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03.0 Dictionnaire historique — REQUIER – ROCHERS

Nouveau Dictionnaire historique — Chaudon & Delandine — 1804 — section

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REQUIER, (Jean-Baptiste) traducteur et écrivain laborieux, mort en l'an 7 (1799), a fait passer dans notre langue un grand nombre d'écrits italiens, tels que le Recueil historique de ce qui a été publié sur la ville d'Herculanum; Idée de la poésie grecque et latine, traduite de Gravina, 1755, 2 vol. in-12; Esprit des lois romaines, traduit du même, 1766, 3 vol. in-12; Mercure de Vittorio Siri, 3 vol. in-4°, ou 18 vol. in-12; Vie de Gianotti Manetri sénateur de Florence, 1762, in-12; Autre de Philippe Strozzi, premier commerçant d'Italie, in-12; Mémoires secrets tirés des archives des souverains de l'Europe, traduits de Siri, 1765, 24 vol. in-12; Histoire des révolutions de Florence sous les Médicis, traduit de Varchi, 1765, 3 vol. in-12. On doit encore à Requier les hiéroglyphes d'Horapollon, traduits du grec, 1777, in-12; et une Vie de Peiresc, imprimée en 1770, in-12. Requier réunissoit à un grand amour du travail le désintéressement et les vertus sociales.
RESCIUS, (Stanislas) chanoine de Warmie en Pologne, fut envoyé par Etienne Battori ambassadeur à Rome. Nous avons de lui: I. De rebus in electione Regis Poloniae gestis ad discessum ejus, Rome, 1573, in-4°. II. Dissidium Evangelicorum Magistrorum ac Ministrorum, Cologne, 1592, in-8°. III. Une Vie du cardinal Hosius. IV. De atheismis et phalarismis Evangelicorum. Ce Traité qui n'est pas commun, fut imprimé en 1596, in-4°, à Naples, où l'auteur mourut deux ans après en 1598. —Rutger RESCIUS, professeur de langue grecque à Louvain, s'y fit imprimeur en 1529, et a laissé des notes savantes sur plusieurs auteurs anciens.
RESENDE ou REESENDE, Resendius, (André ou Louis-André de) né à Évora en 1498, entra jeune dans l'ordre de Saint-Dominique, et étudia avec succès à Alcala, à Salamanque, à Paris et à Louvain. Le roi de Portugal Jean III, lui confia l'éducation des princes ses frères; et ayant obtenu du pape la permission de lui faire quitter l'habit de religieux, il lui donna un canonicat d'Evora. *Resende* ne fut pas moins laborieux sous l'habit de chanoine que sous celui de Dominicain. Il ouvrit une école de littérature, cultiva la musique et la poésie, et prêcha avec applaudissement. Il mourut en 1573, à 75 ans. On a de lui un grand nombre d'ouvrages. La plupart ont été recueillis à Cologne, l'an 1600, en 2 vol. Les principaux sont : I. *De antiquitatibus Lusitanica*, à Evora, 1593, in-folio; curieux et rare. II. *Deliciae Lusitano-Hispanicae*, 1613, in-8° : bon et recherché. III. Un vol. in-4° de *Poésies latines*. IV. *De vitæ aulica*, in-4° V. Une Grammaire sous ce titre : *De Verborum conjugatione*, etc. On voit par ces différens ouvrages, qu'il étoit très-versé dans les langues grecque, latine et hébraïque, et dans les antiquités sacrées et profanes. Ses Poésies valent moins que ses ouvrages d'érudition. — Il y a eu un autre RESENDE, (Garcias de) auteur de l'*Histoire de Jean II*, in-fol., en portugais.
RESENIUS, (Pierre) professeur en morale et en jurisprudence à Copenhague, étoit un savant profond et un bon citoyen, qui devint prévôt des marchands de cette ville et conseiller d'état. Ses ouvrages sont relatifs à l'histoire et au droit public d'Allemagne. On a de lui : I. *Jus aulicum Norwegicum*, 1673, in-4° II. Un *Dictionnaire Islandois*, 1683, in-4° III. Deux *Edda* des Islandois, 1665, in-4° M. *Mallet* en a donné la traduction dans son *Introduction à l'Histoire de Danemarck*, Copenhague, 1756, in-4°. *Resenius* poussa sa car- carrière jusqu'à 83 ans, et mourut en 1583.
RESNEL DU BELLAY, (Jean François du) né à Rouen en 1692, fit voir dès sa jeunesse beaucoup d'esprit et de talent pour la poésie. Dès qu'il se fut montré à Paris, il trouva des amis ardens, et il méritoit bien certainement d'en avoir. On lui procura l'abbaye de Fontaine et une place à l'académie Françoise et à celle des Belles-Lettres. L'abbé du *Resnel* a un rang marqué sur le Parnasse, par ses traductions des *Essais sur la Critique et sur l'Homme*, de *Pope*, in-12. Ces versions sont précédées d'une Préface très-bien écrite. Il a prêté dans ses vers de la force et quelquefois de la grace à des sujets arides. On y trouve de beaux morceaux, quoiqu'il y ait quelques vers prosaïques et languissans et des tirades sèches et froides. On prétend que *Pope* étoit assez mécontent de son traducteur : on n'en voit pas trop la raison ; car le copiste a tâché d'embellir son original. L'abbé du *Resnel* s'étoit aussi adonné à la chaire, et nous avons de lui un *Panégyrique de Saint Louis*. Cet académicien mourut à Paris le 25 février 1761, à 69 ans.
RESPHA, concubine du roi *Saül*, en eut deux fils, l'un nommé *Armoni*, l'autre *Miphiboseth*, que *David* livra aux Gabaonites, pour les faire mourir et se venger par leurs propres mains des maux que *Saül* avoit faits à ces habitans. *Respha* en ressentit beaucoup de douleur. Elle couvrit d'un drap les corps de ses enfans, pour qu'ils ne fussent pas la pâture des oiseaux. E e 2 *Abner* rechercha *Respha* en mariage après la mort funeste de *Saül*; mais son fils *Isboseth* traitant de témérité cette recherche d'un sujet : *Abner* irrité de ce refus insultant, abandonna le parti d'*Isboseth* pour celui de *David*.
RESSIUS, (Rutger) professeur de langue grecque à Louvain, naquit à Maseyck dans la principauté de Liège vers la fin du 15$^{e}$ siècle. *Erasme* rend un hommage bien flatteur à son érudition et à ses mœurs, dans une lettre qu'il écrivit à *Jean Robin* doyen de l'Eglise de Malines. *Doctior*, dit-il, *an inveniri possit nescio, certò diligentiorem ac moribus puriorem vix invenias*. La France tâcha de l'arracher à cette université par les offres les plus attrayantes; mais ce fut inutilement. Il mourut l'an 1545, après avoir donné des éditions : I. *Des Institutions du droit des Grecs*, par *Théophile*, Louvain, 1536. II. *Des Aphorismes d'Hippocrate*, 1533. III. *Des Lois de Platon*.
RESSONS, (Jean-Baptiste Deschiens de) lieutenant général d'artillerie, né à Châlons en Champagne d'une bonne famille, mourut à Paris en 1735, à 75 ans. Son goût le porta dans sa jeunesse à prendre le parti des armes. Il servit d'abord dans la marine, ensuite dans l'artillerie, et fit de si rapides progrès dans les mathématiques qu'il fut bientôt digne d'être reçu à l'académie des Sciences. C'est à ses méditations qu'on doit un assez bon nombre de *Mémoires*, dont il enrichit le recueil de cette savante compagnie. Son caractère, dit *Fonteuelle*, étoit assez bien peint dans son extérieur. Cet air de guerre, hautain et hardi, qu'on prend si aisément, étoit en partie effacé par la douceur naturelle de son âme. Elle se marquait dans ses manières, dans ses discours et jusques dans son ton. Il laissa deux enfans de M$^{lle}$ *Berrier* fille du doyen des maîtres des requêtes.
RESTAUT, (Pierre) naquit à Beauvais en 1694, d'un marchand de drap de cette ville, qui le fit élever avec soin. Il se distingua dans le cours de ses classes par la sagacité de son esprit et par la sagesse de sa conduite. Des familles très-distinguées dans la magistrature le choisirent pour présider à l'éducation de leurs enfans. S'étant fait recevoir avocat au parlement, il fut pourvu en 1740 d'une charge d'avocat au conseil du roi. Le chancelier d'*Aguesseau* instruit de ses lumières et de sa probité, l'assura qu'il desireroit de trouver souvent de pareils sujets pour cette compagnie. Il mourut à Paris le 14 février 1764, à 70 ans. Les sciences, les belles-lettres et les beaux arts étoient les seuls délassemens des travaux de sa profession. Tout le monde connoit ses *Principes généraux et raisonnés de la Grammaire Française*, in-12. Cette Grammaire estimable par la clarté du style et par la justesse des principes dont quelques-uns sont cependant développés avec trop de longueur, seroit lue avec plus de plaisir si elle n'étoit pas par demandes et par réponses; cette forme occasionne des répétitions et donne de l'ennui. Ce qui l'augmente, c'est que l'auteur étale quelquefois une métaphysique aussi insipide que peu utile aux enfans qui ap- prennent une langue. *Restaut* a revu le *Traité de l'Orthographe en forme de Dictionnaire*, imprimé à Poitiers en 1775, in-8. On a encore de lui un *Abrégé* de sa Grammaire, in-12; et la traduction de la *Monarchie des Solipses*, 1721, in-12. *Voy*. INCHOPER. I. RESTOUT, (Jean) peintre ordinaire du roi, des académies de Caen et de Rouen sa patrie, naquit en 1692 de *Jean Restout* peintre distingué, et de la sœur de *Jouvenet*. Fils, petit-fils de peintre et neveu de *Jouvenet*, il hérita de ses pères et de son oncle le goût pour ce bel art, et la nature y ajouta un génie plus vaste. Son excellent tableau d'*Alphée qui se sauve dans les bras de Diane*, le fit agréger à l'académie de Peinture en 1720. Parmi plusieurs autres morceaux qui illustrèrent son talent, on cite le tableau du *Triomphe de Bacchus*, fait pour le roi de Prusse, qui l'apprécia en homme de goût et le pays en monarque. Un des tableaux de cet excellent peintre, représentant la *Destruction du Palais d'Armide*, fit une impression assez plaisante sur un Suisse qui étant dans le vin, se passionna pour ce magnifique palais, à peu près comme Dom *Quichotte* pour Dom *Galiferos* et la belle *Mélisandre*. Le Suisse prend son sabre et en donne de grands coups aux démons destructeurs de cet édifice. *Restout* mourut en 1768, directeur de l'académie de Peinture. Il avoit une piété éclairée et solide, des connaissances, de l'esprit, une humeur douce et sociable, un cœur tendre et bienfaisant, une modestie sans appareil. Quand il fut agrégé à l'académie, il con- tinu de montrer ses dessins à son professeur qui ne vouloit pas les recevoir. *Je n'ai pas fait assez de progrès*, lui répondit *Restout*, depuis quatre jours que je suis agrégé, pour que vous cessiez de me donner vos avis: je les recevrai toujours comme une grace. Il se plaisoit lui-même à instruire les jeunes peintres. Le célèbre *la Tour* avouoit qu'il lui avoit eu les plus grandes obligations. *Ce grand artiste*, disoit-il souvent, a la clef de la peinture. *Restout*, considéré comme peintre, se distingua par une composition noble et mêle. Il entendoit supérieurement ces balancements et ces oppositions que les grands maîtres font des masses, des formes, des ombres et des lumières. On lui a reproché un coloris un peu jaune, défaut qu'il tenoit apparemment de *Jouvenet* dont il avoit été disciple.
II. RESTOUT, (Jean-Bernard) fils du précédent, suivit son père dans la peinture. Après avoir étudié à Rome les grands modèles, il fut reçu à son retour à Paris membre de l'académie en 1796. Il est mort en 1797. Ses plus beaux tableaux sont: I. *Anacréon la coupe à la main*. Ce fut son morceau de réception à l'académie. II. *Jupiter et Mercure à la table de Philémon et de Beaucis*. III. *La Présentation au Temple*. Ce tableau a été fait pour l'église de l'abbaye de Chaillot. I. RETZ, (Albert de GONDY, dit le maréchal de) étoit fils d'*Antoine de Gondy* maître d'hôtel de *Henri II*, qui avoit suivi *Catherine de Médicis* en France. Sa famille établie à Florence y brilloit depuis les premiers temps E e 3 de la république. *Albert* fut employé dans les négociations et dans les armées. Sa grande faveur à la cour excita l'envie contre lui. On alloit jusqu'à lui disputer sa noblesse, et dans le libelle atroce que *Henri Etienne* publia sur la *Vie et les Actions de Catherine de Médicis*, il osa donner pour père au maréchal de *Retz* un banquier de Lyon qui avoit fait banqueroute, et pour mère une prostituée de la même ville. Ces calomnies infames font connoître l'esprit du temps. Un reproche plus grave, c'est qu'il fut, dit-on, un des conseillers du malheureux projet de la *Saint-Barthélemi*, dont il alla excuser le massacre auprès de la reine *Elizabeth*. Il s'empara de Belle-Isle, qu'il fortifia; fut gouverneur de Provence, que les factions l'obligèrent de quitter. *Charles IX* le fit maréchal de France en 1574; *Henri III* le fit duc et pair. (*Voy. CYPIÈRE*; et III. COLIGNY à la fin.) Il mourut en 1602, regardé comme un courtisan habile et un médiocre général qui n'avoit eu le bâton que par faveur. C'est lui qui avoit conseillé à *Henri III* de s'unir avec le roi de Navarre contre les entreprises de la Ligue. Il avoit épousé Mlle de *Clermont-Tonnerre* veuve du fils du maréchal d'*Annebault*. Les ambassadeurs de Pologne étant venus annoncer au duc d'*Anjou*, depuis *Henri III*, son élection en Pologne, la maréchale de *Retz* fut seule au milieu de tous les hommes de la cour en état de répondre en latinaux ambassadeurs qui avoient employé cette langue. — Le frère du maréchal de *Retz*, (*Pierre de Gondy*) fut évêque de Langres, puis de Paris. Le pape *Sixte V* l'éleva au cardinalat en 1587. Il se déclara avec fermeté contre les Ligueurs, et mourut le 17 février 1616, à 84 ans. Ce prélat gouvernoit sa maison avec une économie qui approchoit de l'avarice. Cette raison le fit mettre en 1596 à la tête d'un conseil des finances, qui devoit faire rentrer beaucoup d'argent dans les coffres du roi. Ce conseil qui s'étoit donné le titre de conseil de raison, ne put, dit *Sully*, rien faire de raisonnable; et l'on sentit la différence qu'il y avoit entre gouverner une maison et administrer les finances d'un grand royaume. Le neveu de l'évêque de Paris, (le cardinal *Henri de Gondy*) lui succéda dans cet évêché. Il mourut à Beziers où il avoit suivi *Louis XIII* qui marchoit par son conseil contre les Huguenots, le 3 août 1622, et eut pour successeur *Jean-François de Gondy* son frère, premier archevêque de Paris, mort en 1754, à 70 ans. C'est à ce dernier que succéda le cardinal de *Retz* qui suit. Il peint son oncle comme un petit génie, comme un homme foible, glorieux et jaloux. La postérité du maréchal de *Retz* finit en son arrière-petite-fille, *Paule-Françoise-Marguerite de Gondy*, qui épousa le duc de *Lesdiguières* dont elle resta veuve en 1681, et descendit au tombeau en 1716, à 61 ans. Elle n'eut qu'un fils qui mourut sans postérité en 1703.
II. RETZ, (Jean-François-Paul DE GONDY cardinal de) naquit à Montmirel en Brie, l'an 1614. Son père *Emmanuel de Gondy*, étoit général des galères et chevalier des ordres du roi. Il le força à embrasser l'état ecclésiastique, quoiqu'il eût le goût et T'esprit très-peu ecclésiastiques, à ce qu'il dit lui-même. On lui donna pour précepteur le célèbre Vincent de Paul. Il fit ses études particulières avec succès et ses études publiques avec distinction, prit le bonnet de docteur de Sorbonne en 1643, et fut nommé la même année coadjuteur de l'archevêque de Paris. L'abbé de Gondy sentoit toujours plus de dégoût pour son état : son génie étoit décidé pour les armes. Il se battit plusieurs fois en duel, même en sollicitant les plus hautes dignités de l'église. Devenu coadjuteur, il se gêna pendant quelque temps pour se concilier le clergé et le peuple. Mais dès que le cardinal Mazarin eût été mis à la tête du ministère, il se montra tel qu'il étoit. Il avoit trois passions dominantes, la débauche, la fureur de cabaler et la vaine gloire. Il se livra en même temps à des amours quelquefois honteuses, prêcha devant la cour et médita une guerre civile contre la reine sa bienfaitrice. Par l'ascendant de sa place, de son nom et de ses talens, il précipita le parlement dans les cabales et le peuple dans les séditions. Il leva un régiment qu'on nommoit le régiment de Corinthe, parce qu'il étoit archevêque titulaire de Corinthe. On le vit prendre séance au parlement avec un poignard dans sa poche, dont on appercevoit la poignée. Ce fut alors qu'un plaisant dit : Voilà le Bréviaire de notre archevêque. L'ambition lui fit souffler le feu de la guerre civile; l'ambition lui fit faire la paix. Il se réunit secrètement avec la cour pour avoir un chapeau de cardinal. Louis XIV le nomma à la pourpre en 1651. Le nouveau cardinal ne cabala pas moins. Il fut arrêté au Louvre, conduit à Vincennes, et de là dans le château de Nantes d'où il se sauva. Après avoir erré pendant longtemps en Italie, en Hollande, en Flandre et en Angleterre, il revint en France en 1661, fit sa paix avec la cour en se démettant de son archevêché, et obtint en dédommagement l'abbaye de Saint-Denis. Lorsque après cet accommodement il vint se jeter aux pieds du roi : Monsieur le cardinal, lui dit Louis XIV en le relevant, vous avez les cheveux blancs ! — SIRE, lui répondit le cardinal, on blanchit aisément lorsqu'on a le malheur d'être dans la disgrace de Votre Majesté. Il avoit vécu jusqu'alors avec une magnificence extraordinaire. Il prit le parti de la retraite pour payer ses dettes, ne se réservant que 20,000 livres de rente. Il remboursa à ses créanciers plus de 1,110.000 écus, et se vit en état à la fin de ses jours, de faire des pensions à ses amis. Dans le temps de sa vie turbulente et ambitieuse, on lui avoit reproché de faire une dépense excessive : Bon ! dit-il, CÉSAR à mon âge devoit six fois plus que moi. Cependant par une conduite toute différente de celle de plusieurs grands seigneurs, s'il empruntoit beaucoup il rendoit bien. La dernière fois qu'il partit pour Rome, il fit assembler tous ses créanciers et leur offrit à partager une certaine somme. Tous se récrièrent et lui dirent de concert qu'ils ne venoient point lui demander de l'argent, et quelques-uns même lui en offrirent. Une dame entr'autres le pria d'accepter cinquante mille écus, et un pauvre chapelier à qui il devoit lui pré- E e 4 senta trois chapeaux rouges, pour qu'il les emportât avec lui. Le cardinal de Retz mourut à Paris le 24 août 1679, à 66 ans en Atticus, après avoir vécu longtemps en Catilinar (Voyez Loup à la fin.) On lui fit cette épitaphe : Ille inquietus hie quiescit Gondius. En 1675 il avoit renvoyé au pape Clément X son chapeau de cardinal, dans la pensée de se détacher entièrement du monde; mais ce pontife lui ordonna de le garder jusqu'à sa mort. « On a de la peine, dit le président Hénault, à comprendre comment un homme qui passa sa vie à cabaler, n'eut jamais de véritable objet. Il aimoit l'intrigue pour intriguer : esprit hardi, délié, vaste et un peu romanesque, sachant tirer parti de l'autorité que son état lui donnoit sur le peuple, et faisant servir la religion à sa politique; cherchant quelquefois à se faire un mérite de ce qu'il ne devoit qu'au hasard, et ajustant souvent après coup les moyens aux événemens. Il fit la guerre au roi, mais le personnage de rebelle étoit ce qui le flattoit le plus dans sa rebellion. Magnifique, bel esprit, turbulent, ayant plus de saillies que de suites, plus de chimères que de vues : déplacé dans une monarchie, et n'ayant pas ce qu'il falloit pour être républicain, parce qu'il n'étoit ni sujet fidelle, ni bon citoyen; aussi vain, plus hardi et moins honnête homme que Cicéron; enfin ayant plus d'esprit, mais moins grand et moins méchant que Catilina. » Le célèbre duc de la Rochefoucault en a fait un portrait plus détaillé, que nous joindrons ici, parce qu'il est d'un contemporain et d'un homme qui voyoit bien. « Le cardinal de Retz, dit-il, a beaucoup d'élévation, d'étendue d'esprit, et plus d'ostentation que de vraie grandeur. Il a une mémoire extraordinaire, plus de force que de politesse dans ses paroles, l'humeur facile, de la docilité et de la foiblesse à souffrir les plaintes et les reproches de ses amis; peu de piété, quelques apparences de religion. Il paroît ambitieux, sans l'être. La vanité et ceux qui l'ont conduit, lui ont fait entreprendre de grandes choses, presque toutes opposées à sa profession. Il a suscité les plus grands désordres dans l'état, sans avoir un dessein formé de s'en prévaloir; et loin de se déclarer ennemi du cardinal Mazarin pour occuper sa place, il n'a pensé qu'à lui paroître redoutable et à se flatter de la fausse vanité de lui être opposé. Il a su néanmoins profiter avec habileté des malheurs publics pour se faire cardinal. Il a souffert la prison avec fermeté, et n'a dû sa liberté qu'à sa hardiesse. La paresse l'a soutenu avec gloire durant plusieurs années dans l'obscurité d'une vie errante et cachée. Il a conservé l'archevêché de Paris, contre la puissance du cardinal Mazarin; mais après la mort de ce ministre, il s'en est démis sans connoître ce qu'il faisoit, et sans prendre cette conjoncture pour ménager les intérêts de ses amis et les siens propres. Il est entré dans divers conclaves, et sa conduite a toujours augmenté sa réputation. Sa pente naturelle est l'oisiveté; il travaille néanmoins avec activité dans les affaires qui le pressent, et il se repose avec nonchalance quand elles sont finies. Il a une grande présence d'esprit, et il fait tellement tourner à son avantage les occasions que la fortune lui offre, qu'il semble qu'il les ait prévues et désirées. Il aime à raconter : il veut éblouir indifféremment tous ceux qui l'écoutent, par des aventures extraordinaires; et souvent son imagination lui fournit plus que sa mémoire. Il est faux dans la plupart de ses qualités, et ce qui a le plus contribué à sa réputation est de savoir donner un beau jour à ses défauts. Il est insensible à la haine et à l'amitié, quelque soin qu'il ait pris de paroître occupé de l'une et de l'autre. Il est incapable d'envie et d'avarice, soit par vertu, soit par inapplication. Il a plus emprunté de ses amis, qu'un particulier ne pouvoit espérer de leur pouvoir rendre. Il n'a point de goût ni de délicatesse. Il s'amuse de tout. Il évite avec adresse de laisser pénétrer qu'il n'a qu'une légère connoissance de toutes choses. La retraite qu'il vient de faire, est la plus éclatante et la plus fausse action de sa vie; c'est un sacrifice qu'il fait à son orgueil, sous prétexte de dévotion : il quitte la cour où il ne peut s'attacher, et il s'éloigne du monde qui s'éloigne de lui. » Marmontel demande si le cardinal de Retz, tel qu'il s'est peint lui-même dans ses Mémoires, auroit été plus grand sur un plus grand théâtre ? C'est de quoi, dit-il, j'oserois douter. « La tragi-comédie de la fronde paroît avoir été faite exprès pour ce caractère héroï-comique. Turenne et Condé y étoient déplacés; de Retz s'y trouvoit dans son centre. Il falloit aux Anglois un factieux comme Cromwel; aux Parisiens, il en falloit un comme le cardinal de Retz. Chacun des deux fut le Catilina de son pays, cujuslibet rei simulator ac dissimulator; mais chacun des deux à sa manière : Cromwel en politique sombre, en triste et profond hypocrite; de Retz en intrigant adroit, hardi, déterminé, habile, prompt à changer de rôle, et jouant toujours au naturel celui qui convenoit le mieux au moment, à la scène, au caractère des esprits, et au genre d'illusion et d'émotion qu'il vouloit répandre. » S'il en faut croire Joly qui lui reprochoit quelquefois sa vie licencieuse, le cardinal de Retz lui disoit : Vous êtes deux ou trois à qui je n'ai pu me dérober; mais j'ai si bien établi ma réputation, et par vous mêmes, qu'il vous séroit impossible de me nuire quand vous le voudriez, et cela étoit vrai en partie. Il s'étoit battu avec un de ses écurys qui l'avoit accablé de coups, sans qu'une aventure si humiliante pour un homme de ce caractère et de ce rang eût pu lui abattre le cœur ou faire aucun tort à sa gloire. Ce qui est étonnant, c'est que cet homme audacieux et bouillant devint sur la fin de sa vie doux, paisible, sans intrigue, et l'amour de tous les honnêtes gens de son temps; comme si toute son ambition d'autrefois n'avoit été qu'une débauche d'esprit et des tours de jeunesse, dont on se corrige avec l'âge. On lui a appliqué ce passage de Tacite : Non tum præmiis periculorum, quàm ipsis periculis latus, pro certis et olim partis, nova, ambigua, ancipitia mallebat. Il nous reste de lui plusieurs ouvrages : est l'Histoire d'Aix, 1666; Lyon, in-folio : ce livre renferme une bonne partie de l'histoire de Provence. Quoique l'auteur ait eu, pour la composer, les archives de l'église, de la maison de ville et des notaires, elle n'est pas fort estimée, parce qu'elle est mal écrite, qu'il y a peu d'ordre, et que les faits n'y sont pas bien circonstanciés. Cet ouvrage fut suivi, en 1668, des *Annales de l'Eglise d'Aix*, auxquelles *Piton* joignit des Dissertations contre *Launoy*, qui a décrédité certaines opinions populaires du voyage de *St. Maximien* et de la *Magdeleine* en Provence. Il publia encore, en 1672, à Aix, un Traité latin *De conscribendi Historii rerum naturalium Provinciae*. Mais le meilleur de ses ouvrages est celui qu'il a intitulé : *Sentimens sur les Historiens de Provence*, et qui parut à Aix en 1682, in-12.
PIZARRO, (François) capitaine Espagnol, né à Truxillo, étoit, dit-on, bâtard d'un officier dont il prit le nom. Sa première occupation fut de garder des pourceaux dans une campagne de son père. Un jour en ayant égaré un, et n'osant retourner à la maison paternelle, il prit la fuite et alla s'embarquer pour les Indes. Son génie perça bientôt. Plein de ce courage opiniâtre qui caractérise les auteurs des grandes découvertes, il fit plusieurs voyages dans la mer du Sud avec *Diego Almagro*, homme aussi obscur que lui. Les trésors qu'il recueillit dans ses courses excitant sa cupidité, il vint à bout de découvrir le Pérou, en 1525, et de le conquérir. Plusieurs Espagnols le suivirent dans cette expédition. Il s'empara d'abord de l'isle de Puna, qui n'étoit point de la dépendance de l'empire du Pérou ; mais qui lui facilitait l'entrée dans cette riche partie du Nouveau Monde. Il usa de sa première victoire en politique : il pardonna aux vaincus. L'Inca *Huescar* ou *Huascar*, instruit de son courage et de son mérite, lui envoya une ambassade pour lui demander sa protection contre son frère *Atabalipa* qui après l'avoir dépouillé de son empire, vouloit lui arracher la vie. La renommée avoit enflé les exploits et les forces du conquérant Espagnol. Les Péruviens prévenus comme les Mexicains, par des oracles vrais ou faux, qu'il viendroit bientôt de l'Orient des hommes barbus, d'un esprit terrible, portant le tonnerre, conduisant avec eux des animaux formidables, regardoient ces étrangers comme les fils du Soleil. *Atabalipa*, intimidé par ces oracles, crut voir dans les Espagnols des hommes envoyés du Ciel pour venger son usurpation. Il dépêcha des ambassadeurs à Pizarro, avec des présens magnifiques, en le sommant de sortir de ses états. Pour toute réponse, Pizarro précipita sa marche, et arriva à Caxamalca, où étoit campé l'empereur avec 40,000 hommes. Après une espèce de négociation, *Atabalipa* consentit à recevoir Pizarro en qualité d'ambassadeur d'Espagne. Mais l'ambassadeur s'assura bientôt de la personne du roi Indien. Pizarro ayant rassemblé ses Espagnols, fond sur les Indiens, et se saisit de leur roi. *Atabalipa* arraché de son trône d'or et chargé de chaînes, offrit pour prix de sa liberté, ses *Mémoires* sont le plus agréable à lire. Ils virent le jour pour la première fois en 1717; on les réimprima à Amsterdam, en 1731, en 4 vol. in-12, auxquels on joint ceux de *Joly* et de *Nemours*, 1738, 3 vol. in-12, reliés en 2. Ces *Mémoires* sont écrits, dit l'auteur du *Siècle de Louis XIV*, avec un air de grandeur, une impétuosité de génie et une inégalité qui sont l'image de sa conduite; il les composa dans sa retraite, avec l'impartialité d'un philosophe, mais d'un philosophe qui ne l'a pas toujours été. Il ne s'y ménage point, et il n'y ménage pas davantage les autres. On y trouve les portraits de tous ceux qui jouèrent un rôle dans les intrigues de la Fronde. Ces portraits souvent très-naturels, sont quelquefois gâtés par un reste de vanité, d'aigreur et d'enthousiasme, et trop chargés d'antithèses. Le style est d'ailleurs incorrect, et quelquefois louche et embarrassé. « Le style original de ses *Mémoires*, dit un écrivain, le place plutôt parmi les génies singuliers que parmi les bons écrivains. S'ils étoient par-tout écrits de la même force, les meilleurs historiens Grecs et Latins n'auroient rien qui leur fût supérieur. Mais il s'en faut bien que le style soit également soutenu dans le cours de la narration. L'imagination de l'auteur se refroidissoit dès que les objets n'intéressoient pas vivement son âme, plus enthousiaste des choses extraordinaires que de la véritable grandeur. » Le cardinal de *Retz* y parloit de ses galanteries: ce qui prouveroit que sa retraite fut dès-lors plus philosophique que chrétienne. Mais l'abbé de Saint-Michel en Lorrain- ne, son confesseur auquel il prêta son manuscrit, raya tout ce qui regardoit ces foiblesses qu'on appelle des conquêtes. Ce ne fut pas une grande perte pour l'histoire. Les débauches d'un jeune homme, engagé malgré lui dans l'état ecclésiastique, les duels et l'ambition outrée dont il se glorifioit, ne pouvoient guères intéresser que les petits esprits. On a encore de lui: *la Conjuration du Comte de Fiesque*; ouvrage composé à l'âge de 17 ans, et traduit en partie de l'italien de *Mascardi*. On le trouve à la fin de ses *Mémoires*. Il montre dans cette histoire tant d'admiration pour *Fiesque*; que le cardinal en la lisant prévit que ce jeune ecclésiastique seroit un esprit turbulent et dangereux.
RETZ, *Voy. I. et II. LAVAL.*
REUCHLIN, (Jean) naquit à Pfortzeim village d'Allemagne près de Spire, en 1455, de parens honnêtes. On le connoit aussi sous le nom de *FUMÉE* et de *KAPNION*; parce que *Reuch* en allemand et *Kapnion* en grec, signifient *Fumée*. Il étudia en Allemagne, en Hollande, en France, en Italie. Il brilla par la connoissance des langues latine, grecque et hébraïque. Lorsqu'il étoit à Rome, il connut *Argyropile* et étudia sous lui. Ce grand homme ayant prié *Reuchlin* d'interpréter un passage de *Tbucydide*, il le fit d'une façon si élégante et avec une prononciation si nette, qu'*Argyropile* dit en soupirant: *Græcia nostra exilio transvolavit Alpes*. Il enseigna ensuite le grec à Orléans et à Poitiers: puis il retourna en Allemagne, où il s'attacha à *Ebérard* prince de Souabe. *Reuchlin* fut nommé triumvir de la *Ligue de Souabe*, pour l'empereur et les électeurs ; il fut envoyé quelque temps après à l'inspruce vers l'empereur *Maximilien*. Ses derniers jours furent empoisonnés par un démêlé qu'il eut avec les théologiens de Cologne. Ces théologiens avoient obtenu un édit de l'empereur pour faire brûler tous les livres des Juifs. Ceux-ci ayant sollicité la révocation de cet édit, *Reuchlin* fut consulté sur cette affaire. Il distingua deux sortes de livres chez les descendants de *Jacob* : les indifférens qui traitent de divers sujets, et ceux qui sont composés directement contre la religion Chrétienne. Il fut d'avis qu'on laissait les premiers qui pouvoient avoir leur utilité, et qu'on supprimât les derniers. Cet avis sage, digne d'un philosophe, souleva les théologiens imbéciles de Cologne : ils auroient voulu lui faire subir le même sort qu'aux livres des Juifs ; mais l'empereur ne voulut pas se prêter à leur sainte colère. *Reuchlin* se retira ensuite à Ingolstadt, où ses amis lui procurèrent une pension de 200 écus d'or pour enseigner le grec et l'hébreu. Ses ennemis voulurent l'envelopper dans l'affaire de *Luther*, mais ils n'y purent réussir. Il persista à demeurer dans la communion Catholique, et il mourut le 30 juillet 1522, à 67 ans, épuisé par des études pénibles et constantes. Il n'est point le premier des Chrétiens qui se soit appliqué à l'étude des livres juifs, puisque *Reimond Martin*, savant Dominicain du XIII$^{e}$ siècle, étoit profondément versé dans la langue hébraïque. *Reuchlin* avoit cependant beaucoup d'érudition, et il écrivoit avec chaleur. L'Alle- Magne n'avoit alors que ce seul homme qu'elle pût opposer aux savans d'Italie. Il ne leur cédoit en rien pour la beauté du style, et les surpassoit en savoir. On a de lui un grand nombre d'ouvrages imprimés en Allemagne, parmi lesquels on distingue son traité *De Arte cabalisticæ*, 1517, in-folio, et dans *Artis cabalisticæ Scriptores*, 1587, in-folio. Il faut avouer qu'à l'exemple de *Pic de la Mirandole*, il eut trop de goût pour la science cabalistique, et qu'il crut trop facilement aux rêveries des rabbins qui l'avoient cultivée avant lui. Son but, dans son livre, est de faire voir un parfait accord entre les philosophes Pythagoriciens et les Cabalistes. Il le dédia à *Léon X*, qui l'accueillit bien. Ce savant avoit eu de vives disputes avec les Dominicains ; et c'est sans doute ce qui lui a fait attribuer les Lettres connues sous le titre de *Epistolæ obscurorum Virorum*. On y raille amèrement les théologiens scolastiques, en imitant leur style ; mais il n'est pas sûr que cet ouvrage soit de *Reuchlin* ; et on l'attribue avec plus de raison à *Ulric de Hutten*. La VII$^{e}$ de *Reuchlin* a été écrite par *Matus*, 1687, in-8$^{o}$. L'auteur a ramassé bien des choses curieuses sur son héros ; mais il n'a pas su les mettre en ordre. Son livre est un chaos où les digressions font continuellement perdre de vue l'objet principal. Les détails sur les ouvrages de *Reuchlin* ne sont pas exacts ; il en a même oublié quelques-uns dont il auroit dû faire mention.
REULIN, (Dominique) médecin de Bordeaux, acquit de la célébrité dans sa patrie et a pu- blié divers écrits estimés. I. Une *Grammaire Grecque*, 1558, in-4.º II. Un *Traité* latin sur l'usage des alimens, 1560, in-8.º III. Une *Méthode de Chirurgie*, 1580, in-8.º IV. *Contredits* aux erreurs populaires de *L. Joubert*, 1580, in-8.º L'auteur est mort quelques années après ce dernier ouvrage. I. REVEL, (Charles) jurisconsulte de Bresse, naquit à Bourg, et mourut dans sa patrie au milieu du 17$^{e}$ siècle. On lui doit: *Les Usages et Coutumes* du pays de Bresse, Valromey et Gex, 1729, in-4.º
II. REVEL, (Jean) né à Paris en 1684, vint à Lyon et y fut surnommé le *Raphaël* du dessin. Il porta par son art les fabriques de cette ville au plus haut degré de splendeur. Il est l'inventeur des points rentrés qui mélangeant les couleurs claires avec les obscures, les rendent plus douces; et il fit de ses étoffes de véritables tableaux. *Revel* est mort à Lyon en 1751.
REVELY, (Willey) architecte Anglois, mort en 1799, devint élève de *Chambers*, et fit ensuite avec *Stuart* le voyage de Grèce, où il dessina un grand nombre de monumens antiques dont la vue perfectionna son goût et compléta ses connoissances. De retour dans sa patrie, il y donna le plan d'un magnifique chantier pour la construction des vaisseaux, qui devoit être établi à Londres dans l'isle des Chiens. Le plus bel édifice élevé sous les ordres de *Revely*, est l'église de Southampton. Il a publié le troisième volume des *Antiquités d'Athènes* par *Stuart*.
RÉVÉRONY, (Jacques) né à Lyon le 12 février 1699, d'un père qui fut le premier qui y parvint à l'échevinage comme *Fabricant*, se fit ecclésiastique et publia. I. Un *Traité* sur le différend élevé entre *St. Cyprien* et le pape *Etienne*, touchant le baptême conféré par des hérétiques. II. Une *Paraphrase* française sur la prière du roi *Manasse* captif à Babylone. *Réverony* mourut à Châlons-sur-Saône en 1725, tué par un fusil qui partit entre ses mains.
REVET, (Édouard) auteur dramatique Anglois, fit jouer quelques comédies qui eurent du succès sous le règne de *Charles II*.
REVILLON, (Claude) médecin, né à Mâcon, exerça avec talent sa profession dans les hôpitaux militaires, et mourut à Thionville en 1775. On lui doit un très-bon *Traité* sur les affections hypocondriaques ou vapeurs. Il parut en 1779, et a été réimprimé en 1786, in-8.º L'auteur attribue l'hypocondriacisme à la suppression de la transpiration insensible.
REVIUS, (Jacques) né à Deventer l'an 1586, parcourut presque toute la France, fut ministre en divers lieux de son pays, principal du collège théologique de Leyde en 1642, et y mourut le 15 novembre 1658. Il assista au prétendu synode de Dordrecht, et fut nommé réviseur de la *Bible* qui porte le nom de cette ville. Il étoit versé dans les langues savantes, et entendoit presque toutes les langues vivantes de l'Europe. On a de lui: I. *Belgicarum Ecclesiarum doctrina et ordo*, grec et latin, Leyde, 1623, in-12. II. *Epitres françoises des Personnages illustres et doctes de Scaliger*, Harderwick, 1624, in-12. Le principal mérite de ce recueil est sa rareté. III. *Historia Pontificum Romanorum*, Amsterdam, 1632, in-12, qui n'est pas même estimée chez les Protestans. IV. *Suarez repurgatus*, Leyde, 1644, in-4. C'est la métaphysique de Suarez, qu'il prétend corriger. V. *Histoire de Deventer*, en latin, 1651, in-4°, et quelques ouvrages de peu d'importance.
REUVEN, (Pierre) peintre Hollandois, né en 1550 et mort en 1618, devint disciple de *Jordaëns* qu'il égala. Le palais de Loo en Hollande renferme ses plus beaux tableaux.
REY, (Guillaume) né à la Guillotière près de Lyon en 1687, devint un médecin renommé dans cette ville. On lui doit : I. Une *Dissertation* latine sur le *Délire*, 1714, et quelques autres écrits de physique et de médecine, sur la peste de Provence et sur un nègre-blanc. Pour expliquer la différence des blancs et des nègres, il supposa la possibilité de deux *Adams*; et cette opinion lui attira des ennemis. Il mourut le 10 février 1756.
REYHER, (Samuel) né à Schleusingen dans le comté de Henneberg, le 19 avril 1635, mort le 22 novembre 1714, à 79 ans, à Kiell, où il professa les mathématiques et ensuite la jurisprudence; étoit conseiller du duc de *Saxe-Gotha*, et membre de la société royale des Sciences de Berlin. Il a traduit en allemand les ouvrages d'*Euclide*. On a encore de lui en latin un livre savant, intitulé : *Mathesis Biblica*; et une *Dissertation* fort curieuse sur les inscriptions de la Croix de Jésus - CHRIST, et sur l'heure de son crucifixement, etc.
REYLOF, (Olivier) trésorier de la ville de Gand où il étoit né vers 1670, mort le 13 avril 1742, cultiva avec succès les Muses latines, et en fit un usage fort louable. Nous avons de lui : I. *Poëmatum libri tres et dissertatio de piscibus*, Gand, 1732, in-12. II. *Opera Poëtica*, 1738. La plupart de ces poésies ont pour objet les mystères de la religion et les vertus chrétiennes. Il y a de la variété, de l'élégance, et beaucoup de clarté.
REYN, (Jean de) né à Dunkerque en 1610, devint disciple de *Vandick* et le suivit en Angleterre. La beauté de ses tableaux les a souvent fait attribuer à son maître. Il est mort en 1650.
REYNA, (Cassiodore) a traduit toute la *Bible* en espagnol sur les originaux. Cette traduction Calviniste est devenue si rare, que *Gaffarel* qui la vendit à *Carcavi* pour la bibliothèque du roi, lui fit accroire que c'étoit une ancienne bible des Juifs. Mais, outre que le Nouveau Testament y est traduit aussi bien que le vieux, on connoit aisément par la figure de l'ours qui est à la première page du livre, qu'elle a été imprimée à Basle et que l'auteur a caché son nom sous ces deux lettres C. R. qu'on voit à la fin du discours latin qui est au commencement. Elle est intitulée : *La Biblia, que es los sacros libros del viejo y nuevo* *Testamento, transladada en espagnol*, 1569, in-4.º L'interprète a mis un long discours en espagnol à la tête de son ouvrage, pour prouver qu'on doit traduire les livres sacrés en langue vulgaire : sentiment sur lequel on a soutenu le pour et le contre, parce que si ces versions produisent du bien, elles ont aussi des inconvénients.
