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03.0 Dictionnaire historique — RUISCH – II

Nouveau Dictionnaire historique — Chaudon & Delandine — 1804 — section

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RUISCH, Voyez RUYSCH.
RUISDAAL, (Jacob) pein- tre, né à Harlem en 1640, mort dans la même ville en 1681, à 41 ans, est mis au rang des plus célèbres paysagistes. Ses tableaux sont d'un effet piquant. Il a re- présenté dans la plupart, de belles fabriques, des marines, des chutes d'eau ou des tem- pètes. Ses sites sont agréables, sa touche est légère, son coloris vigoureux. Les connoisseurs font aussi beaucoup de cas de ses des- sins. Cet artiste avoit coutume de faire peindre ses figures par Van-Ostade, Van-Velde ou Wouwermans. On a gravé d'après lui. Il a aussi gravé quelques petits morceaux. Salomon son frère, mort à Harlem en 1670, s'est pareillement distingué par ses paysages.
RULHIÈRES, (N. de) che- valier de St-Louis, de l'académie Françoise, se trouva en Russie en qualité de secrétaire d'ambas- sade du marquis de l'Hôpital, lors de la révolution qui arracha le sceptre à Pierre III. Il écrivit en peu de pages l'histoire de cette fameuse catastrophe ; mais ces pages sont dignes de Salluste. Pour donner un pendant à cet énergique tableau, il fit celui de la révolution de Pologne et des causes du démembrement de cette république. Instruit par des cor- respondans sûrs, et ayant ras- semblé d'excellens matériaux, il peignit cet événement de ses vé- ritables couleurs. Il s'occupoit à ramasser des documens sur l'his- toire de la révolution de France, lorsque la mort l'enleva le 30 janvier 1791. Sans approuver les excès de l'ancien régime, il n'a- doptoit point toutes les mesures du nouveau. Aimant la liberté, mais sachant en connoître les limites et en craindre les abus, il n'étoit pas de ces esprits foibles qu'on entraîne avec des déclamations ; mais comme il s'étoit avancé par les grands, il regrettoit peut-être trop le temps où les graces et la considération s'obtonoient par eux. Ses Eclair- cissemens historiques sur l'état des Protestans en France, sont une preuve de la saine critique de l'auteur, et ont de plus le mé- rite de la solidité des recherches et de l'intérêt des faits. A ses connoissances historiques et po- litiques, Rulhières joignoit le talent des vers. Son petit poë- me des Disputes que Boileau n'auroit pas désavoué, prouve en lui une raison plus étendue que celle de ce célèbre satirique. On connoit encore de lui un joli poème sur le *Jeux de mains*, de petits contes et des épigrammes que son caractère malin lui dicta trop souvent. « Bon plaisant dans ses vers, il n'étoit point, dit la *Harpe*, gai dans la société. Il y étoit même lourd et important. Il auroit voulu être dans le monde un peu plus qu'un homme de lettres. Il s'écoutoit beaucoup plus qu'il n'écoutoit les autres, et savoit peu dialoguer. » Il travailloit difficilement, et cette lenteur de son esprit se faisoit quelquefois sentir dans sa conversation. On a publié ses *Œuvres posthumés*, in-12, 1791; mais il n'y a peut-être de lui dans ce recueil que des *Anecdotes sur le maréchal de Richelieu*; dans les autres morceaux on n'aperçoit point la tournure de son esprit. I. RULLAND, (Martin) médecin de Freisingen en Bavière, fut professeur de médecine à Lawingen en Souabe, médecin de l'empereur *Rodolphe II*. On a de lui : I. *Medicina practica*, Francfort, 1625, in-12. C'est un Dictionnaire des maladies avec des remèdes. II. Un petit livre *De la Scarification et des Ventouses, et des maladies qu'on peut guérir par leur moyen*; Basle, 1596, in-8.º III. *Appendix de dosibus seu justâ quantitate et proportione medicamentorum*. IV. *Curationum empiricarum et historicarum centuriæ decem*. V. *Thesaurus Rulandinus*, Rouen, 1650. C'est une collection de quelques-uns de ses ouvrages. VI. *Lexicon Alchymiæ*, Nuremberg, 1671, in-4.º VII. *Hydriatica*, Dillingen, 1568, in-8º; c'est un traité des eaux minérales. La plupart des ouvrages de ce médecin sont calqués sur les principes de chimie. Il mourut à Prague en 1602, à 70 ans.
II. RULLAND, (Martin) fils du précédent, né à Lawingen en 1569, médecin de l'empereur, mourut à Prague l'an 1611, à 52 ans. Il a donné : I. *Histoire d'une Dent d'or*, 1595. Il prétend prouver qu'il étoit venu une dent d'or à un enfant de Silésie, âgé de sept ans; mais il n'a réussi qu'à prouver sa crédulité. II. *De perniciosæ luis Hungaricæ teumarsi et curatione*, Francfort, 1600, in-8.º III. *Propugnaculum Chymiatriæ*, Leipzig, 1608, in-4.º
RULMAN, (Aulné) *Voyez l'article FLÉCHIER, à la fin.*
RUMA, RUMIA et RUMINA, (Mythol.) Déesse révérée chez les Romains, présidait à la nourriture des enfans à la mamelle. On lui offroit des vases pleins de lait. Son nom venoit de *Ruma*, ancien mot latin qui signifioit *mamelle*.
RUMPHIUS, (George-Évrard) né en 1627, docteur en médecine dans l'université d'Hanau et de l'académie des *Curieux de la Nature*, devint consul et ancien marchand à Amboine, l'une des isles Moluques où il étoit allé s'établir. La botanique eut pour lui un attrait singulier, et quoiqu'il n'eût jamais pris de leçons de cette science, il s'y rendit très-habile par ses propres recherches. Une chose étonnante, c'est que, malgré le malheur qu'il eut de devenir aveugle à l'âge de 43 ans, il savoit parfaitement distinguer au goût et au toucher la nature et la forme d'une plante d'avec S 5 2 une autre. Il réunit en douze livres ce qu'il avoit ramassé de plantes, et les dédia, en 1690, au conseil de la compagnie des Indes. Ce recueil parut en 1755 avec un Supplément, par les soins de Jean Burmann, en six volumes in-folio, sous le titre d'*Herbarium Amboinense*. On a encore de lui : *Imagines Piscium testaceorum*, à Leyde, 1711 et 1739, in-folio ; la première édition est recherchée pour les figures. *Rumphius* avoit composé une *Histoire politique d'Amboine*, qui n'a pas été mise au jour : on en conserve deux exemplaires, l'un dans cette isle, l'autre au dépôt de la compagnie des Indes à Amsterdam. I. RUNGIUS, (David) Luthérien, né en Poméranie l'an 1564, mort en 1604, à 40 ans, professa la théologie à Wittemberg avec beaucoup de réputation, et assista au colloque de Ratisbone en 1601. On a de lui des *Commentaires* sur la Genèse, l'Exode, le Lévitique, les deux Épîtres aux Corinthiens, l'Épître de *St. Jacques*, etc.
II. RUNGIUS, (Jean-Conrad) savant littérateur Protestant, né à Cappelle dans le comté de la Lippe en Westphalie, le 22 janvier 1686, obtint en 1714 la chaire d'histoire, d'éloquence et de littérature grecque et latine dans l'université de Harderwick ; et en 1722, celle d'éloquence et d'histoire à Franeker : il y mourut le 17 janvier 1723, à 36 ans. Il a donné une édition du *Rationarium temporum* du P. Petau, avec une Continuation depuis 1633 jusqu'à l'an 1710, et des tables généalogiques ; Leyde, 1710, in-8. On a encore de lui plusieurs Orai- sons académiques, imprimées séparément. Il y en a une, entre autres, intitulée : *Oratio de Romanorum Luxuriæ et corruptissimis moribus quibus Rempublicam, libertatem et amplissimum imperium corruperunt et pessumderunt*, Harderwick, 1718, in-4.
RUOLZ, (Charles-Joseph de) né à Lyon en 1708, fut un magistrat éclairé dans la sénéchaussée de sa patrie et membre de son académie. Il a publié une *Dissertation* intéressante sur la vie et les écrits de *Louise Labbé*, dans laquelle il s'efforce de la disculper des reproches faits à ses mœurs par quelques historiens. *Ruolz* ayant fait naufrage dans la rivière d'Ain près de Lyon, avec sa femme, avoit gagné la rive ; mais il se jeta de nouveau à l'eau pour sauver son épouse, et il périt victime de sa tendresse et de son courage en 1756. I. RUPERT, (Saint) évêque de Worms, d'une famille illustre alliée à la maison royale de France, prêcha la foi dans la Bavière sur la fin du 7$^{e}$ siècle, et y convertit *Théodon* duc de Bavière, qu'il baptisa avec un grand nombre de personnes. Quelque temps après il fixa son siège épiscopal à Jevave, ville qu'on appelle aujourd'hui *Saltzbourg*. Il mourut le 25 mars 718.
II. RUPERT, né dans le territoire d'Ypres, embrassa la règle de Saint-Benoît dans l'abbaye de Saint-Laurent près de Liège, et passa de là dans l'abbaye de Saint-Laurent d'Oostbourg près d'Utrecht. Il n'épargna ni veilles ni application pour s'avancer dans l'intelligence de l'Écriture-Sainte. Son savoir et sa piété lui acquirent une si grande réputation, que *Frédéric* archevêque de Cologne le tira de son cloître pour le faire abbé de Deutsch. Il mourut le 11 février 1135, à 44 ans. Tous ses Ouvrages ont été imprimés à Paris en 1638, en 2 vol. in-folio; et à Venise, 4 vol. in-folio, 1748 à 1752. On y trouve : I. Des *Commentaires sur l'Écriture-Sainte*, dans lesquels il se propose de rapporter tout ce qu'elle renferme, aux œuvres des trois personnes de la Sainte-Trinité. On lui reproche d'avoir donné dans des allégories bizarres et d'avoir parlé peu correctement de l'Eucharistie dans cet ouvrage. II. Un *Traité des Offices divins*, qui est curieux et utile. III. Un *de la Trinité*, et plusieurs autres.
III. RUPERT, (Christophe-Adam) né à Altorf en 1610, y fut pendant neuf ans professeur en histoire, et y mourut en 1647, à 37 ans. On a de lui : I. Des *Commentaires sur Florus, Velleius-Paterculus, Salluste, Valère-Maxime*, etc. II. *Mercurius epistolicus et oratorius* III. *Orator historicus*, etc.
RUPERT, *Voy.* II. ROBERT. et X. ROBERT de Bavière.
RUREMONDE, (Jean-Guillaume de) fils d'un prêtre, se crut, vers l'an 1580, inspiré de Dieu pour rétablir l'Anabaptisme, et renouveler la pure doctrine dans Munster. Il assura que dans peu le royaume de la nouvelle Jérusalem seroit fondé; et que le *Peuple de Dieu* (c'é- toient les Anabaptistes) s'empareroit des pays de ceux qui n'avoient pas de justes idées de la Divinité, comme autrefois les Israélites s'étoient rendus maîtres des terres des Cananéens. Il composa un livre pour prouver qu'on devoit accorder la pluralité des femmes, à l'exemple de *Mahomet*; et afin que lui et ses sectateurs pussent les nourrir, il permettoit les vols et les larcins. Pour colorer ce brigandage, il disoit que tous les biens de la terre appartenoient à Jésus-Christ et à ses disciples; que Dieu l'avoit envoyé pour en faire une distribution égale; et qu'il avoit reçu pour cela l'épée de Dieu et de *Gédéon*. Suivant cette pernicieuse doctrine, les maisons des nobles furent pillées, et plusieurs des possesseurs tués par ces fanatiques. Il y avoit plus de cinq ans que tous ces désordres duroient sans qu'on pût y remédier, lorsque *Guillaume* fondateur de ce royaume imaginaire, fut pris et mis en prison dans la forteresse de Dislaken au pays de Juliers. Ce fanatique ayant trouvé le moyen de corrompre ses gardes, il vécut quelque temps dans sa prison avec ses femmes dans la volupté, le luxe et l'abondance. *Guillaume* duc de Clèves, indigné de ce nouveau désordre, fit resserrer plus étroitement le prisonnier et lui fit faire son procès. Il fut brûlé à petit feu, sans donner aucune marque de repentir. Deux de ses principales femmes subirent le même sort, avec la même opiniâtreté. Les autres parurent se repentir des égaremens de leur cœur et abjurèrent les erreurs dont on leur avoit fasciné l'esprit.
RUSBROCH ou RUSBROCH, (Jean) prieur des chanoines réguliers de Saint-Augustin, au monastère de Val-Vert près de Bruxelles, prit son nom du lieu de sa naissance, village sur la Sambre dans le Brabant. Il mourut le 2 décembre 1381, à 88 ans, honoré des titres de très-excellent Contemplatif et de Docteur divin. Il les mérita par son génie méditatif et par son goût pour la spiritualité. Il enfanta un grand nombre d'ouvrages mystiques, pleins d'idées que les hommes peu familiarisés avec la vie contemplative trouveront extraordinaires. La meilleure édition de ses Œuvres, traduites du flamand en latin par Laurent Servius Chartreux, est celle de Cologne, 1692, in-4°. On y trouve sa Vie, composée par Henri de Pomère; sa piété n'y paroît pas toujours réglée avec cette exactitude qui sembleroit exclure les voies particulières par lesquelles Dieu conduit quelquefois ses serviteurs.
RUSCA, (Antoine) théologal de Milan, mort en 1645, fut placé par son mérite, avec Collius Vicecomès et Ferrari, dans la bibliothèque Ambrosienne par Frédéric Borromée le fondateur de ce monument célèbre. Dans la distribution des matières que ce cardinal donna à traiter aux divers savans qu'il occupoit, celle de l'Enfer tomba à Rusca. Il remplit sa tâche avec beaucoup d'érudition, dans un vol. in-4°, divisé en cinq livres. Ce volume imprimé à Milan en 1611, sous ce titre: De Inferno et statu Dæmonum ante mundi exitium, est savant, curieux et peu commun. — Il y a eu un peintre de ce nom, Charles-François, né à Lugano en 1701, mort à Milan en 1769. Il excelloit dans le portrait.
RUSCELLI, Voyez PIEMON-TOIS (Le).
RUSCONI, (Camille) habile sculpteur Milanois, mort en 1728 à Rome, embellit cette ville de ses ouvrages.
RUSES DE GUERRE, Voir les articles AMROU; CAMBYSE; I. CÉSAR initio; DRAGUT-RAYS; FOURQUEVAUX; I. LANDRY; LYCUS; I. MAXIME; MITHRIDATE; PISISTRATE; III. MUZA; SIMON, etc. Voir aussi POLYEN et FRONTIN.
RUSHWORTH, (Jean) d'une bonne famille de Northumberland, né vers l'an 1607, devint en 1643 secrétaire de Thomas Fairfax général des troupes du parlement, et eut divers autres emplois; mais après la dissolution du parlement de 1679, il vécut obscurément à Westminster, et mourut en 1690, à 83 ans, en prison où il avoit été renfermé pour ses dettes. On a de lui des Recueils historiques de tout ce qui se passa dans le parlement, depuis 1618 jusqu'en 1644, en 6 vol. in-fol.
RUSPOLI, (François-Marie) prince de Cerveteri et poète Italien, rassembla les membres de l'académie des Arcades en 1707, et fit construire pour leurs assemblées générales sur le Mont-Aventin, un très-bel édifice en forme d'amphithéâtre. Ils avoient toujours été errans depuis leur fondation en 1690, tantôt sur le Mont-Janicule, tantôt dans le palais de la reine Christine, tantôt dans les jardins Farnèse et du prince *Justiniani*. Leur nouveau fondateur *Ruspoli* mourut quelque temps après la construction de son palais. I. RUSSEL, (Jean) comte de *Bedfort*, entra fort avant dans la faveur de *Henri VIII*, par son courage dans les armes et par son habileté dans les affaires. Il accompagna ce roi à la prise de Térouanne et de Tournai, contribua à celle de Morlaix en Bretagne, et combattit à la bataille de Pavie pour *Charles-Quint*. Il fut employé ensuite dans diverses négociations auprès de cet empereur en France, à Rome et en Lorraine. *Henri VIII* le nomma chevalier de l'ordre de la Jarretière, et conseiller du prince son fils. *Edouard VI* étant monté sur le trône, envoya, la seconde année de son règne, *Russel* contre les rebelles de Devon, qu'il défit au pont de Fenyton : il secourut Excester, tua six cents des rebelles, en prit quatre mille prisonniers, et mérita par ses services d'être créé comte de Bedfort. Il mourut l'an 1555.
II. RUSSEL, (Guillaume) duc de Bedfort, né en 1604, se montra un ardent ennemi de *Jacques II*, qui le mit en jugement et le fit décapiter le 31 juillet 1683. Six ans après, la chambre des pairs réhabilita sa mémoire. La *Correspondance* de *Russel* avec son épouse et ses amis pendant sa détention, a été publiée, et intéresse le lecteur.
III. RUSSEL, (Alexandre) médecin Écossois, mort en 1770, s'attacha à la compagnie Angloise d'Alep, et publia en 1755 l'*Histoire* de cette ville, qui a été traduite en différentes langues.
RUSSINGER, (Sixte) né à Strasbourg, entra dans l'ordre ecclésiastique, et fut le premier qui porta à Naples l'art de l'imprimerie. Il y fut considéré du clergé, de la noblesse et du roi *Ferdinand*. Les imprimeurs *Jacobi* et *Locati* ses contemporains, étoient aussi prêtres, et en prenoient le titre dans leurs éditions.
RUST, (Grégoire) fut élevé au collège de Christ à Cambridge, et devint ensuite doyen de Connor, puis évêque de Dromore en Irlande : il mourut jeune l'an 1670. On a de lui un Traité de la *Vérité*, Londres, 1682, in-8°, et quelques ouvrages sur des matières métaphysiques, genre dans lequel il étoit très-profond.
RUSTAING DE ST. JORRY, (Louis) chevalier de Saint-Lazare, mort vers 1740, est auteur de trois pièces de théâtre : *Le Philosophe trompé par la Nature* ; *Arlequin camarade du Diable* ; *Arlequin en deuil de lui-même*.
RUSTICI, (Jean-François) sculpteur Florentin, vint en 1528 à Paris, où *François I* l'employa à des ouvrages considérables. Il avoit fait connoître dès l'enfance les talens qu'il avoit reçus de la nature, par le plaisir qu'il prenoit à faire de lui-même de petites figures de terre. *André Verrochio* lui montra les principes de son art. *Léonard de Vinci* qui étoit alors dans la même école, lui donna une vive émulation : ce qui contribue ordinairement beaucoup à perfe- S s 4 648 R U S tionner les talens. Ses statues sont la plupart en bronze. Parmi ses ouvrages, on fait sur-tout mention d'une *Léda*, d'une *Europe*, d'un *Neptune*, d'un *Vulcain*, et d'un *Homme à cheval* d'une hauteur extraordinaire. On croit qu'il mourut en France, et qu'il ne voulut plus retourner dans sa patrie à cause des troubles qui l'agitoient.
RUSTICIENNE, *Voyez BOÈCE*.
RUTGERS, (Janus) littérateur du 17$^{e}$ siècle, né à Dordrecht, mort à la Haye en 1625, à 36 ans, est connu : I. Par des *Poésies* latines, imprimées avec celles d'*Heinsius*, Elzevir, 1553, in-12, et 1618, in-8.$^{o}$ II. Par les *Notes* dont il a éclairci plusieurs auteurs anciens, tels que *Virgile*, *Horace*, etc. III. Par ses *Variæ Lectiones*, 1618, in-4.$^{o}$ Il avoit été conseiller de *Gustave-Adolphe* roi de Suède. I. RUTH, femme Moabite, qui épousa *Mahalon* un des enfans de *Noëmi* et d'*Elimélech*, et ensuite *Booz*, vers l'an 1254 avant Jésus-Christ. Elle fut mère d'*Obed* père d'*Isaï*, et aïeule de *David*. Le livre de *Ruth* qui contient l'Histoire de cette sainte femme, est placé entre le livre des Juges et le premier des Rois, comme une suite de celui-là et une introduction à celui-ci. On ne sait pas précisément en quel temps est arrivée cette histoire; elle ne peut avoir été écrite que sous *David*, dont l'auteur parle à la fin de son livre; et il y a apparence qu'elle est du même qui a écrit le premier livre des Rois. A ne considérer que le style dont ce morceau est écrit, il peut passer pour un des plus beaux qu'il y ait dans l'Écriture. Les actions, les sentimens, les mœurs, tout y est peint au naturel, et avec une simplicité si naïve qu'on ne peut le lire sans en être touché. *Voy*. NOËMI.
II. RUTH D'ANS, (Paul-Ernest) né à Verviers ville du pays de Liège, en 1653, d'une famille ancienne, vint à Paris et s'attacha à *Arnauld* qui fut depuis son conseil et son ami. Il assista à la mort de ce célèbre docteur en 1694, et il apporta son cœur à Port-Royal-des-Champs. *Ruth d'Ans* ayant été exilé dans les Pays-Bas par une lettre de cachet en 1704, *Précipiano* archevêque de Malines l'accusa d'hérésie. Il alla à Rome pour se justifier auprès du pape *Innocent XII* qui le reçut bien, le fit protonotaire apostolique, et voulut qu'il prît le bonnet de docteur en théologie au collège de la Sapience à Rome. *Clément XI* lui fut moins favorable. Cet écrivain mourut à Bruxelles le 24 février 1728, à 75 ans, aumônier de la duchesse de Bavière, chanoine de Sainte-Gudule à Bruxelles, et doyen de l'église cathédrale de Tournai. C'est lui qui a composé le x$^{e}$ et le xi$^{e}$ volumes de l'*Année Chrétienne* de le *Tourneux*. Il est encore auteur de quelques autres ouvrages peu connus.
RUTILIE, célèbre dame Romaine, étoit sœur de *Publius Rufus* qui souffrit si constamment l'injustice de son exil, et femme de *Marc. Aurelius Cotta* consul l'an 74 avant J. C. Elle eut un fils, aussi recommandable par son esprit que par ses vertus. Elle l'aima tendrement ; il lui fut enlevé par la mort à la fleur de son âge, et elle en supporta la perte avec beaucoup de courage. C'étoit un modèle de toutes les qualités qui honorent son sexe. *Sénèque* l'a proposée pour exemple dans le livre qu'il écrivit pendant son exil pour consoler sa mère. **I. RUTILIUS-RUFUS**, (*Publius*) consul Romain, l'an 105 avant Jésus-Christ, s'attira l'inimitié des chevaliers Romains par son amour pour la justice. Ayant été accusé de péculat et banni de Rome, il se retira en Asie et demeura presque toujours à Smyrne. Sur son passage d'Italie en Asie, toutes les villes s'empressèrent à l'envi de lui dépêcher des ambassadeurs chargés de lui offrir une retraite sûre et honorable. Son exil eut l'air d'un triomphe. Un des envoyés de la ville de Smyrne qui l'avoit honoré du droit de bourgeoisie, lui ayant dit pour le consoler que Rome étoit menacée d'une guerre civile et qu'elle se verroit forcée de rappeler tous ses exilés : *Quel mal vous ai-je fait*, lui répliqua Rutilius, pour souhaiter un retour qui me seroit plus fâcheux que mon exil ? *J'aime mieux que ma Patrie rougisse de l'un, que de la voir s'affliger de l'autre*. Il tint parole. *Sylla* voulut le rappeler ; mais *Rutilius* refusa de revenir dans son ingrate patrie. Il employa le temps de son exil à l'étude. Il composa l'*Histoire de Rome* en grec, celle de sa *Vie* en latin, et plusieurs autres ouvrages. C'étoit un homme laborieux, savant, d'une conversation agréable, et habile jurisconsulte : c'est ainsi que le peint *Cicéron*. Il avoit étudié le droit sous *Publ. Scævola* et *M. Manilius*, et la philosophie sous *Panætius*. Il se piquoit d'une probité exacte. Ayant refusé d'accorder une chose injuste à un de ses amis, celui-ci lui dit avec indignation : *Qu'ai-je besoin de ton amitié, si tu ne veux point faire ce que je te demande ? — Eh ! répondit Rutilius, qu'ai-je besoin de la tienne, s'il faut que je fasse quelque chose contre l'honnêteté pour l'amour de toi ?*
**II. RUTILIUS**, (*Claudius Rutilius Numatianus Gallus* : ) c'est sous ce nom que nous avions mis précédemment l'article que nous plaçons maintenant sous celui de *LACHANIUS*, en suivant l'*Histoire littéraire de France*, par Dom *Rivet*.
**III. RUTILIUS**, (*Claudius Rutilius Numatianus Gallus*) fils de *Lachanius*, né à Toulouse, à ce qu'on croit, ne se rendit pas moins célèbre que son père par son esprit, sa politesse et ses grandes qualités. Il florissoit dans le 5$^{e}$ siècle. Il parvint aux premières dignités de Rome ; mais quelque agrément qu'il trouvât dans la capitale du monde, il vola en 416 au secours de sa patrie affligée, et tâcha de réparer par sa présence, son crédit et son autorité, les maux que les Barbares venoient d'y causer. On a de lui un *Itinéraire* en vers élégiaques. On l'a imprimé à Amsterdam en 1687, in-12, avec les notes de plusieurs savans, et dans les *Poetæ Latini minores*, Leyde, 1731, 2 volum. in-12. *M. le Franc* l'a traduit en françois avec des remarques. Ce qui nous reste de ce poète, fait con- 650 R U V notre la bonté de son esprit et l'étendue de son savoir; mais il ne donne que des lumières très-médiocres sur la géographie.
RUVIGNY, (Henri marquis de) étoit agent général de la noblesse Protestante en France, lorsqu'à la révocation de l'Edit de Nantes il passa en Angleterre où il se fit naturaliser, et prit le titre de comte de Galloway qu'il porta toujours depuis. Après la mort du maréchal de Schomberg, il fut fait colonel du régiment de cavalerie légère qui n'avoit été composé que de religionnaires François sous le règne du roi Guillaume. Ce prince lui donna le commandement des troupes Angloises en Piémont, avec le caractère d'ambassadeur plénipotentiaire auprès du duc de Savoie, avant qu'il eût fait sa paix particulière en 1696. La reine Anne le fit aussi généralissime de ses troupes en Portugal, pendant la guerre de la succession d'Espagne. Il perdit l'an 1707 la bataille d'Almanza en Espagne, et l'an 1709 celle de Gudina en Portugal. Ces mauvais succès le firent rappeler en Angleterre, et on le priva de la qualité de vice-roi d'Irlande. Il fut pourtant établi depuis Lord-justicier de ce royaume avec le lord Grafton, et mourut en 1720, à 73 ans. On vit à la bataille d'Almanza une singularité dont on n'avoit pas eu d'exemple auparavant: l'armée Angloise et des alliés, commandée par un général François, (le comte de Galloway;) et l'armée de France et d'Espagne sous les ordres d'un général Anglois de nation, (le maréchal duc de Berwick.) I. RUYSCH, (Frédéric) né à la Haye en 1638, prit le bonnet de docteur en médecine à Franeker. De retour dans sa patrie, il exerça son art avec d'autant plus de succès qu'il étoit plus profond dans la botanique et sur-tout dans l'anatomie. Lorsque le czar Pierre passa en Hollande pour la première fois en 1698, il rendit visite à Ruysch, et fut étonné autant qu'enchanté en voyant le cabinet de cet illustre anatomiste. Il baisa avec tendresse le corps d'un petit enfant encore tout aimable et qui sembloit lui sourire. Le monarque ne pouvoit sortir de ce lieu ni se lasser d'y recevoir des instructions. Il dinoit à la table très-frugale de son maître, pour passer les journées entières avec lui. A son second voyage, en 1717, il acheta le cabinet et l'envoya à Pétersbourg; présent des plus utiles qu'il pût faire à la Moscovie. L'académie des Sciences de Paris choisit Ruysch, en 1737, pour être un de ses associés étrangers. Il étoit aussi membre de l'académie Léopoldine des Curieux de la Nature, et de la Société royale d'Angleterre. Il eut le malheur en 1728, de se casser l'os de la cuisse par une chute; il ne pouvoit plus guère marcher sans être soutenu par quelqu'un. Mais il n'en fut pas moins sain de corps et d'esprit jusqu'en 1731, qu'il perdit en peu de temps toute sa vigueur qui s'étoit maintenue sans altération sensible. Ruysch mourut le 22 Février, âgé de près de 93 ans, et n'ayant eu dans une si longue carrière qu'environ un mois d'infirmité. Outre l'édition de la Description du Jardin des plantes d'Amsterdam par Commeline, 1697 et 1701, en 2 vol. in-folio, on a de lui divers Ouvrages, recueillis à Amsterdam, 1737, en 4 vol. in-4.º Les principaux sont : I. Dilucidatio Valvularum in vasis lymphaticis et lacteis. II. Observationum Anatomico-chirurgicarum Centuria, à Amsterdam, 1691, in-4.º III. Epistolae problematicae sexdecim. IV. Responsio ad Godefredi Bidloi libellum Vindicarum adversariarum Anatomico-medico-chirurgicarum, Decades tres; à Amsterdam, 1717, in-4.º Bidloo l'avoit traité de Boucher subtil. Ruysch lui répondit qu'il aimoit mieux être Lanio subtilis que Leno famosus. Le jeu des mots latins n'étoit pas assez bon, pour qu'il attaquât aussi cruellement les mœurs de son adversaire. Il est vrai que celui-ci s'étoit oublié jusqu'à l'appeler LE PLUS MISÉRABLE DES ANATOMISTES. V. Thesaurus Animalium primus. VI. Thesauri Anatomici decem. VII. Musæum Anatomicum. VIII. Curæ posteriores seu Thesaurus omnium maximus. IX. Responsio de Glandulis ad Cl. Boërhaave. X. De musculo in fundo uteri observato, et à nemine antehâc detecto, à Amsterdam, 1728, in-4.º Ces différens livres sont remplis de faits nouveaux, d'observations rares, de réflexions de théorie, de remarques de pratique. Tout est écrit d'un style simple, concis, mais un peu négligé. L'auteur paroît n'avoir eu pour but que l'instruction, sans envie de faire étalage. Il rapporte souvent ses découvertes à la providence; et lorsqu'il traite des matières qui demandent une enveloppe, il écarte autant qu'il peut les images dangereuses. Ces deux attentions prouvent que l'auteur avoit de la religion et des mœurs, et ne sont pas communes dans les écrits des Anatomistes.
II. RUYSCH, (Henri) fils du précédent, non moins savant que son père dans l'histoire naturelle, dans l'anatomie et dans la botanique, a donné le JOHNSTON De Animalibus, sous le titre de Theatrum Animalium, 1728, 2 vol. in-folio, augmenté. Ruysch mourut en 1717, après avoir exercé la médecine avec autant de sagacité que de bonheur.
