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03.0 Dictionnaire historique — III – SCHILTER

Nouveau Dictionnaire historique — Chaudon & Delandine — 1804 — section

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III. SALMON, (Jean), surnommé MACRINUS ou MACRIN, *Voyez* ce dernier mot. (*Mythol.*)
SALMONÉE, fils d'*Eole* et roi d'*Elide*, non content des honneurs de la royauté, voulut encore se faire rendre ceux dus à la divinité. Pour imiter *Jupiter*, il faisoit rouler avec rapidité son char sur un pont d'airain; et dans ce fracas semblable au bruit du tonnerre, il lançoit de tous côtés des foudres artificiels. Le dieu dont il usurpoit la puissance, indigné de son audace impie, l'écrasa d'un coup du véritable foudre, et le précipita dans les enfers. *Voyez* ALLADE.
SALNOVE, (Robert de) page de *Henri IV* et de *Louis XIII*, lieutenant de la grande Louveterie, et écuyer de madame *Christine*, depuis duchesse de Savoie, fut aussi gentilhomme de la chambre de *Victor - Amédée*, duc de Savoie. Sa *Vénérie Royale*, dédiée à *Louis XIV*, 1655 et 1665, in-4°. est un livre curieux et assez recherché. Il cite la maxime de *Dufouilloux*: « Si faisant chasse vous rencontrez un prêtre, retournez chez vous ; vous n'aurez point de gibier. Si chemin faisant vous trouvez jolie fillette, allez ; vous aurez bonne aventure. » On a placé ce trait dans l'opéra de la *Laitière* et des deux *Chasseurs*. L'auteur mourut quelques années après la publication de son ouvrage. I. SALOMÉ, sœur d'*Hérode le Grand*, non moins cruelle que son frère, eut un empire absolu sur son esprit. Ce fut par ses pernicieux conseils qu'il fit périr. *Marianno* sa femme, qu'il aimait passionnément, et ses deux fils *Aristobule* et *Alexandre* qu'il en avait eus. *Salomé* étant devenue veuve de deux maris (*Joseph* et *Costobare*) que ce prince barbare avait immorisé à son ressentiment, elle tenta vainement d'épouser *Sylleus*, ministre d'*Obodas*, roi d'Arabie. *Hérode* la maria en troisièmes noces à *Alexas*. Elle survécut peu au roi son frère... Il ne faut pas la confondre avec SALOMÉ sa nièce, qu'*Hérode* avait eue d'*Elpide* sa 9$^{e}$ femme.
II. SALOMÉ : c'est le nom que l'on donne à la fille d'*Hérodias*, qui dansa un jour avec tant de grace devant *Hérode-Antipas*, que ce prince, dans l'ivresse de sa joie, lui promit de lui donner tout ce qu'elle lui demanderoit. *Salomé*, conseillée par sa mère, demanda la tête de *JEAN-BAPTISTE*. *Voyez* ce mot.
III. SALOMÉ, (Marie) femme de *Zébédée*, mère de *S. Jacques* le Majeur et de *S. Jean* l'Évangéliste, avait coutume de suivre le Sauveur dans ses voyages et de le servir. Elle demanda à *Jesus-Christ* que ses deux fils, *Jacques* et *Jean*, fussent assis, l'un à sa droite, et l'autre à sa gauche, lorsqu'il seroit arrivé à son royaume. *Salomé* accompagna *Jesus* au Calvaire, et ne l'abandonna pas même à la croix. Elle fut aussi du nombre de celles qui achèterent des parfums pour l'embaumer, et qui vinrent, pour cet effet, le dimanche dès le matin au sépulcre. C'est tout ce que l'Évangile nous apprend de *Salomé*; ce que l'on ajoute de plus est apocryphe. I. SALOMON, fils de *David* et de *Bethsabée*, naquit l'an 1033 avant J. C. Le Seigneur l'aima, et lui fit donner par le prophète *Nathan*, le nom de *Jédidiah*, c'est-à-dire, aimé de *Dieu*. Son père le fit couronner roi de Juda et d'Israël de son vivant, et il donna dès-lors des preuves d'une sagesse consommée. Après la mort de *David*, il s'affirmit sur le trône, par la mort d'*Adonias*, de *Joah* et de *Sémé*. Il épousa quelques temps après la fille de *Pharaon*, roi d'Égypte : c'est, dit-on, à l'occasion de cette alliance que *Salomon* composa le *Cantique des Cantiques*, qui en est comme l'épithalame. Peu de temps après Dieu lui apparut en songe, et lui ordonna de lui demander tout ce qu'il souhaitoit. *Salomon* le pria de lui donner un cœur docile, disposé à écouter et à suivre les bons conseils. Dieu touché de la demande de ce jeune prince, lui donna non-seulement plus de sagesse qu'à tous les autres hommes, mais le rendit encore le plus riche et le plus magnifique de tous les tois. *Salomon* fit connoître cette sagesse extraordinaire, dans le jagement qu'il rendit pour découvrir quelle étoit la véritable mère d'un enfant que deux femmes se disputoient. Cependant le roi jouissant d'une paix profonde, résolut de bâtir un temple au Seigneur et un palais pour lui. Il fit pour cela alliance avec *Hiram*, roi de Tyr, dont il obtint des cèdres et des sapins nécessaires pour remplir dignement son projet. Il employa plus de 250,000 hommes à la construction de ce temple, dont la beauté et la magnificence étoient au-dessus de celle de tous les édifices élevés jusqu'alors à l'Être suprême. Cet édifice fut fait sur le modèle du Tabernacle; mais tout étoit beaucoup plus grand et plus riche que dans ce temple portatif. Il consistoit en plusieurs cours et bâtiments qui occupoient un grand terrain capable de contenir tous les ministres et tout le peuple. Il y avoit trois enceintes, dont la première s'appeloit le parvis des Gentils, et contenoit de grandes galeries et de grandes cours. La deuxième s'appeloit le parvis des Israélites: ce dernier, où le peuple entroit pour prier, étoit aussi environné de galeries magnifiques, soutenues par deux ou trois rangs de colonnes, dans lesquelles étoient les logements des prêtres et des lévites qui étoient de service, et des chambres où l'on renfermoit tout ce qui étoit nécessaire au culte de Dieu. Au milieu du parvis du peuple, étoit celui des prêtres, qui étoit un carré parfait, entouré aussi de galeries et de bâtiments pour le même usage. C'étoit au milieu de cette dernière enceinte que l'on voyoit la partie proprement appelée le Temple, c'est-à-dire, le sanctuaire, le saint et le vestibule. Dans le saint, étoient le chandelier d'or, la table des pains de proposition, et l'autel d'or sur lequel on offroit les parfums. Il n'y avoit dans le sanctuaire que l'Arche d'Alliance qui renfermoit les tables de la Loi; mais il étoit orné par des palmiers en relief, des chérubins de bois couvert de lames d'or, et d'autres ornemens d'un goût exquis. Tout le dedans du temple étoit aussi décoré de tout ce que l'art et les richesses avoient pu imaginer de plus somptueux. On avoit répandu l'or avec profusion. Les tables, les chandeliers, les vases de toute espèce que l'on y avoit mis en très-grand nombre, étoient de ce précieux métal. Après que tous ces ouvrages furent achevés, et que *Salomon* eut mis la dernière main à ce pompeux édifice, il en fit la dédicace avec solennité. Tout les anciens d'Israël et tout le peuple furent invités à cette magnifique cérémonie. *Salomon* ayant achevé le temple, fit bâtir un superbe palais pour lui et pour ses femmes; les murs de Jérusalem; la place de Mello qui étoit entre le palais royal et le temple; plusieurs villes dans toute l'étendue de ses états, et en fit fortifier beaucoup d'autres. Non content d'embellir le dedans de son royaume, il se fit respecter au dehors. Il obligea les Amorrhéens, les Héthéens, les Phéréséens, les Hévéens et les Jébuséens à lui payer tribut. Il étendit les frontières de ses états jusqu'à l'Euphrate, et équipa une flotte à Asiongaber, qu'il envoya à Ophir, d'où elle remporta une quantité d'or. Les savans ne sont point d'accord sur la situation d'Ophir, que les uns ont mis en Amérique, et les autres en Asie. Ceux qui placent Ophir en Amérique, prétendent que c'est l'île Espagnole ou de Saint-Domingue, à l'entrée du golfe du Mexique, et c'étoit l'opinion de *Christophe Colomb*, qui ayant le premier découvert cette île, avoit coutume de dire qu'il avoit trouvé l'Ophir de *Salomon*. Ceux qui soutiennent ce sentiment, font partir la flotte d'Asiongaber, la font entrer dans la mer des Indes, côtoyer la presqu'île en deçà du golfe de Bengala, reconnoître Malaca et Sumatra, et ensuite après avoir doublé Madagascar et le cap de Bonne-Espérance, ils la font passer par le Brésil, d'où elle arrivait à l'île Espagnole. Ceux qui veulent qu'Ophir soit en Asie, donnent ce nom à la *Chersonèse d'or*, connue aujourd'hui sous le nom de Malaca, à l'ancienne Taprobane, maintenant l'île de Ceylan, et aux royaumes de Siam, de Pégu et de Bengale. Les auteurs de cette dernière opinion se fondent sur ce que de tout temps les Ethiopiens avoient fait un grand commerce par mer avec les Indiens; que l'on trouvoit dans ce pays toutes les marchandises dont les vaisseaux de *Salomon* revenoient chargés, et que le voyage pouvoit durer trois ans. L'empire de *Salomon* s'étendoit sur tous les royaumes, depuis le fleuve d'Euphrate jusqu'au pays des Philistins, et jusqu'à la frontière d'Égypte. Ses revenus annuels montoient à 666 talens d'or, sans compter les subsides que fournissoient les Israélites, et les droits que payoient les marchandises. Le luxe de sa cour, la somptuosité de sa table, la multitude innombrable de ses officiers, la richesse de leurs habits, la magnificence de son palais, la sagesse de son gouvernement, lui firent un nom célèbre dans les pays étrangers. *Nicausis*, reine de Saba, vint lui rendre hommage, comme au plus sage des hommes et au plus magnifique des rois. *Salomon* ne soutint pas la réputation qu'il s'étoit acquise. Son cœur s'ouvrit à tous les vices. Il eut jusqu'à 700 femmes et 300 concubines. Il bâtit des temples à *Astarté*, déesse des Sidoniens; à *Moloch*, dieu des Ammonites; à *Chamos*, idole des Moabites. Ses crimes ont donné un juste sujet de douter de son salut. Quelques Pères croient qu'il fit pénitence de ses désordres avant sa mort; mais l'Écriture s'exprime clairement sur sa chute, et ne dit point s'il s'est relevé. Quelques-uns prétendent qu'il composa l'*Écclésiaste* pour être un monument éternel de sa conversion; mais c'en est un signe fort équivoque: il n'y dit pas un mot des égaremens, dont il eût dû faire une réparation publique; et il est plus probable qu'il composa ce livre dans le temps de sa sagesse. Quoi qu'il en soit de cette opinion, Dieu irrité lui fit annoncer qu'il alloit diviser son royaume, et qu'il donneroit dix tribus à *Jéroboam*. *Salomon* mourut l'an 975 avant J. C., à 58 ans, après en avoir régné 40. Il nous reste de lui trois ouvrages reçus entre les Livres canoniques: les *Proverbes*, l'*Écclésiaste* et le *Cantique des Cantiques*. Un incrédule, qui n'est pas aussi infallible en matière de faits qu'il pourroit l'être en matière de goût, a prétendu que les *Proverbes* n'étoient point de *Salomon*. « Il trouve peu vraisemblable (dit *Palissot*) qu'un roi se soit donné la peine de compiler ce recueil de *Sentences Orientales*, et sur-tout qu'il ait dit que la terreur du roi est comme le rugissement du lion. Il croit reconnoître évidemment dans ces paroles le langage d'un esclave accoutumé à trembler sous son maître, et non celui d'un monarque. Cependant l'empereur Marc-Aurèle a écrit, et l'on n'en doute pas : *La faveur des princes ne mérite presque jamais les peines qu'on se donne pour l'obtenir. Plus on s'approche d'eux, plus on se livre à des chaînes, qui, pour être dorées, n'en sont pas moins pesantes, etc.* Ne seroit-on pas en droit, d'après un raisonnement tout pareil à celui de M. de Voltaire, de soutenir qu'il n'y a pas d'apparence qu'un empereur se soit exprimé ainsi, et d'attribuer l'ouvrage de Marc-Aurèle à quelque courtisan désabusé et rassasié de dégoûts ? » Quant au jugement injuste que le même incrédule porte sur les *Proverbes* de Salomon, qu'il regarde comme un livre sans ordre, et plein d'images basses et d'expressions grossières, nous ne le réfuterons qu'en rapportant ce que *Dupin* pense de ce livre, dans sa *Dissertation préliminaire sur la Bible*. « Ce livre (dit cet habile critique) surpasse tout ce que les philosophes ont fait en ce genre, soit pour la justesse des pensées, soit pour la noblesse de l'expression, soit pour la variété surprenante et la grande étendue des matières, soit enfin pour la sagesse des maximes. On n'y trouve point de ces fausses lueurs, qui se rencontrent assez ordinairement dans les sentences où l'on cherche quelquefois le brillant sans s'attacher au solide. On n'y voit point de ces expressions basses, ou de ces pointes frivoles dans lesquelles il est difficile que ne dégénèrent quelquefois les sentences communes. On n'y ren- rontré point de ces pensées guindées et de ces tours forcés, qui sont l'effet d'une imagination déréglée par trop de contention. Tout y est vrai, sublime, sage, simple, naturel, instructif. Il est à la portée de tout le monde; il contient les devoirs de tous les états. En un mot, c'est un livre très-propre à former le sage parfait... » Dans l'*Ecclésiaste*, Salomon cherche en quoi consiste le bonheur des hommes. Il rapporte les différens sentimens sur cette matière importante. Il semble quelquefois approuver l'opinion des impies qui mettent leur félicité dans la jouissance des plaisirs; mais après l'avoir exposée en détail, il la réfute et la condamne. Toutes ses réflexions le conduisent à cette grande vérité : Que les créatures sont incapables de rendre l'homme heureux, et qu'il ne peut l'être que par l'amour de Dieu et l'observation de sa loi. Les anciens Hébreux, et les SS. Pères ne doutent point que l'auteur de ce livre ne soit Salomon, qui l'écrivit sur la fin de sa vie; et ce sentiment est fondé sur le titre du livre qui dit que son auteur étoit fils de David, et roi de Jérusalem, et sur divers endroits qui ne conviennent qu'à ce prince. L'*Ecclésiaste* a toujours été mis au rang des Livres canoniques, parce que les commentateurs juifs et chrétiens ont expliqué plus favorablement que des lecteurs épicuriens, les passages qui sembloient renfermer la doctrine de ceux-ci. Le *Cantique des Cantiques* est non-seulement un épithalame, dans lequel on exprime les sentimens tendres, mais honnêtes, d'un époux et d'une épouse, avec beaucoup de naïveté, de variété et d'agrément : cet ouvrage a un sens mystique, dont l'historique n'est que la base. Suivant le sens allégorique que de graves docteurs y ont trouvé, le *Cantique des Cantiques* célèbre l'union de Jesus-Christ et de son Eglise : union comparée dans l'Évangile à celle de l'époux et de l'épouse. Quoique cet ouvrage n'ait pas un arrangement très-régulier, on y distingue sept parties d'églogues, qui répondent aux sept jours pendant lesquels les anciens avoient coutume de célébrer leurs noces. Les Juifs, regardant ce livre comme fort au-dessus de la portée commune des hommes, n'en permettoient la lecture que dans un âge de maturité, c'est-à-dire, au moins à 30 ans. Les SS. Pères ne le mettoient pas non plus indifféremment entre les mains de tous les fidèles. Ils attendoient qu'ils eussent acquis par l'âge, par l'exercice de la vertu et de la prière, l'esprit de piété nécessaire pour en pénétrer le sens, sans courir le risque de se blesser à l'écorce. En effet, l'esprit licencieux de quelques jeunes gens auroit pu abuser des images naïves et des idées tendres qu'emploient l'époux et l'épouse. Le *Cantique des Cantiques* a toujours été mis au nombre des Livres canoniques par les Juifs et les Chrétiens. L'Écriture marque que *Salomon* avoit aussi composé 3000 *Paraboles* et 1500 *Cantiques*, et qu'il avoit fait des *Traités* sur toutes les plantes, depuis le cèdre du Liban jusqu'à l'hysope, et sur tous les animaux de la terre, les oiseaux, les reptiles et les poissons ; mais ces ouvrages ne sont point parvenus jusqu'à nous. Les autres livres qu'on attribue à *Salomon*, ne sont point de lui, et ont été composés dans des temps postérieurs. Les plus recherchés des ouvrages publiés sous son nom, sont : I. Les *Clavicules de Salomon*, dont on recherche les manuscrits anciens. II. *De Lapida Philosophorum*, dans le recueil de *Rhenanus*, Francfort, 1625, in-8. III. Les *Dits de Salomon*, avec les *Réponses de Marcon*, petit ouvrage licencieux, en rimes françoises, in-16, sans date, gothique, en sept feuillets, rare. Indépendamment de ces livres, les rabbins ont mis la plupart de leurs rêveries sous le nom de co roi, le plus sage des hommes. Nous ne parlons pas du livre de la *Sagesse* et de l'*Ecclésiastique*, qu'on lui a attribués mal-à-propos. Le premier a été composé par un Israélite Grec, qui l'a écrit plutôt à la manière des philosophes de son pays, qu'avec la noble simplicité des écrivains Hébreux. « *Stylus ipse* (dit S. Jérôme) *Græcam eloquentiam redolet*. » L'auteur de l'*Ecclésiastique* étoit un Juif, *Jesus*, fils de *Sirach*, qui cherche à imiter *Salomon*. Il a pris plusieurs de ses pensées, et suivi la méthode du sage monarque dans les *Proverbes*, d'enseigner la morale par sentences ou par maximes ; mais ses expressions (dit *Dupin*) n'ont ni la même force ni la même vivacité. Cependant ces deux ouvrages, placés dans le canon des Écritures, renferment d'excellens avis sur les illusions dont les hommes se nourrissent, et sur les véritables moyens de parvenir à la sagesse.
II. SALOMON JARCHI, *Voyez* JARCHI.
III. SALOMON BEN VIRGA, rabbin Espagnol, et savant médecin, au commencement du XVI$^{e}$ siècle, est auteur d'un ouvrage curieux, intitulé : *Schebet Juda*. On y trouve une Histoire des Juifs, depuis la destruction du temple de Jérusalem, jusqu'au temps de ce rabbin. Gentius en a donné une traduction latine, imprimée à Amsterdam en 1651, in-4°; et Basnage en a fait usage dans sa savante Histoire des Juifs.
IV. SALOMON, (Bernard) dit le Petit BERNARD, excellent graveur en bois, florissoit à Lyon depuis 1550 jusqu'en 1580. Les figures des livres sortis en foule vers cette époque des presses de Boville, des Detournes, etc. sont de lui, ou sur ses dessins. On peut citer entr'autres les Hymnes du temps, par Gueroux, 1560, in-4°; une Bible in-8°, dont la 2e édition est de 1555; les Métamorphoses d'Ovide, 1557, in-12. On distingue encore les figures placées dans les ouvrages d'antiquités de Guillaume Duchouf. Du Verdier dit que Salomon avoit fait un écrit sur la Perspective, qui s'est perdu à sa mort. V. SALOMON, musicien François, né en Provence, fut reçu à la musique de la chapelle du roi, pour la basse de viole, dont il jouoit bien. Il mourut à Versailles en 1731, âgé d'environ 70 ans. Cet homme, simple à l'extérieur, sembloit n'avoir de talent que pour jouer avec justesse et avec précision; on a cependant de lui des Motets et deux Opéra. Lorsqu'il composa celui de Médée et Jason, qui fut fort goûté, il se trouva Incognito aux premières représentations, confondu avec les spectateurs, et vit avec tranquillité applaudir et critiquer son ouvrage. Théonée est le nom de son autre opéra.
SALONIN, (Publius-Licinius-Cornelius SALONINUS) fils aîné de l'empereur Gallien et de Salonine, fut fait César par Valérien son aïeul, en 255. On l'envoya un an après dans les Gaules, avec Albinus son gouverneur, pour y être élevé dans l'art militaire. Son séjour dans les provinces les maintint dans l'obéissance jusqu'en 261. Posthume s'étant fait déclarer empereur, obliged les habitans de Cologne de lui livrer Salonin, qu'il fit mourir. Ce jeune prince n'avoit qu'environ dix ans.
SALONINE, (Julia Cornelia) femme de l'empereur Gallien, joignit à une beauté régulière et à une figure noble, toutes les vertus de son sexe. Sans faste, sans orgueil, remplie de zèle pour le bien public, elle procura l'abondance dans Rome, et ne fut occupée que du soin de faire des heureux. Elle favorisa les savans, et fut savante elle-même. Sa philosophie lui fit voir sans dépit les inidélités de Gallien, qui d'ailleurs la respecta toujours, et qui se loua plusieurs fois de ses conseils. Née avec un courage héroïque, elle arrachoit son époux du sein des voluptés, pour le faire combattre contre les tyrans qui déchiroient l'empire. Elle l'accompagnoit dans ses expéditions militaires, et peu s'en fallut qu'elle ne fût faite prisonnière par les Goths, lorsque Gallien les chassa d'Illyrie. S'étant arrêtée au retour auprès de Milan, où le tyran Aurvole avoit levé l'étendard de la révolte, elle fut enveloppée dans une conjuration formée contre Gallien, et elle périt dans la même nuit où son époux et les princes de sa famille furent mis à mort. Ce fut le 20 mars 268. Salonine avoit obtenu au philosophe Plotin la permission de bâtir une ville qui se gouverneroit selon les lois de la république de *Platon*. Elle devoit s'appeler *Platonopolis* ; mais ce projet n'eut pas un heureux succès.
SALONIUS, fils de *S. Eucher l'Ancien*, qui fut depuis évêque de Lyon, fut élevé dans le monastère de Lérins avec son frère *Veran*, et la Providence les en tira tous deux pour les faire évêques. *Veran* le fut de Vence ; mais on ne sait pas bien quelle église gouverna *Salonius* : on conjecture que ce fut celle de Vienne ou de Genève. Il assista au concile d'Orange l'an 441. Nous avons de cet illustre évêque deux ouvrages : I. Une *Explication morale sur les Proverbes*, en forme de dialogue entre les deux frères. II. Un *Commentaire sur l'Ecclésiaste*. L'un et l'autre imprimés à Haguenau, 1532, in-4°, et dans la Bibliothèque des Pères.
SALPION, sculpteur d'Athènes. C'est à lui qu'on attribue ce beau Vase antique qu'on voit à Gayette, ville maritime du royaume de Naples, où il sert pour les fonts de baptême, dans la grande église. Ce superbe morceau de sculpture avoit été construit, à ce qu'on pense, pour contenir l'eau lustrale dans quelque ancien temple des païens.
SALVADOR, (André) poète Italien, sous *Grégoire XV* et *Urbain VIII*, est un des moins mauvais auteurs qui aient travaillé pour le théâtre italien. Les principales de ses pièces sont : *Medore*, *Flore*, et *Sainte Ursule* ; mais la dernière a remporté le prix sur les deux autres. *Salvador* s'y est rapproché des bons modèles.
SALVAING, *Voy. BOISSIEU*.
SALVAN DE SALIEZ, (Antoinette de) née à Albi en 1638, de l'académie des *Ricovrati* de Padoue, morte le 14 juin 1730, à 92 ans, dans le lieu de sa naissance, s'est distinguée par son goût pour les sciences, et en particulier pour la poésie françoise. Veuve d'*Antoine de Fontvielle*, seigneur de Saliez, viguier d'Albi, elle consacra la liberté que lui donnoit le veuvage, à la culture des lettres et de l'amitié. Elle forma en 1704 une compagnie, qui s'assembloit une fois la semaine, sous le titre de *Société des Chevaliers* et *Chevalières de la BONNE-FOI*. Le premier statut de cette société nouvelle, est celui-ci : *Une amitié tendre et sincère, Plus douce mille fois que l'amouruse loi, Doit être le lien, l'aimable caractère Des Chevaliers de Bonne-Foi.* Cette dame a fait des *Paraphrases sur les Psenumes de la Pénitence*, et diverses *Lettres et Poésies*, dont une grande partie est imprimée dans la *Nouvelle Pandora* ou les *Femmes illustres du règne de Louis le Grand*. Nous avons encore de cette Muse, l'*Histoire de la Comtesse d'Lembourg*, 1678, in-12, qui a été traduite en plusieurs langues.
SALVATOR ROSA, *Voyez* ROSA n° II.
SALVI, (Nicolas) né à Rome en 1699, mort en 1751, fut grand mathématicien et habile architecte. Rome offre plusieurs édifices élevés sur ses dessins. Le plus remarquable, le plus digne d'admiration, est la *Fontaine de Trévi*, construite par ordre du pape *Clément XII*.
SALVIANI, ( Hippolyte ) de Citta-di-Castello, dans l'Ombrie, d'une famille noble, professa et pratiqua la médecine à Rome, et y mourut en 1572, à 59 ans. On a de lui, entre autres : I. Un Traité latin des Poissons, Rome, avec figures, 1554, in-folio, recherché, quoiqu'il soit plein de détails plus propres à amuser les curieux qu'à éclairer les physiciens. Il y en a une autre édition, Venise, 1600, in-fol. II. Un autre, intitulé : De Crisibus ad Galeni censuram, Rome, 1558 : on y trouve quelques réflexions judicieuses. On a encore de lui plusieurs Poèmes et Comédies italiennes. Salviani avoit établi une imprimerie chez lui. I. SALVIATI, ( Bernard ) d'une des plus illustres familles de Florence, fut chevalier de Malte et devint prieur de Capoue, puis grand prieur de Rome, et amiral de son ordre. Il signala son courage dans cette place, et rendit son nom redoutable à l'empire Ottoman. Il ruina entièrement le port de Tripoli; il entra dans le canal de Fagiera, et mit en poudre tous les forts qui s'opposèrent à son passage et à ses armes. Devenu général de l'armée de la Religion, il prit l'île et la ville de Coron, courut jusqu'au détroit de Gallipoli, brûla l'île de Scio, et emmena divers esclaves. Paul Jove dit que le grand prieur Salviati étoit constanti compositoque ingenio vir, militiae maritimæ assuetus... Salviati embrassa ensuite l'état ecclésiastique, et obtint l'évêché de Saint-Papoul en France et celui de Clermont, en 1561. La reine Catherine de Médicis sa parente, le choisit pour son grand-aumônier, et lui procura un chapeau de cardinal, dont le pape Pic IV Phonora en 1561. Cet illustre prélat mourut à Rome en 1568. Sa famille a produit plusieurs autres personnes distinguées par leurs talens et par les dignités éminentes qu'ils ont remplies.
II. SALVIATI, ( François ou Cecco ) peintre, nequit à Florence en 1510. Son nom de famille étoit Rossi. Il s'attacha au cardinal Salviati, d'où lui est venu le surnom sous lequel il est connu. Cet artiste donna à Rome, à Florence, à Bologne et à Venise, des preuves de l'excellence de ses talens dans la peinture. Mais son inconstance ne lui permit ni de se fixer long-temps dans le même lieu, ni de faire de grandes entreprises. Beaucoup d'estime pour lui-même, et un air de mépris pour les autres, nuisirent à sa fortune et à sa réputation. Son esprit inquiet l'amena en France, et l'en fit sortir au temps que le Primatice y florissoit. Il mourut en 1563, à 54 ans. Salviati étoit bon dessinateur; ses carnations sont d'une belle couleur; ses draperies, légères et bien jetées, laissent entrevoir le nu qu'elles couvrent. Il inventoit facilement, et mettoit beaucoup d'agrément dans ses idées; mais il peignoit de pratique : l'on désireroit que ses contours fussent plus coulans. Les dessins de Salviati sont assez dans le goût du Palme : des airs de tête maniérés, des coiffures et des attitudes extraordinaires, les font distinguer.
III. SALVIATI, ( Joseph ) Voyez PORTA n° II.
SALVIEN, Salvianus, prêtre de Marseille, devoit le jour à des parens illustres de Cologne, de Trèves ou des environs. Il garda la continence avec sa femme *Palladie*, même avant sa prêtrise, et la traita comme si elle eût été sa sœur. Elevé au sacerdoce vers 430, il deplora avec tant de douleur les dérèglements de son temps, qu'on l'appela le *Jérémie du ré siècle*. Ses lumières et ses vertus le firent aussi nommer le *Maître des Évoques*. Il mourut à Marseille, vers l'an 484. Il nous reste de lui : I. Un *Traité de la Providence de Dieu*. II. Un autre contre l'*Avarice*. III. Quelques *Épitres*. Ces ouvrages sont écrits d'un style net, orné, touchant, agréable, mais quelquefois un peu affecté. Le savant *Baluze* en a donné une belle édition en 1684, in-8. On estime aussi celles de *Conrad Rittersbasius*, 1623, deux volumes in-8. et de *Galesinius*, Rome, 1564, in-folio. Nous en avons une bonne Traduction françoise par le père *Bonnet* de l'Oratoire, 1708, 2 vol. in-12; et une autre par le père *Marevil* de la même Congrégation, 1754, in-12. J. B. *Maupertay* a aussi traduit le *Traité de la Providence*, et un autre intitulé *Timothée*. Il ne paraît pas d'après ces écrits que *Salvien* ait été évêqué, comme quelques auteurs l'ont prétendu.
SALVINI, (Antoine-Marie) professeur célèbre en langue grecque à Florence sa patrie; étoit un homme de condition, savant, poli, et extrêmement laborieux. Peu d'écrivains ont plus contribué que lui au rétablissement du bon goût en Italie. Il mourut à Florence en 1729, après avoir rempli une carrière de 76 ans. On a de lui un grand nombre d'ouvrages. Il a traduit en vers italiens : I. *L'Ibade* et l'*Odyssée d'Homère*, Florence, 1723, en 2 vol. in-8.