**REYNEAU**, (Charles-René) né à Brissac en 1656, entra dans l'Oratoire à Paris, âgé de 20 ans, pour y prendre le goût de la bonne littérature. Après avoir professé la philosophie à Toulon et à Pézenas, il fut appelé à Angers, en 1683, pour y remplir la chaire de mathématiques. Il fut si goûté, que l'académie d'Angers, qui jusque-là ne s'étoit associé aucun membre de congrégation, lui ouvrit ses portes en 1694. L'académie des Sciences de Paris lui fit le même honneur en 1716, et le perdit le 24 février 1728, à 72 ans. Sa vie, dit *Fontenelle*, a été la plus simple et la plus uniforme : l'étude, la prière, deux ouvrages de mathématiques, en sont tous les événements. Il se tenoit fort à l'écart de toute affaire, encore plus de toute intrigue; et il comptoit pour beaucoup cet avantage, si précieux et si peu recherché, de *n'être de rien*. Il ne recevait guère de visite, que de ceux avec qui il ne perdoit pas son temps. Aussi avoit-il peu de liaisons, peu de commerce; et si ses plaisirs étoient moins grands, ses peines étoient moindres. Ses principaux ouvrages sont : I. *L'Analyse démontrée*, 1736, 2 vol. in-4.º L'auteur y a recueilli les principales théories répandues dans *Descartes*, dans *Leibnitz*, dans *Newton*, dans les *Bernouilli*, dans les *Mémoires* des différentes académies. Il a mis à la tête le titre de *démontrée*, parce qu'il y démontre plusieurs méthodes qui ne l'avoient pas été par leurs auteurs ou dont ils avoient fait des secrets. II. *La Science du Calcul*, avec une Suite, en 2 vol. in-4.º, 1739; cet ouvrage est estimé. Quoiqu'il y en eût plusieurs sur cette matière, on avoit besoin de celui-là, parce que tout y est traité avec étendue, clarté et exactitude. III. *La Logique* ou l'*Art de raisonner juste*, in-12.
**REYNIE**, (La) *Voy. REINIE*.
**REYNOLDS**, (Josué) célèbre peintre Anglois, né le 16 juillet 1723 à Plimpton dans le Devonshire, mort le 23 février 1792, fut destiné par son père à l'état ecclésiastique; mais entraîné par son goût pour le dessin, il laissa bientôt les livres de théologie pour étudier les tableaux des grands maîtres. Après un voyage en Italie où il se rendit propres la touche et le coloris des peintres célèbres dans le portrait, il revint à Londres où ses talens lui procurèrent une grande fortune, et où ses écrits sur sa profession le firent recevoir dans les diverses sociétés savantes. Outre la perfection de la ressemblance et l'esprit dont *Reynolds* animoit ses figures, il embellissoit les fonds de ses tableaux de divers paysages d'un effet agréable et dessiné avec autant de feu que de goût. La plus grande composition de ce peintre se voit à Blenheim; elle offre un tableau de famille.
**REYRAC**, (François-Philippe de Laurens de) chanoine régulier de Chancelade, prieure de la paroisse de Saint-Maclou d'Orléans, associé correspondant de l'académie des Inscriptions et Belles-Lettres, naquit au château de Longeville en Limousin le 29 juillet 1734, et mourut à Orléans le 21 décembre 1782, à 49 ans. La pureté de ses mœurs et la douce onction de ses paroles faisoient aimer la religion qu'il annonçoit. Sa figure respiroit la sérénité de la bonne conscience, et on ne pouvoit l'approcher sans participer à ce calme heureux d'une ame juste dont il jouissoit. *La vertu*, disoit-il, *fait le plus doux charme du talent. Ce ne sont ni les livres ni les succès qui rendent heureux les gens de lettres; mais bien la retraite, la modération de l'ame, la vie simple et l'amitié*. Il étoit cher à ses amis, par une aménité de caractère, une honnêteté et une politesse, réunies en lui à la sensibilité du cœur. Son *Hymne au Soleil*, in-8°, 1783, de l'imprimerie Royale, poème charmant, écrit en prose poétique, non avec verve et avec chaleur, mais avec une harmonie et une élégance qui approchent de celles de *Fénélon*, est le principal fondement de sa réputation. Il publia d'abord cet ouvrage comme une traduction du grec, et on y fut trompé. Ses *Idylles* en prose ont de l'harmonie et de l'élégance. Ses *Poésies sacrées*, 1770, in-8°, sont d'un style bien moins poétique, et quoiqu'en vers, font moins de plaisir que sa prose. On a encore de lui *Manuale Clericorum*, in-12, et quelques autres ouvrages. *Voyez son Éloge* par l'ingénieux M. *Béranger* son ami, Paris, 1783, in-8°
REYS, (Antoine dos) littérateur Portugais, né à Pernes, à trois lieues de Santaren, en 1690, se fit Oratorien à Lisbonne. Il s'y distingua par ses prédications, et devint ensuite historiographe de sa congrégation, qualificateur du Saint-Office, consulteur de la bulle de la Croisade, examinateur synodal du patriarche de Lisbonne et des trois ordres militaires de Portugal, chronologiste de co-royaume en langue latine, censeur et académicien de l'académie d'Histoire Portugaise. Il refusa plusieurs évêchés, et mourut à Lisbonne en 1738. On a de lui un grand nombre d'ouvrages imprimés et manuscrits. Les principaux de ceux du premier genre sont: I. Des *Poésies Latines* élégantes. On estime sur-tout ses *Epigrammes*, dans lesquelles il a conservé toute la décence de son état. II. La *Vie de Ferdinand de Ménèze* en latin. III. Une *Introduction* au recueil des meilleurs poètes Portugais, in-8°. IV. Une édition du *Corpus illustrium poëtarum Lusitanorum qui latine scripserunt*, en 7 vol. in-4°, etc. *Reys* avoit des connoissances très-étendues. Il savoit les langues anciennes et modernes, et sa critique étoit assez exacte.
RHADAMANTE, (Mythol.) roi de Lycie, fils de Jupiter et d'Europe, fut nommé par le sort pour être juge des enfers avec *Eaque* et *Minos*. Celui-ci étoit le premier, et sa juridiction s'étendoit sur tous les morts. *Rhadamanthe*, le second, jugeoit seulement les Asiatiques et les Africains. *Eaque* n'avoit inspection que sur les Européens. Ceux qui cherchent des traces de l'histoire dans les fio- 448 R H A tions fabuleuses, disent que *Rhadamanthe* rendit ses sujets si heureux pendant son règne qu'ils le défièrent après sa mort. Il faut observer, dit *Bailly*, que *Rhadamanthe* vient peut-être du mot *RHADAM*, qui en langue du Nord signifie *Juge intègre*. Mais on ne doit regarder cette étymologie et tant d'autres que comme des conjectures quelquefois ingénieuses, et plus souvent destinées de fondement.
**RHADAMISTE**, fils de *Pharasmanès* roi d'Ibérie, feignant d'être mal avec son père, se retira auprès de son oncle *Mithridate* roi d'Arménie, dont il épousa la fille appelée *Zénobie*. Dans la suite, il leva une puissante armée contre *Mithridate*; et l'ayant attiré à une conférence, il le fit étouffer par trahison. Son crime ne demeura pas impuni; car ayant été vaincu par *Artaban* roi des Parthes, il fut contraint de prendre la fuite, après avoir poignardé lui-même sa femme (*Voyez ZÉNOBIE*). l'an 52 de J. C. Son père *Pharasmanès* le fit ensuite mourir comme un traître. *Crébillon* a tiré de ce trait d'histoire le sujet d'une de ses meilleures tragédies.
**RHAMBAUD** d'Orange, troubadour célèbre dans le 13$^{e}$ siècle, composa un poème intitulé : *La Maîtrise d'Amour*. Malgré les peintures licencieuses qu'il y inséra, il osa le dédier à *Marguerite* de Provence fille aînée du comte *Béranger*. *Romeau* premier ministre du comte se plaignit de cette hardiesse, et fit exiler le poète aux isles d'Hyères, d'où il fut ensuite rappelé à la prière de *Marguerite*.
**RHASÉS**, *Voyez RASIS*.
**RHAY**, (*Théodore*) né à Rées dans le duché de Clèves en 1603, se fit Jésuite en 1622, fut précepteur des jeunes ducs de *Juliers* et de *Neubourg*, ensuite recteur du collège de Duren, où il mourut le 10 mars 1671, fort regretté. On a de lui des ouvrages estimés : I. *Descriptio regni Thibet*, Paderborn 1658, in-4.$^{o}$ II. *Relatio rerum mirabilium regni Mogol*, Neubourg 1663, in-4.$^{o}$ III. *Animæ illustres Juliæ, Cliviæ, etc.*, è *monumentis redivivæ*, Neubourg 1663, in-4.$^{o}$
**RHEA-SYLVIA** ou
**ILIA**, reine d'Albe et fille de *Numitor*, fut enfermée avec les Vestales, par *Amulius* son oncle qui ne vouloit point de concurrens au trône. Mais un jour étant allée puiser de l'eau dans le Tibre, dont un bras passoit alors à travers le jardin des Vestales, elle s'endormit sur le bord, et rêva qu'elle étoit avec le Dieu *Mars*. Elle devint mère de *Remus* et de *Romulus*.
**RHÉE**, *Voyez CYBÈLE*.
**RHÉGINUS**, (*Guillaume*) ou
**REGNOD**, savant médecin de Lyon, a donné une traduction françoise de l'*Instruction d'Hierocles* contre les athées, et un *Traité* d'expériences de médecine, publié à Lyon en 1564.
**RHENANUS**, (*Beatus*) naquit à Rheinac petite ville d'Alsace, en 1485. Il vint d'abord à Paris, ensuite à Strasbourg, puis à Basle où il contracta une étroite amitié avec *Erasme*, et où il fut correcteur de l'imprimerie de *Froben*. C'étoit un homme d'honneur, d'honneur, doux, modeste, sobre, économe, également estimé des Catholiques et des Protestans dont il ne voulut jamais embrasser les dogmes, quoiqu'il eût pour eux de l'indulgence. Ce fut lui qui publia le premier les deux livres de l'Histoire de *Velleius Paterculus*. On a encore de lui : I. La *Préface* qui est à la tête des œuvres d'*Erasme*. II. Des *Notes* sur *Tertullien*, très-estimées; sur *Pline* le naturaliste, sur *Tite-Live*, et sur *Corneille-Tacite*. III. Une Histoire d'Allemagne sous le titre de *Res Germanicae*, 1693, in-4°, qui passe pour son chef-d'œuvre. IV. *Illyrici Provinciarum utrique imperio cum Romano, tum Constantinopolitano, servientis Descriptio*; dans la *Notitia dignitatum imperii Romani*, à Paris 1602, in-8°; ouvrage savant, ainsi que tous ceux qui sont sortis de sa plume. *Rhenanus* mourut à Strasbourg le 20 mai 1547, à 62 ans.
RHENFERD, (Jacques) né à Mulheim en 1654, professa avec réputation pendant près de 36 ans les langues orientales et la philosophie sacrée à Franeker. Il mourut dans cette ville le 7 novembre 1712, à 58 ans. On a de lui un grand nombre de *Traités* et de *Dissertations* curieuses, Utrecht, 1722, in-4°. Il aimoit à traiter des sujets singuliers, et il se piquoit de ne dire que des choses nouvelles, ou pour mieux dire, à ne compiler que sur des matières qui n'avoient pas été traitées.
RHIMOTALCE, roi de Thrace, abandonna le parti d'*Antoine* pour passer dans celui d'*Auguste*. Un jour il faisoit va- loir dans un festin ce service à ce dernier, qui lui répondit froidement : *Amo proditionem, proditores verò odi*. « J'aime la trahison, et je hais les traîtres. »
RHINSAULD, officier Allemand, gouverneur d'une ville de la Gueldre, devint amoureux de *Saphira* femme d'un riche marchand, dont la beauté égaloit la vertu. N'ayant pu la corrompre, ni par promesse ni par présens, il fit mettre en prison son mari, sous prétexte qu'il étoit en relation avec les ennemis de l'état. *Saphira* pour le tirer des fers se rendit aux desirs du gouverneur qui l'avoit déjà fait exécuter secrètement. Cette femme outrée de douleur, va se plaindre à *Charles le Téméraire* duc de Bourgogne, qui ordonna à *Rhinsauld* de l'épouser après lui avoir fait don de tous ses biens. Mais dès que l'acte de donation fut signé, il ordonna qu'on mit à mort le gouverneur, et on lui trancha la tête deux heures après. Ainsi les enfans de la femme qu'il avoit trompée, et de l'époux malheureux qu'il avoit assassiné, entrèrent en possession des biens du meurtrier de leur père.
RHODIGINUS, (*Ludovicus-Cælius*) né à Rovigo dans l'état de Venise en 1450, se rendit habile dans le latin et dans le grec. Après avoir professé à Milan, il alla enseigner à Padoue où il mourut en 1525, à 75 ans. Son principal ouvrage est *Antiquæ Lectiones*, à Basle 1566, et Francfort 1666, in-fol. *Jules-César Scaliger* lui donne des louanges qui paroîtraient moins suspectes si *Rhodiginus* n'avoit pas été son maître. Son nom de famille étoit *Ricchieri*. La juris- F f consulte Boniface dans un discours latin, invitoit les habitans de Rovigo à élever une statue à leur compatriote Rhodiginus. I. RHODIUS, (Ambroise) né à Kemeberg près de Wittemberg l'an 1577, alla en Danemarck et s'acquit l'estime de Tycho-Brahé et de Kepler. Il exerça ensuite la médecine à Anslo en Norwège, et devint professeur de physique et de mathématiques dans le collège de cette ville; mais s'étant mêlé des affaires publiques très-mal-à-propos, il fut mis en prison où l'on croit qu'il mourut le 26 août 1633, à 56 ans. Ses ouvrages sont: I. Disputationes de Scorbuto. II. Une Optique, avec un Traité des Crépuscules en latin, à Wittemberg 1621, in-8.º III. De transmigratione animarum Pythagorica, quomodo eadem concipi et defendi possit. Cet ouvrage renferme plusieurs paradoxes.
II. RHODIUS, (Jean) célèbre médecin, né à Copenhague vers 1587, se rendit à Padoue en 1614. Le séjour de cette ville lui plut tellement qu'il s'y fixa. Uniquement jaloux de sa liberté, il lui sacrifia toutes les places. Il refusa en 1631 une chaire de professeur en botanique avec la direction du Jardin des Plantes, et une autre de physique à Copenhague. Il étoit boiteux; mais ce défaut corporel étoit compensé par les lumières et la sagacité de son esprit. On a de Rhodius: I. Notæ et Lexicon in Scriborium Largum de compositione Medicamentorum, à Padoue, 1655, in-4.º II. Trois Centuries d'Observations médicinales, à Padoue 1657, in-8.º III. Un Traité des Bâins artificiels 1659, in-8.º; et un grand nombre d'autres ouvrages en latin remplis d'érudition. Ce savant médecin mourut à Padoue le 24 février 1659, à 72 ans.
RHODOMAN, (Laurent) recteur de l'universite de Wittemberg, mort dans cette ville en 1606, étoit né à Sassowerf en Saxe. On a de lui un ouvrage peu commun, intitulé: Historiæ sacra, libri IX, Francfort 1589, in-4.º C'étoit un bon littérateur, qui traduisit en latin Quintus Calaber et Diodore de Sicile.
RHODOPE, fameuse courtisane de Thrace, fut esclave avec Esope. Charax marchand de Mitylène, frère de Sapho, l'acheta de Xanthus et lui donna la liberté. Elle en profita pour faire l'infame métier de courtisane à Nancratis, où elle acquit de si grands biens que quelques historiens crédules ont prétendu qu'elle en fit bâtir une des pyramides d'Egypte. L'aventure de son soulier ne mérite pas plus de foi. (Voyez PSAMMITIQUE.) Les Rhodopes ont été communes dans tous les siècles; et Juvenal parle d'une prostituée qui de son temps portoit à Rome le même nom.
RHOË, (Thomas) né dans le comté d'Essex, mort en 1644, à 64 ans, fut ambassadeur au Mogol, à Constantinople, dans le Nord, chancelier de l'ordre de la Jarretière, et conseiller du conseil privé du roi. Il s'illustra par son patriotisme et ses lumières. On a de lui: I. Un Voyage au Mogol, dans Purchas et Thévenot. II. Relation de la mort du Sultan Osman, en anglois, 1622, in-4.º
RHOTENAMER, (Jean) peintre, né à Munich en 1564. Le séjour qu'il fit en Italie développa son goût. Il se fixa quelque temps à Venise où il dessina d'après le Tinturet. On admire surtout un tableau que ce peintre fit par l'ordre de l'empereur Rodolphe II; le sujet étoit le banquet des Dieux. Il peignit aussi pour Ferdinand duc de Mantoue le Bal des Nymphes, ouvrage très-estimé. Rhotenamer s'étoit fait une manière qui tenoit du goût Flamand et du goût Vénitien. Il est gracieux dans ses airs de tête, son coloris est brillant, ses ouvrages sont très-finis. On lui reproche de manquer quelquefois de correction. Lorsqu'il y avoit quelques paysages à faire dans ses tableaux, on les envoyoit à Breugel de Velours ou à Paul Brill, pour suppléer à cette partie que Rhotenamer n'entendoit point. On voit à Augsbourg plusieurs grands morceaux de ce peintre; on y admire entr'autres son tableau de Tous les Saints. Nous ignorons l'année de sa mort.
RHYNDACÈNE, Voy. LASCARIS, n.º II.
RIANTZ, Voy. RYANTZ.
RIARIO, (le Cardinal) d'abord Cordelier, fut fait cardinal, et ensuite nommé par son oncle Sixte IV, légat de toute l'Italie en 1473. C'étoit un prélat qui faisoit des dépenses excessives. Il donna cette même année deux repas si somptueux, qu'au rapport du cardinal de Pavie qui gémit de cet excès dans ses Lettres, on n'en avoit pas donné de pareils dans les siècles précédens; même parmi les Palens. Il donna le premier festin aux ambassadeurs de France; et l'autre à la fille de Ferdinand roi de Naples, épouse d'Hercule d'Est. duc de Ferrare, à laquelle il fit en outre des présens considérables. — De la même famille étoit Jérôme RIARIO comte de Forli et d'Imola, qui fut assassiné en 1488 par les habitans de Forli, indignés de ses cruautés et de ses désordres.
RIBADENÉIRA, (Pierre) Jésuite de Tolède en Espagne, fut reçu par St. Ignace au nombre de ses disciples en 1540, avant même que sa compagnie eût été confirmée par le saint Siège. Il vint étudier à Paris en 1542, passa de là à Padoue, d'où il fut envoyé à Palerme pour y enseigner la rhétorique, et se fit par-tout des amis illustres. Après avoir travaillé à la propagation de la société dans les Pays-Bas, en France et en Espagne, il mourut à Madrid le 1er octobre 1611, à 84 ans. C'étoit un homme d'un zèle infatigable, mais d'une crédulité puérile. Servien qui avoit fait l'anagramme de son nom, l'appeloit Petrus de Badineria. Il est principalement connu en France par ses FLEURS des Vies des Saints, imprimées à Madrid, infolio, en 1616, et traduites en françois par différens écrivains. Les faux miracles, les prophéties absurdes, les visions ridicules y sont prodiguées. La religion loin d'être honorée par cet ouvrage, en seroit avilie si elle pouvoit l'être. Il est d'ailleurs écrit purement en espagnol. Ses autres ouvrages sont : Les Vies de St. Ignace, de St. François F f z de remplir d'or une des salles de son palais jusqu'à la hauteur de son bras, qu'il éleva en même temps au-dessus de sa tête. A ses premiers ordres, les Indiens apportèrent de quoi satisfaire à la rançon de leur maître; mais une action barbare de l'empereur prisonnier, fournit dans la suite au vainqueur un prétexte pour le condamner à la mort. Quelques jours avant la bataille de Caxamalca, *Huescar* frère et rival d'*Atabalipa*, étoit tombé entre les mains de ses ennemis. Le monarque Indien, craignant que les Espagnols ne missent la couronne sur la tête de ce prince, donna des ordres secrets pour qu'on le fît pérît. Les vainqueurs irrités de ce meurtre, on feignant de l'être, firent des recherches contre *Atabalipa*. Un Péruvien l'accusa d'avoir donné des ordres secrets pour massacrer les Espagnols. Que cette accusation fût vraie ou fausse, il fut condamné à être brûlé vif. Toute la grace qu'on lui fit, fut de l'étrangler avant que de le jeter dans les flammes; ce fut en 1533. La plupart des historiens imputent sa mort au seul *Almagro*; mais *Pizarro* auroit pu l'empêcher, s'il étoit innocent. Peu de temps après la discorde se mit entre les conquérans du Pérou. Ils donnèrent un combat sanglant sous les murs de Cusco, où *Pizarro* fut vainqueur. Mais bientôt après il fut assassiné par les amis d'*Almagro*, en 1541. Il emporta dans le tombeau une gloire souillée par l'ambition et par la cruauté. L'empereur son maître l'avoit fait marquis de *las Charcas* en Amérique. Quelques historiens modernes ont voulu faire de *Pizarro* un héros vertueux, un homme dont toutes les actions furent irréprochables. Ils ont peint en revanche *Atabalipa* comme un monstre. Nous ne voulons justifier ni le prince Péruvien, ni le conquérant Espagnol. Il nous suffit d'avoir rapporté les faits, tels que nous les avons vus, après avoir conféré les différens historiens qui, dans ce point-ci comme dans plusieurs autres, no sont pas toujours d'accord. P I Z Z 1, (l'abbé Joachim) naquit à Rome en 1716, et fit ses premières études au collège Romain sous les Jésuites. Doué des plus heureuses dispositions, il donna bientôt des preuves de ses talens dans quelques essais de poésie italienne. Associé à l'académie des Arcades, il s'y distingua par un grand nombre de productions agréables en prose et en vers. Il succéda en 1759 à l'abbé *Moréi*, dont la mort laissoit vacante la place de Custode général de l'académie, et il la gouverna avec un zèle éclairé jusqu'à sa mort arrivée au mois de septembre 1790, à l'âge de 74 ans. Sous son administration, l'académie acquit un nouveau lustre, et eut la gloire de s'associer plusieurs souverains de l'Europe. Une époque intéressante de son directorat, fut le couronnement de *Marie-Magdeleine MORELLI*, connue sous le nom de *Corilla Olympica*, fait au capitole le 31 août 1766. Cet hommage rendu aux talens d'une femme célèbre, éprouva tant de contradictions, et *Pasquin* fit si souvent entendre à ce sujet sa mordante voix, que l'abbé *Pizzi* dit plus d'une fois en riant, que le couronnement de Corille étoit devenu pour lui le couronnement de Borgia, des Pères Lainez et Salmeron. On doit l'en croire sur tout ce qu'il dit avoir vu et entendu de ces hommes célèbres; il n'en est pas de même des choses extraordinaires qu'il rapporte sur des oui-dire. II. Un Traité du Schisme d'Angleterre, in-8°, 1694. III. Un autre intitulé le Prince, dans lequel il y a des propositions hasardées. On le traduisit d'espagnol en latin, à Anvers, 1604, in-folio. IV. La Bibliothèque des Ecrivains Jésuites, in-8°, à Lyon, en 1609. Ce livre contient un dénombrement assez curieux des provinces, des membres et des savans de la société. On y trouve aussi une liste de ses martyrs. V. Un Traité de la Tribulation.
RIBALLIER, ( Ambroise ) docteur et syndic de Sorbonne, naquit à Paris en 1712, et est mort dans ces derniers temps. Son zèle pour la défense de la religion égaloit ses lumières. On lui doit une Lettre sur l'ouvrage de Bélisaire, 1758, in-12; un Essai historique et critique sur les privilèges des réguliers, 1769, in-12.
RIBAS, ( Jean de ) prédicateur de l'ordre de Saint-Dominique, naquit à Cordone et y mourut le 4 novembre 1687, à 75 ans, après avoir enseigné long-temps la philosophie et la théologie avec réputation. C'est lui qui est auteur du fameux livre intitulé : Teatro Jesuitico, Coimbre, 1654, in-4°; et non pas Don Ildefonse de Saint-Thomas, Dominicain et évêque de Malaga, auquel on en avoit d'abord fait honneur. C'est un recueil intéressant pour les ennemis des Jésuites. On a encore du P. de Ribas plusieurs écrits contre la société. Un des plus célèbres est son ouvrage intitulé : Baragan Botero, qui plaisoit tellement à Philippe IV roi d'Espagne, qu'il se le faisoit lire après-diné pour se récréer.
RIBAUMONT, ( Eustache de ) brave chevalier François, s'acquit un grand renom l'an 1342, dans la tentative que fit Geoffroi de Charny pour reprendre Calais sur Édouard III. Ce prince instruit du complot, étant sorti avec un nombre supérieur, attaqua les François à l'improviste. Le combat se soutint pendant quelque temps avec une égale vigueur de part et d'autre; mais de tous les combattants celui qui s'acquit le plus de gloire, fut Ribaumont qui eut l'honneur de se mesurer avec le monarque Anglois sans le connoître et de l'abattre deux fois. Après l'action le roi d'Angleterre durant le souper qu'il donna à tous les chevaliers François qui avoient été faits prisonniers : Messire Eustache, dit-il en s'adressant à Ribaumont, vous êtes le chevalier au monde que je visse oncques plus vaillamment assaillir ses ennemis, et son corps défendre. Ne me trouvai oncques en bataille où je fusse, qui tant me donnât affaire corps à corps, que vous avez aujourd'hui faict. Sy vous en donne le prix, et aussi sur tous les chevaliers de ma cour. Ensuite le roi prit son Chapelet, ( ornement de tête ) couvert de perles en forme de couronne, et le mit sur la tête de Ribaumont, en disant : Je vous le donne pour le mieux-combattant de la journée de ceux de dedans et de dehors, et vous prye que vous le portiez cette année pour l'amour de moy ; puis il lui donna la liberté de s'en retourner dès le lendemain.
RIBEIRA, Voyez ESPAGNOLET.
RIBEIRO, ( Jean Pinto ) jurisconsulte Portugais, mort en 1694, se fit un nom parmi ses compatriotes par sa science dans le droit, et un mérite auprès de ses souverains par les ouvrages qu'il mit au jour, pour les défendre de l'imputation d'usurpateurs que l'Espagne leur faisoit. Ses Œuvres ont été recueillies et imprimées, in-folio à Lisbonne en 1729. Elles sont précieuses aux Portugais qui y trouvent une ample justification de la fameuse révolution de 1640. I. RIBERA, ( François de ) Jésuite, né à Villacastin dans le territoire de Ségovie en Espagne, étudia dans l'université de Salamanque et y apprit les langues et la théologie. Il entra prêtre chez les Jésuites à l'âge de 30 ans, en 1570. Il enseigna avec succès à Salamanque, où il mourut en 1591, à 54 ans, aimé et estimé. On a de lui : I. Des Commentaires sur les XII petits Prophètes, à Cologne, 1599, in-folio. II. — sur l'évangile de St. Jean, Lyon, 1623, in-folio. III. — sur l'Epître aux Hébreux, Cologne, 1600, in-8.º IV. — sur l'Apocalypse, Anvers, 1603, in-8.º V. Un Traité du Temple, avec le précédent. VI. La Vie de Sainte Thérèse, Cologne, 1620, in-8.º
II. RIBERA, ( Anastase-Pantaléon de ) poète Espagnol du XVIIe siècle, naquit à Madrid. L'enjouement de son caractère et ses saillies ingénieuses le firent aimer à la cour du roi Philippe IV. Ses Poésies imprimées à Sarragosse en 1640, et à Madrid, 1648, sont dans le genre burlesque. On remarque dans plusieurs un tour agréable et de bonnes plaisanteries. Il peut être nommé le Scarron de l'Espagne.
RIBIER, ( Guillaume ) fut président du bailliage de Blois et conseiller d'état, dont on a des lettres et mémoires sous François I, Henri II et François II, 1666, deux vol. in-folio. Il mourut en 1663. — Son frère Jacques RIBIER, conseiller au parlement de Paris, donna des mémoires des chanceliers et gardes des sceaux, Paris, 1629, in-8.º Les recueils de ces deux frères studieux sont utiles pour notre histoire.
RIBOUTET, ( Charles-Henri ) contrôleur des rentes à Paris, fut auteur de plusieurs jolies chansons et entr'autres de celle-ci : Que ne suis-je la fougère, etc. qui eut la plus grande vogue. Ses parodies amusèrent. Il étoit de Commerci en Lorraine, et mourut en 1740. I. RICARD, ( Jean-Marie ) avocat au parlement de Paris, né à Beauvais en 1622, étoit un des premiers du palais pour la consultation et pour les arbitrages. Il fut choisi pour conseil par les premières maisons du royaume, et mourut en 1678, à 56 ans. On a de lui : I. Un Traité des Substitutions. II. Un Commentaire sur la Coutume de Senlis. III. Un excellent Traité des Donations dont la meilleure édition est celle de 1754, en deux vol. in-folio avec le précédent. Denis Simon conseiller au pré- F f 3 sidial de Beauvais, a fait des additions aux ouvrages de cet avocat, un de ceux qui ont le mieux écrit et qui ont le plus mal plaidé.
II. RICARD, (Dominique) né à Toulouse le 25 mars 1741, entra dans la congrégation de la Doctrine chrétienne, et y professa avec distinction. Son cœur sensible et bon, son caractère doux et officieux lui firent plusieurs amis parmi ses confrères. Sa littérature étoit étendue; mais il s'attacha sur-tout à la connoissance de la langue grecque. Il avoit déjà commencé à traduire *Plutarque*, lorsqu'il quitta sa congrégation. S'étant fixé à Paris, il donna successivement la traduction des *Œuvres Morales de Plutarque* en dix-sept vol. in-12, depuis 1783 jusqu'en 1795; et celle des *Vies des hommes illustres* du même auteur dont il n'a pu mettre au jour que quatre vol. in-12. Cette dernière version est moins pesante que celle de *Dacier*, et pour le moins aussi fidèle. Quant à la traduction des *Œuvres Morales*, c'est un vrai service rendu à la littérature. Quelques critiques auroient désiré plus de chaleur et d'aménité dans son style; mais il étoit peut-être difficile de donner en françois des graces et de l'éloquence à beaucoup de lieux communs de morale, qui tirent leur principal agrément de la belle langue grecque. Nous ayons encore de *Ricard*, la *Sphère*, poème en huit chants qui contient les élémens de la sphère céleste et terrestre, 1796, in-8. L'auteur l'a orné de notes et d'une notice de poèmes grecs, latins et françois qui traitent de quelques parties de l'astronomie. Il faut chercher dans cet ouvrage plutôt l'instruction que les charmes de la grande poésie, à laquelle d'ailleurs le sujet ne se prétoit pas toujours. *Ricard* plein de vertus, de modestie, employant tout son temps à instruire la jeunesse, à remplir les devoirs de la religion, à consoler le malheur, fuyant l'éclat et les honneurs littéraires, est mort à Paris le 8 pluviose an 11 (janvier 1803).
RICARDOS-CARILLO, (*Antonio* comte de) général Espagnol, se distingua dans la guerre contre l'Angleterre; et lorsqu'elle se déclara en 1793 contre la France, la cour de Madrid lui donna le commandement de l'armée de Catalogne. Après avoir pris la ville de Ceret, le fort des Bains au bout de 43 jours de blocus, et celui de Bellegarde à la suite d'un bombardement de 33 jours, il s'empara successivement de Villefranche et de Mont-Louis. Les proclamations qu'il publia alors se firent remarquer par un ton de modération et de sagesse qui lui procurèrent beaucoup de partisans. Il échoua dans son attaque du camp de Salces, et fut contraint à la retraite; mais quelques jours après il reprit ses avantages à Trouillas, où il battit les François et décida lui-même la victoire en chargeant à la tête de ses carabiniers. Le roi d'Espagne envoya alors à *Ricardos* l'ordre de *Charles III* en récompense de ses exploits; mais ce général n'en jouit pas long-temps, étant mort peu de temps après en 1794. Depuis cette perte, les armées espagnoles n'éprouvèrent plus que des défaites contre les François.
RICAUT, (Paul) chevalier Anglois, fut d'abord secrétaire R I C 459 du comte de Winchelsea ambassadeur extraordinaire de Charles II auprès du sultan Mahomet IV. Il partit pour Constantinople en 1661. Il fut ensuite consul de la nation Angloise à Smyrne pendant onze ans ; et dans ces postes différens il fut très-utile aux négocians de sa nation établis en Turquie. De retour en Angleterre, le comte de Clarendon le nomma en 1685, son premier secrétaire pour les provinces de Leinster et de Connaught en Irlande. Le roi Jacques II l'honora du titre de conseiller privé pour l'Irlande, et de juge de l'amirauté. Après la révolution qui chassa le monarque du trône, il fit sa cour à Guillaume III, et en obtint le caractère de résident d'Angleterre dans les villes anséatiques de Hambourg, Lubeck, Brême, etc. Il retourna en Angleterre en 1700 et y mourut la même année. Nous avons de lui : I. Histoire de l'état présent de l'Empire Ottoman en anglois, à Londres ; un des ouvrages qui nous fait le mieux connoître l'état de cet empire. Il fut d'abord traduit en françois par Briot dont la traduction parut à Paris en 1670, in-4° et in-12. Cette version est bonne : l'in-4° qui est rare et magnifique, est orné de belles figures gravées par le Clerc. Bespicer traduisit depuis le même ouvrage en deux vol. in-12, et accompagna sa version de remarques curieuses qui le font rechercher. II. Une Histoire des Turcs dans le XVIIe siècle, in-12, trois vol., traduite par Briot : ouvrage exact. III. L'Etat présent des Eglises de la Grèce et de l'Arménie, etc. en 1678, in-12, traduit par Rozamond. IV. La traduction en anglois de l'Histoire du Pérou de Gurcias Lasso de la Vega, 1681, in-8°
RICCATI, ( Vincent ) Jésuite, né à Castel-Franco dans le territoire de Trévise, professa les mathématiques à Bologne jusqu'à la suppression de l'ordre en 1773. A cette époque il se retira dans sa patrie, où il mourut d'une colique en 1775, à 68 ans. On a de lui plusieurs ouvrages de mathématiques : le plus recherché est son Traité du Calcul intégral, trois vol. in-4°. Il travailla long-temps sur le cours des fleuves. La république de Venise fit frapper en son honneur une médaille d'or en 1774, de la valeur de mille livres. I. RICCI, ( Matthieu ) Jésuite, né à Macerata en 1552, passa aux Indes, acheva sa théologie à Goa en 1578, et y enseigna la rhétorique. Ses supérieurs l'ayant destiné aux missions de la Chine, il apprit la langue du pays et ne négligea point les mathématiques qu'il avoit étudiées à Rome sous le savant Clavius. Après bien des traverses il arriva à Pékin et y fut reçu avec distinction par l'empereur. Ricci n'oublia rien pour lui plaire. Ce prince lui ayant demandé une Carte géographique, il la disposa de façon que la Chine se trouva placée au milieu du monde. Pour que les mystères de la religion Chrétienne ne choquassent point les Chinois, il chercha dans la morale et dans les pratiques des Chinois ce qui étoit le moins opposé au Christianisme. Ce fut en se pliant au génie des peuples qu'il obtint de faire bâtir une église. Ce Missionnaire mou- F f 4 rut à Pékin en 1610, à 58 ans. Il laissa des *Mémoires* curieux sur la Chine dont le P. *Trigault* s'est servi pour écrire son ouvrage *De Christiand expeditione apud Sinas*, Cologne, 1684, in-8.º On a encore de lui dans le tome 25 des *Lettres édifiantes*, 1783; un dialogue entre un lettré Chinois et un Européen sur la nécessité d'une première cause. Le P. d'Orléans Jésuite, qui a donné en 1693 la *Vie de Ricci*, rapporte que ce Père composa pour les Chinois un petit catéchisme, où il ne mit presque, dit-il, que les points de la *Morale et de la Religion les plus conformes à la Religion chrétienne*... Voyez KAM-MI.
II. RICCI, (Joseph) natif de Bresse, et clerc-régulier de Sommasque, est connu par deux ouvrages médiocres écrits en latin et imprimés à Venise, in-4°, deux vol. L'un est l'*Histoire de la guerre d'Allemagne* depuis 1618 jusqu'en 1648, que l'on appelle communément la *Guerre de 30 ans*. Le second est l'*Histoire des Guerres d'Italie*, depuis 1613 jusqu'en 1653. Ces histoires sont des compilations écrites d'une manière languissante; mais on y trouve des particularités curieuses. Les retranchemens des traits satiriques qu'on obligea l'auteur de faire dans la seconde, la rendirent moins agréable aux esprits malins. —Il ne faut pas le confondre avec *Barthélemi Ricci*, célèbre littérateur de Lugo dans le Ferrarois, qui vivait dans le 16$^{e}$ siècle. On a de lui des *Harangues*, des *Épîtres*, des *Comédies*, etc., imprimées séparément. On en a donné une édition complète à Padoue en 1648, trois vol. in-8.º
III. RICCI, (Michel-Ange) cardinal, né à Rome en 1619, aima les mathématiques et y fit de grands progrès, comme le prouve son traité *De maximis et minimis*... *Innocent XI* lui donna le chapeau en 1681; mais il ne jouit pas long-temps de sa dignité, étant mort le 21 mai 1682, à 63 ans. Ses vertus, ses lumières, son amour pour la vérité et son zèle le rendirent digne des éloges et de l'estime des souverains pontifes.
IV. RICCI, (Sébastien) peintre, naquit à Belluno, dans les états de Venise en 1659, et mourut à Venise en 1734, à 75 ans. Les princes de l'Europe ont presque tous occupé son pinceau. *Ricci* fut appelé en Angleterre par la reine; il passa par Paris, y séjourna quelque temps, et se fit recevoir à l'académie de Peinture. Après avoir satisfait à Londres à tout ce qu'on exigeoit de lui, il revint à Venise et s'y fixa. Ce peintre avoit des idées nobles et élevées; son imagination étoit vive et abondante; son coloris est vigoureux, quoique souvent trop noir; ses ordonnances sont frappantes, sa touche est facile. Il entreprenoit plusieurs ouvrages à la fois, et, préférant la fortune à la réputation, il a souvent négligé de consulter la nature. Ses dessins sont touchés avec esprit et pleins de feu. Il y a plusieurs morceaux gravés d'après lui. V. RICCI, (Laurent) Jésuite Italien, né à Florence le 2 août 1703, d'une famille distinguée, parvint aux premières places de sa compagnie, et enfin à celle de général le 21 mai 1758. La plus grand événement de son généralat, fut la destruction de son ordre. Les Jésuites ayant été chassés de Portugal en 1759, cette expulsion réveilla la haine des ennemis qu'ils avoient en France. Les parlemens se disposant à imiter le roi de Portugal, Louis XV fit proposer de réformer dans les Jésuites de son royaume ce qui pouvoit choquer la nation. On prétend que Ricci qui avoit déjà eu l'imprudence de rendre à l'ome de mauvais offices à un ambassadeur de France, et dont le génie avoit plus de hauteur que de souplesse, répondit : SINT UT SUNT, AUT NON SINT. Le roi laissa alors agir les parlemens, et la société fut bientôt anéantie non-seulement en France, mais en Espagne, à Naples, à Parme et à Malte. Les ministres des cours de Bourbon se réunirent pour en demander l'extinction totale au pape Clément XIV. Ce pontife, après avoir différé pendant trois ans de terminer cette grande affaire, signa enfin le bref qui supprimait à jamais la Compagnie de Jésus, en date du 21 juillet 1773. On transféra l'ex-général Ricci, accompagné de ses assistans et de plusieurs autres Jésuites, au château Saint-Ange, après lui avoir fait signer une lettre circulaire à tous les missionnaires de son ordre pour leur en apprendre la suppression. Ainsi fut détruite cette société, cimentée par la religion, par la politique, par la protection des Souverains, par ses services, par son étendue même et par ses richesses. Ricci mourut dans sa prison le 24 novembre 1775, à l'âge de 72 ans. Il signa, peu de temps avant sa mort, un Mémoire qu'on rendit public suivant ses intentions. Il y protestoit : 1.º Que la Compagnie de Jésus n'avoit donné aucun lieu à sa suppression ; et qu'il le déclaroit, en qualité de supérieur bien informé de ce qui se passe dans son corps : 2.º Qu'en son particulier, il ne croyoit pas avoir mérité l'emprisonnement et les duretés qui avoient suivi l'extinction de son ordre : 3.º Enfin, qu'il pardonnoit sincèrement à tous ceux qui l'avoient tourmenté et affligé, d'abord par les affronts faits à ses confrères, et ensuite par les atteintes portées à sa propre réputation. Ce Mémoire parut aux ennemis de la société un acte d'humilité Jésuitique ; les autres n'y virent que le langage d'un vieillard malheureux, persuadé de son innocence et de celle de son ordre. (Voyez LAINEZ et IGNACE de Loyola..., Voyez aussi l'article NEUVILLE.)
RICCIARELLI, peintre. Voy. VOLTERRE.
RICCIO, Voyez II. RIZZO et CRINITUS.
RICCIOLI, (Jean-Baptiste) Jésuite, né à Ferrare en 1598, professa avec succès la théologie à Parme et à Bologne. Il se fit un nom par ses connoissances astronomiques et mathématiques. Ses principaux ouvrages sont : I. Geographia et Hydrographia Libri XII, Bologne, 1661, et Venise, 1672. Ce livre peut servir à ceux qui veulent travailler à fond sur la géographie : mais il faut prendre garde en le lisant, aux inexactitudes dont il est rempli. II. Chronologia reformata, Bologne, 1669, infolio : livre où l'on trouve beaucoup de choses communes, avec quelques-unes d'utiles. Ces deux ouvrages, sur-tout le premier, sont assez rares. III. Astronomia vetus, Bologne, 1651, deux vol. 458 RIC in-folio. IV. *Astronomia reformata*, 1665, in-folio. Dans ces divers ouvrages, il expose tous les travaux des Astronomes qui avoient paru jusqu'à son temps, et il les rectifie. Le P. *Riccioli* fit aussi des expériences curieuses sur la chute des corps, de concert avec le P. *Grimaldi* son confrère, qui le seconda dans tous ses travaux. Il mourut en 1671, à 73 ans. I. RICCOBONI, (Louis) né à Modène, se consacra au théâtre, sous le nom de *Lelio*. Après avoir joué avec succès en Italie, il vint en France en 1716 avec sa femme et son fils, et se distingua comme auteur et comme comédien. Il passa pour le meilleur acteur du théâtre Italien de Paris, qu'il abandonna en 1729 par principe de religion. Sa mort, arrivée en 1753, à 79 ans, excita les regrets des gens de bien. Ses mœurs n'étoient point celles de la profession qu'il avoit embrassée, et son caractère étoit aimable. Nous avons de lui, le *Recueil des Comédies* qu'il avoit composées pour le théâtre Italien. Il y en a quelques-unes qui réussirent dans le temps. L'une des plus agréables est *les Caquets*, comédie jouée il y a un demi-siècle et reprise avec succès au théâtre *Louvois* en 1802. On peut reprocher à l'auteur d'avoir choisi ses personnages dans les classes les plus basses et d'avoir payé le tribut à son siècle par un grand nombre de jeux de mots. *Riccoboni* fit d'abord imprimer cette pièce sous le nom de sa seconde femme; mais les excellens romans de cette dernière suffisent à sa gloire. On fait beaucoup de cas de ses *Pensées sur la Déclamation*, in-8°, et de son *Discours sur la réfor-* mation du Théâtre, 1743, in-12: ouvrage rempli de réflexions judicieuses. On le trouva trop sévère, et peut-être ne l'étoit-il pas encore assez. Nous avons aussi de lui de bonnes *Observations sur la Comédie et sur le génie de Molière*, 1736, in-12; des *Réflexions historiques et critiques sur les Théâtres de l'Europe*, 1738, in-8°; et l'*Histoire du Théâtre Italien*, publiée en 1730 et 1731, en un vol. in-8°. *Voyez* FLAMINIA.