RUYTER, (Michel-Adrien) né à Flessingue ville de Zélande, en 1607, n'avoit que onze ans lorsqu'il commença à fréquenter la mer. Il s'y signala dans les divers emplois qu'il y exerça successivement. Après avoir été matelot, contre-maître et pilote, il devint capitaine de vaisseau. Il repoussa les Irlandois qui vouloient se rendre maîtres de Dublin et en chasser les Anglois. Huit voyages dans les Indes Occidentales et deux dans le Brésil, lui mériterent en 1641, la place de contre-amiral. Ce fut alors qu'il fut envoyé au secours des Portugais contre les Espagnols. Il s'avança jusqu'au milieu des ennemis dans le combat, et donna tant de preuves de bravoure que le roi de Portugal ne put lui refuser les plus grands éloges. Il acquit encore plus de gloire devant Salé ville de Barbarie. Malgré cinq vaisseaux corsaires d'Alger, il passa seul à la rade de cette place. Les Maures de Salé, spectateurs de cette belle action, voulurent que Ruyter entrât en triomphe dans la ville, monté sur un cheval superbe, suivi des capitaines corsaires qui expédition, dans la crainte que le succès ne rendit le premier ministre absolu : crainte qui n'étoit que trop fondée. La Rochelle ayant été réduite, il marcha vers les autres provinces pour enlever aux Réformés une partie de leurs places de sûreté. Après avoir mis la paix dans l'État, *Richelieu* songea à porter la guerre dans les états voisins. Ce qu'on avoit éraînt de son élévation étoit arrivé. Le roi lui avoit donné la patente de premier ministre, écrite de sa propre main, et remplie des éloges les plus flatteurs. Dès lors son fiste effaça la dignité du trône : il avoit des gardes; tout l'appareil de la royauté l'accompagnoit, et toute l'autorité résidoit en lui. La guerre ayant été déclarée à la maison d'Autriche, le cardinal se fit nommer généralissime de l'armée envoyée en Italie au secours du duc de *Nevers*, à qui l'empereur refusoit l'investiture du duché de Mantone. Le roi ordonna dans ses provisions, qu'on lui obéiroit comme à sa propre personne. A cette époque, le cardinal envoya visiter le duc d'*Epernon*. Le page le trouva disant ses prières. « Dis à ton maître, lui dit le duc, que je fais ici son métier, tandis qu'il fait le mien. » Ce premier ministre faisant les fonctions de connétable, ayant sous lui deux maréchaux de France, marche en Savoie. Il passe la Loire la nuit du 17 au 18 mars 1630, et marche jusqu'à Rivoli par un temps affreux. Le nouveau général étoit monté sur un superbe cheval. Il avoit l'épée au côté, un plumet sur son chapeau, une cuirasse verte sur un habit couleur de feuilles mortes, brodé d'or. Il étoit précédé de deux pages, dont l'un portoit son casque et l'autre ses gantelets. Malgré ce luxe extraordinaire, il n'entend que des imprécations contre lui, et aussi sensible aux satires qu'aux éloges, il veut qu'on fasse taire les soldats. On le détourna de son dessein ; et dès que l'armée fut logée dans le bourg de Rivoli, il entendit ces mêmes soldats qui l'avoient maudit le combler de bénédictions. Il fut enchanté, attaqua tout de suite Pignerol, secourut Casal, et s'empara de toute la Savoie. *Louis XIII* étoit alors mourant à Lyon, où la reine-mère lui demandoit les larmes aux yeux la disgrace du ministre qui le faisoit vaincre. Cette princesse ramena son fils à Paris, après lui avoir fait promettre qu'il renverroit le cardinal dès que la guerre de l'Italie seroit terminée. *Richelieu* se croyoit perdu, et préparoit sa retraite au Havre-de-Grace. Le cardinal de la *Valette* lui conseilla de faire une dernière tentative auprès du roi. Il va trouver ce monarque à Versailles où la reine-mère ne l'avoit point suivi; il a le bonheur de le persuader de la nécessité de son ministère et de l'injustice de ses ennemis. *Louis* qui avoit sacrifié son ministre par foiblesse, dit *Voltaire*, se remit par foiblesse entre ses mains, et lui abandonna ceux qui avoient conspiré sa perte : ils furent tous punis de la même peine qu'ils avoient conseillé de lui faire souffrir. Ce jour, qui est encore appelé aujourd'hui la *Journée des dupes*, fut celui du pouvoir absolu du cardinal. Le garde des sceaux *Marillac* et le maréchal son frère, perdirent tous deux la vie, l'un en prison et l'autre sur un échafaud. Au milieu des exécutions de ses ven- 652 R U Y marcheont à pied. Une escadre de 70 vaisseaux fut envoyée, l'an. 1653, contre les Anglois, sous le commandement de l'amiral *Tromp*. *Ruyter* seconda habilement ce général dans trois combats qui furent livrés aux ennemis. Il alla ensuite dans la Méditerranée vers la fin de 1655, et y prit quantité de vaisseaux Turcs, parmi lesquels se trouva le fameux renégat *Amand de Dias* qu'il fit pendre. Envoyé en 1659, au secours du roi de Danemarck contre les Suédois, il soutint son ancienne gloire et en acquit une nouvelle. Le monarque Danois l'anoblit lui et sa famille, et lui donna une pension. En 1661 il fit échouer un vaisseau de Tunis, rompit les fers de 40 esclaves Chrétiens, fit un traité avec les Tunisiens, et mit à la raison les corsaires d'Alger. Les places de vice-amiral, et de lieutenant-amiral-général furent la récompense de ses exploits. Il mérita cette dernière dignité, la plus haute à laquelle il pût aspirer, par une victoire signalée qu'il remporta contre les flottes de la France et de l'Angleterre. La puissance réunie des deux rois n'avoit pu mettre en mer une armée navale plus forte que celle de la république. Les Anglois et les Hollandois combattirent comme des nations accoutumées à se disputer l'empire de l'Océan. Cette bataille donnée en 1672, dans le temps de la conquête de la Hollande, fit un honneur infini à *Ruyter*. Après cette journée, il fit entrer la flotte marchande des Indes dans le Texel, défendant ainsi et enrichissant sa patrie d'un côté, lorsqu'elle périssoit de l'autre. Il y eut trois batailles navales l'année suivante, entre la flotte Hollandoise et les flottes Françoise et Angloise. L'amiral *Ruyter* fut plus admiré que jamais dans ces trois actions. *D'Estrées*, vice-amiral des vaisseaux François, écrivit à *Colbert*: *Je voudrois avoir payé de ma vie la gloire que Ruyter vient d'acquérir!*... *Ruyter* n'en jouit pas long-temps; il termina sa carrière devant la ville d'Agouste en Sicile, l'an 1676, dans un combat qu'il livra aux François: il y reçut une blessure mortelle qui l'emporta peu de jours après. Son corps fut porté à Amsterdam, où les Etats généraux lui firent élever un monument digne de ce grand homme. Il avoit commencé par être mousse, et l'obscurité de sa naissance ne le rend que plus respectable. Le conseil d'Espagne lui donna le titre et les patentes de *Duc*, qui n'arrivèrent qu'après sa mort. Ses enfans refusèrent ce titre, si brigué dans nos monarchies, mais qui n'est pas préférable à celui de citoyen. *Louis XIV* eut assez de grandeur d'une pour être affligé de la perte de cet illustre marin. On lui représenta qu'il avoit un ennemi dangereux de moins; il répondit qu'on ne pouvoit s'empêcher d'être sensible à la mort d'un grand homme... Voyez l'art. *QUESNE*.
RUZÉ, *Voyez* EFFIAT, et I. MESMES.
RUZZANTE, (Le) *Voyez* BEOLCO et CALMO.
RYANTZ, (Gilles de) chevalier baron de Villerey dans le Perche, conseiller du roi en ses conseils privé et d'état, président au parlement de Paris, étoit d'une maison originaire du Dauphiné. Son père, *Denis de Ryantz*, avoit été pendant plus de 15 ans avocat-général, ensuite président en la même cour. *Gilles* fit ses humanités sous *Adrien Turnèbe*. Après avoir soutenu ses thèses de droit public, il voyagea en Allemagne pour se perfectionner dans cette science. De retour à Paris, il fréquenta le barreau et plaida des causes, suivant l'usage de ceux qui aspiroient alors aux grandes places. *Henri II* lui donna l'office de maître-des-requêtes de son hôtel, et *Henri III* celui de président au conseil. Sous *Charles IX*, il avoit été nommé président au parlement, à la place de *Brisson*, et en cette qualité il fit des remontrances au roi à Chartres, sur l'aliénation des domaines de la couronne; puis à Fontainebleau, sur le paiement des gages de sa cour. Il mourut le 22 janvier 1597, âgé d'environ 53 ans. Son goût pour l'étude des auteurs grecs et pour la jurisprudence, le rendit célèbre.
RYCKAERT, (David) directeur de l'académie de peinture d'Anvers où il étoit né en 1651, a peint des sujets rians, et des diableries, telles que la *Tentation de St. Antoine*.
RYCKEL, *Voyez DENIS* le Chartreux, n.º VIII.
RYCKIUS, (Théodore) avocat à la Haye et ensuite professeur en histoire à Leyde, a donné une édition de *Tacite*, Leyde, 1687, 2 vol. in-12, très-estimée; de *Stephanus Byzantinus*, 1684, in-fol. On trouve dans ce livre sa *Dissertation de primis Italiae Colonis*, pleine de recherches qui ont été utiles aux historiens et aux géographes. Il mourut en 1690.
RYCQUIUS, (Juste) né à Gand en 1587, s'appliqua avec succès aux belles-lettres et à l'étude des antiquités. Il voyagea en Italie et s'arrêta à Rome pendant plusieurs années. De retour dans son pays, il devint chanoine de Gand. Les ouvrages qu'il y publia lui procurèrent le titre de *Citoyen Romain*, et l'y firent rappeler en 1624. Le pape *Urbain VIII* lui donna une chaire d'éloquence à Bologne, où il mourut en 1627. Il a donné un grand nombre de poésies qui sont estimées. Son ouvrage *De Capitolio Romano*, Gand, 1617, in-4°, montre qu'il étoit très-versé dans les antiquités profanes. *Jacques Gronovius* en a donné une édition à Leyde en 1696, avec des notes.
RYER, (du) *Voy. DURYER*.
RYFER, (Isorius) l'un des plus anciens imprimeurs de Wurtzbourg en Allemagne, publia en 1481 un *Missel* in-fol., orné de rubriques. On avoit longtemps cité ce missel comme manuscrit, quoiqu'il se trouve dans la bibliothèque d'Oxford, de l'impression de *Ryfer*.
RYMER, (Thomas) savant Anglois du 17$^{e}$ siècle, s'appliqua à l'étude du droit public et de l'histoire. Nous devons à son travail le commencement d'une collection curieuse et d'un grand prix, par la quantité de volumes et la beauté de l'exécution. Il la mit au jour par les ordres de la reine *Anne* sa souveraine, et elle fut continuée par *Robert* 654 R Y M$^{6}$ *Sanderson*. Elle contient tous les actes publics, traités, conventions et lettres missives des rois d'Angleterre à l'égard de tous les autres souverains, sous ce titre : *Fœdera*, *Conventiones et cujuscumque generis Acta publica*, etc. Londres, 1704 et années suivantes, en dix-sept vol. in-folio. *Sanderson* l'augmenta de trois autres volumes en 1726. Ce vaste et utile recueil fut réimprimé l'année d'après à Londres en vingt volumes in-folio, et contrefait avec des augmentations à la Haye, 1739, dix vol. in-folio, d'un plus petit caractère que l'édition originale. Ce livre seroit le fondement d'une bonne histoire d'Angleterre.
RYSSEN, (Léonard) théologien Hollandois du 17$^{e}$ siècle, se servit des lumières qu'il avoit puisées dans l'étude de la théologie pour donner divers traités sur les matières qui la concernent. Le meilleur que l'on connoisse de lui, est contre celui de *Beverland*, où ce dernier renouvela l'erreur ridicule d'*Agrippa* sur le péché originel. Ce traité de *Ryssen* n'est pas commun; il est intitulé : *Justa detestatio Libelli Beverlandi de peccato originali*, in-8$^{o}$, 1680.
RZACINSKI, noble Polonois, a donné une Histoire naturelle de la Pologne; estimée. Il est mort au milieu du siècle passé. *Fig du Tome dixième.* I. SA, ou BA, (Emmanuel) Jésuite, né à Condé, en Portugal, prit l'habit de S. Ignace en 1545. Après avoir enseigné à Coïmbre et à Rome, il se consacra à la chaire, et prêcha avec succès dans les principales villes d'Italie. *Pie V* l'employa à une nouvelle édition de la *Bible*. Il mourut le 30 décembre 1596, à 66 ans, à Arone au diocèse de Milan, où il s'étoit rendu pour se délasser de ses travaux. Nous avons de lui: I. *Scholia in v. Evangelia*, Anvers, 1596; Lyon, 1610; Cologne, 1620. II. *Notationes in totam sacram Scripturam*, Anvers, 1598; Cologne, 1651. III. *Aphorismi Confessariorum*, Barcelone, 1609; Paris, 1609; Lyon, 1612; Anvers, 1615; Rouen, 1617; Douai, 1627. Ses Notes sur la Bible sont courtes et littérales. On assure qu'il fut 40 ans à composer son livre des *Aphorismes des Confesseurs*, quoique ce ne soit qu'un petit volume in-12. Cependant le maître du sacré Palais en fit retrancher ou corriger plus de 80 endroits, où les principes et les décisions ne s'accordent pas avec l'Écriture, et avec les règles des lincurs établies dans les écrits mo- maraux des Pères de l'Église, ou dans les décisions des Conciles.
II. SA DE MIRANDA, (François) chevalier de l'ordre de Christ, en Portugal, né à Coïmbre en 1495, fut d'abord professeur en droit dans l'université de sa patrie. Il ne s'étoit adonné à la jurisprudence que par complaisance pour son père. Dès qu'il l'eut perdu, il se livra entièrement à la philosophie morale et à la poésie. Il voyagea en Espagne et en Italie, et revint en Portugal avec des connaissances très étendues. Le roi *Jean III* et l'enfant *Jean* l'honorèrent de leurs bontés : mais *Sa* n'eut pas le bonheur de les conserver. Il quitta la cour, et se confina dans une maison de campagne, où il mena une vie douce jusqu'à sa mort, arrivée en 1558, à 65 ans. Ses ouvrages poétiques consistent en *Satires*, en *Comédies*, en *Pastorales*. Ils ont été imprimés en 1617, à Lisbonne, in-4°. *Sa de Miranda* est le premier poète de sa nation qui ait eu un nom ; mais il n'en est ni le plus correct, ni le plus élégant. Plus soigneux de réformer les vices du cœur que de procurer du plaisir à l'esprit, il s'attachoit à mettre en vers des maximes de morale qui ne prétoient pas toujours à la poésie. La sienne offre des leçons utiles.
SA, *Voyez* CORREA, n.º II.
SAABETRA, — CASTILLO.
SAADI, — SADI.
SAADIAS-GAON, célébrer rabbin, mort en 943, à 50 ans, fut le chef de l'académie des Juifs, établie à Sora près de Babylone. On a de lui: I. Un traité intitulé *Sepher Haëmounoth*, dans lequel il traite des principaux articles de la croyance des Juifs. II. Une *Explication* du *Jezirah*. III. Un *Commentaire* sur *Daniel*. IV. Une *Traduction*, en arabe, de l'Ancien Testament, et d'autres ouvrages.
SAAS, (Jean) né le 3 février 1703, à Franqueville, au diocèse de Rouen, et membre de l'académie de cette ville, mourut d'une attaque d'apoplexie, le 10 avril 1774, dans sa 72$^{e}$ année. Après avoir été secrétaire de l'archevêque et garde de la bibliothèque du chapitre de Rouen, il fut pourvu de la cure de Saint-Jacques sur Darnetal en 1742, puis d'un canonicat de la métropole en 1751. Une application constante à l'étude lui acquit des connoissances étendues dans la littérature, et le rendit un des plus habiles bibliographes de son temps. Mais, jaloux de la gloire des lettres autant que de la sienne propre, il tâcha d'être utile aux autres, soit par des recherches longues et pénibles, soit par la révision de leurs ouvrages. Il auroit été à désirer peut-être, qu'en critiquant il eût montré un esprit moins minutieux et un caractère un peu plus honnête. Outre des manuscrits intéressants qu'il a laissés, il a fait imprimer plusieurs écrits sans nom, ou sous des noms empruntés; [*Voyez* CALENTIUS]... entre autres: I. *Catéchisme de Rouen*, in-12. II. *Nouveau Pouillé de Rouen*, 1738, in-4.º III. *Notice des manuscrits de l'Eglise de Rouen*, 1746, in-12. Elle a été réimprimée en 1747. IV. *Lettre sur le catalogue de la bibliothèque du Roi*, 1749, in-12. V. Plusieurs *Lettres critiques* sur le supplément de *Moréri*, 1735, in-12; sur l'*Encyclopédie*, in-8.º 1764; sur le *Dictionnaire de l'abbé Ladvocat*, 1762, in-8.º VI. Une nouvelle édition de notre *Dictionnaire Historique*, Rouen, 1769, 4 vol. in-8.º Cette édition, ou plutôt cette contrefaction que l'abbé *Saas* n'auroit pas dû favoriser, en fournissant à l'imprimeur quelques corrections et des articles très-maigres, prouve que ce savant, qui dédaignoit le travail des Dictionnaires, n'étoit guère en état de rédiger avec clarté et avec élégance un long article. Son édition est d'ailleurs pleine de fautes. Un reproche plus grave, c'est qu'il substitua à quelques louanges que d'*Alembert* avoit reçues de nous, des injures grossières. Au reste, ce n'est pas la première fois qu'on s'est emparé de notre travail, qu'on l'a défiguré, et qu'on a tâché de nous faire des ennemis de ceux mêmes dont nous avions fait valoir les talens.
SAAVEDRA, *Voyez* CERVANTES.
SAAVEDRA FAJARDO (Diego) d'une famille noble du royaume de Murcie en Espagne, fut résident de cette Puissance en Suisse. C'étoit à la fois un bon littérateur et un habile politique, parlant et écrivant purement en espagnol. Il mourut en 1648, chevalier de l'ordre de San-Jago, et conseiller du conseil suprême des Iñides. On a de lui: I. L'Idée d'un Prince politi- que. II. La Couronne Gothique, etc. Anvers, in-fol. III. La République Littéraire; ouvrage de critique, où il y a quelques bonnes plaisan- teries. Il a été traduit en françois, à Lausanne, 1770, in-12.
SABACUS, général Ethiopien, s'empara de l'Égypte, y régna, et fut père de Tharaca. L'auteur de l'Histoire des temps fabuleux, pré- tend que Sabacus est le même que Salomon, dont l'histoire a été dé- figurée par Hérodote.
SABADINO DEGLIARIENTI, (Jean) Bolonois, contemporain de Bocace, qui fit tant de mauvais imitateurs de ses Contes frivoles. Sabadino fut de ce nombre; mais il s'en faut bien qu'il ait atteint la pureté et la naïveté du langage de l'original. Nous avons de lui 70 Nouvelles ou Contes sales et galans, sous ce titre: Porretane. Ce recueil est peu commun, sur-tout en France. Il fut imprimé d'abord à Bologne, in-fol. 1583, et ensuite à Venise en 1504 et 1510. Dans les éditions postérieures on trouve une Nouvelle de plus.
SABÆUS, Voyez SABEO. I. SABAS, hérésiarque, chef des Messaliens. Animé d'un désir ardent d'arriver à la perfection évangélique, il prit tous les pas- sages de l'Évangile à la lettre. Il se fit eunuque, vendit ses biens, et en distribua l'argent aux pau- vres. JESUS-CHRIST dit à ses dis- ciples: « Ne travaillez point pour » la nourrit « qui périt, mais » pour celle qui demeure à la vie » éternelle. » SABAS conclut de ce passage, que le travail étoit un crime; il se fit une loi de demeurer dans la plus rigoureuse oisiveté. Il donna ses biens aux pauvres, parce que l'Évangile ordonne de renon- cer aux richesses; il ne travaillait point pour se nourrir, parce que Dieu défend de travailler pour une nourriture qui périt. L'Écriture nous représente le Démon comme un lion affamé, qui tourne sans cesse autour de nous: Sabas se croyoit sans cesse investi par ces esprits malins. On le voyoit au milieu de la prière s'agiter violem- ment, s'élancer en l'air, croire sauter par-dessus une armée de Démons, se battre contre eux, faire tous les mouvemens d'un homme qui tire de l'arc; il croyoit décocher des flèches contre les Diables. Les Messaliens avoient fait des progrès à Edesse; ils en fu- rent chassés vers l'an 380, par Fla- vien évêque d'Antioche, et se reti- rèrent dans la Pamphylie. Ils furent condamnés par un concile, et pas- sèrent en Arménie, où ils infec- tèrent de leurs erreurs plusieurs monastères: Letorius, évêque de Mélitène, les fit brûler dans ces monastères. Ceux qui échappèrent aux flammes, se retirèrent chez un autre évêque d'Arménie, qui en eut pitié, et les traita avec la douceur qu'on doit à des hom- mes dont le cerveau est blessé.
II. SABAS, (S.) abbé et supé- rieur général des monastères de Palestine, naquit en 439, à Mu- tallosque, bourg situé dans le territoire de Césarée en Cappa- doce. Des querelles domestiques le dégoûtèrent du monde; il se confina dans un monastère à une lieue de sa patrie, et il en fut l'or- nement. Il défendit avec zèle la foi du concile de Chalcédoine, sous le règne d'Anastase, et mou- rut le 5 décembre 531, à 92 ans, plein de vertus et de jours.
SABATEI-SEVI, Voyez ZABATHAI.
SABBATHIER, (D. Pierre) bénédictin de saint Maur, né à Poitiers en 1682, mort à Rheims le 24 mars 1742, remplit toute l'idée qu'on doit avoir d'un parfait religieux et d'un vrai savant. On a de lui, Bibliorum sacrorum latinee versiones antiquee; Rheims, 1743, 3 vol. in-fol. Cette Bible, qui occupa D. Sabbather pendant 20 ans, comprend toutes les versions latines des livres sacrés, rassemblées et réunies sous un seul point de vue. Il ne publia que le premier volume; D. Charles de la Rue fut l'éditeur des deux autres.
SABELLICUS, (Marcus-Antonius Cocceius) naquit à Vicovaro sur le Térone, vers 1436. Des écrivains adulateurs l'ont fait descendre des anciens Cocceius de Rome, et le satirique Paul Jove a pris le contrepied, en lui donnant pour père un pauvre maréchal. L'une et l'autre origine est également fausse et exagérée : il dut le jour à une famille honnête, et prit le nom de SABELLCUS lorsqu'il fut couronné poète. Il alla à Rome fort jeune; il s'y appliqua à l'étude avec une ardeur incroyable, sous les plus savans maîtres, et en particulier sous Pomponius-Lettus et sous Domitius de Vérone. Ses talons lui procurèrent la chaire de professeur de belles-lettres à Udine, où il s'acquit une grande réputation. Le sénat de Venise l'enleva à cette ville en 1484, pour lui confier la bibliothèque de Saint-Marc; mais ses débauches lui causèrent une maladie dont il mourut le 18 avril 1506, à 70 ans, laissant un fils naturel. Comme il n'avoit pas suivi les maximes de sagesse qu'il étaloit dans ses ouvrages historiques, Latomus lui fit une épitaphe dans laquelle il disoit : Quid iuvat humanes scire atque evolu vere casus, Si fugienda facis et facienda fugis? Sabellicus s'en étoit fait une lui-même, qui étoit bien moins modeste : Quem non res hominum, non omnis ceperat ætas Seribentem, capit hæc Coccion urna brevis. On a de lui: I. Une Histoire universelle, depuis Adam jusqu'en 1503, très-inexacte, en 1 vol. in-fol.; elle est divisée en sept ennéades, et contient 63 livres. II. L'Histoire de la République de Venise, remplie de flatteries basses et de mensonges révoltans, in-fol. 1487; et dans le Recueil des historiens de Venise, 1718, 10 vol. in-4. Scaliger assure que l'argent des Vénitiens étoit (à ce que disoit Sabellicus lui-même) la source de ses lumières historiques. La traduction en vénitiens par Matthieu Visconti, est rare. III. Plusieurs autres ouvrages en vers et en prose, imprimés en 1560, en 4 vol. in-folio.
SABELLIUS, fameux hérésiarque du IIIe siècle, né à Ptolémaïde en Libye, disciple de Noë-tus de Smyrne, étoit aussi entêté que son maître. Il ne mettoit d'autre différence entre les Personnes de la Trinité, que celle qui est entre les différentes opérations d'une même chose. Lorsqu'il considèron Dieu comme faisant des décrets dans son conseil éternel, et résolvant d'appeler les hommes au salut, il le regardoit comme Père. Lorsque ce même Dieu descendoit sur § Et terre dans le sein de la Vierge, qu'il souffroit et mouvoit sur la croix, il l'appeloit *Fils*. Enfin, lorsqu'il considéroit Dieu comme déployant son efficace dans l'ame des pécheurs, il l'appeloit *Saint-Esprit*. Selon cette hypothèse, il n'y avoit aucune distinction entre les Personnes Divines. Les titres de *Père*, de *Fils* et de *Saint-Esprit*, n'étoient que des dénominations empruntées des actions différentes que Dieu avoit produites pour le salut des hommes. Ses erreurs, anathématisées dans plusieurs conciles, et en particulier dans celui d'Alexandrie en 261, ne laissèrent pas de se répandre en Italie et en Mésopotamie. *S. Denys*, d'Alexandrie composa d'excellens *Traités* contre *Sabellius*, dont les sectateurs furent appelés *Sabelliens*.
SABEO, (Fauste) né près de Bresse dans l'état de Venise, de parens honnêtes, se fit connoître dès sa jeunesse par son talent pour la poésie latine. Un voyage qu'il fit à Rome dans la maturité de l'âge, lui inspira le goût des antiquités ecclésiastiques. Il s'appliqua alors à l'étude des Pères, et ne regarda plus la poésie que comme un délassement. On a de lui un recueil d'*Epigrammes* latines, imprimé à Rome en 1556. On en trouve un grand nombre qui sont pleines de sel. L'ouvrage qui lui a fait le plus d'honneur, est l'*Edition d'Arnobe*, à Rome, 1542, in-fol.: elle est préférée aux éditions postérieures, quoique plus amples. *Henri II*, auquel il dédia ses *Epigrammes*, lui fit présent d'une chaîne d'or. Il mourut âgé de 80 ans, vers 1558.
SABIN, *Voyez* les SABINUS.
SABIN, (George) né dans la Marche de Brandebourg en 1508, fut élevé avec un soin extrême par *Melaunchthun*, qui lui donna sa fille en mariage. Son poème intitulé : *Res gestæ Caesarum Germanicorum*, qu'il mit au jour, âgé seulement de 20 ans, lui concilia les éloges des savans et la protection des princes. Il devint ensuite professeur de belles-lettres à Francfort-sur-l'Oder, puis recteur de la nouvelle académie de Konigberg, et conseiller de l'électeur de Brandebourg. Ce prince l'employa en diverses ambassades, dans lesquelles *Sabin* fit admirer son éloquence et sa capacité dans les affaires. Il fut anobli à la diète de Ratisbonne, par l'empereur *Charles-Quint* en 1540, et mourut à Francfort-sur-l'Oder, le 2 décembre 1560, à 52 ans. Sa jeunesse avoit été assez déréglée, mais il eut des vertus dans l'âge mûr, et même une piété solide, qui ne put cependant le guérir de toutes ses passions, et sur-tout de ses vues ambitieuses. On a de lui diverses *Poésies* latines, 1597, in-8°, parmi lesquelles on distingue ses *Élégies*, qui ont quelque mérite.
SABINE, (Julia SABINA) femme de l'empereur *Adrien*, étoit petite-nièce de *Trajan* et fille de *Matidie*. L'impératrice *Platine*, qui favorisoit *Adrien*, la fit épouser à ce prince. Ce mariage, fait contre le gré de *Trajan*, fut très-malheureux. *Adrien*, devenu empereur, conçut un amour déréglé pour *Antinoïis*, et traita son épouse comme une esclave. *Sabine* étoit cependant très-belle et très-bien faite; elle avoit des graces et de la dignité; son esprit étoit élevé, ses mœurs graves, et sa vertu ne se démentit jamais. Mais elle mettoit un peu trop d'aigreur dans les reproches qu'elle faisoit à son époux ; reproches bien pardonables, puisqu'elle lui avoit apporté l'empire en mariage. *Sabine*, regardant son mari comme son tyran, se vantoit de n'avoir pas voulu lui donner des enfans, dans la crainte de mettre au monde des monstres plus odieux encore que leur père. La mésintelligence augmenta tellement, qu'*Adrien*, frappé de la maladie qui le conduisit au tombeau, la contraignit de s'ôter la vie pour qu'elle n'eût pas le plaisir de lui survivre. D'autres disent qu'il l'empoisonna, l'an 138 de J. C., après 38 ans de mariage. Satisfait de l'avoir ravie à la terre, il la fit placer dans le ciel. *Moréri* se trompe dans l'article de *SABINE* qu'il fait fille de *Marcienne*, sœur de *Trajan* : il auroit dû dire petite-fille de *Marcienne* et fille de *Matidie*, nièce de *Trajan*.
SABINIEN, diacre de l'Eglise Romaine, et nonce de *Saint Grégoire le Grand* à Constantinople, auprès de l'empereur *Maurice*, succéda à ce pontife le 13 septembre 604, et mourut le 22 février 606. Il eut une partie des vertus de son prédécesseur. I. SABINUS, intendant d'*Auguste* en Syrie, voulut, après la mort d'*Hérode le Grand*, qu'on lui donnât le trésor de ce prince. Cette prétention excita une révolte. Les Juifs livrèrent bataille aux Romains, furent repoussés, et le trésor pillé. Les vaincus s'étant assemblés en plus grand nombre, repoussèrent à leur tour *Sabinus* dans le palais, où ils l'assiègèrent. L'intendant demanda du secours à *Varus*, gouverneur de Syrie. Les Juifs allèrent au-devant de celui-ci, se justifièrent, et se plaignirent de la conduite de *Sabinus* qui disparut.
II. SABINUS, (*Julius*) seigneur Gaulois, né dans le pays de Langres, prit le titre de César au commencement du règne de *Vespasien*. Ayant offert la bataille à l'empereur, il fut vaincu et mis en déroute. Pour se dérober à la poursuite du vainqueur, il alla dans une de ses maisons de campagne, et feignit de vouloir livrer son corps aux flammes. Il congédia tous ses domestiques, et ne retint que deux affranchis en qui il avoit confiance. Ensuite il mit le feu à la maison, et se retira dans un souterrain inconnu à tout autre qu'à lui et à ses confidens. La nouvelle de sa mort s'étant répandue, la douleur de sa femme *Eponine* servit à la confirmer. Mais lorsque *Sabinus* apprit, par un de ses affranchis, que cette tendre épouse avoit déjà passé trois jours et trois nuits sans prendre de nourriture, il lui fit savoir le lieu de sa retraite. Elle y vint, le consola dans cette espèce de tombeau, et y mit au monde deux fils jumeaux. Après avoir resté caché ainsi pendant neuf ans, les fréquentes visites de la femme découvrirent la retraite du mari. Il fut saisi et conduit à Rome chargé de chaînes, avec sa femme et ses deux enfans. En vain *Eponine* sollicita la compassion de *Vespasien*, en se jetant à ses pieds, et lui présentant ses deux enfans nés dans le souterrain ; il eut la cruauté de la faire mourir avec *Sabinus*. L'amour héroïque et les infortunes de ces deux époux ont fourni un beau sujet de tragédie à divers poètes ; mais il a été traité sans un grand succès, et sur-tout en ces derniers temps par M. de Chabanon. L'institut national le proposa pour sujet de son prix de peinture, remporté, en l'an 11, par *Alexandre Menjaud*.
III. SABINUS, soldat Syrien, noir, petit, d'une complexion aussi foible que sa taille, mais d'un courage peu commun, se signala au siège de Jérusalem. Comme il vit que personne n'osoit monter à l'assaut de la tour Antonine, malgré les promesses de Titus, il se présente avec onze de ses compagnons, prend son bouclier de la main gauche, et s'en couvrant la tête, le sabre à la main droite, monte à l'assaut, et arrivé sur la brèche, il met en fuite tous les ennemis. Mais une pierre qu'il rencontra le fit tomber. Les Juifs se jetèrent sur lui, sans lui donner le temps de se relever, et le tuèrent.
IV. SABINUS, (Aulus) poète Latin, mort jeune, étoit ami d'Ovide. Il avoit composé plusieurs Lettres ou Héroides; mais aucune n'est parvenue jusqu'à nous.
SABINUS, Voyez IV. JULIE... II. AQUILUS... et HERACLIEN.
SABLE, (Du) Voyez ARENA.
SABLE, (le Marquis de) Voyez III. LAVAL.
SABLE, (Guillaume du) dont on ignore le pays et la naissance, a publié un poème intitulé: La Muse Chasseresse, imprimé à Paris en 1611, in-12. I. SABLIER, (N.) a donné au théâtre Italien, en 1729, la Jalousie sans amour, les Effets du jeu et de l'amour. Celle-ci fut mieux accueillie que la première. Sablier est mort vers 1760.
II. SABLIER, (N.) littérateur estimable, mort à Paris le 10 mars 1785, à 93 ans. On a de lui: I. Variétés sérieuses et amusan- tes, 1769, 4 vol. in-12: recueil assez agréable. II. Essai sur les langues, 1777, in-8. On désire depuis long-temps une histoire critique de la langue française, et on trouvera de bons matériaux dans l'ouvrage de Sablier. L'auteur s'est préservé de la prétention si vaine et si générale, d'offrir un système sur la formation des langues et sur l'idiôme primitif. On risquera toujours de se perdre dans les chimères, quand on voudra découvrir dans quel langage les premiers hommes se sont communiqués leurs idées. Sablier se contente d'observer les rapports évidens entre plusieurs idiomes de nations éloignées, et de chercher les raisons les plus vraisemblables de ces rapports. Sa marche est toujours mesurée, et n'en est que plus sûre. Son livre d'ailleurs, qui suppose beaucoup d'érudition, n'en a pas l'inutile étalage: ce sont des résultats clairs et précis. Il jette un coup d'œil rapide sur les écrivains qui ont fixé la langue chez les nations policées; et en général, ses jugemens sont sages. Une singularité de l'ouvrage, c'est que l'auteur le publia à 82 ans. III. Œuvres de M... contenant des traductions de Goldoni 1767, in-12. La prose de ce recueil vaut mieux que les vers.
SABLIERE, (Antoine de Rambouillet de la) mort à Paris en 1680, âgé de 65 ans, se distingua par un esprit aisé, naturel et délicat. Nous n'avons de lui que des Madrigaux, publiés in-12, après sa mort, par son fils. Ces petits poèmes lui ont fait beaucoup d'honneur, par la finesse des pensées, et par la délicate naïveté du style: on peut les proposer pour modèles en ce genre. Son épouse, *Hesselin de la Sablière*, étoit en liaison avec les beaux esprits de son temps. *La Fontaine*, qui trouva dans sa maison un asile paisible durant près de vingt ans, l'a immortalisée dans ses vers.
SABLON, (Vincent) rimailleur de Chartres, donna, en 1671, en 2 vol. in-16, une plate traduction, en vers, de la *Jérusalem délivrée* que les curieux recherchent à cause des figures; car on avoit dès-lors le secret, perfectionné de nos jours, de faire passer de mauvais vers, à la faveur de quelques jolies estampes.
SABOUREUX DE LA BONNETERIE, (Charles-François) avocat, mort à Paris en 1781, préféra la culture des lettres à l'étude de la jurisprudence et au travail du barreau: on lui doit les trois ouvrages suivans: I. *Constitution des Jésuites*, avec les déclarations, 1762, 3 vol. in-12. C'est une traduction de l'*Institutum societatis Jesu*, imprimé à Prague en 1757. II. *Manuel des Inquisiteurs*, 1762, in-12. C'est l'abrégé de l'écrit d'*Emeric*, auquel le traducteur a joint des notes. III. Il s'est rendu recommandable par une *Traduction* des anciens ouvrages latins, relatifs à l'agriculture et à la médecine vétérinaire, avec des notes, 1774, 6 vol. in-8. *Saboureux* avoit auparavant publié à part l'Economie rurale de *Columelle*.
SABUCO, (Oliva de *Nautés* de) savante Espagnole, née dans la ville d'Alcala, vivoit sous le règne de *Philippe II*. Renommée pour ses connaissances en histoire naturelle et en anatomie, elle offrit de démontrer publiquement que la physique et la médecine que l'on enseignoit alors dans les écoles, étoient pleines d'erreurs. Avant *Descartes*, elle plaça dans l'étendue du cerveau le siège de l'âme, sans la renfermer exclusivement dans la glande pinéale. Suivant elle, ce n'est point le sang qui nourrit les corps, entretient leur souplesse et leur conservation; c'est le fluide qui passe du cerveau dans toutes les parties nerveuses. Ce système fut embrassé avec enthousiasme par les médecins Anglois.
SABUNARUS, capitaine de la garde Prétorienne de *Trajan*, ne mérite une place dans l'histoire, que parce qu'il donna lieu à une belle parole de cet empereur. En l'installant dans sa charge, ce prince lui présenta l'épée, et lui dit: *Ragois cette épée, et emploie-la pour mon service dans tout ce que je l'ordonnerai de juste; mais n'hésite pas à l'en servir contre moi, si jamais je te commande quelque chose d'injuste*.