II. *Hésiode*, Padoue, 1747, in-8. III. *Théocrite*, Venise, 1717, in-12. IV. *Anacréon*, Florence, 1695, in-12. V. Divers Poètes Grecs : tels que le poème d'*Aratus*; *Musée*; les *Hymnes d'Orphée*; les *Poésies de Callimaque*; *Oppien*; quantité d'*Epigrammes* grecques; le poème astrologique de *Manethon*; une partie de *Nicandre*; les *Nulées* et le *Plutus d'Aristophane*; les *Vers dorés de Pythagore*; *Théognis*, et *Phocylide*. VI. Quelques *Satires d'Horace*, avec l'*Art poétique*. VII. Les deux premiers livres des *Métamorphoses d'Ovide*, et les six *Satires de Perse*, auxquelles le savant abbé joignit une traduction du *Traité de la Satire* par *Casambon*. VIII. Une partie du livre de *Job*, et dix-Lamentations de *Jérémie*. IX. L'*Art poétique de Boileau*, avec une de ses *Satires*. X. La tragédie de *Caton* par *Addisson*. Outre ces traductions, nous avons du même : I. Un vol. in-4. de *Sonnets*. II. Un autre de *Proses sacrées* et de *Proses toseumes*. Florence, 1715, 2 volumes in-4. III. Cent *Discours Académiques* sur diverses questions proposées par l'académie des *Apatisti*. IV. L'*Oraison funèbre d'Antoine Magliabeschi*, prononcée dans l'académie de Florence, et imprimée dans la même ville en 1715, in-fol. V. Des *Notes* sur le poème de *Lippi*. VI. Une traduction en prose de la *Vie de S. François de Sales* par *Marsellier*. L'abbé *Salvini* étoit de l'académie de la Crusca, et il a travaillé plus qu'aucun autre à la perfection du *Dictionnaire* de cette compagnie, à Florence, 1729, 6 vol. in-fol.
SALVINI, (Salvino) né à Florence, fit de grands progrès dans les belles-lettres et dans l'étude des antiquités de sa patrie, sous la direction d'*Antoine-Marie Salvini* son frère aîné. Ses talens lui méritèrent un canonicat dans la métropole de sa patrie, et les académies de l'Italie s'empressèrent de lui ouvrir leurs portes. L'an 1745, il fut fait archiconcul de l'académie de Florence, titre qui avoit encore été donné au cardinal *Quirini* et au célèbre *Muratori*. Il mourut dans un âge avancé, le 29 novembre 1751. L'académie de Florence fit frapper des médailles avec son portrait et une inscription honorable. L'ouvrage qui lui a fait le plus de réputation, est intitulé : *Fasti consolari dell'academia Fiorentina*. On a encore de lui : *la Vita di Lorenzo Magalotti*, et de *Benedetto Migliorucci*, dans le Journal de Littérature d'Italie. Il a laissé plusieurs manuscrits intéressans.
SALVINO DEGLI ARMATI, de Florence, passa en Italie pour le premier inventeur des lunettes. C'est du moins ce que porte son épitaphe, rapportée par M. *Landi*. Il mourut en 1317. On croit qu'il trouva ce secret vers l'an 1295. *Salvino* ne voulant pas en faire part au public, *Alexandre Spina* tâcha de le deviner, et y réussit. [ *Voyez SPINA.* ] M. l'abbé de *Fontenai* prétend que les lunettes étoient connues en France dès la fin du siècle précédent. D'autres écrivains ont cru que les anciens avoient des lunettes ou quelque chose d'approchant. Mais lorsqu'on examine attentivement les passages qu'on cite sur ce secours si utile aux yeux affoiblis, on voit qu'ils n'ont aucun rapport aux véritables lunettes. Quelques-uns ont donné le mérite de cette invention à *Roger Bacon*; mais cet ingénieux Franciscain proposa seulement de mettre sur les lettres un fragment de sphère de verre ou de cristal pour les agrandir : c'est ce que pratiquoient les anciens, qui se servoient aussi pour lire, de petites bouteilles sphériques de verre remplies d'eau. Il est singulier qu'une invention aussi importante, qui rend, pour ainsi dire, la vue aux vieillards, ait paru si tard dans le monde, et qu'on ne soit point encore d'accord sur son véritable auteur.
SALVIUS, *Voy. I. OTHON...* et CHRISTINE, reine de Suède.
SALVOISON ou SALVAZON, (Jacques de) gentilhomme Périgourdin, après s'être voué dans sa première jeunesse à l'état ecclésiastique, et avoir fait de bonnes études à Toulouse, quitta l'église pour les armes, et commença par servir en qualité de chevaux-léger sous M. d'Essé au voyage d'Écosse, en 154... Fait prisonnier par les Anglois, dans un combat, la réputation de savant qu'il s'étoit acquise, (qualité qui étoit alors une espèce de phénomène dans un homme de guerre,) inspira au roi *Edouard* la curiosité de le voir, et lorsqu'il l'eut entretenu, l'envie le prit de le garder auprès de lui; mais, malgré les offres avantageuses du prince, *Salvoison* s'excusa sur la fidélité qu'il devoit à son roi et à sa patrie, et le supplia de le mettre à rançon. *Edouard* touché de la noblesse de ses sentimens, le renvoya sans rançon. De retour en France, il passa en Piémont pour y servir sous le maréchal de *Brissac*. Il s'y distingua surtout par une adresse singulière à surprendre des places ; et il avait en ce genre un génie si inven- tif, que les soldats de l'armée de Brissac lui croyaient un Esprit familier. Rien entre autres de mieux imaginé, et de plus adroite- ment concerté, qu'une entre- prise qu'il fit sur le château de Milan, en 155..., et qui ne manqua que parce que les éche- lles se trouvèrent trop courtes de quelques pieds. Il avait eu l'art de conduire de l'armée de Pié- mont, à travers un pays enne- mi, 100 ou 120 soldats destinés à son expédition, jusque dans les fossés de ce château, sans être découvert. Il se retira de même, ayant disposé sa troupe par pelotons, qui dans leur re- tour suivirent différens chemins; aussi ce ne fut que par un hasard impossible à prévoir, qu'il fut fait prisonnier à plusieurs lieues de Milan, avec quelques-uns de ses compagnons. Le détail très- curieux de cette entreprise, trop long pour trouver place ici, se trouve dans l'Histoire des Guerres du Piémont, de Boivin du Vil- lars... Salvoison étoit mestre-de- camp de l'infanterie françoise en Piémont, et gentilhomme de la chambre du roi, lorsqu'une mort prématurée, causée par une pleu- résie, l'enleva en 1558, à l'âge de 37 ans. (Article communiqué.)
SALUS ou SANITAS, (Myth.) c'est-à-dire, Conservation, Santé. Les Romains en avoient fait une divinité, et lui avoient élevé des temples. On la représentoit sous l'emblème d'une femme assise sur un trône, couronnée d'herbes médicinales, tenant une coupe à la main, et ayant auprès d'elle un autel, autour duquel un ser- pent faisoit plusieurs cercles de son corps, de sorte que sa tête se relevoit au-dessus de cet autel. Elle avoit (dit-on) pour cortège ordinaire, la Concorde, le Tra- vail, la Frugalité. On l'adoroit aussi sous le nom d'HYGIEE ou HYGIE.
SAMARITAINE (La): C'est sous ce nom qu'est connue la femme à qui JESUS-CHRIST demanda à boire, comme il pas- soit par Sichem, ville de Sama- rie, en s'en retournant en Gali- lée. Les Disciples de cet Homme- Dieu étant allés dans la ville acheter des provisions ; pressé de soif, il s'arrêta auprès d'un puits où il vit une femme qui puisoit de l'eau. Étonnée de ce qu'un Juif osât lui parler (car les Juifs fuyoient tout commerce avec les Samaritains, qu'ils regardoient comme hérétiques), elle en mar- qua sa surprise. Jesus-Christ en eut pitié ; il la prêcha, la tou- cha de sa grace vivifiante, et la convertit à lui.
SAMBLANÇAY, Voyez BEAUNE.
SAMBLICUS, insigne voleur, pilla le temple de Diane, dans l'Elide. Il fut arrêté ; et comme il refusoit d'avouer son crime, on le mit à la torture un an entier, et on lui fit souffrir de cruels tourmens. D'où est venu ce proverbe, Endurer plus de mal que Samblique.
SAMBUC, (Jean) médecin, né à Tirnau en Hongrie l'an 1531, fréquenta les universités d'Allemagne, d'Italie et de Fran- ce. Il se rendit très-habile dans la médecine, les belles-lettres, la poésie, l'histoire et les antiquités. Ses talens le firent jouir de beau- soup toup d'agrémens à la cour des empereurs Maximilien II et Rodolphe II, dont il devint conseiller et historiographe. Il mourut d'apoplexie à Vienne en Autriche, le 13 juin 1584, à 53 ans. On a de lui : I. Les Vies des Empereurs Romains. II. Des Traductions latines d'Hésiode, de Théophylacte, et d'une partie des Œuvres de Pluton, de Xénophon et Thucydide. Elles sont plus fidelles qu'élégantes. III. Des Commentaires sur l'Art poétique d'Horace, et des Notes sur plusieurs auteurs Grecs et Latins. IV. Une Histoire de Hongrie, qui fait suite à celle de Bonfinius. On y trouve une partie du règne d'Uladistas, un abrégé de celui de Louis II, et d'autres fragmens considérables. Elle est exacte et écrite d'une manière intéressante. V. Emblemata, 1576, in-16. VI. Icones Medicorum, Leyde, 1603, in - fol. Ce recueil contient 67 portraits de médecins et de quelques philosophes, avec un abrégé de leurs vies. Sambuc s'étoit fait à grands frais un riche cabinet de médailles, et s'étoit donné beaucoup de peine pour déterrer d'anciens auteurs. Dans tous ses ouvrages on reconnoît l'homme savant et l'homme de bien, le littérateur sage et chrétien. On peut consulter l'excellente Histoire Littéraire de Hongrie, par le Père Alexis Horanyi, tom. 3, page 196, Presbourg, 1777. Sa manière de voyager étoit singulière. Il parcourut une grande partie de l'Europe, toujours seul, à cheval, accompagné de deux dogues dont il fait l'éloge dans ses Emblèmes.
SAMERIUS, (Henri) jésuite, né près de Marche, dans le Tome XI. duché de Luxembourg, fut confesseur de l'infortunée Marie Stuart, puis missionnaire zélé dans sa patrie. Il mourut à Luxembourg en 1610, à 70 ans. Il étoit très-versé dans l'histoire ecclésiastique, et sur-tout dans la chronologie. On a de lui : Chronologia sacra ab orbe conditi, ad Christum natum, Anvers, 1608, in-folio. Il y relève une infinité de fautes échappées à différens auteurs.
SAMON, marchand François, étant allé négocier vers l'an 630 chez les Esclavons, les trouva engagés dans une guerre contre les Abares. Il combattit avec eux, rallia leur armée, fut victorieux et parvint à la couronne. Il épousa douze femmes de la nation, et il en eut 22 fils et 15 filles. Son règne fut glorieux et dura 35 ans. Des marchands François ayant été insultés par des Esclavons, Dagobert envoya des ambassadeurs demander justice. Ceux-ci s'étant permis d'appeler les Esclavons chiens et païens, Samon leur répondit : « Si nous sommes des chiens, nous nous efforcerons de vous mordre. » Trois armées envoyées contre lui, furent vaincues, et leur défaite assura sa gloire.
SAMONAS, favori de Léon le Philosophe, Voyez LÉGN VI, n° XVI.
SAMPIETRO, Voyez SAMPIETRO. I. SAMSON, fils de Manud, de la tribu de Dan, naquit d'une manière miraculeuse, d'une mère qui d'abord étoit stérile, vers l'an 1155 avant J. C. L'esprit de Dieu parut bientôt en lui, par la force extraordinaire dont il fut doué. Il n'avoit que 18 ans, lorsqu'étant allé à Thamnata, il y vit une fille qui lui plut, et il pria son père de lui permettre de l'épouser. *Manué* et sa femme, après s'être opposés à son dessein, allèrent avec lui en faire la demande. Dans la route, *Samson* qui étoit un peu éloigné d'eux, vit venir à lui un lion furieux, il le saisit quoiqu'il fût sans armes, et le mit en pièces. Il obtint la fille qu'il souhaitoit; et quelque temps après, retournant à Thamnata pour célébrer son mariage, il voulut revoir le corps du lion qu'il avoit tué: il y trouva un essaim d'abeilles et un rayon de miel. Il tira de cette découverte l'énigme suivante: *La nourriture est sortie de celui qui mangeoit, et la douceur est sortie du fort*. Les habitans de Thamnata auxquels il la proposa, s'adressèrent à la femme de *Samson*, qui, vaincu par ses larmes, lui apprit le sens de l'énigme. Cette femme infidelle l'alla sur-le-champ découvrir aux jeunes gens, qui s'en firent honneur auprès du héros Juif. En même temps l'*Esprit du Seigneur le saisit*, et il vint à Ascalon, ville des Philistins, où il tua 30 hommes, dont il donna les habits à ceux qui avoient expliqué l'énigme, ainsi qu'il leur avoit promis. Ensuite il se retira chez son père, laissant sa femme dont il étoit mécontent, et qui fut donnée à l'un des jeunes gens qui l'avoient accompagné dans la cérémonie de ses noces. Quand il eut appris ce nouvel outrage de la part des Philistins, il jura qu'il s'en vengeroit sur toute la nation. Il prit 300 renards qu'il lia deux à deux, leur attachant à chacun un flambeau à la queve, et les lâcha ensuite au milieu des blés des Philistins, déjà mûrs et prêts à être coupés: les blés étant consumés, le feu passa aux vignes; il en fut de même de tout ce qui étoit dans la campagne. Les Philistins, apprenant que *Samson* étoit l'auteur de tout ce dégât, brûlèrent son beau-père, sa femme et ses parens. Cependant le courageux Israélite tuiit tous les Philistins qu'il rencontroit, et se retiroit sur un roc très-fort, appelé Etam, dans la tribu de Juda. Ses ennemis levèrent une grande armée, et entrèrent sur les terres de la tribu qu'il habitait, menaçant de tout mettre à feu et à sang, si on ne leur livroit leur vainqueur. Ceux de cette tribu, effrayés, prirent *Samson*, le lièrent et le menèrent aux Philistins. Ils le mirent au milieu de leur camp, en dansant autour de lui. *Samson* cassa sur-le-champ ses cordes, se jeta sur eux, et avec une mâchoire d'âne, qu'il rencontra par hasard, en tua mille, et mit le reste en fuite. L'ardeur de ce combat lui causa une si grande soif, que si Dieu ne l'eût secouru promptement par une source d'eau claire qu'il fit sortir d'une dent de la mâchoire, il en seroit mort. Les Philistins n'osant plus attaquer *Samson* ouvertement, cherchèrent à le surprendre. Un jour qu'il étoit allé dans la ville de Gaza qui leur appartenoit, les habitans fermèrent vite les portes, et y mirent des gardes pour l'arrêter. *Samson* se leva sur le milieu de la nuit, enleva les portes avec les gonds et les verroux, malgré la garde qu'on faisoit, et les porta sur une haute montagne vis-à-vis d'Hébron. La force n'avoit pu le terrasser; l'amour le vainquit. *Dalila*, femme Philistine, qu'il aimoit éperdument, ayant tiré de lui le secret de sa force, lui fit couper les cheveux tandis qu'il dormoit, et le livra aux Philistins. On lui creva les yeux; on l'employa à tourner la meule d'un moulin. Sa force revenant avec ses cheveux, 3000 Philistins assemblés dans le temple de Dagon, le firent venir pour se moquer de lui. Mais s'étant approché des deux plus fortes colonnes qui soutenoient le temple, il les ébranla, et le temple par sa chute l'écrasa avec les Philistins, l'an 1117 avant J.C. «Quelques auteurs ont formé, dit Calmet, des doutes sur le salut de Samson; d'autres l'ont mis non-seulement parmi les héros, mais parmi les Saints. A-t-il pu se donner la mort, et souhaiter en mourant de se venger de la perte de ses deux yeux? S. Bernard soutient que s'il n'avoit eu une inspiration particulière, il n'auroit pu, sans pécher, attenter à sa vie. S. Augustin l'avoit déjà excusé, avant S. Bernard, dans la supposition qu'il avoit été poussé par le mouvement intérieur du souverain Maître de la vie et de la mort. » Un beau tableau de Wandick, représente Samson livré par Dalila. Il a été mis en vente à Arras dans le courant de l'an 10.
II. SAMSON, (S.) Gallois, cousin-germain de S. Magloire et de S. Malo, vint en Bretagne, où il prêcha l'Évangile avec succès, et bâtit un monastère à Dol; il mourut sur la fin du VIe siècle. Les Dolois l'honorèrent comme leur premier évêque.
III. SAMSON, Voyez SANSON.
SAMUEL, fils d'Elcana et d'Anne, de la tribu de Lévi, fut prophète et juge d'Israël, pendent plusieurs années. Anne sa mère étoit stérile depuis long-temps, lorsque, par une faveur singulière de Dieu, elle conçut et mit au monde cet enfant, vers l'an 1155 avant J. C. Quand elle l'eut sevré, elle le mena à Silo à la maison du Seigneur, et le presenta à Héli pour accomplir le vœu qu'elle avoit fait de le consacrer au service du tabernacle. Cependant les menaces du Seigneur ayant été exécutées sur Héli et sur ses enfans, Samuel fut établi pour juger le peuple de Dieu: il avoit alors 40 ans. Il fixa sa demeure à Ramatha, lieu de sa naissance; mais il alloit de temps en temps dans différentes villes, pour y rendre la justice. Ce saint homme étant devenu vieux, établit Joël et Abia ses fils, pour juges sur Israël. Ils exerçoient cette charge dans Bersabée, ville située à l'extrémité méridionale du pays de Chanaan. Au lieu de marcher sur les traces de leur père, ils laissèrent corrompre leur équité par l'avarice. Leur gouvernement aliéné les esprits. Les anciens d'Israël allèrent trouver Samuel à Ramatha, pour demander un roi. Avant que de leur répondre, le prophète consulta Dieu, qui le chargea de déclarer aux Israélites, quel seroit le droit du roi qui les gouverneroit: « Il vous ôtera vos fils pour en faire ses serviteurs; il prendra vos esclaves et vos bêtes; il prendra vos meilleures terres; il vous fera payer la dixme de vos blés, pour avoir de quoi donner à ses officiers, et vous serez ses esclaves, etc. » Les Israélites, sans être effrayés des suites de leur demande, s'obstinèrent à vouloir un roi, et Samuel fut contraint de leur en choisir un. Il sacra donc *Sail*, l'an 1095 avant J. C. Ce prince s'étant rendu par sa désobéissance indigne d'être roi, *Samuel* sacra *David* en sa place; et voyant que Dieu avoit rejeté *Sail* qu'il aimoit, il ne vit jamais plus ce malheureux prince. Il lui apparut long-temps après sa mort, arrivée l'an 1057 avant J. C., à 98 ans, lorsque la *Pythonisse* évoqua son ombre. *Samuel* prédit alors à ce malheureux prince, qu'il mourroit avec ses enfans dans la bataille qu'il livra aux Philistins sur la montagne de Gelboé. M. l'abbé de la *Chapelle* a cru trouver dans le discours que prononça l'ombre de *Samuel*, un artifice de ventriloque; sentiment insoutenable, non-seulement parce qu'il n'explique pas l'apparition, mais parce qu'il est formellement contraire à l'historien sacré. L'écriture nous apprend que *Samuel* apparut en personne, non pas sans doute par quelque effet de l'art magique, mais par une volonté particulière de Dieu. Ceux qui ont cru que la *Pythonisse* ne fit que produire un spectre ressemblant au prophète, sont également contraires au récit des Livres saints. Quand même on pourroit éluder la force de ces paroles du premier Livre des Rois : *Cum autem vidisset malier Samuelem... ait Samuel* [ch. 28]; on ne pourroit répondre à ce passage de l'Ecclésiastique [ch. 46]: *Et post hoc dormivit, et notum fecit regi finem vitæ suæ, et exaltavit vocem suam de tered in prophetid delere iniquitatem gentis*. Le corps de *Samuel* fut transporté de la Palestine à Constantinople, sous l'empereur *Arcade*. S. *Jérôme* dit dans son livre contre *Vigilance*, qu'on plaça les cendres de ce prophète dans un vase d'or enveloppé de soie, et que les évêques et les peuples les reçurent par-tout en foule, avec des honneurs infinis. Le Martyrologe Romain place la fête de *Samuel* au 20 août. On attribue à ce prophète le livre des *Juges*, celui de *Ruth* et le 1$^{er}$ des *Rois*, du moins les XXIV premiers chapitres de ce dernier, qui ne contiennent rien qu'il n'ait pu écrire, à quelques additions près, lesquelles paroissient y avoir été insérées depuis sa mort. Pour les derniers chapitres, il ne peut les avoir écrits, puisque sa mort y est marquée. Cependant quelques remarques qui ne peuvent être du temps de *Samuel*, font conjecturer qu'*Esdras* ayant eu en main les originaux de *Samuel* et des anciens écrivains du temps de *David*, a rédigé et retouché le 1$^{er}$ livre des *Rois*, ainsi que les trois autres; ce qui concilie les contrariétés apparentes que l'on pourroit trouver dans le texte de ce livre. *Samuel* commence la chaîne des prophètes, qui n'a plus été interrompue depuis lui, jusqu'à *Zacharie* et *Malachie... Voyez AGAG*.
SANADON, (Noël-Etienne) — jésuite, né à Rouen en 1676, professa avec distinction les humanités à Caen. Ce fut là qu'il connut *Huet*, évêque d'Avranches, avec lequel le goût de la littérature et de la poésie l'unit étroitement. Le père *Sanadon* fut chargé ensuite de la rhétorique au collège de Paris, et de l'éducation du prince de *Conti*, après la mort du P. du *Cercau*. En 1728, il devint bibliothécaire de *Louis le Grand*; place qu'il remplit jusqu'à sa mort, arrivée le 21 septembre 1733, à 58 ans. La douceur et la pureté de ses mœurs, le firent rechercher et estimer. Il joignoit aux qualités d'un bon religieux, celles d'un littérateur aimable. On a de lui : I. Des *Poésies latines*, 1715, in-12; et réimprimées chez *Barbou*, in-8°, 1654. Les vers du père *Sanadon* respirent le goût des poètes du siècle d'*Auguste*. On y trouve la force et la pureté de l'expression, le tour et l'harmonie du vers, le choix et la délicatesse des pensées; mais ils manquent un peu d'imagination. Il a fait des *odes*, des *élégies*, des *épigrammes*, et d'autres poésies sur différens sujets. II. Une *Traduction* des *Œuvres d'Horace*, avec des remarques, en 2 vol. in-4°. Paris, 1727. Les exemplaires qui portent Amsterdam sur le titre, n'ont pas été corrigés, et sont préférés par les curieux. On la trouve aussi en 8 vol. in-12. Le traducteur écrit avec élégance et avec goût; mais il n'a pas atteint l'élévation de son original dans les *odes*, ni son énergie et sa précision dans les *épîtres* et dans les *satires*. En général, sa version est une paraphrase qui affoiblit le texte. Plusieurs savans ont blâmé la liberté qu'il a prise, de faire des changements considérables dans l'ordre et dans la structure même des *odes*. On n'a pas moins été choqué de son orthographe singulière, et ce qu'il dit pour en faire l'apologie n'a pas satisfait. III. Des *Discours*, prononcés en différens temps, et dont on a un recueil. Ils prouvent qu'il savoit être orateur et poète. IV. *Prières et Instructions Chrétiennes*, Lyon, 1752, in-12 et in-18, livre rempli d'onction et d'une piété solide.
SANCASSINI, (Denis-André) dans le Modénois en 1659, s'appliqua avec succès à l'étude de la médecine, et en donna des preuves en exerçant sa profession dans plusieurs villes d'Italie où il s'acquit une grande réputation. En 1727, il se fixa à Spolette, et y mourut l'an 1737. On a de ce médecin : I. *Dilucidazioni fisico-mediche*, Rome, 1731-1738, 4 vol. in-fol. Ces éclaircissemens sont d'une prolixité rebutante. II. *Aphorismes généraux de la manière de guérir les plaies selon la méthode de Magatus*, Venise, 1713, in-8°, en italien; et plusieurs autres ouvrages où il déploie toute la vivacité de son zèle, pour rappeler aux chirurgiens les sages conseils de César Magatus.
SANCERRE, (Louis de Champagne, comte de) seigneur de Charenton, etc. maréchal de France en 1669, et connétable en 1397, étoit issu d'une famille descendante des comtes de Champagne. Il rendit de grands services au roi *Charles V*, remporta plusieurs avantages sur les Anglois, contribua beaucoup au succès de la journée de Rosebecq, et mourut le 6 février 1402, à 60 ans, avec la gloire d'être un des trois plus grands généraux du règne de *Charles V*: les deux autres étoient du *Guesclin* et *Clisson*. L'abbé le *Gendre* prétend qu'il avoit vieilli dans le service sans y briller; on ne laissa pas de l'enterrer à Saint-Denis, dans la chapelle de *Charles V*, en témoignage de l'estime que ce prince avoit eue pour lui. *Voyez* aussi BUEIL.
SANCHA, *Voyez* OGNA.
SANCHE II, dit le *Fort*, roi de Castille, ne put voir sans onvie le partage que son père *Ferdinand* avoit fait de ses autres états à ses frères et sœurs. Il dissimula pendant quelque temps; mais après la mort de la reine sa mère, il fit éclater ses desseins ambitieux en 1067. *Garcias* étoit roi de Galice, et *Alphonse* roi de Léon : l'impitoyable *Sanche* détrona le premier, et contraignit le second à s'enfermer dans un monastère. Après avoir dépouillé ses frères, il entreprit d'enlever à ses sœurs les places qui leur avoient été données pour dot. Il prit la ville de Toro sur la cadette, et tourna ensuite ses armes vers Zamora, qui appartenoit à l'aînée. Mais ce prince téméraire et sans frein, au lieu d'un succès qu'il ne méritoit pas, y trouva le terme de ses attentats et de sa vie, en 1072, ayant été tué en trahison pendant qu'il en faisoit le siège.
SANCHE-GARCIAS I$^{er}$, roi de Navarre, après l'abdication de *Fortunio*, barfit, l'an 907, les Maures qui faisoient le siège de Pampelune, et les obligea de le lever. Il les battit dans diverses autres occasions. Accablé d'années et d'infirmités, il se retira en 919, dans un monastère, laissant le commandement des troupes à D. *Garcias* son fils, mais sans lui céder la couronne. En 921, il se mit à la tête de ses armées, tailla en pièces celle d'*Abderame*, au retour de l'expédition qu'elle avoit faite au-delà des Pyrénées, et lui enleva le butin dont elle étoit chargée. *Sanche* mourut en 926, emportant l'estime des gens de bien et les respects de ses sujets.
SANCHE, *Voyez* AZNAR.
SANCHE le Grand, roi de Navarre l'an 1000, mort en 1035. *Voyez* BERMUDE. I. SANCHEZ, (*François*) *Sanctius*, de Las-Brocas en Espagne, fut regardé comme le père de la langue latine, et le docteur de tous les gens de lettres. C'étoient les titres dont les exagérateurs l'honoroient dans son pays. On a de lui : I. Un excellent Traité, intitulé : *Minerva sive de causis Linguæ Latinæ*, Amsterdam, 1714, in-8.$^{o}$ MM. de Port-Royal ont beaucoup profité de cet ouvrage, dans leur *Méthode de la Langue Latine*. [ Voy. II. GARCIAS, et II. LANCELOT. ] II. L'Art de parler, et de la manière d'interpréter les auteurs. III. Plusieurs autres savans ouvrages sur la grammaire. *Sanchez* mourut en 1600, à 77 ans... Il doit être distingué d'un autre *François SANCHEZ*, mort à Toulouse, âgé de 70 ans, en 1632. Ce dernier, médecin Portugais, établi à Toulouse, étoit chrétien et né de parens juifs. Il avoit, dit *Patin*, beaucoup d'esprit, et étoit philosophe. On a recueilli ses ouvrages sous ce titre : *Opera Medica. His juncti sunt Tractatus quidam philosophici non insubtiles*, Toulouse, 1636. On distingue entre ses Traités celui qui est intitulé : *Quod nihil scitur, liber*, Francfort, 1618, in-8.$^{o}$ ; Rotterdam 1649. *Ulric Widdius* a donné une réfutation du scepticisme de *Sanchez*, Leipzig, 1661.
II. SANCHEZ, (*Thomas*) né à Cordoue en 1551, entra chez les Jésuites à l'âge de 16 ans, y remplit divers postes, et mourut à Grenade en 1610, à 59 ans, avec la réputation d'un homme de mœurs austères. On a de lui : I. Quatre vol. in-fol. sur le *Décalogue*, sur les *Vœux monastiques*, et sur plusieurs questions de morale et de jurisprudence, traitée l'une manière diffuse. II. Un traité de Matrimonio, imprimé la première fois à Gênes en 1592, infol. L'auteur a rassemblé dans cet ouvrage, toutes les questions que l'imagination peut faire naître sur ces matières scabreuses. Ce qu'il y a de plus singulier, c'est que l'étude de ces sujets délicats ne fit pas la moindre impression sur ses mœurs. C'est aux pieds du crucifix qu'il écrivait ses livres. L'édition la plus recherchée de cet ouvrage, est celle d'Anvers en 1607, après laquelle vient celle de 1614. Dans toutes les autres, l'ouvrage a été purgé, à ce qu'on prétend, de plusieurs choses dont des hommes moins bien intentionnés que Sanchez auroient pu abuser. On a dit très-mal à propos, que si les questions délicates qu'il contient ne firent jamais impression sur l'auteur, elles ont paru en avoir fait beaucoup sur les censeurs, puisque leur approbation porte ces mots : Legi, perlegi maximâ cum voluptate. Il est clair que ce plaisir dont parlent les censeurs, ne leur fut inspiré que par l'érudition et la sagacité de Sanchez : ce jésuite en avoit effectivement beaucoup. Ils ne voyoient d'ailleurs dans son livre que des matières qui devoient être uniquement destinées aux directeurs et aux confesseurs.
III. SANCHEZ, ( Gaspar ) né à Cifuentes sur la Raguna, entra chez les pères Jésuites en 1571. Après avoir professé les humanités en divers collèges, et enfin à Madrid, il remplit la chaire d'Écriture-sainte à Abrala. Dans le cours de 13 années, il donna sur l'Ancien Testament des Commentaires estimés, même des Protestans, et qui sont devenus fort rares. Ce ne fut que près de 50 ans après la mort du P. Sanchez qu'on embrassa sa méthode, en soumettant le sens littéral à la critique et à une érudition sage-ment ménagée. La solidité et la rareté de ces Commentaires, font désirer qu'on en procure une nouvelle édition.
