire. Le maréchal de Montrevel qui commandoit dans le Languedoc, ayant été informé que le dimanche des Rameaux, les fanatiques devoient tenir leur assemblée dans un moulin des faubourgs de Nîmes, fit investir ce moulin avec ordre de le brûler. Les habitans effrayés crurent que c'étoit à leurs vies et à leur ville qu'on en vouloit; ils prirent les armes et se réfugièrent dans l'église, avec la résolution de se défendre jusqu'à l'extrémité. L'abbé de Beaujeu monta aussitôt en chaire, et parla avec tant de force et d'onction, que le calme ayant succédé au tumulte, le service se fit à l'ordinaire, et chacun s'en retourna chez soi rassuré et en paix. Ce prélat mourut à Arles où il étoit allé pour voir sa famille, le 26 juillet 1736, à 81 ans. On a un vol. in-4° des Mandemens, des Lettres et des Instructions Pastorales qu'il publia sur l'établissement de son séminaire, sur les maladies contagieuses de Provence et de Languedoc, sur l'incendie de Castres, sur les abus de la mendicité, sur la Légende de Grégoire VII, sur le fameux concile d'Embrun auquel il n'étoit pas favorable, et sur plusieurs autres points de doctrine ou de discipline. Il tempéroit l'austérité de ses mœurs et les occupations sérieuses de son ministère, par l'étude des belles-lettres, auxquelles il donnoit tous les jours quelques heures. Il portoit dans la société une douceur, une aménité, un enjouement et une vivacité qui en faisoient les délices. Ami sûr et constant, il fit le bonheur et il emporta les regrets de tous ceux qui lui étoient attachés. Sa vertu fut aussi constante que pure. Colbert et Soanen eurent en lui un ami zélé et un défenseur éloquent.
QUIRINALIS, (Claudius) ancien rhéteur, né à Arles, s'appliqua avec tant de succès à l'étude des belles-lettres, qu'il ne tarda pas à se trouver en état de les enseigner aux autres, et de s'acquérir beaucoup de réputation dans cette profession. On croit qu'il commença à l'exercer dans la ville de Marseille, et qu'il fut dans le premier siècle de l'Église, un de ces illustres rhéteurs qui contribuèrent à rendre si célèbres les écoles de cette ville. Mais, selon St. Jérôme, il quitta dans la suite les Gaules et passa à Rome, où il professa publiquement la rhétorique avec une grande réputation. I. QUIRINI, (Antoine) sénateur de Venise, se signala dans le temps de l'interdit jeté par le pape Paul V. Il fit en 1607 contre cet interdit un savant Ecrit, dans lequel il fait un grand usage des principes et des ouvrages du célèbre Gerson. Le président de Thou en parle avec éloge.
II. QUIRINI ou QUERINI, (Ange-Marie) noble Vénitien, né en 1680, avec un esprit vif, entra de bonne heure dans l'ordre de Saint-Benoit. Il fit profession le premier janvier 1698, dans l'abbaye des Bénédictins de Florence. Son ardeur d'apprendre épuisa tout ce qu'il y avoit de savoir dans cette ville. Salvini, le sénateur Buonarotti, le comte Magalotti, l'abbé Guida-Grandi, Bellini célèbre médecin, le perfectionnèrent dans l'intelligence des poètes Grecs, de l'antiquité, de la philosophie. Magliabecchi, qui étoit en relation avec tous les gens de lettres de l'Europe, lui amenoit ceux qui venoient à Florence; ce fut par ce moyen qu'il connut le célèbre Newton, alors député vers le grand duc Côme III. En 1700, Dom de Montfaucon vint à Florence; c'étoit l'érudition même. Il vit Dom Quirini et l'admira. Cependant, en 1709 ses études furent quelque temps traversées par une idée importune; il s'imaginait 318 QUI qu'il avoit la pierre. Il en fut dé- trompé par une expérience, qui lui fut sans doute plus sensible que l'opération la plus doulou- reuse. Bellini son médecin et plus encore son ami, se crut trop chargé d'embonpoint, et se per- suada que c'étoit l'effet d'une hu- meur peccante dont il falloit se défaire par la diète la plus aus- tère. Fidelle à son régime, il en soutint l'honneur jusqu'au bout, et mourut d'inanition. La ré- flexion que Dom Quirini fit sur les funestes effets de la préven- tion, lui apprit à s'affranchir de la sienne : il se trouva guéri par la mort de son médecin. Il son- gea dès-lors à sortir de son cabi- net pour visiter les savans de l'Eu- rope. Il possédoit à fond les ou- vrages des auteurs célèbres qui vivoient alors; il voulut les en- tretenir et voir dans leur nais- sance les nouveaux écrits dont ils étoient occupés. Il part le 1er octobre 1710, traverse l'Alle- magne et arrive à la Haye dans le temps des Conférences de Ger- truidemberg. Il eut en Hollande de fréquentes conversations avec Basnage, le Clerc, Kuster, Gro- novius et Perizonius. Il passa en- suite en Angleterre où il trouva les sciences et la littérature dans l'état le plus florissant. Bentley, Newton, Gilbert et Thomas Burnet, Cave, Hudson, Pot- ter, lui firent tout l'accueil que méritoit son savoir. Le P. Quirini vouloit voir la France et finir per-là ses voyages. En passant par Bruxelles, il vit le fameux Papebroch. Il conçut à Cambrai pour l'illustre Fénélon, cette ami- tié tendre que ce prélat plein de graces et de douceur inspiroit à tous ceux qui l'approchoient. Il ar- riva à Paris en 1711, et logea à Saint-Germain-des-Prés. Pour rendre compte des liaisons qu'il forma dans le monde littéraire, il faudroit donner une liste exacte de ce qu'il y avoit alors de savans dans l'abbaye de Saint-Germain, à l'Oratoire, chez les Domini- cains, chez les Jésuites, dans les académies et dans toute la capi- tale. Nous n'avons fait qu'effeu- rer l'histoire des voyages du Père Quirini, qui seroit presque toute l'histoire littéraire de l'Europe de ce temps-là. La conduite qu'il tint à Corfou lorsqu'il en fut nommé archevêque, lui attira la vénération des Grecs schismati- ques. Honoré du chapeau de car- dinal, il voulut faire à Benoit XIII son remerciement; mais le Saint-Père l'interrompit en lui disant : Nous ne desirons point de compliment de votre part; c'est à nous à vous remercier de nous avoir mis par votre mérite dans la nécessité de vous faire cardinal. On connoît l'inclina- tion libérale qu'il portoit par- tout. A Rome il répara avec ma- gnificence l'église de Saint-Maro qui étoit son titre. L'église ca- thédrale de Bresse dont il étoit évêque, est devenue par ses soins une des plus magnifiques d'Italie. Toute l'Europe sait com- bien il a contribué à la construc- tion de l'église catholique de Ber- lin. Quand il eut la bibliothèque du Vatican il l'augmenta par la donation de la sienne, qui étoit choisie et si nombreuse, qu'il fallut pour la placer cons- truire au Vatican une nouvelle salle. Il acheta un grand nombre de livres, qu'il donna de même à la ville de Bresse pour en faire une bibliothèque publique, à l'entretien de laquelle il assigna des fonds suffisans. On s'éton- nera peut-être de toutes ces li- béralités; mais il avoit beaucoup de revenus, et peu de besoins. Les académies de l'Europe se sont empressées de s'honorer de son nom; il étoit de celles de Berlin, de Pétersbourg, de Vienne en Autriche, de Gripswald en Poméranie, et de l'institut de Bologne. Un des plus beaux traits de son caractère est la modération dont il usoit avec les hétérodoxes. Jamais homme ne sut séparer avec plus d'équité les personnes d'avec les opinions, ni mieux adoucir la controverse sans en affoiblir la force. Les auteurs Protestans l'ont comblé d'éloges. C'est à lui que Voltaire adressa ces vers : C'est à vous d'instruire et de plaire ; Et la Grace de Jésus-Christ Chez vous brille en plus d'un écrit, Avec les trois Graces d'Homère. Ce prélat mourut subitement d'apoplexie le 9 janvier 1755, à 75 ans. Ses principaux ouvrages sont : I. Primordia Corcyræ, ex antiquissimis monumentis illustrata : livre plein d'érudition et de critique, dont la meilleure édition est celle de Bresse en 1738, in-4.º II. Une édition des ouvrages de quelques saints évêques de Bresse, qu'il publia en 1738, in-folio, sous ce titre : Veterum Brixiæ Episcoporum, Sancti Philastrii et Sancti Gaudentii Opera : necnon beati Hamperti et venerabilis Aldemani Opuscula, etc. III. Specimen variæ Litteraturæ, quæ in urbe Brixiæ ejusque ditione paulo post Typographiæ incunabula florebat, etc., in-4º, 1739. IV. La Relation de ses Voyages : elle renferme des anecdotes curieuses et intéressantes. V. Une Edition des Livres de l'Office Divin, à l'usage de l'église grecque. VI. Une de l'Enchiridion Græcorum. VII. Gesta et Epistolæ Francisci Barbari. VIII. Un Recueil de ses Lettres en dix livres. IX. La Vie du pape Paul II, contre Platine, Rome, 1740, in-4.º X. Une édition des Lettres du cardinal Polus. XI. Quatre Instructions Pastorales. XII. Un abrégé de sa Vie jusqu'à l'année 1740, Bresse 1749, in-8.º XIII. Étant bibliothécaire du Vatican, il procura la nouvelle édition des Œuvres de St. Ephrem, 1742, six tom. in-folio, en grec, en syriaque et en latin. XIV. Une Harangue, De Mosaicæ Historiæ præstantid. XV. Il avoit traduit en vers italiens le poème de la Henriade et celui de la Bataille de Fontenoy par Voltaire, qui lui dédia sa tragédie de Sémiramis. I. QUIRINUS, nom sous lequel Romulus fut adoré à Rome après sa mort. Ce nom lui fut donné parce qu'il étoit fondateur des Romains, qu'il appela Quirites, après avoir fait part de sa nouvelle ville aux Sabins, qui quittèrent celle de Cures pour aller à Rome, comme le rapporte Tite-Live. Romulus avoit son temple sur la montagne, qui de son nom fut appelée Quirinale.
II. QUIRINUS, ( Publius-Sulpitius ) consul Romain, natif de Lanuvium, rendit de grands services à sa patrie sous l'empire d'Auguste. Après son consulat, il commanda une armée dans la Cilicie où il soumit les Hemonades, et mérita par ses victoires sur ce peuple l'honneur du triomphe. Auguste envoya Quirinus pour gouverneur en Syrie, environ dix ans après la naissance de J. C., ce qui forme une difficulté dans le passage de St. Luc, qui dit que ce fut sous Quirinus que se fit le dénombre- ment qui obligea la Sainte Vierge et Joseph d'aller à Bethléhem pour s'y faire inscrire. Il est certain cependant que Quirinus ne fut nommé au gouvernement de Syrie que dix ans après la naissance de Jésus-Christ, qui vint au monde au temps de ce dénombrement. Ainsi plusieurs interprètes traduisent de cette sorte le passage de St. Luc : Ce dénombrement se fit avant un autre dénombrement qui fut fait sous le gouvernement de Quirinus ; où bien il faut supposer que ce dénombrement qui avoit été commencé dans le temps de la naissance de Jésus-Christ avant l'arrivée de Quirinus en Syrie, fut continué et achevé par ce gouverneur dont il porta le nom. Quirinus fut ensuite gouverneur de Caïus petit-fils d'Auguste. Il épousa Amilia Lepida ; arrière-petite-fille de Sylla et de Pompée ; mais il la répudia dans la suite et la fit bannir de Rome d'une manière honteuse. Il mourut l'an 22 de J. C.
QUIROS, (Augustin de) Jésuite Espagnol, natif d'Adujar ; fut élevé aux premières charges de sa province ; ensuite envoyé au Mexique où il mourut le 13 décembre 1622, à 56 ans. On a de lui des Commentaires peu connus sur le Cantique de Moyse, sur Isaïe, Nahum, Malachie ; sur l'Épître aux Colossiens, sur celle de St. Jacques, etc. — Il ne faut pas le confondre avec Fernand de QUIROS navigateur ; qui chargé par Philippe III de faire des découvertes dans la mer Pacifique, partit de Lima en décembre 1605, s'avança à vingt degrés de latitude et 240 de longitude, et découvrit la Terre Australe du Saint-Esprit et les isles de la Société. Les Mémoires qu'il écrivit sur ses découvertes sont dans le recueil des petits voyages de Théodore de Bry. Le célèbre Cook a rendu hommage à Quiros.
QUISTORP, (Jean) théologien Luthérien, né à Rostock l'an 1584, fut professeur de théologie en cette ville, puis surintendant des églises. Grotius étant tombé malade à Rostock de la maladie dont il mourut, Quistorp l'assista en digne ami et recueillit ses derniers soupirs. Il mourut lui-même en 1648, à 64 ans. Ses principaux ouvrages sont : I. Articuli Formulae Concordiae illustrati. II. Manuductio ad studium Theologicum. III. Des Notes latines sur tous les livres de la Bible. IV. Des Commentaires latins sur les Épîtres de St. Paul. V. Des Sermons. VI. Des Dissertations. — Jean QUISTORP son fils, né en 1624 et mort en 1669, pasteur et professeur à Rostock, publia divers ouvrages théologiques, pleins de savoir et de fiel.
QUOD-VULT-DEUS, étoit évêque de Carthage dans le temps que cette ville fut prise par Genseric roi des Vandales, l'an 439. Ces barbares le mirent lui et la plupart de ses clercs dans de vieux navires qui faisoient eau de toutes parts, et qui étoient sans aucune provision. Dieu fut leur pilote et les fit aborder heureusement à Naples, où ils furent reçus comme de glorieux confesseurs de J. C.
RABACHE, R A B 321
**RABACHE**, (Étienne) docteur de Sorbonne, de l'ordre des Augustins, naquit à Vauves dans le diocèse de Chartres, en 1556. Il fit à Bourges la réforme des religieux de son ordre, et l'établissement de la congrégation de Saint-Guillaume, en 1594. Ce pieux réformateur finit sa vie à Anger en 1616, à 60 ans.
**RABAN-MAUR**, (Maignence) naquit à Fulde en 788, de la meilleure noblesse du pays. Ses parens l'offrirent à l'âge de dix ans au monastère de Fulde, où il fut instruit dans la vertu et dans les lettres. On l'envoya ensuite à Tours, pour y étudier sous le fameux *Alcuin*. De retour à Fulde, il en fut élu abbé, et réconcilia *Louis le Débonnaire* avec ses enfans. *Raban* écrivit une Lettre pour consoler ce prince, que l'on avoit déposé injustement, et publia un *Traité sur le respect* que doivent avoir les enfans envers leur père, et les sujets envers leur prince. Devenu archevêque de Maïence en 847, il écrivit contre *Gotescalc*. Ce moine étant venu l'an 848 à Maïence, présenta à *Raban* sa profession de foi touchant la Prédestination, avec un autre petit écrit où l'archevêque étoit accusé d'erreur sur cette matière. *Raban* n'y répondit qu'en faisant condamner la doctrine du moine dans un concile, et le renvoya ensuite à *Hincmar* archevêque de Rheims, dans le diocèse duquel il avoit été ordonné. (*Voyes* *Tome X.*
**GOTESCALC**.) Les partisans de *Gotescalc* se vengèrent en disant qu'il auroit été moins coupable aux yeux de *Raban*, s'il n'y avoit rien eu de personnel entr'eux, et si le religieux avoit ménagé davantage l'archevêque; mais ces récriminations sont fondées souvent sur des soupçons injustes. *Raban* mourut dans sa terre de Winsel en 856, à 68 ans. Il légua ses livres aux abbayes de Fulde et de Saint-Alban. On a de lui beaucoup d'ouvrages, recueillis à Cologne en 1627, six tomes in-folio, qui se relient en 3 vols. Ils contiennent : I. Des *Commentaires sur l'Écriture*, qui ne sont presque que de simples extraits des écrits des Pères : c'étoit la manière des théologiens de son temps. II. Un *Traité de l'Institution des Clercs et des Cérémonies de l'Eglise ou des Offices divins*, divisé en trois livres c'est un de ses plus importants ouvrages. III. Un *Traité du Calendrier ecclésiastique*. Il y enseigne la manière de discerner les années bissextiles, et de marquer les indictions. IV. Un *Livres sur la vue de Dieu, la pureté du cœur, et la manière de faire pénitence*. Ce sont des extraits que l'auteur avoit faits en lisant les Pères. V. De *Universo sive Etymologiarum opus*. Il contient la définition des noms propres qui se trouvent dans l'Écriture-Ste. VI. Des *Homélies*. VII. Un *Martyrologe*. Le Prologue de ce Martyrologe a été publié par Dom *Mabillon, Analecte*, page 419. *Pisani*, Les nobles furent obligés de l'aller chercher à sa prison, et il parvint au palais au milieu des acclamations du peuple. Loin de se plaindre de l'injure qu'on lui avoit faite, il approuva la sentence rendue contre lui puisqu'on l'avoit crue utile au bien public, et reprit le commandement que le doge le pressoit d'accepter. Ses nouveaux succès contre les Génois furent arrêtés par la mort qui le surprit en 1380.
**PISANO**, *Voyez* ANDRÉ DE PISE, n.º VI.
**PISCATOR**, (Jean FISCHER surnommé) théologien Allemand, enseigna la théologie à Strasbourg sa patrie. Son attachement au Calvinisme l'obligea de quitter cette ville, pour aller professer à Herborn. Il mourut à Strasbourg en 1546. On a de lui : I. Des Commentaires sur l'Ancien et le Nouveau Testament en plusieurs vol. in-8.º II. *Amica Collatio de Religione cum C. Vorsio*, Goudæ, 1613, in-4.º
**PISIDES**, (George) diacre, fut garde des chartres et référendaire de l'église de Constantinople sous l'empire d'*Héraclus* vers 640. On a de lui un ouvrage en vers grecs iambes sur la *Création du monde*, et un autre *Poème sur la vanité de la Vie*. Ils n'offrent ni poésie, ni élégance. On les trouve dans la *Bibliothèque des Pères*. On les a insérés aussi dans le *Corpus Poëtarum Græcorum*, Genève, 1606 et 1614, deux vol. in-folio ; et on les a imprimés séparément à Paris, 1584, in-4.º On lui attribue encore plusieurs *Sermons* en l'honneur de la Sainte Vierge, que le Père *Combéfis* a publiés. Ce ne sont que des déclamations d'écolier, pleines de phébus et de galimathias.
**PISISTRATE**, général Athénien, descendant de *Codrus*, se signala de bonne heure par son courage, et sur-tout à la prise de l'isle de Salamine; mais après avoir été le zélé défenseur de sa patrie, il voulut en être le tyran. Tout favorisoit son projet; il avoit une naissance illustre, et une politesse affable qui prévenoit tout le monde en sa faveur. Au talent si nécessaire dans une république, de s'énoncer avec facilité, il joignoit l'artifice et le masque du patriotisme. Il se montroit ardent défenseur de l'égalité, et ennemi de toute innovation. *Solon* alors maître d'Athènes, découvrit aisément les vues ambitieuses de ce citoyen, et les dévoila aux yeux des Athéniens. *Pisistrate* se voyant pénétré, eut recours à une ruse qui lui reussit. S'étant mis lui-même tout en sang, il se fait porter à la place publique. La populace s'assemble : il montre ses blessures, accuse ses ennemis d'avoir voulu l'assassiner, et se plaint de ce qu'il est la victime de son zèle pour la république. Le peuple touché par ce spectacle, lui donne cinquante gardes ; il en augmente le nombre, et se rend bientôt maître de la citadelle d'Athènes, les armes à la main, l'an 560 avant J. C. La ville saisie de crainte, reconnut alors le tyran qui pour gagner l'amitié du peuple, ne dérogea en rien aux usages de la république. Cependant *Lycurgue* et *Megaclés* se réunissent contre d'après un manuscrit de la bibliothèque de Saint-Gal. VIII. Le Livre de la Grammaire : ce n'est qu'un extrait de Priscien le Grammairien. IX. Traité des Ordres sacrés, des Sacremens et des Habits sacerdotaux. X. Traité de la Discipline ecclésiastique. XI. Un Pénitentiel. XII. Un Traité de l'Invention des Langues. XIII. Le Traité des Vices et des Vertus, qu'on lui attribue, est d'Halitzarius évêque d'Orléans. On trouve dans le Thesaurus de Martenne, dans les Miscellanea de Baluze, et dans les Œuvres du P. Sirmond, quelques Traités qui ne sont point dans le recueil de ses Œuvres. Raban se mêloit aussi de poésie : témoin son Poème en l'honneur de la Sainte-Croix, qui est dans le Recueil de ses ouvrages, et dont il y a une assez belle édition particulière à Augsbourg, 1605, in-fol. Dans la décadence de l'empire Romain, le génie manquant aux poètes, ils y suppléèrent par des ornemens puériles, des acrostiches, des teutogrames, des lettres figurées. Raban-Maur a fait entrer dans son Poème toutes les puérilités dont Porphirius (Voyez ce mot) lui avoit donné l'exemple ; et il a renchéri sur son modèle. Le P. Brouwer a publié ses Poésies à la suite de celles de Fortunat. Quoique le style de Raban soit en général simple, clair et concis, cependant il y a des endroits qui ont besoin d'explication ; il écrit moins bien en vers qu'en prose ; il lui échappe même des fautes contre la prosodie, ce qui, dans ces siècles, n'a rien d'étonnant. Le R. Père Enheceber, prieur du monastère de Saint-Emeran à Ratisbone, préparoit en 1783 une nouvelle édition des Œuvres de Raban-Maur. Nous ignorons si elle a paru.
RABARDEAU, (Michel) Jésuite, mort en 1649, à 77 ans, est connu par son Optatus Gallus benign manu sectus, Paris, 1641, in-4.
RABAUD-SAINT-ÉTIENNE, (Jean-Paul) avocat, ministre Protestant, né à Nîmes et député de cette ville à l'assemblée Constituante, s'étoit déjà fait connoître par quelques écrits avant de paroître à la tribune. Ses discours préparés avec soin, l'habitude de parler en public, l'adoption des nouveaux changemens, lui donnant de la hardiesse, il obtint des applaudissemens ; mais lorsque Mirabeau et quelques autres orateurs plus distingués se furent fait entendre, il prit le parti du silence. Nommé membre de la Convention, son patriotisme y fut plus modéré qu'à l'assemblée Constituante. Il s'éleva avec énergie contre le parti sanguinaire qui opprimoit la Convention, et osé soutenir qu'elle n'étoit pas en droit de juger Louis XVI. « Je suis las, s'écria-t-il, de ma portion de tyrannie, et je soupire après l'instant où un tribunal national nous fera perdre les formes et la contenance des tyrans. » Ces mots, et plus encore ses relations avec les Girondins le firent décréter d'accusation le 3e mai. Rabaud pour éviter la mort, se sauva à Bordeaux ; mais il y fut reconnu, arrêté, ramené à Paris et exécuté le lendemain même de son retour, le 28 juillet 1793, à l'âge de 50 ans. Il réunissoit des connaissances à des taleus oratoires. Facile et con- fant, il se laissoit entraîner par ceux qui l'entouroient et qui flattoient des lueurs d'ambition dont il ne fut pas toujours exempt. Ses principaux écrits sont : I. *Lettres* sur la vie et les écrits de *Court de Gebelin*, 1774, in-8.º II. *Lettres* sur l'Histoire primitive de la Grèce, 1787, in-8.º Elles sont adressées à *Bailly*, et offrent des conjectures heureuses et du savoir. III. *Considérations* sur les intérêts du tiers-état, 1789. Cette brochure fut distinguée dans l'immensité de celles que le commencement de la révolution vit naître. IV. *Précis* de l'Histoire de la Révolution Françoise, 1791. Cette notice rapide et bien faite des événements les plus remarquables de la première Assemblée, a été imprimée avec luxe et ornée de gravures. Elle attache par sa précision et sa clarté; mais elle n'est pas toujours parfaitement impartiale. V. *Rabaud* a travaillé à la *Feuille villageoise* et au *Moniteur* jusqu'à la fin de 1792.
RABEL, (Jean) peintre François, né à Fleuri, étoit selon les auteurs de son temps, un des premiers de sa profession; et ce qui sortoit de son pinceau étoit recherché avec avidité. Il excelloit dans les portraits: c'étoit aussi un bel esprit. Il mourut en 1603. — Il ne faut pas le confondre avec *Daniel RABEL* peintre et graveur, qui donna en 1622, *Theatrum Florae*, Paris, in-folio. C'est une collection de fleurs et d'insectes, gravée en taille douce.
RABELAIS, (François) né à Chinon en Touraine d'un aubergiste ou d'un apothicaire, entra chez les Cordeliers de Fontenai-le-Comte, dans le Bas-Poë tou, et fut élevé aux ordres sacrés. Doué d'une imagination vive et d'une mémoire heureuse, il se consacra à la chaire, et y réussit. Son couvent étoit dépourvu de livres; il employa les honoraires de ses sermons à se faire une petite bibliothèque. Sa réputation commençoit à se former, lorsqu'une aventure scandaleuse le fit renfermer dans une prison monastique, d'où il eut le bonheur de s'échapper. Des personnes de la première qualité, à qui son esprit enjoué avoit plu, secondèrent le penchant qui le portoit à sortir de son cloître. *Clément VII* lui accorda à leur sollicitation, la permission de passer dans l'ordre de Saint-Benoit. *Rabelais* ennemi de toute sorte de joug, quitta tout-à-fait l'habit religieux et alla étudier en médecine à Montpellier, où il prit le bonnet de docteur. Son mérite lui procura une chaire dans cette faculté en 1531. Le chancelier *Duprat* ayant fait abolir peu de temps après les privilèges de cette université par arrêt du parlement, *Rabelais* eut l'adresse de la faire révoquer. Député auprès de ce ministre, il se servit pour avoir audience, d'un tour assez singulier, s'il est vrai. Il s'adressa au Suisse, auquel il parla latin. Celui-ci ayant fait venir un homme qui parloit cette langue, *Rabelais* lui parla grec. Un autre qui entendoit le grec ayant paru, il lui parla hébreu. On ajoute qu'il se servit encore de plusieurs autres langues; et que le chancelier charmé de son esprit, rétablit à sa considération tous les privilèges de l'université de Montpellier. Cette faculté animée de la plus vive reconnaissance, le regarda dès-lors moins comme un confrère que comme un protecteur. Tous les jeunes médecins qui prennent le bonnet de docteur dans cette université, sont encore aujourd'hui revêtus de sa robe ; et lorsqu'on la donne à quelque ignorant, on se rappelle la fable de l'*Ane couvert de la peau du Lion... Rabelais* quitta bientôt Montpellier pour passer à Lyon. Il y exerça pendant quelque temps la médecine ; mais *Jean du Bellay* l'ayant invité à le suivre dans son ambassade de Rome, il partit pour l'Italie. Ses saillies et ses bouffonneries amusèrent beaucoup le pape et les cardinaux, et lui méritèrent une bulle d'absolution de son apostasie, et une autre bulle de translation dans l'abbaye de Saint-Maur-des-Fossés, dont on alloit faire un chapitre. De cordelier devenu bénédictin, de bénédictin chanoine, de chanoine il devint curé. On lui donna la cure de Meudon en 1545, et il fut à la fois le pasteur et le médecin de sa paroisse. Ce fut vers ce temps-là qu'il mit la dernière main à son *Pentagruel* ; satire dans laquelle les moines sont couverts de ridicule. Ils en furent choqués, et ils vinrent à bout de la faire censurer par la Sorbonne et condamner par le parlement. Ces anathèmes ne firent qu'accréditer le livre de *Rabelais* ; et ceux auxquels il paroissoit auparavant fade et insipide, le trouvèrent vif et piquant. L'auteur fut recherché comme le bel esprit le plus ingénieux et comme le bouffon le plus agréable. Quelques littérateurs sont un peu éloignés de penser ainsi aujourd'hui. « Dans son extravagant et inintelligible livre, dit *Voltaire*, il a répandu à la vérité une extrême gaieté, mais une plus grande im- impertinence. Il a prodigué l'érudition, les obscénités et l'ennui. Un bon conte de deux pages est acheté par des volumes de sottises. » On a dit de son livre, ce qu'il disoit lui-même des lois commentées et embrouillées par les jurisconsultes, que *c'étoit une belle robe bordée d'ordure*. Il n'y a que quelques personnes d'un goût bizarre, qui se piquent d'entendre et d'estimer tout cet ouvrage. Les gens de goût rient de quelques-unes des plaisanteries de ce *Polichinel* médecin, et avouent que sous un tas de bouffonneries dont quelques-unes sont très-plaisantes, il a donné quelquefois des leçons de morale et peint les travers de son temps avec vivacité. Mais ils regrettent qu'un homme qui avoit tant d'esprit, n'en ait pas fait toujours un bon usage. C'est souvent un philosophe ivre qui n'a écrit que dans le temps de son ivresse. L'écrivain qui a comparé *Rabelais* à *Cervantes*, a judicieusement donné tout l'avantage à ce dernier. « *Cervantes* et *Rabelais*, dit-il, sont des originaux tous deux très-plaisans, et pourtant très-opposés. L'Espagnol l'emporte de beaucoup sur le François, soit par la matière qu'il a traitée, soit par la façon dont il l'a fait. Si *Rabelais* trouve plus de commentateurs que l'autre, c'est parce que sa hardiesse tient de l'extravagance ; et qu'écrivant tout ce qui se présentoit à sa plume, il a laissé dans son livre beaucoup de choses louches et un grand nombre d'obscures. » *Rabelais* étoit encore meilleur à voir qu'à lire. Un port noble et majestueux, un visage régulièrement beau, une physionomie spirituelle, des yeux pleins de feu et de douceur, un son de voix gracieux, une expression vive et facile, une imagination inépuisable dans les sujets plaisans; tout cela en faisoit un homme d'une société délicieuse. *Rabelais* étoit un homme estimable, par la réunion des qualités qui forment l'homme d'esprit et le savant. Langues anciennes, langues modernes, grammaire, poésie, philosophie, astronomie, jurisprudence, médecine; il avoit orné sa mémoire de toutes les richesses de son temps. Il est vrai que ces richesses ressembloient beaucoup à l'indigence. Il mourut en 1553, non pas à Meudon, comme quelques auteurs l'ont dit mal-à-propos: mais à Paris dans la rue des Jardins sous la paroisse Saint-Paul, et fut enterré dans le cimetière de cette église au pied d'un arbre, qu'on y a laissé long-temps pour en conserver la mémoire. La plupart des auteurs prétendent qu'il avoit alors soixante et dix ans. On lui fit plusieurs épitaphes, parmi lesquelles on distingua celle-ci: *Pluton*, prince du sombre Empire, Où les tiens ne rient jamais, Reçois aujourd'hui *Rabelais*, Et vous aurez tous de quoi rire. *Antoine du Verdier* qui avoit fort mal parlé de lui dans sa *Bibliothèque Françoise*, s'est rétracté dans sa *Prosographie*, d'une manière qui fait honneur à *Rabelais*. « J'ai parlé, dit-il, de *Rabelais* en ma *Bibliothèque* suivant la commune voix et par ce qu'on en peut juger par ses Œuvres; mais la fin qu'il a fait, fera juger de lui autrement qu'on n'en parle communément. » Cet aveu prouve que *du Verdier* prévenu d'abord contre lui par le bruit public, étant depuis mieux instruit, et ayant appris qu'il étoit mort d'une manière édifiante, changea entièrement de sentiment à son égard. Il faut donc mettre au nombre des fables les circonstances ridicules qu'on rapporte de sa mort; telle qu'est celle du *domino* qu'il voulut mettre dans ses derniers momens, parce qu'il est dit dans l'Écriture: *BEATI QUI IN DOMINO MORIUNTUR!* ce que l'on veut qu'il ait dit à un page, que le cardinal du *Belay* lui envoya pour savoir des nouvelles de sa santé: *Dis à Monseigneur l'état où tu me trouves; je vais chercher un grand peut-être: il est au nid de la Pie, dis-lui qu'il s'y tienne; et pour toi, tu ne seras jamais qu'un fou. Tirez le rideau, la farce est jouée...* aussi bien que son prétendu testament, consistant en ce peu de mots: *Je n'ai rien; je dois beaucoup; je donne le reste aux pauvres*. Ce trait et plusieurs autres semblables, ont été vraisemblablement imaginés long-temps après sa mort, par des gens qui ne le connoissoient que suivant les préjugés populaires. On a conté sur les belles années de sa jeunesse des anecdotes non moins fausses, que les sottises dont les fabricateurs d'anecdotes ont voulu couronner ses derniers jours. On a dit, par exemple, que le cardinal du *Belay* l'ayant mené à Rome, et ce cardinal ayant baissé le pied droit du pape et ensuite sa bouche, *Rabelais* dit: *Qu'il vouloit lui baiser le derrière, et qu'il falloit que le saint Père commençât par le laver*. Il y a des choses que le respect du lieu et de la personne rend impossibles. Cette historiette ne peut avoir été inventée que par des gens oisifs et peu ins- truits des bienséances qu'on observe avec les grands. Sa prétendue *Requête au Pape* est du même genre. On suppose qu'il pria sa Sainteté de l'excommunier, afin qu'il ne fût pas brûlé : parce que, disoit-il, son hôtesse voulant faire brûler un fagot et n'en pouvant venir à bout, avoit dit que *ce fagot étoit excommunié de la gueule du Pape*... L'aventure qu'on lui suppose à Lyon, est aussi fausse et aussi peu vraisemblable. On prétend que n'ayant ni de quoi payer son auberge, ni de quoi faire le voyage de Paris, il fit écrire par le fils de l'hôtesse ces étiquettes sur de petits sachets : *Poison pour faire mourir le Roi* : *Poison pour faire mourir la Reine*, etc. Il usa, dit-on, de ce stratagème pour être conduit et nourri jusqu'à Paris sans qu'il lui en coûtât rien, et pour faire rire le roi; mais une telle turlupinade, loin de faire rire, auroit pu faire pleurer celui qui en étoit l'auteur... Les ŒUVRES de *Rabelais*, dont les *Elsevirs* donnèrent une édition sans notes en 1663, en deux vol. in-12, furent recueillies en Hollande en 5 vol. in-8°, 1715, avec des figures et un Commentaire par le *Duchat*. En 1741, *Bernard* libraire à Amsterdam, en donna une belle édition in-4°, 3 vol. avec des figures gravées par le fameux *Picart*. On a encore de *Rabelais*, des *Lettres*, in-8°, sur lesquelles M. de *Ste-Marthe* a fait des Notes; et quelques *Écrits* de médecine. On a gravé cent vingt estampes en bois, sous le titre de *Songes drolatiques de Pentagruel*, 1565, in-8°. On donna en 1752, (sous le titre d'*Œuvres choisies de M. François Rabelais*) *Gargantua*, le *Penta-* *gruel*, etc. dont on a retranché les endroits licencieux. On trouve à la fin une Vie de *Rabelais*... Cette édition en trois petits vol. in-12, est due aux soins de l'abbé *Perreau*. On en a une autre par l'abbé *Marsy*, en 8 vol. in-12, 1752. On a exposé en l'an 10, dans la grande galerie du Musée de Paris, le portrait de *Rabelais*, qui paroît dater de l'origine de la peinture; mais on ignore le nom de l'artiste ancien à qui on le doit. *Rabener*
RABIRIUS, célèbre architecte, vivoit sous l'empire de *Domitien*, prince cruel qui ne s'est pas moins rendu fameux par ses fureurs que par sa passion extraordinaire pour les bâtiments. Ce fut *Rabirius* qui construisit le palais de cet empereur, dont on voit encore des restes. Ce superbe édifice étoit d'une architecture excellente. — Il est différent du poète *Caius RABIRIUS*, qui fit sous *Auguste* un *Poème* sur la bataille d'Actium, qui décida de l'empire entre ce prince et *Marc-Antoine*. *Sénèque* le compare à *Virgile*; mais *Quintilien* en juge moins favorablement. *Maittaire* en rapporte quelques fragments dans son *Corpus Poëtarum*.
RABUEL, (Claude) Jésuite, né à Pont-de-Vesle le 24 avril 1669, et mort à Lyon en 1728, a publié : I. Un *Commentaire* sur la Géométrie de *Descartes*, Lyon, 1730, in-4°. II. Un *Traité* d'algèbre et du calcul différentiel et intégral, in-4°.
RABUSSON, (Dom Paul) né en 1634, à Ganat ville du Bourbonnois, entra en 1655 dans l'ordre de Cluni, et y occupa différentes places. Les deux cha- pères de 1676 et 1678, le char- gèrent de composer le fameux *Brévinire* de son ordre, qui a servi de modèle à tant d'autres. On lui associa *Claude de Vert* de l'ancienne Observance, qui ne se chargea que des rubriques. Dom *Rabusson* engagea *Santeul* de Saint-Victor à consacrer à des poésies plus dignes d'un Chré- tien, le talent qu'il avoit pour ce genre d'écrire; et le poète fit, à sa sollicitation, ces belles Hym- nes dont le *Tourneux* et *Ra- busson* lui fournissoient les pen- sées. Dom *Rabusson* fut élu en 1693, supérieur général de la Réforme; et pendant près de huit ans qu'il gouverna de suite, il fit régner dans Cluni la paix et toutes les vertus religieuses. Les cardinaux de *Bouillon* et de *Noailles* faisoient beaucoup de cas de son mérite. Il mourut en 1717, à 83 ans. I. RABUTIN, (François DE BUSSI) gentilhomme de la com- pagnie du duc de *Nevers*, d'une des plus anciennes et des plus illustres familles de Bourgogne, est célèbre par ses *Mémoires mi- litaires*, qu'il fit imprimer à Paris en 1574, sous ce titre: *Com- mentaires sur le fait des Guerres en la Gaule Belgique entre Hen- ri II et Charles-Quint*, in-8.º. Le style en est simple ainsi que la narration, et il y règne un grand air de sincérité. Il vivoit sous les règnes de *Henri II* et de *Charles IX*, qui eurent en lui un sujet fidelle et un guerrier habile.
II. RABUTIN, (Roger comte DE BUSSI) né à Epiry en Niver- nois le 30 avril 1618, petit-fils du précédent servit dès l'âge de douze ans dans le régiment de son père. Sa valeur parut avec éclat dans plusieurs sièges et ba- tailles. Elle lui mérita les places de mestre de camp de la cava- lerie légère, de lieutenant géné- ral des armées du roi, et de lieu- tenant général du Nivernois. Le comte de *Bussi* mêloit les lau- riers d'*Apollon* à ceux de *Mars*. Reçu à l'académie Françoise en 1665, il y prononça une haran- gue pleine d'esprit et de fanfa- ronnades. Il couroit alors sous son nom une *Histoire* manus- crite des *Amours* de deux dames puissantes à la cour (*d'Olonne* et de *Châtillon*). Il l'avoit con- fiée à Mad. la marquise de *Beaume* qui après une liaison très-intime, croyant avoir à se plaindre de lui, trahit son secret. Ce manuscrit intitulé: *Histoire amoureuse des Gaules*, faisoit beaucoup de bruit. A la légèreté du style, à la viva- cité des saillies, l'auteur avoit su joindre des portraits peints avec autant d'art que de vérité de plu- sieurs personnes de la cour, et un ton de dépravation qui n'étoit pas ce qui plaisoit le moins. Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'une des aventures qui frappent le plus dans son roman, étoit une pure traduction d'un endroit de *Pé- trone*, jusqu'à la lettre qu'il at- tribue à une des dames satirisées. Il auroit dû sans doute avouer ce plagiat pour sa justification; mais la vanité l'emportoit chez lui sur tout autre sentiment. Quoi qu'il en soit, les personnes inté- ressées portèrent leur plainte au roi, qui déjà mécontent de *Bussi*, saisit avidement l'occasion de le punir. Il fut mis à la Bastille. Les *Amours des Gaules* furent le pré- texte de sa détention; mais la véritable cause étoit cette *Chan- son* où le roi étoit trop compro- mis, et dont on renouvela alors le souvenir, pour perdre *Bussi* à qui on l'imputoit : Que *Deo-datus est heureux ! etc.* *L'Histoire amoureuse des Gaules* n'étoit pas le seul ouvrage de *Bussi*. Il avoit encore fait un petit *Livre*, relié proprement en forme d'Heures; au lieu des images qu'on met dans les livres de piété, il avoit mis dans le sien les portraits en miniature de quelques hommes de la cour, dont les femmes étoient soupçonnées de galanterie. Au bas de chaque portrait, il avoit accommodé au sujet un petit discours en forme de prière. C'est à cet ouvrage que *Boileau* fait allusion dans ce vers : Me mettre au rang des Saints qu'a célébrés *Bussi*. Une maladie occasionnée par sa prison, lui procura sa liberté; mais avant que de l'obtenir, il fallut qu'il donnât la démission de sa charge, et qu'il écrivit une lettre de satisfaction aux victimes de sa méchanceté. Il débita même à cette occasion de belles maximes sur les écrits satiriques, *inutiles s'ils sont secrets, dangereux s'ils sont publics*. Le comte de *Bussi* ne sortit de la Bastille, que pour aller en exil dans une de ses terres. Il fatigua pendant tout ce temps-là *Louis XIV* par une foule de *Lettres*, qui décèlent, si ce n'est une ame fausse, une ame au moins petite et foible. Il protestoit au roi une tendresse qu'il n'avoit pas, et se donnoit des éloges, qu'on croyoit beaucoup plus sincères que les protestations d'attachement dont il excédoit le monarque. Ses véritables sentimens éclatèrent en 1674. *Despréaux* fit sa belle épître sur le passage du Rhin, qui immortalise le poète et le héros. *Bussi*, l'imprudent *Bussi*, craignant d'être oublié, fit des remarques sanglantes sur cet ouvrage. Il re-levoit sur-tout cet endroit, où le pénégriste du prince lui disoit que s'il continuoit à prendre tant de villes, il n'y auroit plus moyen de le suivre, et qu'il faudroit aller l'attendre aux bords de l'Hellespont. Il plaisanta sur ce dernier mot, et mit au bout: *Tarare pon pon*. Le ridicule qu'il vouloit jeter sur la belle épître de *Despréaux*, parvint au poète, qui se prépara à la vengeance. Le comte le sut, et fit promptement négocier la paix. *Despréaux* et lui s'écrivirent des lettres pleines de témoignages d'estime et d'amitié. Le comte de *Bussi*, après 17 ans de sollicitations, obtint enfin la permission de retourner à la cour; mais comme le roi évita de le regarder, il se retira dans ses terres, partageant son temps entre les plaisirs de la campagne et ceux de la littérature. Il mourut à Autun le 9 avril 1693, à 75 ans. (*Voyez* les articles III. RIVIÈRE et MIRAMION.) Il faut avouer qu'il avoit de l'esprit, mais plus d'amour propre encore; et il ne se servit guère de son esprit que pour se faire des ennemis. Caustique, hautain dans la société, il ne fut guère plus aimé en province qu'à la cour. Comme courtisan, comme guerrier, comme écrivain, comme homme à bonnes fortunes, il croyoit n'avoir point d'égal. Il se flattoit de l'emporter en courage sur le maréchal de *Turenne*, et en génie sur *Pascal*. On prétend que, lorsqu'il étoit à la Bastille, le **P. Nouet** Jésuite, son confesseur, l'engagea à répondre aux Provinciales, et qu'il ne craignit pas de se charger de ce travail; mais il fut bientôt obligé de l'abandonner. On ne réfute les bonnes plaisanteries qu'en en faisant de meilleures. On a de lui: **I. Discours à ses enfans, sur le bon usage des adversités, et sur les divers événements de sa vie**, in-12, à Paris, 1694. On y trouve des réflexions utiles sur la juste valeur des biens et des maux de la vie. Mais il étoit plus facile de faire des réflexions sur l'utilité des disgraces que de les supporter avec noblesse. **II. Ses Mémoires**, en deux vol. in-4°, à Paris, 1693, réimprimés à Amsterdam en trois vol. in-4°, avec plusieurs pièces curieuses. Pour quelques faits vrais et intéressans, on y trouve cent particularités dont on ne se soucie pas: le style en fait le principal mérite; il est léger, pur et élégant. **III. Des Lettres**, en 7 vol. in-12, plusieurs fois réimprimées. Elles ont eu dans leur temps beaucoup de réputation; mais on y sent trop qu'elles ont été faites pour être publiques; et quoique écrites en général avec noblesse et avec correction, elles ne plaisent guère aux personnes d'un goût véritablement délicat, qui préfèrent le naturel à toutes ces graces contraintes. **IV. Histoire abrégée de Louis le Grand**, in-12, à Paris, 1699. Ce n'est presque qu'un panégyrique, et il révolte d'autant plus, que l'auteur écrivoit certainement contre sa pensée. **V. Des Poésies**, répandues dans ses Lettres et dans différents recueils; ses vers lâches, foibles, sans coloris, sont plutôt d'un bel esprit que d'un poète. On n'estime guère que ses *Maximes d'amour*, et ses *Epigrammes* imitées de *Martial*... Les *Amours des Gaules* ont été imprimées en Hollande avec d'autres Historiettes du temps, en deux vol. in-12; et à Paris sous le titre de Hollande, en 5 petits volumes in-12. — *Bussi-Rabutin* avoit une fille religieuse de la Visitation à Paris, (*Diane-Charlotte*), qui, selon l'abbé *Lenglet*, écrivoit aussi bien que son père. C'est d'elle que M$^{lle}$ de *Scuderi* disoit en écrivant à ce dernier: « Votre fille, que je vois souvent a autant d'esprit que si elle vous voyoit tous les jours; et elle est aussi sage que si elle ne vous avoit jamais vu. » Nous avons de M$^{lle}$ de *Bussi* un *Abrégé de la Vie de Mad. de Chantal*, 1697, in-12; de *Saint François de Sales*, 1700, in-12. — L'abbé de *Bussi* son frère, nommé évêque de Luçon en 1723, de l'académie Françoise, étoit un prélat ingénieux, savant et possédant l'art de plaire. Il mourut en 1736, après avoir presque entièrement renoncé aux sociétés dont il avoit fait les délices. *Je ne saurois*, disoit-il, *me résoudre à n'être plus aimable. Je sens que je ne puis plus l'être qu'avec effort; et il vaut mieux renoncer de bonne grace à ce qu'on ne peut faire sans fatigue.* Son zèle pour la Bulle *Unigenitus* lui attira les injures des Jansénistes qui lui reprochèrent trop souvent sa vie mondaine et se turent sur ses bonnes qualités.
**RACAN**, (*Honorat de Bueil*, marquis de) né en Touraine à la Roche — Racan, l'an 1589, d'une famille noble et bien alliée, 330 R A C fut l'un des premiers membres de l'académie Françoise. A l'âge de seize ans il entra page de la chambre du roi, sous le duc de Bellegarde, qui avoit pris Malherbe dans sa maison par l'ordre d'Henri IV. Racan cousin germain de Mad. de Bellegarde, eut occasion de voir ce grand maître en poésie, et il se forma sous lui. Le jeune Racan quitta la cour pour porter les armes; mais il ne fit que deux ou trois campagnes, et il revint à Paris après le siège de Calais. Ce fut alors qu'il consulta Malherbe sur le genre de vie qu'il devoit embrasser. Le poète, pour toute réponse, se contenta de lui réciter la Fable du Meunier, de son fils et de l'Ane: fable ingénieuse, inventée par le Pogge, et imitée par Huet et par la Fontaine. Le marquis de Racan se décida pour le mariage. Quoi qu'il n'eût point étudié, et qu'il eût une si grande incapacité pour la langue latine qu'il ne put jamais apprendre par cœur le Confléor, la nature suppléa en lui à l'étude. Ses Bergeries sont recommandables dans le genre pastoral. Malherbe d'un Héros peut vanter les exploits, Racan chanter Phyllis, les bergers et les bois. BOILEAU. Ses Stances qui commencent ainsi: Tyrcis, il faut penser à faire la retraite, etc. passent pour son chef-d'œuvre, quoique ce ne soit pas celui de la poésie. Son principal mérite est d'exprimer avec grace ces petits détails, si difficiles à rendre dans notre langue: il les rend ordinairement assez bien; mais son style manque de force, de nerf et de correction. Il réussit beaucoup mieux dans la poésie simple et naturelle que dans la poésie sublime. Ses ouvrages furent recueillis sous ce titre: Œuvres et Poésies Chrétiennes de M. Honorat de Bueil, Chevalier, Seigneur de Racan, tirées des Pseumes et de quelques Cantiques du vieux et du nouveau Testament; à Paris, in-8°, 1660. Gouselier libraire de Paris donna en 1724, en deux vol. in-12, une nouvelle édition des Œuvres de Racan... Pour mettre le lecteur à portée de juger du style de ce poète, nous choisirons la traduction qu'il a faite de cette fameuse strophe d'Harace: Pallida mors; et nous y joindrons la version du même morceau par Malherbe. Voici la traduction de Racan: Les lois de la Mort sont fatales, Aussi bien aux Maisons Royales Qu'aux taudis couverts de roseaux. Tous nos jours sont sujets aux Parques; Ceux des Bergers et des Monarques Sont coupés des mêmes ciseaux. Celle de Malherbe est plus connue: Le pauvre en sa cabane où le chaume le couvre, Est sujet à ses lois, Et la garde qui veille aux barrières du Louvre, N'en défend pas nos Rois. Malherbe, qu'il cherchoit trop à copier, lui trouvoit du génie pour la poésie. Racan lui disoit un jour, que Théophile qui étoit en prison, accusé de plusieurs crimes, ne lui paroissoit coupable que d'un seul: c'étoit d'avoir fait fort mal le métier de poète dont il se méloit. S'il meurt pour cela, repartit Malherbe, vous ne devez pas avoir peur; R A C 331 par on ne vous prendra pas assurément pour un de ses complices... Racan déguisé en diable dans un bal avoit épouvanté des dames; il les tranquillisa par cet impromptu: Quoique ma forme épouvantable Me rende à chacun redoutable, Belles, n'en ayez point d'effroi: Ce dieu que vos yeux ont fait naître, A mes dépens a fait connoître Qu'il est bien plus diable que moi. Racan mourut à la Roche-Racan en février 1670, à 81 ans, laissant des enfans. On recherchoit sa société. Sa mémoire lui fournissoit une foule d'historiettes et de bons mots; mais il avoit la voix basse et ne parloit pas distinctement. Un jour qu'il avoit fait un conte agréable dans une nombreuse compagnie, personne ne rit, parce qu'on ne l'avoit pas entendu. Racan s'adressa à Ménage, et lui dit: Je vois bien que je ne me suis pas fait entendre; traduisez-moi, je vous prie, en langue vulgaire.
RACCHETTI, (Bernard) peintre Italien, né en 1639, mort en 1702, représentoit à merveille l'architecture, et se distingua dans la perspective. I. RACHEL, seconde fille de Laban, épousa le patriarche Jacob l'an 1752 avant J. C. (Voyez LABAN.) Elle en eut Joseph et Benjamin. Rachel mourut en accouchant de celui-ci. Elle fut enterrée sur le chemin qui conduit à Ephrata, où Jacob lui éleva un monument qui a subsisté pendant plusieurs siècles. On montre encore aujourd'hui une espèce de dôme, soutenu sur quatre piliers carrés qui forment autant d'arcades, et l'on prétend que c'est le tombeau érigé à Rachel par Jacob. Mais comme ce monument est encore tout entier, il est difficile de croire que ce soit le même que le patriarche consacra à la mémoire de son épouse.