SACCAS, *Voyez* AMMONIUS.
SACCHETTI, (François de Benci) né à Florence en 1335, passa ses premières années dans le commerce, et remplit ensuite plusieurs charges dans sa république. Il écrivoit facilement en vers et en prose; et ses *Nouvelles*, publiées à Florence, 1724, 2 vol. in-8, prouvent qu'il avoit une partie du génie de son compatriote *Bocace*. Il mourut en 1408, à 73 ans, après avoir été marié trois fois. *Voyez* aussi JUVARA, à la fin. I. SACCHI, (André) peintre, né à Rome en 1599, se perfectionna sous l'*Albane*, après que son père lui eut donné les premiers principes de son art. On retrouve dans ses ouvrages, les graces et le coloris tendre qu'on admire dans les tableaux de son illustre maître. Il l'a même surpassé par son goût de dessin : ses figures ont une expression admirable, ses draperies une belle simplicité; ses idées sont nobles, et sa touche finie; sans être peinée. Il a réussi sur-tout dans les sujets simples; et l'on remarque qu'il n'a jamais dessiné une seule fois, sans avoir consulté la nature. Ce peintre étoit fort singulier dans ses mœurs, et se permettait tant de liberté dans sa critique, que les bons peintres ses contemporains, furent presque tous ses ennemis. Ses dessins sont précieux; une belle composition, des expressions vives, beaucoup de facilité, les ombres et les clairs bien ménagés, les caractérisent. Les principaux ouvrages de ce grand peintre sont à Rome, où il mourut en 1661, à 62 ans. Parmi les élèves qu'il fit, on compte Carle MARATTE et Jean MIEL : Voyez ce dernier mot.
II. SACCHI, Voyez PLATINE. I. SACCHINI, (François) Jésuite, né dans le diocèse de Pérouse, mort à Rome le 26 décembre 1625, à 55 ans, fut professeur de rhétorique à Rome, pendant plusieurs années, et secrétaire de son général Vitelleschi pendant sept ans. Ses principaux ouvrages sont : I. La Continuation de l'Histoire de la Société des Jésuites, en 4 vol. in-fol. Cet ouvrage, écrit d'un style noble, intéressant, et quelquefois emphatique, respire moins dans certains endroits l'impartialité d'un historien, que le zèle d'un homme attaché à son Ordre. [Voyez JOUVENCI.] II. De ratione Libros cum profectu legendi, in-12, à la fin duquel on trouve un discours : De vitanda Librorum moribus noxiorum lectione, que le père Sacchini prononça à Rome dans sa classe de rhétorique, en 1604. Ces deux écrits offrent des réflexions sensées et utiles. Sa Parenesis ad magistros, est pleine d'excellentes vues pour l'instruction de la jeunesse, et bien propre à réunir les leçons de religion, de sciences et de vertu; moins étendue que le Traité du père Jouvenci sur le même sujet, elle est écrite avec plus de rapidité et de nerf.
II. SACCHINI, (Antoine-Marie-Gaspar) l'un des plus célèbres musiciens de ce siècle, né à Naples le 11 mai 1735, mort à Paris le 7 octobre 1786, fut destiné de bonne heure à la musique. Ses parens, honnêtes, mais peu riches, le placèrent dans le conservatoire de Sainte-Marie de Lorette, ensuite à Naples, où il étudia sous le fameux Durante. Il fit des progrès rapides et s'attacha principalement au violon, sur lequel il devint très-fort. Il passa ensuite à Rome, où il eut de grands succès, et à Venise, où il fut à la tête d'un conservatoire. C'est dans cette ville qu'il développa ses talens pour la musique d'église; et sans confondre ce style avec celui du théâtre, sans s'écarter de la sévérité qu'il exige, il sut y adapter un chant aimable et facile. Sa renommée croissant chaque jour, il visita quelques cours d'Allemagne, entre autres celles de Brunswick et Wittemberg, où il succéda au célèbre Jomelli. Il parcourut ensuite la Hollande, et se rendit enfin aux vœux de l'Angleterre. Pendant les onze années qu'il passa dans cette île, il en travailla six pour le théâtre de Londres, et y fut constamment applaudi. C'est dans ces diverses contrées qu'il composa les opéra de *Sémiramis*, d'*Artaxerce*, du *Cid*, d'*Andromaque*, de *Crésus*, d'*Armide*, d'*Adrien*, de *Tamerlan*, d'*Antigone*, de *Persée*, de *Montézume* et d'*Eriphile*. Le climat n'étant pas favorable à sa santé, et ses attaques de goutte devenant plus fréquentes sous un ciel nébuleux et humide, il se détermina à passer en France. Il fut accueilli à Paris avec transport, et il ne fut pas moins bien reçu à Versailles. L'empereur qui s'y trouvoit alors, lui donna des marques particulières de son estime et de son admiration. La cour parut désirer que ce célèbre compositeur fit quelques ouvrages pour la France, et il y produisit successivement six opéra. *L'Olympiade* fut représentée au théâtre Italien, sur le refus de l'Opéra de s'en charger. Lorsque cette pièce, commençant par un chœur superbe, eut excité une ivresse générale, l'Opéra obtint un ordre qui défendoit aux Italiens de la jouer, par respect pour son privilège exclusif, accordant à lui seul la représentation des pièces à grands chœurs. *Renaud* qui parut ensuite, n'eut qu'un succès médiocre, et qui ne répondit point à la grande réputation du compositeur. A l'exception de deux ou trois morceaux où l'on retrouve le caractère d'un grand maître, la musique en est foible : il est vrai que le poème, dénué de tout intérêt, n'y prévoit pas. *Dardanus*, opéra de la *Bruère*, et dont *Rameau* avoit fait les airs, fut ensuite remis en musique par *Sacchini*. Elle fut applaudie, mais les accompagnemens en parurent négligés. Les opéra qui obtinrent un succès général, furent *Chimène*, *Œdipe* à *Colone*, et *Evelina*, qu'il n'eut pas la consolation de voir exécuter. Il mourut même avant d'avoir achevé ce dernier ouvrage. Un de ses admirateurs a fait placer son buste à Rome dans l'église de Notre-Dame de la Rotonde. Son style se distingue sur-tout par la grace, la douceur, l'élégance soutenue de sa mélodie. Son harmonie est pure, correcte et d'une clarté remarquable; son orchestre est toujours brillant, toujours ingénieux. Quoiqu'il ait une manière à lui, on voit que *Hasse* et *Galuppi* furent ses modèles. Il évitait les tournures communes, mais il craignoit encore plus ce qui avoit l'air de la recherche. Ses modulations les plus inattendues n'étonnent jamais l'oreille ; elles coulent naturellement de sa plume. Avec un chant si facile et une grande sensibilité, il étoit impossible qu'il n'eût pas beaucoup d'expression ; mais comme il avoit en même temps un goût sûr, jamais son expression n'est exagérée. Un de ses mérites particuliers étoit de saisir le goût des nations différentes : la musique qu'il fit en Italie ne ressemblait point à celle qu'il donna en France. Il faut convenir cependant que son génie ne se plioit pas aux différens genres, comme aux différens goûts des peuples ; et que, quoiqu'il ait fait divers opéra-bouffons, il y en a peu de bons. Son ame disposée naturellement à la tendresse et à la mélancolie, perdoit son originalité dans les scènes comiques. Aussi l'opéra de la *Colonie* offre-t-il des airs plus remplis d'expression et de mélodie que de gaieté. Le pathétique s'y trouve réuni à tout ce que l'art a de plus brillant. Il y a sur-tout l'air d'une amante abandonnée, oui, je pars au désespoir, où tous les accens, tous les cris de la douleur et de l'amour se succèdent avec une rapidité de mouvement qui imite ceux de la passion et de la nature. Cet opéra fut donné aux Italiens, dans l'été de 1775. Mlle Colombe, jusqu'alors actrice froide, animée par la musique de Sacchini, chanta le rôle de Belinde avec autant d'ame que de noblesse, et acquit dès-lors un nom parmi les actrices distinguées. Cet habile compositeur portoit dans la société la sensibilité qui régnoit dans ses ouvrages. Généreux, bienfaisant à l'excès, il n'étoit touché que du plaisir de donner; et il se seroit procuré ce plaisir plus souvent, s'il avoit moins négligé ses affaires. Il étoit bon parent, bon ami, bon maître; peu de temps avant de rendre son dernier soupir, il disoit d'une voix mourante à un fidelle domestique : Pauvre Laurent, que deviendras-tu? Il soutenoit par ses bienfaits une de ses sœurs; et étoit empressé à obliger ses amis. Naturellement sensible à l'éloge et à la critique, il savoit cependant se mettre au-dessus des chagrins que donne un amour-propre trop susceptible; et quoiqu'il connût et sentit son talent, il étoit docile aux avis du goût et de l'amitié. Il n'avoit pas été marié: sa sœur fut son héritière.
SACCO, (Joseph-Pompée) fut professeur en médecine à Parme sa patrie, puis à Padoue. Son Souverain le rappela en 1702 dans sa capitale, et l'y retint par l'emploi de premier professeur: il pratiqua et écrivit avec succès. Ses princi- paux ouvrages sont : I. Medicina theorico-practica, Parme, 1707, in-fol. II. Novum Systema medicum ex unitate doctrinæ antiquorum et recentium, 1693, in-4.º III. Medicina rationalis practica Hippocratis. IV. Nova Methodus febres curandi, Venise, 1703, in-8º. Ses ouvrages ont été recueillis à Venise en 1730, in-fol. Ce médecin, défenseur de la doctrine de l'acide et de l'alkali, avoit établi les fondemens de sa pratique sur ces deux principes. Il poussa sa carrière jusqu'à 84 ans, et mourut en 1718.
SACCONAY, (Gabriel de) chanoine de l'église de Lyon, fut aimé de Henri II, et passa sa vie à écrire contre les Calvinistes. Ses ouvrages sont : I. Vraie idolâtris du temps présent. II. Discours sur les premiers troubles arrivés à Lyon. III. Histoire des Albigeois. IV. Du seul différent de la Religion chrétienne avec la Religion des protestans. V. Réfutation de Calvin. VI. Du vrai Corps de J. C. Lyon, Roville, 1567. La famille de Sacconay avoit fourni 18 chanoines à l'église de Lyon. Celui-ci est mort en décembre 1580.
SACHEVERELL, (Henri) docteur en théologie Anglois, du parti épiscopal, prêcha le 23 janvier 1710, à St. Paul de Londres, l'obéissance absolue aux Rois, parce que le Clergé en espéroit plus d'obéissance pour lui-même; et désigna d'une manière odieuse l'administration de Marlborough et le parti qui avoit donné la couronne au roi Guillaume. Il fut interdit pendant trois ans, et ses deux derniers sermons furent brûlés. Cette sentence fit la fortune du prédicateur. La reine Anne, qui favorisoit, dit-on, se- crètement sa hardiesse, le nomma, un mois après, recteur de Saint-André. Il mourut en 1724, traité d'incendiaire impudent par les partisans de Marlborough, et regardé par le parti opposé comme un grand orateur. I. SACHS, (Jean) de Fraustadt en Pologne, secrétaire de la ville de Thorn, puis envoyé de Hollande en sa patrie, est célèbre par un Traité contre Herman Conningius, sous le nom de François Marinis; il est intitulé: De Scopo Reipublicæ Polonicæ, 1665. Cet auteur mourut à l'âge de 30 ans, comme il se préparoit à passer dans l'île de Ceylan, par où il vouloit commencer ses voyages, qui faisoient toute sa passion.
II. SACHS, (Philippe-Jacques) médecin de Breslau, de l'académie des Curieux de la Nature, se fit un nom dans son temps par divers ouvrages savans et utiles: I. Consideratio vitis viniferæ, Lipsiæ, 1661, in-8°. II. De cancris, 1665, in-8°. III. Oceanus Macro-Microcosmicus, Vratislaviæ, 1664, in-8°. IV. De mird lapidum naturd, ibid. Sachs prouve la circulation du sang dans cet ouvrage, par la circulation des eaux. Il mourut en 1672, à 44 ans.
SACHSE, (Jean) cordonnier de Nuremberg, puis maître d'école et de chant, mort en 1567, à 81 ans, laissa un grand nombre de Poésies Allemandes, que Georges Weiler a fait imprimer. Leur mérite est assez superficiel.
SACKVILLE, Voyez DORSET.
SACRATO, (Paul) Sacratus, obanoine de Ferrare sa patrie, et neveu du cardinal Sadolet, fut l'un des meilleurs Cicéroniens du XVIe siècle. On a de lui un vol. in-12 de Lettres latines, écrites avec une politesse un peu affectée.
SACREMENT, (Les Prêtres du SAINT-) Voyez AUTHIER.
SACROBOSCO, (Jean de) appelé aussi Holywicid, d'un bourg d'Angleterre de ce nom, qui étoit le lieu de sa naissance, dans le diocèse d'Yorck, étudia dans l'université d'Oxford. Il vint à Paris, où il s'acquit un nom célèbre par ses talens pour les mathématiques. Il mourut en 1256, laissant deux ouvrages estimables, sur-tout pour son siècle; l'un, de Sphæd mundi; l'autre, de Computo Ecclesiastico. On les trouve réunis dans un vol. in-8°, Paris, 1560.
SACY, (Louis-Isaac de) Voyez IV. MAISTRE (le).
SACY, (Louis de) avocat au parlement de Paris, et l'un des Quarante de l'Académie Françoise, mort à Paris le 26 octobre 1727, à 73 ans, parut dans le barreau avec un succès distingué. Sa voix étoit touchante, sa physionomie heureuse, sa mémoire fidelle, son esprit juste et pénétrant. Il avoit tout pour réussir dans cette profession qu'il exerça avec autant de noblesse que d'applaudissement. Il ne laissa à ses enfans que l'honneur d'avoir eu un si illustre père. Fait pour la société, il y étoit aimable, il y étoit utile. Il avoit autant de douceur dans les manières que dans les mœurs. On a de lui: I. Une bonne Traduction françoise des Lettres de Pline le Jeune, et du Panégyrique de Trajan, en 3 vol. in-12. La Traduction des Lettres, aussi agréable à lire que l'original, est moins fatigante parce que le traducteur, en rendant toute la finesse de *Pline*, la rend avec plus de simplicité que lui. Celle du *Panégyrique*, quoique bonne en son genre, est moins lue que les *Lettres*, parce que le soin soutenu de montrer toujours de l'esprit, répand sur cet Éloge une monotonie qui finit par fatiguer un peu le lecteur. II. Un *Traité de l'Amitié*, in-12. Cet ouvrage, estimable à plusieurs égards, n'a pourtant paru, selon d'*Alembert*, ni assez tendre pour les ames sensibles, ni assez pensé pour les philosophes. Il offre plutôt l'image pure d'une affection douce, que le tableau animé d'une affection vive, ou la peinture énergique d'un sentiment profond. III. Un *Traité de la Gloire*, in-12, qui eut moins de lecteurs que le précédent. Son ame douce et modeste étoit plus faite pour connoître les besoins de l'amitié que ceux de l'amour-propre. IV. Enfin, un recueil de *Factums*, et d'autres Pièces, en 2 vol. in-4°. Son style est pur et élégant; il y a beaucoup de finesse dans ses pensées et de noblesse dans ses sentiments. On lui a reproché d'affecter un ton épigrammatique, et de donner trop dans l'antithèse; mais ces défauts sont pardonnables dans un écrivain qui s'étoit formé sur *Pline*, et qui vivait avec plusieurs beaux esprits partisans de ce style. *Sacy* étoit de la société de la marquise de *Lambert*, qui avoit pour lui l'amitié la plus tendre. Le commerce des *la Motte*, des *Fontenelle*, n'étoit qu'agréable à cette dame illustre; celui de *Sacy* étoit bien plus pour elle; il lui étoit nécessaire. « Si l'esprit des premiers (dit d'*Alembert*) lui offroit plus d'agrémens et de ressources, elle trouvoit dans le second une sensibilité qui allait plus à son cœur, et une ame qui répondoit mieux à la sienne. » *Sacy* mérita des amis parmi ceux mêmes, qui ne paroissaient pas devoir l'être. Il avoit plaidé dans une affaire importante, contre un académicien distingué, et avoit relevé, dans ses Mémoires, des faits peu agréables. L'offensé sentit que son estimable agresseur ne lui avoit porté ces coups que pour le seul intérêt de son client. Non-seulement il ne sut pas mauvais gré à l'avocat de ses attaques; mais, quand il se présenta à l'académie, celui contre lequel il avoit écrit fut un de ses plus ardens solliciteurs.
SADE, (N. de) abbé d'Ebreuil, mort en 1780 dans un âge assez avancé, est connu par ses *Mémoires sur la vie de Pétrarque*; en 3 vol. in-4°. [Voyez PÉTRARQUE.] Ce livre ne se borne pas à faire connoître le poète Italien; c'est un tableau de l'histoire civile, ecclésiastique et littéraire du XVI$^{e}$ siècle. Aucun événement important qui n'y soit indiqué et quelquefois développé; aucun personnage un peu célèbre dont l'auteur n'ait fait mention. L'historien répand beaucoup de jour sur des événements altérés par ses prédécesseurs, et corrige leurs fautes. S'il y a quelque chose à lui reprocher, c'est d'interrompre sa narration par les Pièces galantes de *Pétrarque* qu'il a traduites en mauvais vers. L'abbé de *Sade*, homme de condition, homme de littérature, avoit la politesse qu'inspire la haute naissance soutenue par une bonne éducation, et les connaissances qu'on doit à une étude assidue et à une bibliothèque choisie. On croit communément que la belle *Laure* étoit née de *Sade*. Elle étoit entrée dans cette famille, mais elle n'en étoit pas. Voyez son article.
SADEEL, Voyez CHANDIEU. I. SADELER, (Jean) graveur, né à Bruxelles en 1550, apprit d'abord le métier de fondeur et de ciseleur que son père exerçoit; mais l'âge développant ses inclinations, il s'attacha au dessin et à la gravure. Il parcourut la Hollande, pour travailler sous les yeux des meilleurs maîtres. Le duc de Bavière se fit un plaisir de répandre ses bienfaits sur cet artiste. Sadeler, animé par la reconnoissance, fit pour son protecteur, des ouvrages qui ajoutèrent à sa réputation. Il partit pour l'Italie, et perfectionna ses talens par l'étude qu'il fut à portée de faire des magnifiques morceaux que cette riche contrée renferme. Il présenta quelques-unes de ses gravures au pape Clément VIII: mais sa Sainteté ne lui fit que quelques complimens stériles. Cet accueil engagea Jean Sadeler à se retirer à Venise, où il mourut peu de temps après son arrivée. Il eut un fils nommé Juste ou Justin, dont on a aussi quelques Estampes qui ne sont pas sans mérite.
II. SADELER, (Raphaël) graveur, frère de Jean et son disciple. Sa vue, qu'un travail assidu et la grande application nécessaires dans son art, avoient affoiblie, lui fit quitter quelque temps la gravure. Il s'adonna à la peinture par délassement; mais son goût le rappela à son premier exercice. Il s'y distingua par la correction du dessin, et par le naturel qu'il répandoit dans ses figures. Il accompagna son frère à Rome, à Venise, et mourut dans cette dernière ville. On ne sait point la date de sa naissance, ni celle de sa mort. On trouve des Estampes de lui dans un Traité De opificio mundi, 1617, in-8°.
III. SADELER, (Gilles) graveur, né à Anvers en 1570, mort à Prague (v 1629, à 59 ans, neveu et disciple de Jean et de Raphaël, qu'il surpassa par la correction et la sévérité de son dessin, par le goût et la netteté de ses gravures. Il fit quelque séjour en Italie, où il se perfectionna par ses études d'après l'antique. Ses talens distingués le firent désirer en Allemagne par l'empereur Rodolphe II, qui lui accorda une pension annuelle. Les empereurs Mathias et Ferdinand II, successeurs de Rodolphe, continuèrent d'honorer ses talens. Ses Vestigi della antichità di Roma, (Rome, 1660, in-fol.) sont recherchés... Il y a encore eu un Marc SADELER, mais qui semble n'avoir été que l'éditeur des ouvrages de ses parens.
SADEUR, Voyez FOIGNY.
SADI, poète et philosophe— Persan, né à Schiras, capitale de la Perse proprement dite, l'an 1193 de J. C., quitta sa patrie que les Turcs désoloient, et voyagea pendant quarante ans. Les Francs le firent prisonnier dans la Terre-Sainte, et il fut condamné à travailler aux fortifications de Tripoli. Il fut racheté par un marchand d'Alep, qui lui donna sa fille en mariage, avec une dot de cent sequins. Cette fille étoit d'un mauvais caractère, et lui causoit des regrets continuels. Comme il s'en plaignoit, elle lui dit un jour: N'es-tu pas celui que mon père a racheté pour dix pièces d'or? — Oui, lui répondit-il, mais il m'a vendu pour cent sequins. Ce sage avoit un ami qui fut tout à coup élevé à une grande place. Tout le monde alloit faire compliment à son ami; il n'y alla point. Comme on en paroissoit surpris, il dit: *La foule va chez lui à cause de sa dignité, moi j'y irai quand il ne l'aura plus, et je crois que j'y irai seul.* On cite de Sadi plusieurs moralités intéressantes. « Un jour que je me promenois à midi sous un berceau de verdure impénétrable aux rayons du soleil, je vis l'Injuste sur le gazon; il dormoit. *Grand Dieu, disois-je, le souvenir des malheureux qu'il a faits ne trouble donc pas le repos de l'Injuste?* Un ami qui étoit avec moi me dit: *Dieu accorde le sommeil aux méchans, afin que les bons soient tranquilles.* — Le fils d'un avare étoit dangereusement malade; et ses amis lui disoient qu'il falloit, pour fléchir le ciel, ou distribuer des aumônes, ou lire l'Alcoran auprès de son fils. Le vieillard fut de ce dernier avis: *Il a pris ce parti, disoit Sadi, parce que l'Alcoran est sur ses lèvres, et que son or est dans ses entrailles.* Un homme avoit quitté la société des Derviches, et s'étoit retiré dans celle des Sages: *Quelle différence, demandoit-on à Sadi, trouvez-vous entre un Sage et un Derviche? Tous deux, répondit-il, traversent un grand fleuve à la nage avec plusieurs de leurs frères: le Derviche s'écarte de la troupe pour nager plus commodément, et arrive seul au rivage; le Sage, au contraire, nage avec la troupe, et tend quelquefois la main à ses frères.* — Un homme opulent disoit par dérision devant le poète Sadi, que l'on voyoit souvent l'homme d'esprit à la porte du riche, et jamais le riche à la porte de l'homme d'esprit. C'est, répondit le philosophe, *parce que l'homme d'esprit sait le prix des richesses, et que le riche ignore le prix des lumières.* — Sadi laissa trois ouvrages; le premier est intitulé: *Gulistan*, qui parut en vers et en prose l'an 1258. Quelque temps après il publia son *Bostan*, qui est tout en vers, aussi bien qu'un autre de ses ouvrages qui porte le titre de *Molamdat*. Le mot *Gulistan* signifie proprement, en langue persane, un *jardin* ou *parterre de fleurs*, et celui de *Bostan* se prend pour un *jardin de fruits*; celui de *Molamdat* signifie en arabe, des *étincelles*, des *rayons*, des *échantillons*. Il mourut à l'âge de 116 ans, l'an 1291. *Voltaire* faisoit peu de cas de ses poésies; mais comme il ignoroit absolument la langue persane, son sentiment n'est peut-être pas fondé. Si on en juge par les vers qu'il en rapporte lui-même, on ne peut s'empêcher de reconnoître dans le poète Persan beaucoup d'énergie et d'élévation. Voici comme il parle de Dieu. Il sait distinctement ce qui ne fut jamais: De ce qu'on n'entend pas son oreille est remplie. De l'éternel burin de sa prévision Il a tracé nos traits dans le sein de nos mères. De l'aurore au couchant il porte le soleil. Il sème de rubis les masses des montagnes. Il prend deux gouttes d'eau; de l'une il fait un homme, De l'autre il arrondit la perle au fond des mers. L'etre, au son de sa voix, fut tiré du néant. Qu'il parle, et dans l'instant l'univers va rentrer Dans les immensités de l'espace et du vide; Qu'il parle, et l'univers rephesé en un instant, De l'abyme du rien dans les plaines de l'être. Son *Galistan* a été traduit en françois, in-12. On a aussi publié les *Traditions orientales*, ou *Morale de Sadi*, 1762, in-12.
SADLER ou SADELER, (Jean) d'une ancienne famille de Shropshire en Angleterre, né en 1615, se livra à l'étude du droit, et eut des emplois considérables. Il mourut en 1674, à 59 ans, après avoir publié un ouvrage intitulé: *Les Droits du Royaume*, 1649, in-4°. Il n'y est pas favorable à ceux des Rois; et à l'avènement de *Charles II*, il fut privé de ses charges. On lui doit encore un autre ouvrage ayant pour titre *Olbia*. I. SADOC, fils d'*Achitob*, grand-prêtre de la race d'*Eléazar*, qui fut substitué à *Achimelech* ou *Abiathar* de la race d'*Ithamar*, fut mis à mort par les ordres de *Saïl*. Le fils de cet *Achimelech* s'étant réfugié vers *David*, fut revêtu du sacerdoce par ce prince, tandis que *Sadoc* en faisoit les fonctions auprès de *Saïl*. Après la mort de ce malheureux Roi, *David* ayant conservé cette dignité à ce dernier, quoiqu'il eût suivi le parti de *Saïl*, il y avoit dans Israël deux grands-prêtres: *Sadoc*, de la famille d'*Eléazar*; et *Abiathar*, de celle d'*Ithamar*. Le premier demeura toujours fidèle à *David*. Lorsqu'*Adonias* voulut se prévaloir du grand âge de son père pour se faire déclarer Roi, *Sadoc* donna l'onction royale à *Salomon*: ce prince le déclara seul souverain pontife après la mort de *David*. L'an 1014 avant J. C., et dépouilla de sa dignité *Abiathar*... Il ne faut pas le confondre avec *Sadoc II*, grand-prêtre des Juifs, vers l'an 670 avant J. C., du temps du Roi *Manasses*.
II. SADOC, fameux docteur Juif, et chef de la secte des *Saducéens*, vivoit près de deux siècles avant J. C. Il eut pour maître *Antigone*, qui enseignoit « qu'il falloit pratiquer la vertu pour elle-même; et sans la vue d'aucune récompense. » *Sadoc* en tira ces mauvaises conséquences, qu'il n'y avoit donc ni récompenses à espérer, ni peines à craindre dans une autre vie. Cette doctrine impie eut bientôt un grand nombre de sectateurs, qui sous le nom de *Saducéens*, formèrent une des iv principales sectes des Juifs. Ils nioient la résurrection et l'immortalité de l'âme, et ils ne reconnoissoient ni anges, ni esprits. Ils rejetoient aussi toutes les traditions, et ne s'attachoient qu'au texte de l'Écriture; mais il est faux qu'ils niassent la Providence, les prophéties et les miracles, puisqu'ils admettoient les livres de l'Ancien Testament, qu'ils pratiquaient la loi de *Moïse* et le culte religieux des Juifs. Leurs mœurs, si l'on en croit l'historien *Joseph*, étoient fort sévères: et il est remarquable que J. C. qui les reprend de ne pas entendre l'Écriture, ne leur fait aucun reproche sur l'article des mœurs, au lieu qu'il en fait beaucoup aux *Pharisiens*. Les *Saducéens* n'étoient donc pas, comme l'ont assuré quelques incrédules modernes, des Epicuriens Juifs. Ce fut plus par esprit de parti que par libertinage, qu'ils furent entraînés dans leurs dangereuses opinions. « Les *Pharisiens* » et les *Saducéens*, toujours en nemis nemis, (dit M. l'abbé de *Condit-* *dec*) » faisoient deux partis dans » l'Etat, comme deux sectes dans » la Religion. Ils devoient donc se » contredire plus par haine que » par principes, et tomber, par » conséquent, d'erreur en erreur. » Ainsi, comme les *Pharisiens* » proposoient des récompenses » pour des œuvres de suréroga- » tion, les *Saducéens*, qui ne » vouloient pas de ces œuvres, » dirent d'abord : *Ne soyez pas* » comme des esclaves ; n'obéissez » pas à votre maître simplement » par la vue des récompenses ; » obéissez sans intérêt, et sans » espérer aucun fruit de vos tra- » vaux. Cet excès de spiritualité » est déjà une erreur ; car il n'est » pas dans la nature de l'homme » de renoncer à tout intérêt, et » Dieu n'exige pas de nous un » culte entièrement désintéressé, » puisqu'il nous offre lui-même » des récompenses. Cependant les » *Saducéens*, au lieu de reculer, » avancèrent encore. Pour prou- » ver que nous ne devons pas agir » dans la vue des récompenses, » ils assurèrent qu'il n'y en a pas » après cette vie. En conséquence, » ils nièrent l'immortalité de l'ame » et la résurrection ; et parce que » vraisemblablement on voulut » leur prouver que l'ame pouvoit » être immortelle, puisqu'il y a » des esprits immortels, ils niè- » rent encore l'existence des An- » ges. Enfin, les *Esséniens* avoient » soumis au destin jusqu'aux ac- » tions des hommes ; et les *Pha-* » *risiens*, convenant de l'influence » de la Providence, avoient sou- » tenu que nous agissons avec » elle, comme elle avec nous, » puisque nous avons le pouvoir » de faire ou de ne pas faire des » actions de justice. Il restoit un » troisième sentiment : c'étoit de » dire que le libre arbitre se suffit, » et qu'il n'a pas besoin du con- » cours de Dieu. Les *Saducéens* » l'embrassèrent. Voilà, du moins » autant que je le puis conjectu- » rer, comment les *Saducéens* » s'engagèrent dans une suite » d'erreurs. » La mauvaise doctrine » des *Saducéens* ne les empêcha » point d'être élevés aux plus grands » emplois, et même à la souverain » sacrificature. Leur secte subsiste » encore en Afrique et en divers » autres lieux.