IV. SANCHEZ, ( Antoine Nune-Ribeiro ) célèbre médecin, né à Penna-Macos en Portugal, le 7 mars 1689, mort à Paris le 13 octobre 1783, à 94 ans, quitta de bonne heure sa patrie pour voyager dans le Nord. Il se distingua en Russie dans le traitement des épidémies. Ses succès le firent appeler à la cour, où il devint premier médecin ; mais sa fortune fut bouleversée par les révolutions de l'empire et du trône. Il quitta, en 1747, les climats glacés du Nord pour se retirer à Paris. Quoiqu'il fût d'une constitution foible et délicate, presque toujours souffrant, et que son caractère doux, timide et désintéressé l'éloignât de la célébrité, il fut cependant connu, et comme un médecin habile, et comme un homme bienfaisant et vertueux. Il a laissé plusieurs manuscrits intéressans, et il avoit publié une Dissertation sur l'origine de la maladie vénérienne, 1765, in-12, et une autre sur les tremblements de terre. On a encore de lui une Méthode pour étudier la médecine, 1783, in-8.
SANCHONIATHON, historien de Phénicie, né à Béryte, écrivit une Histoire en IX livres, en phénicien, dans laquelle il réindoit compte de la théologie et des antiquités de son pays. Philon de Biblos, contemporain d'Adrien, en fit une Version grecque, dont il nous reste quelques fragments dans Porphyre et dans Eusebe. Dodwell et Dupin rejettent ces fragmens comme supposés; mais *Fourmont* et quelques autres érudits, les adoptent comme authentiques. On ne sait en quel temps vivait cet historien; les uns le mettent sous *Sémiramis*, et les autres sous *Gédéon*, juge d'Israël.
SANCIO, (Rodrigue) né à Santa-Maria-da-Nieva, dans le diocèse de Ségovie, en 1404, se fit connoître de bonne heure par son goût pour la piété et pour les lettres. Son mérite le fit élever aux évêchés de Zamora, de Calahorra et de Palencia; mais abandonnant à ses grands-vicaires le soin de ses diocèses, il passa sa vie à Rome, où il fut gouverneur du château Saint-Ange. Il se distingua par ses négociations, et par divers ouvrages historiques et ascétiques. Les principaux sont: I. *Historia Hispanica*. Elle comprend tout ce qui s'est passé dans cette monarchie depuis son origine jusqu'à la mort de *Henri VI*, en 1474. On l'a mise dans la Collection des Historiens d'Espagne, de *Schut*, 4 vol. in-fol. II. *Speculum vitæ humanæ*, in-fol. Rom., 1648. C'est un des premiers monumens de l'art si utile de la typographie, et pour cette raison il est infiniment recherché, fort cher et rare. (Il ne faut pas confondre le *Speculum vitæ humanæ*, avec le *Speculum humanæ salvationis*, in-fol. sans date, de 63 feuillets.) Il y en a deux traductions françaises: l'une de *Julien Matho*, Lyon, 1477, in-fol.; l'autre de *P. Farget*, Lyon, 1482, in-fol. *Sancio* mourut à Rome le 4 octobre 1470, à 66 ans.
SANCTA-CRUX, *Voy. SANTA-CRUX*.
SANCTAREL, *Voyez SAN-TAREL*.
SANCTÉS-PAGNIN, né à Lucques en 1470, entra à l'âge de 16 ans dans l'ordre de St. Dominique. L'étude des langues, la théologie, la controverse, la prédication, occupèrent tous les instans de sa vie, qu'il termina à Lyon en 1536, à 70 ans. Il fut inhumé dans le couvent des Dominicains. Son zèle et ses sermons convertirent beaucoup de pécheurs et d'hérétiques. On a de lui: I. *Thesaurus linguæ sanctæ*, dont les plus belles éditions sont celles de *Robert Etienne*, à Paris, en 1548, in-fol., et à Genève, 1614, in-fol., avec des notes de *Jean Mercier*. Cette dernière édition n'est pas la meilleure, comme le dit l'abbé *Ladvocat*, parce que l'éditeur a corrompu le texte. II. *Veteris et Novi Testamenti translatio*, à Lyon en 1542, in-fol., avec des notes de *Servet* qui la font rechercher. [Voy. BRUCIOLI.] III. Plusieurs autres ouvrages sur la Bible.
SANCTIUS, *Voy. SANCHEZ*.
SANCTORIUS, *Voyez SAN-TORIUS*.
SANCY, *Voyez II. HARLAY*.
SANDÆUS, (Maximilien) né à Amsterdam en 1578, se fit jésuite à Rome en 1597, enseigna la philosophie et la théologie dans plusieurs universités d'Allemagne, passa les dernières années de sa vie à Cologne, et y mourut le 21 juin 1656. Il a donné au public une grande quantité d'ouvrages ascétiques et polémiques, tous écrits en latin, avec ordre, aisance et netteté, mais en trop grand nombre pour être toujours exacts et solides. On estime ce qu'il a écrit contre les Calvinistes. On a publié le catalogue de ses ouvrages, Cologne, 1653, in-4.º I. SANDE, (Frédéric) célèbre jurisconsulte, né à Arnheim vers l'an 1577, bourguemestre de cette ville, conseiller au conseil de Gueldre, avocat fiscal, curateur de l'académie de Harderwick, ambassadeur de la république de Hollande en plusieurs cours, et enfin député à l'assemblée des états-généraux à la Haye, lorsqu'il mourut en 1617. On a de lui: I. Commentarius in Gelriæ et Zutphaniæ consuetudines feudales, 1637, in-4.º II. Commentatio in consuetudinem Gelriæ de Eſſestucatione, Arnheim, 1638. Ses ouvrages ont été imprimés avec ceux de son frère.
II. SANDE, (Jean à) frère du précédent, né en 1579, professeur des Pandectes à Franeker, conseiller à Leuwarde, mourut en 1638. Ses ouvrages sur la jurisprudence, qui avoient d'abord paru séparément, ont été réunis et imprimés avec ceux de son frère, Anvers, 1674, in-fol. Les journalistes de Leipsig parlent de Jean à Sande en ces termes: Inter celebres Frisiæ jurisconsultos, si non primum, parem certè primo loco meruisse Joannem à Sande; scripta ejus non Bolgio tantum sed et apud nos jure quodam suo magni semper æstimata demonstrant, etc. (Acta Lips. 1684, pag. 271.)
SANDERSON, Voyez SAUNDERSON.
SANDERSON, (Robert) théologien-casuiste, né à Sheffield dans le comté d'Yorck en 1587, mort le 29 janvier 1663, devint chapelain ordinaire du roi Charles I, chanoine de l'église de Christ, et professeur de théologie à Oxford. Il fut privé de ses bénéfices, et eut beaucoup à souffrir pendant les guerres civiles d'Angleterre; mais peu de temps après le rétablissement de Charles II, il eut l'évêché de Lincoln. Ce prélat, également recommandable par la pureté de ses mœurs, par la douceur de son caractère, et par la modération de son esprit, avoit bien lu les Pères et les Scholastiques. Il savoit l'histoire de sa nation, étoit bon antiquaire, et passoit sur-tout pour un excellent casuiste. Ses principaux ouvrages sont: I. Logicæ Artis Compendium, à Oxford, 1618, in-8.º II. Des Sermons, in-folio, 1681. III. De Juramenti obligatione, Londres, 1646, in-8.º IV. Physicæ Scientiae Compendium, Oxford, 1671, in-8.º V. Pax Ecclesiae, etc. VI. L'Histoire de Charles I, in-folio, en anglois, etc. I. SANDERUS, (Antoine) ou SANDERS, naquit en 1586 à Anvers, où ses parens se trouvèrent par hasard, car ils étoient de Gand. Il fut curé dans le diocèse de Gand, puis chanoine d'Ypres et théologal de Térouane. Après avoir mené une vie pure et appliquée, il mourut à Afligham, célèbre abbaye du Brabant, en 1664, à 77 ans. On a de lui un grand nombre d'ouvrages en vers et en prose. Les principaux sont: I. Flandria illustrata, in-fol. 2 volumes, 1641 à 1644, réimprimée en 1735, 3 vol. in-fol. La 1re édition de Cologne, réellement d'Amsterdam, fut consumée par les flammes avec l'imprimerie de Jean Blacu: le peu d'exemplaires échappés sont fort recherchés. Van-Lom qui a donné la seconde édition, y a ajouté le Hagiologium Flandriæ; de Gandavensibus... de Brugensibus eruditionis fand claris ; de *Scriptoribus Flandriae* : ouvrages de *Sanderus* qui avoient été imprimés séparément. II. *Charographia sacra Brabantiae*, Bruxelles, 1659, 2 vol. in-fol. ; et augmentée, la Haye, 1726, 3 vol. in-fol. III. *Bibliotheca Belgica manuscripta*, Lille, 1641, 1644, 2 vol. in-4.º Ce sont les catalogues des manuscrits de la plupart des abbayes de Flandre, du Brabant, du Hainaut, et du pays de Liège : le second volume est très-rare. IV. *Opuscula minora*, Louvain, 1651. C'est un recueil de ses Poésies, Oraisons, etc. V. *Elogia Cardinalium*, Louvain, 1646, in-4.º VI. *Dissertationes liblicæ*, Bruxelles, 1650, in-4.º Ces ouvrages, qui ne sont pas toujours bien digérés, prouvent que *Sanderus* étoit très-laborieux. Il possédoit les langues grecque et latine, et étoit poète et orateur. Il a répandu beaucoup de jour sur l'histoire de sa patrie. L'auteur fit imprimer à ses frais la plupart de ses ouvrages, et ruina sa bourse après avoir ruiné sa santé.
II. SANDERUS, (Nicolas) né à Charlewood, dans le comté de Surrey en Angleterre, parvint par son mérite à la place de professeur royal en droit canon dans l'université d'Oxford. La religion catholique ayant été bannie de ce royaume par *Elisabeth*, il se retira à Rome, où il fut élevé au sacerdoce. Le cardinal *Hosius* l'emmena avec lui au concile de Trente et dans son ambassade de Pologne. A son retour il obtint la chaire de professeur de théologie à Louvain, d'où le pape *Pie V* le rappela pour l'employer dans des affaires importantes. *Grégoire XIII* l'envoya noice en Espagne, et ensuite en Irlande, pour animer les catholi- ques qui avoient pris les armes. La crainte de tomber dans les mains des Anglois, le fit errer pendant quelque temps dans les bois, où il mourut de faim et de misère en 1583, et selon son neveu *Pitseus*, en 1580. Ses principaux ouvrages sont : I. *Un Traité de la Cène du Seigneur, et de sa présence réelle dans l'Eucharistie*, en anglois, imprimé à Louvain en 1566, in-4.º II. *Traité des Images* contre les Iconoclastes, in-8.º III. *De Schismate Anglicano*, Cologne, 1628, in-8.º : livre écrit avec chaleur, et où l'on trouve des détails curieux sur le schisme d'Angleterre. L'auteur y montre pourtant quelquefois de la passion. *Henri VIII* y est peint comme un monstre de lubricité qui avoit épousé sa propre fille en donnant la main à *Anne de Boulen*. Ces bruits populaires pouvoient absolument être fondés ; mais un historien ne doit les rapporter que lorsqu'il en a les preuves en main. *Maucroix* l'a traduit en françois, Paris, 1678, 2 vol. in-12. IV. *De Ecclesia Christi*, Louvain, 1571, in-folio. V. *De Martyrio quorumdam sub Elisabeth Regina*, in-4.º VI. *De explicatione Missæ ac partium ejus*, in-8.º VII. *De visibili Monarchia Ecclesiae*, Virceburgi, 1592, in-folio, dans lequel il adopte les principes des Ultramontains sur la supériorité des papes au-dessus des conciles.
SANDEUS, (Felinus) jurisconsulte Italien, né et mort à Ferrare en 1503, a publié un *Traité* sur le droit de patronage, et une vie d'*Alphonse*, roi d'Aragon.
SANDHAGEN, (Gaspar) théologien luthérien, et surintendant des églises du duché de Holstein, est auteur d'une *Introduction à l'Histoire de J. C. et des Apôtres*; tirée des IV Évangiles, des Actes des Apôtres et de l'Apocalypse; ouvrage rempli d'érudition.
SANDINI, (Antoine) né dans le Vicentin, le 31 juin 1692, fut bibliothécaire et professeur d'histoire ecclésiastique dans le séminaire de Padoue, où il mourut subitement le 23 février 1751. Il étoit très-estimé du cardinal *Rezzonico*, alors son évêque, et depuis pape sous le nom de *Clément XIII*. Nous avons de lui : *I. Vitae Pontificum Romanorum*, dont la meilleure édition est celle de Ferrare, 1748; l'évêque d'Ausbourg, landgrave de Hesse-Darmstad, l'a fait réimprimer la même année, sous le titre de *Basis Historiae Ecclesiasticae*. Cet ouvrage est profond et plein de recherches. *II. Historia Familiæ sacrae*. *III. Historia SS. Apostolorum*. *IV. Disputationes xx ex Historia Ecclesiastica ad Vitas Pontificum Romanorum*. *V. Quelques Dissertations contre le Père Serry*; c'est l'apologie de son *Historia Familiæ sacrae*, que le Père Serry avoit attaquée.
SANDIS, *Voyez* SANDYS.
SANDIUS, (Christophe) fameux Socinien, né à Konigsberg dans la Prusse, et mort à Amsterdam en 1680, à 36 ans, avoit beaucoup de littérature sacrée et profane, et étoit très-versé dans l'histoire ecclésiastique. Il abusa de ses connoissances pour composer divers ouvrages, qui eurent beaucoup de cours dans sa secte. Les principaux sont : *I. La Bibliothèque des Antitrinitaires ou Societiens*, en latin, 1684, in-8°; livre recherché par ceux qui veulent connoître les erreurs des disciples de Socin. *II. Nucleus Historiae Ecclesiasticae*, Cosmospoli, 1669, in-8°, dans lequel il rapporte tout ce que l'on trouve dans l'Histoire ecclésiastique concernant les Ariens. *III. Interpretationes paradoxae in Joannem*. *IV. De origine Animæ*. *V. Scriptura sanctæ Trinitatis revelatrix*, etc.
SANDRART, (Joachim) peintre, né à Francfort en 1606, mourut à Nuremberg en 1683, à 77 ans. Il est plus connu par les *Vies des plus célèbres artistes* qu'il a données, et par l'*Académie* qu'il a érigée à Nuremberg, que par ses ouvrages de peinture. Il paroît néanmoins qu'on le mit de son vivant, au rang des meilleurs artistes. Le roi d'Espagne ayant souhaité 12 tableaux des plus célèbres peintres qui florissoient à Rome, *Sandrart* fut un de ceux qui y travaillèrent. Il se trouva en concurrence avec le *Guide*, le *Guerchin*, *Josepin*, *Massini*, *Gentileschi*, *Pietre d' Cortone*, *Valentin*, *André Sacchi*, *Lanfranc*, le *Dominiquin* et le *Poussin*. On connoît de ce peintre les *XII Mois de l'année*, qui ont été gravés en Hollande avec des vers latins pour endonner la description. *Sandrart* a encore traité de grands sujets d'histoire, et a fait beaucoup de portraits. On ne peut témoigner plus d'amour pour la peinture, que cet artiste en a montré pendant le cours d'une longue vie. Son neveu *Jacob* SANDRART, s'est distingué dans la gravure des portraits, qu'il a rendus avec beaucoup de ressemblance et de naïveté. Son burin est très-gracieux. *Joachim* eut une fille nommée *Susanne* SANDRART, qui s'est distinguée par le même talent que son père. Les principaux ouvrages que Joachim Sandrart a donnés touchant sa profession, sont: I. Académie d'Architecture, de Sculpture et de Peinture, en allemand, 2 parties in-fol., à Nuremberg, 1675 et 1679. II. Academia Artis Pictoriae, traduction latine de l'ouvrage précédent, 1783, in-fol. III. Admiranda Sculptura veteris, 1660, in-fol. IV. Romae antiquae et novae Theatrum... 1684, in-fol. V. Romanorum Fontinalia, 1685, in-fol. VI. Iconologia Deorum et Ovidii Metamorphosis, 1680, in-fol., en allemand. Tous ces ouvrages prouvent combien cet auteur avoit étudié les principes de son art, et sont recherchés de ceux qui veulent en acquérir la connoissance. On ne les trouve que difficilement rassemblés.
SANDRAS, Voyez COURTILZ.
SANDRICOURT, Voyez MEZERAI, vers la fin de l'article.
SANDVIG, (Christian Bertet de) auteur danois, a fait imprimer quelques ouvrages historiques, et devint secrétaire de la Société Généalogique et Héraldique, et membre de celle établie pour les progrès de la langue et de l'histoire de Danemarck. Il a terminé sa carrière en 1787.
SANDYS, (Edwin) second fils d'Edwin Sandys, archevêque d'Yorck, naquit à Worcester en 1561. Après avoir fait ses études à Oxford, il voyagea dans les différentes parties de l'Europe. De retour dans sa patrie, il fut employé par le roi Jacques I dans diverses affaires importantes, dont il s'acquitta avec succès. Il déplut à ce monarque en 1621, en s'opposant aux volontés de la cour en plein parlement, et Jacques I lui ordonna la prison pour un mois. Ce savant mourut en 1629, après avoir fondé une chaire de métaphysique en l'université d'Oxford. C'étoit un homme d'une probité rigoureuse, bon politique et assez bon écrivain. On a de lui un livre intitulé: Europae Speculum, ou Description de l'état de la Religion dans l'Occident. La meilleure édition de ce livre est celle de 1637, in-4. George SANDYS, le plus jeune de ses frères, mort en mars 1644, laissa une Description de la Terre-sainte, en anglois, 1615, in-fol., et d'autres ouvrages en vers et en prose.
SANGALLO, (Antoine) né dans les environs de Florence, fut d'abord destiné au métier de menuisier; mais s'étant rendu à Rome auprès de deux oncles architectes qu'il avoit dans cette ville, il s'adonna sous leur conduite à l'architecture. Il fut aussi disciple du Bramante, et parvint bientôt à se faire un nom dans son art. Les papes Léon X, Clément VII et Paul III l'employèrent beaucoup. Il fut architecte de l'église de St. Pierre après le Bramante, et chargé de la fortification de plusieurs places, partie de l'art qu'il entendoit très-bien. Cet artiste se distingua particulièrement par la solidité de ses constructions. Il mourut en 1546, laissant un fils (Antoine-Baptiste) architecte comme lui. On voit à Rome un modèle en bois que le père avoit fait pour l'église de St. Pierre, qu'on dit avoir coûté 4184 écus romains. Mais Michel-Ange, qui eut après lui la surintendance de cet édifice, ne jugea pas à propos de l'exécuter. Sangallo étoit neveu de deux célèbres architectes: Julien, mort en 1517; et Antoine, mort en 1534. Ce dernier bâtit le château Saint-Ange à Rome; et l'on doit à Julien la coupole de Notre-Dame de Lorette.
SANGUIN, Voyez EMA-DEDDIN. I. SANGUIN, (Antoine) dit le Cardinal de Meudon, parce qu'il étoit seigneur de ce lieu dont il fit commencer le château, fut évêque d'Orléans, cardinal, et enfin en 1543 grand-aumônier de France: c'est le premier qui ait porté ce titre. Il jouit d'une grande faveur sous le règne de François I, qui lui donna aussi le gouvernement de Paris. Il dut en partie son élévation à la duchesse d'Étampes, fille de sa sœur; mais après la mort de François I, son crédit diminua. Il fut forcé de se démettre de sa charge de grand-aumônier, et de passer en Italie. En 1553, il obtint l'archevêché de Toulouse, et mourut six ans après, en 1559. Il étoit d'une maison ancienne de cette capitale, anoblie vers l'an 1400. Elle s'éteignit vers la fin du XVIe siècle.
II. SANGUIN, (Claude) natif de Péronne, de la famille du précédent, fut maître-d'hôtel du roi et du duc d'Orléans. Il consacra son talent pour la versification françoise, à la religion, et fit paraître des Heures en vers françois, Paris, 1660, in-4.° Tout le pseautier y est traduit et assez mal. Il étoit parent de Saint-Pavin. On a de lui un Placet ingénieux qu'il présenta à Louis XIV; il n'est pas commun et mérite d'être rapporté.
SIRÉ, il ne m'appartient pas d'entrer dans vos affaires. Ce seroit un peu trop de curiosité; Cependant l'autre jour, songeant à mes misères, Je calculois le bien de votre Majesté. Tout bien compté, (j'en ai la mémoire récente) Il doit vous revenir cent millions de rense; Ce qui fait à peu-près cent mille écus par jour: Cent mille écus par jour, en font quatre par heure... Pour réparer les maux pressans Que le tonnerre a faits à ma maison des champs, Ne pourrai-je obtenir, SIRÉ, avant que je moure. Un quart d'heure de votre temps? Cette pièce d'un tour délicat lui valut, de la part du roi, la gratification de mille écus, qui étoit l'objet de sa demande. L'auteur mourut à la fin du dernier siècle. I. SANLECQUE, (Jacques de) imprimeur et célèbre fondeur de caractères d'imprimerie, s'illustra par la gravure des caractères de la Polyglotte de Le Jay, et excella sur-tout dans les syriaques, les samaritains, les arméniens, les chaldéens et les arabes. Il inventa aussi trois caractères propres à l'imprimerie de la musique, qu'il distingua par petite, moyenne et grosse musique. Ces trois caractères sont un chef-d'œuvre de précision dans les filets, et de grace dans les traits obliques qui lient les notes. Il étoit né à Chanlen dans le Boulonnois, et il mourut à Paris en 1648, à 90 ans. — Son fils, nommé aussi Jacques, se distingua de même dans la gravure des caractères d'imprimerie, et mourut en 1659, à 46 ans.
II. SANLECQUE, (Louis de) né à Paris en 1650, fils du précédent, entra fort jeune dans la congrégation des chanoines de Ste-Geneviève, et devint professeur d'humanités dans leur collège de Nanterre, près de Paris. Il s'attacha ensuite au duc de Nevers, qui le nomma à l'évêché de Bethlehem; mais le roi, sollicité par quelques personnes choquées de ses Poésies, et sur-tout de sa Satire contre les Directeurs, s'opposa à l'enregistrement de ses bulles, et l'empêcha de jouir de sa nouvelle dignité. Sanlecque ayant perdu l'espérance d'être évêque, se retira dans son prieuré de Garnai, près de Dreux, qui fut une espèce de captivité pour lui. Il y mourut le 14 juillet 1714, à 56 ans, emportant les regrets de ses paroissiens, qui étoient plus maîtres du revenu de sa cure, que lui-même. Le caractère du Père Sanlecque tenoit beaucoup de la bonté et de l'indolence qu'inspire le fréquent commerce des Muses. On a dit qu'à mesure qu'il pleuvoit dans la chambre où il couchoit, il se contentoit de changer son lit de place, et qu'il avoit fait sur ce sujet une pièce qui étoit intitulée: les Promenades de mon lit; mais cette pièce n'est pas de lui, et cette anecdote est absolument fausse. La meilleure édition de ce qu'on a pu recueillir de ses Poésies, est celle de Lyon, sous le nom supposé d'Harlem, en 1726, in-12. Elle contient deux Epîtres au roi, cinq Satires, trois autres Epîtres, un Poème sur les mauvais gestes des prédicateurs, plusieurs Epigrammes, des Placets et des Madrigaux, et un Poème latin sur la mort du Père Lallemant, chanoine-régulier de Sainte-Geneviève. Les vers du Père Sanlecque offrent quelques saillies, mais ils sont négligés; il y a peu d'imagination dans l'expression, et le style nuit souvent aux pèti-sées. Plusieurs sont pour solliciter des graces, qu'il n'obtînt pas toujours. On peut citer ceux-ci adressés à Louis XIV qui lui faisoit espérer un bienfait: Grand roi, si ton bienfait n'est que digne de moi, Ma pauvreté sera toujours extrême: Il ne faut pas non plus qu'il soit digne de toi: Il te rendroit pauvre toi-même. La fonderie des Sanlecque, à la mort de Jean-Eustache-Louis, petit-neveu du Génovéfain, a passé à Nancy, après sa mort, arrivée en 1778.
SAN-MICHELI, (Michel) architecte de Vérone, né en 1484, mort en 1559, fortifia beaucoup de places dans le goût pratiqué depuis sous Louis XIV.
SANNAZAR, (Jacques) Actius Sincerus SANNAZARUS, poète latin et italien, né à Naples en 1458, tiroit son origine de St-Nazaire, dans le territoire de Lamosso, entre le Pô et le Tesin. Les graces de son esprit et de son caractère plurent au roi Frédéric, qui lui donna plusieurs marques de son estime. Ce prince, désespérant de remonter sur le trône, passa en France, où Sannazar l'accompagna et demeura avec lui jusqu'à sa mort. De retour en Italie, il partagea son temps entre les plaisirs de la volupté et ceux du Parnasse. Son caractère le portoit tellement à la galanterie que, même dans sa vieillesse, il se produisoit sous les habits et avec les airs et le ton d'un jeune courtisan. Ce poète, peu philosophe, conçut tant de chagrin de ce que Philibert de Nassau, prince d'Orange, général de l'armée de l'empereur, avoit ruiné sa maison de campagne, qu'il en contracta une maladie dont il mourut en 1530, à 72 ans. On assure qu'ayant appris, peu de jours avant sa mort, que le prince d'Orange avoit été tué dans un combat, il s'écria : *Je mourrai content, puisque Mars a puni ce barbaré ennemi des Muses!* Il fut enterré dans la chapelle d'une de ses campagnes; il avoit fait placer son tombeau derrière l'autel, quoique orné des statues d'Apollon et de Minerve. Pour remédier à cette profanation, on a mis au-dessus de la statue d'Apollon le nom de David; et au-dessus de celle de Minerve, celui de Judith. Bembo lui fit cette épitaphe : *Da sacro cineri flores : htc ille Maroni* *Sancerus Musâ proximus et tumulo.* On a de lui des Poésies latines et italiennes. Les latines ont été imprimées à Naples, en 1718, in-12, et à Venise, en 1746, in-8. Les Aldes en avoient donné une édition à Venise en 1535, in-8. Gryphe, à Lyon, en fit une portative en 1547, sous le format in-16. (Voyez GIOCONDO et PLATINE.) On trouve dans ce recueil : I. Trois livres d'Élégies. II. Une Lamentation sur la mort de J. C. III. Des Églogues, Amsterdam, 1728, in-8. IV. Un poème de *Partu Virginis*, traduit par Colletet, 1634, in-12, sous ce titre : *Couches sacrées de la Sainte Vierge*, etc. C'est sur ce dernier ouvrage qu'est fondée sa réputation de poète latin; mais on le blâme d'avoir profané la sainteté de son sujet, par le mélange monstrueux des extravagances du paganisme, avec les mystères augustes de notre religion. Tout y est rempli de *Dryades* et de *Néréides*. Il met entre les mains de la Sainte Vierge, non les Pseaumes, mais les vers des *Sibylles*. Ce n'est pas *David*, ni *Isaïe*, c'est le *Protée* de la Fable, qui prédit le mystère de l'Incarnation. Le nom de *JESUS-CHRIST* ne s'y trouve pas une seule fois, et la Vierge *MARIE* y est appelée l'*Espoir des Dieux*. Voilà le défaut capital de ce poème, qui est estimable d'ailleurs par l'élégance et la pureté du style, et qui lui mérita des Brefs honorables de la part de *Léon X* et de *Clément VII*. Parmi ses pièces italiennes, la plus célèbre est son *Arcadie*, traduite en françois par *Pecquet*, 1737, in-12. Les vers et la prose de cet ouvrage, charment par la délicatesse et par la naïveté des images et des expressions. Il fut imprimé à Naples, in-4°, en 1502, et réimprimé avec ses autres Poésies italiennes, à Padoue en 1723, et à Naples in-4°; 1720, in-12. *Le Duchat* dit que *Sannazar* étoit Ethiopien de naissance. Dans sa jeunesse il fut fait esclave, et vendu à un Napolitain, savant et poli, nommé *Sannazar*, qui l'effranchit et lui donna son nom (*Ana*, tome 2, page 359). *Le Duchat* renvoie sur ceci à *Alexandre ab Alexandrou...* La *VIE* de *Sannazar* a été publiée par *Crispo* : elle est intéressante et bien faite.
SANPIETRO, dit *EASTELICA*, ainsi surnommé du lieu de sa naissance, fameux capitaine Corse au service de France, s'acquit une grande réputation sous les règnes de *François I*, *Henri II*, et *Charles IX*, par une intrépidité peu commune. Après s'être avancé par degrés, il devint colonel-gé- néral de l'infanterie Corse en France, et épousa en 1548 (et non en 1528, comme le dit le P. Anselme) *Vanina d'Ornano*, héritière d'une branche de cette maison, l'une des plus illustres de l'île. Il ne dut ce mariage qu'à la haute considération de sa valeur, étant de basse naissance : *ex infimo loco natus*, dit le président de Thou. La hardiesse de *Sanpietro*, son expérience, son courage, et l'affection que lui portoient les peuples de Corse, l'avoient rendu si redoutable, que les Génois, seigneurs de cette île, le firent mettre en prison à Bastia. Ils se disposoient à le sacrifier à leurs alarmes vraies ou fausses, lorsque le roi Henri II les menaça de faire pendre par représailles ceux de leurs nobles les plus qualifiés, qui éoient prisonniers en France. *Sanpietro* conçut dès-lors une haine implacable contre les Génois. Deux fois il entra en Corse, deux fois il battit leurs troupes ; et lorsque le traité de Cateau-Cambresis en 1559, l'eut privé du secours des armes du roi, il alla à Constantinople en demander au grand-seigneur. Pendant ce voyage, *Vanina d'Ornano* sa femme, qu'il avoit laissée à Marseille avec ses deux fils, résolut de passer à Gênes pour y solliciter la grace de son mari déclaré rebelle, et dont la tête avoit été mise à prix. Cette pensée n'étoit certainement que louable ; néanmoins elle déplut si fort à cet homme emporté, que, quoique *Vanina* ne l'exécuta pas, (parce qu'elle en avoit été empêchée par un ami de son mari au moment où elle partoit, ) il lui dit en colère qu'il vouloit laver dans son sang un dessein aussi imprudent. Son épouse, sans s'effrayer et sans faire ni plaintes ni reproches, se prépara à la mort. *Sanpietro*, le chapeau à la main, un genou à terre, lui demanda pardon, à ce que rapporte de Thou, l'embrassa tendrement, l'appelant sa reine et sa maîtresse, puis l'étrangla avec un linge : action barbare, qui ternit les grandes actions de ce capitaine ! Etant repassé en Corse l'an 1564, accompagné seulement de 35 ou 40 hommes, il se trouva bientôt en état d'attaquer les Génois, par le grand nombre de mécontents qui vinrent se joindre à lui. La Corse fut alors un théâtre horrible de meurtres, de pillage et d'embrasemens. Mais enfin, après avoir échappé long-temps aux périls de la guerre, il succomba sous les coups de la trahison. Le 17 janvier 1566, dans une rencontre avec les Génois, il fut lâchement assassiné par derrière, d'un coup d'arquebuse que lui donna un de ses capitaines nommé Vitello, étant âgé d'environ 66 ans... *Voy. ORNANO*.