II. RACHEL, (Joachim) né en basse Saxe, poète Allemand, recteur de l'école de Norden, s'est attaché particulièrement à la poésie satirique dans le siècle dernier. Il n'a pas écrit avec la même pureté et la même délicatesse que Despréaux; mais il est plus véhément, et par-tout il se montre l'ennemi implacable du vice et des ridicules. Son énergie lui a fait donner le nom de Lucile Allemand. I. RACINE, (Jean) né à la Ferté-Milon le 21 décembre 1639, d'une famille noble, fut élevé à Port-Royal-des-Champs, et il en fut l'élève le plus illustre. Marie des Moulins sa grand-mère, s'étoit retirée dans cette solitude si célèbre et si persécutée. Son goût dominant étoit pour les Poètes tragiques. Il alloit souvent se perdre dans les bois de l'abbaye, un Euripide à la main: il cherchoit dès-lors à l'imiter. Il cachoit des livres, pour les dévorer à des heures indues. Le sacristain Claude Lancelot, son maître dans l'étude de la langue grecque, lui brûla consécutivement trois exemplaires des Amours de Théagène et de Chariclée, roman grec, qu'il apprit par cœur à la 3$^{e}$ lecture. Après avoir fait ses humanités à Port-Royal et sa philosophie au collège d'Harcourt, il débuta dans le monde par une Ode sur le mariage du roi. Cette pièce, lui, et le chassent d'Athènes; ses biens furent mis à l'encan, et il n'y eut qu'un seul citoyen qui osât en acheter. Les deux libérateurs d'Athènes ne restèrent pas long-temps unis. *Megaclès* pour qui *Lycurgue* étoit un rival trop puissant, proposa à *Pisistrate* de le mettre en possession du pouvoir souverain, s'il vouloit épouser sa fille. Le tyran y consentit, et ayant réuni ses forces avec celles de son beau-père, il obligea *Lycurgue* de se retirer. Pour s'emparer de l'esprit du peuple, il employa de nouveaux artifices. Il choisit parmi la populace une femme d'une taille avantageuse, capable de jouer toutes sortes de rôles. Cette femme ayant pris les habits qu'on donnoit ordinairement à *Minerve*, courut les rues d'Athènes sur un char superbe, en criant dans tous les carrefours, que *Minerve* leur protectrice ramenoit enfin le sage *Pisistrate*. Le peuple erut voir la Déesse elle-même, descendue exprès du Ciel pour le bonheur d'Athènes. On reçut ce tyran avec des acclamations de joie; il s'empara du pouvoir souverain, et rendit public son mariage avec la fille de *Megaclès*. Le tyran se dégoûta bientôt de sa nouvelle épouse. Le père de cette fille la vengea, en gagnant à force d'argent la plus grande partie d'Athènes et les troupes même de *Pisistrate*. Le tyran, abandonné des siens, se sauva dans l'isle d'Eubée, l'an 544 avant J. C. Ce ne fut qu'au bout de onze ans, et par les intrigues de son fils *Hyppias*, qu'il sortit de son exil. Il se rendit maître de Marathon à la tête d'un corps de troupes, surprit les Athéniens, et entra vic- vic-torieux dans sa patrie. Tous les partisans de *Megaclès* furent sacrifiés à sa tranquillité; mais dès qu'il fut affermi sur le trône, il fit oublier ses cruautés par sa modération. Des citoyens l'ayant accusé injustement d'un meurtre, au lieu de les punir il alla lui-même se justifier devant l'A-réopage. Sa vie est pleine de traits qui prouvent ce mot de *Solon*, que *Pisistrate eût été le meilleur citoyen d'Athènes, s'il n'eût pas été le plus ambitieux*.—Ayant été accablé d'injures par un convive pris de vin, ses courtisans cherchoient à aigrir sa fureur, et l'excitoient vivement à en tirer vengeance; il ne laissa pas de les souffrir avec un esprit tranquille, et répondit: *Qu'il ne s'emportoit plus davantage contre cet homme ivre, que si quelqu'un se fût jeté sur lui les yeux bandés...* Ses établissements avoient toujours pour but le bonheur de ses sujets. Il ordonna que les soldats blessés seroient nourris aux dépens de l'État. Il assigna à chaque citoyen indigent des fonds de terre dans les campagnes de l'Attique: *Il vaut mieux*, disoit-il, enrichir la République, que de rendre une ville fastueuse... Il éleva dans Athènes une Académie qu'il enrichit d'une bibliothèque publique. *Cicéron* croit que ce fut ce tyran, s'il mérite encore ce nom, qui le premier gratifia les Athéniens des ouvrages d'*Homère*, et les mit en ordre. Enfin, après avoir régné 33 ans, non en usurpateur, mais en père, il mourut paisiblement l'an 528 avant J. C. *Hyparque* son fils lui succéda. I. PISON, (*Lucius Calpurnius Piso*) surnommé *Frugi*, à intitulée la *Nymphe de la Seine*, lui valut une gratification de cent louis et une pension de 600 liv. Le ministre *Colbert* obtint pour lui l'une et l'autre de ces graces. Ce succès le détermina à la poésie. En vain un de ses oncles, chanoine régulier et vicaire général d'Usès, l'appela dans cette ville pour lui résigner un riche bénéfice, la voix du talent l'appeloit à Paris. Il s'y retira vers 1664, époque de sa première pièce de théâtre. *La Thébaïde* ou *les Frères ennemis*, c'est le titre de cette tragédie, ne parut à la vérité qu'un coup d'essai aux boys juges; mais ce coup d'essai annonçoit un maître. Le monologue de *Jocaste* dans le troisième acte, l'entrevue des deux frères dans le quatrième, et le récit des combats dans le dernier, furent un augure heureux de son génie. Il traita cette pièce dans le goût de *Corneille*; mais, né pour servir lui-même de modèle, il quitta bientôt cette manière qui n'étoit pas la sienne. La lecture des Romans avoit tourné les esprits du côté de la tendresse, et ce fut de ce côté-là aussi qu'il tourna son génie... Il donna son *Alexandre* en 1666. Cette tragédie improuvée par *Corneille*, qui dit à l'auteur qu'il avoit du talent pour la *Poésie*, mais non pas pour le *Théâtre*, charma tout Paris. Les connoisseurs la jugèrent plus sévèrement. L'amour qui domine dans cette pièce, n'a rien de tragique. *Alexandre* y est presque éclipsé par *Porus*; et la versification, quoique supérieure à celle de la *Thébaïde*, offre bien de la négligence. *Racine* portoit alors l'habit ecclésiastique, et ce fut à peu près vers ce temps-là qu'il obtint le prieuré d'Épinay; mais il n'en jouit pas long-temps. Ce bénéfice lui fut disputé; il n'en retira pour tout fruit qu'un procès, que ni lui ni ses juges n'entendirent jamais: aussi abandonna-t-il et le bénéfice et le procès. Il eut bientôt un autre procès qui fit plus de bruit. Le visionnaire *Desmarêts de Saint-Sorlin*, poète, prophète, et fou sous ce double titre, se signala par des rêveries réfutées par *Nicole*. Ce célèbre écrivain, dans la 1re de ses *Lettres* contre cet insensé, traita les poètes dramatiques d'*empoisonneurs*, non des corps, mais des ames. *Racine* prit ce trait pour lui; il lança d'abord une lettre contre ses anciens maîtres. Elle étoit pleine d'esprit et de graces. Les *Jésuites* la mettoient à côté des *Lettres Provinciales*, et ce n'étoit pas peu la louer. *Nicole* négligea de répondre; mais *Barbier d'Aucour* et *Dubois* le firent pour lui. *Racine* leur répliqua par une Lettre non moins ingénieuse et aussi pleine de sel que la première. *Boileau*, à qui il la montra avant que de la rendre publique, lui dit en ami sage: *Cette Lettre fera honneur à votre esprit, mais n'en fera pas à votre cœur. Vous attaquez des Hommes d'un très-grand mérite, à qui vous devez une partie de ce que vous êtes*. Cette réponse fit impression sur *Racine*, qui supprima sa 2e Lettre, et retira tous les exemplaires de la 1re... *Alexandre* fut suivi d'*Andromaque*, jouée en 1668; cette pièce coûta la vie au célèbre *Montfleuri* qui y représentait le rôle d'*Oreste*. À peine *Racine* avoit-il 30 ans; mais son ouvrage annonçoit un homme consommé dans l'art du théâtre. La terreur et la pitié sont l'ame de cette tragédie. Aucun personnage épisodique; l'intérêt principal n'est presque jamais partagé, et le lecteur n'y est pas refroidi. On y admira sur-tout le style noble sans en-flure, simple sans bassesse. Elle essuya cependant quelques critiques. On se plaignit que Pyrrhus étoit trop emporté, trop farouche; que la situation violente d'Hermione faisoit trop long-temps oublier Andromaque, la héroïne de la pièce, etc. etc.; et ces censures dictées en partie par l'envie et par l'ignorance, furent accueillies pendant quelque temps. Le maréchal de Créqui et le comte d'Olonne disoient hautement qu'il n'y avoit que du romanesque dans l'Andromaque de Racine. Le maréchal passoit pour ne point aimer les femmes, et le comte n'avoit pas lieu de se louer de la tendresse de la sienne. Le poète offensé fit là-dessus l'épigramme suivante, qu'il s'adressoit à lui-même : Le vraisemblable est choqué dans ta pièce, Si l'on en croit et d'Olonne et Créqui. Créqui dit que Pyrrhus aime trop sa Maîtresse; D'Olonne, qu'Andromaque aime trop son Mari. Subligny publia contre Andromaque, une espèce de parodie, intitulée : la Folle querelle, comédie en prose, Paris, 1668, in-12. Mais cette sotte critique d'un sot auteur, ne fit qu'encourager le grand homme si injustement censuré. C'est à quoi Boileau fit allusion dans la belle épître qu'il adressa à Racine : R A C 333 Toi donc qui s'élevant sur la scène tragique, Suis les pas de Sophocle, et seul du tant d'esprits, De Corneille vieilli sais consoler Paris, Cesse de s'étonner si l'envie animée, Atrachant à ton nom sa rouille envenimée, La calomnie en main, quelquefois te poursuit. En cela comme en tout le Ciel qui nous conduit, Racine, fait briller sa profonde sagesse. Le mérite en repos s'endort dans la mollesse. Mais par les envieux un génie excité, Au comble de son art est mille fois monté. Plus on veut l'affoiblir, plus il croit et s'élance. Au Cid persécuté, Cinna doit sa naissance; Et peut-être ta plume aux censeurs de Pyrrhus, Doit les plus nobles traits dont tu peignis Burrhus. Saint-Evremond, courtisan épicurien, qui s'étoit déclaré l'arbitre du goût, fut encore un de ceux qui critiquèrent Andromaque, tragédie qui, après un siècle et demi de succès, jouit encore de toute l'estime qu'elle mérite. Andromaque avoit annoncé à la France un grand homme; la comédie des Plaideurs, jouée la même année, annonça un très-bel esprit. On vit dans cette pièce des traits véritablement comiques, du ridicule fin et saillant, des plaisanteries pleines de sel et de goût. Malgré cela, les acteurs furent presque sifflés aux deux premières représentations, et n'osèrent hasarder la troisième. Molière, quoique brouillé avec *Racine*, n'adopta pas le jugement des faux connoisseurs, et dit, en sortant de la comédie : *Que ceux qui se moquoient* des Plaideurs, *méritoient qu'on se moquât d'eux*. La pièce jouée à la cour y fut très-applaudie, et *Louis XIV* y rit beaucoup. Bientôt la ville jugea comme la cour. Ce qui flatta sur-tout le parterre de Paris, ce furent les allusions. On reconnut, dans le *Juge* qui veut toujours juger, un président si passionné pour sa profession, qu'il l'exerçoit dans son domestique. La dispute entre la *Comtesse* et *Chicaneau*, s'étoit réellement passée entre la comtesse de *Crissé* et un fameux plaideur, chez *Boileau* le greffier. Le discours de l'*Intimé*, qui dans la cause du chapon commence par une exorde d'une *Oraison* de *Cicéron*, fut pris sur le discours d'un avocat, qui s'étoit servi du même exorde dans la querelle d'un pâtissier contre un boulanger... Les *Plaideurs* étoient une imitation des *Guêpes* d'*Aristophane*. Mais *Racine* ne dut qu'à lui-même son *Britannicus*, qui parut en 1670. Il se surpassa dans cette pièce. Nourri de la lecture de *Tacite*, il sut communiquer la force de cet historien à sa versification et à ses caractères. Ils sont tous également bien développés, également bien peints. *Néron* est un monstre naissant, qui passe par une gradation insensible de la vertu au crime, et du crime aux forfaits. *Agrippine* mère de *Néron*, est digne de son fils. *Burrhus* est un sage au milieu d'une cour corrompue. *Junie* intéresse : mais l'auteur lui fait trop d'honneur, en la peignant comme une fille vertueuse... *Bérénice*, jouée l'an- née d'après, soutint la gloire du poète aux yeux du public, et l'affoiblit aux yeux des gens de goût. Ce n'est qu'une *Pastorale héroïque* : elle manque de ce sublime et de ce terrible, les deux grands ressorts de la tragédie. Elle est conduite avec art et avec une certaine vivacité ; les sentimens en sont délicats, la versification élégante, noble, harmonieuse : mais encore une fois, ce n'est point une *Tragédie*, en prenant ce mot dans la rigueur du terme. *Titus* n'est point un héros Romain ; c'est un courtisan de Versailles. Tout roule sur ces trois mots de *Suétone* : *INVITUS INVITAM DIMISIT*. Ce fut *Henriette d'Angleterre* qui engagea *Racine* et *Corneille* à travailler sur ce sujet. Elle vouloit jouir non-seulement du plaisir de voir lutter deux rivaux illustres ; mais elle avoit encore en vue le frein qu'elle-même avoit mis à son propre penchant pour *Louis XIV*. On prétend qu'un seigneur ayant demandé au Grand *Condé* son sentiment sur cette tragédie, il répondit par ces deux vers pris de la pièce même : Depuis deux ans entiers, chaque jour je la vois, Et crois toujours la voir pour la première fois. *Racine* prit un essor plus élevé en 1672, dans *Bajazet*. Le sujet est la conspiration du visir qui entreprit de mettre sur le trône *Bajazet* à la place d'*Amurat* son frère. Le caractère de ce visir est, suivant les connoisseurs, le dernier effort de l'esprit humain, et la beauté de la diction le relève encore ; pas un seul vers ou dur, ou foible ; pas R A C 339 un mot qui ne soit le mot propre; jamais de sublime hors d'œuvre qui cesse d'être sublime; jamais de dissertations étrangères au sujet; toutes les convenances parfaitement observées : enfin ce rôle est d'autant plus admirable, qu'il se trouve dans la seule tragédie où l'on pouvoit l'introduire, et qu'il auroit été déplacé partout ailleurs. Le caractère d'*A-talide* ne mérite pas moins d'éloges : la délicatesse de ses sentiments, les combats de son cœur, ses craintes, ses douleurs développent mieux les replis de l'âme que tous nos romans, et l'amour y est peint avec plus d'énergie. Dans le rôle de *Roxane*, la fierté et l'ambition viennent combattre l'amour. *Racine* fut embarrassé du choix d'une actrice pour ce rôle. Il l'ôta et le donna successivement à la *Champmélé* et à *Mlle d'Ennebaut*; ce qui le fit comparer à *Pyrrhus*, flottant entre *Andromaque* et *Hermione*, et lui fit appliquer ces vers : La quitter, la reprendre, et retourner De la fille d'*Hélène* à la veuve L'intérêt de *Bajazet* croît d'acte en acte; tous sont pleins et liés. Plusieurs morceaux respirent la vigueur tragique. La première scène est un modèle d'exposition, et celles qui la suivent sont des modèles de style. Cette tragédie obtint un très-grand succès. *Mad. de Sévigné* écrivoit en sortant de la représentation : « *Racine* a fait une pièce qui lève la paille. *M. de Tallard* dit qu'elle est autant au-dessus des pièces de *Corneille*, que celles de ce dernier sont au-dessus de celles de *Boyer* » *Mithridate*, joué en 1673, est plus dans le goût du grand *Corneille*, quoique l'amour soit encore le principal ressort de cette tragédie, et que cet amour y fasse faire des choses assez petites. *Mithridate* s'y sert d'un artifice de comédie, pour surprendre une jeune personne et lui faire dire son secret. *Voltaire* a très-bien remarqué que l'intrigue de cette pièce est aussi propre à la comédie qu'à la tragédie. Otez les grands noms de Monarque, de Guerrier et de Conquérant, *Mithridate* n'est qu'un vieillard amoureux d'une jeune fille : ses deux fils en sont amoureux aussi, et il se sert d'une ruse assez basse pour découvrir celui des deux qui est aimé. C'est précisément l'intrigue de l'*Avare*. *Harpagon* et le *Roi* de Pont sont deux vieillards amoureux; l'un et l'autre ont leur fils pour rival; l'un et l'autre se servent du même artifice pour découvrir l'intelligence qui est entre leur fils et leur maîtresse; et les deux pièces finissent par le mariage du jeune homme. Mais ce que cette tragédie a de défectueux est racheté par de grandes beautés. Le rôle de *Mithridate* est en général beau et théâtral. Son amour même est en quelque sorte ennobli par les reproches qu'il se fait de sa foiblesse. Occupé de sa haine pour Rome, grand dans l'adversité, son caractère est très-propre au théâtre; car s'il n'avoit paru qu'amoureux, cette pièce malgré l'élégance du style, n'auroit été qu'un épithalame magnifique. Ce qu'on a dit des petits ressorts employés dans la tragédie de *Mithridate*, on peut le dire encore de *Britannicus*, qui avoit été joué en 1669. *Neron* dans cette pièce est un jeune homme impétueux, qui devient amoureux tout d'un coup ; qui dans le moment veut se séparer d'avec sa femme, et se cache derrière une tapisserie pour écouter les discours de sa maîtresse. Cette foiblesse de mettre de l'amour par-tout, a dégradé presque tous les héros de *Racine*. *Titus*, dans sa *Bérénice* a un caractère mou et efféminé. *Alexandre le Grand*, dans la pièce qui porte son nom, n'est occupé que de l'amour d'une petite *Cléophile*, dont le spectateur ne fait pas beaucoup de cas. *Voyez CAMPISTRON... Iphigénie* ne parut que deux ans après *Mithridate*, en 1675 ; elle fit verser des larmes plus qu'aucune pièce de *Racine*. (*Voyez CHAMPMÉLÉ.*) Les événements y sont préparés avec art, et enchaînés avec adresse. Elle laisse dans le cœur cette tristesse majestueuse, l'âme de la tragédie. L'amour d'*Achille* est moins une foiblesse qu'un devoir, parce qu'il a tous les caractères de la tendresse conjugale. « J'avoue, dit *Voltaire*, que je regarde *Iphigénie* comme le chef — d'œuvre de la scène. Veut-on de la grandeur ? on la trouve dans *Achille*, mais telle qu'il la faut au théâtre, nécessaire, passionnée, sans enflure, sans déclamation. Veut-on de la vraie politique ? tout le rôle d'*Ulysse* en est plein ; et c'est une politique parfaite, uniquement fondée sur l'amour du bien public ; elle est adroite, elle est noble, elle ne disserte point, elle augmente la terreur. *Clytemnestre* est le modèle du grand pathétique ; *Iphigénie* celui de la simplicité noble et intéressante ; *Agamemnon* est tel qu'il doit être. Et quel style ! c'est là le vrai sublime. » *Le Clerc*, indigne rival d'un grand homme, osa donner une *Iphigénie* dans le même temps que celle de *Racine* : mais la sienne mourut en naissant ; et celle du *Sophocle* François vivra autant que le théâtre... Il y avoit une faction violente contre *Racine*, et ce poète la redoutoit. Il fit long-temps mystère de sa *Phèdre*. Dès que la cabale acharnée contre lui l'eut pénétré, elle invita *Pradon*, le rimailleur *Pradon*, à traiter le même sujet. Ce versificateur goûta cette idée et l'exécuta : en moins de trois mois sa pièce fut achevée. On joua celle de *Racine* le 1er janvier 1677, et deux jours après celle de *Pradon*, qui, grace à ses protecteurs et à leurs indignes manœuvres, fut jugée la meilleure. Les chefs de cette cabale s'assembloient à l'hôtel de Bouillon. *Mad. des Houlières*, le duc de *Nevers*, et d'autres personnes de mérite, ne craignirent pas d'y entrer. Les connoisseurs se taisoient et admiroient. Le grand *Arnauld*, aussi bon juge en littérature qu'en théologie, ne trouva à reprendre que l'amour d'*Hippolyte*, et l'auteur lui répondit : *Qu'auroient pensé les petits Maîtres, s'il avoit été ennemi de toutes les femmes ?* Les deux *Phèdres*, de *Racine* et de *Pradon*, sont d'après celle d'*Euripide*. L'imitation est à peu près semblable : même contexture, mêmes personnages, mêmes situations, mêmes fonds d'intérêt, de sentimens et de pensées. Chez *Pradon* comme chez *Racine*, *Phèdre* est amoureuse d'*Hippolyte*. *Thésée* est absent dans les premiers actes : on le croit retenu aux Enfers avec *Pirithoüs*. *Hippolyte* aime *Arcie*, et veut la suivre ; il fait l'aveu de sa passion à son amante, et reçoit avec horreur la déclaration de *Phèdre* ; il meurt du même genre de mort, et son gouverneur fait un récit. Mais c'est lorsque ces deux auteurs se rencontrent le plus pour le fond des choses, qu'on remarque mieux combien ils diffèrent pour la manière de les rendre. L'un est le *Rubens* de la poésie, et l'autre n'est qu'un plat barbouilleur. Lorsque *Phèdre*, ce triomphe de la versification françoise après *Athalie*, fut imprimée, ses ennemis firent de nouveaux efforts. Ils se hâtèrent de donner une édition fautive ; on gâta des scènes entières ; on eut la noirceur de substituer aux vers les plus heureux, des vers plats et ridicules. *Racine* dégoûté par ces indignités de la carrière du théâtre, semée de tant d'épines, résolut de se faire Chartreux. Son directeur en apprenant le dessein qu'il avoit pris de renoncer au monde et à la comédie, lui conseilla de s'arracher à ces deux objets si séduisants, plutôt par un mariage chrétien, que par une entière retraite. Il épousa, quelques années après, la fille d'un trésorier de France d'Amiens. Son épouse également belle et vertueuse, fixa son cœur, et lui fit goûter les délices de l'hymen ; délices pures, sans repentir et sans remords. Ce fut alors qu'il se réconcilia avec les Solitaires de Port-Royal, qui n'avoient pas voulu le voir depuis qu'il s'étoit consacré au théâtre. La même année de son mariage, en 1677, *Racine* fut chargé d'écrire l'Histoire de *Louis XIV*, conjointement avec *Boileau*. Au retour de la der- dernière campagne de cette année, le roi dit à ses deux historiens : *Je suis fâché que vous ne soyez pas venus avec moi ; vous auriez vu la guerre, et votre voyage n'eût pas été long.* — *Racine* lui répondit : *Votre Majesté ne nous a pas donné le temps de nous faire faire nos habits...* La religion avoit enlevé *Racine* à la poésie ; la religion l'y ramena. *Mad. de Maintenon* le pria de faire une pièce sainte, qui pût être jouée à Saint-Cyr : il fit *Esther*. Imitateur des anciens qui méloient dans leurs pièces des événements de leur temps, il fit entrer dans la sienne le tableau de la cour et des spectateurs. On retrouvait *Mad. de Montespan* sous le nom de *Vasthi*, et *Louvois* sous celui d'*Aman*. L'élévation d'*Esther* étoit celle de *Mad. de Maintenon*. Cette pièce fut jouée en présence de toute la cour par les demoiselles de Saint-Cyr, en 1689 ; et toutes ces allusions ne contribuèrent pas peu à la faire applaudir. (*Voyez HÉBERT*, et *I. SÉVIGNÉ*.) Mais quand *Esther* fut imprimée, le charme se dissipa. Elle parut froide à la lecture ; beaucoup de vers foibles, parmi un grand nombre d'excellens ; l'action n'étoit point théâtrale : enfin les beaux esprits de Paris déprimèrent tous les endroits qui avoient eu le suffrage de la cour. Mille louis de gratification consolèrent *Racine* de ces critiques. Il eut ordre de composer une autre *Pièce* ; il crut avoir trouvé dans le quatrième livre des *Rois* un fait intéressant, et assez de matière pour se passer d'amour, d'épisodes et de confidens. Il répara la simplicité de l'intrigue par l'élégance de la poésie, par la noblesse des ca- ractères, par la vérité des sentimens, par de grandes leçons données aux rois, aux ministres et aux courtisans, par l'usage heureux des sublimes traits de l'Écriture. *Athalie* (c'est le nom de cette pièce) fut jouée en 1691; cette tragédie, le chef-d'œuvre de la scène Françoise, fut reçue avec froideur à la représentation et à la lecture : on disoit que *c'étoit un sujet de dévotion, propre à amuser des enfans*. Mais le grand défaut est qu'il n'y a pas assez d'action dans cette pièce; c'est que tout s'y passe presque en longs discours, à la vérité supérieurement écrits; c'est que les quatre premiers actes entiers sont des préparatifs; c'est que *Josabeth* et *Mathan* sont des personnages peu agissans; c'est que le rôle du grand — prêtre *Joad* pouvoit être d'un dangereux exemple pour des fanatiques. « *Athalie*, dit le cardinal de *Bernis* à *Voltaire*, ne m'a jamais paru un ouvrage supérieur que par le style. J'ai toujours été révolté qu'on eût permis de mettre un semblable sujet sur notre théâtre. » *Racine*, entièrement dégoûté du théâtre, ne travailla plus qu'à l'Histoire du Roi; mais, soit qu'il craignit d'être accusé d'ingratitude s'il étoit vrai, et de reconnoissance s'il n'étoit satirique, il ne poussa pas bien loin cet ouvrage, qui périt dans un incendie. *Valincourt*, possesseur de ce manuscrit, le voyant près d'être consumé, donna vingt louis à un Savoyard pour l'aller chercher au travers des flammes; mais au lieu du manuscrit, on lui apporta un recueil des gazettes de France. *Racine* jouissoit alors de tous les agrémens que peut avoir un bel esprit à la cour. Il étoit gentilhomme ordinaire du roi, qui le traitoit en favori et qui le faisoit coucher dans sa chambre pendant ses maladies. Ce monarque aimoit à l'entendre parler, lire, déclamer. Tout s'animoit dans sa bouche, tout prenoit une ame, une vie. Pendant une maladie de *Louis XIV*, ce prince lui dit de chercher quelque livre propre à l'amuser. *Racine* lui proposa le *Plutarque d'Amiot*; c'est du *gaulois*, répondit le roi; mais *Racine* substitua si heureusement les mots en usage que *Louis XIV* prit le plus grand plaisir à cette lecture. Dans une partie de plaisir à Auteuil, maison de campagne de *Boileau*, il lui quelques scènes de *Sophocle* qu'il traduisoit sur-le-champ. *J'ai vu*, dit *Valincourt*, qui étoit présent, nos meilleures *Pièces représentées par nos meilleurs acteurs*; rien n'a jamais approché du trouble où me jeta le récit du poète. La faveur de *Racine* auprès de *Louis XIV* ne dura pas, et sa disgrace hâta sa mort. *Mad. de Maintenon*, touchée de la misère du peuple, demanda à *Racine* un *Mémoire* sur ce sujet intéressant. Le roi le vit entre les mains de cette dame, et fâché de ce que son historien approfondissoit les défauts de son administration, il lui défendit de le revoir, en lui disant : *Parce qu'il est Poète, veut-il être Ministre?* Des idées tristes, une fièvre violente, une maladie dangereuse, furent la suite de ces paroles. *Racine* mourut le 22 avril 1699, à 59 ans, d'un petit abcès dans le foie. Un anonyme lui a fait cette épitaphe: *Racine* a terminé ses veilles, Entre *Sophocle* et l'aîné des *Cornéilles*, Sa place étoit marquée aux champs Élysions. Poëte et courtisan, voici sa courte histoire : Sur la scène il acquit plus d'honneur que de biens ; A la cour il obtint plus de bien que de gloire. Ce grand homme étoit d'une taille médiocre ; sa figure étoit agréa- ble, son air ouvert, sa physio- nomie douce et vive. Il avoit la politesse d'un courtisan et les saillies d'un bel esprit. Son ca- ractère étoit aimable, mais il passoit pour faux ; et avec une douceur apparente, il étoit na- turellement très - canstique. Il peignit dans ses Tragédies plus d'un personnage d'après nature, et le célèbre acteur Baron a dit plus d'une fois, « que c'étoit d'a- près lui-même qu'il avoit fait Narcisse dans la tragédie de Bri- tannicus. » Plusieurs Epigram- mes, un grand nombre de Cou- plets et de Vers satiriques qu'on brûla à sa mort, prouvent la vé- rité de ce que répondit Despréaux à ceux qui le trouvoient trop ma- lin ; Racine, disoit-il, l'est bien plus que moi. Sa malignité vint souvent de son amour propre, trop sensible à la critique et aux éloges. Racine voulant détourner son fils aîné de la poésie, lui avouoit que « la plus mauvaise critique lui avoit causé plus de chagrin, que les plus grands ap- plaudissemens ne lui avoient fait de plaisir. » Ne crois pas, lui disoit-il, que ce soient mes piè- ces qui m'attirent les caresses des grands. Corneille fait des vers cent fois plus beaux que les miens, et cependant personne ne le re- garde. On ne l'aime que dans la bouche de ses acteurs ; au lieu R' A C que tant fatiguer les gens de monde du récit de mes ouvrages dont je ne leur parle jamais, je les entretiens de choses qui leur plaisent. Mon talent avec eux n'est pas de leur faire sentir que j'ai de l'esprit, mais de leur ap- prendre qu'ils en ont. (Voy. aussi l'art. BOILEAU, n.º III.) Malgré cette finesse politique, Racine passoit à la cour pour un homme qui avoit envie d'être courtisan, mais qui ne savoit pas l'être. Le roi le voyant un jour à la pro- menade avec M. de Cavoye : Voilà, dit-il, deux hommes que je vois souvent ensemble ; j'en devine la raison : Cavoye avec Racine se croit bel esprit ; Racine avec Ca- voye se croit courtisan. Les dé- fauts de ce poète furent effacés en partie par de grandes qualités. La religion réprima tous ses pen- chans. La raison, disoit Boileau à ce sujet, conduit ordinairement les autres à la foi ; mais c'est la foi qui a conduit Racine à la rai- son. Il eut sur la fin de ses jours une piété tendre, une probité austère. Il étoit bon père, bon époux, bon parent, bon ami... (Voyez MONNOYE.) Mais con- sidérons-le à présent par les en- droits qui l'immortalisent. Voyons dans cet écrivain rival des tragi- ques Grecs pour l'intelligence des passions, une élégance toujours soutenue, une correction admi- rable, la vérité la plus frap- pante ; point, ou presque point de déclamation ; par-tout le lan- gage du cœur et du sentiment ; l'art de la versification, l'har- monie et les graces de la poésie portés au plus haut degré. C'est le poète après Virgile, qui a le mieux entendu cette partie des vers ; et en cela, mais peut-être en cela seul, il est supérieur à *Corneille*. On ne trouve pas chez lui comme dans ce père de notre théâtre, ces antithèses affectées, ces négligences basses, ces licences continuelles, cette obscurité, cette emphase, et enfin ces phrases synonymes, où la même pensée est plus remaniée que la division d'un sermon. Nous remarquons ces défauts de *Corneille*, pour servir de correctif au parallèle que *Fontenelle* fait de ce poète avec *Racine* : parallèle ingénieux, mais quelquefois trop favorable à l'auteur de *Cinna*. *La Mothe* a rendu plus de justice à l'un et à l'autre dans les vers suivans : L'un plus pur, l'autre plus sublime, Tous deux partagent notre asime, Par un mérite différent; Tour-à-tour ils nous font entendre Ce que le cœur a de plus tendre, Ce que l'asprit a de plus grand. Ce qui rendit *Racine* supérieur à *Corneille* dans les sujets qu'ils traitèrent l'un et l'autre, c'est que *Racine* joignoit à un travail assidu une grande connoissance des tragiques Grecs, et une étude continuelle de leurs beautés, de leur langue et de la nôtre. Il consultoit les juges les plus sévères, les plus éclairés. Il les écoutoit avec docilité. Enfin il se faisoit gloire, ainsi que *Boileau*, d'être revêtu des dépouilles des anciens. Il avoit formé son style sur le leur. « On peut, dit M. du *Molard*, réussir peut-être mieux que lui dans les catastrophes; on peut produire plus de terreur, approfondir davantage le sentiment, mettre de plus grands mouvemens dans les intrigues; mais quiconque ne se formera pas comme lui sur les anciens, quiconque sur-tout n'imitera pas la pureté de leur style et du sien, n'aura jamais de réputation dans la postérité. » Nous finirons ces remarques par le jugement plein de délicatesse et de vérité, qu'a porté sur *Racine* le *Franc de Pompignan*, dans une lettre au digne fils de ce grand homme. « Si le génie, dit-il, consiste à pénétrer profondément les objets et à les concevoir dans toute leur étendue sans s'arrêter à la surface, à saisir vivement, à rapprocher d'un coup d'œil leurs différens rapports, à les posséder de manière qu'ils paroissent pour ainsi dire créés dans l'âme de celui qui se les approprie, je reconnois le sentiment à ce caractère distinctif : à les mêmes propriétés : il produit les mêmes effets, quoique sa sphère soit plus resserrée. On pourroit donc conclure que *Racine* ayant eu le plus grand fonds de sentiment, il est le plus grand génie à cet égard. *Horace*, *la Fontaine*, *Quinault* n'étoient pas d'aussi grands génies qu'*Homme*, *Virgile* et *Corneille*; mais c'étoient néanmoins des hommes de génie, parce qu'ils avoient du sentiment à un haut degré. *Racine* en avoit la plénitude : sa prose et ses vers sont comme pétris de cette faculté souple et délicate, qui s'attache sous sa main aux différentes matières qu'il traite, qui les anime, les vivifie, leur communique ce charme secret qui intéresse, et cette chaleur douce et continue dont il ne faut pas chercher la source dans des mouvemens passagers de tendresse; mais dans le trésor inépuisable d'un cœur naturellement sensible et fécond... L'amour n'inspire point le sentiment, mais le sentiment donne du génie à l'amour... » Outre les tragédies de Racine, nous avons de lui : I. Des Cantiques qu'il fit à l'usage de Saint-Cyr. Ils sont pleins d'onction et de douceur. On en exécuta un devant le Roi, qui à ces vers : Mon Dieu, quelle guerre cruelle ! Je trouve deux hommes en moi ; L'un veut que, plein d'amour pour toi, Je te sois sans cesse fidelle ; L'autre, à tes volontés rebelle, Me soulève contre ta loi. dit à Mad. de Maintenon : « Ah ! Madame, voilà deux hommes que je connois bien. » II. L'Histoire de Port-Royal, 1767, 2 part. in-12 : le style de cet ouvrage est coulant et historique, mais quelquefois négligé. III. Une Idylle sur la Paix, pleine de grandes images et de peintures riantes. IV. Quelques Epigrammes dignes de Marot. « Je ne connois, écrivoit Brossette à Rousseau, que trois personnes en France qui ont réussi après Marot, dans le genre épigrammatique. Ces trois personnes sont Despréaux, Racine et vous. » Mais il faut avouer qu'en lisant les épigrammes de Boileau, on trouve qu'il en a trop fait ; et en lisant celles de Racine, qu'il n'en a pas fait assez. V. Des Lettres et quelques opuscules, publiées par son fils dans ses Mémoires de la Vie de Jean Racine, 1747, 2 volum. in-12. (Voyez I. PLATON à la fin.) On trouve les différens ouvrages de Racine dans l'édition de ses Œuvres, publiée en 1768, en 7 vol. in-8°, par Luneau de Boisjermain, qui l'a enrichie de remarques. Les éditions de Londres, 1723, 2 vol. in-4°, et de Paris, 1765, 3 vol. in-4°, ainsi que celle de Didot l'aîné, 1783, 3 volum. in-4° ou in-8°, et 5 vol. in-16, sont très-belles, mais moins complètes. Boileau orna le portrait de son illustre ami de ces quatre vers : Du Théâtre François l'honneur et la merveille, Il sur ressusciter Sophocle en ses Écrits, Et dans l'art d'enchanter les cours et les esprits, Surpasser Euripide et balancer Corneille. L'abbé d'Olivet donna des Remarques de Grammaire sur Racine, avec une Lettre critique sur la rime adressée à M. le président Bouhier, in-12, à Paris, 1738. L'année suivante l'abbé des Fontaines opposa à cet écrit : Racine vengé, ou Examen des Remarques grammaticales de M. l'abbé d'Olivet sur les Œuvres de Racine, à Avignon, (Paris) in-12. Ces deux écrits méritent d'être lus. Celui de l'abbé d'Olivet a été réimprimé en 1766. Mad. de Romanet, veuve de Racine, dont il avoit eu deux fils et trois filles, mourut à Paris au mois de novembre 1732.
II. RACINE, (Louis) fils du précédent, naquit à Paris en 1692. Ayant perdu son père de bonne heure, il demanda des avis à Boileau qui lui conseilla de ne pas s'appliquer à la poésie, mais son penchant pour les Muses l'entraîna. Il donna en 1720 le poème de la Grace, écrit avec assez de pureté, et dans lequel on trouve plusieurs vers heureux. Il le composa chez les Pères de l'Oratoire de Notre-Dame des Vertus, où il s'étoit retiré après avoir embrassé l'état ecclésiastique. Les chagrins que son père avoit essuyés à la cour, lui fai- cause de sa frugalité, étoit de l'illustre famille des *Pison*, qui a donné tant de grands hommes à la république Romaine. Il fut tribun du peuple, l'an 149 avant J. C., puis consul. Pendant son tribunat il publia une Loi contre le crime de concussion : *Lex Calpurnia de pecuniis repetundis*. Il finit heureusement la guerre de Sicile. Pour reconnoître les services d'un de ses fils qui s'étoit distingué dans cette expédition, il lui laissa par son testament une couronne d'or du poids de vingt livres. *Pison* joignoit aux qualités d'un bon citoyen, les talens de jurisconsulte, d'orateur et d'historien. Il avoit composé des *Harangues* qui ne se trouvoient plus du temps de *Cicéron* ; et des *Annales* d'un style assez bas : elles sont aussi perdues.
II. PISON, (*Caius Calpurnius*) consul Romain l'an 67 avant J. C., fut auteur de la Loi qui défendoit les brigues pour les magistratures : *Lex Calpurnia de ambitu*. Il fit éclater toute la fermeté digne d'un consul, dans une des circonstances les plus orageuses de la république. Le peuple Romain, gagné par les caresses empoisonnées de *Marc-Palican*, homme turbulent et séditieux, alloit se couvrir du dernier opprobre en remettant la souveraine autorité entre les mains de cet homme, moins digne des honneurs que du supplice. Les tribuns du peuple attisoient par leurs discours l'aveugle fureur de la multitude, déjà assez mutinée par elle-même. Dans cette situation, *Pison* mouta dans la tribune aux harangues ; et quand on lui demanda s'il déclarerait *Palican* consul, en cas que les suffrages du peuple concourusent à le nommer ? il répondit d'abord, qu'il ne croyoit pas la République ensévelie dans des ténèbres assez épaisses pour en venir à ce degré d'infamie. Ensuite comme on le pressoit vivement, et qu'on lui répétoit : *Parlez que feriez-vous si la chose arrivoit ? — Non*, repartit *Pison*, je ne le nommerois point. Par cette réponse ferme et laconique, il enleva le consulat à *Palican*, avant qu'il pût l'obtenir. *Pison*, suivant *Cicéron*, avoit la conception tardive ; mais il pensoit mûrement et sensément, et par une fermeté placée à propos, il paroissoit plus habile qu'il n'étoit réellement.
III. PISON, (*Cneius Calpurnius*) fut consul sous *Auguste*, et gouverneur de Syrie sous *Tibère* dont il étoit le confident. On prétend qu'il fit empoisonner *Germanicus* par ordre de cet empereur. (*Voyez GERMANICUS et PLANCINE.*) Accusé de ce crime, et se voyant abandonné de tout le monde, il se donna la mort l'an 20 de J. C. C'étoit un homme d'un orgueil insupportable et d'une violence outrée. On rapporte de lui des traits de cruauté atroce. Ayant donné ordre dans la chaleur de la colère, de conduire au supplice un soldat comme coupable de la mort d'un de ses compagnons, avec lequel il étoit sorti du camp et sans lequel il étoit revenu ; il ne voulut jamais accorder à ses prières quelque temps, pour s'informer de ce qu'il pouvoit être devenu. Le soldat pour subir la condamnation, fut mené hors des retranchemens, et déjà il présentoit la tête, lorsque son com- soient redouter ce séjour; mais le chancelier d'Aguesseau réussit pendant son exil à Fresnes, à le réconcilier avec le monde qu'il avoit quitté. Il se fit des protecteurs qui contribuèrent à sa fortune. Le cardinal de Fleury qui avoit connu son père, lui procura un emploi dans les finances; et il coula dès-lors des jours tranquilles et fortunés, avec une épouse qui faisoit son bonheur. Un fils unique, fruit de leur union, jeune homme qui donnoit de grandes espérances, périt malheureusement dans l'inondation de Cadix en 1755. Son père vivement affligé de cette perte, ne traîna plus qu'une vie triste, et mourut dans de grands sentimens de religion le 29 janvier 1763, à 71 ans. L'académie des Inscriptions le comptoit parmi ses membres. Ce poète faisoit honneur à l'humanité: bon citoyen, bon époux, père tendre, fidelle à l'amitié, reconnoissant envers ses bienfaiteurs. La candeur régnouit dans son caractère et la politesse dans ses manières, malgré les distractions auxquelles il étoit sujet. Il étoit sur-tout fort modeste. Il se fit peindre les Œuvres de son père à la main, et le regard fixé sur ce vers de Phèdre: Et moi, fils inconnu d'un si glorieux père. . . . Pénétré de la vérité du Christianisme, il en remplissoit les devoirs avec exactitude. Son air étoit froid et sa physionomie n'étoit pas revenante. Aussi M. Robé disoit-il: «C'est un saint qui a la figure d'un réprouvé.» On a de lui des Œuvres diverses, en 6 vol. in-12. On trouve dans ce recueil: L. Son Poème sur la Religio gion, imprimé séparément in-8$^{e}$ et in-12; cet ouvrage offre les graces de la vérité et de la poésie. Il n'y a point de chant qui ne renferme des traits excellens et un grand nombre de beaux vers. La justesse du dessin, l'heureuse disposition des parties, la neblesse des images, la vérité des couleurs, le rendent aussi recommandable que le mérite de la difficulté vaincue, et le choix intéressant des plus belles pensées de Pascal et de Bossuet. L'auteur les a mises en vers, en homme qui connoissoit parfaitement ce qu'exige l'exactitude théologique et le génie de la versification. Mais il ne se soutient pas, et il règne dans son poème une monotonie qui le rend quelquefois languissant. On a cependant trop déprimé cet ouvrage dans ces derniers temps. «Pour lui rendre justice, dit un critique, ce n'est pas assez d'être homme d'esprit, il faut être un peu théologien. Il faut connoître sa religion, et c'est ce que certains beaux esprits ignorent. Ce n'est pas que je croie que Racine ait fait un ouvrage parfait. Son début est triste et prosaïque; certains détails demanderoient plus de chaleur et d'élévation. Chaque chant auroit pu offrir un épisode sublime ou touchant à la manière des Géorgiques, ou sur le modèle de Lucrèce.» Mais son poème tel qu'il est, paroît cependant le meilleur de tous ceux qui ont été faits sur le même sujet. Il n'a pas été effacé par celui de la Religion vengée du cardinal de Bernis, publié à Parme après sa mort. Deux élégantes traductions en vers italiens ont naturalisé le poème de Racine en Italie; et elles ont été suivies d'une autre en vers latins par l'abbé Jacques Marzetti. Celle-ci a été publiée à Rome chez Paul Zunchi en 1797. On voit en lisant Racine le fils, qu'il étoit plein des auteurs anciens, sacrés et profanes. On lui a reproché d'avoir appliqué à J. C. des vers que Tibulle adressoit à sa maîtresse. Il est vrai qu'il avoit fait graver au bas de son crucifix ces vers du poète Latin : Te spectem, suprema mihi cum venerit hora, Te teneam moriens, deficiente manu. « Que ta Croix dans mes mains soit à ma dernière heure, Et que les yeux sur toi, je t'embrasse et je meure. » Mais il croyoit pouvoir sanctifier des vers profanes, en les adaptant à des sentimens sacrés dont son cœur étoit pénétré. II. Son Poëme sur la Grace qu'on trouve à la suite du précédent, lui est inférieur pour la justesse du plan et les charmes de l'expression. « En traitant le sujet de la Grace, il a, dit-on, trop souvent manqué de graces. » Ce sujet étant très-sérieux et ayant besoin d'images pour délasser le lecteur, le poète aurait pu y faire entrer quelques histoires frappantes, tirées de la Bible où des Pères de l'église. Un poëme didactique sur une matière abstraite, ne peut se faire pardonner son aridité qu'à la faveur de quelques écarts et des épisodes. III. Des Odes, recommandables par la richesse des rimes, la noblesse des pensées et la justesse des expressions. Quoiqu'elles soient sur le vrai ton de ce genre, on souhaiteroit d'y rencontrer plus souvent le feu de Rousseau. IV. Des Epîtres, qui renferment quelques réflexions judicieuses. Sa poésie est élé- gante; mais il n'y a aucun trait bien frappant, et elle manque en général de chaleur et de coloris. V. Des Réflexions sur la Poésie, qu'on a lues avec plaisir, quoiqu'il n'y ait rien d'absolument neuf et de bien profond. VI. Les Mémoires sur la Vie de Jean Racine, imprimés séparément en 2 vol. in-12. Ils sont curieux et intéressans pour ceux qui aiment l'histoire littéraire. S'il y a quelques minuties, on doit les pardonner à un-fils qui parle de son père, et d'un père si illustre. C'est donc à tort que Piron disoit qu'il avoit imité Cham, qui révéla les turpitudes de son père. Rien de ce qu'il dit de lui ne peut en donner une mauvaise idée. Nous avons encore de cet auteur deux ouvrages médiocres : I. Remarques sur les Tragédies de Jean Racine, en 3 vol. in-12. C'est une critique volumineuse; on a reproché à l'auteur de manquer d'élévation, d'usage du théâtre et de connoissance du cœur humain. Il y a pourtant quelques réflexions judicieuses. II. Une Traduction du Paradis perdu de Milton, en 3 vol. in-8°, chargée de notes. Elle est en quelques endroits plus fidelle que celle de M. Dupré de Saint-Maur; mais on n'y sent point comme dans celle-ci l'enthousiasme de l'Homère Anglois. Le traducteur écrit trop languissamment, pour ne pas affoiblir les traits sublimes de ce chantre de nos premiers Pères. On peut voir dans les Journaux le parallèle de ces deux versions; il n'est point à l'avantage de Racine.
III. RACINE, (Bonaventure) né à Chauny en 1708, de parens vertueux, fut élevé par sa mère dans la piété. Il vint achever ses études à Paris au collège *Mazarin*, et s'y rendit habile dans les langues latine, grecque et hébraïque. *La Croix-Castries* archevêque d'Alby, l'appela en 1729 pour rétablir le collège de Rabastens, dont les habitans demandaient la restauration. L'abbé *Racine* y ranima le goût des lettres et l'amour de la vertu. Les Jésuites, jaloux de ce succès, l'obligèrent de se retirer à Montpellier auprès de *Colbert*, qui le chargea de la direction du collège de Lunel. Il en sortit secrètement peu de temps après pour éviter des ordres rigoureux. Il passa à la Chaise-Dieu pour y voir l'évêque de Senès, puis à Clermont, où il s'entretint avec la fameuse nièce de *Pascal*, et vint à Paris. Il s'y chargea de l'éducation de quelques jeunes gens au collège d'Harcourt. Il fut encore obligé d'en sortir en 1734, par ordre du cardinal de *Fleury*. Ces persécutions et ses talens lui donnèrent un grand relief auprès de ceux qui pensaient comme lui. *Caylus* évêque d'Auxerre, le nomma à un canonicat de sa cathédrale et lui conféra tous les ordres sacrés. Mais ces nouveaux titres n'apportèrent aucun changement dans la manière de vivre de cet écrivain, entièrement consacré à la prière et à l'étude. Il mourut à Paris épuisé par le travail, le 15 mai 1755, à 47 ans. L'abbé *Racine* fut recommandable par la pureté de ses mœurs, par la bonté de son caractère; et dans son parti, par la vivacité de son zèle. Ardent et inflexible dans ce qu'il croyoit vrai, il le soutenait avec une espèce de fanatisme. Il possédoit l'Écriture et les Pères, et sur-tout l'histoire ecclésiastique. On a de lui : I. Quatre *Écrits* sur la dispute qui s'étoit élevée touchant la *crainte* et la *confiance*. Ils plurent à tous les contendants, à cause de la modération avec laquelle ils sont composés. II. Un *Abrégé de l'Histoire Ecclésiastique*, en 13 vol. in-12. Cet ouvrage a eu le plus grand succès, sur-tout auprès de ceux qui n'aiment pas les Jésuites et la Bulle. L'auteur se proposoit de pousser cet *Abrégé* au moins jusqu'en 1750; mais la mort ne lui en a pas donné le temps, et les deux volumes qu'on a publiés depuis formant le quatorzième et le quinzième volume de l'édition in-12, ne sont pas dignes de lui. Cette Histoire est écrite avec beaucoup de netteté, d'ordre et de simplicité. Les neuf premiers volumes sont un bon abrégé de *Fleury* et de son continuateur; les quatre suivans ont moins satisfait les juges impartiaux. L'auteur y paroît trop attaché aux intérêts des Solitaires de Port-Royal et de leurs partisans, et trop acharné contre leurs ennemis. Il croit dire la vérité; mais il la dit d'un ton d'enthousiasme qui prévient contre lui. Ses détails sur les querelles du Jansénisme et sur les acteurs de ces querelles, ont paru trop longs. De simples religieux occuperont 50 pages, tandis que les saints reconnus par l'Église, et les martyrs, les évêques, les solitaires qui ont illustré la religion Chrétienne dans les premiers temps, sont peints avec beaucoup moins d'étendue. On en a publié une nouvelle édition à Paris en 13 vol. in-4. On a détaché les résumés et les réflexions qu'on trouve à la fin de chaque siècle, et on les a fait imprimer en deux vol. in-12. Le continuateur de *Ladvocat* appelle très-improprement ce livre un *Abrégé de son Abrégé*, puisque ce ne sont que quelques chapitres détachés.
RACLE, (Léonard) architecte, né à Dijon et mort à Pont-de-Vaux en 1792, parvint à force de travail et d'études à surmonter la détresse dans laquelle il se trouva dans sa jeunesse et à tirer son nom de l'obscurité. On lui doit le port de Versoix et le canal de navigation qui joint la rivière de la Reyssouze à la Saône. En 1786, *Racle* obtint le prix de l'académie de Toulouse, par un savant Mémoire sur la construction d'un pont de fer d'une seule arche de 400 pieds d'ouverture. Il en a écrit d'autres sur les propriétés de la cycloïde, sur les moyens de régulariser le cours du Rhône et de la rivière d'Ain. Il avoit trouvé le secret d'une terre cuite, propre à revêtir les murailles et les parquets, et que *Voltaire* avoit appelée *Argilemarbre*, parce qu'elle avoit l'éclat et la solidité de ce dernier. Ami intime de ce poète philosophe qui lui fit bâtir Ferney, *Racle* reçut de l'impératrice de Russie *Catherine II*, la proposition d'un sort brillant dans son empire; mais il préféra jouir dans sa patrie de l'estime publique et de la médiocrité.
RACOCÉS, Perse vertueux, se rendit célèbre par une action qui ne paroît pas aussi louable aux modernes qu'elle l'a paru aux anciens. De sept enfans qu'il avoit, le dernier de tous nommé *Cartomès*, ne répondit pas aux soins qu'on avoit pris de son éducation. Il demanda sa mort à *Artaxercès*. Le roi lui ayant dit avec étonnement : *Quoi, vous pourrez voir mourir votre fils !* — *Oui, SIRE*, répondit-il. *Quand un arbre de mon jardin a de mauvaises branches, je les coupe; et l'arbre bien loin d'en être endommagé, en devient plus beau. Il en sera de même de ma famille, quand celui-ci qui la déshonore en sera retranché.* Cette réponse plut à *Artaxercès*, qui voulut que *Racocés* fût du nombre des juges royaux. Il pardonna en même temps à *Cartomès*, et se contenta de le menacer du plus rigoureux supplice, s'il donnoit lieu à de nouvelles plaintes.
RACONIS, (Charles-François d'Abra de) né en 1580, au château de Raconis dans le diocèse de Chartres, professa la philosophie au collège du Plessis, et la théologie à celui de Navarre. La régularité de ses mœurs, jointe au succès de ses sermons et de ses ouvrages de controverse, lui méritèrent l'évêché de Lavaur en 1637. Il mourut en 1646, à 66 ans, après avoir publié plusieurs écrits : *I Traité pour se trouver en conférence avec les Hérétiques*, in-12, Paris, 1618. II. *Théologie Latine*, en plusieurs vol. in-8. III. *La Vie et la Mort de Madame de Luxembourg, Duchesse de Mercœur*, in-12, Paris, 1625. IV. *Réponse à la Traduction de l'Eglise d'Arnauld*, etc.