II. RICCOBONI, (Antoine-François) fils du précédent, naquit à Mantoue en 1707. Étant voué en France avec ses parens, il joua depuis 1726 jusqu'en 1750 sur le théâtre Italien avec plus d'esprit et d'intelligence que de facilité d'organe. Il fournit à ce théâtre, de concert avec *Romagnesi* et *Dominique*, diverses pièces, la plupart non imprimées. Son *Art du Théâtre*, 1750, in-8°, est un ouvrage bien pensé, nettement écrit, plein d'observations fines, de réflexions ingénieuses, et renferme dans un petit espace plus de bonnes règles qu'on n'en trouve dans des livres plus volumineux. Cet acteur estimable mourut le 15 mai 1772.
III. RICCOBONI, (Marie Laboras de Mézières) née à Paris en 1714, épousa le comédien *Louis Riccoboni*, n.° 1, et se fit actrice au théâtre Italien, qu'elle quitta en 1761. Après avoir contribué par ses conseils et la pureté de son goût aux succès des comédies de son mari, elle publia elle-même plusieurs romans où l'intérêt des sujets se réunit aux graces de la diction pour en faire la lecture favorite des femmes sensibles et de ceux qui aiment ce genre de production. Les principaux sont : I. *Lettres de Fanny Butler*, 1757, in-12. II. *Lettres de Miladi Catesby*, pléines d'esprit et d'une douce philosophie. III. *Histoire du marquis de Cressy*, 1756, in-12. IV. *Amélie*, roman traduit de *Fielding*, 1762, trois vol. in-12. V. *Miss Jenny*, 1764, 4 vol. in-12. VI. *Lettres de la Comtesse de Sancerre*, 1767, 2 vol. in-12 : elles ont fourni le sujet de la comédie de l'*Amant bourru*. VII. *Lettres de Sophie de Valière*, 1772, deux vol. in-12. VIII. *Ernestine*; production pleine de sensibilité et que le lecteur trouve trop courte. IX. *Lettres de Milord Rivers*, 1777, 2 vol. in-12. X. *Recueil de pièces et d'histoires*, 1783, 2 vol. in-12. Les *Œuvres* de Mad. *Riccoboni* ont été recueillies à Neuchâtel en 10 vol. in-12, et à Paris en 9. En général, le style de l'auteur est quelquefois trop chargé d'exclamations et d'épithètes ; mais ce léger défaut est bien racheté par la décence des tableaux, leur vivacité et la délicatesse des sentimens. Mad. *Riccoboni* est morte dans un état voisin de la détresse, le 6 décembre 1792, à l'âge de 68 ans. I. RICHARD I$^{er}$, roi d'Angleterre, surnommé *Cœur-de-Lion*, monta sur le trône, après la mort de *Henri II* son père, le 6 juillet 1189. (*Voy. HENRI II*, n.º XIV, à la fin.) Il étoit devenu l'aîné par la mort de son frère *Henri* dit le *Jeune*, en 1183. La fureur épidémique des Croisades agitoit alors toute l'Europe. La haine des Chrétiens pour les Juifs en étoit augmentée. Quelques-uns de ces malheureux, odieux au peuple par leurs usures comme par leurs richesses, ayant paru au couronnement du roi, furent massacrés ; et la populace étendit sa fureur sur les autres. Leurs maisons furent pillées et réduites en cendres. L'exemple de Londres fut suivi dans plusieurs villes. Cinq cents Juifs se réfugièrent dans le château d'Yorck, où réduits au désespoir, ils égorgèrent leurs femmes et leurs enfans ; et après avoir jeté à leurs ennemis les cadavres de ces victimes, ils mirent le feu à leurs maisons, et se précipitèrent au milieu des flammes. *Richard*, au lieu de s'occuper à réprimer la licence populaire, se croisa avec *Philippe-Auguste* en 1190. La division s'étant mise dans leurs armées, *Philippe* retourna en France. *Richard* demeurant maître du champ d'honneur, mais non de cette multitude de Croisés plus divisés entre eux que ne l'avoient été les deux rois, déploya vainement un courage héroïque. *Saladin*, qui revenoit vainqueur de la Mésopotamie, livra bataille aux Croisés près de Césarée : *Richard* eut la gloire de le désarmer, et de prendre plusieurs places en 1192. Mais les fatigues, les maladies, les petits combats ruinèrent bientôt les Croisés. *Richard* s'en retourna à la vérité avec plus de gloire que *Philippe-Auguste*, mais d'une manière bien moins prudente. Il partit cette même année 1192 avec un seul vaisseau, et ce navire ayant fait naufrage sur les côtes de Venise, il traversa déguisé la moitié de l'Allemagne. Il avoit offensé au siège d'Acre, par ses hauteurs, *Léopold* duc d'Antriche sur les terres duquel il eut l'imprudence de passer. Ce duc l'arrêta (le 20 décembre), le chargea de chaînes, et le livra au barbare et lâche empereur *Henri VI*, qui le garda en prison comme un ennemi qu'il autoit pris en guerre. *Richard* avoit la voix très-belle, et se délassoit des travaux militaires en chantant des chansons, dont il avoit composé la musique et les paroles. Il dut sa liberté à ses chansons. *Blondel* maître de sa chapelle, lui étoit tendrement attaché. Ennuye de son absence, il partit en habit de pèlerin, parcourut la Terre-Sainte, en revint, le cherchant par-tout. Lorsqu'il fut arrivé au village de Losemsten, où *Henri VI* avoit un château, il s'informa si ce château étoit habité, et il apprit qu'on y gardoit depuis un an un prisonnier de grande importance. *Blondel* soupçonnant que ce captif étoit le roi d'Angleterre, alla se promener autour du château, et s'arrêtant au pied d'une tour grillée, il entonna une des chansons composées par *Richard*, qui se fit connoître en chantant les couplets suivans. Le fidelle *Blondel*, transporté d'une telle découverte, se hâta de passer en Angleterre, où l'on entama les négociations qui rendirent *Richard* à son royaume. *Henri VI*, aussi peu généreux dans ce traité que dans la détention de son prisonnier, exigea, dit-on, 250 mille marcs d'argent pour sa rançon... Les amateurs des vieilles chroniques prétendent que c'est *Richard I* qui est l'auteur de l'ordre de la *Jarretière*, le premier de l'Angleterre. Ce prince, disent-ils, déterminé à prendre d'assaut la ville d'Acre, avoit distribué à ses principaux officiers, après l'intercession de *St. George*, des bandes de cuir, pour se les attacher à la jambe, et se faire par ce moyen reconnoître dans la mêlée. Mais cette origine d'un ordre cé- lèbre est contredite par le plus grand nombre des écrivains : (*Voyez* ÉDOUARD III, n.º VI.) *Richard* de retour dans son royaume l'an 1194, le trouva déchiré par la faction que *Jean* son frère y avoit formée : il la dissipa, et tourna ensuite ses armes contre *Philippe-Auguste* qui avoit écrit au prince *Jean* en apprenant la liberté rendue à *Richard* : *Prenez garde à vous ; le diable est déchaîné*. Mais les succès de cette guerre ne furent pas décisifs. *Jean* obtint son pardon, à la prière de la reine *Éléonore*. *Je lui pardonne*, dit *Richard*, et j'espère oublier ses injures aussi aisément qu'il oubliera ma clémence. En 1199 il apprit qu'il y avoit un trésor renfermé dans Chalus place du Limousin; il alla l'attaquer, et y reçut une blessure dont il mourut le 6 avril de la même année, à 42 ans. L'archer qui lui décocha le trait qui termina ses jours, s'appeloit *Gourdon*. *Richard* le fit appeler. *Que t'ai-je-fait, misérable !* lui dit-il, pour que tu aies voulu me tuer ? — *Ce que vous m'avez fait*, repartit froidement *Gourdon*, vous avez tué de vos propres mains mon père et mes deux frères. Vous avez résolu de me faire pendre : *Je suis maintenant en votre pouvoir ; vengez-vous comme il vous plaira*. *Je souffrirai volontiers tous les tourmens, pourvu que je puisse me flatter d'avoir délivré le monde d'un si grand fléau*. *Richard* lui pardonna; mais le malheureux fut écorché à son insu... Ce prince avoit un orgueil qui lui faisoit regarder les rois ses égaux comme des sujets, et ses sujets comme des esclaves. Son avarice ne respectoit ni la religion ni la pauvreté; et sa lu- bricité ne connoissoit ni bornes ni bienséances. Un pieux ecclésiastique lui représentant « qu'il devoit se défaire incessamment de trois méchantes filles qu'il entretient, l'ambition, l'avarice et la luxure » ; Richard ne fit que tourner ses exhortations en ridicule. Vous avez entendu, dit-il à ses courtisans, ce que m'a dit cet hypocrite. Eh bien ! je veux suivre ses avis : je donne mon ambition aux Templiers, mon avarice aux Moines, et ma luxure aux Prélats... Pour satisfaire ses passions, il sacrifia l'intérêt de sa couronne et celui de ses peuples. Il exigea rigoureusement les impôts ; il multiplia ses emprunts onéreux ; il vendit domaines, offices, dignités, celle même de grand justicier, que l'évêque de Durham acheta au prix de mille marcs. Il étoit prêt, disoit-il, à vendre Londres, s'il trouvoit un acheteur. Il se fit payer des sommes par quiconque se repentit du vœu de la croisade. Enfin il vendit pour dix mille marcs seulement ses droits de suzeraineté sur l'Écosse, ainsi que les importantes places de Boxborough et de Berwick, c'est-à-dire les plus belles acquisitions de son père. On leva une année jusqu'à cinq schellings par hydéde-terre. Le clergé n'ayant pas voulu payer cet impôt, le roi défendit à ses cours de rendre aucune sentence contre les débiteurs du clergé. Richard ne mérite guère d'éloge, que pour avoir établi dans ses états un poids et une mesure uniformes, réglement utile qui subsista peu. Londres, sous son règne, fut sans police. Les meurtres, les vols s'y commettoient en plein jour. Il y avoit des sociétés de scélérats rats que rien ne pouvoit réprimer. Un de ces brigands ayant été pris dans une église et exécuté, la populace qui l'aimoit comme l'ennemi des riches, l'honora quelque temps comme une espèce de martyr. La seule qualité de Richard fut la valeur, non cette valeur fruit de l'élévation de l'âme, mais celle qui vient d'un caractère violent et impétueux. Il fut brave, mais féroce ; entreprenant, mais inquiet ; ferme, mais opiniâtre ; passionné pour la gloire des armes, mais jaloux de tous ceux qui pouvoient la lui disputer. Richard étoit comte de Poitou et duc de Normandie. Il fut enterré à Fontevrauld, près de Henri II son père, et son cœur fut porté à Rouen. Éléonore qui l'avoit réconcilié avec le prince Jean, obtint que par son testament il le déclarait son héritier.
II. RICHARD II, roi d'Angleterre, fils d'Edouard prince de Galles, succéda à son aïeul Edouard III, le 23 juin 1377. Il étoit encore extrêmement jeune, et sa minorité éprouva divers troubles occasionnés d'abord par des impôts excessifs. Le peuple fut sur-tout révolté d'une forte capitation à laquelle on soumit le pauvre comme le riche, et d'un arrêt du parlement qui annulloit l'achat que plusieurs serfs avoient fait de la liberté. Un prêtre nommé Ball, pensant qu'aucun homme n'avoit droit de dire à un autre homme son semblable : Je serai tout, et tu ne seras rien ; tu travailleras et je jouirai, courut les campagnes pour exhorter les serfs à recouvrer par la force les droits naturels qu'on vouloit leur ravir. Les paysans du comté d'épines. Pie VI eut constamment pour Pizzi l'estime dont ce dernier avoit déjà été honoré par Benoit XIV, Clément XIII et Clément XIV. Ses principaux ouvrages sont : I. Discours sur la Poésie tragique et comique, Rome, 1772. II. Dissertation sur un Camée antique. III. La Vision de l'Eden, poème en quatre chants, Rome, 1778. Le sujet en a été puisé en partie dans l'Apocalypse. On le dit plein d'agrément et d'harmonie. IV. Le Triomphe de la Poésie. Ce poème a été imprimé à Parme par le célèbre Bodoni rival de Didot, avec tout le luxe typographique, dans la collection qui a pour titre : Actes du couronnement solennel de Corilla Olympica. — Un autre Pizzi, (Jacques-André) aussi né à Rome, et probablement de la même famille, est auteur d'une Bibliothèque latine des décisions de la Rote, Rome, 1719, 3 vol. in-fol.
PLACCIUS, (Vincent) né à Hambourg, en 1642, d'un médecin, y fit ses premières études, et les acheva à Helmstadt et à Leipzig. Il voyagea ensuite en Italie et en France. De retour dans sa patrie, il se livra au barreau, et occupa avec distinction, pendant vingt-quatre ans, la chaire de morale et d'éloquence. Quoiqu'il fût d'un tempérament bilieux et mélancolique, il étoit obligeant, affable, très-attaché à ses disciples et très-généreux envers les indigents. L'envie ne lui fit jamais dénigrer le mérite, et il donnoit volontiers de justes éloges. Ses ouvrages sont : I. Theatrum Anonymorum et Pseudonymorum, publié en 1708, 2 vol. in-folio, par les soins de Fabri- cius ; livre curieux, quoique les fautes y fourmillent. C'est plutôt le canevas d'un ouvrage qu'un bon ouvrage. On y a compilé beaucoup de petites choses et de circonstances inutiles, qui ne servent qu'à grossir les volumes sans instruire le lecteur. Les titres des livres sont défigurés, et sont rarement mis dans leur langue originale. Enfin cet ouvrage est par ordre des matières, au lieu qu'il auroit dû être, pour la commodité du lecteur, par ordre alphabétique. II. Liber de Jurisconsulto perito, 1693, in-8.º III. Carmina juvenilia, Amsterdam, 1667, in-12. IV. De Arte excerpendi, Hambourg, 1689, in-8º, et beaucoup d'autres qui sont un témoignage favorable de ses talens et de son érudition. Son style est un peu obscur. La multitude de choses qui se présentoient à son esprit, y répandoit de la confusion ; il parloit plus clairement qu'il n'écriyoit. Ce savant mourut le 6 avril 1699, à 57 ans, et fut regretté par ses compatriotes, qui le consultoient comme un oracle. Sa nourriture, pendant les douze dernières années de sa vie, ne fut que du lait ; et il en usoit ainsi pour calmer les douleurs de la goutte qui le tourmentoient, et contre lesquelles il avoit trouvé tout autre remède inefficace. Il avoit d'autant plus besoin d'un régime humectant, que sa mère et son frère avoient été attaqués d'une mélancolie noire qui les avoit rendus fous. I. PLACE, (Pierre de la) né dans l'Angoumois, distingué par sa naissance, s'illustra par son mérite personnel, dans la magistrature. Il fut successive- 462 RIC d'Essex furent les premiers à s'armer; leur exemple fut bientôt suivi par ceux de Sussex et d'Herford. Ces agriculteurs prirent de concert la route de Londres, massacrant sur leur chemin tous les nobles, et vinrent enfin au nombre de cents mille sommer plus que prier le roi de commuer leur servitude en une taille, payable annuellement à leurs maîtres. *Waf-Tyler* leur chef, porta la parole; mais comme en parlant, il brandissoit sa lance, *Walworth* maire de Londres, indigné de ce geste menaçant, le renversa d'un coup d'épée, et le chevalier *Philpot* l'acheva à terre. Ses compagnons furieux alloient venger sa mort, lorsque *Richard* s'avançant seul, leur dit: *Voudriez-vous, mes amis, tuer votre roi? Si vous avez perdu votre chef, je veux l'être à l'avenir. Suivez-moi seulement et tous vos vœux seront remplis.* Ce discours paternel fut accompagné du pardon général du passé et de l'abolition de la servitude. Ces gens agrestes regagnèrent alors leurs cabanes, satisfaits du monarque et d'eux-mêmes. Mais pendant qu'ils se félicitoient d'être redevenus hommes, les nobles accouroient de toutes parts auprès du monarque, et lui formoient une armée de quarante mille hommes. *Richard* traversa à leur tête les provinces agitées par le désir de la liberté, cassa toutes les chartres qu'il avoit accordées, et fit condamner au dernier supplice les chefs du parti populaire. Après avoir calmé cet orage, en 1381, il fit la guerre aux François et aux Écossois, et la fit avec assez de bonheur; mais cette prospérité ne se soutint pas. *Jean* duc de Lancastre, *Edouard* duc d'Yorck, et *Thomas* duc de Glocester, tous trois frères de son père, étoient très-mécontents de l'administration de leur neveu. Le dernier conspira contre lui en 1397, et périt à Calais, où il fut étranglé dans sa prison. Le comte d'*Arundel* eut la tête tranchée, et le comte de *Warwick*, fut condamné à un exil perpétuel. Quelque temps après, *Henri*, comte de Derby, fils du duc de Lancastre, voulant défendre la mémoire de son oncle, se vit banni du royaume, où il fut rappelé par quelques séditieux. Le comte de *Northumberland* qui étoit dans ses intérêts, arrêta, en 1399, le roi à Flint dans la principauté de Galles, et le remit entre les mains de *Henri* depuis peu duc de Lancastre, qui l'enferma dans une prison. La nation se déclara pour lui. *Richard II* demanda seulement qu'on lui laissât la vie et une pension pour subsister. Un parlement assemblé le déposa juridiquement. *Richard*, enfermé dans la Tour, remit au duc de Lancastre les marques de la royauté, avec un écrit signé de sa main, par lequel il se reconnoissoit indigne de régner. Il l'étoit en effet, puisqu'il s'abaissoit à le dire. Le parlement d'Angleterre ordonna en même temps que si quelqu'un entreprenoit de le délivrer, dès-lors *Richard II* seroit digne de mort. Au premier mouvement qui se fit en sa faveur, huit scélérats l'allèrent assassiner dans sa prison, à Pont-Fract, où il avoit été transféré de la Tour de Londres. Il défendit sa vie mieux qu'il n'avoit défendu son trône; il arracha la bache d'armes à un des meurtriers, et il en tua quatre avaut que de succomber. Enfin il expira sous les coups à 33 ans. (*Voyez MAGDALEN.*) Ainsi périt en 1400 ce malheureux prince, qui n'eut ni les vertus d'un Chrétien, ni les qualités d'un honnête homme, ni les talens d'un grand roi. Il manqua également d'esprit, de cœur et de mœurs. Son règne fut celui des femmes, des favoris et des ministres. Les plus étranges désordres affligèrent l'Angleterre. On ne voyoit par-tout que brigandages, et les seigneurs étoient les premiers brigands. *Calverley* et *Knolles*, deux généraux illustres, avoient été capitaines de ces bandits dont la France éprouva long-temps la fureur. Les foibles ayant besoin de protection contre tant de petits corps armés pour s'entre - détruire, s'unissoient sous les ordres des puissans, et devenoient les intrumens de leurs crimes. Au milieu de ces divisions intestines, *Jean Wiclef*, enthousiaste austère, répandit une doctrine, dont le germe funeste produisit toutes les hérésies et une partie des guerres du XVI$^{e}$ siècle.
III. RICHARD III, roi d'Angleterre, auparavant duc de Gloucester, et frère d'*Edouard IV*, étoit fils de *Richard* duc d'Yorck, qui prit les armes contre *Henri VI*, et qui sans parvenir au trône, perdit la vie dans une bataille en 1460. Son fils hérita de son ambition. Après avoir préparé les esprits de ses partisans, il fit mourir *Edouard V* et *Richard* duc d'Yorck ses neveux, héritiers légitimes du trône, et se fit proclamer roi le 22 juin 1483. Il ne jouit que deux ans et demi de son usurpation, et pendant ce court espace il assembla un parlement, dans lequel il osa faire examiner son droit à la couronne. Il y a des temps où les hommes sont lâches à proportion que leurs maîtres sont cruels. Ce parlement déclara que la mère de *Richard III* avoit été adultère; que ni *Edouard IV* ni ses autres frères n'étoient légitimes; que le seul qui le fût, étoit *Richard*; qu'ainsi la couronne lui appartenait, à l'exclusion des deux jeunes princes (étranglés dans la tour, mais sur la mort desquels on ne s'expliquoit pas). Il parut bientôt un vengeur de ces infortunés. Le duc de *Buckingham*, auquel il devoit en partie son trône, s'éleva ensuite contre *Richard III*; mais il fut arrêté et décapité. *Henri* comte de Richemont, le seul rejeton qui restât de la *Rose rouge*, parut après lui et fut plus heureux. Tout le pays de Galles dont ce jeune prince étoit originaire, s'arma en sa faveur. *Richard III* et *Richemont* combattirent à Bosworth le 22 août 1485. *Richard*, au fort de la bataille, mit la couronne en tête, croyant avertir par-là ses soldats qu'ils combattoient pour leur roi contre un rebelle; mais le lord *Stanley*, un de ses généraux, qui voyoit depuis longtemps avec horreur cette couronne usurpée par tant de meurtres, trahit son indigne maître, et passa avec un corps de troupes du côté de *Richemont*. Quand *Richard* vit la bataille désespérée, il se jeta en furieux au milieu de ses ennemis et y reçut une mort plus glorieuse qu'il ne méritoit. Cette journée mit fin aux désolations dont la *Rose rouge* et la *Rose blanche* avoient rempli l'Angleterre. Le comte de *Richemont* couronné sous le nom de Henri VII, réunit par son mariage les droits des maisons de Lancastre et d'Yorck. Richard III fut le dernier roi de la race des princes d'Yorck ou Plantagenet. Ce monarque avoit de l'esprit, de la valeur, de l'ambition; il étoit d'une dissimulation profonde, d'un secret impénétrable, d'une fermeté aussi supérieure aux revers qu'incapable d'inconstance. Mais ces qualités furent absolument effacées par ses crimes, les plus grands que l'Angleterre eût encore vus; toute accoutumée qu'elle y étoit. Cet usurpateur étoit venu au monde par une opération douloureuse faite au corps de sa mère: il en sortit par les pieds et avoit des dents en naissant. Sa figure étoit aussi laide que son ame; il avoit la taille petite et le dos contrefait. (Voyez PERKINS.) Thomas Morus qui a écrit son Histoire, le peint ainsi: « Il naquit sans foi, sans probité, sans principes, sans conscience, fourbe, hypocrite, dissimulé, et ne faisant jamais plus de caresses que quand il vouloit plus de mal. Cruel par férocité et par ambition; comptant pour rien la mort d'un homme dont la vie nuisoit à ses desseins. Brave au reste, mais propre à nourrir des factions et à en profiter; donnant son bien sans retenue pour réussir, et prenant aussi celui des autres sans se faire aucun scrupule. »
RICHARD, duc d'Yorck, Voyez ÉDOUARD V. et l'article précédent.
IV. RICHARD Ier, surnommé Sans-Peur, petit-fils de Rolon premier duc de Normandie, succéda l'an 942 à son père Guillaume Longue-Epée, à l'âge de dix ans. Échappé par l'heureuse adresse d'Osmond son gouverneur, des mains du roi Louis d'Outremer, qui le retenoit comme dans une prison à Laon, il sévit à la veille d'être dépouillé de ses états; mais Aigrold roi de Danemarck, et Hugues le Blanc comte de Paris, appelés à son secours, battirent les troupes Françoises et firent Louis IV prisonnier. Othon I roi de Germanie, et Thibaut comte de Blois, armés contre ce jeune prince; n'eurent pas un meilleur succès; ils furent défaits; le pays Chartrain fut pillé et sa capitale brûlée. Après la mort de Louis roi de France, le duc Richard fut un de ceux qui contribuèrent le plus à placer la couronne sur la tête de Hugues Capet son beau-frère. Il mourut en 996, à Fécamp dont il avoit fait bâtir l'église, très-regretté pour la douceur de son gouvernement. V. RICHARD II, dit le Bon, fils et successeur de Richard Ier duc de Normandie, régna jusqu'en 1027, époque de sa mort. Le commencement de son règne fut troublé par le soulèvement du peuple opprimé par l'orgueil et les vexations de la noblesse de son état. Il eut depuis à combattre plusieurs princes puissans: Guillaume comte de Hiesmes, son frère naturel qui refusoit de lui rendre hommage: le roi d'Angleterre qui étant descendu en Normandie, ramena à peine la moitié de ses gens dans son isle: enfin Eudes comte de Chartres et de Blois, jaloux de sa puissance. Celui-ci donna bientôt toute satisfaction au duc de Normandie, à la vue des troupes que Lagman et Olaüs rois de Suède Suède et de Danemarck, avoient amenées à son secours. *Richard II* eut pour successeur *Richard III* son fils, qui mourut un an après, non sans soupçon de poison.
RICHARD, abbé de Verdun, *Voyez IL HENRI* empereur, vers la fin.
VI. RICHARD DE SAINT-VICTOR, théologien Écossois, vint étudier à Paris, où il se fit chanoine régulier dans l'abbaye de Saint-Victor. Il fut prieur de ce monastère, et y mourut le 10 mars 1173, respecté pour ses vertus autant que pour ses lumières. On a de lui un grand nombre d'ouvrages, dans lesquels il raisonne avec justesse et avec méthode. La meilleure édition de ses *Œuvres* est de 1650, à Rouen, 2 vol. in-fol. Ses Traités théologiques sont exacts, et ses ouvrages ascétiques sont pleins des règles les plus sublimes de la vie intérieure. Ses Commentaires sur l'Écriture-Sainte sont un peu diffus, mais remplis de bonnes et solides explications.
VII. RICHARD D'ARMACH ou RADULPHE, nommé dans sa patrie *Fitz-Ralph*, né à Dundalke en Irlande, étudia à Oxford, y devint professeur en théologie, et gagna les bonnes graces d'*Edouard III* qui le fit successivement doyen de Litchfield, chancelier de l'université d'Oxford en 1333. Il devint ensuite archevêque d'Armach l'an 1347. Il soutint avec zèle la juridiction des évêques et des curés contre les religieux mendians. Ce théologien finit sa carrière en 1359, avec la réputation d'un homme profond dans le raisonnement et versé dans la lecture de l'Écriture- Sainte et des Pères. Ses principaux ouvrages sont : I. Plusieurs *Sermons*. II. Un écrit intitulé : *Defensio Curatorum adversis Mendicantes*, Paris, 1496, in-8° III. Un autre *De audientia Confessionum*. IV. Un *Traité curieux*, in-8°, Paris, 1512, contre les erreurs des Arminiens. L'auteur n'en est pourtant pas exempt lui-même : il incline quelquefois vers celles que *Wiclef* soutenait en ce temps.
VIII. RICHARD, (Martin) peintre, natif d'Anvers, mourut en 1636, âgé de 45 ans. Il se sentit du goût pour le paysage, et fit toutes les études nécessaires pour y réussir. On estimoit ses tableaux qu'il ornoit de belles fabriques. Le célèbre *Vandick* faisoit en particulier beaucoup de cas de ce maître, et voulut avoir son portrait. Un jour que *Richard* s'approcha des fortifications de Namur pour les dessiner, il fut arrêté comme espion ; mais il se fit connoître et obtint sa liberté. Ce qu'il y a de singulier dans ce peintre, c'est qu'il vint au monde avec le bras gauche seulement. — Son frère *David RICHARD* s'appliqua aussi à la peinture, mais non pas avec autant de succès.
IX. RICHARD, (Jean) bachelier en théologie, né à Paris, fut nommé à la cure de Triel, diocèse de Rouen. Après y avoir travaillé avec zèle pendant 18 ans, il fut arrêté et mis dans les prisons de l'officialité de Rouen, pour avoir écrit contre la signature du Formulaire. Il mourut à Paris en 1586, à l'âge de 65 ans. Il avoit permuté treize ans auparavant sa cure pour le prieuré d'Avoie près Chevreuse. *Richard* étoit un homme vertueux, mais opiniâtre. Il possédoit l'Écriture G g et les Pères. On a de lui plusieurs ouvrages qui furent lus dans le temps, mais qui ont été effacés par d'autres beaucoup meilleurs. I. *L'Agneau Pascal ou Explication des cérémonies* que les Juifs observent dans la manducation de l'Agneau de Pâques, appliquées dans un sens spirituel à la manducation de l'Agneau divin dans l'Eucharistie, in-8°, 1686. II. *Pratique de Piété* pour honorer J. C. dans l'Eucharistie, in-12, 1683. III. *Sentimens d'Erasme* conformes à ceux de l'Eglise Catholique, sur tous les points controversés. IV. *Aphorismes de controverse*, etc. X. RICHARD, (René) fils d'un notaire de Saumur, naquit en 1654. Il entra de bonne heure dans la congrégation de l'Oratoire, d'où il sortit ensuite, après avoir été employé dans les missions faites par ordre du roi dans les diocèses de Luçon et de la Rochelle. Il obtint un canonicat de Sainte-Opportune à Paris, où il mourut doyen de ce chapitre le 21 août 1727, à 73 ans. Il avoit eu le titre d'historiographe de France. L'abbé Richard étoit un homme singulier et la singularité de son caractère a passé dans ses écrits. Les principaux sont : I. *Parallèle du cardinal de Richelieu et du cardinal Mazarin*, Paris, 1704, in-12; réimprimé en 1716. Cet ouvrage péche en bien des endroits contre la vérité de l'histoire. L'auteur n'avoit ni l'esprit assez profond, ni le jugement assez solide, ni une assez grande connoissance des affaires, pour faire des parallèles justes. Il avoit promis cependant de comparer les deux derniers confesseurs de *Louis XIV*, la *Chaise* et le *Tellier*; les deux archevêques de Paris, *Harlai* et *Noailles*, et quelques-uns des ministres de *Louis XIV*. Il est heureux pour lui que ces ouvrages n'aient pas vu le jour. II. *Maximes Chrétiennes*, et le *Choix d'un bon Directeur*; ouvrages composés pour les Demoiselles de Saint-Cyr. III. *Vie de Jean-Antoine le Vacher* prêtre, instituteur des *Sœurs de l'Union Chrétienne*, in-12. IV. *Histoire de la Vie du P. Joseph du Tremblay* capucin, employé par *Louis XIII* dans les affaires d'état, in-12. L'abbé Richard peint dans cet ouvrage le P. Joseph comme un saint, tel qu'il auroit dû être; mais peu de temps après il en donna un autre portrait, dans le livre intitulé : *Le véritable Père Joseph, capucin*, contenant l'Histoire-anecdote du cardinal de Richelieu, à Saint-Jean de Maurienne, (Rouen) 1704, in-12; réimprimé en 1750, deux vol. in-12. Et pour se mieux déguiser, il fit une critique de cette Histoire, sous le titre : *Réponse* au livre intitulé ; *Le véritable Père Joseph*, in-12, avec le précédent. Le P. d'Avrigny n'a pas adopté en entier le jugement de l'abbé Richard sur le P. Joseph. « Pour en faire, dit-il, un fort mauvais religieux, il s'efforce de le représenter comme un grand politique. Il ne donne pas un coup de pinceau au capucin, qu'il ne défigure celui du cardinal (de Richelieu). Il semble que ce premier ministre n'ait pas formé un projet, concerté une alliance, conclu une ligue, sans l'instigation du P. Joseph. C'est ce Père qui le conduit dans ses entreprises, qui le soutient dans ses succès, qui l'affermit dans la mauvaise fortune, qui répare ses disgraces. C'est à ses vues qu'on doit l'alliance avec les Protestans d'Allemagne, et la ruine des Calvinistes en France. C'est à sa persuasion qu'on entreprend le siège de la Rochelle, et par ses soins qu'on en vient à bout. Sans lui Corbie seroit encore entre les mains des Espagnols, et le cardinal, long-temps avant sa mort, auroit quitté le gouvernail pour céder à l'orage dont il ne pouvoit soutenir la violence. A ce compte, l'auteur ne devoit pas se contenter d'appeler le P. Joseph, le bras droit du ministre; il en étoit la tête et le cœur; il étoit le ministre tout entier; l'autre n'en avoit que le masque. Mais il s'en faut bien que tous les historiens tiennent le même langage. Je ne dirai pas avec Larrey que ce religieux ne fut qu'un vil instrument du cardinal. Il lui rendoit des services considérables; il écoutoit les ambassadeurs; il déchiffroit les lettres; il dressoit les instructions; il veilloit sur les mécontents; en un mot, il ébauchoit les affaires, comme le dit Grotius dans une lettre à Oxenstiern; mais le cardinal de Richelieu mettoit la dernière main à tout. » V. Dissertation sur l'Indult, in-8.º VI. Traité des Pensions Royales, in-12.
XI. RICHARD, (Jean) né à Verdun en Lorraine, se fit recevoir avocat à Orléans; mais ce fut plutôt pour avoir un titre que pour en exercer les fonctions. Quoique laïque et marié, il choisit un genre d'occupation que l'on prend très-rarement dans cet état. Il se fit auteur et marchand de sermons. Il prêcha toute sa vie de son cabinet, ou du moins il eut le plaisir de s'entendre prêcher. On a de lui: I. Des Discours moraux, en 5 vol. in-12, en forme de Sermons, qui furent bientôt suivis de cinq autres en forme de Prônes, et de deux autres sur les Mystères de Notre-Seigneur et sur les Fêtes de la Vierge. II. Éloges historiques des Saints, 1716, 4 volumes in-12. III. Dictionnaire Moral ou la Science universelle de la Chaire, en 6 vol. in-8.º On trouve dans cet ouvrage, par ordre alphabétique, ce que les prédicateurs François, Espagnols, Italiens, Allemands, ont dit de plus curieux et de plus solide sur les différens sujets. IV. Il est l'éditeur des Sermons de Fromentière, des Prônes de Joly, des Discours de l'abbé Boileau. La vieillesse ne fut pas pour lui un temps de repos; il travailla jusqu'à sa mort arrivée en 1719, à 81 ans. Si nous jugeons de ses talens par ses ouvrages, on peut dire qu'il avoit plus de goût que de dispositions pour l'éloquence de la chaire. Ses Discours sont solides; mais ils manquent de chaleur et de pathétique.
XII. RICHARD, (Charles-Louis) religieux Bénédictin, né à Blainville en Lorraine au mois d'avril 1711, fut un écrivain laborieux, mais peu élégant. Le but de tous ses écrits est de défendre la religion; mais sa plume est souvent languissante et sans intérêt. On lui doit: I. Des Sermons, 4 vol. in-12. II. Dictionnaire des Sciences ecclésiastiques, 1765, 6 vol. in-fol. Cette énorme compilation offre un assez grand nombre de bons articles. III. Dissertation sur les Vœux, 1771, in-12. IV. Analyse des Concilés généraux et particuliers, 1772, 5 vol. in-4.º G g 2 V. *La Nature en contraste avec la Religion*, 1773, in-8.º VI. *Annales de la charité ou de la bienfaisance chrétienne*, 1785, 2 vol. in-12. VII. Un grand nombre d'*Opuscules* pour la défense du clergé et des religieux. *Richard* est mort dans ces dernières années.
RICHARDOT, (François) naquit en Franche-Comté, et se fit religieux Augustin dans le couvent de Champlite. Il devint ensuite professeur dans l'université de Besançon et succéda au cardinal de *Granvelle* dans l'évêché d'Arras en 1561. Il préserva son diocèse des erreurs des Protestans, parut avec éclat au concile de Trente, et eut beaucoup de part à l'érection de l'université de Douai. Sa mort arrivée en 1574, à 67 ans, fut digne des vertus qui avoient illustré sa vie. On a de lui : I. Des *Ordonnances Synodales*, Anvers, 1588. II. Un *Traité de Controverse*. III. Des *Sermons* en françois, traduits en latin par *François Schott* avocat de Saint-Omer, 1608, in-4.º IV. *Institution des Pasteurs*, Arras, 1562, et d'autres ouvrages. — Jean RICHARDOT son neveu, fut président au conseil d'Arras, puis du conseil privé à Bruxelles. Il se signala par sa fidélité et par sa capacité dans plusieurs négociations importantes; et sur-tout dans l'ambassade que l'archiduc *Albert* envoya au nom du roi d'Espagne à Vervins. Cet habile négociateur mourut en 1609. I. RICHARDSON, (Jean) théologien Anglican, natif de Chester, devint évêque d'Ardach en Irlande, et mourut en 1653. On a de lui des *Observations choisies* sur l'Ancien Tes- testament, in-folio, en anglois; qui péchent souvent contre leur titre.
II. RICHARDSON, (Samuel) célèbre romancier Anglois, né en 1689 en Derbyshire, fut long-temps imprimeur à Londres, et publia contre le ministère, divers pamphlets que lui fournissoit le parti de l'opposition. Il fut ensuite maître de la compagnie des papetiers, et s'occupa à déposer sur le papier ses propres productions. Né avec un génie contemplatif, il étudia les hommes et sut les pénétrer. Il aimoit la solitude et il ne se répandoit guère dans le monde que pour l'observer. Il étoit fort taciturne, et l'on prétend qu'il passa plusieurs années dans la société sans parler. Ses principaux ouvrages sont : I. *Paméla* ou *la Vertu récompensée*, traduit en françois en 4 vol. in-12. Ce roman, le premier fondement de la réputation de *Richardson*, n'offre que des événements simples, mais intéressants, qui pourroient servir à former les mœurs autant qu'à toucher l'âme, s'il n'étoit pas dangereux de mettre entre les mains des jeunes personnes les romans même les plus décens. II. *Lettres de Miss Clarisse Harlowe*, traduites en françois par l'abbé *Prévôt*, en 13 parties in-12, et par le *Tourneur*, en 14 vol. in-8.º C'est le chef-d'œuvre de l'auteur. Il suppose un grand fonds de morale, de sentiment et d'observation; mais les lecteurs François lui reprochent des longueurs. A la vérité ces détails qu'on trouve trop longs, sont vrais et pris dans la nature; ils font sortir les passions, et ils montrent des carac- lères dont la plupart sont nouveaux pour nous. III. *Histoire de Sir Charles Grandisson*, traduite encore en françois par l'abbé *Prévot*, 8 parties in-12. C'est sur un fond tout différent, la même variété des caractères, la même force d'événements et de conduite que dans *Clarisse*; mais ce sont aussi les mêmes défauts, du moins pour ceux qui n'aiment point qu'on alonge le récit des peines, des soins, des mouvements qui agitent les personnages d'un roman. Quant à ceux qui s'intéressent à ces détails, ils trouveront un grand peintre dans *Richardson*... « Les ouvrages de *Richardson*, dit *Diderot*, plairont plus ou moins à tout homme, dans tous les temps, dans tous les lieux; mais le nombre des lecteurs qui en sentiront tout le prix ne sera jamais grand : il faut un goût trop sévère. Et puis la variété des événements y est telle, les rapports y sont si multipliés, la conduite en est si compliquée ! il y a tant de choses préparées, tant d'autres sauvées, tant de personnages, tant de caractères ! A peine ai-je parcouru quelques pages de *Clarisse*, que je compte déjà quinze ou seize personnages; bientôt le nombre se double; il y en a jusqu'à quarante dans *Grandisson*; mais ce qui confond d'étonnement, c'est que chacun a ses idées, ses expressions, son ton; et que ces idées, ces expressions, ce ton varient selon les circonstances, les intérêts, les passions, comme on voit sur un même visage les physionomies diverses des passions se succéder. Un homme qui a du goût ne prendra point une lettre de Mad. *Norton*, pour la lettre d'une des tantes de *Cla-* *risse*; la lettre d'une tante pour celle d'une autre tante, ou de Mad. *Howe* pour un billet de Mad. *Harlowe*: quoiqu'il arrive que ces personnages soient dans la même position, dans les mêmes sentiments, relativement au même objet. Dans ce livre immortel, comme dans la nature au printemps, on ne trouve point deux feuilles qui soient d'un même vert. Quelle immense variété de nuances ! S'il est difficile à celui qui lit de les saisir, combien n'a-t-il pas été difficile à l'auteur de les trouver et de les peindre ! » *Voltaire* étoit bien éloigné de partager l'enthousiasme de *Diderot* pour les romans de *Richardson*. Il les trouvoit longs et insupportables. Il prétendoit « qu'ils n'avoient réussi que parce qu'ils excitent la curiosité du public à travers un fatras d'inutilités; et que si l'auteur avoit annoncé dès le commencement que *Clarisse* et *Paméla* aimoient leurs persécuteurs, tout étoit perdu. Le lecteur auroit jeté le livre. » En prenant un milieu entre *Diderot* et *Voltaire*, peut-être on auroit le véritable jugement qu'on doit porter des ouvrages de *Richardson*. Cet auteur fut enlevé par une apoplexie le 4 juin 1761. Il avoit été marié deux fois.
RICHE, (Claude-Antoine-Gaspard) médecin, né en 1762, étudia avec succès l'histoire naturelle, et aida *Vicq-Dazir* dans ses travaux. Embarqué avec *Entrecasteaux* pour aller à la recherche de la *Peyrouse*, il faillit dans la nouvelle Hollande à être victime de son zèle pour les découvertes. Voulant reconnoître la cause de plusieurs tourbillons de fumée qu'il appercevoit, il G g 3 s'égara et ne reparut qu'au bout de trois jours, exténué de faim, de fatigues, et prêt à être abandonné par ses camarades, qui avoient perdu l'espérance de le revoir. De retour en France, *Riche* y est mort le 16 août 1797, regretté des savans et d'un grand nombre d'amis.
RICHEBOURG, (Mad. la Grange de) donna au théâtre en 1732 deux comédies, intitulées le *Caprice de l'amour* et la *Dupe de soi-même*. Elle a traduit encore de l'espagnol plusieurs romans qui ont obtenu peu de succès : ce sont *Persile et Sigismonde*, les *Aventures de Flore et Blanchefleur*, celles de Dom *Ramire de Roxas*, etc.