SANREY, ( Ange-Bénigne ) né à Langres de parens pauvres, garde les moutons d'un boucher jusqu'à l'âge de 14 ans. Après avoir surmonté tous les obstacles que la fortune opposoit à ses études, il fut fait prêtre à Lyon. Il prêcha dans cette ville, en présence de la reine Anne d'Autriche, qui lui donna un brevet de prédicateur ordinaire de Sa Majesté. Ayant été nommé à une des chapellines de St-Martin de Langres, il quitta Beaune où il étoit théologal, et retourna dans sa patrie. Il y mourut le 15 octobre 1659, à 70 ans. Il étoit habile, non-seulement dans les belles-lettres grecques et latines, mais aussi dans l'histoire et la théologie. Il avoit avait la tous les SS. Pères, et fait une étude particulière de S. Augustin, qu'il savait presque par cœur. On a de lui plusieurs ouvrages, entr'autres un Traité savant, curieux et rare, intitulé: PARACLETUS seu de recta illius pronuntiatione, 1643, in-12. Ce Traité, fait pour prouver que la véritable prononciation de ce mot est Paracletus, fut attaqué en 1669, par M. Thiers, qui vouloit que ce fût Paraclitus. (Voyez, à ce sujet, Fragmens d'Histoire, in-12, pag. 49 et suiv.)
SANSAC, (Louis Prévôt, baron de) d'une maison noble de l'Angouinois, après avoir été page du connétable Anne de Montmorency, commença à servir en Italie sous l'amiral de Bonnivet, et se trouva en 1525 à la bataille de Pavie, où il fut fait prisonnier; mais il eut l'adresse de s'échapper, et revint en France d'où il fut envoyé plusieurs fois en Espagne vers François I par la reine-mère. Comme il étoit excellent homme de cheval, il fut choisi par le roi pour instruire les princes ses enfans dans cet exercice. Sansac ayant accompagné le maréchal Strozzi en Italie, fut chargé, en 1554, de défendre la Mirandole contre les Espagnols et les troupes du pape. Il s'y couvrit de gloire par la bravoure avec laquelle il soutint un siège de 8 mois, que les ennemis furent enfin contraints de lever. A son retour, il fut fait chevalier de l'ordre par Henri II, qui le nomma gouverneur de ses enfans. Ce brave officier se trouva à onze batailles rangées, et la fortune lui fut si favorable, qu'il ne fut jamais blessé qu'à celle de Dreux, où il étoit maréchal-de-camp sous le duc de Paris. Sur la fin de ses jours, il quitta la cour, et se retira dans sa maison, où il mourut âgé de 80 ans, en titre de maréchal de France, dit Brantôme: non qu'il en ait été jamais pourvu; mais il en avoit l'état, les gages et la pension.
SANSEVERINO, Voyez I. TASSE, au commencement. I. SANSON, (Jacques) né à Abbeville en 1595, se fit carme déchaussé en 1618, sous le nom d'Ignace Joseph de JESUS-MARIA. Son talent pour la direction lui fit donner l'emploi de confesseur de Madame Royale en Savoie. Il mourut à Charenton le 19 août 1664, à 69 ans. Il est auteur de l'Histoire ecclésiastique d'Abbeville, Paris, 1646, in-4°, et de celle des Comtes de Ponthieu, 1657, in-fol.: ouvrages savans, mais mal écrits et mal digérés.
II. SANSON, (Nicolas) de la même famille que le précédent, né à Abbeville en 1600, s'adonna pendant quelque temps au commerce; mais y ayant fait des pertes considérables, il le quitta, et vint à Paris en 1627, où il se distingua en qualité d'ingénieur et de mathématicien. Ce fut Melchior Tavernier qui le mit principalement en vogue. Louis XIV l'honora du titre de son ingénieur et de son géographe, avec 2000 livres d'appointment. Ce monarque passant à Abbeville, l'admit à son conseil, et lui donna un brevet de conseiller d'état; mais le modeste géographe ne voulut jamais prendre cette qualité, de peur d'affaiblir, disoit-il, l'amour de l'étude dans ses enfans. Il étoit regardé à la cour de France comme un homme illustre. Il eut Tome l'honneur de montrer pendant plusieurs mois, la géographie à Louis XIV. Le prince de Condé, qui l'aimoit beaucoup, alloit souvent chez lui pour s'y entretenir sur les sciences. Cet homme distingué, miné par ses travaux, mourut à Paris le 7 juillet 1667, à 67 ans, laissant après lui une mémoire respectable. Il eut une dispute fort vive avec le P. Labbe, qui l'avoit attaqué dans son Pharus Galliæ antiquæ, publié à Moulins en 1644, in-12. Sanson lui répondit par ses Disquisitiones Géographicae in Pharum Galliæ, etc. 1647 et 1648, en 2 vol. in-12. Outre cet écrit, on a de lui plusieurs autres morceaux sur la géographie ancienne et moderne, et un nombre infini de Cartes. On peut voir la liste de ses différens ouvrages, dans la Méthode pour étudier la Géographie, de l'abbé Langlet du Fresnoy. Il eut trois fils: l'aîné, Nicolas, fut tué aux Barricades en 1648, en défendant le chancelier Séguier. Les deux autres, Guillaume et Adrien, mirent au jour un grand nombre de Cartes, Guillaume mourut en 1703, et Adrien en 1718. Celui-ci avoit de la philosophie et faisoit des vers. Dreux du Radier lui attribue le Sonnet suivant, qui renferme de bons avis pour le bonheur: N'être ni magistrat, ni marié, ni prêtre; Avoir un peu de bien, en faire un bon emploi; Et sans prendre le ton d'un docteur de la loi, S'étudier bien plus à jouir qu'à connoître; N'avoir pour son repos ni maîtresse ni maître; Ne voir que rarement t la cour et le Roi; Même à son ennemi ne pas manquer de foi; Se contenter du rang où Dieu nous a fait naître: Avoir l'esprit purgé des erreurs du vulgaire; De la Religion respecter le mystère; Être bon citoyen; profiter du présent, Des regrets du passé n'avoit point l'âme atteinte; Ferme sur l'avenir, l'envisager sans crainte, Fait attendre par-tout la mort tranquillement. (Voyez BAUDRAND et BEAURAIN.) Quelque obligation qu'on ait aux Delisle, il faut avouer qu'on en a de plus grandes aux Sanson. Ceux-ci, et sur-tout Nicolas, sont les véritables créateurs de la Géographie parmi nous. Delisle l'a perfectionnée; mais le plus difficile étoit fait. « Ce géographe (dit un Mémoire inséré dans ceux de Nicoron) a-t-il trouvé, sur-tout dans l'Europe, des villes oubliées, des royaumes ou des états inconnus? A-t-il même donné une figure nouvelle aux continens et aux îles? Non; excepté l'Asie, qu'il a seulement rétrécie, il n'a rien changé au reste, et il a bien fait. Les empires anciens de l'Orient et de l'Occident avoient déjà été faits et tout dressés; toutes les Cartes de l'Écriture sainte faites; l'ancienne Géographie débrouillée et bien conciliée avec la moderne; toute l'Europe entièrement détaillée et éclaircie: il a donc travaillé sur un fonds très-riche et complet, que d'autres lui avoient acquis. Il l'a embelli, dirait-on, et même augmenté. Tant mieux, si cela est; Inventis addere facile est... » Voyez dans l'article de LISLE ( n° 2 ) la restriction qu'il faut mettre à cette critique. « La Géographie, dit Dom Vaissette, a de grandes obligations aux Sanson, qui ont commencé à la débrouiller et à fixer les positions sur des règles plus assurées que celles que leurs prédécesseurs avoient suivies, mais elle a fait de grands progrès depuis leur mort. Vouloir préférer leur autorité à celle de plusieurs géographes plus modernes, c'est comme si l'on donnait la préférence en fait d'Histoire Ecclésiastique à Baronius sur Pagi. » I. SANSOVINO, ( Jacques FATTI, dit ) sculpteur et architecte, né à Florence en 1479, se rendit célèbre dans ces deux arts. Rome et Venise sont les villes où il a le plus exercé ses talens. La Monnoie, la Bibliotheque de S. Marc, le palais Cornaro à Venise, sont des édifices magnifiques, qui lui ont fait beaucoup d'honneur. Il jouissoit dans cette ville, où il passa la plus grande partie de sa vie, d'une telle considération, que dans une taxe générale imposée par le gouvernement, le Titien et lui furent les seuls que le sénat jugea à propos d'en exempter. Il y mourut en 1570, à 91 ans.
II. SANSOVINO, ( François ) fils du précédent, né à Rome en 1521, après avoir étudié les belles-lettres à Venise, prit ses degrés en droit à Padoue; mais la jurisprudence n'étant pas de son goût, il se livra entièrement à sa passion pour la poésie, l'histoire et les belles-lettres, et leva une imprimerie à Venise, où il imprima ses ouvrages et ceux des autres. Les siens, en grand nombre, la plupart écrits avec négligence et médiocrement estimés, sont : I. Traduction de Plutarque. II. Chronologie du Monde jusqu'à l'an 1582. III. Annales de l'Empire Ottomon. IV. Orthographe Italienne. V. Le Secrétaire. VI. Les principales Familles d'Italie. VII. Description de Venise. VIII. Abrégé de l'Histoire de Guichardin, avec la Vie de cet auteur. IX. Description du gouvernement des Républiques de Genes, de Lucques et de Baguse. X. Des Lettres. XI. De l'Art Oratoire. XII. Concetti politici. XIII. Les Notes assez mutilées sur le Décameron de Bocace. XIV. Un recueil intitulé : Cento Novelle scelte de più nobili Scrittori della lingua volgare, dont les meilleures éditions sont celles de Venise, 1563, in-8°, et 1566, in-4°; les éditions postérieures, quoique augmentées de 100 autres Nouvelles, sont moins estimées à cause des retranchemens qui y ont été faits. Sansovino mourut à Venise en 1586, à 65 ans.
SANS-TERRE, surnom donné à un roi d'Angleterre : Voyez JEAN, n° LVII... et à un duc de Calabre : Voyez I. CECCO.
SANTABARÈNE, ( Théodore ) abbé d'un monastère de Constantinople, vers l'an 877, étoit une des créatures de Photius, qui l'avoit élevé au sacerdoce et ensuite à l'archevêché de Patras. Ses mœurs étoient austères et son air pénitent. Photius croyant que la réputation de piété qu'il s'étoit acquise, lui donneroit de l'autorité à la cour de l'empereur Basile, le présenta à ce prince, qui le regarda bientôt comme un saint. *Basile* inconsolable de la mort de son fils *Constance*, désiroit au moins de le revoir encore une fois. *Santabarène*, après lui avoir fasciné l'esprit, lui procura cette consolation, ou plutôt cette illusion. Il fit paroître devant lui une espèce de fantôme, qui avoit quelque chose de la figure de *Constance*. Ce prestige lui donna le plus grand crédit auprès de l'empereur, et il s'en servit pour décrier le patriarche *saint Ignace*, et pour maintenir *Photius* son compétiteur. Le jeune prince *Léon*, fils de *Basile*, ne partageoit pas les sentimens de son père à l'égard de *Santabarène*, qui pour s'en venger, lui donna les conseils les plus perfides. Il lui persuada de porter toujours un poignard, pour défendre la vie de son père contre un inconnu qui avoit résolu d'attenter sur ses jours. Le prince trop crédule, donna dans ce piège. Alors le moine imposteur alla dire à *Basile*, que le ciel lui avoit révélé que le prince son fils vouloit monter sur le trône par un parricide, et que pour preuve de son crime, on le trouveroit armé d'un poignard sous ses habits. *Basile* furieux fit enfermer son fils qui vint à bout, après quelques mois de prison, de faire connoître son innocence. Dès qu'il fut sur le trône en 886, il ordonna qu'on arrêtât *Santabarène*, qu'on le battit de verges et qu'on lui arrachât les yeux, après quoi il le relégua dans le fond de la Natolie. Cependant il le rappela quelques années après, et lui assigna une pension. Il ne mourut que sous l'empire de *Constantin Porphyrogénète*, presque entièrement oublié, malgré le rôle que ses intrigues, son hypocrisie et ses liaisons avec *Photius* lui avoient fait jouer.
SANTA-CROCE, *Voy. PIPPO.*
SANTA-CRUX DE MARZENADO (Don Alvaro de *Navia-Osorio*, vicomte de Puerto, marquis de) chef de la maison de *Navia-Osorio*, l'une des plus illustres de la principauté des Asturies [*Voyez* V. STROZZI.] prit le parti des armes dès l'âge de 15 ans. Il se distingua dans plusieurs combats, et fut envoyé en 1727 au congrès de Soissons, où il s'acquit l'estime et la confiance de tous les négociateurs. Son mérite ayant été récompensé par le grade de lieutenant-général, il fut envoyé à Ceuta contre les Infidelles. Il s'y signala et remporta sur eux divers avantages; mais il fut blessé à la cuisse, d'un coup de fusil, et renversé de cheval, dans une sortie, le 21 novembre 1732. Les Maures, entre les mains desquels il avoit été laissé, lui coupèrent la tête, et mirent le reste de son corps en pièces. On a de lui des *Réflexions Politiques et Militaires*, en 14 vol. in-4°, en espagnol. M. de *Vergi* a donné une *Traduction* françoise de cet ouvrage, en 12 vol. in-12. A travers une foule de citations, d'exemples et de traits de morale assez triviaux, on y trouve de bonnes leçons de politique, et des choses utiles aux militaires et aux négociateurs.
SANTAREL ou SANCTAREL, *Sanctarellus*, (Antoine) jésuite Italien, né à Adria en 1569, enseigna les belles-lettres et la théologie à Rome, où il mourut vers 1649, âgé d'environ 80 ans. Ce fut dans cette ville qu'il publia En 1625, in-4°, un Traité de haresi, schismate, apostasid, sollicitatione in Sacramento Pænitentiæ, et de potestate summi Pontificis in his delictis puniendis... Santarel y enseigne des maximes contraires à l'indépendance des souverains, et y donne au pape un pouvoir exorbitant, non-seulement sur le trône, mais même sur la vie des priuces. La Sorbonne le censura en 1626, et le parlement de Paris le condamna le 13 mars de la même année, à être lacéré et brûlé par la main du bourreau. Plusieurs autres Facultés du royaume suivirent l'exemple de la Sorbonne. Le fameux docteur Edmond Richer donna en 1629, in-4°, la relation et le recueil des Pièces que cette affaire produisit.
SANTÉ, Voy. SALUS.
SANTÉ, ( Gilles-Anne-Xavier de la ) jésuite, né près de Rhedon en Bretagne, le 22 décembre 1684, mort en 1762, professa les belles lettres avec distinction au collège de Louis-le-Grand. Nous avons de lui : L Des Harangues latines, 2 vol. in-12, où il y a de jolies choses. On y distingue l'Oraison funèbre de Louis XIV, et celle qui décide de la palme littéraire entre les différens peuples de l'Europe. Ces deux pièces ne sont pas indignes d'un bon orateur. II. Un recueil de vers intitulé : Musée Rhetorices, en 2 vol. in-12. « On y voit partout ( dit l'abbé des Fontaines ) le savant et ingénieux Père de la Sante. C'est toujours sa précision épigrammatique, sa vivacité antithétique, ses peintures quelquefois burlesques et toujours spirituelles. Ceux qui aiment encore les vers latins modernes, liront ceux-ci avec plai- sir. Ils y trouveront quelquefois la noblesse de Virgile, et plus souvent la facilité d'Ovide. » En effet, la plupart de ses poésies sont élégantes et gracieuses.
SANTERRE, ( Jean-Baptiste ) peintre, né à Magny près Pontoise, en 1651, entra dans l'école de Boullongne l'aîné. Les avis de cet habile maître, l'assiduité du disciple, son attention à consulter la nature, lui acquiert une grande réputation. Ce peintre n'a point fait de grandes compositions ; son imagination n'étoit point assez vive pour ce genre de travail : il se contenta de peindre de petits sujets d'histoire, et principalement des têtes de fantaisie et des demi-figures. Cet excellent artiste avoit un pinceau séduisant, un dessin correct, une touche finie. Il domoût à ses têtes une expression gracieuse. Ses teintes sont brillantes, ses carnations d'une fraîcheur admirable, ses attitudes d'une grande vérité : le froid de son caractère a passé quelquefois dans ses ouvrages. Parmi les tableaux qu'il a laissés, celui d'Adam et d'Eve est un des plus beaux qu'il y ait en Europe. Il avoit un Recueil de dessins de Femmes nues de la dernière beauté ; il crut, avec raison, devoir le supprimer, dans une maladie. Il mourut à Paris le 21 novembre 1717, à 66 ans. I. SANTEUL ou SANTEUIL, ( Jean-Baptiste ) né à l'avis le 12 mai 1630, fit ses études au collège des Jésuites. Quand il fut en rhétorique, l'illustre Père Cossart, son régent, étonné de ses heureuses dispositions pour la poésie latine, prédit qu'il deviendroit un des plus grands poètes de son siècle ; il jugeoit surtout de ses talens, par une pièce qu'il fit dès-lors sur la *bouleille de savon*. Son amour pour l'étude le fit entrer, à l'âge de 20 ans, chez les chanoines-reguliers de l'abbaye de Saint-Victor. Son nom fut bientôt parmi les noms les plus illustres du Parnasse latin. Il chantait la gloire de plusieurs grands hommes, et il enrichit la ville de Paris de quantité d'*Inscriptions*, toutes agréables et heureuses. En l'an dix, dans les démolitions du grand Châtelet, on a trouvé sur un marbre noir, celle-ci, en deux vers : *Hic panæ scelerum ultrices posuere tribunal :* *Semibus undè tremor, civibus undè salus.* Le grand *Bossuet* l'ayant sollicité plusieurs fois d'abjurer les Muses profanes, il consacra son talent à chanter les Mystères et les Saints du Christianisme. Il fit d'abord plusieurs *Hymnes* pour le Bréviaire de Paris. Les Clunistes lui en demandèrent aussi pour le leur ; et cet ordre en fut si content, qu'il lui donna des lettres de filiation et le gratifia d'une pension. Quoique *Santeul* eût consacré ses talens à des sujets sacrés, il ne pouvoit s'empêcher de versifier de temps en temps sur des sujets profanes. *La Quintinie* ayant donné ses *Instructions pour les Jardins*, *Santeul* les orna d'un Poème, dans lequel les Divinités du Paganisme jonoient le principal rôle. *Bossuet* à qui il avoit promis de n'employer jamais les noms des Dieux de la Fable, le traita de parjure. *Santeul*, sensible à ce reproche, s'excusa par une pièce de vers, à la tête de laquelle il fit mettre une vignette en taille-douce. On l'y voyoit à genoux, la corde au cou et un flambeau à la main, sur les marches de la porte de l'église de Meaux, y faisant une espèce d'amende honorable. Ce Poème satisfit le grand *Bossuet* ; mais le poète eut avec les Jésuites une querelle qui fut difficile à éteindre. Le docteur *Arnauld* étant mort en 1694, tous les grands poètes du temps s'empressèrent à faire son Epitaphe. *Santeul* ne fut pas le dernier ; sa pièce déplut à plusieurs membres de la Compagnie de *Jesus*. Pour désarmer leur colère, il se hata d'adresser une Lettre au P. *Jouvenci*, dans laquelle il donnoit de grands éloges à la Société, sans rétracter ceux qu'il avait donnés à *Arnauld*. Cela ne les satisfit point : il fallut donner une nouvelle pièce, qui parut renfermer encore quelque ambiguïté. L'incertitude et la légèreté du poète, firent naître plusieurs pièces contre lui. Le Père *Commire* donna son *Linguarium* ; un Janséniste ne l'épargna pas davantage dans son *Santolius pœnitens*. Le chanoine de Saint-Victor, en voulant se ménager l'un et l'autre parti, déplut à tous les deux. *Santeul* se consola de ces chagrins dans le commerce des gens de lettres et des grands. Les deux princes de *Condé*, le père et le fils, étoient au nombre de ses admirateurs : presque tous les grands du royaume l'honoroient de leur estime. *Louis XIV* lui donna des marques sensibles de la sienne en lui accordant une pension. Le duc de *Bourbon*, gouverneur de Bourgogne, le menoit ordinairement aux Etats de cette province. *Santeul* y trouva la mort le 5 août 1697, à Dijon, à 66 ans. Dans un repas, son verre fut malignement infecté d'une forte dose de tabac d'Espagne, et à peine l'eut-il avalé, qu'il fut saisi d'une colique violente qui l'emporta, après 14 heures de douleurs les plus aiguës. Un page étant venu, dans ses derniers momens, s'informer de son état de la part de son Altesse Monseigneur le duc de Bourbon, Santeuil, levant les yeux au Ciel, s'écria : Tu solus ALTISSIMUS ! Il avoit toujours eu des sentimens de religion. Un jour étant à Notre-Dame, et s'amusant à regarder les anciennes figures en bas-relief de la porte de l'Église, il dit à Charles Santeuil son frère, en touchant un pilier, et en faisant allusion à l'ancienneté du Christianisme : Mon frère, cela est bien vieux pour être faux. Certains passages de l'Écriture le pénétroient d'une crainte qui se lisait sur sa figure. Tel est ce mot terrible du prophète Daniel à Balthasar : Positus est in staterâ et inventus est minus habens. Son corps fut transporté de Dijon à Paris, dans l'abbaye de Saint-Victor. Le célèbre Rollin orna son tombeau de cette Epitaphe : Quem superi præconem, habuit quem sancta poëiam Relligio : latet hoc marmore Santolius. Ille etiam heroas, fontesque, et fluminx et hortos Dixerat. At cineres quid juvat iste labor ? Fama hominum merces sit versibus æqua profanis : Mercedem poscunt carmina sacra Deum. Ci gît, que la France regrette, Du Pausæe chiétien le célèbre poète, Santeuil, qui sut d'une brillante voix Célébrer tour-à tour les fontaines, les bois, Les héros... Mais que sert ce travail à ses manes ? L'estime des humains de son mérite épris, Peut suffire à ses vers profanes : Dieu de ses vers sacrés est seul le digne prix. Un plaisant lui fit une autre Epitaphe moins flatteuse que la précédente : Ci gît le célèbre Santeuil ! Muses et Foux, prenez le deuil. Quelques traits qui tenoient de l'extravagance, avoient pu lui mériter cette épitaphe. On raconte qu'ayant passé à Cîteaux, il pria un religieux de cette abbaye de lui montrer l'appartement de la Mollesse, si bien décrit dans le Lutrin de Boileau. Vous y êtes, répondit le Bernardin ; mais la Mollesse n'y est plus, la Folie a pris sa place. Santeuil avoit le visage large, les jones creuses, le menton relevé, le nez épaté, les narines ouvertes, les yeux noirs et gros, le front grand et la tête à demi chauve. Quant aux qualités morales, on a dit de lui tant de mal et de bien, qu'il est difficile de le peindre au naturel. Nous nous bornerons au portrait qu'en a tracé la Bruyère. « Voulez-vous quelqu'autre prodige ? Concevez un homme facile, doux, complaisant, traitable ; et tout d'un coup violent, colère, fougueux, capricieux. Imaginez-vous un homme simple, ingénu, crédule, badin, volage, un enfant en cheveux gris ; mais permettez-lui de se recueillir, ou plutôt de se livrer à un génie qui agit en lui, j'ose dire, sans qu'il y prenne part, et comme à son insu! Quelle verve! quelle élévation! quelles images! quelle latinité! Parlez-vous d'une même personne, me direz-vous? Oui, du même: de Théodas, et de lui seul. Il crie, il s'agite, il se roule à terre, il se relève, il tonne, il éclate; et du milieu de cette tempête, il sort une lumière qui brille et qui réjouit. Disons-le sans figure, il parle comme un fou, et pense comme un homme sage. Il dit ridiculement des choses vraies, et follement des choses sensées et raisonnables. On est surpris de voir naître et éclore le bon sens du sein de la bouffonnerie, parmi les grimaces et les contorsions. Qu'ajouterai-je davantage? Il dit et il fait mieux qu'il ne sait. Ce sont en lui comme deux ames qui ne se connoissent point, qui ne dépendent point l'une de l'autre, qui ont chacune leur tour, ou leurs fonctions toutes séparées. Il manqueroit un trait à cette peinture si surprenante, si j'oubliois de dire qu'il est tout-à-la-fois avide et insatiable de louanges, prêt de se jeter aux yeux de ses critiques, et dans le fond assez docile pour profiter de leurs censures. Je commence à me persuader moi-même que j'ai fait le portrait de deux personnages tout différens. Il ne seroit pas même impossible d'en trouver un troisième dans Théodas; car il est bon homme. » En effet, il recevoit ordinairement les avis avec docilité; mais si l'on ne saisissoit pas le moment favorable, il répondoit avec aigreur. On prétend qu'un religieux de Saint-Victor, confrère de Santeul, lui montra des vers où se trouvoit le mot Quoniam, qui est une expression tout-à-fait prosaïque. Santeul, pour le railler, lui récita tout un Pseumme où se trouve vingt fois le mot QUONIAM. (Confitemini Domino, quoniam bonus; quoniam in saculum misericordia ejus; quoniam salutare tuum, etc.) Ce religieux piqué, lui répliqua sur-le-champ par ces mots de Virgile: Insaniere liber quoniam tibi. Il n'accueilloit pas mieux les avis sur ses mœurs, que les censures de ses ouvrages. Le grand Bossuet lui ayant fait quelques reproches, finit en lui disant: Votre vie est peu édifiante, et si j'étais votre supérieur, je vous enverrois dans une petite cure dire votre bréviaire. — Et moi, reprit Santeul, si j'étois Roi de France, je vous ferois sortir de votre Germigni, et vous enverrois dans l'île de Pathmos faire une nouvelle Apocalypse... Parmi la foule d'anecdotes, vraies ou fausses, dont on a chargé les commentaires qu'on a faits sur le portrait que nous a fourni la Bruyère, nous nous bornerons à en rapporter encore quelques-unes. Quoique Santeul ait été souvent pressé de se faire ordonner prêtre, il n'a jamais été que sous-diacre. Cela ne l'empêcha pas de prêcher dans un village, un jour que le prédicateur n'avoit pu s'y trouver. A peine fut-il monté en chaire, qu'il perdit son sujet de vue, et se brouilla; il se retira, en disant: J'avois encore bien des choses à vous dire; mais il est inutile de vous prêcher davantage, vous n'en devrendrez pas meilleurs... Santeul fit un jour des vers pour un écolier, et celui-ci demandant à qui il avoit tant d'obligation, le Victorin répondit : *Si on le demande qui a fait ces vers, tu n'as qu'à dire que c'est le diable.* Voici le sujet sur lequel travail-loit l'écolier. Un jeune enfant, fils d'un boucher, prend dans un mouvement de colère un couteau, et égorge son cadet; la mère, en furie, le jette dans une chaudière d'eau bouillante. Hors d'elle-même, elle se pend; et le père, saisi d'horreur de ce spectacle, en meurt de douleur. Il s'agissoit d'exprimer cette affreuse aventure en peu de vers. *Santeul* la rendit ainsi : *Alter cum puero, mater conjuncta marito,* *Cultello, lymphâ, fune, dofore cadunt.* *Santeul* n'attendoit pas qu'on louât ses vers; il en étoit toujours le premier admirateur. Il disoit, que « quoiqu'il n'y eût point de salut hors de l'Église pour personne, il étoit excepté de cette règle, parce qu'il étoit obligé d'en sortir pour faire le sien, y entendant ses *Hymnes* avec trop de complaisance. » *Boileau*, témoin des contorsions et des grimaces qu'il faisoit lorsqu'il déclamoit ses hymnes, fit un jour cette épigramme : *A voir de quel air effroyable,* *Roulant les yeux, tordant les mains,* *Santeul nous lit ses Hymnes vains ;* *Diroit-on pas que c'est le Diable* *Que Dieu force à louer les Saints ?* Etant à Port - Royal, où l'on chantoit ses hymnes, un paysan à côté de lui ne chantoit pas, mais beugloit. *Tais-toi*, lui dit *Santeul*, *tais-toi*, *bœuf ! laisse chanter les Anges...* Ce poète répétoit souvent, dans son enthousiasme : *Je ne suis qu'un atome, je ne suis rien; mais si je savais avoir fait un mauvais vers, j'irois* *tout-à-l'heure me pendre à la Greve.* [ *Voy. III. PERRIER, et II. RAPIN.* ] Quelques-uns de ses rivaux ont prétendu néanmoins que l'invention de ses poésies n'étoit point riche; que l'ordre y manquoit; que le fonds en étoit sec, le style quelquefois rampant; qu'il y avoit beaucoup d'antithèses puériles, de gallicismes, et sur-tout une endure insupportable. Mais cette censure est trop forte. Quoiqu'il n'ait pas toujours dans ses vers héroïques, la richesse de l'expression et du coloris de *Rollin* et de *Commire*, et qu'il ait quelques vers durs et des mots inconnus aux anciens, on peut assurer qu'en général sa poésie est riante, naturelle, brillante. Il est vraiment poète, suivant toute la signification de ce mot. Ses vers se font admirer par la noblesse et l'élévation des sentimens, par la hardiesse et la beauté de l'imagination, par la vivacité des pensées, par l'énergie et la force de l'expression. *Voyez COFFIN, et RABUSSON.* Il a fait des poésies profanes et des Poésies sacrées. Les premières renferment des inscriptions, des épigrammes, et d'autres pièces d'une plus grande étendue. Les secondes consistent dans un grand nombre d'*Hymnes*, dont quelques-unes renferment de beaux élans de poésie. Cependant un homme d'esprit et de goût fait une critique d'un de ses plus beaux ouvrages en ce genre, qu'on pourroit appliquer à quelques autres de ses *Hymnes* plus remplies d'esprit et d'imagination que d'onction et de sentiment. Il trouve la première strophe de *STUPETE, GENTES !* chargée d'antithèses qui se succèdent de trop près. Ni *Horace*, ni *Pindare* n'ont aucune strophe qui soit dans ce goût. Mais ces poètes trouvoient dans la mythologie antique, des images que notre religion interdisoit à *Santéul*; et il est difficile de n'être pas frappé, dans cette même *hymne* critiquée, de ce magnifique début d'un *Dieu devenu victime*, d'un *Légis-lateur soumis à la loi*. Plusieurs de ses pièces ont été mises en vers françois. Ces traductions ont été recueillies dans l'édition de ses Œuvres, en 3 vol. in-12, Paris, 1729, sous ce titre : *Joannis Baptiste SANTOLII, Victorini, Operum omnium editio tertia, in qua reliqua Opera nondum conjunctim edita reperiuntur; apud fratres Barbou, vid Jacobed, sub signo Ciconiarum; cum notis, curd Andreae Francisci Bilhard, Magistri in artibus Universitatis Parisiensis*. Ses *Hymnes* forment un 4$^{e}$ volume in-12. Celles-ci ont été traduites en françois, par M. l'abbé *Poupin*, 1760, in-12. On a publié, sous le titre de *Santoliana*, ses aventures et ses bons mots. Ce recueil est de la *Monnoye*.