RADAGAISE, général des Goths, inonda l'Italie en 405, avec une armée composée de 400 mille hommes qui saccagèrent plusieurs villes, et mirent le siège devant Florence. *Stilicon*, général des troupes d'*Honorius*, se mit en marche pour combattre ces Barbares, en qui 346 RAD 200 mille, et fit prisonnier *Radagaise*, auquel il fit trancher la tête. I. RADCLIFFE, (Alexandre) poète Anglois, abandonna la profession des armes pour cultiver les Muses. Il est mort à la fin du 17$^{e}$ siècle, après avoir publié un poème intitulé, *Nouvelles de l'Enfer*, et avoir mis en vers burlesques les Épitres d'Ovide.
II. RADCLIFFE, (Anne) Angloise, s'est rendue célèbre par ses romans et son imagination sombre et tragique. Ils ont presque tous été traduits en françois, et ont pour titre : *Les Mystères d'Udolphe ; l'Italien ou le Confessionnel des Pénitens noirs ; Julia ou les Souterrains du château de Mazzini ; la Forêt ou l'Abbaye de Saint-Clair*, etc. M. l'abbé *Morellet* est le traducteur de quelques-uns. En général, la terreur y est bien soutenue et le merveilleux assez adroitement amené ; mais les descriptions y sont trop prodiguées et s'y répètent ; leur lecture peut effrayer l'esprit, rarement émouvoir le cœur. Leur auteur est mort en 1800.
RADEGONDE, (Sainte) fille de *Bertaire* roi de Thuringe, naquit en 519. Elle fut élevée dans le Paganisme jusqu'à l'âge de 10 ans, que le roi *Clotaire I* l'emmena et la fit instruire dans la religion Chrétienne. *Radegonde* joignoit aux charmes de la vertu, ceux de la figure. *Clotaire* l'épousa, et lui permit six ans après, de se faire religieuse. Elle prit le voile à Noyon, de la main de *Saint Médard*. Elle fixa ensuite sa demeure à Poitiers, où elle mourut saintement, le 13 août 587, à 68 ans, dans l'abbaye de Sainte-Croix qu'elle avoit fait bâtir. La retraite étoit faite pour *Radegonde*. N'ayant, à ce qu'il paroît, aucun penchant pour son mari, elle en avoit beaucoup pour les exercices de piété, pour l'étude, et les entretiens pieux et savans de quelques hommes de lettres qui lui firent la cour. Tels furent le prêtre *Fortunat* et *Grégoire* évêque de Tours. Elle n'avoit presque paru à la cour que comme une religieuse : elle vécut en reine dans son monastère. *Clotaire* qui ne pouvoit s'empêcher de l'estimer, fournissoit aux dépenses que sa libéralité exigeoit. Son crédit se soutint malgré son éloignement. Les malheureux trouvoient en elle une protection efficace, et devoient à ses sollicitations souvent leurs biens, quelquefois leur liberté et même leur vie. Si le dégoût du monde l'en éloignoit, sa piété active et raisonnée le lui faisoit chercher, quand elle pouvoit être utile. Le salut et la prospérité du roi, l'union entre les grands, la paix dans l'état et le bonheur du peuple, l'occupoient sans cesse. C'étoit le but de ses prières, et de celles des personnes qui écoutoient ses leçons et suivoient ses exemples. Elle trembloit, dès qu'elle entendoit parler de guerre ou de discorde entre les souverains. Lettres, vœux, prières ; elle mettoit tout en usage pour écarter ces fléaux. Elle écrivoit dans ces occasions au roi son mari, à ses ministres, aux évêques, et à tous ceux qui pouvoient faire réussir les conseils de paix qu'elle donnoit. Les Poésies de *Fortunat* prouvent qu'elle aimoit les Muses; qu'elle savoit joindre leurs innocentes douceurs à la sévérité du Christianisme le plus pur. On peut même penser qu'elle-même faisoit des vers : son commerce avec *Fortunat*, le premier poète de son siècle, favorise cette idée. Il lui écrivoit en vers ; *Radegonde* lui répondoit. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle entendoit et écrivoit fort bien la langue Romaine. Nous avons son *Testament* dans le Recueil des Conciles ; et sa *Vie*, à Poitiers, 1527, in-4°, traduite en latin par *Jean Bouchet* : il y en a une plus moderne par le *P. de Monteil*, à Rodez, 1627, in-12.
**RADEMAKER**, (Abraham) peintre Hollandois, né à Amsterdam, excella dans les paysages. Ses dessins sont d'un effet très-piquant, rares et des plus précieux. Il mourut à Harlem en 1735, âgé de 60 ans. — *Gérard RADEMAKER* son ancêtre, né en 1663, fut l'un des meilleurs peintres de l'école Flamande pour l'architecture et la perspective.
**RADERUS**, (Matthieu) Jésuite du Tirol, mort le 22 décembre 1634, à 74 ans, se signala par son savoir, ses vertus et ses ouvrages. C'est lui qui publia, en 1615, la *Chronique d'Alexandrie*, in-4°. On a encore de lui : I. *Viridarium Sanctorum*, en 5 vol. in-8°, où l'on desireroit plus de critique. II. Des *Notes* estimées sur plusieurs auteurs classiques, entr'autres sur *Quinte-Curce*, Cologne, 1628, in-fol., et sur *Martial*. III. Une bonne édition de *Saint-Jean-Climaque*, in-fol. IV. *Bavaria sancta* et *Bavaria pia*, 4 vol. in-folio.
**RADONVILLIERS**, (Claude-François-Lisarde) membre de l'académie Françoise, naquit à Paris le 20 avril 1709, embrassa l'état ecclésiastique et devint sous-précepteur des enfans de France. Plus distingué par ses bonnes actions que par ses écrits, il donnoit presque tout son revenu aux pauvres. Ennemi des principes de *Voltaire*, et se trouvant directeur de l'académie au moment où ce dernier y fut remplacé par M. *Ducis*, il se plut à blâmer le premier d'avoir cherché par la licence de quelques-uns de ses ouvrages, une triste célébrité que Racine et Despréaux avoient dédaignée. On doit à l'abbé de *Radonvilliers*, un *Essai* sur la manière d'apprendre les langues, 1768, in-12, et une comédie intitulée *Les Talens inutiles*, qui fut jouée au collège de *Louis le Grand*. Il est mort à Paris le 20 avril 1789.
**RADOSSANYI**, (Ladislas) né à Neytra en Hongrie, fit ses études avec succès à Presbourg, embrassa l'ordre des Camaldules, et y remplit plusieurs charges. On a de lui une *Histoire des Hermites Camaldules*, en latin, Neustadt, 1736, in-4°. Elle est pleine de recherches.
**RADZIWIL**, (Nicolas) IV$^{e}$ du nom, Palatin de Wilna, grand maréchal et chancelier de Lithuanie, voyagea dans la plupart des pays de l'Europe. Les graces de son esprit et ses talens lui acquirent à son retour l'estime et l'amitié de *Sigismond-Auguste* roi de Pologne, qui le fit capitaine de ses gardes. Il commanda trois fois les armées Polonoises dans la Livonie, et soumit cette province à la Po- logne, après avoir remporté une victoire complète sur les Alle- mands. L'archevêque de Riga et le grand maître des chevaliers de Livonie y furent faits prison- niers. Quelque temps après, ayant embrassé publiquement la reli- gion Protestante, à la sollicita- tion de sa femme, il fit prêcher des ministres dans Wilna, et les chargea de traduire la Bible en langue Polonoise. Radziwil fit imprimer cette traduction à ses dépens, en 1563, in-folio; elle est très-rare. En vain le nonce du pape lui reprocha son apos- tasie; le Palatin, opiniâtre dans ses sentimens, se contenta de lui répondre: Vous êtes vous- même hérétique, et vous accusez les autres d'hérésie. Il mourut en 1567, laissant 4 fils qui dans la suite se firent Catholiques.
RAGGI, (Antoine) sculpteur habile, mort en 1686, étoit né dans le bailliage de Lugano.
RAGOIS, (L'abbé N. le) étoit neveu de l'abbé Gobelin confes- seur de Mad. de Maintenon. Ce fut par la protection de cette dame qu'il obtint la place de précepteur du duc du Maine. Son Instruction sur l'Histoire de France et Romaine, si souvent réimprimée en 1 vol. in-12, fut faite pour l'usage de ce prince. Ce n'est qu'un squelette aussi re- butant par la sécheresse et la stérilité des idées, que par la froideur, l'incorrection et la mo- notonie du style. Aucune remar- que piquante sur les lois, les mœurs et les usages de la nation. Ceux qui ont continué cet aride abrégé, ont imité parfaitement le premier auteur; ils se sont bornés à compiler et à abréger des gazettes, et ont souvent très- mal choisi les événemens. L'abbé le Ragois étoit d'ailleurs un homme passablement instruit, remplissant ses devoirs avec exac- titude et inspirant la vertu par ses leçons et ses exemples.
RAGOTZKI, (François-Léo- pold) prince de Transylvanie, fut mis en prison à Neustadt, en Avril 1701, accusé d'avoir voulu soulever la Hongrie contre l'em- pereur. Il trouva le moyen de se sauver, déguisé en dragon, le 7 novembre de la même année, à deux heures après midi. Il passa en Pologne, et alla joindre à Varsovie le comte de Bercheni, l'un des mécontens de Hongrie. Le 29 du même mois, on afficha dans la ville de Vienne des pla- cards, par lesquels ce prince étoit proscrit, avec promesse de dix mille florins à ceux qui le livre- roient vivant entre les mains des officiers de l'empereur, et de six mille à ceux qui apporteroient sa tête. Cette proscription le détermina à se faire chef des mé- contens de Hongrie. Le conseil de l'empereur le condamna, en 1703, à avoir la tête tranchée, le dégrada de ses titres, et le priva de tous ses biens. Deux mois après, il prit le fort de Katto, et passa au fil de l'épée les Impériaux qui n'avoient point fait de quartier aux Hongrois. Ayant fait la guerre avec succès, les états de Hongrie le déclare- rent protecteur du royaume, en attendant l'élection d'un nouveau roi, et le proclamèrent prince de Transylvanie en août 1704. Il anima les Hongrois par ses exhortations et son courage. Il offrit de se démettre du comman- dement des troupes, si l'on trou- voit quelqu'un plus digne que lui d'être à leur tête. Je serai le premier à reconnoître le général que vous jugerez à propos d'élire, leur dit-il; et dans quelque rang que l'on me place, je me tiendrai toujours heureux de combattre pour votre liberté et de mourir les armes à la main. Les affaires ayant changé de face en 1713, (Voyez VIII. JOSEPH) et la Hon- grie ayant fait sa paix avec l'em- pereur, Ragotzki vint en France et passa de là à Constantinople. Il y a toujours demeuré depuis, estimé de la cour Ottomane, et aimé de tous ceux qui connois- soient ses grandes qualités. Il étoit retiré à Rodosto, lieu situé sur les bords de la mer de Marmara, entre les Dardanelles et Cons- tantinople, à 25 lieues de cette ville, lorsqu'il mourut, le 8 avril 1735, âgé d'environ 56 ans. Voy, ses Mémoires dans les Révolu- tions de Hongrie, la Haye, 1739, en 2 vol. in-4° ou 6 vol. in-12. On a donné sous son nom, en 1751, un ouvrage intitulé : Tes- tament politique et moral du prince Ragotzki; mais on doute qu'il soit véritablement de lui.
RAGUEAU, (François) pro- fesseur en droit dans l'université de Bourges, distingué par sa science, est auteur d'un Com- mentaire fort étendu sur les Cou- tumes de Berry, 1615, in-fol. Laurière fit réimprimer, en 1704, en 2 vol. in-4°, un autre livre du même auteur, intitulé : Indice des Droits Royaux. Ragueau mourut en 1605.
RAGUEL, père de Sara, proche parent et ami de Tobie le père, demeuroit à Ecbatane où il possédoit de grands biens. Raguel avoit donné sa fille à sept maris successivement, que le Démon avoit tués. Mais ayant consenti, quoique avec peine, de la marier au jeune Tobie, le Seigneur conserva ce dernier époux. Raguel, après l'avoir retenu quinze jours chez lui dans les festins, lui donna la moitié de ses biens, en lui assu- rant le reste après sa mort, et le renvoya.
RAGUENET, (François) natif de Rouen, embrassa l'état ecclésiastique, et s'appliqua à l'étude des belles-lettres et de l'histoire. Il remporta le prix de l'éloquence à l'académie Fran- çoise en 1689. Son Discours rouloit sur le mérite et la dignité du martyre. Ce petit succès l'en- couragea, et il commença à jouer un rôle dans la république des lettres. Il donna, en 1704, un Parallèle des Italiens et des François en ce qui regarde la Musique et les Opéra, qui occa- sionna une guerre littéraire. La musique des Italiens est suivant lui, fort supérieure à la nôtre à tous égards : 1° Par rapport à la langue dont tous les mots, toutes les syllabes se prononcent dis- tinctement ; 2° Par rapport au génie des compositeurs, à l'en- chantement des symphonies, à la ressource des Castrati, à l'in- vention des machines. Frenuse, écrivain agréable et facile, réfuta ce Parallèle, que l'abbé Ragu- net défendit. Frenuse écrivit de nouveau, et cette querelle finit comme toutes celles de ce genre, par le dégoût des parties belligé- rantes et le mépris du public. L'abbé Ragu- net mourut en 1722, dans un âge assez avancé, après avoir publié plusieurs ouvrages : 350 RAG les principaux sont : I. *Les Monumens de Rome* ou *Description des plus beaux ouvrages de Peinture, de Sculpture et d'Architecture de Rome*, avec des observations; Paris, 1700 et 1702, in-12. Ce petit ouvrage valut à son auteur des lettres de *Citoyen Romain*, dont il prit le titre depuis ce temps-là. II. *L'Histoire d'Olivier Cromwell*, in-4°, 1671 : supérieure pour le fond au roman de *Gregorio Léti*; mais écrite un peu sèchement. III. *Histoire de l'Ancien Testament*, in-12. IV. *Histoire du Vicomte de Turenne*, in-12. C'est une froide relation, en style de gazette, de toutes les actions militaires de ce général, qui n'y est peint que comme héros, et non comme homme privé; cet ouvrage a été cependant imprimé plusieurs fois. V. On lui attribue le *Voyage romanesque de Jacques Sadeur dans la Terre australe*; mais il n'en est tout au plus que le traducteur. Ce livre est de *Gabriel Frognay*, Cordelier apostat.
RAGUSE, *Voy*. JEAN DE RAGUSE, n° LXIX.
RAHAB, habitante de Jéricho, reçut chez elle et cacha les espions que *Josué* envoyoit pour reconnoître la ville. Le texte hébreu porte *Zonah*, qui signifie femme de mauvaise vie, *meretrix*; ou hôtelière, *hospita*. Cette différente signification du même mot a donné lieu à plusieurs interprètes de justifier *Rahab*, et de la regarder simplement comme une femme qui logeoit chez elle des étrangers. Ils ajoutent d'ailleurs, qu'il n'est guère probable que *Salmon*, prince de la tribu de Juda, eût voulu épouser *Rahab*, si elle eût été accusée d'avoir fait un métier infame, ni que les espions se fussent retirés chez une courtisane dont les désordres au-roient dû leur inspirer de l'horreur. Mais les autres, en plus grand nombre, se fondant sur l'autorité des Septante, sur *St. Paul* et *St. Jacques*, et sur tous les Pères, soutiennent que le mot hébreu signifie une femme débauchée. *Josué* l'excepta, avec toute sa maison, de l'anathème qu'il prononça contre tout le reste de la ville. *Rahab* épousa *Salmon* prince de Juda, de qui elle eut *Booz*. Ce dernier fut père d'*Obed*, et celui-ci d'*Isaïe*, de qui naquit *David*. Ainsi J. C. a voulu descendre de cette *Cannéenne*. I. RAIMOND VII, comte de Toulouse, dit le *Vieux*, fils de *Raimond VI*, (*Voy*. MAURAN.) d'une famille illustre par son ancienneté et par sa valeur, eut une guerre à soutenir contre *Henri II* roi d'Angleterre, époux d'*Éléonore* de Guienne, et qui en cette qualité prétendoit que *Raimond* lui devoit hommage de son comté. Les Albigeois Hérétiques entêtés, vouloient ramener alors tous les Chrétiens à leur secte. *Innocent III* envoya en 1198 dans les provinces méridionales deux moines de Cîteaux à la poursuite des erfans. *Raimond* s'intéressoit à eux, parce qu'ils étoient presque tous sous sa domination; et qu'il les trouvoit d'ailleurs des sujets fidelles. *Innocent*, après lui avoir donné plusieurs avertissemens, le fit excommunier en 1207, par *Pierre de Castelnau* un de ses légats. Ce ministre du pontife R A I 351 Romain ayant été assassiné, on imputa ce meurtre à *Raimond*. Alors *Innocent III* donna ses états à qui pourroit s'en emparer, et fit prêcher une croisade contre lui, avec toutes les indulgences qu'on pouvoit gagner dans la guerre contre les Mahométans. Le comte de Toulouse voyant que l'ambition de ses voisins profiteroit du prétexte de la religion pour le dépouiller, se soumit, demanda l'absolution, fit amende honorable en chemise, reçut des coups de verges, et livra sept places pour gage de la sincérité de sa pénitence. S'étant lié de nouveau avec les Albigeois, il fut excommunié une seconde fois. *Pierre II* roi d'Aragon, prit sa défense, mais ils furent vaincus l'un et l'autre à la bataille de Muret en 1213. Le concile de Latran de l'an 1215, joignit en vertu du concours de la puissance temporelle, aux censures ecclésiastiques contre *Raimond*, la privation des domaines qu'il possédoit. *Philippe-Auguste* de qui relevoit le comté de Toulouse, avoir renvoyé au souverain pontife le jugement de son vassal. Ses ambassadeurs furent présents à ce jugement, et le prince le ratifia lui-même par l'investiture qu'il donna du comté de Toulouse à *Simon de Montfort*. Celui-ci s'étant mis en possession d'une partie des états de *Raimond*, continua de les réduire par les armes. Plusieurs villes furent mises en cendres, et un grand nombre de familles expirèrent par le fer et par les flammes. *Raimond*, après avoir porté avec des peines incroyables, le fardeau d'une guerre cruelle, recouvra une partie de ses états, et mourut de mort subite en 1222, dans la 66$^{e}$ année de son âge. Comme il n'avoit point été absous de la seconde excommunication, son fils ne put jamais lui faire accorder la sépulture. Les historiens de la Croisade contre les Albigeois font un portrait très-désavantageux de *Raimond VII*. Ils ne peuvent lui refuser des talens et du courage. Mais il faut avouer qu'il aima trop le plaisir, qu'il favorisa l'erreur, qu'il ne ménagea ni le clergé séculier ni le régulier, et qu'il joua souvent un personnage fort équivoque. Il protestoit toujours de sa foi, et il protégeoit secrètement les hérétiques. Il faisoit des promesses, et il ne pouvoit se déterminer à les remplir. Sa prudence n'égala jamais sa valeur; ou plutôt la forte inclination qu'il avoit pour les Albigeois, dont les vertus ou réelles ou apparentes l'avoient séduit, le jeta dans des querelles funestes à son repos et à celui de ses enfans. (*Voyez l'art. suivant.*)
II. RAIMOND VIII, comte de Toulouse, fils du précédent, succéda à ses états et à ses querelles. Il combattit vivement *Amauri de Montfort* fils du célèbre *Simon*, et le força de se retirer en France. Cependant la croisade prêchée contre lui subsistoit, et il fut excommunié en 1226. Enfin, après avoir soutenu une longue guerre, il fit la paix avec les papes, et passa le reste de sa vie à faire des pèlerinages, ou à combattre les prétentions des inquisiteurs, nouvellement établis dans le Languedoc. En 1247, *St. Louis* l'engagea de se croiser pour la Terre-Sainte; mais le pape *Innocent IV* qui pagnon, qu'on l'accusoit d'avoir tué, reparut. Alors le Centurion chargé de l'exécution, ordonna au bourreau de remettre son sabre dans le fourreau. Ces deux compagnons, après s'être embrassés l'un l'autre, sont conduits vers Pison, au milieu des cris de joie de toute l'armée et d'une foule prodigieuse du peuple. Pison tout écumant de rage, monte sur son tribunal, prononce contre tous trois, sans excepter le Centurion qui avoit ramené le soldat condamné, un même arrêt de mort en ces termes : Toi, j'ordonne qu'on te mette à mort, parce que tu as déjà été condamné; Toi, parce que tu as été la cause de la condamnation de ton camarade; et Toi, parce qu'ayant eu ordre de faire mourir ce soldat, tu n'as pas obéi à ton Prince.
IV. PISON, chef d'une conspiration contre Néron; Voyez I. SÉNÈQUE et LATERANUS. V. PISON, (Lucius Calpurnius) sénateur Romain de la famille des précédens, accompagna l'an 258, l'empereur Valérien dans la Perse. Ce prince ayant été pris, et Macrien nommé son successeur, le nouvel empereur envoya Pison dans l'Achaïe pour s'opposer à Valens. Pison, au lieu de les combattre, se retira en Thessalie, où ses soldats lui donnèrent la pourpre impériale. Valens marcha contre lui, et lui fit ôter la vie l'an 261, après un règne de quelques semaines. Comme il étoit doué d'excellentes qualités, le sénat honora, dit-on, la mémoire de ses vertus, en lui consacrant une statue et un char de triomphe.
VI. PISON, (Guillaume) né à Leyde, docteur en médecine, la pratiqua au Brésil, aux Indes et à Amsterdam. Les libéralités de Maurice comte de Nassau, le mirent en état de donner son Historia Naturalis Brasiliae, Leyde, 1648, in-folio, réimprimée à Amsterdam en 1658, in-folio, dans le livre intitulé : De Indiæ utriusque re Naturalis et Medicis.
PISONES, Voyez II. Pois.
PISSELEU, (Anne de) dite d'abord Mlle de Heilly, depuis duchesse d'Etampes, née vers l'an 1508, d'une ancienne famille de Picardie, éteinte en 1628. Elle fut fille d'honneur de Louise de Savoie mère de François I. Ce prince la vit à son retour d'Espagne, et conçut pour elle une passion violente, dont ce père des lettres a laissé quelques mo- numens; témoin ce joli dizain : Est-il point vrai, ou si je l'ai songé, Qu'il est besoin m'éloigner et distraire. De notre amour et en prendre congé ? Las ! je le veux ; et si ne le puis faire. Que dis-je ? veux ; c'est du tout la contraire : Faire le puis, et ne puis le vouloir ; Car vous avez là réduit mon vouloir, Que plus tâchez ma liberté me rendre, Plus empêchez que ne la puisse avoir, En commandant ce que voulez défendre. Anne avoit alors tout l'éclat de la jeunesse et de la beauté. Son esprit étoit non-seulement agréable; mais fin, solide et étendu. Sensible, peut-être pour mieux captiver son amant aux beautés des bons ouvrages, elle mérita l'éloge de la plus savante des vouloit s'opposer aux partisans de l'empereur *Frédéric II*, l'empêcha de faire ce voyage. Il mourut deux ans après, en 1249, à Milhaud en Rouergue, âgé de 52 ans. *Alphonse* comte de Poitou frère de *Saint Louis*, ayant épousé la fille et l'héritière de ce malheureux prince, et n'en ayant point eu d'enfants, tous les états de *Raimond VIII* furent réunis à la couronne de France en 1361 par *Philippe III*.
III. RAIMOND DE PEGNAFORT, (St.) naquit au château de Pegnafort en Catalogne, l'an 1175. Après avoir fait ses études à Barcelone, il alla les perfectionner dans l'université de Bologne, et y enseigna le droit canon avec réputation. Après avoir été chanoine de Barcelone il entra dans l'ordre de Saint-Dominique, et l'illustra par ses vertus et par son savoir. *Grégoire IX* l'employa à la compilation des *Décrétales*, et voulut l'élever à l'archevêché de Tarragone qu'il refusa. Ce pontife vouloit le retenir à sa cour; mais le saint homme préféra sa solitude de Barcelone à tous les avantages qu'on lui faisoit espérer. Il s'occupoit dans le silence et dans la retraite, à l'étude et à la prière, lorsqu'il fut élu général de son ordre en 1238: dignité dont il se démut deux ans après. Il contribua beaucoup par son zèle et par ses conseils, à l'établissement de l'ordre de la *Mercy*. Ce fut aussi par son crédit que l'inquisition fut établie dans le royaume d'Aragon et dans le Languedoc. Les papes lui permirent de pourvoir aux offices de ce tribunal, et il le fit avec beaucoup de sagesse. *Raimond* mourut rut à Barcelone le 6 janvier 1275, dans la 100$^{e}$ année de son âge. Le pape *Clément VIII* le canonisa en 1601. On peut voir le tableau de ses vertus dans l'*Histoire des Hommes illustres de l'Ordre de Saint-Dominique*, par le P. *Touron* qui a donné une vie très-exacte et très-cir-constanciée de ce Saint. On a de lui: I. La *Collection des Décrétales* qui forme le second volume du *Droit Canon*. Ce recueil est en cinq livres. L'auteur a joint divers décrets des conciles aux constitutions des papes. II. Une *Somme des Cas de Conscience* très-estimée autrefois. La meilleure édition est celle du P. *Laget*, in-fol., Lyon, 1718, avec de savantes notes. On estime aussi celle de Vérone, 1744, in-folio. — Il ne faut pas le confondre avec *St. RAIMOND Nonnat*, ainsi appelé, parce qu'il fallut le tirer du sein de sa mère qui venoit de mourir. Il vit le jour près d'Urgel en Catalogne, l'an 1204. Étant entré dans l'ordre naissant de la *Mercy*, il fut envoyé en Barbarie par *St. Pierre Nolasque*. Il poussa la charité jusqu'à l'héroïsme, et se fit lui-même esclave pour délivrer d'autres Chrétiens. Les infidèles ne pouvant souffrir qu'il annonçât la religion, l'accablèrent de coups, lui percèrent les lèvres et lui fermèrent la bouche avec un cadenat. *Raimond* revint en Europe, et fut honoré du chapeau de cardinal en 1237, par *Grégoire IX*. Ce pontife l'appeloit auprès de lui pour se servir de ses conseils; mais il mourut en chemin l'an 1240, âgé de 36 ans. Sa fête est célébrée le 31 août, jour de sa mort.
IV. RAIMOND,
IV. RAIMOND, (Pierre) Lou-Prou, c'est-à-dire le Preux et le Vaillant, né à Toulouse, suivit l'empereur Frédéric dans l'expédition de la Terre-Sainte, où il se signala par ses vers provençaux et par ses exploits. Ce poète mourut en 1225, pendant la guerre des comtes de Provence contre les Albigeois: guerre qui servit à faire briller son courage. Il avoit fait un Poème contre les erreurs des Ariens, et un autre où il blâmoit les rois et les empereurs d'avoir laissé prendre trop de pouvoir aux ecclésiastiques: pouvoir qui avoit servi cependant à adoucir les mœurs des peuples et à tempérer le despotisme des princes. Pétrarque en faisoit cas et le prenoit quelquefois pour modèle.
RAIMOND, Voyez LULLE et JOURDAN.
RAIMOND d'Antioche, Voy. NORADIN.
RAIMOND-MARTIN, Voy. MARTIN, n.º IX.
RAIMONDI, graveur, Voy. MARC-ANT. RAIMONDI. I. RAINALDI, (Oderic) vivoit dans le 17e siècle. Il entra chez les Philippiens ou Prêtres de l'Oratoire, et s'appliqua au même genre d'étude que son confrère Baronius; mais il s'en faut bien que sa Continuation des Annales de ce cardinal soit aussi estimée. Il est crédule, exagérateur, diffus et mauvais écrivain. On a cependant imprimé un Abrégé de son ouvrage, en 1667, in-folio. Rainaldi mourut vers 1670. Sa continuation imprimée à Rome, in-folio; 1646-1677, en 9 vol., s'étend depuis 1199 jusqu'à l'an 1567.
II. RAINALDI, (Jérôme) architecte habile, né en 1570, mort à Rome en 1655, acheva le Capitole et construisit divers beaux édifices à Rome, à Milan, à Parme, etc. — Son fils Charles, né en 1611 et mort en 1641, marcha sur ses traces.
RAINAUD, (N.) prédicateur célèbre, naquit sous le beau ciel d'Hières en Provence et mourut à Paris en 1790, à l'âge de 85 ans. Entré dans la congrégation de l'Oratoire, il s'y distingua bientôt par ses vertus, sa modestie et sur-tout son talent pour la chaire. Une éloquence douce et persuasive, un organe flatteur, une physionomie pleine de candeur et d'expression attirèrent à ses discours une foule d'auditeurs et les suffrages des hommes de goût. Celui sur les spectacles passoit pour son chef-d'œuvre. Il en avoit retouché dix-neuf autres dans les derniers jours de sa vie; mais il ne voulut jamais permettre qu'on les publiât. On ne sait qui les possède, et ils feront peut-être un jour la célébrité de celui qui en profitera. Louis XV nomma Rainaud à deux évêchés qu'il refusa; ce qui fit dire au monarque qu'il n'avoit jamais trouvé dans le clergé un homme qui eût refusé deux fois d'être riche et indépendant.
RAINAUD, Voy. RAINAUD.
RAINIE, (Gabriel de la) Voy. NICOLAS (Gabriel) n.º XVI.
RAINIER, Dominicain de Pise, vice-chancelier de l'église Romaine et évêque de Mague- lone, mort en 1249, est auteur d'un Dictionnaire théologique qu'il a intitulé *Pantheologia*. La meilleure édition de cet ouvrage est celle de Lyon, 1655, trois vol. in-folio, avec les additions du Père *Nicolaï Dominicain*.
RAINSSANT, (Pierre) né à Rheims, fut médecin, antiquaire et garde du cabinet des médailles de *Louis XIV*. On le trouva noyé dans le parc de Versailles le 7 juin 1689. On a de lui : *Dissertation sur douze Médailles des jeux séculaires de l'Empereur Domitien*, Versailles, 1684, in-4.
RAISIN, (Jean-Baptiste) célèbre acteur François, né à Troyes en 1656, d'un organiste, mort en 1693, à 40 ans, réussissait dans la société par son esprit, et sur le théâtre par son jeu vrai et naturel. —Son frère Jacques RAISIN, acteur tragique et comique, mort en 1694, fit jouer trois comédies qui n'ont point été imprimées, et qui ont pour titre : *Merlin Gascon*, le *Faux Gascon*, et le *Niais de Sologne*.
RALEGH, *Voy. I. RAWLEGH*.
RALPHE, (Jacques) poète Anglois, mort en 1762, a publié une *Histoire* d'Angleterre, un *Poème* de la nuit, et plusieurs autres poésies. *Pope* qui ne l'aimait pas, l'a placé dans sa *Dunciade*.
RAMAZZINI, (Bernardin) vit le jour à Carpi en 1633. Après avoir exercé la médecine avec succès à Rome et à Carpi, il alla la pratiquer et la professer à Modène, puis à Padoue, où il mourut le 5 novembre 1714, à 81 ans. Son savoir lui avait mérité des places dans plusieurs académies. Il n'en était pas moins timide ; la hardiesse étant moins une suite de la science qu'un effet du tempérament. Son humeur était douce ; et quoique sérieux et réservé avec ceux qu'il ne connoissait pas, il était fort gai avec ses amis. Ses grandes lectures rendoient sa conversation fort utile. On a de lui : I. Une *Dissertation* latine sur les *Maladies des Artisans*. On en a donné une traduction française dans ces derniers temps. II. Un *Traité* latin de la *Conservation de la santé des Princes* ; et plusieurs autres savans ouvrages de médecine et de physique, dont le recueil a été imprimé à Londres en 1716, in-4. Un de ses principes était, que pour conserver la santé, il *fallait varier ses occupations et ses exercices*. Sa Vie est à la tête de ses Œuvres.
RAMBAM, *Voyez MAIMONIDE*.
RAMBEAUD DE VACHIÈRES, célèbre troubadour Provençal, né dans la principauté d'Orange, se fit chérir par ses talens de *Guillaume de Baux* prince d'Orange, et du marquis de *Montferrat* qui le fit chevalier. Éperdument épris de *Beatrix* sœur du marquis, il la chanta dans ses *Sirentes* et lui consacra un petit poème plein de naïveté et de graces, intitulé : *La Caros*. Il suivit en 1204 son protecteur dans son expédition de la Terre-Sainte ; et celui-ci lui donna le gouvernement de Salonique qu'il venait de prendre sur les Turcs. La pièce du poète sur cette croi- sade respire l'ardeur guerrière et l'enthousiasme du temps. I. RAMBOUILLET, (Catherine de *Vivonne*, femme de *Charles* d'ANGENNES, marquis de) qu'elle avoit épousé en 1600, fut une dame aussi distinguée par son esprit que par ses vertus. Un grand nombre de gens de lettres fréquentoient son hôtel qui devint une petite académie. On y jugeoit la prose et les vers, et ce n'étoit pas toujours le goût qui présidait à ces jugemens. Des écrivains subalternes protégés par Mad. de *Rambouillet*, ayant voulu être les émules de nos grands génies, cette rivalité ne contribua pas peu à décrier les décisions de ce tribunal, d'ailleurs respectable par les qualités personnelles de celle qui y présidait. Elle mourut en 1665, laissant trois filles religieuses et une quatrième, *Julie-Lucie d'Angennes*, mariée au duc de *Montausier*, et qui fut dame d'honneur de la reine *Marie-Thérèse* et gouvernante du grand *Dauphin*. Elle mourut en 1671, à 64 ans, et eut la vertu et l'esprit de sa mère. Le marquis de *Rambouillet* étoit mort à Paris en 1652, chevalier des ordres du roi, conseiller d'état et maréchal de camp. Il avoit été envoyé l'an 1627 en ambassade à Turin, pour moyennner la paix entre le roi d'Espagne et le duc de Savoie. Voy. MONTAUSIER.
RAMBOUILLET, *Voyez* ANCENNES, n.º L. et SABLIÈRE.
RAMBOUTS, *Voyez* ROMBOUTS.
RAMBURES, (David, Sire de) chambellan du roi et grand maître des Arbalétriers de France en 1411, de l'illustre et ancienne maison de *Rambures* en Picardie, rendit des services signalés au roi *Jean*, à *Charles V* et à *Charles VI*. Il fut tué à la bataille d'Azincourt avec trois de ses fils, en 1415.
RAMEAU, (Jean-Philippe) naquit à Dijon le 25 septembre 1683. Après avoir appris les premiers élémens de la musique, il suivit les opéra ambulans de province. A l'âge de 17 ou 18 ans, il commença ses essais en musique; et comme ils étoient déjà au-dessus de la portée de son siècle, ils ne réussirent pas, quoique exécutés dans Avignon qui étoit alors en réputation à cet égard. Le dépit le fit sortir de cette ville; et après avoir parcouru une partie de l'Italie et de la France, il interrogea l'instrument le plus propre à lui rendre raison de ses idées sur la musique, le clavecin. L'étude qu'il fit de cet instrument le rendit habile dans son jeu et presque le rival du célèbre *Marchand*. Il s'arrêta quelque temps à Dijon sa patrie, et y toucha l'orgue de la Sainte-Chapelle. Il demeura beaucoup plus long-temps à Clermont, où on lui confia celui de la cathédrale. La réputation qu'il s'y étoit faite y entraîna *Marchand* qui voulut l'entendre. *Rameau*, dit ce célèbre musicien, *a plus de main que moi; mais j'ai plus de tête que lui*. Ce discours rapporté à *Rameau*, l'engagea à rendre la pareille à *Marchand*. Il fit le voyage de Paris dans cette vue, et n'eut pas de peine à reconnoître la supériorité de ce maître. Devenu son disciple, il apprit sous lui les 356 RAM principes les plus lumineux de l'harmonie, et presque toute la magie de son art. Quelque temps après il concourut pour l'orgue de Saint-Paul, et fut vaincu par le fameux d'Aquin. Dès ce moment il abandonna un genre dans lequel il ne pouvoit pas primer, pour s'ouvrir une carrière nouvelle en musique. C'est à ses méditations que nous devons la *Démonstration du principe de l'Harmonie*, vol. in-4° : ouvrage qui porte sur un principe simple et unique, mais très-lumineux, la Basse fondamentale. Cette idée si naturelle, dont cet auteur a fait un grand usage dans son *Code de la Musique*, imprimé au Louvre, est la preuve du génie de *Rameau*, et lui mérite avec raison le titre de *Newton de l'harmonie*. Il a tellement facilité les règles de son art, que l'étude de la composition, qui étoit autrefois un travail de vingt années, est à présent celui de quelques mois. Les musiciens saisirent avidement la découverte de *Rameau*, en affectant cependant de la dédaigner. Les élèves se sont multipliés avec une rapidité étonnante, et la France s'est trouvée trop souvent inondée de mauvaise musique et de mauvais musiciens. Dès que sa théorie lui eut fait un nom, il voulut s'immortaliser encore par la pratique de ce même art, sur lequel il avoit répandu de si grandes lumières. C'étoit *Newton* faisant des télescopes. Par ses soins on vit au théâtre de l'Opéra un spectacle et même un orchestre nouveau. Son premier opéra fut *Hippolyte et Aricie*, qu'il donna en 1733. A la première représentation de cette pièce, le prince de *Conti* demanda à *Campra* ce qu'il en pensoit ? Ce musicien répondit : *Monseigneur, il y a assez de musique dans cet opéra pour en faire dix*. Dans une autre occasion, le même musicien, charmé de ce genre nouveau de musique, s'étoit écrié : *Voici un homme qui nous éclipsera tous*. Les ennemis de *Rameau* furent forcés de convenir de sa supériorité. *Monteclair*, un des plus ardens antagonistes du nouveau musicien dont il décrioit la personne et les ouvrages, ne put s'empêcher, à la sortie d'une des représentations des *Indes Galantes*, d'aller lui témoigner le plaisir qu'il avoit éprouvé à un passage de cet opéra, qu'il lui cita. *Rameau* qui le voyoit aussi mal-adroit dans ses louanges qu'il l'avoit été dans ses critiques, lui dit : *L'endroit que vous louez, Monsieur, est cependant contre les règles; car il y a trois quintes de suite* : ce qui, pour les compositeurs bornés, est une faute grave, que *Monteclair* avoit souvent reprochée à *Rameau*. Le public de Paris rendit un jour une justice éclatante à ses talens. C'étoit à une représentation de *Dardanus*. On l'apperçut à l'amphithéâtre : on se retourna de son côté, et on battit des mains pendant un quart-d'heure. Après l'opéra, les applaudissemens le suivirent jusques sur l'escalier. Cet événement est d'autant plus remarquable, que *Rameau* évi-toit le plus qu'il pouvoit les regards du public. Lorsqu'il assistoit aux représentations de ses opéra, il se plaçoit presque toujours dans une petite loge, s'y cachoit de son mieux, et même s'y tenoit couché. Il avoua un jour à un de ses amis, « qu'il fuyoit les complimens, parce qu'ils l'em- barrassoient et qu'il ne savait qu'y répondre. » Il étoit moins embarrassé lorsqu'il essuyoit des critiques. Il lui échappa un jour devant quelques gens de lettres qui étoient chez lui, un anachronisme. Il s'apperçut qu'on sourioit. Il se lève avec fureur, va à son clavecin, où ses doigts errant au hasard trouvèrent des sons admirables. Alors se tournant vers ceux qui avoient souri: *Avouez*, leur dit-il, *Messieurs*, qu'il est plus beau de trouver de tels accords, que de savoir précisément dans quelle année Mérovée ou Mérovite est mort. *Vous savez*, et je crée. *Le génie*, je crois, vaut bien l'érudition... *Rameau* étoit compositeur de la musique du cabinet du roi, qui lui accorda des lettres de noblesse en 1764; lettres qu'il ne fit point enregistrer par avarice. Il étoit désigné pour être décoré de l'ordre de Saint-Michel, lorsqu'il mourut le 12 septembre de la même année, à 79 ans. On prétend que tout ce que son curé put tirer de lui dans ses derniers momens, furent ces mots-ci: *Que diable venez-vous me chanter, M. le curé; vous avez la voix fausse*. Il fut inhumé le lendemain à Saint-Eustache, où est le tombeau du célèbre *Lulli*. L'académie royale de Musique lui fit faire un service, où les plus beaux morceaux de *Castor* et de *Dardanus* furent adaptés à la musique des prières chantées dans cette occasion. Ainsi les disciples de *Raphaël* firent placer le tableau de la *Transfiguration* vis-à-vis le cercueil de ce grand peintre, lorsqu'on célébroit sa pompe funèbre. *Rameau* étoit marié, et son union avec une épouse chérie le rendit heureux et contri- bue à la pureté de ses mœurs. *Rameau* étoit d'une taille fort au-dessus de la médiocre, mais d'une maigreur singulière. Les traits de son visage étoient grands, bien prononcés, et annonçoient la fermeté de son caractère. Ses yeux étinceloient du feu dont son âme étoit embrasée. Si ce feu paroissoit quelquefois assoupi, il se ranimoit à la plus légère occasion; et *Rameau* portoit dans la société le même enthousiasme qui lui faisoit enfanter tant de morceaux sublimes. Le grand *Corneille* étoit naturellement mélancolique; il avoit l'humeur brusque et quelquefois dure en apparence; il avoit l'âme fière et indépendante: nulle souplesse, nul manège. En substituant au nom de *Corneille* celui de *Rameau*, on aura le véritable portrait de ce célèbre musicien. À la répétition d'*Hippolyte* et d'*Aricie*, sa musique d'un caractère tout neuf, effraya les exécutans. L'auteur témigna son mécontentement au directeur qui ce jour-là conduisoit l'orchestre. Ce dernier s'offensa de la semonce, et jeta sur le théâtre le bâton de mesure. Ce bâton vint frapper les jambes de *Rameau*, qui le repoussant du pied jusqu'à l'endroit où étoit le directeur, lui dit ârement: *Apprenez, Monsieur, que je suis ici l'architecte, et que vous n'êtes que le maçon*. Comme *Corneille* il auroit cru s'avilir en sollicitant des graces; et quoiqu'on l'accusât d'aimer l'argent, cette passion ne put jamais l'engager à plier, pour quelque motif que ce fût. Il n'imposa silence à ses ennemis et à ses rivaux, que par ses talons. On prétendit d'abord que sa musique étoit inexécutable; il s'obstina, et le succès prouve que son obstination étoit raisonnable. Alors on se retrancha à dire que ses ouvrages n'étoient merveilleux que par la difficulté; mais le sentiment et l'expérience disent qu'ils le sont en effet par les grandes beautés qu'ils renferment; beautés d'autant plus réelles, qu'elles sont indépendantes de l'illusion des décorations et de la poésie. Il a consigné ses principes dans deux ouvrages savans, mais un peu obscurs. L'un est intitulé: *Démonstration du principe de l'Harmonie*, in-4°; l'autre, *Code de Musique*, 1760, 2 vol. in-4°. Les ouvrages théoriques de *Rameau* ont cela de singulier, qu'ils ont fait une grande fortune sans presque avoir été lus; et ils le seront bien moins, depuis que d'Alembert a pris la peine de faire dans un petit vol. in-8°, le sommaire de toute la doctrine de l'auteur. *Quinault* avoit dit, qu'il falloit que le poète fût le très-humble serviteur du musicien. — Qu'on me donne la *Gazette d'Hollande*, dit *Rameau*, et je la mettrai en musique. Il disoit vrai, s'il en faut juger par certains mauvais poèmes qu'il a mis au théâtre de l'opéra, et qui ont eu le plus grand succès. Quoiqu'il ait couru la même carrière que *Lulli*, il y a beaucoup de différence entre eux. Ils se ressemblent seulement en ce qu'ils sont tous deux créateurs d'un spectacle nouveau. Les opéra de *Rameau* diffèrent autant de ceux de *Lulli*, que celui-ci diffère de *Perrin*. *Lulli* plus simple parle au cœur, a dit un homme d'esprit; *Rameau* peint à l'esprit et à l'oreille, et quand il veut attendrir, il parle au cœur comme lui. L'un est plus populaire, plus uniforme; l'autre plus savant, plus harmonieux et plus mâle: *Lulli*, quoique en général plus efféminé, a quelquefois été grand; et *Rameau*, quoique en général sublime, majestueux et terrible, a sacrifié aux graces et à la volupté. A ce jugement sur *Rameau*, nous joindrons celui qu'en a porté le célèbre auteur du *Devin du Village*. « Ses opéra, dit-il, ont les premiers élevé le théâtre de l'opéra au-dessus des tréteaux du Pont-Neuf. Il a franchi hardiment le petit cercle de très-petite musique, autour duquel nos petits musiciens tournoient sans cesse depuis la mort du grand *Lulli*: de sorte que quand on seroit assez injuste pour refuser des talens supérieurs à M. *Rameau*, on ne pourroit au moins disconvenir qu'il ne leur ait en quelque sorte ouvert la carrière, et qu'il n'ait mis les musiciens qui viendront après lui à portée de déployer impunément les leurs: ce qui assurément n'étoit pas une entreprise aisée. Il a senti les épînes; ses successeurs cueilleront les roses. On l'accuse assez légèrement ce me semble, de n'avoir travaillé que sur de mauvaises paroles. D'ailleurs, pour que ce reproche eût le sens commun, il faudroit montrer qu'il a été à portée d'en choisir de bonnes. Aimeroit-on mieux qu'il n'eût rien fait du tout? Un reproche plus juste est de n'avoir pas toujours entendu celles dont il se chargeoit; d'avoir souvent mal saisi les idées du poète, ou de n'en avoir pas substitué de plus convenables, et d'avoir fait beaucoup de contre-sens. Ce n'est pas sa faute s'il a travaillé sur de mauvaises paroles; mais on peut douter s'il en eût fait valoir de meilleures. Il est certainement, du côté de l'esprit et de l'intelligence fort au-dessous de *Lulli*, quoiqu'il lui soit presque toujours supérieur du côté de l'expression. *Rameau* n'eût pas plus fait le monologue de *Roland*, que *Lulli* celui de *Dardanus*. Il faut reconnoître dans M. *Rameau* un très-grand talent, beaucoup de feu, une tête bien sonnante, une grande connoissance des renversemens harmoniques et de toutes les choses d'effet; beaucoup d'art pour s'approprier, dénaturer, orner, embellir les idées d'autrui et retourner les siennes; assez peu de facilité pour en inventer de nouvelles: plus d'habileté que de fécondité: plus de savoir que de génie, ou du moins un génie étouffé par trop de savoir; mais toujours de la force et de l'élégance, et très-souvent du beau chant. Son récitatif est moins naturel, mais beaucoup plus varié que celui de *Lulli*; admirable dans un petit nombre de scènes, mauvais presque par-tout ailleurs: ce qui est peut-être autant la faute du genre que la sienne; car c'est souvent pour avoir trop voulu s'asservir à la déclamation, qu'il a rendu son chant baroque et ses transitions dures. S'il eût eu la force d'imaginer le vrai récitatif, et de le faire passer chez cette troupe moutonnière, je crois qu'il y eût pu exceller. Il est le premier qui ait fait des symphonies et des accompagnemens travaillés... Personne n'a mieux saisi que lui l'esprit des détails; personne n'a mieux su l'art des contrastes; mais en même temps personne n'a moins su donner à ses opéra cette unité si savante et si désirée, et il est peut-être le seul au monde qui n'ait pu venir à bout de faire un bon ouvrage de plusieurs beaux morceaux fort bien arrangés.» Ce jugement est sévère, et nous ne le rapportons point comme une décision irréfragable, mais seulement comme le sentiment d'un grand musicien, dont les opinions ne furent pas toujours favorables à ses rivaux et à ses contemporains. Outre plusieurs recueils de pièces de clavecin, admirées pour l'harmonie, on doit à *Rameau* plusieurs opéra. Celui de *Castor* et *Pollux* passe avec raison pour son chef-d'œuvre. Les chœurs sont de la plus grande beauté, surtout celui des funérailles de *Castor* et celui des enfers, au quatrième acte. Les autres opéra de ce musicien célèbre sont: *Hippolyte* et *Aricie*, les *Indes Galantes*, les *Fêtes d'Hébé*, *Dardanus*, *Platée*, les *Fêtes de Polymnie*, le *Temple de la Gloire*, les *Fêtes de l'Hymen*, *Zais*, *Pigmalion*, *Naïs*, *Zoroastre*, la *Guirlande*, *Acanthe* et *Céphise*, *Daphnis* et *Eglé*, *Lysis* et *Délie*, les *Sybarites*, la *Naissance d'Ossiris*, *Anacréon*, les *Surprises de l'Amour*, et les *Paladins*.
RAMELLI, (Augustin) ingénieur et machiniste Italien, alla l'étude des beaux arts avec le bruit des armes. Il vint en France, et fut pensionné par *Henri Trois*. On admire quelques-unes de ses machines, et on s'en est servi quelquefois avec utilité. Le recueil où il les a rassemblées fut imprimé à Paris, en italien et en françois, in-folio, 1588, sous ce titre: *Le diverse ed artificiose Machine del Augustino Ramelli*. Plusieurs croient que tout n'est pas de lui, et qu'il a profité des inventions des autres. Quoi qu'il en soit, les curieux des inventions de mécaniques recherchent beaucoup cet ouvrage rare et curieux, et enrichi de 195 figures. L'auteur avoit 57 ans lorsque son livre parut.
RAMESSÈS, roi de la Basse-Égypte, quand Jacob y alla avec sa famille, l'an 1706 avant J. C. On trouve dans les anciens auteurs, plusieurs autres rois d'Égypte nommés Ramessès. On croit que c'est l'un de ces princes qui fit élever à Thèbes en Égypte, dans le temple du Soleil, un magnifique obélisque de 132 pieds de haut, que l'empereur Constantin fit transporter à Alexandrie en 334, et que Constance son fils fit élever à Rome 18 ans après. Les Goths saccagèrent cette ville l'an 409; ils renversèrent cet obélisque, qui fut rompu en trois morceaux, et demeura enfoncé sous terre jusqu'au temps de Sixte V: ce pape fit dresser ce bel ouvrage dans la place de Saint-Jean de Latran. Il est chargé de quantité d'hiéroglyphes. Cette manière d'écrire étoit propre aux Égyptiens qui figuroient par exemple la vigilance par l'œil, l'imprudence par la mouche, l'instabilité et l'éclat des richesses par la queue du paon, la prudence par le serpent, la promptitude par l'épervier, etc.
RAMPALE, (N.) a donné au théâtre en 1630, Bélinde, tragi-comédie; et Dorothée. Elles ne s'élèvent pas même à la médiocrité.
RAMPEN, (Henri) docteur en théologie, né à Hui petite ville du pays de Liège, vers 1572, enseigna le grec et la philosophie à Louvain, et y donna pendant plusieurs années des leçons de l'Écriture-Sainte. Il fut président du collège Sainte-Anne et du grand collège. Il termina sa vie qui avoit toujours été édifiante, le 4 mars 1641. Nous avons de lui un Commentaire sur les quatre Évangiles, qui contient d'excellentes remarques, Louvain, 1631, 1733, 1734... 3 vol. in-4. I. RAMSAY, (Charles-Louis) ~~gentilhomme~~ Ecossois, il est auteur d'un ouvrage latin intitulé: Tachygraphia ou l'Art d'écrire aussi vite qu'on parle, dédié à Louis XIV. Il a été traduit en françois et publié dans ces deux langues à Paris en 1680, in-12. L'auteur substitue aux lettres romaines des traits plus simples, représentés en six tables. La première contient les 22 lettres; la seconde 205 consonantes doubles et triples; la troisième est une manière de suppléer aux voyelles par la position des traits; la quatrième et la cinquième abrégent les diphthongues et les triphthongues; la dernière donne l'exemple des mots écrits suivant les principes de l'auteur. Il eût pu mettre pour épigraphe à son ouvrage, ce distique si connu de Martial: Cucrant verba licet, manus est velocior, illis; Vix dum lingua suum, dextra peregit, opus. Voy. I. TIRO.
