ROCHES, (Madame et Mademoiselle des) de Poitiers. Il ne faut point séparer ces dames illustres, que le sang, le goût de l'étude, l'inclination avoient unies et que la mort ne put désunir. Mad. des Roches, devenue veuve après 15 ans de mariage, s'attacha à cultiver l'éducation de sa fille qui devint sa rivale en esprit et son amie la plus tendre. Celle-ci, recherchée par un grand nombre de beaux esprits, refusa constamment de se marier, par tendresse pour sa mère. Elles desiroient de ne pas se survivre; elles furent emportées le même jour par la peste qui désoloit la ville de Poitiers en 1587. Mad. des Roches s'appe- loit Magdeleine Neveu et étoit mariée à Fredenoit seigneur des Roches; sa fille se nommoit Catherine des Roches. Elles composoient des ouvrages en prose et en vers, dont la dernière édition est celle de Rouen, 1604, in-12; elles avoient une grande connoissance des langues et des sciences. (Voyez PASQUIER.) Au reste les Poésies de la mère et de la fille pouvoient être bonnes pour leur temps et leur pays; aujourd'hui la lecture en est fort insipide.
ROCHES, (des) Voy. V. PARTHENAY.
ROCHESTER, (Jean Wil- mot comte de) poète Anglois, né dans le comté d'Oxford en 1648. Un gouverneur habile cultiva ses talens avec tant de succès, que ce seigneur à l'âge de douze ans célébra en vers le ré- tablissement de Charles II. Il voyagea en France et en Italie, prit ensuite le parti des armes, et servit avec distinction sa patrie. Enfin il se livra tout entier à son goût pour les plaisirs et pour l'étude. Cette alternative fatigante ruina sa santé et le fit mourir à la fleur de son âge, en 1680. (Voyez les Mémoires de l'évêque Burnet touchant Jean Wilmot comte de Rochester, 1681, in-8°, et traduits en françois, 1716, Amsterdam, in-8°) Ces Mémoires sont une espèce d'amende honorable faite à la Religion par un jeune débauché, que la dépravation du cœur avoit jeté dans une espèce d'athéisme. Burnet le vit dans sa dernière maladie, et eut de longs entretiens avec lui. Il le ramena à la vérité et à la vertu par des raisons détaillées dans l'ouvrage indiqué. Le comte de Rochester lui permit de rendre compte au public des égaremens de son esprit et de son cœur, et des raisonnemens qu'il avoit employés pour le faire mourir en Chrétien. Ce seigneur ingénieux et aimable, s'étoit attiré les faveurs de Charles II par son zèle; il mérita son indignation par ses Satires publiées à Londres en 1714, in-12. C'est le genre dans lequel il a principalement travaillé. Les passions y donnent souvent le ton, plus que le goût et le génie. Ses Poésies sont la plupart obscènes; mais il en est qui méritent d'être lues par les traits sublimes, les pensées hardies, les images vives qu'elles renferment. Plusieurs de ses Satires ont été traduites en françois.
ROCHESTER, (l'Évêque de) Voyez ATTERBURY.
ROCHETAILLÉE, (Jean de) né près de Lyon, se fit Corde-lier et obtint de la réputation par ses prédications en 1373. Il attaqua principalement les mœurs du clergé, et comparoit l'Église à un oiseau qui, après avoir été embelli des plumes des autres, se pavanoit, les méprisoit et cherchoit à les dépouiller encore. L'auteur fut poursuivi par la haine et devint malheureux. On ignore le temps de sa mort.
ROCHIER, (Agnès du) Voyez DUROCHIER.
ROCHOIS, (Mathilde) célèbre actrice de l'Opéra, née à Caen et morte en 1728, avoit du goût, et elle donna des conseils utiles à Lulli, dont ses talens pour la déclamation firent valoir les ouvrages.
ROCHON DE CHABANNES, (Marc-Antoine-Jacques) mort à Paris le 25 floréal an 8 (1800) à l'âge de 70 ans, consacra ses talens au théâtre et y réussit. Il débuta à la comédie Italienne par le Deuil Anglois, et à l'Opéra comique par une pièce intitulée les Filles. A cette époque Saint-Foix venoit de faire représenter les Hommes aux François, et avoit été applaudi; aussitôt parurent les Femmes aux Italiens et les Filles à l'Opéra comique, deux pièces sans intérêt et sans couleur; mais comme on l'a remarqué, tout succès dans la capitale entraîne toujours à sa suite des imitateurs et des sottises. Rochon fut plus heureux à la comédie Françoise. Il y donna : I. Heureusement, petite pièce jouée en 1762. Le dialogue en est agréable et l'une des situations piquante : ce sujet est tiré L 1 2 soit vers l'an 1327. L'empereur *Andronic le Vieux* l'envoya à Venise à la suite d'un ambassadeur. *Planudes* prit du goût pour l'Eglise Latine, et ce penchant le fit mettre en prison. Pour obtenir sa liberté, il écrivit contre les Latins, mais avec si peu de force, que le cardinal *Bessarion* en concluoit que son cœur n'avoit eu aucune part à cette production de son esprit. Nous avons de ce moine grec: I. Une *Vie d'Esope*, qui est un tissu de contes absurdes et d'anachronismes grossiers. (*Voyez MEZIRIAC.*) Il ajouta à cette Vie plusieurs Fables, qu'il publia sous le nom de ce célèbre philosophe, mais que la conformité du style a fait juger être de lui. II. Une édition du recueil d'*Epigrammes* Grecques, connu sous le nom de l'*Anthologie*, dont la première édition est de Florence, 1494, in-4°; et la meilleure de Francfort, 1600, in-fol.
PLATEL, (l'Abbé) *Voyez NORBERT* (le Père) n° II.
PLATIÈRE, (Imbert de la) ou PLATRIÈRE, d'une ancienne maison du Nivernois, est plus connu sous le nom de *Maréchal de Bourdillon*. Il fit ses premières armes en 1544 à la bataille de Cerisoles, et fut employé depuis dans les plus importantes affaires du royaume. Il sauva le tiers de l'armée et deux pièces de canon, après la malheureuse défaite de Saint-Quentin. Le roi d'Espagne l'envoya ambassadeur à la diète d'Augsbourg l'an 1559. Ce fut malgré ses remontrances réitérées, que l'on rendit, l'an 1562, au duc de Savoie le marquisat de Saluces, et les places du Piémont où il commandoit : encore ne les rendit-il qu'après que le duc eut payé les gârnisons, et prêté 50,000 écus au roi. De retour en France, il servit au siège du Havre-de-Grace en 1563, et reçut le bâton de maréchal de France l'année suivante. Il mourut à Fontainebleau l'an 1567. C'étoit un capitaine recommandable par son amour pour le bien public, par son courage et par sa prudence. Sa famille qui n'étoit connue que depuis son bisaièul, finit en 1562, par la mort de son neveu, tué à la bataille de Dreux.
PLATINE, (Barthélemi *Sacchi*, dit) né en 1421, dans un village nommé Piadena, (en latin *Platina*) entre Crémone et Mantoue, d'où il prit le nom de *Platine*, suivit d'abord le métier des armes. Il s'appliqua ensuite aux sciences, et se distingua de la foule. Ses talens lui ayant inspiré le désir de se produire à Rome, le cardinal *Bessarion* lui donna un appartement dans son palais, et obtint pour lui du pape *Pie II* quelques petits bénéfices, ensuite la charge d'abréviateur apostolique. *Paul II*, successeur de *Pie II*, ayant cassé tous les abréviateurs, sans avoir égard aux sommes qu'ils avoient déboursées pour l'achat de ces charges, *Platine* s'en plaignit amèrement. Il écrivit à ce pontife une lettre très-vive : pour toute réponse, il fut mis en prison et chargé de fers. Il en sortit au bout de quelques mois, à la prière du cardinal *François de Gonzague*; mais il eut ordre de rester dans Rome. Le pape, qui ne l'aimoit point, et ne croyait pas en être aimé, l'accusa d'avoir conspiré contre lui, et lui fit essuyer les tourments de la question. *Platine* des *Contes Moraux de Marmontel*. II. *La Manie des Arts*, 1763. III. *Les Valets maîtres*, 1763. Ces deux comédies en un acte sont foibles d'intrigues. IV. *Hylas et Sylvie*, pastorale. V. *Les Amans généreux*, en cinq actes et en prose, 1774. Cette pièce s'est soutenue au théâtre. VI. *Le Jaloux*, comédie en cinq actes et en vers libres, 1784. Celle-ci tombée à la première représentation, fut reprise ensuite avec plus d'applaudissemens. Tout le nœud est formé par une femme travestie en homme; l'action offre du vide, mais des détails qui plaisent. *Rochon* a donné quatre productions au théâtre Lyrique : I. *Le Seigneur bienfaisant*, 1780, opéra en trois actes. Des vendanges au premier, un incendie au second, un bal au troisième le firent réussir; et la beauté des décorations et des tableaux le soutinrent, malgré la foiblesse du cadre et un style trop négligé : la musique est de *Floquet*. II. *Alcindor*, opéra en trois actes, joué en 1787, et dont *Dexède* a fait les airs. III. *Le Portrait*, 1792. IV. Enfin *les Prétendus*, opéra en un acte, représenté en 1789, et que l'excellente musique de *le Moine* fait toujours entendre avec plaisir. Le *Théâtre de Rochon* forme 2 vol. in-8°, publiés en 1786; il n'est pas complet. On doit au même auteur quelques écrits en prose et des opuscules en vers. Les premiers sont intitulés : *La Noblesse oisive*, 1756, in-8°, et *Observations* sur la nécessité d'un second théâtre François, 1780, in-12. Les seconds sont une *Satire* sur les hommes, un *Discours philosophique* imité de *Juvénal*, et diverses *Pièces fugitives*, qui ont paru dans l'*Almanach des* *Muses* et autres Journaux. En général ce poète a plus d'esprit que d'imagination, et plus de facilité que de goût.
ROCOLES, (Jean-Baptiste de) historien François au-dessous du médiocre, quoique décoré du nom pompeux d'historiographe de France et de Brandebourg, étoit né vers l'an 1620. Il fut chanoine à Paris, protestant à Genève, de nouveau catholique en France, derechef protestant en Hollande, et enfin il mourut Catholique en France en 1696. On a de lui : I. *Description des Empires du Monde* par *Davity*, augmentée d'un volume, Paris, 1660, 6 vol. in-folio; ce volume n'a fait qu'augmenter les fautes dont cet ouvrage fourmille. II. *Introduction générale à l'Histoire*, 1664. III. *Abrégé de l'Histoire de l'Empire d'Allemagne*, Cologne, 1679; c'est une mauvaise traduction du *Nucleus Hist. Germ.* de *Larcher*. IV. *Les imposteurs insignes qui ont usurpé la qualité d'Empereur*, Bruxelles, 1729, 2 vol. in-8°. V. *Histoire véritable du Calvinisme, opposée à l'Histoire de M. Maimbourg*, Amsterdam, 1683: ouvrage dont les Protestants et en particulier *Bayle*, ont été peu contens, quoique l'auteur dit en envie de leur plaire. Le style de *Rocoles* est lourd, pesant, embarrassé, incorrect; et ses recherches ne valent pas mieux ordinairement que son style.
ROCOLET, (Pierre) imprimeur du roi, se distingua autant par son zèle pour le monarque dans les troubles de la Fronde où il faillit plusieurs fois à périr, que par ses éditions. On lui doit celle des *Œuvres de Bacon* et Instruction pour monter à cheval par Pluvinel avec de superbes figures, 1627. Louis XIII donna à Rocolet, le 5 octobre 1641, une médaille et une chaîne d'or. — Voyez PLUVINEL.
RODE, (Bernard) président de l'académie des Arts à Berlin, mort le 24 juin 1797, peignoit avec succès l'histoire et décora généreusement divers temples sans aucune rétribution. On lui doit un grand nombre de gravures à l'eau forte.
RODENBURGH, (N.) né à Utrecht dans le 17e siècle, étoit un jurisconsulte savant et profond. Il professa le droit dans sa patrie avec beaucoup de célébrité, et s'acquit un nom parmi les jurisconsultes par plusieurs bons ouvrages. Nous n'en citerons qu'un, mais excellent et rare, intitulé : De Jure quod oritur è Statutorum diversitate. Ce traité est le fonds sur lequel a travaillé Boullenois pendant trente ans, pour son excellent ouvrage sur la contrariété des Lois, où l'on trouve à la fin le Traité de Rodenburgh.
RODNEY, (George-Bridge) célèbre amiral Anglois, naquit en 1718, et est mort en 1792. Il se distingue principalement dans la guerre d'Amérique, vainquit deux fois les Espagnols et remporta sur la flotte Françoise commandée par M. de Grasse une victoire signalée en 1782. Ce succès lui fit obtenir une pairie en Angleterre.
RODOGUNE ou RHODOGUNE, fille de Phraates roi des Parthes, fut mariée à Démétrius Nicanor que Phraates tenoit prisonnier ; ce qui causa de grands malheurs, par la jalousie de Cléopâtre : (Voyez I. CLÉOPATRE.) Il y a eu d'autres princesses de ce nom. I. RODOLPHE, comte de Rhinfelden duc de Souabe, époux de Mathilde sœur de l'empereur Henri IV, fut élu roi de Germanie l'an 1077, par les rebelles que le pape Grégoire VII avoit soulevés contre l'empereur son beau-frère. La fortune fut douteuse pendant quelque temps entre les deux concurrens. Mais enfin elle abandonna totalement Rodolphe l'an 1080, à la bataille de Wolcksheim : ce prince y périt, et en mourant il témoigna un grand regret de sa rébellion. Il ne laissa qu'une fille qui épousa Berthold duc de Zeringhen.
II. RODOLPHE Ier DE HAPSBOURG, empereur d'Allemagne, surnommé le Clément, étoit fils d'Albert comte de Hapsbourg, château situé entre Basle et Zurich. Il fut élu empereur au mois d'octobre 1273, et ne voulut point aller à Rome pour se faire couronner, disant qu'aucun de ses prédécesseurs n'en étoit jamais revenu, qu'après avoir perdu de ses droits ou de son autorité. Il fit cependant un traité en 1278 avec le pape Nicolas III, par lequel il s'engagea à défendre les biens et les privilèges de l'Eglise Romaine. Son règne fut troublé par la guerre contre Ottocare roi de Bohème, sur lequel il remporta une victoire signalée. Le vaincu fut obligé de céder au vainqueur l'Autriche, la Stirie et la Carniolle. Il consentit de faire un hommage-lige à l'empereur dans une isle au milieu du Danube, sous un pavillon dont les rideaux devoient être L. I. 2 fermés, pour lui épargner une mortification publique. *Ottocare* s'y rendit couvert d'or et de pierreries. *Rodolphe* par un faste supérieur, le reçut avec l'habit le plus simple. Au milieu de la cérémonie les rideaux du pavillon tombent, et font voir aux yeux du peuple et des armées qui bordoient le Danube, le superbe *Ottocare* à genoux, tenant ses mains jointes entre les mains de son vainqueur. Quelques écrivains ont traité cela de conte; mais ce fait est accrédité, et il importe peu qu'il soit vrai ou faux. La femme d'*Ottocare* indignée de cet hommage, engagea son époux à recommencer la guerre. L'empereur marcha contre lui, la bataille se donna à Marckfeld près de Vienne le 26 août 1278, et *Ottocare* la perdit avec la vie. Pour mettre le comble à la gloire de *Rodolphe*, il eût fallu s'établir en Italie après s'être assuré l'Allemagne; mais le temps étoit passé. Il se contenta de vendre la liberté aux villes d'Italie qui voulurent bien l'acheter. Florence donna 40,000 ducats d'or; Lucques, 12,000; Gênes et Bologne, 6000. Cette liberté consistait dans le droit de nommer des magistrats, de se gouverner suivant leurs lois municipales, de battre monnoie, d'entretenir des troupes. *Rodolphe premier* mourut à Gemersheim près de Spire le 30 septembre 1291, à 73 ans, avec la réputation d'un prince brave, prudent, politique, versé dans les affaires, jaloux de faire rendre la justice dans tout l'empire, quoiqu'il la violât dans toutes les occasions où il s'agissait de ses propres intérêts. Il eut cependant plus de bonheur, dit M. de Montigni, que de grandes qualités. Il réussit dans toutes les entreprises qu'il forma pour réduire à son obéissance en Allemagne, tous ceux qui durant le schisme de l'empire, en avoient usurpé les droits et les fiefs. Il prit toutes les villes qu'il attaqua, et gagna quatorze batailles rangées. *Rodolphe* fut moins jaloux de faire valoir son autorité en Italie, parce qu'il n'y avoit rien dans ce royaume pour ses enfans. Il y laissa périr honteusement les droits de l'empire; il enhardit les villes à se procurer l'indépendance; il ne s'opposait point aux desseins des papes; il affermit même leur domination dans Rome, et les enrichit des biens de ses sujets. Également haï sur la fin de son règne, du peuple et des grands que son ambition et son avarice soulevèrent contre lui, il fut peu regretté et ne laissa dans le cœur des princes, qu'une médiocre affection pour sa famille. L'Histoire lui reproche encore l'usurpation de l'Autriche, de la Stirie et de la Carniolle sur l'illustre maison de *Bavière*. Dans le particulier il avoit des vertus. Il étoit simple dans ses habits, et il n'annonçoit sa grandeur que par un certain air de majesté répandu sur toute sa personne. Ses sujets trouvoient auprès de lui l'accueil le plus favorable, et il gagnait le cœur de ceux qui l'approchoient. Il y a un *Recueil* de cent quarante *Lettres* de cet empereur. On conserve précieusement ce manuscrit dans la bibliothèque impériale à Vienne. *Albert* de Strasbourg nous a transmis plusieurs traits d'esprit de ce prince, et quelques-uns de ces traits prouvent le soin qu'il avoit de faire rendre la justice. Nous n'en rapporterons qu'un seul. Dans une diète tenue à Nuremberg, un marchand se plaignit à *Rodolphe*, qu'ayant donné à garder à son hôte une bourse où il y avoit environ deux cents francs de notre monnoie, l'hôte avoit nié ce dépôt. L'empereur lui promit justice, et attendit l'occasion favorable pour la lui rendre. Le dépositaire infidelle s'étant trouvé parmi les députés de la ville de Nuremberg, *Rodolphe* lui dit : *Vous avez là un beau chapeau ! Troquons.* Aussitôt *Rodolphe* sortit de la chambre, feignant d'être appelé par d'autres affaires; mais c'étoit pour donner ordre à un de ses gens d'aller chez la femme de l'hôte demander le dépôt réclamé, et de lui montrer le chapeau de son mari pour signal. La femme ne fit aucune difficulté de remettre l'argent, qui fut aussitôt rapporté à l'empereur. *Rodolphe* revint trouver les députés; et comme le marchand qui avoit été volé, avoit eu ordre de venir renouveler sa plainte, l'hôte nia hardiment qu'il lui eût donné aucun dépôt à garder; il l'assura même par serment : mais l'empereur lui montrant aussitôt la bourse, le convainquit du vol, et le fit punir comme il le méritoit.
III. RODOLPHE II, fils de l'empereur *Maximilien II*, naquit à Vienne le 18 juillet 1552. Roi de Hongrie en 1572, roi de Bohême en 1575, il fut élu roi des Romains à Ratisbonne le 27 octobre de la même année, et prit les rênes de l'empire le 12 octobre 1576, après la mort de son père; mais il les tint d'une main foible. La grande passion de ses prédécesseurs étoit d'amas- ser de l'argent, et celle de *Rodolphe* fut de vouloir faire de l'or. Toute sa gloire se borna à la réputation d'avoir été un grand distillateur, un astronome passable, (*Voyez I. KEPLER*) un assez bon écuyer et un fort mauvais empereur. La Hongrie entière fut envahie par les Turcs en 1598, sans qu'on pût les en empêcher. Les revenus publics étoient si mal administrés, qu'on fut obligé d'établir des troncs à toutes les portes des églises, non pour faire la guerre, comme le dit *Voltaire*, mais pour secourir dans les hôpitaux les malades et les blessés qui l'avoient faite. *Rodolphe* envoya en Hongrie une armée, qui n'arrivà qu'après la prise d'Agria et de plusieurs autres places importantes. Le duc de *Mercœur* accompagné d'un grand nombre de François, rétablit en 1600 les affaires de ce royaume. L'empereur eut d'autres chagrins à essuyer. Son frère *Matthias* se révolta, et il fut obligé de lui céder les royaumes de Hongrie et de Bohême. Les divisions de sa maison, jointes au vif ressentiment que lui causèrent les électeurs par la demande qu'ils lui firent de choisir un successeur à l'empire, tout cela hâta sa mort, arrivée le 20 janvier 1612, à 60 ans. *Ticho-Brahé* qui se mêloit de prédire, lui avoit conseillé de se méfier de ses plus proches parens; conseil bien peu digne de ce grand philosophe ! aussi *Rodolphe* ne les laissoit point approcher de sa personne; il en usoit à peu près de même envers les étrangers : ceux qui vouloient le voir, étoient obligés de se déguiser en palefreniers pour l'attendre dans son écurie, quand L I 4 Il venoit voir ses chevaux. Ce prince ne se maria jamais : il devoit épouser l'infante Isabelle fille de Philippe II ; mais l'irrésolution qui formoit son caractère lui fit manquer ce mariage, ainsi que cinq autres. Il eut plusieurs maîtresses et quelques enfans naturels. Henri IV demandoit un jour à l'ambassadeur de ce prince si l'empereur n'en avoit pas quelques-unes ? Si mon maître en a, répondit-il, elles sont secrètes. — Il est vrai, répliqua Henri qui sentit le trait, qu'il y a des hommes qui n'ont point d'assez grandes qualités, pour n'être pas obligés de cacher leurs foiblesses... Un des bâtards de Rodolphe fit mourir d'une manière cruelle une de ses maîtresses qui lui résistoit. Rodolphe délivra la terre de ce monstre, en lui faisant ouvrir les veines. Tycho-Brahé lui avoit prédit que s'il se marioit, ses enfans auroient un naturel féroce. Ce fut en partie ce qui détourna ce prince de se lier par les nœuds de l'hymen, autant que son caractère irrésolu.
RODON, (David de) Calviniste du Dauphiné, enseigna la philosophie à Die, puis à Orange et à Nimes, fut banni du royaume en 1663, et mourut à Genève vers 1670. C'étoit un homme turbulent, plein de subtilités et d'idées bizarres. On a de lui : I. Un ouvrage rare, qu'il publia sous ce titre : L'Imposture de la prétendue Confession de Foi de St. Cyrille, à Paris, 1629, in-8°. II. Un livre peu commun, intitulé : De Supposito, Amsterdam, 1682, in-12, dans lequel il entreprend de justifier Nestorius, et accuse St. Cyrille de confondre les deux natures en
JÉSUS-CHRIST. III. Un Traité de controverse, intitulé : Le Tombeau de la Messe, à Francfort, 1655, in-8° ; c'est ce traité qui le fit bannir. IV. Disputatio de libertate et atomis, Nimes 1662, in-8°, assez rare. V. Divers autres Ouvrages, imprimés en partie à Genève, 1668, 2 volum, in-4°. Quoique ce recueil ne soit pas commun, il n'est pas beaucoup recherché.
RODRIGUE, Voyez Cid et JULIEN n.° VI. I. RODRIGUEZ, (Alfonse) Jésuite de Valladolid, enseigna long-temps la théologie morale, et fut ensuite recteur de Monteroi en Galice. Il mourut à Séville le 21 février 1616, à 90 ans, en odeur de sainteté. Ce pieux Jésuite est principalement connu par son Traité de la Perfection Chrétienne, traduit en françois par les Solitaires de Port-Royal, en 2 vol. in-4° ; et par l'abbé Regnier Desmarais, 3 vol. in-4°, 4 in-8° et 6 in-12. Cet ouvrage excellent en son genre, seroit encore meilleur, si l'auteur ne l'eût pas rempli de plusieurs histoires qui ne paroissent pas trop bien appuyées. On peut aussi lui reprocher un peu de prolixité. L'abbé Tricalet en a donné un Abrégé un peu trop resserré en deux vol. in-12.
II. RODRIGUEZ, (Simon) Jésuite Portugais, de Voussella, fut disciple de St. Ignace de Loyola, et refusa l'évêché de Conimbre. Il fut fait précepteur de Don Juan, alla prêcher au Brésil, et devint provincial des Jésuites Portugais. Il fut aussi provincial d'Aragon, et mourut à Lisbonne le 15 juillet 1579, avec de grands sentimens de religion.
III. RODRIGUEZ, (Emmanuel) religieux Franciscain d'Estremos en Portugal, mourut à Salamanque le 25 février 1619, à 68 ans. On a de lui : I. Une *Somme des Cas de conscience*, 1595, 2 vol. in-4°. II. *Questions régulières et Canoniques*, 1609, 4 vol. in-folio. III. Un Recueil des *Privilèges des Réguliers*, Anvers, 1623, in-fol., et plusieurs autres ouvrages qui n'ont plus de cours.
ROÉ, (Thomas) ambassadeur d'Angleterre auprès du grand Mogol en 1614, et à Constantinople en 1620, étoit né à Lowleyton en Essex vers 1580, et mourut en 1644. Il fut très-utile aux négocians de son pays, par le crédit dont il jouit dans le Levant. *Ses négociations à la Porte*, 1740, in-folio, sont utiles à ceux qui veulent connoître la puissance Ottomane.
ROELAS, (Paul de las) peintre Espagnol, élève du *Titien*, mourut à Séville sa patrie, en 1520, à 60 ans. Son dessin est correct, son coloris vrai; et l'on estime son intelligence dans la composition, la perspective et l'anatomie.
ROELL, (Herman-Alexandre) né en 1653, dans la terre de Doëlberg, dont son père étoit seigneur, dans le comté de la Marck en Westphalie, devint en 1704 professeur de théologie à Utrecht, et mourut à Amsterdam le 12 juillet 1718, à 66 ans. Il possédoit les langues, la philosophie et la théologie. On a de lui : I. Un *Discours* et de savantes *Dissertations Philosophiques* sur la religion naturelle et les idées innées, Franeker, 1700, in-8°. II. Des *Thèses*, 1689, in-4°, et plusieurs autres ouvrages peu connus.
ROEMER, (Olaus) né à Arthus dans le Jutland en 1644, se rendit très-habile dans les mathématiques, l'algèbre et l'astronomie. *Picard* de l'académie des Sciences de Paris, ayant été envoyé en 1671 par *Louis XIV* pour faire des observations dans le Nord, conçut tant d'estime pour le jeune astronome, qu'il l'engagea à venir avec lui en France. *Roemer* fut présenté au roi, qui le chargea d'enseigner les mathématiques au *Grand Dauphin*, et lui donna une pension. L'académie des Sciences se l'associa en 1672, et n'eut qu'à se féliciter d'avoir un tel membre. Pendant dix ans qu'il demeura à Paris, et qu'il travailla aux observations astronomiques avec *Picard* et *Cassini*, il fit des découvertes dans ces différentes parties des mathématiques. De retour en Danemarck, il devint mathématicien du roi *Christiern V*, et professeur d'astronomie avec des appointeurs considérables. Ce prince le chargea aussi de perfectionner la mounie et l'architecture, de régler les poids et les mesures, et de mesurer les grands chemins dans toute l'étendue du Danemarck. *Roemer* s'acquitta de ces commissions avec autant d'intelligence que de zèle. Ses services lui méritèrent les places de conseiller de la chancellerie, et d'assesseur du tribunal suprême de la justice. Enfin il devint bourgmestre de Copenhague et con- seiller d'état sous le roi *Frédéric IV*. Pierre *Horrebow* son disciple et professeur d'astronomie à Copenhague, y fit imprimer en 1735, in -4°, diverses *Observations* de *Roemer*, avec la *Méthode d'observer* du même, sous le titre de *Basis Astronomie*... *Roemer* mourut le 19 septembre 1710, à 66 ans, avec une réputation étendue.
RÆNTGEN, (N.) célèbre artiste Allemand, né à Neuwied, de la secte des Moraves, a porté l'ébénisterie au plus haut point de perfection. Il fut appelé en Russie, où le palais impérial et ceux de plusieurs grands sont ornés de différens chefs-d'œuvre sortis de ses mains. On voit sur-tout à l'Hermitage beaucoup de meubles et même des pendules de son invention. Ces ouvrages sont faits de divers bois que *Ræntgen*, par une préparation particulière a extrêmement durcis et rendu propres à durer long-temps. Il les a en même temps polis avec une telle exactitude, qu'on n'a pas besoin de les frotter pour les conserver. La manière dont ces ouvrages sont exécutés, suivant M. *Castera*, est non moins mirable que leur invention. On n'y distingue pas le moindre assemblage, et on croiroit qu'ils ont été fondus d'un seul jet. Quelques-uns sont garnis en bronze travaillé élégamment, et supérieurement dorés; d'autres ont des bas-reliefs et sont ornés de pierres précieuses ou antiques. Le plus parfait peut-être de ces chefs-d'œuvre, est un pupitre, dont *Catherine II* a fait présent au *Muséum* de l'académie des Sciences de Pétersbourg. Le génie de l'artiste a déployé dans cet ouvrage toute sa fécondité. En l'ouvrant, on voit sur le devant un groupe en bronze, qui, dès qu'on presse légèrement un ressort, disparaît et est remplacé par une superbe écriture, dans laquelle sont incrustées des pierres précieuses. L'espace qui se trouve au-dessus de l'écriture, est destiné à renfermer des papiers de conséquence ou de l'argent. La main téméraire qui voudrait se porter en cet endroit se trahirait bientôt elle-même; car il suffit d'y toucher pour faire entendre la musique douce et plaintive d'une orgue cachée au-dessous du pupitre. Si l'on veut changer la table à écrire en pupitre pour lire, il y a en haut une planche qui sort, et à l'instant ce pupitre s'arrange de la manière la plus commode. L'artiste ne demandoit de ce bureau que 20,000 roubles; mais *Catherine II* crut que ce prix suffisoit à peine pour en payer le travail, et elle y ajouta généreusement un présent de 5,000 roubles. *Ræntgen* est mort dans ces dernières années.
ROËTTIERS, (N\*\*) graveur du roi, membre de l'académie de Sculpture, est mort à Paris en 1784. Il se rendit célèbre par la pureté de son trait dans la gravure des médailles et des jetons.
ROGAT, (*Rogatus*) évêque Donatiste d'Afrique, se fit chef d'un nouveau parti dans la Mauritanie Césarienne, aujourd'hui le royaume d'Alger, vers l'an 372. Il donna à ceux qui le suivirent le nom de *Rogatistes*. Ils étoient autant opposés aux autres Donatistes qu'aux Catholiques; et les Donatistes n'avoient pas moins de haine contre eux, que contre les Catholiques mêmes. Il les firent persécuter par *Firmus Maurus* roi de Mauritanie. L'évêque de Césarée qui étoit Rogatiste, lui livra lui-même sa ville. On a accusé *Rogat* d'avoir suivi les sentimens particuliers de *Donat* de Carthage, touchant l'inégalité des trois Personnes Divines. Sa secte dura quelque temps en Afrique, et il eut pour successeur *Vincent Victor*. I. ROGER, premier roi de Sicile, né l'an 1097, étoit petit-fils de *Tancrède* de Hauteville en Normandie. Le comte *Roger* son père, le laissa en mourant sous la tutelle d'*Adelaide* sa mère. Dès que ce prince fut en âge de gouverner son état, il ne songea plus qu'à étendre les bornes du comté de Sicile dont il avoit hérité de son père. Il s'empara de la Pouille, après la mort du duc *Guillaume* son oncle. Le pape *Honoré II*, effrayé de ses progrès, tenta de l'arrêter par les armes et par les excommunications. *Roger* dissipa les troupes qu'on lui opposoit, contraignit le pape à lui donner l'investiture de la Pouille, de la Calabre et de Naples, et *Robert* comte de Capoue à se reconnoître son vassal. L'an 1130, il embrassa le parti de l'antipape *Anaclet*; et celui-ci par reconnoissance, lui accorda le titre de roi de Sicile, avec la suzeraineté sur la principauté de Capoue et le duché de Naples. Les princes ses voisins appelèrent à leur secours l'empereur *Lothaire*, qui enleva à ce nouveau roi une partie de ses conquêtes; mais à peine eut-il repris le chemin de l'Allemagne, que *Roger* s'en ressai- sit avec la même facilité qu'elles lui avoient été ôtées. Il fit prisonnier *Innocent II* avec toute sa suite; et ce pape n'obtint sa liberté, qu'en accordant au roi et à ses descendans le royaume de Sicile, le duché de Pouille et la principauté de Capoue; comme fiefs-liges du saint Siège. L'an 1146, il tourna ses armes contre *Manuel* (*Voyez ce mot.*) empereur des Grecs, prit Corfou; pilla Céphalonie, le Négrepont, Corinthe, Athènes; s'avança jusqu'aux faubourgs de Constantinople, et revint chargé d'un immense butin. Ces expéditions furent suivies de la prise de Tripoli, et d'autres places sur les côtes d'Afrique, et de la défaite d'une partie de la flotte de l'empereur Grec. Enfin, après avoir assuré la paix dans ses états, s'être fait respecter de ses sujets et craindre des ennemis: ce prince illustre mourut l'an 1154, âgé de 58 ans. Il avoit fait graver ce vers sur son épée: *Appulus et Calaber, Siculus mihi servit, et Afer.*
II. ROGER ou ROGIER, (*Pierre*) troubadour, chanoine d'Arles et de Nîmes, quitta ses bénéfices pour aller de cour en cour jouer les comédies qu'il faisoit lui-même. Arrivé chez la comtesse de *Foix* qu'il célébra sous le nom de *Tornaves*, il y devint amoureux de *Huguette de Baux* qui ne fut point cruelle. Les parens de cette dame le firent assassiner vers 1330.
III. ROGER, (*Charles*) imprimeur de Paris dans le 16$^{e}$ siècle, fut à la tête d'une nombreuse société de libraires qui prit le nom de compagnie du grand *Navire*, parce qu'ils avoient pour 340 ROG devise un navire en tête des ouvrages qu'ils publièrent. On doit particulièrement à Roger l'édition de la *Défense des Religieux* par *Lusignan*; et des *Œuvres de Philon* le Juif, 1588, in-8.
IV. ROGER, (Joseph-Louis) médecin, né à Strasbourg et mort en 1761, a publié des *Dissertations* latines sur la continuelle palpitation des fibres musculaires, et sur les effets du son et de la musique sur le corps humain.
ROGER, *Voyez* SCHABOL et RUGGIER.
ROGERS, (Christophe) de la Société royale de Londres, et de celle des Antiquaires est mort dans cette ville en 1784. On a de lui une collection de cent douze planches imitant le dessin, avec la *Vie des Peintres*, 1778, 2 vol. in-fol. Ces estampes sont d'après les tableaux du cabinet du roi d'Angleterre.
ROGGERS, (Wood) voyageur Anglois, partit de Bristol en 1708, pour aller faire des prises dans la mer du Sud sur les Espagnols, et revint aux dunes d'Angleterre en octobre 1711. On a traduit son voyage en françois, Amsterdam, 1725, 3 vol. in-12; il passe pour véridique.
ROGGEWIN, amiral Holandois, a fait des découvertes dans la mer du Sud. Parti du Texel avec trois vaisseaux, il trouva l'isle de Pâques, les isles Pernicieuses, les isles Aurore, le Labyrinthe formé de six isles, et celle de la Récréation où il relâcha. Il revint au Texel le 11 juillet 1723, deux ans après son départ, et ne survécut que peu d'années à ses voyages. I. ROHAN, (Pierre de) chevalier de Gié et maréchal de France, plus connu sous le nom de *Maréchal de GIE*, étoit fils de *Louis de Rohan* premier du nom, seigneur de Guémené et de Montauban, d'une des plus anciennes et des plus illustres maisons du royaume. Les *ROHAN* avoient rang de prince en France, parce que leur famille tiroit son origine des premiers souverains de Bretagne : vérité reconnue par les ducs de Bretagne mêmes dans les états généraux de cette province, tenus en 1088. Cette maison avoit encore un avantage qui lui étoit commun avec bien peu de familles, même des plus distinguées parmi les princes : c'est qu'au lieu que les autres s'étoient agrandies par les biens que leur avoient procurés leurs alliances, celle de *Rohan* possédoit depuis sept siècles les plus grandes terres. Un des plus beaux rejetons de la maison de *Rohan*, fut *Pierre*, l'objet de cet article. *Louis XI* récompensa sa valeur par le bâton de maréchal de France en 1475. Il fut un des quatre seigneurs qui gouvernèrent l'état pendant la maladie de ce prince à Chinon, en 1484. Deux ans après il s'opposa aux entreprises de l'archiduc d'Autriche sur la Picardie. Il commanda l'avant-garde à la bataille de Fornoue, en 1495, où il se signala. Sa faveur se soutint sous *Louis XII*, qui le fit chef de son conseil, et général de son armée en Italie. La reine *Anne de Bretagne* le perdit dans l'esprit de ce prince. Le maréchal lui avoit déplu. en faisant arrêter ses équipages qu'elle vouloit renvoyer à Nantes pendant une maladie dangereuse dont le roi fut attaqué. Cette princesse engagea son époux à lui faire faire son procès par le parlement de Toulouse, qui passait alors pour le plus sévère du royaume. Quelques efforts que fit cette femme vindicative pour faire flétrir *Rohan*, il ne fut condamné, le 9 février 1506, qu'à un exil de la cour et à une privation des fonctions de sa charge pendant cinq ans. La principale accusation intentée contre lui, étoit d'avoir soudoyé des deniers du roi, quinze morte-payes dans son château de Fronsac. Cette affaire ne fit honneur ni au roi ni à la reine : on blâma *Anne* de s'être acharnée à perdre un homme de bien, et *Louis XII* de s'être prêté au ressentiment de cette princesse. Elle étoit tellement animée à le poursuivre, qu'elle alla chercher des consultations contre lui jusques dans le fond de l'Italie. Elle fit tous les frais des procédures, qui se montèrent en 1506, à plus de trente-un mille livres. Comment, après une telle animosité, d'*Argentré* l'historien de Bretagne, ose-t-il dire qu'*Anne se repen-toit de sa colère et d'avoir offensé quelqu'un ; qu'elle récompensoit l'offensé en bienfaits, commandant à son Confesseur de la blâ-mer aigrement, et ne voulant pas être absoute à sa confession, qu'elle n'eût satisfait et contenté l'offensé ?* Quelle satisfaction fit-elle au malheureux *Gié* ? *Brantôme* dit que s'il ne fut pas condamné à mort, c'est qu'*Anne* ne le voulut pas, parce qu'elle croyoit qu'il seroit moins puni par la mort, que par l'humilia- tion et l'indigence à laquelle il seroit réduit. Il ajoute après ce raffinement d'idées sur la vengeance : *Voilà quelle fut celle de cette brave Reine !* On sait la façon de penser singulière de *Brantôme* ; qui blâme et qui loue en courtisan corrompu, et sans égards à aucun principe d'équité ou de morale, qui approuve la vengeance de la reine, et qui condamne la conduite de *Gié* : *trop curieux*, dit-il, *de vouloir contrefaire le bon Officier et le bon valet de la Couronne*. S'il est vrai que la reine prit plaisir aux chagrins et aux humiliations de son ennemi, elle eut lieu d'être satisfaite. *Jean d'Authon*, qui entre dans un assez grand détail de cette affaire, rapporte que *Gié* transféré au château de Dreux, y fut la victime de la risée des témoins qui avoient déposé contre lui. Il portoit une longue barbe blanche, et tout occupé de ses idées et de son malheur, il la prenoit dans ses mains et s'en couvroit le visage. Un singe d'*Alain d'Albret* comte de Dreux, sauta du lit où son maître étoit couché, et s'attacha à la barbe de *Gié* qui eut bien de la peine à s'en débarrasser. Cette scène, triste en elle-même, ne laissa pas de faire rire toute l'assemblée. Il fut aussi le sujet des farces ou *momeries* qui se jouoient alors à Paris : les écoliers en représentèrent une, où faisant allusion au nom de la reine, on disoit qu'il y avoit un *Maréchal* qui avoit voulu ferrer un *ANE*, mais qu'il en avoit reçu un coup de pied, qu'il avoit été jeté par — dessus les murailles, jusque dans le verger. Que ne dit point le peuple contre les malheureux, pour peu qu'il soit n'avoua rien, parce qu'il n'avoit rien à avouer; mais on ne l'en retint pas moins prisonnier pendant un an, soit qu'il ne se fût pas entièrement disculpé, soit qu'on eût honte de reconnoître qu'on avoit traité cruellement un homme de mérite, sur des soupçons mal fondés. Paul fit ensuite espérer à Platine qu'il lui procureroit quelque bon établissement; mais ce pape mourut d'apoplexie avant d'effectuer ses promesses. Sixte IV, son successeur, répara ses torts; il le rétablit dans ses charges, et lui donna celle de bibliothécaire du Vatican. Comblé de graces et placé dans son élément, au milieu des arts, des savans et des livres, il cultiva les Lettres avec tant de succès qu'il fut regardé comme un des premiers littérateurs de son siècle. Il mourut de la peste en 1481, à 60 ans. On a de lui un grand nombre d'ouvrages. Le principal est l'Histoire des Papes, depuis St. Pierre jusqu'à Sixte IV, auquel il la dédia, et par l'ordre duquel il l'avoit entreprise. L'auteur auroit pu mettre plus de discernement et d'exactitude dans les faits, plus de pureté et d'élégance dans le style; mais on doit lui pardonner ces petites taches, en faveur de son amour pour la vérité. Il flatte en quelques endroits les souverains pontifes; il ne les ménage aucunement dans plusieurs autres. La 1re édition de cette Histoire est celle de Venise, 1479, in-folio, en latin. Il y en a eu depuis un grand nombre d'autres, dans lesquelles on a retranche bien des traits hardis. L. Coulon l'a traduite en françois, 1651; in-4° Ses autres ouvrages sont: I. Des Dialogues sur le vrai et le faux Bien, pleins d'ennuyeuses moralités. II. Un livre du Remède d'Amour, Leyde, 1646, in-16, qui est traduit en françois et joint à celui de Fulgose, Paris, 1582, in-4° III. Un Dialogue de la vraie Noblesse. IV. Deux du bon Citoyen. V. Le Panégyrique du cardinal Bessarion. VI. Un Traité De Pace Italiae componenda, et de Bello Turcis inferendo. VII. D'autres Traités qui se trouvent dans le recueil de ses Œuvres. VIII. L'Histoire de Mantoue et de la famille des Gonzague, en latin, publiée par Lambecius en 1676, in-4° Elle est écrite avec moins de liberté que son Histoire des Papes. IX. Une Vie curieuse et intéressante de Nerio Capponi, insérée par Muratori, dans le XXe Tome de ses Ecrivains d'Italie. X. Un Traité sur les moyens de conserver la Santé, et de la science de la Cuisine, à Bologne en 1498, et à Lyon en 1541, in-8° Il y en a une traduction françoise, par Didier Christol, imprimée plusieurs fois dans le XVIe siècle, in-8° et in-fol. C'est à l'occasion de ce Traité que Sannazar fit cette épigramme: Ingenia et mores, vitas obituque no-tasse Pontificum, arguta lex fuit historia. Tu tamen hinc lauta tractas pulmenta culina: Hoc, Platina, est ipsos pascere Pontifices. Toutes les Œuvres de Platine sont en latin; elles furent imprimées à Cologne en 1529 et 1574, et à Louvain en 1572, in-folio. I. PLATON, fils d'Ariston et chef de la secte des Académiciens, naquit à Athènes vers l'an 429 avant J. C., d'une fa- applaudi par ses maîtres ! Le maréchal de Gié mourut à Paris le 22 avril 1513, entièrement désabusé des grands et de la grandeur.
II. ROHAN, (Henri, duc de) pair de France, prince de Léon, naquit au château de Blein en Bretagne, l'an 1579. Il étoit fils de l'arrière-petit-fils du précédent. Henri IV, sous les yeux duquel il donna des marques distinguées de bravoure au siège d'Amiens, à l'âge de 16 ans, l'aima avec d'autant plus de tendresse qu'il fut son héritier présomptif jusqu'à la naissance du dauphin, depuis Louis XIII. Après la mort de Henri, il devint le chef des Calvinistes en France, et chef aussi redoutable par son génie que par son épée. Il soutint au nom de ce parti, trois guerres contre Louis XIII. La première terminée à l'avantage des Protestans, s'alluma lorsque ce prince voulut rétablir la religion Romaine dans le Béarn; la deuxième à l'occasion du blocus que le cardinal de Richelieu mit devant la Rochelle; et la troisième lorsque cette place fut assiégée pour la seconde fois. On sait les événements de cette guerre; la Rochelle se rendit : (Voyez les articles de Louis XIII, et III. PLESSIS-RICHELIEU.) Le duc de Rohan s'apercevant après la prise de cette place, que les villes de son parti cherchoient à faire des accommodemens avec la cour, réussit à leur procurer une paix générale en 1629, à des conditions plus avantageuses. Le seul sacrifice un peu considérable que les huguenots furent obligés de faire, fut celui de leurs fortifications; ce qui les mit hors d'état de recommencer la guerre. Quelques esprits chagrins, mécontents de voir tomber leurs forteresses, accusèrent leur général de les avoir vendus. Rohan indigné d'une si odieuse ingratitude, présenta sa poitrine à ces enragés, en disant : Frappez, frappez ! Je veux bien mourir de votre main, après avoir hasardé ma vie pour votre service. La paix de 1629 ayant éteint le feu de la guerre civile, le duc de Rohan inutile à son parti et désagréable à la cour, se retira à Venise. Il y a une anecdote assez singulière, tirée des Mémoires de la duchesse de Rohan, Marguerite de Béthune fille de l'illustre Sully. « Le duc de Rohan étant à Venise, il lui fut proposé qu'en donnant 200 mille écus à la Porte et en payant un tribut annuel de 20 mille écus, le Grand-Seigneur lui céderoit le royaume de Chypre et lui en donneroit l'investiture. » Le duc de Rohan avoit dessein d'acheter cette isle pour y établir les familles protestantes de France et d'Allemagne. Il négocia chaudement cette affaire à la Porte par l'entremise du patriarche Cyrille, avec lequel il avoit de grandes correspondances; mais différentes circonstances et particulièrement la mort de ce patriarche, la firent manquer. La république de Venise choisit Rohan pour son généralissime contre les Impériaux; mais Louis XIII l'enleva aux Vénitiens pour l'envoyer ambassadeur en Suisse et chez les Grisons. Il voulut aider ces peuples à faire entrer sous leur obéissance la Valteline, dont les Espagnols et les Impériaux soute- moient la révolte. *Rohan* déclaré général des Grisons par les trois Ligues, vint à bout par plusieurs viotoires de chasser entièrement les troupes Allemandes et Espagnoles de la Valteline en 1633. Il battit encore les Espagnols en 1636, sur les bords du lac de Côme. La France ne paroissant pas devoir retirer ses troupes, les Grisons se soulevèrent; et le duc de *Rohan* mécontent de la cour; fit un traité particulier avec eux le 28 mars 1637. Ce héros craignant le ressentiment du cardinal de *Richelieu*, se retira à Genève, d'où il alla joindre le duc de *Saxe-Weimar* son ami, qui voulut lui donner le commandement de son armée prête à combattre celle des impériaux près de Rhinfeld. Le duc de *Rohan* refusa cet honneur, et s'étant mis à la tête du régiment de Nassau, il enfonça les ennemis; mais il fut blessé le 28 février 1638, et mourut de ses blessures le 13 avril suivant, à 59 ans. Il fut enterré le 27 mai dans l'église de Saint-Pierre de Genève, où on lui a dressé un magnifique tombeau de marbre, avec une épitaphe qui comprend les plus belles actions de sa vie. *Marguerite de Béthune* qu'il avoit épousée en 1605, (et dont il ne laissa qu'une fille unique, mariée à *Henri Chabot* qui prit le nom de *Rohan*,) étoit Protestante comme lui, et se rendit célèbre par son courage. Elle défendit Castres contre le maréchal de *Thémines* en 1625, et partagea les fatigues d'un époux dont elle captiva tous les sentimens. Elle mourut à Paris le 22 octobre 1660. Le duc de *Rohan* fut un des plus grands capitaines de son siècle; comparable aux princes d'*Orange*, capable comme eux de fonder une république; plus zélé qu'eux encore pour sa religion ou du moins paroissant l'être; homme vigilant, infatigable, ne se permettant aucun des plaisirs qui détournent des affaires, et fait pour être chef de parti: poste toujours glissant, où l'on a également à craindre ses ennemis et ses amis. C'est ainsi que le peint *Voltaire* qui a fait ces vers heureux sur cet homme illustre: Avec tous les raïens le Ciel l'avoit fait naître: Il agit en héros; en sage il écrivit. Il fut même grand homme en combattant son maître, Et plus grand lorsqu'il le servit. Les qualités militaires étoient relevées en lui par la douceur du caractère, par des manières affables et gracieuses, par une générosité qui a peu d'exemples. On ne remarquoit en lui ni ambition, ni hauteur, ni vue d'intérêt; il avoit coutume de dire que *la gloire et l'amour du bien public ne campent jamais où l'intérêt particulier commande...* *Rohan* conserva toujours une estime singulière pour notre bon, pour notre grand *Henri*. « Certes, disoit-il quelquefois après la mort de ce prince, quand j'y pense le cœur me fend! Un coup de pique donné en sa présence, m'eût plus contenté que de gagner maintenant une bataille. J'eusse bien plus estimé une louange de lui en ce métier dont il étoit le premier maître de son temps, que toutes celles de tous les capitaines qui restent vivans. » Nous avons de ce grand homme plusieurs ouvrages intéressans: I. *Les Intérêts des* Princes, livre imprimé à Cologne en 1666, in-12, dans lequel il approfondit les intérêts publics de toutes les cours de l'Europe. II. Le parfait Capitaine ou l'A- brégé des guerres des Commen- taires de César, in-12. Il fait voir que la tactique des anciens peut fournir beaucoup de lu- mières pour la tactique des mo- dernes. III. Un Traité de la cor- ruption de la Milice ancienne. IV. Un Traité du gouvernement des Treize Cantons. V. Des Mé- moires dont les plus amples édi- tions sont en deux vol. in-12. Ils contiennent ce qui s'est passé en France depuis 1610 jusqu'en 1629. VI. Recueil de quelques Dis- cours politiques sur les affaires d'Etat, depuis 1612 jusqu'en 1629, in-8°, à Paris, 1644, 1693, 1755; avec les Mémoires et Lettres de Henri duc de Rohan sur la guerre de la Valteline, trois vol. in-12, à Genève, (Paris) 1757. C'est la première édition qu'on ait donnée de ces curieux Mémoires. On en est re- devable aux soins de M. le baron de Zurlauben qui les a tirés de différens manuscrits authenti- ques. Il a orné cette édition de notes géographiques, historiques et généalogiques, et d'une Pré- face qui contient une vie abré- gée, mais intéressante du duc de Rohan auteur des Mémoires. Nous avons la Vie du même duc, composée par l'abbé Pérau; elle occupe les tomes XXI et XXII de l'Histoire des Hommes Illustres de France. Quelque en- nui que doivent causer des dé- tails de guerres finies depuis plus de 150 ans, les Mémoires du duc de Rohan font encore quel- que plaisir. Il narre agréable- ment, avec assez de précision, et d'un ton qui lui concilie la croyance de son lecteur. Un de ses projets étoit de diviser la France à peu près telle qu'elle l'a été depuis en départemens.