II. SANTEUL, (Claude) frère du précédent, né à Paris en 1628, et mort dans cette ville le 29 septembre 1684, à 57 ans, demeura long-temps au séminaire de Saint-Magloire, en qualité d'ecclésiastique séculier, ce qui lui fit donner le nom de *Santolius Magloriamus*; et se fit autant estimer par ses talens pour la poésie, que par son érudition et sa piété exemplaire. Il étoit aussi doux que son frère étoit impétueux. On a de lui de belles *Hymnes*, qu'on conserve en manuscrit dans sa famille, en 2 vol. in-4$^{o}$; et une bonne *Piece* de vers, imprimée avec les ouvrages de son frère.
III. SANTEUL, (Claude) par- rent des précédents, marchand et échevin à Paris, mort vers 1729, a fait des *Hymnes*, imprimées à Paris, 1723, in-8$^{o}$. Si la facilité de faire des vers latins étoit héréditaire dans cette famille, le génie ne l'étoit point : car les poésies de l'échevin n'ont ni la verve, ni l'enthousiasme de celles du chanoine de Saint-Victor.
SANTIS, *Voyez DOMINICO*.
SANTORINI, (Jean-Dominique) professeur en médecine, et démonstrateur d'anatomie à Venise, s'est distingué au commencement du XVIII$^{e}$ siècle par ses découvertes anatomiques. Il a poussé ses recherches, surtout sur les muscles, à un point auquel les plus habiles anatomistes n'ont pu atteindre. Ses ouvrages sont : I. *Opuscula medica de structura et motu fibræ, de nutritione animali*, etc. Venise, 1740, in-8$^{o}$. II. *Observationes medicæ*, Venise, 1724, in-4$^{o}$; Leyde, 1739, in-4$^{o}$, avec figures. *Holler*, qui parle avec éloge de *Santorini*, appelle ces observations, *minutas, doctus et divites*.
SANTORIUS ou SANCTORIUS, professeur de médecine dans l'université de Padoue, né à Capo d'Istria en 1561. Après avoir longtemps étudié la nature, il reconnut que le superflu des aliments, étant retenu dans le corps, produisait une foule de maladies. La transpiration par les pores lui parut le plus grand remède que la médecine pût employer dans ces occasions. C'est ce qui l'engagea à faire des expériences, pour convaincre les esprits de cette vérité. Il se mettait dans une balance, après avoir pesé les aliments qu'il prenoit : et par ce moyen, il tâcha de parvenir à déterminer le poids et la quantité de la transpiration insensible. Son système ne se vérifie point aussi généralement qu'il a voulu le persuader, parce que la diversité des climats et des températures des saisons, des aliments, différencie extrêmement la transpiration insensible; et par-là les conséquences qu'il tire de ses observations, ne sont pas toujours exactes. Ce fut à ce sujet qu'il composa son petit traité, intitulé: de Medicinal statica Aphorismi, à Venise, 1634, in-16. L'édition donnée par Noguez, en 1725, 2 vol. in-12, avec les Commentaires de Lister et de Baglivi, est la meilleure. On estime aussi celle de 1770, in-12, par M. Lorry. Cet ouvrage intéressant est tout fondé sur l'expérience. Il a été traduit en françois par le Breton, sous ce titre: la Médecine statique de Sanctorius, ou l'Art de conserver la santé par la transpiration; et imprimé à Paris en 1722, in-12. On a encore de ce médecin: Methodus vitandorum errorum qui in Arte medicæ contingunt, etc à Venise, 1630, in-4. Cet estimable auteur mourut à Venise en 1636, à 75 ans, après avoir légué un revenu considérable au collège des médecins de Venise, qui, par reconnaissance, fait prononcer tous les ans un discours à sa louange.
SANTRITTER, (Jean-Lucile) savant Vénitien, prit le nom d'Hippodamas, et leva l'une des premières imprimeries dans sa patrie. Les éditions qu'il publia remontent à 1480. Santritter fut tout-à-la fois mathématicien, astronome et poète. Il a publié divers opus.
SANUTI, (Marin) fils d'un sénateur de Venise, fut chargé d'affaires importantes dans sa république, et s'en acquitta avec honneur. Ses principaux ouvrages sont: I. Une Histoire des Magistrats Vénitiens, en latin. II. Une histoire ou relation de Bello Gallica, en latin et en italien. III. Les Vies des Doges de Venise, depuis 421 jusqu'en 1493. Cet ouvrage, qui est fort considérable, se trouve dans le XXIIe tome de la Collection de Muratori, qui fait cas de cet écrivain. Il mourut vers le commencement du XVIe siècle.
SANUTO, (Marin) Vénitien, après plusieurs voyages dans la Palestine et dans l'Orient, présenta au pape Jean XXII, en 1321, quatre Cartes géographiques, l'une de la mer Méditerranée, la seconde de la terre et de la mer, la troisième de la Terre-sainte, et la quatrième de l'Égypte. Il présenta en même temps un ouvrage intitulé: Liber secretorum fidelium Crucis super Terræ-sanctæ recuperatione et conservatione. Il y expose les motifs et la manière de conquérir la Terre-sainte, et fait une description de ce pays. Il étoit zélé pour le recouvrement de ces provinces si chères aux Chrétiens. On a encore les Lettres qu'il a écrites à ce sujet à plusieurs potentats. Elles sont pleines d'un zèle vif pour la réunion des Grecs avec l'église de Rome, et intéressantes pour l'histoire de ce temps. Voyez FLEURY, liv. 92 et 93.
SANZ, (N.) Dominicain Espagnol, se consacra aux missions, arriva à la Chine en 1715, et y prêcha l'Évangile pendant 15 ans. Il fut fait évêque de Mauricastre, puis élu vicaire apostolique pour la province de Fokien. L'empereur ayant hanni les missionnaires en 1732, le P. Sanz se retira à Ma- cao; il sortit de sa retraite en 1738, et travailla de nouveau avec beaucoup de zèle. Il fut arrêté par ordre du vice-roi avec quatre autres Dominicains; ils furent maltraités d'une manière inouïe, et condamnés à perdre la tête. L'évêque fut exécuté le 26 mai 1747. *Benolt XIV* fit un discours touchant sur sa mort courageuse, dans un consistoire tenu le 16 septembre 1748.
SAPHIRA. *Voy*. RHINSAULD.
SAPHO, de Mitylène, ville de l'île de Lesbos, excella dans la poésie lyrique. La beauté de son génie la fit surnommer la *dixième Muse*. Ses concitoyens ne crurent pouvoir mieux marquer leur admiration, qu'en faisant graver son image sur leur monnoie. On a beaucoup célébré la délicatesse, la douceur, l'harmonie, la tendresse et les graces infinies de ses vers. D'un assez grand nombre de pièces qu'elle avoit composées, il ne nous en reste que deux, qu'on imprime ordinairement avec les *Poésies d'Anacréon*; et qui l'ont été séparément, à Londres, 1733, in-4°, avec les notes de *Christian Wolffus*. Ces morceaux ne démentent point les éloges qu'on lui a donnés. Ceux à qui le grec n'est pas familier, peuvent juger de la beauté de l'original, par la belle Traduction d'une de ces pièces, donnée par *Despréaux* (Traité du Sublime: ) *Heureux qui, près de toi, pour toi seule soupire*, etc. On lui reproche d'avoir été trop libre dans ses mœurs et dans sa poésie. On rapporte qu'ayant trouvé dans *Phaon*, jeune homme de Lesbos, une opiniâtre résistance à ses désirs, elle se précipita dans la mer, du haut du promontoire de Leucade, dans l'Acarnanie. Elle avoit été mariée à *Cereale*, riche habitant de l'Île d'Andros. C'est de *Sapho* que le vers Saphique a tiré son nom. Elle florissoit vers l'an 600 avant J. C. (*Voyez le Parnasse des Dames*, par *Sauvigny*.) I. SAPOR I$^{er}$, roi de Perse, successeur d'*Artaxerces* son père, l'an 238 de J. C., ravagea la Mésopotamie, la Syrie, la Cilicie, et diverses autres provinces de l'empire Romain; et sans la vigoureuse résistance d'*Odenat*, capitaine, puis roi des Palmyréniens, il se seroit rendu maître de tout l'Orient. L'empereur *Gordien le jeune* le contraignit de se retirer dans ses états; mais *Philippe* qui se mit sur le trône impérial après avoir assassiné *Gordien*, en 244, fit la paix avec *Sapor*. L'empereur *Valérien* sous lequel il recommença ses hostilités, marcha contre lui et eut le malheur d'être vaincu et fait prisonnier l'an 260. Le féroce vainqueur le traita avec la plus grande cruauté. [*Voyez VALÉRIEN*.] *Odenat*, instruit de ses barbaries, joignit ses forces à celles des Romains, reprit la Mésopotamie, Nisibe, Carrhes et plusieurs autres places sur *Sapor*, qu'il mit en fuite. Il poursuivit son armée, la taille en pièces, enleva ses femmes et son trésor, et le poursuivit lui-même jusque sous les murs de Ctesiphon. *Sapor* ne survécut guère à cette défaite. Il fut assassiné par les Satrapes en 269, après un règne de 32 ans, laissant une mémoire odieuse.
II. SAPOR II, roi de Perse, et fils posthume d'*Hormisdas II*, fut déclaré en 310, son successeur avant que de naître. Il fit des courses dans l'empire Romain, et prit la ville d'Amide en 359. Après avoir defait l'armée Romaine, il Inscita une horrible persécution contre les Chrétiens. Les Mages et les Païens lui persuadèrent qu'ils étoient ennemis de l'état ; et sous ce prétexte, il abandonna ces innocentes victimes à leur cruauté. Cependant ce barbare faisoit toujours des incursions sur les provinces de l'empire Romain. Constance arrêta ses progrès. Julien le poursuivit jusque dans le centre de ses états ; mais Joven fut obligé, en faisant la paix avec lui, de lui laisser Nisibe et plusieurs autres villes. Le roi de Perse renouvela la guerre en 370, se jeta dans l'Arménie et défit l'empereur Valens ; enfin il mourut sous l'empire de Gratien en 380, redouté et détesté.
III. SAPOR III, fils du précédent, succéda en 384, à son oncle Artaxerces, roi après Sapor II. Il n'eut ni la barbarie, ni la prospérité de ses prédécesseurs, et fut obligé d'envoyer des ambassadeurs à Théodose le Grand pour lui demander la paix. Ce prince mourut en 389, après 5 ans et 4 mois de règne.
SAPRICE, Voyez I. NICE-PHORE. I. SARA, étoit nièce d'Abraham ; son oncle l'épousa à l'âge de 20 ans. Sa beauté extraordinaire l'exposa à être déshonorée par deux rois puissans, l'un d'Égypte, l'autre des Philistins ; mais Dieu la protégea, et ne permit pas que ces deux ravisseurs lui fissent le moindre outrage. Dieu ayant envoyé trois Anges sous la forme d'hommes à Abraham, pour lui renouveler ses promesses, ils lui dirent que Sara auroit un fils ; cette promesse s'accomplit, quoiqu'elle fût âgée de 90 ans, et elle mit au monde Isaac. Sa mort arriva quelques années après la fameuse épreuve que Dieu fit de la foi d'Abraham, en lui commandant d'immoler son fils unique. Elle étoit âgée de 127 ans. Abraham l'enterra dans un champ qu'il avoit acheté d'Ephron l'Amor-héen, à Arbée, où depuis fut bâtie la ville d'Hébron. Il y avoit dans ce champ une caverne, dont il fit un sépulcre pour lui et sa famille. Nous finirons cet article par les observations de D. Calmet, sur la conduite d'Abraham et de Sara auprès des rois d'Égypte et des Philistins. Abraham, dit ce commentateur, sembloit exposer Sara à l'adultère, et Sara paraissoit y consentir en prenant le titre de sœur et non de femme d'Abraham. On a de la peine à les justifier. On croit y voir du mensonge, du déguisement, et une trop grande facilité dans Abraham d'exposer la pudeur de son épouse, et dans Sara d'y consentir. Origène dit, que ce patriarche non seulement fit un mensonge, mais même qu'il trahit et abandonna la chasteté de son épouse. Fauste le Manichéen, appelle Abraham un infâme marchand de la pudeur de sa femme, qu'il vend à deux rois pour satisfaire son avarice. S. Chrysostome, en tâchant d'excuser Abraham et Sara, convient néanmoins que ce patriarche exposa Sara à commettre un adultère, et que Sara consentit à s'exposer à ce danger. S. Augustin a été plus indulgent ; il fait l'apologie d'Abraham, en disant, 1° qu'il ne mentit point, lorsqu'il dit que Sara étoit sa sœur ; elle l'étoit en effet. Il fut seulement une vérité qu'il n'étoit pas obligé de découvrir : 2° exposé à la fois à deux dangers, l'un de perdre la vie, et l'autre de voir enlever sa femme; de deux maux il choisit le moindre, laissant à la Providence le soin de conserver l'honneur de son épouse, et sachant d'ailleurs qu'étant aussi vertueuse qu'elle l'étoit, si elle souffroit quelque atteinte à sa chasteté, sa volonté n'y auroit aucune part; et que l'adultère étant très-involontaire de la part de l'épouse et de l'époux, il seroit aussi sans crime et sans infamie. Cette apologie n'a pas plu à *Bayle*; et l'on a trouvé un peu extraordinaire qu'un auteur souvent aussi licencieux que l'*Aré-tin* dans ses expressions, fût plus rigoureux qu'un Père de l'église dans ses jugemens.
II. SARA, fille de *Baguël* et d'*Anne*, de la tribu de *Nephilali*, avoit été mariée successivement à sept maris, qu'un Démon avoit tués l'un après l'autre aussitôt qu'ils avoient voulu la toucher. Elle épousa *Tobie* à qui elle avoit été réservée, et que Dieu préserva. Elle en eut plusieurs fils et plusieurs filles.
SARASA, (Antoine Alphonse de) jésuite, né à Nieuport en 1618, de parens Espagnols, et mort à Anvers en 1667, est auteur d'un ouvrage traduit en françois sous ce titre: l'*Art de se tranquilliser dans tous les évenemens de la vie*, Strasbourg, 1752, in-8.º; l'original, à Cologne, en 1676, in-4.º, sous le titre d'*Ars semper gaudendi*. On prétend que *Leibniz* y puisa l'idée de son meilleur Monde. I. SARASIN, (Jean-François) né en 1604 à Hermanville sur la mer, dans le voisinage de Caen, avoit une imagination brillante, et travailloit avec beaucoup de facilité. Il n'étoit jamais déplacé: le tendre, le galant, l'agréable, l'enjoué, le sérieux, lui convénoient également. Toujours intéressant, il étoit recherché des dames, des gens de lettres, et des personnes de cour. *Sarasin* étoit secrétaire et favori du prince de *Conti*. Le maire et les échevins d'une ville étant venus pour haranguer le prince, l'orateur resta court à la seconde période, sans pouvoir continuer son compliment. *Sarasin* saute aussitôt du carrosse où il étoit avec le prince de *Conti*, se joint au harangueur et poursuit la harangue, l'assaisonnant de plaisanteries si fines et si délicates, et y mêlant un style si original, que le prince ne put s'empêcher de rire. Le maire et les échevins remercièrent *Sarasin* de tout leur cœur, et lui présentèrent par reconnoissance le vin de la ville. Ce poète s'étant mêlé d'une affaire qui déplut au prince de *Conti*, il encourut sa disgrace. On prétend qu'il en mourut de chagrin à Pézenas en 1654, à 51 ans. *Pellisson*, son ami, passant par cette ville quatre ans après sa mort, se transporta sur sa tombe, l'arrosa de ses larmes; lui fit faire un service, fonda un anniversaire, tout Protestant qu'il étoit alors, et célébra ses talens dans cette Épitaphe: *Pour écrire en styles divers,* *Ce rare esprit surpassa tous les autres.* *Je n'en dis pas plus: car ses vers *Sarasin* avoit épousé une femme d'une humeur insupportable, et dont il se sépara: aussi demandoit-il souvent si on ne trouveroit jamais le se ret de perpétuer le monde sans femme. Le métier de bel esprit le fatiguait quelquefois: « J'envie, disoit-il, le sort de mon procureur, qui fait for- time, et commence toutes ses lettres par ces mots : *J'ai reçu l'honneur de la vôtre*, sans que personne y trouve à redire. » On a de *Sarasin* des *Odes*, parmi lesquelles on distingue celles sur la bataille de Lens et sur la prise de Dunkerque ; des *Eglogues*, des *Elégies*, des *Stances*, des *Sonnets*, des *Epigrammes*, des *Vaudevilles*, des *Chansons*, des *Madrigaux*, des *Lettres* ; un poème en quatre chants, intitulé : la *Défaite des bouts rimés*. On a aussi de lui quelques ouvrages mêlés de prose et de vers, comme la *Pompe funèbre de Voiture* : production qu'on a beaucoup vantée autrefois, et qui ne paroît aujourd'hui qu'un mélange bizarre de latin, d'espagnol, d'italien, de françois moderne et de vieux françois. En général il y a de la facilité dans ses poésies, et quelquefois de la délicatesse ; mais elles manquent de correction, de goût et de décence. Quelques-unes de ses pièces, telles que le *Directeur*, l'*Epigramme sur le Curé*, etc. sentent la debauche. Ses fragmens de grande poésie, cités par M. Clément dans ses *Lettres à Voltaire* et dans le *Journal François*, offrent de vraies beautés, et respirent le bon goût de l'antique ; mais ce ne sont que des fragmens, et ces pièces dans leur totalité ne sont pas parfaites. *Despréaux* jugeoit bien de ce poète, lorsqu'il disoit que *Sarasin* avoit en lui la matière d'un excellent esprit, mais que la forme n'y étoit pas. Ses ouvrages en prose sont : I. *L'Histoire de la Conspiration de Walstein* ; production chargée d'antithèses et pleine d'esprit, mais dénuée de cette simplicité noble, qui est le premier ornement du genre historique. II. *Un Traité du nom et du jeu des Echecs*, dans lequel on trouve des recherches. III. *Histoire du siège de Dunkerque par Louis de Bourbon, prince de Condé*. Ses *Œuvres* furent recueillies par *Ménage*, en 1656, Paris, in-4°, et 1685, 2 vol. in-12. Le Discours préliminaire est de *Pellisson* : *Voyez son article, à la fin*.
II. SARASIN, *Voyez SARASIN*.
SARAVIA, (Adrien) né à Hesdin en Artois, vers l'an 1530, ministre Protestant et professeur à Leyde, entra dans la conspiration qui devoit livrer cette ville à *Robert de Leicester*. Il se sauva en Angleterre, où il fut nommé à un canonicat de Cantorbéri. Il y mourut en 1612. Ses ouvrages réunis en un vol. in-fol. imprimé en 1611, ont pour titre : *Diversi Tractatus Theologici. Pierre Burman* représente *Saravia* comme un homme inconstant, avare et ambitieux.
SARAZIN, (Jacques) sculpteur, né à Noyon en 1598, se rendit à Paris, et ensuite à Rome, pour se perfectionner dans son art. Ce maître se distingua aussi dans la peinture. De retour en France, il décora plusieurs églises de Paris, des fruits de sa palette et de son ciseau. Parmi le grand nombre d'ouvrages qu'il a faits pour Versailles, nous ne citerons que le magnifique groupe de *Remus* et de *Romulus*, allaités par une chèvre. C'est encore ce célèbre artiste qui fit le groupe si estimé qu'on voit à Marly, lequel représente deux enfans qui jouent avec une chèvre. *Sarazin* mourut à Paris le 4 décembre 1660, à 62 ans. *Voy. GOUION*.
SARBIEWSKI, (Matthias-Casimir) *Sarbievius*, né dans le duché de Masovie en 1595, de parens illustres, se fit jésuite en 1612. Envoyé à Rome, il s'y livra à l'étude des antiquités et à la poésie. Quelques Odes latines qu'il présenta à *Urbain VIII*, lui méritèrent l'honneur d'être choisi pour corriger les Hymnes que le Saint-Père vouloit employer dans le nouveau Bréviaire qu'il faisoit faire. De retour en Pologne, *Sarbiewski* professa successivement les humanités, la philosophie et la théologie à Wilna. Quand il s'y fit recevoir docteur, *Ladislas V*, roi de Pologne, qui y assistoit, tira l'anneau qu'il avoit au doigt pour le lui donner, et le choisit peu de temps après pour son prédicateur. Ce prince prenoit tant de plaisir à sa conversation, qu'il le mettoit de tous ses voyages. Ce jésuite mourut en 1640, à 45 ans. Il avoit fait une étude particulière des poètes latins. On assure qu'il avoit lu *Virgile* 60 fois, et les autres plus de 30. Nous avons de lui un recueil de *Poésies latines*. On en a donné une édition élégante, à Paris, chez *Barbou*, en 1759, in-12. On y trouve 1v livres d'*Odes*, un livre d'*Epodes*, un de *Vers Dithyrambiques*, un autre de *Poésies diverses*, et un d'*Epigrammes*. On estime surtout les vers lyriques, quoiqu'on y trouve quelquefois des figures gigantesques, des écarts ridicules, et que le style n'en soit pas toujours correct : mais il a de la chaleur et de l'élévation. Ses *Epigrammes* sont sans sel, et ses vers *Dithyrambiques* manquent de goût et d'élégance. L'auteur avoit commencé un Poème épique, qu'il avoit intitulé l'*Eschade*, et qu'il avoit déjà distri- distribué en 12 livres comme l'*Enéide*, mais il n'eut pas le temps de l'achever.
SARCER, (Erasme) théologien Luthérien, né à Anneberg en Saxe l'an 1501, et mort en 1559, à 58 ans, fut surintendant et ministre de plusieurs églises. On a de lui : I. Des *Commentaires* sur une partie de l'Ancien Testament. II. Un *Corps du Droit Matrimonial*, et plusieurs autres écrits. *Guillaume SARCER* son fils, pasteur à Islèbe, et *Reinier SARCER*, recteur à Utrecht, mort en 1597, à 57 ans, auteurs l'un et l'autre de quelques ouvrages oubliés, doivent être distingués d'*Erasme Sarcer*.
SARDANAPALE, fameux roi d'Assyrie, est, selon quelques-uns, le même prince que *Phul*, dont il est parlé dans l'Écriture-sainte. Son nom est encore consacré pour caractériser les princes uniquement occupés de leurs plaisirs. *Arbaces*, gouverneur de Médie, ayant vu *Sardanapale* dans son palais, au milieu d'une troupe d'eunuques et de femmes débauchées, habillé et paré lui-même comme une courtisane, tenant une quenouille entre ses mains, fut si indigné de cet infâme spectacle, qu'il forma contre lui une conspiration. *Bélésis*, gouverneur de Babylone, et beaucoup d'autres avec lui, entrèrent dans ses vues. Le roi, obligé de prendre les armes, remporta d'abord quelques avantages sur les rebelles ; il fut enfin vaincu, et se sauva dans Ninive, qui fut bientôt assiégée par les révoltés. Dans ce même temps, les débordemens du Tigre renversèrent une partie des murs de cette ville. *Sardanapale*, réduit à la dernière extrémité, extrémité, s'enferma dans son palais, et fit élever un grand bûcher, où il se précipita avec ses femmes, ses eunuques et ses trésors, vers l'an 770 avant J. C., après un règne de 20 années. Le royaume d'Assyrie perdit tout son éclat sous ce prince. Cette décadence fut produite non-seulement par sa mollesse et sa négligence; mais encore par le pouvoir trop étendu qu'il donnoit aux gouverneurs sur les grandes provinces. Ces gouverneurs devinrent d'autant plus facilement les maîtres, que les monarques Assyriens, au lieu de s'exercer à l'art militaire et de soutenir leur autorité par eux-mêmes, remettoient les rênes de l'empire à des ministres, pour s'endormir dans une oisiveté voluptueuse. Voilà à - peu - près ce que les anciens racontent de Sardanapale; mais quelques savans révoquent en doute les circonstances de l'histoire de ce prince. On trouve, dans les Observationes Hallenses, une Dissertation en son honneur, intitulée: Apologia Sardanapali; cette Apologie ne doit pas plus faire d'impression sur les gens sensés, que l'Eloge de l'ivresse ou de la fièvre. Des débris de l'empire de Sardanapale, se formèrent les royaumes de Médie, de Ninive et de Babylone.
SARGET, (Pierre) religieux Augustin, né à Lyon, publia au commencement du XVIe siècle quelques écrits: I. L'Abrégé des temps, traduction du Fasciculus temporum. II. Le Miroir de la vie humaine, traduction de l'ouvrage espagnol de Bodéric, évêque de Zamora. III. Les Fleurs des temps passés. IV. Bélial. C'est un procès curieux entre Dieu et le Dieble, pour savoir à qui appartiendra la souveraineté du monde. On y trouve des témoins, des arbitres, et toutes les formes judiciaires du temps. L'auteur du poème de la Christie paroit avoir employé plusieurs idées de ce singulier ouvrage.
SARISBERI, SALISBERI ou SALISBURI, (Jean de) Sarisberien-sis, né en Angleterre vers l'an 1110, vint en France à l'âge de 16 à 17 ans. Le roi son maître l'envoya à la cour du pape Eugène III, pour ménager les affaires d'Angleterre. Rappelé dans son pays, il reçut de grandes marques d'estime de Thomas Becquet, grand chancelier du royaume. Ce ministre ayant été fait archevêque de Cantorberi, Jean le suivit et l'accompagna dans tous ses voyages. Lorsque ce prélat fut assassiné dans son église l'an 1170, Sarisberi, voulant parer un coup qu'un des assassins portoit sur la tête du prélat, le reçut sur le bras. Quelques années après, il fut élu évêque de Chartres, s'y acquit une grande réputation par sa vertu et par sa science, et y mourut l'an 1182, âgé d'environ 71 ans. C'étoit un des plus beaux esprits de son siècle. Il nous reste de lui plusieurs ouvrages. Le principal est un Traité intitulé: Polycraicus, sivè de nugis Curialium et vestigiis Philosophorum, à Leyde, 1639, in-8.º Cet ouvrage fut traduit en françois l'année suivante, in-4.º, par Mezeray, sous le titre de Vanités de la Cour. On y trouve beaucoup de lieux communs sur les grands. Les réflexions de l'auteur, aujourd'hui triviales, durent plaire beaucoup de son temps. Voyez V. ADRIEN.
SARNELLI, ( Pompée ) né à Polignano dans le royaume de Naples, en 1649, mort en 1720, devint évêque de Biseglia, et a publié quelques ouvrages estimés sur les antiquités ecclésiastiques. Les principaux ont pour titre : I. *De la vie commune des Clercs*, 1688. II. *Lettres Ecclésiastiques*, 3 vol. in-4.
SARNO, *Voyez COPPOLA*.
SARPEDON, roi de Lycie, fils de Jupiter, et de Laodamie fille de Bellerophon, se distingua au siège de Troye, où il porta du secours à Priam, et fut tué par Patrocle. Les Troyens, après avoir brûlé son corps par ordre de Jupiter, en gardèrent précieusement la cendre.