II. RAMSAY, (André-Michel de) chevalier-baronnet en Ecosse, et chevalier de Saint-Lazare en France, docteur de l'université d'Oxford, naquit à Daire en Ecosse en 1686, d'une branche cadette de l'ancienne maison de Ramsay. Il eut dès sa plus tendre jeunesse un goût décidé pour les sciences, sur-tout mâsée 1692. R A M 361 pour les mathématiques et pour la théologie. Il apperçut bientôt la fausseté de la religion Anglicane. Après avoir long-temps flotté sur la vaste mer des opinions philosophiques, il consulta les théologiens d'Angleterre et de Hollande, et ne fut pas moins embarrassé. Il ne trouva la vérité que dans les lumières de l'illustre *Fénélon* archevêque de Cambrai, qui le fixa dans la religion Catholique en 1709. Ce grand maître eut jusqu'à sa mort une estime aussi tendre que sincère pour son disciple. Ramsay ne tarda pas à se faire connoître en France et dans les pays étrangers, par des ouvrages qui, sans être d'une grande étendue, annonçoient d'heureuses dispositions. Le roi d'Angleterre *Jacques III* l'appela à Rome en 1724, pour lui confier une partie de l'éducation des princes ses enfans; mais des brouilleries de cour l'obligèrent de revenir en France. On lui confia l'éducation du duc de Château-Thierry, et ensuite celle du prince de Turenne. Il s'en acquitta avec succès, et mourut à Saint-Germain-en-Laie le 6 mai 1743, à 57 ans. Ramsay étoit un homme estimable, mais il prêtoit beaucoup à la plaisanterie par ses airs empesés, par son affectation à faire parade de science et d'esprit dans la société, par les fadeurs dont il accabloit les femmes; en un mot c'étoit un pédant Hibernois, et non un de nos littérateurs à la mode. Ses ouvrages sont : I. *L'Histoire de la Vie et des Ouvrages de M. de Fénélon archevêque de Cambrai*, in-12. Elle fait aimer ce digne évêque; mais elle n'est pas toujours impartiale. II. *Essai sur* le Gouvernement civil*, in-12. III. *Le Psychomètre*, ou *Réflexions* sur les différens caractères de l'esprit, par un Milord. IV. *Les Voyages de Cyrus*, 1730, in-4°, et 2 vol. in-12 : écrits avec assez d'élégance, mais trop chargés d'érudition et de réflexions. L'auteur y a copié *Bossuet*, *Fénélon* et d'autres écrivains, sans les citer. V. *Plan d'Education*, par l'auteur des *Voyages de Cyrus*, en anglois. VI. Plusieurs petites *Pièces de Poésie* en anglois. VII. *L'Histoire du Maréchal de Turenne*, Paris 1735, deux vol. in-4°, et Hollande 4 vol. in-12. Il y a de l'ordre, de la précision, de l'élégance dans cet ouvrage; on y voit des portraits bien dessinés et des parallèles ingénieux. Mais ses réflexions ont un air affecté et sont assez mal enchâssées. La vie civile du héros y paroît moins que sa vie guerrière; et c'est un défaut dans l'Histoire d'un homme, qui étoit aussi connu par les vertus sociales que par les qualités militaires. VIII. Un ouvrage posthume, imprimé en anglois à Glasgow, sous ce titre : *Principes Philosophiques de la Religion naturelle et révélée, développés et expliqués dans l'ordre géométrique*, 1749, 2 vol. in-12. On trouve dans cet ouvrage des opinions pour le moins très-singulières, telles que la métempsycose, l'animation des brutes par les démons, la fin des peines de l'enfer, etc. Ce qu'il y a de plus singulier encore, c'est que Ramsay prétend qu'en tout cela il est parfaitement d'accord avec la croyance de *Fénélon*, et même avec les décisions de l'Eglise. Cette prétention a fait penser que cet ouvrage avoit été faus- belles et de la plus belle des savantes, et les titres de Protectrice et Mécène des Beaux Esprits. Quant aux qualités du cœur, elles étoient très-inférieures aux agrémens et à la souplesse de son esprit. François I la mari en 1536, à Jean de Brosses, qui consentit à cette union déshonorante pour rentrer dans les biens de sa maison, que la défection de son père, ami du connétable de Bourbon, lui avoit fait perdre. Il recouvra non-seulement son patrimoine; mais il obtint encore le collier de l'Ordre, le gouvernement de Bretagne et le comté d'Étampes, que François érigea en duché, pour donner à sa maîtresse un rang plus distingué à la cour. La duchesse d'Étampes parvint au plus haut point de la faveur, et cette faveur dura autant que son amant. Elle s'en servit pour enrichir ses amis et perdre ses ennemis. L'amiral Chabot son ami, dégradé par arrêt du parlement, fut rétabli dans sa charge en 1542, et le chancelier Poyet, dont elle croyoit avoir lieu de se plaindre, fut privé de la sienne en 1545. Ce qui doit le plus ternir la mémoire de cette favorite, c'est qu'abusant de la passion du roi, elle révéla à l'empereur Charles-Quint des secrets importants, qui firent battre nos armées. Elle vouloit par-là s'assurer l'appui de ce prince, que la mort du roi lui rendroit quelque jour nécessaire. Elle pensoit à se procurer une retraite hors du royaume, pour le temps auquel elle ne seroit plus rien en France. Cette perfidie auroit été sévèrement punie sous Henri II, si ce monarque n'avoit craint d'outrager la mémoire de son père, en livrant à la justice une maîtresse qui l'avoit gouverné pendant 22 ans. D'ailleurs on auroit pu accuser ce prince d'agir à l'instigation de Diane de Poitiers sa maîtresse, qui étoit aussi jalouse de la duchesse d'Étampes, que la duchesse d'Étampes l'étoit d'elle. Cette jalouse entretint pendant quelque temps la dissention dans la famille royale. Toutes les creatures du dauphin étoient mal venues à la cour de François I, et la duchesse d'Étampes ne cessoit de donner des mortifications à Diane. « L'année de ma naissance, disoit-elle, est celle où Madame la Sénéchale (c'étoit le nom que portoit Diane de Poitiers) se maria... » Diane étoit en effet plus âgée de sept ans que la duchesse d'Étampes, et elle n'en gouverna pas moins un prince plus jeune qu'elle de vingt ans. Henri II n'osant ou ne voulant pas montrer un ressentiment trop vif contre la maîtresse de son père, lui permit de se retirer dans une de ses terres, où elle mourut vers 1576, dans l'oubli, dans le mépris et les remords. Elle embrassa la religion prétendue réformée dans sa retraite, et elle employa le revenu des grands biens qu'elle avoit acquis dans sa faveur, à opérer des conversions. Jean de Brosses son époux étant mort sans enfans, ses biens passèrent à Sébastien de Luxembourg, duc de Penthièvre, qui n'eut qu'une fille (Marie de Luxembourg), laquelle porta les duchés d'Étampes et de Penthièvre à Philippe Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur. La fille de celui-ci (Françoise de Lorraine) épousa César duc de Vendôme, qui à ce dernier duché joignit ceux de Mer- sement attribué à Ramsay, ou du moins qu'il avoit été altéré par les éditeurs. IX. Un Discours sur le poème épique, dans lequel l'auteur adopte le système de la Mothe sur la versification. On le trouve à la tête du Télémaque. L'auteur pensoit qu'on pouvoit faire des poèmes en prose. « J'aimerais autant, disoit Voltaire, qu'on me proposât un concert sans instrumens. »
III. RAMSAY, (Alain) né en 1696 à Peebles en Ecosse, mort en 1763, commença sa carrière par être garçon barbier. La vivacité de ses saillies lui fit conseiller de s'attacher à l'art dramatique, et il y réussit. Sa meilleure pièce est la Pastorale du Gentil Berger. On lui doit encore un recueil de Poésies fugitives agréables et spirituelles. — Il y a eu du même nom un peintre de portraits, mort à Douvres en 1784, à 71 ans, qui joignoit au mérite de la peinture celui de raisonner et d'écrire sur la politique.
RAMUS ou LA RAMÉE, (Pierre) naquit à Cuth village de Vermandois, vers 1502. Ses ancêtres étoient nobles; mais les malheurs de la guerre réduisirent son aïeul à faire et à vendre du charbon pour subsister. Dans son enfance, Ramus fut attaqué deux fois de la peste. A l'âge de huit ans il vint à Paris d'où la misère le chassa. Il y revint une seconde fois, et ce second voyage ne fut pas plus heureux. Enfin dans le troisième il fut reçu domestique dans le collège de Navarre. Il employoit le jour aux devoirs de son état, et la nuit à l'étude. Il acquit assez de connoissances pour aspirer au degré de maître-ès- arts. Il prit pour sujet de sa thèse que tout ce qu'Aristote avoit enseigné, n'étoit que faussetés et chimères. On fut révolté de cette proposition: mais on fut charmé de la force avec laquelle il réfuta ses adversaires. Ramus ayant ensuite obtenu une bourse dans le collège de Presle, et pouvant se livrer à l'étude avec plus de liberté, entreprit un examen détaillé de la philosophie du chef des Péripatéticiens. Il commença par la logique. Les remarques qu'il fit sur cet ouvrage forment un volume, auquel il jugea à propos de joindre des institutions de logique. Ces deux productions parurent en 1543; l'une sous le titre d'Animadversiones in Dialecticam Aristotelis, Libri XX, in-8°; l'autre sous celui d'Institutiones dialecticae, Libri III, in-8°. Dès que ces deux ouvrages eurent été répandus dans l'université de Paris, ils causèrent une espèce de sédition. On vit paroître plusieurs défenseurs du philosophe Grec, entr'autres un Portugais nommé Antoine de Govea, Péripatéticien fameux, armé, dit le P. Berthier, de toutes pièces pour la défense d'Aristote. Bientôt Ramus entra en lice avec lui, et la querelle sortant de l'enceinte des écoles fut portée au parlement. L'affaire passa ensuite jusqu'à François premier, qui croyant les lettres intéressées dans ce démêlé nomma des arbitres pour le juger. Ceux de Govea furent Pierre Danès et François de Vicomercat. Ramus prit pour les siens Jean Quentin docteur en droit, et Jean de Beaumont docteur en médecine. Le roi y ajouta Jean de Salignac docteur en théologie, qui faisoit à peu près la R A M 363 fonction de médiateur et de président. Les premières actions qui occupèrent ce tribunal furent des disputes réglées. Malheureusement *Ramus* avoit contre lui trois juges : les deux arbitres de son adversaire et le commissaire nommé par le roi. Ses raisons ne parurent pas triomphantes. Ses deux défenseurs se retirèrent. Le censeur d'*Aristote* succomba. Il fut déclaré que, *témérairement* et *insolemment* il s'étoit élevé contre la logique du philosophe Grec ; qu'il avoit témoigné dans la dispute beaucoup d'ignorance et de mauvaise foi ; que ses *Animadversions* et ses *Institutions* étoient remplies de faussetés, de médisances, de bouffonneries, et que comme telles on devoit les supprimer. Cette sentence arbitrale eut la sanction du roi, qui proscrivit les deux ouvrages de *Ramus*, et lui défendit d'enseigner la philosophie jusqu'à nouvel ordre. L'arrêt, donné le 30 mai 1543 fut confirmé le 19 mars 1544. Le philosophe condamné par la cour, fut en même temps bafoué par le public, joué sur les théâtres, et il souffrit tout sans murmurer. Cependant *Ramus* profita l'année d'après, 1545, de l'occasion de la peste qui ravageoit Paris pour recommencer ses leçons. Les collèges étoient fermés ; les écoliers allèrent l'entendre par désœuvrement. La faculté de théologie présenta requête au parlement pour l'exclure du collège de Presle ; mais le parlement le maintint dans son emploi. Les chaires d'éloquence et de philosophie ayant vaqué au collège Royal, *Ramus* les obtint en 1551 par la protection du cardinal de *Lorraine*. Il professa tranquillement dans cette nouvelle place, réforma ce qu'il trouva de défectueux dans *Aristote*, corrigea *Euclide*, et composa une *Grammaire* pour les langues latine et françoise. On prononçoit alors en latin le *Q* comme le *K*, de façon qu'on disoit *Kiskis*, *Kankan*, pour *Quisquis*, *Quanquam* ; il eut bien des obstacles à surmonter pour réformer cette prononciation. « La lettre *Q*, disoit un mauvais plaisant à ce sujet, fait plus de *Kankan* que toutes les autres lettres ensemble. » *Ramus* réforma beaucoup d'autres abus, fit diminuer les frais des études et des grades, fixa les honoraires des professeurs et leur nombre, et fit établir dans les facultés de théologie et de médecine des leçons ordinaires faites par les docteurs. Il proposa, mais en vain, de bannir des écoles tout ce qui étoit dispute et argumentation en théologie et en philosophie. Enfin il se rendit si agréable à l'université, que ce corps le choisit plusieurs fois pour le députer au roi. *Ramus*, naturellement entraîné vers les nouveautés, avoit embrassé le Calvinisme. Après l'enregistrement de l'édit qui permettoit le libre exercice de cette religion, il brisa les images du collège de Presle, disant qu'il n'ayoit pas besoin d'auditeurs sourds et muets. Il déclama contre le discours de l'université opposante à l'enregistrement de l'édit, et désavoua le recteur. Ces éclats, qui montroient en lui un homme plus impétueux que prudent, lui firent tort. La guerre civile l'obligea de quitter Paris, l'université le destitua et déclara sa place vacante. Le roi lui donna un asile à Fontainebleau : tandis qu'il s'y appliquoit à la géométrie et à l'astronomie, ses ennemis pilloient sa bibliothèque à Paris et dévastoient son collège. Ils le poursuivirent dans son asile; il fut forcé de se sauver, et ne fut rétabli dans sa charge de princi- pal du collège de Presle et dans sa chaire qu'après la mort du duc de Guise en 1563. Ayant passé avec d'autres professeurs à l'ar- mée du prince de Condé, il fut interdit de ses fonctions par le parlement. Il étoit si éloquent, que les Reistres du prince et ceux de l'amiral de Coligni refusant d'obéir faute de payement, Ra- mus les harangua et les remit sous l'obéissance. Rétabli dans ses emplois à la paix, il fonda une chaire de mathématiques qu'il dota du fruit de ses épargnes. Il s'absenta pendant quelque temps pour aller visiter les universités d'Allemagne, et ses honoraires lui furent continués. Il fut bien reçu par-tout, et plusieurs puis- sances cherchèrent à se l'atta- cher. Il avoit demandé la chaire de théologie de Genève; Théo- dore de Bèze écrivit contre lui, et l'empêcha de l'obtenir: Ra- mus, dit-on, avoit projeté une réforme dans le Calvinisme. De retour à Paris en 1571, il refusa d'aller en Pologne pour prévenir les Polonois par son éloquence en faveur du duc d'Anjou, qui fut élu l'année suivante: il ré- pondit aux offres qu'on lui fai- soit, que l'éloquence ne devoit pas être mercenaire. Comme Ra- mus suivoit publiquement les opi- nions du protestantisme, il fut compris dans le massacre de la Saint-Barthélemi en 1572. Il étoit au collège de Presle; dès la pre- mière émotion il fut se cacher dans une cave où il demeura deux jours. Charpentier, un de ses ennemis, l'y découvrit et l'en fit arracher. Ramus lui demande la vie, Charpentier consent à la lui vendre, et après avoir exigé tout son argent, il le livre aux assas- sins qui étoient à ses gages. Il fut égorgé et jeté par les fenêtres. Les écoliers, excités par les pro- fesseurs jaloux, charmés de sa mort, répandirent ses entrailles dans les rues, trainèrent son ca- davre jusqu'à la place Maubert en le frappant de verges, et le jetèrent dans la rivière. Ses dis- ciples le retirèrent et l'exposè- rent dans un petit bateau où tout Paris le vint voir. Il étoit âgé de 69 ans, qu'il passa dans le plus austère célibat. Il n'eut jamais d'autre lit que la paille, et ne but de vin que dans sa vieillesse par ordre des médecins. Un ex- cès qu'il avoit fait de cette bois- son dans sa jeunesse lui en donna une aversion extraordinaire pour le reste de sa vie. Il distribuoit ses revenus à ceux de ses écoliers, qui en avoient besoin. On a de lui: I. Deux livres d'Arithméti- que et 27 de Géométrie, fort au- dessous de sa réputation. II. Un traité De militia Cæsarís, 1559, in-8.º III. Un autre De moribus veterum Gallorum, 1559 et 1562, in-8.º IV. Grammaire Grecque, 1560, in-8.º V. Grammaire La- tine, 1559 et 1564, in-8.º VI. Grammaire Françoise, 1571, in-8º, et un grand nombre d'au- tres ouvrages. Ramus en expli- quant dans ses leçons Cicéron et Virgile, n'en lisoit jamais qu'une page, pour faire durer plus long- temps, disoit-il, le plaisir de ses auditeurs; il en obtiut le surnom de Paginarius. C'est à lui qu'on doit la distinction du J et du V consomnes, de l'I et l'U voyelles. On appelle de son nom les deux R A N 365 premières lettres, consonnes *Ramistes*. Un libraire nommé *Gilles Beys*, employa le premier cette distinction dans le Commentaire de *Mignault* sur les Épitres d'*Hovace*, publié à Paris en 1484. *Voyez OSSAT* (d').
**RAMUSIO** ou
**RANNUSIO**, (Jean-Baptiste) secrétaire du conseil des *Dix* de la république de Venise sa patrie, mort à Padone en 1557, à 72 ans, est auteur : I. D'un Traité *De Nili in-tremento*. II. D'un recueil de *Voyages maritimes* en trois vol. in-folio, enrichis de préfaces, de dissertations et de notes. Cette collection est en italien. Pour l'avoir complète, il faut que le 1$^{er}$ vol. soit de 1574, le 2$^{e}$ de 1555, et le 3$^{e}$ de 1554, à Venise. *Ramusio* servit sa république avec autant de zèle que d'intelligence pendant 43 ans.
**RANACAIRE**, *Voy*: I. CLOVIS vers le milieu.
**RANC**, (Jean) peintre, né à Montpellier en 1674, mort à Madrid en 1735, à 61 ans, étoit élève de *Rigaud* dont il avoit épousé la nièce. Ce peintre se fit une grande réputation par son talent pour le portrait. Il fut reçu à l'académie de peinture en 1703, et nommé en 1724 premier peintre du roi d'Espagne. *La Mothe* a fait usage dans ses *Fables* d'une aventure assez singulière de ce peintre. *Ranc* avoit fait le portrait d'une personne que ses amis peu connoisseurs trouvèrent manquer de ressemblance. Le peintre piqué de leurs mauvaises critiques, prépare une toile, y fait un trou, et prie celui qu'il avoit peint d'y placer sa tête. Les censeurs en arrivant ne manquèrent pas de blâmer le tableau. *Vous vous trompez, Messieurs*, leur répondit alors la tête; *car c'est moi-même!* ... *Voy*: RANS.
**RANCÉ**, (Dom Armand-Jean le Bouthillier de) né à Paris le 9 janvier 1626, étoit neveu de *Claude le Bouthillier de Chavigni* secrétaire d'état et surintendant des finances. Il fit par contre dès son enfance de si heureuses dispositions pour les belles-lettres, que dès l'âge de douze à treize ans, à l'aide de son précepteur, il publia une nouvelle édition des Poésies d'*Anacréon*, en grec; avec des notes, 1639, in-8$^{o}$. Il devint chanoine de Notre-Dame de Paris, et obtint plusieurs abbayes. Des belles-lettres il passa à la théologie, et prit ses degrés en Sorbonne avec la plus grande distinction. Il fut reçu docteur en 1654. Le cours de ses études fini, il entra dans le monde, et s'y livra à toutes ses passions, et sur-tout à celle de l'amour. On veut même qu'elle ait occasionné sa conversion. On dit que l'abbé de *Rancé*, au retour d'un voyage, allant voir sa maîtresse dont il ignoroit la mort, monta par un escalier dérobé, et qu'étant entré dans l'appartement, il trouva sa tête dans un plat: on l'avoit séparée du corps, parce que le cercueil de plomb qu'on avoit fait faire, étoit trop petit. *Voyez les Véritables motifs de la conversion de l'abbé de Rancé*, par Daniel de la Roque, Cologne, 1685, in-12. D'autres prétendent, que son aversion pour le monde fut causée par la mort ou par les disgraces de quelques-uns de ses amis, ou par le bonheur d'être sorti sans aucun mal 366 R A N de plusieurs grands périls : les balles d'un fusil qui devoient naturellement le percer, ayant donné dans le fer de sa gibecière : il y a apparence que tous ces motifs réunis, contribuèrent à son changement de vie. Du moment qu'il le projeta, il ne parut plus à la cour. Retiré dans sa terre de Veret auprès de Tours, il consulta les évêques d'Aleth, de Pamiers et de Cominges. Leurs avis furent différens ; celui du dernier fut d'embrasser l'état monastique. Le cloître ne lui plaisoit point alors : mais, après de mûres réflexions, il se détermina à y entrer. Il vendit sa terre de Veret 300 mille livres, pour les donner à l'Hôtel-Dieu de Paris ; et ne conserva de tous ses bénéfices que le prieuré de Boulogne de l'ordre de Grammont ; et son abbaye de la Trappe de l'ordre de Cîteaux. Les religieux de ce monastère y vivoient dans le dérèglement. L'abbé de Rancé, tout rempli de ses projets de retraite, demande au roi et obtient un brevet pour pouvoir y établir la réforme. Il prend ensuite l'habit régulier dans l'abbaye de Perseigne, est admis au noviciat en 1663, et fait profession l'année d'après, âgé de 38 ans. La cour de Rome lui ayant accordé des expéditions pour rétablir l'austérité dans son abbaye, il exhorta si vivement ses religieux, que la plupart embrassèrent la nouvelle régie. L'abbé de Rancé eût voulu faire dans tous les monastères de l'ordre de Cîteaux ce qu'il avoit fait dans le sien ; mais ses soins furent inutiles. N'ayant pu étendre la réforme, il s'appliqua à lui faire jeter de profondes racines à la Trappe. Ce monastère reprit en effet une nouvelle vie. Continuellement consacrés au travail des mains, à la prière et aux austérités les plus effrayantes, les religieux y retracèrent l'image des anciens solitaires de la Thébaïde. Ce monastère fit sentir non-seulement aux cœurs les plus tièdes, jusqu'à quel point une foi vive et ardente peut nous rendre chères les privations les plus rigoureuses ; « mais il offrit au simple philosophe, dit d'Alembert, une matière intéressante de réflexions profondes sur le néant de l'ambition et de la gloire, les consolations de la retraite, et le bonheur de l'obscurité. » Le réformateur des religieux de la Trappe, voulant les détacher entièrement des choses terrestres, les priva des amusements les plus permis. L'étude leur fut interdite ; la lecture de l'Écriture-Sainte et de quelques Traités de morale, voilà toute la science qu'il disoit leur convenir. Pour appuyer son idée, il publia son Traité de la sainteté et des devoirs de l'état Monastique : ouvrage qui causa une dispute entre l'austère réformateur, et le doux et savant MABILLON. Cette guerre ayant été calmée, il fallut qu'il en soutint une autre avec les partisans d'Arnauld. Il écrivit sur la mort de cet homme illustre, une Lettre à l'abbé Nicaise, dans laquelle il se permettait des réflexions qui déplurent. Enfin, disoit-il, voilà M. Arnauld mort ; après avoir poussé sa carrière aussi loin qu'il a pu, il a fallu qu'elle se soit terminée. Quoi qu'on dise, voilà bien des questions finies. La liberté qu'il se donna de recevoir des religieux des autres ordres presque toujours malgré leurs supérieurs, lui fit un grand nombre d'ennemis, d'autant plus qu'il avoit peint avec des traits fort vifs la corruption des autres clottres et la perfection du sien. L'abbé de la Trappe, accablé d'infirmités, crut devoir se démettre de son abbaye. Le roi lui laissa le choix du sujet, et il nomma Dom Zozime, qui mourut peu de temps après. Dom Gervaise qui lui succéda, mit le trouble dans la maison de la Trappe. Il inspiroit aux religieux un nouvel esprit, opposé à celui de l'ancien abbé, qui ayant trouvé le moyen d'obtenir sa démission, la fit remettre entre les mains du roi. Le nouvel abbé, surpris et irrité, courut à la cour, noircit l'abbé de Rancé; mais malgré ses manœuvres, Dom Jacques de la Cour obtint sa place. La paix ayant été rendue à la Trappe, le pieux réformateur mourut tranquille, le 26 octobre 1700, à 74 ans. Il expira couché sur la cendre et sur la paille, en présence de l'évêque de Sées et de toute sa communauté. Lorsqu'il fut près de rendre les derniers soupirs, on lui présenta un crucifix, qu'il embrassa avec tous les sentimens de la piété la plus tendre. Il baisa l'image du Christ et la tête de mort placée au pied de la croix. En remettant ce signe respectable entre les mains d'un religieux, il remarqua qu'il baisoit l'image du crucifix sans baiser la tête de mort; il lui dit avec vivacité: Pourquoi ne baisez-vous pas cette tête? Baisez, mon Père, baisez sans peine l'image de la mort, dont vous ne devez pas craindre la réalité. Ce religieux regarda cet ordre comme un avertissement de sa mort prochaine. En effet, il mourut peu de temps après. L'abbé de Rancé possédoit de grandes qualités, un zèle ardent, une piété éclairée, une facilité extrême à s'énoncer et à écrire. Son style est noble, pur, élégant; mais il n'est pas assez précis. Il ne prend que la fleur des sujets, et il est beaucoup moins profond que Nicole et Bourdaloue. L'ambition avoit été sa grande passion avant son changement de vie: il tourna ce feu qui le dévoroit, du côté de Dieu; mais il ne put pas se détacher entièrement de ses anciens amis. Il dirigeoit un grand nombre de personnes de qualité, et les lettres qu'il écrivoit continuellement en réponse aux leurs, occupèrent une partie de sa vie. On a dit « qu'il s'étoit dispensé, comme législateur, de la loi qui force ceux qui vivent dans le tombeau de la Trappe, d'ignorer ce qui se passe sur la terre »; mais on peut dire pour l'excuser, que sa place l'obligeoit à ces relations, et qu'il s'en servit souvent pour ramener les personnes du monde dans la voie du salut. On ne peut cependant s'empêcher de reconnoître dans ses démarches les plus louables un air d'ostentation que la piété modeste évite ordinairement avec soin. Ses amis et lui voulant trop occuper le public de la Trappe, firent graver tout ce qui concernoit les bâtiments, les travaux, les exercices de ce monastère. On peignit, on grava l'abbé, et l'on frappa des médailles en son honneur. On a de lui: I. Une Traduction françoise des Œuvres de St. Dorothée, 1686, in-8.º II. Explication sur la Règle de St-Benoît, in-12. III. Abrégé des obligations des 368 RAN Chrétiens. IV. Réflexions morales sur les quatre Evangiles, 4 vol. in-12; et des Conférences sur le même sujet, aussi en quatre vol. V. Instructions et Maximes, in-12. VI. Conduite Chrétienne, composée pour Mad. de Guise, in-12. VII. Un grand nombre de Lettres Spirituelles, en 2 vol. in-12. Elles ne renferment pas à beaucoup près toutes celles qu'il a écrites. Il étoit en relation avec un grand nombre d'écrivains, « et il ne manquoit pas, dit d'Avrigni, de les payer d'un compliment fort gracieux, lorsqu'ils lui envoyoient leurs ouvrages. » VIII. Plusieurs Ecrits au sujet des études monastiques. IX. Relations de la vie et de la mort de quelques Religieux de la Trappe, en 4 vol. in-12, auxquelles on en a ensuite ajouté deux. X. Les Constitutions et les Réglements de l'Abbaye de la Trappe, 1701, 2 vol. in-12. XI. De la sainteté des devoirs de l'état Monastique, 1683, 2 vol. in-4°, avec des Eclaircissemens sur ce livre, 1685, in-4°... Voyez les Vies de l'abbé de Rancé, composées par Maupeou, par Marsollier, et par Dom le Nain. Consultez aussi l'Apologie de Rancé par Dom Gervaise, contre ce qu'en dit Dom Vincent Thuillier, dans son Histoire de la contestation excitée au sujet des Études monastiques, au tome premier des Œuvres posthumes de Thierry Ruinart et Jean Mabillon. Il y a quelques bonnes réflexions dans cette Apologie, mais trop de hauteur et de vivacité. Voyez III. NEVERS. I. RANCHIN, (Étienne) né vers 1500, mort en 1583 à 83 ans, à Montpellier où il profes- soit le droit, se fit un nom parmi les jurisconsultes de son temps, par ses ouvrages sur la jurisprudence; le principal est Miscellanea decisionum Juris: traduits en françois, à Genève, 1709, in-folio.
II. RANCHIN, (Guillaume) parent du précédent, étoit avocat du roi à la cour des aides de Toulouse. On a de lui: Révision du Concile de Trente, in-8°. Ce livre, imprimé en 1600, a fait jeter des soupçons sur sa catholicité; plusieurs ont même assuré que Ranchin étoit réellement Protestant. Il est certain que l'auteur a été trop loin, et que dans les nullités qu'il trouve dans ce concile œcuménique, il a emprunté le langage des novateurs de ce temps-là. Ce qu'il dit au sujet des griefs que la France avoit contre cette célèbre assemblée, a paru moins fort et plus raisonnable à plusieurs théologiens François.
III. RANCHIN, (Henri de) conseiller à la cour des comptes de Montpellier, de la même famille que les précédents, est auteur d'une assez mauvaise Traduction des Pseaumes en vers françois, 1697, in-12. — Un autre RANCHIN conseiller à la chambre de l'édit et originaire de Montpellier, est connu par quelques Poésies écrites d'un style foible, mais facile. Ce triolet si répandu: Le premier jour du mois de mai Par le plus beau jour de ma vie. . . est de lui. On lui attribué encore ces jolies Stances d'un Père à son fils, où néanmoins l'antithèse domine domine trop, peut-être par la faute du sujet : Phyllis, mes beaux jours sont passés; Et mon fils n'est qu'à son aurore, etc.
RANCONET, (Aimar de) né à Périgueux et fils d'un avocat qui s'étoit distingué à Bordeaux, se rendit lui-même très - habile dans le droit Romain, dans la vraie philosophie, dans les ma- thématiques et dans les antiqui- tés. Il devint conseiller au par- lement de Bordeaux, et ensuite président à celui de Paris, où il s'acquit la plus haute réputation par sa science et par sa capacité dans les affaires. Cujas lui dédia l'un de ses ouvrages. Le prési- dent de Ranconet écrivait bien en grec et en latin; et si l'on en croit Pithou, ce fut lui qui com- posa le Dictionnaire qui porte le nom de Charles Etienne. Pithou ajoute, que le cardinal de Lor- raine ayant fait assembler le par- lement de Paris, pour avoir son avis sur la punition des héreti- ques, Ranconet y porta les Œu- vres de Sulpice Sévère, et y lut l'endroit où il est parlé de Pris- cillien dans la Vie de St. Martin de Tours. Cet acte de bon ci- toyen ayant déplu au cardinal, Ranconet fut renfermé à la Bas- tille, où il mourut de douleur en 1559, âgé de plus de 60 ans. Tous les maux à la fois l'avoient assailli et avoient rempli ses jours d'amertume; la misère le réduisit à être simple correcteur des Etienne; il vit mourir sa fille sur un fumier, exécuter son fils, et sa femme fut écrasée par le tonnerre. On a de lui le Trésor de la Langue Françoise, tant ancienne que moderne, qui servit beaucoup à Nicot et à Monet R A N 369 pour la composition de leurs Dictionnaires.
RANDAN, Voyez ROCHE- FOUCAULD, n.º II, à la fin, et FOIX, n.º I.
RANDOLPH, (Thomas) poète Anglois, natif de la pro- vince de Northampton, mort en 1634, est auteur de diverses Poésies qui ne lui ont mérité que la seconde ou la troisième place sur le Parnasse Britanni- que. Il faisoit des vers à dix ans; Ben-Johnson surpris de ses talens précoces l'avoit adopté. — L'un de ses ancêtres, nommé aussi Thomas, fut employé par la reine Elizabeth dans diverses am- bassades, et mourut en 1590, à l'âge de soixante ans, après avoir publié une Relation de la Russie
RANGOUSE, (N...) auteur François sous le règne de Louis XIV, composa un Recueil de Lettres qu'il fit imprimer sans chiffres. Le relieur pouvoit ainsi placer celle que l'auteur vou- loit, la première; et par ce moyen, tous ceux à qui il don- noit ce volume, se voyant à la tête, en étoient plus reconnois- sans. « Les Lettres du bon homme Rangouse, dit Sorel, peuvent être appelées, à bon droit, Let- tres dorées, puisqu'il se vantoit de n'en composer aucune à moins de vingt ou trente pisto- les. » C'étoit vendre bien cher une très-mauvaise marchandise. Cet insipide recueil fut imprimé à Paris en 1648, in-8°, sous le titre de : Lettres Panégyriques aux Héros de la France. L'abbé de Marolles et d'autres auteurs semblables, se trouvent au nom- bre de ceux que Rangouse avec excès. Il falloit de tels héros à un pareil panégyriste.
RANNEQUIN, SUALÈME ou RENKIN, (N...) célèbre machiniste, né à Liège en 1648, s'est immortalisé par la fameuse MACHINE de Marly. Il s'agissoit de donner de l'eau à Marly et à Versailles, et il falloit pour cela faire monter l'eau au sommet d'une montagne élevée de 502 pieds au-dessus du lit de la rivière. C'est à quoi parvint Rannequin, par une machine composée de quatorze roues, qui ont toutes pour objet de faire agir deux pompes qui forcent l'eau à se rendre sur une tour élevée au sommet de la montagne. Cette machine donne 5258 tonneaux d'eau en 24 heures. On dit qu'elle a coûté plus de huit millions. Elle commença à agir en 1682. L'inventeur mourut en 1708.
RANS, (Bertrand de) imposteur célèbre, étoit un hermite natif de la ville de Rheims. Il vécut long-temps fort religieusement dans la forêt de Parthenai, et dans celle de Glacon près de Tournai. Las de sa solitude, il voulut se faire passer pour Baudouin I, empereur de Constantinople, comte de Flandre et de Hainaut. C'étoit environ 20 ans après la mort de ce prince que le roi des Bulgares avoit pris dans une bataille l'an 1205, et qu'il avoit fait mourir en prison l'année suivante. Bertrand de Rans parut en Flandre pour jouer son personnage. Jeanne fille aînée de l'empereur Baudouin, comtesse de Flandre et de Hainaut, refusant de le recevoir, ordonna à son conseil de l'interroger. Cet imposteur, après avoir écouté attentivement toutes les remontrances qu'on lui fit, répondit, avec une fierté étudiée : « Qu'ayant été fait prisonnier en Bulgarie, il y avoit été retenu près de 20 ans, sous une garde qu'il ne pouvoit tromper ni corrompre; mais qu'ensuite on s'étoit relâché de la rigueur avec laquelle on l'observoit; qu'il s'étoit évadé; qu'en chemin il avoit été repris par d'autres Barbares qui l'avoient mené en Asie sans le connoître; que pendant une trêve entre les Chrétiens et les Barbares d'Asie, des marchands Allemands à qui il s'étoit fait connoître, l'avoient racheté; et qu'ainsi il avoit eu le bonheur de revenir chez lui. » La comtesse de Flandre envoya en Grèce Jean évêque de Mételin, et Albert religieux de l'ordre de Saint-Benoît, qui étoient Grecs, pour s'informer de la vérité. Ces envoyés apprirent sur les lieux, que l'empereur Baudouin avoit été mis à mort dans la prison de Ternove en Bulgarie. Cependant une bonne partie de la noblesse de Flandre reconnut l'imposteur pour son souverain, pour son comte et pour empereur d'Orient. Son attentat eut un succès si heureux que la comtesse Jeanne fut obligée d'implorer le secours de Louis VIII roi de France, contre cet usurpateur. Enfin, elle eut le bonheur de le faire saisir, et après lui avoir fait subir la question dans laquelle il avoua tout, elle le fit promener par toutes les villes de Flandre et du Hainaut, pour détromper le peuple. Ce misérable fut ensuite pendu publiquement à Lille en Flandre.
RANTZAW, (Josias comte de) maréchal de France, gouverneur de Dunkerque, lieutenant général des armées du roi en Flandre, étoit de l'illustre maison de Rantzaw dans le duché de Holstein. Il porta les armes dans l'armée Suédoise, et il étoit à la tête d'un régiment de cavalerie et d'infanterie au siège d'Andernai. Il commandoit l'aile gauche de l'armée du prince de Birkelfeld au combat de Pakenau, contre le duc de Lorraine, en août 1633, et il se trouva au siège de Brisach au mois d'octobre suivant. Deux ans après il vint en France avec Oxenstiern chancelier de Suède, et fut retenu par le roi Louis XIII qui le fit maréchal de camp et colonel de deux régimens. Il alla servir l'an 1636 au siège de Dôle, où il perdit un œil d'un coup de mousquet. Il défendit vaillamment Saint-Jean-de-Lône en Bourgogne contre le général Galas qu'il obligea de lever le siège. En 1640 il servit à celui d'Arras, y perdit une jambe et fut estropié d'une main. L'année suivante il se trouva au siège d'Aire, et fut fait prisonnier au combat d'Honnecourt en 1642. Sa valeur se signala encore au siège de Gravelines en 1645, et il reçut le bâton de maréchal de France le 16 juillet par la faveur du cardinal Mazarin. L'assurance qu'il avoit donnée d'abjurer le Luthéranisme, contribua beaucoup à son élévation : il se fit Catholique la même année. Il servit les années suivantes en Flandre, et fut arrêté le 27 février 1649, sous quelques soupçons qu'on eut de sa fidélité. Mais s'en étant justifié, il sortit de prison le 22 janvier 1650, et mourut d'hydro- pisie le 4 septembre suivant, sans laisser d'enfants. Il étoit d'une belle figure et d'une taille avantageuse. Il avoit beaucoup d'esprit et d'éloquence : il possédoit les principales langues de l'Europe. Sa valeur étoit admirable dans les grandes actions ; mais elle dédaignoit, pour ainsi dire, les petits périls ; et il paroissoit nonchalant dans les occasions ordinaires de la guerre. Il aimoit le vin à l'excès, et cette passion déshonorante lui fit manquer quelques projets, et le livra à des emportemens qui auroient pu lui être funestes. Quoiqu'il eût été assez bien récompensé, il se plaignoit du ministère, qui à son tour se plaignoit de lui. On dit qu'à sa mort il n'avoit qu'un œil, qu'une oreille, qu'un bras, qu'une jambe, qu'un de tout ce que les hommes ont double, par les ravages que la guerre avoit faits sur son corps. Ce qui donna lieu de lui faire cette épitaphe : Du corps du grand RANTZAW tu n'as qu'une des parts ; L'autre moitié resta dans les plaines de Mars. Il dispersa par-tout ses membres et sa gloire. Tout abattu qu'il fut, il demeura vainqueur : Son sang fut en cent lieux le prix de sa victoire, Et Mars ne lui laissa rien d'entier que le cœur.
RAON, (Jean) sculpteur Parisien, mort en 1707, à 77 ans, orna de ses statues les jardins de Versailles. I. RAOUL, gendre de Robert usurpateur du trône de France, au commencement du 10e siècle, y monta après lui, du con- A a 2 cœur, de Penthièvre et d'Étam- pes. Quant aux biens de la famille de *Pisseleu*, l'héritier de cette dernière maison les porta dans celle de *Gouffier*.
**PISTORIUS**, (Jean) né à Nidda en 1546, s'appliqua d'a- bord à la médecine, et fut reçu docteur avec applaudissement; mais ses remèdes n'ayant pas le succès qu'il en espéroit, il se li- vra à la jurisprudence. Son sa- voir lui mérita la place de con- seiller d'*Ernest-Frédéric*, mar- grave de Bade-Dourlach. (*Voy.*
**ANDRÉ**, n.º XI.) Il avoit em- brassé la religion Protestante; mais il la quitta quelque temps après pour se faire Catholique. Il devint ensuite docteur en théo- logie, puis conseiller de l'empe- reur, prévôt de la cathédrale de Breslaw, et prélat domestique de l'abbé de Fulde. On a de lui: I. Plusieurs *Traités* de contro- verse contre les Luthériens. II. *Ar- tis Cabalisticæ Scriptores*, à Basle, 1587; recueil peu com- mun et recherché. III. *Scriptores rerum Polonicarum*. IV. *Scripto- res de rebus Germanicis*, en trois vol. in-folio, 1603 à 1613; re- cueil curieux et assez rare: il auroit pu être mieux digéré. L'auteur mourut en 1608, à cin- quante-deux ans.
**PITARD**, (Jean) Normand, premier chirurgien de *St. Louis*, occupa avec distinction la même place auprès des rois *Philippe le Hardi* et *Philippe le Bel*. La chirurgie n'avoit point encore eu de chef: cet homme sensible ne put voir sans indignation un art si nécessaire livré à une foule de charlatans, qui abusoient de la crédulité et de la santé de leurs semblables. Etayé de son crédit et des biens qu'il avoit acquis par ses talens, il entreprit de donner à la chirurgie une forme nou- velle, en fondant le collège ou la société des Chirurgiens à Paris. Ce fut lui principalement qui en dressa les *Statuts* l'an 1260; mais il ne les publia que plusieurs années après, confirmés par l'au- torité royale. Cet ami de l'hu- manité s'obligea le premier par serment à les observer, et son exemple fut suivi par ses con- frères. Il mourut vers 1311.
**PITAU**, (Nicolas) graveur d'Anvers, donna une grande idée de ses talens par la *Sainte-Fa- mille*, qu'il grava d'après *Ra- phaël*. L'art avec lequel le cuivre est coupé dans cet ouvrage, la correction et la fonte des con- tours, qui rendent le précieux et l'effet de l'original, peuvent ser- vir de modèle à ceux qui ont l'ambition d'exceller dans la gra- vure au burin. Parmi les ouvra- ges de *Pitau*, on remarque plu- sieurs Portraits qu'il grava d'a- près ses dessins, et notamment celui de *St. François de Sales*, revêtu du *Pallium*. Il mourut en 1671, à 38 ans. Il eut une fille qui grava le *Portrait*.
**PITAVAL**, *Voyez GAYOT*.
**PITHAGORE**, *Voy.*
**PITHA- GORE**.
**PITHEAS**, *Voyez PITHEAS*.
**PITHO** ou
**SUADA**, (Mythol.) déesse de l'éloquence, étoit fille de *Mercure* et de *Vénus*, à la- quelle on la donnoit quelquefois pour compagne. Elle est repré- sentée ordinairement avec un diadème sur la tête, pour expri- mer son empire sur les esprits. Elle a un bras déployé dans l'at- sentement de *Hugues* son beau-frère. Les deux prétendans à la couronne ayant consulté *Emme*, sœur de l'un et femme de l'autre, pour savoir lequel des deux elle choisirait pour roi; elle dit qu'elle aimeroit mieux baiser les genoux de son mari que ceux de son frère: et celui-ci, sans autre discussion, céda le sceptre à *Raoul*, qui le tint depuis 923 jusqu'en 936. Après se mort il y eut un interrègne en France jusqu'au retour de *Louis d'Outremer* fils de *Charles le Simple*; que les principaux seigneurs avoient rappelé d'Angleterre. Durant tout ce temps on data: *Depuis la mort de Raoul, Jésus-Christ régnant, et dans l'attente d'un Roi*.
II. RAOUL ARDENT, prêtre du diocèse de Poitiers, fut nommé *Ardent* à cause de la vivacité de son esprit et de l'ardeur de son zèle. Il suivit *Guillaume IX* comte de Poitiers, à la Croisade de 1101. On a de lui des *Homélies* latines, 1586, in-8°; traduites en françois, 1575, en deux vol. in-8°. On croit qu'il mourut dans la Palestine.
III. RAOUL DE CAEN, surnom qu'il tient du lieu de sa naissance en Normandie, est célèbre par son *Histoire de TANCREDE*, l'un des chefs de la première croisade. Il traite hautement de supercherie et d'imposture, la découverte de la *sainte Lance* que *Raimond d'Agiles*, autre historien de cette croisade, tâche de faire passer pour un événement incontestable. *Raoul* mourut vers 1115.
RAOUL Ier, duc de Normandie, *Voyez ROLLON*,
RAOUL DE COUCY, *Voyez COUCY*.
RAOUL DE HIGDEN, *Voyez HIGDEN*.
RAOUL DE PRESLE, *Voyez PRESLE*.
RAOULT, (*Guillaume*) né à Rouen, quitta sa patrie pour aller en Russie, où il devint professeur de belles-lettres Françoises à Moscow. Il est mort depuis quelques années. On a de lui: I. La *Traduction* d'une Dissertation d'*Épinus* sur la distribution de la chaleur sur le globe de la terre, 1762, in-4°. II. Divers *Discours* latins et des Vers françois sur le retour de la paix, la mort du duc d'*Orléans* et les événements du temps.
RAOUX, (*Jean*) peintre, né à Montpellier en 1677, mort à Paris en 1734, à 57 ans, fut reçu à l'académie en 1717. *Bon Boul-longne* lui donna les premières instructions de son art, et son séjour en Italie le perfectionna. Il trouva à son retour en France, un *Mécène* dans le grand-prieur de *Vendôme*, qui le logea dans son palais du Temple, où l'on voit quelques ouvrages de ce maître. *Raoux* étoit bon coloriste: il a peint avec succès le portrait, l'histoire, et souvent des morceaux de caprice.
RAPHAËL, (*l'Ange*) *Voyez TOBIE*. I. RAPHAËL SANZIO, né à Urbin l'an 1483, le jour du Vendredi-Saint, est de tous les peintres, celui qui a réuni le plus de parties, et est parmi ceux-ci ce qu'*Homère* est entre les poètes. Son père, peintre fort médiocre, l'occupe d'abord à peindre sur la faïence, et le mit ensuite chez le Pérugin. L'élève devint bientôt égal au maître; il puisa la beauté et les richesses de son art dans les chefs-d'œuvre des grands peintres. A Florence, il étudia les fameux cartons de Léonard de Vinci et de Michel-Ange; et à Rome, il sut s'introduire dans la chapelle que Michel-Ange peignoit. Cette étude lui fit quitter le manière qu'il tenoit du Pérugin, pour ne plus prendre que celle de la belle nature. Le pape Jules II fit travailler Raphaël dans le Vatican, sur la recommandation de Bramante célèbre architecte et son oncle. Son premier ouvrage pour le pape, fut l'Ecole d'Athènes. Sa réputation s'accrut par les autres morceaux qu'il peignit au Vatican, ou que ses disciples firent sur ses dessins. Son nom étant parvenu à François I, ce prince voulut avoir un Saint-Michel de sa main. Le monarque à la réception du tableau, lui marqua sa satisfaction par une somme considérable et qui parut à l'artiste trop au-dessus de son ouvrage. Il fit alors une Sainte-Famille, qu'il supplia le roi de vouloir bien accepter. Ce prince généreux répondit à Raphaël, que les Hommes célèbres dans les Arts, partageant l'immortalité avec les Grands, pouvoient traiter avec eux. Et il doubla la somme qu'il lui avoit accordée pour le précédent tableau, en l'invitant de passer en France pour s'attacher à son service. Mais Léon X qui l'avoit chargé après la mort de Bramante, de la reconstruction de la Basilique de Saint-Pierre, s'y opposa et le fixa à Rome, en lui accordant une pension considérable. Raphaël toujours sensible aux bontés du monarque François, voulut signaler sa reconnoissance, et se surpasser lui-même dans un grand ouvrage qu'il destina à lui être présenté, quoiqu'il fût demandé ailleurs. Ce fut la Transfiguration de Notre-Seigneur sur le Thabor, qu'on regarde comme le chef-d'œuvre de ce peintre et de la peinture. La mort ayant prévenu ce grand homme avant que son ouvrage fût terminé, il resta à Rome et se voit aujourd'hui à St-Pierre in Montorio. Raphaël mourut en 1520, à 37 ans, le même jour qu'il étoit né, épuisé par la passion qu'il avoit pour les femmes, et mal gouverné par les médecins à qui il avoit cédé la cause de son mal. Il refusa de se marier avec la nièce du cardinal de Sainte-Bibiane, parce qu'il se flattoit de le devenir, suivant la promesse que Léon X lui en avoit faite. Le cardinal Bembo lui fit cette épitaphe: Ille hie est Raphaël, timult quo sos- pite vinei Rerum magna parens, et morlente mori. Ce peintre forma un grand nombre d'élèves, qui se joignoient ordinairement à plusieurs amateurs pour l'accompagner à la promenade. Michel-Ange l'ayant rencontré un jour au milieu de ce cortège honorable, lui dit en passant d'un ton un peu caustique: Vous marchez suivi comme un Prévôt. — Et vous, lui répondit Raphaël, vous marchez tout seul comme le Bourreau. Il y eut beaucoup de jalousie entre ces deux peintres, comme il arrive presque toujours entre les grands artistes, lorsque leur ému- A a 3 lation n'est pas réglée par la sagesse et la modestie. *Raphaël* étoit bien fait pour donner de l'inquiétude à ses rivaux. Un génie heureux, une imagination féconde, une composition simple, un beau choix, beaucoup de correction dans le dessin, de grace et de noblesse dans les figures, de finesse dans les pensées, de naturel et d'expression dans les attitudes; tels sont les traits auxquels on peut reconnoître la plupart de ses ouvrages. Pour le coloris il est au-dessous du *Titien*, et le pinceau du *Corrège* est sans doute plus moelleux que le sien. *Raphaël* souffroit la critique lorsqu'elle étoit juste, et la repoussoit avec vivacité quand elle ne l'étoit pas. Deux cardinaux lui ayant reproché d'avoir fait dans un tableau les visages de *St. Pierre* et de *St. Paul* trop rouges. *Messeigneurs*, leur répondit-il, je les ai peints tels qu'ils sont dans le Ciel, où ils rougissent de ce que l'Eglise est si mal gouvernée. Les batailles de *Constantin* qu'il fit avec *Jules-Romain*, sont très estimées. Ses *Noces de Psyché* qui sont au petit Farnèse, présentent ce que ce grand maître a fait de plus sublime: les Graces, *Vénus* et les Amours, contrastent agréablement avec la fierté de *Mars*, de *Neptune* et de *Jupiter*. (*Voyez* ÉDELINCK.) Les *Dessins* de ce grand maître qu'il faisoit la plupart au crayon rouge, sont très-recherchés pour la hardiesse de sa main, et les contours coulans de ses figures. On a beaucoup gravé d'après lui. On compte parmi ses disciples, *Jules-Romain*, *Jean-François Penni* qu'il fit ses héritiers; *Pellegrin de Modène*, *Perrin del Vaga*, *Polidore* de *Caravage*, etc. *Raphaël* s'exerçoit aussi quelquefois à la sculpture, qu'il possédoit supérieurement. On montre à Rome, dans une chapelle à la *Madona del Popolo* dont il a peint la coupole, un *Jonas* de grandeur naturelle qu'on lui attribue, et qui passe pour un chef-d'œuvre.
II. RAPHAËL D'AREZZO ou DE REGGIO, mort en 1580, étoit fils d'un paysan qui l'occupoit à garder des oies; mais sa forte inclination pour la peinture l'entraîna à Rome, où il se mit sous la discipline de *Frédéric Zuccharo*. On fait cas de plusieurs morceaux de lui qui sont dans le Vatican, à Sainte-Marie-majeure, et dans plusieurs autres lieux de Rome.
RAPHELEN ou RAULEN-GHIEN, (*François*) né à Lanoy près Lille en 1539, vint de bonne heure à Paris, où il apprit le grec et l'hébreu. Les guerres civiles l'obligèrent ensuite de passer en Angleterre, où il enseigna le grec à Cambridge. De retour dans les Pays-Bas, il épousa en 1565 la fille du célèbre imprimeur *Christophe Plantin*. Il le servit pour la correction de ses livres qu'il enrichissoit de notes et de préfaces, et travailla sur-tout à la *Bible Polyglotte* d'Anvers, imprimée en 1571, par ordre de *Philippe II* roi d'Espagne. *Raphelen* alla s'établir en 1585 à Leyde, où *Plantin* avoit une imprimerie. Il y travailla avec son assiduité ordinaire, et mérita par son érudition d'être élu professeur en hébreu et en arabe dans l'université de cette ville. Ce savant mourut d'une maladie de langueur, causée par la perte de sa femme, le 20 juillet 1597, à 58 ans. Ses principaux ouvrages sont : I. Des Observations et des Corrections sur la Paraphrase chaldaïque. II. Une Grammaire hébraïque. III. Un Lexicon arabe, 1613, in-4.º IV. Un Dictionnaire chaldaïque qu'on trouve dans l'Apparat de la Polyglotte d'Anvers, et d'autres ouvrages. Joseph Scaliger en apprenant à Casaubon la mort de Raphelen, lui dit « que les savans dans les langues orientales ont perdu dans lui leur ami et leur modèle. » — Un de ses fils de même nom que lui, a aussi publié : I. Des Notes sur les Tragédies de Sénèque. II. Des Éloges en vers de cinquante savans avec leurs portraits, Anvers, 1587, in-folio. Il étoit digne de son père par son érudition. I. RAPIN, (Nicolas) né à Fontenai-le-Comté en Poitou, fut vice-sénéchal de cette ville, et vint ensuite à Paris, où le roi Henri III lui donna la charge de grand prévôt de la connétablie. Rapin fidelle à ce prince, ne voulut point se prêter aux fureurs des Ligueurs qui le chassèrent de Paris. Henri IV le rétablit dans sa charge ; mais son grand âge l'obligea de se retirer dans sa patrie, où il avoit fait bâtir une jolie maison qui fut l'asile des Muses. Le souvenir des illustres amis qu'il avoit à Paris, lui fit souhaiter de les voir encore une fois avant de mourir. Il termina sa carrière à Poitiers le 15 février 1609, à 74 ans. Il s'étoit fait lui-même cette épitaphe : Tandem Rapinus hie quiescit ille, qui Nunquam quievit, ut quies esset bonis. Impunè nunc grassentur et fur et latro. Musa, ad sepulchrum, Gallica et Latina gemant. Rapin a tenté de bannir la rime des vers françois, et de les construire à la manière des Grecs et des Latins, sur la seule mesure des pieds ; mais cette singularité contraire au génie de notre langue, n'a point été autorisée. Ses Œuvres latines furent imprimées en 1610, in-4.º Ce sont des Epigrammes, des Odes, des Élégies, etc. Ses vers sont pleins d'élégance, et l'on en trouve une bonne partie dans le tome 3e des Délices des Poètes Latins de France. On estime particulièrement ses Epigrammes à cause de leur sel et du tour aisé qu'il leur a donné. Parmi ses Vers françois, ceux qui lui ont fait le plus d'honneur, sont les Plaisirs de Gentilhomme champêtre, imprimés en 1583, in-12, et la Puce de mademoiselle Desroches : tout le reste ne mérite pas d'être cité. Rapin travailla à la Satire Ménipée, et quelques auteurs lui attribuent tous les vers de cette pièce ; d'autres disent qu'il fut aidé par Passerat. Les poètes de son temps consacrèrent des éloges funèbres à sa mémoire. Il laissa des enfans.