III. ROHAN, (Benjamin de) seigneur de Soubise, frère du précédent, porta les armes en Hollande sous le prince Mau- rice de Nassau, et soutint le siège de Saint-Jean-d'Angéli en 1621; contre l'armée que Louis XIII commandoit en personne. Cette place se rendit. Rohan promit d'être fidelle, mais il reprit les ar- mes six mois après. Il s'empara de tout le Bas-Poitou en 1622, et après différens succès il fut chassé en 1626 de l'Isle de Rié dont il s'étoit emparé, ensuite de celle d'Oléron, et fut con- traint de se retirer en Angle- terre. Il négocia avec chaleur pour obtenir des secours aux Ro- chellois; et lorsque malgré ces secours cette ville eut été sou- mise, il ne voulut pas revenir en France. Il se fixa en Angle- terre, où il mourut sans pos- térité en 1640. Rohan n'avoit ni la bravoure ni la probité de son frère; il donna quelques preu- ves de lâcheté et ne se fit pas un scrupule de violer sa foi dans plusieurs occasions.
IV. ROHAN, (Marie-Éléonore de) fille d'Hercule de Ro- han-Guémené duc de Mont- bazon, descendoit d'un frère ainé du maréchal de Gié. Elle prit l'habit de religieuse de l'or- dre de Saint-Benoît dans le cou- vent de Montargis, en 1645. Elle devint ensuite abbesse de la Trinité de Caen, puis de Mal- noue près de Paris. Les reli- gieuses du monastère de Saint- Joseph à Paris, ayant adopté en 1669, 1669, l'office et la règle de Saint-Benoit, Mad. de *Rohan* se chargea de la conduite de cette maison. Elle y donna des *Constitutions* qui sont un excellent commentaire de la règle de Saint-Benoit. Cette illustre abbesse mourut dans ce monastère le huit avril 1681, à 53 ans. La religion, la droite raison, la douceur formoient son caractère. *Ceux qui l'avoient vue*, dit son épitaphe, *n'y pensaient point sans douleur et n'en parloient point sans larmes*. On a d'elle quelques ouvrages estimables. Les principaux sont : I. La *Morale du Sage*, in-12; c'est une paraphrase des Proverbes, de l'Écclésiastique et de la Sagesse. II. *Paraphrase des Pseaumes de la Pénitence*, imprimée plusieurs fois avec l'ouvrage précédent. III. Plusieurs *Exhortations* aux vêtures et aux professions des filles qu'elle recevait. IV. Des *Portraits* écrits avec assez de délicatesse. V. ROHAN, (Armand-Gaston de) neveu de la précédente, naquit en 1674. Docteur de Sorbonne, évêque de Strasbourg, (*Voyez* BOUILLON, n.º III.) il obtint le chapeau de cardinal en 1712. Il fut ensuite grand aumônier de France en 1713, commandeur de l'ordre du Saint-Esprit et proviseur de Sorbonne. Il eut part à toutes les affaires ecclésiastiques de son temps, et fit paroître du zèle pour la bulle *Unigenitus*. L'académie Françoise et celle des Sciences se l'associerent, et le perdirent le 19 juillet 1749, à 75 ans. C'étoit un prélat magnifique, et il ne se signala pas moins par sa générosité que par la douceur de son caractère, par son affabilité et par les autres *Tome X.* qualités qui rendent les hommes agréables dans la société. Le marquis d'*Argenson* dit qu'il étoit le plus parfait modèle d'un grand seigneur aimable. « Quoiqu'il n'ait au fond qu'un esprit médiocre, ajoute-t-il, peu d'érudition et de lecture, qu'il n'ait jamais été chargé de grandes administrations ni traité de suite d'importantes affaires, il a un avantage marqué sur ceux qui ont le plus administré. C'est le plus beau prélat du monde; et quand il étoit jeune, c'étoit un charmant abbé de qualité. Il a soutenu sept thèses en Sorbonne avec éclat et distinction; on lui faisoit sa leçon, mais il la retenoit avec facilité et la débitoit avec grace. Il s'est tiré de toutes les négociations dont il a été chargé avec aisance et dignité. Sa politique a toujours été très-souple, s'accommodant aux temps, aux lieux, aux règnes, aux circonstances. Il s'est déclaré suivant les occasions pour la bulle *Unigenitus*, ou a laissé les jansénistes penser ce qu'ils vouloient. Sa cour et son train sont nombreux et brillants; avec cela il conserve cet air de décence qu'ont les membres distingués du clergé de France. Il est galant; mais il trouve assez d'occasions de satisfaire son goût pour les plaisirs avec les grandes princesses, les belles dames et les chanoinesses à grandes preuves, pour ne pas *encanailler* sa galanterie. » Il aimoit à faire penser qu'il étoit fils de *Louis XIV* qui avoit eu un amour passager pour sa mère, très-belle femme. Si cette anecdote est vraie, dit d'*Argenson*, « on peut ajouter que né d'un très-grand prince, il est possible que de grands princes lui doivent aussi le jour. Sa po- M m 546 ROH litesse avec les particuliers qui viennent le voir, soit dans son évêché, soit à la cour ou à Paris, est certainement plus d'habitude que de sentiment; mais elle porte si bien le masque ou l'empreinte de l'amitié et de l'intérêt, que même persuadé qu'elle n'est pas sincère, on s'y laisse séduire. » On a sous son nom des *Lettres*, des *Mandemens*, des *Instructions Pastorales* et le *Rituel* de Strasbourg. —*Armand de ROHAN* son neveu, né en 1717, connu sous le nom d'*Abbé de Ventadour* et de *Cardinal de Soubise*, fut prieur de Sorbonne, recteur de l'université de Paris, évêque de Strasbourg, abbé de la Chaise-Dieu, grand aumônier de France, cardinal, commandeur des ordres du roi et l'un des *Quarante* de l'académie Françoise. Il mourut à Saverne le 28 juin 1756, à 39 ans, après s'être distingué par son esprit, par son affabilité, par un luxe délicat et par une magnificence digne d'un souverain, quoique peu conforme à la modestie d'un évêque. *Voyez III. OLIVA.*
VI. ROHAN, ( le chevalier Louis de ) second fils du duc de Montbazon, grand veneur de France, fut reçu en 1656, en survivance de la charge de son père. Il étoit grand joueur, et perdit un jour beaucoup en jouant avec le roi chez le cardinal *Mazarin*. On étoit convenu qu'on payeroit en louis d'or. Après en avoir compté sept ou huit cents au roi, il lui offrit deux cents pistoles d'Espagne que ce prince ne voulut pas recevoir. *Puisque Votre Majesté ne les veut pas*, lui dit le chevalier, *elles ne sont bonnes à rien*, et il les jeta par la fenêtre. C'est à cette occasion que le cardinal *Mazarin* à qui *Louis XIV* se plaignoit de cette brusquerie, lui répondit : *Sire, le chevalier de Rohan a joué en Roi, et vous en chevalier de Rohan*. Ce chevalier étoit aimable, brave et généreux. Il suivit *Louis XIV* à la campagne de Flandre en 1667, et à la guerre de Hollande en 1672. Mais le dérangement de ses affaires et les mécontentemens que lui avoit donnés *Louvois*, le firent entrer dans un complot contre l'état formé par la *Truaumont*. ( *Voy. ce mot.* ) Il fut condamné à avoir la tête tranchée, et il souffrit la mort avec résignation le 27 novembre 1674. Il s'étoit flatté d'être exécuté secrètement à la Bastille; mais le *P. Bourdaloue* qui l'assistoit à la mort, lui ayant dit qu'il falloit se résoudre à mourir sur une place publique, il lui répondit : *Tant mieux, nous en aurons plus d'humiliation*. Le bourreau lui ayant demandé s'il vouloit qu'on lui liât les mains avec un ruban de soie : *Jésus-Christ*, lui répondit-il, *ayant été lié avec des cordes, puis-je demander d'autres liens ?* Personne n'osa demander la grace du coupable à *Louis XIV*. Ce monarque fut porté de lui-même à l'accorder au sortir d'une représentation de *Cinna*; mais la nécessité de faire un exemple arrêta sa clémence.
VII. ROHAN-GUÉMENÉ, ( Louis-René-Édouard ) cardinal, né le 23 septembre 1734, fut d'abord connu sous le nom de prince *Louis*, et devint successivement évêque de Canople, évêque de Strasbourg, grand aumônier de France, et l'un des membres de l'académie Françoise. Son goût pour les plaisirs ne lui fit négliger ni l'étude ni l'ambition. Nommé ambassadeur à Vienne, il s'y distingua par ses manières aimables et sa magnificence. Avec une belle figure, un esprit facile, il fut moins célèbre par ses talens que par la malheureuse affaire du collier. Le 15 août 1785, jour de la fête de la reine, cette princesse vit arriver près d'elle deux joailliers qui lui demandèrent seize cent mille livres pour le prix d'un collier de diamans. Elle annonça aussitôt qu'elle n'avoit point vu ce collier, ni songé à son acquisition. Les joailliers déclarèrent qu'ils l'avoient remis au cardinal chargé de traiter pour elle. La reine, indignée de l'abus de son nom, fit ses plaintes au roi et demanda justice contre ce dernier. Le monarque consulta le garde des sceaux et M. de Breteuil qui furent d'avis qu'on arrêtât sur-le-champ le cardinal; mais la reine obtint qu'il fût auparavant interrogé. Celui-ci étant arrivé; «avouez, lui dit la reine, si ce n'est pas la première fois depuis quatre ans que je vous parle. » Le cardinal en convint et annonça qu'il venoit d'être trompé par une intrigante appelée la Mothe. En sortant du cabinet du roi, il fut arrêté et conduit à la Bastille. Au premier bruit de cette détention, le public se persuada que le cardinal de Rohan avoit adressé à l'empereur les moyens de faire une invasion subite en Lorraine; mais il fut bientôt détrompé. Le roi fit dire au prisonnier de prononcer lui-même sur son sort. Celui-ci demanda à être jugé par le parlement. La femme la Mo- the qui prenoit le surnom de Valois et prétendoit descendre d'un fils naturel de Henri II, avoua dans ses interrogatoires n'avoir jamais été présentée à la reine. Il fut prouvé que depuis la remise du collier entre ses mains, elle étoit passée subitement de l'indigence à un luxe extrême, que son mari avoit vendu à Londres des diamans pour des sommes considérables, enfin qu'à son instigation, une femme nommée d'Oliva avoit joué le personnage de la reine en paroissant à minuit dans le parc de Versailles, où elle avoit fait appeler le cardinal. Le parlement déchargea celui-ci de toute accusation, mit hors de cour la d'Oliva, condamna la femme la Mothe à la marque et à une détention perpétuelle à la Salpêtrière; et son mari aux galères. Malgré ce jugement, Louis XVI et son épouse ne purent voir de bon œil auprès d'eux celui qui avoit compromis leurs noms dans une affaire si désagréable. Le cardinal fut privé de la dignité de grand aumônier, exilé dans l'abbaye de la Chaise-Dieu en Auvergne, et ensuite dans son évêché de Strasbourg. En 1789, il fut nommé député du clergé du bailliage de Haguenau aux États généraux, où il prit séance au mois de septembre. Les chefs du parti populaire espéroient que par esprit de vengeance contre la cour, il favoriseroit les innovations contre le clergé; mais le cardinal s'éloigna d'eux, et quitta l'assemblée où il s'étoit distingué par sa sagesse et sa retenue. Peu de temps après, décrété d'accusation comme auteur de troubles survenus dans le département M m 2 du Rhin, *Rohan* se retira dans la partie de sa souveraineté située en Allemagne. Il s'y montra exempt de fiel, ami des pauvres, et s'y entoura d'infortunés qu'il soulagea. Il est mort à Ettenheim dans la nuit du 17 février 1802. Protecteur éclairé des gens de lettres, il avoit attaché à sa personne l'abbé le *Batteux*. Sa conversation étoit vive et enjouée; il parloit de tout avec grace; et si sa jeunesse fut marquée par quelques écarts, l'âge et le malheur mûrirent son ame et la rendirent douce, bienfaisante et généreuse.
ROHAN, ( Catherine de ) *Voyez* PARTHENAY, n.º II.
ROHAN, ( Marie de ) duchesse de Chevreuse, *Voyez* CHEVREUSE.
ROHAN, *Voyez* GARNACHE, SOUBISE, et TANCRÈDE, n.º III.
ROHAULT, ( Jacques ) né en 1620 d'un marchand d'Amiens, fut envoyé à Paris pour y faire sa philosophie. Son esprit pénétra tous les systèmes des philosophes anciens et modernes; mais il s'attacha sur-tout à ceux de *Descartes*. *Clerselier* partisan de ce philosophe, fut si enchanté de lui avoir trouvé un défenseur dans *Rohault*, qu'il lui donna sa fille en mariage. Il l'engagea à lire tous les ouvrages de *Descartes* et à les enrichir de ses réflexions. Ce travail produisit la *Physique* que nous avons de lui et qu'il enseigna dix ou douze ans à Paris avant que de la donner au public. Ce philosophe mourut en 1675, à 55 ans. *Rohault* étoit tout à lui-même et à ses livres. Il ne sépara jamais la philosophie de la religion, et con- colla l'une et l'autre dans ses écrits et dans ses mœurs. Ses principaux ouvrages sont: I. Un *Traité de Physique*, in-4° ou deux volumes in-12; il est encore regardé comme un bon livre. Il y a fait entrer une foule de questions physico-mathématiques et physico-anatomiques, dont l'explication est indépendante de tout système. II. Des *Éléments de Mathématiques*. III. Un *Traité de Mécanique* dans ses *Œuvres posthumes*, 2 vol. in-12. IV. Des *Entretiens sur la Philosophie*, et d'autres ouvrages qui ont été fort utiles autrefois.
ROI, *Voyez* ROY et EL-ROI.
ROIGNY, ( Jean de ) gendre du célèbre imprimeur *Badius Ascensionus*, lui succéda dans son imprimerie, et l'égala dans la beauté et la correction de ses éditions, au 16e siècle.
ROILLET, ( Gabriel ) recteur de l'université de Paris en 1563, est auteur de plusieurs poésies latines et françoises, et d'une mauvaise tragédie de *Philanire* qui n'en a pas moins été imprimée.
ROISSY, *Voy*. I. MESMES. I. ROLAND, neveu supposé de *Charlemagne*, si célèbre dans les anciens romans, fut tué à la bataille de Roncevaux en 778. *Voyez* dans la *Bibliothèque des Romans*, la jolie chanson qu'a suppléée M. le comte de *Tressan* au défaut de l'ancienne qui s'est perdue par l'injure des temps. *Voy*. aussi l'art. TURPIN.
II. ROLAND DE LA PLATIÈRE, ( J. M. ) né à Villefranche près de Lyon, d'une famille distinguée dans la robe par son inté- grité, fut le dernier de cinq frères restés orphelins et sans fortune. Pour ne point prendre l'état ecclésiastique comme ses aînés, il abandonna la maison paternelle à l'âge de 19 ans. Seul, sans argent, sans protection, il traversa à pied une grande partie de la France, et arriva à Nantes dans l'intention de s'embarquer pour les Indes. Un armateur qui s'intéressoit à sa santé et qui l'avoit vu cracher le sang, le détourna de ce voyage. *Roland* vint à Rouen, entra dans l'administration des manufactures, s'y distingua par son amour pour l'étude, son goût pour les objets économiques et commerciaux, et obtint en récompense de ses travaux la place d'inspecteur général à Amiens, et ensuite à Lyon. Après avoir voyagé en Italie, en Suisse et en diverses autres contrées, il en rapporta d'immenses recherches sur les arts, et en profita dans les ouvrages qu'il publia et qui le firent admettre dans un grand nombre de sociétés savantes. Ses ouvrages sont : I. *Mémoire* sur l'éducation des troupeaux et la culture des laines, 1779 et 1783, in-4.º II. *L'Art* de l'imprimeur d'étoffes en laine, du fabricant du velours de coton, du tourbier, etc., 1780 et 1783. Ce grand travail fait partie du recueil des *Arts mécaniques* publié par l'académie des Sciences. III. *Lettres* écrites de Suisse, d'Italie, de Sicile et de Malte, 1782, six vol. in-12, réimprimées en l'an neuf. Ces lettres sont adressées à celle qu'il épousa bientôt après, et sont remplies de vues utiles et de notices intéressantes sur les manufactures de divers pays, quoique trop mêlées de citations de poètes Italiens qui attiédissent le style loin de l'animer et de l'embellir. IV. *Dictionnaire des Manufactures* et des Arts qui en dépendent, 3 vol. in-4.º Il fait partie de l'*Encyclopédie méthodique* et offre un grand nombre de détails approfondis et de procédés nouveaux dont le commerce peut profiter. V. Il a publié en outre une foule de lettres, d'opuscules, de rapports et de comptes rendus, lorsqu'il parvint à l'administration publique. Ce fut en 1789 qu'il fut porté à la municipalité de Lyon. Député par cette ville pour solliciter auprès de l'assemblée Constituante un secours de 40 millions qu'elle devoit, il fit connoissance à Paris avec *Brissot* dont il suivit bientôt les projets et les idées. Nommé ministre de l'intérieur au mois de mars 1792, *Roland* effraya la cour de *Louis XVI* par ses maximes républicaines et en y paroissant le premier avec des cheveux sans poudre, des souliers sans boucles et un chapeau rond. Forcé par le monarque dont il excita l'aversion à quitter le ministère, il y fut rappelé par l'assemblée Législative. En accélérant les changements dans le gouvernement par son influence, il n'en resta pas moins sévère dans ses mœurs et plein de probité. Il fut porté par son caractère singulier et qui ne fléchissoit jamais, à des innovations dont il ne sentit pas d'abord tout le danger. Si-tôt qu'il s'en apperçut, il s'indigna avec franchise des massacres et des crimes commis autour de lui. Il chercha à arrêter le sang qui couloit au 2 septembre et réclama avec énergie la destitution de la commune de Paris qui fait M m 3 550 ROL soit immoler tant de victimes ; mais il eut beau parler avec sagesse dans ses lettres au département, il vit combien il étoit difficile de contenir le peuple livré aux agitations politiques. Il reprit un peu de popularité en annonçant la découverte d'une armoire de fer dans un mur du château des Tuileries, et d'une foule de lettres et de pièces dont on ne put rien extraire contre le monarque. On lui en fit alors un crime, comme ayant soustrait celles qui pouvoient compromettre ce dernier. Cédant aux orages, aux pamphlets, aux dénonciations, *Roland* donna sa démission et fut bientôt enveloppé dans la proscription des députés de la Gironde. Des émissaires étant venus pour l'arrêter le soir du 31 mai, il trouva le moyen de s'enfuir et d'aller se cacher à Rouen. Là, il apprit que sa femme venoit de périr sur l'échaffand. Dans son désespoir extrême il assembla ses amis et les obligea de délibérer avec lui sur le genre de mort qu'il devoit choisir. « Deux projets furent discutés, dit un écrivain ; suivant le premier, *Roland* devoit se rendre incognito à Paris, se jeter au milieu de la Convention, lui faire entendre des vérités utiles, et lui demander ensuite de le faire mourir sur la place où l'on venoit d'assassiner son épouse. L'autre projet étoit de se retirer à quelques lieues de Rouen et de se donner lui-même la mort. *Roland* considérant que son supplice entraineroit la confiscation de ses biens et réduiroit ainsi sa fille à la misère, préféra s'arracher la vie de ses propres mains. Il demanda une plume, et écrivit un demi-quart d'heure, prit une fanne à épée et donna les derniers embrassemens à ses amis. Il étoit six heures du soir du 15 novembre 1793, quand *Roland* sortit de son asile ; il suivit la route de Paris, et lorsqu'il fut au bourg de Baudoin à quatre lieues environ de Rouen, il entra dans une avenue qui conduit à la maison de M. le Normand, s'assit contre un arbre et se perça le cœur. Sa mort fut prompte sans doute ; il la reçut si paisiblement qu'il ne changea pas d'attitude, et que le lendemain les passans crurent qu'il étoit endormi. On trouva sur lui le billet qu'il avoit écrit quelques instans auparavant et qui étoit ainsi conçu : « Qui que tu sois, qui me trouves gissant, respecte mes restes : ce sont ceux d'un homme qui consacra toute sa vie à être utile, et qui est mort comme il a vécu, vertueux et honnête. Puissent mes concitoyens prendre des sentimens plus doux et plus humains ! Le sang qui coule par torrens dans ma patrie me dicte cet avis. Non la crainte, mais l'indignation m'a fait quitter ma retraite ; au moment où j'ai appris qu'on avoit égorgé ma femme, je n'ai pas voulu rester plus longtemps sur une terre souillée de crimes. » Tel est le portrait que celle-ci en a tracé dans ses Mémoires. « Lorsque M. *Roland* se présenta à moi, dit-elle, c'étoit un homme de quarante et quelques années, haut de stature, négligé dans son attitude, avec cette espèce de roideur que donne l'habitude du cabinet ; mais ses manières étoient simples et faciles ; et sans avoir le fleuri du monde, elles allioient la politesse de l'homme bien né à la gravité du philosophe. De la mai- greur, le teint accidentellement jaune, le front déjà peu garni de cheveux et très-découvert, n'altéroient point des traits réguliers, mais les rendoient plus respectables que séduisans; sa voix étoit mâle, son parler bref, comme celui d'un homme qui n'auroit pas la respiration très-longue; son discours plein de choses, parce que sa tête étoit remplie d'idées, occupoit l'esprit plus qu'il ne flattoit l'oreille; sa diction étoit quelquefois piquante, mais revêche et sans harmonie. » Roland aimoit à obliger ses amis sans le leur dire; mais l'irascibilité de son caractère et son opiniâtreté dans la discussion lui firent un plus grand nombre d'ennemis qu'il n'en méritât. Avec une profonde érudition, la connoissance des langues savantes et de la plupart des modernes, il puisoit toujours dans l'histoire ancienne ses citations et ses exemples, et mourut lui-même comme plusieurs de ces Romains qu'il citoit sans cesse.
III. ROLAND, (Marie-Jeanne Phlipon) femme du précédent, naquit à Paris en 1751 d'un graveur distingué dans sa profession, mais dont la dissipation détruisit la fortune. Elevée au sein des beaux arts, entourée de livres, de tableaux, de musique, elle devint savante, musicienne et se connoissoit en peinture. Dès l'âge de neuf ans elle voulut analyser Plutarque. En 1780, Roland inspecteur des manufactures, enchanté de son esprit, lui adressa ses Lettres sur l'Italie et lui offrit de s'attacher à son sort; en effet elle l'épousa et le suivit à Amiens où elle se livra à l'étude de la botanique, et y acquit des connoissances assez étendues. Un voyage qu'elle fit en Angleterre et en Suisse lui donna le goût de la politique; elle analysa l'esprit de ces deux gouvernemens, et se passionna pour les principes de liberté qui en faisoient la base. Au moment de la révolution Françoise, elle crut pouvoir en faire l'application au nôtre, et fit partager ses opinions à son époux. Celui-ci avoit été nommé inspecteur des manufactures à Lyon, et député près de l'assemblée Constituante pour en obtenir un secours nécessaire au payement des dettes de cette grande ville. Mad. Roland se plut à recevoir chez elle les chefs du parti populaire et les députés les plus marquans de la Gironde. Brissot, Barbaroux, Louvet, Clavière, Vergniaux, y furent admis. Elle devint l'ame de leurs délibérations et la puissance secrète qui dirigea la France. Lorsque Roland parvint au ministère, on lui attribua la plus grande partie de ses travaux; et lorsque celui-ci fut prié par la Convention de ne point abandonner ses fonctions, Danton s'écria: Si l'on fait une invitation à Monsieur, il en faut aussi faire une à Madame. Je connois toutes les vertus du ministre, mais nous avons besoin d'hommes qui voient autrement que par leurs femmes. Le 7 décembre 1792, elle parut à la barre de la Convention pour repousser une dénonciation, et y parla avec autant de noblesse que de facilité et de graces. Quand son mari eut encouru la proscription, Mad. Roland espéra rester à Paris sans danger; mais bientôt arrêtée et mise à Sainte-Pélagie, elle y M m 4 mille illustre. On l'appela d'abord *Aristocle*, du nom de son aïeul; mais son maître de palestre l'appela *Platon*, à cause de ses épaules larges et carrées. Dès son enfance il se distingua par une imagination vive et brillante. Il saisit avec transport et avec facilité les principes de la poésie, de la musique et de la peinture. Les charmes de la philosophie l'arrachèrent à ceux des beaux arts. Il avoit fait plusieurs tragédies; il les jeta au feu; et dès l'âge de 20 ans, il s'attacha uniquement à *Socrate*, qui l'appeloit le *Cygne de l'Académie*. Le disciple profita si bien des leçons de son maître, qu'à vingt-cinq ans il avoit la réputation d'un Sage consommé. Athènes gémissoit dans ce temps-là sous l'oppression des trente tyrans. Le premier usage que *Platon* voulut faire de sa philosophie, fut de réformer un gouvernement si insupportable; mais ses tentatives n'eurent point de succès. Les tyrans furent chassés à la vérité, sans que le bien public y gagnât. Le peuple s'empara de toute l'autorité. Ainsi, l'état fut sans ordre et sans discipline; les lois furent foulées aux pieds. Les caprices d'une multitude ignorante et tumultueuse régloient et gouvernoient les affaires les plus importantes; tant il est vrai que l'anarchie populaire est cent fois plus à craindre que celle de tous les tyrans du monde. *Platon* désolé de voir sa patrie livrée aux factions, se retira chez *Euclide* à Mégare. Il visita ensuite l'Égypte, pour profiter des lumières des prêtres de ce pays, et des hommes illustres en tout genre qu'il produisoit alors. Non content des connoissances dont il s'étoit enrichi en Égypte, il alla dans cette partie de l'Italie que l'on appeloit la grande Grèce, pour y entendre les trois plus fameux Pythagoriciens de ce temps-là. De là il passa en Sicile pour voir les merveilles de cette isle, et sur-tout les embrasemens du Mont-Etna. De retour dans son pays après ses savantes courses, il fixa sa demeure dans un quartier du faubourg d'Athènes, appelé *Académie*. C'est là qu'il ouvrit son école, et qu'il forma tant d'élèves à la philosophie. (*Voyez AXIOTHÉE et II. DIOGÈNE.*) La beauté de son génie, l'étendue de ses connoissances, la douceur de son caractère et l'agrément de sa conversation, répandirent son nom dans les pays les plus éloignés. *Denys le Jeune*, tyran de Syracuse, enflammé du désir de le connoître et de l'entretenir, lui écrivit des lettres également pressantes et flatteuses, pour l'engager de se rendre à sa cour. Le philosophe n'espérant pas beaucoup de fruit de son voyage auprès d'un tyran, ne se pressa pas de partir. On lui dépêcha courrier sur courrier, enfin il se mit en chemin, et arriva en Sicile. Il y fut reçu en grand homme; le tyran offrit un sacrifice pour célébrer le jour de son arrivée. *Platon* trouva en lui les plus heureuses dispositions; *Denys* haït bientôt le nom de tyran, et voulut régner en père: mais l'adulation s'opposa au progrès de la philosophie. *Platon* retourna en Grèce, avec le regret de n'avoir pas pu faire un homme d'un souverain, et le plaisir de ne plus vivre avec de lâches flatteurs qui étouffoient sa bonne semence. A son retour, il passa 552 ROL passa cinq mois à consoler ses compagnons d'infortune et à leur montrer par son exemple avec quel courage on devoit supporter le choc des révolutions. Accusée d'avoir partagé les sentimens des Girondins, elle se vit sans effroi condamnée à partager leur sort. Lorsqu'on la conduisit au supplice, elle conserva assez de gaieté pour faire sourire une autre victime assise à ses côtés. Arrivée sur la place de la Révolution, elle s'inclina devant la statue de la liberté en s'écriant : *O liberté, que de crimes on commet en ton nom!* Décapitée le 8 novembre 1793, à l'âge de 47 ans, elle avoit annoncé en mourant que son mari ne lui survivroit pas et qu'il termineroit son existence en apprenant sa mort : elle ne se trompa pas. Douée d'une imagination vive, d'un cœur sensible, sa conversation et ses écrits prirent un caractère de philosophie sentimentale qui en fit le charme : « Cette philosophie, dit un écrivain, étoit devenue un dédommagement des plaisirs et des jouissances que sa naissance obscure et sa fortune lui avoient refusés. Il est probable que placée dans un rang plus élevé, dans une carrière plus brillante, elle se fût contentée d'être une femme aimable ; mais mécontente de la sphère étroite que le sort lui avoit assignée, elle se fit écrivain et philosophe. » Ses *Opuscules* traitent de la mélancolie, de l'âme, de la morale, de la vieillesse, de l'amitié, de l'amour, de la retraite, de *Socrate*. Ils sont réunis, ainsi que son *Voyage* en Angleterre et en Suisse, aux *Mémoires* qu'elle a écrits en prison sur sa vie privée, son arrestation et le ministère de son mari. Ces *Mémoires* publiés par M. de Champagneux en 1800 forment 3 vol. in-8. Le style de Mad. *Roland* est souvent énergique et fort, quelquefois incorrect, toujours agréable. Il acquiert de la chaleur lorsqu'elle peint les passions ou les évènemens dont elle fut témoin et qui l'entraînèrent à sa perte. Les portraits qu'elle trace des personnages sont rapides, d'un coloris vif ; souvent elle peint d'un trait. Mad. *Roland* sans être belle, avoit une figure douce et naïve ; de grands yeux noirs pleins d'expression et d'esprit animoient une physionomie peu régulière ; sa voix étoit sonore et flexible ; son entretien attachant, semé d'anecdotes et de réflexions neuves et flatteuses qui séduisait l'auditeur ; le meilleur choix de termes en faisoit le charme. Aussi un homme de lettres distingué, qui avoit voyagé avec elle sans la connoître, disoit à son sujet : *On n'a jamais entendu une femme parler aussi bien, ni même un homme*. Avec la finesse propre à son sexe et une grande perspicacité, elle étoit attentive à ne point fatiguer l'orgueil de son époux et à lui cacher souvent une partie de son esprit pour ne point lui paroître trop supérieure. Son amour prononcé pour la république et trop de penchant à la satire lui attirèrent de nombreux ennemis. L'agrément de son esprit quoique prédominant et la variété de ses connaissances lui procurèrent des admirateurs. La pureté de ses mœurs, ses vertus domestiques, devoient la rendre heureuse ; mais elle sacrifia son bonheur pour accroître sa célébrité.
IV. ROLAND D'ERCEVILLE, (B. G.) président au parlement R O L 553 de Paris, réunit à l'étude du droit cellé de l'histoire et des belles- lettres. On lui doit plusieurs ou- vrages dont le mérite et l'intérêt ne le sauvèrent pas de la pros- cription de 1794. Il périt sur l'é- chafaud révolutionnaire le 20 avril de cette année, à l'âge de 64 ans. Ses écrits sont : I. Lettre à l'abbé Velly sur l'autorité des états en France, 1756, in-12. II. Discours sur les Jésuites vi- vans dans le monde en habit sé- culier. III. Compte rendu des in- terrogatoires subis par-devant Argenson au commencement du 18e siècle, par divers prisonniers détenus à la Bastille ou à Vin- cennes, 1766, in-4.º IV. Dis- sertation sur la question si des inscriptions doivent être rédigées en françois ou en latin, 1782, in-8.º Elle a été réimprimée deux ans après. V. Plan d'Education, 1784, in-8.º VI. Recherches sur les prérogatives des femmes chez les Gaulois, les cours d'amour, etc., 1787, in-12. VII. Discours prononcé à l'académie d'Orléans, 1788, in-4.º Roland fut chargé par le parlement en 1762 de l'exécution des arrêts ordonnant l'expulsion des Jésuites, et d'ins- taller l'université dans le collège de Louis-le-Grand ; ce qui lui procura quelques ennemis.
ROLDAN, (Louise) fille d'un sculpteur de Séville, morte à Madrid à 50 ans en 1704, cul- tiva avec succès l'art de son père.
ROLEWINCK, (Werner) né à Laer, bourg du diocèse de Muns- ter, se fit Chartreux à Cologne en 1447, et se distingua par sa science et par sa régularité. Le grand nombre d'ouvrages qu'on a de lui, imprimés et en ma- nuscrits, prouvent son assiduité au travail. Il mourut l'an 1592, victime de sa charité envers des religieux de son ordre, infectés de la peste. Entre tous ses ou- vrages on distingue : I. Fasciculus temporum, Cologne 1474, Lou- vain 1486; en françois par Pierre Surget, de l'ordre de Saint-Au- gustin, 1495. C'est une chroni- que qui va dans l'édition de Lou- vain jusqu'en 1480, et qui a été continuée par Jean Linturius jus- qu'en 1514. Il y a des éditions où l'on ne trouve pas l'histoire de la résurrection du chanoine qu'on dit avoir occasionné la conversion de St. Bruno. (Voyez DIOCRE.) II. Libellus de venerabili Sacra- mento, Paris 1513. III. De Re- gimine principum, Munster, in-4.º IV. Vita et Miracula Sancti Servatii, Cologne 1472. V. Vita S. Hugonis. VI. Dissertationes de Martyrologio, Paschalique Lu- nd, 1472, in-4.º
ROLFINCK, (Guerner) mé- decin renommé, élève de Schel- hamer son oncle, né à Ham- bourg, mort à Iène en 1673, à l'âge de 74 ans, laissa plusieurs ouvrages sur l'art qu'il profes- soit, et dont Manget a donné la liste nombreuse. Ses Dissertatio- nes anatomicae, in-4º, sont le seul écrit de cet auteur qui ait mérité l'attention des médecins.
ROLIN, Voyez ROLLIN et RAULIN. I. ROLLE, (Michel) né à Ambert en Auvergne l'an 1652, vint à Paris à l'âge de 23 ans, pour cultiver les mathématiques. Un problème proposé par Oza- nam et résolu par le jeune ma- thématicien, le fit connoître, lui mérita une pension de Colbert et une place à l'académie des Sciences. Il publia ensuite divers ouvrages: I. Un *Traité d'Algèbre*, 1690, in-4.º II. *Démonstration d'une Méthode pour résoudre les égalités de tous les degrés*, 1691. III. *Méthode pour résoudre les questions indéterminées de l'Algèbre*, 1699. *Rolle* croyoit cette science encore fort imparfaite, et il en méditoit des *Élémens* tout nouveaux lorsqu'il fut surpris par la mort le 8 novembre 1719, à l'âge de 68 ans. Ses mœurs étoient telles que les forment l'attachement à l'étude, et une heureuse privation du commerce du monde.
II. ROLLE, (Jean-Henri) musicien Allemand, a publié des compositions pleines de feu et qui mériteraient d'être plus connues. On distingue sur-tout son *Oratorio* sur la *Mort d'Abel*, et celui d'*Abraham* sur la montagne. Il est mort en 1787 à Magdebourg.
ROLLENHAGEN, Allemand, né en 1542, mort en 1609 à 57 ans, est auteur d'un Poème épique, intitulé : *Froschmunster*, dans le goût de la *Batrachomyomachie d'Homère*. Ce Poème estimé des Allemands, seroit difficilement goûté des autres nations. On a encore de lui des *Comédies*, des *Tragédies*, etc. etc.
ROLLI, (Paul) né à Rome en 1687, fut élève du célèbre *Gravina*, qui lui inspira le goût des lettres et de la poésie. Lord *Sembuch* l'emmena à Londres où il le plaça près de la famille royale, en qualité de maître de langue italienne. Pendant son séjour en Angleterre, *Rolli* y publia plusieurs éditions d'auteurs renommés. Ce sont celles des Sa- tires de l'*Arioste*, des *Œuvres* burlesques du *Berni*, de celles de *Varchi*, de *Milton*, 1735, infol., et d'*Anacréon*, 1739. *Rolli* revint en 1747 dans sa patrie, et y mourut en 1767. On le regarde comme l'un des meilleurs poètes Italiens de ce siècle. Ses Poésies ont été recueillies à Londres en 1735, in-8.º Elles offrent des *Odes*, des *Élégies*, des *Chansons* et des *Hendécasyllabes* dans le genre de *Catulle*. On a encore imprimé à Florence en 1776, in-8°, un recueil d'épigrammes faites par *Rolli*. I. ROLLIN, (Nicolas) chancelier de *Philippe le Bon* duc de Bourgogne, a bien mérité des Béauois par le magnifique hôpital qu'il fonda pour leur ville en 1443. Mais ses contemporains ne virent en lui qu'un concussionnaire avide plutôt qu'un ministre généreux. *Voy. Louis XI, vers la fin*.
II. ROLLIN, (Charles) né à Paris le 30 janvier 1661, d'un couteller, fut reçu maître dès son enfance. Un Bénédictin des Blancs-Manteaux dont il servoit la messe, ayant reconnu dans ce jeune homme des dispositions heureuses, lui obtint une bourse pour faire ses études au collège du Plessis. *Charles Gobinet* en étoit alors principal; il devint le protecteur de *Rollin* qui sut gagner l'amitié de son bienfaiteur par son caractère, et son estime par ses talens. Après avoir fait ses humanités et sa philosophie au collège du Plessis, il fit trois années de théologie en Sorbonne; mais il ne poussa pas plus loin cette étude, et il n'a jamais été que tonsuré. Le célèbre *Hersan* son professeur d'humanités, lui destinoit sa place. *Rollin* lui succéda effectivement en seconde l'an 1683, en rhétorique en 1687, et à la chaire d'éloquence au collège royal en 1688. À la fin de 1694 il fut fait recteur : place qu'on lui laissa pendant deux ans pour honorer son mérite. L'université prit une nouvelle face : *Rollin* y ranima l'étude du grec ; il substitua les exercices académiques aux tragédies ; il introduisit l'usage toujours observé depuis, de faire apprendre par cœur l'Écriture-Sainte aux écoliers. L'abbé *Vittement*, coadjuteur de la principalité du collège de Beauvais, ayant été appelé à la cour, fit donner cette place à *Rollin*, qui gouverna ce collège jusqu'en 1712. Ce fut dans cette année qu'il se retira, pour se consacrer à la composition des ouvrages qui ont illustré sa mémoire. L'université le choisit une seconde fois pour recteur en 1720. L'académie des Belles-Lettres le possédoit depuis 1701. Ces deux compagnies le perdirent le 14 septembre 1741, à 80 ans. On a orné son portrait de ces quatre vers : A cet air vif et doux, à ce sage maintien, Sans peine de *Rollin* on reconnoit l'image : Mais, crois - moi, cher Lecteur, médite son ouvrage, Pour connoître son cœur et pour former le tien. *Rollin* étoit principalement estimable par la douceur de son caractère, par sa modération, par sa candeur, par la simplicité de son âme. Au lieu de rougir de sa naissance, il étoit le premier à en parler. *C'est de l'autre des Cyclopes*, disoit-il dans une épigramme latine à un de ses amis, en lui envoyant un couteau, que j'ai pris mon vol vers le Parnasse. Ce n'est pas qu'il n'eût en même temps une sorte de vanité, surtout par rapport à ses ouvrages, dont les éloges emphatiques de ses partisans lui avoient donné une haute opinion. Il disoit naïvement ce qu'il en pensoit ; et ses jugemens quoique trop favorables, étoient moins l'effet de la présomption que de la franchise de son caractère. C'étoit un de ces hommes qui sont vains sans orgueil. *Rollin* pârloit bien ; mais il avoit plus de facilité d'écrire que de parler, et on trouvoit plus de plaisir à le lire qu'à l'entendre. Son nom passa dans tous les pays de l'Europe. Plusieurs princes cherchèrent à avoir des relations avec lui. Le duc de *Cumberland* et le prince royal depuis roi de Prusse, se comptent au nombre de ses admirateurs. Ce monarque l'honora de plusieurs lettres, dans l'une desquelles il lui disoit : *Des hommes tels que vous marchent à côté des Souverains*. Quant au mérite littéraire de cet auteur, on l'a trop exalté de son temps et on le déprécie trop aujourd'hui. Peut-être que si l'on n'en avoit pas fait un colosse, nos philosophes d'à-présent seroient portés à le trouver moins petit. *Voltaire* dans son temple du goût en parle ainsi : Non loin de là *Rollin* dictoit Quelques leçons à la jeunesse ; Et quoiqu'en robe on l'écoutoit, Chose assez rare à son espèce. Nous jugerons cet écrivain et ses productions d'après les critiques les plus impartiaux. Les principales sont : I. Une *Edition* de *Quintilien*, en 2 vol. in-12, à l'usage des écoliers, avec des notes 556 ROL et une préface très - instructive sur l'utilité de ce livre, tant pour former l'orateur que l'honnête homme. L'éditeur a eu attention de retrancher de son ouvrage quantité d'endroits qu'il a trouvés obscurs et inutiles. II. *Traité de la manière d'enseigner et d'étudier les Belles-Lettres par rapport à l'esprit et au cœur*, en 4 vol. in-12, plusieurs fois réimprimé. Cet ouvrage est recommandable par les sentimens de religion qui animoient l'auteur, par le zèle du bien public, par le choix des plus beaux traits des écrivains Grecs et Latins, par la noblesse et l'élégance du style, par le bon goût qui y respire, mais il y a peu d'ordre, peu de profondeur, peu de finesse. Après qu'on en a lu un certain nombre de pages, tout vous échappe. On sait seulement que l'auteur a dit des choses communes avec agrément, et a parlé en orateur sur des matières qui demandaient à être traitées en philosophe. On ne peut presque rien réduire en principes. Connoît-on bien par exemple les trois genres d'éloquence, le simple, le tempéré, le sublime; lorsqu'on a lu que l'un ressemble à une table frugale, l'autre à une belle rivière bordée de vertes forêts, le troisième à un foudre et à un fleuve impétueux qui renverse tout ce qui lui résiste? III. L'HISTOIRE ANCIENNE des Égyptiens, des Carthaginois, des Assyriens, des Babyloniens, etc. en 13 vol. in-12, publiée depuis 1730 jusqu'en 1738. Il y a des morceaux très-bien traités dans cet ouvrage. Plusieurs parties des premiers volumes, dans lesquels il a suivi pas à pas les historiens Grecs et Latins, sont composées d'une manière satisfaisante. En général il entendoit bien l'art d'extraire, de traduire et de rapprocher les passages des auteurs anciens. On y voit d'ailleurs, comme dans le *Traité des Études*, le même attachement à la religion, le même goût pour le bien public et le même amour pour la vertu. Mais on s'est plaint que la chronologie n'est ni exacte, ni suivie; qu'il y a des inexactitudes dans les faits; que l'auteur n'a pas assez su se défier des exagérations des anciens historiens; que les récits les plus graves sont souvent interrompus par des minuties; que son style n'est pas égal, et cette inégalité vient de ce que l'auteur a emprunté de nos écrivains modernes des 40 et 50 pages de suite. Rien de plus noble et de plus épuré que ses réflexions; mais elles sont répandues avec trop peu d'économie, et n'ont point ce tour vif et laconique qui les fait lire avec tant de plaisir dans les historiens de l'antiquité. Il a manqué à la règle qu'il avoit établie lui-même dans son *Traité des Études*: *Les préceptes qui regardent les mœurs, dit-il, doivent pour faire impression, être courts et vifs, et lancés comme un trait. C'est le moyen le plus sûr de les faire entrer dans l'esprit et de les y faire demeurer.* On apperçoit aussi beaucoup de négligence dans la diction, par rapport à l'usage grammatical et au discernement des expressions, qu'il ne choisissait pas toujours avec assez de goût, quoiqu'en général il écrivit bien, et qu'il se fût préservé du néologisme, de l'emphase, de l'affectation et des autres défauts du style moderne. IV. L'HISTOIRE ROMAINE depuis la fondation de Rome jusqu'à la bataille d'Actium. La mort l'empêcha d'achever cet ouvrage, que M. *Crevier* son disciple a continué depuis le neuvième volume. *L'Histoire Romaine* eut moins de succès que *l'Histoire Ancienne*. On trouva que c'étoit plutôt un Discours moral et historique, qu'une Histoire en forme. L'auteur ne fait qu'indiquer plusieurs événements considérables, tandis qu'il s'étend avec une sorte de prolixité sur ceux qui lui fournissent un champ libre pour moraliser. C'est tour-à-tour de la diffusion et de la sécheresse. Le plus grand avantage de ce livre est qu'on y trouve plusieurs morceaux de *Tite-Live*, rendus assez élégamment en françois. V. *La Traduction* latine de plusieurs *Ecrits* théologiques sur les querelles du temps. L'auteur étoit un des plus zélés partisans du diacre *Paris*; et avant la clôture du cimetière de Saint-Médard, on avoit vu souvent cet homme illustre prier à genoux au pied de son tombeau : c'est ce qu'il avoue lui-même dans ses Lettres. VI. *Opuscules* contenant diverses Lettres, ses *Harangues latines*, *Discours*, *Complimens*, etc. Paris, 1771, 2 vol. in-12. Ce recueil qu'on a droit pu renfermer en un seul volume, en y mettant plus de choix, est précieux néanmoins par quelques bons morceaux, et par l'idée avantageuse qu'on y prend de la solide probité, de la saine raison et du zèle de l'auteur pour les progrès de la vertu et pour la conservation du goût. La latinité de *Rollin* est aussi Cicéronienne que celle de *Grénan*, mais plus ornée encore de pensées judicieuses et d'images agréables. Plein de la lecture des anciens, dont il amenoit les citations avec autant de discernement que d'abondance, il s'exprime avec esprit et avec noblesse. Ses *Poésies* latines méritent le même éloge. L'abbé *Tailhié* a donné un abrégé de *l'Histoire Ancienne*, imprimé avec des figures à Lausanne et à Genève, en 5 vol. in-12. *L'Histoire Ancienne*, *l'Histoire Romaine* et le *Traité des Etudes*, ont été réimprimés in-4. Ces trois ouvrages forment ensemble seize volumes, dont deux pour le *Traité des Etudes*, six pour *l'Histoire Ancienne*, et huit pour *l'Histoire Romaine*. C'est la plus belle édition... *Voy*. BELLENGER.
ROLLON, RAOUL ou HAROUL, premier duc de Normandie, étoit un des principaux chefs de ces Danois ou Normands qui firent tant de courses et de ravages en France dans le 9$^{e}$ et le 10$^{e}$ siècles. Le roi *Charles le Simple* pour avoir la paix avec eux, conclut à Saint-Clair-sur-Epte en 912, un traité par lequel il donna à *Rollon* leur chef sa fille *Gisle* ou *Giselle* en mariage, avec la partie de la Neustrie appelée depuis de leur nom Normandie, à condition qu'il en feroit hommage et qu'il embrasseroit la religion Chrétienne. *Rollon* y consentit, sous la condition qu'on ajouteroit à cette province la Bretagne; il fut baptisé et prit le nom de *Robert*, parce que dans la cérémonie *Robert* duc de France et de Paris lui servit de parrain. Mais lorsqu'il fallut rendre l'hommage dont une des formalités étoit de baiser le pied du roi, le fier *Rollon* dédigna de le faire en personne. L'officier qui le fit pour lui leva si haut le pied du monarque, qu'il le fit tomber en arrière. La 558 ROL France étoit alors dans une si triste situation, qu'on feignit de prendre cette insolence pour une mal-adresse dont il ne falloit que rire. Le nouveau duc de Normandie montra autant d'équité sur le trône qu'il avoit fait éclater de courage dans les combats. Son nom seul prononcé faisoit la loi et obligeoit de se présenter devant les juges. C'est l'origine du fameux cri de *Haro* (HA, RAOUL!) qui est encore aujourd'hui en usage dans la Normandie. On rapporte aussi à ce prince l'institution de l'*Echiquier*, ou Parlement ambulatoire qui fut rendu sédentaire à Rouen l'an 1499. Épuisé de fatigues et d'années, *Rollon* abdiqua en 927 en faveur de *Guillaume* son fils, et vécut encore cinq ans après suivant *Guillaume de Jumiège*. C'est donc une erreur visible dans *Or-dric Vital*, de placer sa mort comme il fait en 917.
**ROLLWINCK**, (Wernerus) *Voyez* ROLEWINCK.
**ROMAGNESI**, fils de *Cinthio* comédien Italien et comédien lui-même, jouoit assez bien tous les rôles et excelloit dans ceux d'*Ivrogne*, de *Suisse* et d'*Allemand*. Il fut auteur en même temps qu'acteur. On a recueilli ses meilleures Pièces en deux vol. in-8°, 1774; et les autres se trouvent dans le *Nouveau Théâtre Italien*. Comme il étoit né avec un esprit fin, plaisant et juste, les premières offrent du vrai comique, et les autres des bouffonneries assez divertissantes. Peut-être que si ses ouvrages étoient en plus petit nombre, ils seroient plus soignés. Il mourut à Fontainebleau le 11 mai 1742. Le curé du lieu n'ayant pas voulu l'inhumer, on fut obligé d'envoyer son corps à Paris. Il avoit travaillé de société avec *Dominique*. **I. ROMAIN**, (St.) issu de la race des rois de France, fut nommé à l'archevêché de Rouen en 626. Sa vertu et sa naissance lui acquirent l'estime des peuples. Il mourut le 23 octobre 639. L'église de Rouen est dans l'usage de délivrer tous les ans un criminel le jour de l'Ascension. Ce droit dont elle jouit de temps immémorial, est fondé, dit-on, sur le privilège qui lui fut accordé par un de nos rois, en mémoire de ce que *St. Romain* avoit délivré les environs de Rouen d'un horrible dragon, qui dévoroit les hommes et les bestiaux. On sait que les dragons tués sont souvent le symbole de quelque fléau arrêté par les prières et les vertus d'un serviteur de Dieu.