SADOLET, (Jacques) né à Modène en 1478, d'un professeur en droit à Ferrare, eut son père pour précepteur. Après avoir ap- pris sous lui le grec et le latin, il étudia en philosophie sous *Nico-* *las Léonicène*. Pour multiplier ses connoissances, il se rendit à Rome, où le cardinal *Olivier Caraffe*, pro- tecteur des gens de lettres, le prit chez lui. *Léon X* non moins ar- dent à rechercher le mérite qu'à l'employer, le choisit pour son secrétaire. Sa plume élégante et facile se prétoit à toutes les ma- tières : théologie, philosophie, éloquence, poésie. Il joignoit à un rare savoir, une modération et une modestie plus rares encore : il fallut que *Léon X* usât de toute son autorité pour lui faire accep- ter en 1517 l'évêché de Carpen- tras. Après la mort de ce pontife, il se rendit dans son diocèse, et il partagea son temps entre les tra- vaux de l'épiscopat et les plaisirs de la littérature. Il chérissoit ses diocésains comme ses propres en- fans. « *J'aime* (disoit-il dans une de ses lettres) *cette église et cette* *ville de Carpentras pour épousé* *spirituelle et pour patrie. J'ai une* *tendresse de père pour mes peuples* et ce n'est qu'avec une répugnance extrême que je me sépare d'eux. » Clément VII le rappela à Rome; mais Sadolet ne s'y rendit qu'à condition qu'il retourneroit dans son évêché au bout de trois ans. Il y retourna en effet; mais Paul III le fit revenir bientôt à Rome, et l'honora de la pourpre en 1536. Sadolet ne prévoyait ni ne sou- hatoit un tel honneur : les lettres qu'il écrivit à ce sujet, en sont la preuve. Les sentimens de probité, de candeur, de vraie philosophie qu'elles respirent, partoient du cœur. Il disoit, par exemple, à Bembo, depuis cardinal : Je vous prie de m'aimer toujours. Vous m'en estimerez moins, depuis que j'ai accepté le chapeau; mais croyez que ce n'est pas ma faute. Le nouveau cardinal se trouva en 1538 à l'entrevue que le pape est près de Nice avec Charles- Quint et François I. Sadolet, toujours porté pour la paix, re- montra aux deux monarques ri- vaux « qu'il étoit temps de finir » leurs longues dissensions; qu'ils » devoient secourir l'Eglise me- » nacée plus que jamais par les » armes des infidelles, plutôt que » de troubler l'Europe; que la » paix seroit le plus bel héritage » qu'ils pussent laisser à leurs en- » fans; que les autres biens étoient » frivoles et peu durables, au lieu » que celui-ci procuroit les béné- » dictions de la terre et les récom- » penses du ciel. » Une trêve de dix ans fut le fruit de cette entre- vue et de ces exhortations; mais ce calme ne dura pas même la moitié du temps qu'on avoit sti- puité. Une nouvelle guerre s'al- luma en 1543 entre l'empereur et le Roi de France. Paul III dé- puta à ce dernier prince, Sadolet, avec le titre et les pouvoirs de l'État. L'évêque de Carpentras en- gagea le monarque François à vou- loir bien qu'on parlât de paix; mais Charles-Quint fit naître des difficultés insurmontables. La mis- sion du cardinal Sadolet ayant été inutile, il retourna à Carpentras; et quelque temps après il fut rap- pelé à Rome, où le pape avoit besoin de ses conseils dans les fré- quentes congrégations tenues du- rant la tenue du concile de Trente. Il étoit septuagénaire et infirme. Une fièvre lente l'assaillit sur la fin de Septembre 1547, et il en mourut également regretté des Catholiques et des Protestans. Il étoit en commerce avec les sa- vans de l'une et de l'autre religion; condamnant l'erreur, mais esti- mant le mérite par-tout où il le trouvoit Sadolet ne posséda jamais que son évêché de Carpentras, depuis même que Paul III l'eut nommé cardinal : conduite bien rare dans un siècle où la pluralité des bénéfices les plus incompati- bles étoit si commune. S'il souhai- toit quelquefois d'être plus riche, ce n'étoit que pour avoir le moyen de faire du bien aux gens de lettres. Mais lorsqu'il réfléchis- soit sur les avantages inestimables de la médiocrité, il préféroit sa situation à celle des plus riches prélats. François I l'ayant voulu appeler auprès de lui, il répondit qu'il préféroit le repos et le silence de sa solitude au tumulte des Cours et à l'embarras des affaires. La belle littérature étoit un de ses plus chers délassemens dans cette solitude. Il s'étoit adonné dans sa jeunesse à la poésie latine avec un succès peu commun; mais il y renonça entièrement sur la fin de ses jours. Son style en vers et en prose, respire l'élégance et la pureté des anciens écrivains Hu- trains. Il s'étoit formé sur Cicéron; on pourroit même lui reprocher de s'être trop attaché à l'imiter. De tous ceux qui ont fait revivre dans le xv$^{e}$ siècle la belle latinité, il est celui qui a le mieux réussi. Ses ouvrages ont été recueillis à Vérone en 3 vol. in-4$^{e}$, le 1$^{er}$ en 1737; le 2$^{e}$ en 1738; le 3$^{e}$ en 1740. Les principaux écrits de ce recueil sont : I. Divers Discours, dont le principal mérite est dans le style. II. Dix-sept livres d'Epitres, les unes intéressantes, les autres moins agréables. III. Une interprétation des Pseames et des Epitres de S. Paul; et d'autres ouvrages de théologie, écrits avec plus de politesse que de profondeur. IV. Des Traités de morale philosophique, sur l'éducation des enfans, sur les consolations dans les malheurs; et quelques autres écrits de ce genre, dont on fait cas, quoique ses raisonnemens soient quelquefois trop subtils et embarrassés. V. Plusieurs Poèmes, parmi lesquels son Curtius et son Laocoon tiennent le premier rang. L'auteur copie quelquefois dans ses vers les phrases de Virgile, ainsi que dans sa prose celles de Cicéron; mais, à travers les efforts d'une imitation servile, il laisse échapper de temps en temps des traits de son esprit. Ses écrits théologiques sont d'un ton de douceur et de modération qui étoit l'expression de son caractère. Il osa même écrire à Paul III, « qu'il étoit étonnant qu'on pour- » suivit avec acharnement les nouveaux Hérétiques, tandis qu'on » laissoit vivre en paix les Juifs, » dont la haine irréconciliable » contre le nom Chrétien étoit » connue, et qui d'ailleurs jouis- » soient de grandes richesses, dont ils dépouilloient les Chrétiens par » leurs exactions et leurs usures. » Lorsque les habitans de Cabrières, poursuivis par le parlement de Provence à cause de leurs erreurs, envoyèrent leur profession de foi à Sadolet, ce cardinal, « suivant » son naturel plein de douceur et » de bonté » (dit le continuateur de Fleury...) » reçut très-bien ceux » qui la lui porterent, et leur dit » que toutes les choses qu'on pu- » blioit d'eux n'avoient été inven- » tées que pour les rendre odieux; » qu'il n'en avoit rien cru; mais » qu'ils devoient penser à réfor- » mer leur doctrine, qui n'étoit » pas celle de l'Eglise; que dans » les endroits où ils parloient du » papé et des évêques, il y avoit » trop d'aigreur et d'animosité; » qu'il falloit se soumettre, et » parler d'un style plus modéré; » qu'au reste il conserveroit tou- » jours pour eux beaucoup d'af- » fction, et que ce ne seroit » jamais par son avis qu'on les » opprimeroit; qu'il iroit bientôt » dans sa maison de Cabrières, où » il s'informeroit plus particuliè- » rement de toute l'affaire; et » qu'il empêcheroit les troupes du » Vice-Légat de continuer leurs » hostilités: en quoi il réussit. » Son indulgence pour les errans ne lui fit pas négliger les intérêts de la vérité. Dans les premiers temps de la réforme, il écrivit aux Géne- » vois une lettre qui respiroit tout- » à-la-fois la politesse d'un courti- » san et le zèle d'un évêque. Quoi- » qu'il fut très-lie avec Erasme, il » blâmoit quelquefois les libertés qu'il se donnoit de temps en temps en matières de religion; et la ma- » nière honnête avec laquelle il lui » disoit des vérités, charmoit presque » autant Erasme, que si ses remar- » ques eussent été des complimens. » Pour avoir les Ouvrages complet B a de Sadolet, il faut ajouter aux 3 volumes déjà cités, ses Lettres et celles des savans avec lesquels il étoit en correspondance, publiées à Rome en 1764, in-12, 3 vol.; ainsi qu'un autre recueil imprimé en 1759, in-12, qui contient ses Lettres écrites au nom de Léon X, Clément VII et Paul III; avec un abrégé de la vie de l'auteur, écrite par Florebelli son contemporain... Voy. SACRATO.
SADUCÉENS, Voy. SADOC, n° II.
SÆMUND-SIGFUSSON, l'un des anciens écrivains Islandois, est regardé comme l'auteur de l'Edda, livre qui contient les dogmes et la mythologie des Scandinaves et autres peuples du nord. Il fut écrit en islandois, peu de temps après l'abolition du paganisme, vers l'an 1057. Résénius en a donné une édition, à laquelle un prêtre islandois, nommé Étienne Osaï, a ajouté une version latine. Voyez RESÉNIUS.
SAENREDAM, (Jean) célèbre graveur, vivoit à la fin du xve siècle et au commencement du xvi. Les Estampes de ce maître sont très-goûtées des curieux. Il a sur-tout travaillé d'après Goltzius, et il a su allier la douceur avec la fermeté dans sa touche. On désirerait plus de correction dans ses dessins; mais c'est un reproche qu'il doit partager avec la plupart des peintres qu'il a copiés.
SAENZ, Voy. AGUIRRE.
SAGAREL, Voy. SEGAREL. I. SAGE, (David le) de Montpellier, mort vers 1650, eut des mœurs dépravées et quelque talent. Il s'est fait de la réputation par ses poésies gasconnes. On a de lui un recueil intitulé: Les Folies du sieur le Sage, 1650, in-8. Ce sont des Sonnets, des Elégies, des Satires et Epigrammes, dignes du titre de cette collection.
II. SAGE, (Alain-René le) excellent romancier François et bon comique, né à Ruys en Bretagne vers l'an 1677, vint de bonne heure à Paris. Son premier ouvrage fut une traduction paraphrasée des Lettres d'Aristénète, auteur Grec, en 2 vol. in-12. Il apprit ensuite l'espagnol, et goûta beaucoup les écrivans de cette nation, dont il a donné des traductions, ou plutôt des imitations qui ont eu un grand succès. Ses principaux ouvrages en ce genre sont: I. Guzman d'Alfarache, en 2 vol. in-12; ouvrage où l'auteur fait passer le sérieux à travers le frivole qui y domine. II. Le Bachelier de Salamanque, en 2 vol. in-12; roman bien écrit, et semé d'une critique utile des mœurs du siècle. III. Gilblas de Santillane, en 4 vol. in-12. On y trouve des peintures vraies des mœurs des hommes, des choses ingénieuses et amusantes, des réflexions judicieuses. Il y a du choix et de l'élégance dans les expressions, de la netteté et de la gaieté dans les récits. C'est un tableau fidèle de toutes les conditions, et le meilleur roman moral qu'aucune nation ait produit. IV. Nouvelles Aventures de Don Quichotte, en 2 vol. in-12. Ce nouveau Don Quichotte ne vaut pas l'ancien; il y a pourtant quelques plaisanteries agréables. V. Le Diable Boiteux, in-12, 2 vol.; ouvrage qui renferme des traits propres à égayer l'esprit et à corriger les mœurs. (Voy. I. GUEVARA.) Il eut d'abord un si grand débit, que l'on rapporte que deux seigneurs mirent l'épée à la main pour avoir le dernier exemplaire de la deuxième édition. VI. *Mélanges amusans de saillies d'esprit et de traits historiques des plus frappans*, in-12. Ce recueil, ainsi que tous ceux de ce genre, est un mélange de bon et de mauvais. VII. *Roland l'amoureux*, traduction du *Boïardo*, 2. vol. in-12. VIII. *Estevanille*, ou le *Garçon de bonne humeur*, 2 vol. in-12; ouvrage dans lequel on retrouve toujours l'esprit de l'agréable auteur de *Gilblas*. Le *Sage* s'est aussi rendu célèbre par ses pièces dramatiques. On voit avec plaisir, au théâtre François, *Crispin rival de son maître*, et *Turcaret*, comédies en prose. *Molière* n'auroit pas désavoué plusieurs scènes de ces deux pièces. Cette dernière, jouée en 1709, peint les mœurs du temps, qui sont encore les nôtres. Un dialogue juste et naturel, des caractères d'une grande vérité, une intrigue bien conduite, la distinguent. L'Opéra comique est enrichi d'un grand nombre de ses ouvrages. Cet auteur avoit peu d'invention; mais il avoit de l'esprit, du goût, et l'art d'embellir les idées des autres, et de se les rendre propres. On peut le mettre au rang des auteurs qui ont le mieux possédé leur langue. Il eut plusieurs enfans, dont l'aîné s'est illustré comme acteur sur le théâtre François, sous le nom de *MONTMENIL*. C'étoit un homme d'une société douce et aimable : au milieu des plaisirs inséparables de son état, ses mœurs étoient irréprochables. Il mourut subitement dans une partie de chasse, le 8 septembre 1743. Il emporta les regrets de tous les honnêtes gens, amateurs du théâtre. Il avoit un talent supérieur, et qui n'étoit qu'à lui, pour les rôles de *valet*. Le public en a long-temps senti la perte. La mort du fils mit le père dans le plus grand embarras. Il étoit extraordinairement sourd, et il se servoit d'un cornet qu'il appeloit son *bienfaiteur*, parce qu'il le tiroit de sa poche lorsqu'il imaginoit que la société étoit remplie de gens d'esprit, et qu'il l'enfermoit lorsqu'il ne rencontroit que des sots; et cette infirmité l'empêchant de jouir des agrémens de la société dans la capitale, il partit pour Saint-Quentin, où l'un de ses fils étoit chanoine. Ce ne fut pas sans de vifs regrets, quoique dans un âge avancé. Il auroit dit volontiers, avec l'ingénieux et facile *Coulange*, dans ses *Adieux* à la ville de Paris : *Je crois, en te quittant, sortir de l'univers.* Il se retira donc chez son fils le chanoine, avec sa femme et ses filles; mais il n'y vécut pas long-temps: une maladie violente l'emporta en 1747, à 70 ans. Il mourut à Boulogne-sur-mer. On lui fit cette *Epitaphe* : *Sous ce tombeau gît le Sage, abattu Par le ciseau de la Parque importune : S'il ne fut pas ami de la Fortune, Il fut toujours ami de la Vertu.* On a peint le *Sage* comme un homme d'un caractère doux, prévenant, toujours égal. Sa conversation étoit amusante. On l'entouroit aux cafés : il assaisonnoit ses écrits d'anecdotes et de saillies, qui le faisoient écouter avec encore plus de plaisir. On prétend qu'il suivoit exactement les devoirs de la religion, et que les jeux badins de son esprit ne prenoient rien sur les sentimens de son cœur. On a fait un recueil des *romans* de le Sage et de ceux de l'abbé Prévot, en 54 vol. in-8.º
SAGES, (les Sept) de la Grèce : Voyez BIAS ; CHILON ; CLÉOBULE ; PÉRIANDE ; PITTAGUS ; SOLON, et THALES.
SAGINAHOR, (Joseph) rabbin Juif, mort dans le XVIe siècle, a publié une interprétation chaldaïque, ou Thargoun, sur le livre de Job.
SAGITTARIUS, (Gaspard) théologien Luthérien, historien du duc de Saxe, et professeur en histoire dans l'université de Hall, naquit à Lunebourg en 1543. Les langues savantes, l'histoire, les antiquités, lui étoient très-familières. Sa mémoire étoit un vaste dépôt, où s'étoient rassemblées les connaissances les plus étendues : mais elles n'y étoient pas toujours dans l'ordre le plus clair. Ses principaux ouvrages sont : I. Des Dissertations sur les Oracles, sur les Souliers, in-4.º, et sur les Portes des anciens, in-8.º II. La succession des Princes d'Orange jusqu'à Guillaume III. III. L'Histoire de la ville d'Hurdevick, in-4.º IV. L'Histoire de Saint Norbert, qu'il publia en 1683. V. Historia antiqua Noribergæ, in-4.º, savante et judicieuse. VI. Les Origines des Ducs de Brunswick, in-4.º VII. Histoire de Lubeck, in-4.º VIII. Les antiquités du royaume de Thuringe, in-4.º, ouvrage plein de recherches, ainsi que tous les écrits de cet auteur, dont on peut voir la liste dans sa Vie composée en latin par Schmidius, Iene, 1713, in-8.º IX. Une Histoire exacte et curieuse des Marquis et des Electeurs de Brandebourg, in-4.º, et un grand nombre d'autres. Il mourut le 9 mars 1694, à 51 ans.
SAGREDO, (Jean) procurateur de Saint-Marc, étoit d'une des plus anciennes familles nobles de Venise, et qui a produit de grands hommes. Il fut élu doge de la république en 1675; mais son élection n'ayant pas été agréable au peuple, il se démit volontairement. En 1691 il fut provéditeur-général dans les mers du Levant. Il devint ensuite ambassadeur dans les plus grandes cours de l'Europe, et il avoit passé par divers emplois distingués avant que d'être élevé à la dignité de procurateur de Saint-Marc. Cet habile homme publia en 1677, in-4.º, à Venise, une Histoire de l'empire Ottoman, sous ce titre : Memorie istoriche de Monarché Ottomani. L'auteur commence à l'an 1300, et continue son Histoire jusqu'en 1644, sous le règne d'Ibrahim I, qui monta sur le trône en 1640. Cet historien est sage, impartial, et très-instruit de la matière qu'il avoit entrepris de traiter. Son style est serré, dans le goût de Tacite; et l'auteur sème, selon les circonstances, des réflexions solides et judicieuses. Cette Histoire a été traduite en françois par Laurent, et imprimée à Paris en 1724, en 6 vol. in-12, sous ce titre : Histoire de l'empire Ottoman, traduite de l'italien de Sagredo.
SAGTLEVEN, excellent paysagiste Hollandois, dont les tableaux et les dessins sont recherchés et peu communs. Il vivoit dans le XVIIe siècle; nous ignorons les années de sa naissance et de sa mort.
SAHIM - GHERAF, Kan de Crimée, succéda à Dewlat-Gherai. Dans le gouvernement de sa patrie. Il avoit été ambassadeur de ce dernier à la cour de Russie. Celle-ci, profitant des troubles de la Crimée, fit élire *Sahim* dont elle connoissoit le caractère facile, à la place de *Dewlet* qui avoit quitté son pays et s'étoit attaché au parti des Turcs. Ce dernier ayant pris la fuite dans une action, les Turcs indignés firent nommer à sa place *Sélim-Gherai*, qu'ils abandonnèrent encore par le traité signé à Constantinople, le 21 mars 1779, pour reconnoître *Sahim*. Ce prince foible et doux aimoit les arts de l'Europe. La Russie profita de son goût pour lui faire connoître les jouissances du luxe et l'asservir. Bientôt, il dédaigna les mœurs de son pays; au lieu de se montrer sans cesse à cheval, on lui donna une magnifique berline. On lui fit abandonner son ancienne manière de manger, pour prendre un cuisinier russe et de la vaisselle plate. Les Tartares commencèrent à murmurer contre ce changement dans les usages de leur nation, et contre l'attachement de leur Kan à la Russie. Deux de ses frères, dont l'un étoit gouverneur du Kuban, se révoltèrent et faillirent à le faire prisonnier dans la ville de Kaffa où il résidoit. Le prince *Potemkin*, à la tête d'une armée russe, vola à son secours, le rétablit, et livra à la mort treize des principaux rebelles. Quelque temps après, sous le même prétexte de défendre *Sahim* contre l'invasion des Turcs, le général *Balmaire* surprit Kaffa, et força le Kan et les principaux Myrzas du pays à prêter serment à l'impératrice. On promit à *Sahim* une pension annuelle de 800 mille roubles : ce traitement assura son avilissement et le joug de sa patrie. On refusa bientôt de payer sa pension : relégué à Kalouga, dans le plus extrême dénuement, il fut forcé de quitter le pays où il avoit donné des lois, pour se réfugier auprès de ses propres ennemis, dans la Moldavie. Les Turcs ne furent pas assez généreux pour respecter son malheur ; ils se saisirent de sa personne et le transportèrent dans l'île de Rhodes, où malgré les prières et les démarches du Consul de France, l'infortuné *Sahim* fut étranglé en 1787.
SAILLANT, (N. du) gentilhomme du Gévaudan, fut d'abord page du roi, et servit ensuite pendant long-temps. Au commencement de la révolution, il s'entoura au château de Jalès, près de Mende, de quelques adversaires du nouveau régime ; et sous le prétexte d'une fédération, il parvint à rassembler près de vingt mille hommes de gardes nationaux, et conçut l'espoir de les faire marcher contre Paris. Cet espoir fut bientôt déçu : les fédérés, après avoir renouvelé le serment de fidélité à la nation, à la loi et au roi, se retirèrent. *Du Saillant*, réunis à un petit nombre de gens, ne s'empara pas moins de Banne ; mais son rassemblement manquant d'armes, de discipline, d'argent, conduit par un chef fougueux, sans prudence, plus téméraire que courageux, fut dispersé par le régiment de Hainault ; et *du Saillant*, fait prisonnier, fut conduit aux Vans, et massacrés sur la place publique avec quatre personnes de sa suite.
SAINCTES, (Claude de) *Sano tesius*, né dans le Perche, se fit chanoine régulier dans l'abbaye de Saint Cheron près Chartres, en 1540, à l'âge de 15 ans. La cardinal de Lorraine le mit dans le collège de Navarre, où il fit ses humanités, sa philosophie et sa théologie ; il fut reçu docteur de Sorbonne en 1555, et entra ensuite dans la maison du cardinal son bienfaiteur, qui l'employa au colloque de Poissy en 1561, et le fit envoyer par le roi Charles IX au concile de Trente, avec onze autres docteurs. C'est lui et Simon Vigor, depuis archevêque de Narbonne, qui disputèrent contre deux ministres Calvinistes, chez le duc de Nevers, en 1566. Leur triomphe fut complet, et de Saintes fit imprimer deux ans après, les Actes de cette conférence. Ses écrits, ses sermons, et son zèle contre les hérétiques, lui méritèrent l'évêché d'Evreux en 1575. Il assista l'année suivante aux états de Blois, et au concile de Rouen en 1581. Sa fureur pour la Ligue le jeta, dit-on, dans des travers monstrueux. Il fut pris dans Louviers par les gens du roi Henri IV. On trouva dans ses papiers un écrit, où il prétendoit justifier l'assassinat de Henri III, et où il excitoit à commettre le même forfait sur le roi de Navarre. Ces accusations intentées par les Calvinistes, ne furent pas prouvées démonstrativement. Il n'en fut pas moins conduit prisonnier à Caen, où il auroit subi le dernier supplice, si le cardinal de Bourbon et quelques autres prélats n'eussent intercédé pour lui. Il fut donc, à leurs prières, condamné à une prison perpétuelle, et renfermé dans le château de Creve-cœur au diocèse de Lisieux, où il mourut de poison, dit-on, en 1591. On a de lui un grand nombre d'ouvrages. Le plus considérable et le plus rare est un Traité de l'Eucharistie, en latin, in-folio, chargé de citations, et qu'on ne lit plus aujourd'hui. Le seul de ses ouvrages qui soit recherché, à cause des choses curieuses et intéressantes qu'il renferme au sujet de la Messe de l'église romaine, est intitulé: Liturgie Jacobi Apostoli, Basilii Magni, Joannis Chrysostomi, etc. à Anvers, Plantin, 1560, in-8. On joint ordinairement cet ouvrage au Traité sur la Messe latine de Francowitz, parce qu'ils ont beaucoup de rapport.
SAINCTYON, (N. de) étoit de Paris, et y mourut en 1723. On lui doit une comédie en cinq actes, intitulée les Façons du temps. De société avec Dancourt, il a fait le Chevalier à la mode et les Bourgeoises à la mode, comédies qui ont eu quelque succès.
SAINT-AUON, Voy. PICART n° IV.
SAINT-AMAND, (Marc Antoine - Gerard de) fils d'un chef d'escadre, naquit à Rouen. Il passa sa vie à voyager et à rimer, deux métiers qui ne mènent pas à la fortune. L'abbé de Marolles voulut le fixer, en lui procurant sa charge de gentilhomme ordinaire de la reine de Pologne; mais l'humeur inconstante de Saint-Amand ne pouvoit se prêter à ces offres. Il retourna à Paris, où il fut sifflé. Il se montra à la cour, et n'y fut pas mieux reçu. Voici un abrégé de sa vie, tel qu'on le trouve dans la première satire de Boileau. Les traits de ce tableau ne sont pas très-fins ; mais ils paroissent vrais. Saint - Amand n'eut du Ciel que sa veine en partage : L'habit qu'il eut sur lui, fut son seul héritage : Un lit et deux placets composaient tout son bien, On, pour en mieux parler, Saint-Amand n'avait rien. Mais quoi: las de traîner une vie importune, Il engagea ce rien pour chercher la fortune; Et tout chargé de vers qu'il devoit mettre au jour, Conduit d'un vain espoir, il parut à la Cour. Qu'arriva-t-il enfin de sa Muse abusée? Il en revint couvert de honte et de risée; Et la fièvre au retour terminant son destin, Fût par avance en lui ce qu'auroit fait la faim Ce fameux satirique ne le traita pas mieux dans son Art Poétique; car, en recommandant d'éviter des détails bas et rampans, où Saint-Amand étoit tombé dans son MOISE SAUVE, il dit: N'imitez pas ce fou, qui décrivant les mers, Et peignant, au milieu de leurs flots entr'ouverts, L'Hébreu sauvé du joug de ses injustes maîtres. Met, pour le voir passer, les poissons aux fenêtres; Reint le petit enfant, « qui va, saute, » revient, » Et joyeux à sa mère offre un caillou » qu'il tient. » Toutes les productions de Saint-Amand sont pleines des défauts que Despréaux reproche au Moïse sauvé. Elles ont été recueillies en 3 vol. in-12. Sa meilleure pièce est son Ode intitulée, la Solitude; le reste ne mérite pas d'être cité. Saint-Amand mourut en 1660, âgé de 67 ans, du chagrin de ce que Louis XIV a- voit pu supporter la lecture de son poème de la Lune, dans lequel il louoit ce prince de savoir bien nager. Au reste, ce poème de la Lune étoit très-peu de chose; et on ne pouvoit que louer l'intention du poète, qui vouloit célébrer la divinité sous l'influence de laquelle il avoit passé sa vie. Boileau disoit de Saint-Amand, qu'il s'étoit formé du mauvais de Hegnier. Si ce dernier faisoit mal les vers, il avoit du moins le talent de les bien lire; et Gombault lui adressa l'épigramme suivante à ce sujet: Tes vers sont beaux quand tu les dis, Mais ce n'est rien quand je les lis; Tu ne peux pas toujours en dire; Fais-en donc que je puisse lire. Considéré comme homme de société, Saint-Amand valoit mieux que comme poète. Son enjouement et ses bons mots le faisoient rechercher. S'étant trouvé dans un cercle avec un homme qui avoit la barbe blanche et les cheveux noirs, il lui dit: Il paroît, monsieur, que vous avez moins travaillé du cerveau que de la michoire... Saint-Amand connoissoit ce dernier travail, et il étoit très-passionné pour la bonne chère.
SAINT-AMAND, Voy. TRISTAN, n° IV.
SAINT-AMOUR, Voyez AMOUR (Saint-).
SAINT-ANDRÉ, (Mlle) a publié dans le XVIIe siècle plusieurs poésies, parmi lesquelles on a distingué l'Hiver de Versailles et la Description de la chapelle de Sceaux.
SAINT-ANDRÉ, Voyez AMBON et FERNANYILLE.
SAINT-ANGEL, *Voyez BA-LOUFEAU.*
SAINT-AUBIN, *Voyez GEN-DRE*, n° II... GUEDIER... et IV. MAISTRE, n° V de ses ouvrages. I. SAINT-AULAIRE, (Fran-çois) sieur de la Renaudie en Pé-rigord, a publié un ouvrage sur la Fauconnerie, Paris, 1619, in-4°. Il est devenu très-rare.
II. SAINT-AULAIRE, (Fran-çois-Joseph de Beaupoil, marquis de) né dans le Limousin d'une famille connue dans le xv$^{e}$ siècle, porta les armes pendant sa jeu-nesse. Il les quitta dans un âge plus avancé, pour être tout entier à la société et à la littérature. La duchesse du *Maine* l'appela à sa cour, dont il fit les délices pen-dant 40 ans, par les charmes de son esprit et de sa conversation. Ce fut pour cette princesse qu'il fit, en jouant au *secret*, l'im-promptu si connu: *La Divinité qui s'amuse* *A me demander mon secret.* *Si l'éloïx Apollon, ne seroit pas ma Muse:* *Elle seroit Thétis... et le jour fini-soit.* « *Anacréon*, moins vieux, fit de » moins jolies choses », dit le dernier historien de *Louis XIV*. C'est une chose bien singulière, que les vers les plus délicats qu'on ait de lui aient été faits dans le temps qu'il étoit plus que nonagé-naire. La duchesse du *Maine* ap-peloit *Saint-Aulaire* son vieux *berger*; mais ce berger, toujours poli et toujours galant, ne pous-soit pas la flatterie jusqu'à adopter toutes ses opinions. Un jour qu'elle lui demanda son sentiment sur l'attraction de *Newton* qu'elle re- rejetoit, et sur les tourbillons de *Descartes* auxquels elle étoit for-tement attachée, *Saint-Aulaire* lui répondit par cet *impromptu*, sur un air connu: *Bargère, détachons-nous* *De Newton, de Descartes 2* *Ces deux espèces de fous* *N'ont jamais vu le dessous* *Des cartes.* *Des cartes.* *Des cartes.* Cet aimable poète fut reçu à l'aca-démie Françoise en 1706, et mon-rut à Paris le 17 décembre 1742, âgé de 98 ans, ne laissant qu'une petite-fille mariée au duc de *Har-court*. *Boileau* lui refusa son suf-frage pour la place d'académicien, d'une manière assez dure. Il fon-doit son refus sur la pièce même qui le fit admettre: *O Muse légère et facile, etc.* Il répondit à ceux qui lui repré-sentoient qu'il falloit avoir des égards pour un homme de cette condition: *Je ne lui dispute pas ses Lettres de noblesse; mais je lui dispute ses titres au Parnasse.* Un des académiciens ayant répli-qué que *M. de Saint-Aulaire* avoit aussi ses titres au Parnasse, puisqu'il avoit fait de fort joli-vers: *Eh bien, Monsieur*, (lui dit *Boileau*) puisque vous estimez ses vers, faites-moi l'honneur de mé-priser les miens... Le marquis de *Saint-Aulaire* répondant à l'académie Françoise au duc de la *Trimouille*, qui remplaçoit le maréchal d'*Estrées*, dit ingénieu-sement: *Il me convient d'arroser de larmes la respectable cendre que vous venez de couvrir de fleurs. La différence des hommages que nous lui rendons, est assortie à celle de nos âges. Les poêtres de* et Anacréon nonagénaire sont répandues dans différens recueils. Voyez DESTOUCHES, n° II.
SAINT-BONNET, V. TOIRAS.
SAINT-CESARI, (Henri de) gentilhomme et poète Provençal du xvᵉ siècle, a fait des Poésies estimées de son temps. Il a continué l'Histoire des Poètes Provençaux, que le Monge des Iles-d'Or avoit commencée. I. SAINT-CYR, (Tannegui du Bouchet, dit) gentilhomme Poitevin, et l'un des plus braves capitaines des Calvinistes sous le règne de Charles IX, fut un des chefs de la conspiration d'Amboise, et devint gouverneur d'Orléans après la bataille de Dreux. Il fut tué à celle de Moncontour en 1569, à 85 ans. « Lorsque la bataille fut perdue (dit l'historien d'Aubigné), ce vieillard ayant rallié trois cornettes au bois de Mairé, et reconnu que par une charge il pouvoit sauver la vie à mille hommes, son ministre qui lui avoit aidé à prendre cette résolution, l'avertit de faire un mot de harangue. A gens de bien courte harangue, dit le bon homme; Frères et compagnons, voici comme il faut faire. Là-dessus, couvert à la vieille françoise d'armes argentées jusqu'aux grèves et solerets, le visage découvert, et la barbe blanche comme neige, âgé de 85 ans, il donna 20 pas devant sa troupe, mena battant tous les maréchaux de camp, et sauva plusieurs vies par sa mort. »
II. SAINT-CYR, (Claude Odet Giry de) de l'académie Françoise, mort le 13 janvier 1761, âgé de 67 ans, se fit connoître par ses vertus. On lui attribue le Catéchisme des Cacouacs, 1758, in-12, où les erreurs des nouveaux philosophes sont exposées d'une manière piquante.
SAINT-CYR, (Maison de) Voyez MAINTENON.
SAINT-CYRAN, Voyez VERGER de Haurane.
SAINT-DIDIER, V. LIMOION.