RICHEBOURG, *Voyez BOURDOT.*
RICHELET, (César-Pierre) naquit en 1631 à Cheminon en Champagne, diocèse de Châlons-sur-Marne. La langue Françoise fut son étude principale. L'abbé d'Aubignac l'admit dans son académie en 1665. (*Voy. HÉDELIN.*) *Richelet* habitait la capitale depuis 1660, et il s'y fit recevoir avocat. Il quitta ensuite Paris et parcourut différentes villes de province. Son penchant pour la satire lui fit des ennemis partout. On prétend que lorsqu'il étoit à Grenoble, des gens mécontens de son esprit inquiet et brouillon, l'invitèrent un jour à souper chez un traiteur. Au sortir de table, sous prétexte de l'accompagner, ils le conduisirent à coups de canne jusqu'à la porte de France. L'officier qui ce jour-là étoit de garde, avoit le mot ; on baissa le pont-levis, et lorsque *Richelet* eut passé, on le releva : de manière qu'il fut obligé de faire cinq quarts de lieue pour gagner une maison, n'y ayant point alors de faubourg de ce côté-là. Il se retira tout furieux à Lyon, où il donna une nouvelle édition de son *Dictionnaire*, dans laquelle il dit « que les Normands seroient les plus méchantes gens du monde, s'il n'y avoit pas de Dauphinois. » Ce satirique mourut à Paris le 18 novembre 1698, à 67 ans. Nous avons de lui : I. *Dictionnaire François*, contenant l'explication des mots, plusieurs nouvelles remarques sur la Langue Françoise, les expressions propres, figurées et burlesques, etc. La première édition de cet ouvrage est de Genève, 1688, in-4°, (*Voy. FABRE.*) et la dernière est de Lyon, 1759, en 3 vol. in-fol. On la doit à l'abbé *Goujet*, qui a donné en même temps un *Abrégé* de ce dictionnaire en un volume in-8° ; réimprimé avec des augmentations en deux vol., par les soins de M. de *Wailli*. On a beaucoup blâmé l'orthographe de *Richelet* ; mais on a réprouvé avec encore plus de raison les inutilités et les grossièretés malignes dont son ouvrage fourmille. L'édition publiée par l'abbé *Goujet* est purgée des principales. Quelques curieux bizarres lui préfèrent la première, à cause des méchancetés qu'elle renferme. II. *Dictionnaire des Rimes*. La meilleure édition de cet ouvrage, qui ne fera jamais un poète, est celle de M. *Berthelin* en 1760, in-8°. L'éditeur l'a augmenté et mis dans un nouvel ordre. III. *Les plus belles Lettres des meilleurs auteurs François*, avec des notes. La meilleure édition de ce recueil très-médiocre, est celle de *Bru-* zen de la Martinière, en 1737, 2 vol. in-12. IV. Histoire de la Floride, écrite en espagnol par Garcias-Lasso de la Vega, traduite en françois, plusieurs fois réimprimée. La dernière édition est celle de Leyde, en 1731, in-8°, en 4 volumes avec figures. V. Quelques autres Ouvrages assez mal écrits, quoique l'auteur eût fait un Dictionnaire de la langue Françoise.
RICHELIEU, Voy. PLESSIS-RICHELIEU et WIGNEROD.
RICHEMOND, ( le Connétable de ) Voy. IV. ARTUS le Justicier et CHARLES VII.
RICHEMONT-BLANCHE-REAU, mort au milieu du dix-septième siècle, a donné au théâtre les Passions égarées et l'Espérance glorieuse, tragi-comédies, imprimées à Paris chez Collet en 1632.
RICHEOME, ( Louis ) Jésuite, né à Digne en Provence, joua un rôle important dans son ordre. Après avoir été deux fois provincial, il devint assistant général de France en 1598. Il mourut à Bordeaux le 15 septembre 1625, à 87 ans, avec une grande réputation de piété. On a de lui plusieurs Traités de controverse et des Ecrits Ascétiques et Théologiques, imprimés à Paris en 2 vol. in-fol... Voyez FLORIMOND ; et MALINGRE, n° III de ses ouvrages. I. RICHER, ( Edmond ) né à Chaource, diocèse de Langres, le 30 septembre 1560, vint achever ses études à Paris, et y fit sa licence avec distinction. Né avec un génie impétueux, il fut entraîné dans le parti de la Ligue. Il eut la hardiesse dans une de ses thèses, d'approuver l'action de Jacques Clément ; mais il revint bientôt de son erreur. Il prit le bonnet de docteur en 1590, et devint ensuite grand maître du collège du cardinal le Moine ; puis syndic de la faculté de théologie de Paris le 2 janvier 1608. Son zèle pour les anciennes maximes de ce corps éclata dans plusieurs occasions. Il s'éleva avec force en 1611 contre la thèse d'un Dominicain, qui soutenait l'infaillibilité du Pape et sa supériorité sur le Concile. Il publia la même année, in-4°, un petit écrit intitulé : De la Puissance ecclésiastique et politique, pour établir les principes sur lesquels il prétendait que la doctrine de l'Église de France et de la Sorbonne, touchant l'autorité du Concile général et du pape, étoit fondée. Ce petit livre souleva contre lui le nom et quelques docteurs. On voulut le faire déposer du syndicat, et faire anathématiser son livre par la faculté de théologie ; mais le parlement empêcha cette censure. Cependant le cardinal du Perron assembla à Paris huit évêques de sa province en 1612, et leur fit faire ce que la Sorbonne n'avoit pas fait. Richer interjeta appel, comme d'abus de cette censure, au parlement, et y fut reçu appelant ; mais la chose en demeura là. Son livre proscrit à Rome, le fut encore par l'archevêque d'Aix et par trois évêques de sa province, le 24 mai de la même année. On vit alors paroître de tous côtés une foule d'écrits pour le réfuter ; et Richer reçut un ordre exprès de la Cour de ne point écrire pour sa défense. Enfin l'animosité contre lui alla si loin, G g 4 ment avocat, conseiller, et enfin premier président de la cour des Aides en 1553. Il fut tué en 1572, à la Saint-Barthélemi. Il avoit de la netteté dans l'esprit, et beaucoup de cet esprit philosophique, si nécessaire dans un magistrat, et qui étoit si rare de son temps. Il prouva l'un et l'autre par ses *Commentaires de l'état de la Religion et de la République*, depuis 1556 jusqu'en 1561, in-8°, 1566. On a encore de lui quelques Livres de piété, comme l'*Excellence de l'Homme Chrétien*, 1581, in-12. A la tête se trouve une *Vie de la Place*, par P. de Faruace.
II. PLACE, (Josué de la) ministre Protestant à Nantes, ensuite professeur de théologie à Saumur où il mourut le 17 août 1655, à 59 ans, étoit d'une famille ancienne. Il épousa, en 1622, *Marie de Brissac*, de l'illustre maison des *Brissac*. Il avoit une opinion particulière sur l'imputation du péché d'*Adam*, qui fut condamnée dans un synode de France, sans que l'auteur eût été ouï. Ses *Œuvres* ont été réimprimées à Franeker en 1699 et en 1703, en deux tomes in-4°.
III. PLACE, (Pierre-Antoine de la) né à Calais en 1707, mort à Paris en 1793, âgé de plus de 80 ans, fut plusieurs fois député des états d'Artois. Cependant il cultiva moins les sciences relatives à l'administration, que les beaux arts. Il se fit d'abord connoître par la traduction du *Théâtre Anglois*, en 8 vol. in-12. Cet ouvrage fait sur le modèle du *Théâtre des Grecs* du P. Brumoi, mais moins bien écrit, fournit à quelques- uns de nos poètes dramatiques des plans, des situations, des caractères. Le traducteur n'a pas rendu servilement les originaux; il en a corrigé le plus souvent les irrégularités, et présenté plutôt des esquises que des tableaux mêmes. *La Place* a suivi la même méthode en traduisant divers romans Anglois, l'*Histoire de Tom Jones*; l'*Orpheline Angloise*; *Mémoires de Cécile*, etc., 1788, 8 vol. in-8°. Il les a élagués et en a fait disparaître les images ou les expressions basses et ridicules; mais tout en réformant les autres, il n'a pas assez veillé sur son propre style; le sien est quelquefois lâche et incorrect. On a encore de *la Place* des tragédies: *Venise sauvée*; *Jeanne d'Angleterre*; *Jeanne Gray*, *Calliste* et *Adèle de Ponthieu*; la première imitée d'*Otway*, est la seule qui ait eu quelques succès. Il y a de la chaleur tragique dans plusieurs scènes; et quoique la diction n'en soit pas fort élégante, elle a le mérite de ne s'éloigner ni de la vérité, ni du naturel; et elle n'est pas ridiculement emphatique comme celle de quelques-uns de nos dramaturges modernes. Les autres sont foibles d'intérêt, de conduite et de style. *La Place* devenu vieux, se jeta dans les compilations. Il donna: I. Un *Recueil d'Epitaphes*, 1783, 3 vol. in-12, qui à l'exception des vers, souvent très-plats, est entièrement copié dans ce *Dictionnaire*. II. Huit vol. in-12 de *Pièces intéressantes et peu connues*, qu'il auroit pu réduire à un seul s'il s'étoit borné à l'utile et à l'agréable. III. *Hermippus redivivus*, ou le *Triomphe du Sage* sur la vieillesse et le tombeau, Traduction de l'Anglois *Cobau-* que ses ennemis obtinrent du roi et de la reine régente, des lettres de jussion adressées à la faculté pour élire un autre syndic. *Richer* fit ses protestations, lut un écrit pour sa défense et se retira. On élut ensuite un autre syndic en 1612; et depuis ce temps les syndics de la faculté ont été élus de deux ans en deux ans, au lieu qu'ils étoient perpétuels auparavant. *Richer* cessa d'aller aux assemblées de la faculté, et se renferma dans la solitude, uniquement appliqué à l'étude. Mais ses ennemis lui ayant suscité plusieurs autres traverses, il fut enlevé et mis dans les prisons de Saint-Victor. Il auroit même été livré au pape, si le parlement et le chancelier de France ne l'eussent empêché, sur les plaintes de l'université. Il donna en 1620 une déclaration, à la sollicitation de la cour de Rome, par laquelle il protestoit qu'il étoit prêt de rendre raison des propositions de son livre *De la Puissance ecclésiastique et politique*, et de les expliquer en un sens orthodoxe. Il en donna même une seconde; mais tout cela ne satisfit point ses adversaires. Enfin il se vit obligé de faire réimprimer son livre en 1629, avec les preuves des propositions qu'il y avoit avancées et les deux déclarations qu'il avoit données. Le cardinal de *Richelieu* l'obligea d'en donner une troisième, qu'il signa dans la chambre du Père *Joseph*. Les partisans de *Richer* racontent l'histoire de cette rétractation d'une manière singulière, si elle est vraie. « Le cardinal de *Richelieu*, dit l'abbé *Racine*, résolut d'obtenir de *Richer* par la force, ce qu'il savoit bien qu'il ne pourroit avoir par la raison. *Duval* fut chargé d'am- mer *Richer* chez le Père *Joseph* Capucin, pour y dîner. Après qu'on fut levé de table, le Capucin fit entrer *Richer* dans une chambre avec *Duval*, et un notaire apostolique envoyé par le pape: on proposa la question de l'autorité du souverain pontife. *Richer* qui ne savoit pas que l'inconnu devant qui il parloit étoit un Italien et un notaire apostolique, exposa ses sentimens avec modération et clarté. Tout d'un coup le Père *Joseph* tira un papier qui contenoit une rétractation toute dressée. Il interrompit *Richer* en le lui montrant, et d'un ton de voix qu'il éleva extraordinairement pour servir de signal à des gens apostés et cachés, il lui dit: *C'est aujourd'hui qu'il faut mourir ou rétracter votre livre!* A ces mots on vit sortir de l'antichambre deux assassins qui se jetèrent sur ce vénérable vieillard, et qui le saisissant chacun par un bras lui présentèrent le poignard, l'un par devant, l'autre par derrière, tandis que le Père *Joseph* lui mit le papier sous la main et lui fit signer ce qu'il voulut, sans lui donner le temps ni de se reconnoître ni de lire le papier...» Cette violence inouïe, dont le fond et les circonstances ne paroissioient guère vraisemblables, avança, dit-on, sa mort: ce qui ne paroît pas plus certain, puisque sa dernière rétractation est de 1630, et qu'il ne mourut qu'à la fin de l'année suivante. Il finit sa carrière le 28 novembre 1631, dans sa 72e année. *Richer* étoit un homme qui à l'obstination des gens de son état, joignoit un caractère ferme et ardent. Vieilli sur les bancs, menant dès l'enfance une vie dure, il brava la cour, parce qu'il ne lui deman- doit rien et qu'il pouvoit se passer de tout. Il ne connut jamais les ménagemens, et ses mœurs austères rendirent encore son esprit plus inflexible. Nous avons de lui un grand nombre d'ouvrages, dans lesquels il montre beaucoup de critique, de discernement et de hardiesse à fronder les préjugés de l'école. Les principaux sont : I. *Vindiciæ doctrinæ majorum, de auctoritate Ecclesiæ in rebus fidei et morum*, Coloniæ, 1683, in-4.º II. *De Potestate Ecclesiæ in rebus temporalibus*, 1692, in-4.º III. *Une Apologie de Gerson*, avec une édition des Œuvres de ce célèbre chancelier de l'université de Paris; et dans l'édition du Traité de la *Puissance Ecclesiastique*, etc. de Cologne, 1701, 2 vol. in-4.º IV. *Une Histoire des Conciles généraux*, en latin, 3 vol. in-4.º V. Une ample *Défense* de sa doctrine et de sa conduite : on la trouve dans l'ouvrage qui fut la source de ses persécutions, édition de Cologne. VI. *L'Histoire de son Syndicat*, publiée en 1753, in-8.º VII. *Obstetrix animorum*, Leipzig, 1693, in-4.º, et quelques autres livres de Grammaire. VIII. *De optimo Academiæ statu*, in-8.º IX. Plusieurs manuscrits, dont le plus considérable consiste en de grands *Mémoires* sur l'Histoire de la faculté de théologie de Paris, que possédoit Dom *Louvara* lorsqu'il fut mis à la Bastille; mais on ignore ce qu'ils sont devenus, ainsi qu'un autre sur lequel l'abbé *Lenglet* a composé l'Histoire de la Pucelle d'Orléans.
II. RICHER, (Jean) libraire de Paris, mort en 1655, fut le premier rédacteur du *Mercure François*. C'est un Recueil de pièces rares et de relations qui ont paru depuis 1605 jusqu'en 1643, non-seulement en France, mais dans le reste de l'Europe et dans toutes les parties du monde, tant sur les affaires d'état que sur celles des particuliers. *Théophraste Renaudot* rédigea depuis l'an 1635 jusqu'en 1643, ce recueil intéressant; mais il n'avoit ni le discernement, ni l'exactitude du premier compilateur. Il ne donnoit pas d'ailleurs les pièces justificatives qui avoient fait rechercher les volumes précédens. Au reste, *Jean Richer* ne rédigea que le premier tome; *Etienne Richer* fit les autres jusqu'en 1635. *Jean* fut un des imprimeurs qui suivirent *Henri IV* à Tours. Il avoit pris pour devise un arbre verdoyant, avec ces mots sur une banderole : *Assez à qui se contente*.
III. RICHER, (Henri) né en 1685, à Longueil dans le pays de Caux, fut destiné par ses parens au barreau; mais les progrès qu'il y fit tenoient plutôt de la facilité de son esprit, que de son goût pour la jurisprudence. Un attrait plus puissant le tournoit vers la littérature et la poésie. Il vint à Paris et se livra entièrement à son goût. Il y mourut le 12 mars 1748, à 63 ans. Ce qui distinguoit *Richer* étoit une mémoire prodigieuse, qui lui rappeloit à l'instant les noms, les dates et les faits. Nous avons de lui : I. *Une Traduction* en vers des Églogues de *Virgile*, 1717, in-12; et réimprimée en 1736 avec une *Vie* de ce poète, qui est assez bien faite. Sa version est fidelle, mais elle est foible et sans colosis. II. *Un Recueil de* *Fables*, dont la dernière édition est de 1748, in-12. Quoiqu'elles n'aient ni la finesse enjouée de celles de la *Fontaine*, ni le badinage ingénieux et philosophique de celles de la *Mothe*, elles ont été reçues avec applaudissement. En général l'invention n'en est pas heureuse; la morale n'y est ni vive ni frappante; le style en est froid, monotone et sans imagination: mais elles sont recommandables par la simplicité et la netteté du langage. III. Les huit premières *Héroïdes d'Ovide*, mises en vers françois, 1743, in-12. L'auteur a joint à sa version quelques autres poésies. IV. La *Vie de Mécénas*, en 1746, in-12, avec des notes: on y trouve des recherches et de l'érudition. V. Deux *Tragédies*: *Sabinus*, pièce conduite avec art et pleine d'intérêt, mais dont la versification manque de chaleur et de vie; et *Coriolan*, qui n'a pas été représenté.
IV. RICHER D'AUBE, (François) né à Rouen, avoit été intendant de Caen et de Soissons. Il étoit neveu à la mode de Bretagne, de *Fontenelle* avec qui il demeuroit. S'il avoit de l'esprit et des connoissances, c'étoit un tour d'esprit absolument différent de celui de son oncle, à qui il ressembloit encore moins par le caractère. Il étoit haut, dur, colère, contredisant, pédant; bon-homme néanmoins, officieux même et généreux. Nous avons de lui un livre intitulé: *Essai sur les principes du Droit et de la Morale*, Paris, 1743, in-4.º Quoique cet ouvrage ne renferme rien de neuf ni de bien approfondi, l'auteur prétendoit que *Montesquieu* y avoit puisé une partie de son *Esprit des Lois*. Ce savant mourut à Paris en octobre 1752, à 63 ans. V. RICHER, (N.) mort en 1696, fut membre de l'académie des Sciences, dans la classe de mathématiques. Il fut envoyé par cette compagnie à Caïenne, où il arriva en 1672, et y fit des observations exactes sur la parallaxe du soleil, de la lune et des autres planètes, et sur l'obliquité de l'écliptique. Ce savant astronome fut le premier qui observa le raccourcissement du pendule. Ce phénomène vérifié, fournit à *Newton* et à *Huyghens* la preuve la plus convaincante de l'aplatissement de la terre, et a servi à en déterminer positivement la forme.
RICHIER DE BELLEVAL, (Pierre) né en 1558 à Châlons en Champagne, se livra de bonne heure à l'exercice de la médecine. Voyageant dans le midi de la France, et arrivé à Pézenas au moment d'une contagion, il rendit de si grands services aux habitants de cette ville, que le connétable de *Montmorency* le prit en amitié, et le fit nommer par *Henri IV*, professeur de botanique et d'anatomie dans l'université de Montpellier. Ce goût impérieux pour une science qui caractérise l'homme supérieur et destiné à en étendre les limites, lui fit cultiver avec passion la botanique; et c'est à lui qu'on doit la fondation du jardin des plantes de Montpellier, antérieur à celui de Paris, et le premier qu'on ait vu en France. *Belleval* ne cessa de l'enrichir, et de s'occuper de tout ce qui pouvoit le rendre ou plus curieux ou plus utile. Il fit plusieurs voyages dans les Cévennes, à l'Espérou, sur les bords de la mer; il envoya des élèves dans toutes les parties du Languedoc, de la Provence et du Dauphiné; en même temps des graveurs entretenus à ses frais, travailloient sous ses yeux à conserver le fruit de ses travaux et de ses courses. Son zèle et ses découvertes l'ont fait regarder comme le restaurateur de la botanique en France. L'examen de la corolle et du fruit dans les plantes dont *Belleval* s'est beaucoup occupé, sembleroit prouver que le célèbre *Tournefort* lui doit sa méthode; mais d'un autre côté, le soin que *Belleval* apportoit à observer les racines, son attention scrupuleuse à ne rien omettre sur cet organe essentiel des végétaux, portent à croire qu'il avoit un autre plan que le premier. *Loesel*, célèbre botaniste qui fit pour la Prusse ce que *Belleval* avoit fait pour le Languedoc, fut l'élève de ce dernier. Dans les troubles qui suivirent la mort de *Henri IV*, une rebellion survenue à Montpellier, en détruisit les faubourgs et le jardin de botanique. Malgré son grand âge et sans se laisser abattre par les événemens, *Belleval* sollicita des secours pour renouveler son établissement, avec la même ardeur qu'il avoit mise à le former. La lenteur qu'on mettoit à les lui fournir ne pouvant se concilier avec son activité, *Belleval* n'écouta que son désintéressement, n'hésita pas à faire une avance de cent mille livres, somme considérable pour le temps. Il termina sa carrière en 1632, âgé d'environ 74 ans. Il avoit légué à son neveu le soin de publier ses manuscrits; mais celui-ci n'a pas rempli ses intentions. M. *Amoreux* a été plus juste, en rappelant la mémoire de ce botaniste célèbre, dans ses *Recherches* sur la vie et les écrits de *Richier*, 1786, in-8°, et M. *Broussonet* a fourni les fonds d'un prix qu'a décerné l'académie de Montpellier à l'éloge de ce dernier. Les témoignages d'estime que lui ont donné *Tournefort*, *Boerhaave*, *Haller et Linné*, assurent sa gloire. Le seul ouvrage qu'il ait publié a pour titre: *Onomatologia*, 1598. C'est un simple catalogue alphabétique des plantes indigènes ou exotiques que l'auteur avoit placées dans le jardin de Montpellier. Il est précédé d'une dédicace à *Henri IV*, contenant le détail des travaux de l'auteur, et dans laquelle il annonce que dès qu'il aura fini ses herborisations des Pyrénées, il publiera les descriptions et les usages des plantes dont il ne publie encore que le catalogue. Pour donner en même temps une idée de sa méthode, il joint à son écrit la description de cinq plantes, très-propre à donner l'opinion la plus avantageuse du reste de son travail, qui renfermoit cinq cents plantes. Un heureux hasard a fait tomber entre les mains du docteur *Gilbert* de Lyon, les cuivres des dessins qu'avoit fait graver *Belleval*, et il en a publié la collection en 2 vol. in-4°, qui font suite aux *Démonstrations élémentaires de Botanique*, Lyon, 1796, in-8°, 4 vol. *Bruyset* qui en est l'éditeur, a fait précéder cet important ouvrage, d'une notice historique très bien écrite, sur l'auteur qu'il fait connoître. Une discussion critique accompagne la figure de chaque plante. Le dessin en est exact, mais un peu dur et roide, *Belleval* a été le premier botaniste qui ait fait graver sur cuivre; et ses figures ont conservé le style de celles que les autres auteurs avant lui avoient fait graver en bois. *Scopoli* a consacré un genre à la mémoire de *Belleval*, sous le nom de *Bellevalia*; et *Brugnière* lui en a dédié un autre, découvert à Madagascar, sous le nom de *Richieria*.
RICHIEUD, *Voyez Mouvans*.
RICHMANN, professeur de physique en Russie, donna un nouveau degré d'évidence aux expériences de l'électricité faites en Amérique par *Franklin*, en France par *Buffon* et d'*Alibard*, à Turin par le P. *Beccaria*; il avoit fait dresser une barre de fer très — élevée qui s'électrissa dans un moment d'orage. *Richmann* voulut soutirer le fluide, et périt, en 1753 par la commotion de la foudre, victime de son expérience. Il devoit être et il fut regretté de tous les amis des sciences.
RICIMER, patrice et général Romain, vivoit dans le cinquième siècle; il étoit né en Souabe et avoit été élevé aux premières dignités de l'empire. Aucun particulier n'y avoit plus de crédit et d'autorité que lui. Il s'en prévalut pour se jouer des empereurs, qu'il faisoit et défaisoit à son gré. Il ne tenoit qu'à lui de prendre la pourpre; mais il craignoit que la qualité d'étranger ne le rendit odieux. Après avoir assassiné l'empereur *Majorien* l'an 461, il fit proclamer à Ravenne *Libius Severus*, sans se mettre en peine du consentement de l'empereur d'O- rient. Les Vandales d'Afrique qui descendirent en Sicile, en furent chassés, et les Alains qui étoient entrés en Italie, furent entièrement défaits par *Ricimer*. *Libius Severus* mourut l'an 464, et *Ricimer* continua à disposer de toutes choses en Italie et la défendit de son mieux contre les Vandales. *Anthemius* nouvel empereur, lui donna sa fille en mariage, mais *Ricimer* se brouilla avec lui, le prit dans Rome et le fit mourir l'an 472.
RICIUS, (Paul) Juif converti, florissoit au XVIe siècle. Il étoit Allemand, et enseigna la philosophie à Pavie avec beaucoup de réputation. L'empereur *Maximilien* le mit au nombre de ses médecins; mais ce ne fut pas de ce côté-là qu'il se distingua. Il dut sa principale gloire à son érudition. Quoiqu'on ait donné de grands éloges à sa politesse et à sa modération, il se fit plusieurs adversaires, entr'autres *Jean Echius*. Le sujet de leur dispute étoit: *Si les Cieux étoient animés?*. *Ricius* qui tenoit pour l'affirmative, avança à ce sujet des sentimens qui le firent passer pour un esprit singulier. On a de lui un grand nombre d'ouvrages contre les Juifs et sur d'autres matières. I. *De cælestii Agricultural*, Basle, 1587, infolio. *Erasme* en parle avec éloge dans une de ses Épîtres. II. *Talmudica Commentariola*, Augsbourg, 1510, in-4.º III. *De LXXIII Mosaicæ Sanctionis Edictis*, Augsbourg, 1515, in-4.º IV. Une *Harangue* pour animer les Allemands à entreprendre la guerre contre ses anciens confrères; production indigne d'un philosophe et d'un Chrétien.
RICOBONI, (Antoine) *Ricobonus*, né à Rovigo en 1541, étudia les belles — lettres sous *Paul Manuce*, sous *Sigonius* et sous *Muret*, et les enseigna dans sa patrie avec réputation. Appelé à Padoue pour être professeur d'éloquence, il s'en acquitta avec succès pendant trente ans, et y mourut en 1599, à 58 ans. On a dé lui : I. Des *Commentaires historiques*, avec des fragmens des anciens historiens. II. Des *Commentaires* sur les *Oraisons* et sur quelques autres ouvrages de *Cicéron*. III. Une *Rhétorique*, 1595, in-8°. IV. Des *Commentaires* sur la *Rhétorique*, sur la *Poétique* et la *Morale d'Aristote*, in-4°. V. L'*Histoire de l'Université de Padoue*, Paris, 1592, in-4°, et quelques autres ouvrages. Ils sont tous écrits assez purement en latin.
RICOBONI, *Voyez* RICCOBONI. I. RIDLEY, (Nicolas) né dans le Northumberland près de Cambridge, fut élevé, sous le règne d'*Edouard VI*, à l'évêché de Rochester, puis à celui de Londres. Mais, à l'avènement de la reine *Marie* à la couronne, on lui fit un crime de son attachement au Protestantisme dont il étoit un des plus fermes soutiens. Il fut déposé et brûlé à Oxford, le 16 octobre 1555. On a de lui un traité *De Cend Dominica*, et quelques autres livres contre la religion Catholique.
II. RIDLEY, (Thomas) jurisconsulte, né à Eli en Angleterre, mort en 1628, est auteur d'une *Idée des Lois Civiles et Ecclésiastiques*; ouvrage savant.
RIDOLFI, (Charles) auteur Vénitien du XVI$^{e}$ siècle, à qui l'on doit une *Vie* en italien de *Jacques Robusti* dit *Tintoret*. Cet ouvrage est estimé. Nous avons encore de lui, une *Histoire des Peintres Vénitiens*, réimprimée avec des portraits, à Venise, 1648, en 2 vol. in-4° : c'est là meilleure édition.
RIDOLFO-FIORAVENTI, *Voy.* ALBERTI, n.º V.
RIEDESEL, (le baron de) Prussien, mort ambassadeur à Vienne en 1785, à 45 ans, a publié en allemand un *Voyage de la grande Grèce*, estimé des savans.
RIEGELS, gouverneur des pages de la cour de Copenhague, a publié la meilleure *Histoire de Danemark* qui soit connue. Il est mort en 1802, dans sa 74$^{e}$ année.
RIENZI, *Voyez* GABRINO. I. RIEUX, (Jean de) maréchal de France, d'une famille qui remonte au 13$^{e}$ siècle, fit ses premières armes dans l'armée Angloise, par le secours de laquelle *Pierre le Cruel* roi de Castille reconquit une partie de son royaume. Il s'attacha depuis à la France et servit glorieusement sous *Charles VI*. Nommé maréchal de France en 1397, il défit les Anglois qui ravageoient la Bretagne en 1404. Des intrigues de cour le firent suspendre des fonctions de sa charge en 1411, sans cependant en être destitué, comme le disent la plupart des écrivains ; mais il fut rétabli l'année d'après. Las des vicissitudes de la vie de courtisan, et accablé du poids des an- nées, il se démit de sa dignité, le 12 août 1417, en faveur de son fils qui suit, et se retira dans ses terres, où il mourut le 7 septembre de la même année, âgé de 75 ans.
II. RIEUX, (Pierre de) seigneur de Rochefort, fils du précédent, fut fait maréchal de France en 1417, à la place de son père. Destitué en 1418 par la faction Bourguignonne, il se jeta dans le parti du dauphin, (depuis Charles VII) qu'il servit avec succès. Il défendit la ville de Saint-Denis contre les Anglois en 1435, reprit sur eux Dieppe, et leur fit lever, en 1437, le siège de Harfleur. Mais comme il revenoit triomphant de cette expédition à Paris, Guillaume Flavi capitaine de Compiegne, dévoué aux Anglois, l'arrêta et le tint dans une prison de cette ville, où il mourut de misère l'an 1436.
III. RIEUX, (Jean de) petit-neveu du précédent, né en 1447, suivit François duc de Bretagne, l'an 1464, dans la guerre du Bien public. Il fut fait maréchal de Bretagne en 1470, et lieutenant général des armées du duché en 1472. Les favoris du duc François le forcèrent à se joindre aux mécontents en 1484; mais étant rentré dans le devoir, ce prince le nomma tuteur de sa fille Anne de Bretagne. Également propre à combattre et à négocier, il conclut le mariage de la princesse avec Charles VIII. Il suivit ce monarque à la guerre de Naples, où il donna des preuves signalées de sa valeur. Louis XII l'envoya depuis commander en Roussillon: il y mourut en 1518, à 71 ans, d'une maladie qu'il avoit contractée au siège de Salces. Sa postérité subsiste avec honneur. Les biens de la branche ainée de la maison de Rieux sont entrés dans la maison de Lorraine établie en France.
IV. RIEUX, (Renée de) de la même famille que les précédents, devint à 14 ans fille d'honneur de la reine Catherine de Médicis. Les charmes de sa figure et la douceur de son entretien, la firent surnommer la belle Châteauneuf. Le duc d'Anjou, depuis Henri III, éperdument amoureux d'elle, employa souvent la muse du poète Desportes pour lui exprimer sa passion, et il lui adressa entr'autres ces vers: Cheveux crespés et blonds, nonchalamment épars, Dont le vainqueur des Dieux s'emprisonne et se lie, Front de marbre vivant, table claire et polie, Où les petits Amours vont aiguiser leurs dards; Épais monceau de neige aveuglant les regards, Pour qui de tout objet mon cœur se désalifie; Yeux pleurant à la fois tant d'aise et de martyre, Souris par qui l'Amour entretient son empire, Voix, dont le son demeure au cœur si longuement, Esprit, par qui le fer de notre âge se dore, Beautés, graces, discours, qui m'allez transformant, Las ! connoissez-vous point combien je vous adore? Après avoir épousé un Florentin nommé Antinotti, Mlle de Rieux le tua de sa main, l'ayant surpris en adultère; son second mari *Altoviti* baron de *Castellane*, liqueur furieux, périt en 1586, sous les coups de *Henri* d'Angoulême gouverneur de Provence.
RIER, (Du) *Voyez* RYER.
RIEZ, (Mabille de) *Voyez* JOURDAN. R I G A, (Pierre de) natif de Vendôme, d'abord chanoine et chantre de la métropole de Rheims, abandonna ces emplois pour se faire chanoine régulier de Saint-Denis dans la même ville, et mourut en 1209. Nous avons de lui un poème intitulé: *Aurora*, publié par D. George Galopin moine de Saint-Guislain. C'est un abrégé de la Bible en vers élégiaques, assez bien faits pour le temps de l'auteur. (*Voyez* Oudin, *De Scriptoribus Ecclesiæ antiquæ*, tom. 2.)
RIGANTI, (Jean-Baptiste) né à Melfi dans le royaume de Naples, l'an 1661, étudia en droit à Rome en 1675, et y fit tant de progrès, qu'à l'âge de 22 ans, le célèbre *Bandinus Panciaticus* cardinal prodataire le prit pour son auditeur, emploi qu'il remplit avec honneur pendant trente-cinq ans. Sa science et ses vertus lui méritèrent l'estime et la confiance de plusieurs cardinaux et des savans, entre autres du cardinal *Lambertini*, depuis pape sous le nom de *Benoit XIV* qui honoroit souvent *Riganti* de ses visites. Ce savant jurisconsulte mourut à Rome le 17 janvier 1735. Il avoit laissé des *Commentaires sur les règles de la Chancellerie Apostolique*, qui ont été publiés avec des notes par *Nicolas* et *Jean-Baptiste Riganti* ses neveux, Rome, 1745, Cologne, 1751, 4 vol. in-fol. R I G A U D, (Hyacinthe) peintre, né à Perpignan le 25 juillet 1663, a été nommé avec justice le *Vandyck* de la France. Aucun peintre ne l'a surpassé pour le portrait. Les souverains, les grands et les seigneurs étrangers, les célèbres artistes et les savans, ont emprunté son pinceau pour faire revivre leurs traits après leur mort. Dans le cours de sa longue et brillante carrière, il peignit cinq monarques et tous les princes du sang royal de France. Le *Muséum* de Versailles offre maintenant les portraits de le *Brun*, de *Mansard* et de *Mignard* par lui. La ville de Perpignan sa patrie, qui jouissoit depuis 1479 du privilège de faire tous les ans un *Noble*, voulut donner à son concitoyen une marque éclatante de son estime, en le nommant. *Louis XV* ajouta à cet honneur, en lui donnant de nouvelles lettres de noblesse, le cordon de Saint-Michel et des pensions. *Rigaud* parvint aussi à la place de directeur de l'académie de Peinture, qui le perdit en 1743. Il mourut à Paris le 29 décembre, à 80 ans. Ce maître a composé quelques tableaux d'histoire, mais en petit nombre. Il consultoit toujours la nature avec discernement et avec choix; il a peint les étoffes avec un art qui va jusqu'à séduire les spectateurs. Ses couleurs et ses teintes sont d'une vivacité et d'une fraîcheur admirables; ses ouvrages sont finis sans être peinés. Ses *Portraits* frappent pour la ressemblance. Quoiqu'il eût l'esprit naturellement très-galant, il n'aimoit pas à peindre de préférence les femmes. *Si je les représente telles qu'elles sont*, disoit-il, *elles ne se trouvent pas assez belles; si je les flatte trop, elles ne sont pas ressemblantes*. Les laides redoutoient son pinceau. Un jour qu'il peignoit une Dame, il s'aperçut qu'elle faisoit tous ses efforts pour rendre sa bouche plus petite. Elle mettoit ses lèvres dans la plus violente contraction. *Rigaud*, impatienté de ce manège, lui dit: *Mais ne vous génez pas, Madame! cessez de tant fermer la bouche; pour peu que vous le desiriez, je n'en mettrai pas du tout*. Un autre Dame se plaignoit de ce qu'il n'employoit pas d'assez belles couleurs pour peindre le coloris de joues, qui étoit pourtant emprunté. *Mon vermillon*, lui répondit Rigaud, *ne peut être mauvais, puisque nous l'achetons chez le même marchand*. Il excelloit sur tout à peindre les mains, qui sont d'une beauté au-delà de toute expression. On lui reproche d'avoir mis trop de fracas dans ses draperies, ce qui détourne l'attention due à la tête du portrait; et l'on remarque dans plusieurs tableaux de ses derniers temps, des contours secs, et un ton de couleur qui tire sur le violet... Un hasard singulier fut l'occasion de son mariage. Une Dame avoit envoyé son domestique pour avertir un peintre de venir mettre son plancher en couleur. On s'adressa à *Rigaud* qui charmé de cette méprise dont il voulut s'amuser, promit de se rendre à l'heure et dans la maison qu'on lui indiqua. Il y fut en effet; mais la Dame voyant un homme de bonne mine, superbement habillé, s'excusa sur la sottise de son laquais, plaisanta, et fit beaucoup d'accueil à *Rigaud*. Celui-ci ne demeura point insensible; il vint revoir cette Dame; les deux parties se plurent: enfin le mariage se fit et fut des plus heureux... On a beaucoup gravé d'après cet artiste.
**RIGAULT**, (Nicolas) né à Paris en 1577, d'un père médecin, fit ses études avec beaucoup de distinction chez les Jésuites, qui tentèrent inutilement de le faire entrer dans leur société. Son *Funus Parasiticum*, pièce satirique contre les parasites, plut tellement au président de *Thou* qu'il l'associa à ses études. Ce magistrat lui confia ensuite l'éducation de ses fils. *Rigault* embrassa d'abord la profession d'avocat, mais il l'exerça sans succès. L'étude des belles-lettres lui fit négliger le barreau, pour lequel il avoit d'ailleurs aussi peu de talent que de goût. Le savant *Casaubon*, chargé de mettre en ordre la bibliothèque du roi, s'étant retiré en Angleterre, *Rigault* qui avoit eu part à ses travaux, le remplaça. Le roi content de ses services, le nomma procureur général de la chambre souveraine de Nanci, ensuite conseiller au parlement de Metz, enfin intendant de cette province. Il mourut à Toul en août 1654, à 77 ans. La bonté de son caractère, généreux et bienfaisant, son application à l'étude, sa modestie, contribuèrent autant à sa réputation que ses ouvrages. Les principaux sont: I. Des *Editions de Saint-Cyprien*, 1648, in-folio; de *Tertullien*, 1664, in-folio; et de *Minutius Felix*, 1643, enrichies d'observations, de corrections et de notes fort utiles. Il prétendit prouver dans une de ses remarques sur *Tertullien*, que « les laïques ont droit de consacrer l'Eucharistie en cas de nécessité, lorsqu'ils ne peuvent recourir aux ministres ordinaires de l'Eglise. » Le savant *l'Aubespine* lui prouva la fausseté de cette assertion, et *Rigault* se rétracta. Il avoit d'autres sentimens peu favorables à la croyance de l'Eglise Romaine; et il remarquoit avec trop de soin, dans les anciens, tout ce qui pouvoit paroître contraire à cette croyance. II. Quelques *Traductions* d'Auteurs Grecs, sans élégance et sans correction. Ces auteurs sont : *Onosander*, (*De Imperatoris institutione*) 1600, in-4°... *Artemidore*, (*De divinatione per somnia*) 1603, in-4° III. Des *Notes* et des *Corrections* sur plusieurs Auteurs Grecs et Latins : sur *Phèdre*, sur *Julien*, sur les Ecrivains *De re Agrarid*, à Amsterdam, 1674, in-4° IV. Une continuation de l'*Histoire du Président de Thou*, en 3 livres, indigne de cet illustre historien, du moins pour l'élégance du style. On n'a pas laissé de la traduire en françois, et de l'insérer dans le xv° volume de la version de cette Histoire, imprimée en 1744. V. *De Verbis quæ in Novellis Constitutionibus post Justinianum occurrunt, Glossarium*, en 1601, in-4° VI. *De la prélation et retenue féodale*, en 1612, in-4° VII. *Diatriba de Satirà Juvenalis*, dans l'édition de ce poète, donnée par *Robert Etienne* à Paris, en 1616, in-12. VIII. *De lege Venditionis dictà, Observa* Tome X. *vatio duplex*, à Toul, en 1643 et 1644, in-4° IX. *Funus Parasiticum*, 1601, in-4° X. *Auctores finium regundorum*, Paris, 1614, in-4° XI. *Observatio ad Constitutionem regiam anni* 1643. XII. *De modo fœnori proposito*, en 1645. XIII. *Observatio de pa-bulis fundis*, etc. à Toul, en 1651, in-4°
RIGOLEY DE JUVIGNY, (Jean-Antoine) d'abord avocat au parlement de Paris sa patrie, mourut dans cette ville le 21 février 1788, avec les titres de conseiller honoraire du parlement de Metz et de membre de l'académie de Dijon. La littérature l'occupa plus que la jurisprudence, quoiqu'il ne négligeât point celle-ci. Son *Mémoire pour l'Ane de Fréron*, excellente plaisanterie insérée dans le tome second des *Causes amusantes*, est la preuve d'un esprit éclairé et agréable. On a encore de lui des *Mémoires historiques* sur la vie et les ouvrages de *Bernard de la Monnoye*, pleins de recherches curieuses à la tête de la nouvelle édition, in-4°, 2 vol. II. *Bibliothèques Françoises de la Croix du Maine* et de *Duverdier de Vauprivas... Voyez* les articles de ces deux auteurs. Cette édition est remarquable par un *Discours sur les progrès des Lettres en France*; bien pensé et bien écrit. III. *Œuvres complètes de Piron*, avec la Vie de ce poète, auquel il rendit un assez mauvais service en publiant indistinctement tout ce qu'il avoit enfanté de bon, de médiocre et de mauvais pendant sa longue carrière. IV. *De la Décadence des Lettres et des Mœurs*, in-8° Il attribue cette décadence à l'abus qu'on H h zen, 1789, 2 vol. in-8.º IV. Le *Valère-Maxime* François, pour servir à l'éducation de la jeunesse, 1792, 2 vol. in-8.º *La Place* eut pendant quelques années la direction du *Mercure* de France. Aimant la table, parlant facilement et ayant l'esprit de société, quoiqu'il fût quelquefois hargneux, il eut beaucoup d'amis, ou du moins de connaissances qui le servirent auprès de Mad. de *Pompadour*; ce fut par son crédit qu'il obtint le privilège de ce Journal.
PLACENTIN, célèbre jurisconsulte, maître d'*Azon Portius*, eut une telle réputation dans le 12$^{e}$ siècle, que l'université de Montpellier, pour conserver la mémoire de l'un et de l'autre, a fait graver leur effigie sur des plaques d'argent que portent les bedeaux. (*Tabl. Hist. des Gens de Lettres*, liv. XIII.)
PLACENTIUS ou PLAISANT, (Jean-Léon) né à Saint-Trond petite ville de la principauté de Liège, entra dans l'ordre de Saint-Dominique, et passa la plus grande partie de sa vie à Maestricht où on croit qu'il mourut vers l'an 1548. On a de lui: I. *Catalogus antistitum Leodiensium*, Anvers, 1529, et Amsterdam, 1633, in-24. C'est un Abrégé historique des évêques de Tongres et de Liège, jusqu'à *Erard de la Marck*. L'auteur trop crédule adopte toutes les fables qu'il a trouvées dans les anciennes chroniques. II. Son poème teutogramme de 253 vers, intitulé: *Pugna Porcorum*, a été imprimé pour la première fois à Louvain, en 1546, et réimprimé en 1644 dans le recueil qui a pour titre: *Nugæ venales*, in-12: tous les mots de ce Poème commencent par un P. L'auteur s'y cacha sous le nom de *Publius Porcius*, et le style est digne des héros qu'il avoit choisis. Le titre offre ces deux vers qui peuvent faire juger de toute la pièce: *Perlege porcorum pulcherrima pralla, potor,* *Potando poteris placidam proferre poesim.* Les deux. Préfaces, l'une en prose, l'autre en vers, n'ont que des mots qui commencent par la même lettre. L'auteur finit son Poème par ce vers où il paroît demander l'aumône au Prince évêque de Liège. *Pensa pauperlem, princeps praelare, poeta.* Il n'est pas le premier auteur qui se soit amusé aux fadaises des vers lettrisés. Sous *Charles le Chauve*, un *UBALDUS* Bénédictin, fit un pareil Poème en l'honneur des Chauves, dont tous les mots commençoient par un C. Ils ont été imprimés ensemble à Louvain, en 1546.