**II. ROMAIN**, pape après *Etienne VI*, en octobre 897, cassa la procédure de son prédécesseur contre *Formose*, et mourut vers la fin de la même année où il avoit été élu. On a de lui une *Epitre*.
**III. ROMAIN Ier**, surnommé *LECAPENE*, empereur d'Orient, né en Arménie d'une famille peu distinguée, porta les armes avec succès, et sauva la vie à l'empereur *Basile* dans une bataille contre les Sarasins. Ce fut là l'origine de sa fortune. *Constantin X* épousa sa fille, et le déclara son collègue à l'empire en 919. Bientôt *Romain* eut tout le pouvoir, et *Constantin* n'eut que le second rang. Né avec de grands talens, il cimenta la paix avec les Bulgares, tailla en pièces les R O M 559 Moscovites qui s'étoient jetés sur la Thrace, et obligea les Turcs à laisser l'empire en repos. A ces qualités guerrières il joignit l'humanité. Il acquitta toutes les dettes des familles qui étoient devenues insolvables; et il fit brûler dans la place les titres et les obligations de leurs créanciers. Il donna aussi des logemens aux uns, des terres aux autres, et délivra plusieurs malheureux de l'oppression. Mais il se surpassa dans les calamités publiques qui arrivèrent en 934. Le 25 décembre le froid devint tout-à-coup si rigoureux, que la terre demeura gelée jusqu'au 24 d'avril. L'été suivant il n'y eut point de récolte; tout périt, jusqu'aux arbres; la disette produisit une si grande mortalité, suivant Léon le grammairien, qu'en plusieurs endroits il ne resta pas assez d'hommes pour donner la sépulture aux morts. Romain témoigna dans cette calamité générale toute la générosité d'un prince et toute la tendresse d'un père. Il fit fermer les galeries où logeoient les pauvres, afin qu'ils fussent à l'abri du froid. Il leur fit distribuer de l'argent chaque mois, outre celui qu'on donnoit à ceux qui demeuroient dans l'enceinte des Eglises; et cette somme montoit à douze mille marcs. Trois pauvres d'inoient à sa table tous les jours, et on leur donnoit une pièce d'argent. Le jeudi et le samedi il y ajoutoit trois pauvres moines, auxquels il faisoit une semblable anmône. On lisoit pendant ses repas des livres édifians. Lorsqu'il rencontroit un moine célèbre par sa piété, il lui faisoit une confession de ses fautes en versant des larmes. Il embellissoit les Eglises et les remplis- soit de lampes et de luminaires. Mais, dit Zonare, quelle religion mal-entendue! Romain reconnoissoit qu'il étoit un parjure et un usurpateur, et il auroit voulu expier ces deux crimes en donnant une partie des trésors que son ambition lui avoit procurés. C'est, continue le même auteur, prendre le bœuf de son voisin, en offrir les pieds au Seigneur pour obtenir le pardon de son vol, et garder pour soi le reste de son corps. Cependant Romain éprouvant des remords, il voulut rendre par son testament à Constantin X son gendre, le premier rang dont il l'avoit privé: Etienne l'un des fils de Romain, fâché de cet arrangement, le fit arrêter et conduire dans un monastère où il finit ses jours en 948. Voy. III. BASILE.
IV. ROMAIN II, dit le Jeune, fils de Constantin Porphyrogenète, succéda en 959 à son père, après l'avoir, dit-on, empoisonné. Il chassa du palais sa mère Hélène et ses sœurs qui furent obligées de se prostituer pour trouver de quoi vivre. Les Sarasins menaçant de tous côtés l'empire, Nicéphore Phocas grand capitaine, fut envoyé contre ceux de l'isle de Crète en 961, et il se seroit rendu maître de toute l'isle s'il n'avoit été obligé d'aller descendre à Lep, contre d'autres barbares de la même nation. Il les vainquit dans deux journées consécutives, tandis que le lâche Romain se livroit à des débauches dont il mourut en 963, après un règne de trois ans et quelques mois. V. ROMAIN III, surnommé Ancrre, fils de Léon général des armées impériales, parvint à 560 ROM l'empire par son mariage avec Zoé fille de Constantin le Jeune. Il commença de régner en novembre 1028. Il déshonora le trône par son indolence, et vit tranquillement les Sarasins s'emparer de la Syrie. Zoé profita de sa nonchalance. Devenue amoureuse de Michel trésorier de l'empire, elle résolut de lui mettre sur la tête la couronne impériale. Elle empoisonna Romain, et comme le poison étoit trop lent, elle le fit étrangler dans un bain en avril 1034, après un règne de cinq ans et quelques mois.
VI. ROMAIN IV, dit DIOGENE, étoit un des plus braves officiers et l'homme le mieux fait de l'empire. Il régna en 1068, après Constantin Ducas qui laissa trois fils sous la tutelle de l'impératrice Eudoxie. Cette princesse lui avoit promis de ne pas se remarier; mais ne pouvant porter le double fardeau du trône et du veuvage, elle donna la main à Romain IV. Les Turcs faisoient des ravages sur les terres de l'empire; il marcha contreux et les vainquit. Mais en 1071 il tomba entre les mains d'Asan chef des infidelles. Ce général lui ayant demandé comment il l'auroit traité s'il avoit été son prisonnier? Romain lui répondit: Je vous aurois fait percer de coups! — Je n'imiterai point, répliqua Asan, une cruauté si contraire à ce que J.C. votre législateur vous ordonne; et il le renvoya avec beaucoup d'honnêtetés. A son retour à Constantinople, il lui fallut disputer le trône contre Michel fils de Constantin Ducas, lequel avoit été reconnu empereur pendant sa captivité. On en vint aux armes. Ro- main fut vaincu, et on lui creva les yeux. Il mourut des suites de ce supplice en octobre 1071, après trois ans huit mois de règne. Romain avoit le talent de gouverner et de combattre; mais la fortune ne le favorisa point.
VII. ROMAIN, (Saint) diacre de l'église de Césarée, né dans la Palestine, souffrit le martyre sous l'empereur Dioclétien. Comme il reprenoit publiquement les Chrétiens qui pour éviter la rage des bourreaux, alloient dans les temples adorer les faux dieux, il fut pris et mené devant le juge qui le condamna à être brûlé. Étant sur le bûcher, attaché au poteau, et voyant que les bourreaux attendoient que l'empereur ordonnât d'y mettre le feu, il les pressa et leur demanda hardiment où étoit le feu? L'empereur en étant averti, le fit ramener devant lui pour le condamner à souffrir un autre supplice, et il ordonna qu'on lui coupât la langue qu'il donna généreusement; il fut ensuite mené en prison. La vingtième année de l'empire de Dioclétien, on publia un édit qui donnoit la liberté à tous les Chrétiens: il n'y eut que lui qui fut étranglé et qui eut l'avantage de mourir martyr comme il l'avoit souhaité.
VIII. ROMAIN, (Jules) peintre dont le nom de famille étoit Giulio PIPPI, né à Rome en 1492, étoit le disciple bien-aimé de Raphaël qui le fit son héritier. Jules Romain fut longtemps occupé à peindre d'après les dessins de son illustre maître, qu'il reudoit avec beaucoup de précision et d'élégance. Tant que Jules ne fut qu'imitateur, il se montra un peintre sage, doux et gracieux; mais se livrant tout-à-coup à l'essor de son génie, il étonna par la hardiesse de son style, par son grand goût de dessin, par le feu de ses compositions, par la grandeur de ses pensées poétiques, par la fierté et le terrible de ses expressions. On admire ces grandes qualités réunies dans son tableau de la *Châte des Géans*; et dans les *Batailles de Constantin*, qu'il fit avec *Raphaël* son maître. On lui reproche d'avoir trop négligé l'étude de la nature, pour se livrer à celle de l'antique; de ne point entendre le jet des draperies; de ne pas varier ses airs de tête; d'avoir un coloris qui donne dans la brique et dans le noir, sans intelligence du clair-obscur: mais aucun maître n'a mis dans ses tableaux plus d'esprit; de génie et d'érudition. *Jules* étoit encore excellent architecte; plusieurs palais qu'on admire dans l'Italie, furent élevés suivant les plans qu'il en donna. Ce célèbre artiste fut fort occupé par le duc *Frédéric Gonzague* de Mantoue. Ce prince le combla de bienfaits; et sa protection lui fut très-utile contre les recherches qu'on faisoit de lui, pour les *xx Dessins* qu'il avoit composés d'un pareil nombre d'*Estampes* très-dissolues, que grava *Marc-Antoine* et que *Pierre Arélin* accompagnés de sonnets non moins condamnables. Tout l'orage tomba sur le graveur qui fut mis en prison, et qui auroit perdu la vie sans la protection du cardinal de *Médicis*. Les *Dessins* que *Jules* a lavés au bistre, sont très-estimés; on y remarque beaucoup de correction et d'esprit. Il n'y a pas moins de liberté et de *Tome X.* hardiesse dans les traits qu'il faisoit toujours à la plume, de fierté et de noblesse dans ses airs de tête; mais il ne faut point rechercher dans ses dessins, des contours coulans, ni des draperies riches et d'un bon goût. On a beaucoup gravé d'après ce grand maître. Il mourut à Mantoue en 1546, à 54 ans.
ROMAIN DE HOOGUE, *Voyez* HOOGUE.
ROMAIN; (François) ou le *Frère Romain* architecte: *Voyez* FRANÇOIS ROMAIN, n° xv.
ROMAIN, (le Cardinal) *Voy.* BLANCHE, et LOUIS IX, (Saint) n° xvi.
ROMANELLI, (Jean-François) peintre, né à Viterbe en 1617, entra dans l'école de *Pietro de Cortone*. Les cardinaux *Barberin* et *Filomarino* le recommandèrent à Sa Sainteté qui l'employa à plusieurs ouvrages considérables. *Romanelli* fut élu prince de l'académie de Saint-Luc. Le cardinal *Barberin* ayant été obligé de se retirer en France, proposa ce peintre au cardinal *Mazarin*, qui le fit aussitôt venir et lui donna occasion de faire éclater ses talents. Le roi le créa chevalier de St-Michel et lui fit de grands présens. L'amour de sa patrie et les sollicitations de sa famille, avoient rappelé *Romanelli* deux fois à Viterbe; lieu de sa naissance; enfin il se préparoit à revenir en France; lorsque la mort l'enleva, à la fleur de son âge; en 1662. Ce peintre étoit d'une humeur enjouée. Le roi, la reine et les principaux seigneurs de la cour, l'honorèrent quelquefois de leur présence, autant pour l'entendre N n à Olympie pour voir les Jeux. Il se trouva logé avec des étrangers de considération, auxquels il ne se fit pas connoître. Il retourna avec eux à Athènes, où il les logea chez lui. Ils n'y furent pas plutôt qu'ils le pressèrent de les mener voir *Platon*. Le philosophe leur répondit en souriant : *LE VOICI*. Les étrangers surpris de n'avoir pas discerné le mérite de ce grand homme à travers les voiles de la modestie qui le couvroit, l'en admirèrent davantage... Après l'anéantissement de la tyrannie dans la Sicile et la mort de *Dion* qui l'avoit renversée, les Siciliens écrivirent au philosophe Grec pour lui demander s'ils devoient rétablir la tyrannie ou la domination du peuple. *Platon* leur répondit : « Un état n'est jamais heureux ni sous le joug de la tyrannie, ni dans l'abandon d'une trop grande liberté. Le plus sage parti est d'obéir à des rois, sujets eux-mêmes aux lois. L'excessive liberté et la grande servitude sont également dangereuses et produisent à peu près les mêmes effets. » Ce peu de mots fait assez connoître que *Platon* avoit des idées saines sur l'art de gouverner les hommes. On n'en est pas moins convaincu par la réponse qu'il fit aux Cyréniens, auxquels il refusa de donner des lois. « Vous êtes trop attachés aux richesses; et je ne crois pas qu'un peuple qui les aime puisse être jamais soumis aux lois. » On lui attribue quelques bons mots, ainsi qu'à *Socrate*. Voyant les Agrigentins faire d'énormes dépenses en bâtiments et en repas, il dit : *Les habitans d'Agrigente bâtissent comme s'ils devoient toujours vivre, et mangent comme* *s'ils mangeoient pour la dernière fois... Platon* avoit naturellement un corps robuste et vigoureux; mais les voyages qu'il fit sur mer, et les fréquens dangers qu'il courut, altérèrent beaucoup ses forces. Néanmoins il n'eut presque aucune attaque de maladie durant tout le cours de sa vie. Dans le ravage affreux que la peste fit à Athènes au commencement de la guerre du Péloponnèse, il échappa à ce fléau commun par un régime de vie sobre et frugal, et par la privation des plaisirs qui énervent le corps et l'esprit. Sa tempérance le conduisit à une heureuse vieillesse. Il mourut le jour de sa naissance, après une carrière de 81 ans, l'an 348 avant Jésus-Christ. On mit sur son tombeau cette inscription, simple et digne de lui : « *Cette terre couvre le corps de PLATON; le ciel contient son âme bienheureuse. Homme, qui que tu sois, si tu es honnête, tu dois révérer ses vertus.* » Il avoit toujours bravé la mort. Les médecins lui ayant conseillé de quitter promptement l'Académie, où l'air étoit infecté par des maladies contagieuses, s'il vouloit sauver sa vie; *Platon*, sans avoir égard à cet avis, leur assura qu'il ne feroit pas même un pas pour aller au Mont-Athos, où l'on croyoit que les hommes vieillissoient plus tard que par-tout ailleurs, quand il seroit sûr d'y vivre plus longtemps que le reste des mortels... Son âme élevée aux grandes vérités de la nature, méprisoit les petites tracasseries des hommes. Jamais il ne vengea ses injures particulières, mais seulement celles qu'on faisoit à ses amis; car l'amitié étoit pour lui un besoin, parler que pour le voir peindre. Il étoit grand dessinateur, bon coloriste; il avoit des pensées nobles et élevées qu'il rendoit avec une touche facile; ses airs de tête sont gracieux: il ne lui a manqué que plus de feu dans ses compositions. Il a fait peu de tableaux de chevalet.
ROMANZOFF, (N. maréchal de) célèbre général au service de *Catherine II* impératrice de Russie, fut le soutien de sa puissance et le vainqueur des Ottomans. Il quitta en 1770 le commandement des armées de l'Ukraine pour marcher contr'eux, et il assura le triomphe des Moscovites par deux batailles décisives. La première se donna sur les rives du Pruth; les Turcs commandés par le kan de Crimée, au nombre de 80,000 hommes, furent forcés dans leurs retranchemens et se retirèrent vers le Danube; la victoire de Kagoul acheva leur défaite. Le combat se livra au mois de juillet. 150,000 ennemis avoient enveloppé *Romanzoff* qui n'avoit à leur opposer que 18,000 Russes. Ceux-ci attaqués de toutes parts périssoient sous le canon et la mousqueterie, lorsque leur général ordonna de fondre sur les Musulmans la baïonnette au bout du fusil. Le nombre céda alors à l'intelligence et à la discipline. Les bataillons carrés des Russes firent un carnage affreux; les Turcs laissèrent 100,000 hommes sur le champ de bataille, et le reste entraîna le grand visir dans sa fuite. L'impératrice fit élever un obélisque en marbre à Tzarsko-Zelo, pour consacrer le souvenir de cette grande victoire, qui amena la reddition de Bender et d'un grand nombre d'autres places importantes. *Romanzoff* voulut assurer par les négociations le fruit de ses victoires; des conférences pour la paix s'ouvrirent entre lui et le grand visir *Mussum-Oglou*. Ces deux guerriers qui avoient appris à estimer mutuellement leur courage, se donnèrent des marques respectives d'estime et de bienveillance; mais les prétentions de la cour de Russie étant extrêmes, ces conférences furent infructueuses. *Romanzoff* passa de nouveau le Danube, repoussa sans cesse les Turcs et s'avança vers Schumla où le grand visir s'étoit campé et où il le trouva très-écarté des autres corps d'armée. Le maréchal remarquant le désavantage de cette position, l'environna si bien qu'il l'empêcha de communiquer même avec ses magasins. Le visir demanda la paix. Les préliminaires en furent signés sur un tambour par *Romanzoff*, au mois de juillet 1774. Ce traité accorda à la Russie la libre navigation sur la mer Noire et le passage par le canal des Dardanelles; elle garda Azoph et quelques autres places, et l'indépendance de la Crimée fut reconnue. *Romanzoff* releva par sa modestie l'éclat de ses victoires. Il ne voulut point partager avec l'impératrice les honneurs d'une entrée triomphante qu'on avoit préparée pour elle à Moscow en 1775, et il ne parut devant *Catherine* qu'en simple soldat venant rendre compte de ses actions. Il reçut d'elle une terre avec 5000 paysans, une épaulette en diamans, l'ordre de Saint-George et un chapeau auquel étoit attachée une branche de laurier en pierres précieuses estimées 30,000 roubles. Il partit bientôt pour son gouvernement d'Ukraine; mais *Catherine* l'en fit revenir pour accompagner à Berlin le grand duc *Paul Petrowitz* qui y alloit épouser la princesse de Wirtemberg. « Ce n'est, lui dit-elle, qu'au zèle du plus illustre appui de mon trône que je puis me résoudre à confier mon fils. » Lorsque le roi de Prusse apperçut le maréchal, il s'avança vers lui en lui adressant ces mots : « Vainqueur des Ottomans, soyez le bienvenu; je suis charmé de voir celui dont le nom doit passer à la postérité la plus reculée. » Dans les fêtes données au grand duc, celle qui du flatter le plus *Romanzoff*, fut la manœuvre de la garnison de Potsdam, rangée en bataillons carrés, à l'imitation des Russes à la sanglante bataille de Kagoul. Lorsque la guerre se réveilla en 1787 entre la Russie et la Porte Ottomane, *Romanzoff* à qui l'on offrit le commandement de l'armée de moitié avec le prince *Potemkin*, voyant qu'il deviendrait le subordonné de ce favori, s'excusa sur son grand âge, demanda sa retraite et l'obtint. Il mourut quelque temps après, respecté des Russes et des puissances étrangères, et laissant après lui la réputation de l'un des plus grands généraux du siècle.
ROMAS, (N. de) de l'académie des Sciences de Bordeaux et correspondant de celle de Paris, lieutenant-assesseur du présidial de Nérac sa patrie, mourut dans cette ville en 1776, âgé d'environ 70 ans. Il passe pour l'inventeur du cerf-volant électrique. *Romas* en fit l'essai à Nérac, en mai 1753; et cet essai réussit. *Francklin* l'avait tenté à Philadelphie, l'année précédente, avec moins de succès et d'appareil; et c'est ce que *Romas* ignorait. Ainsi on peut le regarder, du moins en France, comme auteur de cette découverte. Nous avons de lui : I. Diverses *Dissertations* sur l'électricité, dans les tomes 2 et 4 des *Mémoires* présentés par les étrangers à l'académie des Sciences de Paris. II. *Mémoire sur les moyens de se garantir de la foudre dans les maisons*, suivi d'une *Lettre* sur les cerf-volans électriques, Bordeaux, 1776, in-12. Cette brochure renferme quelques observations curieuses. Elle est écrite comme tous les ouvrages de *Romas*, avec clarté; mais avec prolixité et sans correction. C'était une homme presque nul en littérature. Il était né avec des dispositions plus heureuses pour les sciences exactes et pour la mécanique. On lui reprochoit la haute opinion qu'il avoit de ses connoissances, d'autant plus qu'il ne la cachoit pas. Il souffroit difficilement la contradiction, même dans les choses qu'il n'avoit pas approfondies, et se prévenoit aisément; d'ailleurs bon époux, excellent citoyen, magistrat éclairé et équitable, et homme officieux.
ROMBOUTS ou RAMBOUTS, (Théodore) peintre, né à Anvers en 1597, et mort dans cette ville en 1637, à 40 ans, possédoit très-bien la partie du coloris; mais trop prévenu en sa faveur, il opposa toujours ses ouvrages à ceux du célèbre *Rubens* son contemporain et son compatriote. Ce parallèle qu'il auroit dû prudemment éviter, augmenta en quelque sorte les défauts et diminua les beautés de ses tableaux. N n 2 Après avoir peint des sujets graves et majestueux, il se délassoit à représenter des assemblées de charlatans, de buveurs, de musiciens, etc., et il y réussissoit mieux que dans les grands sujets. On admire dans ces derniers ouvrages la légèreté, la finesse de sa touche. Ses figures sont bien dessinées et plaisantes. On a peu gravé d'après *Rombouts*.
ROME, (Esprit-Jean de) sieur d'ARDÈNE, né à Marseille en 1687, fit ses premières études à Nanci et ensuite dans une terre proche de Lyon, où ses parens s'étoient retirés. De retour en Provence, il se maria en 1711. S'étant rendu à Paris quelque temps après, il y forma des liaisons avec plusieurs écrivains de la capitale, *Fontenelle*, *Racine*, *Danchet*, *Dubos*. Après avoir fait un assez long séjour dans cette patrie des sciences et du bon goût, il se retira à Marseille où il mourut en 1748, à 61 ans. M. *Guis* lui fit une épitaphe honorable : *Les Graces*, y disoit-il, *formèrent son génie*; la *Sagesse forma son cœur*. Sa physionomie annonçoit de l'esprit et de la douceur, et sembloit répondre de sa probité. Naturellement sérieux, il parloit peu et ne s'ouvroit qu'à ses amis; mais quand il se répandoit dans leur sein, rien n'égaloit les charmes de sa conversation. On a publié en 1767 ses *Œuvres Posthumes*, en 4 vol. petit in-12, parmi lesquelles on doit distinguer ses *Fables* et le *Discours* judicieux dont il les a accompagnées, qui vaut peut-être plus que les *Fables* mêmes. S'il n'a pas la naïveté de la *Fontaine*, on ne peut lui refuser beaucoup d'aménité, des images riantes, un goût de philosophie champêtre, et des tableaux agréables de la nature. On trouve encore dans ce recueil des *Discours* et des *Odes* qui furent couronnés par diverses académies. Il étoit membre de celle de Marseille. La plupart des autres pièces de ce recueil auroient pu rester dans le portefeuille de l'éditeur. — Son frère *Jean-Paul de ROME d'ARDÈNE* prêtre de l'Oratoire, long-temps supérieur de la maison de Marseille, mort le 5 décembre 1769, avoit le même caractère et autant de savoir que l'académicien. Il demauroit une partie de l'année à une campagne près de Forcalquier, où il distribuoit des remèdes aux pauvres, donnoit des conseils salutaires et accommodoit les procès. Il s'appliquoit à la médecine, à l'agriculture et au jardinage. Nous avons de lui 2 vol. in-12 de *Lettres*, où il prouve que les ecclésiastiques peuvent exercer l'art de guérir. Son *Année Champêtre*, en 3 vol. in-12 : ses *Traités* sur la culture de différentes fleurs, prouvent qu'il joignoit aux connoissances d'un agriculteur, l'érudition d'un savant. On se plaint même qu'il a prodigué quelquefois cette érudition, sur-tout dans les *Lettres* dont nous avons parlé; et voilà comme on fait deux volumes de ce qui pourroit être renfermé dans une petite brochure.
ROMÉ DE L'ISLE, (Jean-Baptiste-Louis) né à Gray en Franche-Comté, au mois d'août 1736, s'appliqua dès sa jeunesse aux observations sur l'Histoire Naturelle et la Minéralogie. Il acquit bientôt dans cette dernière science une célébrité que ses découvertes et ses écrits lui méritèrent. Ceux-ci sont : I. Lettre à M. Bertrand sur les polypes d'eau douce, 1766, in-12. II. Des Catalogues raisonnés de plusieurs riches collections de minéraux, de cristallisations et de madrépores. On distingue sur-tout celui du cabinet de Davila, 1767, 3 vol. in-8. III. L'Action du feu central banni de la surface du globe, et le Soleil rétabli dans ses droits, 1779 et 1781, in-8. IV. Cristallographie, 1783, 4 vol. in 8. L'auteur y donne la description des formes propres à tous les corps du règne minéral, dans l'état de combinaison saline, pierreuse et métallique, avec des figures et des tableaux de tous les cristaux connus et classés d'après le nombre et la disposition de leurs angles. Il prétend que chaque espèce du règne minéral prend toujours une forme polyèdre, régulière, constante, et qui lui est particulière. Ce système a été attaqué par plusieurs naturalistes ; l'ouvrage n'en offre pas moins les recherches les plus laborieuses, et l'exemple d'une sagacité peu commune. V. Des Caractères extérieurs des Minéraux, 1784, in-8. VI. Métrologie ou Tables pour servir à l'intelligence des poids et des mesures des anciens, d'après leur rapport avec les poids et les mesures de la France, 1789, in-8. Romé, modeste, ennemi de l'intrigue et de toute faction, patient et plein de vertus douces, est mort à Paris le 10 mars 1790.
ROMIEU, (Marie de) née dans le Vivarais, acquit quelque réputation dans le 16e siècle par son amour pour les lettres et les ouvrages qu'elle publia. Les plus remarquables sont des Instructions pour les jeunes Dames ; et un Discours où l'auteur prétend prouver l'excellence de son sexe sur celui de l'homme.
ROMILLON, (Élizabeth) de Lille au Comtat Venaissin, perdit son mari et ses enfans dans un âge peu avancé. Il ne lui resta de son mariage qu'une fille nommée Françoise, née en 1573, qui se joignit à elle pour établir des religieuses sous la règle du Tiers-Ordre de Saint-François. Elle mourut en 1619 sans avoir eu la consolation de voir perfectionner cet établissement. Sa fille Françoise de Barthelier y mit la dernière main. Elle donna des constitutions à ses filles, et les nomma Religieuses de Sainte-Élisabeth. Après avoir fondé plusieurs couvens de son ordre, elle retourna à celui de Paris, où elle mourut en odeur de sainteté l'an 1645. I. ROMILLY, (Jean) Genevois, né le 29 juin 1714, se rendit célèbre dans l'horlogerie et par ses inventions en mécanique. Il a fait le premier une montre battant les secondes mortes ; il en fit une autre qui alloit une année entière sans être remontée, et qu'il présenta à Louis XV. Romilly ne fut malade que le jour de sa mort arrivée à Paris le 16 février 1796. On lui doit : I. Tous les articles sur l'horlogerie insérés dans l'Encyclopédie. II. Une Lettre publiée en 1778 contre la possibilité du mouvement perpétuel. III. Il établit le Journal de Paris, commencé le 1er janvier 1777, et y inséra long-temps les observations météorologiques qui se voyaient en N n 3 566 ROM tête de cette feuille ; ce qui fit dire qu'il y faisoit la pluie et le beau temps.
II. ROMILLY, (Jean-Edme) fils du précédent, fut successivement ministre Calviniste à Genève et à Londres. Ses connoissances, son aménité le rendirent cher à d'Alembert, à J. J. Rousseau et à Voltaire. Il mourut en 1779. On lui doit : I. Discours Religieux, 3 volumes in-8.º II. Les articles Tolérance et Vertu dans la première Encyclopédie.
ROMORANTIN, (la comtesse de) Voy. II. ESSARS.
ROMUALD, (Saint) fondateur et premier abbé de l'ordre des Camaldules, naquit à Ravenne vers 952, d'une famille ducale. Séduit par les attraits de la volupté, il se livra à tous les charmes trompeurs du monde. La grace le toucha enfin, et il se renferma dans un monastère, dont les moines peu réguliers, gênés par sa vertu, voulurent le précipiter du haut d'une terrasse. Il fut obligé de se retirer auprès d'un hermite nommé Marin qui demeuroit aux environs de Venise. Ce solitaire récitoit tous les jours le Pseautier ; et comme Romuald savoit à peine lire, Marin lui donnoit des coups de baguette sur la tête du côté gauche. Le jeune solitaire, après l'avoir long-temps souffert, le pria enfin de le frapper du côté droit, parce qu'il n'entendoit presque plus de l'oreille gauche. Le vieillard admira sa patience, et le traita avec plus de douceur. Romuald bâtit plusieurs monastères, et envoya des religieux prêcher l'Évangile aux infidelles de Hongrie. Il partit lui-même pour cette mission ; mais il fut arrêté en chemin par une langueur qui l'empêcha d'aller plus loin. St. Romuald fonda l'an 1012 le monastère de Camaldoli en Toscane : c'est de là que son ordre a pris le nom de Camaldule. Le saint fondateur rendit son ame à Dieu le 19 juin 1027, à 75 ans, près de Val-de-Castro. Ses vertus lui avoient acquis une grande considération. L'empereur Henri II l'appela à sa cour en 1022 ; mais le pieux solitaire, après lui avoir donné de sages conseils, retourna dans sa chère retraite. Le B. Pierre Damien a écrit sa vie.
ROMUALD, (Pierre de St-) Voyez PIERRE, n.º XXVII.
ROMULUS, fondateur et 1er roi de Rome, étoit frère de Remus et fils de Rhea Sylvia fille de Numitor roi d'Albe. Ce dernier prince ayant été détrôné par son frère Amulius, sa fille fut mise au nombre des Vestales. On croyoit l'empêcher d'avoir des enfans : mais elle se trouva bientôt enceinte ; et pour couvrir son déshonneur, lorsqu'elle eut accouché de deux jumeaux, elle publia qu'ils étoient le fruit d'un commerce avec le dieu Mars. Amulius les fit exposer sur le Tibre, où Faustule intendant des bergers du roi, les trouva et les fit élever par Laurentia son épouse. C'étoit une femme à qui sa lubricité avoit mérité le nom de Louve. De là la fable qu'ils avoient été allaités par l'animal qui porte ce nom. Dès que les deux frères se virent en état de combattre, ils rassemblèrent des voleurs et des brigands, tuèrent Amulius et R O N 567 rétablirent *Numitor* dans le royaume d'Albe. *Romulus* fonda ensuite la ville de Rome, vers l'an 752 avant J. C. (*Voy. REMUS.*) Comme ses sujets manquoient de femmes, il célébra une grande solennité, pendant laquelle il fit enlever les filles des Sabins et de plusieurs autres peuples. Les nations voisines coururent aux armes pour se venger de cette insulte; mais elles furent vaincues et contraintes de faire la paix. (*Voyez TATIUS.*) *Romulus* ayant pourvu à la sûreté de son petit état, en régla l'intérieur. Il divisa en trois parties les terres. La première fut consacrée au culte des Dieux; la seconde fut destinée aux dépenses publiques; et la troisième partagée entre ses sujets, et divisée en trente portions égales, conformément au nombre des curies qui composaient le total des citoyens. Il partagea en même temps les habitans de Rome en trois ordres: les *Patriciens*, les *Chevaliers* et les *Plébéiens*. C'est dans le premier corps qu'il choisit cent hommes distingués par leur âge, leur richesse et leur mérite, qu'il appela Sénateurs, du mot *Senex*, vieillard. Le sénat fut chargé du gouvernement de la ville et de l'état, lorsque le monarque seroit obligé de faire la guerre au dehors. *Romulus* n'eut pas le temps de perfectionner l'ouvrage qu'il avoit commencé. On prétend qu'il disparut en faisant la revue de son armée près du marais de Caprée, pendant un grand orage; soit qu'il eût été tué par le tonnerre, soit que les sénateurs qui commençoient à haïr et à redouter sa puissance l'eussent mis à mort: s'étoit vers l'an 715 avant J. C. Il avoit alors 55 ans, dont il en avoit régné 37. Les sénateurs voulant éloigner les soupçons que sa mort inopinée avoit fait naître contre eux, subornèrent un certain *Proculus* qui jura publiquement « que *Romulus* descendu du ciel lui avoit annoncé qu'il étoit au rang des Dieux, et qu'en cette qualité il demandoit les honneurs divins. » On les lui accorda en effet; on lui bâtit un temple, et on créa un prêtre sous le nom de *Flamine Quirinal* pour lui faire des sacrifices. Le fondateur de Rome avoit fait faire le dénombrement de tous les citoyens de cette ville quelque temps auparavant. Il ne s'y trouva que trois mille hommes de pied et environ trois cents cavaliers. Tel fut le berceau de l'empire Romain. Mais *Jacques Gronovius* publia en 1684 une *Dissertation*, dans laquelle il entreprend de prouver que l'origine de *Romulus*, sa naissance, son éducation et l'enlèvement des Sabines, ne sont qu'un pur roman inventé par un Grec nommé *Dioclès*. Cette opinion paroît assez vraisemblable. Les fables embellissent ou plutôt déshonorent toujours les commencements des empires; et quoiqu'un historien sage ne les croie pas, il est obligé de les rapporter, parce qu'il est jugé très-souvent par les sots. *Voyez QUIRINUS*, et IL LUIT-PRAND.
RONDEL, (*Jacques de*) écrivain Protestant, enseigna longtemps les belles-lettres à Sédan, où il se lia d'amitié avec le fameux *Bayle* qui faisoit cas de son savoir et de sa probité, et qui lui adressa son projet du Dictionnaire. L'académie de cette ville ayant été détruite en 1681, N n 4 168 RON il se retira à Maestricht, où il fut professeur en belles - lettres et où il mourut fort âgé en 1715. On a de lui : I. Une *Vie d'Épicure*, Paris, 1679, in-12, qui fait honneur à son érudition. II. Un *Discours* sur le chapitre de *Théophraste* qui traite de la *Superstition*, à Amsterdam, 1685, in-12, etc.
RONDELET, (Guillaume) né à Montpellier en 1507, y professa la médecine avec réputation. C'est à sa sollicitation que le roi fit bâtir le *Théâtre Anatomique* de sa patrie. Il s'appliquoit à l'anatomie avec tant d'ardeur qu'il fit lui-même l'ouverture du corps d'un de ses enfants : opération digne d'un Cannibale ! Ce père dénaturé mourut à Réalmont dans l'Albigeois, le 18 juillet 1566, à 59 ans, pour avoir trop mangé de figues. Il avoit l'esprit vif et pénétrant, et étoit très-appliqué. Il passoit une partie de la nuit à lire et à écrire. Les leçons qu'il donnoit étoient écoutées avec plaisir, parce qu'il les égayoit par de petits contes et des plaisanteries. On a de lui : I. Un *Traité des Poissons*, en latin, 1554, deux vol. in-folio, et en françois, 1558, in-folio. Le président de Thou dit qu'il a tiré cette Histoire ou plutôt cette Compilation, des *Commentaires* sur *Pline* de Guillaume Pelicier évêque de Montpellier, qui n'ont jamais vu le jour. Mais aucun des contemporains de *Rondelet* ne lui a fait ce reproche, et on sait que ce médecin a fait plusieurs voyages pour s'instruire sur l'histoire des poissons à laquelle il travailloit. II. Plusieurs autres *Ouvrages de médecine*, Genève, 1628, in-8. Ils ne répondent point à la réputation qu'il s'étoit acquise. C'est lui que *Rabelais* a, dit-on, désigné sous le nom de *Rondibilis*. Ce médecin étoit prodigue. Il avoit la fureur de bâtir ; et cette manie lui coûtoit beaucoup, parce que peu content de ses premiers dessins, il abattoit ce qu'on avoit construit. Quoiqu'il eût des appointeurs considérables, il ne laissa guère à ses héritiers que ses productions : très-petite succession, à laquelle ils pouvoient renoncer. La *Vie de Rondelet* se trouve dans les Œuvres de Laurent Joubert son élève.
RONDET, (Laurent-Étienne) fils d'un Imprimeur de Paris, et petit-fils de Jean Boudot dont nous avons un Dictionnaire latin françois très-connu, naquit le 6 mai 1717, et mourut le 1$^{er}$ avril 1785. C'étoit un homme très-versé dans les langues grecque, latine et hébraïque. Depuis cinq heures du matin jusqu'à huit heures du soir, il travailloit sans interruption à la révision de divers ouvrages et à la composition de quelques-uns. Il ne sortoit que pour aller à l'église, et jamais il ne se permit une heure entière de promenade. Il est principalement connu par son abrégé du Commentaire de Dom Calmet sur la Bible, sous le titre de *Sainte Bible en latin et en françois, avec des notes, des préfaces et des dissertations*, Paris, 1748-1750, 14 vol. in-4. C'est ce qu'on nomme communément la *Bible de l'abbé de Vence*, qui n'y a aucune part, mais dont on y trouve quelque dissertations. Les préfaces et les dissertations de Dom Calmet y sont conservées entières, mais revues, corrigées et quelquefois augmentées. Le Commentaire seul est abrégé et réduit à des notes très-courtes, qui accompagnent dans cette édition la Paraphrase du P. de Carrières. Comme cette version paraphrasée lève beaucoup de difficultés, elle a dispensé de plusieurs remarques; mais l'éditeur n'auroit pas dû mettre quelques observations capables d'éclaircir en peu de mots, les prétendues contradictions que les incrédules modernes ont cherché dans l'Écriture. Il donna une nouvelle édition de cette Bible à Avignon, chez Merande, 1767-1773, en 17 vol. in-4.º L'éditeur la revit avec un nouveau soin, conféra ses notes avec celles du P. Houbigant, et recueillit de cette confrontation beaucoup de remarques nouvelles. Il a ajouté de plus beaucoup de dissertations qui sont le fruit de son travail. Il publia en 1776 le 1er volume in-4.º d'un Dictionnaire Historique et Critique de la Bible pour servir de suite aux deux précédentes éditions de la Bible. Il a laissé en manuscrit une partie de cet ouvrage, qui réussit peu, parce qu'on publia à peu près en même temps à Toulouse, une édition du Dictionnaire de la Bible de D. Calmet, en six vol. in-8.º Rondet a donné plusieurs autres éditions, telles que celles de l'Histoire Ecclésiastique de l'abbé Racine, en 13 vol. in-4.º Il a fait les tables des matières de l'Histoire Ecclésiastique de Fleuri, du Dictionnaire Apostolique, et a revu un grand nombre de Missels, de Bréviaires et de Livres d'église. Il avoit été disciple de Rollin, et il étoit très-attaché, comme ce célèbre professeur, à la mémoire des Solitaires de Port-Royal.
RONSARD, (Pierre de) né au château de la Poissonnière dans le Vendomois, en 1524, d'une famille noble, fut élevé à Paris au collège de Navarre. Les sciences ne lui offrant que des épines, il quitta ce collège, et devint page du duc d'Orléans, qui le donna à Jacques Stuart roi d'Écosse, marié à Magdeleine de France. Ronsard demeura en Écosse auprès de ce prince plus de deux ans, et revint ensuite en France où il fut employé par le duc d'Orléans dans diverses négociations. Il accompagna Lazare Baïf à la diète de Spire. Ce savant lui ayant inspiré du goût pour les belles-lettres, il apprit le grec sous Dorat, avec le fils de Baïf. On dit que Ronsard étudioit jusqu'à deux heures après minuit, et qu'en se couchant il réveilloit Baïf qui prenoit sa place. Les Muses eurent des charmes infinis à ses yeux; il les cultiva, et avec un tel succès qu'on l'appela le PRINCE DES POETES de son temps. Henri II, François II, Charles IX et Henri III, le comblèrent de bienfaits et de faveurs. Ronsard ayant remporté le premier prix des Jeux Floraux, on regarda la récompense qui étoit promise comme au-dessous du mérite de l'ouvrage et de la réputation du poète. La ville de Toulouse fit donc faire une Minerve d'argent massif et d'un prix considérable qu'elle lui envoya. Le présent fut accompagné d'un décret qui déclarait Ronsard, LE POETE FRANÇOIS par excellence. Depuis, Ronsard fit présent de sa Minerve à Henri II, et le monarque parut aussi flatté 570 RON de cet hommage du poète, que le poète auroit pu l'être de le recevoir de son roi. Marie Stuart reine d'Écosse, aussi sensible à son mérite que les Toulousains, lui donna un buffet fort riche, où il y avoit un vase en forme de rosier, représentant le Mont-Parnasse, au haut duquel étoit un Pégase, avec cette inscription : A RONSARD, l'Apollon de la source des Muses. On peut juger par ces deux traits de la réputation dont ce poète a joui, et qu'il soutint jusqu'au temps de Malherbe. Il y a de l'invention et du génie dans ses ouvrages; mais son affectation à mettre par - tout de l'érudition et à former des mots tirés du grec, du latin, des différens patois de France, a rendu sa versification dure et souvent inintelligible. Lorsque Malherbe lisant ses vers s'apercevoit de quelques expressions impropres qui lui étoient échappées, il disoit: Je ronsardisois. Despréaux a dit de lui : Ronsard, par une autre méthode, Réglant tout, brouilla tout, fit un art à sa mode; Et toutefois long-temps eut un heureux destin; Mais sa Muse, en françois parlant grec et latin, Vit dans l'âge suivant, par un retour grotesque, Tomber de ses grands mots le faste pédantesque. Ce poète a fait des Hymnes, des Odes, un Poème intitulé la Franciade, des Eglogues, des Epigrammes, des Sonnets, etc. Dans ses Hymnes, Ronsard a de l'énergie. Chatelard, condamné à mort en Écosse, pour avoir attenté à l'honneur de la reine dont il étoit amoureux, ne voulut lire pour sa consolation en allant à l'échafaud que l'Hymne à la mort de Ronsard. Dans ses Odes, il prend l'enflure pour de la verve; il veut pindariser, suivant ses expressions, c'est-à-dire prendre l'essor de Pindare, et il se perd dans les nues. Cependant ses défauts ont beaucoup trop obscurci ses grandes qualités, si nous nous en rapportons au jugement réfléchi des éditeurs des Annales Poétiques... « RONSARD, disent-ils, avoit une partie de ce qu'il faut pour être un grand poète. On ne peut nier qu'il ne fût plein de verve et d'enthousiasme; il avoit l'imagination la plus brillante et la plus féconde: bien convaincu que le poète doit présenter plus de tableaux que de récits, on voit qu'il s'attache toujours à peindre ce qu'il raconte. Il a quelquefois du sentiment et de la flexibilité, et l'on a de la peine à concevoir comment ce poète, si souvent guindé et emphatique, est quelquefois si gracieux. Tranchons le mot, et disons que Ronsard avoit du génie. Joachim du Bellay qui avoit moins de mauvais goût que lui, avoit aussi bien moins de verve et d'imagination; et s'il a manqué à Ronsard des qualités essentielles au poète, nous osons dire que dans celles qu'il possédoit aucun poète ne l'a surpassé. Personne peut-être n'a été plus vivement inspiré. Ses vers ne sont pas ordinairement de bons vers françois; mais ce sont des vers très-poétiques. On doit le lire au moins comme un poète étranger. Homère et Virgile n'apprennent pas mieux que lui à faire des vers françois. Il faut le lire avec le même esprit qu'on apporte à la lecture d'Homère et de Virgile. Il n'apprend pas, si l'on veut, à être poète françois, il apprend seulement à être poète, si toutefois cela s'apprend.» Les trois pièces de grand genre, dont les éditeurs des Annales Poétiques ont enrichi leur recueil, justifient cet éloge. Ces pièces sont : une espèce de Poème intitulé la Promesse, dédiée à Catherine de Médicis qui promettait beaucoup et tenoit peu; une Hymne à l'Éternité et les Quatre Saisons de l'Année. Nous connoissons peu d'ouvrages plus poétiques que ce dernier Poème : l'imagination la plus féconde y déploie ses richesses... Ronsard mourut à St-Cosme-les-Tours, l'un de ses bénéfices, le 27 décembre 1585, à 61 ans. Le parlement assista à son convoi; le roi y envoya sa musique, et du Perron qui devint cardinal prononça son oraison funèbre. Malgré tant d'honneurs, l'homme étoit encore plus ridicule en lui que le poète; il étoit singulièrement vain; il ne parloit que de sa maison, de ses prétendues alliances avec des têtes couronnées. Dans les éloges qu'il s'adresse sans façon à lui-même, il prétend que de Ronsard on a fait le nom de Rossignol, pour exprimer à la fois un chantre et un poète. Il étoit né l'année de la défaite de François I devant Pavie, « comme si le Ciel, disoit-il, avoit voulu par-là dédommager la France de ses pertes. » Il ne tarissoit pas sur le récit de ses bonnes fortunes. Toutes les femmes le recherchoient; mais il ne disoit point que quelques-unes lui donnèrent des fa- veurs cuisantes. L'usage immodéré des plaisirs, joint à ses travaux littéraires, hâta sa vieillesse. Dès sa 50e année, il étoit goutteux, infirme et valétudinaire. Il conserva cependant, jusqu'à ses derniers momens, son esprit, sa gaieté et sa facilité poétique. Il eut, comme tous les hommes qui frappent trop les regards du public, un grand nombre d'admirateurs et quelques ennemis. Melin de St-Gelais ne l'épargnoit guère. Mais Rabelais étoit celui qu'il redoutoit le plus. Il avoit toujours soin de s'informer où le jovial curé de Mendon alloit, afin de ne pas s'y trouver. On a dit que Voltaire tenoit la même conduite à l'égard de Piron, dont il redoutoit les saillies imprévues et les bons mots piquans. Les Poésies de Ronsard parurent en 1567, à Paris, en 6 vol. in-4°, et 1604, 10 vol. in-12. Voyez II. SAINT-GELAIS. — I. LORME. — GREVIN. — et III. CHRÉTIEN.
RONSIN, (Charles-Philippe) né à Soissons, annonça dès sa jeunesse des passions turbulentes et un goût extrême pour le plaisir. Avec peu de fortune il chercha à y suppléer par l'intrigue. La révolution lui ouvrit une carrière d'espérances, et il la suivit. Admis au club des Jacobins, il ne tarda pas à se lier avec Danton et Marat, et à devenir leur apologiste. Leur protection le fit nommer successivement commissaire ordonnateur de l'armée des Pays-Bas, adjoint au ministère de la guerre, et enfin général de l'armée révolutionnaire. Ce fut en cette dernière qualité qu'il présida aux massacres et aux barbaries exercées à besoin, et il chérit sur-tout ses frères avec tendresse. Il fut aimé à son tour. La douceur de son caractère lui gagnait les cœurs; et si la gravité s'y mêlait, c'étoit en donnant à sa physionomie plus de noblesse et de dignité. *Platon*, ce grand maître dans l'art de penser, ne le fut pas moins dans l'art de parler. Quand il écrit bien, on ne peut rien imaginer de plus grand, de plus noble, de plus majestueux que son style. Il semble parler, dit *Quintilien*, moins le langage des hommes que celui des Dieux. Il puisa dans *Homère*, comme dans une source féconde, cette fleur d'expression, qui le fit appeler l'*Homère des Philosophes*. L'atticisme qui étoit parmi les Grecs, en matière de style, ce qu'il y avoit de plus fin et de plus délicat, règne dans tout ce qu'il a écrit. Aussi lui donna-t-on de son temps le surnom d'*APIS ATTICA*, (*Abcille Athénienne*); de même que la postérité lui a déféré celui de *DIVIN*, par rapport à la beauté de sa morale. Cependant son style, si loué par *Quintilien*, a trouvé quelques censeurs. Il est très souvent enflé, dit *Linguet*, obscur même dans l'expression. Il emploie quelquefois des métaphores sans exactitude, des allégories désagréables, des plaisanteries trop recherchées. *Dacier* lui-même a été forcé de convenir de ces défauts. « Lorsqu'il veut se surpasser lui-même, et qu'il affecte d'être grand, il lui arrive quelquefois tout le contraire. Car outre que sa diction est moins agréable, moins pure et plus embarrassée, elle tombe dans des périphrases, qui étant répandues sans choix et sans me- mère, n'ont ni grace ni beauté, et n'étalent qu'une vaine richesse de langue. Au lieu des mots propres et de l'usage commun, il ne cherche que les mots nouveaux, étrangers et antiques; et au lieu de n'employer que des figures sages et bien entendues, il est excessif dans ses épithètes, dur dans ses métaphores, et outré dans ses allégories. » Quant au système de philosophie qu'il se forma, *Héraclite* fut son guide pour la physique, *Pythagore* pour la métaphysique, et *Socrate* pour la morale. Il établit deux sortes d'Êtres, Dieu et l'Homme : l'un existant par sa nature, et l'autre devant son existence à un Créateur. Le Monde étoit créé suivant lui : les principaux êtres qui le composent, se réduisent à deux classes. Les Astres sont dans la 1$^{re}$, et les génies bons et mauvais dans la seconde. L'Être suprême qui préside à ces êtres intermédiaires, est incorporel, unique, bon, parfait, tout-puissant, juste; il prépare aux gens de bien des récompenses dans une autre vie, et aux méchans des peines et des supplices. D'un tel système doit découler nécessairement une morale pure. Rien ne l'est plus en effet, dit l'abbé *Fleury*, que celle de *Platon*, quant à ce qui regarde le désintéressement, le mépris des richesses, l'amour des hommes et du bien public; rien de plus noble, quant à la fermeté du courage, au mépris de la volupté, de la douleur, de l'opinion des hommes, et à l'amour du véritable plaisir. Une telle morale fut, sans doute, ce qui engagea les premiers Pères de l'Église à étudier soigneusement Meaux et dans la Vendée. Cromwell étoit devenu son idole, et il en lisoit sans cesse la vie. Rappelé au sein de la commune de Paris, il chercha à élever le pouvoir de celle-ci au-dessus de celui de la Convention; mais le comité de salut public le fit arrêter et traduire devant le tribunal révolutionnaire qui le condamna à mort le 24 mars 1794, à l'âge de 42 ans, comme ayant voulu proclamer un tyran sur les ruines du gouvernement républicain. Il marcha vers l'échafaud avec fermeté, et vit le coup mortel s'avancer sans pâlir. Qui pourroit penser que le farouche Ronsin se plut à cultiver la poésie, et fut auteur de plusieurs tragédies déjà inconnues et cependant représentées en 1791 et 1792. Elles sont intitulées Louis XII, la Ligue des fanatiques et des tyrans; Aréanphile ou la Révolution de Cyrène: celle-ci est en cinq actes et en vers. I. ROOKE, (George) amiral Anglois, mort en 1709, s'éleva par son courage de la classe obscure aux premiers grades de la marine, et les mérita successivement en brûlant la flotte Françoise dans la bataille de la Hogue et en se distinguant dans celle de Malaga, et à la prise de Vigo et de Gibraltar. H. ROOKE, (Laurent) astronome Anglois, né en 1623 à Depfort, mort en 1662, fut l'un des fondateurs de la Société royale de Londres, et professa l'astronomie avec éclat au collège de Gresham.