SAINT-EVREMONT, (Charles de Saint-Denis, seigneur de) né à Saint-Denis-le-Guast, à trois lieues de Coutances, le 1er avril 1613, d'une maison noble et ancienne de Basse-Normandie, dont le nom étoit Marquetel ou Marguastel, fit ses études à Paris. Après avoir donné une année au Droit, il prit le parti des armes, et servit au siège d'Arras en 1640, comme capitaine d'infanterie. Une politesse assaisonnée de tous les agrémens du bel esprit, une bravoure éprouvée dans les actions générales et dans quelques combats singuliers, le concours brillant des qualités qui ne sont pas toujours le partage des gens de guerre, attirèrent à Saint-Evremont l'estime des militaires les plus distingués de son temps. Le prince de Condé fut si charmé de sa conversation, qu'il lui donna la lieutenance de ses gardes, afin de l'avoir toujours auprès de lui. Saint-Evremont ne conserva pas long-temps sa faveur. M. le Prince avoit la foiblesse de plaisanter sur le ridicule des hommes, et n'en étoit que plus sensible à la raillerie: Saint-Evremont ne le ménagea point dans quelques entretiens secrets. Le duc d'Enghien le sut, et lui ôta la lieutenance de ses gardes: on dit pourtant que ce prince, naturellement grand, est la générosité de lui pardonner dans la suite. Mais une première disgrace ne corrigea point *Saint-Evremont* de son humeur caustique. Il fut mis trois mois à la Bastille pour quelques plaisanteries faites à table contre le cardinal *Mazarin*, avec lequel il se réconcilia bientôt après. La guerre civile s'étant allumée, *Saint-Evremont* fut fidèle au Roi, qui le fit maréchal-de-camp, avec une pension de 3000 livres. Le traité des Pyrénées mit fin à toutes ces hostilités. Cette paix déplut à beaucoup de gens : *Saint-Evremont* écrivit à ce sujet au maréchal de *Créqui*, et sa lettre étoit la satire du traité. Le Roi ayant, dit-on, des sujets secrets de se plaindre de lui, prit occasion de cette lettre, pour ordonner qu'on le mit à la Bastille. Il en fut prévenu dans la forêt d'Orléans, et se retira en Angleterre, où *Charles II* l'accueillit comme il le méritoit. Plusieurs amis illustres employèrent tout leur crédit pour obtenir son rappel. Leurs soins n'eurent de succès que dans un temps où *Saint-Evremont* trop âgé, ne voulut plus profiter de la bonne volonté des ministres, et *aima mieux*, comme il le disoit lui-même, *rester avec des gens accoutumés à sa loupe*. (Il en avoit une au front.) Le philosophe expatrié chercha à adoucir le chagrin de sa disgrace par la lecture, la composition et l'amitié. La duchesse de *Mazarin* s'étant brouillée avec son mari, quitta la cour de France, voyagea en différens pays, et passa enfin en Angleterre. *Saint-Evremont* la vit souvent, ainsi que plusieurs gens de lettres qui s'assembloient dans sa maison. C'est à cette dame qu'il adressa une grande partie de ses ouvrages. Sa vieillesse fut saine et heureuse ; il écrivait à la célèbre *Ninon de Lenclos* : Je vis éloigné de la France, Sans besoin et sans abondance, Content d'un vulgaire destin. J'aime la vertu sans rudesse ; J'aime le plaisir sans mollesse ; J'aime la vie et n'en crains pas la fin. Ce philosophe mourut le 20 septembre 1703, à 90 ans, et fut enterré dans l'église de Westminster au milieu des rois et des grands hommes d'Angleterre. Il conserva jusqu'à la fin de sa vie une imagination vive, un jugement solide et une mémoire heureuse. Il avoit un fond d'enjouement, qui, au lieu de diminuer dans sa vieillesse, sembla reprendre de nouvelles forces. Il aimoit la compagnie des jeunes gens ; il se plaisoit au récit de leurs aventures. L'idée des divertissemens qu'il n'étoit plus en état de goûter, occupoit agréablement son esprit. *Saint-Evremont* étoit très-sensible au plaisir de la table, et il se distingua par son raffinement sur la bonne chère ; mais il recherchoit moins la somptuosité et la magnificence, que la délicatesse et la propreté. Il ne se piquoit point d'une morale rigide ; cependant il avoit toutes les qualités d'un homme d'honneur. Il étoit équitable, généreux, reconnoissant, plein de douceur et d'humanité. Dans un portrait qu'il fit de lui-même en 1676, il se peint comme un homme qui n'a jamais senti la nécessité, qui n'a jamais connu l'abondance. « Il vit (dit-il) » dans une condition méprisée de « ceux qui ont tout, enviée de « ceux qui n'ont rien, goûtée de « ceux qui font consister leur « bonheur dans leur raison. Jeune, » il a haï la dissipation, persuadé » qu'il falloit du bien pour les » commodités d'une longue vie : » vieux, il a de la peine à souffrir » l'économie, croyant que la né- » cessité est peu à craindre, quand » on a peu de temps à être misé- » rable. Il se loue de la nature; » il ne se plaint point de la for- » tune; il hait le crime; il souffre » les fautes; il plaint les malheu- » reux; il ne cherche point dans » les hommes ce qu'ils ont de » mauvais, pour les décrier. Il » trouve ce qu'ils ont de ridicule, » pour s'en réjouir : il se fait un » plaisir secret de le reconnoître; » il s'en feroit un plus grand de » le découvrir aux autres, si la » discrétion ne l'en empêchoit. La » vie est trop courte à son avis, » pour lire toutes sortes de livres, » et charger sa mémoire d'une in- » finité de choses aux dépens de » son jugement. Il ne s'attache » point aux écrits les plus savans » pour acquérir de la science, mais » aux plus sensés pour fortifier sa » raison : tantôt il cherche les plus » délicats pour donner de la déli- » catesse à son goût : tantôt les » plus agréables pour donner de » l'agrément à son génie. » Quant à ses sentiments sur la religion, il a toujours fait profession de la religion Romaine, dans laquelle il étoit né. Bien des gens cependant l'ont représenté comme un esprit fort, fondés sur ce que, dans sa dernière maladie, il avoit refusé de voir des prêtres. Mais si on peut juger de sa façon de penser sur une matière de cette importance, par ses conversations ordinaires, et par divers passages de ses écrits peu favorables à l'incrédulité, cette opinion ne paroîtra pas fondée. Il ne lui échappoint jamais rien de licencieux contre la religion, et il ne pouvoit souffrir qu'on en fit un sujet de plaisanterie. *La seule bien-* *silence*, disoit-il, et le respect qu'on doit à ses concitoyens, ne le per- mettent pas. D'après ces considè- rations, l'on pourroit assurer que c'est gratuitement qu'il a paru sous son nom un livre peu religieux, qui a pour titre : *Éléments de la Reli- gion, dont on cherche de bonne foi l'éclaircissement*. On voit, par ses écrits, qu'il avoit de l'érudi- tion; mais c'étoit une érudition polie et convenable à un homme de sa profession et de sa qualité, *Saint-Evremont* aimoit passionné- ment la musique, et n'ignoroit pas la composition. On a de lui plu- sieurs ouvrages différens, recueillis à Londres, 1705, en 3 vol. in-4°; à Amsterdam, 1739; et à Paris, 1740, 10 vol. in-12, et 1753, 12 vol. petit in-12. Il y a eu une édition contrefaite à Rouen, en 7 vol. in-12, avec la Vie de l'au- teur par des *Maiseaux*. Si l'on excepte ce que *Saint-Evremont* a écrit sur le génie des Grecs et des Romains, sur les choses qui sont d'usage dans la vie, sur la paix des Pyrénées, sur la retraite du duc de *Longueville* dans son gouver- nement de Normandie, et la Con- versation du maréchal d'*Hocquin- court* avec le père *Canaye*; tout le reste ne mérite guère d'être lu. Il n'y a ni intérêt, ni comique dans ses comédies. Ses vers, ses poésies légères, sont plutôt d'un bel esprit que d'un poète. Sa prose vaut mieux : elle respire en certains endroits, la profondeur d'un philo- sophe, la finesse et la délicatesse d'un homme du monde; mais elle est trop chargée d'antithèses et de pointes. Cet auteur n'avoit propre- ment que de l'esprit; car on ne peut lui accorder ni du génie, ni du sentiment, ni de l'érudition, ni peut-être un vrai talent, si ce n'est celui d'écrire. C'est le jugement. qu'en porte M. de *Leyre*, rédacteur de l'*Esprit de Saint-Evremont*, ouvrage imprimé en 1761, in-12. Cependant ses productions avoient un succès si étonnant, que le libraire *Barbin* payoit des auteurs pour lui faire du *Saint-Evremont*. Comment se fit-il, dans son siècle, une réputation prodigieuse? M. de *la Harpe* a indiqué très-bien les causes de sa renommée: « *Saint-Evremont*, dit-il, étoit » d'abord un homme de beaucoup » d'esprit ; un écrivain agréable, » délicat et ingénieux : c'étoit en » même temps un homme de cour, » un homme de très-bonne compagne. Le rôle qu'il avoit joué » dans la Fronde, guerre de plume » aussi bien que d'intrigue ; ses » satires contre le cardinal *Mazarin* ; ses différens écrits polémiques, qui ne manquoient ni de » finesse ni de gaieté, et qui em- » pruntoient un nouvel intérêt de » celui des affaires publiques, le » mirent à la mode comme un des » hommes qui possédoient le mieux » la raillerie, l'une des armes alors » le plus en usage. D'ailleurs, soit » par insouciance, soit par une » espèce de vanité que l'on sait » avoir été dans son caractère, et » qu'il ne cache pas dans ses écrits, » il n'imprimoit jamais rien, re- » gardant comme au-dessous d'un » homme de condition le titre » d'auteur, en même temps qu'il » désiroit la réputation du talent. » Ses ouvrages circulant d'abord » dans les sociétés qui donnoient » le ton, y acquéroient cette sorte » de renommée, la plus facile et » la moins dangereuse, qui s'aug- » mente par la curiosité d'avoir ce » que tout le monde n'a pas, par » l'indulgence qu'on a toujours » pour les manuscrits, et par la » disposition de juger d'autant » plus favorablement un homme » du monde, qu'on lui suppose » moins de prétentions, et qu'on » exige moins de lui. De plus, » rien de ce qu'il faisoit n'avoit la » forme et l'importance d'un ou- » vrage : c'étoient des morceaux » détachés qui paroissioient de » temps en temps par l'officieuse » infidélité de quelque ami. On se » les arrachoit de toutes parts, et » ce qu'ils avoient de mérite, » excitoit moins de jalousie, soit » parce que l'auteur étoit éloi- » gné, soit parce que lui-même » avoit l'air d'abandonner tout ce » qu'il écrivoit à ceux qui vou- » loient s'en emparer. Nous avons » vu depuis, beaucoup d'exemples » de cette existence mixte de bel » esprit et d'homme du monde ; » et nous avons vu que l'un de » ces deux titres adoucissoit extré- » mement la sévérité que l'on a » d'ordinaire pour l'autre. Ses poé- » sies consistent principalement en » stances, élégies, idylles, épigram- » mes, épitaphes... Voy. COTOLENDI
SAINT - FOIX, ( Germain- François Poullain de ) gentil- homme Breton, né à Rennes le 25 février 1703, avoit la vivacité et la bravoure de son pays. Après avoir porté les armes pendant quel- que temps, il vint cultiver les Muses dans la capitale, et s'ouvrit une nouvelle carrière sur la scène comique. Il étudia en même temps notre histoire, et ses connoissances en ce genre, lui méritèrent la place d'historiographe de l'ordre du Saint-Esprit. Sa probité contri- bua, autant que ses lumières, à lui faire des protecteurs illustres. Il étoit d'un caractère droit et géné- reux, mais difficile, exigeant, in- quiet, aisé à offenser. Il avoit servi dans un temps où les militaires la faisoient un honneur de battre le guet et de se battre entr'eux. Ce caractère turbulent de capitan de comédie, qui cherche toujours des affaires, fut long-temps le sien, et lui attira des aventures désagréables. Il étoit très-attaché à ses opinions, et on ne pouvoit les combattre sans exciter sa bile et sa colère. Il ne falloit pas louer en sa présence les auteurs qu'il n'aimoit point; et quand ces éloges auroient regardé les premiers écrivains de la nation, il n'auroit pu s'empêcher de témoigner de l'humeur. On a recueilli ses ouvrages en 6 vol. in-8. Paris, 1778. Les principaux sont : I. Les *Lettres Turques*; espèce de roman épistolaire, dans le goût des *Lettres Persanes*: écrit d'une manière piquante, et plein de traits de satire fins et délicats, mais fort inférieur cependant à l'ouvrage de *Montesquieu*. Ces *Lettres Turques* firent naître quelques doutes sur sa religion; mais il est certain que ce n'étoit pas un égarement de système, et qu'il ne tarda pas de connoître et d'apprécier certains nouveaux philosophes. « Petits aigles, » dit-il, qui planez si dédaigneusement au-dessus de vos chétifs compatriotes, nouveaux phénomènes dans la littérature, je prends la liberté de vous considérer dans votre apogée, et je crois m'appercevoir que les rayons de votre gloire ne sont composés que de paradoxes, d'idées singulières, de traits contre votre nation, et d'un vernis d'irréligion... Ne seroit-il pas plaisant qu'en blatant, ressassant et commentant des ouvrages méprisables de toute façon, on s'imaginât que la philosophie des mœurs fait depuis quelques années de grands progrès parmi » nous?... Il me semble que la vieille morale de l'Évangile vaut bien celle de la nouvelle philosophie. » *Essais sur Paris*, tome 4. II. *Essais Historiques sur Paris*, publiés séparément en 7 vol. in-12: livre instructif et agréable, mais sans ordre, et dans lequel l'auteur a fait entrer plusieurs choses qui n'ont pas rapport à son titre. Le 7$^{e}$ volume n'a été publié qu'après sa mort. Il offre, comme les précédents, quelques réflexions détachées sur nos usages et nos mœurs, dont quelques-unes sont neuves, et dont plusieurs ne sont que des vérités rebattues qui ne méritoient pas d'être redites. Le volume est terminé par des discussions historiques sur le fameux *Musque de fer*, que l'auteur conjecture être le duc de *Montmouth*: ses preuves ne sont pas démonstratives. M. de la Place dit que *Saint-Foix* fut une exception à la règle que les auteurs se peignent dans leurs écrits. Aucun, dit-il, ne se sent de l'âcreté de son humeur. M. de la Place n'avoit pas bien lu les *Essais sur Paris*; il est certain qu'il y a des réflexions qui prouvent un esprit caustique. Nous ne citerons que celle qu'il fait à propos de l'entrée d'*Isabeau de Bavière*, à qui un ours et une licorne offrirent de riches présents de la part des bourgeois de Paris. « Ce n'est pas, dit *Saint-Foix*, la première et la dernière fois où les villes ont choisi des animaux pour leurs députés. » Cela n'est ni doux, ni délicat. III. *Histoire de l'Ordre du Saint-Esprit*. 3 vol. in-12: compilation de faits et d'anecdotes sur les grands seigneurs honorés du cordon de cet ordre. Cet ouvrage prouve que l'auteur étoit un homme instruit, judicieux, et capable de recherches. IV. Des Comédies. Celles qui ont eu le plus de succès, sont les Graces, jolie pièce qui semble inspirée par elles; l'Oracle, production d'un esprit fin; le Sylphe et les Hommes, qui méritent le même éloge. Ce sont des tableaux agréables; mais il ne faut pas comparer ce petit genre, fondé tout entier sur les prestiges de la féerie, aux comédies de Molière, puisées dans la nature, et très-supérieures à tous les romans dialogués. Ajoutons que les pièces de Saint-Foix sont toutes jetées au même moule. Toutes sont des Surprises de l'Amour, comme la plupart des comédies de Marivaux; mais avec cette différence, disoit Marivaux lui-même, que dans les pièces de Saint-Foix, c'est un amour naissant qui ne se connoît pas lui-même, et dans les miennes un amour adulte et tout formé qui craint et refuse de se reconnoître. « Dans les comédies de Saint-Foix, dit d'Alembert, il y a plus de naturel, mais moins d'esprit et de finesse que dans celles de Marivaux. Les premières, ajoute-t-il, doivent aux acteurs la plus grande partie de leurs succès, et les secondes à l'auteur même. Les comédies de Saint-Foix se ressemblent encore plus que celles de Marivaux. Celui-ci a mis, dans ses pièces, toute la variété que pouvoit lui permettre le cercle étroit qu'il s'étoit tracé; au lieu que Saint-Foix ne peint jamais que l'amour d'une jeune personne ingénue et naïve. Il a cependant le mérite d'avoir écrit les siennes avec pureté et quelquefois avec délicatesse, et d'avoir trouvé quelques situations neuves dans un genre qu'on regardoit comme épuisé. Grandval le comédien, comparant un jour le dialogue doux et élégant de Saint-Foix avec son caractère âcre et inquiet, disoit que la Muse de cet auteur étoit une abeille qui déposoit son miel dans le crâne d'un lion. L'abbé de Voisenon le comparoit à un encrier qui répandoit de l'eau-rose. Son Théâtre a été imprimé au Louvre, en 3 vol. in-12, qui contiennent autant que l'édition en 4 vol. Il mourut à Paris le 26 août 1776, dans sa 74e année. I. SAINT-GELAIS, (Octavien de) né à Cognac vers 1466, de Pierre de Saint-Gelais, marquis de Montlieu et de sainte-Aulaye, fit ses études à Paris, embrassa l'état ecclésiastique, et se livra à la poésie et à la galanterie. Ayant été introduit de bonne heure à la cour, il y acquit les bonnes graces du roi Charles VIII, qui le fit nommer par le pape Alexandre VI à l'évêché d'Angoulême, en 1494. Octavien de Saint-Gelais alla résider dans son diocèse en 1497, et ne s'occupa plus que des fonctions de son ministère, et de l'Écriture sainte et des SS. Pères. Il mourut en 1502, à 36 ans. On a de lui des Poésies, une Vie de Louis XII, et d'autres ouvrages en françois. Le Vergier d'Honneur fut imprimé séparément, in-8°, in-4° et in-fol. Le Château de Labour le fut en 1532, in-16: la Chasse d'Amours, 1533, Paris, in-4°. La traduction de six Comédies de Tirence vit le jour en 1538, in-folio; et les Héroïdes d'Ovide, aussi traduites, furent insérées dans le Vergier d'Honneur... Melin de Saint-Gelais étoit son fils naturel, à ce que prétendent presque tous les biographes; mais cette opinion n'est pas universellement adoptée.
II. SAINT-GELAIS, (Melin de) poète latin et françois, naquit l'an l'an 1491, du précédent, à ce qu'on croit. Dès son enfance, on présagea ses talens. Après avoir étudié à Poitiers, à Padoue, le droit, la théologie et les mathématiques, il se consacra à la poésie, et fut surnommé l'*Ovide François*. Il ressemble à ce poète, par le peu de précision de son style : il a autant de facilité, moins de douceur que lui, mais plus de naturel et de naïveté. Quelques phrases louches, plusieurs termes impropres, des tours obscurs, rendent la lecture du poète François beaucoup moins agréable que celle du poète Latin. Ses talens lui donnèrent accès à la cour, et il devint abbé de Reclus, aumônier et bibliothécaire du roi. Lorsque *Bonsard* y parut, la crainte de se voir éclipsé par cette muse naissante, lui fit avoir recours aux procédés les plus indignes. *Henri II* souhaitant devoir une pièce du jeune poète, *Saint-Gelais* se chargea de lui en faire la lecture. Pour dépriser cette pièce, il tronqua la plupart des vers, et récita les autres à contre-sens : de sorte que la curiosité de ce monarque fut très-imal satisfaite. *Bonsard*, instruit de cette indignité, s'arma des traits les plus piquans de la satire. *Saint-Gelais* reconnut son tort, et son ennemi passa, des transports de la colère, à ceux de l'amitié. *Saint-Gelais* mourut à Paris en 1559, à 67 ans. Il fit dans sa dernière maladie, et presque à l'extrémité, les vers suivans, rapportés par *Niceron* : *Barbite, qui varios lenisti pectoris æstus,* *Dum juvenem nunc sors, nunc agisabat amor;* *Perfice ad extremum, rapidæque incendia febris,* *Tome XI.* *Quâ potes, infirmo fac leviora seni. Certè ego te fœtiam, superas evectus ad auras,* *Insignem ad Cytharæ sidus haberæ locum.* Plusieurs prétendent que c'est à ce poète qu'on doit le *Sonnet François*, qu'il fit passer de l'Italie en France. [ *Voyez PORTES.* ] Il a réussi dans l'*Epigramme* ; on lui a même fait l'honneur de le mettre, dans ce genre, au dessus de *Marot* et de *du Bellay*. *Saint-Gelais* aimoit à railler : caractère dangereux, qui lui fit beaucoup d'ennemis ; de là vint l'ancien proverbe : gare à la tenaille de *Saint-Gelais*. Ses poésies sont des *Elégies*, des *Epitres*, des *Rondeaux*, des *Quatrains*, des *Chansons*, des *Sonnets* et des *Epigrammes*. Il a aussi composé *Sophonisbe*, tragédie en prose. La dernière édition de ces différens ouvrages est celle de Paris, in-12, 1719. Elle est plus ample que les précédentes ; mais il y a peu d'ordre dans la distribution des pièces, et beaucoup de défauts.
**SAINT-GENNIEZ**, (Jean de) né à Avignon, en 1607, d'une famille noble, cultiva de bonne heure les fleurs du Parnasse Latin. Il vint à Paris, et s'y fit des amis illustres. De retour à Avignon, il fut élevé au sacerdoce, et obtint un canonicat à Orange, où il mourut étique en 1663, à 56 ans. On a de lui des *Poésies* pleines de feu et de génie, et remplies d'excellens vers, quoique le poète laisse beaucoup à désirer pour la pureté du style. Elles ont été recueillies à Paris, in-4°, sous ce titre : *Joannis San-Genesis Poëmata*, *Parisiæ, sumptibus Augustini Courbé*, 1654. On y trouve : I. *Quatre Idylles*, dont la 3$^{e}$ et la 4$^{e}$ contiennent une défense de la poésie. II. Huit *Satires*, remplies d'excellens avis, et d'une critique judicieuse, sans fiel et sans passion. III. Sept *Élégies*, toutes sur des sujets utiles. IV. Un livre d'*Epigrammes*. V. Un livre de *Poésies* diverses.
ST-GERAN, *Voyez* GUICHE.
ST-GERMAIN, *Voyez* MOURGUES et VERGNE. I. SAINT-GERMAIN, (N.) donna en 1741 et 1744 deux tragédies, *Timoléon* et sainte *Catherine*. Elles sont restées aussi inconnues que leur auteur, mort vers 1760.
II. SAINT-GERMAIN, (Robert, comte de) né à Lons-le-Saunier en Franche-comté, en 1708, d'une famille noble et ancienne, entra d'abord chez les Jésuites, qu'il quitta pour prendre les armes. Il servit avec distinction en Hongrie, dans la guerre de 1737 contre les Turcs. Il passa ensuite successivement au service de l'empereur *Charles VII*, et revint en France, où il se distingua dans les guerres de 1741 et de 1757. Ayant eu des mécontentemens dans sa patrie, il alla servir en Danemarck. Il fut mis par la cour de Copenhague à la tête des affaires militaires, revêtu de la dignité de feld-maréchal, et nommé chevalier de l'Ordre de l'Éléphant. Il jouit de la considération et du repos jusqu'en 1772, époque de la scène tragique qui finit par la mort des comtes *Struensée* et *Brande*. Le comte de *Saint-Germain*, naturellement droit et franc, n'ayant pu ramener les choses au dénouement qui lui paroissoit le plus conforme à la justice, se retira avec les cent mille écus stipulés dans le Traité qu'il avoit fait avec le roi de Danemarck. Retiré à Hambourg, il confia son argent à un banquier qui fit banqueroute. La perte d'une partie de sa fortune l'obligea de repasser en France. Après avoir séjourné quelque temps à Bordeaux, il alla se fixer dans une petite terre près de Lauterbach en Alsace, où, comme *Dioclétien*, il cultivoit son jardin. Peu de temps après l'avènement de *Louis XVI* à la couronne, le maréchal du *Muy*, ministre de la guerre, étant mort, le comte de *Saint-Germain* fut tiré de sa retraite pour être mis à la tête de ce département. Il fit plusieurs réformes, les unes très-applaudies, les autres très-critiquées et avec raison; mais on ne peut que le louer d'avoir aboli la peine de mort contre les déserteurs, augmenté la paye du soldat, et corrigé divers abus introduits par le luxe et l'indiscipline. Il reçut un placet d'un officier qui lui exposoit ses services et ses besoins. *Monsieur*, lui dit le ministre, je m'occuperai de vos demandes, mais vous sentez que j'ai un grand nombre d'affaires très-pressées. — M. le comte, répondit l'officier, il n'y en a point de plus pressée que la mienne; je meurs de faim, et hier je n'ai point dîné. — Oh! vous avez raison, dit alors le ministre; vous dînerez aujourd'hui avec moi, et demain je ferai en sorte que vous ayez de quoi dîner. Comptez sur la providence; j'en suis un grand exemple. Il y a de la noblesse à relever ainsi l'aveu humiliant de cet officier, pour le rapprocher de lui. La mauvaise santé du comte de *Saint-Germain*, et les contradictions que quelques-uns de ses projets essuyèrent, l'obligèrent de quitter le ministère. Il mourut peu de temps après, le 15 janvier 1778, à 70 ans. C'étoit un homme d'une valeur éprouvée, d'un désintéressement rare, d'une fermeté peu commune : il avoit de grandes vues pour l'administration ; mais son esprit étoit un peu systématique, et son caractère ardent, inquiet et jaloux ; et il souffroit difficilement d'être contrarié dans ses idées. On a de lui des *Mémoires*, 1779, 1 vol. in-8°, dont le fonds est de lui, mais qui ont été altérés par une main étrangère.
III. SAINT-GERMAIN, (N. comté de) adepte, obtint quelque célébrité par son charlatanisme et ses secrets. Il prétendoit avoir vécu deux mille ans. Une érudition immense et une mémoire prodigieuse lui aidèrent à tromper le vulgaire. Il n'aavoué à personne son origine, le lieu de sa naissance et son âge. Il disoit souvent, avec simplicité, qu'il avoit beaucoup connu *Jesus-Christ*, et qu'il s'étoit trouvé à côté de lui aux noces de Cana, lorsqu'il changea l'eau en vin. Cet imposteur, après avoir resté quelque temps à Hambourg, a passé les dernières années de sa vie auprès du prince de Hesse-Cassel, et est mort à Sleswig au commencement de 1784.
SAINT-GILLES, poète François, *Voyez GILLES*, n° v.
SAINT-GLAIN, *Voy. GLAIN*.
SAINT-GLAS, (Pierre de) prieur de Saint-Ussans, s'est fait connoître par une comédie des *Bouts-rimés*, représentée en 1682.
SAINT-HILAIRE, *Voy. BON de SAINT-HILAIRE... et COURTHIZ*, n° IX de ses ouvrages.
SAINT-HYACINTHE, (Themiseul de dont le vrai nom étoit *Hyacinthe Cordonnier*, naquit à Orléans le 27 septembre 1684, de *Jean-Jacques Cordonnier*, sieur de Belair, et d'*Anne-Marie Mathé*. Sa mère étant veuve, se retira à Troyes avec son fils. Elle y donnoit des leçons de guitare, et son fils en donnoit d'italien. Celui-ci avoit pour élève une pensionnaire de l'abbaye de Notre-Dame ; et ses leçons ayant eu les mêmes suites que celles d'*Abailard* à *Héloïse*, il fut forcé de quitter Troyes, où M. Bossuet, évêque de cette ville, l'accueilloit très-bien. Il s'occupoit peu à détromper le public sur l'opinion ridicule qui lui donnoit le grand Bossuet pour père ; opinion qu'autorisoient ses liaisons avec le prélat neveu de ce grand homme, et la multitude de noms sous lesquels il masquoit le sien. Après avoir parcouru une partie de l'Europe, il se fixa à Breda, où il épousa une demoiselle de condition. Il mourut dans cette ville en 1746. Nous ignorons les autres aventures de sa vie. *Voltaire*, son ennemi, dit qu'il avoit été *Moine, Soldat, Libraire, Marchand de café*, et qu'il vivoit du profit de *Biribi*. (*LETTRES secrètes*, Lettre 50°)... Il n'a guère vécu à Londres, dit-il ailleurs, que de mes aumônes et de ses libelles. Voici (suivant M. de Burigny) ce qui avoit attiré à Saint-Hyacinthe ces injures et ces calomnies. Cet écrivain fit un voyage à Paris, vers l'an 1719. Il y fut très-bien accueilli des gens de lettres, et fit connoissance avec *Voltaire*, qui commençoit déjà sa brillante carrière. On représentoit alors *Œdipe*, où toute la ville accouroit. « Je me souviens (dit M. de Burigny) que M. de Saint-Hyacinthe se trouvant à une de ces nombreuses représentations près de l'auteur, lui dit, en lui montrant la multitude des spectateurs: *Voilà un éloge bien complet de votre tragédie*. A quoi M. de *Voltaire* répondit très-honnêtement: *Votre suffrage, Monsieur, me flatte plus que celui de toute cette assemblée*. Ces deux écrivains se voyoient quelquefois, mais sans être fort liés. Peu d'années après, ils se retrouvèrent en Angleterre, et ce fut alors que leur haine commença, pour durer le reste de leur vie. M. de *Saint-Hyacinthe* (disent les auteurs du *Journal Encyclopédique*) a dit et répété plusieurs fois à M. de *Burigny*, que M. de *Voltaire* se conduisit très-irrégulièrement en Angleterre, qu'il s'y fit beaucoup d'ennemis par des procédés qui ne s'accordoient pas avec les principes d'une morale exacte. « Il est même entré avec moi (ajoute M. de *Burigny*) dans des détails que je ne rapporterai point, parce qu'ils peuvent avoir été exagérés. Quoi qu'il en soit, *Saint-Hyacinthe* fit dire à M. de *Voltaire*, que s'il ne changeoit de conduite, il ne pourroit s'empêcher de témoigner publiquement qu'il le désapprouvoit : ce qu'il croyoit devoir faire pour l'honneur de la nation françoise, afin que les Anglois ne s'imaginassent pas que les François étoient ses complices et dignes du blâme qu'il méritoit. On peut bien s'imaginer que M. de *Voltaire* fut très-mécontent d'une pareille correction. Il ne fit réponse à M. de *Saint-Hyacinthe*, que par des mépris; et celui-ci de son côté blâma publiquement et sans aucun ménagement la conduite de M. de *Voltaire*. » Ce poète, depuis cette époque, ne cessa de manquer sa haine à *Saint-Hyacinthe*. « La bile de celui-ci s'enflamma, et il résolut de se venger par un trait qui offenseroit vivement son adversaire. Il faisoit dans ce temps-là une nouvelle édition de *Mathanasius*, à laquelle il joignit l'Apothéose ou la déification du docteur *Masso*. Il y inséra la relation d'une fâcheuse aventure de M. de *Voltaire* qui avoit été très-indignement traité par un officier François, nommé *Beauregard*. Cette édition de *Mathanasius*, augmentée de l'Apothéose, ne fit pas grande sensation à Paris, où elle n'avoit pas été imprimée. Mais l'abbé des *Fontaines* ayant fait imprimer, dans sa *Voltaire*-manie, l'extrait qui regardoit M. de *Voltaire*, on recommença à parler beaucoup de sa triste aventure, qui étoit presque oubliée. » M. de *Voltaire* se plaignit vivement à M. de *Burigny*, qui engagea M. de *Saint-Hyacinthe* à écrire au poète, pour désavouer le procédé de l'abbé des *Fontaines*; mais cette lettre ne le satisfit nullement. (Voyez la *Lettre* de M. de *Burigny*, sur les démêles de M. de *Voltaire* avec M. de *Saint-Hyacinthe*, in-8°, 1780; et l'extrait qui en a été donné dans le *Journal Encyclopédique* du 1$^{er}$ juin 1780.) Nous avons de lui: I. *Le Chef-d'œuvre d'un inconnu*, à Lausanne, 1754, en 2 vol. in-8° et in-12. C'est une critique assez fine des commentateurs qui prodiguent l'érudition et l'ennui; mais elle est trop longue pour une plaisanterie. Voilà ce que nous disions dans la première édition de ce dictionnaire. Un critique a conclu de ces paroles, que nous ne con- missions pas l'ouvrage que nous censurions ; il auroit pu tirer une conséquence toute contraire. Il y a long-temps que nous possédons le livre de *Saint-Hyacinthe* ; nous l'avons relu, et, en applaudissant plusieurs détails ingénieux, nous y avons trouvé des longueurs, des redites et des obscénités. La *Déi- fication du docteur Aristarchus Masso*, qui est dans le 2e volume, mérite encore moins d'attention, quoiqu'elle soit du même auteur. A l'exception de la tirade contre *Voltaire*, qui est assez plaisam- ment tournée, et de quelques morceaux où il y a de la gaieté, le reste est assez maussade. D'ailleurs son héros qui étoit un pédant de Hollande, est inconnu à presque tous ses lecteurs ; et la plupart des traits qu'il dirige contre lui, sont perdus pour eux. II. *Mathanasia- na*, à la Haye, 1740, 2 vol. in-8.° Ce sont des mémoires littéraires, historiques et critiques. M. l'abbé d'*Artigny* prétend que *Saint-Hya- cinthe* auroit pu nous donner quel- que chose de meilleur. III. Plu- sieurs *Romans* très-médiocres. Celui du prince *Titi* est le seul qu'on lise ; il a de l'intérêt et de l'esprit.
SAINT-IGNACE, *Voy. HENRI* de... n° XXXIII.
SAINT-JEAN, (Jean de) *Voyez MANOZZI*.
SAINT-JEAN, (N.) employé dans les fermes, se retira à Per- pignan et y mourut. C'est de lui que *Regnard* a dit : Il n'est point de cerveau qui n'ait quelque travers : *Saint-Jean* ne sait pas lire, et veut faire des vers. *Saint-Jean* est auteur de l'opéra d'*Ariane*, dont *Marais* fit la mu- sique, et qui fut représenté en 1696. L'auteur prit son sujet dans la tragédie de *Corneille*, et dans le mariage d'*Ariane* et *Bacchus*, comédie de *Visé*.
SAINT-JORRY, *Voyez* II. FAURE.
SAINT-JULIEN DE BALEURE, (Pierre de) né aux environs de Tournus, d'une famille noble, fut chanoine et doyen de Châlons- sur-Saône. On a de sa plume : I. *De l'Origine des Bourguignons*, 1581, in-fol., dans lequel il y a une bonne *Histoire de la ville de Tournus*. II. *Mélanges Historiques*, 1589, in-8.° Ces deux productions offrent des recherches savantes, mais mal digérées. Cet écrivain mourut en 1593... *Voyez* I. HERMANT, vers *la fin*.
SAINT-JUST, (Louis-Léon— de) né à Blerancourt près de Noyon, en 1768, montra tant d'enthousiasme pour les nouveau- tés politiques, qu'il fût nommé, quoique très-jeune, membre de la Couvention nationale. Il se lia dès- lors étroitement avec *Roberspierre*, poursuivit tous ceux qui lui déplai- soient, et les dénonça pour les en- voyer à l'échafaud. On a dit qu'il avoit été le *Séide* de ce *Mahomet*. C'étoit certainement faire beaucoup d'hon- neur à des conspirateurs subalter- nes, que de les comparer au fon- dateur d'un grand empire et d'une nouvelle religion. Quoi qu'il en soit, *Saint-Just* se signala si fort après le fameux 31 mai, contre tous les ennemis de *Roberspierre*, qu'il par- vint au triumvirat, et partagea avec lui la surveillance de la police gé- nérale. *Saint-Just* avoit du sens froid, de la facilité à s'énoncer, une hardiesse toujours soutenue une férocité qui ne se démentit jamais. On le vit proposer la vente des biens des émigrés, la proscription des députés de la Gironde, le séquestre des possessions des étrangers dont la patrie se trouvoit en guerre avec nous, oser faire le parallèle de l'état de la France sous Louis XVI et sous le comité de salut public, et avancer que sous les lois du premier, les échafauds immoloient la moitié plus d'hommes que sous celles du comité. Bientot après, sur son rapport, Danton, Camille Desmoulins, Phélipeaux, allèrent à la mort. On a cité, comme un des traits qui ont peint le mieux son caractère destructeur, un de ses arrêtés, par lequel, étant en mission, il ordonna de raser sur-le-champ la maison de quiconque seroit convaincu de trafiquer sur l'argent et d'agioter sur les marchandises. Il travestit la pitié en crime, et fit regarder comme un attentat contre la république, les larmes qu'on versoient sur la mort de ses parens, de ses amis. Il étoit temps que tant d'excès eussent un terme. Le 9 thermidor an 2, il voulut s'opposer en vain à la chute de la tyrannie; il fut décapité le lendemain, et reçut la mort avec courage. Saint-Just, égaré par une imagination turbulente et par des hommes artificieux, se croyoit un grand écrivain; mais dans les différens rapports faits à la Convention, on ne voit qu'un pot-pourri des phrases de Thomas, de Diderot, de Jean-Jacques Rousseau, et des principes exagérés d'une égalité universelle et d'un entier nivellement, qui produiroient la ruine de toute société. On a encore de lui, Esprit de la Révolution et de la Constitution de France, 1791, in-8.
SAINT-LAMBERT, (Charles François de) membre de l'académie Françoise, et ensuite de l'Institut national, naquit à Nancy en 1717, et acquit de bonne heure la réputation d'un poète distingué et d'un littérateur aimable. Lié avec Voltaire, il le flatta, et en obtint à son tour des éloges. La révolution françoise respecta ses jours, et ils n'ont fini que le 21 nivôse an XI, à l'âge de 85 ans. Les ouvrages de Saint-Lambert sont: I. Les Fêtes de l'Amour, comédie-ballet. II. Essai sur le Luxe, 1764, in-8. III. Les quatre parties du jour, poème, 1769, in-8. Il offre autant de fraîcheur que de graces. IV. Les Saisons, poème. Il parut en 1769, et a obtenu un grand nombre d'éditions. C'est l'ouvrage le plus remarquable de l'auteur. Les vers en sont quelquefois froids, mais toujours écrits avec correction et élégance. On y trouve un peu de monotonie dans les épisodes, et un défaut d'ensemble; mais les tableaux en sont bien coloriés, et plusieurs détails intéressent le lecteur et le rendent heureux par le spectacle du bonheur que l'opulence peut trouver en fécondant les champs et en répandant l'aisance au milieu des cultivateurs. Voltaire a comparé ce poème à celui de Thompson, et accordé la préférence au premier. Il est souvent suivi de plusieurs Contes en prose, intitulés: Zimeo, l'Abénaki, Sara. Ceux-ci respirent une sensibilité douce et très-attachante. Didot a publié une édition superbe du poème des Saisons. V. Fables Orientales, 1772, in-12. C'est un extrait concis et bien fait de ce qui se trouve de plus agréable dans la Bibliothèque de l'Hérélot. VI. Discours de réception à l'académie Françoise, in-4.º VII. *Principes des Mœurs* chez toutes les nations, ou *Catéchisme universel*, in-12. VIII. Un grand nombre de pièces fugitives, répandues dans l'*Almanach des Muses* et les *Journaux*. L'une des dernières ayant pour titre : *Les Consolations de la vieillesse*, est encore pleine d'images gracieuses, et fait oublier le grand âge de son auteur.