SARPI, ( Pierre-Paul ) connu sous le nom de *FRA-PAOLO*, ou de *PAUL de Venise*, naquit dans cette ville le 14 août 1552. Un religieux Servite, charmé de la pénétration et de la facilité de son esprit, le fit entrer dans son ordre en 1564. Sa réputation se répandit bientôt dans toute l'Italie : les papes, les cardinaux, les princes, lui donnèrent des marques de leur estime. On étoit surpris qu'un jeune homme foible et délicat, pût savoir tant de choses dans un âge si peu avancé. Outre qu'il possédoit les langues, les mathématiques, la philosophie et la théologie, il avoit fait de grands progrès dans la médecine et dans l'anatomie. Quelques auteurs ont prétendu qu'il avoit découvert le premier la circulation du sang. Son mérite le fit élever aux principales charges de son ordre, comme à celle de provincial, qu'on lui confia en 1779, quoiqu'il n'eût que 27 ans. Les querelles de la république de Venise avec le pape *Paul V*, suscitèrent des affaires extrêmement fâcheuses au père Sarpi, qui étoit alors le théologien et le conseil des Vénitiens. Le pape lui ordonna en 1606, de venir à Rome, et sur son refus il l'excommunia. Ce coup n'étonna pas ce moine citoyen, qui soutint vigoureusement les droits de sa patrie, de vive voix et par écrit. Il fut un jour attaqué sur le pont de Saint-Marc par cinq assassins, qui le percèrent de trois coups de stylet, et s'enfuirent dans une barque à dix rames qui leur étoit préparée. Un assassinat si bien concerté, la fuite des meurtriers assurée avec tant de précaution, tout marquait évidemment qu'ils avoient obéi aux ordres de quelques hommes puissants. La république porta alors de rigoureuses peines contre ceux qui attente- roient à sa vie. Elle le perdit le 14 janvier 1623, à 71 ans. Le peuple, extrêmement passionné contre la cour Romaine, fit des vœux sur son tombeau comme sur celui d'un saint. Ses mœurs étoient pures, comme l'assurent divers biographes ; sa doctrine l'étoit bien moins. Quand on ne seroit pas convaincu par ses propres lettres, qu'il cachoit, sous son habit de Servite, la façon de penser des ministres de Genève, on le soupçonneroit facilement, par la lecture de son *Histoire du Concile de Trente*, où il ne garde aucune mesure. Le P. le Courayer, son traducteur, avoue que Sarpi étoit catholique en gros et protestant en détail. « Il observoit, ajoute-t-il, de la religion romaine, tout ce qu'il en pouvoit pratiquer. Il s'asservissoit sans répugnance à l'autorité de l'église, dans toutes les choses de discipline ; mais il désiroit aussi qu'on les rectifiât. Dans les choses dont il croyoit pouvoir se dispenser, il avoit soin de ne point scandaliser les foibles. Il regardoit la réformation comme le seul moyen d'abaisser Rome, et l'abaissement de Rome comme l'unique voie de faire refleurir la pureté de la religion. On ne l'a donc point calomnié, lorsqu'on a dit qu'il étoit calviniste au fond du cœur. Personne n'a développé avec plus d'art et de sagacité les intrigues de la cour de Rome, que l'historien du concile de Trente; mais en décriant cette cour, il devoit respecter l'autorité des pontifes. » La meilleure édition de l'original de cette Histoire, en italien, est celle de Londres, 1619, in-folio; et en latin, 1620, in-fol., de la version d'*Adam Newton*, Ecossois. La traduction françoise du *P. le Courayer*, est de 1736, en 2 vol. in-4°, réimprimés en 3, et il y a ajouté des Notes encore plus hardies que le texte. Pour profiter de cet ouvrage curieux, intéressant, et semé d'anecdotes recherchées, il faut lire en même temps l'Histoire du même concile par le cardinal *Pallavicini*. Cet auteur reproche à *Sarpi* plus de 360 erreurs dans les dates, dans les noms et dans les faits. Ils sont à la vérité d'accord pour l'essentiel; mais la manière dont ils présentent les événements est bien différente. Quoi qu'il en soit, le talent des deux historiens est plus différent encore. L'histoire de *Fra-Paolo* est, à l'égard de l'ordre, un modèle qu'on ne peut trop étudier et méditer: c'est le jugement qu'en porte l'abbé de *Mably*. « Il s'agit, dit-il, de développer la politique tortueuse de la cour de Rome, les intrigues des légats, la servitude des évêques ultramontains. Il s'agit de faire haranguer des théolo- giens dont la scholastique épouvante les oreilles et la raison. Il s'agit de peindre l'obstination des novateurs, et de donner une idée des guerres fatales qui continuent, et des états qui craignent ou désirent les décisions du concile. Voyez avec quel art l'historien arrange et dispose les événements qu'il met sous nos yeux. Voyez avec quelle simplicité tout ce chaos se débrouille; par quelles transitions naturelles l'auteur passe d'un objet à un autre, ne s'appesantit sur aucun, me donne cependant tous les éclaircissements dont j'ai besoin, et me conduit à son dénouement auquel je suis préparé. » On a encore du célèbre *Servite*: I. Un ouvrage traduit par l'abbé de *Marsy*, sous le nom de *Prince de Fra-Paolo*. Cet écrit, extrêmement vanté par les Italiens, fait voir que ce moine entendait bien la politique; mais on est fort étonné de voir un prêtre débiter des maximes dans le goût de celles de *Machiavel*. « S'il se trouve, dit-il, parmi les habitans de Terre-ferme, des chefs de parti, qu'on les extermine; mais s'ils sont puissants, qu'on ne se serve point de la justice ordinaire, et que le poison fasse plutôt l'office du glaive. » Doit-on être surpris qu'on ait attenté sur la vie d'un homme qui donnoit de telles leçons? II. *Considérations sur les censures du Pape Paul V, contre la république de Venise*. III. *Traité de l'Interdit*, traduit en françois. IV. *L'Histoire* particulière des choses passées entre le Pape Paul V et la république de Venise. V. *De Jure Asylorum*. VI. *Traité de l'Inquisition*, 1638, in-4°. VII. *Un Traité des Bénéfices*, estimé, et qui a été traduit en françois, in-12, etc. Ces différens ouvrages, recueillis à Venise en 1677, 6 vol. in-12, donnent une idée avantageuse du génie et des connaissances de *Fra-Paolo*; mais ils laissent de fâcheuses impressions sur son cœur et sur son caractère, pleins d'aigreur et d'impétuosité. On a publié à Venise, en 1766, des Mémoires sur la vie de cet écrivain.
SARRABAT, (Nicolas) jésuite, né à Lyon le 9 février 1698, acquit de la réputation comme physicien et mathématicien. Il découvrit le premier à Nîmes la comète de 1709, et il en instruisit l'académie des sciences. Nommé professeur de mathématiques à l'école de Marseille, il publia deux Mémoires qui furent couronnés par l'académie de Bordeaux. Le premier offre une nouvelle hypothèse sur l'aiguille aimantée; le second a pour objet la *salure de la mer*. *Sarrabat* est mort à Paris en 1737.—Son père, *Daniel Sarrabat*, né à Paris, mourut à Lyon en 1747, âgé de près de 80 ans. Ce fut un peintre qui acquit de la réputation, travailla avec facilité, et embellit de ses ouvrages un grand nombre d'édifices de Lyon. Il se servoit, pour la partie des ornemens, d'un peintre nommé *Pillement*, qui avoit de l'agrément dans ses compositions.
SARRASIN, *Voyez SARASIN*, et SARAZIN. I. SARRASIN, (Antoine et Philibert) furent deux médecins de Lyon qui publièrent, dans le dernier siècle, le premier, un *Traité sur la peste*, qui est recherché, et un *Commentaire sur Dioscoride*; le second, des *Epitres médicinales*. Celui-ci eut une fille nommée *Louise*, qui, au rapport de *Colomiez*, savoit parfaitement à l'âge de 8 ans, l'hébreu et le latin que lui avoit appris son père. Elle épousa *Offredi*, célèbre médecin de Crémone.
II. SARRASIN, (François) natif de Caen, d'abord huguenot, puis catholique, mais toujours ennemi de la présence réelle, attaqua, le 3 août 1670, l'hostie, l'épée à la main, au moment où le prêtre l'élevoit dans l'église de Notre-Dame de Paris. En voulant percer l'hostie immédiatement après la consécration, il blessa de deux coups le prêtre, qui prit la fuite; mais ses blessures ne furent pas dangereuses. Le 5 août, *Sarrasin* fut condamné à faire amende honorable, ayant un écriteau devant et derrière, portant ces mots, *SACRILEGE IMPIE*: on lui coupa le poing, et il fut brûlé vif. Il ne donna aucun signe de repentir ni de regret de mourir. Il n'avoit que 22 ans. C'étoit un jeune insensé que des juges moins sévères auroient envoyé aux petites-maisons. *Voyez la Gazette de France*, 1670, pag. 771 à 796. [Article fourni à l'Imprimeur de Caen.]
III. SARRASIN, (Pierre) naquit à Dijon d'une très-honnête famille. Son goût pour le théâtre l'engagea de bonne heure dans plusieurs sociétés qui en faisoient leur amusement. C'est de ces sociétés que *Sarrasin* passa au théâtre de la comédie Françoise, sans avoir joué ni dans les provinces ni sur aucun théâtre public. Il y débuta en 1729, par le rôle d'*Édipe*, dans la tragédie de ce nom, de *Pierre Corneille*. Le succès de ce début lui mérita les rôles de Rois après la mort du célèbre *Baron*. Il fut gratifié de la pension de 1000 livres en 1756. Allégé l'année suivante d'une ex- tinction de voix, il se retira du théâtre en 1759, avec une pension de 1500 livres. Il mourut en 1763. On se ressouvient encore des larmes qu'il a fait verser dans beaucoup de rôles tragiques, et de l'attendrissement qu'il faisoit éprouver dans les pièces du haut comique: il y jouoit les rôles des Pères. *Voltaire* le mettoit cependant fort au-dessous de *Baron*, et avec raison. Ce poète l'avoit chargé du rôle de *Brutus* dans la tragédie de ce nom. On répétoit la pièce au théâtre. La mollesse de *Sarrasin* dans une invocation au dieu *Mars*, le peu de chaleur et de grandeur qu'il mettoit dans son rôle, impatienta *Voltaire*, qui lui dit: *Songez donc que vous êtes Brutus, le plus ferme de tous les consuls de Rome; et ne parlez pas au dieu Mars, comme si vous disiez*: Ah! mon Patron, faites-moi gagner à la loterie un lot de cent francs.
SARROCHIA, (*Marguerite*) savante Napolitaine, morte à la fin du 17$^{e}$ siècle, employa sa fortune à recevoir avec distinction chez elle, les gens de lettres de sa patrie. Elle avoit des connoissances en théologie, en philosophie et en littérature; mais trop d'amour-propre lui attira des envieux et des ennemis. On lui doit plusieurs épigrammes en vers latins, et un poème en italien, ayant pour titre: *Scanderberg*, roi d'Albanie.
SARRITOR, (*Myth.*) Dieu champêtre, présidoit à cette partie de l'agriculture qui consiste à *sarcler*, et à ôter les mauvaises herbes qui naissent dans les terres ensemencées: de même que *SATOR*, autre Dieu des laboureurs, étoit invoqué dans le temps des *semailles*.
SARTO, (*André del*) peintre Florentin, *Voy. ANDRÉ*, n° IX.
SARTORIUS, *Voyez SCHNEIDER*.
SAS, (*Corneille*) né à Turnhout au quartier d'Anvers, l'an 1593, fut successivement professeur en philosophie à Louvain, chanoine de Malines, et professeur en théologie dans le séminaire de cette ville, et enfin chanoine, officiel et vicaire général d'Ypres. Il mourut le 8 novembre 1656, après s'être distingué également par sa piété et par ses connoissances dans les matières ecclésiastiques. Nous avons de lui: I. Un Traité très-instructif, intitulé: *Écumenicum de singularitate Clericorum, illorumque cum feminis extraneis vetito contubernio, Judicium, Bruxelles*, 1653, in-4.$^{o}$ Il prétend que les ecclésiastiques ne peuvent ni ne doivent prendre de femmes dans leur maison pour les servir, fussent-elles vieilles. II. *Epitome praxeos virtutum theologicarum*, etc. Rome, 1632, in-12.
SASBOUTH, (*Adam*) cordelier, né à Delft en 1516, d'une famille noble et ancienne, mort à Louvain en 1553, étoit savant dans les langues grecque et hébraïque, et dans la théologie. Ses ouvrages ont été imprimés à Cologne en 1568, in-folio. Le plus considérable est un *Commentaire* sur *Isaïe* et sur les *Epitres* de *S. Paul*.
SATURNE, (*Mythol.*) autrement appelé le *TEMPS*, fils du *Ciel* et de *Vesta*, mutila son père d'un coup de faux. Il avoit un frère aîné, appelé *Titan*, qui devoit succéder à son père. Celui-ci s'étant apperçu que sa mère et ses sœurs désiroient que *Saturne* régnât, il lui céda la couronne, à condition qu'il n'éleveroit point d'enfans mâles, et qu'il les dévoreroit aussitôt après leur naissance. Cependant *Rhée* sa femme, trouva moyen de soustraire à sa cruauté *Jupiter*, *Neptune* et *Platon*. *Titan* ayant su que son frère avoit des enfans mâles, contre la foi jurée, arma contre lui, et l'ayant pris avec sa femme, il les enferma dans une étroite prison. *Jupiter*, qu'on élevoit dans l'île de Crète, étant devenu grand, alla au secours de son père, défit *Titan*, rétablit *Saturne* sur le trône, et s'en retourna en Crète. Quelque temps après, *Saturne* ayant appris que *Jupiter* avoit dessein de le détrôner, voulut le prévenir; mais celui-ci en étant averti, se rendit maître de l'empire, et en chassa son père. *Saturne* se retira en Italie, chez *Janus*, où il demeura caché pendant quelque temps: ce qui fit appeler cette contrée *Latium*, de *latere*, se cacher. *Saturne* ayant été associé à l'empire par *Janus*, polica les hommes à demi sauvages, leur inspira la justice et la vertu, et régna avec gloire et avec tranquillité: son règne fut appelé l'âge d'Or par les poètes. S'étant attaché à *Philyre*, il se métamorphosa en cheval pour éviter les reproches de *Rhée* sa femme; elle le surprit avec cette nymphe, de laquelle il eut *Chiron*. On le représente sous la figure d'un vieillard, ayant quatre ailes, tenant une faux, pour exprimer la rapidité du temps, et pour marquer qu'il détruira tout; ou sous la forme d'un serpent qui se mord la queue, comme s'il retournoit d'où il vient, pour montrer le cercle perpétuel et la vicissitude du monde. Quelquefois aussi on lui donne un sablier ou un aviron, pour donner une idée de cette même vicissitude. Les Grecs di- di-soient qu'il avoit mutilé son père et dévoré ses enfans: allégorie qui désignoit que le Temps dévore le passé et le présent, et qu'il dévorera l'avenir. Les Romains lui dédierent un temple, et célébroient en son honneur les fêtes appelées *Saturnales*. Il n'étoit pas permis de traiter d'aucunes affaires pendant ces fêtes, d'exercer aucun art, excepté celui de la cuisine. Toutes les distinctions de rang cessoient alors, au point que les esclaves pouvoient impunément dire à leurs maîtres tout ce qu'ils vouloient, et même railler leurs défauts en leur présence. On a donné le nom de *Saturne* à une des sept planètes... *Voy*. URANUS. I. SATURNIN, (*Publius Sempronius SATURNINUS*) d'une famille ignorée, embrassa le parti des armes, et fut élevé par *Valérien* au rang de général. Devenu célèbre par ses nombreuses victoires sur les Barbares, il fut proclamé empereur vers la fin de l'an 263. Ce héros haranguant ses soldats le jour qu'ils le revêtirent de la pourpre, leur dit: *Compagnons, vous perdrez un assez bon Commandant, pour vous donner un Prince médiocre*. Il continua de se signaler par des actions éclatantes; mais comme il traitoit ses troupes avec sévérité, elles lui ôtèrent la vie vers l'an 267. *Saturnin* étoit un brave homme et un galant homme, d'une conversation agréable, quoiqu'il agit toujours avec gravité; plein de probité et d'honneur, d'une prudence consommée et d'un courage supérieur.
II. SATURNIN, (*Sextus-Julius Saturninus*) Gaulois, cultiva d'abord la littérature et ensuite les armes. Aurélien le regardoit comme le plus expérimenté de ses généraux. Il pacifia les Gaules, délivra l'Afrique du joug des Maures, et rétablit la paix en Egypte. Le peuple d'Alexandrie le salua empereur en 280, la quatrième année du règne de Probus. Il refusa d'abord la pourpre impériale; mais il fut forcé de l'accepter. Probus fit marcher contre lui un corps de troupes qui l'assiégea dans le château d'Apamée, où il fut forcé et tué peu de temps après son élection. Sa mort éteignit entièrement cette révolte passagère. A la gloire d'un grand capitaine, Saturnin joignit l'éloquence d'un orateur et la politique d'un homme d'état.
III. SATURNIN, (S.) premier évêque de Toulouse, appelé vulgairement S. Sernin, fut envoyé avec S. Denys, pour prêcher l'Évangile dans les Gaules, vers l'an 245. Placé sur le siège de Toulouse en 250, il fut illustre par ses vertus, ses lumières et ses miracles, et engendra le plus d'enfants qu'il put à l'église par la semence de la parole divine, et par celle de son sang qu'il répandit sous le fer des bourreaux, l'an 257.
IV. SATURNIN, étoit d'Antioche et disciple de Ménandre. Il supposoit, comme son maître, un Être inconnu aux hommes. Cet Être avoit fait les Anges, les Archanges et les autres natures spirituelles et célestes. Sept des Anges s'étoient soustraits à la puissance du Père de toutes choses, avoient créé le monde et tout ce qu'il contient, sans que Dieu le Père en eût aucune connoissance. Dieu descendit pour voir leur ouvrage, et parut sous une forme visible. Les Anges voulurent la saisir; mais elle s'évanouit. Alors ils tinrent conseil, et dirent : Faisons des êtres sur le modèle de la figure de Dieu. Ils façonnèrent un corps semblable à l'image sous laquelle la Divinité s'étoit offerte à eux. Mais l'homme formé par les Anges ne pouvoit que ramper sur la terre comme un ver. Dieu fut touché de compassion pour son image, et envoya une étincelle de vie qui l'anima. L'homme alors se dressa sur ses pieds, marcha, parla, raisonna, et les Anges formèrent d'autres hommes. Ces Anges créateurs du monde, en avoient partagé l'empire, et y avoient établi des lois. Un de ces sept Esprits créateurs déclara la guerre aux six autres; et c'étoit le Démon ou Satan, qui avoit aussi donné des lois et fait paroître des prophètes. Pour délivrer de la tyrannie des Anges et des Démons les ames humaines, l'Être suprême avoit envoyé son Fils, dont la puissance devoit détruire l'empire du Dieu des Juifs, et sauver les hommes. Ce Fils n'avoit point été soumis à l'empire des Anges, et n'avoit pas été enchaîné dans des organes matériels. Il n'avoit eu qu'un corps fantastique, n'étoit né, n'avoit souffert et n'étoit mort qu'en apparence. Dans les principes de Saturnin, l'homme étoit un être infortuné, l'esclave des Anges, livré par eux au crime et plongé dans le malheur. La vie étoit donc un présent funeste; et le plaisir qui portoit les hommes à faire naître un autre être, étoit un plaisir barbare qu'on devoit s'interdire. Cette loi de continence étoit un des points fondamentaux de l'hérésie de Saturnin; pour l'observer plus sûrement, ses disciples s'abstenoient de vin et de viandes.
SATURNIUS LAZARO-NEUS, auteur du XVIe siècle, né à Bueno, petite ville du Val-Camonica dans le Bressan, composa, sous le titre de Mercure, dix livres d'institutions grammaticales, imprimées à Bâle en 1546, et à Lyon en 1556. C'est un ouvrage bien écrit et plein de bonnes observations sur la langue latine. Laurent Valla, que Paul Jove appelle avec raison le réparateur de l'ancienne Rome, avoit donné en six livres les Elégances de la Langue latine. Cet ouvrage, excellent pour le fond, resserroit dans des bornes trop étroites les lois de la saine latinité. Saturnius s'attacha principalement à remettre ceux qui feroient usage de cette langue, en possession d'une liberté que l'exemple des plus célèbres auteurs de l'antiquité leur assuroit.
SATYRES, ( Mythologie ) espèces de demi-dieux, qui habitoient, selon la Fable, dans les forêts avec les Sylvains, les Faunes et les Pans. On les représentoit sous la figure de monstres moitié hommes et moitié boucs, ayant des cornes sur la tête, le corps velu, avec les pieds et la queue d'un bouc. On les peignoit presque toujours à la suite de Bacchus. Comme les poètes supposoient qu'ils avoient quelque chose de piquant dans leurs jeux et dans leurs railleries, on les plaçoit souvent dans les tableaux avec les Graces, les Amours et Vénus même.
SAVAGE, ( Richard ) fils naturel du comte de Rivers, et de la comtesse de Macelesfield, naquit en 1698. Comme la plupart des fils de l'amour, il eut de l'esprit et une assez mauvaise conduite. Il fut abandonné de ses parens et ne sut pas se conserver des amis. Il finit sa triste destinée en prison, le 1er août 1743, à 46 ans. Ses pièces de théâtre l'avoient empêché pendant quelque temps de mourir de faim. On les a réunies avec ses autres poésies, à Londres, en 2 vol. in-8.°; et à Paris, Cazin, 2 vol. in-12. Il ne faut pas le confondre avec Jean Savage, curé de Bygrave, prédicateur passable et assez bon plaisant, que ses amis appelèrent l'Aristippe Anglois. On a de lui des Sermons. Il mourut le 24 mars 1747.
SAVARON, ( Jean ) natif de Clermont en Auvergne, sortoit d'une bonne famille de cette province. Il fut président et lieutenant-général en la sénéchaussée et siège présidial de sa patrie. Il se trouva aux Etats-généraux tenus à Paris en 1614, en qualité de député du Tiers-Etat de la province d'Auvergne, et y soutint avec zèle et avec fermeté les droits du Tiers-Etat contre la Noblesse et le Clergé. Il plaida ensuite avec distinction au parlement de Paris, parvint à une extrême vieillesse, et mourut en 1622. On a de lui un grand nombre d'écrits. Les principaux sont: I. Sidonii Apollinaris Opera, 1609, in-4.°, avec des notes. II. Origine de Clermont, ville capitale d'Auvergne, in-8.° Pierre Durant a donné une plus ample édition, in-fol., 1662, de cet ouvrage aussi savant qu'exact. III. Traité contre les Duels, etc. in-8.° IV. Traité de la Souveraineté du roi et de son royaume, aux députés de la noblesse, 1615, in-8.°, ouvrage curieux et peu commun. V. Chronologie des Etats-généraux, in-8.°, pour montrer que, depuis la fondation de la monarchie jusqu'à **Louis XIII**, le Tiers-Etat a toujours été convoqué par le roi aux États-généraux, et y a en entrée, séance et voix opinante. L'auteur le démontre par une foule de citations. I. SAVARY DE BREVES, (François) ambassadeur de Constantinople, revint de cette ville en 1611, avec beaucoup de manuscrits orientaux, et un grand nombre de poinçons arabes, qui servirent pour la composition et pour l'impression des livres que *Vitré* publia en cette langue, entr'autres pour son Pseautier syriaque et latin. *Savary* mourut en 1627, regretté des amateurs des lettres.
II. SAVARY (Jacques) natif de Caen, mort le 21 mars 1670, à 63 ans, poète latin, a fait quatre poèmes : I. Sur la *Chasse du Lièvre*, 1655, in-12. II. — *du Renard et de la Fouine*, 1658, in-12. III. — *du Cerf*, etc. 1659, in-12, et un IV$^{e}$ sur le *Manège*, 1662, in-4°, où l'on remarque de l'invention. Ce fut *Huet* qui l'engagea à les publier : ils sont devenus très-rares. On a encore de lui : l'*Odyssée* en vers latins ; les *Triomphes de Louis XIV*, depuis son avènement à la couronne ; et un volume de *Poésies* mêlées, dans lequel il y a plusieurs pièces foibles.
III. SAVARY, (Jacques) né à Douai en Anjou, l'an 1622, fit une fortune assez considérable dans le négoce à Paris. Pourvu d'une charge de secrétaire du roi, il fut nommé en 1670 pour travailler au *Code Marchand* qui parut en 1673, et eut beaucoup de part à cet ouvrage. On a aussi de lui : le *parfait Négociant*, dont il y a eu un grand nombre d'éditions, d'abord en un seul vol., ensuite en 2 volumes in-4°, dans lesquels on a fait entrer les *Avis et Conseils sur les plus importantes matières de Commerce*, remarquables par le grand sens et le jugement qui les ont dicté, *Savary* mourut le 7 octobre 1690, à 68 ans.
IV. SAVARY, (Jacques) sieur des *Brulons*, fils du précédent, fut inspecteur-général de la Douane de Paris, travailla conjointement avec *Philémon-Louis SAVARY*, l'un de ses frères, chanoine de l'église de St-Maur-des-Fossés, au *Dictionnaire universel du Commerce*, qui parut en 1723, 2 vol. in-folio. *Jacques* mourut d'une fluxion de poitrine en 1716, à 56 ans, et son frère en 1727, à 73 ans. On a de celui-ci un 3$^{e}$ vol., imprimé en 1730, pour servir de supplément au *Dictionnaire du Commerce*, qui, malgré quelques inexactitudes, est une des compilations les plus utiles que nous ayons. Elle a été réimprimée en 1748, 3 vol. in-fol. V. SAVARY, (Jacques) — médecin de la marine à Brest, mort en 1768, a traduit le Traité de l'*Hydropisie* de *Monro*, 1760, in-12 ; et celui du *Scorbut* de *Lind*, 2 vol. in-12, 1776.
VI. SAVARY, (N.) né à Vitré en Bretagne, fit ses études à Rennes avec distinction, et partit en 1776 pour l'Égypte, où il séjourna pendant près de trois ans. Trois choses occupèrent sans relâche le jeune voyageur : l'étude de la langue arabe, la recherche des monumens antiques, et l'examen des mœurs nationales. Après avoir étudié l'Égypte en savant et en philosophe, il se rendit aux fles de l'Archipel, qu'il parcourut pendant dix-huit mois en observa- teur intelligent et curieux. De re- tour en France, en 1780, il pu- blia : I. Le Coran, traduit de l'arabe, avec un abrégé de la Vie de Mahomet, 1783, 2 vol. in-8.º II. La morale de Mahomet, ou Recueil des plus pures maximes du Coran, ouvrage extrait de la traduction précédente qui est élé- gante et fidelle. III. Lettres sur l'Égypte, 1785, 3 vol. in-8.º, réimprimées l'an 7 en 4 volumes in-8.º Ces Lettres eurent un grand succès. L'auteur observe avec soin, peint avec vivacité, et répand de l'intérêt sur tout ce qu'il raconte. Ses tableaux sont en général fidelles; mais on lui a reproché avec quelque raison de peindre les Égyptiens et l'Égypte moderne trop en beau. Malgré ce défaut, ces Lettres furent enlevées par le public curieux, et lues avec em- pressement et avec fruit. M. Volney est plus estimé et plus lu, parce qu'il est moins rhéteur, histo- rien plus fidèle, meilleur obser- vateur. On peut comparer les ré- cits des deux voyageurs, pour se former une idée juste des pays qu'ils décrivent. Encouragé par le succès de son voyage en Égypte, Savary préparoit ses Lettres sur la Grèce, lorsqu'il mourut à la fleur de son âge, à Paris, le 4 fé- vrier 1788, d'une obstruction au foie. Un esprit vif et cultivé, un cœur sensible et bon, une imagi- nation riante, une mémoire heu- reuse, une gaieté douce et franche, et le talent de raconter, rendoient sa société agréable et utile. Quoi- qu'il ne fût point ennemi des éloges, il fuyoit par goût tout éclat, tout appareil. Il se répan- doit peu dans le monde, et n'en remplissoit que mieux les devoirs de fils, de frère et d'ami.
SÁUBERT, (Jean) savant critique et bon antiquaire du XVIIe siècle, a publié en latin une Histoire de la Bibliothèque de Nuremberg, avec le Catalogue des premières éditions typographi- ques, 1643, in-4.º Il est encore auteur d'un Traité latin, assez estimé, sur les Sacrifices des An- ciens, et de celui sur les Prêtres et les Sacrificateurs Hébreux. Ces deux Traités offrent des recher- ches et de l'érudition. Thomas Crenius en donna une bonne édi- tion corrigée, augmentée et éclai- rcie, sous ce titre : De sacrificiis veterum, et de Sacerdotibus He- bræorum Commentarium, Leyde, 1699, in-8.º
SAVERY, (Roland) peintre, né à Courtray en 1576, mort à Utrecht en 1639, à 63 ans, fut élève de Jacques Savery son frère, et travailla dans son genre de peinture et dans sa manière. Roland a excellé à peindre le paysage; et comme il étoit pa- tient et laborieux, il mettoit beau- coup de propreté dans ses tableaux. L'empereur Rodolphe II, bon connoisseur, occupa long-temps cet artiste, et l'engagea à étudier les vues riches et variées que les montagnes du Tirol offrent aux yeux du spectateur. Savery a sou- vent exécuté, avec beaucoup d'intelligence, des torrens qui se précipitent du haut des rochers. Il a encore très-bien rendu les animaux, les plantes, les insectes. Ses figures sont agréables, et sa touche est spirituelle, quoique souvent un peu sèche. On lui re- proche aussi d'avoir trop fait usage en général, de la couleur bleue. On a gravé plusieurs mer- beaux d'après lui, entr'autres son S. Jérôme dans le désert.
SAVILL, (Henri) théologien Anglois, né à Bradley, province d'York en 1549, et mort à Ox- ford en 1621, à l'âge de 73 ans, fut un des principaux ornemens de l'université de cette dernière ville. Il s'étoit consacré de bonne heure à la littérature grecque et latine, sacrée et profane. On doit à ses travaux, des Commentaires sur Euclide et sur Tacite, et une Edi- tion en grec des Œuvres de S. Jean Chrysostome, Etonæ, 1613, in-fol., 8 vol. Savill se donna des peines infinies, et n'é- pargna aucune dépense pour don- ner le texte grec de S. Chrysos- tome dans sa pureté. Il a mis aux marges les diverses leçons, et quel- quefois ses conjectures. « Mais après tout (dit M. Simon, lettre IX), bien que son édition soit exempte des fautes grossières qui sont dans les éditions de Vérone et de Heidelberg, elle n'est pas si exacte que quelques-uns le pré- tendent. Elle peut être redressée en plusieurs endroits sur les édi- tions de Paris et de Commelin, et c'est ce que le Père Labée a très- bien remarqué dans sa Disserta- tion sur les écrivains ecclésiasti- ques. D'ailleurs Savill a fait entrer dans son édition plusieurs pièces qui ne sont pas de S. Chrysos- tome. Cette édition qui est toute grecque, ajoute-t-il, ne peut être à l'usage d'une infinité de person- nes, et c'est pour cela qu'elle n'a pas eu un grand cours parmi nous, si l'on excepte chez quelques sa- vans, de qui elle est forte aimée. » On a prétendu faussement que Fronton du Duc, qui publia dans le même temps que lui, ce Père de l'église, donna son édition sur les feuilles qu'on lui fournissoit furtivement d'Angleterre. L'ou- vrage qui a le plus fait connoître Savill, est le Traité de Bradwardin contre les Pélagiens, dont il donna une édition à Londres en 1618, in-fol. Ce Traité curieux et peu commun est sous ce titre : de causa Dei contra Pelagium. On a encore de lui : Berum Angli- carum Scriptores post Bedam, à Londres, 1696, in-fol.
SAVILLE, (George) marquis d'Halifax, fut l'un des favoris de Charles II roi d'Angleterre, et l'un des hommes les plus aimables de sa cour. Né avec de grands ta- lens, il les rendit souvent nuisi- bles. A la force d'esprit d'un phi- losophe, il réunit l'adulation d'un courtisan. Il connut la vertu et ne la suivit pas; il méprisa le monde et ne songea qu'à lui plaire. Les titres et les honneurs étoient sui- vant lui, des hochets d'enfants, et il les accumula tous sur sa per- sonne. Il changea sans cesse d'opi- nion et de parti, et se repentit sans cesse de son inconstance. On lui doit quelques ouvrages, entre autres un Portrait de Charles II, très-bien écrit. Nul ne fut plus propre à peindre ce prince foible et ami des plaisirs, parce que nul ne lui ressembla davantage.