PLACETTE, (Jean de la) né à Pontac en Béarn l'an 1639, d'un ministre qui l'éleva avec soin, exerça le ministère en France dès l'an 1660. Mais après la révocation de l'édit de Nantes, en 1685, il se retira en Danemarck où il demeura jusqu'à la mort de la reine arrivée en 1711. Cette princesse instruite de son mérite, l'avoit appelé auprès d'elle. *La Placette* passa de Danemarck en Hollande. Il se fixa d'abord à la Haye, puis à Utrecht où il mourut le 25 avril 1718, à 81 ans. On a de lui un grand nombre d'ouvrages de morale, qui l'ont fait regarder comme le 482 RIG a fait du bel esprit et de la philosophie ; il réclame les droits de la raison et du goût, avec un zèle que quelques sages du jour trouvèrent trop vif, mais que les travers du siècle avoient rendu nécessaire. Ce livre écrit avec noblesse et quelquefois avec force, ne l'est pas toujours avec assez de feu, de profondeur et de précision. Partisan déclaré des anciens dont il sentoit les beautés, il fut accusé d'avoir été trop rigoureux à l'égard de *Voltaire* et de plusieurs auteurs modernes, et d'avoir un goût plus sévère que délicat.
RIGORD ou RIGOLD, né dans la Gothie, (aujourd'hui le *Languedoc*) étoit médecin, historiographe du roi de France, et le moindre des clercs de l'abbaye de Saint-Denis. Ce sont les titres qu'il se donne à la tête de son ouvrage. Il mourut au commencement du 13e siècle le 19 novembre. Il a écrit en latin la *Vie de Philippe-Auguste* dont il fut médecin. Ce livre qui comprend l'intervalle de 1169 à 1209, sous ce titre : *Gesta Philippi-Augusti, Francorum regis*, se trouve dans la Collection de *Duchesne*, tome 3e. Il est estimé parce que l'auteur a été témoin de la plupart des faits qu'il raconte. Le style en est assez clair, et le latin n'en est pas mauvais. Il y a des particularités curieuses, mais trop de louanges ; et quoique communément les médecins ne soient pas crédules, il ne laisse pas d'y avoir dans l'ouvrage de celui-ci, parmi bien des choses vraies et décrites exactement, des contes dignes du peuple. Il dit, par exemple, que *depuis que la vraie Croix avoit été prise par les* *Turcs, les enfans n'avoient plus que vingt ou vingt-trois dents, au lieu qu'ils en avoient trente ou trente-deux auparavant.*
RIHAN, *Voyez ABOU-RIHAN.*
RIMINI, *Voyez GRÉGOIRE D'ARIMINI*, n.º xx.
RINUCCINI, (Octavio) poète Italien de Florence, vint en France à la suite de la reine *Marie de Médicis*. Il est l'inventeur des *opéra*, c'est-à-dire de la manière de représenter en musique les comédies, les tragédies, et les autres pièces dramatiques : (usage inconnu aux anciens, si l'on veut, à considérer l'état où l'opéra est maintenant ; mais usage qu'ils connoissoient du moins en partie, si l'on fait attention à leurs chœurs dans les tragédies et à leur mélopée qui approchoient de nos opéra modernes, et qui ont bien pu en faire naître l'idée.) D'autres écrivains attribuent cet établissement à un gentilhomme Romain nommé *Emilio del Cavalerio*, qui avoit donné un opéra dès 1590. Quoi qu'il en soit, toute l'Italie applaudit à trois pièces de *Rinuccini : Daphné, Euridice et Ariadne*. Les libéralités du grand duc de Toscane contribuèrent beaucoup à l'éclat de sa réputation. Il attira à Florence les plus excellens musiciens de l'Italie, et il n'épargna rien pour les machines et les autres décorations du théâtre. *Octavio* n'étoit pas moins bon poète qu'excellent machiniste ; il composoit ses vers avec beaucoup d'exactitude, et leur donnoit toute la netteté possible. Il mourut en 1621, à Florence ; et ses *Œuvres* furent pu- blées en 1622 dans la même ville, in-8°, par les soins de Pierre-François RINUCCINI son fils. I. RIOLAN, (Jean) médecin de la faculté de Paris, né à Amiens et mort le 18 octobre 1605, fut un des plus zélés défenseurs de la doctrine d'Hippocrate contre les chimistes. On a de lui divers ouvrages de Médecine et d'Anatomie, recueillis en 1610, Paris, in-folio. Ce médecin avoit une vaste littérature; il écrivoit et il parloit avec une facilité admirable. Ses livres sont encore consultés aujourd'hui.
II. RIOLAN, (Jean) fils du précédent, fut aussi docteur de la faculté de Paris, et mourut en 1657, à 77 ans. Il fut professeur royal en anatomie et en botanique, et ensuite médecin de Marie de Médicis mère de Louis XIII. Nous avons de Riolan un grand nombre d'écrits sur l'anatomie, science où il fit plusieurs découvertes très-utiles. Ils eurent beaucoup de cours dans leur temps et sont bien écrits. Riolan possédoit les poètes Grecs et Latins, et faisoit de leurs vers des applications fort heureuses. Il étoit un peu trop prévenu en faveur des anciens, et critiqua amèrement tous les anatomistes modernes. Ses principaux ouvrages sont: I. Comparatio veteris medicinae cum nova, 1605, in-12; il s'y déclare contre les chimistes. II. Schola Anatomica, 1604, in-8°. Il l'augmenta et le publia à Paris, 1610, in-folio, sous le titre d'Anatome Corporis humani. III. Gigantomachie, 1613, in-8°. Il l'écrivit contre Habicot au sujet de la découverte des os du prétendu géant Teu- tobochus : ce livre ayant été attaqué, il répondit et publia : IV. L'Imposture découverte des Os humains supposés et faussement attribués au roi Teutobochus, Paris, 1614. V. Gigantologie ou Discours sur la grandeur des Géans, 1618, in-8°. Ces ouvrages avec ceux de Hans Sloane, n'ont pas peu contribué à corriger les idées populaires sur cette matière.
RIOS, (Françoise de Los) Espagnole, n'avoit que douze ans lorsqu'elle traduisit du latin dans sa langue divers ouvrages de piété, et entr'autres la Vie d'Angèle de Foligui, 1618, in-12. —Charlotte-Marie de Los Rios, aussi originaire d'Espagne, née à Anvers en 1728, se fit institutrice dans sa patrie, et mérita l'estime et la confiance des parens par ses vertus et ses ouvrages. Ceux-ci sont tous relatifs à l'éducation. On distingue parmi eux: I. Magasin des petits Enfans, 1774, in-8°. Il a été traduit en allemand. II. Abrégé de toutes les Sciences, in-12. III. Encyclopédie enfantine, 1780, in-8°; elle a été traduite en anglois l'année suivante. Mlle Los Rios est morte dans sa patrie au mois de juillet 1802.
RIPAMONTE, (Joseph) né à Tignone dans l'état de Milan, nommé historiographe du roi d'Espagne, fut prêtre du collège Ambrosien. Son ouvrage le plus connu est une Histoire de l'Eglise de Milan, 1617 et années suiv., 4 vol. in-4°, en latin, qui est estimée à cause des recherches, quoiqu'elle manque quelquefois de critique. L'auteur ne mourut que vers le milieu du dernier siècle. H h 2
RIPERT DE MONCLAR, *Voyez* MONCLAR.
RIPPERDA, (Jean-Guillaume baron de) d'une famille noble dans la province de Groningen, servit quelque temps les États généraux en qualité de colonel d'infanterie. Il étoit revêtu de ce grade lorsqu'il fut nommé en 1715 ambassadeur de Hollande à la cour d'Espagne. Son esprit adroit et insinuant ayant plu à *Philippe V*, il se fixa à la cour de Madrid, et y parvint bientôt au faîte de la grandeur. L'an 1725, il conclut à Luxembourg un traité de paix et de commerce entre l'empereur et le roi Catholique. De retour à Madrid, on le fit duc et grand d'Espagne; on lui confia le détail de la guerre, de la marine, des finances. Enfin il eut le pouvoir de premier ministre, sans en avoir le titre; mais l'on ne tarda pas de s'apercevoir qu'on l'avoit chargé d'un fardeau au-dessus de ses forces. Le roi d'Espagne fut obligé de l'éloigner de la cour et des affaires en 1726. Cette disgrace acheva de lui faire perdre la tête, déjà affoiblie par son élévation rapide. Il fut chercher un asile chez l'ambassadeur Anglois *Stanhope*, d'où on le fit enlever pour le renfermer dans le château de Ségovie. Il y resta jusqu'au 2 septembre 1728, qu'il trouva le moyen de s'évader en Portugal. De là il passa en Angleterre et ensuite en Hollande, où il connut l'ambassadeur de Maroc, qui l'engagea de se rendre auprès de *Muley Abdallah* son souverain. Il y fut reçu avec distinction et acquit un crédit aussi grand que celui qu'il avoit en Espagne. Le duc de *Ripperda* passa d'abord quelque temps à Maroc, sans penser à changer de religion; mais deux raisons l'engagèrent à prendre le turban. La première fut la crainte que les courtisans ne profitassent de la profession qu'il faisoit du Christianisme pour le perdre; et la seconde fut l'envie de jouir de tous les droits du pays. Il se fit donc circoncire et prit le nom d'*OSMAN*. Ses envieux vinrent à bout de le faire disgracier; mais après deux mois de prison, il fut remis en liberté avec défense de paroître à la cour qu'il n'y fût appelé. Pour rentrer en grace, il affecta un grand zèle pour la religion Mahométane; et cependant il méditoit un nouveau système de religion, qu'il comptoit bien faire goûter au peuple. Il proposa d'abord ses idées comme de simples doutes; et la manière dont elles furent reçues, lui persuada qu'elles pouvoient s'accréditer. Sa principale ruse consistoit à flatter également les Mahométans et les Juifs qui sont en grand nombre à Maroc. Il parloit de *Mahomet* avec plus d'éloge que les Musulmans mêmes; il louoit *Moyse*, *Elie*, *David* et même la personne de *Jésus-Christ*. Mais il prétendoit que les Chrétiens, les Mahométans et les Juifs avoient été jusqu'alors dans une erreur presque égale; les premiers, en attribuant trop à *Jésus-Christ*; les seconds, à *Mahomet*; et les derniers, en n'attribuant rien ni à l'un ni à l'autre. Selon son système, le Messie est encore à venir: *Elie*, *David*, les Prophètes, *St. Jean-Baptiste*, n'étoient qu'autant de précurseurs qui servoient à l'annoncer. Il expliquoit en faveur de son système divers passages de l'Eglise et de la loi Musulmane. Le Mémoire que nous abrégeons prétend qu'il étoit écouté sans contradiction ; que les foibles et les amateurs de la nouveauté se laissoient persuader ; que les esprits forts rioient de ses discours, et que le roi prenoit lui-même plaisir à le faire raisonner quelquefois sur les principes. Telle étoit la situation des affaires d'Osman, lorsque le capitaine d'un vaisseau anglois revenant de la côte d'Afrique, la rapporta à Londres comme témoin oculaire. C'est sur son récit que l'abbé Prévôt raconte les aventures du duc de Ripperda dans le tome premier de son Pour et Contre, où nous les avons puisées. Quelques auteurs en ont contesté la vérité ; mais le fond en paroît aussi vrai qu'intéressant. Quoi qu'il en soit, le crédit du duc de Ripperda, appuyé sur des fondemens fragiles, fut bientôt renversé. Obligé de quitter Maroc, il se retira en 1744 au port de Tétuan, et y fixa son séjour. C'est dans ce lieu qu'il mourut au commencement de novembre 1737, également méprisé des Mahométans et des Chrétiens. Sa mort fut causée par une maladie de langueur qui étoit l'effet du chagrin que lui inspiroit sa situation. On ne trouva chez lui que peu d'argent comptant et peu d'effets considérables. Le bacha de Tétuan s'empara de tout, conformément à l'usage établi dans tous les états du souverain de Maroc. Le duc de Ripperda avoit eu deux fils, que des Mémoires particuliers marquent s'être noyés vers la côte de Biscaie, en voulant passer d'Espagne en Angleterre.
RIQUET ou RIQUETY, (Pierre-Paul de) baron de Bon-repos, étoit né à Béziers d'une noble et ancienne famille originaire de Florence, établie depuis plusieurs siècles en Provence et divisée en deux branches connues, l'une sous le nom de Riquet comte de Caraman, l'autre sous le nom de I iquety marquis de Mirabeau, de laquelle est sorti le marquis de Mirabeau, auteur de l'Ami des Hommes... Pierre-Paul de RIQUET qui fait le sujet de cet article, forma l'utile projet du grand Canal de Languedoc pour la communication des deux mers, et il eut la gloire de l'exécuter avec succès. Mais il n'en vit pas faire le premier essai ; car il mourut à Toulouse en 1680. Cet essai ne se fit qu'au mois de mai de l'année suivante par les soins de ses deux fils, Jean-Matthias de Riquet mort président à mortier au parlement de Toulouse en 1714, et Pierre-Paul de Riquet comte de Caraman, mort lieutenant général des armées du roi, le 25 mars 1730. Ce Canal, par lequel la Méditerranée communique avec l'Océan, est le plus grand et le plus beau que nous ayons en France. Il fut proposé sous François I, sous Henri IV, sous Louis XIII ; mais ce monument, digne des Romains, ne put être exécuté que sous Louis XIV. Riquet en eut tout l'honneur. « Par son moyen, dit M. Boucher, les barques marchandes, dans l'espace de onze jours, arrivent sans danger de l'Océan à la Méditerranée, c'est-à-dire qu'elles font cent soixante-quatre lieues de chemin. Tout est merveilleux dans cet ouvrage ; mais ce qu'on ne peut voir surtout sans étonnement, ce sont : H h 3 1.º Huit *Ecluses* près de Béziers, qui en élevant les eaux sur une montagne, y portent les barques et les en font descendre; 2.º Un *Pont* bâti de pierres de taille et long de 70 toises, où les barques navigent sur sept pieds d'eau, tandis que sous le pont coule le torrent de Rapduze; 3.º La *Voûte* construite dans la montagne de Malpas, qu'on a percée dans la largeur de 80 toises, en sorte qu'on croit voguer sous la terre. » *Riquet* avoit aussi projeté et commencé un *Canal* pour amener de l'eau à Paris. —*François Andréossy* né à Paris le 10 juin 1633; mort à Castelnaudari département de l'Aude le 3 juin 1688, conçut l'idée, donna les projets et dirigea l'exécution du Canal de Languedoc, un des monumens les plus remarquables du siècle de *Louis XIV*. Sa gloire qui avoit été sacrifiée au crédit, à l'intrigue et à la fortune, étoit zestée presque dans l'oubli pendant environ cent cinquante ans; son arrière-petit-fils a cherché à la réhabiliter dans son *Histoire du Canal du Midi*, publiée récemment. La réputation d'habile mathématicien et de profond mécanicien dont jouit *François Andréossy* nous a été transmise par les auteurs étrangers et nationaux. Le chef-d'œuvre d'hydraulique qu'il a laissé comme un modèle de l'art, et à la France comme un monument qui surpasse tout ce qui a été fait dans ce genre, en confirmant ces titres, lui assure celui d'homme de génie. On a de *François Andréossy* une *Carte* du Canal de Languedoc, publiée en 1669 et dédiée à *Louis XIV*. Il avoit composé un ouvrage manuscrit ayant pour titre : *Descrizione del Canal reale dei due* *mari Ooeano e Mediterraneo in Linguadocca, in — 4°, figure*; on le trouve compris sous le n.º 16,369 du Catalogue des livres de la bibliothèque du maréchal d'*Estrées*; on ne sait point ce que ce manuscrit est devenu. Le même ouvrage est cité dans le tome 1$^{er}$, page 65, de la Bibliothèque historique de la France, du Père *Lelong*, qui dit à son occasion : *Andréossy habile mathématicien, étoit l'ingénieur de M. de Riquet, et ce fut lui qui dressa les Mémoires et le Plan du Canal*.
RISBECK, (Gaspard) né en 1750 dans une petite ville près de Maïence, étoit fils d'un riche négociant. Il étudia d'abord en droit, quoiqu'une imagination ardente, un caractère impétueux le rendissent peu propre à l'étude aride, mais nécessaire des lois. Occupé de littérature et de philosophie plus que de jurisprudence, il s'enrôla dans la *Secte des Génies par excellence*. C'étoit ainsi que s'appeloit une société, dont le principe fondamental étoit le mépris souverain des convenances sociales. Ces nouveaux *Diogène* n'aimant que la liberté et l'indépendance, regardoient tous les emplois politiques, toutes les fonctions civiles, comme au-dessous d'eux. *Risbeck* s'étant rangé sous la bannière de ces dangereux sectaires, dissipa le bien que son père lui avoit laissé, et se vit bientôt réduit pour subsister, à se mettre aux gages d'un libraire. Il s'établit à Saltzbourg; ensuite il se mit à voyager, et se fixa pendant quelque temps à Zurich en Suisse, d'où il se retira dans le village d'Arau. Une noire mélancolie l'avoit jeté dans une espèce de misantbropie qui l'éloigna de toutes les sociétés, il ne connut plus que celle des cabarets. Il mourut à Arau le 3 février 1786. Nous avons de lui un *Voyage d'Allemagne* qui a été traduit en françois, et une *Histoire d'Allemagne* dont M. *Douray de Lougrais* prépare la traduction. Il y a dans ces deux ouvrages de la hardiesse dans les vues et du nerf dans le style; mais l'observateur ne se méfie pas toujours de son caractère chagrin et caustique.
RIST, (Jean) né à Pinneberg en 1607, fut pasteur à Wedelsur-l'Elbe, comte Palatin impérial et conseiller ecclésiastique du duc de Meckelbourg; et il mourut en 1667, à 60 ans, après avoir fondé la société du Cygne. Ses principales œuvres poétiques sont : I. *Hortus Poëticus*. II. *Theatrum Poëticum*. III. *Parnassus Poëticus*. IV. *Vindiciælinguæ Germanicæ*. V. *Musa Teutonica*. VI. Un Poème allemand, intitulé : *Galathée et Florabelle*, etc. *Rist* ne sera jamais mis sur le Parnasse ni à la première place ni à la dernière.
RISTEAU, (François) négociant de Bordeaux, mort dans cette ville en 1784, à l'âge de 70 ans, devint directeur de la compagnie des Indes, et fut employé par le gouvernement dans la négociation faite à Londres en 1771. Ami intime de *Montesquieu*, il défendit avec énergie et une logique pressante l'ouvrage de ce dernier dans un écrit ayant pour titre : *Réponse aux observations sur l'Esprit des Lois*, 1751, in-12.
RITTANGELIUS, (Jean-Etienne) de Forcheim au diocèse de Bamberg, de Catholique Romain étoit devenu Juif, et de Juif il se fit Luthérien suivant quelques auteurs. On a de lui des *Notes* sur le livre intitulé : *Jézirah*, (*Voy. I. ABRAHAM*) où il soutient que la Paraphrase Chaldaïque fournit des arguments contre les Juifs et contre les Antitrinitaires. Cette proposition fut attaquée par un Socinien, qui se cacha sous le nom d'*Irenopolita*. *Rittangelius* se défendit par un traité qu'il intitula : *Libra veritatis*, 1698, et qu'il dédia à *Jean Casimir* roi de Pologne. Il mourut vers 1652 professeur en langues orientales dans l'académie de Konigsberg. Nous avons de lui : I. Un Traité *De veritate Religionis Christianæ*, Franeker, 1699. II. Des *Lettres*. III. Une *Traduction* allemande des *Prières* que les Juifs font dans leurs synagogues le 1$^{er}$ jour de chaque année; et d'autres écrits.
RITTEN-HOUSE, (David) Anglo-Américain, étoit horloger et fermier dans sa patrie lorsque l'indépendance des États-Unis fut proclamée. Ses lumières et sa probité le firent alors appeler à la place de trésorier du gouvernement. Lorsque la société Américaine des Sciences eut été formée, elle le chargea d'observer le passage de Vénus; ce qu'il exécuta avec clarté et précision. Il succéda à *Franklin* dans la présidence de cette compagnie savante, et est mort en 1796, à l'âge de 64 ans. I. RITTERSHUYS, (Conrad) *Rittershusius*, jurisconsulte de Brunswick, né en 1590, est auteur et éditeur d'un grand nombre d'ouvrages dans lesquels on remarque beaucoup de cri- 488 R I T tique et d'érudition. Son édition du *Cynegeticon d'Oppien* avec des notes estimées parut à Leyde en 1597, in-8.º *Rittershuys* mourut à Altorf l'an 1613 où il étoit professeur en droit et estimé des bons citoyens.
II. RITTERSHUYS, (Nicolas) fils du précédent, né à Altorf en 1597, s'appliqua à l'étude de l'histoire, des généalogies, des mathématiques, de la littérature grecque et latine, et mourut en 1670 professeur du droit féodal. On a de lui un ouvrage intitulé : *Genealogiæ Imperatorum, Regum, Ducum, Comitum, etc.* à Tubige 1664, en 7 vol. in-folio; recueil quelquefois inexact, mais qui peut être utile.
RIVAL, (Aymar du) conseiller au parlement de Grenoble au 16e siècle, a publié des recherches sur le droit civil et canonique, et un commentaire sur la loi des douze Tables, sous ces titres : *Historia juris civilis et pontificii*, Valence, 1515, in-4º; *Civilis historiæ juris libri quinque sive in XII Tabularum leges commentaria*, Maïence 1530, in-8.º Il y a de l'érudition, mais peu de méthode dans ces ouvrages. Le dernier sur-tout contient des choses curieuses, quoiqu'il ne soit qu'une sorte d'essai sur l'histoire de la jurisprudence ancienne des Romains.
RIVALZ, (Antoine) peintre, mort à Toulouse en 1735, âgé de 68 ans. Son père *Jean-Pierre Rivalz* peintre et architecte de l'hôtel de ville de Toulouse, mort en 1706, bon artiste, fut son maître. Antoine vint à Paris, et partit ensuite pour l'Italie. Il remporta le premier prix de peinture de l'académie de Saint-Luc à Rome. Le cardinal *Albani*, depuis *Clément XI*, le couronna. Ce maître fut rappelé à Toulouse où il remplit avec distinction les places de son père. Antoine auroit un nom plus illustre s'il eût demeuré dans la capitale. Il avoit une touche ferme, un pinceau vigoureux; son dessin est correct; ses compositions sont ingénieuses. Ses principaux ouvrages sont dans sa patrie. Il a gravé quelques planches. *Barthélemi Rivalz* son cousin a aussi gravé d'après lui. Le chevalier *Rivalz* son fils a soutenu par ses talens un nom distingué dans la peinture.
RIVARD, (François) professeur de philosophie au collège de Beauvais, né à Neufchâteau en Lorraine en 1697, mort à Paris le 5 avril 1778, est connu par plusieurs livres utiles pour l'instruction des écoliers de philosophie. Les principaux sont : I. *Éléments de Mathématiques*, in-4º, dont il publia un abrégé in-8.º II. *Traité de la Sphère*, in-8.º III. *Traité de Gnomonique*, in-8.º IV. *Tables des Sinus*, in-8.º V. *Trigonométrie Rectiligne*, in-8.º VI. *Éléments de Géométrie*, in-4.º VII. *Institutions Philosophicae*, 1778, deux vol. in-12. Les livres de *Rivard* ne sont proprement que des compilations, et quoiqu'il en ait intitulé plusieurs *Éléments*, il n'a pas l'art d'être court; mais il est clair et assez méthodique. — La ville de Neufchâteau a produit un autre *RIVARD* (Denis), chirurgien habile pour l'opération de la taille, très-estimé de *Morand* et de la *Peironie*, et qui délivra dans l'hôpital de Lunéville plus de 600 pauvres du tourment de la pierre. Il mourut le 17 mars 1746, après avoir formé d'excellens élèves.
RIVAROL, (Antoine de) poète et littérateur, naquit à Bagnols en Languedoc, le 17 avril 1757. Il vint se fixer à Paris, où la beauté de sa figure, son esprit mordant et satirique lui acquirent bientôt quelques amis et un plus grand nombre d'ennemis. Parmi les premiers, il compta Voltaire, d'Alembert, et surtout Buffon. Il se maria jeune avec la fille d'un Anglois établi à Paris; mais il ne fut point heureux dans son union. « Un jour, dit-il, je m'avisai de médire de l'Amour; le lendemain il m'envoya l'Hymen pour se venger. Depuis je n'ai vécu que de regrets. » Lorsque la révolution amena sur la France les orages les plus sanglans, Rivarol quitta sa patrie et se retira en Allemagne: il résida long-temps à Hambourg et ensuite à Berlin, où il fut accueilli du monarque et du prince Henri. Il n'en regrettoit pas moins sa patrie. « La vraie terre promise, écrivoit-il à l'un de ses amis en France, est encore la terre où vous êtes. Je la vois de loin, je desire y revenir; et je n'y rentrerai peut-être jamais. » En effet, il mourut à Berlin le 11 avril 1801. Rivarol eut un début assez brillant dans la carrière littéraire par son Discours sur l'universalité de la Langue françoise, couronné en 1784 par l'académie de Berlin. Avec des vues fines, quelquefois l'auteur n'a pas assez considéré que la maturité du langage tient à la perfection même de la société. Il s'est contenté dans le développement de son sujet de ce que l'histoire et la littérature de chaque peuple lui ont offert de preuves superficielles; il lui a suffi de faire voir que la langue allemande par la multitude de ses dialectes, l'italienne par sa mollesse, l'espagnole par son enflure, et l'angloise par sa culture trop tardive, n'ont pu acquérir aucune supériorité, et qu'à l'époque où elles ont eu le plus d'éclat elles n'ont pas été secondées par les circonstances politiques. Les autres ouvrages de Rivarol sont: I. L'Enfer, traduction du Dante, où l'auteur Italien est plutôt imité que rendu; aussi Buffon lui dit obligeamment après l'avoir lue, « cet ouvrage n'est point une traduction, c'est une suite de créations. » II. Lettres sur la Religion et la Morale, 1787. L'auteur publia ces lettres à l'occasion de l'ouvrage de M. Necker sur l'importance des Opinions religieuses. III. Petit Almanach des grands hommes, satire piquante, qui souleva contre l'auteur une foule d'écrivains ordinairement jugés par lui avec amertume. L'écrit a pour épigraphe ce passage du Dante: Quelle est cette foule d'esprits que la gloire distingue des autres enfans des hommes. On attribua à Champcenets plusieurs traits malins de cette brochure; mais Rivarol les réclama et mit de l'importance à l'avoir faite en entier. Ce trait ne prouve pas la bonté de son caractère. IV. Lettre à la noblesse Françoise, 1792, in-8.º V. De la Vie politique de la Fayette, 1792. VI. Prospectus d'un nouveau Dictionnaire de la langue françoise, suivi d'un Discours sur les facultés intellectuelles et morales de l'homme, Hambourg, 1797, in-4.º Le style toujours figuré et métaphorique fatigue le lecteur ; mais il en est dédommagé par des images plus souvent brillantes que judicieuses. L'introduction de cet ouvrage le fit prohiber en France. On dit qu'ayant promis celui-ci à son libraire dans un temps déterminé, et ayant passé le terme où il devoit être achevé sans avoir commencé un seul article, le libraire trouva le moyen de lui faire remplir sa promesse en l'attirant chez lui, en l'y enfermant sur-le-champ et mettant des sentinelles à sa porte pour l'empêcher de sortir et le forcer au travail. VII. Quelques *Poésies* qui ont du piquant et de la grace. *Rivarol* avec beaucoup d'amour propre étoit peu aimant, et ne se soucia pas d'être aimé. En 1802, on a publié sa *Vie*, 2 vol. in-12.
RIVAROLLES, (Joseph-Philippe de Saint-Martin-d'Aglié) maréchal de camp, grand-croix de l'ordre de Saint-Louis, et grand prieur de celui de Saint-Lazare en Languedoc, mort en 1704, se distingua par une valeur si vive et si franche qu'on l'appela le *Débauché de bravoure*. Il servit dans toutes les guerres de *Louis XIV*, depuis 1665 jusqu'à la fin du siècle. Un coup de canon lui avoit emporté une jambe ; un autre coup de canon porta sur cette partie à la défense du pont de Kell en 1577, et lui cassa sa jambe de bois. *Ah ! cette fois-ci*, dit-il d'un grand sang froid, *l'ennemi a été pris pour dupe, j'en ai une autre dans ma valise*.
RIVAULT, (David) sieur de *Flurance*, né à Laval vers 1571, fut élevé auprès de *Guy* comte de Laval, et devint sous-pré- cepteur, puis précepteur du roi *Louis XIII*. *Malherbe* et plusieurs autres écrivains célèbres ont parlé de *Rivault* avec estime, et cela n'est pas étonnant. Il étoit bien à la cour, mais il ne sut pas s'y soutenir. La cause de sa disgrace est remarquable. Son élève avoit un chien qu'il aimoit fort. Cet animal incommodant *Rivault* en sautant sans cesse sur lui dans le temps qu'il instruisoit le roi, il lui donna un coup de pied pour le chasser. Cela fâcha l'enfant royal, qui dans sa colère frappa *Rivault* ; celui-ci fâché à son tour, voulut se retirer. Il se réconcilia cependant avec le roi qui lui promit un évêché. Il eut aussi l'honneur d'accompagner jusqu'à Baïonne par ordre de ce prince Mad. *Elizabeth de France*, mariée au roi d'Espagne. En revenant de ce voyage, il mourut à Tours au mois de janvier de l'an 1616, âgé de 45 ans. Il nous reste de lui quelques ouvrages, qui ne justifient que l'obblément les éloges qu'il reçut de son vivant. Les principaux sont : I. Des *Éléments d'Artillerie*, 1608, in-80, qui sont rares et assez curieux. II. *Les Etats*, *és-quels il est discouru du Prince, du Noble et du Tiers-état, conformément à notre temps*, 1596, in-12. III. Une édition d'*Archimède*, in-fol., 1646. IV. *L'Art d'embellir, tiré du sens de ce sacré paradoxe* : « La sagesse de la personne embellit sa face », étendu à toutes sortes de beautés, et *és moyens de faire que le corps retire en effet son embellissement des belles qualités de l'âme*, 1608, in-12. Cet art n'est pas entièrement chimérique. « On croit, dit un philosophe, (J. J. Rousseau) que la physionomie n'est qu'un simple développement des traits déjà marqués par la nature. Pour moi, je penserois qu'outre ce développement, les traits du visage d'un homme viennent insensiblement se former et prendre de la physionomie par l'impression fréquente et habituelle de certaines affections de l'âme. Ces affections se marquent sur le visage, rien n'est plus certain; et quand elles tournent en habitude, elles y doivent laisser des impressions durables, et embellir ou enlaidir la figure. »
RIVAZ, (Pierre-Joseph de) né à Saint-Gingolph dans le Bas-Valais en 1711, mort en 1772, est auteur de plusieurs inventions utiles pour perfectionner l'horlogerie, les pompes, et faciliter les desséchemens des marais. On a encore de lui le *Martyre de la Légion Thébaine*, 1779, in-12, et l'*Antiquité de la maison de Savoie*.
RIVERI, (Claude-François-Félix Boulanger de) *Voyez BOULANGER*, n.º III.
RIVES, (Jean-Joseph) né le 19 mai 1730, à Apt en Provence d'un orfèvre, embrassa de bonne heure l'état ecclésiastique. Il fut d'abord professeur de philosophie au séminaire de Saint-Charles à Avignon: place à laquelle il n'étoit guère propre. Il devint ensuite curé de Mollèges dans le diocèse d'Arles, et il ne fut pas plus satisfait de cette nouvelle fonction que de la précédente. Son goût étoit plus tourné vers les recherches d'érudition et de bibliographie que vers les occupations pastorales. Il quitta en 1767 la province pour se rendre à Paris. La réputation de son savoir l'y avoit dévancé, et il obtint la place de bibliothécaire du duc de la *Vallière*. Il revint en Provence en 1787, et lorsque la révolution eut agité les esprits, il se fit l'apôtre de l'anarchie. Naturellement altier et indépendant, il donnoit aux idées d'égalité une étendue illimitée, et il les inspira à ceux qu'il auroit dû comme prêtre et comme citoyen, ramener à la paix et à la sagesse. Son caractère sombre et caustique s'exhaloit contre le clergé, contre ceux qu'on appeloit grands, et sur-tout contre les gens de lettres qui avoient cultivé le même genre de littérature que lui. Il en vouloit principalement à *Guillaume Debure* et à l'abbé *Mercier*, qu'il n'appeloit jamais que le moine *Mercier*. Lorsqu'il eut adopté les idées nouvelles, il ne voulut plus qu'on lui donnât le titre de bibliothécaire de M. de la *Vallière*, et il raisonnoit là-dessus comme le *Bourgeois gentilhomme* quand il tâche de prouver que son père n'a pas été marchand de drap. A l'exception de son *Éclaircissement sur l'invention des Cartes*, 1780, in-4°, tous ses autres ouvrages sont écrits sans précision, sans correction et sans élégance. C'étoit le style de sa conversation; mais comme sa mémoire étoit prodigieuse, ses souvenirs la rendoient instructive et quelquefois intéressante. On a de lui outre l'ouvrage précédent: I. *Lettre à M. de la Borde* sur la formule *Nos Dei gratid*, 1799, in-4°. II. *Prospectus* d'un ouvrage ayant pour titre: *Essai* sur l'art de vérifier l'âge des miniatures peintes dans des manuscrits, 1782, in-12. C'est le simple *Prospectus* d'un in-folio renfermant vingt- **Nicole** des Protestans. Ses mœurs soutenoient l'idée que ses écrits donnoient de lui. Il étoit indulgent, affable, et il exerçoit sa charité sur les Chrétiens de toutes les communions. Ses principaux ouvrages sont: I. *Nouveaux Essais de Morale*, 6 vol. in-12. II. *Traité de l'Orgueil*, dont la meilleure édition est celle de 1699. III. *Traité de la Conscience*. IV. *Traité de la Restitution*. V. *La Communion dévote*, dont la meilleure édition est celle de 1699. VI. *Traité des Bonnes Œuvres en général*. VII. *Traité du Serment*, in-12. VIII. *Divers Traités sur des matières de Conscience*, in-12. IX. *La Mort des Justes*, in-12. X. *Traité de l'Aumône*, in-12. XI. *Traité des Jeux de hasard*, in-12. XII. *La Morale Chrétienne abrégée*, dont la meilleure édition est celle de 1701, in-12. XIII. *Réflexions Chrétiennes sur divers sujets de Morale*, in-12. XIV. *De insanabili Ecclesiæ Romanæ Scepticismo, Dissertatio*, 1686 ou 1696, in-4.º XV. *De l'autorité des Sens contre la Transubstantiation*, in-12. XVI. *Traité de la Foi divine*, 4 tom. in-4.º XVII. *Dissertation sur divers sujets de Théologie et de Morale*, in-12. Il séroit à souhaiter que quelque écrivain Catholique fit un choix de ce qu'il y a de meilleur dans les différens ouvrages de morale de la Placette; (car on pouvoit bien se passer de ses livres de controverse.) Il y auroit peu à retrancher pour les rendre utiles à tout le Monde Chrétien. On y remarque un esprit net, qui débrouille heureusement les questions les plus embarrassées, et un jugement sain qui ne manque de parvenir à son but que quand les préjugés de parti l'en détournent. Sans être aussi profond que *Nicole*, aussi ingénieux que la *Rochefoucault*, il plaît aux gens de bien par une morale solide, également éloignée d'une excessive rigueur et d'un relâchement criminel. Son style est simple et uni, mais quelquefois diffus. Il fut du nombre des ministres Protestans qui réfutèrent *Bayle*. Il publia contre lui une *Réponse à deux objections sur l'origine du Mal et sur le mystère de la Trinité*, Amsterdam, 1707, in-12; et un *Éclaircissement pour servir de suite à cette Réponse*, 1709, in-12. Dans ces deux petits ouvrages, il démêle les équivoques de *Bayle*, fait connoître les détours subtils de son esprit pour éluder la force de la vérité, et tâche de le ramener aux principes, après avoir découvert la foiblesse de ses objections.
**PLACIDE**, (le Père) parent et élève de *Pierre Duval*, entra chez les Augustins-Déchaussés de la place des Victoires, à Paris, en 1666. Il continua de s'y appliquer à la géographie, et fit un grand nombre de Cartes, dont la plus estimée est celle du *Cours du Pô*. Cet habile homme mourut à Paris le 30 novembre 1734, à 86 ans, avec le titre de géographe ordinaire du roi, qu'il avoit obtenu en 1705.
**PLACIDIE**, (*Galla PLACIDIA*) fille de *Théodose le Grand*, et sœur d'*Arcadius* et d'*Honorius*, demeuroit ordinairement avec ce dernier prince. *Alaric* s'étant emparé de Rome en 409, la mit dans les fers. *Ataulphe* son beau-frère, sensible aux charmes de son esprit et de sa figure, conçut une violente passion pour elle. six planches. Il devoit n'en être tirés que quatre-vingts exemplaires à 600 livres chacun. Les cuivres ensuite devoient être dorés et déposés dans le cabinet de Versailles. III. *Histoire critique* de la Pyramide de *Caius Æstius*, 1790, in-fol. IV. *Notices calligraphiques et typographiques*, 1795, in-8°. V. Des *Odes* sur l'abolition de l'esclavage, etc. sans feu ni force, et où l'on s'aperçoit que l'érudition de l'auteur a glacé son imagination. VI. *La Chasse aux Bibliographes*, 1788, 2 vol. in-8. *Rives* est mort à Marseille en 1792. I. RIVET, (André) ministre Calviniste, né à Saint-Maixent en Poitou l'an 1572, s'acquit une très-grande réputation dans le parti des Calvinistes, fut chargé de leurs affaires les plus importantes et présida à plusieurs de leurs synodes. Il devint professeur de théologie dans l'université de Leyde, et mourut à Breda le 7 janvier 1651, à 78 ans. On a de lui : I. Un Traité intitulé : *Criticus Sacer*, à Dordrecht 1816, in-8°; trop chargé d'érudition. II. *Commentaires* sur plusieurs livres de l'Écriture. III. Divers *Traités* de controverse, et d'autres ouvrages recueillis en 3 vol. in-folio.
II. RIVET, (Guillaume) frère du précédent, fut comme lui ministre en France. Il est auteur d'un *Traité de la Justification*, et d'un autre de la *Liberté Écélésiastique contre l'autorité du Pape*, Genève 1625, in-8° : tous livres de peu d'usage pour nos bibliothèques modernes.
III. RIVET DE LA GRANGE, (Dom Antoine) de la même fa- famille que les précédents, mais d'une branche Catholique, naquit à Confolens petite ville du Poitou, en 1683. On l'envoya étudier en philosophie à Poitiers sous les Dominicains. Pendant qu'il demeuroit dans cette ville, il fut renversé de cheval à une partie de chasse, et traîné assez loin le pied engagé dans l'étrier. Cet accident le détermina à se faire Bénédictin. Il en prit l'habit à Marmoutier en 1704, et y fit ses vœux en 1705. Ses supérieurs instruits de son ardeur pour l'étude, l'appelèrent à Paris l'année suivante, pour travailler avec quelques autres religieux à l'*Histoire des Hommes illustres de l'Ordre de Saint-Benoît*. Il ramassa une grande quantité de matériaux relatifs à cet objet; mais cette entreprise échoua. Le savant auteur se livra alors entièrement à l'*Histoire Littéraire de la France*, dont il avoit déjà conçu le dessein, et qui l'a occupé tout le reste de sa vie. Il s'associa dans ce travail trois de ses confrères, Dom Joseph Duclou, Dom Maurice Poncet et Dom Jean Colomb : tous trois bons critiques, exacts et laborieux, et liés à l'architecte dont ils étoient les manœuvres, par l'amitié la plus étroite. La tranquillité de sa vie fut troublée par son attachement à la mémoire et à la cause d'*Arnauld* et de *Quesnel*. Il fit imprimer en 1723 à Amsterdam, in-4°, *Le Nécrologe de Port-royal-des-Champs*. La publication de cet ouvrage jointe à la vivacité de son opposition à la bulle *Unigenitus* dont il avoit appelé, indisposa ses supérieurs. On l'obligea de se retirer cette même année dans l'abbaye de Saint-Vincent du Mans. Il y tra- vailla avec assiduité pendant plus de 30 ans à l'Histoire Littéraire de la France. Il en fit paroître le premier volume in-4° en 1733, et finissoit le neuvième qui renferme les premières années du 12e siècle, lorsqu'il mourut le 7 février 1749, dans sa 66e année, accablé par le travail, par ses austérités et par l'observation rigoureuse de sa règle. Dom Tail-landier son confrère, a fait son éloge à la tête du neuvième volume de l'Histoire Littéraire, qui a été poussée jusqu'au douzième. Cette Histoire a été comparée aux Mémoires du savant Tillemont, pour l'exactitude des citations et l'étendue des recherches. Le but de l'auteur est d'exposer les principales circonstances de la vie des gens de lettres, de tracer le portrait de leur esprit et de leur cœur, de faire connoître leurs talens, leurs ouvrages et les différentes éditions qu'on en a faites, d'en fixer le mérite, d'apprécier le jugement des critiques; enfin de faire un savant tableau de la littérature de chaque siècle. Ce plan a été entièrement rempli. On souhaiteroit seulement que les auteurs eussent mis plus d'élégance, plus de correction et plus de légèreté dans le style, qu'ils se fussent moins appesantis sur des écrivains inconnus; enfin qu'ils eussent donné une liste moins longue des écrits perdus, sur-tout lorsque ces écrits ne regardent pas l'histoire. L'énumération en paroît aussi inutile, que les calculs du profit qu'auroit pu faire un marchand s'il n'avoit point perdu son vaisseau.