II. RAPIN, (René) Jésuite, né à Tours en 1621, mort à Paris le 27 octobre 1687, à 66 ans, est célèbre par son talent pour la poésie latine. Il s'y étoit consacré de bonne heure, et il enseigna pendant neuf ans les belles-lettres avec un succès distingué. A un génie heureux, à un goût sûr, il joignoit une probité exacte, un cœur droit, un caractère aimable et des mœurs douces. Il étoit naturellement honnête, et il s'étoit encore poli A a 4. dans le commerce des grands. Parmi ses différentes poésies latines, l'on distingue le *Poème des Jardins* : c'est son chef-d'œuvre. « Il est digne du siècle d'*Auguste*, dit l'abbé *des Fontaines*, pour l'élégance et la pureté du langage, pour l'esprit et les graces qui y règnent. L'agrément des descriptions y fait disparaître la sécheresse des préceptes, et l'imagination du poète sait délasser le lecteur par des fables, qui quoique trop fréquentes et quelquefois peu heureusement placées, sont presque toujours rantes. Plusieurs morceaux sont dignes de *Boileau* pour l'expression, et quelques peintures dignes de *Virgile* pour le tour et la vivacité : mais le Poème est plein d'incohérence ; nulle entente dans le plan, nulle union dans l'ensemble ; l'auteur est décousu ; *nescit ponere totum*. Il sautille plus qu'il ne marche, et quelque agréables et variés que soient ses tableaux, ils ennuient, parce qu'il n'a pas su les lier au sujet. » Plusieurs critiques ont prétendu que le Père *Rapin* n'étoit que le père adoptif de cet ouvrage, et qu'on le trouvoit dans un ancien manuscrit Lombard, qu'un prince de Naples conservoit dans sa bibliothèque. Mais quels garans donne-t-on d'une anecdote aussi singulière ? Des oui-dire sans fondement. *La Harpe* ne pense pas aussi avantageusement du poème *des Jardins* que l'abbé *des Fontaines*. *Rapin*, selon lui, est en général élégant, mais froid, et plus versificateur que poète. Les Jésuites ne faisoient pas moins de cas des *Eglogues* sacrées du *P. Rapin*, que de son Poème. Si celui-ci, disoient-ils, est digne des *Georgiques de Virgile*, celles- la méritent un rang distingué auprès des *Bucoliques*. Les gens de goût ont mis quelques restrictions à cet éloge. Quoique le *P. Rapin* fût bon poète, il n'étoit pas entêté de la poésie. *Du Perrier* et *Santeuil* parièrent un jour à qui feroit mieux des vers latins. *Ménage* n'ayant pas voulu être leur juge, ils convinrent de s'en rapporter au *P. Rapin*. Ils le trouvèrent qui sortoit de l'église. Ce Jésuite après leur avoir reproché vivement leur vanité, leur dit que les vers ne valoient rien, rentra dans l'église d'où il sortoit, et jeta dans le tronc l'argent qu'ils lui avoient consigné. On a encore du Père *Rapin* des *Œuvres diverses*, Amsterdam, 1709, 3 vol. in-12. On y trouve : I. Des *Réflexions* sur l'Éloquence, sur la Poésie, sur l'Histoire et sur la Philosophie. II. Les *Comparaisons* de *Virgile* et d'*Homme*; de *Démosthènes* et de *Cicéron*; de *Platon* et d'*Aristote*; de *Thucydide* et de *Tite-Live*; celle-ci et la pénultième sont moins estimées que les premières. III. Plusieurs ouvrages de piété, dont le dernier est intitulé : *La Vie des Prédestinés*, etc... Le recueil de ses *Œuvres* offre des réflexions judicieuses, des jugemens sains, des idées et des vues ; son style ne manque ni d'élégance ni de précision ; mais on y souhaiteroit plus de variété, plus de douceur, plus de grace. Ces qualités se font sur-tout désirer dans ses *Parallèles* des auteurs anciens. Le *P. Rapin* publioit alternativement des ouvrages de littérature et de piété ; cette variété fit dire à l'abbé de la *Chambre*, que ce Jésuite servoit Dieu et le Monde par semestre. La meilleure édition de ses *Poésies latines*, est celle de *Cramoisy* en 3 vol. in-12, 1681. On y trouve les Eglogues, les quatre livres des Jardins, et les Poésies diverses. Le Poème des *Jardins* a été traduit en notre langue par *Gazon d'Ourxigné*, Paris, 1772; mais cette traduction prolixe, peu fidelle, est semée de termes indécens qui ne se trouvent pas dans le poète latin. Toujours fidelle aux bien-sances de son état, jamais il ne chanta l'amour et ses transports, comme la traduction pourroit le faire soupçonner. On a donné une meilleure traduction avec le texte à côté, Paris, 1782, in-8. Elle auroit cependant été plus exacte et plus complète, si les traducteurs avoient eu sous les yeux, la belle édition de l'original donnée par le P. *Brotier*, avec des additions, des notes lumineuses, et la Dissertation du P. *Rapin, De Disciplinâ hortensis culturae*, Paris, 1780.
III. RAPIN DE THOYRAS, (Paul) né à Castres le 25 mars 1661, d'une ancienne famille originaire de Savoie, se fit recevoir avocat. La profession qu'il faisoit du Calvinisme étant un obstacle à son ayancement dans la magistrature, il résolut de suivre le métier des armes; mais sa famille n'y voulut point consentir. La révocation de l'édit de Nantes en 1685, et la mort de son père arrivée deux mois auparavant, le déterminèrent à passer en Angleterre où il arriva en 1686. Peu de temps après il repassa en Hollande, et entra dans une compagnie de cadets François qui étoit à Utrecht. Il suivit le prince d'Orange en Angleterre en 1688; et l'année suivante, Mylord *Kingston*, lui donna l'enseigne colonelle de son régiment, avec lequel il alla en Irlande. Il fut ensuite lieutenant, puis capitaine dans le même régiment, et se trouva à plusieurs sièges et combats, où il ne fut pas un spectateur oisif. *Rapin* céda sa compagnie, en 1693, à l'un de ses frères, pour être gouverneur de Mylord *Portland*. Il suivit ce jeune seigneur en Hollande, en France, en Allemagne, en Italie et ailleurs. Il se fit des amis dans les differens pays qu'il parcourut. Lorsqu'il eut fini l'éducation du duc de *Portland*, il se retira à la Haye, où il se livra tout entier à l'étude des fortifications et de l'histoire. Il se transporta en 1707, avec sa famille à Wesel. Ce fut alors qu'il travailla à son *Histoire d'Angleterre*. L'ouvrage qu'il publia sous ce nom, a eu un grand succès, et il le mérite à bien des égards. Mais on voit clairement que c'est en partie le chagrin, l'aigreur et la haine qui lui ont mis la plume à la main, et qu'il s'est orgueilleusement flatté de faire repentir sa patrie de l'avoir contraint à s'exiler. Tous nos rois, selon cet historien, ont été des princes injustes, toujours occupés à dépouiller leurs grands vassaux de leurs possessions, et ne se faisant aucun scrupule d'enfreindre les traités les plus solennels dès qu'ils entrevoyoient quelque avantage à les violer. Ses réflexions sur le caractère de la nation en général, ne sont pas moins outrageantes et moins odieuses. A ce défaut près, son *Histoire* est la plus complète, quoiqu'elle soit défectueuse à bien des égards. Il a avancé un grand nombre de faits sans les vérifier. Il n'étoit pas Anglois, et il écrivoit dans un pays étranger, sur la foi des livres qui trompent presque toujours. Son style est naturel, assez net, quelquefois brillant. Sa narration est vive; ses portraits ont du coloris et de la force, mais ils sont peu réfléchis. Cet historien mourut à Wesel le 25 mai 1725, à 64 ans, laissant un fils et six filles. Il savoit le grec, le latin, l'anglois, l'italien, l'espagnol; et il s'étoit fort appliqué aux mathématiques, surtout aux fortifications. Il aimoit aussi la musique, et connoissoit tous les bons ouvrages en ce genre. Naturellement sérieux, il n'étoit pas ennemi d'une joie décente et modérée. Dans les différentes situations de sa vie, il profita de tous les instans pour lire les bons livres et pour cultiver la société des gens de lettres et des gens à réflexion. Quelques-uns de ses supérieurs auroient mieux aimé qu'il eût passé son temps avec eux, pour se livrer aux choses frivoles qui les occupoient. S'il les éloigna quelquefois de lui par cette conduite, il se concilia aussi l'amitié de plusieurs grands, dont quelques-uns furent utiles à sa fortune. Les gens du monde le regardoient comme un homme d'honneur, les beaux esprits comme un bon écrivain, et les Calvinistes comme un Protestant zélé. Ses ouvrages sont : I. Son *Histoire d'Angleterre*, imprimée à la Haye, en 1725 et 1726, en 9 vol. in-4°, et réimprimée à Trévoux en 1728, en 10 aussi in-4°. On ajouta à cette édition des extraits de *Rymer*. On y joint ordinairement une continuation en 3 vol. in-4°, et les remarques de *Tindall* en deux. On en fit un *Abrégé* en 10 vol. in-12, à la Haye, 1730. La meilleure édition de la grande Histoire, est celle de M. le *Fèvre de Saint-Marc*, en 16 volum. in-4°, 1749. II. Une bonne *Dissertation sur les Wighs et les Torys*, imprimée à la Haye en 1717, in-8°. — *Rapin de Thoyras* etoit arrière petit-fils de *Philibert RAPIN*, maître d'hôtel du prince de *Condé*, qui ayant été envoyé au parlement de Toulouse pour y porter de la part du roi l'édit de pacification en 1558, y fut arrêté par ordre de cette cour, qui lui fit son procès en trois jours, et le fit décapiter le 13 avril de cette année, comme un des principaux auteurs de la conjuration de Toulouse, malgré l'amnistie que le roi avoit accordée.
RAPINE, (Claude) Célestin, né au diocèse d'Auxerre, et conventuel à Paris, fut envoyé en Italie pour réformer quelques monastères de son ordre. Le succès avec lequel il s'acquitta de cette commission, le fit choisir par le chapitre général pour corriger les *Constitutions* de son ordre, suivant les ordonnances des chapitres précédens. Ses principaux ouvrages sont : I. *De studii Philosophiae et Theologiae*. II. *De studii Monachorum*. Le P. *Mabillon* en a fait usage dans son *Traité des Etudes monastiques*. Ce pieux et savant religieux mourut en 1493.
RASARIO, (Jean-Baptiste) médecin, natif de Valdugia dans le Novarois, enseigna avec réputation à Venise et à Milan, fut de l'académie de *gli Affidati* de Padoue, et mourut d'une fièvre maligne en 1578, à plus de 60 ans. Quoiqu'il eût passé toute sa vie dans le célibat, il ne fut jamais soupçonné d'avoir recherché les plaisirs du mariage. Naturellement généreux, il traitoit les malades gratuitement, et nourrissait les nécessiteux comme s'il eût été leur père. On a de lui des *Traductions* latines de *Galien* et d'*Oribase*, etc.
RASATHAIM, *Voyez* CHUSAN.
RASCAS, (Bernard) gentilhomme Limousin, et selon quelques auteurs, parent des papes *Clément VI* et *Innocent VI*, se rendit célèbre dans le 14$^{e}$ siècle par son esprit, par sa capacité dans la jurisprudence, et par ses *Poésies Provençales*.
RASCHI, *Voyez* JARCHI.
RASCHIDI, *Voy.* ANVARI.
RASCHILD, *Voy.* II. AARON.
RASIS ou RHASÈS, fameux médecin Arabe au 10$^{e}$ siècle, connu aussi sous le nom d'*Almanzor* ou le *Grand*. C'étoit le *Gallien* des Arabes. Il opéroit avec fermeté, et il jugeoit avec circonspection. Il ne cessa jamais de lire ou d'écrire, jusqu'à un âge avancé qu'il devint aveugle. Il fut tué peu de temps après, vers l'an 935. Ses *Traités sur les maladies des Enfans*, sont encore estimés. *Rasis* est le premier qui ait écrit de la petite vérole. *Robert Etienne* donna en 1548, en grec, le Traité de ce médecin sur cette maladie funeste. On en a fait depuis à Londres une édition en arabe et en latin, 1767, in-8.$^{o}$ Ses autres Ouvrages se trouvent avec le *Trallien*, 1548 in-folio. Il tira son nom de *Rhasès* ou *Arazi*, de la ville de Ray en Perse, célèbre par son académie, où il naquit vers 860. Après s'être signalé par plusieurs guérisons, il eut la direction de divers hôpitaux et la place de médecin du calife *Moklader Billah*. Il étoit Mahométan.
RASPON, *Voyez* HENRI, n.$^{o}$ VII.
RASSICOD, (Etienne) avocat au parlement de Paris, né à la Ferté-sous-Jouare en Brie, se livra tout entier, pendant plusieurs années, à l'étude des poètes et des historiens les plus excellens, Grecs, Latins et François. Il s'attacha ensuite à *Caumartin*, et s'appliqua à l'étude du droit. Ses protecteurs lui procurèrent une place de censeur royal, et une autre au *Journal des Savans*. Les infirmités, suite ordinaire des grandes applications, accablèrent sa vieillesse, et l'emportèrent le 17 mars 1718, à 73 ans. Sa capacité, sa droiture et sa candeur le rendirent cher à ses confrères et au public. La connoissance qu'il avoit des langues et des belles-lettres, auroit été d'un grand secours pour l'éloquence du barreau; mais la délicatesse de son tempérament l'obligea à se renfermer dans son cabinet, c'est-à-dire à écrire et à consulter. On a de lui un ouvrage, intitulé : *Notes sur le Concile de Trente*, avec une Dissertation sur la réception et l'autorité de ce concile en France, 1706, in-8.$^{o}$ Cet ouvrage très utile, renferme des éclaircissements sur les points les plus importants de la discipline ecclésias. 380 RAS tique, et il est écrit avec beaucoup de netteté.
RASTALL, (Jean) savant imprimeur Anglois, étoit beau-frère de Thomas Morus. Versé dans la connoissance des mathématiques, de la jurisprudence et de l'histoire, il a fait plusieurs ouvrages et en a imprimé un plus grand nombre. Il est auteur d'une sorte de drame extraordinaire, où les interlocuteurs font la description de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique. Il est mort en 1536, en laissant un fils, Guillaume RASTALL, qui a marché sur ses traces, est devenu l'un des juges du banc du roi, et a publié un Abrégé des lois d'Angleterre.
RASTIGNAC, Voyez CHAT DE RASTIGNAC.
RATALLER, (George) né d'une famille noble à Leuwarde en 1528, fut fait conseiller au grand conseil de Malines en 1565, et président du conseil d'Utrecht en 1569. Il y mourut le 6 octobre 1581, avec la réputation d'un magistrat laborieux et intègre, et d'un savant littérateur. Nous avons de lui : I. Sophoclis tragediae latino carmine redditae, Anvers, 1570, in-12. II. Euripidis tragediae, 1581, in-12, en vers latins. III. Hesiodi opera, Francfort, 1546, en vers latins, etc.
RATBERT, Voy. PASCHASE RATBERT.
RATDOLT, (Erard) célèbre imprimeur Allemand, né à Augsbourg dans le 15e siècle, alla s'établir à Venise. L'art typographique lui dut plusieurs innovations utiles. 1.º Le premier, il plaça un frontispice ou titre à la tête des volumes, et y mit le nom de l'imprimeur et du libraire, ainsi que la date de l'impression. 2.º Le premier, il inséra dans le corps de l'ouvrage des figures de mathématiques gravées en bois. 3.º Le premier, il disposa par la gravure les lettres initiales, les fleurons et les vignettes, dans l'intérieur de la planche, tandis qu'avant lui elles ne se faisoient qu'à la main et au pinceau. Ces changemens se trouvent dans un Calendrier imprimé par lui en 1476, petit in-folio, et dans les Elémens d'Euclide avec les commentaires de Campanus. Sur la fin de ses jours, Ratdolt revint dans sa patrie, où il mourut vers l'an 1506.
RATER, (Antoine) architecte Lyonnois, né le 26 avril 1729, s'étoit déjà avantageusement fait connoître par ses talens pour la construction, lorsque Soufflot passant à Lyon y dressa le plan d'ouvrir un nouveau quai et deux rues parallèles depuis la place des Terreaux jusqu'au bastion Saint-Clair. Rater l'exécuta. Après avoir acquis divers emplacements considérables dans ce local, il y fit bâtir plusieurs maisons remarquables par l'élégance de leur distribution. Ce quartier, le plus beau de Lyon, auroit été désert et sans débouché, si on n'y avoit établi une grande route de communication avec la Bresse ; Rater l'ouvrit, nivela le terrain en coupant des montagnes, et procura à sa patrie une avenue superbe, utile et très-fréquentée. Il acheta l'honneur de servir ses compatriotes en surmontant les obstacles que lui opposèrent souvent l'intérêt personnel et la malveillance. Bon, R A T 381 indulgent, plein de probité, le plus doux plaisir de sa vie fut celui d'obliger. Elle se termina le 4 août 1794, à Miribel près de Lyon, où il s'étoit réfugié et où il éprouva les angoisses du chagrin, de la proscription et du malheur, en voyant sa patrie en cendres, sa famille dispersée, et tous ses amis fugitifs ou immolés par le terrorisme.
RATHÈRE ou RATHIER, moine de l'abbaye de Lobbes, suivit en Italie *Hilduin* qui avoit été dépouillé de l'évêché de Liège. *Rathère* y obtint l'évêché de Vérone, dont il fut dépossédé quelque temps après. Il remonta sur son siège épiscopal; mais il en fut encore chassé par *Manassès* archevêque de Milan, qui, contre toutes les lois avoit été ordonné évêque de Vérone. *St. Brunon* archevêque de Cologne, dont *Rathère* avoit été précepteur, le fit nommer à l'évêché de Liège: mais il essuya le même sort qu'en Italie. S'étant élevé, peut-être avec trop de véhémence contre les vices dominans, un parti puissant parvint à le faire déposer. Il repassa en Italie, et fut de nouveau rétabli par le crédit de l'empereur *Othon* sur le siège de Vérone: mais s'étant livré comme à Liège à toute l'ardeur de son zèle contre les désordres qui y régnoient, il en fut chassé une troisième fois; ce qui donna lieu à ce vers: *Verona prasul, sed ter Ratherius exul.* Il vint alors en France, y acheta des terres, et obtint les abbayes de Saint-Amand, d'Aumond et d'Aunai. Il mourut à Namur en 974. L'épitaphe qu'il se com- pomposa lui-même, est un témoignage de son humilité. *Consuleuse pedes hominum, sal infa-* On a de lui: I. Des *Apologies*, des *Ordonnances Synodales*, des *Lettres* et des *Sermons*, qui se trouvent dans le tome second du Spicilège de Dom *Luc d'Achery*. II. Six livres de Discours (*Præloquiorum*,) dans le tome IX de l'*Amplissima Collectio* des Pères *Martenne* et *Durand*. *Pierre* et *Jérôme Ballerini* ont donné une édition complète de ses Œuvres, Vérone, 1765, in-fol.
RATKAI, (George) né en 1613, en Hongrie, d'une famille noble, embrassa l'état ecclésiastique et fut fait chanoine de l'église de Zagrab. Il y mérita la confiance du vice-roi de la Croatie *Jean Draskovits*, qui l'engagea à écrire l'histoire de cette province, et lui en facilita le moyen par le libre accès qu'il lui donna aux archives. Les fruits de ses recherches sont consignés dans un savant ouvrage, intitulé: *Memoria regum et Banorum regnorum Dalmatiæ, Croatiæ, Slavoniæ, inchoata ab origine sud usque ad annum* 1652, Vienne, 1652, in-fol.
RATRAMNE, moine de l'abbaye de Corbie, florissoit dans le 9$^{e}$ siècle. Il étoit contemporain de *Hincmar*, contre lequel il publia deux *Livres sur la Prédestination*, dans lesquels il montre que la doctrine de *St. Augustin* sur la Grace est la seule doctrine Catholique. On les trouve dans les *Vindiciæ Prædestinationis*, 1650, 2 vol. in-4.$^{o}$ On a encore de lui plusieurs autres traités: I. *De l'Enfantement de* titude de la déclamation, et tient de l'autre main un foudre et des chaînes de fleurs, signifiant le pouvoir de la raison et le charme du sentiment, qu'elle sait également employer. On voit à ses côtés un caducée, symbole de la persuasion; et les écrits de *Démosthène* et de *Cicéron*, les deux orateurs qu'elle a le plus favorisés.
PITHOIS, (le Père N.) Mihime de la province de Champagne, se consacra pendant quelque temps à la chaire. Mais s'étant dégoûté de son état, il se retira à Sédan, où il embrassa la religion Protestante, et où il mourut en 1676, âgé d'environ 80 ans. Il s'étoit fait recevoir avocat, et il réussit dans le barreau; mais il seroit inconnu sans un livre singulier, intitulé: *L'Apocalypte de Méliton*, ou *Révélation des mystères Cénobitiques*; 1662, in-24, et 1668, in-12. Ce livre très-satirique est l'âbrégé, en partie, d'un Traité du célèbre évêque de Belley (*J. P. Camus*), publié sous ce titre: St. Augustin, de l'ouvrage des *Moines*, assorti de réflexions sur l'usage du temps, Rouen, 1633, in-8.
PITHON-CURT, (l'abbé) mort en 1780, avoit publié en 1743 l'*Histoire* de la noblesse du comtat Venaissin, en quatre vol. in-4. Plusieurs généalogies paroissent bien dressées et bien appuyées; d'autres ont souffert des difficultés: la malignité étant toujours prête à contredire la vanité. I. PITHOU, (Pierre) naquit le premier novembre 1539, à Troye en Champagne, d'une fa- mille distinguée. Après avoir reçu une éducation domestique, il vint puiser à Paris sous *Turnèbe*, le goût de l'antiquité. De Paris il passa à Bourges, où il vint acquérir sous le célèbre *Cujas*, toutes les connaissances nécessaires à un magistrat. Ses premiers pas dans la carrière du barreau ne furent pas bien assurés. Il avoit autant de timidité que de génie, et cette timidité glaçant son esprit, il fut obligé de renoncer à une profession qui demande de la hardiesse. Le Calvinisme faisoit alors des ravages sanglans en France; *Pithou*, imbu des erreurs de cette sète; faillit à perdre la vie dans l'horrible boucherie de la Saint-Barthélemi. Devenu Catholique l'année d'après, il fut substitut du procureur général, puis procureur général en 1581 dans la chambre de justice de Guienne. Il occupoit la première place, lorsque *Grégoire XIII* lança un Bref contre l'ordonnance de *Henri III*, rendue au sujet du concile de Trente. *Pithou* publiait alors un *Mémoire*, où, après avoir dévoilé les vues secrètes des auteurs du Bref, il défendit avec autant de force que de raison, la cause de la France et celle de son roi. *Henri IV* trouva en lui un citoyen non moins zélé. Quoiqu'il eût été entraîné dans la faction séditieuse de la Ligue, il fit tous ses efforts pour réduire Paris sous l'obéissance de son légitime souverain. Il étoit de la société des beaux esprits qui composèrent la Satire ingénieuse connue sous le nom de *Catholicon d'Espagne*; satire qui fit plus de mal aux Ligueurs que tous les raisonnemens des bons citoyens. Il publiait aussi un petit ouvrage in- 382 RAT Jésus-Christ, dans le Spicilège de d'Achery. II. De l'Ame. III. Un Traité contre les Grecs, en quatre livres, dans lequel il justifie les Latins. IV. Un Traité du Corps et du Sang de Jésus-Christ, contre Paschase Ratbert. Le docteur Boileau le publia en 1686, in-12, avec une traduction françoise et des notes. Le traducteur l'orna en même temps d'une Préface, dans laquelle il démontre contre les Calvinistes, que le Traité de Ratramne n'est nullement favorable à leurs opinions, comme ils le prétendent ordinairement. Ratramne entreprend d'y prouver deux choses : la première que le Corps et le Sang de Jésus-Christ qui sont reçus dans l'Eglise par la bouche des Fidelles, sont des figures, si on les considère par l'apparence visible et extérieure du pain et du vin, quoiqu'ils soient véritablement le Corps et le Sang de Jésus-Christ par la puissance du Verbe Divin : la seconde, que le Corps de Jésus-Christ dans l'Eucharistie est différent, non en soi et quant à la substance, mais quant à la manière d'être, du Corps de Jésus-Christ tel qu'il étoit sur la terre, et tel qu'il est dans le ciel, sans voile et sans figure. Le Traité du Corps et du Sang de Jésus-Christ fut imprimé en latin, avec une Défense, en 1712, in-12. On trouve dans les Ecrivains ecclésiastiques d'Oudin, article RATRAMNE, une Lettre curieuse de celui-ci sur les Cynocéphales, ou sur les hommes qui ont une tête de chien. Il y a toute apparence que ces prétendus hommes étoient des singes ; quoiqu'il soit possible que la partie inférieure du visage devenue trop saillante ; ait donné à quelque familles une espèce de physionomie canine.
RAVAILLAC, (François) issu par femmes de Poltrot, suivant Pasquier, étoit fils d'un praticien d'Angoulême, dont il suivit quelque temps la profession. Il prit ensuite l'habit chez les Feuillans. Ses idées noires, ses visions et ses extravagances le firent chasser du cloître six semaines après. Accusé d'un meurtre sans pouvoir en être convaincu, il échappa au châtiment qu'il méritoit et redevint solliciteur de procès. Il en perdit un en son nom pour une succession. Ce malheur le réduisit à une telle misère, qu'il fut obligé pour subsister de faire le métier de maître d'école à Angoulême. Les excès, les libelles et les sermons des Ligueurs avoient dérangé son imagination dès sa première jeunesse, et lui avoient inspiré une grande aversion pour Henri IV. Quelques prédicateurs, trompettes du fanatisme, enseignoient alors qu'il étoit permis de tuer ceux qui mettent la religion Catholique en danger ou qui font la guerre au pape : Ravaillac né avec un caractère sombre et une humeur atrabilaire, saisit avidement ces principes abominables. Au seul nom de Huguenot il entroit en fureur. La dure nécessité où il se vit réduit, la perte de son procès, les tristes réflexions qu'il fit sur son emprisonnement et sur son expulsion du cloître, irritèrent de plus en plus sa bile. Il prit la résolution exécrable d'assassiner Henri IV, que son imagination échauffée lui faisoit regarder comme un fauteur de l'hérésie qui alloit faire la guerre au pape. Il partit d'Angoulême six mois avant son crime, « dans l'intention, disoit-il, de parler au roi, et de ne le tuer qu'autant qu'il ne pourroit pas réussir à le convertir. » Il se présenta au Louvre sur le passage du roi à plusieurs reprises, fut toujours repoussé, et enfin s'en retourna. Il vécut quelque temps, moins tourmenté par les visions qui l'agitoient. Mais vers Pâques il fut tenté avec plus de violence que jamais, d'exécuter son dessein. Il vint à Paris, vola dans une auberge un couteau qu'il trouva propre à son exécrable projet, et s'en retourna encore. Étant près d'Étampes, il cassa entre deux pierres la pointe de son couteau dans un moment de repentir, la refit presque aussitôt, regagna Paris, suivit le roi pendant deux jours. Enfin, toujours plus affermi dans son dessein, il l'exécuta le 14 mai 1610. Un embarras de charrettes avoit arrêté le carrosse du roi au milieu de la rue de la Ferronnerie, qui étoit alors fort étroite. *Ravaillac* monte sur une des roues de derrière, et avançant le corps dans le carrosse au moment que ce prince étoit tourné vers le duc d'Épernon, assis à son côté pour lui parler à l'oreille, il lui donna dans la poitrine deux coups de poignard. Le second lui coupa l'artère du poumon et fit sortir le sang avec tant d'impétuosité, que ce grand roi fut étouffé en un instant, sans proférer une seule parole. Le monstre eût pu se sauver sans être reconnu; mais étant demeuré à la même place, tenant à la main le couteau encore dégoûtant de sang, le duc d'Épernon le fit arrêter. On le conduisit d'abord à l'hôtel de Retz et ensuite à la conciergerie. Son procès ayant été dressé, il fut tiré à quatre chevaux et écartelé à la place de Grève, le 27 mai 1610, âgé d'environ 32 ans, après avoir constamment persisté à dire dans tous ses interrogatoires, qu'il n'avoit point de complices. Les deux docteurs de Sorbonne qui l'assistèrent à la mort, *Filesac* et *Gamache* ne purent rien arracher de lui, parce qu'apparemment il n'avoit rien à dire. (*Voyez* I. COTTON.) Le scélérat prêt à expirer demanda l'absolution à *Filesac*, qui insista à la lui refuser, à moins qu'il ne voulût déclarer ses complices et ses fauteurs. *Ravaillac* lui répondit qu'il n'en avoit point; et le confesseur ayant répliqué qu'il ne pouvoit l'absoudre, il demanda qu'on lui donnât l'absolution sous condition, c'est-à-dire au cas qu'il dit la vérité. Alors *Filesac* lui dit: *Je le veux bien; mais si vous mentez, au lieu d'absolution je vous prononce votre damnation... Pierre de l'Étoile* qui rapporte ces faits, assure que le monstre ajouta: *Je la reçois et je l'accepte à cette condition*. Le peuple au commencement de l'exécution, lui avoit refusé le SALVE REGINA, en criant: *Il ne lui en faut point... Il est damné comme Judas!...* Pendant l'exécution, un des chevaux qui le démembroient ayant été recru, un certain homme qui étoit près de l'échafaud descendit de celui qu'il montoit pour le mettre à la place, afin de le mieux déchirer. « Aussitôt qu'il fut mort, dit toujours l'Étoile, le bourreau l'ayant démembré, voulut en jeter les quartiers au feu; mais le peuple se ruant impétueusement dessus, il n'y eut 384 R A V fils de si bonne mère qui ne voulût avoir sa pièce, jusqu'aux enfans qui en firent du feu au coin des rues. Quelques villageois même ayant trouvé moyen d'en avoir quelques lopins, les brûlerent dans leur village. Dès qu'on le menoit au supplice; il se trouva un si grand concours de peuple autour du tombereau animé contre ce parricide, que les gardes et archers eurent bien de la peine à le sauver de sa fureur, chacun y voulant mettre la main avec tel tumulte, tels hurlemens et malédictions, qu'on ne s'entendoit point: si que tous ces gens armés ne purent garantir ce méchant de force gourmandes et horions, ni même des ongles et dents de quelques femmes... On n'entrera point dans des détails et dans un amas de circonstances que personne n'ignore, sur le caractère des personnes auxquelles on a attribué ce détestable parricide: on dira seulement qu'il est très-difficile de décider si parmi ces personnes, il y en eut quelqu'une qui trempa dans cet horrible forfait. Le duc de Sully assure que le cri public désigne assez ceux qui ont armé le bras du monstre. Mais on répond que les Mémoires de ce ministre ayant été composés par ses secrétaires, dans le temps qu'il étoit disgracié par Marie de Médicis, il n'est pas étrange qu'on y laisse échapper quelques soupçons sur cette princesse que la mort d'Henri IV rendoit maîtresse du royaume, et sur le duc d'Epernon qui avoit servi à la faire déclarer régente. Les conjectures odieuses que les autres historiens ont recueillies sans examen, paroissent détruites d'une manière victorieuse par les réflexions suivantes. Elles sont d'un homme qui a soigneusement examiné ces faits: Mézerai, suivant lui, plus hardi que judicieux, fortifie ces soupçons; et celui qui vient de faire imprimer le sixième tome des Mémoires de Condé, fait ses efforts pour donner au misérable Ravaillac les complices les plus respectables. N'y a-t-il donc pas assez de crimes sur la terre? faut-il encore en chercher où il n'y en a point? On accuse à la fois le Père Alagona Jésuite, oncle du duc de Lerme, tout le conseil Espagnol, la reine Marie de Médicis, la maîtresse d'Henri IV, Mad. de Verneuil, et le duc d'Epernon. Choisissez donc: si la maîtresse est coupable, il n'y a pas d'apparence que l'épouse le soit: si le conseil d'Espagne a mis dans Naples le couteau à la main de Ravaillac, ce n'est donc pas le duc d'Epernon qui l'a séduit dans Paris, lui que Ravaillac appeloit Catholique à gros grain, comme il est prouvé au procès; lui qui d'ailleurs empêcha qu'on ne tuât Ravaillac à l'instant qu'on le reconnut tenant son couteau sanglant, et qui vouloit qu'on le réservât à la question et au supplice. Il y a des preuves, dit Mézerai, que des prêtres avoient mené Ravaillac jusqu'à Naples. Je réponds qu'il n'y a aucune preuve. Consultez le procès criminel de ce monstre, vous y trouverez tout le contraire. Je sais que les dépositions vagues d'un nommé Dujardin et d'une d'Escomans, ne sont pas des allégations à opposer aux aveux que fit Ravaillac dans les tortures. Rien n'est plus simple, plus ingénu, moins embarrassé, moins incons- tant tant, rien par conséquent de plus vrai que toutes ses réponses. Quel intérêt auroit-il eu à cacher les noms de ceux qui l'auroient abusé? On conçoit bien qu'un scélérat, associé à d'autres scélérats de son espèce, cèle d'abord ses complices. Les brigands s'en font un point d'honneur : car il y a de ce qu'on appelle honneur jusque dans le crime; cependant ils avouent tout à la fin. Comment donc un jeune homme qu'on auroit séduit, un fanatique à qui on auroit fait accroire qu'il seroit protégé, ne décèleroit-il pas ses séducteurs? Comment dans l'horreur des tortures, n'accuseroit-il pas les imposteurs qui l'ont rendu le plus malheureux des hommes? N'est-ce pas là le premier mouvement du cœur humain? *Ravaillac* persiste toujours à dire dans ses interrogatoires : *J'ai cru bien faire en tuant un Roi qui vouloit faire la guerre au Pape. J'ai eu des visions, des révélations ; j'ai cru servir Dieu. Je reconnois que je me suis trompé, et que je suis coupable d'un crime horrible ; je n'y ai jamais été excité par PERSONNE.* Voilà la substance de toutes ses réponses. Il avoue que le jour de l'assassinat il avoit été dévotement à la messe : il avoue qu'il avoit voulu plusieurs fois parler au roi, pour le détourner de faire la guerre en faveur des princes hérétiques : il avoue que le dessein de tuer le roi l'a déjà tenté deux fois ; qu'il y a résisté ; qu'il a quitté Paris pour se rendre le crime impossible ; qu'il y est retourné vaincu par son fanatisme. Il signe l'un de ses interrogatoires, *François Ravaillac* : Que toujours dans mon cœur Qui ne reconnoit, qui ne voit à ces deux vers dont il accompagna sa signature, un malheureux dévot, dont le cerveau égaré étoit empoisonné de tous les venins de la Ligue? Ses vrais complices étoient la superstition et la fureur qui animèrent *Jean Châtel*, *Pierre Barrière*, *Jacques Clément* ; c'étoit l'esprit de *Polirot* qui assassina le duc de *Guise* ; c'étoient les maximes de *Balthazard Gérard*, assassin du grand prince d'*Orange*... Il me paroît enfin bien prouvé par l'esprit de superstition, de fureur et d'ignorance qui dominoit, et par la connoissance du cœur humain, et par les interrogatoires de *Ravaillac*, qu'il n'eut aucun complice. Il faut sur-tout s'en tenir à ses confessions faites à la mort devant les juges. Ces confessions prouvent expressément que *Jean Châtel* avoit commis son parricide dans l'espérance d'être moins damné, et *Ravaillac* dans l'espérance d'être sauvé. » *M. Anquetil*, dans son *Intrigue du Cabinet sous Henri IV et Louis XIII*, pense comme ceux qui croient que *Ravaillac* n'eut pas de complices, et s'appuie à peu près sur les mêmes raisons. Il remarque judicieusement qu'il ne faut pas toujours de l'argent et des promesses pour armer de pareils monstres : des murmures sourds, des plaintes trop bardies, des déclamations licencieuses, de tristes conjectures, peuvent enflammer ces tempéramens bilieux, ces hommes dévorés d'un feu sombre, qui se nourrissent de mélancolie. « On a vu, conclut-il enfin, par les aveux de *Ravaillac*, que c'étoit un de ces fanatiques d'état si dangereux, qui sont peut-être plus communs B b qu'on ne pense. » Quoique les accusations intentées contre les Jésuites aient été répétées par quelques satiriques obscurs, dans le temps de leur destruction en France, nous ne prendrons pas la peine de les réfuter. Pouvoir-on croire ces religieux assez insensés, pour avoir contribué à enfoncer le poignard dans le sein d'un prince qui les avoit rappelés et qui les combloit de biens ? « J'ai eu (dit *Bayle*, lettres choisies, t. 3, p. 230.) la curiosité de lire ce qu'ils ont répondu aux accusations de leurs ennemis, ce qu'on leur a répliqué, ce qu'ils ont répliqué eux-mêmes ; et il m'a paru qu'en plusieurs choses leurs accusateurs demeuroient en reste. Cela m'a fait croire qu'on leur impute beaucoup de choses dont on n'a aucunes preuves ; mais que l'on croit facilement à l'instigation des préjugés. »
RAVANEL, chef des Camisards, avoit encore plus de bravoure que de fanatisme. Sachant que sa tête étoit mise à prix, il eut la hardiesse de venir trouver le maréchal de *Villairs*, et lui demanda les mille écus de récompense en se découvrant. Le maréchal lui pardonna et lui fit compter la somme. Mais l'année suivante ayant été reconnu pour le chef d'une conspiration en Languedoc, il fut brûlé vif en juin 1705. « *Ravanel* et *Catinat*, (dit M. de *Berwick* dans ses excellens et véridiques *Mémoires*,) qui avoient été grenadiers dans les troupes, furent brûlés vifs à cause des sacrilèges horribles qu'ils avoient commis. *Billar* et *Jonquet* furent roués : le premier s'étoit chargé d'exécuter le projet formé contre M. *Basville* et moi ; il l'avoua et sembloit s'en faire gloire... Le même jour que j'entrai dans la province l'on prit un nommé *Castanet* prédicant, lequel fut roué à Montpellier, convaincu de toutes sortes de crimes énormes, et non pour fait de religion comme on a affecté de le publier... Je sais qu'en beaucoup de pays on a voulu noircir ce que nous avons fait contre ces gens-là ; mais je puis protester en homme d'honneur, qu'il n'y a sortes de crimes dont les Camisards ne fussent coupables. Ils joignoient à la révolte, aux sacrilèges, aux meurtres, aux vols et aux débordemens, des cruautés inouies, jusqu'à faire griller des prêtres, éventrer des femmes grosses et rôtir les enfans. »
RAVASINI, poète Latin, né à Parme, chanta les plaisirs de la campagne. Ses poésies pleines de fraîcheur furent publiées en 1706 et en 1711. Les Mémoires de Trévoux, janvier 1707 et octobre 1711, en ont rendu un compte avantageux. *Ravasini* étoit l'ami du Père *Vanière* qui suivoit la même carrière.
RAVAUD, *Voy. IV. REMI.*
RAVESTEYN, (Jean) peintre Hollandois, se distingua par l'énergie de son pinceau vers l'an 1580. — Un autre peintre de son nom, *Hubert*, né à Dordrecht en 1647, a peint avec succès le paysage, les foires et les rassemblements de peuple. — *Nicolas RAVESTEYN*, né à Bommel en 1661, excella dans le genre de l'histoire et du portrait.
RAVISIUS TEXTOR, *Voyez TIXIER.*
**RAVIUS** ou
**RAVE**, (Chrétien) né à Berlin en 1613, voyagea en Orient, où il apprit les langues turque, persane et arabe, et d'où il rapporta des manuscrits précieux. De retour en Europe, il professa les langues orientales à Utrecht, d'abord sans appointemens, et ensuite avec une pension de six cents florins que la ville lui décerna. *Ravius* fut un des savans de la cour de la reine *Christine* de Suède. Enfin il professa les langues orientales à Kiel, puis à Francfort sur le Mein, où il mourut le 21 juin 1677, à 64 ans. On a de lui : I. Un *Plan d'Orthographe et d'Etymologies Hébraïques*. II. Une *Grammaire Hébraïque, Chaldaïque, Syriaque, Arabe, Samaritaine et Angloise*; Londres, 1640, in-8.º III. Une *Traduction* latine de l'arabe, d'*Apollonius de Perge*. — Il ne faut pas le confondre avec *Jean RAVIUS* son fils, bibliothécaire de l'électeur de Brandebourg, qui a laissé des Commentaires sur *Cornelius-Nepos*, des *Aphorismes militaires* et d'autres écrits latins.
**RAULENGHIEN**, *Voy. RAPHELEN*. **I. RAULIN**, (Jean) naquit à Toulouse. Après avoir pris ses degrés dans l'université de Paris, il prêcha dans cette capitale avec beaucoup de succès. Il étoit entré dans l'ordre de Cluni en 1497, et il mourut en 1514, à 71 ans. En 1541 on recueillit ses *Sermons* in-8.º Ils peuvent servir tout au plus à donner une idée du mauvais goût qui régnoit en France dans le 15 siècle. Il prouve dans un de ses sermons la nécessité du jeûne, par ces deux comparaisons : *Un carrosse va plus vite quand il est vide : un navire qui n'est pas trop chargé ; obéit mieux à la rame*. Il se rendit plus recommandable par sa régularité que par les ouvrages moraux qu'il donna au public : ils sont dignes de l'oubli où on les laisse. On a encore de lui des *Lettres*, Paris, 1521, in-4.º, peu communes. Elles contiennent quelques faits de son temps, et beaucoup d'avis salutaires pour la conduite ; mais le grand nombre d'allégories et de figures forcées qui y sont répandues, les gâtent tous. Ses *Ouvrages* furent recueillis à Anvers, 1612, en six vol. in-4.º
**II. RAULIN**, (Jean-Facond) Espagnol, a fleuri dans le 18$^{e}$ siècle, et nous a laissé une *Histoire Ecclésiastique du Malabar*, imprimée à Rome, in-4.º Elle est pleine de particularités curieuses et de contes populaires.
**III. RAULIN**, (Joseph) médecin ordinaire du roi, censeur royal, membre des académies de Bordeaux, de Rouen et de celles des Arcades de Rome, mort à Paris le 12 avril 1784, à 76 ans, étoit né à Aiguetinte dans le diocèse d'Auch en 1708. Il exerça d'abord sa profession à Nérao petite ville de Guienne, où son mérite fut méconnu parce qu'il parloit avec plus de savoir que d'agrément. Peu employé comme praticien, il se consacra à la théorie et le public y gagna. Nous avons de lui un grand nombre d'ouvrages, où une pratique sûre est fondée sur des observations justes et détaillées. Son style est clair, concis lorsqu'il le faut, élégant lorsqu'il doit l'être ; et il règne dans tous ses livres une B b 2 méthode naturelle, par laquelle le lecteur est toujours renfermé dans le point essentiel de son objet. Ses productions l'ayant annoncé à Paris, il s'y retira vers l'an 1755. Il fut aussi recherché dans cette capitale qu'il avoit été négligé en province. On le consulta de toutes parts; et le gouvernement l'employa à composer différens Traités importans, sur la manière d'élever les enfans, sur les accouchemens, sur les maladies des femmes en couche. Les principaux livres qu'il a donnés au public sont : I. *Traité des Maladies occasionnées par les promptes variations de l'air*, 1752, in-12. II. *Traité des Maladies occasionnées par les excès de chaleur, de froid, d'humidité et autres intempéries de l'air*, 1756, in-12. III. *Traité des affections vaporeuses du Sexe*, 1759, in-12. IV. *Traité des Fleurs blanches, avec la méthode de les guérir*, 1766, en 2 volum. in-12. V. *De la conservation des Enfans ou les Moyens de les fortifier, de les préserver et guérir des maladies*, 1768, 2 vol. in-12. VI. *Traité des Maladies des Femmes en couche*, 1771, in-12. VII. *Instructions succinctes sur les Accouchemens*, 1769, in-12. VIII. *Parallèle des Eaux minérales de France avec celles d'Allemagne*, 1777, in-12. IX. *Analyse des Eaux minérales de Provins. X. Examen de la houille regardée comme engrais*, 1775, in-12. XI. *Traité de la Phthisie pulmonaire*, 1784, in-8. Ce fut son dernier ouvrage, et ce ne fut pas le moins recherché, parce qu'il renferme des observations importantes, dont quelques-unes sont nouvelles. Cet habile médecin joignoit à ses con- connoissances les qualités sociales; il étoit bon père, bon époux, bon ami.
RAUST, (François-Louis) peintre, étoit bourgeois de Lucerne. Il mourut à la Haye vers 1730, à 68 ans.
RAUWOLF, (Leonard) médecin, natif d'Augsbourg, avoit une forte passion pour la botanique, qui le porta à se rendre en Syrie en 1573; il parcourut la Judée, l'Arabie, la Babylonie, l'Assyrie, l'Arménie, etc.; y amassa un grand nombre de plantes et de curiosités naturelles, et fit des observations sur les mœurs des peuples de ces contrées. Il révint dans sa patrie en 1576, mais les troubles qui l'agitoient l'obligèrent de se retirer en 1588 à Lintz, où il mourut en 1606 avec le titre de médecin des archidues d'Autriche. Il publia la *Relation* de son voyage en allemand, Francfort, 1582, in-4. Nicolas *Staphrost* l'a traduite en anglois, Londres, 1693. Le *Catalogue* des plantes que *Rauwolf* a observées au Levant, a été donné en latin par *Jean Frédéric Gronovius*, sous le titre de *Flora Orientalis*; Leyde, 1755, in-8. On voit encore dans la bibliothèque de Leyde, les plantes sèches que *Rauwolf* a rapportées en Europe.
RAWLEIGH, (Walter) né à Budley en Devonshire, d'une famille noble et ancienne, eut beaucoup de part aux expéditions maritimes du règne de la reine *Elizabeth*. C'étoit un génie élevé, audacieux et romanesque. Il alla dans l'Amérique méridionale en 1584. s'y rendit maître du pays de Mocosa et y introduisit. la première colonie Angloise. Pour faire sa cour à *Elizabeth*, il donna à ce pays le nom de *Virginie*. Cette princesse sensible à ses services et à ses attentions, le choisit en 1592, pour commander la flotte destinée à s'opposer aux progrès des Espagnols dans l'Amérique. *Rawleigh* se mit en mer avec quinze vaisseaux de guerre. Il causa de grandes pertes aux Espagnols, et leur enleva une caraque estimée deux millions de livres sterling. La reine le reçut à son retour comme un homme distingué; elle le nomma capitaine de sa garde et lui fit épouser une de ses dames d'honneur. *Rawleigh* se rembarqua en 1595, alla attaquer les Espagnols dans l'isle de la Trinité, brûla la ville de Saint-Joseph et fit prisonnier le gouverneur. Il remonta la rivière d'Orénoque l'espace d'environ 400 milles; mais n'ayant pu aborder dans la Guiane, il réduisit en cendres la ville de Comana. Revenu de ses voyages, il fit présent à la reine des statues d'or qu'il y avoit trouvées, et lui fit une description si avantageuse de ce pays, qu'en 1597 il fut envoyé avec la grande flotte destinée à enlever les galions des Espagnols. *Rawleigh* fit paraître beaucoup de valeur dans cette expédition, et sa conduite augmenta l'affection et l'estime de la reine *Elizabeth*. *Jacques I* eut moins de considération pour lui. Les jaloux de ce grand capitaine l'accusèrent auprès du monarque, d'avoir voulu mettre sur le trône *Arabelle Stuart* dame du sang royal, et il fut condamné à perdre la tête; mais le roi se contenta de le faire renfermer à la tour de Londres, où il de- meura treize ans. *Rawleigh* profita de cette retraite pour composer une *Histoire du Monde*. Cet ouvrage lui acquit une réputation qui fit oublier en partie les défauts de son caractère trop vaste et trop entreprenant. Les dispositions favorables du public augmentèrent en lui le désir et l'espérance de la liberté. Il se flatta de l'obtenir en publiant qu'il avoit découvert dans la Guiane, sous le règne d'*Elizabeth*, une mine d'or dont on pourroit tirer d'immenses richesses. *Jacques I* peu frappé d'un bruit contraire à la vraisemblance, fit sortir néanmoins *Rawleigh* de prison en 1616, et lui accorda même le commandement sur les aventuriers que la mine d'or attiroit en Amérique, mais sans le vouloir décharger de l'ancienne sentence portée contre lui. Le chevalier part avec douze vaisseaux, arrive sur les côtes de la Guiane, fait attaquer la ville espagnole de Saint-Thomas, malgré la paix conclue entre l'Espagne et l'Angleterre. On prend cette place, on n'y trouve aucun trésor et l'on désespère de trouver la mine. Les compagnons de *Rawleigh* le soupçonnent d'avoir voulu seulement enlever aux Espagnols leurs possessions dans ce continent, et le forcent à retourner avec eux en Angleterre. Le roi fait revivre l'ancienne sentence qui le condamnoit sans preuve pour crime de haute trahison. Dans le cours de la procédure *Rawleigh* montra quelque foiblesse. Intrépide au moment de l'exécution, il dit, en touchant la hache de l'exécuteur : *Voici un remède aigu, mais sûr pour tous les maux*. « Quoique plusieurs écrivains l'aient cru in- B b 3 nocent, on ne peut guères dou-ter, dit l'abbé *Millot*, que sous prétexte d'une mine chi-mérique, il n'en ait imposé au roi. Selon les principes étrangers que suivoient les Européens dans les conquêtes des Indes et de l'Amérique, il pensoit avoir acquis aux Anglois un droit incont-stable sur la Guiane, parce qu'il y avoit mis le pied autre-fois. Et d'ailleurs il prétendoit foilement que la paix avec l'Es-pagne ne regardoit pas le Nou-veau-Monde. C'étoit un de ces hommes dont le génie, faute d'être réglé par la raison, en-fante plutôt des monstres que de grandes choses. » Il eut la tête tranchée à Westminster le 29 octobre 1618. On a de lui : I. Son *Histoire du Monde* en anglois, in-8°, 1614. L'au-teur ne publia que la première partie; elle ne fut pas recher-chée d'abord : il jeta au feu la seconde. Cet ouvrage est confus et quelquefois peu exact. L'au-teur n'avoit pas la tête assez calme pour écrire avec clarté, ordre et vérité. II. Une *Relation* de son premier voyage à l'Amé-rique ou la *Découverte de la Guiane*, en latin, Nuremberg, en 1599, in-4°. Il y a des choses curieuses.
RAWLINS, (Thomas) graveur Anglois, a produit les coins des monnoies sous les rè-gnes de *Charles I* et de *Charles II*. Dans ses momens de loisir, il a fait des *Comédies*.
RAWLINSON, (Richard) antiquaire Anglois, mort en 1755, fonda une chaire d'Anglo-Saxon dans l'université d'Oxford et lé-gua à cette dernière ses livres, ses médailles, et beaucoup de ma- nucrits. Il a contribué à la pul-blication d'un grand nombre d'ou-vrages sur l'histoire et les anti-quités, et a traduit en anglois celui de *Lenglet du Fresnoy* sur la *Méthode d'étudier l'histoire*. Le cœur de *Rawlinson* renfermé dans une urne de marbre, est placé dans la chapelle du collège de Saint-Jean. — Un autre An-glois, nommé *Thomas RAW-LINSON*, mort en 1725, eut la manie de rassembler, à grands frais, une immense quantité de livres qui encombroient telle-ment son appartement qu'il ne pouvoit plus s'y tourner. C'est lui qu'*Addison* a peint dans le *Tatler* sous le nom de *Tom Folio*.