ROOKE, (Jacques) peintre d'Anvers, mort en 1747, à 61 ans, a laissé divers tableaux estimés par la fidélité et la correction qui les distinguent.
ROOS, (Jean-Henri) peintre et graveur, né à Otterberg dans le Bas-Palatinat en 1631, mort à Francfort en 1685, excelloit dans le portrait, et peignoit aussi avec vérité les paysages et les animaux.
ROPERT, (Marie) Angloise, petite-fille de Thomas Morus, se distingua dans le 16e siècle par son savoir dans les langues et les agrémens de son esprit. Elle a traduit du grec en anglois l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe, et du latin quelques opuscules de son aïeul. I. ROQUE, (Gilles-André de la) sieur de la Lontière gentilhomme Normand, né dans le village de Cormelles près de Caen, en 1597, mort à Paris le 3 février 1687, à 90 ans, s'est fait un nom par plusieurs ouvrages sur les généalogies et sur le blason. Les principaux sont: I. Un Traité curieux de la Noblesse, et ses diverses espèces, in-4°, à Rouen, 1734. II. Traité du Ban, in-12, qui est bon. III. La Généalogie de la Maison d'Harcourt, in-fol., 4 vol., 1662; elle est curieuse par le grand nombre de titres qu'il rapporte. IV. Traité des Noms et Surnoms, in-12, superficiel. V. Histoire Généalogique des Maisons nobles de Normandie, Caen, 1654, infolio. L'auteur avoit une mémoire prodigieuse; il connoissoit toutes les fraudes généalogiques dont on s'étoit servi pour illustrer certaines familles, et il se faisoit un plaisir de les dévoiler. R O Q 573
IL ROQUE, (Antoine de la) poète François, né à Marseille en 1672, mort à Paris en 1744, chevalier de l'ordre militaire de Saint-Louis, fut chargé durant vingt-trois années de la composition du *Mercure*. Il s'en acquitait avec distinction, sur-tout dans la partie des beaux arts, pour lesquels il eut toujours beaucoup d'amour et de goût. On peut même le mettre au rang des plus célèbres amateurs, soit par rapport à ses connaissances, soit à cause de la riche collection qu'il avoit formée. — *Jean de la Roque* son frère, membre de l'académie des Belles-Lettres de Marseille, mort le 8 décembre 1745 à Paris, à 84 ans, avoit fait plusieurs voyages dans le Levant. Il travailla au *Mercure* avec son frère, dont il partageoit le goût et les talens. L'un et l'autre sont connus par des ouvrages. On a du premier les paroles de deux opéra, *Médéc et Jason* et *Théonoé*, tragédies dont la musique est de *Salomon*... Et du second : I. *Voyage de l'Arabie heureuse*, in-12. II. *Voyage de la Palestine*, in-12. III. *Voyage de Syrie et du Mont Liban*, avec un abrégé de la Vie de *du Chasteuil*, in-12. Il avoit aussi promis de donner son *Voyage littéraire de Normandie* : il n'a point paru; mais il en a donné la substance dans huit *Lettres* publiées dans le *Mercure de France*... *Voyez ROQUES*.
III. ROQUE-MONTROUSSE, (N. Mad. de) vivoit au milieu du 17$^{e}$ siècle. Elle possédoit les mathématiques et les langues savantes. Elle a traduit plusieurs odes d'*Horace* en vers françois.
ROQUE, *Voyez LARROQUE*. I. ROQUELAURE, (Antoine de) baron de Roquelaure en Armagnac, d'une maison ancienne qui remonte au douzième siècle, fut destiné à l'état ecclésiastique, qu'il quitta à la mort de l'aimé de ses deux frères pour l'état militaire. *Jeanne d'Albret* reine de Navarre qui l'honoroit de son estime, l'engagea dans le parti du prince son fils qui le fit lieutenant de la compagnie de ses Gardes. Ce prince voyant fuir ses gens au combat de Fontaine-Françoise, lui ordonne de courir après eux pour les ramener. *Je m'en garderai bien*, répondit ce rusé courtisan; *on croiroit que je fuis tout comme eux. Je ne vous quitterai point, et je mourrai à vos côtés*. Le roi de Navarre devenu roi de France sous le nom de *Henri IV*, récompensa ses services et sa fidélité par la place de grand maître de sa garde-robe en 1589, par le collier du Saint-Esprit en 1595, et par divers gouvernements dont le plus considérable étoit celui de la Guienne. *Louis XIII* ajouta à ces bienfaits le bâton de maréchal de France en 1614. *Roquelaure* ne s'endormit pas sur ses lauriers. Il remit dans le devoir Nérac, Clairac et quelques autres places; et mourut subitement à Leictoure le 9 juin 1625, dans sa 82$^{e}$ année. C'étoit un courtisan fin et adroit qui ne consultoit que la politique, même dans les affaires de religion. Un ministre Huguenot exhortant *Henri IV* à ne point changer de communion : *Malheureux que tu es !* lui dit-il, *mets dans une balance, d'un côté la Couronne de France, de l'autre les Pseumes de Marot, et vois qui des deux l'emportera*. Il soutenoit sa faveur par des plaisanteries dont quelques-unes nous ont été conservées par *Sully*.
II. ROQUELAURE, (Gaston-Jean-Baptiste marquis, puis duc de) fils du précédent, se signala dans divers sièges et combats, fut blessé et fait prisonnier au combat de la Marfée en 1641, et à la bataille de Honnecourt en 1642. Il servit de maréchal de camp au siège de Gravelines en 1644, et à celui de Courtrai en 1646. Il devint ensuite lieutenant général des armées du roi; et fut blessé au siège de Bordeaux. Le roi aussi content de ses services que charmé de ses plaisanteries, le fit duc et pair de France en 1652, chevalier de ses ordres en 1661, et gouverneur de la Guienne en 1676. Ce seigneur mourut le 17 mars 1683, à 68 ans. C'est à lui que le peuple attribue une foule de bons mots et de bouffonneries aussi plates que ridicules. On en a fait un recueil, sous le titre de *Mous François*, in-16, qui est merveilleux pour amuser les laquais. Ajoutons que les prétendus bons mots mis sous le nom de *Roquelaure*, sont tirés en partie des anecdotes que nous ont conservées *Brantôme* et quelques autres écrivains qui ont parlé de *Triboulet* fou de *François I*, de *Brusquet* bouffon de *Henri II*, etc. etc. Tout ce qu'on peut dire de *Roquelaure*, c'est qu'il étoit homme d'esprit, d'une société agréable, et fort au-dessus de ceux dont on lui a prêté les quolibets.
III. ROQUELAURE, (Antoine-Gaston-Jean-Baptiste duc de) fils du précédent, mort à Paris en 1738, à 82 ans, (et non 42, comme dit le continuateur de *Ladvocat*;) commanda en chef en Languedoc, et mérita d'être élevé à la dignité de maréchal de France en 1724. Il ne laissa que deux filles, la princesse de *Pons* et la princesse de *Léon*.
ROQUES, (Pierre) né à la Caune petite ville du haut Languedoc l'an 1685, de parens Calvinistes, devint en 1610 ministre de l'église Françoise à Basle, où il s'acquit l'estime des honnêtes gens par sa probité et par ses écrits. Il y mourut en 1748, à 63 ans. On a de lui un très-grand nombre d'ouvrages faits avec ordre et pleins d'une érudition profonde, mais écrits d'un style un peu négligé. Les principaux sont: I. Le *Tableau de la conduite du Chrétien*. II. Le *Pasteur évangélique*, in-4°: ouvrage estimé des Protestans, et traduit en diverses langues. III. Les *Éléments des vérités historiques, dogmatiques et morales que les Écrits sacrés renferment*. IV. Le vrai *Piétisme*. V. Des *Sermons* pleins d'une morale exacte, mais dont l'éloquence est peu pathétique. VI. Les *Devoirs des Sujets*. VII. *Traité des Tribunaux de Judicature*. VIII. Une édition augmentée du Dictionnaire de *Moréri*; Basle, 1731, 6 vol. in-folio. IX. La première *Continuation* des Discours de *Saurin* sur la Bible. X. La nouvelle édition de la Bible de *Martin*, en 2 vol. in-4°. XI. Diverses *Pièces* dans le *Journal Helvétique* et dans la *Bibliothèque Germanique*. Ce ministre faisoit honneur à la Suisse par les qualités de son cœur, autant que par ses connoissances. Il étoit franc, sincère, officieux, ami tendre, bon parent. La beauté de son ame se peignoit sur sa physionomie, qui étoit très-heureuse.
ROQUESANNE, (Jean) sectateur des Hussites et chef des Calixtins, fut député en 1432 avec plusieurs de ses disciples au concile de Basle, où l'on condamna les erreurs de Jean Hus dont il étoit partisan. Il montra de la docilité aux décisions du concile, souscrivit et fit souscrire ses compagnons aux décrets de cette assemblée, sous la condition qu'on leur permettrait la communion sous les deux espèces; le concile y consentit, et même le récompensa en le désignant pour archevêque de Prague. De retour en cette ville, il affecta tant de vanité et de précipitation à exercer le droit qu'on lui avoit accordé, que l'empereur qui en fut choqué lui fit refuser les bulles du saint Siège. Il s'exila lui-même de dépit, et recommença à semer le trouble et les erreurs dans la Bohème jusqu'à sa mort.
ROQUETAILLADE, (Jean de la) alchimiste de Bordeaux, vivoit au milieu du 16e siècle, et a publié des écrits rares et recherchés par les adeptes; ils sont intitulés: Liber Lucis, 1579, in-12; Caelum Philosophorum, 1543, in-8°; Opus de quintil assentid omnium rerum, 1595, in-8°.
ROQUETTE, (l'Abbé de) mort évêque d'Autun, qu'on dit avoir été un dévot politique, d'après lequel on prétend que Molière peignit son Tartuffe. Nous ignorons si cette anecdote est véritable et s'il donna occasion au poète comique de le mettre sur le théâtre; mais nous savons qu'il prêcha avec quelque succès. — L'abbé de ROQUETTE, (Henri Emmanuel) son neveu, mort en 1725, étoit de l'académie Françoise. Voyez NICOLE, n.° II. et HARLAY, n.° IV.
RORARIUS, (Jérôme) de Pordenone en Italie, nonce du pape Clément VII à la cour de Ferdinand roi d'Hongrie, s'est fait un nom par un traité intitulé: Quòd Animalia bruta ratione utantur melius Homine, Amsterdam, 1666, in-12. On peut l'envisager en quelque sorte comme un paradoxe moral qui reproche aux hommes l'abus de la raison, tandis que les brutes remplissent leur destination sans s'écarter de la route que le Créateur leur a tracée. Il est vrai encore que l'instinct des bêtes est plus sûr et plus infaillible dans les opérations physiques que la raison de l'homme. Mais si les assertions de Rorarius se prenoient à la lettre, elles seroient d'une absurdité repoussante; elles prouveroient que les astres qui circulent avec une régularité si géométrique et si constante, que les plantes qui s'arrangent avec tant de symétrie, qui poussent des fleurs et des fruits si agréables et si utiles, sont remplis d'intelligence. Son livre du reste n'est pas mal écrit, et l'on y trouve plusieurs faits singuliers sur l'industrie des bêtes et la malice des hommes. Il avoit composé auparavant un Plaidoyer pour les Rats, imprimé dans le pays des Grisons en 1648. On pouvoit l'appeler l'Avocat des Bêtes.
ROSA, (Salvator) peintre, graveur et poète, né à Rénessa près de Naples en 1615, connut 576 R O S la misère et se vit d'abord réduit à exposer ses tableaux dans les places publiques. *Lanfranc* qui remarqua du talent dans ses ouvrages, en acheta plusieurs et l'encouragea. *Salvator* flatté du suffrage de ce grand maître, se porta avec plus d'ardeur à l'étude. Il a principalement excellé à peindre des combats, des marines, des paysages, des sujets de caprice, des animaux et des figures de soldats. Sa touche est facile et très-spirituelle; son paysage et sur-tout le feuiller de ses arbres, est d'un goût exquis. Il peignoit avec une telle rapidité, que souvent il commençoit et finissoit un tableau en un jour. L'un de ses plus beaux tableaux est *Jonas* prêchant dans Ninive. Il orne la collection du roi de Danemarck. Lorsqu'il avoit besoin de quelque attitude, il se présentoit devant un grand miroir et la dessinoit d'après lui. On remarque dans ses ouvrages un génie bizarre, des figures gigantesques et quelques incorrections. On a plusieurs morceaux gravés de sa main qui sont d'une touche admirable. *Salvator* unissoit le talent de la poésie à celui de la peinture. Il a composé des *Satires*, (*Amsterdam*, 1719, in-8°, et 1770, aussi in-8°) dans lesquelles il y a de la finesse et des saillies. Sa maison étoit devenue une académie où les gens de bon goût et d'esprit se rassembloient et jouoient même la comédie. On sait son aventure avec le connétable *Colonne*. Ce seigneur paya un tableau de *Salvator* avec une bourse pleine d'or; le peintre lui envoya un second tableau, et le connétable une bourse plus considérable. *Salvator* fit un nouvel ouvrage, et fut ré- compensé de même; un 4° tableau lui mérita un nouveau présent; enfin au 5°, le connétable ne voulut plus continuer un jeu qui l'épuisoit: il envoya deux bourses à *Salvator*, et lui fit dire qu'il lui cédoit l'honneur du combat. Ce maître conserva jusqu'à la mort son humeur enjouée. Il disoit que son nom étoit un gage assuré de son salut, et que Dieu ne damneroit jamais un homme qui s'appeloit *Sauveur*. Il mourut à Rome en 1673, à 58 ans.
ROSA ALBÀ CARRIERA,
ROSALIE, (*Ange de Sainte-*) *Voyez ANGE*, n.º IV.
ROSANT, (*André de*) né à la Guillotière faubourg de Lyon, vivoit en 1594. Il publia des *Vers*, des *Discours* en prose; une *Remontrance* aux Flamands. L'*Eloge* du duc de *Joyeuse*, celui de *Henri IV*. Tous ces écrits sont au-dessous du médiocre. Il composa un traité intitulé l'*Onomastrophie* ou l'*Art de faire des Anagrammes*. Avec cet art, on n'obtient pas profit ni gloire; aussi de *Rosant* mourut-il pauvre et oublié.
ROSCIUS, (*Quintus*) Gaulois de nation, et contemporain du fameux *Esope*, fut le plus célèbre acteur de son siècle pour la comédie. *Cicéron* son ami et son admirateur, a parlé de ses talents avec enthousiasme. Cet orateur dit qu'il plaisoit tant sur le théâtre qu'il n'auroit jamais dû en descendre; et qu'il avoit tant de vertu et de probité qu'il n'auroit jamais dû y monter. Il prit sa défense contre *Fannius*, et c'est à cette occasion qu'il fit son beau Discours pro Roscio ; après lequel il fut absous de l'accusation du meurtre de son père. Pison et Sylla ne lui marquaient ni moins d'amitié ni moins d'estime que Cicéron. Roscius inspiroit ces sentimens par la pureté de ses mœurs, par son humanité, par sa candeur, par son caractère obligeant et par sa libéralité. La république lui faisoit une pension de 20,000 écus, et quoiqu'on fût dix ans de suite sans la lui payer, il ne cessa pas de représenter. Le comédien Esope avoit, selon Pline, 125,000 ducats de rente, c'est-à-dire environ 150,000 livres. Roscius auroit pu se procurer un bien autre revenu s'il eût voulu tirer parti de son talent, puisque Cicéron dit formellement dans sa harangue pour cet acteur, qu'il pouvoit gagner tous les ans près d'un million, 650,000 livres. C'est à tort qu'on a avancé qu'il étoit le premier qui se fût servi du masque : il est vrai qu'il étoit assez laid, et qu'il avoit les yeux un peu de travers ; mais cette difformité ne l'empêchoit pas d'avoir très-bonne grace en déclamant. Ce comédien illustre mourut vers l'an 61 avant Jésus-Christ. Il avoit composé un Parallèle des mouvemens du Théâtre et de ceux de l'Eloquence, mais cet ouvrage n'est point parvenu jusqu'à nous.
ROSCOMMON, (Wentworth Dillon comte de) d'une ancienne et illustre maison d'Irlande, fit une partie de ses études à Caen sous la direction du savant Bochart. De retour en Angleterre, il passa plusieurs années à la cour ; mais s'y étant fait une affaire, il fut obligé de se retirer en Irlande. Le duc d'Ormond vice-roi du pays, le fit capitaine de ses Gardes. Sa passion pour le jeu l'ayant retenu fort tard dans un lieu assez dangereux, il fut attaqué par trois voleurs ; il se défendit vaillamment ; mais le nombre l'auroit emporté, s'il n'eût été secouru par un pauvre officier réformé qui l'aida à sortir de cet embarras. Le comte pénétré de reconnoissance pour son libérateur, se démit en sa faveur de sa charge de capitaine des Gardes. Cet officier étant mort trois ans après, le vice-roi qui avoit admiré la générosité du comte, le fit rentrer dans son emploi. Roscommon reparut à la cour d'Angleterre, et y devint écuyer de la duchesse d'York qui lui fit épouser la fille du comte de Burlington. Les charmes de son esprit et de son caractère, lui concilièrent l'amitié de Dryden et des autres grands hommes d'Angleterre. Il mourut le 17 janvier 1684, à 52 ans, avec la réputation d'un homme qui avoit mêlé les fleurs de la poésie avec les fruits de l'érudition. Il connoissoit parfaitement les monumens antiques, et il avoit puisé cette connoissance dans un voyage en Italie. On disoit de lui et du duc de Buckingham, « que celui-ci faisoit vanité de n'être pas savant ; et que l'autre l'étoit sans en tirer vanité. » Ses ouvrages sont : I. Une Traduction en vers anglois de l'Art Poétique d'Horace. II. Un poème intitulé : Essai sur la manière de traduire en vers. Ces deux ouvrages ont été imprimés avec les Poésies de Rochester, Londres, 1731, in-12. Le célèbre Pope, dans son Essai O o sur la Critique, parle de lui avec Cloge : Tel étois Roscommon, auteur dont la naissance Égaloit la bonté, l'esprit et la science. Des Grecs et des Latins partisan déclaré, Il aimoit leurs écrits, mais en juge éclairé. Injuste pour lui seul, pour tout autre équitable, Toujours au vrai mérite on le vit favorable. I. ROSE, (Sainte) religieuse du tiers-ordre de Saint-Domi- nique, née à Lima dans le Pé- rou, fut la Sainte Thérèse du Nouveau Monde. Elle fut tantôt consolée par des ravissemens, tantôt éprouvée par des peines intérieures. Sa mortification fut extrême; elle répandoit du fiel ou de l'absinthe sur ce qu'elle mangeoit. Elle mourut le 24 août 1617, âgée de 31 ans. Cle- ment X la canonisa; sa Vie a été écrite par le P. Hensen Domi- nicain.
II. ROSE, (Guillaume) pré- dicateur de Henri III, évêque de Senlis, et le plus fameux Li- gueur qui fût en France, mort en 1602, étala dans ses sermons et dans ses écrits le fanatisme et l'esprit de révolte. (Voyez V. ORLÉANS.) On lui fit faire amende honorable, le 25 sep- tembre 1598, à la grand'cham- bre, avec ses habits épiscopaux qu'il ne voulut pas quitter. On lui attribue: De justâ Reipublicæ Christianæ in Reges impios auc- toritate, Parisiis, 1590, in-8.° C'est ce prélat furieux que les auteurs de la Satire Ménipée nairent à la tête de la prétendue procession de la Ligue. Voyez le Dictionnaire Historique et Cri- tique, publié en 1771 sous le nom de Bonnegarde.
III. ROSE, (Toussaint) marquis de Coye, secrétaire du cabinet du roi, président de la chambre des comptes de Paris, et membre de l'académie Fran- çoise, avoit été d'abord secré- taire du cardinal de Retz, en- suite du cardinal Mazarin, qui le donna à Louis XIV. Il étoit d'une bonne famille de Provins, et il mourut à Paris en 1701, à 86 ans. C'étoit un courtisan fin et délié, un homme de beau- coup d'esprit et d'un commerce agréable. Il fut lié avec tous les grands écrivains du siècle de Louis XIV, et sur-tout avec Molière. Lorsque celui-ci eut donné le Médecin malgré lui, où l'on trouve la jolie Chanson: Qu'ils sont doux, bouteille jolie! etc. le président Rose se trouva avec lui dans une compagnie nombreuse; il accusa Molière, d'un air fort sérieux, d'avoir pris cette Chanson dans un an- cien. Le poète comique soutint qu'elle étoit de lui; alors Rose lui dit, qu'elle étoit traduite d'une épigramme latine qu'il lui récita sur-le-champ: Quàm dulces, amphora amœna! etc. Molière resta confondu; et son ami, après avoir joui de son embarras, s'avoua l'auteur de l'é- pigramme. Cette petite scène di- vertit beaucoup. Le président Rose portoit ce genre de gaieté dans les objets qui pouvoient l'intéresser le plus. Il avoit ma- rié sa fille avec un magistrat qui venoit lui faire des plaintes fréquentes sur l'humeur frivole et dépensière de sa femme. As- surez bien ma fille, lui dit Rose lassé de ses remontrances, que si elle vous donne sujet de vous plaindre, elle sera déshéritée. C'est le président Rose qui obtint à l'académie Françoise l'honneur de haranguer le roi, comme les cours souveraines. Il y a deux volumes, in - 12 de Lettres de Louis XIV, qu'on croit rédigées par lui.
IV. ROSE, (Louis) littérateur Artésien, mort à Lille en 1776, a composé le Bon Fermier du l'Ami des Laboureurs; in-12; et Eraste ou l'Ami de la Jeunesse, en société avec M. Fillassier, in-8. Ce dernier ouvrage est bien fait. Pour la partie qui concerne l'histoire de France, les auteurs ont beaucoup puisé dans notre Dictionnaire, quoiqu'ils n'en aient rien dit. V. ROSE, (Guillaume) écrivain Anglois, à qui l'on doit surtout une très-bonne Traduction de Salluste, est mort en 1788.
ROSE-CROIX, (le fondateur des Frères de la): nous ignorons le nom de cet instituteur d'une confrérie de charlatans établie en Allemagne vers l'an 1604. Jean Brigen son historien, le fait naître en 1378 et le fait mourir en 1484. Dès l'âge de cinq ans, il fut enfermé dans un monastère, où il apprit le grec et le latin. A seize ans, il se joignit à des magiciens pour pénétrer le secret de leur art. Il passa ensuite en Turquie et en Arabie, d'où il se rendit à Damcar. Cette ville n'a jamais existé; mais nous suivons les historiens du patriarche de la Rose-Croix qui n'a peut-être pas plus existé que Damcar. Quoi qu'il en soit, la chimérique Damcar n'étoit habitée que par des philosophes: chose tout aussi extraordinaire. Ces sages le saluèrent par son nom, et lui découvrirent tous les secrets de la nature. Ils lui apprirent qu'il étoit attendu depuis long-temps, et qu'il seroit l'auteur d'une réforme générale dans l'univers. Après trois ans de séjour à Damcar, le père des Rose-Croix partit pour Fez, où il conféra avec les partisans de la cabale; de là il passa en Espagne qui ne voulut point de ce régenérateur universel. Chassé de cette contrée ténébreuse, il se retira en Allemagne et y vécut dans une grotte jusqu'à l'âge de cent six ans. Cette grotte étoit éclairée d'un soleil qui étoit au fond de l'antre, et qui recevait directement sa lumière du soleil qui éclaire le monde. Au milieu s'élevoit un autel rond, recouvert d'une platine de cuivre, où on lisait ces caractères A. C. R. C. Vivant je me suis réservé un abrégé de lumière pour sépulcre. Quatre figures régnoient à l'entour, portant chacune son inscription. La première renfermoit ces mots: Jamais vide; une autre: Le joug de la loi; une troisième: La liberté de l'Évangile; enfin la quatrième: La gloire tout entière de Dieu. On y trouvoit aussi des lampes ardentes, des sonnettes, des miroirs et quelques livres de chimie et d'alchimie. Une des premières règles de cette confrérie d'illuminés, étoit de tenir au moins cent ans leur société secrète. Elle l'a si bien été qu'on n'en parle plus du tout. Mais le nom de Frères de la Rose-Croix a resté aux partisans de Paracelse, aux Q 0 2 980 R O S alchimistes, aux insensés qui croient deviner les mystères de la nature par une lumière intérieure, et aux fripons qui se vantent d'avoir cette lumière. Comme ces deux classes d'hommes n'ont été rares dans aucun temps, les Frères de la Rose-Croix eurent des partisans dans le siècle dernier. Michel Maier composa un livre de leurs constitutions; et Robert Flud prit leur défense contre le P. Mersenne et contre Gassendi. Voyez MAIER et FLUD. Consultez aussi l'Encyclopédie aux mots ROSE-CROIX et THÉOSOPHIE.
ROSELINI, architecte et ingénieur de Florence, dont le pape Nicolas V employa les talens pour la construction de diverses églises et pour des travaux publics.
ROSELLI: c'est le nom d'un aventurier qui a écrit son histoire ou son roman, sous le nom de l'Infortuné Napolitain, 4 vol. in-8°, 1722. L'auteur étoit mort trois ans auparavant à la Haye, où il s'étoit retiré, après avoir parcouru une partie de l'Europe. Lorsqu'il se rendit en Hollande, il demanda aux magistrats une chaire des langues orientales et occidentales vivantes et mortes, et même de mathématiques, de philosophie, de théologie et d'histoire, ou bien la permission d'ouvrir une boutique à vendre du café. Son roman offre quelque chose de vrai, mais beaucoup de faussetés et de traits satiriques. Le café qu'il tenoit à la Haye, étoit très-frequenté. Voyez ROSELLI et VENERONI.
ROSEMBERG, Voyez FORAIN, n.° II. I. ROSEMONDE, reine des Lombards, étoit fille de Gunimond roi des Gépides, qu'Alboin fit mourir en 572. Depuis la défaite de son père, elle vécut à la cour de son vainqueur qui touché de ses charmes, l'épousa et la fit couronner. Un jour qu'Alboin donnoit à Vérone une fête à ses principaux officiers, il fit servir à Rosemonde le crâne de son père, et la força de boire dans cette horrible coupe. Cette barbarie lui inspira la résolution de se défaire de son époux. Elle s'en ouvrit au premier écuyer nommé Helmige qui, malgré l'offre de sa main et de sa couronne, refusa long-temps d'ôter la vie à son maître. Il fut secondé par un seigneur Lombard nommé Perédée, que Rosemonde vint à bout de gagner en employant un stratagème des plus bizarres. Elle savoit que Perédée avoit une intrigue avec une de ses femmes du palais. Instruite de l'heure à laquelle il devoit se trouver avec elle pendant la nuit, elle prit la place de la maîtresse de Perédée, et ne se découvrit à lui que lorsqu'il ne put douter que sa propre sureté dépendoit de la mort de son roi. Peu de jours après, des assassins envoyés par Perédée et introduits par la reine, entrèrent dans la chambre d'Alboin et le poignardèrent dans le temps qu'il dormoit après dîner. Rosemonde s'étant saisie des trésors du roi, s'enfuit à Ravenne avec Helmige son nouveau mari et sa propre fille Albisvinde. Bientôt dégoûtée d'un homme qu'elle n'avoit pris que pour servir d'instrument à sa vengeance, elle écouta aisément la passion de Longin gouverneur Romain qui étoit devenu amoureux d'elle, et qui lui pro- mit de l'épouser si elle trou- voit le secret de se défaire d'Hel- mige. Son ambition flattée d'é- tre la maîtresse dans l'exarchat de Ravenne dont le titre ve- noit d'être créé en faveur de Longin, lui fit chercher les moyens les plus prompts d'en venir à bout. Elle prépara du poison, et le donna elle-même à Helmige comme il sortoit du bain. L'effet trop subit de ce breuvage, lui apprit le nouvel attentat de Rosemonde; il se saisit d'elle et lui appuyant son épée sur le cœur il la contrai- gnit à prendre ce qui restoit. Le poison ne fit pas moins d'effet sur elle que sur Helmige, et au bout de quelques momens l'un et l'autre eurent une même fin en 573. Longin envoya à Con- tantinople les trésors du roi d'I- talie, avec Albisvinde et Perédée que la crainte avoit fait sauver à Ravenne.
II. RÔSEMONDE ou ROSA- MONDE, maîtresse de Henri II roi d'Angleterre, mérita le sur- nom de la Belle, et réunit aux charmes de son sexe les plus brillantes qualités de l'esprit. L'é- pouse de Henri II, Eléonore de Guienne, fut à son égard une nouvelle Médée. Sa jalousie con- tre cette femme, la porta aux plus cruels excès: elle suscita une foule d'ennemis au roi; fit entrer ses enfans mêmes dans une conspiration, dont le but étoit de le détrôner et de lui ôter la vie. Sa rivale n'éprouva pas une persécution moins vive. Henri voulant dérober sa maî- tresse aux fureurs de la reine, trouva moyen de la cacher dans une de ses maisons royales, qu'on nommoit Woodstock. C'est la que s'est exercée l'imagina- tion angloise: on a parlé d'un parc, d'un fameux labyrinthe, d'un étang, autant de monu- mens où l'enchanteur Merlin avoit prodigué tous les secrets de sa magie. La reine employa le stratagème d'Ariadne: un pe- loton de fil lui servit à tirer de sa retraite la malheureuse Rose- monde qui essûya toute la rage d'une femme jalouse et d'une reine offensée. Enfin elle ter- mina sa vie dans les tourmens dont l'accabla l'épouse de Henri. Quelques-uns prétendent que le poison abrégea ses jours. Elle eut deux fils de Henri II, Guil- laume dit Longue-épée, et Jef- frey qui fut archevêque d'Yorck. On lui fit dans le temps une épitaphe, où par un plat jeu de mots on l'appeloit ROSA MUNDI, non ROSA MUNDA. Un poète François lui en a fait une autre plus digne d'elle: Ci gît dans un triste tombeau L'incomparable Rosemonde. Jamais objet ne fut plus beau; Ce fut bien la Rose du monde. Victime du plus tendre amour Et de la plus jalouse rage, Cette belle fleur n'eut qu'un jour: Hélas! ce fut un jour d'orage.
ROSEN, (Conrad de) comte de Bolweiller en Alsace, d'une ancienne maison originaire de Livonie, après avoir été trois ans cadet dans les Gardes de la reine Christine, passa incognito en France et servit d'abord sim- ple cavalier, dans le régiment de Brinon. Son mérite et sa nais- sance ayant été bientôt connus, il fut élevé de grade en grade, et obtint le bâton de maréchal O o 3 la philosophie de *Platon*. *Saint Clément d'Alexandrie* dit dans ses *Stromates*, que sa philosophie, quoique humaine, avoit servi aux Grecs pour les préparer à l'Évangile, comme la Loi aux Hébreux. On le donna pour un Prophète; on crut trouver la *Trinité* dans ses écrits, parce qu'il dit quelque part, « Que le Triangle équilatéral est de toutes les figures celle qui approche le plus de la *Trinité*. » *Zonare* dit qu'en 796 on ouvrit un sépulcre fort ancien, dans lequel on trouva un corps mort, qu'on crut être celui de *Platon*. Ce cadavre avoit une lame d'or à son cou, avec cette inscription: *Le Christ naîtra d'une Vierge, et je crois en lui*. Il n'en fallut pas davantage pour accréditer l'idée que *Platon* avoit été un des hérauts du Christianisme. On ne faisoit pas attention alors, que les pensées raisonnables qu'on trouve dans la métaphysique de *Platon*, sont à côté de plusieurs idées extravagantes, enveloppées dans un pompeux galimathias. Que penseroit-on aujourd'hui d'un philosophe qui nous diroit que le monde est une figure de douze pentagones; que le Feu, qui est une pyramide, est lié à la Terre par des nombres? *Platon* parloit si bien, qu'on ne pouvoit pas croire qu'il pensât mal. On oublioit en l'entendant, ses contradictions, le peu de suite de ses raisonnemens, ses passages brusques d'une matière à une autre, ses écarts fréquens. Sa politique vaut mieux que sa métaphysique; mais il faut avouer qu'elle offre aussi plusieurs idées chimériques et impraticables. Ses leçons pourroient former un prince philosophe; mais elles ne feroient jamais un grand roi. Tous les Ouvrages de cet homme illustre sont en forme de dialogue, à l'exception de XII *Lettres* qui nous restent de lui. On y trouve plusieurs principes sur la rhétorique, qui sont répandus en partie dans son *Phadon* et dans son *Gorgias*. Les sujets de ses principaux ouvrages sont: *De la vraie et de la fausse piété; l'apologie de Socrate; de l'immortalité de l'âme; des Etymologies; de la science; du sophisme; de la Politique et de la Royauté; Dissertation sur les idées et sur l'essence intelligible des choses; du plaisir; le Banquet où il traite de l'amour; du beau; de la nature de l'Homme; de la prière; de la passion du gain; de la philosophie; de la sagesse; de la nature; de la tempérance; du courage ou de la force; de l'amitié; de la dispute; de la vertu; du mensonge; de la meilleure République; de L. is, etc. Platon est persuadé que l'homme ne peut être heureux sans aimer la justice, sans mépriser les richesses; il pense qu'il ne peut y avoir de bon gouvernement que lorsque les sages montent sur le trône, ou que les rois deviennent philosophes. « Lorsque le magistrat, dit-il, est fidèle à la loi, l'état prospère; lorsque la loi est l'esclave du magistrat, il n'y a à espérer que ruine et désolation. » La plus belle édition de ses Œuvres est celle de *Serranus* ou *Jean de Serres*, en grec et en latin, en trois vol. in-folio, 1578, imprimée par *Henri Etienne*. C'est un chef-d'œuvre de typographie. On estime aussi celle de *Marsile Ficin*, Francfort, 1602, in-folio, grec et latin. *François Patrice* a donné de France en 1703. Jacques II le fit général de ses troupes. Il mourut en 1715, à 83 ans, après s'être distingué dans toutes les guerres où il fut employé. C'étoit un homme de tête et d'une bravoure reconnue. On raconte de lui, qu'étant à Metz, il reçut ordre de faire changer de garnison au régiment de son nom. Il ordonne à son lieutenant colonel de partir; mais des officiers le refusent sous prétexte qu'il leur est dû quelque contribution de corps. Le lieutenant colonel va avertir le comte de Rosen. Il arrive, voit le régiment en bataille, ordonne au premier capitaine de partir; et sur son refus il lui casse la tête. Il donne le même ordre au second, qui lui obéit sur-le-champ, et tous les autres officiers suivent son exemple... Le maréchal de Rosen sa-voit récompenser les bons soldats comme punir les mutins, et il emporta dans le tombeau l'estime et l'amitié des troupes. Il avoit abjuré le Luthéranisme en 1682. Il laissa plusieurs fils dont un eut de la postérité.
ROSÈRES, (Isabelle de) Espagnole, se mit à faire des Sermons, et ayant obtenu la permission de les prêcher dans la cathédrale de Barcelone, elle y attira un très-grand concours d'auditeurs. Venue à Rome sous le pontificat de Paul III, elle y convertit plusieurs Juifs et mourut vers 1540.
ROSIER, (Hugues Sureau du) Hugo Suræus ROSARIUS, protestant, né à Rosoi en Picardie, exerça le ministère à Orléans avec un zèle plein d'emportement. Il publia en 1563, à Lyon, la Défense civile et militaire des Innocens et de l'Eglise de Christ. Ce libelle qui ne respire que l'esprit de sédition et de fanatisme, faillit à le perdre. Il fut contraint d'abjurer pendant le massacre de la Saint-Barthélemi, en 1572, pour racheter sa vie. Employé à exhorter le roi de Navarre, le prince de Condé et plusieurs grands seigneurs, de se réunir à la communion Romaine, il le fit avec tant de succès que la cour l'envoya au pays Messin avec le P. Maldonat, pour y convertir les hérétiques; mais il s'y pervertit lui-même de nouveau, par les conférences particulières qu'il y eut avec les ministres. Il se retira ensuite à Heidelberg, et fut également méprisé des Catholiques et des Protestans. Il se vit obligé, pour vivre, d'accepter une place de correcteur d'imprimerie à Francfort, chez André Vechel. Il mourut de la peste dans cette dernière ville, avec toute sa famille. On a de lui plusieurs Ouvrages de Controverse; il y soutient des opinions singulières avec beaucoup de chaleur.
ROSIÈRES, (François de) archidiacre de Toul, mort en 1607, prétendit prouver que la couronne de France appartenoit à la maison de Lorraine, dans ses Stemmata Lotharingiae oc Barri Ducum, 1580, in-folio. Il fit amende honorable le 25 avril 1583, en présence de Henri III, fut enfermé à la Bastille, et il lui fallut toute la protection de la maison de Guise, pour échapper à un plus grand châtiment.
ROSIMOND, Voy. MESNIL (Jean-Baptiste du).
ROSIN, (Jean) antiquaire, né à Eisenach en Thuringe en 1551, mort de la peste à Aschersleben en 1626, à 75 ans, étoit prédicateur de l'Eglise de Naumbourg en Saxe. Il avoit amassé une bibliothèque assez nombreuse, dont ses créanciers emportèrent une partie après sa mort, et dont le reste fut pillé par les soldats. Rosin est principalement connu par son traité des Antiquités Romaines, publié sous le titre : Antiquitatum Romanarum libri decem. La meilleure édition de ce savant ouvrage est celle de 1701, in-4°, à Utrecht. C'est une source abondante dans laquelle plusieurs auteurs ont puisé sans le dire. Thomas Dempster a fait des additions à ce livre, et elles se trouvent dans l'édition d'Utrecht. Voyez DEMPSTER.
ROSIN, Voyez ROSEN.
ROSNI, Voy. SULLY, n.° II.
ROSOI, (Barnabé Firmin du) né à Paris en 1745, et non à Montmartre, comme le dit M. Palissot sans doute par plaisanterie, débuta dans la carrière littéraire en 1767, par un recueil de vers intitulé : Mes dix-neuf ans ; et par deux poèmes, l'un sur les Sens, l'autre sur le Génie, le Goût et l'Esprit. Il n'y manquoit que les dons chantés par l'auteur. Du Rosoi fut mis à la Bastille en 1770, pour deux ouvrages, dont la publication fut arrêtée ; il y resta trois mois, et dut son élargissement aux sollicitations du duc de Choiseul et de la duchesse de Grammont. Ces deux ouvrages étoient intitulés : Les jours, et le Nouvel ami des Hommes. Attaqué par M. Palissot dans sa Dunciade, il le poursuivit judiciairement ; ce qui fit naître divers écrits de la part des deux auteurs. Du Rosoi se consacra ensuite à la carrière dramatique, et n'y obtint pas d'éclatans succès. Ses pièces sont : Richard III, tragédie que le zèle des actrices pour l'auteur ne put faire applaudir ; l'Inconnue persécutée, opéra traduit de l'italien, dont Anfossi a fait la musique ; la Bataille d'Ivri, opéra en trois actes qui dut son succès éphémère à la charmante musique de Grétry et au nom de Henri IV ; le Décius François ou le Siège de Calais, tragédie ; les Muriages Samnites, les Deux Amis, le Siège de Mézières, les Trois Roses, Bayard, Pygmalion, autres opéra qui ne réussirent pas malgré les airs agréables de Grétry, de Froment et de Bonesi. Les autres ouvrages de du Rosoi sont : I. Lettres de Cécile à Julie, roman en deux vol. in-12. II. Dissertation sur le Drame lyrique, 1776, in-8.° III. Annales de la ville de Toulouse, 1771, 4 vol. in-4.° Cette histoire est inexacte pour les faits, boursouflée pour le style. IV. Philosophie sociale ou Essai sur les devoirs de l'Homme et du Citoyen, 1782, in-12. Malgré ces nombreux ouvrages, du Rosoi n'étoit point parvenu à sortir de l'obscurité ni de la misère, lorsqu'au commencement de la révolution sa fortune s'améliora et son nom acquit quelque célébrité, par une gazette intitulée, l'Ami du Roi. Elle fut lue avec avidité, quoique le style en soit ordinairement incorrect et emphatique ; mais quelques morceaux bien écrits, fournis, dit- O o 4 on, par des députés de l'assemblée Constituante, en assurèrent le débit. L'auteur s'étoit retiré à la campagne à l'époque du 10 août, il en fut bientôt arraché pour être traduit devant le tribunal extraordinaire, établi par l'assemblée législative pour juger les ennemis du nouveau régime. *Du Rosoi* y comparut avec courage, et montra le plus grand calme dans tout le cours de son interrogatoire et après avoir entendu son arrêt : c'étoit le 26 août 1792. Sortant du tribunal, après une séance de quarante-huit heures, il remit au président une lettre dans laquelle on remarqua ces mots : « *Un ami du roi comme moi, étoit digne de mourir hier le jour de Saint Louis.* » Étant descendu dans la prison, il écrivit une seconde lettre pour demander que son trépas fût utile au genre humain, en faisant sur lui l'expérience de la transfusion du sang, et en cherchant à faire passer le sien dans les veines d'un vieillard. La pétition de *du Rosoi* ne fut point écoutée ; et il fut exécuté à neuf heures du soir aux flambeaux.
ROSSELLI, (Matthieu) peintre, naquit à Florence en 1578, et mourut dans la même ville en 1660, à 82 ans. Il s'est particulièrement attaché à la *Peinture à fresque* ; genre dans lequel un travail raisonné, beaucoup de patience, un dessin pur et un coloris d'une grande fraîcheur, l'ont fait exceller. Ses ouvrages se ressentent pour l'ordinaire, de son caractère tranquille. Ses couleurs locales ne sont pas dans le vrai ton de la nature ; mais il y a mis un accord qui plaît, et ses compositions gagnent à être détaillées. I. ROSSET, (François de) laborieux traducteur François du 17$^{e}$ siècle, se servit des connoissances qu'il avoit des langues italienne et espagnole, pour faire passer dans la nôtre quelques ouvrages écrits dans les premières. Nous ne citerons pas ses *Versions de Roland le Furieux* et de *Don Quichotte* ; celles qui sont venues après, les ont entièrement effacées. Nous parlerons encore moins de ses *Histoires Tragiques*, arrivées dans son temps : elles ne peuvent être recherchées que par ceux qui veulent savoir jusqu'où l'esprit humain peut pousser l'excès de la crédulité. Ceux qui ont la manie des Romans, ne nous pardonneraient pas peut-être d'avoir omis d'indiquer deux livres qu'ils recherchent : I. le Roman des *Chevaliers de la Gloire*, Paris, 1613, in-4.$^{o}$ II. *L'Admirable Histoire du Chevalier du Soleil*, traduite du castillan par cet auteur et par *Louis Douel*, imprimée à Paris en 1620 et années suivantes, en 8 vol. in-8.$^{o}$
II. ROSSET, (Pierre Fulcran de) conseiller à la cour des aides de Montpellier sa patrie, est auteur d'un Poème sur l'*Agriculture*, en deux parties in-4.$^{o}$ Son but a été de mettre en vers toutes les opérations champêtres. Ce travail difficile fournissant peu à la poésie, il n'est pas étonnant qu'en lisant un si long ouvrage, le lecteur éprouve un peu d'ennui. En général la diction de *Rosset* est correcte ; mais elle manque trop souvent d'élégance, de rime, d'harmonie. Tout est précepte ou description, et souvent en prose rimée, en prose sèche ou dure. Divers morceaux mieux écrits et plusieurs vers bien tournés prouvent cependant que l'auteur ne manquoit pas de talent; et il a surmonté quelquefois les difficultés avec succès. On a retenu ces deux beaux vers relatifs à l'application de l'astronomie aux travaux des champs : Le ciel devint un livre où la terre étonnée Lut en lettres de feu l'histoire de l'année. Ce versificateur étoit un homme estimable, bon magistrat et bon citoyen. Il mourut à Paris en 1788. La première partie de son Poème a été réimprimée in-8°; mais on n'a pas réimprimé dans le même format la seconde, parce qu'elle offre en général plus de foiblesse que la première. L'imagination du poète y paroît presque éteinte. On n'y voit aucune description brillante. L'auteur se borne à des nomenclatures arides, ou à des imitations du Père *Vanière*. I. ROSSI, (Jean-Victor) *Janus Nicius Erithraeus*, noble Romain, mort le 15 novembre 1647, âgé d'environ 70 ans, fut gentilhomme du cardinal *Perreti*, auprès duquel il demeura une vingtaine d'années. Après la mort de ce prélat, arrivée en 1628, il se consacra tout entier à l'étude, mettant son unique plaisir à converser avec les gens de lettres. On a de lui un grand nombre d'écrits; les plus considérables sont : I. *Pinacotheca imaginum illustrium Virorum*; ouvrage plusieurs fois réimprimé, in-8°, et dans lequel on trouve bien des singularités. On lui reproche de n'y pas distribuer avec discernement la louange et le blâme, et de mettre au rang des hommes illustres, quelques misérables diffamés par leurs friponneries et leurs débauches, sans s'être signalés par le moindre écrit. II. *Epistolae*, 2 vol. in-8°, écrites d'un style peu épistolaire, parce qu'il est en général trop orné. On y trouve des particularités sur l'histoire civile et littéraire de son temps. III. *Dialogi*, in-8°. IV. *Exempla virtutum et vitiorum*, in-8°. Ce Recueil eut les suffrages du public. V. *Eudemiae libri X*, 1645, in-8°. C'est une censure des mœurs corrompues des Romains; mais censure qui sent plus le déclamateur que le philosophe qui observe avec finesse. Le nom de *Nicius Erithraeus* que l'auteur avoit pris, signifie en grec la même chose que *Vittorio Rossi* en italien. Cet écrivain avoit des sentimens d'honneur et de la philosophie; mais il se prévenoit facilement pour ou contre, et sa bile s'enflammait aisément contre le vice et le ridicule. Son humeur critique nuisit à sa fortune, autant que l'indifférence du cardinal *Perreti* pour les talens et les services de ceux qui lui étoient attachés. *Nihusius* a recueilli les Œuvres de *Rossi*; celles-ci ont été imprimées à Amsterdam chez *Blaeu*, quoique le titre porte *Cologne*.
II. ROSSI ou RUBEUS, (Jérôme) natif de Ravenne, fut médecin du pape *Clément VIII*, et mourut le 8 septembre 1607. C'étoit un homme d'une profonde érudition, comme il paroît par son *Histoire de Ravenne*, en onze livres, Venise, 1590, in-fol. Elle est bien écrite en latin, et l'auteur par ses recherches particulières, a jeté un grand jour sur l'histoire générale d'Italie. On a encore de lui : I. *De Distillatione liquorum*, Venise, 1604, in-4.º II. *De Melonibus*, 1607, in-4.º III. *Annotationes in libros octo Cornelii Celsi, de Re medicd*, 1616, in-4.º
III. ROSSI, (Jean-Antoine) *Rubeus*, jurisconsulte d'Alexandrie de la Paille, mort à Padoue où il étoit professeur en droit en 1544, à 56 ans, laissa divers Ouvrages ignorés aujourd'hui.
IV. ROSSI, *Voyez SALVIATI* (François de) et *PROPERTIA*.—Il y a eu encore de ce nom *Jean-Antoine Rossi*, habile graveur en pierres fines, originaire de Milan; un autre *Jean-Antoine*, mort à Rome sa patrie en 1695, à 79 ans, architecte célèbre; un architecte non moins habile (Matthias) né à Rome en 1637, mort en 1695, fut honoré des récompenses d'*Innocent XII* et de *Louis XIV*; enfin *Angelo Rossi*, sculpteur Génois, mort en 1715, à 45 ans, à Rome qu'il orna de ses ouvrages. I. ROSSIGNOL, (Antoine) maître des comptes, naquit à Alby le premier jour de l'année 1590, et fit dès son enfance de grands progrès dans les mathématiques. Il parvint par la connoissance exacte de cette science et sur-tout par la force de son génie, à deviner toutes sortes de chiffres sans en avoir presque trouvé un seul pendant toute sa vie qui lui ait été impénétrable. En 1626, au siège de Réalmont ville de Languedoc, occupée par les Protestans, il déchiffra sur-le-champ la lettre qu'écrivoient les assiégés à leurs frères de Montauban pour leur demander de la poudre. Cette découverte ayant été communiquée à la ville, elle se rendit le jour même. Le cardinal de *Richelieu* instruit de son talent, l'appela au siège de la Rochelle, où il le servit de manière à mériter les plus grandes récompenses. *Louis XIII* et *Louis XIV* répandirent leurs bienfaits sur ce citoyen utile. Le premier le recommanda en mourant à la reine; et le second lui fit une pension considérable et lui donna des marques de l'estime la plus particulière. Ce monarque alla voir sa belle maison de Juvis: *Rossignol* le reçut avec un empressement si vif et une joie si marquée, que le roi craignant qu'il ne s'en trouvât mal, ordonna à son fils qui le suivait de se rendre auprès de son père pour veiller sur sa santé. Ce vieillard respectable mourut peu de temps après, à 83 ans, après avoir servi l'état pendant 56 années avec un zèle ardent et une fidélité inviolable. —*Charles-Bonaventure Rossignol* son fils, fut président à la chambre des comptes de Paris.