RIVEY, (Pierre de la) natif de Champagne, donna au théâ- tre plusieurs pièces: le Laquais, la Veuve, les Esprits, le Morfondu, le Jaloux, les Ecoliers, la Fidelle, la Constante, les Trompentes. Ces foibles productions n'en ont pas moins été recueillies à Paris en 1597, et à Rouen chez Petit-Val en 1601. Les trois dernières pièces ont été réimprimées à Troyes chez Chivillot en 1611. L'auteur mourut vers cette époque. I. RIVIÈRE, (PONCEY de la) chevalier, bailli de Montferrant, maire de Bordeaux, fut conseiller et chambellan du roi Louis XI, et commandant des francs-archers d'ordonnance de sa garde. Il commanda avec succès l'avant-garde à la bataille de Montlhéry, contre le comte de Charolois en 1464. On croit qu'il étoit de l'ancienne maison des vicomtes de Rivière, seigneurs de Labatut. Il fit honneur à sa famille par les qualités qui forment le grand homme dans la guerre et dans la paix.
II. RIVIÈRE, (Lazare) professeur de médecine dans l'université de Montpellier sa patrie, obtint cette place en 1620, et mourut vers 1655, âgé de 66 ans. Nous avons de lui une bonne pratique de médecine, (Praxis Medica) et plusieurs autres ouvrages, recueillis en un vol. infolio. Cette collection est souvent consultée. Les principes de son temps y sont expliqués avec netteté. Il est vrai qu'il suit Senner pas à pas, et que souvent il en transcrit des pages entières sans le citer; mais ce qu'il écrit de lui-même, prouve qu'il pouvoit se passer de secours étrangers. II. Observationes Medica et ca- rationes insignes, Paris, 1646, in-4.
III. RIVIÈRE, (Henri-François de la) fils d'un gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, naquit à Paris, et prit le parti des armes. Il se trouva en 1664 au siège de Gigeri en Barbarie, avec le duc de Beaufort dont il étoit aide-de-camp. Après s'être distingué dans plusieurs occasions, il se retira dans une terre qu'il avoit auprès de celle qu'habitoit pour lors le comte de Bussi-Rabutin. Ce comte avoit avec lui Françoise-Louise de Rabutin sa fille, veuve du marquis de Coligni-Langeac. C'est d'elle que Mlle de Scuderi disoit à son père : « Votre fille a autant d'esprit que si elle vous voyoit tous les jours; et elle est aussi sage que si elle ne vous avoit jamais vu. » La Rivière sut lui plaire, et l'épousa à l'insçu de son père en 1681. Le comte devenu furieux à cette nouvelle, songea aussitôt à faire rompre le mariage, et engagera sa fille à se déclarer elle-même contre son époux. Ce procès occasionna plusieurs Libelles et Factums, où le beau-père et le gendre dévoilèrent mutuellement leurs défauts et leurs ridicules. La Rivière peignit Bussi à peu près tel qu'il étoit, méchant, fanfaron, plein d'estime pour lui-même et de mépris pour les autres, aussi tyran dans sa famille que dans la société. « Personne ne croira, dit-il dans son Factum, que j'aie épousé la fille de M. de Bussi pour avoir des protections à la cour, des amis dans le monde, ni du crédit en Paradis. C'est un homme qui étant né avec six mille livres de rente, s'est trouvé quatre fois plus riche que son grand-père; mais il n'y a point eu de proportion entre l'accroissement de sa fortune et l'accroissement de son orgueil. » Après la décision du procès ils demeurèrent tranquilles; mais, malgré l'arrêt en faveur de la Rivière, la marquise de Coligni ne voulut pas habiter avec lui. Ce refus parut d'autant plus étrange, qu'elle lui avoit témoigné son amour en héroïne de roman, jusqu'à signer de son propre sang la promesse de mariage. Cette femme avoit de la beauté, des graces, de l'esprit, de grands biens. La Rivière tâcha de la ramener; mais n'ayant pu y réussir, il se retira à l'institution de l'Oratoire à Paris, où il mena une vie exemplaire et édifiante; il y mourut en 1743, à 94 ans. Ses principaux ouvrages sont : I. Des Lettres, en 2 vol. in-12, à Paris en 1752; avec un Abrégé de la Vie de l'auteur et la Relation de son procès. Ces lettres pleines d'esprit et de saillies, sont écrites avec la légèreté et la délicatesse d'un homme qui a fréquenté le grand monde; mais on y sent aussi le bel esprit précieux et maniéré, et l'on n'y apprend presque rien. Mad. de Coligni sa femme écrivoit encore mieux que lui. On trouve plusieurs Lettres d'elle à son époux, qui sont pleines de sentiment, dans le Recueil de Pièces fugitives de différens Auteurs sur des sujets intéressans, Rotterdam, 1743, in-12. II. Vie du Chevalier de Reynel, 1706, in-8. III. Vie de M. de Courville, 1719, in-18. IV. Son Factum contre Bussi est avec ses Lettres : on y trouve aussi la Version d'une Épître d'Héloïse à Abailard.
IV. RIVIÈRE, (Matthias PONCET de la) né à Paris en 1707, d'une famille distinguée, montra de bonne heure beaucoup d'esprit et de talent. Il se consacra à la chaire, et réussit surtout dans l'oraison funèbre. Il fut nommé évêque de Troyes en 1742; mais le zèle avec lequel il poursuivit les Jansénistes, dans le temps des disputes au sujet des billets de confession, zèle que sa vie mondaine rendoit ridicule, le fit exiler dans une abbaye d'Alsace, et l'obligea enfin en 1758 à se démettre de son évêché. On lui donna en dédommagement une abbaye considérable, et il mena dès-lors une vie plus tranquille et moins agitée. Il étoit doyen de Saint-Marcel, et c'est là qu'il mourut le 5 août 1780, dans sa 73e année. C'étoit un homme d'une imagination vive, d'un caractère aimable, fait pour la société, et qui ne fut entraîné dans les querelles ecclésiastiques que par l'ambition de parvenir, ou par ses liaisons avec ceux qui entretenoient ces disputes. On a imprimé le recueil de ses *Oraisons funèbres*, 1760, in-12. Elles sont estimées, et le seroient davantage si l'auteur avait moins recherché les antithèses, les expressions brillantes et les traits d'esprit.
RIVIÈRE, (l'abbé de la) *Voy.* I. BARBIER.
RIVIÈRE, (la) *Voyez* I. BAILLI et PERTUIS. I. RIVINUS, (André) dont le vrai nom étoit *Barchmann*, né à Hall en Saxe en 1600, fut médecin, professeur de poésie et de philosophie à Leipzig, et mourut le 4 avril 1656. Il s'est fait une réputation par ses *Remarques* sur les anciens poètes Chrétiens, par des *Dissertations* sur diverses matières de littérature, et sur l'origine de l'imprimerie, publiées à Leipzig sous le titre de *Philo-Physiologica*, 1656, in-4°, et par des éditions de quelques auteurs anciens, qu'il accompagna de notes. Son *Commentaire* sur le *Pervigilium Veneris*, qu'on trouve dans l'édition de la Haye, 1712, in-8°, ne fait pas l'éloge de ses mœurs. On a encore de lui: I. *Veterum bonorum Scriptorum de medicinâ Collectanea*, 1654, in-8°. II. *Mysteria Medico-Physica*, 1681, in-12.
II. RIVINUS, (*Augustus-Quirinus*) de Leipzig, professeur de médecine et de botanique, mourut en 1722, âgé de 70 ans, avec la réputation d'un médecin habile et d'un botaniste distingué. On lui doit la découverte d'un conduit salivaire, ainsi que l'invention d'une nouvelle méthode botanique. On a de lui: I. *Introductio in rem herbaram*, Leipzig, 1690, in-fol., avec figures. II. *Ordo Plantarum quæ sunt flore irregulari monopetalo*, 1690; — *Tetrapetalo*, 1691; — *Pentapetalo*, 1699, in-folio, avec des figures qui rendent fidèlement les plantes; c'est dommage qu'il se soit borné à en faire graver les sommets. III. *Censura medicamentorum officinalium*, 1701, in-4°. C'est une critique des boutiques des apothicaires qui sont toujours surchargées de drogues inutiles. IV. *Dissertationes Medicæ*, 1710, in-4°. C'est le recueil de ses thèses. V. *Manuductio ad Chimiam pharmaceuticam*, Nuremberg, 1718, in-8°. VI. *Introductio in rem her-* bariam, Leipzig, 1720, in-12. VII. *Notitia Morborum*. I. RIVIUS, (Jean) Luthé- rien Allemand, natif d'Alten- dorn, fut conseiller de George duc de Saxe, puis précepteur d'Auguste qui fut dans la suite electeur. Il mourut étant recteur du collège de Meissen en 1553, à 53 ans. On a de lui des ouvra- ges de controverse et un Traité de morale sous ce titre: *De stu- titid mortalium in procrastina correctione vitæ*, à Basle, 1547, in-8.º Il y a quelques réflexions judiciaires, mais beaucoup de triviales.
II. RIVIUS, (Jean) religieux Augustin de Louvain, né en 1599, étoit fils de l'imprimeur *Gerard Rivius*. Il fut prieur et provincial dans son ordre, et mourut à Ratisbonne le premier novembre 1665. On a de lui: I. Une *Vie de St. Augustin*, qui a beaucoup servi à *Tillemont*. *Rivius* l'a puisée dans les écrits de ce Père et dans les auteurs con- temporains. Quelques éloges que mérite l'illustre évêque d'Hip- pone, *Rivius* auroit pu quelque- fois mettre plus de vérité dans les siens. Il veut prouver par exem- ple que *St. Augustin* savoit le grec et l'hébreu. Les ouvrages de ce saint docteur déposent contre cette assertion; on y voit qu'il n'avoit qu'une connoissance mé- diocre du grec et aucune de l'hé- breu. II. *Rerum Francicarum de- cades quatuor, imperium Belga- rum exordium, progressus ad an- num* 1500, Louvain, 1651, in-4.º Il n'y flatte point les François. III. *Poëmata*, Anvers, 1629. IV. *Diarium obsidionis Lova- niensis, anno* 1635, Louvain, 1635, in-4º, etc.
RIUPEROUX, (Théodore de) né à Montauban en 1664, d'un avocat du roi de cette ville, porta d'abord le petit collet, et le Père de la *Chaise* lui fit donner un canonicat à Forcalquier. Il quitta ensuite l'état ecclésiasti- que, et obtint une charge de commissaire des guerres. Il mou- rut à Paris en 1706, à 42 ans, laissant quatre *Tragédies*, dont les vers sont faciles et coulans, mais sans force et sans chaleur. I. *Annibal*, 1688. II. *Valérien*, 1690. III. *Agrippa* ou la *Mort* d'Auguste, 1696. IV. *Hyperm-* nestre, 1704. Cette dernière pièce se jouoit encore, quoi- qu'écrite avec assez de langueur, avant que le *Mierre* eût mis la sienne au théâtre: on y re- marque dans la troisième scène du troisième acte, une bonne situation; mais c'est presque tout. On a aussi de *Riuperoux* quel- ques petites pièces de vers, telles qu'une *Epitre*, le *Portrait du* *Sage*, etc. répandues dans diffé- rens recueils. Il étoit secrétaire du marquis de *Créqui*. Ce sei- gneur devant jouer avec le roi, avoit consacré mille louis pour cette occasion, qu'il mit en dépôt entre les mains de son secré- taire, afin de n'être point tenté de les dissiper ailleurs. *Riuperoux* les alla jouer et les perdit.
RIZZO, *Voy. ERIZZO*. I. RIZZO, (Jean-Baptiste) hérétique dissimulé de Catane, fit un acte insigne de fanatisme le jour de Pâques 1513. Il arra- cha l'hostie consacrée des mains du célébrant, et fit, dit-on, d'i- nutiles efforts pour la briser dans les siennes. Elle en fut retirée toute entière et montrée au peu- ple, qui transporté de fureur se jeta jeta sur *Rizzo*, alluma un grand feu devant la cathédrale, et réduisit en cendres ce malheureux. C'est l'origine de l'usage où l'on est en Sicile de sonner les grandes cloches aux messes hautes avant et pendant l'élévation. On résolut alors de sonner désormais les cloches au commencement de la préface, pour inviter les fidelles à se trouver présents à la consécration et à l'élévation de l'hostie, afin de prévenir de semblables attentats : cet usage s'est étendu ensuite et a été adopté par toute la Chrétienté... *Voyez PAZZI*.
II. RIZZO ou RICCIO, (David) né à Turin en Piémont, étoit fils d'un joueur d'instrumens qui lui apprit la musique. Il avoit la voix assez belle et chantoit de bonne grace. Il plut au comte de *Moretto* ambassadeur de Savoie en Ecosse, qui le mena avec lui. *Marie Stuart* régnoit alors dans ce royaume. Le musicien la charma par ses talens, qui ne se bornoient pas à celui de la musique. Comme il entendoit assez bien les affaires, cette princesse se servit de lui dans les négociations les plus importantes. *Henri Stuart Darnley* ayant épousé *Marie Stuart* sa cousine, voulut se faire déclarer roi comme mari de la reine. Cette princesse conduite par *Rizzo*, qui craignoit qu'on ne voulût usurper l'autorité souveraine, s'opposa par son conseil à cette prétention. *Darnley* irrité contre ce favori, résolut de s'en défaire. Il communiqua son dessein à quelques-uns de ses amis qui lui promirent de le servir. Quelques jours après, la reine étant à souper dans son cabinet, n'avoit auprès d'elle que *Tome X.* la comtesse d'*Argyle* et *David Rizzo*, qui lui parloit de quelque affaire; le duc de *Rothsay* y entra avec *Retwein* armés et suivis de cinq personnes. *Rizzo* ayant été entraîné par les conjurés dans la chambre voisine, y fut tué en 1566. La reine vengea cette mort sur quelques-uns des assassins qui furent exécutés publiquement.
ROA, (Martin) Jésuite Espagnol, né à Cordoue, mourut en 1657, après avoir exerçé les premières charges de sa province. Il a fait un livre, intitulé *Stato dell' Anime del Purgatorio, de' Beati in Cielo*, etc. à Venise, 1672, in-12; ouvrage plus singulier qu'utile. Il y avance plusieurs choses qu'il eût mieux valu laisser dans les secrets du Très-Haut.
ROALDÈS, (François) d'une noble famille de la petite ville de Marsillac en Rouergue, professa le droit avec une grande réputation à Cahors et à Valence, et devint ensuite professeur en droit à Toulouse, où il mourut en 1589, à 70 ans, du chagrin que lui causa la mort tragique du président *Duranti*. On a de *Roaldès* : I. *Annotationes in notitiam utramque, tum Orientis, tum Occidentis*. II. *Un Discours des choses mémorables de la ville de Cahors*. III. Quelques autres Ouvrages qui n'ont pas été imprimés.
ROBBE, (Jacques) ingénieur et géographe du roi, né à Soissons en 1643, fut maire perpétuel de Saint-Denis en France, avocat au parlement de Paris, et mourut à Soissons en 1721, à 78 ans. C'étoit un homme d'un 498 ROB esprit cultivé et savant dans les langues. On a de lui la comédie de la *Rapinière*, qu'il donna sous le nom de *Barquebois*. Il est plus connu par les livres suivants : I. *Méthode pour apprendre facilement la Géographie*, en 2 vol. in-12 : assez bon ouvrage, quoiqu'il y ait quelques inexactitudes. II. *Emblème sur la Paix*, présenté au roi le 29 mars 1679. L'allégorie de cet emblème est ingénieuse. I. ROBERT DE COURTENAY, empereur François d'Orient, succéda à son père *Pierre de Courtenay* sur la fin de l'an 1218. Il s'adressa au pape pour prêcher une croisade contre *Vatace* qui, après s'être fait déclarer empereur à Nicée, avoit fait de rapides conquêtes sur les François, et resserré leur empire jusque dans le territoire de Constantinople. Le pape excita par des indulgences plusieurs Chrétiens à s'armer pour son secours. Ils passent en Orient sous la conduite de *Guillaume de Montferrat*; mais ce général meurt. Ils retournèrent en Europe, et *Robert* fut obligé de demander la paix à *Vatace*. *Robert* épousa la fille d'un chevalier d'Artois; elle avoit été promise à un gentilhomme Bourguignon qui outré de voir qu'on lui préférât un empereur, enleva l'impératrice et sa mère, fit jeter celle-ci dans la mer, coupa le nez et les lèvres à la fille, et la laissa sur le rivage. *Robert* en mourut de douleur l'an 1228. Ce prince n'avoit aucun talent militaire : les divisions de ses ennemis l'appeloient aux conquêtes; mais son indolence et son goût pour les plaisirs le retirèrent toujours. Il donna lieu par sa négligence à l'établissement de deux nouveaux empires; outre l'empire de Nicée; celui de Trébisonde et celui de Thessalonique... (*Voyez COURTENAY*.) Les seigneurs François appelèrent après sa mort *Jean de Brienne*, dépouillé de son royaume de Jérusalem; pour gouverner l'empire pendant la minorité de *Baudouin II*.
II. ROBERT ou RUPERT, dit le *Bref et le Débonnaire*, électeur Palatin, fils de *Robert le Tenace*, naquit en 1352, et fut élu empereur d'Allemagne en 1400, après la déposition du barbare *Wenceslas*. Pour gagner les Allemands, il voulut rendre à l'empire le Milanois que *Wenceslas* en avoit détaché; mais ses efforts furent inutiles. Son attachement pour l'antipape *Grégoire XII*, aliéné entièrement les esprits des princes d'Allemagne. Ils formèrent contre lui une confédération; mais la mort de cet empereur arrivée le 18 mai 1410, à 58 ans, rompit leurs mesures. *Robert* acheva d'établir la souveraineté des princes d'Allemagne. Les empereurs avoient conservé le droit de haute-justice dans les terres de plusieurs seigneurs; mais il leur céda ce droit par des privilèges. On ne reproche à ce prince qu'un peu trop de lenteur. Mais si l'on considère les manœuvres qu'il avoit à découvrir, les trames qu'il avoit à rompre, les ennemis secrets et puissants qu'il avoit à ménager; si l'on examine les troubles que la mauvaise conduite de *Wenceslas* avoit excités, les irruptions et les ravages des brigands que les seigneurs favorisoient, et la triste situation où il trouva l'Allemagne ; on concevra sans peine que la lenteur de ce prince fut un trait de prudence, pour rendre peu à peu à l'empire sa première tranquillité. Robert eut des vertus ; il aima ses sujets et les gouverna bien. Politique éclairé, bon prince, il ne lui manqua que des qualités guerrières. Robert fut marié deux fois. On ignore le nom et la qualité de sa première femme ; il en eut un fils qui mourut avant son père. Son autre femme fut Elizabeth fille de Frédéric burgrave de Nuremberg. Cinq garçons et trois filles sortirent de ce second mariage. Les trois filles furent : Marguerite ; mariée au duc Charles de Lorraine ; Agnès, au duc Adolphe de Clèves ; Elizabeth, au duc Frédéric d'Autriche. Les cinq garçons furent : Louis, qui fut la souche de la branche électorale éteinte en 1559 ; Jean, père de Christophe roi de Danemarck ; Frédéric, mort sans postérité ; Othon, comte de Sintsheim ; enfin Etienne d'où descendent l'électeur et les autres comtes Palatins du Rhin qui subsistent aujourd'hui.
III. ROBERT, roi de France, surnommé le Sage et le Dévot ; parvint à la couronne en 996, après la mort de Hugues Capet son père. Il fut sacré à Orléans où il étoit né ; puis à Rheims, après l'emprisonnement de Charles de Lorraine. Il avoit épousé Berthe sa cousine, fille de Conrad roi de Bourgogne ; mais Grégoire V déclara nul ce mariage, et excommunia le monarque ; si nous en croyons le cardinal Pierre Damien. Cet anathème fit en France tant d'effet que tous les courtisans du roi et ses pro- pres domestiques se séparèrent de lui. Il ne lui en resta que deux qui, pleins d'horreur pour tout ce qu'il avoit touché, passaient par le feu jusqu'aux plats où il avoit mangé et jusqu'aux vases où il avoit bu. Le même cardinal rapporte qu'en punition de cet inceste prétendu, la reine accoucha d'un monstre qui avoit la tête et le cou d'un canard. On ajoute que Robert fut si frappé de cette espèce de prodige qu'il se sépara de sa femme. Il contracta un second mariage avec Constance, fille de Guillaume comte d'Arles et de Provence ; mais l'humeur altière de cette princesse auroit bouleversé le royaume, si la sagesse du roi ne l'eût empêchée de se mêler du gouvernement de l'état. Il se cachoit d'elle lorsqu'il faisoit des libéralités à ses domestiques : Prenez garde, leur disoit-il, que la Reine ne s'en apperçoive... Henri duc de Bourgogne, frère de Hugues Capet, mort en 1602 sans enfans légitimes, laissa son duché au roi de France son neveu. Robert investit de ce duché Henri son second fils, qui depuis étant devenu roi, le céda à Robert ; son cadet ; ( Voyez HENRI I, n.º IX. ) Le duc Robert fut chef de la première branche royale des Ducs de Bourgogne qui dura jusqu'en 1361. Ce duché fut alors réuni à la couronne par le roi Jean qui le donna à son 4ᵉ fils ; Philippe le Hardi, chef de la 2ᵉ maison de Bourgogne qui finit en la personne de Charles le Téméraire, tué en 1477. Le roi Robert mérita par sa sagesse qu'on lui offrit l'empire et le royaume d'Italie ; mais il les refusa. Hugues dit le Grand, qu'il avoit eu de Constance, étant mort, il fit I i 2 couronner à Rheims son second fils Henri I. Il mourut le 20 juillet 1031, âgé de 60 ans, à Melun. Robert étoit un prince savant, mais de la science de son temps. Helgaud, moine de Fleury, raconte dans la Vie de ce prince, que pour empêcher que ses sujets ne tombassent dans le parjure et n'encourussent les peines qui en sont la suite, il les faisoit jurer sur un reliquaire dont on avoit ôté les reliques, comme si l'intention ne faisoit pas le parjure ! mais alors on ne raisonnoit pas mieux. Robert bâtit un grand nombre d'églises, et fit restituer au clergé les dîmes et les biens dont les seigneurs laïques s'étoient emparés. La déprédation étoit telle que les séculiers possédoient les biens ecclésiastiques à titre héréditaire ; ils les partageoient à leurs enfans ; ils donnoient même les cures pour la dot de leurs filles ou la légitime de leurs fils. Quoique Robert fût pieux et qu'il respectât le clergé, on le vit cependant résister aux évêques avec une fermeté dont depuis plusieurs siècles on n'avoit point eu d'exemples. Lutheric, archevêque de Sens, avoit introduit dans son diocèse l'usage d'éprouver les coupables par la communion. Le monarque lui en écrivit dans les termes les plus forts. « J'en jure, dit-il, par la foi que je dois à Dieu, que si vous ne vous corrigez, vous serez privé de l'honneur du sacerdoce. » Et le prélat fut forcé d'obéir. Il fit punir par le supplice du feu, en 1022, des chanoines d'Orléans, Manichéens... On rapporte de lui des actions moins sévères. Une dangereuse conspiration contre sa personne et son état ayant été découverte, et les auteurs arrêtés, il prit le moment où leurs juges étoient assemblés pour les condamner au dernier supplice, et leur fit servir un repas splendide. Le lendemain, ils furent admis à la communion : alors Robert dit, qu'il leur accordoit leur grace, parce qu'on ne pouvoit faire mourir ceux que J. C. venoit de recevoir à sa table... Un jour qu'il faisoit sa prière à l'église, il s'aperçut qu'un filou avoit déjà coupé la moitié de la frange de son manteau et qu'il continuoit pour l'avoir toute entière. Mon ami, lui dit-il d'un air de bonté, contente-toi de ce que tu as pris ; le reste sera bon à quelqu'autre... Robert cultiva les sciences et les protégea. On a de lui plusieurs Hymnes que l'on chante encore dans l'Église. Quelques auteurs lui ont attribué la prose Veni sancte Spiritus, qui est vraisemblablement d'Hermanus Contractus. (Voyez INNOCENT II.) Son règne fut heureux et tranquille. Il institua, selon quelques auteurs, l'ordre de l'Etoile, attribué communément au roi Jean... Voyez HERIBERT.
ROBERT, frère du roi Eudes ; Voyez CHARLES II, n.º III; et à la Généalogie de BOURDON.
IV. ROBERT DE FRANCE, 2e fils de Louis VIII, et frère de St. Louis qui érigea en sa faveur l'Artois en comté-pairie l'an 1237. C'étoit dans le temps de la funeste querelle entre le pape Grégoire IX et l'empereur Frédéric II. Grégoire offrit à St. Louis l'empire pour Robert ; mais les seigneurs François assemblés pour délibérer sur cette proposition, furent d'avis de la rejeter. Ils répon- R O B 501 dirent au pape : *Que le comte Robert se tenoit assez honoré d'être frère d'un Roi qui surpassoit en dignité, en forces, en biens, en noblesse, tous les autres potentats du monde...* (Voyez aussi à l'article de GRÉGOIRE IX, comment le saint roi reçut cette offre.) *Robert* suivit *St. Louis* en Égypte, et ce fut lui qui engagea avec plus de bravoure que de prudence, la bataille de la Massoure, le 9 février 1250. Comme il poursuivoit les fuyards à travers cette petite ville, il y fut assommé des pierres, bûches et autres choses que l'on jetoit par les fenêtres. C'étoit un prince intrépide, mais trop fougueux, trop opiniâtre, trop querelleur. V. ROBERT II, comte d'Artois, fils du précédent, surnommé le *Bon* et le *Noble*, fut de l'expédition d'Afrique en 1270. Il châtia les rebelles de Navarre en 1276. Il mena un puissant secours, après les Vêpres Siciliennes, à *Charles I* roi de Naples, et fut régent de ce royaume pendant la captivité de *Charles II*. Il défit les Aragonois en Sicile en 1289, les Anglois proche Baïonne en 1296, les Flamands à Furnes en 1298. Mais l'an 1302, ayant voulu imprudemment forcer les mêmes Flamands retranchés près de Courtrai, il reçut trente coups de pique, et perdit dans cette journée la réputation et la vie. Homme vaillant, mais emporté et violent, il n'étoit bon que pour un coup de main. *Mahaud* sa fille hérita du comté d'Artois, et le porta en mariage à *Othon* comte de Bourgogne dont elle eut deux filles : *Jeanne* femme de *Philippe le Long*, et *Blanche* femme de *Charles le Bel*. Cependant *Philippe* fils de *Robert II*, avoit un fils *Robert III* qui disputa le comté d'Artois à sa tante *Mahaud*; mais il perdit son procès par deux arrêts rendus en 1302 et 1318. Il voulut faire revivre ce procès en 1329, sous *Philippe de Valois* son beau-frère, à qui il avoit rendu de grands services. Il manquoit de titres pour faire valoir ses prétentions; il ne rougit point de s'en procurer par une voie honteuse. La *Divion* demoiselle de *Bethune*, lui en fabriqua de faux qu'il produisit avec confiance. Malheureusement pour lui, cette fille fut soupçonnée d'imposture, arrêtée, et confessa devant le roi toutes ses manœuvres. La fausseté des titres ayant été reconnue, *Robert* au lieu de profiter de l'indulgence de *Philippe*, le choqua par une roideur déplacée. On poursuivit le procès; on condamna au feu la *Divion*, et *Robert* fut banni du royaume en 1331. Errant et fugitif, il se livra au plus affreux désespoir. Il voulut employer la magie pour faire périr le roi, et dépêcha des scélérats pour l'assassiner. Enfin ayant trouvé un asile auprès d'*Edouard III* roi d'Angleterre, il l'engagea à se déclarer roi de France; source des guerres longues et cruelles qui affligèrent ce royaume. *Robert* fut blessé au siège de Vannes en 1342, et mourut de sa blessure en Angleterre. *Jean* fils de *Robert* eut le comté d'Eu, fut fait prisonnier à la bataille de Poitiers en 1356, et termina sa carrière en 1387. Son fils *Philippe II* fut connétable de France, fit la guerre en Afrique et en Hongrie, et mourut prisonnier des Turcs en 1397. Il eut un fils, 1 i 3 Il l'épousa en 414, et lui fit présent des plus riches dépouilles de Rome. Le pouvoir que Placidie acquit sur l'esprit de son époux, fut tel, qu'elle parvint à lui faire quitter l'Italie que ce barbare vouloit saccager. Après la mort d'Ataulphe, tué à Barcelone en 415 par un de ses domestiques, elle retourna auprès d'Honorius, qui la remaria à Constance associé à l'empire. Ce second époux lui ayant encore été enlevé, elle consacra tous ses soins à l'éducation du fils qu'elle avoit eu de lui, (Valentinien III.) Cette princesse mourut à Ravenne en 450, après s'être signalée par un courage au-dessus de son sexe et par les vertus de son état. Nous avons une Médaille, dans laquelle elle est représentée, portant le nom de J. C. sur le bras droit, avec une couronne qui lui est apportée du Ciel.
PLAINES, (François de CHALIGNI des) a donné au théâtre la tragédie de Coriolan, en 1723; il est mort à Paris l'année suivante.
PLANCHE, (N... LE FAVRE de la) avocat du roi à la chambre du Domaine, exerça cet emploi pendant 32 ans avec un succès distingué. Il s'en démit en 1732, et obtint des lettres de conseiller d'honneur avec voix délibérative au bureau des Finances et à la chambre du Domaine. Il mourut à Paris en 1738, dans un âge assez avancé. Ses vastes connoissances le firent distinguer par les magistrats et les ministres, et il fut souvent employé par eux. Nous avons de lui un ouvrage posthume, très-savant, qui a paru en 1765, à Paris, en 3 vol. in-4°, sous ce titre: Mémoires sur les matières Domaniales, ou Traité du Domaine, avec des Notes par M. Lorry habile avocat. Les lumières réunies de l'auteur et du commentateur, rendent cet ouvrage très-intéressant.
PLANCHER, (Dom Urbain) né à Chenus dans le diocèse d'Angers, Bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, mérita d'être élevé à la supériorité. Il en remplit les devoirs dans divers monastères de Bourgogne, et mourut dans celui de Saint-Bénigne de Dijon, en 1750, âgé de 83 ans. Ce fut dans cette maison qu'étant déchargé du poids du gouvernement, il entreprit l'Histoire du Duché de Bourgogne. Il en donna 3 vol. in-fol. Dijon, 1741-1748. Le quatrième parut après sa mort, par les soins d'un de ses confrères. Cet ouvrage renferme l'Histoire générale et particulière de la province. Il est enrichi de notes, de dissertations savantes, et de pièces justificatives. On a reproché à l'auteur de parler trop de fondations d'abbayes et d'histoires monastiques; de n'être pas assez précis; d'écrire avec peu d'agrément. Mais l'Histoire d'une province demandant de grands détails, et les fondations des monastères servant à faire connoître les anciennes familles du royaume et l'origine des biens ecclésiastiques, les juges éclairés ne se sont point arrêtés aux reproches faits à Dom Plancher. Ils ont moins cherché en lui l'écrivain élégant, que l'auteur exact et laborieux.
PLANCIADES, Voyez FULGENTIUS.
PLANCINE, femme de Pison, qui fut accusé d'avoir empoisonné 702 ROB nommé *Charles*, mort en 1472, sans postérité.
VI. ROBERT D'ANJOU, dit le *Sage*, 3$^{e}$ fils de *Charles le Botteux*, succéda à son père dans le royaume de Naples en 1309, par la protection des papes et par la volonté des peuples, à l'exclusion de *Charobert* fils de son frère aîné. Il prit le parti des pontifes Romains contre l'empereur *Henri VII*; et après la mort de ce prince, il fut nommé en 1313, vicaire de l'empire en Italie, quant au temporel, jusqu'à ce qu'on élût un nouvel empereur. Ce fut *Clément V* qui lui donna ce titre, en vertu du droit qu'il prétendoit avoir de gouverner l'empire pendant qu'il étoit vacant. *Robert* régna avec gloire 33 ans 8 mois, et mourut le 19 janvier 1343, âgé de 64 ans. Ce prince, dit M. de *Montigni*, n'avoit pas les qualités qui font les héros, mais il avoit celles qui font les bons rois. Il étoit religieux, affable, généreux, bienfaisant, sage, prudent et zélé pour la justice. On l'appeloit le *Salomon* de son siècle. Ami des pauvres, il fit mettre à la porte du palais une sonnette qui l'avertissoit quand on vouloit les écarter du souverain. Il n'avoit d'autre passion qu'un amour extrême pour les lettres. Il disoit qu'il renonceroit plutôt à la Couronne qu'à l'étude. Sa cour devint l'asile des sciences, qu'il encouragea autant par son exemple que par ses bienfaits. Ce prince possédoit la théologie, la jurisprudence, la philosophie, les mathématiques et la médecine. *Bocace* disoit que depuis *Salomon* on n'avoit point vu de prince aussi savant sur le trône. Il n'avoit jamais eu de goût pour la poésie; il la méprisoit même, comme font la plupart des savans. Un entretien qu'il eut avec *Pétrarque* le dérabusa; il retint ce poète auprès de lui, et s'exerça même à composer quelques poésies toscanes qui nous sont restées. Il étoit peu porté au métier de la guerre, pour lequel il n'avoit pas de grands talens: aussi, parmi les ornemens de son tombeau, on voit un *LOUP* et un *AGNEAU* qui boivent dans le même vase. *Philippe de Valois* s'abstint de livrer bataille en 1339, sur les avis réitérés que lui donna ce prince, grand ami de la France par inclination et par intérêt. Outre que *Robert* détestoit les querelles entre les princes Chrétiens, il avoit étudié la science des astres, moins pour en connoître le cours, que pour apprendre par cette science chimérique les mystères de l'avenir. Il croyoit avoir lu dans le grand livre du Ciel, un malheur extrême pour la France, si *Philippe* hasardoit une bataille contre les Anglois.
VII. ROBERT, dit le *Magnifique*, duc de Normandie, 2$^{e}$ fils de *Richard II*, succéda l'an 1028 à son frère *Richard III*, mort, dit-on, du poison qu'il lui avoit fait donner. Il eut à réprimer dans les commencements, les fréquentes révoltes de plusieurs de ses grands vassaux. Il rétablit dans ses états *Baudouin IV*, comte de Flandre, que son propre fils en avoit injustement dépouillé. Il força *Canut* roi de Danemark qui s'étoit emparé de ceux d'Angleterre, à les partager avec ses cousins *Alfred* et *Edouard*. L'an 1035, il entreprit nu-pieds, le voyage de la Terre-Sainte ; à son retour il mourut empoisonné à Nicée en Bithynie, laissant pour successeur Guillaume son fils naturel, depuis roi d'Angleterre, qu'il avoit fait reconnoître avant son départ dans une assemblée des états de Normandie.
VIII. ROBERT, dit COURTE-CUISSE, fils-aîné de Guillaume le Conquérant, fut établi l'an 1087, due de Normandie par son père qui donna la couronne d'Angleterre à son autre fils Guillaume le Roux : ( Voy. ce mot. ) Ce fut un des plus vaillans princes de son siècle dans les combats, et un des plus foibles hommes dans la conduite. A la Croisade de 1096, il fit des prodiges de valeur ; l'armée Chrétienne lui dut en grande partie les batailles qu'elle gagna sur les Infidelles, notamment celle qui suivit la prise d'Antioche, l'an 1098, où ils perdirent cent mille cavaliers. Après la prise de Jérusalem, à l'assaut de laquelle il monta un des premiers suivis de ses seigneurs, il revint en Europe, trouva le trône d'Angleterre occupé par Henri son jeune frère, après la mort de Guillaume le Roux, et tenta en vain de le recouvrer. Livré à l'indolence et aux plaisirs, il se laissa gouverner par ses courtisans, et perdit le duché de Normandie avec la liberté, ayant été pris l'an 1106, à la bataille de Tinchebrai, par son frère Henri qui l'enferma dans une prison en Angleterre, où il mourut en 1134. On doit citer à sa gloire le trait suivant qui prouve une ame sensible et généreuse. Henri son frère dont on vient de par- ler, ayant en l'an 108⁹, excité quelque trouble, prit les armes, et se retira au Mont-Saint-Michel où il fut assiégé par ses frères. Réduit à manquer d'eau, il en fit demander à Robert qui lui en envoya, et même ajouta à ce présent un tonneau de vin. Guillaume le Roux blâma fort ce trait d'humanité. « Eh ! lui répondit Robert, quelque tort que notre frère ait avec nous, devons-nous souhaiter qu'il meure de soif ? Nous pouvons dans la suite avoir besoin d'un frère : où en retrouverions-nous un autre quand nous aurions perdu celui-ci ? » Robert s'étoit montré clément et sensible ; Henri fut ingrat et barbare... Voyez II. ODON.
IX. ROBERT DE BRUS, seigneur Ecossois, aspira au trône en 1306, après l'expulsion de Jean Bailleul ou Baillol, qui avoit usurpé la couronne d'Ecosse par le secours d'Edouard I, roi d'Angleterre. Fils du compétiteur de Bailleul, il résolut de délivrer sa patrie, et de soutenir les droits de sa naissance. La mort de Bailleul augmenta ses prétentions. Il confia ses projets à un Ecossois appelé Cummin. Cet ami infidelle en avertit Edouard. Brus qui étoit à la cour de ce prince, informé qu'on l'observoit, s'évade, paroît en Ecosse au milieu d'une assemblée de seigneurs, leur découvre ses sentimens, et les exhorte à briser leurs fers. Le perfide Cummin, seul, ayant été insensible à ses raisons, Brus l'attaqua au sortir de l'assemblée et le coucha sur le carreau. La traître est-il mort, lui demande le chevalier Kirk-Patrick ? — Je le crois, répondit Brus. — Quoi ! dit le chevalier, est-ce une chose à laisser dans l'incertitude ? Je veux en être sûr. Il courut aussitôt poignarder Cummin. Cette action fut louée comme un trait de patriotisme. Les Ecossois saisirent avec ardeur l'espérance de la liberté : ils couronnèrent Brus et chassèrent encore les Anglois. Brus, paisible possesseur du trône, rendit l'Ecosse très-puissante et très-florissante. C'étoit un prince chéri de son peuple, quoiqu'il aimât la guerre; mais il ne la fit que pour tirer sa nation de l'esclavage et pour la rendre heureuse. Il mourut en 1329, à 55 ans. Etant près d'expirer, il conjura Jacques Douglas un de ses courtisans, de porter son cœur dans la Terre-Sainte. Il laissa pour successeur, David II, âgé de 5 ans, et une fille qui porta le sceptre d'Ecosse dans la maison de Stuart. Voyez MORTIMER. X. ROBERT DE BAVIÈRE, prince Palatin du Rhin, duc de Cumberland, fils de Frédéric prince électeur Palatin du Rhin, et d'Elisabeth fille de Jacques I roi d'Angleterre et d'Écosse, se signala d'abord en Hollande, puis passa en Angleterre l'an 1642. Le roi Charles I son oncle, le fit chevalier de la Jarretière et lui donna le commandement de son armée. Le prince Robert remporta d'abord de grands avantages sur les parlementaires; mais il fut ensuite obligé de se retirer en France. Charles II étant remonté sur le trône de ses pères, le fit membre de son conseil privé en 1662, et lui donna le commandement de sa flotte contre les Hollandois en 1664. Le prince Robert défit l'année sui- vante la flotte Hollandoise, et fut fait amiral d'Angleterre en 1673. Il se montra digne de cet emploi par son intelligence et par sa valeur. Ce prince mort le 29 novembre 1682, s'appliquoit aux sciences, entr'autres à la chimie.
XI. ROBERT IV, comte d'ALENÇON, est peu connu dans l'histoire; mais il mérite une place dans celle de France, parce qu'en lui finit la postérité masculine des comtes d'Alençon. Après sa mort arrivée en 1319, sa sœur Alix donna le comté à Philippe Auguste en 1220. St. Louis en investit ensuite son fils Pierre qui mourut sans enfans au retour de l'expédition d'Afrique en 1283. Charles de Valois, frère de Philippe VI dit de Valois, descendant comme lui de Philippe III dit de Hardi, fut duc d'Alençon, et mourut en 1346. Jean II, son arrière-petit-fils, ayant favorisé le Dauphin contre son père Charles VII, fut condamné à mort en 1456, sous prétexte d'intelligence avec les Anglois. La peine de mort fut commuée en une prison perpétuelle. En 1461, Louis XI parvenu à la couronne, l'en délivra. Ce duc s'engagea encore avec les Anglois, et fut jugé à mort en 1474. Louis XI commua encore la peine en une prison perpétuelle, où il resta dix-sept mois. Il venoit d'être remis en liberté, lorsqu'il termina sa carrière en 1476. Son fils René fut aussi condamné en 1482 à passer sa vie en prison, pour avoir voulu vendre son duché au duc de Bourgogne. Charles VIII l'en fit sortir en 1483, et il vécut jusqu'en 1492. Son fils Charles premier prince du sang et connétable de France, mort de honte en 1525 pour avoir fui à la bataille de Pavie, n'eut point de postérité, et son duché fut réuni à la couronne. Le duché fut donné au dernier des fils de Henri II : (Voy. IV. FRANÇOIS DE FRANCE.) La mort de ce prince qui ne laissa point de lignage, fit encore réunir la ville d'Alençon au domaine. Cette ville fut depuis une partie de l'apanage de Gaston, fils de Henri IV duc d'Orléans. Il passa en 1660 à Isabelle d'Orléans sa seconde fille, mariée à Joseph de Lorraine duc de Guise. Après la mort de cette princesse en 1696, le duché fut encore réuni à la couronne; et par lettres-patentes le nom en fut donné au fils de Charles duc de Berri, petit-fils de Louis XIV, lequel mourut en 1713.
XII. ROBERT, second fils de Richard III duc de Normandie, eut en apanage l'an 989, le comté d'Evreux. Promu en même temps à l'archevêché de Rouen, dans cet âge où les passions ont le plus d'empire, il se livra sans retenue à la dissolution. Il ne rougit pas d'épouser, en sa qualité de comte, une femme nommée Herlève dont il eut trois fils. Ce fut lui qui baptisa en 1004 Olaüs roi de Norwège, appelé au secours du duc Richard II contre la France. Ce comte-archevêque dans sa vieillesse, revint de ses égaremens, et mourut en bon pasteur l'an 1037. Sa postérité conserva le comté d'Evreux jusqu'à Amauri VI qui le céda en 1200 à Philippe-Auguste. Le roi Philippe III dit le Hardi, le donna à son fils puiné Louis mort en 1319. Celui-ci fut père de Philippe qui devint roi de Navarre par sa femme Jeanne fille de Louis X, et mourut en 1343. De leur union sortit Charles II roi de Navarre, dont le fils Charles III mourut sans postérité masculine en 1425. L'an 1404, il avoit cédé ce comté au roi de France Charles VI. Il servit d'apanage à François duc d'Alençon fils de Henri II, en 1569. Mais ce prince étant mort sans enfans en 1584, il fut réuni à la couronne. Enfin il a été donné à la maison de Bouillon en échange de Sédan... Voyez l'Histoire généalogique de France par le P. Anselme, et l'Abrégé chronologique des grands Fiefs, in-8.º
XIII. ROBERT, (St.) premier abbé de la Chaise-Dieu, mort le 17 avril 1067, donna à ses religieux l'exemple de toutes les vertus. — Il est différent de St. ROBERT, abbé de Molesme en Bourgogne, premier auteur de l'ordre de Cîteaux, mort le 21 mars 1108, à 84 ans, et canonisé en 1222 par Honorius III. En 1075 vingt-un des religieux de son abbaye de Molesme voulant suivre à la lettre la règle de St. Benoit, se retirèrent avec Robert à quatre lieues de Dijon, dans un désert appelé Cîteaux, (Cistercium) à cause des citernes qui s'y trouvoient. Eudes I duc de Bourgogne leur fit bâtir une maison qu'ils commencèrent d'occuper en 1098. L'année suivante, Robert à qui l'évêque de Châlons avoit donné le bâton pastoral en qualité d'abbé, retourna à Molesme, et laissa à Alberic le gouvernement de Cîteaux. Etienne qui succéda à Alberic, fit les 506 ROB principaux statuts de l'ordre. Voyez XII. ÉTIENNE et III. BERNARD.