RAY, (Jean) né dans le comté d'Essex en 1628, étudia à Cambridge et fut membre du collège de la Trinité. Après avoir pris les degrés académiques, il fut ordonné prêtre de l'église Anglicane; mais son opposition aux sentimens des épiscopaux l'empêcha d'obtenir des béné-fices. L'étude de la nature le con-sola de la privation des biens ecclésiastiques. Il avoit tout ce qu'il falloit pour l'approfondir : un esprit actif, un zèle ardent, un courage infatigable. Il par-courut l'Écosse, la Hollande, l'Allemagne, l'Italie, la France et plusieurs autres pays, dans lesquels il fit des recherches la-borieuses. La Société royale de Londres s'empressa de le pos-séder en 1667, et le perdit le 17 janvier 1706. Il mourut à Black-Norley, à 77 ans. *Ray* passa sa vie en philosophe et la finit de même. Sa modestie, son affa-bilité, lui firent des amis illus-tres. Il n'étoit point comme cer- fains savans, avare de ses recherches : il les communiquoit avec un plaisir infini. Il joignoit aux connoissances d'un naturaliste, celles d'un littérateur et d'un théologien. Il a tant écrit que ses ennemis lui reprochèrent sa fécondité comme un vice. Ses ouvrages dans lesquels on trouve beaucoup de solidité, de sagacité et d'érudition, sont : I. Une *Histoire des Plantes*, en 3 vol. in-folio, 1686 et années suivantes. Le troisième imprimé en 1704, est le moins commun. II. Une *Nouvelle Méthode des Plantes*, Londres, 1682, in-8°, et Tubinge sous le nom de Londres, 1733, in-8°. III. Un *Catalogue des Plantes d'Angleterre et des Isles adjacentes*, Londres, 1677, in-8°, avec un supplément en 1688; et divers autres ouvrages de Botanique. Son système diffère beaucoup de celui de *Tournefort* : celui-ci ne distribue les plantes qu'en vingt-deux classes, au lieu que *Ray* en compte trente-trois. IV. Un *Catalogue des Plantes* des environs de Cambridge, 1660, in-8°, avec un Appendice de 1663, et un de 1685. V. *Stirpium Britannicarum extra Britannias nascentium Sylloge*, Londres, 1696, in-8°. VI. *Synopsis methodica Animalium quadrupedum et Serpentini generis*, Londres, 1724, in-8°. VII. *Synopsis methodica Avium et Piscium*, Londres, 1713, in-8°. VIII. *Historia Insectorum, cum Appendice Mart. Listeri de Scarabæis Britannicis*, 1710, in-4°. IX. *Methodus Insectorum*, in-8°. X. *Dictionariolum trilingue secundum locos communes*. Tous les ouvrages précédens sont en latin. ( *Voyez MUNTING.* ) Les principaux de ceux qu'il a écrits en anglois, sont : I. *L'existence et la sagesse de Dieu, manifestées dans les œuvres de la Création*. Ce livre a été traduit en françois, 1714, in-8°. II. Trois *Dissertations* sur le chaos et la création du monde, le déluge et l'embrasement futur du monde, dont la plus ample édition est celle de Londres, en 1713, in-8°. III. Une *Exhortation à la piété*, le seul fondement du bonheur présent et futur. Ce discours est contre *Bayle* qui nioit qu'une république composée de Chrétiens qui observe-tent exactement les préceptes de J. C., pût se soutenir. IV. Divers *Discours* sur différentes matières théologiques, imprimés à Londres en 1692, in-8°. V. Un *Recueil de Lettres philosophiques*, 1718, in-8°, qui ne font pas dans leur totalité un recueil précieux. — Il ne faut pas le confondre avec *Benjamin Ray* curé de Spalding, mort en 1760, dont les *Transactions philosophiques* renferment différens *Mémoires*.
II. RAY DE SAINT-GENIÈS ( Jacques-Marie ) chevalier de Saint-Louis, né à Saint-Geniès diocèse de Viviers, en 1712, est auteur de divers ouvrages sur l'art militaire. I. *L'Art de la guerre-pratique*, 1754, deux vol. in-12. II. *L'Histoire militaire de Louis XIII et de Louis XIV*; la première en trois vol., 1755, et la 2$^{e}$ en trois, 1766. III. *L'Officier Partisan*, 1763, deux vol. in-12. Il mourut en 1777.
RAYMOND, *Voyez RAYMOND*.
RAYNAL, ( Guillaume-François ) historien renommé, mem- B b 4 titulé : *Raisons pour lesquelles les Evêques de France ont pu de droit donner l'absolution à Henri de Bourbon, de l'excommunication par lui encourue ; même pour un cas réservé au saint Siège.* Ce livre, qu'il supposa traduit de l'italien, et qui fut imprimé en françois en 1593 et 1595, et en latin en 1594, éclaira les esprits et servit à les ramener à leur prince légitime. Enfin, après avoir vu triompher *Henri IV*, *Pithou* mourut le même jour qu'il étoit né, à Nogent-sur-Seine, le premier novembre 1596, à 57 ans. *Passerat* lui fit cette Epistaphe : *Hic, Pithæa, jacès, quondam memo-* *Parisique féro, Pierique choro.* *Ossa licèt tendant qui te genuère Tricasses,* *Longe tibi in libris vita futura suis.* *Pithou* traça ainsi son portrait dans son Testament. « Dans le siècle le plus malheureux et dont les mœurs sont les plus corrompues, j'ai été, autant qu'il m'a été possible, juste, honnête et fidèle. Sincère dans mon amitié, j'ai toujours préféré l'espérance de vaincre mes ennemis par mes bienfaits, et le mépris des injures au désir de la vengeance. J'ai toujours tendrement aimé ma femme; je n'ai point eu de foiblesse pour mes enfans; j'ai respecté l'humanité dans mes domestiques. J'ai détesté le vice dans ceux même qui me sont les plus chers, et j'ai aimé la vertu partout où je l'ai trouvée, même chez mes ennemis. J'ai fait tout ce qu'un homme sage doit faire pour conserver son bien; mais je me suis peu embarrassé d'augmenter le mien. Je n'ai jamais fait à autrui ce que je n'aurois pas voulu qu'on me fit à moi-même. J'ai méprisé toutes graces injustes, difficiles à obtenir ou vénales. Ennemi de l'avarice et des bassesses, je les ai toujours abhorrées, sur-tout dans les ministres de la religion et de la justice. J'ai toujours respecté la vieillesse et tendrement aimé ma patrie. J'ai préféré par goût le travail aux honneurs de la magistrature; j'ai mieux aimé éclairer les hommes que les dominer. J'ai reconnu avec grand plaisir, par ma propre expérience, qu'on arrivoit plus facilement et plus heureusement à son but par une droiture et une franchise éclairées, que par le manège, la fourberie et l'intrigue. J'ai préféré l'art de bien penser à celui de bien dire. J'ai regardé comme mes plus beaux jours, ceux que j'ai pu donner à l'état et à mes amis. J'espère que la part que j'avois dans la tendresse de ma chère épouse s'accroîtra à nos enfans; qu'elle se consacrera entièrement à leur éducation, et aux soins que demandent leurs personnes et leurs biens. » On a de lui : I. *Un Traité des Libertés de l'Eglise Gallicane*, qui sert de fondement à tout ce qu'on a écrit depuis sur cette matière. La meilleure édition est celle de Paris, 1731, 4 vol. in-fol. II. Un grand nombre d'*Opuscules*, imprimés à Paris, in-4°, 1609. III. Des *Editions* de plusieurs Monumens anciens, dont la plupart regardent l'Histoire de France. IV. Des *Notes* sur différens auteurs profanes et ecclésiastiques. V. *Un Commentaire sur la Coutume de Troyes*, in-4°. VI. Plusieurs autres Ouvrages sur la Jurisprudence Civile et Canonique. VII. Il bre des Académies de Londres et de Berlin, naquit à Saint-Geniès dans le Rouergue en 1713. Il entra de bonne heure chez les Jésuites. Beaucoup de vivacité et d'imagination annonçoient à ces Pères un de ces favoris de la nature que leur société s'empressoit d'adopter. Le jeune *Raynal* professa avec distinction, et ayant été ordonné prêtre, il prêcha; et s'il ne convertit personne, il eut de nombreux auditeurs, du moins en province. Son amour pour la liberté et l'indépendance s'accommodant peu du séjour du cloître et des collèges, il quitta les Jésuites vers 1748, et se fixa dans la capitale. Des compilations, telles que les *Anecdotes littéraires*, trois vol. in-12; les *Mémoires de Ninon de Lenclos*, in-12, et la rédaction du *Mercure de France*, furent ses ressources à Paris. Les spéculations du commerce lui paroissant devoir être plus favorables à sa fortune que les occupations littéraires, il s'y livra en 1768, et conçoit ensuite l'idée d'écrire l'*Histoire philosophique et politique des Etablissemens et du Commerce des Européens dans les deux Indes*. On a eu raison de dire qu'il auroit aussi bien fait de l'intituler : *Voyages et Histoire de l'Avarice*. Cet ouvrage publié en 1770, reçut d'abord un accueil assez équivoque; mais on en a fait ensuite en Europe plus de cinquante contrefaçons. « Cet écrit, dit la *Harpe*, avoit de quoi plaire à beaucoup de lecteurs : il offre aux politiques des vues et des spéculations sur tous les gouvernements du monde; aux commerçans, des calculs et des faits; aux philosophes, des principes de tolérance et la haine la plus décidée contre la tyrannie et la superstition; aux femmes, des morceaux agréables et dans le goût romanesque, sur-tout l'adoration la plus passionnée et l'enthousiasme de leurs attraits. » Cependant, malgré cet éloge, une critique sage y trouve quelques confusions, des disparates, des déclamations outrées contre les prêtres, les gouvernements, les lois et les usages; des récits scandaleux, peu de principes suivis, d'excellens mémoires à la vérité sur le commerce de quelques nations, mais beaucoup d'erreurs et d'inexactitudes. Son style est clair, élevé, noble; mais il prend trop souvent le ton d'un charlatan monté sur des tréteaux et débitant à la multitude effarée des lieux communs, contre le despotisme et la superstition. L'auteur connoissant les défauts de son ouvrage, se mit à voyager pour le perfectionner. Il parcourut les différentes places de commerce de la France; il promerra sa curiosité en Hollande et en Angleterre; il obtint à Londres une distinction très-flatteuse. L'orateur de la chambre des Communes apprenant qu'il se trouvait dans la galerie, fit suspendre la discussion jusqu'à ce qu'on lui eût accordé une place marquée. Quelque temps après, l'Angleterre déclara la guerre à la France, et le neveu de *Raynal* pris sur un vaisseau françois fut conduit à Londres. Si-tôt que le ministre sut quel étoit l'oncle du prisonnier, il lui rendit la liberté en écrivant à *Raynal* : « C'est le moins que nous puissions faire pour le neveu d'un homme dont les écrits sont utiles R A Y 393 à toutes les nations commerçantes.» Il ajouta que son souverain avoir fort approuvé sa conduite à son égard. Par-tout dans ses voyages, *Raynal* interrogea, et même jusqu'à l'importunité, les voyageurs les plus instruits et les négocians les plus accré- dités. Au retour de ses savarites courses, il publia à Genève en 1781, une nouvelle édition de son histoire, 10 vol. in-8.º Celle-ci of- fre quelques articles mieux digé- rés, des notices plus instructives sur la Chine, sur les États-Unis, sur différentes branches de com- merce. Mais l'auteur y montre le même acharnement, et en- core plus d'animosité contre les chefs des nations et tous les objets du respect des peuples. Le parlement de Paris proscri- vit ce livre le 25 mai 1781, et ordonna qu'il fût brûlé sur les conclusions de l'avocat gé- néral *Seguier*; il décréta même l'auteur de prise de corps; mais on lui laissa tout le temps de se retirer de Courbevoie où il se trouvoit pour se rendre aux eaux de Spa. Il parcourut en- suite l'Allemagne. Après avoir vi- sité différentes cours, *Raynal* re- vint en France et vécut quelque temps dans les pays méridionaux. Il y accorda aux académies de Marseille et de Lyon les fonds de plusieurs prix dont il proposa les sujets. Le plus remarquable fut de déterminer si la décou- verte de l'Amérique avoit été utile ou nuisible à l'Europe? Il en donna un autre aux pasteurs de Lausanne pour être distribué à trois vieillards que leur vie laborieuse et leur bonne con- duite n'auroient pas mis à l'abri de l'indigence. *Raynal* vint à Pa- gis en 1788; il s'y trouvoit lors- que l'assemblée constituante ren- dit des décrets dont les uns lui parurent attenter à la propriété, les autres favoriser l'efferves- cence du peuple. Il eut le cou- rage de lui adresser, le 31 mai 1791, une longue lettre où il marquoit la route que cette as- semblée auroit dû tenir et les écueils qu'elle devoit éviter. Cet écrit fit peu d'impression, et tout le fruit qu'il en recueillit fut d'être insulté par les Gaze- tiers. *Raynal* devint à leurs yeux un homme affoibli par l'âge; ils auroient pu dire *mâri*. On peut en juger par cette citation: « J'osai, dit-il, parler long- temps aux rois de leurs devoirs; souffrez qu'aujourd'hui je parle au peuple de ses erreurs. Seroit- il donc vrai qu'il fallût me rap- peler avec effroi que je suis un de ceux qui, en éprouvant une indignation généreuse contre le pouvoir arbitraire, ont peut-être donné des armes à la licence. Prêt à descendre dans le tombeau, prêt à quitter cette nation Fran- çoise dont je desirois ardemment le bonheur, que vois-je autour de moi? des troubles religieux, des dissensions civiles, la cons- ternation des uns, l'audace des autres; un gouvernement esclave de la tyrannie populaire; le sanc- tuaire des lois environné d'hom- mes effrénés qui veulent alterna- tivement ou les dicter ou les braver; des soldats sans disci- pline, des chefs sans autorité, des ministres sans moyens, la puissance publique n'existant plus que dans les clubs. La France entière présente deux tribus très- prononcées, celle des gens de bien, des esprits modérés, classe d'hommes muets et consternés; tandis que des hommes violens s'électrisent, se serrent et forment un volcan redoutable qui vomit des torrens de lave, capables de tout engloutir. Vous vous applaudissez de toucher au terme de votre carrière, et vous n'êtes entourés que de ruines, et ces ruines sont souillées de sang et baignées de larmes; des bruits sourds et vagues, une terre qui fume et qui tremble de toutes parts annoncent encore des explosions nouvelles!... Quand la réflexion approchera de plusieurs de ces productions immaturées, elles s'évanouiront comme les vapeurs d'un songe au réveil du matin, ou elles feront naître des inconvénients plus grands que les abus qu'elles prétendent détruire. Qui osa jamais rêver pour un grand peuple une constitution fondée sur un nivellement abstrait et chimérique? ... Dans ces temps de délire et de faction il n'y a plus que la sagesse qui soit dangereuse... Ma pensée va jusqu'à désirer que le tombeau se referme promptement sur moi; mais vous recevrez d'un vieillard qui s'éteint la vérité qu'il vous doit. » Les prophéties de *Raynal*, écoutées alors avec murmure, se sont vérifiées. Cet écrivain, las des agitations de la capitale et effrayé des troubles qui accompagnoient la marche rapide de la révolution, alla fixer sa demeure à Passi. C'est dans cette retraite qu'il mourut d'un catarrre dans sa 84$^{e}$ année. Le jour de sa mort il s'étoit habillé lui-même; à six heures du soir il se mit au lit, entendit la lecture d'un journal sur lequel il fit des observations critiques; à dix heures il cessa d'exister, le 6 mars 1796. Cet homme qui avoit répandu des bienfaits sur la littérature, qui chercha à payer de sa fortune des écrits utiles, étoit alors réduit à la détresse; et on ne lui trouva, dit-on, pour tout argent qu'un assignat de 50 liv., valant alors cinq sous en numéraire. Ses amis ont loué sa franchise, sa bonté, sa sensibilité; ces qualités étoient accompagnées de quelques défauts, l'inquiétude, le désir excessif de la réputation, le penchant à désapprouver ce qui n'étoit pas de lui ou qui ne venoit pas de lui. *Raynal* ayant eu occasion de voir *Lavater* en Suisse, voulut absolument que ce grand physionomiste lui dit ce que les traits de son visage faisoient penser de son esprit et de son caractère. Le docteur Helvétien, après s'en être long-temps défendu, lui dit : « Cette grosse tête est celle d'un penseur; ces cheveux blancs et clair-semés prouvent que vous n'avez pas toujours été tempérant avec le beau sexe; ce front saillant et large désigne la hardiesse et même l'effronterie; ces sourcils arqués et bien fournis donnent de l'expression à votre physionomie; ces yeux creux et vifs sont d'un homme spirituel et malin; les nez retroussés tels que le vôtre, appartiennent ordinairement aux impudens; cette large bouche marque que vous n'avez pas été indifférent sur les plaisirs de la table. Et mes dents, lui dit *Raynal*, ne se sont-elles pas bien conservées? Oui, mais si elles mordent si bien à présent, elles ont dû encore mieux mordre jadis. Quant au menton recourbé, ah ! c'est celui d'un satire; et les joues creuses et livides, celles de l'envie. » *Raynal* au lieu de se fâcher, ne fit que rire du portrait ; il entendoit plaisanterie : s'il avoit donné dans les écarts d'une imagination trop ardente, l'âge et la réflexion l'avoient ramené à la raison et lui avoient fait renoncer à la folie des systèmes ; il applaudisoit dans ses derniers jours à tous les gouvernemens raisonnables, et ne demandoit aux puissans que d'être conséquens aux principes des lois qu'ils faisoient exécuter. Il est probable que s'il avoit vécu plus longtemps, il auroit retouché son *Histoire Philosophique*, et auroit en cela servi sa réputation. Son style, dégagé du ton de déclamation qui y règne, auroit toujours paru ce qu'il est souvent, plein de rapidité, de force et d'abondance. Il a laissé, dit-on, une *Histoire* de la révocation de l'édit de Nantes qui formeroit quatre vol. On prétend que sous la tyrannie de *Robespierre*, il avoit brûlé une partie de ses manuscrits. Ses autres ouvrages imprimés sont : I. *Histoire du Stathoudérat*, publiée en 1748, in-12, et réimprimée en deux vol. en 1750. II. *Histoire du parlement d'Angleterre*, 1750, deux vol. in-12. Ces deux ouvrages ont plutôt l'air d'une harangue ampoulée que d'une histoire. On reprocha dans le temps à l'auteur un air enflé, un ton épique, une affectation continuelle d'antithèses, d'énumérations de pensées brillantes, de phrases symétriques ; mais on convint que ces deux galeries de tableaux et de portraits dont quelques-uns étoient ressemblans, amusoient beaucoup lorsqu'ils ne fatiguent point. Pour s'affranchir de la cupidité des libraires, l'auteur osa faire imprimer le premier à ses frais ; il le vendit lui-même et en débita 6000 exemplaires. III. *Anecdotes historiques depuis Charles-Quint*, 1753, trois vol. in-12, écrites avec plus de naturel et de vérité que l'*Histoire du parlement d'Angleterre*. IV. *Histoire* du divorce de Henri VIII, 1763, in-12, tirée en partie de l'ouvrage précédent. V. *Ecole Militaire*, 1762, trois volumes in-12 ; compilation mal digérée et où l'auteur a rassemblé les exemples de lâcheté comme ceux de courage. VI. *Mémoires historiques* de l'Europe, 1772, trois vol. in-8. VII. *Tableau* et révolutions des colonies Angloises dans l'Amérique septentrionale, 1781, deux vol. in-12. VIII. Diverses brochures sur la traite des nègres, l'administration de St-Domingue, etc., imprimées à part ou insérées dans le *Conservateur*, le *Mercure* et autres journaux. I. RAYNAUD, (Théophile) né à Sospello au comté de Nice, en 1583, entra dans la société des Jésuites en 1600, et y passa toute sa vie, quoique traversé par ses confrères, et sollicité d'en sortir par les étrangers. Quelques auteurs l'ont cru François, parce qu'il a toujours vécu en France. Après avoir enseigné les belles-lettres et la théologie dans différentes maisons de sa compagnie, il mourut dans celle de Lyon, le 31 octobre 1663, à 80 ans. Un passage des Voyages de *Monconis*, partie 2°, nous instruit de quelques particularités sur sa mort, et des faux bruits que ses ennemis firent courir à cette occasion. Il dit « qu'étant à Landsberg en Bavière, un Jésuite lui montra une lettre du P. *Henschenius*, par laquelle il lui écrivoit que les Jacobins avoient fait courir le bruit en Flandre et à Rome, que le Père *Théophile* étoit mort enragé, que les Jésuites l'avoient privé des Sacremens; qu'il courroit par leur couvent de Lyon, criant comme un damné, *Philaitia super me*; et qu'ayant été enterré *sepulturâ asini*, on l'avoit trouvé le lendemain déterré, et son corps tout livide, parce que les Diables l'avoient battu toute la nuit. Je lui dis, ajoute *Monconis*, que c'étoit une calomnie grossière et un bruit ridicule; car le bon-homme avoit cessé par foiblesse depuis quinze jours de dire la Messe, et communioit tous les jours. Il avoit fait trois confessions générales la semaine qu'il mourut, et même le matin du jour de son décès, la veille de *Tous les Saints*. Après en avoir eu de visibles pressentimens, il dit adieu trois fois au Frère qui l'aidoit à s'habiller, l'assurant qu'il ne lui donneroit plus de peine; et retournant de la chapelle où il avoit ouï la Messe et communié, il dit à un Frère qu'il rencontra, qu'il avoit demandé à Dieu d'aller passer au Ciel la fête de *Tous les Saints*: et un moment après, environ une demi-heure après la communion, il expira en rentrant dans sa chambre, entre les mains d'un autre bon Frère: et ainsi s'accomplit la prophétie qu'il avoit faite, qu'il mourroit en sa soutane et dans sa chambre, qu'il avoit tant aimées toutes deux, que nulle persécution ne l'avoit pu détacher de l'état qu'il avoit embrassé. » Cet auteur avoit l'esprit pénétrant, une imagination vive et une mémoire prodigieuse. Il avoit embrassé tous les genres; mais on reconnoit à sa façon d'écrire, qu'il avoit trop négligé les auteurs de la belle Latinité. Imitateur de différens styles, il n'a pu plaire par cette variété qu'à des esprits bizarres. Lorsqu'il a voulu s'en faire un propre, c'est celui de *Tacite* qu'il a rencontré. Il paroît très-souvent obscur, parce qu'il affecte de se servir de termes recherchés et de mots tirés du grec. Il vouloit être original dans sa diction comme dans ses pensées. Ayant fait un chapitre sur la bonté de JÉSUS-CHRIST, il l'intitula: *Christus bonus, bona, bonum*. Quoiqu'il parût l'homme le plus doux dans le commerce de la vie, il étoit très-mordant la plume à la main. Malgré ses défauts, son érudition immense et une sorte de singularité dans les sujets qu'il a choisis, ainsi que dans la manière de les traiter, feront toujours rechercher ses ouvrages. On en distingue deux; l'un intitulé: *Eroteemata de bonis et malis Libris*, c'est-à-dire « Questions sur les bons et sur les mauvais Livres »; l'autre: *Symbola Antoniana*, à Rome, 1648, in-8°, relatif au *Feu Saint-Antoine*. On trouve dans les autres plusieurs questions qui sont d'une originalité sans exemple. Dans son livre intitulé, *Trinitas Patriarcharum*, il demande fort sérieusement: « S'il est permis à un Chartreux d'user de lavemens composés de jus de viande, ou de topiques de la chair même? » Le Jésuite, fondé sur la règle de Saint-Bruno, leur interdit absolument ces sortes de remèdes, si ce n'est que manquant de tous les autres alimens, ils se trouvent forcés, pour vivre, de prendre en lavemens ces jus nutritifs, ou d'appliquer sur le nombril ces sortes d'emplâtres. On doit à *Théophile RAINAUD* des *Tables pour l'Histoire sacrée et profane*, qui ont servi de modèles à une foule d'ouvrages dans le même genre qui ont paru depuis. — Le même savant, dans son Traité qui a pour titre, *Laus Brevitatis*, passe en revue une grande quantité de nez ; celui de la *Sainte Vierge* n'y est pas oublié. Selon le Père *Raynaud*, il étoit long et aquilin, ce qui est une marque de bonté et de dignité ; et comme *Jésus-Christ* ressembloit parfaitement à sa mère, il en conclut qu'il devoit avoir un grand nez... Parmi les satires qui sont sorties de sa plume, il n'y en a point de plus vive que celle qu'il publia contre les Dominicains, sous le nom de *Petrus à Valle clausa*. Il s'y déchaîne contre les horribles blasphémateurs (c'est ainsi qu'il les appelle, ) qui ont été mettre la *Vierge* parmi les signes du zodiaque. Les parlements d'Aix et de Toulouse le condamnèrent au feu, comme rempli de propositions diffamatoires et sacrilèges contre l'honneur de la *Sainte Vierge*, de *St. Thomas* d'Aquin, de *Ste. Catherine* de Sienne, et des Frères Précheurs. Les Carmes traitèrent ce Jésuite bien différemment. Il avoit fait un livre en faveur du Scapulaire, et ils lui firent rendre des honneurs funèbres dans tous les couvens de l'ordre. Toutes ses *Œuvres*, imprimées à Lyon, 1665, en 20 vol. in-folio, n'eurent pas d'abord beaucoup de débit, et *Boissat* son imprimeur mourut à l'hôpital. La plupart des livres du Père *Raynaud* avoient déjà été imprimés séparément, et il avoit en la mortification d'en voir mettre quelques-uns à l'*Index*. Ceux-ci sont presque tous dans le tome xx$^{e}$, intitulé : *Apopompæus*, imprimé aussi à Lyon, sous le titre de Cracovie. *Voyez* I. HURTADO.
II. RAYNAUD ou RAYNOLD, (Jean) théologien Anglois, né en 1549, à Pinho près d'Excester, s'appliqua à la controverse et attaqua vivement l'Eglise Romaine. Ses ouvrages lui firent un nom dans son parti, et servirent à lui procurer différentes places ; parce qu'en Angleterre même, la multitude est trop peu philosophe pour mépriser les déclamateurs satiriques. Le principal est une Satire véhémente, imprimée à Oxford, in-4$^{o}$, 1596, sous ce titre : *De Romanæ Ecclesiae idololatrid*. Selon ce théologien fanatique, les Catholiques adorent les Saints, leurs reliques et leurs images, l'eau, le sel, l'huile, le pain, etc. Cet ouvrage fit une si grande fortune parmi les Réformés, qu'on le réimprima à Genève en 1598, in-8$^{o}$. On a encore de lui : *Censura librorum apocryphorum Veteris Testamenti adversus Bellarminum*, 1611, 2 vol. in-4$^{o}$ : ouvrage où l'on trouve quelques bonnes et beaucoup de mauvaises critiques, à travers un tas d'inutilités, selon *Simon*. (*Bibliot. Crit.* tom. IV, p. 78-93.) Il mourut en 1607, président du collège de corps de *Christ*.
RAYSSIGUIER, (N.) a donné au théâtre François plusieurs pièces, l'*Aminte*, les *Tuileries*, *Polinice*, *Célidée*, la *Bourgeoise*, *Astrée* et *Céladon*. Elles furent représentées de 1730 à 1735 ; mais leur ex- trême médiocrité n'en a fait sur- nager aucune sur le théâtre.
RAZIAS, un des principaux d'entre les Juifs, mérita par son affection et sa bienfaisance le beau nom de Père du Peuple. Le roi Nicanor voulut le contraindre d'aforer les idoles, et fit à cet effet entourer sa maison de 400 soldats qui enfoncèrent sa porte. Razias, se voyant ainsi forcé, se donna un coup de couteau; mais comme le coup n'étoit pas mortel, il se jeta par une fenè- tre et tomba la tête la première; puis il se releva, et ramassant toutes ses forces il courut sur une pierre élevée, s'arracha les entrailles et les jeta sur le peu- ple invoquant le Dominateur de la vie et de l'âme, afin qu'il les lui rendit un jour; et mourut. (Macchab. L. 2, c. 14, v. 39 et suivans.) « Les Juifs, dit Plu- quet, mettent Razias entre leurs plus illustres martyrs, et pré- tendent montrer par son exem- ple, et par celui de Saül et de Samson, qu'il est de certains cas où le meurtre volontaire est non-seulement permis, mais même louable et méritoire. Ces cas sont, 1.º La juste défiance de ses propres forces et la crainte de succomber à la persécution. 2.º Lorsqu'on prévoit que si l'on tombe entre les mains des enne- mis, ils s'en prévaudront, et en prendront occasion d'insulter au Seigneur et de blasphémer son nom. Quelques théologiens pré- tendent justifier Razias, en di- sant qu'il agit par une inspi- ration particulière: ils le justi- fient encore par l'exemple de quelques Vierges, qui se sont tuées plutôt que de perdre leur virginité. (Lyran. Tirin. Serrar. in II. Macchab. 14.) St. Augustin et St. Thomas ont soutenu que l'action de Razias étant non ap- prouvée, mais simplement ra- contée dans l'Écriture, on n'en peut rien conclure pour justifier son action dans le moral.»
RAZILLY, (Marie de) morte à Paris en 1707, âgée de 83 ans, étoit d'une famille ancienne et noble de la Touraine. La poésie faisoit son plus cher amusement: son goût pour les vers alexan- drins qu'elle composoit presque toujours sur des sujets héroïques, lui fit donner le surnom de Cal- liope. Nous avons de cette de- moiselle quelques Pièces de Vers, répandues dans différens Recueils, entraîtres son Placet au Roi, de plus de 120 vers, en 1667. Louis XIV lui accorda une pen- sion de 2000 livres.
READ, (Alexandre) l'un des plus grands anatomistes d'An- gleterre, mérita l'estime de ses compatriotes autant par ses ver- tus que par ses lumières. L'uni- versité d'Oxford le reçut médecin en 1602, avec une grande solen- nité et en vertu d'un mandat du roi. Il mourut quelque temps après cet honneur. I. RÉAL, (César Vichard de Saint-) fils d'un conseiller au sénat de Chambéri sa patrie, vint à Paris de bonne heure. Les agrémens et la vivacité de son esprit le firent rechercher. De retour dans sa patrie, en 1675, Charles-Emmanuel II le chargea d'écrire l'Histoire d'Emmanuel I son aïeul; mais on ignore s'il exécuta ce projet. La duchesse de Mazaria s'étant réfugiée en Sa- voie, goûta l'abbé de Saint-Réal, et l'emmena avec elle en Angle- terre. Ce voyage ayant dérangé ses études, il vint jouir de la tranquillité à Paris. Il y vécut en philosophe jusqu'en 1692, qu'il se rendit à Chambéri, où il mourut vers la fin de cette année. Cet écrivain avoit une imagination vive, une mémoire ornée, un esprit profond; mais son goût n'étoit pas toujours sûr. Le fameux romancier *Varillas* auprès duquel il vécut quelque temps, l'accusa de lui avoir enlevé ses papiers; mais cette imposture n'altéra point l'idée que le public avoit de sa probité. On lui reprochoit seulement d'être d'une sensibilité puérile pour la critique, vif et impétueux à l'excès dans la dispute. Ses Ouvrages parurent, en 1745, à Paris, *Nyon*, 3 vol. in-4°, et 6 vol. in-12. Les principaux sont : I. *Sept Discours sur l'usage de l'Histoire*, pleins de réflexions judicieuses, mais écrites sans précision. II. *Histoire de la Conjuration que les Espagnols formèrent en 1618, contre la République de Venise*. Ce morceau est romanesque à quelques égards, tels que le projet du massacre du sénat, de l'incendie de la ville, et d'autres incidens bons à figurer dans la tragédie; mais le fonds en paroît vrai. Le style approche beaucoup de celui de *Salluste*; et il n'est point resté au-dessous de ce modèle. Il y a du sens dans les réflexions, un coloris vigoureux dans les portraits, et un choix heureux dans les faits. III. *Don Carlos*, nouvelle historique, dont plusieurs circonstances tiennent du roman, est d'ailleurs assez bien écrite. IV. *La Vie de Jésus—CHRIST*, qui montre beaucoup moins de talent dans l'auteur pour le sacré que pour le profane. V. *Éclairissement sur le Discours de Zachée à Jésus—Christ*. VI. *Discours de remerciement, prononcé le 13 mai 1680*, à l'académie de Turin, dont il avoit été reçu membre dans un voyage qu'il fit cette année en cette ville. VII. *Relation de l'Apostasie de Genève*. Cet ouvrage curieux et intéressant, est une nouvelle édition du livre intitulé : *Levain du Calvinisme*, composé par *Jeanne de Jussis*, religieuse de Sainte-Claire à Genève. L'abbé de *Saint-Réal* en retouche le style et le fit paroître sous un autre titre. VIII. *Césarion* ou divers Entretiens curieux. IX. *Discours sur la Valeur*, adressé à l'électeur de Bavière en 1688. C'est une des meilleures pièces de *Saint-Réal*. X. *Traité de la Critique*. XI. *Traduction des Lettres de Cicéron à Atticus*, avec des remarques, 2 vol. in-12. Cette traduction ne contient que les deux premiers livres des Épîtres à *Atticus*, avec la 2$^{e}$ lettre du 1$^{er}$ livre à *Quintus*. Elle est écrite quelquefois d'une manière lourde et éubrouillée. Il y a même quelques expressions burlesques : il traduit *Tulliolam meam*, *MA TULLIETTE*. XII. *Plusieurs Lettres*. Son style est plus dur que fort, et plus élégant que correct. En 1757, l'abbé *Perau* donna une nouvelle et jolie édition de toutes les *Œuvres* de cet auteur en 8 petits vol. in-12. Ce n'est qu'une réimpression de celle qu'il avoit donnée en 1745. M. de *Neuville* a donné l'*Esprit de Saint-Réal*, in-12.
II. RÉAL, (Gaspard de) seigneur de Curban et grand sénégal de Forcalquier, né à Siste- ron en 1682, et mort à Paris le 8 février 1752, à 70 ans, se distingua par ses talens pour la politique. Plusieurs princes et plusieurs ambassadeurs lui donnèrent des marques d'estime. On a de lui un traité complet de la *Science du gouvernement: ouvrage de morale, de droit et de politique, qui contient les principes du commandement et de l'obéissance, où l'on réduit toutes les matières du gouvernement en un corps unique, entier dans chacune de ses parties; et où l'on explique les droits et les devoirs des souverains, ceux des sujets, ceux de tous les hommes en quelque situation qu'ils se trouvent*, en 8 vol. in-4°, à Paris, chez les libraires associés, 1762, — 63 et — 64. L'auteur de ce livre diffus, mais assez bien écrit, y fait un tableau de tous les gouvernements. Il a puisé dans l'histoire ancienne et moderne, et dans tous les auteurs qui ont le plus solidement écrit sur la législation et la politique, les principes qu'il établit. Son ouvrage offre de l'érudition et des réflexions sages; quelques philosophes du temps ne l'ont pas trouvé assez pensé. — L'abbé de *REAL* son neveu, abbé de Lure, né à Sisteron en 1701, mort en 1774, est auteur d'une *Dissertation sur le nom de la famille qui règne en France, en Espagne*, 1762, in-12.
RÉAUMUR, (Réné—Antoine Ferchault, sieur de) né à la Rochelle en 1683, d'une famille de robe, quitta l'étude du droit, pour s'appliquer aux mathématiques, à la physique et à l'histoire naturelle. Paris est le centre des talens et des connoissances; le jeune naturaliste s'y rendit en 1703, et dès 1708 il fut jugé digne d'être membre de l'académie des Sciences. Depuis ce moment, il se livra tout entier à l'étude de l'histoire naturelle et il en embrassa tous les genres. Ses mémoires, ses observations, ses recherches et ses découvertes sur la formation des coquilles, sur les araignées, sur les filières, les moules, les puces marines, etc., lui firent de bonne heure un nom célèbre. Ce fut lui qui découvrit en Languedoc des mines de *Turquoise*. Il découvrit aussi la matière dont on se sert pour donner la couleur aux pierres fausses. Ces découvertes, de pure curiosité physique, furent suivies de plusieurs autres, plus utiles au bien général de la société. Réaumur recherchoit les moyens de donner au fer ce qui lui manquait pour être acier: secret absolument ignoré en France. Après un nombre infini de tentatives, il parvint au but qu'il s'étoit proposé: à convertir le fer forgé en acier, de telle qualité qu'il le vouloit, et même à adoucir le fer fondu. Il donna le détail de ses procédés dans un ouvrage intitulé: *L'Art de convertir le Fer forgé en Acier, et l'Art d'adoucir le Fer fondu, et de faire des ouvrages de Fer fondu aussi finis que de Fer forgé*, un vol. in-4°, 1722. Le duc d'Orléans régent, crut devoir récompenser ces services rendus à l'état, par une pension de 12000 livres; mais Réaumur aussi bon citoyen qu'habile naturaliste, ne l'accepta qu'en demandant qu'elle fût mise sous le nom de l'académie qui en joui-roit après sa mort. Ce fut à ses soins qu'on dut les manufactures de fer blanc établies en France; on ne le tiroit autrefois que de l'étranger. R E A 401 l'étranger. La patrie lui fut encore redevable de l'art de faire de la porcelaine. Ses premiers essais en ce genre réussirent parfaitement. Il contredit même la porcelaine de Saxe, et transporta par ce moyen dans le royaume un art utile et une nouvelle branche de commerce. Un autre travail intéressant pour la physique, est la construction d'un nouveau Thermomètre, au moyen duquel on peut conserver toujours et dans toutes les expériences, un degré égal de chaleur ou de froid. Ce Thermomètre porte son nom, et forme à sa gloire le monument le plus durable. L'illustre observateur composa ensuite l'Histoire des Rivières aurisères de France, et donna le détail de cet art si simple qu'on emploie à retirer les paillettes d'or que les eaux roulent dans leur sable. Une tentative qu'on croyoit d'abord beaucoup plus importante, fut de nous donner l'art de faire éclore et d'élever les poulets et les oiseaux, comme on le pratique en Egypte, sans faire couver des œufs; mais cette tentative fut infructueuse, et dans la pratique il n'a jamais été dédommagé de ses peines et de ses dépenses. Une collection d'oiseaux desséchés qu'il avoit trouvé le secret de se procurer et de conserver, lui donna lieu de faire des expériences singulières sur la manière dont les oiseaux font la digestion de leur nourriture. Dans le cours de ses observations, il fit des remarques sur l'art avec lequel les différentes espèces d'oiseaux savent construire leurs nids. Il en fit part à l'académie en 1756, et ça a été le dernier ouvrage qu'il lui a communiqué. Il mourut en sa terre de la Ber- mondière dans le Maine, où il étoit allé passer les vacances, le 17 octobre 1757, âgé d'environ 75 ans, des suites d'une chute. Réaumur étoit un physicien plus pratique encore que spéculatif; observateur infatigable dont tout arrêtoit l'attention, tout excitoit l'activité, tout appliquoit l'intelligence. Voué par goût au bien public et à l'étude de la nature, il a passé sa vie à la contempler, à l'interroger, à la suivre dans ses moindres opérations. Ses ouvrages font assez connoître l'étendue de son esprit. Il est peut-être trop diffus; mais ce défaut est une nécessité dans les ouvrages d'observation, et il a traité sa matière avec autant de soin que de clarté et d'agrément. Spallanzani célèbre professeur de Pavie, estimoit particulièrement Réaumur et ses ouvrages. Dans une dissertation inaugurale de ses cours, il établit un parallèle entre ce physicien et Buffon, dont M. Alibert éloquent panégyriste de ce savant Italien, a donné l'extrait suivant: « Ces deux écrivains, disoit-il, ont été comblés par la nature des plus beaux dons de l'esprit et du génie. Si l'on admire en eux la fertilité, la hauteur, la sublimité des conceptions, on juge qu'ils ont à peine des rivaux, et que personne du moins ne les surpasse. Tous deux ont dépassé l'attente publique dans la carrière qu'ils ont parcourue; ils semblent s'être partagés l'immense domaine de la nature: l'un a immortalisé les grands êtres vivants, l'autre les petits. Tous deux, comme envoyés des cieux, ont débrouillé, expliqué, coordonné tout ce qui paroissoit obscur, confus et impénétrable. C e a enrichi la république des lettres, de quelques Auteurs anciens qu'il a tirés de l'obscurité, comme *Phèdre*, les *Novelles* de *Justinien*. Il avoit amassé une bibliothèque curieuse et riche en manuscrits. De peur qu'elle ne fût dissipée après sa mort, il ordonna qu'elle seroit conservée entière, ou du moins vendue à une seule personne qui connût la valeur de ce trésor. Mais malgré cette précaution, il fut dispersé de côté et d'autre. L'érudition de *Pithou* lui mérita le titre de *Varron de France*; il en étoit l'oracle, et son nom pénétra dans les pays étrangers. *Ferdinand* grand duc de Toscane, l'ayant consulté sur une affaire importante, se soumit à son jugement, quoique contraire à ses intérêts. Les lecteurs qui seront curieux de connoître plus en détail les qualités de l'esprit et du cœur de ce bon citoyen et de ce digne magistrat, pourront consulter sa *Vie*, publiée à Paris en 1756, en 2 vol. in-12, par M. *Grosley* avocat à Troyes sa patrie. On y trouve des recherches intéressantes, et les agrémens dont ce sujet étoit susceptible.
II. PITHOU, (François) frère du précédent, naquit à Troyes en 1544. Nommé procureur général de la Chambre de Justice établie sous *Henri IV* contre les Financiers, il exerça cette commission avec autant de sagacité que de désintéressement. Rendu ensuite à son cabinet, il fit des découvertes utiles dans le droit et dans les belles-lettres. Ce fut lui qui trouva le manuscrit des Fables de *Phèdre*, qu'il publia conjointement avec son frère. Cet homme d'une vertu rare et d'une modestie exemplaire, mourut le 7 février 1621, à 77 ans, regretté de tous les bons citoyens. Il eut part à la plupart des ouvrages de son frère, et il s'appliqua particulièrement à restituer et à éclaircir le *Corps du Droit Canonique*, imprimé à Paris en 1637, 2 vol. in-folio, avec leurs corrections. On doit encore à *François Pithou*: I. *La Conférence des Lois Romaines avec celles de Moyse*, 1673, in-12. II. *L'Édition de la Loi Salique*, avec des Notes. III. *Le Traité de la Grandeur, Droits du Roi et du Royaume de France*, in-8°, aussi précis que savant. IV. *Une Édition du Comes Théologus*. V. *Observations ad Codicem*, 1689, in-folio. VI. *Antiqui Rhetores Latini, Rutilius Lupus, Aquila Romanus, Julius Ruffianus, Curius Fortunatianus, Marius Victorinus*, etc., Paris, 1599; redonnés par *Capperonnier*, 1756, in-4°, Strasbourg. *Voyez* I. PELETIER.
PITISCUS, (Samuel) né en 1637 à Zutphen, recteur du collège de cette ville, puis de celui de Saint-Jérôme à Utrecht, y finit ses jours le 1er février 1717, à 80 ans. Il avoit été marié deux fois. Sa première femme remplit sa vie d'inquiétudes et d'amertumes. A sa méchanceté naturelle, elle joignit une passion démesurée pour le vin, qu'elle satisfaisoit aux dépens des affaires domestiques, et de la bibliothèque de son mari dont elle vendoit les livres. Plus heureux avec la seconde qui n'étoit occupée que de son ménage, *Pitiscus* eut la liberté de se livrer entièrement à l'étude. Il s'ensevelit dans la plus R·E A *Réaumur* plus instruit dans l'art d'observer, étudie les phénomènes en particulier, les médite avec lenteur et les rapproche avec prudence; il féconde en quelque sorte les faits les uns par les autres: et c'est ainsi qu'il déroule heureusement toutes les causes mystérieuses. *Buffon* doué d'un esprit plus impétueux et plus hardi, livré à l'ardeur dévorante de son génie, impatient de découvrir, ne poursuit que les objets qui s'offrent soudainement à ses regards; il ne parle des choses cachées que par une sorte d'inspiration et comme si un oracle divin les lui avoit révélées. *Réaumur* note et retrace scrupuleusement les phénomènes tels que la nature les lui présente. *Buffon*, au contraire, les voit souvent avec les couleurs de sa riche et féconde imagination. Le style de l'un est simple et correct; mais l'élégance y est souvent sacrifiée à la plus sévère exactitude. Le style de l'autre frappe par la beauté des images, la sublimité des sentimens, la magnificence de l'expression. *Buffon* enfin, né avec tous les moyens de persuader et de plaire, prodiguant les trésors de sa langue, et faisant tout revivre par une création nouvelle, règne à la tête des plus brillants prosateurs du siècle. » Les qualités du cœur de *Réaumur* le rendoient encore plus estimable que ses talens. La douceur de son caractère, sa bonté, sa bienfaisance, la pureté de ses mœurs et son exactitude à remplir les devoirs de la religion, en faisoient un citoyen aussi respectable qu'aimable. Il a laissé à l'académie des Sciences ses manuscrits et son cabinet d'histoire naturelle. Ses ouvrages sont: I. Un très-grand nombre de *Mémoires* et d'*Observations* sur différens points d'histoire naturelle. Ils sont imprimés dans la Collection de l'académie. II. *L'Histoire naturelle des Insectes*, en 6 vol. in-4. On y trouve l'histoire des *Chenilles*, des *Mouches à deux ailes* et des *Cousins*; des *Teignes*, des *Galle-Insectes*, des *Mouches à quatre ailes*, et sur-tout des *Abeilles*, des autres *Mouches* qui font du miel, des *Guêpes*; du *Formicaleo*, des *Demoiselles*; et de ces *Mouches éphémères* qui, après avoir été poissons pendant trois ans, ne vivent que peu d'heures sous la forme de mouches: enfin de ces insectes singuliers et merveilleux que nous appelons *Polypes*.
REBECCA, fille de *Bathuel*; fut demandée en mariage par *Eliezer*, de la part d'*Abraham* pour *Isaac* son fils, qu'elle épousa âgée de 18 ans. Elle en eut deux fils jumeaux *Esaü* et *Jacob*. Durant sa grossesse, elle les sentit se battre dans ses entrailles. Ayant consulté Dieu à ce sujet, il lui fut répondu que les peuples qui sortiroient de ces deux enfans se feroient une guerre perpétuelle, et que le puiné demeurerait victorieux de l'aîné. *Rebecca* eut toujours de la prédilection pour *Jacob*, et ce fut elle qui lui suggéra le moyen de tromper son père *Isaac*, pour surprendre la bénédiction due à *Esaü* par droit d'aînesse.
REBEL, (Jean-Féri) premier violon du roi, batteur de mesure à l'Opéra, né à Paris en 1669, mort en 1747, est auteur de la musique de l'opéra d'*Ulysse*. — Son fils (François) long-temps R E B 405 directeur de l'Opéra, mort en octobre 1775, à 75 ans, a fait avec Francœur la musique de Pyrame et Thisbé, de Scanderberg, de Zelindor, de Tarsis et Zélie, etc.
REBOULET, (Simon) né à Avignon le 9 juin 1687, mort dans la même ville le 27 février 1752, à 64 ans, fit de bonnes études chez les Jésuites de sa patrie. Il prit du goût pour cet état, l'embrassa, et fut obligé de le quitter par défaut de santé. Il tourna alors ses études du côté de la jurisprudence, prit des degrés, se fit recevoir avocat dans l'université d'Avignon et fréquenta assidûment le barreau. Il remplissait les fonctions d'avocat et de juge avec applaudissement, lorsque des vomissemens de sang réitérés l'obligèrent d'abandonner l'une et l'autre. Il épousa en 1718 une femme vertueuse qui fit son bonheur. Peu de temps avant sa mort, l'université dont il étoit membre l'honora de la charge de primicier. Une étude plus ou moins sérieuse l'occupa toute sa vie; celle de l'histoire lui servoit de délassement. Les ouvrages que nous avons de lui en ce genre, sont: I. L'Histoire des Filles de l'Enfance, 2 vol. in-12, 1734. Ses anciens confrères lui en fournirent les Mémoires. Beaucoup de personnes ont dit qu'il n'étoit pas l'auteur de cette Histoire; puisque, dit-on, le manuscrit avoit été vu à Paris avant qu'il fût imprimé. La seconde partie de cette allégation peut être vraie; mais nous pouvons assurer que la première est absolument fausse. Cet ouvrage est un peu trop satirique et trop minutieux, quoique écrit avec art et d'une manière intéressante. Le parlement de Toulouse le condamna au feu. (Voy. JULIARD et I. MONDONVILLE.) II. Mémoires du Chevalier de Forbin, 2 vol. in-12; ils sont pleins de faits curieux, dont quelques-uns sont hasardés. III. Histoire de Louis XIV, en 3 vol. in-4°, et en 9 vol. in-12. Les faits sont exposés avec assez d'exactitude et de vérité, mais quelquefois avec trop de sécheresse, en beaucoup d'endroits elle ressemble à une gazette. Il s'appesantit sur des détails peu intéressants. Il emploie trente pages pour la relation du siège d'une petite ville, et il ne fait que glisser sur des intrigues de cour et de guerre qui demandaient à être développées. L'auteur a fait assez peu d'usage des Commentaires du chevalier de Folard, et des Mémoires de Feuquières. Ils renferment néanmoins bien des particularités curieuses, et qu'on ne trouve point ailleurs. Reboulet ne devoit pas se borner à faire un long récit de nos désastres pendant la guerre de la succession d'Espagne: il falloit encore développer les causes de ces revers multipliés par les fautes des généraux. On ne doit pas sacrifier l'instruction publique à la crainte de blesser la délicatesse de quelques particuliers. A l'égard du style de Reboulet, il est ordinairement assez pur et assez correct. Cependant il se sert quelquefois d'expressions peu dignes de la majesté de l'Histoire. Il s'assujettit trop au langage des écrivains dont il a tiré ses matériaux. Il en résulte une espèce de bigarrure qu'on doit sur-tout éviter dans un ouvrage historique. D'ailleurs cette imita- C c a tion presque servile, lui a beaucoup fait perdre de la vivacité et de l'air original qui caractérisent son *Histoire des filles de l'Enfance*, et ses *Mémoires* du chevalier de Forbin. Dans un vaste et beau sujet comme l'*Histoire de Louis XIV*, on aurait son-haité plus de force, plus de chaleur, plus d'imagination, plus d'agrément. La gravité de l'*Histoire* n'en exclut pas les ornemens; il n'est question que de les bien ménager. Ce qu'il y a de singulier, c'est que *Reboulet* a mis tout son feu et tout son esprit dans des futilités, sur la suppression d'un couvent ignoré, au lieu de le garder pour son *Histoire de Louis XIV*. On se plaint encore que ce prince n'y est peint que comme roi, et non comme homme. Sa vie privée est sacrifiée à sa vie publique. On y trouve quelques faits altérés, parce que l'auteur écrit souvent d'après les *Mémoires* publiés en Hollande sur *Louis XIV*. Les étrangers se plaignent encore que les succès des François sont presque toujours exagérés, et ceux de leurs ennemis souvent réduits à rien. IV. *Histoire de Clément VI*, 2 vol. in-4°, supprimée à la prière du roi de Sardaigne, dont le père y étoit maltraité. Ce prince avoit persécuté les *Jésuites*, l'ex-Jésuite *Reboulet* ne pouvoit le peindre qu'avec des couleurs désagréables. Cette histoire est écrite d'ailleurs avec netteté et dans un assez grand détail.
REBOURS, (N. le) contrôleur général des postes, dirigea long-temps la *Gazette du Commerce*. Il est mort à Paris en 1776, après avoir publié des *Observations* servations sur les manuscrits de *Dumarsais*, 1760, in-12, et un *Mémoire* sur les moyens économiques d'éclairer Paris.