II. ROSSIGNOL, fameux maître écrivain de Paris, élève de *Sauvage*, mort d'un excès de travail dans un âge peu avancé en 1736, fut employé du temps de la Régence, à écrire les *Billets de Banque*. On a gravé d'après ce maître, le premier de l'Europe dans son art. Il a été du moins le plus grand peintre en écriture qu'il y ait eu en France. Maître de ses moindres mouvemens, sa marche étoit tou- jours réglée; ses exemples étoient d'une sagesse, d'une simplicité, d'une grace qu'il est plus aisé de sentir que de décrire. Les Anglois ont enlevé une grande partie des pièces de *Rossignol*, pour lesquelles les François trop indifférens pour la belle écriture ne marquoient pas assez d'empressement. Il a formé un grand nombre de graveurs en lettres et de maîtres écrivains renommés, parmi lesquels on a distingué *Gallemand*, *Hérard*, *Roland*, et *Paillason* auteur de l'article *Ecriture* dans l'*Encyclopédie*. — On a cité comme un chef-d'œuvre moderne de calligraphie, égalant les plus belles pièces de *Rossignol*, la copie du dernier traité de paix, envoyé par la France au gouvernement Anglois.
ROSSO, (Le) nommé ordinairement *Maître Roux*, peintre, naquit à Florence en 1496. Son génie et l'étude des ouvrages de *Michel-Ange* et du *Parmesan*, lui tinrent lieu de maître. C'est en France qu'est la plus grande partie de ses ouvrages. *François I* qui l'avoit appelé auprès de lui, le nomma surintendant des ouvrages de Fontainebleau. La grande galerie de ce château a été construite sur ses dessins, et embellie par les morceaux de peinture, par les frises et les riches ornemens de stuc qu'il y fit. Le roi, charmé de ses ouvrages, le comble de bienfaits et lui donna un canonicat de la Sainte-Chapelle. Ce peintre ayant acusé injustement *Pellegrin* son ami, de lui avoir volé une grande somme d'argent, et ayant été cause des tourmens qu'il avoit soufferts à la question, il ne put supporter le chagrin que cet événement lui causa; et poursuivi d'ailleurs en réparation par l'accusé, il prit un poison violent qui le fit mourir le même jour à Fontainebleau en 1541, âgé de 45 ans. Maître *Roux* mettoit beaucoup de génie dans ses compositions; il réussissoit parfaitement à exprimer les passions de l'âme. Il donnoit un beau caractère à ses têtes de vieillards, et beaucoup d'agrément aux figures de femmes qu'il représentoit; il possédoit bien le clair-obscur. Mais sa façon de dessiner quoique savante, avoit quelque chose de sauvage et même de féroce. Il travailloit de caprice, consultoit peu la nature, et paroissoit aimer ce qui avoit un caractère bizarre et extraordinaire. Maître *Roux* n'étoit point borné à un seul talent; il étoit encore bon architecte, et cultivoit la poésie et la musique.
ROSWEIDE, (Héribert) Jésuite, né à Utrecht en 1569, enseigna la philosophie et la théologie à Douai et à Anvers avec réputation, et mourut dans cette dernière ville en 1629, à 60 ans. La connoissance des antiquités ecclésiastiques brille dans tout ce que nous avons de lui. Ses ouvrages sont: I. Une édition de *Saint-Paulin*, avec des notes. II. Une *Histoire des Vies des Pères du Désert*, Anvers, 1628, in-folio; estimée. III. Une édition du *Martyrologe d'Adon*, avec des notes sur l'ancien Martyrologe Romain, Anvers, 1613, in-folio; estimée. IV. *Fasti Sanctorum*, Anvers, 1607, in-8°: c'est la publication des vies des Saints dont il a trouvé les manuscrits aux Pays-Bas. L'auteur y donne le projet de l'immense 588 R O T compilation des Bollandistes. (Voyez BOLLANDUS.) V. Une édition de l'Imitation de J. C., avec la Vie de Thomas à Kempis, et les raisons qui peuvent faire attribuer cet inestimable ouvrage à cet auteur, etc. Anvers, 1617. VI. Disputatio de fide Hareticis servanda, 1610, in-8.º VII. Une édition du Pré spirituel de Jean Moschus, avec des notes, 1615, in-folio. Il a aussi publié quelques ouvrages en flamand, entr'autres : I. Vie des Saints, Anvers, 1641, 2 vol. II. Histoire Ecclésiasque jusqu'à Urbain VIII, et Histoire de l'Eglise Belgique, 1623, 2 vol. in-fol. III. Vies des saintes Filles qui ont vécu dans le siècle, 1642, in-8.º
ROTA, (Bernardino) poète de Naples, d'une famille noble et ancienne, mort en 1575, à 66 ans, excita des regrets universels. On a de lui divers ouvrages en vers, assez estimés, à Naples, 1726, 2 vol. in-8.º
ROTGANS, (Luc) né à Amsterdam en 1645, se livra à la poésie Hollandoise, dans laquelle il surpassa tous les poètes qui l'avoient précédé. Il prit le parti des armes dans la guerre de Hollande en 1672; mais après deux ans de service, il se retira dans une belle maison de campagne qu'il avoit sur le Veght, où, loin du tumulte des armes, il goûta les charmes de la poésie. Ce littérateur mourut de la petite vérole le 3 novembre 1710, à 66 ans. On a de lui : I. La Vie de Guillaume III roi d'Angleterre, poème épique en huit livres, estimé des Hollandois; mais qui ne sera jamais mis par les autres nations au rang des ouvrages d'Homère, de Virgile, ni même de Lucain. II. D'autres Poésies Hollandoises, imprimées à Leewarde, en 1715, in-4.º Rotgans, Vondel et Antonides, sont les trois plus célèbres poètes du Parnasse Hollandois.
ROTHARIS, roi des Lombards, succéda à Ariovalde mort sans enfans en 638. Les principaux de la nation avoient permis à Gondeberge sa veuve dont ils estimoient la vertu, de choisir elle-même un prince qui pût remplir le trône vacant. Son choix tomba sur Rotharis alors duc de Bresse, illustre par sa naissance, par sa valeur et son équité. Elle lui fit proposer de répudier sa femme, de l'épouser, et de lui laisser les honneurs de reine et d'épouse. Il promit tout et fut solennellement proclamé. Quelques seigneurs Lombards avoient réclamé contre l'élection de Rotharis qui les fit mourir, et contint les autres par des exemples de rigueur et de cruauté dans une exacte obéissance. Les sermens qu'il avoit faits à la reine furent bientôt oubliés. Rotharis la fit enfermer à Pavie dans un appartement du palais, après l'avoir dépouillée des ornemens de la royauté. Les historiens varient sur la cause d'un traitement si dur. Les uns l'attribuent à la différence d'opinions; car Rotharis étoit Arien, et Gondeberge Catholique. D'autres pensent que Rotharis n'agissoit que par la suggestion de ses concubines, maîtresses de son cœur et de ses volontés. Gondeberge languit cinq ans dans sa prison. Mais elle fut enfin rétablie dans son rang et dans ses biens à la prière de Clovis II roi de France son parent. Cependant Rotharis armoit pour enlever à l'empeyeur d'Orient plusieurs places qu'il avoit en Italie. Il se signala d'abord dans la Ligurie, où il prit en 643 Gênes, Albenga, et quelques autres villes maritimes. Il les abandonna au pillage, en démolit les fortifications et en amena les habitans prisonniers. L'exarque de Ravenne informé de cette subite invasion, en fit une lui-même dans les états de *Rotharis* qui accourut à leur défense. Les deux armées se rencontrèrent près de Monarque, et l'exarque fut defait avec perte de 8000 hommes. L'histoire ne nous apprend point les suites de cette bataille; mais il y a apparence que la paix fut renouvelée entre les Lombards et les Impériaux. *Rotharis* profita de la tranquillité rendue à ses sujets pour leur donner un corps de lois en 386 articles, après avoir retranché dans les coutumes de ses états les choses superflues et réformé les défectueuses. Ses successeurs l'imitèrent; et de leurs édits se forma insensiblement un volume que l'on appela les *Lois Lombardes*. Ces Lois, publiées par *Lindembrog*, devinrent célèbres dans toute l'Europe par leur équité, leur clarté et leur précision. *Rotharis* mourut en 652, à 47 ans.
ROTHELIN, (Charles d'Orléans de) né à Paris en 1691, de *Henri d'Orléans* marquis de Rothelin, accompagna le cardinal de *Polignac* à Rome et visita les principales villes d'Italie. Son goût pour les antiquités et pour la littérature, lui fit rassembler un riche cabinet de médailles antiques et former une nombreuse bibliothèque. Il se faisoit un plaisir d'encourager et de favoriser les hommes de lettres, et il leur faisoit part de ses livres et de ses lumières. Il sacrifia tout, même la crosse, au plaisir de cultiver les lettres en paix. Les langues vivantes et les langues mortes lui étoient familières. Cet habile littérateur mourut d'une maladie de poitrine le 17 juillet 1744, dans sa 53$^{e}$ année. Il cachoit sous un air riant les douleurs qu'il éprouvoit pour ne point effrayer ses amis, mais il dit en secret à l'un d'eux: «Ne désabusons personne; je mets de la gaieté sur mon front lorsque mon cœur qui vous aime va cesser de battre.» Il étoit de l'académie Françoise, et honoraire de celle des Inscriptions. Le cardinal de *Polignac* lui ayant laissé en mourant son *Anti-Lucrece* encore imparfait, l'abbé de *Rothelin* le mit dans l'état où nous le voyons. Le marquis d'*Argenson* dit que l'abbé de *Rothelin* élève du cardinal, avoit comme lui beaucoup d'esprit, de mémoire, mais des connaissances moins étendues. Son éloquence n'étoit ni si noble ni si naturelle que celle de son maître. Il avoit plus de vivacité dans la conversation, et la sienne pétilloit de plus de traits. Il tiroit peut-être davantage de son propre fonds; mais il ne savoit pas si bien employer ce qui vient des autres. La figure du cardinal et celle de l'abbé de *Rothelin*, étoient encore plus différentes que la tournure de leur esprit. Celle du premier étoit belle et noble, et anonçoit tout ce qu'il étoit, tout ce qu'il avoit été. Si l'on avoit voulu peindre d'idée un grand prélat, un savant cardinal, un sage et digne négociateur, un fameux orateur Romain, on eut saisi les traits du cardinal de *Polignac*. Au contraire, l'abbé de *Rothelin* avoit la physionomie fine, spirituelle; l'air d'un homme dont la poitrine étoit attaquée. Sa figure étoit agréable, mais tout-à-fait moderne. Celle du cardinal dans sa vieillesse étoit une belle et précieuse antique. Le catalogue de la riche bibliothèque de l'abbé de *Rothelin*, dressé par *Gabriel Martin*, est un des plus recherchés par les bibliographes... *Voyez* LONGUEVILLE, à la fin de l'*Article*.
ROTROU, (Jean de) naquit à Dreux en 1609. Il acheta la charge de lieutenant particulier et d'assesseur criminel au bailliage de cette ville, et se distingua de la foule des rimailleurs de son temps par son génie véritablement tragique, par l'élévation de ses sentimens, par l'heureux contraste des caractères, par la force du style. Il ne lui manquoit que la correction du langage et la régularité des plans. Ce poète travailloit avec une facilité extrême; il composa 37 *Pièces de Théâtre*, tant tragédies que comédies. Le cardinal de *Richelieu* qui lui faisoit une pension de 600 livres, ne put jamais le porter à se joindre à la foule d'insectes qu'il avoit ligués contre le *Cid. Corneille* fut toujours à ses yeux un grand homme et il rechercha vivement son amitié. Ce refus ne lui enleva pas l'estime du cardinal qui l'employa à la composition de la *Pièce* appelée des *Cinq Auteurs*. Ce qui vaut beaucoup mieux que d'être bon poète, *Rotrou* fut honnête homme et bon citoyen. Sa mort est plus belle et plus noble que celle de la plupart des héros de ses tragédies : la ville de Dreux étoit ravagée par une épidémie qui ressembloit à la peste : ce fléau rappeloit au poète-magistrat la situation de Thèbes sous le règne d'*Edipe*. Le frère de *Rotrou*, alors à Paris, lui écrivit en style poétique, comme plus propre à le persuader ? « Fuis malheureux, fuis ces lieux empestés ; fuis ce séjour affreux plein du courroux céleste, cette ville habitée par la mort dévorante. » *Rotrou* répondit à ce phébus, non pas en poète, mais en magistrat; « Le salut des citoyens m'est confié, j'en réponds à la patrie; je ne trahirai point l'honneur et ma conscience; je périrai à mon poste : au moment où je vous écris, les cloches sonnent pour la vingt-deuxième personne qui est morte aujourd'hui; ce sera pour moi quand il plaira à Dieu. » Peu de jours après, il fut atteint de la maladie et mourut à quarante-un ans dans toute la force de l'âge, le 28 juin, 1650. *Colletet* lui fit cette Epitaphe : Passant, vois dans *Rotrou* l'impuissance du sort. Il est mort, et pourtant son nom se renouvelle; Car, si de ses beaux vers la grace est immortelle, N'a-t-il pas de quoi vivre en dépit de la mort ? On a de *Rotrou*: I. *Chosroès*, tragédie, l'une de ses meilleures pièces, retouchée par d'*Ussé*, et remise ainsi au théâtre en 1704; elle fut imprimée avec l'ancien texte à côté, la même année, en un vol. in-12. II. *Célimène*, pastorale jouée en 1633. III. *Florimonde*; c'est sa dernière pièce qui fut représentée en 1654. IV. *Anti-* gone est une de ses meilleures tragédies; elle n'est pourtant pas dans les règles du théâtre : il fait mourir les deux frères d'Anti-gone, Ethéocle et Polynice enfans de Jocaste, dès le commencement du 3e acte. V. Wenceslas, tragédie, remise au théâtre par Marmontel qui l'a retouchée, se joue souvent avec succès. L'auteur ayant besoin d'argent, la vendit aux comédiens pour vingt pistoles. Un roi accablé d'années au milieu de deux fils, dont l'un violent et fougueux tue l'autre modeste et sensible, abdiquant la couronne et la remettant au premier plutôt que de le condamner, forme le sujet de cette pièce, pleine d'énergie et de chaleur. On en a retenu une foule de beaux vers, et sur-tout celui-ci adressé par le père à son fils : Soyez roi, Ladislas, et moi, je serai père. Cependant on reproche avec raison à cette pièce de couronner le crime, au lieu de le conduire à l'échafaud : Ille necem seclaris pretium tulis, hic diadema. Rotrou imita dans cette tragédie celle de l'Espagnol François de Roxas, intitulée : On ne peut être père et roi. On trouve quelques-unes des pièces de Rotrou dans le Théâtre François, Paris, 1737, 2 vol. in-12.
ROTTENHAMER, (Jean) peintre, né à Munich en 1564, imita la manière du Tiatoret. Ses petits tableaux sur cuivre et ses tableaux d'histoire sont estimés.
ROUAULT, Voyez GAMAGNE. R O U 591
ROUBAUD, (N.) embrassa l'état ecclésiastique, appliqua son esprit judicieux à la recherche de toutes les finesses de notre langue et à en comparer entre elles les diverses expressions. Ses Nouveaux Synonymes François qui parurent en 1785, 4 vol. in-8°, lui donnèrent une réputation méritée et le placèrent à côté de l'abbé Girard. On lui reproche cependant quelquefois de l'obscurité et des rapprochemens pénibles. Ce grammairien est mort depuis quelque temps.
ROUBO, (André-Jacques) menuisier de Paris, mort dans cette ville en janvier 1791, à 52 ans, se distingua de bonne heure parmi les artistes qui connoissoient le mieux les secrets de la construction et de la mécanique. Malgré sa jeunesse, l'académie des Sciences le chargea du traité sur la Menuiserie, l'un des meilleurs de la collection des arts et métiers. La coupole de la Halle aux blés qu'il exécuta avec autant de précision que de délicatesse, le berceau qui sert de couverture à la Halle aux draps, et le grand escalier de l'hôtel de Mad. de Marbeuf, prouvèrent que Roubo excelloit dans la pratique autant que dans la théorie de son art. Cet artiste citoyen se complaisait dans sa médiocre fortune, et n'employa jamais pour en sortir les moyens trop communs de la bassesse et de l'intrigue. Lors de la formation de la garde nationale, ayant été nommé lieutenant, il perdit sa santé au champ de la Fédération la nuit du 14 juillet 1790, et depuis ce moment il ne fit que languir. une comparaison curieuse des opinions de Platon et d'Aristote dans ses Discussions Péripaté-\nticiennes, et dans son Livre in-\ntitulé : Aristoteles exoreticus.\n(Voy. aussi le Parallèle que nous\nfaisons de PLATON et d'ARIS-\nATE, article de ce dernier.)\nDacier a traduit en françois une\npartie des Dialogues de Platon,\net cette version, imprimée en\n1701, deux vol. in-12, et réim-\nprimée en 1771, trois vol. in-12,\nest fort au-dessous de l'original.\nM. l'abbé Grou a traduit la Ré-\npublique, Paris, 1762, deux vol.\nin-12. On a une version des Lois,\nAmsterdam, 1769, deux vol.\nin-12; des Dialogues non tra-\nduits par Dacier, ibid, 1770,\ndeux vol. in-12; de l'Hyppias ou\nTraité du Beau, mis en fran-\nçois par Maucroix; et du Ban-\nquet de Platon, par Jean Racine.\nCes deux dernières versions sont\nà la suite de celle des Dialogues\npar Dacier, de l'édition de Paris,\n1771. L'Anglois Clarke en 1803,\na rapporté de l'isle de Patmos\nun beau manuscrit des Œuvres\nde Platon, in-fol., velin. Les\nscolies sont en petites capitales.\nIl fut transcrit par Jean le Calli-\ngraphe, pour Arethas doyen de\nPatras, moyennant treize écus\nBysantins, sous le règne de\nLéon fils de Basile, l'an 6404\ndu monde. Ce manuscrit grec\nest le plus ancien que l'on con-\nnoisse revêtu d'une date précise.\nDarville possédoit un Euclide\nplus ancien d'un an; et Mont-\nFaucon dans sa Paléographie, dit\nevoir vu un autre manuscrit\ngrec antérieur de six-ans; mais\nces deux derniers manuscrits ont\ndisparu. Voyez III. JEAN (Saint)\nl'Évangéliste, à la fin.
II. PLATON, poète Grec,\nflorissoit environ cent ans après\nPlaton le Philosophe. Il passa\npour le chef de la moyenne Co-\nmédie. Il ne nous reste que quel-\nques fragmens de ses Pièces:\nils suffisent pour faire juger qu'il\navoit été favorisé par la Muse\nde la Comédie.
PLAUTE, (Marcus Accius-\nPLAUTUS, ainsi nommé, sui-\nvant Sextius Pompeius, parce\nqu'il avoit les pieds plats) naquit\nà Sarsine, ville d'Ombrie, et se\nfit à Rome une très-grande ré-\nputation dans le genre comique.\nOn dit qu'ayant perdu tout son\nbien dans le négoce, il fut obligé\npour vivre, de se louer à un\nboulanger pour tourner une\nmeule de moulin, et que dans\ncet exercice il employoit quel-\nques heures à la composition de\nses Comédies; mais ce conte\ndoit être mis au rang des autres\nfables dont on a semé la vie des\ngrands hommes. Il nous reste 19\nComédies de ce poète, qui mou-\nrut l'an 184 avant Jésus-Christ;\nmais il y a lieu de croire qu'on\nen a perdu un grand nombre\nd'autres. Le savant Varron fit ce\nquatrain qui auroit pu lui servir\nd'Épitaphe: Postquém morte captus est PLAUTUS;\nComœdia luget, Scana est deserta;\nDeindè Risus, Ludus, Jocusque et\nNumeri. Innumeri simul omnes collacrimârum. « Après la mort de PLAUTE, la\nComédie versa des larmes, la\nScène demeura déserte; les Ris,\nles Jeux, les Dieux des graces\net des vers, tous se réunirent\npour le pleurer.» Plaute fut géné-\nralement estimé de son temps,
ROUCHER, (J. A.) naquit à Montpellier le 22 février 1775. Une ame ardente, une imagination vive le firent poète : ses vertus privées le rendirent bon époux et bon père. Il se montra d'abord partisan d'une révolution qui sembloit amenée par la philosophie ; mais indigné des atrocités qui l'accompagnèrent, il eut le courage de les blâmer et de mériter la haine de ceux qui en étoient les auteurs. Après avoir souvent échappé aux coups de divers assassins apostés pour lui ôter la vie, il fut arrêté et traduit devant le tribunal révolutionnaire qui le condamna à mort. La veille de son jugement, il fit faire son portrait et écrivit au bas les vers suivans, adressés à sa femme, à ses amis et à ses enfans : Ne vous étonnez pas, objets sacrés et doux, Si quelque air de tristesse obscurcit mon visage; Quand un savant crayon dessinoit cette image, Pattendois l'échafaud, et je pensois à vous. Roucher périt avec courage à la fin de juillet 1794, après avoir vu immoler trente-sept victimes qui partagèrent au même instant son funeste sort. Ses principaux écrits sont : I. Les Mois, poème en douze chants, 1780, deux vol. in-4° et quatre vol. in-12. Peu d'écrits de ce genre ont eu plus de succès et de défaveur. Prôné avec enthousiasme lorsqu'il n'étoit encore connu que par des lectures particulières, il fut vivement censuré lorsqu'il a été imprimé. Il en résulte qu'il offre comme la plupart des poèmes aussi considérables, de grands dé- fauts et quelques beautés. Les défauts ont été indiqués par la Harpe. « Le plus capital de tous, a-t-il dit, c'est qu'il n'a ni sujet, ni marche, ni intérêt. Ce vice mortel est celui qui se fait sentir d'abord à tous les lecteurs parce qu'il n'y en a pas un qui ne veuille être attaché, occupé ou intéressé, il n'importe comment ; et que personne ne résiste à l'ennui. Or, quoi de plus ennuyeux que douze chants isolés, ne tenant en rien l'un à l'autre, ne menant à rien et n'offrant souvent que des lieux communs. Cet inconvénient seroit peut-être insurmontable, même en supposant le talent d'écrire dans le plus haut degré ; mais que sera-ce si l'auteur dénué d'idées et de goût, ne sait ni choisir ni classer les objets, ni finir les détails ? Que sera-ce, si sous prétexte de varier l'harmonie de nos vers, il la détruit à tout moment en les réduisant aux formes de la prose, en leur ôtant le rythme qui leur est essentiel ? Que sera-ce si violant toutes les lois du langage, ainsi que celles de l'harmonie poétique, il prend des solécismes pour d'heureuses hardiesses, et une enflure monotone pour de la force et de la verve ? » Les beautés de ce poème sont des descriptions très-bien faites, des images douces soit dans la peinture des jouissances champêtres, soit dans celle des phénomènes de la nature. On doit distinguer les morceaux sur le chant du rossignol, le voyage de la peste, les amours du cheval, l'éloge des fables de l'ancienne mythologie, la veillée de village, le dégel. II. Traduction des Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations Nations par l'Anglois *Smith*. La quatrième édition de cet excellent traité d'Économie politique a paru en 1795, quatre vol. in-8°, dont un de notes par *Condorcet*. Le style du traducteur est clair, exact, bien assorti à l'original. III. *Poésies fugitives* et *Lettres* depuis la mort de l'auteur, deux vol. in-8°. *Roucher* a laissé manuscrits, plusieurs chants d'un poème dont le sujet est *Gustave-Wasa* arrachant la Suède à l'horrible tyrannie de *Christiern*.
ROUE, (Claude de la) né à Lyon, se fit religieux Dominicain et devint savant dans les langues anciennes. Il fit imprimer en 1623 un ouvrage mystique et curieux, intitulé : *La Tourterelle gémissante sur Jérusalem*.
ROUELLE, (Guillaume-François) né en 1703 à Matthieu près de Caen, lieu natal du père du fameux *Marot*, mourut à Paris le 3 août 1770, à 67 ans. Il étoit apothicaire dans cette capitale, démonstrateur en chimie au jardin royal des plantes, membre de plusieurs académies étrangères et de celle des Sciences de Paris. Il forma divers élèves en chimie : science dont il étendit les bornes et qu'il aimoit avec passion. Les mémoires de l'académie des Sciences renferment divers écrits de lui ; et il a laissé en manuscrit des *Leçons de Chimie*. Sa société étoit douce et agréable, et son caractère franc et décidé.—Son frère puné *Hilaire-Marin ROUELLE*, s'est aussi distingué par ses connoissances, et succéda à son aîné dans la place de démonstrateur en chimie au jardin du roi. Il mourut le premier avril 1779. I. ROVÈRE, (François-Marie de la) neveu du pape *Jules II*, fut très-cher à son oncle jaloux du lustre et de l'agrandissement de sa maison. Ce pontife fit épouser à son frère la fille du duc d'Urbin et fit adopter son fils *François-Marie*, par le dernier duc d'Urbin de la maison de Montefeltro. *François-Marie*, politique et guerrier comme son oncle, se signala par des talens ; mais ayant excité la haine et l'envie, il fut empoisonné le 21 septembre 1538, à 48 ans. Son épouse *Éléonore-Hippolyte de Gonzague* princesse vertueuse, adorée de son époux qu'elle aimoit tendrement, partagea toutes les traverses que *Léon X* ennemi personnel des *Rovère*, lui fit essuyer. Elle mourut en 1570, avec le chagrin de voir son fils *Guidobaldo* dépouillé de l'état de Camerino par *Paul III* qui en enrichit ses neveux. *Guidobaldo* avoit eu cet état par son mariage avec l'héritière de la maison de *Cibo*. Comme son père s'étoit acquis un nom par les armes et qu'il partageoit sa gloire et son courage, il fut capitaine des armées de *Philippe II* en Italie. Il mourut en 1574. Son petit-fils *Frédéric Ubaldo* mort en 1623, ne laissa qu'une fille, *Victoire*, mariée à *Ferdinand de Médicis* grand duc de Toscane. Cette princesse mourut en 1694, à 72 ans ; mais elle ne lui porta pas en dot le duché d'Urbin qui retourna au saint Siège. Les historiens varient beaucoup sur l'origine des la *Rovère*. *Onuphre Panvini* fait remonter leur ancienneté jusqu'en 700 ; mais *Fregose* mieux instruit, dit que *Sixto IV* le premier pape de cette famille, devoit le jour à un pêcheur. Ber- P p 994 ROV nard Justiniani de Venise, en le haranguant ne craignit point de lui dire : Qu'il falloit considérer non sa naissance, mais son mérite qui l'avoit élevé sur le trône pontifical. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il n'étoit pas de l'illustre maison des la *Rovère* de Turin... *Voyez* le premier livre de l'*Histoire* du président de *Thou*.
IL ROVÈRE, (Jérôme de la) ou DU ROUVRE, en latin *Rivereus* ou *Roboreus*, étoit de la famille des la *ROVÈRE* de Turin où il étoit né. Il fut évêque de Toulon en 1559, ensuite archevêque de Turin, et enfin il obtint la pourpre Romaine en 1564. Il n'avoit que dix ans, lorsqu'on imprima à Pavie en 1540, un reouil latin de ses *Poésies Héroïques et Lyriques* qui étant devenues fort rares furent réimprimées à Ratisbonne en 1683, in-8.º Ses vers respirent la pureté, la facilité et l'imagination d'un homme heureusement né pour la poésie. Il faut lui passer quelques pièces de galanterie en faveur de son extrême jeunesse. Il mourut au conclave où *Clément VIII* fut élu pape, le 26 février 1592, à 62 ans.
III ROVÈRE, (Joseph-Stanislas de) fils d'un aubergiste très-riche de Bonnieux dans le comtat Venaissin, reçut une éducation honnête et y joignit de l'esprit naturel et beaucoup d'adresse. Après avoir enté sa famille sur celle de *Rovère de St. Marc* éteinte depuis long-temps, il prit le titre de marquis de *Fouvelle* et devint ensuite officier dans les gardes du pape, puis député à la Convention nationale. Ses principes y favorisent l'anarchie et la dévastation tion des départemens. D'après son rapport, le général *Montesquiou* fut décrété d'accusation. Ennemi du parti de la Gironde, il contribua à sa proscription ; mais craignant bientôt de devenir la victime de *Robespierre*, il se déclara contre ce dernier dès que ce dictateur fut attaqué, et se prononça avec force contre les partisans de la terreur dont il avoit jusqu'à la suivi la bannière. Les Jacobins n'eurent point alors d'adversaire plus animé à leur destruction. Accusé par ses ennemis de s'être vendu aux puissances étrangères, et d'avoir cherché à les servir en embrassant successivement tous les partis, il fut décrété d'arrestation et ensuite déporté à Caïenne dans la révolution du 18 fructidor. Il mourut dans son exil le 11 septembre 1798. Souple, adroit, insinuant, il ne lui manqua pour jouer l'un des premiers rôles dans la révolution, que moins d'indécision et plus de courage.
ROUET, (Louise de la Beaudière de l'Isle, demoiselle du y maîtresse d'*Antoine* roi de Navarre. *Voyez* la fin de l'article de ce prince.
ROUGEMONT, (François) né à Maestricht en 1624, se fit Jésuite, alla travailler au salut des ames à la Chine, où il aborda l'an 1659. Pendant la cruelle persécution de 1664, il fut conduit à Pékin chargé de chaînes, et de là à Canton où il fut détenu dans une horrible prison avec la plupart des missionnaires, jusque sur la fin de l'année 1671. Il mourut usé de travaux l'an 1676. Ce zélé missionnaire s'étoit concilié l'affection des personnes les plus distinguées de la Chine par ses manières douces et persuasives. Il composa dans sa prison de Canton : *Historia Tartarico-Sinica, complétens ab anno 1660 aulicam bellicamque inter Sinas disciplinam... Christianæ religionis prospera, adversaque, etc.* Louvain, 1673, in-12. Cette histoire qui va jusqu'à l'an 1668, est écrite avec beaucoup de sincérité : c'est un des meilleurs morceaux de l'histoire Chinoise ; il vaut peut-être plus que toutes les chimériques chroniques de cette nation ; il a été traduit en portugais par le P. Sébastien Magalbaes sur une copie manuscrite, Lisbonne, 1672, in-40.
ROVILLE, (Guillaume) célèbre imprimeur, né dans la Touraine, s'établit à Lyon où il parvint à toutes les places honorables et publiques. Il publia plusieurs belles éditions parmi lesquelles le *Promptuaire des médailles*, publié en 1553 et qui est encore recherché. Roville n'épargna rien pour orner les écrits sortis de ses presses d'estampes et de portraits ; mais ces derniers sont ordinairement peu ressemblants. Il mourut en 1589. L. ROUILLÉ, (Guillaume le) jurisconsulte célèbre, naquit à Alençon en 1494 de *Louis le Rouillé* seigneur de Hertré et de Rozé. Il exerça pendant quelque temps la profession d'avocat dans sa patrie. Son mérite l'ayant fait connoître avantageusement de *Françoise d'Alençon* duchesse de Vendôme, cette princesse lui donna la place de lieutenant général, de Beaumont-le-Vicomte petite ville de son apanage. Le roi et la reine de Navarre (*Charles d'Albret et Marguerite de Va-* *lois*) le gratifièrent par la suite d'une charge de conseiller à l'échiquier d'Alençon : ils lui donnèrent aussi une place dans leur conseil. Nous ignorons l'année de sa mort. *Le Rouillé* est auteur de plusieurs ouvrages de jurisprudence qui ont eu autrefois beaucoup de réputation : il publia entr'autres un *Commentaire sur la Coutume de Normandie*, en 1534, in-folio, et réimprimé en 1539, qui fut si bien accueilli et donna une si haute idée de l'auteur que le parlement de Normandie voulut le voir et le fit prier de venir à Rouen : invitation honorable à laquelle il ne manqua pas de se rendre. On a encore de lui un ouvrage d'un autre genre, intitulé : *Le Recueil de l'antique préexcellence de la Gaule et des Gaulois*, imprimé à Poitiers en 1546, in-8°, réimprimé à Paris en 1551 ; et une pièce de vers qui a pour titre : *Les Rossignols du Parc d'Alençon*, à l'occasion de l'arrivée de la reine de Navarre en cette ville l'an 1544.
II. ROUILLÉ, (Pierre-Juhen) Jésuite, né à Tours en 1681, professa successivement la théologie, les humanités, la philosophie, et montra un génie propre à plusieurs sciences. Ses supérieurs l'associerent à la composition de l'*Histoire Romaine* du P. *Catrou*, en 21 vol. in-4° : compilation boursouflée à laquelle le P. *Rouillé* ne contribuait que pour les *Dissertations* et les bonnes *Notes* dont cet ouvrage est rempli. Il eut aussi quelque part à la révision et à l'édition des *Révolutions d'Espagne* que le P. d'Orléans avoit laissées imparfaites. Il avoit travaillé au Journal P p z de Trévoux depuis 1733 jusqu'en 1737. La seconde *Lettre* de l'examen du *Poème* de *Racine* sur la Grace, est de lui. Ce savant Jésuite mourut à Paris le 17 mai 1740, à 57 ans, aimé et estimé.
ROUILLET, ( Claude ) naquit à Beaune en Bourgogne, et publia dans le milieu du 16$^{e}$ siècle plusieurs pièces de poésie latine et une tragédie françoise, *Philanire*, représentée et imprimée en 1563. Elle est écrite en vers libres et avec des chœurs.
ROUILLIÉ DU COUDRAY, ( N$^{os}$ ) conseiller d'état, avoit une bibliothèque rare dont il légua à celle du Roi un manuscrit précieux, intitulé : *Registre de Philippe-Auguste*. Il est mort au milieu du siècle passé.
ROULLARD, ( Antoine ) de Lyon, publia en 1584 les *Facétieux devis* de 106 *Nouvelles*. I. ROULLET, ( Jean-Louis ) graveur, né en 1645 à Arles en Provence, fit le voyage d'Italie, où ses talens lui donnèrent accès auprès des artistes et des curieux. *Ciro-Fersi* peintre célèbre, s'attacha à cet illustre graveur et lui procura plusieurs occasions de se signaler. *Roullet* quitta Rome pour parcourir les plus grandes villes d'Italie, et dans tous ces endroits il trouva à exercer son burin. L'amour de la patrie le fit revenir en France, où ses talens ne furent point oisifs et sans récompense. On estime ses ouvrages sur - tout pour la correction du dessin, pour la pureté et l'élégance de son burin. La fortune se présenta plusieurs fois à lui; mais il refusa constamment ses faveurs qui auroient gêné sa li- berté. Il mourut à Paris en 1699, dans sa 55$^{e}$ année.
II. ROULLET, ( Le Bailli de ) mort au mois d'août 1786, se fit connoître par les poèmes lyriques d'*Iphigénie en Aulide* et d'*Alceste* qui facilitèrent au célèbre *Gluck* le moyen de faire valoir les sons mâles de sa musique. Le dialogue entre *Agamemnon* et *Achille* de la tragédie d'*Iphigénie* est digne de *Racine*. Il a une noblesse et une rapidité qui produiront toujours un grand effet. L'opéra d'*Alceste* est imité de celui de l'Italien *Calsabigi*. Le bailli du *Roullet* étoit attaché aux bons principes; il avoit du goût. Il prétendoit, avec raison, que la décadence des arts venoit du défaut d'enthousiasme et des prétentions à l'esprit. *Celui*, disoit-il, qui essaie de tout peindre, ressemble à un enfant qui voudroit amasser toutes les coquilles qui sont au bord de la mer*.
ROULLIARD, ( Sébastien ) avocat Parisien, fut plus connu dans la république des lettres que dans le barreau. On a de lui quelques écrits mal digérés, mais savans et singuliers. Les principaux sont : I. *Traité de la virilité d'un homme né sans testicules*, 1600, in-8.$^{o}$ II. *Histoire de l'Eglise de Chartres*, in-8.$^{o}$ III. *La Magnifique Doxologie du Fétu*, in-8.$^{o}$ IV. *Les Gymnopodes* ou *De la audité des pieds*, in-4.$^{o}$ V. *Li Hungs en Santerre*, in-4.$^{o}$ VI. *Histoire de Melun*, in-4.$^{o}$ VII. *Privilèges de la Sainte-Chapelle de Paris*, in-8.$^{o}$ VIII. *Le lumbrisage de Nicodème AUBIER Scribe, soi-disant le K$^{a}$ Evangéliste et Noble de quatre races*. IX *Des Poésies* assez plates. *Rouilliard* mourut en 1639. C'étoit un assez mauvais écrivain en vers et en prose.
ROUQUET, (N°) peintre en émail, né à Genève, mort en 1758, est connu par l'*Etat des Arts en Angleterre*, 1755, in - 14.
ROURE, ( la comtesse du ) *Voyez*. Louis, n.° XXI.
ROURIK, pirate de la mer Baltique, aborda avec ses compagnons chez les Russes, et leur apporta la paix et la servitude. Il bâtit la ville de Ladoga qu'il quitta ensuite pour se fixer à Novogorod, qu'il fortifia d'un rempart de terre et de bois. *Rourik* dompta plusieurs fois ses sujets rebelles, et tua de sa propre main *Vadim* leur chef. Non content d'avoir vu tomber sous ses coups un grand nombre de Russes, il livra à l'échafaud tous ceux dont il craignit encore les mouvemens. Il mourut en 879, après un règne de 17 ans, ne laissant qu'un fils en bas âge nommé *Igor*. I. ROUSSEAU, (Jacques) peintre, né à Paris en 1630, se distingua par son grand art à peindre l'architecture et à tromper la vue par l'illusion de la perspective. *Louis XIV* informé de ses talens, sut les mettre à profit. Ce monarque le chargea des décorations de la salle des machines à Saint-Germain-en-Laie, où l'on représentoit les *Opéra* du célèbre *Lulli*. Cet excellent artiste fut encore employé dans plusieurs maisons royales, et l'on voit de ses ouvrages dans quelques maisons de riches particuliers; mais ses perspectives, destinées pour l'ordinaire à dé- décorer une cour, un jardin, ont beaucoup souffert de l'injure de l'air; cependant ce qui a été conservé suffit pour faire admirer la beauté de son génie, l'éclat et l'intelligence de son coloris. Milord *Montaigu* renommé par son amour pour les beaux arts, associa *Rousseau* au travail de la *Fosse* et de *Monnoyer*, pour embellir son hôtel à Londres. Ce maître a aussi excellé à toucher le paysage. Il mourut à Londres en 1693, à 63 ans.
II. ROUSSEAU, (Jean-Baptiste) fils d'un cordonnier de Paris, naquit le 6 avril 1671. Son père lui procura une excellente éducation dans les meilleurs collèges de la capitale. Le jeune *Rousseau* s'y fit un nom par de petites *Pièces* de poésie, pleines d'esprit et d'imagination. Il avoit à peine 20 ans qu'il étoit déjà recherché par les personnes du plus haut rang et du goût le plus délicat. Dès 1688 il fut reçu en qualité de page chez *Bonrepeaux* ambassadeur de France en Danemarck. Le maréchal de *Tallard* le choisit ensuite pour son secrétaire lorsqu'il passa en Angleterre. Ce fut à Londres qu'il lia une amitié étroite avec *Saint-Evremont*, philosophe aimable et ingénieux qui sentit tout le mérite du jeune poète. *Rouillé* directeur des finances le prit ensuite auprès de lui. Le poète le suivoit par-tout, vivant tranquille au milieu de la grandeur, cultivant les Muses à la cour, et négligeant la fortune dans le sein des finances. En vain *Chamillart* lui offrit une direction des fermes générales en province; il ne voulut jamais l'accepter. Il étoit au comble de la gloire: mais une affaire fâcheuse le précipita dans les inquiétudes les plus cuisantes. Le café de la Laurent étoit alors le rendez-vous littéraire et politique des oisifs de Paris. La Mothe et Rousseau étoient les chefs de ce Parnasse, lorsque l'opéra d'Hésione vit le jour en 1708. Rousseau fit sur un air du prologue de cet opéra, cinq Couplets contre les auteurs des paroles, de la musique et du ballet. Ces premiers couplets qu'on croit être incontestablement de ce poète, furent suivis d'une foule d'autres, où tout ce que le talent inspiré par la haine, par la vengeance et par la débauche, peut enfanter de plus monstrueux, se trouve réuni. Versailles, Paris, furent inondés de ces horreurs. Les tribunaux fatigués par les plaintes des personnes outragées, recherchèrent l'auteur de ces infamies. Tout le monde, nomma Rousseau, on crut y reconnoître sa verve. Ses Epigrammes infames, qu'il appeloit les Gloria Patri de ses pseaumes, plusieurs couplets malins contre diverses personnes, ses contes libres, son penchant à la médisance, sembloient déposer contre lui aux yeux de ses adversaires. On rapprocha les circonstances; on rappela les différens propos qu'on lui avoit entendu tenir. On observa que les victimes immolées dans les Couplets, étoient précisément les personnes qu'il haïssoit le plus. Malgré ces présomptions, il étoit impossible qu'on portât un jugement certain sur cette funeste affaire, parce que d'un autre côté on savoit que Rousseau avoit des ennemis violens, qu'il devoit autant à l'envie qu'inspiroient ses talens qu'à son esprit satirique. Ce poète n'eût peut-être pas été condamné, s'il se fût borné à nier qu'il étoit l'auteur des Couplets. Mais non content de vouloir paroître innocent, il voulut que le géomètre Saurin fût coupable du crime dont on l'accusoit. Guillaume Arnould jeune savetier d'un esprit foible, fut, dit-on, l'instrument que Rousseau mit en œuvre pour accabler son ennemi. Ce misérable déposa que Saurin lui avoit remis les Couplets, et les avoit donnés à un petit décrotteur pour les faire passer en d'autres mains. Le procès porté au Châtelet passa au parlement, et le coup dont Rousseau vouloit accabler le géomètre, retomba sur sa tête. Saurin fit valoir le contraste de ses mœurs et de celles de son ennemi. Il l'attaqua comme suborneur de témoins, en particulier de ce Guillaume Arnould auquel il avoit donné de l'argent. Les preuves de cette subornation parurent évidentes, et Rousseau fut banni à perpétuité du royaume, non-seulement comme suborneur de témoins, mais comme auteur et distributeur des vers impurs et satiriques qui sont au procès. Cet arrêt rendu le 7 avril 1712, fut affiché à la Grève. Rousseau s'étoit déjà retiré en Suisse, où le comte du Luc ambassadeur de France auprès du Corps Helvétique, lui rendit la vie douce et agréable. Ce fut à Soleure qu'il publia la première édition de ses Œuvres. Il se donna dans la Préface pour un homme du monde qui n'avoit fait des vers que par amusement, et qui étoit devenu auteur sans s'en appercevoir. Voici enfin, dit-il, le petit nombre d'Ouvrages qui m'ont donné, malgré moi, la qualité d'Auteur. On trouva cette vanité intolé-
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ROU: 599 rable dans le fils d'un cordonnier qui avoit passé une partie de sa vie à faire des opéra et des comédies pour subsister; mais on n'en goûta pas moins les beaux morceaux que cette édition renfermoit. Le comte du Luc ayant été nommé plénipotentiaire pour la paix qui fut conclue à Bade en 1714 avec l'empereur, Rousseau l'y accompagna. Un jour qu'on s'entretenoit familièrement chez le prince Eugène, quelqu'un dit qu'il venoit de l'hôtel du comte du Luc, où Rousseau avoit récité de très-jolis vers qu'il avoit composés presque à l'instant : Quoi ! s'écria aussitôt le prince, nous avons ce grand Poète ! Il m'a donné l'occasion, ajouta-t-il tout de suite, de faire une réflexion bien juste. Ce fut quelques jours après la malheureuse affaire de Denain, que je lus son Ode à la Fortune; j'y trouva mon portrait ou naturel dans cette strophe : « Montres - nous, guerriers magnanimes, Votre verru dans tout son jour. Voyons comment vos cœurs sublimes Du sort soutiendront le retour : Tant que sa faveur vous seconde, Vous êtes les maîtres du monde, Votre gloire nous éblouit ; Mais, au moindre revers fûmeste, Le masque tombe, l'homme reste, Et le héros s'évanouit. » Après cet entretien le prince Eugène marqua un grand désir de voir Rousseau, qu'il goûta au point de se l'attacher et de l'emmener avec lui à Vienne. Rousseau ne conserva que trois ans les bonnes graces du héros. Il les perdit pour avoir eu part à quelques chansons que le comte de Bonneval composa sur une des maîtresses de ce prince, qui avoit ses foiblesses comme la plupart des grands hommes. Cette disgrace, que ses partisans et ses adversaires ont attribué à des causes bien différentes, obligea Rousseau de quitter la cour de Vienne et de se retirer à Bruxelles. Ce fut dans cette ville que commencèrent ses brouilleries avec Voltaire. Rousseau avoit connu ce poète naissant au collège de Louis le Grand, et avoit admiré sa facilité pour la poésie. Le jeune Arouet cultiva une connoissance qui pouvoit lui être si utile; il lui faisoit hommage de tous ses ouvrages. Rousseau flatté de ces déférences, l'annonçoit comme un homme destiné à faire un jour la gloire de son siècle. L'auteur de la Henriade ne cessa de le consulter sur ses essais, de lui prodiguer les plus grands éloges, et leur amitié fut de jour en jour plus vive. Ils se voient malheureusement à Bruxelles, et la haine la plus amère entre dans le cœur de l'un et de l'autre. Quelle en fut l'origine ? Ce fut, suivant Rousseau et ses partisans, la lecture qu'il lui entendit faire de l'Epître à Julie, aujourd'hui à Uranie. Cet ouvrage lui fit horreur; il lui en marqua son indignation. Le jeune homme piqué de ces reproches, tint des discours indignes contre celui qui les lui avoit faits. Voilà ce que dit Rousseau. Mais ses adversaires et les amis du poète qu'il décria, le soupçonnèrent peut-être témérairement d'employer des personnalités, parce qu'il se croyoit offusqué par la gloire de son rival. Ce qu'il y a de plus singulier, c'est que ces deux hommes célèbres aient voulu inspirer au public un mépris qu'ils n'avoient pas l'un pour l'autre, et anéantir P p 4 dans leur cœur une estime qu'ils se sentoient malgré eux. *Rousseau* depuis sa brouillerie avec *Voltaire*, le peignit comme un fou, comme un écrivain sans goût et sans jugement, qui devoit tous ses succès à une mode qui passeroit; comme un poète inférieur à *Lucain* et très-peu supérieur à *Pradon*. *Voltaire* le traita encore plus mal. *Rousseau* n'étoit, selon lui, qu'un *plagiaire habile* qui savoit rimer et ne savoit pas penser; qui n'avoit que le talent d'arranger des mots et qui même avoit perdu ce talent dans les pays étrangers. Il lui disoit dans une pièce de vers peu connue: Aussitôt le Dieu qui m'inspire T'arracha le luth et la lyre Qu'avoient déshonorés tes mains; Tu n'es plus qu'un repille immonde, Rebut du Parnasse et du monde, Enséveli dans tes venins. De quelque considération que *Rousseau* jouit à Bruxelles, il ne pouvoit oublier Paris. Le duc d'Orléans régent du royaume, sollicité par le grand prieur de *Vendôme* et le baron de *Breteuil*, lui accorda des lettres de rappel. Mais le poète avant que d'en profiter, demanda qu'on revit son procès; il vouloit être rappelé, non à titre de grace, mais par un jugement solennel. Sa demande fut rejetée. Pour se consoler de cette nouvelle cruauté du sort, il se mit à voyager. En 1721 il passa en Angleterre, où il fit imprimer à Londres le *Recueil de ses Œuvres*, 2 vol. in-4°. Cette édition publiée en 1723, lui valut environ dix mille écus. Il les plaça sur la *Compagnie d'Ostende*; mais les affaires de cette compagnie s'étant dérangées, les actionnaires pardirent leurs fonds. Cet illustre infortuné parvenu à un âge où les biens de la fortune sont les plus nécessaires, ne subsista plus que des secours de quelques amis. La généreuse amitié de *Boutet* notaire à Paris, prévint dans tous les temps ses besoins. Il trouva une ressource encore plus grande dans le duc d'Aremberg qui lui donna sa table à Bruxelles. Ce seigneur ayant été obligé en 1733 d'aller à l'armée en Allemagne, lui assura une pension de 1500 liv.; mais *Rousseau* eut encore le malheur de perdre les bonnes graces de son illustre bienfaiteur. Il eut l'imprudence de publier dans un journal que *Voltaire* l'avoit accusé auprès du duc d'Aremberg, d'être l'auteur des *Couplets* pour lesquels il avoit été banni de France. *Voltaire* qui auroit dû dédaigner cette imputation, aima mieux s'en plaindre à ce prince qui le priva de la table et du logement qu'il lui accordoit. Il voulut cependant lui faire compter encore la pension de 1500 livres; mais *Rousseau* la refusa. *Je l'acceptois avec plaisir*, dit-il à l'intendant de ce seigneur, quand je me flattois d'être l'ami de M. le Duc. *A présent que je sais à quoi m'en tenir, je ne dois pas la recevoir*. La ville de Bruxelles devint pour lui après cette disgrace, un séjour insupportable. Le comte du Luc et M. de Sénozan receveur général du clergé, instruits de ses chagrins, le firent venir secrètement à Paris, dans l'espérance d'avancer la fin de son bannissement. *Rousseau* avoit publié quelque temps auparavant deux *Epitres* nouvelles: l'une au P. Brumoi sur la tragédie; l'autre à Rollin sur l'histoire. Il avoit espéré, dit-on, que l'Épître à *Brumoi* lui donneroit les suffrages de tous les Jésuites, et que celle à *Rollin* feroit agir pour lui tous les Jansénistes. Il avoit composé aussi une *Ode* à la louange du cardinal de *Fleury*, au sujet de la paix : ode qui fut bien accueillie, quoique inférieure à ses premiers ouvrages. Il sembloit que son retour à Paris ne devoit éprouver aucun obstacle ; cependant il en éprouva, et on ne put même lui obtenir un sauf-conduit pour un an. On prétend que *Rousseau* avoit irrité des personnes puissantes par une allégorie intitulée : le *Jugement de Pluton*, dans laquelle il représentoit un de ses principaux juges que *Pluton* faisoit écorcher et dont il étendoit sa peau sur un siège. Cette satire jointe aux manœuvres secrètes de ses ennemis, rendit inutiles les tentatives de ses amis. Après trois mois de séjour à Paris, il retourna à Bruxelles le 3 février 1740, et y mourut le 17 mars 1741, dans de grands sentimens de religion. Avant que de recevoir le Viatique, il protesta qu'il n'étoit point l'auteur des horribles *Couplets* qui avoient empoisonné sa vie. Cette protestation est aux yeux de bien des gens, une démonstration complète de son innocence. Est-il probable, disent-ils, que *Rousseau* en ait voulu imposer dans ces derniers momens où la vérité se fait jour ? Ce qu'il y a d'étrange, c'est que ceux qu'il chargeoit d'avoir fait les *Couplets*, ont protesté toute leur vie comme lui, qu'ils n'en étoient pas les auteurs. Que croire donc après cela ? *Piron* a fait cette épitaphe à l'*Horace* Francois : Ci gît l'illustre et malheureux *Rousseau* ; Le Brabant fut sa tombe, et Paris son berceau. Voici l'abrégé de sa vie, Qui fut trop longue de moitié : Il fut trente ans digne d'envie, Et trente ans digne de pitié. *Rousseau* s'étoit fait lui-même celle-ci, selon M. de la Place : Des mœurs de cet auteur qu'on peignit si malin, Passant, le jugement en deux mois tu peux faire ; Il avoit pour amis, *Roullié*, *Brumoi*, *Rollin* ; Il eut pour ennemis, *Lenglet*, *Saurin*, *Voisinire*. Quoi qu'en dise *Rousseau* dans ces vers, il est plus facile de peindre en lui le poète que l'homme. Quelques personnes l'ont représenté comme impie, inquiet, capricieux, impudent, vindicatif, envieux, flatteur, satirique. D'autres l'ont peint comme un homme plein de candeur et de franchise, comme un ami fidelle et reconnoissant, comme un Chrétien pénétré de sa religion. Il est difficile de se décider entre deux portraits si différens. Ceux qui voudront connoître plus particulièrement ce grand poète, pourront consulter le Dictionnaire de M. *Chaufepied*, écrivain aussi exact qu'impartial, qui tâche de donner une idée juste de son caractère. Il paroît par ce qu'il dit, que *Rousseau* ne peut être lavé sur l'accusation intentée contre lui, d'avoir attaqué ses bienfaiteurs. Nous croyons qu'on peut le justifier plus facilement contre ceux qui l'accusèrent d'avoir renié son père. (*Voy. HOU-DAR.*) La plus grande noblesse par rapport à l'exactitude, à la pureté, à l'énergie, à l'abondance et à l'élégance même de son élocution. Le même *Varron* disoit que, « Si les Muses vouloient parler latin, elles emprunteroient son style. » Mais lorsque le goût se fut épuré sous *Auguste*, on reprocha à ce poète sa négligence dans la versification, quelques plaisanteries basses et fades, de mauvaises pointes, des jeux de mots ridicules, des turlupinades grossières, des ordures révoltantes. Cependant ces défauts n'empêchèrent pas qu'on ne jouât encore ses pièces sous *Dioclétien*, 500 ans après qu'il les avoit écrites; et on ne peut disconvenir que ce poète n'entende bien la raillerie, et que ses saillies ne soient heureuses. Il a moins d'art, mais plus d'esprit que *Térence*. Les intrigues sont mieux ménagées, les incidens plus variés et l'action plus vive dans ses Comédies, que dans celles de son rival. Il a sur-tout cette force comique qui distingue notre inimitable *Molière*. Les meilleures éditions de cet auteur sont celles de Francfort, 1621, in-4°, par *Frédéric Taubman*; et de Paris, 1759, trois vol. in-12, chez *Barbou*. Celle-ci, que nous devons aux soins de *Capperonnier*, est enrichie d'un glossaire pour les vieux mots, et imprimée avec une élégance peu commune. Quant aux Écrivains qui l'ont traduit en françois, *Voyez* les articles de Mad. DACIER, de LIMIERS, de GUEUDEVILLE; et II. PAREUS.