XIV. ROBERT, né à Thorigny en Normandie, et abbé du Mont-Saint-Michel au diocèse d'Avranches, fut employé dans plusieurs affaires importantes par Henri II roi d'Angleterre. Ses occupations ne l'empêchèrent pas de composer un grand nombre d'ouvrages, dont il ne nous reste que la continuation de la Chronique de Sigisbert et un Traité des Abbayes de Normandie, que Dom d'Acheri a donné à la fin des Œuvres de Guibert de Nogent. Il mourut l'an 1186.
XV. ROBERT GROSSE-TESTE, en latin Capito, naquit en Angleterre dans le pays de Suffolk, de pauvres parens. Ses talens lui méritèrent l'archidiaconé de Leicester, et en 1235 l'évêché de Lincoln. Il s'opposa fortement aux entreprises de la cour de Rome et des moines sur la juridiction des ordinaires; et eut un démêlé considérable avec Innocent IV sur une dispense que ce pape avoit accordée pour un canonicat de l'église de Lincoln. Il mourut en 1253. Ses écrits, encore plus que son zèle à défendre la juridiction épiscopale contre les moines et contre Innocent IV, ont conservé son nom. Sans parler de son Abrégé de la Sphère, de ses Commentaires sur les Analytiques d'Aristote, ni de quelques-unes de ses Lettres renfermées dans le recueil de Brown, intitulé: Fasciculus rerum expetendarum; nous citerons seulement son ouvrage sur les Observations légales, réimprimé à Londres dans le 17e siècle; et son Testamentum XII Prophetarum, Haguena, 1532, in-8°; très-rare. Dans ses autres écrits, il reprend avec liberté et peut-être avec trop d'amertume, les vices et les déréglemens des ecclésiastiques. Ce prélat aimoit les lettres et les protégeoit.
XVI. ROBERT, (Claude) né à Bar-sur-Aube vers 1564, devint précepteur d'André Frémiot depuis archevêque de Bourges, avec lequel il voyagea en Italie, en Allemagne et dans les Pays-Bas. Les cardinaux Baronious, d'Ossat et Bellarmin, lui donnèrent des marques de leur estime. De retour en France, il fut nommé archidiacre et grand-vicaire de Châlons-sur-Saône. Ce savant mourut le 16 mai 1636, à 72 ans. Le plus important de ses ouvrages est le grand recueil intitulé: Gallia Christiana qu'il publia en 1625, en un vol. in-fol. Les célèbres de Sainte-Marthe augmentèrent dans la suite cet ouvrage utile, infiniment moins inexact que dans les premières éditions, depuis que les Bénédictins de la congrégation de Saint-Maur en ont donné une nouvelle qui est en douze vol. in-folio, et qui n'est pas achevée.
XVII. ROBERT, musicien François, mort vers l'an 1686, étoit maître de la musique de la chapelle du roi. Nous avons de lui plusieurs Motets à grand-chœur qui prouvent combien il étoit savant dans son art; mais on ne trouve point dans ses ouvrages les agrémens que les musiciens qui l'ont suivi ont su répandre dans leurs compositions.
XVIII. ROBERT, (Nicolas) né à Langres vers l'an 1610 s'attacha à Gaston de France duc d'Orléans. Ce prince non content de pensionner quelques célèbres botanistes et de faire fleurir dans ses jardins les plantes rares, voulut encore orner son cabinet de leurs figures : dans ce dessein il y employa Robert, dont personne n'a jamais égalé le pinceau dans cette partie. Cet habile artiste peignit chaque plante sur une feuille de vélin de la grandeur d'un in-folio, avec une exactitude merveilleuse. Il représenta sur de semblables feuilles, les oiseaux et les animaux rares de la ménagerie du prince. Gaston eut insensiblement un assez grand nombre de ces miniatures ; il en forma divers porte-feuilles dont la vue lui servoit de récréation. Les porte-feuilles furent acquis après sa mort par Louis XIV qui nomma Robert peintre de son cabinet, et à l'exemple de Gaston, lui donna cent francs de chaque nouvelle miniature. Robert flatté par ces distinctions, s'appliqua si fidèlement à son objet, que par un travail assidu d'environ vingt ans qu'il vécut encore, il forma de sa main un recueil de peintures d'oiseaux et de plantes, aussi singulières par leur rareté que par la beauté et l'exactitude de leur dessin. Robert mourut en 1684, âgé de 74 ans. Son ouvrage qui a été continué par les sieurs Joubert, Aubriet et autres, et qui se continue toujours, fait le plus beau recueil qui soit au monde en ce genre. Il étoit déposé dans la bibliothèque du roi, où les curieux pouvoient le voir. R O B 507
XIX. ROBERT DE VAUGONDY, (N.) géographe ordinaire du roi, né à Paris en 1688, mort dans cette ville en 1766, est très-connu par son Atlas portatif, in-4°, et par son grand Atlas en 108 cartes, 1753. Il éclairoit ses connoissances géographiques par celles de l'histoire, et on a de lui divers ouvrages qui attestent son savoir. I. Abrégé des différens systèmes du monde, 1745, in-16. II. Introduction à la géographie par Sanson, 1743, in-8. III. Géographie sacrée, 1746, deux vol. in-12. IV. Usage des globes, 1752, in-12. Robert son fils a soutenu dignement son nom.
XX. ROBERT, (Marie-Anne Roumier, épouse de) née à Paris en 1705, et morte en 1771, aima dès son enfance les romans, et après en avoir beaucoup lus, elle se mit à en composer. Nous en avons d'elle plusieurs qui n'eurent qu'un succès éphémère, parce que le style, le principal mérite de ce genre frivole après l'intérêt de l'intrigue, ne les a pas soutenus. I. La Paysanne philosophe, 1762, quatre parties in-12. La Voix de la nature, 5 parties. III. Voyages de Mylord Ceton dans les sept planètes, 1765, 7 parties. IV. Nicole de Beauvais, 1767, deux vol. in-12. V. Les Ondins, 1768, deux vol. in-12.
ROBERT, duc de Glocester. Voyez HASTINGS.
ROBERT DE GENÈVE. Voyez GENÈVE.
ROBERT D'ARBRISSEL, Voy. ARBRISSEL.
ROBERT SORBON, *Voyez* SORBONNE.
ROBERTI, (Jean) Jésuite, né à Saint-Hubert en Ardennes l'an 1569, enseigna la théologie et l'Écriture-Sainte à Douai, à Trèves, à Wurtzbourg, à Maïence, et mourut à Namur le 14 février 1651. Ses ouvrages prouvent qu'il étoit versé dans les belles-lettres, la théologie, la controverse et dans l'histoire ecclésiastique. Les principaux sont : I. *Dissertatio de Superstitione*, 1614. II. *Quatuor Evangelia, historiarum et temporum serie vinculata græcè et latinè*, Maïence, 1615, in-folio. III. *Tractatus de Magnetica vulnerum curatione*, Louvain, 1616. Le P. *Roberti* y démontre les impostures de *Goclenius* qui prétendoit guérir toutes les maladies avec l'aimant. (*Voyez* GOCLENIUS.) Il fit suivre cette dissertation de quatre ou cinq autres aussi solides que la première. IV. Une *Dissertation* pour prouver que Saint Barthélemi étoit le même que Nathanaël, Douai, 1619, in-4.º V. *Historia Sancti Hoberti*, Luxembourg, 1621, in-4.º Cette histoire est très-curieuse et renferme plusieurs dissertations. I. ROBERTSON, (Guillaume) théologien Anglois, a publié un *Dictionnaire Hébreu*, Londres, 1680, et un *Lexicon Grec*, Cambridge, 1695. Ces deux ouvrages sont in-4°, et jouissent de l'estime des savans.
II. ROBERTSON, (Guillaume) célèbre historien, naquit en Écosse en 1721, et s'adonna d'abord à la théologie. Devenu recteur d'une église anglicane, il se consacra à la prédication et ses sermons ont été publiés. Mais c'est sur-tout dans l'histoire que se développèrent ses grands talens. La clarté, l'impartialité, des vues profondes distinguent ses histoires d'Écosse, d'Amérique et de *Charles-Quint*. Cette dernière est sur-tout remarquable par l'intérêt qui y règne et une excellente *introduction*. Ces diverses productions méritèrent à leur auteur le titre et les honoraires d'historiographe du roi d'Angleterre. On lui doit encore des *recherches historiques sur l'Inde*. On y trouve le rapport des connoissances que les anciens avoient recueillies sur cette vaste contrée, et des notices sur les progrès de son commerce avant et après le passage du cap de Bonne-Espérance, sur l'état civil, les lois, les arts, les sciences, les mœurs et les institutions religieuses d'un peuple antique qui a enrichi les autres des débris de ses connoissances, et qui a encore tant de liaisons avec l'Europe par la fertilité et les richesses de son territoire. *Robertson* est mort principal de l'université d'Edimbourg, au mois de juin 1793.
ROBERVAL, (Gilles Personne, sieur de) naquit en 1602 à Roberval paroisse du diocèse de Beauvais. Il devint professeur de mathématiques au collège de *Maltre-Gervais* à Paris; il disputa ensuite la chaire de *Ramus* et l'emporta. La conformité des goûts le lia avec *Gassendi* et *Morin*. Il succéda à ce dernier dans la chaire de mathématiques au collège-royal sans quitter néanmoins celle de *Ramus*. Il fit des expériences sur le vide, inventa deux nouvelles sortes de *Balances*, dont l'une est propre à peser l'air, et lui mérita d'être de l'académie des Sciences. Ses principaux ouvrages sont: I. Un *Traité de Mécanique* dans l'*Harmonie* du Père *Mersenne*. II. Une édition d'*Aristarcus Samius*, etc. Ils furent recherchés dans leur temps. Ce savant estimable mourut le 27 octobre 1675, à 73 ans. Sa présomption l'engagea dans quelques disputes avec *Descartes*, dont il ne sortit pas à son avantage. Il eut l'injustice de lui contester la gloire de ses inventions analytiques et voulut déprimer son savoir géométrique. *Descartes* en vrai philosophe se contenta de lui proposer un problème dont il ne trouva la solution qu'avec une extrême difficulté, et après de longues méditations.
ROBESPIERRE, (Maximilien-Isidore) né à Arras d'une famille pauvre, fut élevé aux dépens de l'évêque de cette ville. Après avoir fini ses études à Paris au collège Louis-le-Grand, il suivit quelque temps le barreau de sa patrie et y plaida la cause du paratonnerre de Saint-Omer. Les échevins de cette ville avoit proscrit cette découverte comme dangereuse, et fait défense de l'employer; *Robespierre* obtint du tribunal d'Arras plus éclairé, la liberté pour sa partie de rétablir le paratonnerre qui avoit été abattu sur sa maison. L'académie de Metz ayant proposé pour sujet de son prix en 1784, de déterminer l'origine de l'opinion qui étendoit sur tous les individus d'une même famille, une partie de la honte attachée aux peines infamantes subies par un coupable, ble, le discours de *Robespierre* fut couronné et publié l'année suivante. Il se montra de bonne heure sombre, méchant quoique timide, jaloux des talens, de la richesse et de la grandeur. S'étant donné l'air d'un philosophe et d'un désapprobateur, affichant une morale austère et le patriotisme le plus ardent, il fut nommé député à l'assemblée Constituante, où il se fit remarquer plutôt par son originalité que par son éloquence. Il commença sa carrière politique le 27 juillet 1789 par le discours suivant, sur le secret des lettres. « La première de toutes les lois est le salut du peuple. Obligé par le plus impérieux de tous les devoirs, de venger l'attentat projeté contre les représentants de la nation, on doit se servir de tous les moyens possibles. Le secret des lettres est inviolable; mais il est des circonstances où on doit le violer. Qu'on ne cite pas l'exemple de *Pompée* qui brûla les lettres adressées à *Sertorius*; *Pompée* étoit un tyran, un oppresseur de la liberté publique, et nous, nous en sommes les restaurateurs. » Courtisan de *Mirabeau* qui le méprisoit, il s'en éloigna à mesure que ce dernier perdit sa grande popularité. Il divagna dans de nombreux discours sur la liberté de la presse, sur les conspirations prétendues du gouvernement, sur le droit qu'il voulut qu'on accordât à tout homme sans propriété d'entrer dans les emplois publics. Il s'opposa à ce qu'on donnât au monarque le droit de la paix et de la guerre, et à ce qu'on le déclarât inviolable; il n'en soutenoit pas moins encore à la fin de la session, que le régime monarchique étoit le seul qui convint à un empire aussi grand que la France. En parlant des prêtres et des émigrés, ce fut toujours avec une modération qu'on ne lui soupçonnait pas. Il combattit *Barnave* dans son opinion sur les colonies; et lors de la discussion sur le code criminel, on le vit représenter la peine de mort comme injuste, contraire à la nature, et en demander l'abolition. Deux ans après, celui qui avait défendu la vie même des parricides, faisoit égorger cent mille innocens par les tribunaux républicains. Après la session, *Robespierre* ne parut point dans les mouvemens du 20 juin et du 10 août, ni dans les massacres de septembre; mais il chercha bientôt à en recueillir le fruit. Élu membre de la convention, il ne tarda pas à la dominer. En vain *Louvet*, le ministre *Roland*, et plusieurs autres l'accusèrent—ils de vouloir s'élever à la dictature; il triompha de leurs efforts et les conduisit successivement à l'échafaud. Après avoir voté la mort de *Louis XVI*, il poursuivit toute sa famille et unit à cette proscription celle des Girondins, des partisans de *Danton*, d'*Hébert* et de tous ceux qui osèrent aspirer à partager sa puissance. Aussi le premier dit avec raison: «Tout ira bien encore tant qu'on dira *Robespierre* et *Danton*; mais malheur à moi si l'on dit jamais *Danton* et *Robespierre*.» A peine ce dernier eut-il pris la direction du comité de salut public, qu'il couvrit la France de dénonciations, de tribunaux avides de meurtres, et d'une terreur si générale et si profonde que tout François craignit de se confier à son parent, à son voisin, à son ami, et ne vit autour de lui que des échafauds. Des proconsuls non moins féroces allèrent par ses ordres inonder de sang toutes les provinces. Lyon, Toulon, Arras, Orange, Bordeaux et la Vendée devinrent les principaux théâtres de leurs excès; et c'est alors que leur chef s'écria dans l'assemblée «que la république s'étoit glissée en France au milieu des cadavres et à l'insçu de tous les partis.» La convention entière, subjuguée par *Robespierre*, ne fut plus comme il l'appeloit lui-même, que sa *machine à décrets*. Dès-lors, on l'entendit dire sans cesse, soit dans l'assemblée soit aux jacobins, *je veux*. Son ton étoit quelquefois celui d'un illuminé. On a prétendu qu'il croyoit les prêtres utiles à ses projets; cependant ils furent proscrits sous sa tyrannie. Mais il vouloit devenir lui-même le chef d'une religion, et il commença son sacerdoce en faisant établir une fête en l'honneur de l'*Être Suprême*, auquel il daigna donner un *brevet d'existence*, en la reconnoissant par un décret. «Ce qui est digne de remarque, dit un historien, c'est que la France gémissant sous les luttes des différens partis, applaudit un instant au coup que leur porta *Robespierre*, espérant être moins malheureuse sous un seul tyran... Si, content d'avoir abattu les premières têtes de la convention, il eût épargné ses autres collègues parmi lesquels il ne se trouvoit plus personne qui osât prétendre au premier rang, sa puissance eût probablement été de plus de durée; mais lâche, timide et défiant, sentant sa foiblesse et croyant la masquer à force de barbarie, il voulut continuer à proscrire, et força ainsi à la résistance des gens qui n'eussent
ROB §11 peut-être pas mieux demandé que de servir et de commander sous lui: la vue du danger ranima leur courage; et certains de leur perte, ils voulurent tenter au moins de se sauver par un coup d'audace.» Ce coup fut porté le 9 thermidor de l'an deux. Une coalition formée en secret et réunie dans une discussion inattendue, ôta à *Robespierre* et à ses deux adhérents, *Couthon* et *Saint-Just*, tout moyen de défense. Leurs voix furent étouffées; et le premier s'étant élancé à la tribune fut forcé d'en descendre, sous les cris répétés de toutes parts: à *bas le Tyran*. Ce fut alors à qui lui porterait les derniers coups. *Robespierre* dénoncé passa subitement de la contenance d'un souverain à celle d'un suppliant; à peine le décret d'accusation fut-il rendu contre lui, qu'il descendit de la tribune à la barre où on fit bientôt passer à ses côtés *Saint-Just*, *Couthon*, *Robespierre* le jeune et le *Bas*. Aussitôt que les membres de la commune de Paris apprirent que leur protecteur étoit accusé, ils ordonnèrent de sonner le tocsin, et couvrirent la place de Grève d'hommes armés. *Henriot*, commandant de la garde nationale, marcha à leur tête contre la Convention; mais celui-ci vaincu par les sections réunies, laissa à la justice la liberté de punir. *Robespierre* fut conduit d'abord à la maison d'arrêt du Luxembourg; la terreur que son nom seul avoit inspirée étoit encore si grande, que le concierge de la prison refusa de l'y recevoir: il fut alors amené à l'hôtel-de-ville. Là, un détachement des troupes de la Convention ayant pénétré, un gendarme courageux nommé *Charles* *Méda*, assailli de coups par les satellites de la municipalité, découvrit *Robespierre* dans un coin obscur et lui tira un coup de pistolet qui lui fracassa la mâchoire inférieure et le couvrit de sang. Étendu sur une table, il souffrit sans se plaindre, sans proférer un seul mot les interrogatoires de ses collègues, les injures de ceux qui l'entouroient, les douleurs de ses blessures et la fièvre qui le dévoroit. Le lendemain 10 thermidor (28 juillet 1797,) à 4 heures du soir on le conduisit à l'échafaud avec vingt-deux de ses complices. On remarqua qu'il avoit alors le même habit qu'il portoit le jour de la fête qu'il avoit fait célébrer en l'honneur de l'Être Suprême. Ses traits étoient horriblement défigurés et ses yeux totalement fermés. Le peuple fit arrêter la charrette vis-à-vis la maison qu'il occupoit, et une femme dansant devant la voiture, s'écria: *Ta mort m'enivre de joie! descends aux enfers avec les malédictions de toutes les épouses et de toutes les mères*. Il périt à l'âge de 35 ans, et on lui fit cette épitaphe: Parlant, ne pleure point son sort; On a dit de lui qu'ayant calculé les diverses marches de la tyrannie, il avoit préféré la férocité froide de *Sylla* aux emportemens de *Catilina*. Toute sa politique, suivant un écrivain judicieux, fut d'avoir su apprécier de bonne heure la puissance de la multitude, à une époque où la société semblait ramenée à son origine par l'anéantissement des autorités régulières, et la disparition de toutes les supériorités de cons *Germanicus*, n'étoit pas moins coupable de ce crime que son mari. Mais, soit que l'empereur *Tibère* l'aimât, parce qu'elle étoit ennemie d'*Agrippine* dont il ne pouvoit souffrir la vertu; soit que l'impératrice *Livie* intercédât pour elle, il obtint sa grace de ses juges. On la doit considérer comme un exemple de l'infidélité des femmes. Tant que son mari eut quelque espérance d'être absous, elle lui promit d'être la compagne de sa vie et de sa mort : mais lorsqu'elle eut obtenu grace pour elle, tout son soin fut de séparer sa cause d'avec celle de *Pison*. C'étoit une femme d'un esprit superbe, d'un caractère violent, dont *Livie* se servoit pour persécuter *Agrippine* qu'elle haïssoit aussi bien que l'empereur. Tous les affronts qu'elle fit à cette princesse, ne demeurèrent pourtant pas impunis; car après la mort d'*Agrippine*, une foule d'accusateurs se déclara contre *Plancine*, qui, suivant l'exemple de son mari, fut contrainte de se donner de sa propre main le châtiment que méritoient ses crimes, vers l'an 33 de J. C.
**PLANCUS**, (*Caius Plotius*) se signala par un trait d'humanité héroïque. Ayant été proscrit par les triumvirs *Antoine*, *Lépide* et *Octave*, il fut contraint de se cacher. Ses esclaves ayant été pris par ceux qui le cherchoient, soutinrent long-temps au milieu des supplices qu'ils ne savoient point où étoit leur maître. *Plancus* ne souffrit point qu'on tourmentât davantage des esclaves fidelles et d'un si bon exemple; il s'avança au milieu du peuple, et présenta sa tête aux soldats.
**PLANQUE**, (*François*) docteur en médecine, né à Amiens en 1696, mort le 19 septembre 1765, à 69 ans, est auteur de quelques Ouvrages qui ont fait honneur à son savoir. I. *Chirurgie complète, suivant le système des Modernes*, en 2 vol. in-12 : Traité élémentaire, dont les Chirurgiens conseillent la lecture à leurs élèves. II. *Bibliothèque choisie de Médecine, tirée des Ouvrages périodiques, tant françois qu'étrangers* : cette collection curieuse, continuée et achevée par M. *Goulin*, forme 9 vol. in-4°, ou 18 vol. in-12. III. La Traduction des *Observations rares de Médecine et de Chirurgie de Vander-Wiel*, 1758, 2 vol. in-12. IV. *Planque* dirigea diverses éditions d'Ouvrages de médecine et de chirurgie, et les enrichit de notes. Il s'étoit renfermé longtemps dans son cabinet, avant que d'exercer la médecine.
**PLANTAGENET**, *Voyce* V. EDMOND et XI. EDOUARD.
**PLANTAVIT DE LA PAUSE**, (*Jean*) né dans le diocèse de Nîmes, d'une famille ancienne, fut élevé par ses parens dans les erreurs de *Calvin*, et fut ministre à Beziers. La grace ayant touché son cœur et éclairé son esprit, il fit abjuration en 1604, et se livra tout entier à l'étude de l'Écriture-sainte et de la théologie. Il devint ensuite grand vicaire du cardinal de la *Rochefoucault*, puis aumônier d'*Elizabeth* de France, reine d'Espagne. Cette princesse lui procura l'évêché de Lodève en 1625, évêché qu'il gouverna en homme apostolique. Ses incommodités l'ayant obligé de s'en 512 ROB vention. Il avoit aussi remarqué des premiers, que pour rester en crédit auprès des dernières classes du peuple, il falloit dans toute espèce de système aller toujours plus loin que les autres : on ne peut entraîner que par des excès les hommes dénués d'éducation ; et comme leur esprit est incapable de saisir aucune nuance, la modération, la retenue ne leur paroissent qu'une trahison ou qu'un repentir. Un autre caractère de sa politique, et qui contribua beaucoup à son agrandissement, fut la promptitude avec laquelle il abandonna ses amis quand leur sacrifice devint utile à son ambition. Il s'étoit allié au parti qui dans l'assemblée Législative avoit provoqué la journée du 10 août ; mais si-tôt que ce parti voulut jouir du triomphe, *Robespierre* devint son plus cruel ennemi, et cette haine produisit le 31 mai. Il s'étoit fait le patron de la municipalité de Paris, et avec son secours il avoit exterminé les chefs du parti dont nous venons de parler ; mais lorsque cette municipalité voulut se fier à ses propres forces, lorsque ses officiers briguèrent une popularité qui leur fut personnelle, *Robespierre* oublia leurs services et les immola. Ainsi, il découragea l'ambition de tous les scélérats, les contraignit à se tenir au second rang et à n'être que des valets assassins et incendiaires. On ne saura qu'imparfaitement tous les mystères de son ambition ; il n'admit aucun confident à connoître ses arrière-pensées. Son ame vivoit solitaire. On n'a jamais publié sa correspondance intime, ni ses papiers ; peut-être auroient-ils expliqué pourquoi deux mois avant sa ca- castrophe *Robespierre* s'étoit éloigné des séances du comité de salut public ? Vouloit-il rejeter sur ses membres l'exécution générale, les faire regarder comme les uniques auteurs de tous les meurtres, et les livrer à la vengeance d'un peuple qui commençoit à murmurer de voir couler tant de sang ? Exciter à la barbarie pour en profiter, la faire cesser pour arriver à l'instant même au souverain pouvoir : étoit une spéculation atroce et digne de lui. Les feuilles publiques en ont tracé ce portrait qui lui ressemble. « Sa taille étoit de cinq pieds deux pouces, son corps jeté d'aplomb, sa démarche vive et brusque. Il crispoit souvent ses mains par une espèce de contraction de nerfs qui se faisoit sentir dans ses épaules et dans son cou. Ses habits étoient d'une propreté élégante, sa chevelure toujours soignée. Sa physionomie paroissoit un peu renfrognée, son teint livide et bilieux, ses yeux mornes et éteints. Il portoit presque toujours des conserves. Il sut adoucir avec art sa voix naturellement aigre et criarde, et donner de la grace à son accent artésien. Il avoit calculé le prestige de la déclamation, et jusqu'à un certain point il en possédoit le talent. L'antithèse dominoit dans ses discours où il employoit souvent l'ironie ; son style n'étoit point soutenu ; sa diction inégale, âpre, souvent triviale, étoit toujours cousue de lieux communs et de divagations sur la vertu, le crime, les conspirations. Orateur médiocre, lorsqu'il avoit préparé son discours ; s'il s'agissoit d'impression, il étoit au-dessous de la médiocrité. Sa logique fut souvent adroite dans ses ses sophismes : il réfutoit avec habileté ; mais en général sa tête étoit stérile et la sphère de ses idées étroite, comme il arrive presque toujours à ceux qui s'occupent trop d'eux-mêmes. La gloire littéraire fut un de ses vœux ; mais il ambitionnoit encore plus la gloire politique. Il parloit avec mépris de *Pitt*, et cependant il ne voyoit rien au-dessus de ce dernier que lui-même. Les injures des journaux Anglois chatouilloient délicieusement son cœur ; quand il les dénonçoit, son accent, son expression caractérisoient la jouissance de son amour propre : il savougoit comme des madrigaux les sarcasmes du duc d'*Yorch*. Ce fut un délice pour lui d'entendre nommer un jour les armées Françoises, les troupes de *Robespierre*. A la fois audacieux et lâche, il couvroit ses manœuvres d'un voile épais, et souvent il désignoit ses victimes avec hardiesse. Un représentant faisoit-il une proposition qui lui déplaisoit, il se retournoit brusquement et l'envisageoit d'un air menaçant pendant quelques minutes. Foible et vindicatif, sombre et sensuel, chaste par tempérament et libertin par imagination, il méloit de la coquetterie dans son ambition. Il faisoit emprisonner des femmes pour avoir le plaisir de leur rendre la liberté, et faisoit couler leurs pleurs pour les essuyer. » L'astuce étoit après l'orgueil le trait le plus marqué de son caractère. Il n'étoit environné que de gens qui avoient de graves reproches à se faire : d'un mot il pouvoit les placer sous le glaive. Il protégea et fit trembler une partie de la Convention ; il transforma les er- reurs en crimes, les crimes en erreurs. Toutes les fois qu'il fut attaqué, c'étoit la liberté qu'on attaquoit. Il ne sut point créer les circonstances ; aussi les circonstances le perdirent et le précipitèrent dans la classe abhorrée de ceux qui ont opprimé leurs semblables et ont voulu parvenir sur des monceaux de victimes à la tyrannie.
ROBILLARD, (N...) jeune savant dont les lumières furent précoces, étoit fils d'un professeur à l'école d'artillerie de Metz. A l'âge de 16 ans, il adressa à l'académie des Sciences un *Traité* sur l'application de la géométrie ordinaire et des calculs différentiel et intégral à la résolution de plusieurs problèmes, et cette compagnie savante en fit l'éloge dans ses *Mémoires* de l'année 1740. Cet ouvrage a été publié depuis à Paris en 1753, in-4°, avec 30 planches ; l'auteur n'existoit plus alors et avoit été enlevé aux sciences à l'âge de 20 ans.
ROBIN, (Jean) a publié une *Description* du jardin des Tuileries, 1608, in-folio, qui est recherchée principalement pour les planches dessinées par *Pierre Valet*.
ROBINET, (Urbain) pieux et savant docteur de Sorbonne, chanoine et grand vicaire de Paris, abbé de Bellozane, mort le 29 septembre 1758, âgé de 75 ans, étoit Breton. Il est le rédacteur du *Bréviaire* de Rouen qui est un chef-d'œuvre en ce genre, Rouen, 1736. Il publia en 1744 : *Breviarium Ecclesiasticum Clero propositum* : ce *Bréviaire* a été adopté par les évêques de Cahors et du Mans. K k 514 ROB
ROBINS, (Benjamin) célèbre mathématicien Anglois, né à Bath en 1707, fut chargé d'aller faire des observations dans les Indes. Il y arriva en 1750 et y mourut le 19 juillet de l'année suivante d'une maladie de langueur causée par la chaleur du climat. Il expira, suivant Jacques Wilson éditeur de ses Œuvres, la plume à la main, au fort de Saint-David. Robins étoit membre de la Société royale de Londres et ingénieur général de la compagnie des Indes Orientales. On lui doit d'excellens principes d'artillerie qui parurent à Londres en 1742. L'auteur y offre le résultat de ses expériences sur la force de la poudre à canon et sur la résistance de l'air aux mouvemens des corps qui le traversent. L'importance de ses recherches a fait traduire l'ouvrage dans toutes les langues; et Euler lui-même s'est mis au nombre des traducteurs, en enrichissant la théorie de l'auteur Anglois d'un Commentaire très-étendu. Il y en a trois Traductions françaises: la première de le Roy; la seconde de Dupuy professeur à Grenoble, publiée en 1771; la troisième de Lombard professeur d'artillerie à Auxonne, imprimée en 1783, in-8.º Celle-ci offre de plus que les autres les Commentaires d'Euler. On a attribué à Robins les Voyages d'Anson, publiés sous le nom de Walter.
ROBOAM, roi de Juda, succéda à Salomon son père l'an 975 avant Jésus-Christ. A peine fut-il monté sur le trône, que Jéroboam à la tête du peuple, alla le prier de décharger ses sujets des impôts immenses dont son père les avoit accablés. Roboam livré à de jeunes courtisans, ne lui répondit qu'en menaçant le peuple d'un traitement encore plus fâcheux. Si mon père, leur dit-il, vous a fouetté avec des verges, je vous fouetterai avec des scorpions. C'étoit la réponse d'un tyran. Cette dureté fit soulever dix tribus qui se séparèrent de Roboam, et qui choisirent Jéroboam pour leur roi. Telle fut l'origine du royaume d'Israël. Roboam, auquel il n'étoit resté que deux tribus, fut ensuite attaqué par Sésach roi d'Égypte. Ce prince suivi d'une armée innombrable, entra dans le pays et prit en peu de temps toutes les places de défense. Jérusalem où le roi s'étoit retiré avec les principaux de sa cour, alloit être assiégée. Pour leur ôter toute espérance, Dieu envoya le prophète Séméias qui leur déclara de sa part, que puisqu'ils l'avoient abandonné, il les abandonnait aussi au pouvoir de Sésach. Cette menace les toucha. Le Seigneur, fléchi par leur repentir, adoucit la rigueur de l'arrêt porté par sa justice. Sésach se retira de Jérusalem après avoir enlevé les trésors du temple du Seigneur et ceux du palais du roi. Roboam continua de vivre dans l'iniquité. Il mourut l'an 958 avant Jésus-Christ, après avoir régné dix-sept ans, laissant le royaume à Abia l'un de ses fils.
ROBOREUS, Voyez ROVÈRE.
ROBORTELLO, (François) né en 1516 à Udine dans le Frioul, enseigna avec réputation la rhétorique et la philosophie morale à Lucques, à Pise, à Bologne et à Padoue, où il mourut le 18 mars 1567, dans sa 51ᵉ année. On a de lui : I. *Traité d'Histoire*, 1543, in-8°, très-superficiel. II. *Des Commentaires* sur plusieurs poètes Grecs et Latins. III. *De vita et victu populi Romani sub Imperatoribus*, 1559, in-folio ; livre savant et curieux. IV. Un grand nombre d'autres *Écrits*, dans lesquels il fait souvent paroître un orgueil et une aigreur indignes d'un homme de lettres. *Baptiste Egnace* qu'il avoit outragé, s'en venges par un coup de poignard qui le blessa dangereusement.
RÓBUSTI, *Voyez* I. TINTORET.
ROCCABERTI, (Jean-Thomas de) né vers 1624 à Péselade sur les frontières du Roussillon et de la Catalogne, d'une maison illustre, entra jeune dans l'ordre de *Saint-Dominique*. Il devint provincial d'Aragon en 1666, général de son ordre en 1670, archevêque de Valence en 1676 et grand inquisiteur de la foi en 1695. Il s'acquit l'estime du roi Catholique qui le fit deux fois vice-roi de Valence. Il employa le temps que lui laissoient ses places à composer plusieurs ouvrages. Les principaux sont : I. Un Traité indigeste, *De Romani Pontificis auctoritate*, en 3 vol. in-folio, estimé des Ultramontains. II. *Bibliotheca Pontificia*. C'est un immense *Recueil* de tous les Traités composés par différens auteurs en faveur de l'autorité et de l'infaillibilité du pape, imprimé à Rome en 1700 et années suivantes, en 21 vol. in-folio. Le parlement de Paris en défendit le débit en France ; les préjugés et les erreurs dont il est rempli, le défendoient déjà assez. III. Un livre intitulé : *Ali-* *ment spirituel*, etc. Il mourut le 13 juin 1699, à 73 ans.
ROCCA, (Ange) né en 1545 à Rocca-Contrata dans la Marche d'Ancone, mort à Rome le 7 avril 1620, à 75 ans, étoit entré dans l'ordre des Hermites de Saint-Augustin en 1552. Il fut secrétaire de son ordre pendant six ans, c'est-à-dire jusqu'en 1585, que *Sixte V* instruit de son savoir, l'appela au Vatican. Ce pape le chargea de veiller à l'impression de la *Bible*, des *Conciles* et des *Pères* qu'il faisoit faire dans l'imprimerie apostolique. Il fit diverses remarques sur l'Écriture-Sainte et sur les *Pères* ; mais on ne lit plus ses *Commentaires*. Il s'y sert indifféremment des bons et des mauvais auteurs, de monumens authentiques et de pièces douteuses. Il écrit nettement, mais sans élévation. Ses différens ouvrages parurent à Rome, 1719, en deux vol. in-folio. Les littérateurs font quelque cas de la *Bibliotheca Vaticana illustrata* de cet auteur, quoique fort inexacte. Son *Thesaurus pontificarium antiquitatum, necnon rituum ac ceremoniarum*, 2 vol. in-folio, Rome, 1645, est un recueil curieux. Rocca avoit travaillé pendant quarante ans à se former une riche collection de livres. Il en fit présent au monastère de Saint-Augustin de Rome, à condition qu'elle seroit publique. Il fut le premier dans cette capitale qui destina sa bibliothèque à l'usage du public, et ce bienfait fit donner à la sienne le nom de *Bibliothèque angélique*. On estime son Traité, *De Campanis*, Rome, 1612, in-4° ; on le trouve dans le second volume du *Thesaurus* K k 2 *Antiquitatum Romanarum de Salengre.*
ROCH, (Saint) né à Montpellier d'une famille noble, perdit son père et sa mère à l'âge de vingt ans. Il alla à Rome en pèlerinage : il y guérit un grand nombre de personnes affligées de la peste, et à son retour il s'arrêta à Plaisance affligée de cette maladie. Roch en fut frappé lui-même, et contraint de sortir de la ville pour ne pas infecter les autres. Il se retira dans une forêt, où le chien d'un gentilhomme voisin nommé Gothard, lui apportait tous les jours un pain. Guéri de la contagion, il retourna à Montpellier et y mourut le 13 août 1327. Cet article est composé d'après les traditions populaires, et ces traditions sont fondées sur des légendes de peu d'autorité. On peut et l'on doit invoquer St. Roch ; mais on ne croit pas qu'il soit nécessaire pour le salut, de croire tout ce qu'on a dit de son chien. I. ROCHE, (Étienne de la) publia en 1538 un *Traité* d'arithmétique et de géométrie, auquel le libraire *Huguetan* ajouta des *Tables* pour en faciliter l'usage.
II. ROCHE, (Jean de la) né dans le diocèse de Nantes, entra dans la congrégation de l'Oratoire. Son talent pour la prédication se manifesta de bonne heure. Il remplit avec succès les principales chaires de la province et de la capitale. Cet orateur mourut en 1711, dans sa 55e année. On a de lui un *Avent*, un *Carême* et des *Nystères*, en 6 vol. in-12, et 2 vol. in-12 de *Panégyriques*. C'est principalement dans ce dernier genre qu'il excelloit. Ses Panégyriques de St. Augustin et de St. Louis furent applaudis lorsqu'il les débita, et plaisent encore lorsqu'on les lit. Ses Sermons sont solides, et l'Évangile n'y est pas défiguré par le vernis de nos orateurs à la mode. Ils sont écrits avec noblesse et avec élégance. Racine portait l'enthousiasme jusqu'à dire qu'il trouvoit plus de beautés dans les Sermons du P. de la Roche, que dans ses propres ouvrages. La postérité n'a pas confirmé ce jugement dicté par la modestie.
III. ROCHE, (Antoine-Martin) ex-Oratorien, né dans le diocèse de Meaux, fut un exemple de mortification et de vertu. Lorsqu'il eut quitté l'Oratoire par esprit de modération et de paix dans les temps orageux de la Bulle, il se retira chez une pieuse veuve à Paris où il vécut aussi solitaire que dans les forêts ; il termina sa sainte carrière en 1755, avant la 50e année de son âge. On a de lui un *Traité de la nature de l'Ame et de l'origine de ses connoissances*, contre le système de Locke et de ses partisans, en 2 gros volumin-12, qui ont paru en 1759. Cet ouvrage solide et bien écrit mérite d'être lu.
IV. ROCHE, (Jacques-Fontaine de la) prêtre également fanatique et vertueux, né à Fontenai-le-Comte le 5 mai 1688, mort le 26 mai 1761, à 73 ans, vécut à Paris dans une obscurité prudente. Il eut depuis 1631 la principale part aux feuilles qui paroissient toutes les semaines sous le titre de *Nouvelles Ecclésiastiques*. Il avait été pourvu d'une cure dans le diocèse de Tours; mais il quitta la houlette pastorale en 1728, pour prendre la plume de journaliste. D'abord les Nouvelles ecclésiastiques n'étoient que la copie de différens extraits de lettres qui venoient de diverses provinces. Elles prirent en 1729 la forme d'un ouvrage travaillé sur un certain plan. Charles-Robert Berthier ancien vicaire de Saint-Barthélemi, mort à Paris le 23 août 1767, y a eu aussi beaucoup de part. On a donné à Paris en 1767 la Table des matières de ces feuilles depuis 1728 jusqu'en 1760 inclusivement, 2 gros vol. in-4. L'édition de Paris a été contrefaite à Utrecht. Pour la completer, il faut y joindre les Nouvelles Ecclésiastiques ou Avant-nouvelles depuis l'arrivée de la Constitution en France à la fin de 1713 jusqu'au 23 février 1728, que les Nouvelles Ecclésiastiques ont commencé d'être publiées, à Paris, 1731, in-4°, de 194 pages. L'éditeur de Ladvocat fait mourir l'abbé de la Roche en 1767; nous avons suivi l'éditeur de la Méthode pour l'Histoire de l'abbé Lenglet, qui est beaucoup plus instruit. L'un de ses coopérateurs fut l'abbé Berthier, (Charles-Robert) ancien vicaire de Saint-Barthélemi, mort à Paris en 1766, à 82 ans. Il avoit pris le nom de Dupuy pour échapper aux poursuites de la police. V. ROCHE, (Jean-Baptiste de la) docteur de Sorbonne et prédicateur du roi, mort depuis quelques années, a publié le Panégyrique de Ste Geneviève, des Remarques sur les Pensées de la Rochefoucault, et sur les Quatrains de Pibrac et de Matthieu; une édition des Pseaumes de David, distribués pour tous les jours du mois, de l'Office de St. Côme et de St. Damien, et du Bréviaire de Citeaux. On doit encore à ce laborieux écrivain : I. Œuvres mêlées, 1733, in-12. Elles renferment un Discours sur le but qu'a eu Virgile en composant ses Bucoliques, et une Traduction en vers françois des Eglogues de ce poète. II. Oraison funèbre du duc d'Orléans, 1753, in-4. III. Règles de la Vie chrétienne, 1753, trois vol. in-12. IV. Année dominicale, huit vol. in-12. V. Lettres littéraires sur divers sujets, deux vol. in-12. VI. Cosmographie pratique, in-12. VII. Mémoires historiques et curieux, 2 vol. in-12. VIII. Les Œuvres de la chair et les Fruits de l'esprit, in-12. IX. Mélanges de maximes Chrétiennes sur la religion, la morale et la nature, 1769, in-12. X. Entretiens sur l'orthographe françoise, 1778, in-8.
ROCHE, (La) Voyez TIPHAIGNE.
ROCHEBLOND, (Charles HOTMAN, dit la) bourgeois de Paris, fut l'auteur de la faction connue sous le nom des Seize, parce qu'ils avoient distribué à seize d'entre eux les seize quartiers de Paris. Elle se forma en 1589 pendant la Ligue. Le but de cette association séditieuse étoit de s'opposer aux desseins du roi Henri III, lequel favorisoit, disoit-on, les Huguenots, et d'empêcher que le roi de Navarre ne succédât à la couronne de France. La Rocheblond eut d'abord une conférence secrète avec deux curés, l'un de Saint-Séverin, et l'autre de Saint-Benoît à Paris. 718 ROC Peu de jours après, ces curés unis à deux docteurs, en attirèrent huit autres à leur parti; et ce furent-là comme les douze faux Apôtres, et les fondateurs de la Ligue de Paris qui fut bientôt composée d'une foule de fanatiques de tout état. Pour garder quelque ordre dans cette conspiration, ils en choisirent *Seize* d'entre eux, auxquels on distribua les seize quartiers de la ville de Paris, afin d'y observer ce qui se feroit et d'y exécuter tous les ordres de leur conseil. Cette faction se joignit à la grande Ligue commencée à Péronne; mais elle eut aussi ses intérêts particuliers, et ne seconda pas toujours les intentions du duc de *Guise* ni celle du duc de *Mayenne*, à qui elle préféra le roi d'Espagne... *Voyez* MAYENNE.