REBUFFE, (Pierre) né à Baillarges, à deux lieues de Montpellier, en 1487, enseigna le droit avec beaucoup de réputation à Montpellier, à Toulouse, à Cahors, à Bourges et enfin à Paris. Son mérite engagea le pape *Paul III* à lui offrir une place d'auditeur de rote à Rome. On voulut aussi lui faire accepter une charge de conseiller, puis de président au grand conseil, et successivement une de conseiller aux parlements de Rouen, de Toulouse, de Bordeaux et de Paris; mais il préféra le repos à toutes les places. Son amour pour la vertu l'ayant engagé dans l'état ecclésiastique en 1547, il fut élevé au sacerdoce à l'âge de 60 ans. Cet habile homme mourut dix ans après à Paris le 10 novembre 1557, à 70 ans. Il possédoit le latin, le grec et l'hébreu. Sa modestie relevoit son savoir. On a recueilli ses ouvrages en 6 vol. in-folio, 1609 et années suivantes. Les principaux sont: I. *Praxis Beneficium*. II. *Un Traité* sur la bulle *In cænd Domini*. III. *Des Notes* sur les *Règles de la Chancellerie*. IV. *Des Commentaires* sur les édits et les ordonnances de nos rois, etc. Tous ces écrits sont en latin et fort savans.
RECARÈDE I, roi des Visigoths en Espagne, succéda à *Lenvigilde* son père, en 586. Il remporta quelques avantages sur *Gontran* près de Carcassone, abjura l'Arianisme à l'exemple d'*Hermenegilde* son frère, et fit embrasser la religion Catholique à ses sujets. Ce n'est pas le seul service qu'il leur rendit; il en fut le bienfaiteur et le père. Ce bon prince mourut l'an 601. Dans le 3e concile de Tolède, les Pères lui firent par reconnaissance cette acclamation : Salut au Roi Ca- tholique ! D'où plusieurs auteurs ont cru que les rois d'Espagne ti- rent en premier lieu ce titre d'hon- neur, renouvelé pour Ferdinand et Isabelle.
RECEVEUR, (N. le) em- brassa la profession religieuse et se distingua ensuite comme phy- sicien. Il s'embarqua avec le mal- heureux la Peyrouse, et mourut à Botany-Bay le 17 février 1788. Le gouverneur Anglois Philips a fait graver une inscription en faveur de ce savant sur une plan- che de cuivre attachée à l'arbre sous lequel est son tombeau.
RECHABITÉS, Voyez JO- NADAB. I. RECHENBERG, (Adam) théologien Protestant, né à Meis- sen dans la Haute-Saxe en 1642, fut professeur en langues, en histoire, puis en théologie à Leipzig, où il mourut en 1721, à 79 ans, après avoir été marié quatre fois. On a de lui: I. Des Li- vres de Controverse. II. Des édi- tions du philosophe Athéagogue, des Epières de Rolland des Ma- réts, de l'Obstetrix animorum du fameux docteur Richer, Leipzig, 1708, in-12; et de l'Historiæ num- mariæ Scriptores, ibid., 1692, deux vol. in-4.º III. Fundamenta Religionis Prudentium, dans le Syntagma dissertationum philo- logicarum, Rotterdam, 1699, in-8º; et séparément, Leipzig, 1708, in-12. Ces ouvrages sont remarquables par leur érudition. R E D 405
II. RECHENBERG, (Char- les-Othon) fils du précédent, né à Leipzig en 1689, devint pro- fesseur en droit l'an 1711, et fut décoré du titre de conseiller. Ses ouvrages sont : I. Institutiones Jurisprudentiæ naturalis. II. Ins- titutiones Juris publici. III. Re- gulæ Juris privati. Il avoit tra- vaillé au Journal de Leipzig. Ce savant mourut en 1751, à 62 ans.
RECORDS, (Robert) médo- cin Anglois, né à Cambridge en 1545, réunit aux connoissances de sa profession celle des lan- gues anciennes, et sur-tout de l'Anglo-Saxon. Il fut le premier Anglois qui écrivit sur l'algèbre, et mourut en prison où il avoit été mis pour dettes en 1558.
RÉDE, (Guillaume) évêque de Chichester en 1369, fut le meilleur géomètre de son siècle. Il fit construire la bibliothèque du collège de Merton. I. REDI, (François) né à Arezzo en 1626, d'une famille noble, devint premier médecin des grands ducs de Toscane Fer- dinand II et Côme III. Il tra- vailla beaucoup au Dictionnaire de la Crusca dont il étoit mem- bre; mais il se signala sur-tout par ses recherches dans la phy- sique et dans l'histoire naturelle. L'académie des Arcades de Rome et celle des Gelati de Bologne, se l'associèrent. Cet habile natu- raliste fut trouvé mort dans son lit le 1er mars 1697, à 71 ans. Quoiqu'il fût sujet à plusieurs maladies, entr'autres à l'épilep- sie, il ne voulut jamais aban- donner l'étude. Il aimoit beau- coup les savans et favorisoit les jeunes gens qui vouloient le de- C c 3 406 RED venir. On a de lui : I. Des Poésies italiennes. Son Bacco in Toscana est un poème agréable qu'il a accompagné de notes savantes. II. D'excellens ouvrages de philosophie et d'histoire naturelle. On imprima à Venise en 1712 le recueil de ses Œuvres en six vol. in-8° ; et à Naples en 1741, 6 vol. in-4° ; elles sont en italien. On a imprimé séparément : I. Ses Expériences sur la génération des Animaux, Florence, 1668, in-4° ; en latin, à Amsterdam, 1688, 3 vol. in-12. Il y combat le faux système de la génération des insectes par la pourriture. II. Observations sur les Vipères, 1664, et en latin, 1678. III. Expériences sur les choses naturelles qu'on apporte des Indes, 1671, in-4° ; en latin, à Amsterdam, 1685. Il ne s'y montre guère prévenu en faveur des remèdes étrangers. Redi désapprouvoit la multitude des médicaments dont on accable ordinairement les malades ; sa méthode étoit fort simple.
II. REDI, (Thomas) peintre Florentin, né en 1665 et mort en 1728, a orné les églises et les édifices de la Toscane, d'un grand nombre de ses tableaux qui y sont estimés.
REDICULUS, (Mythol.) Dieu en l'honneur de qui on bâtit une chapelle dans l'endroit d'où Annibal lorsqu'il s'approchoit de Rome pour en faire le siège, retourna sur ses pas. Le nom de ce Dieu est pris du mot redire, retourner.
REESENDE, Voyez RESENDE.
REGA, (Henri-Joseph) docteur et professeur primaire de la faculté de médecine à Louvain sa patrie, s'est distingué autant par ses vertus chrétiennes, surtout par sa grande charité à secourir les pauvres, que par sa science. Lorsque ses occupations ne lui laissoient pas le loisir de visiter les malades indigens, il y envoyoit d'autres médecins, et se faisoit rendre compte de l'état où ils les trouvoient. Il fut décoré deux fois du rectorat de l'université. Sa trop grande application le conduisit au tombeau l'an 1754, âgé de 64 ans. L'archiduchesse Marie - Elizabeth gouvernante des Pays-Bas, l'avoit décoré du titre de son médecin. On a de lui : I. De Sympathid seu de Consensu partium corporis humani, Harlem, 1721, et Leipzig, 1762, in-12 : ouvrage savant et qui lui fit une grande réputation. II. De Urinis tractatus duo, Louvain, 1732, et Francfort, 1761, in-8° III. Accurata Methodus medendi per Aphorismos proposita, Louvain, 1737, in-4° ; Cologne, 1767, in-4° IV. Dissertatio medica de aquis mineralibus fontis Marimontensis, Louvain, 1740, etc. etc.
REGANHAC, (Géraud-Valet de) né à Cahors en 1719, eut une imagination vive et heureuse qui le fit distinguer comme poète. Sa Traduction des Odes d'Horace, 1781, 2 vol. in-12, a de la verve et de l'élégance ; elle est précédée d'Observations critiques sur la Poésie lyrique. On lui doit encore : I. Etudes lyriques d'après Horace, 1775, in-8° On les lit avec intérêt, et l'auteur y fait preuve de goût. II. Lettre sur cette question : L'Esprit philosophique est - il Plus nuisible qu'utile aux belles-lettres ? 1755, in-8.º Reganhac est mort en 1784.
RÉGILIEN, (Quintus-Nonius REGILLIANUS) Dace d'origine, et parent, à ce qu'on croit, du roi Décebale vaincu par Trajan, s'éleva sous Valérien aux premiers emplois militaires. Il commanda en chef dans l'Illyrie sous Gallien, et remporta en 260 des victoires signalées dans la haute Mœsie. Les peuples mécontens de Gallien, l'élurent empereur. On prétend qu'il dut en partie son élévation au nom qu'il portoit. Ce nom auquel celui de Roi est renfermé, parut d'un augure favorable à des officiers qui soupoient ensemble, et le lendemain ils le revêtirent de la pourpre. Régilien se préparoit à marcher contre les Sarmates lorsqu'il fut tué par ses soldats, de concert avec les peuples d'Illyrie qui craignoient d'éprouver de nouveau la cruauté de Gallien. Sa mort dut arriver à la fin d'août 263. Ce prince avoit du courage et de grandes qualités.
REGILLO, Voyez POR-BENON.
REGINALD, (Antoine) religieux Dominicain, mort à Toulouse en 1676, se distingua par ses ouvrages. Les principaux sont : I. Un petit Traité Théologique sur la célèbre distinction du sens composé et du sens divisé. II. Un gros vol. De mente concilii Tridentini, circa Gratiam per se effiacem, 1706, in folio. Il s'y montre un des plus ardens défenseurs de la doctrine de Saint Thomas et de St. Augustin... Voyez GIFFORD.
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REGINON, abbé de Prum, de l'ordre de Saint-Benoit, mort dans le monastère de St-Martin à Trèves, l'an 915, a mérité par son savoir que son nom fût consacré dans les fastes de l'église. On a de lui : I. Une Chronique utile pour l'histoire de son temps. On la trouve dans les Historiens d'Allemagne de Pistorius. II. Un recueil des canons et de réglemens ecclésiastiques, intitulé : De Disciplinis Ecclesiasticis et de Religione Christiand. Il composa cet ouvrage à la persuasion de Rathode archevêque de Trèves, dans la ville duquel il s'étoit retiré, après avoir été obligé de quitter son abbaye en 899. Baluze a donné en 1671, in-8°, une excellente édition de ce recueil, avec des notes pleines d'érudition. On conserve dans la bibliothèque de Brême, une Lettre de Reginon à Rathode sur l'institution du chant ; à la suite de cette Lettre il y a une partie de l'office divin avec les notes du chant de ce temps-là.
REGIO-MONTAN, Voyez MULLER. I. RÉGIS, (St. Jean-Francois) né d'une famille noble du Languedoc en 1596, entra chez les Jésuites. Ayant demandé plusieurs fois inutilement de passer chez les Sauvages du Canada, il s'attacha à convertir les hérétiques, à ramener à Dieu les pécheurs et à diriger les ames dans les voies du salut. Son zèle fut couronné par les plus grands fruits dans le Languedoc et les provinces voisines, où il forma plusieurs établissemens de piété. Consumé de travaux et d'austérités, il mourut à la Louve C c 4 408 R E Gvillage du Dauphiné, en 1640^{}[] ^{}[] *Clement XII*^{}[] le canonisa en 1736.^{}[] ^{}[] Sa *Vie* a été écrite en françois^{}[] ^{}[] par le Père d'Aubenton, un vol.^{}[] ^{}[] in-8.^{}[] $^{o}$
II. RÉGIS, (Pierre-Silvain) né à la Salvetat de Blanquefort dans le comté d'Agénois en 1652, vint achever ses études à Paris et fut disciple de *R. h. u.*, Il alla ensuite à Toulouse, où il établit des conférences publiques sur la nouvelle philosophie. Le jeune philosophe parloit avec une facilité agréable et avoit sur-tout le don de mettre les matières abstraites à la portée de ses auditeurs. L'ancienne philosophie fit bientôt place à la nouvelle ; et les Toulousains touchés des instructions et des lumières que *Régis* leur avoit apportées, lui firent une pension ; « événement presque incroyable dans nos mœurs, dit *Fontenelle*, et qui semble appartenir à l'ancienne Grèce. » Le marquis de *Vardes* alors exilé en Languedoc, passa de Toulouse à Montpellier en 1671. *Régis* qui avoit en lui un disciple zélé, l'y accompagna, et y fit des conférences qui obtinrent tous les suffrages. Les grands talens doivent tous se rendre dans la capitale ; *Régis* y vint en 1680, et y eut les mêmes applaudissemens qu'à Montpellier et à Toulouse. Ses conférences plurent à tel point, y voyoit tous les jours le plus agréable acteur du théâtre Italien, qui hors de là cachoit sous un masque l'esprit sérieux d'un philosophe. Ses succès eurent un éclat qui lui devint funeste. L'archevêque de Paris, par déférence pour la philosophie d'*Aristote*, lui fit défendre d'enseigner celle de *Descartes*. Après avoir soutenu plusieurs combats pour le philosophe François, il entra dans l'académie des Sciences en 1699. Les personnes du premier rang, l'archevêque de Paris, divers seigneurs étrangers, lui donnèrent des marques de l'estime la plus signalée. Il mourut le 7 janvier 1707, à 75 ans, chez le duc de *Rohan* qui lui avoit donné un appartement dans son hôtel. Les mœurs de *Régis* étoient telles que l'étude de la philosophie peut les former, quand elle ne trouve pas trop de résistance du côté de la nature. Il négligea la fortune autant que d'autres la recherche. Son savoir ne l'avoit pas rendu dédaigneux pour les ignorans, et il l'étoit d'autant moins à leur égard, qu'il savoit davantage. Ses ouvrages sont : I. *Système de Philosophie, contenant la Logique, la Métaphysique et la Morale*, en 1690, 3 vol. in-4.$^{o}$ C'est une compilation judicieuse de différentes idées de *Descartes*, que l'auteur a développées et liées avec ordre et clarté ; mais ces idées n'étant plus à la mode, cet ouvrage ne peut être aujourd'hui que d'un très-petit usage. II. Un livre intitulé : *Usage de la Raison et de la Foi*, ou *Accord de la Raison et de la Foi*, in-4.$^{o}$ III. Une *Réponse* au livre de *Huet*, intitulé : *Censura Philosophiae Cartesianae*, in-12, 1691. *Bayle* ayant vu cette réponse, dit « qu'elle devoit servir de modèle à tout ce qu'on feroit à l'avenir pour la même cause. » IV. Une autre *Réponse* aux Réflexions critiques de *Duhamel*, 1691, in-12. V. Des *Écrits* contre le Père *Malebranche*, pour montrer que la grandeur apparente d'un objet, dépend unique ment de la grandeur de son image tracée sur la rétine. Il eut aussi des contestations avec le célèbre Oratorien sur la nature des idées, sur leur cause ou efficiente ou exemplaire : matière si sublime et si abstraite, dit *Fontenelle*, que c'est une assez grande gloire à l'esprit humain, d'avoir pu parvenir sinon à une entière certitude, du moins à des doutes fondés et raisonnés. VI. Une *Dissertation* sur cette question : *Si le plaisir nous rend actuellement heureux ?* 1694, in-4.$^{o}$
III. RÉGIS, (Pierre) né à Montpellier en 1656, docteur en médecine dans l'université de cette ville, se rendit de bonne heure à Paris. Il s'y acquit l'estime de *du Vernay*, de *Lémery*, de *Pellisson*, de *Despréaux*, de *Perrault*, de *Ménage*, etc. etc. De retour à Montpellier, il y pratiqua la médecine avec succès jusqu'en 1685, que la révocation de l'édit de Nantes l'obligea de se retirer avec sa famille à Amsterdam. Il y exerça sa profession et y mourut d'un abcès dans l'estomac le 30 septembre 1726, à 70 ans. Naturellement doux et complaisant, il adopta le système de la tolérance, et il l'étendit à presque toutes les sectes. Sans ambition et sans passions, il trouva dans l'étude de la médecine tous ses plaisirs. Ses ouvrages sont : I. Une *Edition* des Œuvres posthumes du savant *Malpighi*, 1698, in-4.$^{o}$ II. Des *Observations sur la peste de Provence*, en 1721, in-12. On y trouve les moyens de se garantir de ce fléau, tant par les remèdes que par le régime. Ses conseils et les détails dans lesquels il entroit, parurent si judicieux à M. de *Langeron* commandant en Provence, qu'il se crut obligé pour le bien public de les faire imprimer. L'auteur ne les avoit d'abord destinés qu'à son frère qui étoit alors à Marseille. III. Il retoucha tous les articles de *Médecine* et de *Botanique* du Dictionnaire de *Furtière*, de l'édition de *Basnage* sieur de *Beauval*, et il préparoit un Dictionnaire universel de Médecine lorsque la mort le surprit.
IV. RÉGIS - REY, (Jean) chirurgien de Montpellier, se distingua dans sa profession, et semble avoir deviné avant *Pascal* la pesanteur de l'air dans ses *Essais* sur la recherche de la cause qui augmente le poids du plomb et de l'étain quand on les calcine. Cet ouvrage publié pendant la vie de l'auteur en 1670, a été réimprimé à Paris en 1777, avec des Notes par *Gobet*. I. REGIUS ou LE ROY, (Urbain) né à Langenargen sur le lac de Constance, étudia à Ingolstadt, et y enseigna avec succès. Plusieurs gentilshommes lui confièrent la conduite de leurs enfans, sans en excepter le soin qui regardoit la dépense ; mais ces jeunes gens s'endettèrent. Comme *Regius* étoit leur caution, il fit une espèce de banqueroute et fut obligé de s'enrôler. Son professeur *Eckius* le dégagea et le réconcilia avec les Muses. Il reçut à Ingolstadt la couronne d'orateur et de poète, de la main même de l'empereur *Maximilien*. Quelque temps après il fut fait professeur de rhétorique et de poésie. Son penchant pour le Luthéranisme l'obligea de se retirer à Augsbourg, où il fonda une église Protestante. Il 410 REG fut quelque temps Zuinglien ; mais ensuite il devint zélé Luthérien. *Ilegius* s'attacha en 1530 au duc de Brunswick, qui le fit surintendant des églises de Lunebourg. Il mourut à Zell en 1541. Ses *Ouvrages* ont été imprimés en 3 vol. in-folio. Les deux premiers sont consacrés aux écrits latins, et le dernier aux écrits allemands. Il y a de l'érudition dans les uns et dans les autres, mais peu de justesse et de modération. Il laissa treize enfans.
II. REGIUS ou DU ROI, (Henri) né à Utrecht en 1598, se rendit habile dans la médecine, et en devint professeur à Utrecht. Sa passion pour le Cartésianisme lui suscita de fâcheuses affaires de la part de *Voëtius* et des autres ennemis de *Descartes*, qui manquèrent de lui faire perdre sa chaire. Si *Regius* fut un des premiers martyrs du Cartésianisme, il en fut aussi l'un des premiers déserteurs. *Descartes* ayant refusé d'approuver quelques sentimens particuliers de son disciple, celui-ci renonça aux opinions de son maître. *Regius* finit sa carrière le 19 février 1679, à 71 ans. Ses principaux ouvrages sont : I. *Physiologia*, Utrecht, 1641, in-4.º II. *Fundamenta Physices*, 1661, in-4.º On accusa *Regius* d'avoir dérobé à *Descartes* une copie de son *Traité des Animaux*, et de l'avoir ensuite presque tout inséré dans cet ouvrage. III. *Philosophia naturalis*, 1661, in-4.º, qui a été traduite en françois, à Utrecht, 1686, in-4.º IV. *Praxis Medica*, le meilleur de ses écrits, 1657, in-4.º V. *Hortus academicus Ultrajectinus*. Tous ses ou- vrages de médecine ont été réunis et imprimés à Utrecht en 1668, in-4.º
REGNARD, (Jean-François) naquit à Paris d'une bonne famille en 1647. Sa passion pour les voyages se déclara presque dès son enfance. Il parcourut d'abord l'Italie ; à son retour s'étant embarqué à Gênes sur un bâtiment Anglois qui alloit à Marseille, ce bâtiment fut pris par des vaisseaux Algériens, et tout l'équipage fut conduit à Alger. *Regnard* avoit du talent pour la cuisine, art qu'il avoit exercé pour satisfaire son amour pour la bonne chère. Il fut fait cuisinier du maître dont il étoit devenu l'esclave. Il s'en fit aimer ; mais sa bonne mine et ses manières prévenantes lui gagnèrent aussi le cœur des femmes favorites de son maître. Il écouta leur passion, fut découvert et livré à la justice. Il alloit être puni selon les lois, qui veulent qu'un *Chrétien trouvé avec une Mahométane, expie son crime par le feu ou se fasse Mahométan*. Le consul de la nation Françoise, qui avoit reçu depuis peu une somme considérable pour le racheter, s'en servit pour l'arracher au supplice et à l'esclavage. *Regnard* devenu libre retourna en France, emportant avec lui la chaîne dont il avoit été d'abord attaché. Le 26 avril 1681, il partit de nouveau de Paris pour visiter la Flandre et la Hollande, d'où il passa en Danemarck et ensuite en Suède. Le roi de Suède lui conseilla de voir la Laponie. Notre voyageur s'embarque donc à Stockholm avec deux autres François et passa jusqu'à Torno ou Tornéo, qui est la dernière ville du côté du Nord, située à l'extrémité du golfe de Bothnie. Il remonta le fleuve Torno et pénétra jusqu'à la Mer Glaciale. S'étant arrêté lorsqu'il ne put aller plus loin, il grava ces quatre vers sur une pierre et sur une pièce de bois : *Gallia nos genuis, vidit nos Africa ;* *Hausimus, Europamque oculis lustravimus omnem ;* *Casibus et variis acci terrâque marique,* *Sistimus hic tandem nobis ubi defuit orbis.* On les a traduits ainsi en françois : Nés François, éprouvés par ceux périls divers, Du Gange et du Zair nous avons vu les sources, Parcouru l'Europe et les mers ; Voici le terme de nos courses, Et nous nous arrêtons c$^{o}$ finit l'U- De retour à Stockholm, il en partit le 3 octobre 1683 pour aller en Pologne. Après avoir visité les principales villes de ce royaume, il passa à Vienne d'où il revint à Paris après un voyage de trois années. Enfin lassé de ses courses, *Regnard* se retira dans une terre proche de Dourdan à onze lieues de Paris. Là il goûtoit les délices d'une vie sensuelle et délicate dans la compagnie de personnes choisies et dans les charmes de l'étude. C'est dans sa retraite qu'il finit ses jours le 4 septembre 1709, à 53 ans. On a faussement prétendu que cet homme si gai étoit mort de chagrin et plus faussement encore qu'il avoit avancé ses jours. Il est certain qu'il mourut d'une médecine prise à la suite d'une indi- indigestion ; car il étoit grand mangeur. Il eut l'imprudence d'aller à la chasse le même jour, de s'y échauffer extrêmement, et de boire à son retour un grand verre d'eau à la glace : ce qui causa une révolution si violente et si subite dans son corps qu'il expira le lendemain sans qu'on pût le secourir. Il n'aimoit pas plus les médecins que *Molière* ; mais il fut une preuve que si la médecine fait quelquefois du mal, un mauvais régime en fait bien davantage. La meilleure édition de ses *Œuvres* est celle de Paris 1790, en 4 vol. in-8$^{o}$ avec des remarques. Il y en a une autre de Paris 1772, 4 vol. in-12. Le premier volume contient la relation de ses voyages en Flandre, en Hollande, en Suède, en Danemark, en Laponie, en Pologne et en Allemagne. Il n'y a que la relation de son voyage en Laponie qui mérite de l'attention ; le reste est fort peu de chose. L'auteur n'avoit composé ces relations que pour s'amuser ; il ne comptoit pas les publier. Le second volume renferme les pièces suivantes : *La Provençale, œuvre posthume*. C'est une historiette où *Regnard* fait le récit des aventures qu'il eut dans le voyage sur mer où il fut pris et mené à Alger ; elle contient quelques particularités de sa vie. On trouve ensuite ses pièces de théâtre, qui l'ont mis dans la classe des plus excellens poètes comiques. « Qui ne se plaît point aux comédies de *Regnard*, dit *Voltaire*, n'est point digne d'admirer *Molière* ; et *Boileau* grand admirateur de ce dernier poète, disoit néanmoins « que *Regnard* n'étoit pas médiocrement plaisant. » Les pièces de lui conservées au théâtre Fran- plus profonde retraite, et n'eut de commerce qu'avec ses livres. La profession d'homme de lettres ne fut pour lui ni ingrate ni stérile. Ses Ouvrages lui valurent beaucoup, et les émolumens qu'il en retira, joints à ce que sa frugalité le mettoit en état d'épargner, en firent un homme riche. A sa mort il légua dix mille florins aux pauvres. On a de lui: I. *Lexicon Antiquitatum Romanarum*, 1713, 3 vol. in-folio; ouvrage plein d'érudition et de recherches. L'abbé *Barral* en a publié un Abrégé en françois, en 3 vol. in-8°, à Paris, 1766. II. Des *Editions* de plusieurs Auteurs Latins, avec des Notes. III. Une *Edition des Antiquités Romaines de Rosin*. *Pitiscus* étoit un savant laborieux, plus propre cependant à compiler qu'à écrire. — Il ne faut pas le confondre avec *Barthélemi PITISCUS* auteur d'un livre peu commun, intitulé: *Thesaurus Mathematicus*, à Francfort, in-folio, 1613, année de sa mort; et d'un Traité des Triangles, sous le titre de *Trigonometria parva et magna*, dont *Ticho-Brahé* faisoit cas.
PITOT, (Henri) d'une famille noble de Languedoc, naquit à Aramont diocèse d'Usès le 29 mai 1695, et y mourut le 27 décembre 1771, à 76 ans. Il apprit les mathématiques sans maître, se rendit à Paris en 1718, et y lia une étroite amitié avec l'illustre *Réaumur*: il y fut reçu en 1724 de l'académie royale des Sciences, et parvint en peu d'années au grade de pensionnaire. Outre une grande quantité de *Mémoires*, imprimés dans le recueil de cette compagnie, il donna en 1731 la *Théorie de la manœuvre des Vaisseaux*, en un vol. in-4°: ouvrage excellent qui fut traduit en anglois, et qui fit admettre l'auteur dans la Société royale de Londres. En 1740, les états généraux de Languedoc le choisirent pour leur ingénieur en chef, et il fut en même temps inspecteur général du Canal de la jonction des deux mers. Cette province lui est redevable de beaucoup de monumens qui attesteront son génie à la postérité. La ville de Montpellier manquoit d'eau; *Pitot* fit venir de trois lieues deux sources qui fournissent quatre — vingts pouces d'eau; elles arrivent sur la magnifique place du Peyrou, et de là elles sont distribuées dans toute la ville; cet ouvrage étonnant fait l'admiration de tous les étrangers. L'illustre maréchal de *Saxe* étoit le protecteur et l'ami de *Pitot* qui avoit enseigné à ce héros les mathématiques. Ce savant fut décoré en 1754 de l'ordre de Saint-Michel. Il avoit épousé en 1735 *Marie-Léonine Pharambier de Saballoüa*, d'une très-ancienne noblesse de la Navarre. Il n'a laissé de ce mariage qu'un fils, qui étoit premier avocat général de la cour des comptes, aides et finances de Montpellier. *Pitot* étoit un philosophe-pratique, d'une probité rare et d'un désintéressement égal à sa probité. Il étoit aussi membre de la société royale des Sciences de Montpellier; et son éloge fut prononcé en 1772 par M. de *Ratte* secrétaire perpétuel, en présence des états de Languedoc: de même qu'il le fut à l'académie des Sciences de Paris par M. de *Fouchy* alors secrétaire. 412 REG çois sont : I. *Le Joueur*, pièce excellente, où l'on remarque plus que dans les autres comédies du même auteur le comique d'observation et de caractère. *Dufresny* qui donna presque en même temps que lui le *Chevalier Joueur*, l'accusa d'avoir profité de la lecture de son manuscrit ; et l'on dit fort plaisamment « qu'il se pouvoit que tous deux fussent un peu voleurs, mais que *Regnard* étoit le bon larron. » On rima même ce bon mot pour en faire une épigramme : En cherchant un sujet que l'on n'eût point traité, Trouvèrent qu'un Joueur seroit un caractère Qu'il plaitroit par sa nouveauté. *Regnard* le fit en vers, et de *Rivière* en prose. Ainsi, pour dire au vrai la chose, Chacun vola son compagnon. Mais quiconque aujourd'hui voit l'un et l'autre ouvrage, Dit que *Regnard* a l'avantage D'avoir été le bon larron. Ce poète connoissoit le caractère qu'il avoit tracé. Il étoit joueur, et joueur heureux. On prétend qu'il avoit gagné au jeu une partie de sa fortune dans un voyage d'Italie. II. Les *Menechmes* : imitation de *Plaute* supérieure à son original. III. *Démocrite amoureux* : pièce qui seroit un peu froide sans quelques scènes qui sont vraiment comiques. IV. *Le Distrait*, qui n'est qu'une suite d'incidens plus ou moins plaisans : aussi la pièce est en général d'un effet médiocre. V. *Les Folies amoureuses* pleines de saillies et de gaieté. VI. *Le Retour imprévu* : une des plus jolies petites pièces que nous ayons. VII. La *Sérénade* : très-inférieure à la précédente. VIII. *Le Légataire* : le chef-d'œuvre de la gaieté comique, et peut-être celui de *Regnard* ; car le *Joueur* est un peu défiguré par deux rôles de charge, la comtesse et le marquis. Quant à la petite comédie, *A tendez-moi sous l'Orme*, elle est attribuée à *Dufresny*. IX. *Regnard* a aussi travaillé pour le théâtre Italien, et a donné à l'Opéra le *Carnaval de Venise*, mis en musique par *Campra*. La gaieté est le caractère dominant des comédies de *Regnard* ; il excelle dans le comique noble ainsi que dans le familier, mais la bonne morale y est quelquefois blessée. Si J. J. *Rousseau* eût vécu deux ans de plus, il avoit vu confirmer par l'événement ses appréhensions au sujet du *Légataire*, et avoit conclu avec encore plus de fondement à la suppression de cette pièce, qui malgré l'excellent comique qui la caractérise devroit être proscrite du théâtre. « C'est une chose incroyable, dit J. J. *Rousseau*, qu'avec l'agrément de la police, on joue publiquement au milieu de Paris une comédie (*le Légataire*) où dans l'appartement d'un oncle qu'on vient de voir expirer, son neveu, l'honnête homme de la pièce, s'occupe avec son digne cortège de soins que les lois payent de la corde ;... faux acte, supposition, vol, fourberie, mensonge, inhumanité ; tout y est, et tout y est applaudi... Belle instruction pour des jeunes gens, *nescii aura fallacis*, qu'on envoie à cette école, où les hommes faits ont bien de la peine à se défendre de la séduction du vice!... La versification de *Regnard* n'est pas toujours correcte ; mais elle R E G 413 plaît par sa légèreté et par la vivacité du dialogue. (Voyez GACON.) X. Des Poésies diverses, qui consistent en Satires, Epières, etc. On y distingue la Satire des Maris, en réponse à la Satire des Femmes de Boileau, et l'épître où il propose de consacrer une abbaye à Bacchus; il dit : Les pères chanteront matines Fort courtes, de peur d'envoyer. Les frères seront aux cuisines, Moi, j'aurai la clé du cellier. Regnard et Boileau furent longtemps brouillés; ils se raccommodèrent en 1705, et Regnard dédia à Despréaux ses Menechmes. Il lui disoit dans son épître dédicatoire en vers : De tes traits éclatans admirateur fidèle, Ton style, en tous les temps, me servit de modèle; Et, si quelque bon vers par ma veine est produit, De tes doctes leçons ce n'est que l'heureux fruit. Malgré ces éloges, il ne supprima point une pièce satirique intitulée : le Tombeau de Boileau Despréaux, où ce juge du Parnasse est fort maltraité. Regnard avoit l'esprit aussi caustique que lui, et s'il n'avoit pas fait des Comédies, il auroit fait volontiers des Satires. Dans une nouvelle édition des œuvres de Regnard on a ajouté deux vol. de pièces qu'il avoit données au théâtre Italien, qui ne valent pas à beaucoup près ses comédies jouées sur le théâtre François.
REGNAULDIN, (Thomas) sculpteur, natif de Moulins, mourut à Paris en 1706, âgé de 79 ans. Il étoit de l'académie royale de Peinture et de Sculpture. Cet illustre artiste a fait plusieurs morceaux estimés. On voit de lui dans les Jardins de Versailles l'Automne et Faustine; et aux Tuileries le beau groupe représentant l'Enlèvement de Cybèle par Saturne, sous la figure du Temps. I. REGNAULT, (N.) auteur dramatique, mort vers le milieu du siècle passé, a donné deux tragédies, Marie Stuart jouée en 1639, et Blanche de Bourbon en 1641. L'une et l'autre furent imprimées à Paris chez Quinet. Leur médiocrité devoit les en dispenser.
II. REGNAULT, (Noël) Jésuite, né à Arras en 1683, mourut à Paris le 14 mai 1762, à 79 ans. L'étude de la philosophie ancienne et moderne remplit ses soins et sa vie après les devoirs de la piété. Quoiqu'il eût consacré un temps considérable à la physique, il ne s'est pas fait une réputation étendue dans cette partie. On a de lui : I. Entretiens Physiques, d'abord en trois vol. in-12, ensuite en cinq. Les jeunes écoliers qui veulent savoir un peu plus de physique qu'on n'en apprend communément dans les collèges, trouveront dans cet ouvrage de quoi se satisfaire. Il est écrit avec beaucoup d'ordre et de clarté. II. Origine ancienne de la Physique nouvelle, 3 vol. in-12. L'auteur dans cet ouvrage enlève à plusieurs grands physiciens la gloire de beaucoup de découvertes physiques. III. Entretiens Mathématiques, 1747, en 3 vol. in-12. IV. Logique en forme d'Entretiens, in-12, 1742. Elle n'a pas eu autant de succès que ses Entretiens Physiques. 414 REG
REGNAUT, Voyez GUISE, (Dom Claude) n.º VI. I. REGNIER, (Mathurin) poëte François, né à Chartres le 21 décembre 1573, mourut à Rouen le 22 octobre 1613, à 40 ans. Il marqua dès sa jeunesse son penchant pour la satire. Son père le châtia plusieurs fois pour le lui faire perdre: punitions, prières, tout fut inutile. Ce malheureux talent lui fit des amis illustres. Le cardinal François de Joyeuse le mena à Rome avec lui, et il fit une seconde fois ce voyage avec l'ambassadeur Philippe de Béthune. Ses protecteurs lui pro- curèrent plusieurs bénéfices et une pension de deux mille livres sur une abbaye. Il dévoluta en même temps un canonicat de l'é- glise de Chartres, et ne se servit de tous ces biens sacrés que pour satisfaire son goût effréné pour le plaisir. Vieux dès 30 ans, il mou- rut à quarante entièrement usé par les débauches. On prétend que sa fin fut chrétienne. Ce n'est pas du moins ce que prouveroit son épitaphe : J'ai vécu sans nul pensement, Me laissant aller doucement A la bonne loi naturelle; Et je m'étonne fort pourquoi La mort daigna songer à moi, Qui ne songeai jamais à elle. C'est Garasse qui la rapporte dans sa Recherche des Recher- ches, page 648; et il pourroit bien se faire que cette épitaphe eût été composée dans un accès de débauche et long-temps avant la mort de Regnier. On trouve dans le recueil de ses œuvres dé- diées à Henri IV, 16 Satires, 3 Fpîtres, 5 Elégies, des Stan- ves, des Odes, etc. Les meil- leures éditions de ces différentes pièces sont celle de Londres en 1733, in-4º; et celle de Rouen, in-8º, 1729, avec des remar- ques curieuses. On en a deux au- tres plus portatives; l'une d'El- zevir 1652, in-12; et l'autre de Paris 1746, in-12. Ses satires sont ce qui mérite le plus d'at- tention dans ce recueil. Imitateur de Perse et de Juvenal, Regnier verse son fiel sur tous ceux qui lui déplaisent, et souvent avec une extrême licence. Il a cepen- dant des vers heureux et origi- naux; quelques saillies fines, quelques bons mots piquans, plusieurs expressions naïves. Le coloris de ses tableaux est vigou- reux; mais son style est trop souvent incorrect, ses plaisan- teries basses; la pudeur y est blessée en plus d'un endroit: et c'est avec raison que Boileau a dit: Heureux, si ses discours, craints du chaste lecteur, Ne se sentoient des lieux que fréquen- toit l'auteur, Et si du son hardi de ses rimes cy- niques, Il n'alarmoit souvent les oreilles pu- diques! Malgré son humeur satirique, on a prétendu que Regnier avoit tant de bonté dans le caractère qu'on l'appeloit le bon Regnier. Du moins il semble le dire lui- même: Et le surnom de Bon me va-t-on reprochant, D'autant que je n'ai pas l'esprit d'être méchant.
II. REGNIER, (François- Séraphin) DESMARAIS ou plutôt DESMARÊTS, (car il avouoit lui- même avoir toujours mal écrit son nom, ) naquit à Paris en 1632, d'une famille noble, originaire de Saintonge. Il fit sa philosophie dans le collège de Montaigu; et pour se distraire de l'ennui des subtilités scolastiques, il traduisit en vers burlesques la *Batrachomyomachie d'Homère*, ouvrage qui parut un prodige dans un jeune homme de quinze ans. Le duc de Créqui charmé de son esprit, le mena avec lui à Rome en 1662. Le séjour de l'Italie lui fut utile; il apprit la langue italienne, dans laquelle il fit des vers dignes de *Pétrarque*. L'académie de la *Crusca* de Florence prit une de ses odes pour une production de l'amant de la belle *Laure*; et lorsque cette Société fut désabusée, elle ne se vengea de son erreur qu'en accordant une place à celui qui l'avoit causée. Ce fut en 1667 qu'on lui fit cet honneur, et trois ans après l'académie Françoise se l'associa. *Mézerai* secrétaire de cette compagnie, étant mort en 1684, sa place fut donnée à l'abbé *Regnier*. Il se signala dans les démêlés de l'académie contre *Furetière*, et composa tous les Mémoires qui ont paru au nom de ce corps. L'abbé *Regnier* eut plusieurs bénéfices, entr'autres l'abbaye de Saint-Laon de Thouars. On prétend qu'il auroit été évêque, sans sa traduction d'une scène voluptueuse du *Pastor fido*. Cet écrivain mourut à Paris le 6 septembre 1713, à 81 ans. Il dut en partie sa longue vie à l'attention de ne pas tourmenter la nature par des remèdes qui l'accablent, dit-il, au lieu de la soulager. Ses talens étoient relevés par une probité, une droiture et un amour du vrai, générale- ment reconnus. Cette dernière qualité est voisine d'un défaut dont l'abbé *Regnier* ne se préserva pas toujours. Il soutenoit ses opinions avec force, et même avec une opiniâtreté qui, selon *Furetière*, lui fit donner le nom de l'abbé *Pertinax*. Cette roideur de caractère l'empêchoit de prodiguer son suffrage; et dans une occasion où on le pressoit de mentir pour un homme puissant, sous peine d'encourir sa disgrace, il répondit: *J'aime mieux me brouiller avec lui qu'avec moi*. Son amitié constante et solide faisoit honneur à ceux qu'il appeloit ses vrais amis, parce qu'il ne la leur donnoit que quand il reconnoissoit en eux les qualités qui formoient son caractère. Nous avons de lui : I. Une *Grammaire Françoise*, imprimée en 1676, en 2 vol. in-12. La meilleure édition est celle de 1710, in-4. On trouve dans cet ouvrage, un peu diffus, le fonds de ce qu'on a dit de mieux sur la langue. S'il n'est pas aussi profond sur la métaphysique des langues que la *Grammaire raisonnée de Port-Royal*, il contient au moins relativement à la langue françoise, des discussions importantes et utiles, que cette grammaire n'offre pas. II. Une *Traduction* en vers italiens des *Odes d'Anacréon*, in-8°, qu'il dédia en 1692 à l'académie de la *Crusca*. La simplicité et le naturel y sont joints à l'élégance et à la noblesse. III. Des *Poésies françoises, latines, italiennes et Espagnoles*, réunies en 1768, en 2 vol in-12. Ses vers françois offrent de la variété, de la gaieté, des moralités heureusement exprimées; mais son style est plus noble que vif, et plus 416 REG pur que brillant. Cet envoi d'une violette est aussi agréable que spirituel : Modeste en ma couleur, modeste en mon séjour, Franche d'ambition, je me cache sous l'herbe : Mais si sur votre front je puis me voir un jour, La plus humble des fleurs sera la plus superbe. Les vers italiens et espagnols ont plus de coloris et plus de grace. Les Poésies françoises (*) ont été augmentées dans les éditions de 1716 et 1750, 2 vol. in-12. IV. Une Traduction de la Perfection Chrétienne de Rodriguès, entreprise à la prière des Jésuites, et plusieurs fois réimprimée en 3 vol. in-4° et en 4 vol. in-8°. Cette version, écrite avec moins de nerf que celle de Port-Royal, est d'un style plus pur et plus coulant. V. Une Traduction des deux livres de la Divination de Cicéron, 1710, in-12. VI. Une autre Version des livres de cet auteur De finibus bonorum et malorum, avec de bonnes remarques, in-12. VII. L'Histoire des démêlés de la France avec la Cour de Rome, au sujet de l'affaire des Corses, 1707, in-4° ; ouvrage assez intéressant pour les pièces justificatives qu'il renferme ; mais qui prouve que l'auteur n'avoit que des talens médiocres pour l'histoire. Son style quoique pur et correct, n'a ni le mouvement ni le sel dont le sujet paroissoit susceptible. Dans ses autres ouvrages, il écrit avec cette simplicité élégante, également éloignée de la maigreur et de l'enflure, de la négligence et du fard. On y souhaiteroit seulement plus de force et de précision. Ménage qui soumettoit ses écrits et sur-tout ses vers italiens à sa critique, se plaignoit que l'abbé Regnier les énervoit par trop de sévérité. Tout s'en va, disoit-il, en limure. I. RÉGULUS, (Marcus-Attilius) consul Romain avec Julius Libo, l'an 267 avant J. C., réduisit les Salentins et se rendit maître de Brindes leur capitale. Consul une seconde fois avec Manlius Vulso, ils furent vainqueurs d'Amilcar et de Hannon, dans un combat naval donné près d'Héraclée sur la côte de Sicile ; ils leur prirent soixante-quatre galères, et en coulèrent à fond plus de trente. Régulus, resté en Afrique après cette victoire sur mer, gagna une bataille sur terre, suivie de la reddition de plus de deux cents places, et sur-tout de Tunis ville à trois ou quatre lieues de Carthage. Les Carthaginois demandèrent la paix ; mais Régulus ne voulut pas la leur donner. Xantippe officier Spartiate, arrivé à Carthage avec un renfort de troupes Grecques, promit de l'y forcer. Il y eut un combat entre lui et le consul. Il tailla en pièces trente mille Romains, fit quinze mille prisonniers, et prit Régulus qui fut emmené à Carthage avec les compagnons de son infortune. (Voyez FULVIUS.) On (*) Il voulut couper les vers de dix syllabes en deux parts égales ; mais cette tentative qui n'étoit pas nouvelle, ne réussit pas : (Voyez PERIERS, à la fin de l'article.) l'envoya l'envoya bientôt à Rome, sous le serment d'un prompt retour, pour y annoncer les conditions de la paix, et proposer l'échange des prisonniers; mais loin de le solliciter, ce grand homme persuada au contraire au sénat de le rejeter avec fermeté, il retourna dégager sa parole, et se livrer aux tortures qu'on lui préparoit. Les Carthaginois irrités inventèrent pour lui de nouveaux supplices. On lui coupa les paupières, et on l'exposa plusieurs jours aux urdeurs du soleil; on l'enferma ensuite dans un tonneau garni de pointes de fer; l'an 251 avant Jésus-Christ. Horace a célébré le dévouement généreux de Régulus dans l'ode Cælo tonantem, etc. La femme de ce Romain ayant appris l'excès de cruauté qui l'avoit privé de son époux, obtint du sénat les plus considérables prisonniers Carthaginois, les fit aussi mettre dans une armoire étroite, hérissée de pointes de cloux, et les y laissa cinq jours sans nourriture. Ils y périrent tous, hormis un nommé Amilcar, qui ayant soutenu ce tourment, fut délivré et traité avec douceur; afin qu'il pût survivre à ses blessures. On trouve dans l'Histoire des Hommes illustres une Dissertation qui révoque en doute l'héroïsme de Régulus, et le fait qui y donna lieu; et les preuves que l'auteur allègue, ont une couleur de probabilité. La famille des Attiliens a produit plusieurs autres personnages illustres.
RÉGULUS, (Saint) Grec, natif d'Achaïe, fut averti dans une vision d'abandonner sa patrie pour se rendre en Albion, isle située vers les extrémités du monde, et d'emporter avec lui l'os du bras, trois doigts et trois orteils de St. André. Il obéit, s'embarqua avec plusieurs de ses compagnons, et après avoir essuyé une tempête affreuse, il fut jeté l'an 370 sur les côtes de l'Otholinia, dans les états d'Herguste roi des Pictes. Ce prince n'eut pas plutôt appris l'arrivée des saints étrangers avec leurs reliques, qu'il donna des ordres pour leur réception. Il leur offrit son propre palais, et fit bâtir auprès une église qui porte encore aujourd'hui le nom de Saint-Régulus. Cette fondation est l'origine de la ville de Saint-André en Ecosse.
REID, (Thomas) professeur de philosophie dans l'université de Glasgow en Ecosse, né en 1709, a dû sa réputation en Angleterre à un célèbre ouvrage de métaphysique, sur les facultés intellectuelles et morales de l'ame; et à de profondes Recherches sur la nature de l'esprit humain. Il est mort au mois d'octobre 1796, âgé de 87 ans.
REIDANUS, (Everhard) de Deventer, bourgmestre à Arnheim, et député des États-généraux, mort le 25 février 1602, à 53 ans; est auteur d'une bonne Histoire de Flandre, depuis 1566 jusqu'en 1601. Il y a assez d'exactitude dans les faits, mais on y souhaiteroit plus d'impartialité. Elle fut traduite en latin par Denis Vossius, à Leyde, 1633, in-fol.
REIHING, (Jacques) né à Augsbourg en 1579, entra chez les Jésuites, et enseigna les humanités, la philosophie et la D d théologie à Ingolstadt avec réputation. Il combattit avec zèle pendant plusieurs années, les erreurs de *Luther*; mais ennuyé du célibat, il se retira à la cour de Wirtemberg, se fit Luthérien, et se maria. On lui donna une chaire de théologie à Tubinge, et la direction du collège. Il mourut en 1628, à 49 ans, méprisé des deux partis, qui ne voyoient en lui qu'un homme sans foi qui avoit abandonné sa religion pour une femme. On a de lui plusieurs Ouvrages de controverse dont la doctrine est différente, selon les différens temps dans lesquels il les écrivit.
REINBECK, (Jean Gustave) né à Zell en 1682, mort à Berlin en 1741, âgé de 58 ans, fut d'abord pasteur des églises de Werder et de la Villeneuve. Il devint ensuite premier pasteur, prévôt de Saint-Pierre, inspecteur du collège de Cologne, conseiller du consistoire, et confesseur de la reine et de la princesse royale de Prusse. C'étoit un théologien modéré et laborieux. Nous avons de lui: I. *Tractatus de Redemptione*, à Hall, in-8.º II. *La nature du Mariage, et la rejection du Concubinage*, in-4.º, en allemand, contre *Christophe Thomasius* qui avoit écrit en faveur de ce dernier état. III. *Considérations sur les vérités divines contenues dans la Confession d'Augsbourg*, en allemand, 4 vol. in-4.º: ouvrage regardé comme fort important par ceux de sa communion. IV. Plusieurs volumes de *Sermons*, dont quelques-uns ont été traduits en françois. On n'y remarque ni l'orateur éloquent, ni l'homme de goût. V. *Plusieurs Traités de Métaphysique sur l'optimisme, la nature et l'immortalité de l'âme, en allemand. On y trouve quelques idées neuves.
REINCE, (Nicolas) secrétaire du cardinal du *Bellay*, mérita la confiance de cette éminence, par une intégrité à toute épreuve, et par le secret le plus inviolable. L'empereur *Charles-Quint* disoit un jour au pape *Jules III*, que « *Reince* étoit celui qui lui avoit fait le plus de peine en Italie, dans le temps que le cardinal du *Bellay* étoit ambassadeur de France à la cour de Rome. » Un tel reproche, supérieur à toutes les louanges, et qui en étoit lui-même une très-délicate, étoit dû à *Reince*: il avoit refusé cinq mille ducats que ce prince lui fit offrir secrètement, pour donner copie de quelques points de l'instruction de l'ambassadeur son maître. Cet homme estimable a laissé une version des *Mémoires de Commines*, en italien.
REINECCIUS, (Reinier) de Steinheim dans le diocèse de Paderborn, enseigna les belles-lettres dans les universités de Francfort et de Helmstadt, jusqu'à sa mort, arrivée en 1595. On a de lui: I. Un Traité de la méthode de lire et d'étudier l'histoire: *Methodus legendi Historiam*, Helmstadt, 1583, in fol. Ce n'est qu'une compilation assez mal digérée. II. *Historia Julia*, in-fol., 1594, 1595 et 1597, 3 vol.: ouvrage savant pour les recherches des anciennes familles, et rare, sur tout de l'édition que nous citons. III. *Chronicon Hierosolymitanum*, in-4.º; peu commun. IV. *Historia Orientalis*, in-4.º; livre rempli d'une R E I 419 trudition profonde, etc. etc. Peu d'écrivains ont écrit aussi savamment que *Reineccius*, sur l'origine des anciens peuples.
REINESIUS, (Thomas) né à Gotha en 1587, devint bourgmestre d'Altembourg et conseiller de l'électeur de Saxe. Il se retira ensuite à Leipzig où il pratiqua la médecine, et où il mourut le 24 février 1667, à 80 ans. On a de lui : I. *Syntagma inscriptionum antiquarum* : compilation utile, en 2 vol. in-fol., Leipzig, 1682; c'est un supplément au grand recueil de *Gruter*. II. *Six Livres de diverses Leçons*, 1640, in-4° III. *Des Lettres*, 2 vol. in-4° 1667-1670; et un grand nombre d'autres ouvrages en latin. Ce fut l'un des savans qui eurent part aux libéralités de *Louis XIV*.
REINGELBERGIUS, *Voyez Fortius*.
REINHOLD, (Erasme) né en 1511, à Salfeldt dans la haute-Saxe, s'appliqua à l'étude des mathématiques et de l'astronomie; il a publié plusieurs ouvrages sur l'une et l'autre de ses sciences.
REINIE, (Gabriel NICOLAS, seigneur de la) né à Limoges d'une famille ancienne, fut envoyé à Bordeaux pour faire ses études. Il s'y établit, et devint président au présidial de cette ville, jusqu'aux troubles arrivés en Guienne l'an 1650. Le duc d'Epernon, gouverneur de la province, le présenta à *Louis XIV* qui le fit maître des requêtes en 1661. On créa pour lui en 1667, une charge de lieutenant général de police de la ville de Paris. C'est aux soins infatigables de ce digne magistrat, que nous sommes redevables des beaux règlements de police qui s'observent dans la capitale. L'établissement du Guet, la défense aux gens de livrée de porter des cannes et des épées, les lanternes, etc., sont des monumeurs de son zèle actif et patriotique. *Louis XIV* pour le récompenser, le fit conseiller d'état en 1680. *La Reinie* mourut le 14 juin 1709, à 85 ans, universellement regretté pour sa vigilance, son intégrité, son amour pour le bon ordre, ses soins de la sûreté publique, et sur-tont pour son équité et son désintéressement.
REINOLDS, (Jean) doyen de l'église de Lincoln en Angleterre, mort en 1607, est auteur de la version de la *Bible*, dont le clergé Anglican se sert maintenant.
REIRAC, *Voyez REYRAC*. I. REISK, (Jean) recteur du collège de Wolffembuttel, mort en 1701, à 60 ans, a publié un grand nombre d'ouvrages, plus savans que méthodiques : I. Sur la *Corne d'Ammon*. II. Sur les *Oracles des Sybilles*, et les autres anciens oracles. III. Sur l'*Assuerus d'Esther*. IV. Sur la *Maladie de Job*. V. Sur les *Images de Jésus-Christ*, et sur la langue qu'il parloit. VI. Sur les *Glossopètres*. VII. Une édition du *Chronicon Saracenicum et Turcicum*, de Wolfgang Drechter, avec des *Notes* et un *Appendice*... *Voyez CLUVIER*.
II. REISKE, (Jean-Jacques) savant allemand, docteur en médecine, professeur d'arabe dans l'université de Leipzig, mourut en 1774, à 58 ans. Il a laissé D d x d'excellentes éditions : I. *Oratores Græci*, 12 volum. in-8.º II. *Denis d'Halicarnasse*, 6 vol. in-8.º III. *Les Œuvres de Plutarque*, 7 vol. in-8.º IV. Il a aussi traduit en latin l'*Histoire des Arabes d'Abulfeda*.