SAINT-LARRY, *Voy. BELLEGARDE*.
SAINT-LAZARE, *Voy. MALINGRE*.
SAINT-LOUIS, (le Père de) *Voyez PIERRE*, n.º XXI.
SAINT-LUC, *Voyez ESPINAY*, et I. TOUSSAINT.
SAINT-MARC, (Charles-Hugues le *Febvre* de) né à Paris en 1698, fut tenu sur les fonts de Baptême par le marquis de *Lyonne*, dont son père étoit secrétaire. Sa famille étoit originaire de Picardie, où elle avoit possédé la terre de Saint-Marc, près de Moreuil, dont il a toujours conservé le nom. Il étoit neveu, par les femmes, du savant abbé *Capperonnier* professeur royal en langue grecque, et cousin de M. *Capperonnier*, qui a occupé la même place avec distinction. *Saint-Marc* fit ses premières études au collège du Plessis, avec un succès dû sans doute en partie aux soins que l'abbé *Capperonnier* prenoit de son éducation. Il quitta le Plessis pour venir au collège Mazarin, prendre les leçons de MM. *Morin* et *Gibert*, qui y enseignoient la rhétorique avec célébrité. Ce fut à cette école que se développa son goût pour lasaine littérature. Ses parens et ses protecteurs l'avoient d'abord destiné à la profession des armes. Il servit pendant quelque temps dans le régiment d'Aunis; mais en 1718, il s'engagea dans un état bien différent : il prit le petit-collet, et s'attacha particulièrement à l'Histoire ecclésiastique du siècle dernier. Les matériaux qu'il ramassa, lui donnèrent lieu de débuter, dans la littérature, par le *Supplément au Nécrologe de Port-Royal*, qui parut en 1735. Il travailla encore à l'Histoire de Pavillon, évêque d'Aleth. Après avoir quitté l'habit ecclésiastique, et vu échouer plusieurs projets sur lesquels il fondoit sa fortune, il fit successivement plusieurs éducations distinguées, et tous ses élèves restèrent ses amis. Enfin, rendu à lui-même, il se fit diverses occupations conformes à son goût. La première édition des *Mémoires du Marquis de Feuquieres*, en 1734; la dernière édition de l'Histoire d'Angleterre, par *Rapin Thoyras*, en 1749; la nouvelle édition des *Œuvres de Despréaux*; la *Lettre* sur la tragédie de *Mahomet II*, en 1739; la *Vie de Philippe Hecquet*, célèbre médecin; les éditions d'*Etienne Pavillon*, de *Chaulieu*, de *Chapelle* et de *Bachaumont*, de *Malherbe*, de *Saint-Pavin* et de *Charleval*, de *Lalane* et de *Montplaisir*, sont des fruits de sa vie littéraire. On lui reproche d'avoir chargé ces éditions de beaucoup de pièces et de remarques inutiles. Les 17$^{e}$ et 18$^{e}$ tomes du *Pour et Contre*, et partie du 19$^{e}$, sont encore de lui, et n'ont ni la variété, ni les agrémons des volumes donnés par l'abbé *Prévost*. Enfin il entreprit l'*Abrégé chronologique* de l'Histoire d'Italie, dont le 1$^{er}$ volume parut en 1761, in-8$^{e}$, et qu'il a continué jusqu'au 6e, qui parut en 1770, après la mort de l'auteur. On promettoit la continuation, réduite à 3 vol., dont le dernier devoit comprendre la Table générale. Saint-Marc aimoit la poésie françoise, et l'avoit même cultivée. C'est de lui qu'est le Pouvoir de l'Amour, ballet en trois actes avec un Prologue, qu'il fit jouer en 1735. Il mourut presque subitement à Paris, le 20 novembre 1769, dans la 71e année de son âge. Voyez son Eloge historique à la tête du 6e volume de l'Abrégé chronologique de l'Histoire générale d'Italie. Cette Histoire, très-savante, et qui suppose de grandes recherches, est d'une lecture un peu fatigante, soit par rapport à la singularité de l'orthographe, soit par rapport au grand nombre de colonnes dont elle est chargée. Le style en est d'ailleurs un peu pesant et sans coloris.
SAINT-MARCELLIN, Voy. DEAGEANT.
SAINT-MARD, Voyez REMOND de Saint-Mard. I. SAINT-MARTIN, (Filleau de) Voyez I. CHAISE, à la fin.
II. SAINT-MARTIN, (l'abbé de) Voyez II. PORÉE.
III. SAINT-MARTIN de Bologne, Voyez PRIMATICE.
IV. SAINT-MARTIN, (Mme de) a publié la Reine de Lusitanie, roman assez insipide, mais qui offre une allégorie de plusieurs événements du siècle de Louis XIV. On ignore l'année de la mort de l'auteur. V. SAINT-MARTIN, (Nme) paquit à Amboise d'une famille distinguée par ses services militaires. Son père profita du voisinage de M. de Choiseuil à Chanteloup, et de l'amitié que celui-ci lui témoignoit, pour lui recommander son fils; et le jeune Saint-Martin, sur la présentation de l'ex-ministre, obtint une lieutenance dans le régiment de Foix. Son caractère tranquille, son amour pour la retraite, son recueillement presque continuel ne pouvoient s'accorder avec l'activité des camps et le tumulte des armes; aussi, après cinq ou six ans de service, il demanda et obtint sa retraite. Dès-lors, livré tout entier aux idées métaphysiques, il se mit à voyager et resta trois ans à Lyon, où il vécut solitaire, presque inconnu, gardant le silence et ne le rompant qu'avec un très-petit nombre d'amis. Après avoir parcouru d'autres contrées, il se retira à Paris, où sa vie paisible et obscure le mit à l'abri des fureurs de la révolution. Celle-ci le trouva impassible; sans crainte, comme sans enthousiasme, n'approuvant ni ne blâmant rien avec excès, son ame, repliée sur elle-même, ne parut jamais oublier un moment les idées philosophiques qui lui étoient chères. Une grande douceur, l'exercice de la bienfaisance, une simplicité de mœurs extraordinaire, des connaissances variées, le goût de la musique et des autres arts, le don d'intéresser sans paroître y prétendre, lui acquirent des amis et même des admirateurs. Il est mort à Aunai, dans la maison du sénateur le Noir-la-Roche, au commencement de l'an 12, à l'âge de près de 60 ans. Saint-Martin doit sa réputation au livre intitulé : Des erreurs et de la vérité, ou les hommes rappelés au principe universel de la science. Quelle est cette science? Elle est inconnue, incompréhensible pour la plupart des lecteurs de l'ouvrage. Celui-ci parut en 1775, in-8°, et a eu un grand nombre d'éditions. « C'est pour avoir oublié, dit l'auteur, les principes dont je traite, que toutes les erreurs dévorent la terre, et que les hommes ont embrassé une variété universelle de dogmes et de systèmes... Cependant, quoique la lumière soit faite pour tous les yeux, il est encore plus certain que tous les yeux ne sont pas faits pour la voir dans son éclat; et le petit nombre de ceux qui sont dépositaires des vérités que j'annonce, est voué à la prudence et à la discrétion par les engagements les plus formels. Aussi, me suis-je permis d'user de beaucoup de réserve dans cet écrit, et de m'y envelopper souvent d'un voile que les yeux les moins ordinaires ne pourront pas toujours percer, d'autant que j'y parle quelquefois de toute autre chose que de ce dont je parois traiter. » Avec une pareille explication, on peut être obscur et inintelligible tout à son aise; et l'auteur à cet égard tient parole sur ce qu'il promet. Ses raisonnemens, pour des lecteurs vulgaires, paroissent ceux d'un fou; mais ses disciples, appelés Martinistes du nom de leur maître, les révèrent comme ceux d'un sage. Tout au moins, l'auteur pourra passer pour le Lycophron de la métaphysique. Les profanes ont cherché à donner diverses explications du livre, et il en est même qui ont prétendu qu'il traitoit de la constitution et de l'extinction des Jésuites, et que par le mot cause universelle, il falloit entendre leur Père général. On a imprimé à Londres, en anglois, un ouvrage en 2 vol., comme une suite de celui de Saint-Martin; mais ce dernier n'y a eu aucune part; et cette prétendue suite, dit-on, n'a aucun rapport avec la base du système et les opinions de l'auteur. Saint-Martin a encore publié un volume in-8°, sous le titre: Tableau de l'ordre naturel. Comme il étoit un peu moins obscur que le précédent, il a obtenu moins de succès; car les énigmes sont toujours recherchées par un grand nombre de lecteurs.
SAINT-MAURIS, Voy. HOZIER, n° II.
SAINT-MAYOLLE, (Mme de) a traduit de l'italien en françois, l'ouvrage intitulé: la République de Naples. Elle est morte au milieu du siècle passé.
SAINT-MESGRIN, (Paul Stuart de) l'un des mignons insolens de Henri III. S'étant vanté d'être dans les bonnes graces de la duchesse de Guise, le duc, son époux, le fit assassiner à coups de pistolet, comme il sortoit du Louvre, le 21 juillet 1578.
SAINT-NECTAIRE, SENECTAIRE ou SENNETERRE, (Magdeleine de) veuve de Gui de Saint-Exuperi, seigneur de Miremont en Limousin, s'est rendue recommandable dans l'histoire des guerres des Protestans dont elle avoit embrassé les erreurs, et dont elle défendit la cause les armes à la niain. Cette dame avoit toujours auprès d'elle soixante gentilhommes en bon équipage, avec lesquels elle couroit jusque dans la basse Auvergne. Vers l'an 1575, sous le règne de Henri III, Montal, lieutenant-de-roi dans cette province, irrité de ce que cette vaillante femme lui avoit défait deux compagnies, alla avec 1500 hommes de pied et 200 chevaux, assiéger le château de Miremont. Cette amazone voyant 50 cavaliers qui venoient faire le dégât jusques aux portes de son château, fit une sortie, et les tailla en pièces; mais au retour, elle trouva l'entrée de son château saisie par les ennemis. Aussitôt elle court à Turenne, et amène quatre compagnies d'arquebusiers à cheval. *Montal* se poste entre deux montagnes pour leur fermer le passage; mais il y reçoit un coup mortel. Sa troupe, découragée par la blessure de son chef, décampa le soir même, et l'emporta dans un château proche de là, où il mourut quatre jours après. On ne sait en quel temps cette héroïne finit ses jours. Une de ses pièces. (Magdeleine) dame d'honneur de la comtesse de Soissons, morte vers 1646, laissa un roman de chevalerie, imprimé l'année de sa mort, en 4 volumes in-8°, sous le titre d'*Orésie*.
SAINT-NON, (Jean-Claude-Richard de) conseiller-clere au parlement de Paris, mort en cette ville le 25 novembre 1791, à l'âge de 64 ans, a donné au théâtre *Julie* ou *le bon Père*, comédie en trois actes et en prose, et a publié un *Voyage pittoresque de Naples et de Sicile*, en 5 volumes in-folio, qui renferment 417 planches. Cet ouvrage fit recevoir l'auteur à l'académie de peinture et de sculpture.
SAINT-OLON, *Voy*. PIDOU.
SAINT-PAVIN, (Denis SAN-SUIN de) de Paris, étoit fils d'un président aux enquêtes, homme de mérite, qui fut aussi prévôt des marchands. Il embrassa l'état ecclésiastique, et n'eut point d'autre passion que celle des belles-lettres et de la poésie qu'il cultiva avec soin. Ses talens auroient pu lui procurer les plus hautes dignités de l'église; mais il sacrifia son ambition à ses plaisirs. L'abbaye de Livri, à laquelle il fut nommé, fut pour lui une retraite voluptueuse, où loin des courtisans et des grands seigneurs, il faisoit ce qu'il vouloit et disoit ce qu'il pensoit. Il poussoit la liberté de l'esprit jusque sur les matières les plus respectables; c'est ce qui engagea *Boileau* à mettre sa conversion au nombre des choses impossibles. Saint-Sorlin *janséniste*, et Saint-Pavin *bigo*. Saint-Pavin, outré contre le satirique, lui répondit par un sonnet qui finissoit ainsi: *S'il n'eût mal parlé de personne, Despréaux s'en vengea par l'épigramme: *Aïldor assis dans sa chaise, Médisant du Ciel à son aise, Peut bien médire aussi de moi. Je ris de ses discours frivoles : On sait fort bien que ses paroles Ne sont pas articles de foi.* Saint-Pavin ne fut pas ferme dans ses principes. *Adrien de Valois* dit qu'il se convertit au bruit d'une voix effrayante, qu'il avoit cru entendre à la mort du poète *Théophile*, son maître. Mais il vécut encore long-temps, malgré cet avertissement, dans l'irréligion. Il pensa plus sagement, lorsque la vieillesse lui eut annoncé une fin prochaine; et il mourut en bon chrétien, en 1670, dans un âge avancé. *Fieubet*, maître des re- quêtes, décora son tombeau de cette épitaphe : Sous ce tombeau gît Saint-Pavin, Donne des larmes à sa fin. Tu fus de ses amis peut-être ? Pleure ton sort, pleure le sien. Tu n'en fus pas ? pleure le tien, Passant, d'avoir manqué d'en être. Voici comme Saint-Pavin se peint lui-même dans des vers qui font mieux connoître son caractère que ses talens : Soit par hasard, soit par dépit, La nature injuste me fit Court, entassé, la panse grosse ; Au milieu de mon dos se hausse Certain amas d'os et de chair, Fais en pointe comme un clocher. Mes bras d'une longueur extrême, Et mes jambes presque de même Me font prendre le plus souvent Pour un petit moulin à vent. Je hais toutes sortes d'affaires ; Je ne me fais point de chimères ; Je ne suis point homme borné ; Mon esprit n'est pas mal tourné ; Je l'ai vif dans les reparties, Et plus piquant que les orties. Je ne laisse pas, en effet, D'être complaisant et coquet. Je suis tantôt gueux, tantôt riche. Je ne suis libéral ni chiche ; Je ne suis ni fâcheux, ni doux, Sage, ni du nombre des fous. La coutume à qui l'on défère, Comme l'enfant fait à sa mère, Ne peut, toute forte qu'elle est, M'entraîner qu'à ce qui me plaît ; Le repos et la liberté Sont le seul bien que j'ai goûté. Le jeu, l'amour, la bonne-chère Ont pour moi certain caractère Par qui tous mes sens sont charmés ; Je les ai toujours bien aimés. Pour me divertir, je compose Tantôt en vers, tantôt en prose ; Et quelquefois assez heureux, Je réussis en tous les deux. Nous avons de Saint-Pavin plusieurs Pièces de poésie, recueillies avec celles de Charleval, 1759, in-12. Ce sont des sonnets, des épîtres, des épigrammes, des rondeaux. On y trouve de l'esprit et de la gaieté ; mais ce n'est ni l'imagination douce et brillante de Chaulieu, ni cette fleur de poésie que respirent les aimables productions des Voltaire et des Gresset. Celles-ci sont les filles des Graces et d'Apollon, et les autres ne le sont que du plaisir et de la débauche. Parmi les épigrammes de Saint-Pavin, on distingue celle-ci : Thyris fait cent vers en une heure ; Je vais moins vite, et n'ai pas tort ; Les siens mourront avant qu'il meure, Les miens vivront après ma mort. Ce madrigal a de la grace : Iris tremble que dans ce jour, L'hymen, plus puissant que l'amour, N'enlève ses trésors sans qu'elle osé s'en plaindre : Elle a négligé mes avis ; Si la belle les eût suivis, Elle n'auroit plus rien à craindre. Il étoit parent de SANGUIN. (Voy. ce mot.)
SAINT-PAUL, Voy. CHARLES, n° XXXIII.
SAINT-PHAL, Voyez dans les art. II. GUISE, et NERNAY.
SAINT-PHALIER. (Françoise-Thérèse Aumcle de) épouse d'Ali-lard, donna au théâtre italien la Rivale confidente, comédie en trois actes, jouée en 1752. On lui doit encore un recueil de poésies, in-12, et deux romans intitulés : le Porte-feuille rendu, et les Caprices du sort ou Histoire d'Emilie. Elle est morte à Paris en 1757.
SAINT-PHILIPPE, (le Marquis de) Voyez BACCALAR. I. SAINT-PIERRE, (Eustache de) le plus notable bourgeois de Calais, se signala par sa générosité héroïque, lorsque cette ville fut assiégée par Edouard III, roi d'Angleterre, en 1347. Ce prince, irrité de la longue résistance des assiégés, ne vouloit point les recevoir à composition, si on ne lui en livroit six des principaux pour en faire ce qu'il lui plairoit. Comme leur conseil ne savoit que résoudre, et qu'ainsi toute la ville demeuroit exposée à la vengeance du vainqueur, Eustache s'offrit pour être une des six victimes. A son exemple, il s'en trouva aussitôt d'autres qui remplirent le nombre, et s'en allèrent, la corde au cou et nus en chemise, porter les clefs à Edouard. Ce prince vouloit absolument les faire mourir : il avoit déjà fait mander le bourreau pour l'exécution ; et il fallut toute la force des larmes et des prières de la reine son épouse, pour les soustraire à son ressentiment. Du Belloy a tiré de ce sujet sa tragédie intitulée : le Siège de Calais. « Nos historiens (dit Voltaire, qui affoiblit je ne sais pourquoi une si belle action) » s'extasient sur la grandeur d'une « des six habitans qui se dévouèrent à la mort. Mais au fond, » ils devoient bien se douter que « si Edouard III vouloit qu'ils » eussent la corde au cou, ce » n'étoit pas pour la faire serrer. » Il les traita très-humainement, » et leur fit présent à chacun de » six écus d'or qu'on appeloit » Nobles à la Rose. S'il avoit voulu » faire pendre quelqu'un, il auroit » été en droit peut-être de se venger » ainsi de Geoffroy de Charni, » qui, après la prise de Calais, » tenta de corrompre le gouverneur Anglois, par l'offre de » 20000 écus, et qui fut pris en » se présentant aux pœtes avec le » chevalier Eustache de Ribau-mont, lequel en se défendant » porta le roi Edouard par terre. » Ce prince donna un festin le » même jour à l'un et à l'autre, » et fit présent à Ribau-mont d'une » couronne de perles, qu'il lui » posa lui-même sur la tête. Il est » donc injuste d'imaginer qu'il eut » jamais l'intention de faire pen- » dre six citoyens qui avoient com- » battu vaillamment pour leur pa- » trie... » Mais le récit que nous avons fait de l'action héroïque de Saint-Pierre, d'après les meilleurs historiens, réfute ces réflexions de Voltaire. Edouard, revenu à lui-même, a pu être généreux envers ceux qu'il vouloit faire périr ; mais son premier mouvement pouvoit leur être très-funeste ; et c'étoit beaucoup de s'exposer volontairement à la colère vindicative du vainqueur. Les belles actions sont assez rares dans l'histoire, pour ne devoir pas exténuer celles qu'on a transmises à la postérité. Eustache de Saint-Pierre, dans la suite, devint l'homme de confiance et le pensionnaire d'Edouard ; et cette faveur, qu'il eût peut-être dû refuser, a été une tache à sa mémoire. (Art de vérifier les dates, p. 554, 2° col.)
II. SAINT-PIERRE, (Charles-Irenée Castel de) né au château de Saint-Pierre-Eglise en Normandie, l'an 1658, embrassa l'état ecclésiastique. Ses protecteurs lui procurèrent la place de premier luthonier de *Madame* et l'abbaye de Sainte-Trinité de Tiron, en 1702. Dès 1695 il avoit eu une place à l'académie Françoise. Le cardinal de *Polignac*, instruit de ses lumières sur la politique, l'em-mena avec lui aux conférences d'Utrecht. Après la mort de *Louis XIV*, il fut unanimement exclu de l'académie Françoise, pour avoir préféré dans sa *Polisynoïdie*, l'établissement des conseils faits par le Régent, à la manière de gouverner de *Louis XIV*. Il avoit mis à la tête de son livre, ce passage de *Salomon : Ubi multa consilia salus*. Il avoit raison à certains égards; mais il fut obligé de convenir lui-même, qu'il est également nécessaire que quelque homme éclairé prépare les questions soumises aux conseils, et que l'autorité se décide lorsque les affaires sont pressées, ou que les affaires ont été mûrement discutées. Quoi qu'il en soit, le cardinal de *Polignac* fit une brigue pour son exclusion, et il n'y eut que *Fontenelle* qui s'y refusa; mais le duc d'Orléans ne voulut pas que la place fût remplie. Elle demeura vacante jusqu'à sa mort, arrivée le 29 avril 1743, à 86 ans. *Boyer*, ancien évêque de Mirepoix, son confrère, empêcha qu'on ne prononçât à sa mort son éloge à l'académie : vaines fleurs, qui n'auroient rien ajouté à sa gloire. L'abbé de *Saint-Pierre* étoit véritablement philosophe; il ne cessa de vivre bien avec ceux même qui l'avoient exclu. Ses mœurs étoient décentes, quoique ses idées sur le *célibat ecclésiastique* ne lui en aient pas toujours fait respecter les lois. Sa probité étoit d'une exactitude rigoureuse. Il établit divers orphelins, auxquels il donna des métiers. Il est faux qu'il les destinât de préférence à celui de perruquier, parce que les têtes à perruque ne manqueront jamais. Il comptoit beaucoup plus sur les arts de première nécessité, tels que ceux de boulanger, de tailleur, de cordonnier. La devise de l'homme vertueux est renfermée dans ces deux mots, *DONNER* et *PARDONNER*; c'étoit celle de l'abbé de *Saint-Pierre*. On ne doit pas oublier qu'il créa le mot *bien-faisance*, dont il connut toute sa vie l'application et l'étendue. Peu jaloux de plaire à ses lecteurs, qu'il croyoit suffisamment payés par l'utilité de ses ouvrages, il n'étoit guère plus empressé de se rendre agréable dans les sociétés où il étoit admis. Il y portoit peu d'agrémens et de ressources; on l'y souffroit plutôt qu'on ne l'y recherchoit. S'appercevant un jour qu'il étoit de trop dans un de ces cercles brillans que nous appelons quelquefois très-mal-à-propos bonne compagnie : — *Je sens*, dit-il, que je vous ennuie : j'en suis bien fâché; mais moi, je m'amuse fort à vous entendre, et je vous prie de trouver bon que je continue*. S'il mettoit peu dans la société, ce n'étoit ni par stérilité, ni par dédain; c'étoit par un principe de bonté qu'on n'y porte guère, par la crainte de fatiguer ses auditeurs. *Quand j'écriis*, disoit-il, personne n'est forcé de me lire; mais ceux que je voudrois forcer à m'écouter, se contraindroient pour en faire au moins semblant, et c'est une gêne que je leur épargne autant que je puis*. Non-seulement il attendoit pour parler qu'on l'y invitât; mais il ne parloit jamais que sur les choses qu'il savoit le mieux. Outre ses connaissances politiques, qui étoient fort étendues, il avoit dans la tête beaucoup de faits et d'anecdotes, les contoit bien, quoique très-simplement, et sur-tout avec la plus exacte vérité: car il se seroit fait un scrupule d'en altérer la moindre circonstance, même pour y ajouter plus d'agrément ou d'intérêt. On n'est pas, disoit-il, obligé d'amuser; mais on l'est de ne tromper personne. Entendant un jour, une femme aimable s'exprimer avec beaucoup de grace sur un sujet frivole: Quel dommage, dit-il, qu'elle n'écrive pas ce que je pense! Pour le trouver agréable, il falloit le mettre sur ce qu'il savoit. Une dame, qui ne le connoissoit que depuis peu, le trouva plus amusant qu'on ne l'avoit peint. Dans la première visite qu'il lui fit, elle fut enchantée de son esprit, et elle le remercia, en sortant, du plaisir qu'elle avoit pris à l'entendre. Le modeste philosophe lui répondit avec son ton et son air simple: Je suis un instrument dont vous avez bien joué. Ses principaux ouvrages sont: I. Son Projet de PAIX UNIVERSELLE entre les Potentats de l'Europe, en 3 vol. in-12: Projet dont le fameux Citoyen de Genève a fait un extrait. L'abbé de Saint-Pierre, pour appuyer ses idées, prétend que la Diète Européenne qu'il vouloit établir pour pacifier les différens, avoit été approuvée et rédigée par le Dauphin, duc de Bourgogne, et qu'on en avoit trouvé le plan dans les papiers de ce prince. Il se permettoit cette fiction, pour mieux faire goûter son projet. Il a rapporté, avec bonne foi, la lettre par laquelle le cardinal de Fleury répondit à ses propositions: « Vous » avez oublié, Monsieur, pour » article préliminaire, de com- » mencer par envoyer une troupe » de missionnaires pour disposer » le cœur et l'esprit des Princes. » Malgré le peu de succès que l'ab- bé de Saint-Pierre espéroit de son zèle, il se croyoit obligé de pro- poser les vues utiles, dussent elles rester sans exécution. Quand on lui disoit, d'après Malherbe, qu'il ne faut point se mêler du gou- vernail d'un vaisseau où l'on n'est que passager: — Oui, répondoit-il, si l'on n'est point en état de donner des avis à un pilote mal- habile; mais s'il conduit mal le vaisseau, il est sans doute per- mis aux pauvres passagers de lui dire qu'il va les noyer. LAISSER ALLER LE MONDE COMME IL FA, est, ajoutoit-il, la règle de ceux qui préfèrent leur bien-être à la chose publique. Si on lui citoit ce mot d'un ancien: Deux lois gouvernent le monde; celle du plus fort, et celle du plus fin: Je n'ai, répondoit-il, que trop reconnu par l'expérience cette triste vérité; mais j'aurois beau vivre des siècles, je ne pourrois jamais m'y faire; et je ne m'ac- coutumerai point à ne voir dans ce malheureux monde, que des tyrans ou des esclaves, des trompeurs ou des dupes. Aussi, quoiqu'il ne comptât pas beaucoup sur sa Diète Européenne, il ne cessa, jusqu'à la mort, d'insister sur le bien qu'elle pourroit pro- duire. Il n'étoit pas cependant despotique dans ses opinions. Il avouoit qu'il y a bien peu de nos jugemens ou il n'entre autant de préjugés qu'il y a de drogues dans la thériaque. C'est pour cela, disoit- il encore, qu'il ne faut presque jamais soutenir qu'on a raison, mais dire avec modestie: Je suis de cette opinion quant à présent. L'intolérance même à l'égard des fanatiques intolérans, lui paroissoit une fausse mesure. Il ne faut point, disoit-il, faire mourir les charlatans, mais seulement leur empêcher de vendre leurs drogues et de décrier celles des bons médecins. II. Mémoire pour perfectionner la police des grands chemins. III. Mémoire pour perfectionner la police contre le duel. IV. Mémoire sur les Billets de l'Etat. V. Mémoire sur l'établissement de la Taille proportionnelle, in-4.º : ouvrage très-utile, qui contribua beaucoup à délivrer la France de la tyrannie de la Taille arbitraire. Il écrivit et il agit en homme d'état sur cette matière. VI. Mémoire sur les pauvres mendians. VII. Projet pour réformer l'orthographe des langues de l'Europe, dans lequel il y a beaucoup d'idées bizarres. Il y propose un système d'orthographe, qu'il suivoit lui-même, et qui rend la lecture de ses ouvrages fatigante. VIII. Réflexions critiques sur les travaux de l'académie Françoise. Cet écrit offre des vues utiles. IX. Une édition du Testament attribué au cardinal de Richelieu. X. Un très-grand nombre d'autres Ecrits. Le recueil de ses Ouvrages forme 18 vol. in-12, imprimés en Hollande, en 1744. L'amour du genre humain les a dictés. On y trouve quelquefois de la vérité, de la raison, de la justesse, de la netteté, et plus souvent des idées singulières, des projets impraticables, des réflexions trop hardies, et des vérités triviales qu'il ne cesse de rebattre; mais au milieu de ces chimères, on voit le bon citoyen : aussi le cardinal Dubois disoit, que «c'étoient les rêves d'un homme de bien.» La plupart de nos livres ne lui paroissoient qu'une étoffe mesquine, élégamment et légèrement brodée. Dans les miens, ajoutoit-il, l'étoffe est bonne et solide, mais la broderie manque. On n'a pas parlé dans ce catalogue, ni du traité de l'Anéantissement futur du Mahométisme, parce qu'il y a plusieurs traits dans cet écrit contre cette fausse religion, que l'auteur semble vouloir faire rejaillir sur la véritable; ni des Annales politiques de Louis XIV, en 2 vol. in-12 et in-8.º, 1757, dans lequel l'auteur déprime trop ce monarque. L'abbé de Saint-Pierre a rassemblé dans cet ouvrage toutes les idées bonnes ou mauvaises qu'il avoit répandues dans ses autres écrits. Il vouloit rendre les ducs et pairs, les sermons, les académies, utiles à l'état; donner toutes les places par élection, diminuer les pensions, abréger les procès, anéantir le célibat ecclésiastique, etc. etc. Mais la plupart de ses réflexions sont écrites grossièrement, et ne répondent pas à la bonté de ses intentions. Il dit dans ce livre, qu'on lui avoit imputé des Lettres qui parurent en 1737 contre les Jansénistes, et qu'un religieux, homme d'esprit, mais d'un zèle outré, lui fit compliment sur la manière dont ces lettres violentes et satiriques étoient écrites. «Mon Père, (lui répondit l'abbé de Saint-Pierre, à ce qu'il rapporte lui-même) j'aime sur toutes choses la paix, la tranquillité dans l'état et dans l'église; ainsi je suis très-éloigné de l'opinion de celui qui a écrit ces Lettres persécutantes et séditieuses. Je suis à la vérité de l'opinion de Molina sur la liberté, mais non pas Moli- » niste ; c'est un terme de parti » persécutant : or la bienfaisance » ne permet jamais d'être d'aucun » parti persécutant , elle qui ne » vise au contraire qu'à l'union » et à la concorde. — Mais , » *Monsieur* , ( dit le religieux » fort étonné ) vous ne vous » souciez donc pas de sauver la » vérité , des artifices de l'er- » reur ? — Non , *mon Père* , lui » dis-je , quand pour soutenir la » vérité , on est forcé de perdre » la charité bienfaisante envers » ceux qui prennent l'erreur pour » la vérité. La vérité ne se noie » jamais ; on a beau la plonger , » elle surnage toujours sur l'eau. » L'homme qui ne la connoit pas » aujourd'hui , la connoîtra de- » main ; au lieu que la charité » bienfaisante se perd toujours par » les marques de mépris et de » haine , et par les persécutions » mutuelles et injustes qu'inspire » toujours l'esprit de parti persé- » cutant , sur-tout à ceux qui se » piquent de paroître fort zélés » pour leur parti. » Ce morceau nous a paru propre à donner une idée de sa façon de penser et de son style. L'abbé de *Saint-Pierre* faisoit imprimer ses ouvrages à ses dé- pens , pour les donner à ceux qui étoient en état de profiter de ses réflexions , ou de contribuer à la réussite de ses projets. On a pu- blié un bon extrait de ses différens écrits , sous le titre de : *RÉVES* *d'un homme de bien* , in-8. *Voy.* II. CASTEL.
SAINT-POL. *Voyez* I. CHAT- LON... FRANÇOIS . n° v... LUXEMBOURG... et LOUIS XI. — SAINT-PREUIL , ( François de Jussac d'Embleville , seigneur de ) gouverneur d'Arras et maré- chal-de-camp , étoit un seigneur plein de bravoure et de graceit Favorisé par l'amour , il lia une intrigue avec une dame , auprès de laquelle il eut pour rival *la* *Meilleraie* , depuis maréchal de France , qui lui voua une haine éternelle. *Saint-Preuil* fut d'abord capitaine aux gardes. Ce fut lui qui fit prisonnier de guerre le duc de *Montmorency* , à la fa- meuse journée de Castelnaudari. Cette action lui valut la protec- tion du cardinal de *Richelieu* et les récompenses de la cour. Mais , aussi généreux que brave , il em- ploya tous ses soins auprès du cardinal pour obtenir la grace de son prisonnier ; et ses soins , comme toutes les autres sollicitations , fu- rent infructueux. *Richelieu* cho- qué de sa témérité , jetant sur lui un regard menaçant : *Saint- Preuil* , lui dit-il , *si le Roi vous* *rendoit justice à vous-même* , vous *auriez la tête où vous avez les* *pieds* . Il signala ensuite son cou- rage à Corbie , qu'il défendit en 1636 , contre les Espagnols ; et il facilita en 1640 , la prise d'Arras , dont il fut fait gouver- neur. L'année suivante étant allé en parti , il rencontra la garni- son ennemie qui sortoit de Ba- paume et alloit à Douai. Il l'atta- qua sans la connoître , et le trompette du roi qui la condui- soit ne s'étant point fait annon- cer , il la défit et la pilla ; mais quoiqu'il eût cessé de combattre dès qu'il l'eût reconnue , et qu'il eût fait rendre tout le butin qu'on avoit enlevé , cette infrac- tion d'une capitulation servit de prétexte pour le faire arrêter. Ce récit n'est pas conforme à ce qu'on lit dans *Ladocot* , et n'est pas moins vrai. Il y avoit quel- que temps que le maréchal de *la Meilleraie* cherchoit à aigrir les esprits contre lui. Dès qu'on fut maltré de sa personne, on l'accusa de concussion, et on lui reprocha un grand nombre de violences : entre autres, d'avoir enlevé une, jolie meunière à son époux, qui se déclara son accusateur. Saint-Preuil fut conduit à la citadelle d'Amiens, où des commissaires nommés par la cour, lui firent son procès. Pour se laver du reproche de concussion, il produisit une pièce qui prouve combien le peuple avoit alors à souffrir de la rapacité des gens de guerre. La voici : Brave et généreux Saint-Preuil, vivez d'industrie ; plumez la poule sans la faire crier ; faites ce que font beaucoup d'autres dans leurs gouvernements. Tranchez, coupez ; tout vous est permis. A cette étrange lettre, qui lui avoit été adressée de la cour, il en joignit d'autres semblables de Louis XIII, et du secrétaire d'état des Noyers, en réponse à ses représentations sur le peu de moyens qu'il avoit pour soutenir le ton de splendeur que les riches gouverneurs ses prédécesseurs donnoient à sa place. Ces pièces ne lui servirent de rien, parce que des ennemis implacables avoient juré sa perte. Il eut beau se justifier sur l'affaire de Bapaume ; il eut beau prétendre que les fautes commises avant qu'il fût gouverneur d'Arras, étoient censées pardonnées par les provisions de ce gouvernement, et faire voir qu'il avoit été autorisé dans les concussions dont on l'accusoit : il n'en fut pas moins condamné à être décapité. Cette sentence fut exécutée à Amiens, le 9 novembre 1641 ; il étoit dans sa 40e année. Voyez le Journal Tome XI. du cardinal de Richelieu ; son Histoire par le Clerc, 1753, 5 vol. in-12 ; et l'Histoire de Louis XIII, par le Vassor.