SAUL, (Saulus) fils de Cis, homme riche et puissant de Gabaa dans la tribu de Benjamin, fut sa- cré roi d'Israël par le prophète Samuel, l'an 1095 avant J. C. Jabès ayant été assiégée par les Ammonites, le peuple s'assembla en foule pour secourir les habitans. Saul avec cette armée nombreuse, fondit sur les Ammonites, les tailla en pièces, et délivra la ville. Ensuite Samuel tint une assem- blée à Galgala, où il fit confirmer l'élection de *Saül*, qui deux ans après marcha contre les Philistins. Ces ennemis du peuple de Dieu, irrités de quelques succès que *Jonathas* fils de *Saül*, avoit eus sur eux, vinrent camper à *Machmas* avec 30000 chariots, 6000 chevaux, et une multitude innombrable de gens de pied. Le roi d'Israël marcha contre eux et les aninquit. *Saül* fut victorieux de divers autres peuples ; mais il perdit le fruit de ses victoires par sa désobéissance. Dans une guerre contre les Philistins, il offrit un sacrifice sans attendre *Samuel*, et il conserva ce qu'il y avoit de meilleur dans les troupeaux des Amalécites, avec *Agag* leur roi, contre l'ordre exprès du Seigneur. Son sceptre passa dans les mains de *David*, qui fut sacré par *Samuel*, et qui épousa ensuite *Michol* fille de *Saül*. (*Voyez MICHOL.*) Ce mariage n'empêcha point le beau-père de persécuter son gendre, ni de chercher tous les moyens possibles de le perdre. *David* s'étant enfui pour échapper à ses poursuites, il l'envoya investir dans sa maison pendant la nuit. *Michol* sa fille, femme de *David*, fit descendre son mari par une fenêtre ; et le lendemain les archers ne trouvèrent dans le lit qu'une statue que *Michol* y avoit mise. Il le poursuivit à *Naioth*, où il s'étoit retiré au milieu d'une troupe de prophètes. *Saül*, sur le chemin, fut saisi d'un esprit prophétique ; et lorsqu'il fut arrivé, il continua de parler par l'inspiration divine, couché par terre nu, s'est-à-dire, n'ayant que les habits de dessous. Ce miracle suspendit pour quelque temps la haine de *Saül*. Elle éclata bientôt après, lorsqu'il apprit par *Doëg l'Iduméen*, que le Grand-Prêtre *Achimélech* avoit bien reçu *David* à *Nobé*, et lui avoit donné des rafraîchissemens et une épée ; car aussitôt il envoya chercher le Grand-Prêtre, et tous les prêtres de la même famille, et après leur avoir fait d'injustes reproches, il les fit tous massacrer impitoyablement par *Doëg*, qui seul voulut servir de ministre à sa fureur ; puis emporté par sa colère, il alla à *Nobé*, où il fit tout passer au fil de l'épée, sans excepter les enfans qui étoient à la mamelle. Ayant appris que son ennemi étoit dans la ville de Ceila, il se préparoit à aller l'y forcer ; mais *David* se retira dans le désert. C'est dans une des cavernes de ce désert, que *David* se contenta de couper à *Saül*, le bord de sa casaque, pour avoir en main de quoi le convaincre qu'il avoit été le maître de sa vie ; et *Saül*, sensible à cette marque de générosité, ne put retenir ses larmes. Il reconnut l'injustice de son procédé et l'innocence de *David*, parut être convaincu de la sincérité de son affection, et cessa pendant un temps de le poursuivre. Sa haine n'étoit que suspendue. Elle reprit bientôt le dessus, et l'occasion qui lui fut offerte la réveilla. Il apprit que *David* s'étoit retiré dans le désert de *Ziph*, et il courut le chercher. *David* ayant appris son arrivée, entra de nuit, par un mouvement de l'esprit de Dieu, dans la tente de *Saül* ; et ayant trouvé tout le monde endormi, il prit la coupe et la lance du roi, et sortit du camp. Ayant passé de là sur une hauteur un peu éloignée, il appela à haute voix les gens de *Saül*, pour leur reprocher la négligence avec laquelle ils gardoient le roi. Ce prince s'éveillant au bruit, recon- tant la voix de *David* ; et frappé de ce nouveau trait de grandeur d'ame de la part d'un homme qu'il persécutoit, il avoua encore ses torts, et promit de ne lui faire aucun mal à l'avenir. Enfin arriva le moment où Dieu devoit exercer ses justes jugemens sur *Saül*. Les Philistins entrèrent sur les terres d'*Israël* avec une puissante armée. *Saül* consulta la Pythonisse pour savoir quelle seroit l'issue du combat qu'il alloit livrer aux Philistins, et *Samuel* lui apparut pour lui annoncer sa défaite. Peu de temps après, son armée fut taillée en pièces, et croyant la mort inévitable, il pria son écuyer de le tuer ; mais cet officier ayant refusé de commettre une action si barbare, *Saül* saisit lui-même son épée, et s'étant laissé tomber sur sa pointe, il mourut ainsi misérablement, l'an 1055 avant J. C. Les Philistins ayant trouvé le corps de ce prince, lui coupèrent la tête, qu'ils attachèrent dans le temple de *Dagon*, et pendirent ses armes dans le temple d'*Astaroth*. On a beaucoup écrit sur l'apparition de *Samuel*. A-t-elle été réelle ? N'est-ce qu'une imposture, une friponnerie de la magicienne ? Arriva-t-elle par la puissance du démon, par un effet de l'art magique, ou par une permission miraculeuse de Dieu ? Le sentiment le plus sûr et le plus conforme à l'Écriture, est que *Samuel* apparut véritablement à *Saül*. *Voyez SAMUEL*.
SAUL, (*Saulus*) *Voy. PAUL*, n° I.
SAULI, *Voy. LÉON X.*
SAULIER, (*Gui*) médecin de Lyon, qui vivoit en 1538, écrivit un *Traité* latin sur la *Stérilité des femmes*, et le *Guidon des Barbiers*, que *Jean Canaples* médecin, son compatriote, a traduit en françois.
SAULT, (*Jean-Paul du*) Bénédictin de Saint-Maur, né à Saint-Sever-Cap de Gascogne en 1650, d'une famille noble, mourut en 1724, à 74 ans, au monastère de Saint-André de Villeneuve-lès-Avignon, dont il étoit prieur. Sa piété, son esprit de mortification et ses autres vertus ont rendu sa mémoire précieuse à sa congrégation. On a de lui : I. *Entretiens avec J. C. dans le très-saint Sacrement de l'Autel*, in-12, 5 vol. Toulouse, 1701 et 1703 livre plein d'onction et de solidité, qui est entre les mains de tous les gens pieux. On en a donné un abrégé plusieurs fois réimprimé. II. *Avis et Réflexions sur l'état religieux, pour animer ceux qui l'ont embrassé*, 3 vol. in-12. III. *Le Religieux mourant, ou de la préparation à la mort pour les personnes qui ont embrassé l'état religieux*, 2 vol. in-8. On en a donné un abrégé in-12.
SAULX D'ESPANNAY, (*Jean le*) a donné en 1600 la tragédie d'*Adiamantine*, ou le *Désespoir*.
SAULX DE TAVANES, *Voyez TAVANES*. I. SAUMAISE, (*Claude de*) naquit à Sémur en Auxois, l'an 1588, d'une famille distinguée dans la robe. Sa patrie fut brûlée et presque réduite en cendres la même année qu'il vit le jour. « Cet incendie (dit un de ses froids panégyristes) fut un présage de ses vastes lumières, de même que l'incendie du temple d'Ephèse l'avoit été du courage d'Alexandre. » Le père de Saumaise fut son premier maître pour les langues grecque et latine. Après avoit fait sa philosophie à Paris, il alla en 1606 à Heidelberg, où il fit son droit sous le savant Godefroi. Lorsqu'il fut de retour dans sa patrie, son père, lieutenant-particulier au bailliage de Sémur, voulut lui résigner sa charge; mais la profession que le fils faisoit du Calvinisme, l'empêcha d'en obtenir les provisions. Saumaise se retira à Leyde, où il fut professeur honoraire après Scaliger. Le cardinal de Richelieu lui offrit une pension de 12000 livres pour le fixer en France; mais Saumaise ayant su que c'étoit à condition qu'il travailleroit à l'Histoire de ce ministre, répondit qu'il n'étoit pas homme à sacrifier sa plume à la flatterie. Pendant un voyage qu'il fit à Paris en 1635, le roi lui accorda un brevet de conseiller d'état, le fit chevalier de Saint-Michel; et depuis étant en Bourgogne, il fut gratifié par ce prince d'une pension de 6000 livres. Saumaise se signala en 1649, par son Apologie de Charles I, roi d'Angleterre. Il soutenoit la plus belle cause; mais il l'affoiblit par le ton ridiculement empoulé qu'il donna à son ouvrage. Voici comme il le commence: Anglois, qui vous renvoyez les têtes des rois comme des bulles de paume, qui jouez à la boule avec les couronnes, et qui vous servez des sceptres comme de marottes... L'année d'après il fit un voyage en Suède, où la reine Christine l'appeloit depuis longtemps. Après un séjour d'un an, il revint en Hollande, et mourut aux eaux de Spa, le 3 septembre 1655; à 65 ans. Saumaise fut le héros des littérateurs de son siècle; mais il a beaucoup moins de réputation dans le nôtre. On le regarde généralement comme un critique bizarré, aigre et présomptueux. Son érudition étoit immense, mais elle étoit mal digérée. Il avoit l'esprit très-vif: autant d'ouvrages de sa plume, autant d'impromptu. Lorsqu'on lui conseillit de travailler ses productions avec plus de soin, il répondoit: « Qu'il jetoit de l'encre sur le papier, aux heures que les autres jetoient des dés ou une carte sur une table, et qu'il ne faisoit cela que comme un jeu... » Quoique Saumaise écrivit avec beaucoup d'emportement et d'orgueil, il étoit doux et modeste avec ses amis. Ses affaires domestiques ne le dérangeoient point: il composoit tranquillement dans le tumulte de son ménage, au milieu de ses enfans et à côté de sa femme, fille de Josias Mercier, qui étoit une Mégère. Elle le maitrisoit entièrement, en se glorifiant d'avoir épousé le plus savant de tous les Nobles, et le plus noble de tous les Savans: aussi Christine disoit-elle de lui, qu'elle admiroit moins son érudition que sa patience domestique. Ses principaux ouvrages sont: I. NIL Archiepiscopi Thessalonicensis, de primatu Papa Romani, libri duo, avec des remarques; à Hanovre, 1608, in-8.º; à Heidelberg, 1608 et 1612. II. FLORI rerum Romanarum, libri IV, cum notis Gruteri; nunc primum accesset rant nobe et castigationes Cl. Salmasii; à Paris, 1609, in-8.º, et 1636, in-8.º III. Historiae Augustæ Scriptores sex; à Paris, 1620, in-fol.; et depuis à Leyde en 1670 et 1671, in-8.º IV. *Plinianæ exercitationes in Caii Julii Solini Polyhistoria*: item *Caii Julii Solini Polyhistor, ex veteribus libris emendatus*; à Paris, 1629, in-fol. 2 vol.; et à Utrecht, 1689, 2 vol. in-fol. V. *De modo Usurarum*, à Leyde, 1639, in-8.º VI. *Dissertatio de fœnore trepezetico, in tres libros diviso*; à Leyde, 1640, in-8.º VII. *Simplicii Commentarius in Enchiridion Epicteti, ex libris veteribus emendatus*. VIII. *De re Militari Romanorum liber, opus posthumum*, chez Elzevir, 1659, in-4.º IX. *De Hellenesticd*, Leyde, 1643, in-8.º X. Plusieurs autres ouvrages dont on peut voir la liste dans la *Bibliothèque des Auteurs de Bourgogne*.
II. SAUMAISE, (Claude de) parent du précédent, né à Dijon en 1603, entra dans l'Oratoire en 1635, et fut chargé d'écrire l'Histoire de sa congrégation. Il recueillit plusieurs matériaux; mais l'ouvrage est demeuré imparfait. Le P. Saumaise mourut à Paris avant que de l'avoir achevé, en 1680, à 77 ans. On a de lui une *Traduction* françoise des *Directions Pastorales* de Dom Jean de Palafox, 1671, in-12; et quelques *Pièces de vers latins et françois*.
SAUMAISE, *Voy. SOMAISE*, et BREGY.
SAUMERY, (N.) François de nation, se fit Franciscain dans sa patrie. Ayant apostasié en passant à Menin, il se retira en Angleterre, et partit de Londres au commencement de janvier 1719, pour s'embarquer pour le Levant. Il fit à Constan- Constan-tinople un séjour de plus de trois ans, parcourut ensuite l'Allemagne, l'Italie, et la Hollande, où il se présenta deux ou trois fois pour être ministre; mais manquant de témoignage, il fut rejeté. Après cela il vint à Liège, où il abjura le Calvinisme, et vécut de sa plume pendant environ quinze ans. Sa mauvaise conduite l'ayant fait chasser de cette ville, il retourna en Hollande, se fit de nouveau Calviniste, et mourut, dit-on, à Utrecht. On a de lui: I. *Mémoires et Aventures secrètes et curieuses d'un voyage au Levant*, Liège, *Everard Kints*, 1731, 5 vol. in-12. II. *L'Anti-Chrétien*, ou l'*Esprit du Calvinisme opposé à J. C. et à l'Évangile*, ibid. 1731, in-12. III. *Les Délices du Pays de Liège*, 1738-1754, 5 vol. in-fol. Saumery a rédigé cette informe compilation avec plusieurs autres faméliques écrivains, qui avoient tant besoin de jugement que de pain. On n'en estime que les figures.
SAUNDERSON, *Voy. SANDERSON*.
SAUNDERSON, (Nicolas) né en 1682 d'une famille originaire de la province d'Yorck, n'avoit qu'un an lorsqu'il perdit, par la petite vérole, l'usage de la vue et les yeux mêmes. Ce malheur ne l'empêcha point, au sortir de l'enfance, de faire très-bien ses humanités. *Virgile et Horace* étoient ses auteurs favoris, et le style de *Cicéron* lui étoit devenu si familier, qu'il parloit latin avec une facilité peu commune. Après avoir employé quelques années à l'étude des langues, son père commença à lui enseigner les règles ordinaires de l'arithmétique; mais le disciple fut bientôt plus habile que son maître, et il pénétra dans peu de temps toutes les profondeurs des mathématiques. Le jeune géomètre s'étant rendu à Cambridge, y expliqua les ouvrages immortels de *Newton*, ses *Principes Mathématiques de Philosophie naturelle*, son *Arithmétique universelle*, et les ouvrages même que ce grand philosophe a publiés sur la lumière et les couleurs. Ce fait pourroit paraître incroyable, si l'on ne considéroit que l'optique et toute la théorie de la vision s'expliquent entièrement par le moyen des lignes, et qu'elle est soumise aux règles de la géométrie. *Wiston* ayant abdiqué sa chaire de professeur en mathématiques dans l'université de Cambridge, l'illustre aveugle fut nommé pour lui succéder, en 1711. La société royale de Londres se l'associa, et le perdit en 1739, à 56 ans. Il laissa un fils et une fille. Ses mœurs ne répondoient pas à ses talens; il aimoit passionément le vin et les femmes. Ses dernières années furent déshonorées par les plus honteux excès. Naturellement méchant et vindicatif, il déchiroit cruellement ses ennemis et même ses amis. Des juremens affreux souilloient tout ce qu'il disoit. La haine qu'il avoit vouée à la religion, étoit en partie la source de l'irrégularité de sa conduite. Il fut assisté dans ses derniers momens par le ministre *Holmes*. Celui-ci avoit épuisé toutes les preuves de l'existence de Dieu, tirées des merveilles de la nature; mais ces preuves étoient insuffisantes pour un aveugle né, qui ne pouvoit les connoître. *Holmes* en appela alors au témoignage de *Clarke* et de *Newton*, qui avoient admis une Intelligence suprême. *Saunderson*, convaincu par les lumières de ces deux grands hommes, s'écria en mourant: «Reçois moi dans ton sein, ô Dieu de *Clarke* et de *Newton*!» On a de lui des *Elémens d'algèbre*, en anglois, imprimés à Londres après sa mort, en 1740, aux dépens de l'université de Cambridge, en 2 vol. in-4. Ils ont été traduits en françois par M. de Joncourt, en 1756, 2 vol. in-4. C'est à *Saunderson* qu'appartient la division du cube en six pyramides égales, qui ont leurs sommets au centre, et pour base chacune de ses faces. Il avoit aussi inventé pour son usage une *Arithmétique palpable*, c'est-à-dire, une manière de faire les opérations de l'arithmétique par le seul sens du toucher. C'étoit une table élevée sur un petit châssis, afin qu'il pût toucher également le dessus et le dessous. Sur cette table étoient tracées un grand nombre de lignes parallèles, qui étoient croisées par d'autres, en sorte qu'elles faisoient ensemble des angles droits. Les bords de cette table étoient divisés par des entailles distantes d'un demi-pouce l'une de l'autre, et chacune comprenoit cinq de ces parallèles. Par ce moyen, chaque pouce carré étoit partagé en cent petits carrés. A chaque angle de ces carrés on intersection des parallèles, il y avoit un trou qui perçoit la table de part en part. Dans chaque trou on mettoit deux sortes d'épingles, des petites et des grosses, pour pouvoir les distinguer au tact. C'étoit par l'arrangement des épingles que *Saunderson* faisoit toutes les opérations de l'arithmétique. l'arithmétique. On peut en voir la description à la tête du 1er vol. de ses *Éléments d'Algèbre*, dont les géomètres font cas. *Saunderson* avoit le tact si parfait, qu'il discernoit et montroit, avec une exactitude surprenante, la plus légère rudesse dans les surfaces, et dans les ouvrages les plus travaillés, le moindre défaut de poli. Ce fut lui qui, dans le médaillier de l'université de Cambridge, distingua les médailles Romaines, véritablement anciennes. Il avoit un sentiment encore plus sûr ; il appercevoit et annonçoit la plus légère variation dans l'atmosphère. Un jour, quelques savans faisoient dans les jardins de l'université des observations sur le Soleil ; *Saunderson* distingua jusques aux plus petits nuages qui se plaçoient sous le Soleil, et interrompoient les observateurs. Toutes les fois qu'il passoit, à une distance même assez éloignée, quelque corps devant son visage, il le disoit, et assignoit le volume de l'objet qui venoit de passer. Lorsqu'il se promenoit, il connoissoit, quand l'air étoit calme, qu'il passoit auprès d'un arbre, ou auprès d'un mur, d'une maison, etc. etc. *Saunderson* avoit encore tant de justesse dans l'ouïe, qu'il distinguoit exactement jusqu'à un cinquième de note ou de ton. Il s'étoit exercé dans son enfance à jouer de la flûte, et il avoit fait des progrès si rapides, qu'il eût été, s'il eût voulu, aussi habile joueur de flûte, qu'il étoit profond mathématicien. Enfin, tous ceux qui l'ont connu, savent qu'introduit dans une chambre, il jugeoit de son étendue sans erreur, et à une ligne près, en se plaçant au milieu ; et cela parce qu'il ne se méprenoit jamais à la distance qui le séparoit du mur.
SAVOIE, *Voy. SAVOYE.*
SAVONAROLE, ( Jérôme ) né à Ferrare en 1452, d'une famille noble, prit l'habit de S. Dominique, et se distingua dans cet ordre par sa piété et par le talent de la chaire. Florence fut le théâtre de ses succès ; il prêchoit, il confessoit, il écrivoit ; et dans une ville libre, pleine nécessairement de factions, il n'eut pas de peine à se mettre à la tête d'un parti. Il embrassa celui qui étoit pour la France contre les *Médicis*. Voulant jouer à-la-fois le rôle de *Jérémie* et de *Démosthène*, de prophète sacré et d'orateur républicain, il expliqua publiquement l'Apocalypse, et y trouva la destruction de la faction opposée à la sienne. Il prédit que l'église seroit renouvelée ; et en attendant cette réformation, il déclama beaucoup contre le clergé et contre la cour de Rome ; demanda un concile pour réformer l'un et l'autre et pour déposer le souverain Pontife, et s'adressa à l'empereur *Maximilien*, et à *Ferdinand* et *Isabelle*, pour obtenir cette convocation. *Alexandre VI* ayant eu des copies de ses lettres à ces princes, l'excommunia, et lui interdit la prédication. Il se moqua de l'anathème, et après avoir cessé de prêcher pendant quelque temps, il recommensa avec plus d'éclat que jamais. Alors le pape et les *Médicis* se servirent, contre *Savonarole*, des mêmes armes qu'il employoit : ils suscitèrent un Franciscain contre le Jacobin. Celui-ci ayant affiché des thèses qui firent beaucoup de bruit, le Cordelier s'offrit de prouver qu'elles étoient hérétiques. Il fut secondé par ses confrères, et Savonarole par les siens. Les deux ordres se déchaînèrent l'un contre l'autre. Enfin un Dominicain s'offrit à passer à travers un bûcher, pour prouver la sainteté de l'enthousiaste qu'ils défendoient. Un Cordelier proposa la même épreuve, pour prouver que Savonarole étoit un scélérat. Le peuple, avide d'un tel spectacle, en près à l'exécution. Le magistrat fut contraint de s'y prêter, le samedi 7 avril 1498. Les champions comparurent au milieu d'une foule innombrable; mais quand ils virent tous deux, de sang froid, le bûcher en flamme, ils tremblèrent l'un et l'autre, et leur peur communie leur suggéra une commune évasion. Le Dominicain ne voulut entrer dans le bûcher que l'Hostie à la main. Les magistrats le lui refusèrent, et par ce refus, il fut dispensé de donner l'affreuse comédie qu'il avoit préparée. Le peuple alors, soulevé par le parti des Cordeliers, se jeta dans son monastère: on ferma les portes pour empêcher ces furieux d'y entrer; mais ils y mirent le feu, et se firent un passage par la violence. Les magistrats se virent donc obligés de poursuivre Savonarole comme un imposteur. Il fut appliqué à la question, et son interrogatoire rendu public, prouva qu'il étoit à la fois fourbe et fanatique. Il est certain qu'il s'étoit vanté d'avoir eu de fréquens entretiens avec Dieu, et qu'il l'avoit persuadé à ses confrères. Un des deux Dominicains qui furent associés à son martyre, vit un jour deux fois de suite le Saint-Esprit sous la forme d'une colombe, dont les plumes étoient dorées et argentées, se reposer sur l'épaule de Savonarole et lui becqueter l'oreille. Il prétendoit aussi avoir soutenu de grands combats avec les Démons. Pic de la Mirandole, auteur de sa Vie, assure que les Diables qui infestoient le couvent des Dominicans, trembloient à la vue de frère Jérôme, et que de dépit ils prononçoient toujours son nom avec quelque suppression de lettres. Il les chassa de toutes les cellules du monastère, et ils cessèrent de tourmenter les autres moines. Il se trouva quelquefois arrêté, lorsqu'il faisoit la ronde dans le couvent, l'aspersoir à la main, pour mettre ses frères à couvert des insultes des Démons: ils lui opposoient des nuages épais, pour l'empêcher de passer outre. Le pape Alexandre VI envoya le général des Dominicains et l'éveque Romolino, qui le dégradèrent des ordres sacrés, et le livrèrent aux juges séculiers, avec deux compagnons de son fanatisme. Ils furent condamnés à être pendus et brûlés: sentence qui fut exécutée le 23 mai 1498. Savonarole avoit alors 46 ans. A peine eut-il expiré, qu'on publie, sous son nom, sa Confession, dans laquelle on lui prêta bien des extravagances, mais rien qui méritait le dernier supplice, et sur-tout un supplice cruel et infâme. Ce faux prophète mourut avec constance, à l'âge de 46 ans, sans rien dire qui pût faire juger s'il étoit innocent ou coupable. Ses partisans ne manquèrent pas de lui attribuer des miracles; dernière resource des adhérents d'un chef malheureux. Leur fanatisme fut si outré, qu'ils conservèrent religieusement tout ce qu'ils purent arracher aux flammes. Jean-François Pic de la Mirandole, auteur d'une Vie de Savonarole ( publiée par le P. Quetif, avec des notes et quelques écrits du Jacobin de Ferrare, à Paris, 1674, 3 vol. in-12 ) en fait un Saint à prodiges. Il assure que le cœur de ce saint personnage fut trouvé dans la rivière, qu'il en possède une partie, et qu'elle lui est d'autant plus chère, qu'il a éprouvé qu'elle guérit les malades et qu'elle chasse les Démons: Il observe qu'un grand nombre de ceux qui persécutèrent ce Dominicain, moururent misérablement. Il met de ce nombre le pape Alexandre VI. Savonarole a trouvé bien d'autres apologistes. Les plus célèbres sont, après le Père Quetif, Bzovius, Baron, Alexandre, Néri, religieux Dominicains; auxquels on doit joindre Ambroise Catharin, Marcille Ficin, Matthieu Toscan, Flaminius, etc. Ce dernier lui fit cette épitaphe : Dâm fera flamma tuos, Hieronime, pascitur arcus, Religio sacras dilaniata comas Flevit, et: « O · diwit, crudeles parcite » flamma, » Parcite : sunt isto viscera nostra » tego. » Malgré ces apologies, il faut penser sur Savonarole, comme le savant Tiraboschi. « Un homme, dit-il, qui déclame avec fureur contre un pontife, à la vérité très-vicieux, mais que toute l'église reconnoissoit pour son chef; un homme qui veut soulever cette église, et renverser du trône celui à qui elle a cru d'voir se soumettre; un homme qui change la chaire sacrée en tribune du barreau, y traite les affaires d'état et veut s'y rendre arbitre du gouvernement; un tel homme, dis-je, et un tel religieux ne me paroît pas un saint. » Savonarole laissa des Sermons en italien; un Traité intitulé : Triumphus Crucis; un autre qui a pour titre : Eruditorium Confessiorum; et d'autres ouvrages publiés par Balesdens, à Leyde, 6 vol. in-12, depuis 1633 jusqu'en 1640.
SAVORGNANO ; ( Marius ) comte de Belgrado dans l'état de Venise, remplit divers emplois importants dans sa patrie, et mourut vers l'an 1520. Il a traduit Polybe en italien, et publié dans la même langue, l'Art militaire terrestre et maritime, divisé en quatre parties.
SAVOT, ( Louis ) né à Saulieu, petite ville de Bourgogne, vers l'an 1579, s'appliqua d'abord à la chirurgie. Pour mieux y réussir, il vint à Paris, où il ne tarda pas à prendre des degrés en médecine. Il mourut médecin de Louis XIV, vers l'an 1640, âgé d'environ 61 ans. C'étoit un homme respectable par sa vertu, et dont l'air étoit simple et mélancolique. Ses principaux ouvrages sont : I. Un Discours sur les Médailles antiques, à Paris, 1627, un volume in-4°; ouvrage qui peut être de quelque utilité aux commençans. II. L'Architecture Françoise des Bâtimens particuliers. Les meilleurs éditions de ce livre estimable sont celles de Paris, avec les notes de François Blondel, en 1673 et 1685, in-4°. Cependant la première édition peut être recherchée par les curieux, parce que l'auteur marquant le prix de chaque chose, il est agréable de pouvoir le comparer au prix actuel. III. Le livre de Galien, de l'Art de guérir par la saignée, traduit du grec, 1603, in-12. IV. De causis colorum, à Paris, 1609, in-8°. Tous ces ouvrages prouvent beaucoup de sagacité et d'érudition.
SAVOYE, (Jacques et Henri de) *Voy. II. et IV. NEMOURS.*
SAVOYE, (Thomas-François de) prince de CARIGNAN, fils de Charles - Emmanuel, duc de Savoye, et de Catherine d'Autriche, naquit en 1596. Il donna, dès l'âge de 16 ans, des preuves de son courage, et montra beaucoup d'empressement pour s'établir en France. L'aversion que le cardinal de Richelieu avoit pour sa maison, l'ayant empêché de réussir, il s'unit avec l'Espagne. Il surprit Trèves en 1634 sur l'archevêque de cette ville, qu'il fit prisonnier, et qui fut conduit à Namur en 1635. Mais il perdit le 15 mai de la même année, la bataille d'Avein contre les François. Le prince Thomas, pour effacer la mémoire de cette malheureuse journée, fit lever le siège de Breda aux Hollandois en 1636, et entra ensuite en Picardie, où il se rendit maître de plusieurs places. Il passa dans le Milanez pendant la minorité du prince son neveu, pour obtenir la régence, et déclara la guerre à la duchesse de Savoye, sa belle-sœur. Il emporta Chivas et plusieurs autres villes, et fit ensuite son accommodement avec la France, le 2 décembre 1640; mais ce traité ayant été rompu, il s'engagea de nouveau avec l'Espagne. Il fit un second traité avec la duchesse de Savoye en 1642, et un autre avec Louis XIII. Il fut ensuite déclaré généralissime des armées de Savoye et de France en Italie, où il fit la guerre avec divers succès. Il mourut à Turin le 22 janvier 1656, à 70 ans, avec la réputation d'un prince inconstant, mais actif et impétueux. L'intérêt eut autant de part à ses changea mens que son inconstance. Il eut deux fils de Marie de Bourbon-Soissons, morte en 1692, et sœur du dernier comte de Soissons. L'aîné, Emmanuel a continué la branche de Carignan. Le cadet, Eugène-Maurice, lieutenant-général en France, mort en 1673, fut père du fameux prince Eugène qu'il eut d'Olympe Mancini, nièce du cardinal Mazarin, morte en 1708.