RELAND, (Adrien) né à Ryp village de Nord-Hollande, en 1676, d'un ministre de ce village, fit paroître dès son enfance des talens extraordinaires pour les belles-lettres et pour les sciences. Dès l'âge d'onze ans il eut fini ses classes. La chaire de philosophie de Harderwick ayant vaqué, il y fut nommé quoiqu'il n'eût que 24 ans. Il la quitta ensuite pour une place de professeur en langues orientales et en antiquités ecclésiastiques à Utrecht. Il jouissoit d'une réputation sans tache, lorsque la petite vérole l'emporta, le 11 février 1719, à 43 ans. Ce savant n'étoit pas moins estimable par les qualités de son cœur que par celles de son esprit. Il gagnait l'amitié de ceux qu'il fréquentoit, par la douceur de son caractère, par la sûreté de son commerce, et par sa modestie et sa candeur. Il étoit affable, officieux, prévenant, et faisoit les délices des honnêtes gens. Ses principaux ouvrages sont : I. *Une Description de la Palestine*, très-savante et très-exacte. L'auteur considère cette province dans les différens états où elle a été. Il publia cet ouvrage sous le titre de *Palestina monumentis veteribus illustrata*, Utrecht, 1714, 2 vol. in-4.º II. *Cinq Dissertations sur les Médailles* des anciens Hébreux, et plusieurs autres *Dissertations sur différens sujets curieux et in-* téressans, 1706-1708, 3 vol. in-12. III. *Une Introduction à la Grammaire Hébraïque*, 1710, in-8.º IV. *Antiquitates sacra veterum Hebræorum*, 1717. Cet ouvrage, écrit avec méthode, renferme beaucoup de savoir et de recherches. V. *De religione Mahometana*, traduit en français par Durand. La seconde édition qui est la plus estimée, est de 1717, in-8.º Il est divisé en deux livres, dont le premier contient un abrégé de la croyance des Mahométans, traduit d'un manuscrit Arabe; et le second, les accusations et les reproches qu'on leur fait sans aucun fondement. VI. *De spoliis templi Hierosolymitani in arcu Titiano Romæ conspicuis*, Utrecht, 1716. VII. *Une Edition d'Epicète*. VIII. *Petri RELANDI Fasti consulares*, Utrecht, 1715, in-8.º Adrien ne fut que l'éditeur de cet ouvrage savant et exact, composé par Pierre Reland son frère.
REMBRANT, (Van-Ryn) peintre et graveur, fils d'un meunier, naquit en 1606, dans un village situé sur le bras du Rhin qui passe à Leyde. Un petit tableau qu'il fit pendant son apprentissage et qu'un connoisseur paya cent florins, le mit en réputation dans les plus grandes villes de la Hollande. Il fut sur-tout employé dans les portraits; nous en avons de lui un grand nombre. Ses sujets d'histoire sont plus rares. Il mettoit ordinairement des fonds noirs dans ses tableaux, pour ne point tomber dans des défauts de perspective, dont il ne voulut jamais se donner la peine d'apprendre les principes. On lui reproche aussi beaucoup d'in- correction. Il avoit une grande collection des meilleurs dessins des peintres Italiens, et des gra- vures de leurs plus beaux ou- vrages; mais c'est une richesse dont il ne fit jamais aucun usage pour son art. Ses défauts ne l'empêchèrent pas d'être compté parmi les plus célèbres artistes. Ce peintre possédoit dans un degré éminent, l'intelligence du clair-obscur. Il est égal au Ti- tien pour la fraîcheur et la vé- rité de ses carnations. Ses ta- bleaux à les regarder de près, sont raboteux; mais ils font de loin, un effet merveilleux. Toutes les couleurs sont en bar- monie; sa manière est suave, et ses figures semblent être de re- lief. Il chargeoit même quelque- fois les endroits éclairés de ses tableaux, de touches si épaisses, qu'il sembloit plutôt avoir voulu modéler que peindre. On a cité de lui une tête, où le nez étoit presque aussi saillant que celui qu'il copioit d'après nature. Quel- qu'un lui reprochoit un jour, que sa façon particulière d'em- ployer les couleurs rendoit ses tableaux raboteux; il lui ré- pondit qu'il étoit Peintre et non Teinturier. Il se plaisoit à donner à ses figures des habillemens et des coiffures extraordinaires. Il avoit rassemblé un grand nombre de bonnets orientaux, d'armes anciennes, et d'étoffes depuis long-temps hors d'usage. Quand on lui conseilloit d'étudier l'an- tique pour prendre un meilleur goût de dessin que celui qu'il a adopté, et qui est ordinairement lourd et écrasé, il mettoit le donneur d'avis dans un coin de son atelier; et lui montrant toutes ses antiquailles, il lui disoit par dérision que c'étoient- là ses antiques. Rembrant, ainsi que la plupart des gens à talent, étoit sujet à mille caprices. Un jour étant occupé à peindre une famille entière dans un seul ta- bleau qui étoit presque fini, on vint lui annoncer la mort de son singe. Sensible à cette perte, il se le fit apporter, et sans aucun égard pour les personnes qu'il venoit de peindre, il traça le portrait de l'animal sur la méme- toile. Cette figure déplut, avec raison, à ceux à qui le tableau étoit destiné; mais il ne voulut jamais l'effacer, et il aima mieux ne pas vendre son tableau. Ce qui fait rechercher ses composi- tions, c'est qu'elles sont très- expressives; ses demi-figures, et sur-tout ses têtes de vieillards, sont frappantes. Enfin il donnoit aux parties du visage, un ca- ractère de vie et de vérité qu'on ne peut trop admirer. Les es- tampes en grand nombre que Rembrant a gravées, sont dans un goût singulier. Elles sont re- cherchées des connoisseurs et fort chères, particulièrement les bonnes épreuves. Ce n'est qu'un assemblage de coups irréguliers et égratignés, mais qui produi- sent un effet très-piquant. La plus considérable est la pièce de Cent francs, ainsi appelée, parce qu'il la vendoit ce prix-là; le sujet de cette pièce est Notre- Seigneur guérissant les Malades. On a aussi gravé d'après lui. Rembrant a fait quelques Pay- sages, excellens pour l'effet. Il mourut à Amsterdam en 1668 selon de Piles, et 1674 selon Houbraken; il avoit une physio- nomie commune, un air grossier et mal propre qui répondoient à l'obscurité de sa naissance et D d 3
PITRACHA, *Voyez CONSTANCE*, n.º IV, à la fin.
PITROU, (Robert) inspecteur des ponts et chaussées, né à Mantes en 1684, mort à Paris en 1750, construisit le pont de Blois en 1716, et imagina les cintres de bois appelés *retroussés*. Le *Recueil de ses Dessins* a été publié par sa veuve, 1756, in-fol.
PITS, (Jean) *Pitseus*, né vers 1560 à Southampton dans le comté de Hant, étoit neveu du fameux docteur *Sanderus*. Il étudia en Angleterre et ensuite à Douai. De là il se rendit à Rheims où il passa un an dans le collège des Anglois, et où il abjura l'hérésie. Il voyagea ensuite en Italie et en Allemagne. Le cardinal *Charles de Lorraine* lui donna un canonicat à Verdun, et le proposa pour confesseur à la duchesse de *Clèves* sa sœur. Après la mort de cette princesse, *Pitseus* fut doyen de Liverdun, où il mourut en 1616, à 56 ans. On a de lui un livre *Des illustres Ecrivains d'Angleterre*, 1619, in-4°, et d'autres ouvrages en latin, qui manquent d'exactitude, mais qui prouvent beaucoup de savoir. Dans celui que nous avons cité, il prodigue les plus grands éloges aux plus petits auteurs. I. PITT, (Cristophe) poète Anglois, né à Blandfort en 1699, mort le 13 avril 1748, a donné des Traductions de *Lucain*, de l'*Enéide* et de la poétique de *Vida*. *Cazin* a donné une édition de ses Poésies, à Paris in-12.
II. PITT, (Guillaume) comte de *Chatham*, né en 1708, d'une famille noble et ancienne d'Angleterre, servit d'abord dans sa jeunesse; mais étant sujet à la goutte, il fut forcé de quitter la carrière des armes. Obligé d'être sédentaire, il fit des études profondes, et s'attacha sur-tout à la politique. Élu membre du parlement, il s'y distingua d'abord dans le parti de l'opposition; mais la cour d'Angleterre l'attacha à ses intérêts en le nommant en 1756 secrétaire d'état, et ensuite principal ministre sous *George II* et *George III*. Il se signala sur-tout dans la guerre de 1757. Les Anglois se rendirent maîtres de toute l'Amérique septentrionale, et eurent des succès extraordinaires sur terre et sur mer. Milord *Chatham* recueillit la gloire de ces triomphes; mais les sages le blâmèrent d'avoir méconnu le génie de sa nation, qui la porte au commerce et non aux conquêtes. Celles d'Angleterre coûtèrent plus de 80 millions sterling; et cette énorme dépense devoit pendant un siècle la mettre hors d'état de soutenir aucune autre guerre. Lorsque celle des Colonies fut déclarée, Milord *Chatham* qui n'étoit plus dans le ministère insista fortement dans le parlement pour faire rappeler l'armée Angloise qui étoit en Amérique, et pour qu'on se bornât à une guerre contre la France. Il se fit entendre pour la dernière fois le 8 avril 1778, sur la question de l'indépendance des États-Unis. Au milieu de son discours il se trouva mal, et fut saisi par des convulsions dont il mourut trois jours après dans sa terre de Hayes, le 11 mai 1778. *Ah! mon ami*, dit-il avant d'expirer à un seigneur qui étoit auprès de lui, *Sauvez ma Patrie*... Actif, infatigable, laborieux, tempérant, il joignoit à ces qualités une éten- à la bizarrerie de son habillement. Il ne se plaisoit qu'avec des gens du peuple. Les grandeurs me gênent, disoit-il, le plaisir n'est que dans l'égalité et la liberté. Son avarice étoit extrême. Semblable à certains auteurs qui vendent cinq ou six fois le même manuscrit, il usoit de toutes sortes de ruses pour vendre fort cher et plusieurs fois les mêmes estampes. Tantôt il les faisoit débiter par son fils, comme si celui-ci les avoit dérobées : tantôt il feignoit de vouloir quitter la Hollande. Il les vendoit lorsque la planche étoit à moitié terminée, en tiroit un nouveau prix après qu'elle étoit finie; enfin il la faisoit paroître une troisième fois en la retourchant. I. RÉMI, (Saint) né dans les Gaules d'une famille illustre, fut encore plus distingué par ses lumières et ses vertus que par sa naissance. Ses grandes qualités le firent mettre sur le siège pontifical de Rheims, à 24 ans. Il eut beau résister au peuple, il fallut qu'il sortit de sa solitude. Ce fut lui qui baptisa le roi Clovis qu'il instruisit des maximes du Christianisme, conjointement avec St. Godard de Rouen et St. Vaast. On ne sait en quel temps il mourut; mais il est certain qu'il ne vivoit plus en 535. Nous avons sous son nom quelques Lettres dans la Bibliothèque des Pères. Plusieurs savans doutent qu'elles soient de lui. Le P. Suyskens, dans les Acta Sanctorum, paroît avoir démontré que le plus ample de ces deux testamens est une pièce supposée. L'abbé Bye, savant Bollandiste, a fortifié les preuves du P. Suyskens d'une Dissertation intitulée : Réponse aux Mémoires de M. des Roches, Bruxelles, 1780, in-8.º L'abbé Ghesquière a prouvé la même chose dans les Acta Sanctorum Belgii selecta. Voyez Oudin, in Supplem. ad Bellarm. pag. 113.
II. RÉMI, (Saint) grand apomônier de l'empereur Lothaire, succéda à Amolon dans l'archevêché de Lyon en 854. On croit que ce fut lui qui fit, au nom de cette église, la Réponse aux 3 Lettres d'Hincmar de Rheims, de Pardule de Laon, et de Rabam de Maïence. Il présida au concile de Valence en 855, se trouva à celui de Langres et à celui de Savonnières près de Toul en 859, et se signala dans toutes ces assemblées par un zèle peu commun. Cet illustre prélat termina sa vie le 28 octobre 875, après avoir fait diverses fondations. Outre la Réponse dont nous avons parlé, et dans laquelle il soutient avec zèle la doctrine de St. Augustin sur la grace et sur la prédestination, nous avons de lui : Traité de la condamnation de tous les Hommes par Adam, et de la délivrance de quelques-uns par Jésus-Christ. On trouve ce Traité, ainsi que la Réponse, dans la Bibliothèque des Pères, et dans Vindiciae Prædestinationis, 1650, deux volum. in-4.º Voyez GOTESCALG.
III. RÉMI D'AUXERRE, ainsi appelé, parce qu'il étoit moine de Saint-Germain d'Auxerre, monrut vers l'an 908. Il eut pour maître Heric ou Henri. Ses études, suivant l'usage de ce temps, embrassèrent les sciences profanes et les sciences divines : on aroyollators ce que plusieurs pensent aujourd'hui, que ces sciences bien étudiées se prêtent un mutuel secours. Il enseigna dans l'université de Paris, et s'y acquit quelque réputation. Son *Traité* de grammaire fut reçu comme ouvrage élémentaire dans toutes les écoles de France, et on n'en étudia pas d'autre pendant plus de 400 ans. On a de lui un *Traité des Offices divins*, et quelques autres ouvrages fort superficiels et presque entièrement ignorés. *Rémi* pour avoir suivi le goût de son siècle de tout étudier, n'approfondit rien, ainsi que la plupart des docteurs de ce temps-là. Son *Commentaire sur les Pseaumes*, Cologne, 1536, in-folio, et dans la *Bibliothèque des Pères*, est sa meilleure production.
IV. RÉMI DE FLORENCE, ou REMIGIO FLORENTINO, Dominicain et littérateur Italien du XVIe siècle, se fit connoître par plusieurs ouvrages, dont les principaux sont des traductions : d'*Ammien Marcellin*, de *Cornelius Nepos*, et de l'*Histoire de Sicile de Fazello*. Il est aussi auteur des *Réflexions sur l'Histoire de Guichardin*, et sur quelques autres historiens, imprimées à Venise en 1582, in-4°, et assez estimées; et de *Poésies Italiennes* fort médiocres, Venise, 1547, in-8°. On y trouve une Traduction des *Épîtres d'Ovide*, dont on a donné une belle édition à Paris en 1762. *Remigio* passa presque toute sa vie à Venise. Son nom de famille étoit NANNI. Il mourut à Florence sa patrie en 1580, à 62 ans. V. RÉMI, (Abraham) *Remius*, dont le nom étoit RAVAUD, né en 1600, mort en 1646, à 46 ans, professa l'éloquence au collège royal : Rémi village du Beauvois sa patrie, lui donna son surnom. Il est regardé comme un des meilleurs poètes Latins de son temps. Ses productions virent le jour en 1646, in-12 : on y remarque de l'esprit, une imagination vive, de l'invention, et une facilité peu commune. Il a fait un Poème épique sur *Louis XIII*, divisé en quatre livres sous le titre de *Borbonias*, in-8°, 1627. Son *Masonium* ou *Recueil* de vers sur le château de Maisons près Saint-Germain, est ce qu'il a fait de mieux. Ce beau vers contre les ergoteurs logiciens, est de lui : *Gens ratione furens, et mentem pasta chimaris.*
VI. RÉMI, (Joseph-Honoré) prêtre du diocèse de Toul et avocat au parlement de Paris, mort dans cette dernière ville le 12 juillet 1782, étoit né à Remiremont en 1738. Privé de la vue par les suites de la petite vérole depuis l'âge de huit ans jusqu'à 14, il employa ce temps à cultiver la musique, et sans autre maître que lui-même il devina, pour ainsi dire, la théorie de ce bel art, et apprit à toucher fort bien du clavecin. Le rétablissement de ses yeux lui permit de s'appliquer à d'autres études et il s'en occupa avec ardeur. Il débuta en 1770 dans la littérature, par une brochure intitulée : *Le Cosmopolisme*, in-12. Il publia la même année les *JOURS*, pour servir de correctif aux *NUITS d'Young*, in-12 : plaisanterie faite pour tourner en ridicule l'Anglomanie. Il donna ensuite le *Code des Fran-* D d 4 sois, 1771, 2 vol. in-12, et la traduction du grec de l'hiéroglyphe d'*Hyérapole*, 1779, in-12. Mais ce qui lui acquit le plus de célébrité, fut son *Eloge du Chancelier de l'Hôpital*: Discours emphatique, éloge exagéré, mais souvent éloquent, couronné par l'académie Françoise en 1777, et censuré par la Sorbonne. L'auteur répondit à cette censure en annonçant qu'il avoit emprunté les articles condamnés de l'abbé *Fleury* et du jurisconsulte de *Laurière*. *Rémi* concourut encore pour le prix de l'académie Françoise par des éloges de *Molière*, de *Colbert* et de *Fénélon*. Le dernier obtint l'*accessit*. Il étoit occupé, lorsqu'il mourut, de la rédaction de la partie de la jurisprudence pour la nouvelle *Encyclopédie*, et il fournissoit beaucoup d'extraits au *Mercure*. Considéré comme journaliste, il avoit l'esprit d'analyse, la science, la sagacité; et il s'éloignoit rarement dans ses critiques de la modération convenable, quoique certains écrivains trouvassent qu'il employoit contre leurs productions une ironie trop amère, et un style dur, sec, et quelquefois boursouflé. L'homme en lui valoit encore mieux que l'auteur; il étoit, dit-on, doux, gai, simple, bon, complaisant, et d'une humeur toujours égale. Souvent il consacroit gratuitement ses veilles à la défense des opprimés. *La belle monnoie*, disoit-il, que le grand-merci d'un malheureux! Il n'étoit cependant pas riche; mais il avoit la fortune du sage, la modération dans les desirs. Au-dessus de ce qu'il appeloit les *bêtises de la vanité*, il n'afficha jamais les moindres prétentions; il possé- doit le talent rare de se mettre à la portée de tout le monde et de parler à chacun sa langue. Il a laissé plusieurs manuscrits, un *Dictionnaire* de Physique et de Chimie avec l'application des principes et des découvertes de ces deux sciences à l'économie animale; un *Traité des Communes*, une *Vie de Charlemagne* et une *continuation des synonymes de l'abbé Girard*. On ignore ce que ces ouvrages sont devenus. I. RÉMOND DE SAINT-MARD (Toussaint) de Paris, proche parent de *Remond de Montmort*, qui a écrit sur les Jeux de hasard, fit ses humanités et sa philosophie avec succès dans l'université de Paris. Il ne voulut s'engager ni dans les charges ni dans le mariage, et prit le parti de vivre en philosophe. Il mena une vie exempte de toute contrainte, et partagea son temps entre la culture des belles-lettres et la société des gens d'esprit. Ses écrits se sentent de son caractère indolent et paresseux, aussi bien que de son attrait pour une philosophie qui exclut toute sévérité. Il se fit connoître d'abord par ses *Dialogues des Dieux*, écrits avec esprit et quelquefois avec grace; il y cache des idées fines sous des expressions familières. Mais il ne fait qu'effleurer la surface des objets, ainsi que dans ses autres ouvrages; et il faut moins y chercher la morale évangélique que celle d'*Epicure*. Ses autres ouvrages sont: I. *Lettres galantes et philosophiques*, accompagnées de l'*Histoire de Mademoiselle de***. On y trouve des paradoxes; mais l'auteur les soutient avec esprit. Son ton n'est pas assez épistolaire; il veut pa- roître profond, et il n'est très- souvent qu'obscur. II. Trois Let- tres sur la naissance, les progrès et la décadence du Goût; elles sont écrites avec plus de feu que tout le reste; elles ont même un petit ton satirique, qui n'est point du tout désagréable aux esprits malins, c'est-à-dire au plus grand nombre. III. Différens Traités sur la Poésie en général et sur les différens genres de poésie. On y sent un homme qui avoit médité son sujet, et qui avoit lu avec réflexion les an- ciens poètes de Rome et nos meilleurs poètes François, qu'il ne juge pas toujours sainement. IV. Un petit Poème intitulé la Sagesse. Ce Poème, d'une phi- losophie très-voluptueuse, parut d'abord en 1712, et on le réim- prima dans un recueil en 1715, sous le nom du marquis de la Fare qui n'en étoit point l'au- teur. C'étoit un vol que l'on fai- soit à Saint-Mard. Il représente la Sagesse comme une divinité aussi voluptueuse et plus sé- duisante que Vénus. V. Une Let- tre sur le Goût et le Génie, et sur l'utilité dont peuvent être les règles. Ces différens écrits ont été recueillis en 1743, à Paris, sous le titre de la Haye, en trois vol. in-12, et depuis en 1750, cinq vol. in-12, petit format. L'auteur mourut à Paris le 29 octobre 1757, à 75 ans. Sa santé avoit toujours été extrêmement délicate, et il étoit sujet à plu- sieurs infirmités. Il dut sa longue vie à son caractère modéré et à une gaieté douce. C'étoit un homme d'une société aimable; il parloit comme il écrivoit, d'une manière précieuse, et cette af- fectation dépare ses écrits. Il s'étoit formé sur Fontenelle, quoi- qu'il le regardât comme le cor- rupteur du goût, et qu'il ne ces- sât de lancer contre lui quelques traits dans ses livres et dans sa conversation.
II. RÉMOND DE SAINTE- ALBINE, (Pierre) censeur royal, membre de l'académie des Scien- ces et Belles-Lettres de Berlin, mort à Paris sa patrie le 9 oc- tobre 1778, à 84 ans, littérateur estimable et laborieux, a publié les ouvrages suivans: I. Abrégé de l'Histoire du Président de Thou, avec des remarques, 1759, dix vol in-12 : livre bien fait, pu- rement écrit et qui cependant n'a pas eu beaucoup de succès, parce qu'il est un peu sec. II. Le Comédien, 1744, in-8. On y trouve d'excellentes réflexions, exposées avec beaucoup de clarté. L'auteur connoissoit bien le théâ- tre; il avoit fait même quelques comédies, quoiqu'il eût plus de talent pour juger la scène que pour l'enrichir de ses pièces. Il fut chargé pendant quelque temps de la rédaction de la Ga- zette de France et du Mercure. Cet auteur étoit un écrivain ins- truit, un homme de mœurs sim- ples et honnêtes, et un savant modeste.
RÉMOND DE MONTMORT, Voyez MONTMORT.
RÉMOND, Voyez FLORI- MOND DE REMOND.
REMUS, frère de Romulus. Quelques-uns prétendent que ne pouvant s'accorder avec son frère, il s'exila et passa dans les Gaules, où il fonda la ville de Rheims : d'autres disent que son frère le tua pour se venger de ce qu'il avoit sauté par mépris le 426 REN fossé récemment tracé des murs de Rome, ou plutôt pour régner seul; mais tous ces faits sont fort incertains.
RENAU D'ÉLISAGARAY, (Bernard) né dans le Béarn en 1652 d'une famille ancienne de Navarre, fut placé dès son enfance auprès de *Colbert du Terron* intendant de Rochefort. On lui fit apprendre les mathématiques; il y réussit, et devint de bonne heure l'ami intime du Père *Malebranche*. La marine étoit son étude favorite. Quand il y fut assez instruit, *du Terron* le fit connoître à *Seignelai*, qui devint son protecteur. Il lui procura en 1679 une place auprès du comte de *Vermandois* amiral de France, qui lui donna une pension de mille écus. *Louis XIV* voulant réduire à des principes uniformes la construction des vaisseaux, fit venir à la cour les plus habiles constructeurs. Après quelques discussions, on se borna à deux méthodes; l'une de *Renau*, et l'autre de *du Quesne* qui eut la magnanimité de donner la préférence à celle de son rival. *Renau* jouit de son triomphe en présence de *Louis XIV*, qui lui ordonna d'aller à Brest et dans les autres ports pour instruire les constructeurs. Il mit leurs enfans en état de faire, à l'âge de 15 à 20 ans, les plus gros vaisseaux, qui demandaient auparavant une expérience de 20 ou 30 ans. En 1680, *Louis XIV* résolut de se venger d'Alger; *Renau* proposa de le bombarder. Jusqu'alors il n'étoit venu dans l'esprit de personne que des mortiers pussent n'être pas placés à terre et se passer d'une assiette solide. Il promit de faire des galiotes à bombe; on se moqua de lui dans le conseil; mais *Louis XIV* voulut qu'on esseyât cette nouveauté funeste qui eut un heureux effet. Après la mort de l'amiral, il alla en Flandre trouver *Vauban* qui le mit en état de conduire les sièges de Cadaquiers en Catalogne, de Philipsbourg, de Manheim et de Franckendal. Le roi pour récompenser ses services, lui donna une commission de capitaine de vaisseau, un ordre pour avoir entrée et voix délibérative dans les conseils des généraux, une inspection générale sur la marine, et l'autorité d'enseigner aux officiers toutes les nouvelles pratiques dont il étoit l'inventeur, avec douze mille livres de pension. Cet habile homme fut demandé par le grand maître de Malte, pour défendre cette isle; mais ce siège n'ayant pas eu lieu, *Renau* revint en France. Il fut fait à son retour conseiller de marine et grand-croix de l'ordre de Saint-Louis. Sa mort arrivée le 30 septembre 1719, à 67 ans, fut celle d'un religieux de la Trappe. Persuadé de la religion par sa philosophie, il regardoit son corps comme un voile qui lui cachoit la vérité éternelle, et la mort comme un passage des plus profondes ténèbres à une lumière parfaite. *Quelle différence*, disoit-il, *d'un moment au moment suivant!* La valeur, la probité, le désintéressement, l'envie d'être utile, soit au public soit aux particuliers; toutes ces qualités étoient chez lui au plus haut degré, et elles étoient soutenues par une piété aussi tendre que constante. La fermeté faisoit son caractère. Il ne démordoit guère, dit *Fontenelle*, ni de ses entreprises ni de ses opinions : ce qui assuroit davantage le succès de ses entreprises, et donnoit moins de crédit à ses opinions. Sujet à une rétention d'urine, il fit avec la plus grande confiance un remède qu'il avoit appris du P. *Malebranche* : c'étoit de prendre une grande quantité d'eau de rivière assez chaude; mais il en but tant, que les médecins prétendirent qu'il s'étoit noyé. Sa générosité étoit extrême. Ayant pris un vaisseau anglois, sur lequel il y avoit pour quatre millions de diamans, il les porta au roi, quoiqu'il eût pu les garder, et se contenta d'une pension de neuf mille livres. Il y avoit sur le même navire une dame de condition qui avoit tout perdu par le pillage du vaisseau : *Renau* pourvut à tous ses besoins et à ceux de sa femme de chambre, tant qu'elles furent prisonnières en France. Il en usa de même à l'égard du capitaine, et il lui en coûta plus de vingt mille livres pour les avoir pris. On a de lui la *Théorie de la manœuvre des Vaisseaux*, 1689, in-8°; et plusieurs *Lettres* pour répondre aux difficultés de *Huyghen* et de *Bernouilli* contre sa *Théorie*. C'étoit un homme qui lisoit peu, mais qui méditoit beaucoup, et ce qui est plus singulier, qui méditoit beaucoup plus au milieu des compagnies où il se trouvoit fréquemment que dans la solitude où on le trouvoit peu. Il étoit de très-petite taille et presque nain : on l'appeloit ordinairement le *Petit Renau*. Il avoit été reçu de l'académie des Sciences en 1699. I. RENAUD, (Nicolas) l'un des premiers chansonniers François, fleurit sous le règne de *Henri II*. Il étoit Provençal. Ses vers ne respirent que l'amour.
II. RENAUD, (Louis) religieux Dominicain, né à Lyon, et mort le 20 juin 1771, à l'âge de 80 ans, fut renommé par ses talens pour la chaire et devint prédicateur ordinaire du roi. Ses Sermons n'ont jamais été publiés, mais on a de lui les *Oraisons* funèbres du duc d'Orléans et du maréchal de Villeroy, ainsi qu'un *Discours* latin prononcé à Beauvais, sur l'exhaltation de *Benoit XIII* à la papauté.
RENAUD, *Voyez AIMON* ; CHARTRES; et la 2$^{e}$ Note de l'article CHASSENEUX. *Voy.* aussi RENAUD.
RENAUDIE, (Jean de Barri, sieur de la) dit *DE LA FOREST*, second chef de la conjuration que les Huguenots firent en 1560 contre les princes de la maison de *Guise*, étoit d'une noble et ancienne famille de Périgord. Il avoit été condamné, les uns disent au bannissement, les autres à la corde, pour avoir falsifié des pièces qu'il devoit produire dans un procès. Le duc de *Guise* touché de compassion pour lui, le fit évader de prison; et c'est contre ce même duc à qui il devoit la vie, qu'il médita les plus noirs desseins. Il passa le temps de son exil à Genève et à Lausanne, et s'insinua dans l'esprit de plusieurs François retirés en Suisse à cause de la religion. Depuis, il forma les mêmes cabales en France, où il ne fut connu d'abord que de ceux de son parti. *La Renaudie* avoit de l'esprit, de la hardiesse et étoit vindicatif. Il souhaitoit effacer l'infamie de son bannissement par quelque action éclatante. Dans cette vue, il offrit 428 R E N son service à ceux de la conjuration formée par les Protestans. On ne sait pas bien précisément sur quoi elle rouloit ; mais on ne doute point qu'elle n'ait été tramée pour faire triompher le Calvinisme. Plusieurs historiens prétendent qu'il s'agissoit de se rendre maître de la personne du roi François II, et de massacrer les princes de Guise qui avoient en main toute l'autorité royale. Les Guises massacrés, le roi captif entre les mains des Calvinistes, le prince de Condé chef secret de la conspiration se déclarant alors onvertement, la religion et l'état devoient nécessairement éprouver une révolution. Un historien moderne a dit que dans ce complot il y eut une audace qui tenoit de la conjuration de Catilina, et un secret qui le rendoit semblable aux Vêpres Siciliennes. Mais Castelnau auteur contemporain, dit que cette entreprise fut tout-à-fait mal conduite, et encore pirement exécutée. Et le Laboureur prétend qu'elle fut si mal arrangée, qu'on en étoit instruit en Italie, en Suisse et dans les Pays-Bas, et qu'il en vint des avis de toutes parts au duc et au cardinal de Guise. Quoi qu'il en soit, la Renaudie se chargea d'aller dans les provinces, et de gagner par lui-même et par ses amis, ceux qu'il avoit déjà connus, et leur donna jour au 1er février pour s'assembler à Nantes. L'assemblée se tint et on résolut d'exécuter la conjuration à Amboise, où étoit la cour ; mais ce dessein ayant été découvert par un avocat chez qui il étoit logé, (Voy. AVENELLES) la Renaudie qui s'avançoit avec des troupes, fut tué le 16 mars 1559, vieux style ; 1560, nou- veau style... dans la forêt de Château-Renard près d'Amboise, où son corps fut porté. Il y fut pendu sur le pont à un gibet, ayant sur le front un écriteau avec ces paroles : CHEF des Rebelles. Un de ses domestiques nommé la Bigne qui fut pris dans la même occasion, explique divers Mémoires écrits en chiffres et découvrit tout le secret de la conjuration. I. RENAUDOT, (Théophraste) médecin de Loudun, s'établit à Paris en 1623. Il fut le premier qui commença, en 1631, à faire imprimer ces nouvelles publiques, si connues sous le nom de Gazettes. Il y avoit long-temps qu'on avoit imaginé de pareilles feuilles à Venise, et on les avoit appelées Gazettes, parce que l'on payoit pour les lire, una Gazetta, petite pièce de monnoie. Renaudot grand nouvelliste, ramassoit de tous côtés des nouvelles pour amuser ses malades. Il se vit bientôt plus à la mode qu'aucun de ses confrères ; mais comme toute une ville n'est pas malade ou ne s'imagine pas l'être, il pensa qu'il pourroit se faire un revenu plus considérable en donnant chaque semaine des feuilles volantes, qui contiendroient les nouvelles de divers pays. Ce fut l'origine de la Gazette de France qui n'a jamais perdu le caractère de véracité qui fait son mérite distinctif, et qui ne parle que très-peu de ce qui se passe en France, parce qu'elle se borne aux faits certains et aux mémoires non suspects. Louis XIII donna à Renaudot un privilège, qui fut confirmé par Louis XIV pour lui et pour sa famille. Ce mé- deen garetier mourut à Paris le 25 octobre 1653, à 70 ans. Il aimoit beaucoup l'argent, et quoique ses malades et les lecteurs de ses Gazettes lui en procurassent beaucoup, on prétend qu'il prétoit sur gages. On a de lui, outre ses Gazettes : I. Une Suite du *Mercure François*, depuis 1635 jusqu'en 1643. Jean Richer libraire de Paris, avoit donné le premier volume de ce Journal, qui fut continué jusqu'au 20$^{e}$ par *Étienne Richer*. *Renaudot* le prit au 21$^{e}$. Comme il ne donna dans ce recueil que la seule relation des faits, sans y joindre les pièces justificatives, ainsi qu'avoit fait *Richer*, il fut obligé de le discontinuer. Il n'a donné que les cinq derniers vol. de cet ouvrage, qui est en vingt-cinq vol. in-8$^{e}$. Les siens sont les moins estimés, et cependant les plus rares. II. Un *Abrégé de la Vie et de la Mort de Henri de Bourbon* prince de Condé, 1646, in-4$^{e}$. III. *La Vie et la Mort du maréchal de Gassion*, 1647, in-4$^{e}$. IV. *La Vie de Michel Mazarin* cardinal, frère du premier ministre de ce nom, 1648, in-4$^{e}$.
II. RENAUDOT, (Eusèbe) petit-fils du précédent, est plus célèbre que son grand-père. Il naquit à Paris en 1646. Après avoir fait ses humanités au collège des Jésuites et sa philosophie au collège d'Harcourt, il entra chez les Pères de l'Oratoire; mais il n'y demeura que peu de mois. Il continua cependant de porter l'habit ecclésiastique, afin d'être moins détourné dans ses études par les visites des oisifs du grand monde; mais il ne songea jamais à entrer dans les ordres. Il se consacra d'abord aux langues orientales, et il étudia ensuite les autres langues; on prétend qu'il en possédoit jusqu'à dix-sept. Son dessein étoit de faire servir ses connoissances à puiser dans les sources primitives les vérités de la religion. Le grand *Colbert* avoit conçu le dessein de rétablir en France les impressions en langues orientales. Il s'adressa à l'abbé *Renaudot*, comme à l'homme le plus capable de seconder ses vues; mais la mort de ce grand ministre priva la patrie de ce nouveau service qu'il vouloit lui rendre. Le cardinal de *Noailles*, un des protecteurs de notre savant, le mena avec lui à Rome en 1700, et le fit entrer dans le conclave. Son mérite lui attira les distinctions les plus flatteuses. Le pape *Clément XI* l'honora de plusieurs audiences particulières, voulut lui donner des bénéfices, et ne put lui faire accepter que le petit prieuré de Fossey en Bretagne. Il l'engagea de rester encore sept à huit mois à Rome après le départ du cardinal, pour jouir plus long-temps de ses lumières. Le grand duc de Florence auprès de qui il passa un mois, le logea dans son palais, le combla de présens et lui donna des felouques pour le ramener à Marseille. L'académie de Florence, l'académie Françoise, celle des Inscriptions, le jugèrent dignes d'elles. Ce fut à son retour en France qu'il publia la plupart des ouvrages qui ont illustré sa plume. Ce savant mourut le 1$^{er}$ septembre 1720, à 74 ans, après avoir légué sa nombreuse bibliothèque aux Bénédictins de Saint-Germain-des-Prés, où elle fut consumée dans la nuit du 2 au 3 fructidor an 2, dans l'incendie qui éclata dans l'abbaye où l'on fais soit du salpêtre. La perte des manuscrits qu'elle renfermoit est irréparable. L'abbé *Renaudot* avoit un esprit net, un jugement solide, une mémoire prodigieuse. Sa conversation étoit amusante, soit par la variété dont il l'assaisonnoit, soit par le naturel et la chaleur avec laquelle il racontit une infinité d'anecdotes qui n'étoient connues que de lui. Homme de cabinet et homme du monde tout ensemble, il se livroit à l'étude par goût, et se prêtoit à la société par politesse. Attentif à garder les bienséances, ami fidelle et généreux, libéral et même prodigue envers les pauvres, irréprochable dans ses mœurs, insensible à tout autre plaisir qu'à celui de converser avec les savans; il fut le modèle de l'honnête homme et du parfait Chrétien. Sa science n'étoit point un trésor caché : il étoit toujours prêt à en faire part; et on sait l'hommage de reconnoissance que les auteurs de la *Perpétuité de la Foi*, (*Arnauld* et *Nicole*) lui ont rendu. Ses principaux ouvrages sont : I. Deux vol. in-4°, en 1711 et 1713, pour servir de continuation au livre de la *Perpétuité de la Foi*. II. *Historia Patriarcharum Alexandrinorum*, *Jacobitarum*, etc. à Paris, 1713, in-4° III. Un *Recueil* d'anciennes *Liturgies Orientales*, deux vol. in-4°, à Paris, 1716, avec des dissertations très-savantes. IV. Deux anciennes *Relations des Indes et de la Chine*, avec des observations, in-8°, à Paris, 1718. Cet ouvrage traduit de l'arabe, renferme les voyages de deux Mahométans du 9$^{e}$ siècle. V. *Dé-* *fense de la Perpétuité de la Foi*, in-8°, contre le livre d'*Aymon*. VI. Plusieurs *Dissertations* dans les *Mémoires* de l'académie des Inscriptions. VII. *Défense* de son *Histoire des Patriarches d'Alexandrie*, in-12. VIII. Une *Traduction* latine de la *Vie de Saint Athanase*, écrite en arabe. Elle a été insérée dans l'édition des Œuvres de ce Père, par Dom de *Montfaucon*, etc. IX. Plusieurs Ouvrages manuscrits. Le style de ces diverses productions est assez noble : mais il manque de légèreté et d'agrément. *Voyez* CLÉMENT XI, n° XII.
RENÉ, comte d'Anjou et de Provence, arrière-petit-fils du roi *Jean*, né à Angers en 1408, descendoit de la seconde branche d'*Anjou*, appelée au trône de Naples par la reine *Jeanne I*. Ayant épousé en 1420 *Isabelle de Lorraine* fille et héritière de *Charles II*, il ne put recueillir l'héritage de son beau-père. *Antoine* comte de *Vaudemont*, qui le lui disputa les armes à la main, le chassa de *Lorraine*, le fit prisonnier et le força de donner sa fille *Isabelle* en mariage à son fils *Ferri de Vaudemont*, dont les descendans régénèrent dans cette province. *Louis* roi de Naples son frère et la reine *Jeanne II*, qui l'avoit fait son héritier, étant morts, il se rendit en 1435 dans le royaume de Naples, il n'y fut pas plus heureux qu'en *Lorraine*. *Jean de Calabre* son fils, entreprit non moins inutilement la conquête du royaume d'Aragon, qui appartenoit légitimement à *René* par sa mère *Polande*. Le comte d'*Anjou* n'ayant eu que des revers à la guerre, se retira en Provence, où il cultiva en paix les arts. Il fit des vers et peignit comme un prince pouvoit peindre dans un siècle et dans un pays alors à demi-barbare. On voit un de ses tableaux aux Célestins d'Avignon. Le sujet en est hideux : c'est le squelette de sa maîtresse à moitié rongé des vers, avec le cercueil d'où elle sort. Assurément on ne dira pas qu'il l'ait flattée. Son génie singulier lui faisoit aimer les cérémonies extraordinaires. Il est le premier auteur de la fameuse procession d'Aix, où l'on voyoit un porteur de chaise représentant la reine de Saba ; des Apôtres armés de fusils qui se battent contre les diables ; un lieutenant d'amour, et d'autres indécences bien déplacées dans une solennité si auguste. René mourut à Aix en 1480. Ce prince fut surnommé le Bon parce qu'il étoit populaire et libéral. Ses revenus ne suffirent jamais à ses dépenses : il emprunta toute sa vie ; mais il fut exact à satisfaire à ses engagements. Je ne voudrois, disoit-il à son trésorier, pour quoi que ce soit au monde, avoir déshonneur à la parole que j'ai donnée. Quoiqu'il dépensât beaucoup en choses de fantaisie, il vivoit sans faste soit à la ville, soit à la campagne. On le voyoit à Marseille où il passoit ordinairement l'hiver, se promener sans cortège sur le port, pour se pénétrer de cette chaleur douce que répand le soleil de Provence : c'est ce qu'on appelle dans ce pays-là, se chauffer à la cheminée du roi René. Il ne buvoit point de vin : Je veux, disoit-il, faire mentir Tite-Live, qui a prétendu que les Gaulois n'avoient passé les Alpes que pour en boire. Mais s'il étoit sobre à table, il ne fut pas modéré avec les femmes, dont il fut l'esclave même dans ses vieux jours. René leur plaisoit par son esprit gai, vif et fécond en saillies. S'il n'avoit été que particulier on l'auroit adoré : mais il oublia un peu trop les devoirs d'un roi, pour s'attacher aux arts d'agrément. Il peignoit une perdrix lorsqu'on lui apprit la perte du royaume de Naples, et il ne discontinua pas son travail. Le goût des arts ne lui fit pas cependant négliger la justice. On le vit quelquefois revenant du combat, écouter les plaintes des particuliers, ou signer des expéditions avant de quitter sa cotte-d'armes. Les lettres qu'il signoit avec le plus de plaisir, étoient les lettres de grace ou celles par lesquelles il récompensoit les services. C'est dans ce sens qu'il disoit : La plume des Princes ne doit pas être paresseuse. Il avoit bien des traits de ressemblance avec Henri IV ; mais il n'eut pas comme lui le talent de conserver les états qu'il avoit conquis. On lui attribue l'Abusé en cour, qu'on imprima dans un recueil d'anciennes Poésies sans date, mais fort antique, in-folio, et depuis à Vienne, 1484, in-folio. On a encore de lui les Cérémonies observées à la réception d'un Chevalier : me prescrit enrichi de belles miniatures. Jeanne de Laval qu'il épousa en secondes noces, lui donna des enfans qui moururent avant lui. Dans le temps qu'il étoit à Angers, il institua en 1438 l'ordre du Croissant. Sa fille Yolande qu'il avoit eue de sa première femme, épousa Ferri comte de Vaudemont, qui lui succéda dans les duchés de Lorraine et de Bur. due de génie et une adresse qui lui procurèrent une grande influence sur tout ce qui se fit de son temps. Mais les suites funestes de ses vues ambitieuses doivent peut-être le faire placer parmi ces hommes qui ont été à la fois l'honneur et le fléau de leur patrie. Ce ministre, créé pair du royaume en 1766, a été enterré aux frais de la nation, dans l'église de Westminster. Le roi et le parlement d'Angleterre ont fait ériger un monument à sa mémoire. Ses titres ont passé à son fils, né en 1756, avec une pension de 4000 livres sterling, que le roi et le parlement lui ont accordée en mémoire des services du père. Il a hérité des talens de ce dernier, de son ambition et de sa haine pour la France.
PITTACUS, l'un des Sept Sages de la Grèce, étoit de Mitylène ville de l'isle de Lesbos. Il chassa de sa patrie le tyran Mélégre; commanda dans la guerre contre les Athéniens, et offrit de se battre contre Phrynon général des ennemis. Il employa dans ce combat la ruse et la force, et après avoir enveloppé son ennemi avec un filet qu'il portoit sous son bouclier, il le tua. Ses concitoyens le remercièrent de ce service, en lui donnant la souveraineté de leur ville. Pittacus les gouverna en philosophe et en père, leur donna des lois sages qu'il mit en vers, et se démit ensuite du souverain pouvoir. On lui offrit de grands fonds de terre pour le dédommager. Il lança son javelot et ne voulut accepter que celles qui se trouvèrent comprises dans sa portée. La partie, leur dit-il, vaut mieux que le tout, et l'exemple de mon désintéressement sera plus utile à la patrie que la possession des plus grandes richesses. D'ailleurs il craignoit d'exciter l'envie de ses concitoyens par un trop riche domaine, et de paroître mépriser leurs présens s'il n'acceptoit rien du tout. Une des maximes qu'il débitoit, étoit que la preuve d'un bon Gouvernement est d'engager les Sujets, non à craindre le Prince, mais à craindre pour lui-même. Une autre de ses maximes étoit, qu'il ne faut point publier ce qu'on a dessein de faire, afin que si l'on n'en vient point à bout, on n'ait pas le chagrin de se voir moqué; et qui ne sait pas se taire, disoit-il, né sait pas parler. Il disoit ordinairement: Prévoyez les malheurs pour les empêcher; mais dès qu'ils sont arrivés, sachez les supporter. — En temps de prospérité, acquérez des amis, et faites-en l'essai dans l'adversité. — Tel vous serez envers votre père, tels seront envers vous vos enfans, etc. Le plus grand de ses exercices étoit, selon Cléarque, de moudre du froment. Ce digne citoyen mourut l'an 579 avant J. C., à 70 ans.
PITTHIS, (Myth.) Nymphe qui fut aimée en même temps de Pan et de Borée. Celui-ci, indigné de ce qu'elle avait donné la préférence à son rival, l'enleva dans un tourbillon et la précipita sur des rochers, où elle expira misérablement. La Terre, touchée de compassion pour le sort de cette Nymphe, la métamorphosa en pin.
PITTON, (Jean-Scolastique) docteur en médecine d'Aix en Provence, mort en 1690, est auteur de plusieurs Ouvrages historiques. Le plus considérable
RENEAU, Voyez RENAU. I. RENEAULME, (Paul-Alexandre de) chanoine régulier de Sainte-Geneviève de Paris, d'une famille noble, originaire de Suisse, fut d'abord prieur de Marchenoir, et ensuite de Theuvy, où il mourut d'hydropisie en 1749. C'étoit un homme plein de vertu et surtout très-charitable. Il connoissoit la botanique, et servoit de médecin aux pauvres de son canton. Il s'étoit formé une des plus belles bibliothèques qu'un particulier puisse se procurer. En 1740 il publia un Projet de Bibliothèque universelle, pour rassembler dans un même corps d'ouvrage par ordre alphabétique et chronologique, le nom de tous les Auteurs qui ont écrit en quelque langue que ce soit : le titre de leurs Ouvrages, tant manuscrits qu'imprimés, suffisamment étendu pour en donner une idée en forme d'analyse; le nombre des Editions, des Traductions, etc.; un Précis des Faits essentiels de la Vie des Auteurs, etc. etc. Une santé languissante dans les dernières années de sa vie, l'a empêché d'exécuter cet ouvrage immense. Tous ses manuscrits, ainsi que sa bibliothèque, ont passé à la maison des Chanoines réguliers de Saint-Jean à Chartres.
II. RENEAULME, (Paul) médecin de Blois dans le 17e siècle, de qui on a : I. Ex curationibus Observationes, Paris, 1606, in-8.º Il y démontre que les remèdes chimiques sont quelquefois d'un grand secours. II. Specimen historia plantarum, avec figures, 1611, in-4.º III. La vertu de la Fontaine de Médicis, près de Saint-Denis-lès-Blois 1618, in-8.º
RENÉE DE FRANCE, duchesse de Ferrare; née à Blois en 1510, du roi Louis XII et de la reine Anne de Bretagne, avoit été accordée en 1515 à Charles d'Autriche, depuis empereur, et fut demandée quelques années après par Henri VIII roi d'Angleterre. Ces projets n'eurent point de suite, pour quelques raisons d'état; et la princesse fut mariée par François I à Hercule d'Est, deuxième du nom, duc de Ferrare. C'étoit une femme pleine d'esprit et d'ardeur pour l'étude. Elle ne se contenta pas de savoir l'histoire, les langues, les mathématiques et même l'astrologie; elle voulut aussi étudier les questions les plus difficiles de la théologie, et cette étude l'engagea insensiblement dans l'hérésie. Brantôme dit que se ressentant peut-être des mauvais tours que les Papes Jules et Léon avoient faits au Roi son père en tant de sortes, elle renia leur puissance et se sépara de leur obéissance; ne pouvant faire pis étant femme... Calvin ayant été obligé de quitter la France et de passer en Italie, disposa facilement l'esprit de cette princesse à suivre ses opinions; et Marot qui lui servit de secrétaire, la confirma dans cette croyance. Après la mort du duc son époux en 1559, elle revint en France et y donna des marques de son courage et de sa fermeté d'esprit. Le duc de Guise la fit sommer de rendre quelques factieux qui s'étoient réfugiés dans le château de Montargis, où elle s'étoit retirée pendant les guerres de la religion. Elle lui répondit fièrement « qu'elle ne les les livreroit point, et que s'il attaquoit le château, elle se met-troit la première sur la brèche, pour voir s'il auroit la hardiesse de tuer la fille d'un roi. » Elle parla fortement pour le prince de Condé lorsqu'il fut mis en prison : elle dit à François II que ce n'étoit pas ainsi qu'il falloit traiter un Prince du sang. Mais leur amitié ne dura pas. Elle se brouilla avec lui parce qu'elle désapprouva la guerre des prétendus Réformés. Montargis étoit devenu l'asile de plusieurs Protestans ; Renée fut obligée de les renvoyer par ordre du roi. Malicorne qui portoit cet ordre fut étonné du courage de la princesse, mais il lui fit sentir qu'il falloit céder. Quatre cent soixante personnes abandonnèrent le refuge que la pitié, jointe au zèle de religion, leur avoit procuré. La duchesse après avoir pourvu aux frais de voyage, vit leur départ et fondit en larmes. Si je n'étois pas femme, dit-elle à Malicorne, je vous ferois mourir de ma main comme un messager de mort. Elle sauva du massacre de la Saint-Barthélemi un grand nombre de Protestans... Cette princesse eut quatre enfans, que Henri II fit conduire en France l'un après l'autre, pour les empêcher d'être imbus des opinions de leur mère. Le premier, non moins célèbre par son esprit que par sa beauté, fut une fille nommée Anne, en mémoire de son aïeule Anne de Bretagne. Veuve de François duc de Guise, elle épousa Jacques de Savoie duc de Nemours. Les trois autres enfans furent : 1.º Alphonse qui arrêta les ravages de Soliman dans la Hongrie, et prit après la mort d'Hercule II le gouvernement du duché de Ferrare ; 2.º Louis, prélat modeste, doux, bienfaisant, mort archevêque d'Auch et cardinal ; 3.º Lucrèce épouse de François-Marie II dernier duc de Spolette : elle joignit à des vertus une grande conformité de caractère avec celle qui lui avoit donné le jour. Renée sa mère mourut dans l'hérésie en 1575, dans le château de Montargis, âgée de 65 ans, après avoir orné la ville de plusieurs beaux édifices.
RENÉE D'AMBOISE, Voyez III. MONTLUC.
RENFORÇAT, troubadour de Forcalquier, fleurit dans le 12e siècle. Nostredame et Crescimbeni font mention de ses poésies.
RENOUT, (Jean-Julien-Constantin) né à Honfleur en 1725, mort vers 1780, a donné plusieurs pièces à différens théâtres, dont quelques-unes obtinrent un succès éphémère. Leurs titres sont : Les Couronnes ou les Bergers timides, pastorale ; Zélide, comédie en un acte ; la Mort d'Hercule, tragédie ; la Cacophonte, le Devin par hasard, la Soubrette rusée, le Caprice, le Petit Poucet, la Brebis entre deux Loups, le Fleuve Scamandre.
RENTY, (Gaston-Jean-Baptiste, baron de) issu d'une ancienne maison d'Artois, naquit en 1611 au diocèse de Bûeux, fit éclater dès sa tendre jeunesse une piété que son commerce avec le monde n'éteignit jamais. Il se proposa d'entrer chez les Chartreux, mais ses parens s'y opposèrent. Il servit avec distinction dans les guerres de Lorraine, et E e Louis XIII l'honora de son estime, Il épousa à l'âge de 22 ans Elizabeth de Balzac comtesse de Graville. Son occupation principale fut dès-lors de remplir tous les devoirs d'un chef de famille en vrai chrétien; il donna le spectacle de toutes les vertus que la religion peut inspirer. Insensible aux richesses, aux honneurs, aux plaisirs et à tous les biens créés, il ne songea qu'à servir le souverain Maître, et à le faire servir par ses vassaux et sur-tout par ses enfans. Il mourut à Paris le 24 avril 1649, et fut enterré à sa terre de Citri diocèse de Soissons. Il eut part à l'établissement des Frères Cordonniers. (Voy. BUCHE.) Le Père de Saint-Juré Jésuite, a donné sa Vie.
RENUSSON, (Philippe) né au Mans, vint exercer avec distinction la profession d'avocat au parlement de Paris, et mourut dans cette ville vers 1720. On lui doit deux Traités de droit, estimés; le premier, sur la subrogation, 1702, in-4°, le second, sur les biens appelés propres, 1711, in-4°.