SAINT-QUENTIN, (Mllede) née à Paris au milieu du XVIIe siècle, reçut une éducation soignée de son père qui exerçoit avec distinction la profession d'avocat au parlement. Elle a publié un ouvrage curieux et assez rare, intitulé : Traité sur la possibilité de l'immortalité corporelle.
SAINT-RÉAL, Voy. RÉAL.
SAINT-ROMUALD, Voyez PIERRE n° XVII.
SAINT-SAIRE, Voyez BOULAINVILLIERS.
SAINT-SIMON, (Louis de Rouvroi, duc de) né à Paris le 16 juin 1675, essaya d'abord de l'art militaire, et fit ses premières armes en 1692. Ses talens étoient plus décidés pour la diplomatie, et il se tourna de ce côté. Il fut nommé, en 1721, ambassadeur en Espagne, pour faire la demande de l'Infante, future épouse de Louis XV. Le Régent qui l'aimoit et l'estimoit, le consulta sur les affaires les plus épineuses, et il s'en trouva bien, du moins lorsqu'il eut assez de force dans le caractère pour suivre ses conseils. Saint-Simon, naturellement porté à trouver les hommes méchans, croyant peu à la probité, et sur-tout à la probité des cours, ne se guérit pas de sa méfiance par le spectacle des bassesses, des trahisons, des jalousies dont la cour du duc d'Orléans le rendit témoin. Sans avoir le génie de Tacite, il lui ressemblait par le caractère ; il en possédoit sur-tout les vertus. Retiré dans ses terres, où il mourut dans un âge avancé. il y fit beaucoup de bien. C'est dans sa solitude qu'il composa ses Mémoires sur le règne de Louis XIV et sur la régence. Le caractère de l'auteur s'y montre à chaque page; il peint presque toujours en noir, mais il appuie ses portraits de faits et d'anecdotes: il n'y a pas jusqu'à Fénélon qu'il n'accuse d'artifice. Son penchant, pour le jansénisme, et l'austérité de ses mœurs et de sa morale, égarent quelquefois son pinceau. Mais, en général, il paroît aimer la vérité, et il la dit sans crainte. Son style est fort et énergique, quoique souvent incorrect, obscur, entor-tillé. Il y a pourtant beaucoup à apprendre de lui, lorsqu'on veut connoître les hommes et les cours. Il n'étoit pas exempt lui-même de certains défauts qu'il reproche à quelques-uns de ses personnages. Il se montre jaloux des privilèges de la pairie et de la noblesse de sa race, jusqu'à la petitesse. Cette jalousie l'accompagna même dans sa retraite, où il vécut d'ailleurs en homme religieux et bienfaisant. Ses Mémoires existent longtemps en manuscrit. On en publia d'abord un abrégé tronqué et mutilé par les censeurs, en 1788, en 3 vol. in-8°, auquel on ajouta, l'année d'après, un supplément un peu plus libre, en 4 vol. Enfin, en 1791, ils parurent à Strasbourg avec toute l'originalité et le piquant de l'auteur, en 13 vol. in-8°. Le titre est: Œuvres complètes de Louis de St-Simon, duc et pair de France, chevalier des ordres du roi. Ce recueil intéressant renferme: I. Les Mémoires d'état et militaires du règne de Louis XIV. II. Les Mémoires secrets de la régence de Philippe d'Orléans. III. L'Histoire des Honnêtes illustres des règnes de Louis XIV et de Louis XV, jusqu'à la mort de l'auteur. IV. Des Mémoires relatifs au droit public de la France. Cette édition est ornée de différentes pièces originales, qui servent à expliquer des choses confuses, à étendre des faits trop concis, à modifier des récits exagérés, à confirmer des anecdotes douteuses, ou à en rectifier d'autres mal présentées. Les Mémoires de Saint-Simon avoient besoin de ces correctifs. Son esprit ombrageux lui a fait voir trop souvent des empoisonnemens dans des morts très-naturelles, et des motifs d'ambition ou de cupidité dans des choses honnêtes. Mais ces soupçons étoient peut-être excusables dans un homme qui avoit vécu, comme nous l'avons dit, dans la cour corrompue et licencieuse du Régent. L'auteur du Supplément de 1789, l'avoit accompagné de différentes notes explicatives, dont plusieurs sont tirées de ce Dictionnaire historique, qu'il a l'honnêteté de citer: exemple peu imité depuis par divers compilateurs, qui, en le dépouillant, ont donné leurs larcins comme leur propre ouvrage.
SAINT-SORLIN, Voyez MARÈS, n° II.
SAINT-URBAIN, (Ferdinand II) nommé aussi simplement Urbano, se distingua par son goût et sa correction dans le dessin. C'est le graveur moderne le plus célèbre pour les coins de médailles. Plusieurs papes employèrent ses talens. Il mourut à Rome, riche et honoré, en 1720, après avoir recueilli une suite nombreuse d'estampes et de dessins estimés.
SAINT-VALLIER, Voyez POITIERS (Diane de)... et COCHER.
SAINT-VAST, (Olivier de) jurisconsulte, né à Alençon le 30 décembre 1724, et mort depuis peu, à 80 ans, a publié un *Commentaire* sur les coutumes du Maine et d'Anjou, 4 vol. in-12.
SAINT-VERAN, *Voy. MONT-EALM.*
SAINT-VINCENT, (Jean-François Fauris de) président au si-devant parlement de Provence, né à Aix en 1718, mort dans la même ville le 22 octobre 1798, en philosophe chrétien, étoit un magistrat grave, sérieux, uniquement occupé de ses devoirs. Le peuple respecta sa vertu, même dans les troubles de la révolution. Associé de l'académie des inscriptions en 1785, il mérita cet honneur par deux savans Mémoires sur les monnoies de la Provence et les antiques monumens des Marseillois. On a de lui, en manuscrit, d'autres Mémoires sur l'état du commerce, des sciences et des arts en Provence, pendant les 13$^{e}$, 14$^{e}$ et 15$^{e}$ siècles. Il a laissé un fils, héritier de son savoir et de ses vertus. Le père étoit ami de *Vouvenargues*, de *Mazaugues*, de tous les littérateurs Provençaux, et le protecteur éclairé de quelques-uns.
SAINT-YON, (N\*\*) jurisconsulte de Paris, a publié en 1610, le *Recueil* des édits et ordonnances sur les eaux et forêts.
SAINT-YVES, (Charles) habile oculiste, né en 1667 à la Viette près Rocroi, entra dans la maison de Saint-Lazare à Paris, en 1686, et s'y appliqua à la médecine des yeux. Ses succès en ce genre l'obligèrent de quitter cette maison; il se retira chez son frère, et eut bientôt une foule de malades. C'étoit un grand abatteur de cataractes, mais zélé partisan des anciens : dans le seul printemps de 1708, il en abattit 571. Ne pouvant suffire à traiter tous les malades, il choisit un jeune homme, *Etienne L'ofroi*, pour le seconder et le suppléer dans ses opérations. L'adresse et la bonne conduite de cet élève gagnèrent son cœur : il lui permit de porter son nom, le maria avec sa gouvernante, et le fit son légataire universel son *Traité des Maladies des Yeux*, 1722, in-4$^{e}$, Amsterdam, 1736, in-8$^{e}$, est très-estimé. *Saint-Yves* mourut en 1736. C'étoit un homme simple, d'un caractère droit, et capable de sensibilité. Le *Traité* de *Saint-Yves* fut attaqué par *Mauchard*, qui fit paroître dans le *Mercure* une *Lettre* critique de cet ouvrage, et une *Apologie* de sa critique.
SAINTE-ALBINE, *Voyen IV, REMOND.*
SAINTE-ALDEGONDE, *Voy. MARNIX.*
SAINTE-REUVE, (Jacques de) naquit à Paris en 1613. Après avoir fait ses études et achevé sa théologie, il soutint une expectative avec tant de succès, qu'en considération de cet exercice, la faculté lui accorda la dispenser d'âge pour être bachelier. Il fit sa licence avec éclat, et fut reçu docteur en théologie de la faculté de Paris, en 1638. Quelque temps après il fut choisi pour remplir une des chaires de théologie de Sorbonne; place qu'il perdit pour n'avoir pas voulu souscrire à la censure contre *Arnauld*. On lui défendit de prêcher en 1656, sous prétexte de jansénisme; mais en 1670, l'assemblée du Clergé lui assigna 1000 livres de pension annuelle. Il vécut depuis dans la retraite au milieu de Paris, continuellement appliqué à la lecture et à la prière, ou occupé à répondre aux consultations qui lui étoient faites de toutes parts sur les cas de conscience, de morale ou de discipline. Il étoit consulté par des évêques, des chapitres, des curés, des religieux, des princes, des magistrats. Son frère Jérôme, appelé le Prieur de SAINTE-BEUVE, recueillit après sa mort (arrivée le 15 décembre 1677, à 64 ans) ses Décisions, en trois volumes in-4.º et in-8.º Cette collection précieuse décèle beaucoup de sagesse, de savoir, de jugement et de droiture. Tout y est fondé sur l'Écriture, la Tradition et les Pères. On a encore de lui deux Traités en latin, l'un de la Confirmation, et l'autre de l'Extrême-Opinion, qu'il fit imprimer en 1686, in-4.º
SAINTE-CROIX. Voy. BRIN-VILLIERS... et BASSANO au Supplément.
SAINTE-FOI, Voyez III. JÉROME.
SAINTE-MARIE, (Hugues de) Voy. VII. HUGUES. I. SAINTE-MARTHE (Gaucher de) trésorier de France dans la généralité de Poitiers, plus connu sous le nom de Scévole de Sainte-Marthe, naquit en 1536, d'une famille féconde en personnes de mérite. Il exerça des emplois considérables, sous les règnes de Henri III et de Henri IV, qui l'honorèrent de leur estime; et fut intendant des finances dans l'armée de Bretagne, sous le duc de Montpensier. Il se signala par sa fidélité et son courage aux États de Blois, en 1588, où Henri III l'avoit appelé. Ce prince l'envoyé ensuite en Poitou, pour y désarmer la Ligue et le Calvinisme par son éloquence, et il eut le bonheur de réussir. Aussi fidelle à Henri IV qu'à Henri III, il fit rentrer la ville de Poitiers sous l'obéissance de ce monarque, dont il défendit ensuite les intérêts dans l'assemblée des notables tenue à Rouen. Après avoir passé sa vie dans les peines des emplois publics et dans les épines des guerres civiles, il alla mourir tranquillement à Loudun, le 29 mars 1623, à 87 ans, honoré du titre de Père de la Patrie. Le fameux Grandier prononça son Oraison funèbre, et le Parnasse françois et latin se joignit à lui pour jeter des fleurs sur son tombeau. On a de lui : I. des Éloges intitulés : Galtorum doctrinā illustrium, qui suā Patramque memoriā floruere, Elogia, Isenaci, 1622, in-8.º Colletet les traduisit assez platement en françois, 1644, in-4.º II. Un grand nombre de Poésies Latines; trois livres de la Pædotrophie, ou de la manière de nourrir et d'élever les enfans à la mammelle; deux livres de Poésies lyriques; deux de Sylves; un d'Élégies; deux d'Épigrammes; des Poésies sacrées. III. Plusieurs Pièces de vers françois, qui sont fort au-dessous des latines. Celles-ci eurent tous les suffrages; l'enthousiasme alla même si loin, qu'on osa dire qu'il avoit imité la majesté de Virgile dans sa Pædotrophie; la douceur de Tibulle et d'Ovide, dans ses Élégies; la gravité de Stace, dans ses Sylves; les pointes et le sel de Martial, dans ses Épigrammes; et dans ses Odes, le génie d'Horace, et même celui de Pindare. Mais ces éloges sont outrés. Tout ce qu'on peut dire, c'est que l'auteur, sans avoir l'imagination de Virgile, avoit quelque chose de la pureté et de l'élégance de son style. Ses Œuvres furent recueillies en 1632 et 1633, in-4.º Son Poème latin de la Pædotrophie, fut imprimé séparément avec la Traduction françoise qu'en a donnée son petit-fils, Abel de SAINTE MARTHE, 1698, in-8.º Ce dernier étoit garde de la bibliothèque du roi, et est mort en 1706.
II. SAINTE-MARTHE, (Abel de) fils aîné du précédent, chevalier, seigneur d'Estrept, conseiller d'état, et garde de la bibliothèque de Fontainebleau, mort en 1652, à 82 ans, avoit un génie facile et heureux pour la poésie latine; il est cependant inférieur à son père. Ses poésies sont le Laurier, la Loi Salique, des Elégies, des Odes, des Epigrammes, des Poésies sacrées, des Hymnes: elles ont été imprimées in-4.º avec celles de son père. Il est encore auteur de quelques autres ouvrages moins connus que ses vers. Il laissa un fils nommé Abel comme lui. [ Voy. la fin de l'article précédent. ]
III. SAINTE-MARTHE, (Gaucher de, plus connu sous le nom de SCEVOLE; et Louis de) frères jumeaux, fils de Gaucher de Sainte-Marthe, naquirent à Loudun le 20 décembre 1571. Ils se ressembloient parfaitement de corps et d'esprit; leur union fut un modèle pour les parens et pour les amis. Ils furent l'un et l'autre historiographes de France, et travaillèrent de concert à des ouvrages qui ont rendu leurs noms très-célèbres. Gaucher, chevalier, seigneur de Meré-sur-Indre, mourut à Paris le 7 septembre 1650, à 79 ans; et Louis, conseiller du roi, seigneur de Grelay, mourut le 29 avril 1656, à 85 ans. On leur fit une Epitaphe commune, dans laquelle on dit: In geminis unum, geminos agnovit in uno, Ambos qui potuit doctus adire senes. On a de ces deux illustres jumeaux: I. L'Histoire généalogique de la Maison de France, 1647, en 2 vol. in-fol. II. Gallia Christiana, publiée par les fils de Scévole de Sainte-Marthe, en 1666, en 4 vol. in-fol. III. L'Histoire généalogique de la Maison de Beauvau, in-folio, etc. Ils avoient été mariés l'un et l'autre; mais Louis se sépara de sa femme, qui devint supérieure des religieuses de Notre-Dame de Poitiers, tandis que son époux entroit dans les ordres sacrés.
IV. SAINTE-MARTHE, (Claude de) fils de François de Sainte-Marthe, avocat au parlement de Paris, et petit-fils de Scévole de Sainte-Marthe dont il est parlé dans l'article précédent, naquit à Paris en 1620. Il embrassa l'état ecclésiastique, et se livra tout entier au soulagement et à l'instruction des pauvres et des affligés. Il fut pendant long-temps directeur des religieuses de Port-Royal, emploi qu'il exerça avec beaucoup de zèle; mais la cour l'ayant arraché à cette solitude, il se retira à Courbeville en 1679, et y mourut le 11 octobre 1690, à 71 ans. On a de lui: I. Une Lettre à l'archevêque de Paris, Péréfixe, au sujet du Formulaire. II. Trains de Piété, en 2 vol. in-12. III. Un Recueil de lettres, en 2 vol. in-12, où l'on trouve points au naturel son esprit et son caractère. IV. Un Mémoire fort édifiant sur l'utilité des Petites-Ecoles. V. SAINTE-MARTHE, (Denis de) fils de François de Sainte-Marthe, seigneur de Chandoiseau, et général des Bénédictins de la congrégation de Saint-Maur, où il étoit entré en 1667, naquit à Paris en 1650, et y mourut le 30 mars 1725, à 75 ans. Il fit honneur à son corps par sa douceur, sa modestie, et par le talent de le gouverner avec sagesse. Ses principaux ouvrages sont: I. Un Traité de la Confession auriculaire à Paris, 1685, in-8°, contre le ministre Daillé, où il a rassemblé tous les passages des anciens qui y ont rapport, ainsi que les faits remarquables qui la prouvent. II. Réponse aux plaintes des Protestans, etc. III. Entretiens touchant l'entreprise du prince d'Orange, dédiés au roi Jacques II, et qui n'ont rien d'intéressant. IV. Quatre Lettres à l'abbé de Rancé, où il y a de l'esprit, mais trop de vivacité. L'abbé de la Trappe y est peu ménagé. Il eut le crédit de faire déposer l'auteur, qui étoit alors prieur de Saint-Julien de Tours; ou du moins sa déposition fut accordée à la prière des personnes puissantes attachées au réformateur de la Trappe. Les lettres du Père de Sainte-Marthe roulent sur les études monastiques, et sur quelques points de la Règle de saint Benoit. V. La Vie de Cassiodore, in-12, 1705. VI. L'Histoire de saint Grégoire le Grand, 1697, in-4°. Ces deux ouvrages sont savans et curieux. VII. Une Edition des Œuvres de saint Grégoire, 1705, 4 vol. in-fol. Il avoit entrepris, à la prière de l'assemblée du Clergé de 1710, une nouvelle édition du Gallia Christiana, in-fol., et il en a paroître trois volumes avant sa mort. Il y en a douze à présent.
VI. SAINTE-MARTHE, (Abel-Louis de) général des Pères de l'Oratoire, se démit de cet emploi en 1696, et mourut l'année suivante, à 77 ans, à Saint-Paul-au-Bois près de Soissons. Il laissa divers ouvrages manuscrits de théologie et de littérature. Il étoit fils de Scévole de Sainte-Marthe, mort en 1650. Son frère amé, Pierre Scévole de SAINTE-MARTHE, historiographe de France, mort en 1690, marcha sur les traces de ses ancêtres. Le roi récompensa son mérite par une charge de conseiller et de maître-d'hôtel. On a de lui: 1. Un livre peu exact, intitulé: L'Etat de l'Europe, en 4 vol. in-12. II. Un Traité historique des Armes de France, in-12, dans lequel on trouve des recherches. III. L'Histoire de la Maison de la Trimouille, 1688, in-12.
SAINTE-MAURE, (Charles de) duc de Montausier, Voyez MONTAUSIER.
SAINTE-MESME, (le marquis de) Voy. IV. HOSPITAL.
SAINTE-PALAYE, (Jean-Baptiste de la Curne de) de l'académie Françoise et de celle des Inscriptions, naquit à Auxerre en 1697. Il se dévoua de bonne heure à des recherches savantes sur notre langue et sur nos antiquités. Il fut secondé, dans ce pénible travail, par M. de la Curne son frère. Ils étoient nés jumeaux. Leur tendresse commença dès l'enfance, et ne finit qu'à la mort. Une même demeure, un même appartement, les mêmes sociétés les réunirent constamment. M. de la Curne mourut le premier, et M. de Sainte-Palaye ne cessa de pleurer un frère qui veilloit tendrement sur sa personne, sur ses besoins, sur sa santé, qui le débarrassoit de tous les soins domestiques, et qui étoit le dépositaire de tous ses sentimens, de toutes ses pensées, de tous ses plaisirs, de toutes ses peines. Celles-ci furent toujours en petit nombre. En voyant Sainte-Palaye, on apercevoit dans ses traits et dans la serénité de son visage, un calme intérieur, une tranquille égalité d'ame, qui intéressoit tous les cœurs. Ce vertueux et savant académicien mourut le 1 mai 1781, à 84 ans. A 80 ans, il fit de très-jolis vers adressés à madame de Gléon qui lui avoit brodé une veste. La Harpe les rapporte dans le tome I de sa correspondance. On a de lui : I. Mémoires sur l'ancienne Chevalerie, 1781, 3 vol. in-12. Les mœurs et les usages des anciens chevaliers sont peints, dans ce livre, avec autant de vérité que d'intérêt. L'institution politique et militaire de la chevalerie fut formée dans des siècles de brigandage, de confusion et d'anarchie. « C'est dans ces temps orageux que des nobles oisifs et guerriers, dit Thomas, s'associerent pour réprimer les brigands, et pour faire ce que la force publique ne faisoit pas ou faisoit mal. » Leur objet fut de combattre les Maures en Espagne, les Sarrasins en Orient, les tyrans des donjons et des châteaux en Allemagne; d'assurer la vie et les propriétés des voyageurs en France, et sur-tout de défendre l'honneur et les droits du sexe le plus faible, contre le sexe impérieux qui souvent l'outrage et l'opprime. Bientôt l'esprit d'une galanterie noble se mêla à cette institution héroïque. Chaque chevalier, en se dévouant aux périls, se soumit aux lois d'une souveraine de son cœur. C'étoit pour elle qu'il attaquoit, qu'il défendoit, qu'il forçoit des châteaux et des villes; c'étoit pour l'honorer qu'il versoit son sang. L'Europe entière devint une lice immense, où des guerriers armés des rubans et des chiffres de leurs maîtresses, combattoient en champ clos, pour mériter de plaire à la beauté. Alors la fidélité se mêloit au courage; l'amour étoit inséparable de l'honneur; les femmes, fières de leur empire, et le tenant des mains de la vertu, s'honoreient des grandes actions de leurs amans, et partageoient les passions nobles qu'elles inspiroient. II. C'est sur les Mémoires de M. de Sainte-Palaye, que Millot a rédigé l'Histoire des Troubadours, en 3 vol. in-12. III. Il avoit fait le projet d'un Glossaire François Universel, bien plus étendu que celui de Ducange, en 40 vol. in-folio; et il a laissé en manuscrit deux ouvrages intéressans : L'un est une Histoire des variations successives de notre langue; l'autre, un Dictionnaire de nos Antiquités françoises. Un bel esprit a dit, que « c'est un travail aussi ingrat que » bizarre, de rechercher des cailloux dans de vieilles masures, « quand on a des palais modernes » on pourroit lui répondre, qu'il est agréable pour un philosophe de voir comment nous sommes parvenus à changer ces vieilles masures en palais.
SAINTES, (Claude de) Voy. SAINTES.
SAINTONGE, (Louise-Geneviève Gillot de) Voyez GILLES n° IV.
SAINTRAILLES, (Jean-Poton de) grand sénéchal du Limousin, né d'une famille noble de Gascogne, se signala par ses services sous Charles VI et Charles VII. Il fit prisonnier le fameux Talbot, l'an 1429, à la bataille de Patay; et le comte d'Arondel à celle de Gerberoy, en 1435. Il travailla avec ardeur dans toutes les expéditions qui affranchirent la Normandie et la Guienne du joug des Anglois. Il eut en 1454 le bâton de maréchal de France, qui lui fut ôté en 1461 par Louis XI, l'ennemi des meilleurs serviteurs de son père. Il mourut deux mois après au château Trompette, dont il avoit le gouvernement. Son courage étoit comme son caractère, franc, noble et décidé.
SAISSET, (Bernard) premier évêque de Pamiers, fut envoyé par Boniface VIII auprès de Philippe-le-Bel, qui, ayant eu à se plaindre de sa hauteur et de ses intrigues, le fit emprisonner en 1300. Cette correction le rendit plus sage. Il retourna dans son diocèse, et mourut en 1314.
SAKVILLE, Voyez DORSET.
SALADIN, ou SALAHEDDIN, sultan d'Égypte et de Syrie, étoit Curde d'origine. Il alla avec son frère au service de Noradin, souverain de la Syrie et de la Mésopotamie. Ils se signalèrent tellement par leur valeur, qu'Adad, calife des Fatimites en Égypte, ayant demandé du secours à Noradin, ce prince crut ne pouvoir mettre à la tête de l'armée qu'il envoyait en Égypte, de plus habiles généraux que ces deux capiraines Curdes. Saladin obtint, en arrivant, les charges de visir et de général de ses armées. Adad étant mort quelque temps après, il se fit déclarer souverain de l'Égypte; et Noradin ne lui ayant pas long-temps survécu, il se déclara tuteur de son fils. Le commencement de son règne fut marqué par des établissements utiles. Il réprima la rapacité des Juifs et des Chrétiens employés dans les fermes des revenus publics et dans les fonctions de notaires. Après avoir donné des lois sages, il conquit la Syrie, l'Arabie, la Perse et la Mésopotamie, et marcha vers Jérusalem qu'il vouloit enlever aux Chrétiens. Renaud de Châtillon avoit traité avec le dernier mépris les ambassadeurs que le prince Musulman lui avoit envoyés pour redemander quelques prisonniers. Saladin jura de venger cette injure, et livra bataille aux Chrétiens, en 1187, auprès de Tibériade, avec une armée de plus de 50,000 hommes. Il eut la gloire de vaincre, et de faire plusieurs illustres prisonniers, parmi lesquels étoit Gui de Lusignan, roi de Jérusalem. Le monarque captif, qui ne s'attendoit qu'à la mort, fut étonné d'être traité par Saladin, comme aujourd'hui les prisonniers de guerre le sont par les généraux les plus humains. Le vainqueur lui présenta une coupe de liqueur rafraîchie dans la neige. Le roi, après avoir bu, voulut donner sa coupe à Renaud de Châtillon; mais Saladin avoit juré de le punir, et montrant qu'il savoit se venger comme pardonner, il lui abattit la tête d'un coup de sabre. Saladin marcha quelques jours après vers Jérusalem, qui se rendit par capitulation, le 2 octobre de la même année. Sa générosité y éclata de diverses manières; il permit à la femme de *Lusignan* de se retirer où elle voudroit. Il n'exigea aucune rançon des Grecs qui demeuroient dans la ville. Lorsqu'il fit son entrée dans Jérusalem, plusieurs femmes vinrent se jeter à ses pieds, en lui redemandant les unes leurs maris, les autres leurs enfans ou leurs pères, qui étoient dans les fers. Il les leur rendit avec une générosité qui n'avoit pas encore eu d'exemple dans cette partie du monde. *Saladin* fit laver avec de l'eau-rose, par les mains mêmes des Chrétiens, la mosquée qui avoit été changée en église. Il y plaça une chaire magnifique, à laquelle *Noradin*, soudan d'Alep, avoit travaillé lui-même, et fit graver sur la porte ces paroles : *Le roi SALADIN, serviteur de Dieu, mit cette inscription, après que Dieu eut pris Jérusalem pris les mains*. Il établit des écoles musulmanes. Malgré son attachement à sa religion, il rendit aux Chrétiens Orientaux l'Eglise du *Saint-Sépulcre*; mais il voulut en même temps que les pèlerins y vinssent sans armes, et qu'ils payassent certains droits. Il déchargea plusieurs milliers de pauvres de la taxe portée par la capitulation, fournit de ses trésors aux besoins des malades, et paya à ses troupes la prison de tous les soldats chrétiens. Cependant le bruit de ses victoires avoit répandu l'épouvante en Europe. Le pape *Clément III* remua la France, l'Angleterre, l'Allemagne pour armer contre lui. Les Chrétiens qui s'étoient retirés à Tyr, ayant reçu de grands secours, allèrent assiéger la ville de Saint-Jean-d'Acre, battirent les Musulmans, et s'emparèrent de cette ville, de Césarée et de Jafa, à la vue de *Saladin*, en 1191. Ils se disposoient à mettre le siège devant Jérusalem, mais la dissention s'étant mise entre eux, *Richard*, roi d'Angleterre, fut contraint de conclure une trêve de 3 ans et 3 mois avec le sultan, en 1192, par laquelle *Saladin* laissa jouir les Chrétiens des côtes de la mer depuis Tyr jusqu'à Joppé. Le sultan ne survécut pas long-temps à ce traité, étant mort un an après, en 1193, à Damas, âgé de 57 ans, après en avoir régné 24 en Egypte, et environ 19 en Syrie. Il laissa 17 fils qui partagèrent entre eux ses états. Ce prince étoit encore plus estimable par son humanité et par sa probité, que par sa bravoure. Il tenoit lui-même son divan tous les jeudis, assisté de ses cadis, soit à la ville, soit à l'armée. Les autres jours de la semaine, il recevoit les placets, les mémoires, les requêtes, et jugeoit les affaires pressées. Toutes les personnes, sans distinction de rang, d'âge, de pays, de religion, trouvoient un libre accès auprès de lui. Son neveu, *Teki-Eddin*, ayant été cité en jugement par un particulier, il le força de comparoitre. Un certain *Omar*, marchand d'Ackhlaï, ville indépendante de *Sultan*, eut même la hardiesse de présenter une requête contre ce monarque devant le cadi de Jérusalem, à l'occasion d'un esclave dont il réclamait la succession que le sultan avoit recueillie. Le juge étonné, avertit *Saladin* des prétentions de cet homme, et lui demanda ce qu'on devoit faire ? *Ce qui est juste*, répondit le sultan. Il comparait au jour nommé, défendit lui-même sa cause, la gagna; et loin de punir la témérité de ce marchand, il lui fit donner une grosse somme d'argent, le récompensant d'avoir eu assez bonne opinion de son intégrité, pour oser réclamer sa justice dans son propre tribunal, et sans craindre qu'elle y fût violée. Ses sujets connoissoient sa bonté; ils ne craignaient pas de l'importuner, à toutes les heures, de leurs querelles particulières. Un jour ce prince, après avoir travaillé tout le matin avec ses émirs et son ministre, s'étoit écarté de la foule pour prendre quelque repos. Un esclave vint dans cet instant lui demander audience: *Saladin* lui dit de revenir le lendemain. *Mon affaire*, répondit l'esclave, *ne souffre aucun délai*; et il lui jeta son mémoire presque sur le visage. Le sultan ramassa ce papier sans s'émouvoir, le lut, trouva la demande équitable, et accorda ce qu'on sollicitoit... Une autre fois, tandis qu'il délibérait avec ses généraux sur les opérations de la guerre, une femme lui présenta un placet. *Saladin* lui fit dire d'attendre. *Et pourquoi*, s'écria-t-elle, *êtes-vous notre roi, si vous ne voulez pas être notre juge?* — *Elle a raison*, répondit le sultan; il quitta l'assemblée, s'approcha de cette femme, écouta ses plaintes, et la renvoya satisfaite... La modération de ce prince a fourni à l'histoire un de ces petits faits que *Plutarque* n'auroit pas négligé de recueillir. Deux Mamelucs se disputant à quelques pas de lui, l'un d'eux jeta sa pastouille contre l'autre. Celui-ci ayant esquivé le coup, la pantouille alla frapper le sultan. Mais ce prince, feignant de ne s'en être pas apperçu, se tourna d'un autre côté, comme pour parler à un de ses généraux, afin de n'être pas forcé de punir l'auteur de cette action... Dans le temps que le sultan étoit le plus irrité contre les Francs, à cause de la cruauté de *Richard*, roi d'Angleterre, et qu'il faisoit trancher la tête à tous ceux qu'on prenoit dans les combats; on traîna dans sa tente un officier chrétien, saisi d'une frayeur mortelle. *Saladin* lui ayant demandé le motif de sa peur: *Je tremblois*, lui dit l'officier, *en approchant de votre personne*; mais j'ai cessé de craindre en vous voyant. Un prince dont l'aspect n'annonce que de la bonté et de la clémence, ne peut avoir la cruauté de me condamner à la mort. Le sultan sourit, et lui donna la vie et la liberté. Ce prince judicieux avoit une idée juste des grandeurs humaines: il voulut qu'on portât dans sa dernière maladie, au lieu du drapeau qu'on élevoit devant sa porte, le drap qui devoit l'ensevelir. Celui qui tenoit cet étendard de la mort, crioit à haute voix: *Voilà tout ce que SALADIN, vainqueur de l'Orient, emporte de ses conquêtes*. Un de nos poètes a traduit ainsi cette espèce d'épitaphe: *J'ai joint plusieurs états au sceptre que je porte:* *J'ai l'aimévisé vingt fois: mais dans le monument,* *De tant de biens conquis aujourd'hui, je n'emporte* *Que ce drap seulement.* On dit qu'il laissa par son testament des distributions égales d'aumônes aux pauvres Mahométans, Juifs et Chrétiens: voulant donner à entendre par cette disposition, que tous les hommes sont frères, et que pour les sourir il ne faut pas s'informer de ce qu'ils croient, mais de ce qu'ils souffrent... M. Marin, écrivain aussi connu par la douceur de ses mœurs, que par l'étendue de ses lumières et l'élégance de sa plume, a donné en 1758, en 2 vol. in-12, une Histoire de ce grand homme, pleine de recherches intéressantes, bien faite et bien écrite. Il y fait valoir la vertu généreuse de Saladin; mais pour être parfaitement impartiaux, nous avouerons qu'elle se démentit une fois cruellement. Quelques centaines de chevaliers ayant été pris au siège de Tibériade, il leur donna le choix de l'abjuration de leur foi ou de la mort; et sur leur refus il les fit tous massacrer.
SALAMIEL, fils de Surisaddaï, prince de la tribu de Siméon, sortit d'Égypte à la tête de 59300 hommes portant les armes, et fit son offrande au tabernacle, en son rang, comme chef de la tribu.
SALARIO DEL GORBO, (André) peintre de Milan, fut élève de Léonard de Vinci. On a de lui plusieurs tableaux qui sont très gracieux. Il vivait au milieu du XVIe siècle.
SALAS, Voy. BARBADILLO.
SALATHIEL, fils de Jéchonias et père de Zorobabel, prince des Juifs, qui, après la captivité de Babylone, présida au rétablissement de la ville et du temple de Jérusalem. Salathiel mourut à Babylone.
SALAZARD, (Ferdinand) jésuite Espagnol, est connu en France par un Traité de la fré- quente Communion, qui a été traduit par un dominicain.
SALCEDE, (Nicolas) accusé d'avoir voulu assassiner le duc d'Alençon, à l'instigation du duc de Parme, fut écartelé à Paris le 26 octobre 1782. Son père avoit été massacré à la Saint-Barthelemi, quoique bon catholique; mais il étoit ennemi déclaré des Guises.