ROCHEBRUNE, poète agréable et auteur de plusieurs Chansons, étoit ami de la *Mothe*, et fut compris dans les couplets adressés à J. B. Rousseau. *Rochebrune* est mort vers 1732. C'est lui qui fit les paroles de la *cantate* d'*Orphée*, qui devint le triomphe du musicien *Cléarmault*.
ROCHECHANDIEU, *Voyez* CHANDIEU. I. ROCHECHOUART: (René de) baron de Mortemart et seigneur de Vivonne, étoit d'une des plus anciennes familles du royaume, qui remonte au onzième siècle et qui subsiste en plusieurs branches, (*Voy. II. JARS* [chevalier de]) et à laquelle la terre de Rochechouart en Poitou avoit donné son nom. Il servit dès l'âge de quinze ans au siège de Perpignan, et s'y signala par sa valeur. Il se trouva ensuite à la défense de Metz en 1552, et après avoir acquis beaucoup de gloire dans diverses occasions importantes, il mourut le 17 avril 1587, à 61 ans, laissant plusieurs enfans de *Jeanne de Sauix* fille du maréchal de *Tavannes*. — L'aîné *Gaspard de ROCHECHOUART*, mort en 1643, à 68 ans, fut le père de *Gabriel de Rochechouart* duc de Mortemart, pair de France et premier gentilhomme de la chambre, qui mourut le 26 décembre 1675. C'étoit un seigneur plein d'ambition et d'esprit.
II. ROCHECHOUART, (Louis-Victor) duc de Mortemart et de Vivonne, prince de Tonnay-Charente, fils de *Gabriel* duc de Mortemart, né en 1636, servit de maréchal de camp à la prise de Gigeri en Afrique l'an 1664, à celle de Douai en Flandre en 1667, et au siège de Lille l'année d'après. Sa valeur le fit choisir pour conduire les galères du roi au secours de Candie où il fut en qualité de *Général de la Sainte-Eglise*, titre dont le pape *Clément IX* l'honora. Ce pontife pénétré de reconnaissance pour les services qu'il avoit rendus à cette occasion, lui permit de porter dans l'écusson de ses armes, lui et sa postérité, le *Gonfalon* de l'Eglise. Il ne se distingua pas moins dans la guerre de Hollande en 1672, où il reçut une blessure dangereuse, et gagna avec du *Quesne* deux batailles contre *Ruyter*. Le bâton de maréchal de France, le gouvernement de Champagne et de Brie et la place de général des galères, furent les récompenses de son courage et le fruit de la faveur de la marquise de *Montespan* sa sœur. Devenu vice-roi de Messine, il s'y fit aimer et respecter. Ce seigneur mourut le 15 septembre 1688, avec la réputation d'un des plus beaux esprits de la cour. Il faisoit des vers; mais il n'en reste aucuns de lui qui méritent d'être retenus. On se souvient plus volontiers de ses bons mots. Louis XIV lui demandant ce que la lecture faisoit à l'esprit? Ce que vos perdrix font à mes joues. (Il faut remarquer qu'il avoit les couleurs extrêmement vives.) Le même prince le raillant sur sa grosseur. Parordinaire, devant le duc d'Aumont aussi gros que lui: Vous grossissez à vue d'œil, lui dit-il; vous ne faites point d'exercice. — Ah! SIRE, c'est une médisance, répliqua Vivonne: il n'y a point de jour que je ne fasse au moins trois fois le tour de mon cousin d'Aumont. On en rapporteroit beaucoup d'autres; mais ce qui est saillie dans le feu d'une conversation libre, devient souvent platitude lorsqu'on le répète.
III. ROCHECHOUART, (Marie-Magdeleine-Gabrielle de) sœur du précédent, abbesse de Fontevrault, morte le 15 août 1704, à 59 ans, laissa un grand nombre d'ouvrages manuscrits, qui donnoient une idée avantageuse de son savoir et de sa piété. Elle avoit un esprit fécond, une mémoire heureuse et un génie propre à tout. Elle se délassoit de la lecture des philosophes, par celle des poètes. Homère, Virgile, Platon, Cicéron lui étoient familiers, ainsi que les langues dans lesquelles ils ont écrit, et quelques-unes des modernes.
IV. ROCHECHOUART, (Françoise-Athenaïs de) sœur de la précédente, fut d'abord connue sous le nom de Mlle de Tonnay-Charente. Sa beauté la rendit encore moins célèbre que le caractère de son esprit, plaisant, agréable et naturel. Recherchée par les plus grands seigneurs, elle fut mariée au marquis de Montespan qui lui sacrifia des partis considérables, et qui ne fit qu'une ingrate. La duchesse de la Vallière maîtresse de Louis XIV, l'admit dans sa société, et le roi ne la regarda d'abord que comme une aimable étourdie. Elle agaçoit sans cesse ce monarque qui disoit en se moquant à Mad. de la Vallière: Elle voudroit bien que je l'aimasse; mais je n'en ferai rien. Il ne tint pas parole, et il fut bientôt épris de ses charmes. La marquise de Montespan régna avec empire. Elle aima le roi par accès, et encore plus l'argent. Ses fantaisies engagèrent ce prince dans des dépenses excessives et inutiles. Elle domina long-temps sur le cœur de ce monarque; mais son humeur impérieuse et bizarre l'en chassa peu à peu. Elle avoit supplanté la Vallière, et elle fut supplantée à son tour, d'abord par la duchesse de Fontanges, puis par la marquise de Maintenon. Louis XIV lui ordonna de quitter la cour vers 1680; et elle mourut en 1707, âgée de 66 ans, à Bourbon, où elle avoit été prendre les bains. Elle avoit ordonné par son testament, que ses entrailles seroient portées à la communauté de Saint-Joseph. Elles jetoient une si grande puanteur, à cause de la chaleur de la saison, que le porteur revint sur ses pas, et alla les remettre aux 920 ROC Capucins de Bourbon. Le Père Gardien infecté de cette odeur, les fit jeter, dit-on, aux chiens. Quand on apprit à la cour ce qu'étoient devenues les entrailles de Mad. de Montespan, un de ses amis (c'étoit un ami de cour,) dit : Est-ce qu'elle en avoit ? C'est la Beaumelle qui rapporte cette réponse, et elle peut bien avoir été faite après coup. Quoi-qu'elle eût naturellement beaucoup de fierté et de hauteur, son caractère étoit aussi rusé que son esprit étoit fin. Lorsqu'elle tentoit d'engager Louis XIV dans ses filets, elle tâchoit de donner lo change à la reine dont elle étoit dame d'honneur. Pour lui inspirer une haute opinion de sa vertu, elle communioit tous les huit jours en sa présence; elle visitoit les hôpitaux, et faisoit plusieurs de ces bonnes œuvres d'éclat qui trompent si souvent les hommes. Son crédit fut tel pendant quelque temps, que dans la promotion des maréchaux de France de 1679 elle fouilla dans les poches du roi pour y prendre la liste; et n'ayant pas vu le nom du duc de Vivonne son frère, elle éclata en reproches, et le roi ne la calma qu'en lui donnant le bâton. Dans les dernières années de sa vie, elle vit la perte de sa faveur avec une grandeur d'ame digne de sa naissance et du Christianisme. La religion lui inspira des sentimens de repentir et même d'humilité. Lorsque les derniers de ses domestiques manquoient au respect qu'ils lui devoient, elle en marquoit une sorte de joie, et recevoit avec plaisir ces petites humiliations en expiation de sa grandeur passée. Le P. de la Tour, de l'Ora- toire, son directeur, exigea d'elle qu'elle écrivit à son mari pour lui offrir de retourner avec lui, ou de se confiner dans l'endroit qu'il voudroit lui indiquer. « Qui a connu Mad. de Montespan, dit le duc de Saint-Simon, jugera que c'étoit là le sacrifice le plus héroïque. » Elle en eut le mérite, sans être obligée de le consommer. Le marquis de Montespan lui fit dire qu'il ne vouloit ni la recevoir, ni lui rien prescrire, ni entendre parler d'elle. Cependant elle prit le deuil, à sa mort, comme une veuve ordinaire. Peu à peu, elle se dévoua entièrement aux pauvres. Elle travailloit pour eux plusieurs heures par jour à des ouvrages grossiers, et y fit travailler les femmes qui l'environnoient. Sa table qui avoit été servie avec délicatesse et avec profusion, devint plus frugale; elle multiplia ses jeûnes et ses prières. Ses macérations furent continuelles. Ses chemises et ses draps étoient de grosse toile écrue, mais cachés sous des draps et une chemise ordinaires. Elle portoit sans cesse des bracelets, des jarretières et une ceinture à pointes de fer; et sa langue autrefois si à craindre, eut aussi sa pénitence. Les frayeurs de la mort la tourmentoient tant, que la nuit plusieurs femmes la veilloient. Elle couchoit les rideaux ouverts avec beaucoup de bougies dans sa chambre; et ses veilleuses avoient ordre de causer, de manger, ou de jouer pour se prémunir contre le sommeil. Au milieu de ses mortifications et de ses craintes, elle ne put se défaire de l'extérieur de reine qu'elle avoit usurpé dans sa faveur, et qu'elle conserva dans sa disgrace. Il n'y avoit dans sa chambre qu'un seul fauteuil où elle recevoit les hommages des grands, des princes, des princesses sans se déranger et sans les reconduire. Des graces qui lui étoient particulières, assaisonnées d'une politesse fine et de traits d'esprit piquans adoucissoient ce que sa fierté pouvoit avoir de dur. Elle conserva sa beauté et sa santé jusqu'à ses derniers jours; cependant elle se croyoit toujours malade et quelquefois aux portes du tombeau. Cette inquiétude entretenoit en elle le goût des voyages; et dans ces voyages elle menoit sept à huit personnes avec elle pour la désennuier. La dernière fois qu'elle alla à Bourbon, elle paya pour deux ans les pensions de charité qu'elle faisoit, persuadée qu'elle ne reviendroit plus, et elle ne se trompa point. M. du Radier a fait un parallèle de Mad. de Montespan et de Mad. de Maintenon, dont nous rapprocherons les principaux traits. La première avoit du feu dans l'imagination, de la délicatesse, de la vivacité dans la manière de concevoir, de penser et de s'exprimer. La seconde, pensant avec justesse et s'exprimant avec précision, connoissoit peu les graces légères, et son enjouement même avoit quelque chose de sérieux. « Ayant passé son enfance dans la pauvreté, environnée de malheureux qu'elle avoit envisagés de près parce qu'elle en faisoit partie, elle compatit à leur misère. Mad. de Montespan, au contraire, aspirant à de grands établissemens, à de grandes richesses parce qu'elle étoit environnée de grands titres, de hautes dignités héréditaires à sa maison, ne voyoit pas la misère des peuples, l'indigence des provinces. L'une pouvoit être regardée comme une femme sage, formée par l'expérience; l'autre comme une femme aimable et spirituelle, formée par la nature. Avec le goût des amusemens et des plaisirs, on adoroit Mad. de Montespan; l'âge de la réflexion conduisoit du côté de Mad. de Maintenon. Je doute que Louis XIV l'eût aimée à 30 ans; il s'en occupa entièrement à 50. La piété de l'une fut d'abord amour propre, ensuite devint sentiment; celle de Mad. de Montespan (car elle devint pieuse après sa retraite,) étoit peut-être plus éclairée. Sa manière de penser sur le fameux P. de la Chaise, qu'elle appeloit une Chaise de commodité, prouve qu'elle ne se méprenoit pas à sa conduite; et on seroit tenté de croire que Madame de Maintenon cherchoit à s'aveugler sur le compte des directeurs. L'abbé Gobelin vouloit qu'elle n'eût point d'esprit, et elle se disposoit à lui obéir. » Nous ne pensons pas en tout comme M. du Radier. La confiance qu'avoit Mad. de Maintenon dans l'abbé Gobelin, qu'elle connoissoit processif et ambitieux, n'étoit point aveugle; mais elle lui avoit donné la sienne, et on la retire difficilement. D'ailleurs une grande différence entre les deux favorites, c'est qu'il ne reste rien de Mad. de Montespan, et Mad. de Maintenon a laissé un monument qui l'immortalisera, la Maison de Saint-Cyr. Elle sanctifia ses liaisons avec le roi par le sceau de la religion; et comme amie et comme femme de Louis XIV, elle fut également respectable. Mad. de Montespan eut de son démettre en 1648, il se retira au château de Margon, dans le diocèse de Beziers. Il y mourut le 21 mai 1651, à 75 ans. Ce prélat avoit beaucoup d'ardeur dans le caractère, et cette ardeur le fit entrer dans la révolte de Montmorenc. Ses connoissances étoient très-vastes, sur-tout dans les langues Orientales. On a de lui: I. Chronologia Præsulum Lodovensium, Aramont, 1634, in-4.º II. Un Dictionnaire hébreu, Lodovæ, 1645, 3 vol. in-fol.
PLANTAVIT DE LA PAUSE, (Guill.) Voyez MARGON.
PLANTERRE, (N.) d'abord acteur à Paris, mort dans cette ville au commencement de l'an huit, dans la misère et laissant une famille nombreuse, a donné au théâtre, I. Agnès de Châtillon, opéra en trois actes. II. Midas au Parnasse, III. Les deux Hermites, opéra en un acte. IV. La Famille indigente, V. Le Bailli coiffé, la Tentation de St. Antoine, les Charlatans, la triple Vengeance, etc.
PLANTIN, (Christophe) né à Mont-Louis près de Tours en 1514, porta à un haut degré de perfection le bel art d'imprimer, qu'il avoit appris de Robert Macé imprimeur à Caen. Il se retira à Anvers, et le bâtiment qui servoit à ses presses, étoit regardé comme un des principaux ornemens de cette ville. Les dépenses qu'il avoit faites pour se procurer les plus beaux caractères et les plus savans correcteurs, (Voy. I. KILIAN.) montoient à des sommes immenses. On prétend même qu'il employoit des caractères d'argent. Une riche bibliothèque ajoutoit à l'admiration des étran- gers. Le détail des ouvrages sortis de ses presses seroit trop long. Il mourut en 1589, à 75 ans, avec le titre d'archi-imprimeur du roi d'Espagne, après avoir amassé de grandes richesses, dont il se servit pour honorer les sciences et aider les savans. Jean Douza lui fit cette Epitaphe: Doctorum si jacturam, Plantine, vi- rorum Respicimus, fator, vixeris ipse parum; Si meritum, studiumve, exantlasque labores Pro Musis soties, vixeris ipse satis. Malgré cet éloge, Plantin avoit plus de réputation en qualité d'imprimeur, qu'en qualité d'homme docte. S'il en faut croire Balzac, il ignoroit la langue latine, quoiqu'il fit semblant de la savoir. Juste-Lipse, dit-il, lui garde fidèlement le secret jusqu'à sa mort. Il lui écrivoit des lettres en latin, et dans le même paquet, il lui en envoyoit l'explication en flamand. Mais comment tant de savans qui visitèrent Plantin, ne s'apporçurent-ils pas de son ignorance? C'est ce que Balzac n'explique point, et ce qui rend son anecdote un peu difficile à croire. Son chef-d'œuvre est la Polyglotte, qu'il imprima sur l'exemplaire d'Alcala. Cette édition lui fut aussi glorieuse que préjudiciable. Philippe II ayant exigé avec rigueur l'argent qu'il lui avoit prêté pour cette entreprise, il faillit à être ruiné. Ce remboursement gêna du moins beaucoup son commerce. La devise de Plantin étoit un compas, avec ces mots: Labore et constantid.
PLANUDES, (Maxime) moine de Constantinople, floris- 522 ROC époux, un fils connu sous le nom de duc d'Antin, (Voyez ce mot) dont la postérité finit en 1757, dans son petit-fils. Voy. II. GONDRIN.
ROCHECHOUART, (François de) chevalier de Jars, Voyez II. JARS.
ROCHE-FLAVIN, (Bernard de la) né l'an 1552 à Saint-Cernin en Rouergue, fut d'abord conseiller à Toulouse, puis au parlement de Paris. Son savoir lui procura la place de premier président en la chambre des requêtes au parlement de Toulouse, puis celle de conseiller d'état. Il mourut en 1527, à 76 ans. On a de lui : I. Un excellent Recueil des Arrêts notables du parlement de Toulouse, imprimé en cette ville, 1720, in-4.º On y trouve un Traité des Droits Seigneuriaux, très-consulté. II. Un grand Traité des Parlemens, 1617, in-fol., etc. plein de recherches et peu commun. I. ROCHEFORT, (Gui de) seigneur de Pleuvaut, d'une maison originaire de Bourgogne, s'appliqua à l'étude des belles-lettres, et se signala à la guerre et dans le conseil de Charles duc de Bourgogne qui le fit son conseiller et son chambellan. Ses services n'empêchèrent pas qu'on ne lui rendit de mauvais offices auprès de ce prince. Louis XI lui ayant fait des offres avantageuses, il vint servir ce monarque, qui le fit premier président au parlement de Dijon, en 1482. Charles VIII son fils l'appela auprès de sa personne, et l'honora de la charge de chancelier en 1497. Il mourut le 15 janvier 1507, après avoir soutenu la di- gnité de la couronne d'une manière qui rend sa mémoire immortelle. C'est lui qui fit créer le grand conseil en 1497. — Guillaume DE ROCHEFORT son frère, chancelier de France comme lui, mais moins célèbre, étoit mort en 1492. Il détourna Charles VIII de dépouiller Anne de Bretagne, et lui persuada de l'épouser, pour réunir plus sûrement et plus honorablement cette province à la couronne.
II. ROCHEFORT, (Henri-Louis d'Aloigni de) d'une famille noble connue dès le xivᵉ siècle, se signala dans la guerre contre les Espagnols, et après la paix des Pyrénées il suivit la Feuillade en Hongrie où il ne montra pas moins de valeur. De retour en France, il servit avec distinction et parvint à la dignité de maréchal de France en 1676. Il mourut la même année. Il étoit capitaine des Gardes du corps et gouverneur de Lorraine. Son fils, mort en 1701 sans alliance, laissa une sœur héritière, mariée d'abord au marquis de Nangis de la maison de Brichanteau, et ensuite au comte de Blanzac de celle de la Rochefoucauld.
III. ROCHEFORT, (César de) avocat, né à Lyon, publia dans cette ville un Dictionnaire général et curieux, 1684, infolio.
IV. ROCHEFORT, (Guillaume de) de l'académie des Inscriptions et Belles-Lettres, naquit à Lyon en 1731. Il eut d'abord un petit emploi dans les finances. Mais né pour la belle littérature plutôt que pour les calculs, il quitta la province et se fixa à Paris. Il aimoit le grec et les vers : il entreprit une traduction complète d'Homère, dont les discours préliminaires sont écrits avec une clarté élégante, et dont les nots sont instructives sans pédantisme. Quant à la version elle-même, on trouve de la grace, de la facilité, de la sensibilité dans divers morceaux; mais le plus grand nombre manque d'harmonie, de précision, d'énergie; et les grandes images d'Homère y sont trop souvent rendues par des images communes. Cependant comme les efforts de l'auteur étoient louables et quelquefois heureux, le roi lui permit de donner à l'Imprimerie royale une fort belle édition de sa traduction de l'Iliade et de l'Odyssée, en 1781, in-4.º Plein des anciens, Rochefort composa trois tragédies, Ulysse, Antigone et Electre, où il imita trop la simplicité des tragiques Grecs. Sa comédie des deux Frères donnée au théâtre François, n'y réussit point, parce qu'elle est foible d'intrigue et de caractères. Ses ouvrages en prose eurent un meilleur succès. Nous avons de lui : I. Une Réfutation du trop fameux Système de la Nature, in-12. II. Histoire critique des opinions des Anciens sur le Bonheur, 1778, in-8.º III. La Traduction complète du Théâtre de Sophocle, qu'il a rendu avec fidélité, avec élégance, et orné de notes qui respirent le goût et la saine critique. IV. Divers Mémoires dans ceux de l'Académie des Belles-Lettres, où l'on trouve le littérateur instruit et l'écrivain exercé. Cette compagnie le perdit en 1788. Une ame franche, loyale, généreuse, inaccessible à l'envie, jointe à une politesse prévenante, pleine d'attentions et d'égards au désir de plaire et d'obliger, rendent son souvenir précieux à ses confrères et à ses amis. Il avoit, pour réussir dans la société, ce qui manque à la plupart des savans, l'art d'oublier ses Livres et de s'occuper des autres, sans exiger qu'ils s'occupassent de lui. Il avoit épousé en 1776, une femme aimable dont il eut deux enfans, qu'il perdit presque au berceau.
ROCHEFORT, Voyez I. GARLANDE... Voyez MONTHLÉRI... Voyez RIEUX, n.º II. I. ROCHEFOUCAULD, (François comte de la) d'une maison ancienne connue au XIe siècle, qui ne le cède qu'à celle des princes, fut chambellan des rois Charles VIII et Louis XII. Il fit admirer à la cour son caractère bienfaisant, généreux, droit et sincère. Il tint en 1494, François I sur les fonts baptismaux. Ce prince ayant obtenu le sceptre, conserva beaucoup de considération pour son parrain. Il le fit son chambellan ordinaire, il érigea, en 1515, la baronnie de la Rochefoucauld en comté. Ce monarque observe dans les lettres d'érection, que c'étoit en mémoire des grands, vertueux, très-bons et très-recommandables services qu'icelui François, son très-cher et amé cousin et parrain, avoit faits à ses prédécesseurs, à la couronne de France, et à lui. Le comte de la Rochefoucauld mourut en 1517, laissant une mémoire illustre et un nom respecté. C'est depuis lui que tous les aînés de sa famille ont pris le nom de François. — Son fils François II du nom, comte de la Rochefoucauld, soutint dignement la réputation de son père. Il épousa en 1528, Anne de Polignac, veuve du comte de Sancerre tué à la bataille de Pavie en 1525. Cette dame unissoit à toute la simplicité de la vertu, l'éclat de la représentation la plus brillante. Elle reçut en 1539, dans son château de Verteuil, l'empereur Charles-Quint. Ce prince fut tellement frappé de la dignité de ses manières, qu'il dit hautement, suivant un historien François, n'avoir jamais entré en maison qui mieux sentit sa grande vertu, honnêteté et seigneurie que celle-là. — François de la Rochefoucauld vᵉ du nom, né en 1588, mort le 8 février 1650, seigneur distingué par sa valeur et sa probité, obtint de Louis XIII les récompenses dues à son mérite. Ce prince le nomma chevalier de ses ordres en 1619, et érigea, en 1622, le comté de la Rochefoucauld en duché-pairie. Il fut père de François VI duc de la Rochefoucauld, dont nous célébrerons dans un article séparé, (n.º III,) l'esprit et les vertus.
II. ROCHEFOUCAULD, (François de la) né en 1558, de Charles de la Rochefoucauld, de la même famille que le précédent, se fit connoître très-avantageusement dès son enfance. Le roi Henri III le nomma en 1585, à l'évêché de Clermont, qu'il gouverna avec beaucoup de sagesse. Le pape Paul V instruit de son zèle pour faire recevoir le concile de Trente en France et pour détruire l'hérésie, lui envoya le chapeau de cardinal en 1607. Louis XIII voulant l'avoir plus près de sa personne, lui fit quitter l'évêché de Clermont pour celui de Senlis, en 1613. Ce prélat travailla beaucoup pour la réforme des ordres de Saint-Augustin et de Saint-Benoît, et il eut le bonheur d'introduire la réforme dans son abbaye de Sainte-Geneviève-du-Mont. Il mourut le 14 février 1645, à 87 ans. Cet homme illustre avoit des défauts; mais ils ont été réparés par sa piété, par l'innocence de ses mœurs et par de grandes vertus. Les Jansénistes lui ont reproché d'avoir fait de grands biens aux Jésuites, et d'avoir agi avec trop de chaleur dans les querelles excitées par le docteur Richer: Voyez sa VIᵉ, 1646, in-4°, par le P. la Morinière Chanoine régulier... Il étoit frère d'Alexandre de la Rochefoucauld, (Voyez BROSSIER,) et de Jean-Louis de la Rochefoucauld comte de RANDAN, tué à Issoire en 1690. Il laissa une fille, Marie-Catherine de la Rochefoucauld comtesse de Randan, dame d'honneur de la reine Anne d'Autriche; et gouvernante de Louis XIV dans son enfance. Cette dame qui avoit toutes les vertus de son sexe et tous les talens de sa place, mourut en 1677, à 89 ans. Elle avoit épousé le marquis de Senecey, dont elle eut une fille mariée au comte de Fleix de la maison de Foix.
III. ROCHEFOUCAULD, (François VI duc de la) prince de Marsillac, fils de François Iᵉʳ, duc de la Rochefoucauld, naquit en 1603. Sa valeur et son esprit le mirent au premier rang des seigneurs de la cour, qui mêloient les lauriers de Mars à ceux d'Apollon. Il fut lié avec la fameuse duchesse de Longueville; et ce fut en partie par l'instiga- tion de cette princesse qu'il entra dans les querelles de la Fronde. Il se signala dans cette guerre et sur-tout au combat de Saint-Antoine, où il reçut un coup de mousquet qui lui fit perdre quelque temps la vue. C'est alors qu'il dit ces vers si connus, tirés de la tragédie d'*Alcyonée* : Pour mériter son cœur, pour plaire à ses beaux yeux, Pal fait la guerre aux Rois, je l'aurois faite aux Dieux. On sait qu'après sa rupture avec Mad. de *Longueville*, il parodia ainsi ces vers : Pour ce cœur inconstant, qu'enfin je connois mieux, Pal fait la guerre aux Rois; j'en ai perdu les yeux. Après que ces querelles furent assoupies, le duc de la *Rochefoucauld* ne songea plus qu'à jouir des doux plaisirs de l'amitié et de la littérature. Sa maison étoit le rendez-vous de tout ce que Paris et Versailles avoient d'ingénieux. Les *Racine*, les *Boileau*, les *Sévigné*, les *La Fayette*, trouvoient dans sa conversation des agrémens qu'ils cherchoient vainement ailleurs. La goutte le tourmenta sur la fin de ses jours. Il supporta les douleurs de cette maladie cruelle avec la constance d'un philosophe. Son courage ne l'abandonnait que dans la perte des personnes qui lui étoient chères. Un de ses fils fut tué au passage du Rhin, et l'autre y fut blessé. « J'ai vu, dit Mad. de *Sévigné*, son cœur à découvert dans cette cruelle aventure. Il est au premier rang de ce que je connois de courage, de mérite, de tendresse et de raison. Je compte pour rien son esprit et ses agrémens. » Il mourut à Paris le 17 mars 1680, à 68 ans. Mad. de *Sévigné* dit en parlant de ses derniers momens : « Il est fort bien disposé pour la conscience, mais du reste c'est la maladie et la mort de son voisin dont il est question; il n'est pas effleuré. Ce n'est pas inutilement qu'il a fait des réflexions toute sa vie; il s'est approché de telle sorte aux derniers momens, qu'ils n'ont rien de nouveau ni d'étrange pour lui. » On trouve à la fin des Lettres de Mad. de *Maintenon*, un portrait bien peint du duc de la *Rochefoucauld*. « Il avoit une physionomie heureuse, l'air grand, beaucoup d'esprit, et peu de savoir, il étoit intrigant, souple, prévoyant; je n'ai pas connu d'ami plus solide, plus ouvert, ni de meilleur conseil. Il aimoit à régner. La bravoure personnelle lui paroissoit une folie, et à peine s'en cachoit-il; il étoit pourtant fort brave. Il conserva jusqu'à la mort la vivacité de son esprit qui étoit toujours fort agréable, quoique naturellement sérieux. » *Huet* nous apprend dans ses mémoires, que le duc de la *Rochefoucauld* refusa toujours de prendre place à l'académie Françoise, parce qu'il étoit timide et qu'il craignoit de parler en public. On a de lui : I. Des *Mémoires de la régence d'Anne d'Autriche*, à Amsterdam, (Trévoux) 1713, 2 volumes in-12; écrits avec l'énergie de *Tacite*. C'est un tableau fidèle de ces temps orageux, peint par un peintre qui avoit été lui-même acteur. II. Des *Réflexions* et des *Maximes*, réimprimées plusieurs fois en un petit vol. in-12. Quoi qu'il n'y ait presque qu'une idée dans ce livre, vraie à certains 126 ROC égards et fausse à d'autres, qui est que l'Amour propre est le mobile de tout, cependant cette pensée se présente sous tant d'aspects variés qu'elle est presque toujours piquante. « Ce petit recueil, dit Voltaire, écrit avec cette finesse et cette délicatesse qui donnent tant de prix au style, accoutuma à penser, et à renfermer ses pensées dans un tour vif et précis. C'étoit un mérite que personne n'avoit eu avant lui en Europe depuis la renaissance des lettres. » Les prétendus gens de goût l'accusèrent de donner dans l'affectation et dans une subtilité vicieuse; mais ces gens de goût avoient bien peu d'esprit. Le reproche que lui a fait l'abbé Trublet, de fatiguer par le changement des matières, par le peu d'ordre qui règne dans ses réflexions et par l'uniformité du style, paroît mieux fondé. Mais on a remédié en partie à ces inconvénients, du moins à celui du défaut de méthode, en rangeant sous certains titres, dans les dernières éditions, les pensées de l'auteur qui ont rapport à un même objet. « Le duc de la Rochefoucauld, dit M. Palissot dans ses Mémoires littéraires, ne reconnoissant d'autre mobile de nos actions que l'amour propre, son livre est moins l'histoire que la satire du genre humain. Mais cette satire plaît parce qu'elle flatte la malignité, et parce qu'elle dispense de l'admiration pour la vertu, en lui donnant avec le vice un principe commun qui la dépouille de l'héroïsme qu'on lui suppose. Elle plaît par le tour vif et précis que l'auteur à su donner à ses pensées, et parce qu'en effet on ne peut se dissimuler que l'homme, observé dans les grandes villes, ne soit un être infiniment dépravé. Mais est-ce un effet de sa constitution originelle et primitive, ou plutôt celle des conventions sociales? l'homme est-il, né méchant? nous osons croire que non. L'observateur a très bien caractérisé l'espèce qui l'entouroit; mais, placé dans une condition plus commune, plus simple, plus rapprochée de la nature, il eût vu les hommes d'un œil plus indulgent, organisés, non comme l'enfant robuste imaginé par Hobbes, mais au contraire nés timides et désarmés, plus foibles que méchans, plus dignes enfin de compassion que de haine. » Pour connoître combien valoit le duc de la Rochefoucauld, il n'y a qu'à consulter les Lettres de Mad. de Sévigné. Il eut plusieurs enfans de son mariage avec Andrée de Vivonne, dame de la Châteigneraie, morte en 1670. — Le plus connu est l'aîné, François duc de la ROCHEFOUCAULD; VIIe du nom, prince de Marsillac, grand veneur de France, grand maître de la garde-robe du roi, chevalier de ses ordres, né en 1634 et mort en 1714. Louis XIV aimoit son esprit et estimoit sa probité. Après la disgrace de Lauzun, ce prince lui offrit le gouvernement de Berri dont ce favori avoit été dépouillé. Marsillac le refusa d'abord, en lui disant: Je n'étois point ami de M. de Lauzun, que Votre Majesté ait la bonté de juger si je dois accepter la grace qu'elle me fait. Le roi insista et le força d'accepter, en lui conservant une pension de 12000 livres qu'il vouloit remettre entre les mains de ce monarque. Louis XIV, touché de son dé- sintéressement, de sa générosité, se tourna vers ses ministres, et leur dit : *J'admire la différence ; jamais Lauzun n'avoit daigné me remercier du gouvernement de Berri ; et voilà un homme pénétré de reconnoissance.* Un jour que *Marsillac* paroissoit inquiet au sujet de ses dettes, ce prince lui dit : *Que n'en parlez-vous à vos amis !* Mot qui fut accompagné d'un don de 50,000 écus. Il lui écrivit ce billet, en lui annonçant une grace importante : *Je me réjouis, comme votre ami, de la charge de grand maître de la Garde-robe que je vous ai donnée comme votre Roi.* Quelques auteurs ont prétendu que *Louis XIV* ayant montré ce billet au duc de *Montausier*, ce seigneur le lui fit supprimer, comme trop spirituel ; mais d'autres écrivains ont soutenu qu'il avoit été réellement envoyé. Ce prince érigea en duché, l'an 1679, en faveur du fils aîné du duc de *la Rochefoucauld*, la terre de la Rochefoucauld dans le Vexin, qui l'avoit déjà été en 1663 en faveur de *Roger du Plessis*, seigneur de *Liancourt* et premier gentil-homme de la chambre, dont *François VII* avoit épousé la fille unique. Elle s'appelloit *Jeanne Charlotte du Plessis Liancourt*, et mourut en 1674. C'est à elle que finit l'ancienne famille de *Plessis Liancourt*, dont la succession passa dans la maison de *la Rochefoucauld*.
IV. ROCHEFOUCAULD, (Frédéric-Jérôme de Roye, de la) de l'illustre maison des comtes de *Rouci-Rochefoucauld*, étoit fils de *François de Roye de la Rochefoucauld*, second du nom, lieutenant général et commandant dant de la gendarmerie de France. Un naturel heureux, un caractère doux, un esprit conciliant, un grand sens ; telles furent les qualités qui distinguèrent de bonne heure l'abbé de *la Rochefoucauld*, et qui lui méritèrent l'archevêché de Bourges en 1725. Il se montra dans ce poste tel qu'il avoit déjà paru dès sa plus tendre jeunesse, ami de la vertu, de la paix et sur-tout des indigènes. Élu coadjuteur de l'abbaye de Cluni en 1738, il en devint abbé titulaire par la mort du cardinal d'*Auvergne*, arrivée en 1747. Ce fut cette même année qu'il fut honoré de la pourpre Romaine, il fut envoyé l'année suivante ambassadeur de France à Rome, et il sut à la fois se faire aimer des Italiens, et soutenir la gloire du nom François. De retour à Paris, il y fut accueilli comme il le méritoit. Le roi le nomma à l'abbaye de Saint-Vandrille en 1755, et le chargea en même temps du ministère de la feuille des bénéfices. Le cardinal de *la Rochefoucauld* habile à connoître les bons sujets, ne le fut pas moins à les placer. Rien n'égala son attention à ne choisir pour les sièges épiscopaux, que des ecclésiastiques éclairés dont l'esprit sage pût modérer le zèle. Si la France est moins déchirée par les guerres du Jansénisme et du Molinisme, c'est à lui en partie qu'elle le doit. Ce fut cet esprit de modération qui fit jeter les yeux sur lui pour présider aux assemblées du clergé de 1750 et 1755. On sait avec quel zèle il se servit de sa droiture et de ses lumières, pour rétablir la paix dans l'Eglise Gallicane. Ce zèle lui mérita de plus en plus la confiance de *Louis XIV*, qui le re- 528 ROC gardoit, moins comme son ministre, que comme son ami : terme dont on ne se sert qu'après ce monarque. Ce prince éleva le cardinal de la Rochefoucauld, en 1756, à la place de son grand aumônier. Il n'en jouit pas longtemps ; une fluxion de poitrine l'enleva à l'Eglise et à la patrie en 1757. Les malheureux dont il étoit le consolateur, et les indigens dont il étoit le père, le pleurèrent amèrement. Son cœur généreux et bienfaisant s'ouvroit de lui-même à la pitié, et des libéralités abondantes suivoient à l'instant les sentimens de compassion que l'indigence lui inspiroit : ses autres qualités égaloient sa bienfaisance, et il fut le modèle des hommes ainsi que celui des évêques. « Ses prêtres, (disent les grands vicaires de Bourges dans leur Mandement sur la mort de leur digne archevêque;) » ses prêtres étoient plutôt conduits par ses principes, que gouvernés par son autorité. Il étoit leur conseil, leur ami, leur protecteur. Si l'éclat de ses dignités intimidoit quelques-uns de ses diocésains, il les rassuroit par la douceur et la bonté de son accueil. Il démêloit, dans leurs regards, leurs pensées et leurs peines. Il leur épargnoit souvent l'embarras de s'expliquer. Son cœur alloit au devant de leurs besoins. Sensible à l'amitié, il en goûtoit les douceurs et en remplissoit les devoirs. Tendre et reconnoissant il n'oublioit que les offenses. Son ame exempte de toute prévention, n'étoit accessible qu'aux lumières de la religion et de la raison. Il cherchoit la vérité, savoit la trouver et l'exprimer avec cette candeur noble, cette simplicité sublime qui respiroient dans sa figure et dans son ame. » V. ROCHEFOUCAULD, (Alexandre-Nicolas de la) marquis de Surgères, né en 1709, mort le 29 avril 1760, se fit un nom par la délicatesse de son esprit et par les agrémens de son caractère. Il prit le parti des armes, et eut les vertus guerrières ainsi que les qualités sociales. On a de lui : I. Une comédie intitulée : Ecole du Monde ; bien écrite, et pleine de traits auxquels le célèbre auteur des Maximes auroit applaudi. II. Un Abrégé de Cassandre, roman ennuyeux qu'il a trouvé l'art de rendre agréable, 3 vol. in-12. III. Un Abrégé de Pharamond, 4 vol. in-12, dans le goût du précédent.
VI. ROCHEFOUCAULD, (N. la) prélat né en 1714, devint archevêque d'Albi en 1747, de Rouen en 1759, cardinal en 1778, député aux états généraux de 1789. Il possédoit l'abbaye de Cluni, et unissoit la bonté du cœur à une charité active et à toutes les vertus épiscopales. Obligé de s'exiler en 1792, il est mort à Munster le 25 septembre 1800. Calme au milieu des disputes ecclésiastiques, désintéressé, généreux dans un siècle d'égoïsme, il rétablit l'asile du laboureur, doté des hôpitaux, visita les prisons, et donna même des consolations aux malheureux qui attendoient dans les fers la punition de leurs crimes. Son nom fut en bénédiction dans son diocèse et en vénération chez l'étranger, témoin de son courage, de sa résignation et de ses vertus.
VII. ROCHEFOUCAULD,
VII. ROCHEFOUCAULD, (François-Joseph de la) évêque de Beauvais et pair de France, devint député du bailliage de Cler- mont en Beauvois aux états généraux, et y défendit les pri- vilèges du clergé. Enfermé aux Carmes en 1792, il y fut mas- sacré le 2 du mois de septembre de la même année. — Son parent, Pierre-Louis de la ROCHEFOU- CAULD, évêque de Saintes et aussi député à l'assemblée de 1789, se rendit volontairement prison- nier aux Carmes, sans qu'il y eût ordre de l'arrêter, dans l'in- tention de partager les inquiétu- des de son parent et de les adoucir. Il périt avec lui le même jour.
VIII. ROCHEFOUCAULD, (Louis-Alexandre duc de la) pair de France, élevé au milieu des beaux esprits de la capitale, s'étoit montré philosophe avant la révolution; son caractère hu- main et sa douceur l'avoient rendu cher à ses vassaux. Mem- bre de l'assemblée des notables en 1787, il embrassa bientôt après la plupart des idées poli- tiques que l'assemblée consti- tuante où il fut appelé vint dé- velopper; il y parut à la tribune pour réclamer la liberté de la presse, le Veto suspensif, l'abo- bolition des moines. Ses discours étoient froids, et un organe peu flatteur ne contribuoit pas à les animer. Passionné par système pour le gouvernement Anglois qu'il avoit étudié avec soin; il desiroit l'établir en France avec quelques modifications. La Ro- chefoucauld devint après la ses- sion, président du département de Paris; il montra dans cette ad- ministration de la modération et une grande probité. S'étant pro- noncé contre les événements du 20 juin, il perdit sa popularité, et chercha à se soustraire à la haine de ses ennemis en allant prendre les eaux de Forges; mais des assassins partis de Paris pour l'immoler, l'atteignirent à Gisors et le massacrèrent le 14 septem- bre 1792, entre les bras de sa femme et de sa mère âgée de 93 ans. Son ancêtre, l'auteur des Maximes, s'étoit engagé dans une guerre civile contre son sou- verain; mais ce souverain oublia tout, et la Rochefoucauld vécut tranquille et honoré. Son des- cendant, après avoir pris part aussi à la guerre intentée à l'au- torité monarchique, périt au contraire de la manière la plus cruelle sous les coups d'émis- saires furieux, et, comme dit M. Suard, « victime de cette révolution qui a immolé ses principaux chefs, parce qu'ils n'eurent ni assez d'habileté pour en diriger le cours, ni assez de lumières pour en prévoir les effets. » La Rochefoucauld, inti- mement lié avec Condorcet, et membre de l'académie des Sclen- ces, présida cette compagnie en 1784:
ROCHE-GUILHEM, (Mlle de la) morte au commencement du 18e siècle, a publié divers romans dont plusieurs ont de l'intérêt. Ce sont les Aventures grenadines; Arioviste; roman héroïque; Histoire des Favorites; où l'on regrette que des fictions soient mêlées à des faits vrais, Dernières Œuvres de Mlle de la Roche-Guilhem, contenant plu- sieurs histoires galantes.
ROCHE-JACQUÉLIN, (N° la) surnommé par son 330 ROC parti le Héros de la Vendée, n'avoit que 21 ans lorsqu'il se mit à la tête des légions insurgées, après avoir été arraché par Stofflet des prisons de Bressuire où il étoit depuis longtemps détenu. Au mois d'avril 1793, il remporta un avantage à Martigné sur les troupes de la république, et assura ensuite le gain de la bataille de Saumur qui dura trente-six heures, et où il blessa d'un coup de pistolet le général en chef Menou. Quelque temps après, il s'empara du poste important de Brissac, de la ville de Laval, et après la déroute de Chollet il contribua à sauver les débris de la grande armée Vendéenne. La Roche-Jacquelin, plein de feu et de courage, idolâtré par ses soldats qui le suivoient aveuglément, livra sa dernière bataille à Gesté. Le combat fut opiniâtre et sanglant; ses troupes étoient inférieures en nombre; il fut battu, poursuivi, et tué trois jours après dans une escarmouche.
ROCHELLE, (La) Voy. NÉE.
ROCHE-MAILLET, (Gabriel-Michel de la) avocat de Paris, né à Angers en 1562 et mort en 1642, a donné de bonnes éditions de Fontanon, du Coutumier Général etc... et a fait un Théâtre Géographique de la France; Paris, 1632, in-folio: ouvrage assez peu exact.
ROCHEMORE, (Jean-Baptiste-Louis-Timoléon, marquis de) devint poète pour plaire à Mlle Journet, célèbre actrice de l'Opéra, qui aimoit les vers. Ses regrets sur la mort d'une personne qu'il chérissoit, inspirent une douce mélancolie et l'émo- tion de la tendresse. Il mourut en 1743.
ROCHERS, Voyez ANDIER des Rochers.