PLAUTIEN, (*Fulvius PLAUTIANUS*) Africain, de condition médiocre, étoit né sans biens. Dans sa jeunesse, il se fit de facheuses affaires. Accusé de sédition et de violence, il fut condamné à l'exil par *Pertinax*, alors proconsul d'Afrique. Il éprouvoit un triste état, lorsqu'il trouva une ressource dans l'amitié de *Sévère* à qui il s'attacha. Il étoit son compatriote, et même selon quelques-uns son parent. D'autres ajoutent que ce fut par le crime et par l'infamie qu'il gagna ses bonnes graces: et il n'est pas douteux que la prévention aveugle que *Sévère* eut pour lui jusqu'à la fin, ressemble fort à une passion. *Sévère* en s'élevant augmenta la fortune de *Plautien*, et lorsqu'il fut devenu empereur, il le fit l'an 202 préfet de Rome, et lui procura le consulat. Ce courtisan aussi avide qu'orgueilleux, égaloit son maître en pouvoir et le surpassoit en richesses. On lui avoit érigé un nombre infini de statues. Il ne vouloit point qu'on l'approchât sans permission. Lorsqu'il paroissoit dans les rues, on crioit de ne pas se trouver sur son passage, de se détourner et de baisser les yeux. Son avidité étoit extrême. Toute voie lui étoit bonne pour acquérir; présens extorqués, rapines, confiscations. Il eut une grande part dans les meurtres si fréquemment ordonnés par *Sévère*. La vue du ministre dans les conseils sanguinaires qu'il donnoit, étoit de s'enrichir de la dépouille de ceux qu'il faisoit condamner. Il n'y avoit dans tout l'empire ni peuple, ni ville qu'il ne pillât, qui ne lui payât tribut; et on lui envoyoit de plus riches et de plus magnifiques présens qu'à l'empereur. Ce que la religion même avoit soustrait aux usages humains, n'étoit pas à couvert de 602 R O U R'OU d'un poète est de descendre d'*Hômère*, de *Pindare*, de *Virgile*. Et quel besoin auroit eu *Rousseau* de cacher l'obscurité de sa naissance? Elie relevoit son mérite... M. *Séguy* attaché à M. le prince de la *Tour-Taxis*, a donné une belle édition de ses *Œuvres*, conformément aux intentions que le poète lui avoit marquées. Cette édition publiée en 1743 à Paris, en 3 vol. in-4° et en 4 vol. in-12, ne contient que ce que l'auteur a avoué; elle renferme: L'Quatre livres d'*Odes*; le premier contient des *Odes sacrées*, tirées des l'seaumes. « *Rousseau*, dit *Fréron*, réunit en lui *Pindare*, *Horace*, *Anacréon* et *Malherbe*. Quel feu! quel génie! quels éclairs d'imagination! quelle rapidité de pinceau! quelle abondance de traits frappans! quelle foule de brillantes comparaisons! quelle richesse de rimes! quelle heureuse versification! mais sur-tont quelle expression inimitable! Ses vers sont achevés autant que les vers françois peuvent l'être. » En général *Rousseau* n'a rien fait de médiocre dans le genre lyrique. Toutes ses *Odes* ne sont pas cependant égales. Les plus belles sont celles qu'il a adressées au comte du *Luc*, à *Malherbe*, au prince *Eugène*, à *Vendôme*, aux princes Chrétiens; les *Odes* sur la mort du prince de *Conti*, sur la bataille de *Péterwaradin*; enfin l'*Ode* à la *Fortune*, malgré quelques stances foibles. Il y a de la grace dans l'*Ode* à une *Veuve*, dans les *Stances* à l'abbé de *Chaulieu*, dans celles adressées au *Rossignol*; dans les *Odes* au comte de *Bonneval*, à M. *Duché* et au comte de *Sinzindorf*; et l'on regrette qu'il en ait fait trop peu de ce genre, auquel son génie sembloit se prêter avec peine... II. Deux livres d'*Epitres* en vers. Quoiqu'elles ne manquent pas de beautés, il y règne un fonds de misanthropie qu'ils dépare. *Rousseau* parle trop souvent de ses ennemis et de ses malheurs; il y étale des principes qui portent moins sur la vérité que sur les différentes passions qui l'animoient. La colère le jette dans le paradoxe. Si je le trouve égal à *Horace* dans ses *Odes*, il lui est bien inférieur dans ses *Epitres*. Il y a beaucoup plus de philosophie dans celles du poète *Romain*. Quoi de plus ridicule d'ailleurs que cette recherche d'expressions Marotiques, et de termes moins énergiques qu'extraordinaires? Combien de copies détestables a faites un tel original!... III. Des *Cantates*. Il est le créateur de ce Poème, dans lequel il n'a point eu d'égal. Les siennes respirent cette poésie d'expression, ce style pittoresque, ces tours heureux, ces graces légères, qui forment le véritable caractère de ce genre. Il est tantôt vif et impétueux, tantôt doux et touchant, suivant les passions qui animent les personnages qu'il fait parler. « J'avoue, dit M. de la *Harpe*, que je trouve les *Cantates* de *Rousseau* plus véritablement lyriques que ses *Odes*, quoiqu'il s'élève davantage dans celles-ci. Je ne vois dans ses *Cantates* que des images fortes ou gracieuses. Il parle toujours à l'imagination, et il n'est jamais ni verbeux ni prolixe. Dans ses *Odes* au contraire, même les plus belles, il y a toujours des strophes qui languissent, des idées trop délayées, des vers d'une foiblesse inexcusable. » IV. Des *Allégories*, dont plusieurs sont heureuses, mais dont quelques-unes paroissent forcées. V. Des Epigrammes, qui l'ont mis au-dessus de Martial et de Marot. (Voyez IV. FERRAND.) On a eu soin de rétrancher de cette édition celles que la licence et la débauche lui avoient inspirées. Celles-ci portent à la vérité, l'empreinte du génie comme les autres; mais de telles productions ne peuvent que déshonorer l'esprit d'un poète et corrompre le cœur de ses lecteurs. (Voyez VI. ORLÉANS.) VI. Un livre de Poésies diverses, qui manquent quelquefois de légèreté et de délicatesse. On y distingue deux Eglogues imitées de Virgile. VII. Quatre Comédies en vers : le Flatteur, dont le caractère est très-bien représenté : les Aïeux chimériques, pièce qui eut beaucoup moins de succès, quoiqu'elle offre d'assez bonnes tirades; le Capricieux et la Dupe de soi-même, pièces d'un très-foible mérite. VIII. Trois Comédies en prose; le Café, la Cénature magique et la Mandragore. (Voyez MACHIAVEL) qui ne valent pas mieux. Le théâtre n'étoit pas son talent principal, et il avoit l'esprit plus propre à la satire qu'à la comédie, au genre de Boileau qu'à celui de Molière. (Voyez I. TRISTAN.) IX. Un recueil de Lettres en prose. On n'a choisi dans cette édition que les plus intéressantes. Il y en a un recueil plus considérable, en cinq volumes. Ce dernier recueil a fait à la fois tort et honneur à sa mémoire. Rousseau y dit le pour et le contre sur les mêmes personnes. Il paroît trop porté à déchirer ceux qui lui déplaisent. A cela près, on voit en lui un homme d'un caractère ferme et d'une ame élevée, qui ne veut devoir son retour dans sa patrie qu'à sa pleine justification. On y voit encore qu'il étoit lié avec des personnes d'un grand mérite et d'une probité rare; avec l'abbé d'Olivet, Racine le fils, les poètes la Fosse et Duché, le célèbre Rollin, M. le Franc de Pompignan, etc. etc. On y trouve d'ailleurs quelques anecdotes, et des jugemens exacts sur plusieurs écrivains. Un libraire de Hollande a publié un ouvrage qui lui fe-roit plus de tort, si les auteurs devoient répondre des sottises qu'on met sous leurs noms: c'est son Porte-feuille. Il y a, à la vérité, dans ce misérable recueil plusieurs pièces qui sont de Rousseau; mais il faut moins l'en blâ-mer, que ceux qui ont tiré ces ouvrages de l'oubli auquel ce grand poète les avoit condamnés. On a donné en 1741, à Paris, une fort jolie édition de ses Œuvres choisies, en un vol. in-12, petit format. Son Portrait a paru en 1778, gravé d'après le célèbre Aved son ancien ami, avec cette devise tirée de Martial: CÉRTION IN NOSTRO CARMINE VOLTUS ERIT. — Un des frères utérins de Rousseau, Carme dé-chaussée sous le nom de P. Léon de St-Joseph, se fit de la réputation dans le ministère de la chaire, et mourut à Paris le 30 mars 1750.
III. ROUSSEAU, (Jean-Jacques) naquit à Genève le 28 juin 1712 d'un horloger. Il en coûta la vie à sa mère, et sa naissance, dit-il, fut le premier de ses malheurs. Il fut long-temps foible et languissant; mais son corps se fortifiant peu à peu, son esprit ne tarda pas à donner les plus 604 ROU heureuses espérances. Son père, citoyen de Genève, étoit un artiste instruit, qui à côté des instrumens de son art, avoit un *Plutarque* et un *Tacite*. Ces livres furent de bonne heure familiers au jeune *Rousseau*, et il montra dès son enfance un esprit penseur et un caractère bouillant. Une étourderie de jeune homme lui fit abandonner la maison paternelle. *Se trouvant fugitif en pays étranger, sans ressource, il changea, dit-il, de religion pour avoir du pain.* L'évêque d'Anneci, (*Bernex*) auquel il avoit demandé un asile, chargea de son éducation, une dame ingénieuse et aimable; (*Mad. de Warens*) qui avoit abandonné en 1756, une partie de ses biens et la religion. Protestante pour rentrer dans le sein de l'Église. Cette dame généreuse servit de mère, d'amie et d'amante au nouveau prosélyte, qui ne cessa de se regarder comme son fils et comme un fils chéri. La nécessité de se procurer un état et peut-être l'inconstance, obligèrent *Rousseau* de quitter souvent cette tendre mère. Il avoit des talens supérieurs pour la musique; l'abbé *Blanchard* lui faisoit espérer une place à la chapelle du roi: ce projet manqua, et il fut obligé d'enseigner la musique à Chambéri. Ayant enfin quitté cette ville en 1741, il vint à Paris, et y fut long-temps dans une situation gênée. « *Tout est cher ici, écrivoit-il, en 1753, et sur-tout le Pain.* » Quel n'est! et à quoi le génie peut-il être réduit! Il commença cependant, en 1743, de sortir de l'obscurité où il avoit été enseveli jusqu'alors. Ses amis le placèrent auprès de M. de *Montaigu* ambassadeur de France à Venise. Son caractère tère avoit toujours été, comme il l'avoue lui-même, *une orgueilleuse misanthropie, et une certaine aigreur contre les Riches et les Heureux de ce monde.* La mésintelligence se mit bientôt entre l'ambassadeur et son secrétaire. De retour à Paris, la place de commis qu'il obtint chez un fermier général, homme d'esprit, (*M. Dupin*) lui donna quelque aisance, et il s'en servit pour aider *Mad. de Warens* sa bien-faitrice. Enfin, l'année 1750 fut l'époque de sa première apparition sur la scène littéraire. L'académie de Dijon avoit proposé cette question: *S'LE RETABLISSEMENT DES SCIENCES ET DES ARTS A CONTRIBUE A ÉPURER LES MIEURS?* *Rousseau* voulut d'abord soutenir l'affirmative. *C'est le Pont-aux-dnes*, lui dit *Diderot* alors son ami; *prenez la négative, et je vous promets le plus grand succès.* En effet, son Discours contre les sciences parut le mieux écrit, le plus profondément pensé; et l'académie le couronna. On n'a jamais soutenu un paradoxe avec plus d'éloquence: ce paradoxe n'étoit pas nouveau; (*Voy. VII. AGRIPPA*) mais l'auteur lui donna les graces de la nouveauté, en employant toutes les ressources du savoir et du génie. Plusieurs adversaires se présentèrent pour attaquer son opinion; *Voyez BORDES. Rousseau* se défendit, et de dispute en dispute il se trouva engagé dans la redoutable carrière des lettres, presque sans y avoir pensé. Il perdit dès-lors en bonheur, ce qu'il avoit gagné en célébrité. Son *Discours sur les causes de l'inégalité parmi les Hommes et sur l'origine des Sociétés*, plein de maximes hardies R O U 605 et d'idées bizarres, fut fait pour prouver que les hommes sont égaux; qu'ils étoient nés pour vivre isolés, et qu'ils ont perverti l'ordre de la nature en se rassemblant. L'auteur panégy- riste éternel de l'homme sauvage, déprime trop l'homme social. Mais si son système est faux, les couleurs dont il l'embellit sont bien brillantes. Ce Discours, et sur-tout la Dédicace de ce Discours à la république de Genève, sont des chefs-d'œuvre d'une éloquence dont les anciens seuls nous avoient donné l'idée. Il s'étoit rendu dans sa patrie où il offrit ce discours aux magistrats, et où il fut réintégré dans ses droits de citoyen, après avoir abjuré la religion Catholique. Mais à peine avoit-il renoncé aux dogmes de l'Église Romaine, qu'il alla vivre dans un pays où on les professoit. Il se retira en France, vécut quelque temps à Paris; enfin il alla s'ensevelir dans la solitude, pour échapper à la critique et pour se livrer au régime qu'exigeoit une strangurie dont il étoit tourmenté. C'est une époque importante dans l'histoire de sa vie, parce qu'on lui doit peut-être les ouvrages les plus éloquens qu'il ait composés. Sa Lettre à M. d'Alembert sur le projet d'établir un Théâtre à Genève, écrite dans cette solitude et publiée en 1758, renferme, à côté de quelques paradoxes, les vérités les plus importantes et les mieux développées. Cette Lettre si intéressante pour les mœurs en général et pour la république de Genève en particulier, fut la première source de la haine que Voltaire lui voua et des injures dont il ne cessa de l'accabler. Rousseau tâchoit de paroître peu sensible à ces outrages; mais dans le fonds du cœur il auroit désiré de n'être point brouillé avec un homme qui distribuoit les réputations. « Si M. de Voltaire, écrivoit-il à un de ses amis, revient sincèrement, j'ai déjà les bras ouverts; car de toutes les vertus chrétiennes l'oubli des injures est celle qui me coûte le moins. Point d'avances, ce seroit une lâcheté; mais comptez que je serai toujours prêt à répondre aux siennes d'une manière dont il sera content. » Ce qu'on trouvoit de singulier dans sa lettre à d'Alembert, c'est que cet ennemi des spectacles avoit fait imprimer une Comédie, et qu'il avoit donné en 1752 au théâtre une Pastorale dont il fit la poésie et la musique, l'une et l'autre remplies de sentiment et de graces. (Voyez III. GAUTHIER.) Le Devin du Village, c'est le titre de cette Pastorale, respire la naïveté et la simplicité champêtres. Ce qui rend cet ouvrage vraiment cher aux gens de goût, c'est le parfait accord des paroles et de la musique; c'est l'étroite liaison des parties qui le composent; c'est l'ensemble exact du tout. Le musicien a parlé, pensé, senti comme le poète. Tout y est agréable, intéressant, et fort supérieur aux lieux communs, doucereux et insipides de nos petits drames à la mode. Son Dictionnaire de Musique offre plusieurs articles excellens, et quelques-uns remplis d'inexactitudes. « Cet ouvrage, dit la Borde dans son Essai sur la Musique, auroit besoin d'être refondu, pour épargner bien des peines à ceux qui voudront l'étudier, et les empêcher d'adopter des erreurs, d'autant plus diffi- 606 ROU ciles à éviter que le style séduisant de Rousseau a l'art d'entraîner ses lecteurs. » On doit distinguer dans ce livre les articles qui ont rapport à la littérature ; ils sont traités avec l'agrément d'un très-bel esprit et la justesse d'un homme de goût. (Voyez BROSSARD et RAMEAU à la fin.) Rousseau avoit donné, peu de temps après le brillant succès du Devin du Village, une Lettre sur la Musique Françoise, on plutôt contre la musique Françoise, écrite avec autant de liberté que de feu. Les partisans outrés de notre Opéra le traitèrent avec autant de fureur que s'il avoit conspiré contre l'État. Une foule d'enthousiastes imbéciles s'épuisa en clameurs. Il fut insulté, menacé, chansonné. Le fanatisme harmonique alla jusqu'à le pendre en éligie... Le ton intéressant et tendre qui règne dans le Devin du Village, anime plusieurs Lettres de la Nouvelle Héloïse, 1761, six parties in-12. Ce roman épistolaire, dont l'intrigue est mal conduite et l'ordonnance mauvaise, est, comme presque toutes les productions du génie, plein de beautés et de défauts. On desireroit plus de vérité dans les caractères, et plus de précision dans les détails. Les personnages se ressemblent presque tous, ainsi que leur style ; et leur ton est guindé et exagéré. Quelques-unes de ces Lettres sont admirables, par la force, par la chaleur de l'expression, par cette effervescence de sentimens, par ce désordre d'idées qui caractérisent une passion portée à son comble. (Voyez I. PYGMALION, et PÉTRARQUE, à la fin.) Mais pourquoi une Lettre touchante est-elle si souvent suivie d'une digression froide ou d'une critique insipide, ou d'un paradoxe révoltant ? Pourquoi se sent-on glacer tout-à-coup, après avoir été pénétré de tous les feux du sentiment ? C'est qu'aucun des personnages n'est véritablement intéressant. Celui de Saint-Preux est foible, souvent forcé, et quelquefois moins occupé de ses amours que de la manie de moraliser ses lecteurs. Julie est un assemblage de tendresse et de piété, de grandeur d'ame et de coquetterie, de naturel et de pédantisme. Wolmar est un homme violent et presque hors de la nature. Enfin l'auteur a beau vouloir varier son ton et prendre celui de ses personnages, on sent que c'est un effort qu'il ne soutient pas long-temps, et tout effort gêne l'auteur et refroidit le lecteur. C'est dans l'Héloïse sur-tout que paroît le malheureux talent de Rousseau de rendre tout problématique. De là ces raisonnemens en faveur et contre le duel, l'apologie du suicide et la condamnation de cette frénésie : la facilité à pallier le crime de l'adultère, et les raisons les plus fortes pour en faire sentir l'horreur. De là tant de déclamations contre l'homme social, et tant de transports pour l'humanité : ces sorties violentes contre les philosophes, et cette manie à favoriser leurs sentimens. De là des sophismes spécieux contre l'existence de Dieu et des arguments invincibles contre les athées. De là des objections fatiles contre la religion Chrétienne et des éloges sublimes de cette même religion. Lorsque la Nouvelle Héloïse parut, les sentimens furent partagés chez les gens de lettres, qui en admirant divers morceaux de passion et de philosophie répandus R·O·U R·O·U 607 dans ce roman, ne virent dans le total du livre qu'un ouvrage indigeste. Mais les gens du monde et les femmes sur-tout le dévorèrent avec avidité et s'engouèrent du livre et de l'auteur. Ce qui lui rendit les femmes si favorables, fut la persuasion qu'il avoit écrit sa propre histoire, et qu'il étoit lui-même le héros de son roman. Rousseau favorisa cette idée, et cette petite ruse jointe à quelques autres, ne sert point à le disculper du charlatanisme dont ses ennemis et même quelquefois ses amis l'ont accusé. EMILE fit encore plus de bruit que la Nouvelle Héloïse. On sait que ce roman moral, publié en 1762, en 4 vol. in-12, roule principalement sur l'éducation. Rousseau veut qu'on suive en tout la nature, et si son système s'éloigne en quelques endroits des idées reçues, il mérite à plusieurs égards d'être mis en pratique, et il l'a été avec quelques modifications nécessaires. Les préceptes de l'auteur sont exprimés avec cette force et cette noblesse d'un cœur rempli des grandes vérités de la morale. S'il n'a pas toujours été vertueux, personne au moins n'a mieux senti et n'a mieux fait sentir le prix de la vertu. Tout ce qu'il dit contre le luxe, contre les spectacles, contre les vices et les préjugés de son siècle, est digne tout à la fois de Platon et de Tacite. Son style est à lui. Il paroît pourtant quelquefois, par une sorte de rudesse et d'apreté affectées, chercher à se rapprocher de celui de Montaigne dont il est grand admirateur, et dont il a rajeuni plusieurs sentimens et plusieurs expressions. Ce qu'il y a de déplorable, c'est qu'en voulant élayer un jeune homme Chrétien, il a rempli son troisième volume d'objections contre le Christianisme. Il fait, à la vérité, un éloge sublime de l'Évangile et un portrait touchant de son divin Auteur. (Voyez l'article de JÉSUS-CHRIST dans ce Dictionnaire.) Mais les miracles, les prophéties qui établissent la mission, sont attaqués sans ménagement. L'auteur n'admettant que la religion naturelle, pèse tout à la balance de la raison, et cette raison trompeuse le jette dans des écarts qui furent funestes à son repos. Il habitait, depuis 1756, près de Montmorency, et y vivait en solitaire studieux. La source de son amour pour la retraite, fut, selon lui-même, « Cet indomptable esprit de liberté, que rien n'a pu vaincre, et devant lequel les honneurs, la fortune et la réputation ne me sont rien. Il est certain que cet esprit de liberté me vient moins d'orgueil que de paresse; mais cette paresse est incroyable. Tout l'effarouche; les moindres devoirs de la vie civile lui sont insupportables. Un mot à dire, une lettre à écrire, une visite à faire, dès qu'il le faut, sont pour moi des supplices. Voilà pourquoi, quoique le commerce ordinaire des hommes me soit odieux, l'intime amitié m'est si chère, parce qu'il n'y a plus de devoir pour elle; on suit son cœur, et tout est fait. Voilà encore pourquoi j'ai toujours tant redouté les bienfaits: car tout bienfait exige reconnoissance, et je me sens le cœur ingrat, par cela seul que la reconnoissance est un devoir. Enfin l'espèce de bonheur qu'il me faut, n'est pas tant de faire ce que je veux, que de ne pas faire ce que je ne veux pas. » Il eut ce bonheur dans sa solitude. Sans adopter en tout la façon de vivre trop dure des anciens Cyniques, il s'étoit retranché tout ce que peut fournir ce luxe recherché qui est la suite des richesses, et qui en pervertit l'usage. Il auroit été heureux dans cette retraite, s'il avoit pu oublier ce public qu'il affectoit de dédaigner; mais le désir d'une grande réputation aiguillonnoit son amour propre, et c'est ce désir qui lui fit glisser dans son *Emile* tant de choses dangereuses. Le parlement de Paris condamne ce livre en 1762, et poursuivit criminellement l'auteur qui fut obligé de prendre la fuite à la hâte. Il dirigea ses pas vers sa patrie qui lui ferma ses portes. Proscrit dans la ville qui lui avoit donné le jour, il chercha un asile en Suisse, et le trouva dans la principauté de Neuchâtel. Son premier soin fut de défendre son *Emile* contre le *Maudement* de l'archevêque de Paris qui avoit anathématisé ce livre. Il publia en 1763 une *Lettre*, où toutes ses erreurs sont reproduites avec la parure de l'éloquence la plus vive et l'art le plus insidieux. Dans cette *Lettre*, il se peint comme *plus ardent qu'éclaire dans ses recherches, mais sincère en tout, même contre lui; simple et bon, mais sensible et foible: faisant souvent le mal, et toujours aimant le bien; lié par l'amitié et jamais par les choses, et tenant plus à ses sentimens qu'à ses intérêts; n'exigeant rien des hommes et n'en voulant point dépendre; ne cédant pas plus à leurs préjugés qu'à leur volonté, et gardant la sienne aussi libre que sa raison: raisonnant sur la Religion, sans* *libertinage: n'aimant ni l'impiété ni le fanatisme; mais haïssant les intolérans encore plus que les esprits forts, etc. etc. On verra par la suite de cet article, quelles restrictions il faut mettre à ce portrait... Les Lettres de la Montagne virent le jour bientôt après; mais ce livre bien moins éloquent, et surchargé de discussions ennuyeuses sur les magistrats et les pasteurs de Genève, irrita les ministres Protestans sans le réconcilier avec les ministres de l'Eglise Romaine. Rousseau avoit abandonné solennellement cette dernière religion en 1753, et ce qu'il y a d'étrange, c'est qu'il étoit résolu alors de venir vivre en France dans un pays Catholique. Les pasteurs Protestans ne lui surent aucun gré de ce changement; et la protection du roi de Prusse à qui appartient la principauté de Neuchâtel, ne put le soustraire aux tracasseries que le pasteur de Moutiers-Travers village où il s'étoit retiré, lui suscita. Il prêcha contre Rousseau, et ses Sermons produisirent une fermentation dans la populace. La nuit du 6 au 7 septembre 1765, quelques fanatiques échauffés par le vin et les clameurs des ministres, lancèrent des cailloux contre les fenêtres du philosophe Genevois, qui craignant de nouvelles insultes, chercha en vain un asile dans le canton de Berne. Ce canton allié de la république de Genève, ne voulut point souffrir dans son territoire un homme que cette république avoit proscrit. Sa santé délabrée et l'approche de l'hiver, ne purent fléchir ces austères Spartiates. En vain, pour les rassurer contre la contagion de ses systèmes, il les supplia de le renfermer renfermer dans une prison, pour qu'il pût attendre le printemps; cette grace lui fut refusée. Contraint de se mettre en route au commencement d'une saison très rigoureuse, il arriva dans un état misérable à Strasbourg. Le maréchal de *Contades* qui y commandoit, lui procura tous les soulagements qu'il pouvoit espérer d'un seigneur généreux et d'un homme compatissant. Il attendit tranquillement le beau temps pour passer à Paris où étoit alors le célèbre *Hume* qui devoit l'emmener avec lui en Angleterre. Après avoir fait quelque séjour dans la capitale, *Rousseau* partit effectivement pour Londres en 1766. *Hume* touché de sa situation et de ses malheurs, lui procura un établissement très agréable à la campagne. Mais le philosophe de Genève ne se plut pas long-temps dans sa nouvelle retraite. Il n'avoit pas fait sur les Anglois la même sensation que sur les Parisiens. Son humeur libre, roide et mélancolique, n'étoit pas une singularité en Angleterre. Il ne parut bientôt qu'un homme ordinaire. On remplit les feuilles périodiques dont Londres est inondé, de satires contre lui. On fit imprimer sur-tout une Lettre prétendue du roi de Prusse à *Rousseau*, dans laquelle les principes et la conduite de ce nouveau *Diogène* étoient tournés en ridicule. *Rousseau* crut que c'étoit une conspiration de *Hume* et de quelques philosophes de Paris, contre sa gloire et son repos. Il lui écrivit une lettre de reproche, remplie d'expressions outrageantes. Il le regarda dès-lors comme un homme méchant et perfide, qui l'avoit attiré dans son pays pour l'immoler à la risée publique. Cette idée n'étoit vraisemblablement qu'une chimère nourrie par l'amour propre et l'inquiétude d'esprit. Il se peut que le philosophe Anglois eût dans ses politesses un ton un peu rebutant; mais il y a apparence que tous ses torts se bornèrent là. La santé délicate de *Rousseau* qui lui donnoit souvent de l'humeur, une imagination forte et sombre, une sensibilité trop exigeante, un caractère ombrageux joint à la vanité philosophique, et entretenu par les faux rapports de sa gouvernante qui avoit pris sur lui un empire singulier; tout cela put lui donner le change sur quelques procédés innocens de son bienfaiteur, et le rendre ingrat sans qu'il soupçonnât l'être. Cependant des conjectures souvent fausses, des vraisemblances quelquefois trompeuses n'autorisent jamais une ame honnête à se détacher d'un ami et d'un bienfaiteur; il lui faut des preuves et celles de *Rousseau* n'étoient certainement pas des démonstrations. Quoi qu'il en soit le philosophe de Genève revint en France. En passant à Amiens il vit *Gresset*; qui le sonda sur ses malheurs et sur ses disputes; il se contenta de lui répondre: *Vous avez eu l'art de faire parler un Perroquet; mais vous ne sauriez faire parler un Ours*. Cependant les magistrats de cette ville voulurent lui envoyer le vin d'honneur; il le refusa. Son imagination blessée s'obstinoit à ne voir dans ces attentions flatteuses que des respects dérisoires, tels que ceux qu'on prodiguoit à *Sanché* dans l'isle de *Barataria*. Il croyoit qu'une partie du public le regardoit comme *Lazarille de Tormes* 610 ROU qui attaché dans le fond d'une cuve, la tête seule hors de l'eau, étoit promené de ville en ville comme un monstre marin fait pour divertir la multitude. Ces idées fausses et bizarres ne l'empêchèrent pas de soupirer après le séjour de Paris, où certainement il étoit plus en spectacle que par-tout ailleurs. Le premier juillet 1770, *Rousseau* parut pour la première fois au café de la Régence en habit ordinaire; car il s'étoit habillé pendant quelque temps en Arménien. La foule qui l'environnoit lui prodigua ses applaudissemens. « Il est singulier, dit M. *Sennebier*, de voir un homme aussi fier que lui, revenir dans le lieu même d'où il s'étoit élancé vers tant de lieux différents. Est-ce encore une des inconséquences de cet homme extraordinaire, d'avoir préféré pour son séjour la ville du monde dont il avoit dit le plus de mal? » Il est aussi singulier qu'un homme décrété de prise de corps, voulût vivre d'une manière aussi publique dans le lieu de son décret. Ses protecteurs obtinrent qu'il y demeurerait, à condition qu'il n'écrirait ni sur les matières de la religion, ni sur celles du gouvernement : il tint parole, car il n'écrivit pas du tout. Il se contenta de vivre en philosophe paisible, borné à la société de quelques amis sûrs, fuyant celle des grands, paroissant détrompé de toutes les illusions, et n'affichant dans les derniers temps de sa vie ni la philosophie ni le bel esprit. *Rousseau* mourut d'apoplexie à Ermenonville, possession de M. de *Girardin*, à dix lieues de Paris, le deux juillet 1778, à 66 ans. Cet homme généreux lui a élevé un monument fort simple dans l'isle des Peupliers qui fait partie de ses beaux jardins. On lit sur son tombeau ces épitaphes : « ICI REPOSE L'HOMME DE LA NATURE ET DE LA VÉRITÉ ! »
*VITAM IMPENDERE VERO*, C'étoit la devise du philosophe. Les curieux qui vont voir ce monument, y considèrent aussi la cabane du citoyen de Genève. On y lit au-dessus de la porte ces mots qui fourniraient matière à un livre : *Celui-là est véritablement libre, qui n'a pas besoin de mettre les bras d'un autre au bout des siens pour faire sa volonté... Rousseau* avoit épousé en 1769 pendant son séjour à Bourgoin en Dauphiné, Mlle le Vasseur sa gouvernante, femme sans graces et sans talens, qui avoit pris sur lui le plus grand empire. Elle lui rendit des services en santé et en maladie, et le suivit dans ses différentes émigrations à Montmorency, à Genève, à Beine, à Motiers, à Neuchâtel, à Londres, à Bienne, à Bourgoin, à Paris et à Ermenonville. Mais comme si elle eût été jalouse de le posséder seule, elle repoussa de son cœur par des insinuations malignes, tous ceux qui parvenaient à lui plaire; et lorsque *Rousseau* ne les écartoit pas, elle les empêchoit de revenir par des refus constans et invincibles. Elle parvint d'autant plus facilement à jeter son époux dans des inconséquences de conduite, que son caractère étoit certainement original ainsi que ses opinions. La nature ne lui avoit peut-être donné que le germe de ce caractère, et l'art avoit vraisembl- Bleuvent contribué à le lui rendre encore plus singulier. Il n'aimoit à ressembler à personne ; et comme cette façon de penser et de vivre extraordinaire lui avoit fait un nom, il manifesta beaucoup trop une sorte de bizarrerie soit dans sa conduite, soit dans ses écrits. Semblable à l'ancien *Diogène*, il allioit la simplicité des mœurs avec tout l'orgueil du génie ; et un grand fonds d'indolence joint à une extrême sensibilité, rendoit son caractère encore plus singulier. « Une ame paresseuse qui s'effraie de tout soin, un tempérament ardent, bilieux, facile à s'affecter, et sensible à l'excès à tout ce qui l'affecte, semblent ne pouvoir s'allier dans le même caractère ; et ces deux contraires composent pourtant le fonds du mien. La vie active n'a rien qui me tente : je consentirois cent fois plutôt à ne jamais rien faire, qu'à faire quelque chose malgré moi ; et j'ai cent fois pensé, que je n'aurois pas mal vécu à la Bastille, n'y étant tenu à rien du tout qu'à rester là. J'ai cependant fait dans ma jeunesse quelques efforts pour parvenir ; mais ces efforts n'avoient jamais d'autre but que la retraite et le repos de ma vieillesse, et comme ils n'ont été que par secousses, comme ceux d'un paresseux, ils n'ont jamais eu le moindre succès. Quand les maux sont venus, ils m'ont servi d'un beau prétexte pour me livrer à ma passion dominante. » Il exagéra souvent ses maux dans son esprit et dans l'esprit des autres. Il tâchoit sur-tout de se rendre intéressant par la peinture de ses malheurs et de sa pauvreté, quoique ses infortunes fussent moins grandes qu'il ne le pensoit, et quoique il eût des ressources assurées contre l'indigence. Il étoit d'ailleurs charitable, bienfaisant, sobre, juste, se contentant du pur nécessaire, et refusant les moyens qui lui auroient procuré ou des richesses ou des places. On ne peut l'accuser, commentant d'autres sophistes, d'avoir souvent répété avec une emphase étudiée le mot de *VERTU*, sans en inspirer le sentiment. Quand il parle des devoirs de l'homme, des principes essentiels à notre bonheur, du respect que nous nous devons à nous-mêmes, et de ce que nous devons à nos semblables ; c'est avec une abondance, un charme, une force qui ne sauroient venir que du cœur. On disoit un jour à *M. de Buffon* : *Vous aviez dit et prouvé avant J. J. Rousseau que les Mères doivent nourrir leurs enfants.* — *Oui ; répondit cet illustre naturaliste, nous l'avions tous dit ; mais Rousseau seul le commande et se fait obéir.* Un autre académicien disoit que les vertus de Voltaire étoient dans sa tête ; et celles de Jean-Jacques dans son cœur... Rousseau s'étoit nourri de bonne heure de la lecture des anciens auteurs Grecs et Romains ; et les vertus républicaines qui y sont peintes, le stoïcisme mâle des *Catons* et des *Brutus* le transportoient au-delà des bornes de la simple estime. Dominé par son imagination, il admiroit tout dans les anciens, et ne voyoit dans ses contemporains que des esprits affoiblis et des corps dégénérés. Ses idées sur la politique étoient quelquefois aussi extraordinaires que ses paradoxes sur la religion. Son *Contrat social* que *Voltaire* appeloit le *Contrat insocial*, a été regardé cependant Q q 2 ses brigandages. Il se croyoit tout permis, et il exerçoit une tyrannie à peine croyable. On ne pourroit jamais se persuader, si l'on n'avoit pas le témoignage de *Dion*, écrivain contemporain, qu'un ministre ait osé faire cent eunuques de tous âges, pour le service de sa fille. Je dis de tous âges : enfans, jeunes gens, hommes faits, mariés et pères de famille. Il est vrai qu'il renferma dans sa maison, tant qu'il vécut, cet horrible secret, et que le public n'en fut instruit qu'après sa mort. *Plautien* couronnoit ses autres vices par la débauche la plus outrée dans tous les genres : il chargeoit tellement son estomac de vin et de viandes, que ne pouvant suffire au travail de la digestion, il s'étoit fait une habitude comme un autre *Vitellius*, de se soulager par le vomissement. Livré aux excès les plus honteux, et même à ceux qui offensioient directement la nature, il n'en étoit pas moins jaloux. Il tenoit sa femme dans une si grande captivité, que l'empereur ni l'impératrice même ne pouvoient pas la voir. *Sévère* étoit tellement prévenu en sa faveur, qu'il écrivit dans une occasion : *J'aime Plautien jusqu'à souhaiter de mourir avant lui*. Il maria la fille de son préfet du prétoire; *Fulvie PLAUTILLE*, avec *Antonin Caracalla* son fils. Ce mariage se célébra dans le mois de juin 203, et *Plautille* reçut une dot qui auroit suffi pour marier cinquante réines. Cependant *Caracalla* n'accepta qu'avec peine et à regret *Plautille*. Elle avoit de la beauté, une taille fine et des traits réguliers; mais le caractère impérieux et insolent qu'elle tenoit de son père, alién bientôt le cœur de son époux. *Caracalla* la menaçoit du plus triste sort dès qu'il auroit l'autorité en main. *Plautien* instruit des desseins de son gendre, conspira contre *Sévère* et son fils. Ce complot ayant été découvert, il fut mis à mort, et *Plautille* envoyée en exil dans l'isle de Lipari, avec *Plautius* son frère. Après y avoir langui pendant sept ans dans la misère, *Caracalla* leur fit ôter la vie en 211. *Plautille* avoit eu deux enfans : un fils mort en bas âge et une fille qui la suivit dans son exil, et que *Caracalla* eut la barbarie de faire poignarder avec sa mère. L'histoire de *Plautien* et de sa fille est une nouvelle preuve des caprices et des bizarreries de la fortune. Il imita *Séjan* dans sa puissance énorme, et sa fin fut aussi malheureuse.
**PLAUTILLE**, *Voy.* l'article précédent.
**PLÉLO**, (Louis-Robert-Hippolyte de Bréhan, comte de) colonel d'un régiment de son nom, né en 1699, étoit ambassadeur de France auprès du roi de Danemarck, lorsque *Stanislas* fut élu pour la seconde fois roi de Pologne en 1733. Ce prince se retrancha dans Dantzig, où une armée Russe vint l'assiéger. Le comte de *Plélo* osa avec 1500 François, attaquer les 30,000 Russes. Il força trois de leurs retranchemens; mais accablé par le nombre, il fut percé de mille coups le 27 mai 1734, à 35 ans; et le reste de sa troupe fut pris entièrement. Il savoit qu'il péritoit dans cette expédition aussi hardie que malheureuse : il l'avoit écrit au ministère de France; mais sa générosité et sa grandeur 612 ROU dant par quelques penseurs comme plein d'idées lumineuses sur les différens gouvernement, et le plus grand effort de son génie. D'autres le trouvent rempli de contradictions, d'erreurs et de traits dignes d'un pinceau cynique, obscur, mal digéré, et peu digne de sa plume brillante. Ce dernier jugement est beaucoup trop sévère; et sans adopter toutes les idées du *Contrat social* dont quelques-unes sont dangereuses, nous pouvons assurer que tous les auteurs politiques qui ont écrit depuis *Rousseau* l'ont médité, consulté, commenté, et quelquefois dénaturé. On a encore de lui quelques autres petits ouvrages qu'on trouve dans le recueil de ses *EURRES*, dont on a donné une nouvelle édition en 33 vol. in-8° et in-12, en y comprenant un supplément assez inutile, en six vol. On a recueilli les vérités les plus utiles et les plus importantes de cette collection dans ses *Pensées*, vol. in-12, où l'on a fait disparaître le sophiste hardi et l'auteur impie, pour n'offrir que l'écrivain éloquent et le moraliste penseur. Ce n'est qu'après la mort de *Rousseau* qu'on a publié ses *Confessions* en douze livres. Dans l'avant-propos de ces Mémoires pleins de portraits bien frappés et écrits avec chaleur, avec énergie et quelquefois avec grace, «il s'annonce, dit M. *Palissot*, comme un misanthrope amer, qui se présente audacieusement sur les ruines du monde pour déclarer au genre humain qu'il suppose assemblé sur ces ruines, que dans cette foule innombrable aucun d'eux n'ose-roit dire : *Je fus meilleur que cet homme-là*. Cette affectation de se voir seul dans l'univers et de rapporter continuellement tout à soi, pourroit paroître à quelques esprits difficiles, un fanatisme d'orgueil dont on n'avoit point vu d'exemple, du moins depuis *Cardan*. » Mais ce n'est pas le seul reproche qu'on puisse faire à l'auteur des *Confessions*. On voit avec peine que sous prétexte d'être sincère, il déshonore la mémoire de Mad. de *Warens* sa bienfaitrice. Il y a des personnalités non moins odieuses contre des hommes obscurs ou célèbres, qu'il auroit fallu supprimer en tout ou en partie. Aussi une femme d'esprit disoit-elle que *Rousseau* auroit eu une plus grande réputation de vertu, s'il étoit mort sans confession. Quels motifs parent porter *Rousseau* à dévoiler ainsi sa propre honte et celle des autres ? *Marmontel* l'explique très-bien : «L'un des plus misérables travers, dit-il, et des plus indignes manèges de l'amour propre c'est d'affecter, en parlant de soi, une sincérité cynique; soit pour faire dire qu'on a osé ce que nul autre n'avoit osé encore; soit pour accréditer par quelques aveux humilians, les éloges qu'on se réserve et par lesquels on se dédommage; soit pour s'autoriser à dire impudemment d'autrui encore plus de mal que de soi-même. Observez attentivement celui qui emploie cet artifice : vous verrez que dans ses principes, il attache peu d'importance à ces fautes dont il s'accuse. Il les attribue à des qualités dont il s'applaudit. En les avouant, il les environne de circonstances qui les colorent. Il les rejette sur un âge ou sur quelque situation qui sollicite l'indulgence. Il se garde bien de con- fesser de même des torts plus graves ou des vices plus odieux. En feignant de s'arracher le voile, il ne fait que le soulever adroitement et par un coin ; et après avoir exercé sur lui-même une sévérité hypocrite, il en prend droit de ne rien ménager, de révéler, de publier les confidences les plus intimes ; de trahir les secrets les plus inviolables de l'amour et de l'amitié ; de percer même ses bienfaiteurs des traits de la satire et de la calomnie. Le résultat de ses aveux sera qu'il est encore ce qu'il y a de meilleur au monde. Il n'y a point de succès plus assuré que celui d'un pareil ouvrage ; mais il ne laissera pas d'être une tache ineffaçable pour son auteur. » M. Senneber, auteur de l'Histoire Littéraire de Genève, pense à peu près comme Marmontel. « Ses Confessions, dit-il, me paroissent un livre très-dangereux, et peignent Rousseau avec des couleurs qu'on n'auroit jamais osé lui appliquer. Les analyses fines qu'on y trouve de quelques sentimens, l'anatomie délicate qu'il y fait de quelques actions, ne sauroient voiler les faits horribles qu'on y apprend, et les médisances éternelles qu'elles renferment. » Il est certain que si Rousseau a peint fidèlement plusieurs de ses personnages, il en a vu d'autres à travers les nuages que formoient dans son esprit ses éternels soupçons. Il croyoit penser juste et dire vrai ; mais la chose la plus simple, dit Servant, distillée par cette tête ardente et ombrageuse, pouvoit devenir du poison. Dans ce que Rousseau dit de lui-même, il fait des aveux qui prouvent certainement qu'il y a eu des hommes meilleurs que lui. Dans ce qu'il dit des autres, il nuit aux mœurs publiques, et par les turpitudes qu'il révèle, et par la manière dont il les allie quelquefois avec des vertus ; car Rousseau ne peint pas toujours en laid les auteurs qu'il produit avec lui sur la scène. Quelques-uns n'y paroissent qu'en beau, tels que le prince de Conti, le maréchal de Luxembourg, de Malesherbes, milord Maréchal, de Saint-Lambert ; mais en général la prévention, la méfiance ont noirci les couleurs de ses autres portraits, sur-tout dans les six derniers livres. C'est sur-tout contre les gens de lettres qu'il exhale ses plaintes les plus fréquentes et les plus amères, quoique parmi eux quelques-uns l'eussent aimé, et d'autres l'eussent servi. Les autres écrits qu'on trouve dans la nouvelle édition de ses Œuvres, sont : I. Les Réveries du Promeneur Solitaire ; journal de ses pensées pendant ses promenades vers la fin de sa vie. Il y avoue qu'il a mieux aimé envoyer ses enfans (il en avoit eu cinq de sa gouvernante) dans les asiles destinés aux orphelins, que de se charger de leur nourriture et de leur éducation ; et il tâche de pallier cette faute que rien ne sauroit excuser. II. Considérations sur le Gouvernement de Pologne, qui renferment des conseils utiles pour le gouvernement de ce royaume et même de quelques autres états. III. Les Aventures de milord Edouard, roman qui est une espèce de suite de la Nouvelle Héloïse. IV. Divers Mémoires et Pièces fugitives, avec un grand nombre de Lettres dont quelques-unes sont très-longues et écrites avec trop d'apprêt, mais qui offrent des Q 9 3 614 ROU morceaux éloquens et profondément pensés. V. *Emile et Sophie ou les Solitaires*. VI. *Le Levite d'Ephraïm*, poème en prose, en quatre chants, d'un coloris frais et charmant, et d'une simplicité vraiment antique. VII. *Lettres à Sara*. VIII. *Un Opéra et une Comédie*. IX. Des Traductions du premier livre de l'Histoire de *Tacite*, de l'épisode d'*Olinde et Sophronie*, tirée du *Tasse*. X. *Rousseau juge de Jean-Jacques*. Si quelque chose, suivant un écrivain, peut faire sentir combien cet homme a été malheureux par l'imagination et le caractère, c'est assurément cette production, la plus étrange peut-être qui existe, et la plus honteuse pour l'esprit humain : c'est l'ouvrage d'un délire complet. Il est bien extraordinaire, il faut l'avouer, de voir un homme tel que *Rousseau*, se persuader pendant 15 ans, comme on le voit par ce dialogue, que la *France*, l'*Europe*, la *Terre entière* sont liguées contre sa personne ; qu'il y a une conspiration universelle tramée par toute une génération, un complot, un mystère qui tient du prodige, que tout est conjuré contre lui, depuis le gouvernement jusqu'à la canaille. L'auteur écrit sérieusement que tout le monde a ordre de ne pas lui répondre s'il fait une question ; que s'il veut trouver dans Paris un livre ou un almanach, le livre et l'almanach disparaissent ; que s'il veut traverser la Seine, les bateliers ont ordre de ne point le passer, etc. etc. A travers cette démence, on voit la double prétention, dont l'une semble incompatible avec l'autre, de fuir les hommes et d'en être recherché. On voit une tête malade qui se remplit de fantômes pour les combattre : et cette maladie est un amour propre excessif et si déplorable, que jamais peut-être il n'y eut un exemple pareil. On trouve dans ces différens écrits posthumes, comme dans tous ceux de *Rousseau*, des choses admirables et quelques-unes d'utiles ; mais on y trouve aussi des contradictions, des paradoxes et des idées peu favorables à la religion. Dans ses *Lettres* sur-tout on voit un homme aigri par ses malheurs qu'il n'attribuoit jamais à lui-même, soupçonnant tous ceux qui l'environnoient, se disant, se croyant un agneau parmi des loups ; en un mot aussi semblable à *Pascal* par la vigueur de son génie, que par la manie de voir sans cesse un précipice à ses côtés. C'est la réflexion de *Servant* qui l'avoit connu, servi, caressé dans le séjour qu'il fit à Grenoble en 1768. Ce magistrat ayant été très à portée d'observer son caractère, doit d'autant plus en être cru, qu'il ne fit cet examen ni par haine, ni par envie, ni par ressentiment ; mais par l'intérêt que lui inspiroit un philosophe qu'il aimoit et qu'il admiroit. Les Œuvres de *Rousseau* sont devenues dans ces derniers temps, l'évangile de la révolution Françoise. On a souvent méconnu ses principes ; plus souvent encore on les a outrés. *Fabre d'Eglantine* lui a consacré cette inscription : « *A Jean-Jacques Rousseau*, né citoyen de Genève en 1712 ; et depuis par une noble abdication de ce titre, devenu cosmopolite ; le plus éloquent, le plus parfait écrivain du monde connu, ancien et moderne ; philosophe persécuté par les soi-disant tels ; ami de la vérité, après tre de la vertu, restaurateur des droits et des plaisirs de l'enfance; religieux dans la simplicité de l'Évangile et de son cœur; cynique envers les vices, envers la fausseté du siècle; patient dans l'adversité; admirable dans la pauvreté; bon homme devant les grands; d'un esprit pacifique, d'une âme sensible et ardente; politique lumineux et profond; implacable ennemi de l'oppression et de la tyrannie; républicain comme *Caton*, citoyen comme *Aristide*; amant de la Nature, ingénieux dans la culture des sciences, sur-tout dans celle de la musique, doux dans la société privée; enfin pur d'âme, d'esprit et de cœur, et digne d'une meilleure race d'hommes. » Les *Œuvres de Rousseau* forment dix-sept vol. in-4. L'une des plus agréables éditions de cet écrivain est celle faite à Paris par *Poinçot*, mais elle n'est pas achevée.