SALDEN, (Guillaume) né à Utrecht, exerça le ministère dans plusieurs églises de Hollande, et enfin dans celle de la Haye, où il mourut en 1694. Ses ouvrages sont: I. Otiu Theologica, in-4. Ce sont des Dissertations sur différens sujets de l'Ancien et du Nouveau Testament. II. Concionator sacer, in-12. III. De libris, variorumque eorum usu et abusu, Amsterdam, 1683, in-12. Cailleau, dans son Dictionnaire bibliographique, tome 3, a donné une notice très-détaillée de cet ouvrage, qui mériteroit d'être plus connu. Salden avoit du jugement et du savoir.
SALE, Voyez SALLE.
SALE, (George) étoit un des principaux membres de la Société qui a entrepris de nous donner une Histoire Universelle, dont il y a déjà une grande partie d'imprimée. Il mourut à Londres le 14 novembre 1736, regardé comme un savant du premier ordre. On a de lui une excellente Traduction angloise de l'Alcoran, imprimée à Londres en 1734, in-4. Il a mis à la tête de cette version, une Introduction curieuse, qui a été traduite en françois, in-8. : on l'a insérée aussi dans l'édition de l'Alcoran, en françois, Amsterdam, 1770, 2 vol. in-12. On y trouve encore des notes, dont plusieurs n'ont pas paru justes à tout le monde. « Je suis fâché, (dit M. Porter, l'homme du monde le mieux instruit de la religion Musulmane) d'être obligé de dire » que souvent il montre trop d'em- » pressement à faire l'apologie du » Koran, et qu'il cherche plutôt » à pallier les extravagances sans » nombre qu'il y rencontre, qu'à » les exposer dans leur véritable » point de vue. Il résulte du moins » un avantage de cette partialité : » c'est qu'on peut être assuré qu'il » n'a pas ajouté une seule absur- » dité à celles qui y sont réel- » lément, et qu'il n'a point char- » gé le ridicule qu'elles ont dans » l'original. Quelques faiseurs » d'esprit hétérodoxes, pour se » donner un air de singularité, » si ce n'est aux dépens de l'hon- » nétété, ah moins aux dépens » du sens commun, ne se sont » point fait scrupule de se dé- » clarer les admirateurs du Koran, » d'en exalter les dogmes, et même » d'oser les mettre en parallèle » avec ceux qu'enseignent nos » livres sacrés. » (Observ. sur la religion, les lois, le gouver- nement et les mœurs des Turcs, Neuchâtel, tome 2, 1770, page 22 et suiv.) Le caractère des écrits de Sale, est celui de la société dont il étoit membre; beaucoup d'érudition, mais peu de goût, peu d'élégance, peu de précision. Voyez Mahomet n° 1.
SALÉ, fils d'Arphaxad, et père d'Heber; ou, selon les Septante et S. Luc qui les a suivis, fils de Caïnam, et petit-fils d'Arphaxad, mourut âgé de 433 ans, en 1878 avant Jesus-Christ.
SALEL, (Hugues) de Casale dans le Querci, s'acquit l'estime du roi François I, qui le fit son valet-de-chambre, et lui donna l'abbaye de Saint-Cheron, près de Chartres, avec une pension. Salel fit par ordre de ce prince, une Traduction en vers fran- çois, des XII premiers livres de l'Iliade d'Homère, 1574, in-8°, et mourut à S. Cheron, en 1553, à 50 ans. On a encore de lui un recueil de Poésies, qui ont été beaucoup plus louées par ses contemporains qu'elles ne le méritent. Son style est embarrassé, lou- che et traînant. On peut le met- tre au rang des poètes qui doi- vent être rongés des vers dans les bibliothèques.
SALERNE, (François) mé- decin d'Orléans, s'appliqua par- ticulièrement à l'Histoire natu- relle, et travailla avec Arnault de Nobleville à la continuation du traité de la Matière médica- de Geoffroy. Ils donnèrent le Règne Animal, et ensuite l'His- toire naturelle des Animaux. La description anatomique occupe la plus grande partie de ce dernier ouvrage. On a encore de Salerne : I. Une traduction du Synopsis avium de Bay, sous le titre d'Essai sur Histoire naturelle des Oiseaux ou Traduction du Synopsis avium de Bay, aug- menté de Recherches critiques, et d'Observations curieuses sur les Oiseaux de nos climats, Paris, 1767, in-4° II. Le Manuel des Dames de charité, in-12. Ce mé- decin mourut en 1760.
SALES, Voyez FRANÇOIS, n° XII.
SALIAN ou SALLIAN, (Jac- ques) jésuite d'Avignon, ensai- Gr. gha avec beaucoup de réputation. Il devint recteur du collège de Besançon, et mourut à Paris en 1640, dans un âge avancé, après avoir publié plusieurs ouvrages de piété, et des *Annales de l'Ancien Testament*, Paris, 1625, 6 volumes in-folio, en latin, dans lesquelles il a répandu beaucoup d'érudition. C'étoit un homme très-estimable et très-estimé.
SALIER, *Voyez* SALLIER.
SALIER, (Jacques) religieux Minime, professeur en théologie, provincial et définiteur, mourut à Dijon le 10 août 1707, âgé de 92 ans. La théologie scolastique étoit son talent principal. Nous avons de cet auteur: I. *Historia Scholastica de Speziebus Eucharisticis*, in-4°, 3 volumes, Lyon, 1687, et Dijon, 1692 et 1704. II. *Cacocephalus*, sive de *Plagiaris opusculum*, 1694, in-12. III. Des *Pensées sur l'Ame raisonnable*, in-8°. Il y a dans tous ses écrits du savoir et de la métaphysique.
SALIEZ, *Voyez* SALVAN.
SALIGNAC, — FÉNÉLON.
SALINAS ou SALINES, (François de) natif de Burgos, perdit la vue à l'âge de dix ans. Cet accident ne l'empêche pas de se rendre habile dans les langues grecque et latine, dans les mathématiques, dans la musique. Il mourut en 1590, après avoir reçu des marques d'estime de plusieurs grands seigneurs. Il compta aussi parmi ses protecteurs le pape *Paul IV*, et le duc d'Albe, qui lui fit donner un bénéfice. On a de lui: I. Un excellent *Traité de Musique*, en latin, Salamanque, 1592, in-folio. II. Une Traduction en vers espagnols, de quelques *Epigrammes de Martial*.
SALINATOR, *Voy*. LIVIUS SALINATOR.
SALINGUERRA, chef de la faction des *Gibelins*, s'empara de la principauté de Ferrare, l'an 1195, et devint si puissant, qu'il méprisa l'autorité du légat du pape, et du marquis *Azzon d'Est*, et qu'il chassa de Ferrare tous ceux qui étoient de leur parti. Le marquis d'*Est*, voulant s'en venger, leva une armée et assiégea Ferrare. *Salinguerra* parla de faire la paix, et le laissa entrer dans la ville; mais le marquis d'*Est* s'étant montré un peu trop difficile à accepter les conditions de la paix, en fut honteusement chassé, avec tous ceux qui l'avoient accompagné. Cependant il y entra depuis, et *Salinguerra* chassé à son tour, mourut prisonnier à Venise, l'an 1240, âgé de 80 ans.
SALIS, (Ulysse de) capitaine, de l'illustre maison des barons de *Salis*, dans le pays des Grisons, né en 1594, se signala d'abord au service des Vénitiens. Il porta les armes pour sa patrie dans les troubles de la Valteline; puis pour la France, en qualité de colonel. Son régiment ayant été réformé, il leva une compagnie entière au régiment des Gardes-Suisses, et l'amena au service de *Louis XIII*, pendant le siège de la Rochelle. *Salis* acquit beaucoup de gloire à ce siège, et en 1629, à l'attaque du Pas-de-Suze. Il leva un nouveau régiment Grison en 1631, pour le secours de sa patrie, que les Autrichiens vouloient subjuguer. Il servit à la tête de ce corps avec la plus grande distinction, en 1635, sous le duc de *Rohan*. Eta- bli, par ce général, gouverneur de toute la Chiavenne, il refusa les offres avantageuses du comte de Serbellonne, général des Espagnols, et remporta, le 4 avril 1635, une victoire complète sur ces derniers, au Mont-Francesca. Salis fut le dernier des Grisons qui ne voulurent point souscrire au traité par lequel les Ligues Grises se réconcilioient avec les deux branches de la maison d'Autriche. Il continua de servir la France, fut nommé en 1641 maréchal-de-camp, se signala, cette même année, au siège de Coni, dont il devint gouverneur, et prit, le 19 octobre suivant, le château de Demon. Il mourut dans le pays des Grisons en 1674, à 79 ans. Il y avoit quelque temps que sa mauvaise santé et le goût de la retraite l'avoient forcé de quitter le métier bruyant et périlleux de la guerre.
SALISBURY, Voyez SARISBURY, et EDOUARD III. I. SALLE, (Antoine de la) écrivain François, voyagea en Italie, où il contracta le goût des nouvelles romanesques. Il s'attacha à René d'Anjou, roi de Sicile et duc de Lorraine, dont il devint secrétaire. Les lettres, qu'il avoit cultivées de bonne heure, furent pour lui un amusement plutôt qu'une occupation. Entrainé par le goût qui régnoit alors, il composa, en 1459, un Roman intitulé: Histoire plaisante et chronique du Petit-Johan de Saintré et de la jeune Dame des Belles-Cousines; imprimée en 1517, in-fol., et 1724, 3 volumes in-12. Quelques esprits bizarres ont prétendu trouver dans ce roman, des vérités et des allusions historiques. Autrefois il se vendoit très-cher; mais aujourd'hui que la saine cri- tique a pris le dessus, cet ouvrage n'est plus regardé que comme un roman ignoré, qui n'offre que la grossière ingénuité des temps passés. On a encore de lui la Sallade, Paris, 1527, in-fol.
II. SALLE, (Simon-Philibert de l'Étang de la) conseiller au présidial de Rheims, et ancien député de cette ville à Paris, mourut dans cette capitale, le 20 mars 1765. Nous devons à cet homme estimable deux ouvrages qui ont eu du cours: I. Les Prairies artificielles, petit vol. in-8°, qui a été réimprimé deux fois. II. Manuel d'Agriculture pour le laboureur, la propriétaire et le gouvernement, in-8°; ouvrage dicté par l'amour du bien public, et par une expérience constante de 30 années.
III. SALLE, Voy. SALE.
IV. SALLE, (Jean-Baptiste de la) fils d'un conseiller au présidial de Rheims, naquit le 30 avril 1651. Il se distingua dès son enfance par sa sagesse et sa piété. Après avoir commencé ses études dans sa patrie, il fut pourvu d'un canonicat à l'âge de 17 ans, il fut admis à la prêtrise en 1678, et prit le grade de docteur en théologie, à Paris, en 1681. De retour à Rheims, il fut chargé de l'établissement des maîtresses d'école, et s'en acquitta avec un zèle éclairé. En 1679, il avoit commencé à établir, pour les garçons, des écoles gratuites, où l'on enseigne les principes de la religion et des lettres. Il en logea d'abord les maîtres chez lui, leur acheta ensuite une maison, vécut avec eux, les dirigea dans l'administration des écoles, et leur donna de sages réglemens. Plusieurs villes voulurent se procurer ces nouveaux institu- teurs. Il établit un noviciat d'abord à Rheims, de là à Paris, et enfin à Rouen, où il acquit la maison de Saint-Yon, dans le faubourg Saint-Sever. En 1683, craignant que ses occupations ne lui permissent pas de remplir ses obligations avec assez d'exactitude, il résigna son canonicat à un prêtre, que sa piété seule lui fit choisir. En 1684, il distribua son patrimoine aux pauvres. Livré tout entier au soin de former et de diriger sa congrégation naissante, il la vit s'accroître et s'étendre avec rapidité. En 1717 il força ses disciples d'accepter sa démission de la supériorité, se fit nommer un successeur, et ne s'occupa plus que des pensées de l'éternité. Ce saint prêtre mourut le vendredi-saint 1719, à Saint-Yon lès-Rouen. Il a laissé, pour l'usage des écoles, plusieurs ouvrages remplis d'onction et de piété. Ses disciples, réunis sous le nom de *Frères des écoles chrétiennes*, ont obtenu des lettres-patentes pour leur maison de Saint-Yon en 1724, et *Benoît XIII* a approuvé leur institut. De nouvelles lettres-patentes, données en 1778, leur accordent dans tout le royaume les prérogatives et privilèges dont jouissent les autres corps religieux.
SALLÉ, (Jacques Antoine) avocat au parlement de Paris, sa patrie, né le 4 juin 1712, mort d'hydropisie le 14 octobre 1778, a publié : I. *L'Esprit des Ordonnances de Louis XV*, in-4°, 1759. II. *L'Esprit des Ordonnances de Louis XIV*, 1758, 2 vol. in-4°. La clarté, la lumière et le savoir règnent dans ces deux excellens commentaires de nos lois. Le premier n'a pour objet que celles qui ont été rédigées par le chancelier d'Aguesseau. III. *Traité des* fonctions des commissaires du châtelet, 1760, 2 vol. in-4°. *Sallé* étoit associé de l'académie de Berlin : titre qu'il dut à des observations critiques sur le *Code Frédéric*. Une timidité modeste, la franchise, l'enjouement, étoient ses qualités principales ; et il eut le don de se faire aimer.
SALLEBRAI, (N.) a donné au théâtre quatre mauvaises pièces : le *Jugement de Paris*, 1639 ; la *Troade*, 1640 ; la *belle Égyptienne* 1642 ; et l'*Amante ennemie*. On ignore sa patrie et le temps de sa mort.
SALLENGRE, (Albert-Henri de) conseiller du prince d'Orange, né à la Haye en 1694, fit paraître dès sa jeunesse les plus heureuses dispositions pour les belles-lettres, qu'il cultiva toujours avec succès. Après avoir étudié l'histoire et la philosophie à Leyde, il s'appliqua au droit, et soutint publiquement des *Thèses contre la coutume de donner la question aux coupables qui s'obstinent à nier leurs crimes*. Il vint à Paris après la paix d'Utrecht, visita les bibliothèques et les savans, et profita des lumières des uns et des richesses des autres. Il voyagea en Angleterre, et y fut reçu membre de la société de Londres, en 1719. De retour à la Haye, il fut attaqué de la petite vérole, et en mourut à l'âge de 30 ans, le 27 juillet 1733. Ce jeune savant faisoit respecter les lettres, par la douceur de ses mœurs et par la bonté de son caractère. Il étoit poli, obligeant, et sa vaste érudition dans un âge peu avancé, n'affoiblit ni sa modestie, ni son jugement. Il parloit aisément de ce qu'il savoit ; mais il ne cherchoit point à en faire étalage, et sa conversation étoit agréable et utile. Ses principaux ouvrages sont : I. *L'Histoire de Montmaur*, professeur royal de langue Grecque à Paris, 1717, 2 vol. in-12. C'est le recueil des Satires enfantées contre ce fameux parasite. II. *Mémoires de littérature*, 1715, 2 vol. in-12, continués depuis par le P. *Desmolés*. Le premier but de de *Sallengré* avoir été de faire connoître les livres imprimés depuis long-temps, qui étoient recommandables, ou par leur mérite, ou par leur succès, ou par leur rareté. III. *Novus Thesaurus Antiquitatum Romanarum*, 1716, 3 vol. in-fol.; recueil contenant beaucoup de pièces fugitives qui avoient échappé aux recherches de *Grævius*, et qui étoient extrêmement rares. IV. *L'Eloge de l'ivresse*, 1714, in-12. C'est une assez mince compilation, et un jeu d'esprit, qui ne doit donner aucune mauvaise idée de ses mœurs. V. *Essai sur l'Histoire des Provinces-Unies*, 1728, in-4°: ouvrage posthume. VI. Une édition des *Poésies de la Monnoye*, 1716, in-12.
SALLES, *Voyez* FRANÇOIS, n° XII.
SALLIER, (Claude) prêtre, garde de la bibliothèque du roi, membre de l'académie Françoise et de celle des Inscriptions, né à Saulieu, diocèse d'Autun, mourut à Paris en 1761, âgé de 75 ans. On a de lui : I. *L'Histoire de saint Louis*, par *Joinville*, avec un *Glossaire*, 1761, in-fol., en société avec *Melot*. II. De savantes *Dissertations* qui décorent les Mémoires de l'académie des belles-lettres. Des recherches utiles et curieuses, soutenues d'une critique exacte; des réflexions solides, or- ornées d'un style convenable au sujet voilà ce qu'on trouve dans les ouvrages de l'abbé *Sallier*. Il a travaillé aussi au *Catalogue* raisonné de la bibliothèque du roi, dont nous avons 10 vol. in-folio : 4 sur les manuscrits; 3 des ouvrages théologiques; 2 des belles-lettres; un pour la jurisprudence. Ce catalogue est précédé d'un discours curieux, sur l'histoire de la bibliothèque nationale. Quelque satisfait qu'on fût de son érudition, ou l'étoit davantage de son caractère. Tous ceux que la curiosité ou l'envie de s'instruire attiroient dans la bibliothèque du roi, trouvoient en lui un guide officieux et prévenant, qui leur indiquait les routes de ce dédale avec autant de politesse que d'intelligence. *Voyez* SALLIER.
SALLO, (Denis de) seigneur de la Coudraye, né à Paris en 1626, étoit d'une très-ancienne noblesse, originaire de Poitou. Il parut avoir dans sa jeunesse peu de dispositions pour les sciences; mais son esprit ne tarda pas à s'ouvrir. Après avoir fait ses humanités, il soutint publiquement des thèses de philosophie, en grec et en latin. Il passa ensuite à l'étude du droit, et fut reçu conseiller au parlement de Paris en 1652. La littérature l'occupoit alors autant que la jurisprudence. Il lisoit sans cesse et toutes sortes de livres, dont il faisoit des extraits raisonnés. En 1662, Paris ressentit une assez grande disette. *Sallo* fut attaqué au détour d'une rue par un homme qui lui présentant un pistolet d'une main mal assurée, lui demanda sa bourse. Après la lui avoir donnée, *Sallo* suivit le voleur; il le vit entrer chez un boulanger, où il acheta un pain qu'il porta ensuite à un quatrième étage à une femme et quatre enfans. « Mangez ce pain, leur dit leur père ; il me coûte l'honneur, et me coûtera peut-être la vie. » *Sallo* entra aussitôt, et rassurant l'homme effrayé, il lui remit 300 livres pour acheter un fonds de commerce, qui arracha cet homme au crime et sa famille à l'indigence. L'application de *Sallo* à l'étude lui causa une maladie qui le mit hors d'état de marcher pour le reste de ses jours. Ce fut alors qu'il conçut le premier projet du *Journal des Savans*, qu'il donna au public en 1665, sous le nom du sieur d'*Hedouville*, l'un de ses domestiques. A peine les premières feuilles de cet ouvrage périodique parurent, que quelques savans firent éclater leur haine contre le journaliste, censeur impartial de leurs plagiats et de leurs inepties. Ils trouvèrent un appui dans des grands, amis de l'ignorance ou indifférens pour les lettres : ils firent proscrire le Journal au treizième mois. Ses ennemis non contens de faire supprimer l'ouvrage, contestèrent à l'auteur la gloire de l'invention. Mais il y a une extrême différence entre la *Bibliothèque* du savant patriarché de Constantinople et les Journaux. *Photius* n'a eu d'autre intention que de nous laisser des analyses de tout ce qu'il avoit lu dans son ambassade de Perse. Les journalistes nous parlent des livres, à mesure qu'ils paroissent. Ils nous les annoncent ; ils nous disent en quel pays et en quelle forme ils sont imprimés ; ils en développent légèrement le sujet ; ils rassemblent tout ce qui peut intéresser les savans : nouvelles découvertes, recherches curieuses, phénomènes extraordinaires. Ce plan, lorsqu'il est rempli par un homme ingénieux, éclairé et impartial, est bien au-dessus de celui qu'avoit conçu *Photius*, dont les vues étoient certainement bien plus bornées. *Sallo*, obligé d'interrompre son travail, en laissa le soin à l'abbé *Gallois*, qui se borna à de simples extraits, sans censurer ni les auteurs, ni les ouvrages. L'abbé de la *Roque*, du diocèse d'Albi, lui succéda en 1675, et eut lui-même pour successeur le président *Cousin*. Le soin du Journal fut confié ensuite à quelques savans choisis par le chancelier. Il a disparu en 1792, sous les orages de la révolution. Les années 1707, 1708 et 1709 ont chacune un vol. de Supplément. Il a été imprimé en Hollande, in-12. On y a ajouté des observations tirées du *Journal de Trévoux*. Il y a une *Table* en 10 vol. in-4° : on la doit à M. l'abbé de *Claustre*, qui l'a exécutée avec soin et avec intelligence. Toutes les nations de l'Europe se sont empressées d'imiter le dessein de *Sallo* ; et il faudroit un volume pour donner la liste des différens ouvrages qu'on publie en ce genre, dans toutes les parties du monde littéraire. Le père de tous ces Journaux mourut à Paris en 1669, à 43 ans, de la douleur d'avoir perdu cent mille écus au jeu. C'est du moins ce que rapporte *Vigneul-Marville*, mais l'abbé *Gallois*, son successeur dans la composition du Journal, a traité ce fait de calomnie. Son humeur satirique lui fit beaucoup d'ennemis. Ils fermèrent les yeux sur les agrémens de son caractère, sur la générosité de son cœur, sur la clarté de son style, sur la justesse de sa critique, et ne virent en lui qu'un gazetier amer qui s'érigeoit en *Aristarque*, et qui disoit du mal de tout le monde dans ses Feuilles hebdomadaires. I. SALLUSTE, (Crispus SALLUSTIUS) historien Latin, naquit d'une famille plébéienne, l'an 85 avant J. C. à Amiterne, ville d'Italie, nommée aujourd'hui San-Victorino. Il fut élevé à Rome, où il étudia sous le fameux grammairien Praetextatus, avec lequel il fut toujours lié d'une étroite amitié. S'étant mis sur les rangs pour obtenir des emplois, il parvint à la charge de questeur, et ensuite à celle de tribun du peuple. Ses mœurs étoient si dépravées, qu'il fut noté d'infamie et dégradé du rang de sénateur. Milon l'ayant surpris en adultère, il fut fouetté et condamné à une amende. Il consuma tout son bien par ses débauches. Jules-César dont il avoit embrassé le parti, le fit rentrer dans l'ordre des sénateurs, et le mena avec lui en Afrique, où il alloit faire la guerre contre le beau-père de Pompée. Lorsqu'elle fut terminée, il lui donna le gouvernement de la Numidie, où Salluste amassa des richesses immenses par les injustices les plus criantes. Du fruit de ses déprédations, il fit batir à Rome une maison magnifique, et des jardins qu'on appelle encore aujourd'hui les Jardins de Salluste. Jamais personne ne s'est élevé plus fortement que lui contre le luxe, l'avarice et les autres vices de son temps; et jamais personne n'eut moins de vertu. « Salluste, dit le président de Brosses, fut élevé dans une capitale où le luxe triomphoit : son cœur en prit toute la mollesse. Les exemples de corruption dont sa jeunesse fut entourée, le séduisirent sans l'aveugier. Il eut toujours des humières très-justes sur le bien et sur le mal; mais réservant toute sa sévérité pour ses discours, il mit une entière licence dans ses mœurs. Censeur impitoyable des vices d'autrui, il se permettoit à lui-même des choses très-malhonnêtes. » Il mourut l'an 35 avant J. C., méprisé des gens de bien. Eusèbe prétend qu'il épousa Térentia, femme de Cicéron, que celui-ci avoit répudiée. Salluste avoit composé une Histoire Romaine, qui commençoit à la fondation de Rome; mais il ne nous en reste que des fragmens. (Voyez BROSSES.) Nous avons de lui deux ouvrages entiers : l'Histoire de la conjuration de Catilina, et celle des guerres de Jugurtha, roi de Numidie. Ce sont deux chefs-d'œuvre; Martial les goûtoit à tel point, qu'il appeloit l'auteur le premier des historiens Romains. Son style est plein de precision, de force et d'énergie. Il pense fortement et noblement, dit Rollin, et il écrit comme il pense. On peut le comparer, dit-il, à ces fleuves qui ayant leur lit plus resserré que les autres, ont aussi leurs eaux plus profondes. On ne sait ce qu'on doit admirer davantage dans cet écrivain, ou des descriptions, ou des portraits, ou des harangues; car il réussit également dans toutes ces parties. Quelques auteurs lui reprochent, 1° d'avoir chargé ses Histoires de préfaces qui n'y ont aucun rapport, et qui dans les traductions françaises paroissent des lieux communs un peu insipides; 2° de se permettre des digressions qui font perdre de vue l'objet principal; 3° d'avoir mis de la partialité dans les récits de plusieurs faits, soit en omettant ce qui pouvoit être favorable à ceux qu'il n'aimoit point, soit en portant des jugemens qui sentent l'homme injuste ou prévenu; 4° de s'être servi trop souvent d'expressions usées, de mots nouveaux, de métaphores hardies et de phrases purement grecques. On a souvent comparé *Salluste* avec *Tacite*; ils diffèrent pourtant assez, pour que des yeux attentifs puissent le remarquer. Entraîné par son caractère particulier vers le genre d'écrire de *Salluste*, *Tacite* paroît avoir pénétré encore plus avant que lui dans la connoissance du cœur humain. La différence qu'on trouve entre ces deux écrivains, peut être attribuée en partie à la différence des temps où ils ont vécu. Dans un siècle de servitude, de dissimulation et de perfidie, *Tacite* a dû creuser dans les intentions secrètes des hommes beaucoup plus que *Salluste* qui vivait dans une république, parmi des citoyens libres que rien n'obligeait à cacher leurs vices. Les mœurs étoient déjà fort dépravées au temps de *Salluste*; mais les Romains étoient bien loin de ce degré de corruption où ils parvincent sous les empereurs. Aussi l'indignation de *Salluste* n'est-elle pas aussi vive ni aussi profonde que celle de *Tacite*; son coloris n'est pas si noir et si sombre, parce que les objets qu'il avait à peindre n'étoient pas à beaucoup près si odieux. (*Voy. aussi l'article THUCYDIDE.*) Le père *Dotteville* de l'Oratoire, M. *Bauzée* de l'académie Françoise, l'ont traduit en françois, in-1... Dans la traduction du second, on trouve tous les fragmens que l'on a recueillis des ouvrages de l'historien Latin qui ne sont pas parvenus jusqu'à nous. M. *Bauzée* n'a cependant pas joint à ces morceaux une misérable déclamation contre *Cicéron*, attribuée à *Sal-* *luste*; parce que de bons critiques croient qu'elle n'est pas de lui, et qu'elle ne seroit pas plus digne d'être traduite quand elle seroit de cet auteur. L'orateur Romain y est cruellement maltraité; et il faut avouer qu'il paroît par la Conjuration de *Catilina*, que *Salluste* ne cherehoit pas à le faire valoir. Les plus anciennes éditions de cet historien, sont: celle de Florence 1470, in-fol., et une autre in-4° de la même ville. On cite comme les meilleures les suivantes: d'*Elzevir*, 1634, in-12... *Cum notis Variorum*, Amsterdam, 1674 et 1690, in-8°... *Ad usum Delphini*, 1679, in-4°... Cambridge, 1710, in-4°... Amsterdam, 1742, 2 vol. in-4°. Celle qui a été donnée par M. *Philippe*, 1744 et 1761, à Paris, in-12, chez *Barbou*, est fort jolie et estimée. *Voyez PUTSCHIUS*, POMPONIUS-LETUS, et CASSAGNES.
II. SALLUSTE, neveu du précédent, étoit fils de sa sœur. Les agrémens de son caractère et de son esprit le mirent en faveur auprès d'*Auguste* et de *Tibère*. Il fut l'ami d'*Horace*, qui lui adressa la seconde *Ode* de son 2$^{e}$ livre.
III. SALLUSTE, grammairien Latin, fit passer dans sa langue le *K*, qu'il prit dans la langue grecque; mais la première pouvoit bien s'en passer comme la nôtre, où il n'est presque d'aucun usage. Aussi d'*Ablancourt*, dans son *Dialogue des Lettres*, fait-il dire au *K* qu'on a souvent délibéré de le chasser de la langue françoise, et de le reléguer dans les pays du nord, où il n'est presque employé que dans les noms propres.
IV. SALLUSTE, (*Secundus Sallustius Promotus*) capitaine Gaulois, ami de l'empereur *Julien*, se distingua autant par sa valeur et par sa probité, que par son habileté dans les affaires. *Julien* déclaré Auguste en 360, le fit préfet des Gaules; et en 363, il le prit pour collègue dans le consulat. C'étoit un exemple rare, qu'un prince fût consul avec un particulier; mais *Salluste* méritoit cette distinction par sa vertu. Il avoit le talent de donner des avis sans humeur, et sans cet air d'emportement qui révolte autant contre la vérité que contre ceux qui la disent. On ne sait en quelle année cet homme respectable mourut. On lui attribue un *Traité des Dieux et du Monde*, Rome, 1638, in-12, grec et latin; Leyde, 1639, in-12; et dans les *Opuscula Mythologica Physica* de *Th. Gale*, à Cambridge, 1671, et Amsterdam, 1688, in-8. M. *Formey* en a donné une traduction dans son *Philosophe Païon*, 1759, 3 vol. in-12.
SALLUSTE, *Voyez* BARTAS.
SALMACIS, *Voyez* HERMA-PHRODITE.
SALMANASAR, fils de *Te-glath-Phalassar*, succéda à son père dans le royaume d'Assyrie, l'an 728 avant J. C. Ce prince ayant subjugué la Syrie, vint dans la Palestine, et obligea *Osée*, roi d'Israël, à lui payer tribut. *Osée* lui demeura assujetti pendant trois ans; mais se lassant bientôt de ce joug, il prit des mesures avec *Sua*, roi d'Égypte, pour le secouer. *Salmanasar* l'ayant appris, vint avec une armée formidable fondre sur Israël. *Osée* s'étant renfermé dans Samarie sa capitale, *Salmanasar* y mit le siège, qui dura trois ans. La famine et la mortalité firent périr le plus grand nom- nombre de ses habitans. Le roi d'Assyrie prit la ville, la détruisit jusqu'aux fondemens, passa tout au fil de l'épée, chargea *Osée* de chaînes, et transféra le reste du peuple en Assyrie, à Hala et à Habor, villes du pays des Mèdes, près de la rivière de Gozan. Ainsi finit le royaume d'Israël ou des dix tribus, à la place desquelles on envoya dans le pays des colonies de peuples barbares et idolâtres; en sorte qu'Israël cessa pour lors d'être un peuple visible et subsistant à part, ce qui en restoit paroissant confondu avec des nations étrangères. Ces dix tribus ne furent jamais rappelées de leur exil pour reprendre la forme de leur gouvernement, parce qu'en se séparant de la maison de David, elles s'engagèrent dans l'idolâtrie du vean d'or, qu'elles ne quittèrent jamais depuis ce temps-là. Cependant à la faveur de l'édit de *Cyrus*, qui permit aux Juifs de retourner à Jérusalem, plusieurs Israélites des différentes tribus revinrent dans le pays qu'avoient habité leurs pères, et se fondirent dans la tribu de *Juda*, pour ne faire avec elle qu'un seul état. *Salmanasar* ayant terminé son expédition, entreprit la guerre contre les Tyriens, et s'empara d'abord de presque toutes les villes de Phénicie. Mais ayant été battu dans un combat naval, il laissa une partie de son armée pour resserrer la ville de Tyr, reprit le chemin d'Assyrie, et y mourut l'année d'après, 714$^{e}$ avant J. C.
SALMERON, (Alphonse) de Tolède, vint à Paris pour y achever ses études. Il s'y joignit à *S. Ignace de Loyola*, et fut l'un des premiers disciples de ce célèbre fondateur. *Salmeron* voyagea ensuite en Allemagne, en Pologne, dans les Pays- Bas et en Irlande. Il parut avec éclat au concile de Trente, et contribua beaucoup à l'établissement du collège de Naples, où il mourut le 13 février 1585, à 69 ans. Ce jésuite laissa un nom célèbre, par son zèle, par sa politique et par ses ouvrages. On a de lui des *Questions* et des *Dissertations* sur les *Evangiles*, sur les *Actes des Apôtres*, et sur les *Epitres Canoniques*, imprimées en 8 vol. in-fol. 1612 et années suivantes. Les livres de *Salmeron* sont écrits avec trop de prolixité; on y trouve peu de critique, de justesse et de discernement. Son savoir est étendu, mais mal digéré; son style facile, mais verbeux. Il est plein de propositions fausses sur les droits des papes, sur celui de détrôner un prince hérétique, etc. etc. I. SALMON, (François) docteur et bibliothécaire de la maison et société de Sorbonne, né à Paris d'une famille opulente, se rendit habile dans les langues savantes et sur-tout dans l'hébreu, et mourut subitement à Chaillot le 9 septembre 1736, à 59 ans. C'étoit un homme d'une vaste littérature et d'un caractère aimable. Il fit paroître beaucoup d'affection envers les jeunes gens qui aimoient l'étude. Il les animoit par son exemple et par ses conseils, et se faisoit un plaisir de leur prêter ses livres. On a de lui: I. Un *Traité de l'étude des Conciles*, imprimé à Paris en 1724, in-4°. Ce *Traité*, généralement estimé pour l'érudition qu'il renferme, a été traduit en latin par un Allemand, et imprimé en cette langue à Leipzig en 1729. II. Un grand nombre d'autres ouvrages qui sont demeurés manuscrits, et dont quelques-uns mériteraient de voir le jour.
II. SALMON, (Nathanaël) médecin Anglois, très-versé dans les antiquités, mourut vers 1736. On a de lui: I. Les *Stations des Romains en Angleterre*, 1731, 2 vol. in-8°. II. *L'Histoire du Comte d'Hertford*, 1728, in-fol. III. Les *Antiquités de Surrey*, 1736, in-8°. — *Thomas SALMON* son frère, mort à Londres en avril 1743, est auteur d'un *Abrégé chronologique de l'Histoire d'Angleterre*, traduit en françois, Paris, 1751, in-8°, ouvrage fort sec. Il a eu la principale part à la grande *Histoire universelle*, traduite en françois, en plusieurs volumes in-4°, et une centaine de volumes in-8°. Compilation trop souvent indigeste, mais qui offre des recherches curieuses.