IV. ROUSSEAU, (L'abbé) d'abord Capucin, étudia la médecine et la chimie, espérant que ces deux sciences lui seroient utiles dans les missions du Levant auxquelles il se destipoit. *Colbert* le logea au Louvre, pour qu'il eût plus de facilité à préparer ses remèdes. Tout Paris le consulta, et il fut connu long-temps sous le nom de *Capucin du Louvre*. Dès qu'il eût fait une petite fortune, il passa dans l'ordre de Cluni, et exerça la médecine sous le nom d'abbé *Rousseau*. On prétend qu'il fut le martyr de sa charlatanerie, et qu'il aima mieux mourir que de se laisser saigner. Son frère publia après sa mort ses *Remèdes et Secrets éprouvés*, Paris, 1697, in-12. Parmi beaucoup de choses fausses et dan- gereuses, on trouve dans ce livre un petit nombre de bonnes recettes, dont quelques-unes ont été reproduites depuis peu comme des découvertes. V. ROUSSEAU, (Pierre) né à Toulouse, mort au mois de novembre 1785, suivit d'abord la carrière dramatique et donna à divers théâtres le *Berceau*, le *Faux Pas*, la *Coquette sans le savoir*, la *Hivale suivante*, l'*Année merveilleuse*, la *Ruse inutile*, l'*Etourdi corrigé*, l'*Esprit du Jour*; les *Méprises*, comédies qui n'eurent qu'un succès éphémère; et la *Mort de Bucéphale*, tragédie burlesque qui réussit. Une entreprise plus lucrative pour *Rousseau* fut le *Journal Encyclopédique* qu'il établit en 1756, et qui lui procura une fortune considérable.
ROUSSEAU, *Voy*. PARISIÈRE. I. ROUSSEL, (Michel) canoniste Normand du 17e siècle, se fit estimer des François par sa science dans le droit, et par la défense qu'il prit des libertés de l'église de France dans son *Historia jurisdictionis Pontificiae*, Paris 1625, in-4. Il mérita aussi l'estime de tous les gens sages par son *Anti-Mariana*, 1610, in-8°, où il plaide la cause des souverains contre cet Espagnol. Ces matières ont été traitées cependant avec plus de profondeur par les canonistes qui l'ont suivi; mais *Roussel* a le mérite d'avoir été un des premiers à s'élever contre cet auteur.
II. ROUSSEL, (Guillaume) Bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, de Conches en Normandie, fit profession en 1680. Son esprit et son talent pour la chaire lui promettoient un sort heureux dans la capitale; mais plus ami du repos que de la gloire, il se retira à Rheims, et mourut à Argenteuil le 5 octobre 1717, à 59 ans. On a de lui : I. Une bonne Traduction françoise des Lettres de St. Jérôme, réimpri- mée en 1713, en 3 vol. in-8.º II. Un Eloge du P. Mabillon en prose carrée, III. Il avoit en- trepris l'Histoire Littéraire de France; mais à peine en avoit-il tracé le plan et recueilli quelques mémoires à ce sujet, que Dieu l'appela à lui. Son projet fut di- gnement rempli par dom Rivet.
III. ROUSSEL, (Pierre) né à Ax dans l'ancien diocèse de Pa- miers, mort à Châteaudun, à l'âge de 60 ans, en vendémiaire en XI, prit le bonnet de docteur en médecine à Montpellier, et vint de bonne heure produire ses talens dans la capitale. Il se livra plus à l'étude de la science qu'à la pratique de son art. Il fut l'é- lève du célèbre Bordeu et comme lui il s'attacha plus que ne le font les praticiens ordinaires au moral de la médecine qui a tant d'in- fluence sur le physique. Les ob- servations que renferme son Sys- tème physique et moral de la Femme, 1777, in-12, sont d'un philosophe, et le style d'un écrivain sage et d'un homme sen- sible. L'auteur tâche de prouver que les femmes ont dans le tem- pérament beaucoup de rapports avec les enfans, et par consé- quent la même vivacité et la même inconstance dans les goûts, la même mobilité d'humeur, la même promptitude à désirer et à se dégoûter, à s'affliger et à se consoler, etc. etc. « L'auteur, dit le Harpe dans sa correspondance littéraire, écrit avec élégance et intérêt, sans déclamation et sans fausse chaleur. Ses observations sont d'un vrai philosophe, et son style est à la fois d'un écrivain sage et d'un homme sensible. Quoique le fond de son ouvrage soit nécessairement un peu scien- tifique, il se fait lire par-tout avec agrément. « Il a laissé, dit-on, un Système physique et moral de l'Homme, ou du moins des ma- tériaux pour cet ouvrage; car une disposition mélancolique et trop d'indifférence pour la gloire littéraire le retardoient dans tous ses travaux. Ses talens et ses lu- mières recevoient un nouveau prix de la bonté de son cœur et de l'aimable simplicité de son ca- ractère. On a encore de lui l'E- loge de Bordeu qui parut en 1772, et qui a été réimprimé à la tête de l'ouvrage de ce médecin célèbre sur les maladies chroniques : dans cet écrit l'élève se montre digne de son maître. On lui doit encore différens Mémoires répandus dans les Journaux littéraires, et dont le recueil formeroit une collec- tion agréable et utile. M. Blin de Sainmore a consacré une épître très-agréable à l'éloge de Rous- sel, qui avoit arraché son épouse aux dangers d'une maladie grave.
IV. ROUSSEL, (Joseph) né à Bagnol, suivit la profession du barreau avec succès, et a pu- blié les ouvrages suivans : I. Ins- truction pour les seigneurs et leurs gens d'affaires, 1770, in-12. II. L'Agenda ou Manuel des gens d'affaires, 1772, in-12. Il est mort dans le Languedoc en 1778. V. ROUSSEL, (H. F. A.), médecin, né dans les environs de Domfront en Normandie, mort, depuis quelques années, a publié un *Traité* latin sur les diverses espèces de dartres, leurs causes et leur curation, 1769, in-8°; des recherches sur la petite vérole, 1781, in-8°, et plusieurs autres écrits sur la médecine. — Son compatriote *Roussel de Berardière* avocat, remporta le prix de l'académie de Mantoue en 1773, et a publié en outre plusieurs dissertations dont l'une a pour objet la réforme du code criminel. Il est mort pendant la révolution.
ROUSSELAT, (Gilles) graveur Parisien, né en 1614, mort en 1686, a gravé d'après *Raphaël, le Titien, le Dominiquin, le Guide*.
ROUSSELET, *Voyez CHATEAU-RENAUD*.
ROUSSELOT, (N°.) chirurgien, est auteur de nouvelles *Observations* sur le traitement des cors, 1762, in-12. On lui doit encore *Toilette des pieds*, avec une *Dissertation* sur le traitement des cancers, 1769, in-12. Il est mort le 6 mai 1772.
ROUSSEVILLE, (Nicolas de *Villiers* de) fut procureur du roi de la commission pour la recherche de la noblesse de Picardie. Il dressa le *Nobiliaire* de cette province en 417 feuilles, imprimées depuis 1708 jusqu'en 1717. Chaque famille occupe une grande feuille, forme d'Atlas. Comme il est rare de les trouver toutes rassemblées, cette collection coûte fort cher lorsqu'elle est complète. Il eut une partie des connoissances du célèbre du *Cange* dont il avoit épousé la nièce (*Marguerite du Fresne du Cange*); et fut père d'*Antoinette de Villiers* qui épousa en 1712 Jean-Gédéon-André de *Joyeuse* lieutenant général au gouvernement de Champagne.
ROUTH, (Bernard) Jésuite, né en Irlande le 11 février 1695, vint en France, travailla longtemps aux Mémoires de Trévoux et se retira après la destruction de sa Société à Mons où il mourut le 18 janvier 1768. On lui doit des *Lettres* sur les *Voyages de Cyrus*, le *Paradis Perdu*, le roman de *Séthos*; des *Recherches* sur la manière d'inhumer chez les anciens, et le dernier volume de l'*Histoire Romaine de Catrou* et *Rouillé*. I. ROUVIÈRE, (Armand de) avocat au parlement d'Aix, mort au milieu du 17$^{e}$ siècle, est auteur d'un *Traité sur les dots et testameus mutuels*, 1637, 2 vol. in-12, et d'un autre sur la *Révocation des Donations*, 1638, in-4°.
II. ROUVIÈRE D'EYSATTIER, (Charles-Vincent Auguste de la) né à Aix le 20 janvier 1712, mort depuis quelques années, fut un agriculteur instruit et un homme bienfaisant et vertueux. Il a publié un *Mémoire* sur une espèce de chenilles qui produisent de la soie, 1762, in-8°. I. ROWE ou ROWLEY, (Nicolas) poète Anglois, né l'an 1673, mort à Londres en 1718, à 45 ans, s'étoit rendu habile dans les langues. L'étude du droit l'occupa quelque temps, et lui fit un nom; enfin la poésie eut pour lui des charmes auxquels il ne put résister, et il s'y adonna entièrement. On a de cet auteur une *Traduction* estimée de *Lucain*, des *Comédies* et des *Tragédies*. La plus connue est *Ta-* 618 ROW merlan. On y trouve de grandes beautés de détail, et des scènes traitées avec art et avec beaucoup de force. Ses *Œuvres* parurent à Londres en 1733, 3 vol. in-12.
II. ROWE, (Thomas) de la même famille que le précédent, né à Londres en 1687, s'acquit de la réputation par ses *Poésies Angloises*, entr'autres par quelques imitations d'*Horace* et de *Tibulle*. Il avoit entrepris de donner la *Vie* des grands hommes de l'antiquité, omis par *Plutarque*. Cet auteur en avoit déjà composé huit lorsqu'il mourut : nous n'avons que celle d'*Enée*, de *Tullus-Hostilius*, d'*Aristomène*, de *Tarquin l'Ancien*, de *Lucius-Junius Brutus*, de *Gélon*, de *Cyrus*, et de *Jason*. On y trouve peu de choses intéressantes, du moins pour le commun des lecteurs, qui veulent que les ouvrages historiques soient aussi amusants qu'instructifs. L'abbé *Bellenger* les a traduit d'anglois en françois, et les a fait imprimer en 1734, à la suite de la nouvelle édition des *Vies* de *Plutarque* par *Dacier*. *Thomas Rowe* mourut à Londres le 13 mai 1715, à 29 ans.
III. ROWE, (Élizabeth) femme du précédent, étoit fille ainée de *Gaultier Singer* gentilhomme Anglois. Elle naquit à Ilchester dans la province de Sommerset en 1674, et mourut à Frome en 1737 où elle s'étoit retirée après la mort de son mari. Cette dame aussi spirituelle que vertueuse, montra beaucoup de disposition et de goût pour les beaux arts. Elle réussissoit dans la musique et le dessin ; mais l'étude des langues et en parti- culier de la poésie eut pour elle plus d'attraits, et a fait sa principale occupation. On admire dans ses compositions un génie élevé, des images fortes, des sentimens nobles, une imagination brillante, enfin beaucoup d'amour pour la vertu. On a d'elle : I. *L'Histoire de Joseph*, en vers anglois. II. *L'Amitié après la mort*. III. Des *Lettres morales et amusantes*, et d'autres ouvrages mêlés de prose et de vers. Ses œuvres ont paru en 1739, en 2 vol. in-8.$^{o}$
ROWLEY, (Thomas) Anglois et moine du 15$^{e}$ siècle, s'éleva au-dessus des connaissances de son temps, et charma les loisirs de sa solitude par des vers agréables et pleins d'une douce mélancolie. Sa Ballade du *Pèlerin* a été traduite dans le Journal encyclopédique de novembre 1784.
ROWIN, (Jean) célèbre vieillard, né à Zodova dans le district de Karancebès en Hongrie, fut appelé à la cour de l'empereur *Charles VI*, et mourut en chemin. Il étoit âgé de 172 ans, et sa femme *Sara* qui mourut dans le même voyage en avoit 164. Il y avoit 147 ans qu'ils étoient mariés. C'étoient de pauvres paysans qui s'étoient presque toujours nourris de blé de Turquie. *Rowin* est peut-être le seul homme qui depuis le déluge ait atteint un si grand âge. M. *Valmont de Bomare* parle d'un *Pierre Zorten* paysan du même pays âgé de 185 ans ; mais ce fait est moins constaté que le premier. *Nauclerus*, *Cramer* et d'autres écrivains font mention d'un soldat de *Charlemagne* nommé *Jean*, mort sous *Lothaire* en 1128, âgé de 361 ans ; mais la plupart des critiques rejettent ce trait d'histoire. Le nommé Drachenberg est mort à Aarhus en Jutland en 1772, âgé de 146 ans.
ROUVRE, Voy. II. ROVÈRE.
ROUX, (Augustin) de l'académie de Bordeaux, docteur en médecine dans l'université de cette ville, et docteur-régent de cette faculté à Paris, naquit à Saint-Amand village de Gascogne en 1726, et mourut en juin 1776, à 50 ans. Son caractère doux et honnête lui avoit fait des amis, et ses connaissances en médecine et en littérature lui procurèrent des protecteurs. Il continué le Journal de Médecine, commencé par Van-der-Mondo depuis le mois de juillet 1754 jusqu'en juin 1776. On a encore de lui : I. Recherches sur les moyens de refroidir les liqueurs, 1758, in-12. II. La Traduction de l'Essai sur l'eau de chaux de With, 1767, in-12. III. Annales Typographiques, depuis 1757 jusqu'en 1762. Ce journal étoit bien fait et utile. IV. Nouvelle Encyclopédie portative, 1766, 2 vol. in-8. V. Les Pierres et les minéraux parfaits, Paris 1781, in-4. VI. Mémoires de Chimie extraits de ceux de l'académie d'Upsal, 1764, deux vol. in-12. VII. Histoire naturelle, chimique et médicinale des corps des trois règnes de la nature.
ROUX, Voy. Rosso.
ROUX, (Le) Voy. LEROUX.
ROUXEL, (Jean) fils d'un riche négociant de Caen, fit d'excellentes études à Paris, en Allemagne et en Suisse. Il obtint en 1582, lorsque l'université de Caen fut rétablie, les chaires royales d'éloquence et de philosophie, et ensuite celle des lois. Les premiers magistrats de sa province s'empressèrent de venir l'entendre. Il leur plaisoit et les instruisoit. Né avec un esprit juste, une humeur douce et un caractère ennemi du faste et de l'ambition, il fit ses délices de l'étude. On le tira de son obscurité pour le nommer premier échevin : place qu'il remplit à la satisfaction de ses concitoyens, et dans laquelle il fut continué deux fois. On a de lui des Poésies latines avec quelques Harangues, Caen 1636, in-8. Il mourut le 5 septembre 1686.
ROUXEL, Voy. GRANCEL.
ROXANE, fille d'Oxyarte, prince Persan, étoit un prodige de beauté. Alexandre l'épousa après la défaite de Darius, et en mourant l'an 324 avant J. C., il la laissa grosse d'un fils qu'on nomma le jeune Alexandre. Cassandre fit mourir l'enfant et la mère selon Justin; nous préférons son témoignage à celui de Plutarque qui la fait jeter dans un puits par une femme jalouse des honneurs que lui rendoient les Macédoniens.
ROXELANE, sultane favorite de Soliman II empereur des Turcs, joignoit à une grande beauté beaucoup d'esprit et encore plus d'ambition. Soliman avoit pour fils aîné Mustapha, sorti d'une autre femme que Roxelane qui étoit mère de Sélim II et de plusieurs autres enfans. C'étoit un obstacle à l'envie qu'avoit cette femme ambitieuse d'élever ses fils sur le trône. Elle feignit une passion extrême de bâtir une mosquée et un hôpital pour les étrangers. Le sultan étoit trop épris d'elle pour lui refuser. 620 ROX son consentement; mais le mufti gagné à force de présens, ayant déclaré que ce pieux dessein ne pouvoit être exécuté par la sultane tant qu'elle seroit esclave, elle affecta une si grande mélancolie que *Soliman* craignant de la perdre l'affranchit et l'épousa dans les formes. Alors l'adroite *Roxelane* devenue femme de ce prince, agit avec tant d'artifice qu'elle fit périr *Mustapha* l'an 1553, et ouvrit par cet attentat le chemin du trône à *Sélim* son fils aîné. Elle avoit contribué en 1546 à la mort du grand visir *Ibrahim*. Elle mourut en 1561. (Voyez l'Histoire des Favoris et des Favorites, 2 vol. in-12, par Dupuy.) Son caractère a été développé sur nos théâtres : aux Italiens par M. *Favart*, dans *Soliman II* comédie : aux François dans les tragédies de *Mustapha* et *Zéangir*, de M$^{rs}$ *Belin* et *Chamfort*, représentées avec succès, l'une en 1750, et l'autre en 1777.
ROXIATI, Voyez ALBERIC n.º III. I. ROY, (Louis le) *REGIVS* né à Coutances en Normandie, succéda en 1570 au célèbre *Lambin*, dans la chaire de professeur en langue grecque au collège royal à Paris. Il mourut dans cette ville le 2 juillet 1577. C'étoit un homme d'une impétuosité de caractère insupportable. Il écrivait assez bien en latin. Ses ouvrages sont; I. La *Vie de Guillaume Budé*, en latin élégant, Paris, 1577, in-4.º Il l'écrivit à la sollicitation de *Philippe de Cossé* évêque de Coutances. II. La *Traduction* françoise du *Timée* de *Platon*, in-4.º, et de plusieurs autres ouvrages grecs. III. Des *Lettres*, 1560, in-4.º IV. Une édition des *Commentaires* de *Conan* sur le droit civil, etc.
II. ROY, (Pierre le) aumônier du jeune cardinal de *Bourbon* et chanoine de Rouen, publia en 1593, la *Vertu du Catholicon d'Espagne*. Cet écrit passa pour ingénieux lorsqu'il parut, et il n'a pas encore perdu cette réputation. Il fit naître l'idée de tous les autres écrits qui composent la fameuse Satire *Ménipée*, en 3 vol. in-8.º Ce recueil est dans toutes les bibliothèques comme un monument historique très-précieux. Malgré l'imperfection du langage encore un peu grossier, les principales pièces de la Satire *Ménipée* renferment de bonnes plaisanteries et servent à développer les menées de tous les partis; comme elles contribuèrent dans le temps à réprimer les factieux et à rétablir *Henri IV*.
III. ROY, (Guillaume le) né à Caen en Normandie, l'an 1610, fut envoyé de bonne heure à Paris où il fit ses études. Il embrassa ensuite l'état ecclésiastique, et fut élevé au sacerdoce. Son amour pour la retraite lui fit acheter en 1654 une maison de campagne, où il se retirait fréquemment pour s'occuper à la lecture de l'Écriture, des Pères, des Conciles et de l'Histoire de l'Église. Ayant permuté son canonicat de Notre-Dame de Paris avec l'abbaye de Haute-Fontaine, il y vécut dans la retraite, la prière et le travail jusqu'à sa mort arrivée le 19 mars 1684, à 74 ans. Il étoit ami intime des *Arnauld*, des *Nicole*, des *Pont-Château*. *Huet* dit « qu'il ne laisse pas de travailler pour le monde qu'il fuyoit, et qu'il l'instruisit par ses écrits comme par l'exemple de sa vie; mais se cachant toujours, et supprimant son nom dans ses ouvrages. » Les principaux sont: I. Des *Instructions recueillies des Sermons de St. Augustin sur les Pseaumes*, en 7 vol. in-12. II. La *Solitude Chrétienne*, en 3 vol. in-12. III. Un grand nombre de *Lettres*, de *Traductions* et d'autres ouvrages écrits d'un style noble et ferme, mais un peu monotone.
IV. ROY, (Jacques le) baron du Saint-Empire, né à Bruxelles, mourut à Lyon en 1719, à 86 ans. Il s'est beaucoup occupé de l'Histoire de son pays, et ses travaux nous ont procuré les ouvrages suivans: I. *Notitia Marchionatus sancti Imperii*, 1678, in-fol. avec figures. II. *Topographia Brabantiae*, 1692, in-fol. III. *Castella et Prætoria nobilium*, 1696, in-folio. IV. Le *Théâtre profane du Brabant*, 1730, 2 vol. in-folio avec figures. V. ROY, (Charles le) porte de l'imprimerie de *Felix Faulcon* à Poitiers, mérite un article pour son *Traité de l'Orthographe Françoise* en forme de dictionnaire, revu par *Restaut*, dont la dernière édition est de 1785, in-8. C'étoit un homme sans ambition et sans intrigue, uniquement occupé de ses fonctions de porte et de correcteur, travail qu'il n'interrompoit que pour se livrer à la composition de son ouvrage. Ce livre eut le succès qu'il méritait. Des personnes en place voulurent, dit-on, faire obtenir une imprimerie à son auteur, et il les remercia. Il mourut en juillet 1739 dans la médiocrité qu'il avoit préférée à la fortune. Le *Dictionnaire de le Roy* tient un rang distingué parmi ceux de son genre, tant pour l'érudition puisée dans les bonnes sources que pour la justesse des principes. Cependant l'académie n'est pas toujours d'accord avec lui, et elle a fait à l'orthographe adoptée par le *Roy* quelques changements utiles, dont les derniers éditeurs du *Dictionnaire de l'Orthographe* ont profité.
VI. ROY, (Julien le) né à Tours en 1686, fit paraître dès son enfance tant de goût pour les mécaniques, que dès l'âge de 13 ans il faisoit de lui-même de petits ouvrages d'horlogerie. A l'âge de 17 ans il se rendit à Paris où son talent fut employé, et où il fut admis dans le corps des horlogers en 1713. Les Anglois étoient nos maîtres alors dans ce bel art; mais *Julien le Roy* les égala bientôt par ses inventions et par la perfection où il porta les montres. *Graham* le plus fameux horloger d'Angleterre, rendit justice à l'horloger François. *Voltaire* parlant un jour à le *Roy*, le fils de son illustre père; lui dit: *Le maréchal de Saxe et votre père ont battu les Anglois*. Cet artiste mourut à Paris le 20 septembre 1759, à 74 ans, laissant quatre fils très-bien élevés, et tous cultivant les arts ou les sciences. On peut voir le détail de ses inventions et de ses découvertes en horlogerie, dans les *Etrennes Chronométriques* pour l'année 1760, de *Pierre le Roy* son fils aîné horloger du roi. Le père n'étoit pas seulement distingué comme artiste, il l'étoit comme bon citoyen. Il se faisoit un plaisir de d'ame voyoient avec peine un monarque infortuné, sur le point de tomber entre les mains de ses ennemis. Le comte de *Plélo* joignoit à des sentimens héroïques, l'étude des belles-lettres et de la philosophie. Il avoit recueilli, dans sa bibliothèque qui a passé au duc d'*Aiguillon* son gendre, tout ce qu'il y a de plus curieux sur le Nord; il cultivoit même la poésie avec succès: témoin diverses pièces légères, très-ingénieuses et très-piquantes, répandues dans différens recueils, dont la plus étendue est une Idylle, naïve à la fois et pleine de finesse, sous ce titre: *La manière de prendre les Oiseaux*. Elle se trouve dans le *Portefeuille d'un Homme de goût*, trois vol. in-12.
**PLEMPIUS**, (*Vopiscus Fortunatus*) né à Amsterdam en 1601, se fit recevoir docteur en médecine à Bologne, et revint exercer cette science dans sa patrie en 1633. L'archiduchesse *Isabelle* l'appela à Louvain pour y professer. Il perfectionna l'art de guérir par ses leçons et par ses écrits. On a de lui: I. *Ophthalmographia*, sive *De oculi fabricâ*, Amsterdam, 1632, in-4°; réimprimé avec ses *Medicina fundamenta*, Louvain, 1659, in-fol. II. *De affectibus capillorum et unguium naturâ*, 1662, in-4° III. *De Togatorum valetudine tuendâ*, 1670, in-4° IV. *Loimographia* sive *tractatus de Peste*, Amsterdam, 1664, in-4° V. *Antimus Coningius Peruviani pulveris defensor, repulsus à Melippo Protymo*, Louvain, 1655, in-8° *Coningius* est le nom supposé du Père *Honoré Fabri*, Jésuite; *Protymus* est celui que prit *Plempius* pour décrier le quinquina. Il mourut le 12 décembre 1671, à Louvain, âgé de 70 ans, dans la foi Catholique qu'il avoit embrassée. **I. PLESSIS-RICHELIEU**, (*Antoine du*) dit le *Moine*, parce qu'il l'avoit été, (*Voyez Thou*, n° III.) issu d'une famille ancienne, qui tire son nom et son origine de la terre du Plessis en Poitou, étoit capitaine d'une compagnie d'Arquebusiers de la garde du roi, chevalier de son ordre et gouverneur de Tours. Les magistrats de la ville eurent bien de la peine à effacer les mauvaises impressions qu'il avoit données contre leur ville au conseil du roi l'an 1560, en les taxant d'avoir favorisé l'entreprise d'*Amboise*. Il avoit de la hardiesse et du courage; mais profitant du privilège des guerriers de son temps, il s'approprioit ce qui lui faisoit plaisir dans ses expéditions militaires. C'est du moins sous ces traits que l'a peint le président de *Thou*.
**II. PLESSIS-RICHELIEU**, (*François du*) neveu du précédent, se signala à la bataille de Montcontour, et suivit le duc d'*Anjou* en Pologne. Ce prince étant monté sur le trône sous le nom de *Henri III*, l'employa dans diverses négociations, lui donna la charge de grand prévôt de France en 1578, et le fit chevalier de ses ordres en 1586. *Henri IV* récompensa son courage et sa fidélité par la charge de capitaine de ses gardes; mais il mourut peu de temps après pendant le siège de Paris, en 1590, à 42 ans. Il eut de *Suzanne de la Porte*, le fameux cardinal de *Richelieu*; son frère *Alphonse*. 622 ROY cultiver les talens naissans de ses ouvriers, et les aidoit par ses bienfaits autant que par ses lumières.
VII. ROY, (Pierre-Charles) Parisien, né en 1683, eut dès sa jeunesse le talent de la poésie. Les premiers essais de sa muse naissante annoncèrent un heureux avenir. Il se consacra à l'opéra, et il travailla en concurrence avec la *Mothe* et *Danchet*. Il a donné plusieurs ouvrages en ce genre. Les principaux sont : *Philomèle*, *Bradamante*, *Hippodamie*, *Créuse*, *Callirhoé*, *Ariane* et *Thésée*, *Sémiramis*, les *Élémens*, les *Stratagèmes* de l'*Amour*, le ballet des *Sens*, les *Graces*, le ballet de la *Paix*, le *Temple de Gnide*, les *Augustales*, la *Félicité*, les *Quatre Parties du Monde*, l'*Année Galante*, les *Fêtes de Thétis*, et le *Bal Militaire*. Il y a bien à louer dans ces différens ouvrages, et encore plus à critiquer. Le ballet des *Élémens*, celui des *Sens*, et la tragédie de *Callirhoé*, sont de tous ses Opéra ceux qu'on relit avec le plus de plaisir. Le prologue des *Élémens* respire une poésie noble et harmonieuse : Les temps sont arrivés. Cessez, triste chaos ! Paroissez, Élémens ! Dieux, allez leur prescrire Le mouvement et le repos ! Tenez-les renfermés chacun dans son empire. Coulez, ondes, coulez ! Volez, rapides feux ! Voile azuré des airs, embrassez la Nature ! Terre, enfante des fruits, couvre-toi de verdure ! Naissez, mortels, pour obéir aux Dieux ! Dans les autres ouvrages de *Roy*, sa versification est ingénieuse, mais quelquefois prosaïque et sèche. L'auteur avoit plus de goût que de génie. Il avoit composé un grand nombre de ces *Brevets de Calotte*, dont il existe une collection qu'on ne lit plus. Ce poète non content d'avoir déchiré plusieurs membres de l'académie Françoise en particulier, attaqua le corps entier par une allégorie satirique, connue sous le nom de *Coche*. Cette satire lui ferma pour toujours les portes de l'académie. Le célèbre *Rameau* préférait aux poèmes de *Roy* ceux de *Cahusac* dont les talens étoient inférieurs, mais qui avoit peut-être plus de docilité pour se prêter aux caprices du musicien. Cette préférence anima la verve du poète *Roy* contre *Rameau*. Il enfanta cette allégorie sanglante, où l'*Orphée* de notre musique est désigné sous le nom de *Marsyas*. Cet écrivain fut conseiller au Châtelet, élève de l'académie des Inscriptions, trésorier de la chancellerie de la cour des Aides de Clermont, et chevalier de l'ordre de Saint-Michel. Il mourut le 23 octobre 1764, à 81 ans, sans emporter beaucoup de regrets. Son penchant à la satire lui avoit fait des ennemis de la plupart des gens de lettres. Outre ses Opéra, on a encore de lui un *Recueil de Poésies* et d'autres ouvrages, en 2 vol. in-8. Tout n'y est pas bon; mais il y a de temps en temps des vers heureux et des pensées tournées avec délicatesse. On connoît son *Poème* sur la maladie du Roi, qui fut naître cette jolie épigramme : Notre monarque, après sa maladie, Ah, que de gens l'auroient guéri d'abord! Roy le Poëte à Paris versifié. La Pièce arrive, on la lit... le Roi dort... De Saint Michel la Muse soit bénie!
VIII. ROY, (Henri-Marie le) curé de St-Herbland de Rouen, mourut en cette ville en juin 1779. Il avoit prêché devant le roi avec succès, et a mérité par ses vertus l'éloge qu'a fait de lui M. Hamel, dans un recueil de l'académie de la Conception. On a de lui: I. Les Oraisons funèbres de Jacques II et de Marie Lecsinzka. II. Un Eloge abrégé de Louis XV, 1774, in-12. III. Le Paradis perdu de Milton, traduit en vers françois, 1776, 2 vol. L'auteur étoit meilleur orateur que poëte.
IX. ROY, (Charles le) médecin, né à Paris le 12 février 1726, mort le 12 décembre 1779, a publié des Mélanges de Physique et de Médecine, 1771, 2 volumes in-8. X. ROY, (l'abbé Chrétien le) né à Sédan, mort au collège du cardinal le Moine à Paris où il étoit professeur d'éloquence, le 11 mai 1780, a publié: I. Lettre sur l'Education du collège de Sorrèze. II. Lettre en faveur du même Collège. III. Lettre en faveur du Commerce. IV. Discours latin sur ce sujet, Quantùm litteris debeat virtus, 1751, in-4. Il y combat les assertions de J. J. Rousseau.
XI. ROY, (Pierre le) horloger célèbre, mort le 25 août 1785, étoit fils de Julien, et perfectionna comme ce dernier l'horlogerie. Ses montres marines remarquables par leur simplicité et leur précision, lui obtinrent le prix de l'académie des Sciences. On lui doit les ouvrages suivants: I. Mémoires pour les Horlogers de Paris, 1750, in-4. II. Etrennes Chronométriques, 1758. III. Exposé des travaux de M.M. Harrisson et le Roy, dans la recherche des longitudes en mer, 1768, in-4. IV. Précis des recherches pour la détermination des longitudes par la mesure artificielle du temps, 1773, in-4. V. Lettre à M. de Marivetz, 1785, in-8.
XII. ROY DE MONTFLABERT, (Pierre-Nicolas le) né à Coulommiers, devint l'un des jurés les plus sanguinaires du tribunal révolutionnaire de Paris sous Robespierre. Il vota constamment la mort de tous les accusés, quoiqu'il fût sourd et qu'il lui fût impossible d'entendre leurs défenses et les dépositions. Il avoit pris le surnom de Dix-Août comme un témoignage de son amour pour la république. Ce scélérat fut condamné à mort comme complice de Fouquier-Tinville, le 7 mai 1794, à l'âge de 52 ans.
XIII. ROY, (Julien-David le) fils du célèbre horloger du même nom, devint membre de l'Institut national et de celui de Bologne, s'attacha à l'architecture et en professa les principes avec distinction. Il avoit voyagé avec fruit, et il publia ses recherches dans divers ouvrages d'érudition, estimés. Les principaux sont: I. Ruines des plus beaux Monumens de la Grèce, 1758, in-fol. On en a donné une seconde édition en 1769. Cet ouvrage fit recevoir son auteur à l'académie des Inscriptions. II. Histoire de la disposition et des for- 624 ROY mes différentes des Temples des Chrétiens, 1764, in-8.º III. Observations sur les Edifices des anciens peuples, 1767, in-8.º IV. De la Marine des anciens peuples, 1777, in-8.º Le Roy la considéra sous tous les rapports, et chercha à perfectionner la marine moderne en lui comparant celle des Grecs et des Romains. V. Les Navires des Anciens, considérés par rapport à leurs voiles et à l'usage qu'on en pourroit faire, 1783, in-8.º VI. Recherches sur le Vaisseau long des Anciens, sur les voiles latines et sur les moyens de diminuer les dangers que courent les navigateurs, 1785, in-8.º VII. Mémoire sur les travaux qui ont rapport à l'exploitation de la nature dans les Pyrénées, 1796, in-4.º Le Roy tenta long-temps de construire sur la Seine des bateaux immersibles; ses essais restèrent infructueux. Sa modestie, son zèle pour le progrès des arts, sa bienfaisance toujours active, laissent de lui un souvenir honoré. Il est mort à Paris à la fin de janvier 1803, âgé de 75 ans, et frappé d'apoplexie. Les architectes ses confrères en accompagnant son convoi, voulurent eux-mêmes creuser la tombe de l'homme savant et vertueux qu'elle renferme.
ROY, (Le) Voy. GOMBERVILLE et LOBINEAU.
ROYAUMONT, Voy. MAISTRE, n.º IV. I. ROYE, (Guy de) étoit fils de Matthieu seigneur de Roye, grand maître des arbalétriers de France, mort en 1347, d'une illustre maison originaire de Picardiel, fondue dans celle de la Rochefoucault, après la mort du dernier Roye en 1551. Il fut d'abord chanoine de Noyon, puis doyen de Saint-Quentin, et vécut à la cour des papes d'Avignon avec beaucoup d'agrément. Il s'attacha ensuite au parti de Clément VII et de Pierre de Lune, autrement Benoit XIII. Ce fut par leur crédit qu'il dévint successivement évêque de Verdun, de Castres et de Dol, archevêque de Tours, puis de Sens, et enfin archevêque de Rheims en 1391. Il fonda le collège de Rheims à Paris en 1399, tint un concile provincial en 1407, et partit deux ans après pour se trouver au concile de Pise. Arrivé à Voltri, bourg à cinq lieues de Gênes, un homme de sa suite prit querelle avec un habitant de ce bourg et le tua. Ce meurtre excita une sédition: Roye voulut descendre de sa chambre pour appaiser ce tumulte; mais en descendant il fut atteint d'un trait d'arbalète par un des habitants, et mourut de cette blessure le 8 juin 1409. Il laissa un livre intitulé: Doctrinale Sapientiae, traduit par un religieux de Cluni sous le titre de Doctrinal de la Sapience, in-4°, en lettres gothiques. Le traducteur y ajouta des exemples et des historiettes contées avec naïveté. Le nom de Guy de Roye doit rester dans la mémoire des hommes qui chérissent les vertus épiscopales.
II. ROYE, (François de) professeur de jurisprudence à Angers sa patrie, mourut en 1586. Son livre De jure Patronatus, Angers, 1667, in-4°, et celui De missis Dominicis, eorumque officio et potestate, 1672, in-4°, prouvent beaucoup de recherches et de savoir. Roye se distingue non-seulement non-seulement comme écrivain, mais il contribua par son zèle à faire fleurir l'université d'Angers.
ROYE, *Voyez* ROCHEFOU-CAULD n.º IV.
ROYEN, *Voyez* SNELL.
ROYER, (Joseph-Nicolas-Pancrace) musicien médiocre, né en Savoie, vint s'établir à Paris vers l'an 1725. Il y acquit de la réputation par son goût pour le chant et par son habileté à toucher de l'orgue et du clavecin. C'étoit un homme poli et d'un caractère aimable, qui sut se procurer des connoissances utiles à Paris et même à la cour. Il obtint la survivance de maître de la musique des Enfans de France, dont il devint titulaire en 1746. Il eut l'année suivante la direction du Concert Spirituel. En 1754, il obtint la charge de compositeur de musique de la chambre du roi, et la même année la place d'inspecteur général de l'Opéra. Il étoit prêt à jouir d'une fortune avantageuse, lorsque la mort termina ses jours à Paris le 11 janvier 1755, dans la 50$^{e}$ année de son âge. *Royer* est auteur d'un grand nombre de pièces de clavecin assez estimées. On n'en a gravé jusqu'à présent qu'un livre. Il a laissé en manuscrit de quoi en former un second et même un troisième. Les opéra dont il a composé la musique, sont: *Pyrrhus*, *Zaïde*, *Momus amoureux*, le *Pouvoir de l'Amour*, *Amasis*, *Prométhée*. Sa musique est foible, sans chaleur et sans invention. *Voltaire* disoit qu'en mettant *Prométhée* en musique, il n'avoit eu qu'une foible portion du feu de son héros. *Tome X.*
II. ROYER DE LA TOURNERIE, (Étienne) avocat de Normandie, né le 30 janvier 1730 et mort depuis la révolution, a publié en 1760 un nouveau *Commentaire* de la coutume de Normandie, 2 vol. in-12; et un *Traité des Fiefs*, 1763, in-12.
ROYER, *Voy*. PROST.
ROYOU, (N. abbé) chapelain de l'ordre de Saint-Lazare, né avec de l'éloquence, mais avec un caractère bouillant et amer, s'attacha à la critique qui convenoit à son goût, et se fit journaliste. Il travailla d'abord à l'*Année Littéraire*, et ensuite au *Journal de Monsieur*, qui renferme plusieurs extraits remarquables par la finesse des observations. Ce Journal commencé en 1778 finit en 1783. Celui intitulé l'*Ami du Roi*, qui parut dès l'origine de la révolution, lui attira beaucoup d'ennemis par les sarcasmes qu'il y lança contre les chefs du parti populaire et le courage qu'il montra à combattre les innovations. Bientôt il fut dénoncé comme rebelle. Le peuple s'attroupa devant sa maison et menaça de l'immoler. *Royou* obligé de se cacher ne sortit plus de l'asile secret qu'il s'étoit choisi, et y mourut le 8 juillet 1792. Outre les journaux dont il fut le principal rédacteur, on lui doit : I. *Le Monde de verre réduit en poudre*, 1780, in-12. C'est une critique ingénieuse de l'hypothèse de *Buffon* sur les époques de la nature. II. *Mémoire pour Mad. de Valory*, 1783. Celle-ci plaidoit contre l'avocat *Courtin*, et n'avoit trouvé dans le barreau aucun défenseur qui eût voulu se charger de sa cause contre un orateur renommé : *Royou* l'eme R r 616 ROZ brassa et attaqua avec véhémence dans cet écrit l'ordre des avocats. III. *Etrennes aux beaux Esprits*, 1785, in-12. Le style de cet écrivain est élégant, pressé et correct. Si son humeur étoit caustique et mordante, il n'en offrit pas moins souvent des preuves de la bonté et de la sensibilité de son cœur.
ROZÉE, (N.) née à Leyde en 1632, excella dans le paysage et le portrait. La première, elle employa au lieu de couleurs de petits flocons de soie, qu'elle a mélangés avec un art admirable. Ses tableaux sont d'un coloris éclatant et très-recherchés. Elle est morte en 1682.
ROZIER, (François) célèbre agronome, naquit à Lyon le 24 janvier 1734. Son père négociant mourut sans fortune, et son fils embrassa l'état ecclésiastique comme une ressource. A peine eut-il fini ses études, que son goût le porta à observer avec intérêt les travaux des champs. La nature est si féconde et si belle dans ceux du Lyonnois, qu'elle appela toutes les méditations du jeune *Rozier*. *Columelle*, *Varron*, *Olivier de Serres* devinrent ses auteurs favoris; et pour approfondir la botanique, il prit pour guide la *Tourrette* son compatriote et son ami. *Bourgelat* créateur des Écoles vétérinaires, ayant été appelé pour établir celle d'Alfort, fit nommer *Rozier* directeur de l'École de Lyon. Celui-ci se livra dès-lors avec ardeur à l'étude de l'hippiatrique, de l'anatomie comparée et de la pathologie; mais il ne garda pas long-temps sa place: il s'étoit brouillé avec *Bourgelat*, et ce dernier la lui fit ôter au moment où il s'en montroit le plus digne, en publiant, de concert avec la *Tourrette*, les *Démonstrations élémentaires de Botanique*, à l'usage des Écoles vétérinaires. Elles ont eu un grand nombre d'éditions. Dans le dénuement où *Rozier* se trouva, il se rendit à Paris, s'inquiétant peu de l'avenir et décidé à braver les contrariétés de la fortune pour l'asservir. Arrivé dans la capitale, il fit l'acquisition du Journal de Physique et d'Histoire Naturelle, qui n'avoit entre les mains de son premier auteur *Gauthier d'Agoty*, qu'un succès médiocre, et il sut lui donner un grand degré d'intérêt. Sans être très-savant dans la partie à laquelle il se vouoit, il avoit classé avec ordre dans sa tête la notice des nouvelles découvertes en physique, en chimie, en histoire naturelle, en agriculture, et il joignit à cette connoissance un tact exquis pour discerner dans les mémoires qu'on lui adressoit les vues neuves et les faits non connus. Cette habileté accrédita l'ouvrage et l'auteur. Celui-ci vit alors sa fortune se rétablir, les hommes puissans le protéger; et à la recommandation du roi de Pologne, il obtint un prieuré d'un revenu considérable. Ce fut alors que songeant à sa gloire, il se mit en devoir d'exécuter son projet favori, de donner un corps complet de doctrine rurale, en publiant son *Cours d'Agriculture*. Mais pour remplir ce but, sentant que le tumulte de la capitale étoit un obstacle au recueillement dont il avoit besoin, il eut le courage d'y briser toutes ses habitudes pour se transporter à Beziers où il acheta un de- R O Z 627 maine. Là, livré à la vie active que demandent les travaux de la campagne, sous un climat doux et l'influence du plus beau ciel de la France, il s'occupa de la rédaction des grands traités qui forment son important ouvrage, en 10 vol. in-4°, dont le dernier n'a paru qu'après la mort de l'auteur. Rozier y a joint à une théorie très-éclairée, une expérience étendue de la pratique de l'économie rurale. Instruit de tous les procédés, les ayant presque tous comparés, il les a analysés ou perfectionnés d'après ses propres essais. Ce Cours estimé, quoique trop chargé de détails étrangers à son principal objet, mérite qu'un agriculteur habile le réduise un jour à moins d'étendue, pour le rendre plus à portée de la plupart des cultivateurs. Sur la fin de sa vie, Rozier jugea que sa patrie pourroit lui offrir un asile aussi agréable que Beziers, et il ne se trompa pas. Il vint à Lyon en 1788. L'académie de cette ville s'empressa de l'admettre dans son sein, et le gouvernement de le charger de la direction de la pépinière de la généralité. A l'époque de la révolution, Rozier devint l'un de ses partisans sans en partager les excès. Pendant le siège de Lyon, une bombe tombant sur son lit lorsqu'il dormoit, enfouit les lambeaux de son corps dans les débris de l'appartement qu'il occupoit, le 29 septembre 1793. Rozier avoit alors 59 ans. Outre les écrits dont nous avons parlé, il a laissé: I. Mémoire sur la manière la plus avantageuse de brûler et de distiller les vins, relativement à la quantité, à la qualité de l'eau de vie et à l'épargne des frais, 1770, in-8°. Cet écrit remporta le prix de la société d'Agriculture de Limoges. II. Mémoire sur la meilleure manière de faire les vins en Provence, soit pour l'usage, soit pour leur faire passer les mers, 1772, in-8°. Il est plein d'observations de pratique, et écrit avec autant de précision que de facilité. III. Traité sur la meilleure manière de cultiver la Navette et le Colsat, 1774, in-8°. IV. Mémoire sur la manière de se procurer les différentes espèces d'animaux, et de les envoyer des pays que parcourent les voyageurs, 1774, in-4°. V. Nouvelles Tables des articles contenus dans les Mémoires de l'académie des Sciences de Paris, depuis 1666-1770, 4 vol. in-4°; 1775-1776. Elle est exacte et utile. VI. Vues économiques sur les Moulins et Pressoirs d'huile d'olive connus en France ou en Italie, 1776, in-4°. VII. De la fermentation des Vins, et de la meilleure manière de faire de l'Eau de vie, Paris, 1777, in-8°. VIII. Manuel du Jardinier, mis en pratique pour chaque mois de l'année, 1795, 2 vol. in-18. Rozier vivant au sein des campagnes, interrogeant sans cesse les cultivateurs, s'en étoit approprié les vertus: il en a gardé toute sa vie la probité, la bonhomme, l'heureuse simplicité et cette franchise entière qui ne s'arrête que lorsqu'elle n'espère plus d'être utile. M. Bruysset libraire à Lyon et membre de l'académie de cette ville, a placé en tête de la dernière édition des Démonstrations élémentaires de Botanique; une notice très-intéressante sur Rozier; et nous en avons extrait cet article. R i 2 618 R U A
RUAR, (Martin) Socinien, né à Krempen dans le duché de Holstein, vers l'an 1576, aima mieux perdre son patrimoine que de renoncer à sa secte. Il s'établit à Racovie petite ville de Pologne, au Palatinat de Sandomir, où les Sociniens avoient leur plus célèbre école; il y fut recteur de ce collège; passa de là à Strassin près Dantzig, où il fut ministre des Unitaires, c'est-à-dire des Sociniens ou Ariens. Chassé encore de lui, il se retira à Amsterdam où il mourut en 1657. Il se signala dans son parti par quelques ouvrages. On a de lui: L'Des Notes sur le Catéchisme des Eglises Sociniennes de Pologne, imprimées avec ce Catéchisme, 1665 et 1680. Un volume de Lettres publié et imprimé par David Ruarus son fils, Amsterdam, 1681, in-8.º Joachim et David ses fils, imbus des sentimens de leur père, ont publié un Recueil de Lettres des chefs de leur parti, Amsterdam, 1677.
RUARD TAPPER, Voyez TAPPAR.
RUAULT, (Jean) écrivain du 17e siècle, a été l'historien du prétendu royaume d'Yvetot, dans un volume in-4°, publié en 1631, sous ce titre: Preuves de l'Histoire du royaume d'Yvetot.
RUBEN, fils aîné de Jacob et de Lia. Pendant que Jacob étoit dans la terre de Chanaam auprès de la tour du troupeau, Ruben déshonora son lit et abusa de Bala sa concubine. Lorsque ses frères résolurent de se défaire de Joseph, Ruben touché de compassion les en détourna, en leur persuadant de le jeter plutôt dans une citerne; il avoit dessein de l'en tirer secrètement pour le rendre à son père. Jacob au lit de la mort, adressant la parole à Ruben son fils aîné, lui reprocha son crime et lui dit, « que parce qu'il avoit souillé le lit de son père, il ne croîtoit point en autorité. » La tribu de Ruben éprouva les suites de cette imprécation. Elle ne fut jamais bien considérable ni nombreuse dans Israël. Elle eut son partage au-delà du Jourdain, entre les torrents d'Arnon et de Jazer, les monts Galaad et le Jourdain. Ruben mourut l'an 1626 avant Jésus-Christ, à 124 ans. I. RUBENS, (Philippe) originaire d'Anvers, frère du peintre dont nous parlerons dans l'article suivant, et né à Cologne en 1574, d'une famille noble, devint secrétaire et bibliothécaire du cardinal Ascagne Colonne, puis secrétaire de la ville d'Anvers, où il mourut en 1611, à 38 ans. Philippe est connu par un traité intitulé: Antiquorum Rituum emendationes, Anvers, 1608, in-4.º
II. RUBENS, (Pierre-Paul) peintre célèbre, naquit à Anvers le 28 juin 1577. Son père le mit page chez la comtesse de Lalain; mais son goût le porta à la peinture: il partit pour l'Italie après avoir pris des leçons d'Octavio Van-Véen. Le duc de Mantoue informé de son rare mérite, lui donna un logement dans son palais. Ce fut dans ce séjour que Rubens fif une étude particulière des ouvrages de Jules Romain. Les tableaux du Titien, de Paul Veronèse et du Tintoret, l'appelèrent à Venise. L'étude qu'il fit des chefs-d'œuvre de ces grands maitres, changea son goût qui tenoit de celui du *Caravage*, pour en prendre un qui lui fût propre. Ce célèbre artiste se rendit ensuite à Rome, et de là à Gênes. Enfin il fut rappelé en Flandre, par la nouvelle qu'il reçut que sa mère étoit dangereusement malade. Ce fut vers ce temps-là que *Marie de Médicis* le fit venir à Paris pour peindre la galerie de son palais du Luxembourg. *Rubens* fit les tableaux à Anvers, et revint en 1625 dans cette capitale pour les mettre en place. Il devoit y avoir une galerie parallèle, représentant l'histoire de *Henri IV*; *Rubens* en avoit même déjà commencé plusieurs tableaux; mais la disgrace de la reine en empêcha l'exécution. *Rubens* avoit plus d'une sorte de mérite, qui le faisoit rechercher des grands, vrais estimateurs des talens. Le duc de *Buckingham* lui ayant fait connoître tout le chagrin que lui causoit la mésintelligence des couronnes d'Angleterre et d'Espagne, il le chargea de communiquer ses desseins à l'infante *Isabelle*, pour lors veuve de l'archiduc *Albert*. *Rubens* montra en cette occasion, qu'il y a des génies qui ne sont jamais déplacés. Il fut un excellent négociateur; et la princesse crut devoir l'envoyer au roi d'Espagne *Philippe IV*, avec commission de proposer des moyens de paix et de recevoir ses instructions. Le roi fut frappé de son mérite, le fit chevalier et lui donna la charge de secrétaire de son conseil privé. *Rubens* revint à Bruxelles rendre compte à l'infante de ce qu'il avoit fait; il passa ensuite en Angleterre avec les commissions du roi Catholique: enfin la paix fut conclue au désir des deux puissances. Le roi d'Angleterre *Charles I* le fit aussi chevalier; il illustra ses armes en y ajoutant un canton chargé d'un lion, et tira en plein parlement l'épée qu'il avoit à son côté pour la donner à *Rubens*; il lui fit encore présent du diamant qu'il avoit à son doigt, et d'un cordon aussi enrichi de diamans. *Rubens* retourna de nouveau en Espagne, où il fut honoré de la clef d'or, créé gentilhomme de la chambre du roi, nommé secrétaire du conseil d'état dans les Pays-Bas. Enfin comblé d'honneurs et de biens, il revint à Anvers, où il épousa *Hélène Forment*, célèbre par l'éclat de sa beauté, et y mourut le 30 mai 1640, dans sa 63$^{e}$ année, laissant de grands biens à ses enfans et la charge de secrétaire d'état en Flandre à son fils aîné. Un alchimiste Anglois ayant voulu lui vendre le secret imaginaire de la pierre philosophale, *Rubens* le mena dans son atelier et lui dit: *Vous venez trop tard; car depuis vingt ans j'ai trouvé votre secret avec cette palette et ces pinceaux*. Il partageoit son temps entre les affaires et la peinture. Ce peintre vécut toujours comme une personne de la première considération; il réunissoit en lui tous les avantages qui peuvent rendre recommandable. Sa figure et ses manières étoient nobles, sa conversation brillante, son logement magnifique et enrichi de ce que l'art offre de plus précieux en tout genre. Il reçut la visite de plusieurs princes souverains, et les étrangers venoient le voir comme un homme rare. Il travaillait avec une telle facilité, que la peinture ne l'occupant pas tout en- R r 3 630 RUB tier, il se faisoit lire les ouvrages des plus célèbres auteurs, sur-tout des poètes. Son génie le rendoit également propre pour tout ce qui peut entrer dans la composition d'un tableau. Il inventoit facilement, et s'il falloit recommencer un même sujet plusieurs fois, son imagination lui fournissoit aussitôt des ordonnances d'une nouvelle magnificence. Ses attitudes sont naturelles et variées, ses airs de tête sont d'une beauté singulière. Il y a dans ses idées une abondance, et dans ses expressions une vivacité surprenantes. On ne peut trop admirer son intelligence du clair-obscur; aucun peintre n'a mis autant d'éclat dans ses tableaux, et ne leur a donné en même temps plus de force, plus d'harmonie et de vérité. Son pinceau est moëlleux, ses touches faciles et légères, ses carnations fraîches et ses draperies jetées avec beaucoup d'art. Il s'étoit fait des principes certains et lumineux, qui l'ont guidé dans tous ses ouvrages. On lui a reproché cependant quelque incorrection dans ses figures, et un goût de dessin lourd et qui tient du caractère Flamand. L'étonnante rapidité avec laquelle il peignoit, peut l'avoir fait tomber dans ces imperfections, dont les ouvrages qu'il a travaillés avec soin sont exempts. Parmi ceux-ci on parle avec le plus grand éloge de son Crucissement de J. C. entre les deux larrons, qu'on voit à Anvers. Dans ce chef-d'œuvre de l'art, le mauvais larron qui a eu sa jambe meurtrie par un coup de barre de fer dont le bourreau l'a frappé, se soulève sur son gibet, et par cet effort qu'a produit la douleur il a fercé la tête du elou qui tenoit le pied attaché au poteau funeste; la tête du clou est même chargée des dépouilles hideuses qu'elle a emportées en déchirant les chairs du pied à travers lequel il a passé. Rubens qui savoit si bien en imposer à l'œil par la magie de son clair-obscur, fait paroître le corps du larron sortant du coin du tableau dans cet effort, et ce corps est encore la chair la plus vraie qu'ait peinte ce grand coloriste. On voit de profil la tête du supplicié et sa bouche, dont cette situation fait encore mieux remarquer l'ouverture énorme; ses yeux dont la prunelle est renversée, et dont on n'apperçoit que le blanc sillonné de veines rougeâtres étendues; enfin l'action violente de tous les muscles de son visage, fait presque ouir les cris horribles qu'il jette. C'est le jugement de l'abbé Dubos dans ses Réflexions sur la Peinture, tome premier. Les peintures de la galerie du Luxembourg, qui ont paru gravées au commencement de ce siècle, et qui contiennent vingt-un grands tableaux et trois portraits en pied, sont le comble de la gloire de Rubens. C'est aussi dans cet ouvrage qu'il a le plus développé son caractère et son génie. Personne n'ignore que ce riche et superbe portique semblable à celui de Versailles, est rempli de beautés de dessin, de coloris et d'élégance dans la composition. On ne reproche à l'auteur, trop ingénieux, que le grand nombre de ses figures allégoriques, qui ne peuvent nous parler et nous intéresser. On ne les devine point, sans avoir à la main leur explication donnée par Félibien et par Moreau de Mautour. Or, il est certain que le 63r but de la peinture n'est pas d'exercer notre imagination par des énigmes : son but est de nous toucher et de nous émouvoir. Cela est si vrai, que ce que l'on goûte généralement dans les galeries du Luxembourg et de Versailles, est uniquement l'expression des passions. « Telle est, dit l'abbé Dubos, l'expression qui arrête les yeux de tous les spectateurs sur le visage de Marie de Médicis qui vient d'accoucher; on y apperçoit distinctement la joie d'avoir mis au monde un dauphin, à travers les marques sensibles de la douleur à laquelle Eve fut condamnée. » Les dessins de Rubens sont d'un grand goût, d'une touche savante; la belle couleur et l'intelligence du tout ensemble s'y font remarquer. Ses peintures sont en grand nombre : les principales sont à Bruxelles, à Anvers, à Gand, en Espagne, à Londres, à Paris. On a beaucoup gravé d'après ce maître. (Voy. DUCHANGE.) Le catalogue de ses ouvrages se trouve à Paris chez Briasson et Jombert. On a de lui un Traité de la Peinture, Anvers, 1622, et l'Architecture Italienne, Amsterdam, 1754, in-folio. Parmi ses disciples, les plus distingués sont Van-Dyck, Diépenbek, Jacques Jordans, David Teniers, Juste Van-Mol, Van-Tulden, etc. Voy. SUSANNE, VAN-DICK.
III. RUBENS, (Albert) fils du précédent, né à Anvers en 1614, jouit de l'estime de l'archiduc Léopold-Guillaume gouverneur des Pays-Bas; il la mérita par ses connoissances, et plus encore par ses belles qualités. Jamais il ne brigua les honneurs, et il se contenta toujours d'une fortune médiocre. Il mourut l'an 1657. On a de lui : I. De revestiarid Veterum, præcipuè de lato Clavo, libri duo, Anvers, 1665. II. Diatribæ de Gemmâ Tiberiand... de Gemmâ Augustæd... de Urbibus Neocoris... de Natali die Cæsarís Augusti, etc. Ces Dissertations se trouvent dans le Trésor des Antiquités Romainés de Gronovius, tome 6 et 11. III. Regum et Imperatorum Romanorum Numismata, Anvers, 1654, in-folio. C'est une description enrichie de notes du cabinet de médailles du duc d'Arschot, publiée par Gaspard Gevart; et ensuite à Berlin en 1700, avec de nouvelles notes par Laurent Beger. IV. De vitâ Flavii Manlii Theodori, Utrecht, 1694, in-12.
RUBEUS, Voyez II. Rossi.
RUBIS, (Claude de) né à Lyon en 1533, y devint procureur général de la ville, se jeta dans le parti de la Ligue et fit soulever sa patrie contre l'autorité royale. Henri IV l'ayant ramenée à son obéissance, Rubis se retira à Avignon où il resta six ans. Le chancelier de Bellièvre son compatriote obtint sa grace et son rappel, et il mourut dans son pays au mois de septembre 1613. Il a laissé quelques écrits : I. Discours oratoire prononcé à Lyon le jour de St. Thomas. II. Privilèges, franchises et immunités accordés par les rois aux consuls, échevins et habitans de Lyon, 1574. III. Résurrection de la Ste. Messe, 1666. IV. Discours sur la peste de Lyon en 1577 et 1580. V. Sommaire des coutumes du duché de Bourgogne. VI. Réponse à l'anti-Espagnol. C'est un libelle contre Henri IV, R r 4 aussi cardinal ; *Henri* qui fut tué en duel l'an 1619, sans laisser d'enfants ; *Nicole*, qui épousa *Urbain de Maillé* marquis de Brezé, et mourut le 30 août 1635 ; (*Voy. MAILLÉ.*) et *Françoise*, morte en 1615, qui avoit épousé en secondes noces *René de Wignerod de Pontcourlay*, grand père du duc de *Richelieu*, (*Voyez I. WIGNEROD*) et père de *Marie Magdeleine* duchesse d'Aiguillon, (*Voyez II. WIGNEROD*) dont le duché a passé dans la branche cadette des ducs de *Richelieu*.
III. PLESSIS - RICHELIEU, (Armand du) né à Paris le 5 septembre 1585, du précédent, reçut de la nature les dispositions les plus heureuses. Son éducation ayant été confiée à des maîtres habiles, il parut un grand homme dès son enfance. Après avoir fait ses études en Sorbonne, il passa à Rome et y fut sacré évêque de Luçon en 1607, âgé seulement de 22 ans. On dit que pour avoir ses bulles il trompa le pape *Paul V*, et qu'après lui avoir fait accroire qu'il avoit près de 24 ans, il lui demanda l'absolution de ce mensonge. On ajoute que le pontife dit : *Ce jeune évêque a de l'esprit ; mais ce sera un jour un grand fourbe*. Revenu en France, il s'avança à la cour par son esprit insinuant, par ses manières engageantes, et sur-tout par la faveur de la marquise de *Guercheville*, première dame d'honneur de la reine *Marie de Médicis*, alors régente du royaume. Le Père d'Avrigny prétend que ce fut la recommandation de *Barbia*, à qui il promit sa sœur en mariage, quoique ce fût un homme tout nouveau, et devenu de procureur de Melun intendant de la maison de la reine, qui fit nommer *Richelieu* secrétaire d'état. Ce qu'il y a de singulier, c'est que son département fut celui de la guerre. Il l'exerça malgré les remontrances de quelques prélats, qui jugeoient cet emploi peu convenable à l'état ecclésiastique. Mais tout convient à l'ambition. Cette princesse lui donna la charge de son grand aumônier, et peu de temps après celle de secrétaire d'état. Les Lettres-patentes de sa nomination, datées du dernier novembre 1616, portoient qu'il auroit la préséance sur les autres ministres ; mais il ne jouit pas long-temps de sa faveur. La mort du maréchal d'Ancre son protecteur et son ami, lui ayant occasionné une disgrace, il se retira auprès de la reine-mère à Blois, où elle étoit exilée. Cette princesse étoit brouillée avec son fils : *Richelieu* profita de cette division pour rentrer en grace. Il ménagea l'accommodement de la mère et du fils, et la nomination au cardinalat fut la récompense de ce service. Le duc de *Luynes* qui l'avoit d'abord exilé à Avignon, le lui promit, lui tint parole, et donna son neveu *Combatet* à mademoiselle de *Wignerod*, depuis duchesse d'Aiguillon. Après la mort de ce favori, la reine mise à la tête du conseil, y fit entrer *Richelieu*. Elle comptoit gouverner par lui, et ne cessoit de presser le roi de l'admettre dans le ministère. Presque tous les mémoires de ce temps-là font connoître la répugnance de ce prince, qui traitoit alors de fourbe celui en qui depuis il mit toute sa confiance. *Vous ne le connoissez pas*, disoit le roi à sa 632 RUB qui n'y est jamais appelé que le Béarnois. VII. Conférences des prérogatives et ancienneté de noblesse de la monarchie et maison royale de France, 1614. VIII. Histoire des princes des deux maisons royales de Vendôme et d'Albret, 1614. IX. Histoire des Dauphins de Viennois. X. Histoire de Lyon. C'est son meilleur ouvrage : malgré son style gothique on la lit encore avec plaisir à cause des traits malins qui y sont parsemés. Il l'avoit composée pendant son exil à Avignon.
RUBRUQUIS, (Guillaume) Cordelier du 13e siècle, dont on ignore la patrie, les uns le font Anglois, les autres Brabançon. Il fut envoyé en Tartarie l'an 1253 par St. Louis, pour travailler à la conversion de ces peuples, et parcourut toutes les cours des différens princes de ces contrées, mais sans y faire beaucoup de fruit. Il donna une Relation en latin de son voyage, et l'envoya à St. Louis. Il y en a différentes copies manuscrites. Richard Hakivit géographe Anglois, en a publié une partie dans un Recueil des navigations des Anglois ; Pierre Bergeron l'a donnée en françois sur deux manuscrits latins, Paris, 1634; et dans les Voyages faits principalement en Asie, la Haye, 1735, 2 vol. in-4. I. RUCCELLAI, (Jean) d'une des premières familles de Florence, naquit dans cette ville en 1475. Il embrassa de bonne heure l'état ecclésiastique, parut avec distinction à la cour de Rome et fut envoyé nonce en France par Léon X son parent. François I lui marqua beaucoup de bienveillance; mais le pape s'étant ligué avec l'empereur Charles-Quint contre ce prince, Ruccellai fut obligé de retourner en Italie. Au moment de son départ il apprit la mort de Léon X, et cette triste nouvelle lui fit perdre l'espérance de la pourpre Romaine que sa nonciature lui auroit apparemment procurée. Clément VII le nomma gouverneur du château Saint-Ange : place destinée à des prélats d'un mérite éprouvé et d'une fidélité sans reproche; mais il n'obtint jamais le chapeau si désiré. On croit qu'il mourut curé d'une petite paroisse dans le diocèse de Lucques; on ignore l'année précise de sa mort : on croit que ce fut en 1525 ou 1526, à 50 ans. Huccellai cultiva avec succès les muses italiennes. On a de lui : I. La Rosemonde, in-8°, 1525; tragédie représentée devant le pape Léon X, lorsqu'il passe en 1512 à Florence et qu'il visita l'auteur dans sa maison de campagne. Elle a été plusieurs fois réimprimée, et on y trouve des beautés qui doivent faire pardonner quelques imperfections, bien excusables dans la renaissance du théâtre en Italie. II. Les Abeilles, 1539, in-8°, Padoue, 1718, in-4°, poème en vers non rimés, qui prouve de l'imagination et du style, et qui a été traduit en françois par Pingeron, 1770, in-12. III. Oreste, tragédie longtemps manuscrite, et publiée par le marquis Scipion Maffei dans le premier volume du Théâtre Italien, à Vérone, 1723, in-8.
II. RUCCELLAI, (Bernard) en latin Oricellarius, Florentin qui vivoit sur la fin du 15e siècle, étoit allié des Médicis, et fut élevé aux premières charges de sa patrie. Il connoissoit parfaitement les finesses de la langue latine, et l'écrivoit avec une grande pureté; mais personne, pas même *Erasme*, ne put jamais l'engager à la parler. Le P. *Mabillon* l'accuse d'avoir écrit avec trop de partialité sur l'expédition du roi *Charles VIII* en Italie, dans son *Bellum Italicum*, Londres, 1733, in-4.º A ce défaut près, ses ouvrages sont estimés.
III. RUCCELLAÏ, (l'Abbé) gentilhomme Florentin de la même famille que le précédent, étoit fils d'un partisan qui avoit entretenu une correspondance continuelle avec *Zamet*, *Bandini*, *Cedani* et plusieurs autres gens d'affaires de cette nation établis en France. Son père avoit beaucoup de crédit à la cour; il lui procura pour plus de 30,000 livres de bénéfices, et lui donnoit chaque année une pareille somme. Il ne fut pas plutôt engagé dans l'état ecclésiastique, qu'il porta ses vœux aux premières dignités de la cour de Rome, et acheta une charge de clerc de la chambre du pape. Il avoit de la littérature et il s'énonçoit facilement et agréablement. Le pape *Paul V* le consultoit souvent sur les affaires les plus difficiles. Cette confiance lui attira tant d'affaires et tant d'ennemis, qu'il fut enfin obligé de quitter Rome et de passer en France. Le maréchal d'Ancre l'introduisit à la cour; il s'y fit aimer et rechercher, moins à cause de la beauté de son esprit que de sa grande dépense, ou pour mieux dire de ses profusions. On vit servir à sa table des bassins de vermeil tout chargés d'essences, de parfums, de gants, d'éventails pour les convives. Sa délicatesse en toutes choses alloit à l'excès. Il ne buvoit que de l'eau, mais d'une eau qu'il faisoit aller chercher bien loin, et choisir pour ainsi dire goutte à goutte. Un rien le blessoit; le soleil, le serein, le chaud, le froid, ou la moindre intempérie de l'air altéroient sa constitution. Ce fut lui qui apporta la mode des vapeurs en France, et qui fut le premier modèle de cette espèce si basse et si vaine, connue sous le nom de *Petits-Maîtres*. L'abbé *Ruccellaï* mourut du pourpre à Montpellier le 22 octobre 1622. Il avoit au milieu de ces petitesses d'excellentes qualités. Il étoit généreux et reconnoissant. Ce fut lui qui fit embaumer à ses frais et transporter à Maillé en Anjou le corps du connétable de *Luynes*, mort si abandonné et si pillé par ses gens qu'ils ne laissèrent pas un drap pour l'ensévelir.
RUCHAT, (Abraham) professeur de théologie à Lausanne, où il finit ses jours en 1750, étoit né dans le canton de Berne. Il est principalement connu par son *Histoire de la réformation de la Suisse*, Genève, 1727 et 1728, 6 vol. in-8°, écrite d'un style lourd et incorrect, mais estimée pour les recherches. On sent qu'il n'aimoit point les Catholiques, et il n'oublie rien pour les rendre odieux. On a encore de lui *Les délices de la Suisse*, sous le nom de *Kipseler*, Leyde, 1714, 2 vol. in-8.º Il a fait d'autres compilations sous le nom de *Délices*, sur la grande *Bretagne*, l'*Espagne* et le *Portugal*, où l'on ne trouve que des faits connus et aucune observation recherchée et neuve. 634 RUD
RUDBECK, (Olaüs) né à Arosen dans le Westermanland en 1630 d'une famille noble, fut professeur de médecine à Upsal, où il mourut en septembre 1702, dans sa 73e année. Ses principaux ouvrages sont : I. *Exercitatio Anatomica*, in-4°, à Leyde. Il y publie la découverte anatomique des *vaisseaux lymphatiques*. Il prétend que cette découverte lui appartient, et que *Thomas Bartholin* la lui a dérobée. Ce qu'il y a de sûr, c'est que le docteur *Jolife* avoit apperçu en Angleterre ces vaisseaux dans le même temps. Il y a apparence que la gloire de cette découverte leur appartient à chacun en particulier. II. *Atlantica, sive Manheim, vera Japheti posterorum sedes ac patria*, 1679, 1689 et 1698, trois vol. in-folio. Il devoit y avoir un IVe tome qui est resté manuscrit. On y joint pour tome IVe un *Atlas* de 43 cartes avec deux tables chronologiques; le portrait de *Rudbeck* est à la tête. Ce livre peu commun est rempli d'érudition, mais d'une érudition accablante, et l'auteur y soutient les paradoxes les plus étonnans. Il y prétend que la Suède sa patrie, a été la demeure des anciennes Divinités du Paganisme et de nos premiers pères; qu'elle est la véritable *Atlantide* de *Platon*; et que c'est de la Suède que les Anglois, les Danois, les Grecs, les Romains et tous les autres peuples sont sortis. III. *Leges West-Gothicæ*, Upsaliæ in-fol.; rare. IV. Un Recueil des *Plantes* graminées et bulbeuses, gravées en bois, 1701 et 1702, 2 vol. in-fol.: il devoit y en avoir douze. V. Un *Traité* sur la comète de 1667, VI. *Laponia illustrata et iter per* *Uplandiana*, Upsal, 1701, in-4°. Il n'y donne que la description de l'Uplande; c'est probablement le commencement d'un ouvrage qu'il n'a point achevé. Quelques-uns attribuent cet ouvrage à son fils; mais il y a beaucoup d'apparence qu'il n'en est que l'éditeur. VII. *Dissertation sur l'oiseau Selai de la Bible*, 1705, in-4°.
II. RUDBECK, (Olaüs) fils du précédent, médecin non moins savant que son père, a donné : I. *Dissertatio de Hederd*, 1716. II. *Catalogue des Plantes de la Laponie*, observées en 1695, dans les *Actes* de l'académie de Suède de l'an 1720, etc. III. *Specimen Linguæ Gothicæ*, 1717, in-4°.
RUDEL, (Geoffroi) célèbre troubadour du 12e siècle, devint sur le récit de deux pèlerins, amoureux d'une comtesse de Tripoli qu'il chanta dans ses vers. En allant la voir, dit *Pétrarque*, il trouva la mort sur la côte d'Afrique.
RUDIUS, (Eustache) célèbre professeur en médecine, s'établit à Padoue. Son pronostic sur les maladies étoit toujours certain; ce qui établit en Italie le proverbe : *Dieu te garde du pronostic de Rudius*. Ce médecin est mort en 1612. *Van-der-Linden* a donné le catalogue des ouvrages de ce savant. Le premier de tous fut un traité de *Virtutibus et vitiis cordis*, imprimé à Venise en 1587. I. RUE, (Charles de la) né à Paris en 1643, entra chez les Jésuites et y devint professeur d'humanités et de rhétorique. Son talent pour la poésie brilla avec éclat dès sa jeunesse. Il se signala en 1667, par un *Poème* latin sur les conquêtes de *Louis XIV* que le grand *Corneille* mit en vers françois. Ce poète en présentant sa traduction au roi, fit un éloge de l'original et du jeune poète qui inspira beaucoup d'estime à ce monarque. Le *P. de la Rue* demanda instamment la permission d'aller prêcher l'Évangile dans les missions du Canada; mais il fut refusé. Ses supérieurs le destinoient à la chaire; il remplit avec applaudissement celle de la capitale et de la cour. Il auroit peut-être donné dans l'esprit sans le propos que lui tint un courtisan : *Mon Père*, lui dit-il, *continuez à prêcher comme vous faites; nous vous écouterons toujours avec plaisir tant que vous nous présenterez la raison. Mais point d'esprit. Tel de nous en mettra plus dans un couplet de chanson que la plupart des prédicateurs dans tout un Carême*. Le *P. de la Rue* étoit le prédicateur de son siècle qui débitoit le mieux, c'étoit le vrai *Baron* de la chaire, si on ose se servir de cette comparaison. Croiroit-on qu'avec un talent si distingué pour la déclamation, il fut d'avis d'affranchir les prédicateurs de l'esclavage d'apprendre par cœur? Il pensoit qu'il valoit autant lire un sermon que le prêcher. Cette méthode ne nuiroit point, selon lui, à la vivacité de l'action. Le prédicateur rassuré par son cahier n'en réciteroit qu'avec plus de chaleur. Il ne perdroit pas un temps considérable à apprendre un discours. Il ne risqueroit pas de compromettre sa réputation devant la multitude qui regarde comme un très-grand ridicule, un moment d'absence de mémoire. Cet illustre Jésuite fut employé dans les missions des Cévennes. Il eut le bonheur de faire embrasser la religion Catholique à plusieurs Protestans et de la faire respecter aux autres. Il mourut à Paris le 27 mai 1725, à 82 ans. Le *P. de la Rue* étoit aussi aimable dans la société qu'effrayant dans la chaire. Sa conversation étoit belle, riche, féconde. Son goût pour tous les arts lui donnoit la facilité de parler de tout à propos. Il plaisoit aux grands par son esprit et aux petits par son affabilité. Au milieu du tumulte du monde, il savoit se préparer à la solitude du cabinet et à la retraite du cloître. On a de lui : I. Des *Panégyriques* et des *Oraisons funèbres*, trois vol. in-12; et des *Sermons* de morale qui forment un Avent et un Carême en quatre vol. in-8°, Paris : on les a réimprimés en quatre vol. in-12. L'ingénieuse distribution, le juste rapport des différentes parties, l'observation des vices du grand monde, la véhémence du style et les graces de la facilité brillent dans quelques-uns de ses discours; alors il anime tout : mais son imagination le rend quelquefois plus poète que prédicateur, et il est inégal. Ce défaut se fait moins sentir dans son Avent que dans son Carême. Son chef-d'œuvre est le sermon des *Calamités publiques*. On distingue aussi les discours du *Pêcheur mourant* et du *Pêcheur mort*. Souvent dans la chaleur du débit, il enfantoit quantité de traits qui rendoient ses sermons encore plus intéressants. Parmi ses oraisons funèbres, celle du maréchal de *Luxembourg* est ce qu'il a fait de plus beau dans ce genre, II. Des *Pièces* de théâtre. 636 RUE Ses tragédies latines, intitulées *Lysimachus* et *Cyrus*, et celles de *Lysimachus* et de *Sylla* en vers françois méritèrent l'approbation de *Pierre Corneille*. Les comédiens de l'hôtel de Bourgogne se préparaient secrètement à jouer cette dernière pièce ; mais le *P. de la Rue* en étant informé, les arrêta par son crédit. (La tragédie de *Cyrus* a été imitée en vers françois par M. *Turpin*.) On lui attribue encore l'*Andrienne* et l'*Homme à bonnes fortunes*, comédies publiées sous le nom de *Baron* son ami. III. Quatre livres de *Poésies latines*, à Paris, en 1680, in-12, et à Anvers en 1693. Les frères *Barbou* en ont donné une nouvelle édition depuis quelques années. Ces poésies sont pleines d'esprit, de délicatesse et de sentiment, et l'auteur mérite un rang distingué sur le Parnasse latin moderne. IV. Une *Edition de Virgile* avec des notes claires et précises à l'usage du Dauphin, en un vol. in-4° et en quatre vol. in-12.
II. RUE, (Dom Charles de la) Bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, né à Corbie en Picardie l'an 1684, fut élève du célèbre *Montfaucon* et son rival pour la littérature grecque. Il se fit un nom par sa nouvelle *Edition d'Origène*. Il en donna les deux premiers volumes, et il étoit prêt de publier le troisième lorsqu'il mourut à Paris le 5 octobre 1739, à 55 ans. Dom *Vincent de la RUE* son compatriote et son neveu, acheva cette édition qui est en quatre vol. in-folio. Il avoit partagé les travaux de son oncle et mérité son estime. Il mourut le 29 mars 1762, à 55 ans, à Saint-Germain-des-Prés. L'édition d'*Origène* est faite avec soin. Les deux savans font à propos des notes sur les endroits qui les demandent, et ils doivent tenir un rang distingué parmi les bons éditeurs. L'oncle et le neveu étoient recommandables par leur piété autant que par leur savoir. L'oncle étoit un excellent ami : la mort de Dom *Thierry Buinart* l'affligea tellement, que depuis cette époque sa santé fut toujours languissante. *Voyez SABBATHIER*. I. RUELLE, (Jean) de Soissons, chanoine de l'église de Paris et médecin de *François I*, mort en 1537, à 63 ans, signala son savoir par deux ouvrages recherchés encore aujourd'hui : I. *De naturâ Stirpium*, Paris, 1536, in-folio. II. *Veterinariæ Medicinæ Scriptores Graci*, Paris, 1530, in-folio.
II. RUELLE, (Joseph-René) né à Lyon, y devint un très-habile teneur de livres et forma dans son art un grand nombre d'élèves. L'académie de sa patrie, rétablie en l'an neuf sous le nom d'*Athénée*, admit *Ruelle* au nombre de ses membres. Il est mort deux ans après. On lui doit : I. *Traité des Arbitrages de France*, 1769, in-8°. On en a fait une nouvelle édition en 1792. II. *Nouvelle Méthode* pour opérer les changes de France avec toutes les places de sa correspondance, 1777, in-8°. III. *L'Art de tenir les livres en parties doubles*, an huit, in-4°. *Ruelle* réunissoit la douceur, la modestie et la bienfaisance aux connaissances de son état.
RUEUS, (François) médecin, natif de Lille, mort en 1585, est connu par un traité, intitulé : *De Gemmis, iis præsertim quarum D. Joannes in Apocalypsi meminit, etc.*, Paris, 1547 : on le trouve aussi avec le traité *De occultis naturæ Miraculis de Lemnius*. On voit par cet ouvrage qu'il avoit fait une étude particulière de l'histoire naturelle et qu'il étoit versé dans les belles-lettres.
RUFFI, (Antoine de) conseiller dans la sénéchaussée de Marseille sa patrie, remplit sa charge avec une intégrité singulière. N'ayant pas assez examiné la cause d'un plaideur dont il étoit le rapporteur, il lui fit remettre tout ce qu'il avoit perdu par la perte de son procès : trait qu'on attribue aussi au fameux *des Barreaux*. Ses vertus autant que son savoir, lui obtinrent une place de conseiller d'état en 1654. Il mourut en 1689, à 82 ans. On a de lui : I. Une *Histoire de Marseille* dont la meilleure édition est celle de 1696, en deux vol. in-folio. Cet ouvrage qui suppose une lecture immense, ne va que jusqu'en 1610; mais on y trouve tout ce qu'on peut dire sur cette ville jusqu'à ce temps-là. II. La *Vie de Gaspard de Simiane* connu sous le nom de *Chevalier de la Coste*, Aix, 1655, in-12. III. Une *Histoire des comtes de Provence*, in-folio, 1655 : ouvrage aussi exact que savant. IV. Une *Histoire curieuse des Généraux des Galères* dans le P. *Anselme*. Le style n'est pas le plus grand mérite de ses ouvrages; le sien est sec et décharné. Il avoit plus de mémoire que d'imagination. L'*Histoire de Marseille* donnée par *Antoine de Ruffi* en 1643, n'étoit d'abord qu'en un vol. in-folio. Ce fut son fils qui y ajouta un second volume lorsqu'il fit reparoire cet ouvrage. Celui-ci, nommé *Louis-Antoine de RUFFI*, né en 1657 à Marseille comme son père, se distingua par son érudition et sa profonde connoissance des antiquités de son pays dont il a fait des recueils tant imprimés que manuscrits. Il mourut en 1724, âgé de 67 ans. I. RUFIN, né de parens obscurs, à Eluse (aujourd'hui *Eause*) capitale de l'Armagnac, reçut de la nature un esprit élevé, souple, poli, propre à se faire aimer des princes. Il se rendit à Constantinople à la cour de *Théodose* et il lui plut. Il ménagea si bien ce commencement de fortune, qu'il parvient en peu de temps à des emplois considérables. L'empereur lui don a la charge de grand maître de son palais, le fit entrer dans tous ses conseils, l'honora de son amitié et de sa confiance, et le fit enfin consul avec son fils *Arcadius*. *Rufin* se maintint comme il s'étoit avancé, par son adresse plutôt que par sa vertu. C'étoit assez pour être son ennemi, d'avoir un mérite extraordinaire. Il s'enrichit des dépouilles de ceux qu'il avoit opprimés par ses colomnies, et se fit baptiser avec un grand faste en 394. Après la mort de *Théodose*, ce ministre ambitieux, jaloux du crédit de *Stilicon* supérieur au sien, résolut de se mettre sur le trône. Il appela les Goths et d'autres Barbares dans l'empire, afin que pendant cette désolation il pût s'en saisir ou le partager avec eux; mais il fut puni de sa perfidie. L'armée excitée par un capitaine Goth nommé *Gaynas* que *Stilicon* avoit gagné, tua *Rufin* en 397. Sa tête fut portée au bout d'une lance pour l'exposer aux opprobres de la populace irritée contre ce ministre lâche, avare et insolent. Un soldat ayant coupé une de ses mains, et voyant que les nerfs qui font mouvoir les articles des doigts étoient encore pendans, s'avisa d'aller demander l'aumône, au nom de *Rufin*, ouvrant et fermant cette main sanglante selon ce qu'on lui donnoit. Le poète *Claudien* se signala contre ce malheureux ministre par une invective remplie de traits fort piquans; mais il attendit en bon politique, qu'il eût été la victime de sa perfidie et de sa révolte.
II. RUFIN, prêtre de Palestine, vint en 399 à Rome, où il eut pour disciple *Pélag*. On trouve sa *Profession de Foi* dans les Dissertations du P. Garnier sur *Marius Mercator*.
III. RUFIN, naquit à Concordia petite ville d'Italie, vers le milieu du IVe siècle. Il cultiva son esprit par l'étude des belles-lettres et sur-tout de l'éloquence. Le désir de s'y rendre habile le fit venir à Aquilée, ville si célèbre alors qu'on l'appe- loit communément la seconde Rome. Après s'être rendu habile dans les lettres humaines, il pensa aux moyens d'acquérir la science des Saints, et se retira dans un monastère d'Aquilée. *St. Jérôme* revenant de Rome passa par cette ville, et se lia par une étroite amitié avec *Rufin*; mais il lui dit adieu pour parcourir les pro- vinces de France et d'Allemagne, d'où il se retira en Orient. *Rufin* inconsolable de la séparation de son ami, résolut de quitter Aquilée pour l'aller chercher. Il s'embarqua pour l'Égypte et il visita les Solitaires qui en habitoient les déserts. Ayant entendu parler de la vertu et de la charité de *Sainte Mélanie* l'ancienne, il eut la consolation de la voir à Alexandrie, où il alla pour écouter le célèbre *Didyme*. La piété que *Mélanie* remarqua dans *Rufin*, l'engagea à lui donner sa confiance, qu'elle lui continua pendant tout le temps qu'ils restèrent en Orient, c'est-à-dire environ 30 ans. Les Ariens qui dominoient sous le règne de *Valens*, firent souffrir à *Rufin* une cruelle persécution. Il fut mis dans un cachot, chargé de chaînes, tourmenté par la faim et par la soif, et ensuite relégué dans les lieux les plus affreux de la Palestine. *Mélanie* qui employoit ses richesses à soulager les confesseurs qui étoient ou en prison ou exilés, racheta *Rufin* avec plusieurs autres et se retira avec lui en Palestine. *St. Jérôme* croyant que *Rufin* iroit aussitôt après à Jérusalem, écrivit à un de ses amis qui y demeuroit pour le féliciter du bonheur qu'il alloit avoir de posséder un homme d'un si grand mérite. *Vous verrez*, dit-il, *briller en la personne de Rufin des caractères de sainteté, au lieu que je ne suis que poussière. C'est assez pour moi de soutenir avec mes foibles yeux l'éclat de ses vertus. Il vient de se purifier encore dans le creuset de la persécution, et il est maintenant plus blanc que la neige, tandis que je suis souillé de toutes sortes* de péchés... *Rufin* étant arrivé en Palestine, employa son bien à bâtir un monastère sur le Mont des Oliviers, où il assembla en peu de temps un grand nombre de Solitaires. Il les animoit à la vertu par ses exhortations, et outre ce travail il étoit encore souvent appelé par les premiers pasteurs pour instruire les peuples : car il avoit été élevé au sacerdoce. Il convertit un grand nombre de pécheurs, réunit à l'Église plus de 400 Solitaires qui avoient pris part au schisme d'Antioche, et engagea plusieurs Macédoniens et plusieurs Ariens à renoncer à leurs erreurs. Son séjour en Égypte lui ayant donné la facilité d'apprendre la langue grecque, il traduisit en latin divers ouvrages grecs. Son attachement au parti d'Origène le brouilla avec *St. Jérôme*, qui non-seulement rétracta tous les éloges qu'il lui avoit donnés, mais qui l'accabla de reproches piquans. Leurs divisions poussées jusqu'aux dernières extrémités, furent un grand scandale pour les foibles. *Théophile*, ami de l'un et de l'autre, les raccommoda, mais cette réconciliation ne fut pas de longue durée. *Rufin* ayant publié à Rome une traduction des *Principes d'Origène*, fut cité par le pape *Anastase*, mais il allégua quelques prétextes pour se dispenser de paroître ; il se contenta d'envoyer en 400, au pontife son Apologie, où il s'expliquoit d'une manière orthodoxe sur certaines erreurs que l'on reprochoit à *Origène*. *St. Jérôme* écrivit contre la Traduction des *Principes*, et *Rufin* fit une Apologie éloquente, dans laquelle il déclara qu'il n'avoit prétendu être que simple traducteur d'Origène, sans être le garant de ses erreurs. *St. Chromace* d'Aquilée et *St. Augustin* écrivirent à *St. Jérôme* pour l'exhorter à la paix que la conduite indiscrète de *Rufin* avoit troublée, en paroissant favoriser des erreurs. La plupart des historiens ecclésiastiques disent que *Rufin* fut excommunié par le pape *Anastase* ; mais D. *Cellier*, D. *Coustant* et *Fontanini* paroissent avoir prouvé le contraire. Il est vrai qu'il est fait mention de l'excommunication de *Rufin* dans quelques éditions de la Lettre du pape *Anastase* à *Jean* évêque de Jérusalem ; mais il est visible que c'est une interpolation : ce passage contredit le reste de la Lettre où *Anastase* déclare qu'il laisse à Dieu à juger de l'intention du traducteur. En 407, *Rufin* retourna à Rome ; mais cette ville étant menacée par *Alaric* l'année suivante, il passa en Sicile, où il mourut vers la fin de l'an 410. On a de lui : I. Une *Traduction* des Œuvres de l'Historien *Josèphe*. II. Celle de plusieurs écrits d'Origène. III. Une *Version* latine de dix Discours de *St. Grégoire* de Nazianze, et de huit de *St. Basile*. Quand on compare sa traduction avec le texte grec, on voit combien il se donnoit de liberté en traduisant. IV. *St. Chromace* d'Aquilée l'avoit engagé à traduire l'Histoire *Ecclésiastique* d'*Eusèbe*. Ce travail fut achevé en moins de deux ans. Il fit plusieurs additions dans le corps de l'ouvrage d'*Eusèbe*, et le continua depuis la 20$^{e}$ année de *Constantin* jusqu'à la mort du grand *Théodose*. Il y a plusieurs endroits qui paroissent écrits avec peu de soin, et des faits que Rufin semble n'avoir rapportés que sur des bruits populaires : il en a omis d'autres très-importans ; mais on doit lui savoir gré d'avoir le premier composé une Histoire suivie, d'un temps où il s'étoit passé tant de choses remarquables. V. Un Ecrit pour la défense d'Origène. VI. Deux Apologies contre St. Jérôme. VII. Des Commentaires sur les bénédictions de Jacob, sur Osée, Joël et Amos. VIII. Plusieurs Vies des Pères du désert. IX. Une Explication du Symbole. C'est de tous les ouvrages que Rufin a donnés, celui qui lui a fait le plus d'honneur, et qui a été le plus utile à l'Église. Ses ouvrages ont été imprimés à Paris en 1580, in-folio, par les soins de Laurent de la Barre. (Voyez sa Vie et son Apologie en 2 vol. in-12, par Dom Gervais, Paris, 1724.) Dom Cellier, le cardinal Noris, Fontanini dans son Histoire Littéraire d'Aquilée, et Cave ont peint Rufin d'une manière fort intéressante. — Il ne faut pas le confondre avec RUFIN qui étant venu de la Palestine à Rome, inspira le premier à Celestius les erreurs de Pélage. Celui-ci survécut à Rufin d'Aquilée, et étoit né en Syrie.
RUFIN, (T. Vinius) favori de GALBA, Voyez l'article de cet empereur.
RUFIN, (Corn. Rufinus) Voyez FABRICIUS, n.° I. à la fin.
RUFUS, médecin d'Éphèse, se fit une haute réputation sous l'empereur Trajan. Du grand nombre de ses écrits cités par Suidas, il ne nous reste qu'un petit Traité des Noms grecs des parties du Corps, Venise, 1552, in-4° ; un autre, des Maladies des Reins et de la Vessie, Paris, 1554, in-8° ; et quelques Fragmens sur les médicamens purgatifs. Guillaume Rinch les a recueillis et commentés, Londres, 1726, in-4.°
RUFUS, (Curtius) Voyez l'article de QUINTE-CURCE, à la fin.
RUFUS, Voyez MUSONIUS et I. RUTILIUS.
RUGGIERI, (Côme) astrologue Florentin, vint en France dans le temps que Catherine de Medicis y gouvernoit. Ses horoscopes et ses intrigues lui obtinrent l'abbaye de Saint-Mahé en Basse-Bretagne. Accusé en 1574, d'avoir conspiré contre la vie du roi Charles IX, il fut condamné seulement aux galères, d'où la reine-mère le tira peu de temps après. Il fut encore accusé, en 1597, d'avoir conspiré contre les jours de Henri IV, et il échappa aux poursuites par le crédit des femmes de la cour qui avoient recours à lui. Il commença à publier des Almanachs en 1604, espèce d'ouvrage qui, comme les gazettes et les journaux, s'est étrangement multiplié en France. Cet astrologue mourut en 1615, devenu pensionnaire du roi, à la sollicitation du maréchal d'Ancre son compatriote. Son corps fut traîné à la voirie, parce qu'il avoit eu l'impiété de déclarer qu'il mouroit athée, et qu'il ne reconnoissoit d'autres Dieux que les Rois et d'autres Diables que ses ennemis. L'athéisme étoit la folie de son temps, comme le déisme est celle du nôtre. Ruggieri, qu'on appeloit R U I 641 appeloit aussi *Rogea* en francisant son nom, se méloit aussi de poésies; mais ses vers contribuèrent moins à sa fortune que ses prédictions. On publia à son occasion, en 1615, l'*Histoire épouvantable des deux Magiciens étranglés par le Diable. Ruggieri* étoit le premier, et un nommé *César* le second.
**RUHNKEN**, (David) né à Stolp dans la Poméranie Prussienne, le 2 janvier 1723, mort le 14 mai 1798, professa avec célébrité la littérature et l'histoire dans l'université de Leyde après *Oudendorp*, et fut nommé bibliothécaire de cette ville en 1771 après *Gronovius*. *Ruhnken* fit dans sa jeunesse le voyage de Paris et s'y lia d'une étroite amitié avec *Capperonier* et plusieurs autres savans de cette capitale. De retour en Hollande, il publia divers ouvrages dans lesquels la critique la plus judicieuse s'unit au mérite de l'érudition. Ils ont pour titres : I. *Epistola Critica in Homeri et Hesiodi hymnos*, 1749, in-8.º II. *De vitá et scriptis Longini*, in-8.º III. *Timæi Sophista Lexicon*, 1754, in-8.º IV. *Historia critica Oratorum Graecorum*, 2 vol. in-8.º V. On lui doit encore des éditions de *Velleius-Paterculus* et de *Rutilius-Lupus*, et quelques autres écrits de philologie. *Ruhnken* laissa en mourant une nièce et une fille aveugles et indigentes; mais la république Batave a acheté sa bibliothèque sous une pension viagère en faveur de celles-ci. Il avoit recueilli à grands frais une collection complète des auteurs classiques et des antiquaires, avec un grand nombre de manuscrits précieux, parmi lesquels on espère retrouver des copies de plusieurs ouvrages consumés dans le dernier incendie de l'abbaye de *Saint-Germain-des-Prés*. Le professeur *Wyttenbach* a publié la Vie de *Ruhnken*.
**RUINART**, (Dom Thierry) né à Rheims le 10 juin 1657, entra fort jeune dans la congrégation de Saint-Maur et fit profession en 1675. Il s'appliqua ensuite avec tant de succès à l'étude des Pères et des auteurs ecclésiastiques, qu'en 1682 le Père *Mabillon* le choisit pour l'aider dans ses travaux. Dom *Ruinart* fut un digne élève d'un tel maître. Il avoit le même caractère de simplicité et de modestie, le même esprit de régularité, un grand jugement, une exactitude scrupuleuse, une critique saine, un style net. Tels sont les caractères qui ont distingué ses ouvrages de tant d'autres compilations. Les principaux sont : I. *Les Actes sincères des Martyrs*, en latin, à Paris, in-4°, 1689. Il a enrichi ce livre de remarques savantes et d'une Préface judicieuse. Il s'y attache particulièrement à réfuter *Dodwell*, qui avoit avancé dans une de ses *Dissertations* sur *St. Cyprien*, « qu'il n'y avoit eu que peu de Martyrs dans l'Église. » Ce recueil a été réimprimé plusieurs fois depuis, in-folio, avec des augmentations des éditeurs. La plupart de celles qui se trouvent dans l'édition de Hollande, 1713, in-folio, sont de Dom *Ruinart*, qui a, dit-on, été aidé dans ce travail par Dom *Placide Porcheron*. Il a été aussi traduit en françois avec la préface, par l'abbé *Drouet de Maupertuy*, et publié pour la première fois en 1708, à Paris, en Actes 1680, 1689. Dans la publia en Allemagne une édition de *César*, avec des mots, in-8, de ce critique recommandé. mère, c'est un homme d'une ambition démesurée. Louis XIII lui reprochoit jusqu'à ses mœurs, et ce n'étoit pas sans raison. Les galanteries du cardinal étoient éclatantes, accompagnées même de ridicule. Il s'habilloit en cavalier, et après avoir écrit sur la théologie il faisoit l'amour en plumet. On prétend qu'il porta l'audace de ses desirs, ou vrais ou affectés, jusqu'à la reine régnante, Anne d'Autriche, et qu'il en essuya des railleries qu'il ne lui pardonna jamais. Par une suite de cet esprit de galanterie, il faisoit soutenir chez sa nièce des Thèses d'Amour, dans la forme des Thèses de théologie qu'on soutient sur les bancs de Sorbonne. Louis XIII, prince pieux, eut donc quelque peine d'admettre Richelieu dans le ministère; mais celui-ci vainquit tous les obstacles. Il affecta d'abord comme Sixte-Quint, d'être incapable de soutenir les travaux des premières places. Sa mauvaise santé l'éloignoit, disoit-il, de l'examen pénible des affaires d'état; mais bientôt il écarta presque tous les ministres. Le surintendant la Vieuville qui lui avoit prêté la main pour monter à sa place, en fut écrasé le premier au bout de six mois. Ce ministre avoit commencé la négociation d'un mariage entre la sœur de Louis XIII et le fils du roi d'Angleterre: le cardinal finit ce traité malgré les cours de Rome et de Madrid, au commencement de 1625. L'année d'auparavant, il avoit été élevé aux places de principal ministre d'état, de chef des conseils; et deux ans après il fut nommé surintendant général de la navigation et du commerce. Ce fut par ses soins que l'on conservait l'année suivante l'isle de Ré, et qu'on commença le siège de la Rochelle. Cette place, le boulevard du Calvinisme, étoit pour ainsi dire un nouvel Etat dans l'Etat. Elle avoit alors presqu'autant de vaisseaux que le roi même. Elle vouloit infiter la Hollande, et auroit pu y parvenir si elle avoit trouvé parmi les peuples de sa religion des alliés qui la secourussent. Le cardinal de Richelieu résolu d'exterminer entièrement le parti Protestant, crut devoir commencer par sa plus forte place. Après un an du siège le plus vigoureux, cette ville rebelle fut obligée de se rendre à discrétion le 28 octobre 1628. (Voyez GUITON et METEZEAU.) Richelieu avoit tout employé pour la soumettre; vaisseaux bâtis à la hâte, digues, troupes de renfort, artillerie, enfin jusqu'aux secours de l'Espagne: profitant avec célérité de la haine du duc Olivarès contre le duc de Buckingham, faisant valoir la religion, promettant tout, et obtenant des vaisseaux du roi d'Espagne, alors l'ennemi naturel de la France, pour ôter aux Rochelois l'espérance d'un nouveau secours d'Angleterre. Il commanda pendant le siège en qualité de général; ce fut son coup d'essai, et il montra que le génie peut suppléer à tout. Aussi exact à mettre la discipline dans les troupes, qu'appliqué à Paris à rétablir l'ordre; lorsque la place fut rendue, il dit qu'il l'avoit prise en dépit de trois Rois: le roi d'Espagne qui avoit retiré ses troupes; le roi d'Angleterre, qui avoit envoyé des secours aux assiégés; et enfin le roi de France, que les courtisans dégoûtoient de cette 642 R U I 2 vol. in-8.º II. L'Histoire de la persécution des Vandales, composée en latin par Victor évêque de Vitte en Afrique, 1694, in-4.º Dom Ruinart orna cette édition d'un Commentaire historique latin, d'un grand nombre de remarques aussi savantes que solides, et de quelques mo- numens qui ont rapport à cette histoire. III. Une nouvelle Edi- tion des Ouvrages de St. Grégoire de Tours, avec une excellente Préface, 1699, in-folio : elle commence à devenir rare. IV. Abrégé de la Vie du P. Mabillon, 1709, in-12. V. Une longue Vie latine du pape Urbain II, im- primée par les soins de Dom Vin- cent Thuillier dans les Œuvres diverses de Mabillon, trois vol. in-4.º Dom Ruinart mourut dans l'abbaye de Hautvilliers en Cham- pagne le 29 septembre 1709, à 53 ans.