SAVOYE, (Autres Princes et Princesses du nom de) *Voyez EUGENE*, n° IX... I. CREQUI... I. TENDE... II. LOUISE... et XIX. MARIE. I. SAURIN, (Elie) ministre de l'église Wallone d'Utrecht, vit le jour en 1639, à Usseaux, dans la vallée de Pragelas, frontière du Dauphiné. Son père, ministre de ce village, l'éleva comme un fils qui pouvoit illustrer son nom. Le jeune Saurin ne tarda pas à se distinguer. Ses talens le firent choisir en 1661, pour ministre de Venterol, puis d'Embrun. L'année suivante, il étoit sur le point de professer la théologie à Die, lorsqu'il fut obligé de quitter le royaume, pour avoir refusé d'ôter son chapeau en passant auprès d'un prêtre qui portoit le saint Viatique : action digne d'un fanatique outré. Il se rendit en Hollande, où il devint ministre de l'église Wallone de Delft. Il y eut des démêlés très-vifs avec le ministre Jurieu, dont il se tira avec honneur. Il mourut à Utrecht, le 8 avril 1703, âgé de 64 ans, sans avoir été marié. On a de lui : I. Examen de la Théologie de Jurieu, en 2 vol. m-8°, dans lesquels il a éclairci diverses questions importantes de théologie. II. Des *Réflexions sur les Droits de la Conscience*, Utrecht, 1697, in-8°: ce livre est en partie contre *Jurieu*, et contre le *Commentaire philosophique de Bayle*. III. Un *Traité de l'amour de Dieu*, 1701, 2 vol. in-8°, dans lequel il soutient l'amour désintéressé. IV. Un *Traité de l'amour du Prochain*, etc. *Saurin* fit honneur à sa secte par son érudition et par son zèle. Ses écrits prouvent son amour pour le travail, et ses connaissances théologiques. — II. SAURIN, (Jacques) né à Nîmes, en 1667, d'un habile avocat protestant de cette ville, fit d'excellentes études qu'il interrompit pendant quelque temps pour suivre le parti des armes. Il eut un drapeau dans le régiment du colonel *Renault*, qui servoit en Piémont; mais le duc de Savoye ayant fait la paix avec la France, *Saurin* retourna à Genève, et reprit ses études de philosophie et de théologie, qu'il acheva avec un succès distingué. Il alla, l'an 1700, en Hollande, puis en Angleterre, où il se maria en 1703. Deux ans après il retourna à la Haye; il s'y fixa, et y prêcha avec un applaudissement extraordinaire. Voici le témoignage que lui rendent des journalistes qui l'avoient souvent entendu. « A un extérieur tel qu'il le falloit pour prévenir son auditoire en sa faveur, M. *Saurin* joignoit une voix forte et sonore. Ceux qui se souviennent de la magnifique prière qu'il récitoit avant le Sermon, n'auront pas oublié non plus, que leur oreille étoit remplie des sons les plus harmonieux. Il auroit été à souhaiter que sa voix eût conservé le même éclat jusqu'à la fin de l'action; mais comme nous n'avons point des- sein de faire un panégyrique, nous avouerons que souvent il ne la ménageoit pas assez. Un peu moins de feu l'auroit garanti de ce défaut. L'attente excitée par la Prière, n'étoit point trompée par le Sermon. Nous en appelons hardiment, à cet égard, à ses auditeurs. Tous sans aucune exception étoient charmés; et tel, venu dans le dessein de critiquer, en perdoit l'idée à proportion de l'attention qu'il employoit à trouver quelque endroit susceptible de critique. Et qu'on ne s'imagine pas que de pareils prodiges étoient l'effet mécanique d'une récitation, dont les charmes ne laissoient pas la liberté d'esprit nécessaire pour juger des choses. Les *Sermons* imprimés, sur-tout ceux qui ont été publiés du vivant de l'auteur, font foi de la justesse des pensées, de la force du raisonnement et de la noblesse du style et des expressions qui forment proprement le caractère distinctif de M. *Saurin*, et que les talens extérieurs étoient les moindres de ses talens. » (*Bibliothèque françoise*, tom. 22, page 11.) La première fois que le célèbre *Abbadia* l'entendit, il s'écria : *Est-ce un Ange ou un Homme qui parle ?* Son élocution n'étoit pas exactement pure, elle sentoit le réfugié; mais comme il prêchoit dans un pays étranger, on y faisoit peu d'attention, et son auditoire étoit toujours fort nombreux. Cet illustre Réformé mourut le 30 décembre 1730, à 53 ans, et il fut aussi regretté par les honnêtes gens que par les littérateurs. Son penchant à la tolérance, son amour pour la société, la douceur de son caractère et de ses mœurs, soulevèrent contre lui les hommes emportés de son parti. Ils s'efforcèrent d'obscurcir son mérite, et d'empoisonner sa vie par la persécution. Ses ennemis firent beaucoup valoir ses intrigues galantes, et quelques autres aventures où sa vertu s'étoit démentie; mais ces taches furent effacées par de grands talens. Les ouvrages de ce célèbre ministre sont : I. Des Sermons, en 12 vol. in-8°, et in-12, dont quelques-uns sont écrits avec beaucoup de force, de génie et d'éloquence, et dont quelques autres sont négligés et foibles. On n'y trouve point ces imprécations et ces fureurs, que les Calvinistes font ordinairement paroître dans leurs Sermons contre l'Eglise Romaine; et c'étoit une des raisons de la vexation des fanatiques. Ils vouloient qu'il appelât le Pape l'Antechrist, et son Eglise la Prostituée de Babylone; Saurin ne voulut jamais employer ces grands traits d'éloquence. Il avoit publié les cinq premiers volumes pendant sa vie, depuis 1708 jusqu'en 1725; les derniers ont été donnés après sa mort. II. Des Discours sur l'Ancien Testament, dont il publia les deux premiers vol. in fol. Beausobre et Roques ont continué cet ouvrage, et l'ont augmenté de 4 vol., 1720 et années suivantes. Une Dissertation du 2e vol., qui traite du Mensonge officieux, fut vivement attaquée par la Chapelle, et suscita de fâcheuses affaires à Saurin. III. Un livre intitulé : l'Etat du Christianisme en France, 1725, in-8°, dans lequel il traite de plusieurs points importants de controverse, et combat le miracle opéré sur la dame la Fosse à Paris. IV. Abrégé de la Théologie et de la Morale Chrétienne, en forme de Catéchisme, 1722, in-8°. Saurin publia, deux ans après, un abrégé de cet abrégé; l'un et l'autre sont faits avec méthode, mais ils ne peuvent servir qu'aux Protestans.
III. SAURIN, (Joseph) géomètre, de l'académie des sciences de Paris, naquit à Courteson dans la principauté d'Orange, en 1659. Son père, ministre à Grenoble, fut son premier précepteur. Beaucoup d'esprit et un caractère vif étoient de grandes dispositions à l'étude. Il fit des progrès rapides, et fut reçu ministre fort jeune à Eure en Dauphiné. Saurin s'étant emporté dans un de ses Sermons, fut obligé de quitter la France en 1683. Il se retira à Genève, et de là dans l'état de Berne, qui lui donna une cure considérable dans le bailliage d'Yverdun. Il étoit bien établi dans ce poste, lorsque quelques théologiens formèrent un orage contre lui. Saurin, dégoûté de la controverse, et sur-tout de la Suisse où ses talens étoient enfouis, passa en Hollande. Il se rendit de là en France, et se mit entre les mains de l'illustre Bossuet, qui lui fit faire son abjuration en 1690. Ses ennemis doutèrent toujours de la sincérité de cette conversion. L'histoire qu'il en a donnée, est une espèce de roman. On crut assez généralement que l'envie de cultiver les sciences dans la capitale de la France, avoit eu plus de part à son changement que la religion. Cependant Saurin avoit trop d'esprit, pour ne pas sentir que les réformateurs du XVIe siècle avoient été trop loin. « Désabusé (dit-il) du système dur de Calvin, je ne regardois plus ce réformateur, dont je m'étois fait une idole, que comme un de ces esprits excessifs qui outrent tout, et qui vont toujours au-delà du vrai. Tels me parurent en géné- val les premiers auteurs de la réforme, et cette juste idée de leur caractère d'esprit me fit bientôt revenir d'une infinité de préjugés. Je vis sur la plupart des articles qui font le plus de peine à nos frères séparés, (comme l'invocation des Saints, le culte des images, la distinction des viandes, etc.) qu'on avoit fort exagéré les abus inévitables du peuple; que ces abus exagérés avoient été mis sur le compte de l'Eglise Romaine, et donnés par les réformateurs pour sa doctrine; et que sa doctrine, même sur ces points séparés des abus, avoit été mal prise, et tournée d'une manière odieuse. Une des choses dont je fus le plus frappé, quand mes yeux commencèrent à s'ouvrir, ce fut de la fausse idée, quoiqu'en apparence pleine de respect pour la parole de Dieu; de la fausse idée, dis-je, qu'on a dans la réforme sur la suffisance et la clarté de l'Ecriture-sainte; et de l'abus manifeste des passages dont on se sert pour appuyer cette idée: car cet abus est un point qui peut être démontré. Deux ou trois articles faisoient encore une pro- l'Encharistie J. C., objet vraiment adorable; nulle erreur à cet égard. J. C. n'est-il point réellement dans l'Encharistie? Le Catholique qui l'y adore, l'adore où il n'est pas; simple erreur de lieu, nul crime d'idolâtrie. «Je fus étonné (continue Saurin) que cette pensée qui se présente si naturellement à l'esprit, ne se fût pas encore offerte à moi; elle me troubla, et peu de temps après, l'Exposition de feu M. l'évêque de Meaux, ouvrage qui ne sera jamais assez dignement loué, et son Traité des Variations, achevèrent de renverser toutes mes idées, et de me rendre la Réforme odieuse. » Saurin ne se trompa point dans l'idée qu'il s'étoit faite, qu'il trouveroit des protections et des secours en France. Il fut bien accueilli par Louis XIV, eut des pensions de la cour, et fut reçu à l'académie des sciences en 1707, avec des distinctions flatteuses. La géométrie faisoit alors son occupation et son plaisir. Il orna le Journal des Savans, auquel il travaillait, de plusieurs excellens extraits, et les Mémoires de l'académie des sciences, de beaucoup de morceaux intéressans. Ce sont les seuls ouvrages qu'on connoisse de lui. On lui attribue mal à propos le Factum qu'il publia contre Rousseau, lorsqu'il fut enveloppé dans la triste affaire des Couplets. Il se répandit en 1709, dans le café où Saurin alloit prendre tous les jours son unique divertissement, des chansons affreuses contre tous ceux qui y venoient. On soupçonna violemment Rousseau d'en être l'auteur. Celui-ci rejeta ces horreurs sur Saurin, qui fut pleinement justifié par un arrêt du parlement, rendu en 1712, tandis que son accusateur étoit banni du royamme. *Saurin* échappé à cette tempête, ne s'occupa plus que de ses études. Il mourut à Paris le 29 décembre 1737, à 78 ans, d'une fièvre léthargique. Il avoit épousé en Suisse une demoiselle de la maison de *Crousas*, qui suivit son mari en France, et dont il eut un fils. [ *Voyez l'article suivant.* ] Le caractère de *Saurin* étoit vif et impétueux; il avoit cette noble fierté qui sied si bien, et qui est si nuisible, parce que nos ennemis la prennent pour de la hauteur. Sa philosophie étoit rigide; il pensoit assez mal des hommes, et le leur disoit souvent en face avec beaucoup d'énergie. Cette franchise dure lui fit beaucoup d'ennemis. Sa mémoire a été attaquée après sa mort, comme sa réputation l'avoit été pendant sa vie. On fit imprimer dans le *Mercure Suisse*, une prétendue Lettre écrite de Paris à un ministre, dans laquelle il s'avouoit coupable de plusieurs crimes qui auroient mérité la mort. Quelques ministres Calvinistes publièrent en 1757, deux ou trois brochures pour prouver que cette Lettre avoit existé. Il fallut que *Voltaire* fit des recherches pour savoir si cette pièce n'étoit point supposée. Il consulta non-seulement le seigneur de l'endroit où *Saurin* avoit été pasteur, mais encore les doyens des pasteurs de ce canton. Tous se récrièrent sur une impétation aussi atroce. Mais il faut avouer que ce poète philosophe, en voulant défendre *Saurin* dans son *Histoire générale*, a laissé de fâcheuses impressions sur son caractère. Il insinue que ce géomètre sacrifia sa religion à son intérêt, et qu'il se joua de *Bossuet*, qui avoit avoir converti un *Ministre*, et qui ne fit que servir à la petite fortune d'un philosophe. Cela peut être vrai; mais c'est un aveu singulier de la part d'un homme qui fait l'apologie d'un autre.
IV. SAURIN, ( Bernard-Joseph ) avocat au parlement, de l'académie Françoise, mort à Paris le 17 novembre 1781, étoit fils du précédent. Il ne cultiva pas la jurisprudence, quoiqu'il eût pris des grades, et s'attacha entièrement à la littérature et au théâtre. Sa tragédie de *Spartacus*, jouée en 1760, offre le caractère neuf d'un héros généreux, armé pour venger l'univers opprimé par les Romains; mais tous les personnages sont sacrifiés au rôle principal; et, quoiqu'on y rencontre de temps en temps des vers frappés, comme disoit *Voltaire*, à l'enclume de *Corneille*, le plus grand nombre sentent réellement l'enclume, et sont durs et prosaïques. *Blanche et Richard* [ *Voy. l'article THOMPSON.* ] représentée en 1764, est plus touchante que *Spartacus*; mais la versification a les mêmes défauts. Son drame de *Beverley*, joué en 1768, est une de ces tragédies bourgeoises, où l'on défigure à la fois *Melpomène* et *Thalie*. Elle eut cependant un certain succès, soit par la peinture des maux auxquels le jeu entraîne, soit par l'art singulier d'un des principaux acteurs. On a aussi de lui des Comédies. I. *L'Anglomane*, en vers libre, d'abord en 3 actes, resserrée depuis (1773) en un acte, et jouée avec succès. II. *Le mariage de Julie*, en un acte et en prose, non représenté; elle offre quelques jolis détails. On trouve à la suite de cette pièce diverses *Poésies* qui pêchent trop souvent par le ton prosaïque. III. La petite comédie des *Mœurs du Temps*, en prose, jouée en 1761, est un tableau agréablement peint des ridicules de la société actuelle : on y voit que l'auteur connoissoit le grand monde, et qu'il copioit assez bien le ton des personnages qu'il vouloit représenter. Il vivait dans ce grand monde, et savoit s'y faire estimer. « Ses vers ( dit M. le duc de *Nivernois* ) étoient sans faste ; son commerce étoit sans épines. Une certaine pétulance dans la dispute, donnoit à sa société quelque chose de piquant, sans y rien mêler de fâcheux ; c'étoit de la véracité et non pas de l'orgueil. On dit que, dans la jeunesse de M. *Saurin*, cette effervescence alloit presque jusqu'à une espèce d'emportement ; mais la raison l'avoit réduite à n'être que de la vivacité, et sous cette forme plus douce, il l'a conservée jusqu'à son dernier jour. M. *Saurin*, jouissant toujours d'une belle mémoire, d'une imagination féconde, étudioit, composoit avec succès à la fin de sa vie ; comme on voit un chêne antique et courbé par les orages, pousser encore des rejetons vigoureux et verdoyans. Son esprit et son caractère n'ont jamais rien perdu de leur énergie ; et sachant allier à l'énergie la circonspection et la mesure, ce qui est si rare et si digne d'éloges, il n'a jamais rien outré, rien exagéré, même dans la culture de la sagesse et de la philosophie. « Il eut des amis illustres : *Montesquieu*, *Voltaire*, *Helvetius*, qui lui faisoit mille écus de pension, et qui, lorsque *Saurin* se maria, lui fit présent du capital de cette pension. Quoiqu'il eût épousé une femme beaucoup plus jeune que lui, il répétoit souvent : *Je n'ai été heureux que* *depuis mon mariage*. La tendresse consolante d'une épouse aimable et sensible avoit su, pour nous servir de sa propre expression, le *rattacher à la vie*. Le THÉATRE de *Saurin* a été imprimé en 1783, en deux vol. in-8. On a encore de ce poète, dans divers recueils, un assez grand nombre de *Couplets bachiques*, remarquables par une gaieté piquante et originale.
SAUSSAY, ( André du ) docteur en droit et en théologie, curé de Saint-Leu à Paris sa patrie, official et grand-vicaire dans la même ville, et enfin évêque de Toul, naquit vers 1595. Il s'acquit l'estime du roi *Louis XIII*, dont il fut prédicateur ordinaire, et qui l'honora de la mitre en 1649. Il gouverna son diocèse avec beaucoup de zèle et de sagesse, et mourut à Toul le 9 septembre 1675, à 80 ans. Il est auteur de divers ouvrages, et du *Martyrologium Gallicanum*, 1638, 2 vol. in-fol., dans lequel on remarque beaucoup d'érudition, mais très-peu de critique, et encore moins d'exactitude. Il entreprit cet ouvrage par ordre de *Louis XIII*. « Au jugement du Père *Papebroch* ( dit *Baillet* ), ce Martyrologe est l'ouvrage d'un jeune homme qui n'étoit pas assez préparé sur sa matière ; qui avoit trop de facilité et de précipitation ; qui manquoit d'exactitude et de discernement ; qui donnoit trop à son génie et à son imagination ; qui ne faisoit pas scrupule d'altérer la vérité des faits ; qui outroit la licence que permet la rhétorique, et qui faisoit des amplifications plus qu'écolières. Il est fâcheux pour la mémoire de M. du *Saussay*, d'avoir à subir une censure si rigoureuse ; mais il est encore plus fâcheux de l'avoir méritée. Il adopte presque toutes les fables des Légendes, et il se contente de les revêtir d'un beau latin, si toutefois on peut donner ce nom à un style plein d'affectation, dont toutes les richesses consistent en synonymes, en antithèses, en métaphores et en hyperboles. Il ne cite nulle part aucun auteur, et ne garantit rien de ce qu'il avance. Il fait souvent des bévues puériles ; et quoiqu'il ait établi une classe à part pour les personnes que l'Eglise n'a point encore mises au catalogue des Saints, il ne laisse pas d'en confondre plusieurs de cette espèce, qu'il range sans scrupule dans la première classe parmi ceux qui sont publiquement reconnus et qui ont un culte réglé. Ainsi on n'est plus surpris que le public l'ait dispensé de IV tomes de Commentaires Apodictiques sur les Saints de France ; et c'est ménager assez mal la dignité de l'Eglise Gallicane, que d'honorer de son nom un tel Martyrologe. J'ajoute à ceci, qu'on lui avoit donné communément le nom de Plaustrum mendaciorum. I. SAUSSURE, (Nicolas de) né à Genève en 1709, y devint membre du conseil des Deux-cents, et se fit connoître par ses écrits sur l'agriculture. Il est mort vers 1790. On lui doit : I. Manière de provigner la vigne sans engrais, 1775, in-8.º II. Essai sur la cause de la disette du blé en Europe, et sur les moyens de la prévenir, 1776, in-12. III. Autre sur la taille de la vigne et sur la rosée, 1780, in-8.º IV. Le Feu, principe de la fécondité des plantes et de la fertilité des terres, 1783, in-8.º V. Il rem- porta un prix à la société économique d'Auch, par un Mémoire sur la manière de cultiver les terres ; et on en trouve d'autres de lui dans le Recueil de la société de Berne.
II. SAUSSURE, (Horace-Benedict de) fils du précédent, né à Genève le 17 février 1740, so lia dès sa jeunesse avec les savans qui illustroient sa patrie, tels que Pictet, Jalabert, Bonnet et Haller. Il prit avec eux le goût du travail, et un amour extrême pour l'étude de la nature. La chaire de professeur en philosophie étant venue à vaquer à Genève, Saussure l'obtint, quoiqu'il n'eût que 21 ans, et la remplit avec célébrité pendant 25. Il n'abandonna ses leçons que pour voyager. Il vint à Paris en 1768, et revint deux autres fois en France, d'abord pour y considérer les volcans éteints du Vivarais, du Forez et de l'Auvergne ; ensuite, pour voir à Lyon la machine aérostatique de Montgolfier, et suivre tous les détails de cette célèbre expérience. Saussure visita la Belgique, la Hollande et l'Angleterre, où il eut le bonheur de trouver Franklin. En 1772, il partit pour l'Italie, et y observa, avec l'œil du génie, les productions de la nature. Il s'arrêta en particulier dans l'île d'Elbe, célèbre par ses mines de fer ; à Naples, ou Hamilton monta avec lui sur le Vésuve ; à Catane, où la vue majestueuse de l'Etna lui inspira le désir d'atteindre sa plus haute cime. Celle-ci fut mesurée par de Saussure, le 5 juin 1773, et fixée par lui, au moyen du baromètre, à 1713 toises. Des neiges éternelles qui bravent les feux du climat et ceux du volcan, commencent à 1500 d'élévation ; les pétrifications des productions de la mer s'y découvrent actuellement à 300 toises au-dessus de son niveau. Dans ses savantes courses, *Saussure* prit tantôt la minéralogie pour l'objet de ses recherches, tantôt ce fut la botanique qui fixa son attention. Il découvrit plusieurs genres de lichens inconnus, et près des eaux thermales d'Aix, deux espèces de trémelles qui n'avoient point encore été décrites, et qui dans leurs mouvemens d'oscillation parcourent, comme l'aiguille d'une montre, un dixième de ligne par minute. Le génie inventif de *Saussure* ne se borna pas à ces découvertes. On lui doit une foule d'instrumens utiles aux sciences et aux arts. On peut citer, 1° le *cyanomètre* et le *diaphanomètre*, qui ont pour objet de graduer la transparence de l'atmosphère passant du bleu le plus clair au bleu le plus noir, et de fixer ainsi l'influence des matières terrestres qui troublent cette transparence. 2° Un instrument propre à mesurer la force de l'action du vent. 3° Un autre pour déterminer l'influence de la force magnétique dans différents lieux et à différentes températures. 4° Un nouveau plan de moulin, à l'abri des variations subites des vents. 5° *L'électromètre*, instrument exact et ingénieux, propre à déterminer la nature et la force du fluide électrique, même dans un temps serein. Au moyen de cet instrument, *Saussure* parvint à démontrer que les mouvemens violens de l'homme augmentent en lui la présence de ce fluide. 6° Un instrument qui fait découvrir la présence du fer dans les minéraux, et offre aux minéralogistes un moyen qui a tous les avantages d'une boussole portative, sans en avoir les inconvénients. niens. 7° *L'héliothermomètre*, inventé en 1767, et dont *Buffon* publia ensuite la description. Il sert, pour ainsi dire, à emmagasiner la chaleur. On sait qu'on a plus chaud dans une chambre et une voiture, où le soleil pénètre au travers des carreaux de glaces, que lorsque ses rayons y entrent directement. *Saussure* fit construire cinq caisses carrées, de verre plat, s'emboîtant les unes dans les autres, et il parvint dans la dernière à élever le thermomètre au 88° degré. Il pensa ensuite à adapter cette découverte aux usages économiques, et à remplacer ainsi le feu de nos foyers par la chaleur du soleil. 8° *L'hygromètre* à cheveu, propre à comparer les divers degrés de l'humidité de l'air, mérita sur-tout à *Saussure* les applaudissemens des physiciens, et ouvrit à son auteur une nouvelle carrière dans les sciences. Par le moyen de cet instrument, il mesura la quantité d'eau que l'air peut contenir dans diverses circonstances, et détermina les affinités des vapeurs avec les corps qui peuvent s'en charger. — *Spallanzani* faisoit à Pavie les expériences les plus curieuses sur les animalcules infusoires; *Saussure*, qui correspondoit sans cesse avec lui, chercha à l'aider dans ce travail, et prouva que la plupart de ces êtres imperceptibles se reproduisent à la manière des polypes, par des divisions transversales; que le milieu de leur corps offre un étranglement qui finit par se rompre et produire deux animaux semblables au lieu d'un; qu'ils jouissent, comme les grandes espèces, de tous les attributs de l'existence, éprouvent des plaisirs, sont sujets à des maux, et peuvent être foudroyés par l'étincelle électrique. Mais c'est principalement dans la géologie et la connoissance des montagnes, que *Saussure* se montra véritablement législateur. En 1760, des Anglois avoient fait un voyage aux glaciers de Chamouni, que l'on avoit toujours regardés comme inaccessibles, et qu'on nommoit *Montagnes maudites*. *Saussure* entreprit de les visiter : rien n'ébranla son courage, ni ne troubla ses tranquilles observations. Depuis cette époque, il prit la résolution de faire chaque année un voyage dans les Alpes, et il l'exécuta autant que sa santé le lui permit. En effet, il poursuivit leur chaîne jusqu'aux bords de la mer et dans toute leur direction. En 1779, il les avoit traversées quatorze fois par huit endroits différens, et visité les mêmes points d'observations dans toutes les saisons. Il s'éleva le premier sur le mont *Cramont* en 1774, et s'essaya ainsi à gravir bientôt sur le mont *Blanc*, vers lequel *Saussure* observa que tous les sommets pyramidaux des monts voisins penchent et s'inclinent, « comme pour rendre hommage, dit M. *Senebier*, à ce dominateur de toutes les montagnes de l'Europe. » *Saussure* fixa la hauteur du *Cramont* à 150 toises. Il parvint quelque temps après sur la cime la plus élevée du mont *Rose*, qui n'est inférieure que de 20 toises à celle du mont *Blanc*. Enfin ce dernier, que *Saussure* avoit toute sa vie désiré escalader, vit sa crête foulée sous ses pas au commencement d'août 1787. L'année auparavant, le docteur *Paccard* et *Jacques Balmat*, animés par de *Saussure*, y étoient parvenus après avoir bravé mille dangers. Ce dernier, loin d'en être effrayé, resta trois heures et demie sur le plus haut sommet, et y trouva le baromètre à seize pouces et une ligne ; ce qui donne au mont *Blanc* 2450 toises d'élévation : le thermomètre étoit à deux degrés au-dessous de zéro. *Saussure* y respira à peine : l'action seule de boucler son soulier fut pour lui un travail presqu'au-dessus de ses forces. Au mois de juillet 1788, *Saussure* parvint, avec son fils aîné, sur le col du *Géant*, élevé de 1763 toises au-dessus du niveau de la mer, et y campa dix-sept jours pour y faire des observations. En interrogeant les flancs arides des rochers primitifs, les masses étincelantes de glaces, les couches successives de neiges, il a déterminé leur âge, leur accroissement chronologique. Il conquit ainsi les monts célèbres qu'il parcourut, et pénétra avec autant d'intelligence que de courage dans ces grands ateliers de la nature, où, au milieu des neiges, des torrens, des brouillards, et de l'image effrayante de l'antique chaos, se forment les principes de la fécondation et l'origine des fleuves et des mers. Dans ses savantes excursions, *Saussure* enrichit la lithologie de plusieurs pierres nouvelles, parmi lesquelles nous ne citerons que la byssolite qu'il trouva en 1777, et qui est couverte de poils d'une extrême finesse. Tant de travaux méritoient la gloire, et *Saussure* l'obtint. Associé de l'académie des sciences de Paris et de plusieurs autres, sa maison reçut tous les étrangers illustres qui venoient à Genève pour le voir ; et en 1778, l'empereur *Joseph II* lui fit l'accueil le plus flatteur. *Saussure*, fondateur de la société des arts dans sa patrie, contribua ainsi à y porter à un très-haut point de prospérité l'industrie locale. Membre du conseil des Deux-cents, il fut appelé ensuite à l'assemblée nationale de France, lorsque Genève fut réunie à la république. La révolution lui ôta la plus grande partie de sa fortune, et les secousses politiques navrèrent son cœur. Celui qui avoit résisté à tant de fatigues, fut terrassé par le chagrin; il mourut de paralysie le 3 pluviôse de l'an 7, à l'âge de 59 ans. Ses ouvrages sont: I. Eloge de Bonnet, in-8.º L'auteur le publia, lorsque Genève affligée de la perte de cet homme célèbre dont il étoit neveu par alliance, lui érigea un monument public. II. Dissertatio physica de igne, 1759. Cette Dissertation, l'un des premiers ouvrages de l'auteur, établit par des expériences que les corps s'échauffent d'autant plus par l'action du soleil, qu'ils sont plus noirs; aussi le vrai moyen pour les cultivateurs des Alpes de hâter la fonte des neiges, est de répandre sur elles de la terre noire. III. Recherches sur l'écorce des feuilles et des pétales, 1762, in-12. Ce petit livre, dédié à Haller, offre autant de patience et d'exactitude que de finesse dans les observations. IV. Dissertatio physica de electricitate, 1766, in-8.º L'auteur y juge entre Franklin et Nollet, et décide en faveur de la théorie du premier. V. Exposition abrégée de l'utilité des conducteurs électriques, 1771, in-4.º L'auteur fut le premier qui fit élever un paratonnerre à Genève, et cet écrit fut destiné à rassurer le peuple que cette innovation avoit effrayé. VI. Projet de réforme pour le collège de Genève, 1774, in-8.º L'auteur veut qu'on conduise particulièrement par les sens, les enfans à l'instruction; qu'on leur apprenne l'histoire naturelle par la vue des échan- tillons; l'histoire, par la peinture des événements et celle des positions géographiques; les arts enfin, par la présentation des machines et des effets qu'ils ont créés. VII. Description des effets électriques du tonnerre, observés à Naples dans la maison de milord Tilney, in-4.º VIII. Essais sur l'hygrométrie, 1783, in-4.º Cet ouvrage est un modèle de précision. Il créa la science dont il traite, et qui fait l'une des principales branches de la météorologie. L'auteur y décompose l'eau et les vapeurs jusque dans leurs élémens primitifs; il y décrit tous les phénomènes de l'évaporation, et présente les sources des rosées, des brouillards, des neiges, et des horribles tempêtes qui bouleversent l'atmosphère. IX. Défense de l'hygromètre à cheveu, 1788, in-8.º X. Voyages dans les Alpes, 4 vol. in-4.º, avec figures: le premier parut en 1779, le second en 1786, et les deux derniers en 1796. C'est le plus grand et le plus important ouvrage de l'auteur. Il offre l'histoire nouvelle de contrées inconnues, mais dont la connoissance peut faire deviner un jour la véritable théorie de la terre. Descartes, sur les Alpes, médita de grandes pensées; Saussure y poursuivit la nature et sut la peindre. Il assure que les Alpes et les plaines qui les avoisinent, ont été respectées par les volcans, soit parce qu'elles ne renferment point dans leur sein l'aliment qui en nourrit les feux, soit parce que le temps de leur développement n'est pas encore arrivé. XI. Saussure publia, dans les journaux et les mémoires des sociétés savantes, une foule d'écrits dont plusieurs sont des traités complets. On peut distinguer ceux sur la constitution physique de l'Italie; la géographie physique de cette contrée; les *Lagoni di monte Cerboli*; l'histoire physique du ballon lancé à Lyon le 19 janvier 1784; les tourmalines du *Saint-Gothard*; les moyens de se garantir des mauvais effets du charbon embrasé dans les lieux fermés; la mine de fer de *St-George* de Maurienne; les deux dents d'élégant trouvées près de Genève; les collines volcaniques du Brisgaw; les variations de hauteur et de température des eaux de l'Arve; le moyen de souder à de petits tubes de verre les fragments de minéraux qu'on veut faire fondre au feu du chalumeau, et l'usage enfin de cet instrument dans la minéralogie. Ce dernier mémoire sur-tout, inséré dans le Journal physique de l'an 3, offre des résultats aussi neufs que bien observés. *Saussure*, suivant M. *Senebier*, qui a consacré à la mémoire de son compatriote un écrit éloquent et où tous les ouvrages de celui-ci sont justement appréciés, avoit une taille haute et bien proportionnée, les yeux vifs, la physionomie agréable, un air d'abandon qui gagnait la confiance. Il s'exprimait avec chaleur et clarté, et savoit animer sa conversation par la vérité et l'abondance de ses idées. La société des arts de Genève a voulu que son portrait, peint par *Saintours*, fût placé dans la salle de ses séances.
**SAUSSAYE**, (Charles de la) né en 1565, d'une famille noble, fut chanoine d'Orléans sa patrie, jusqu'en 1614, qu'il accepta la cure de St-Jacques de la Boucherie à Paris. Le cardinal de *Betz* le nomma chanoine de l'église de Paris; ce qui ne l'empêcha pas de conserver sa cure. Il mourut le 21 septembre 1621, à 56 ans. On a de lui: *Annales Ecclesiae Aurelianensis*, Paris, 1615, in-4°; ouvrage plein de recherches savantes. On y trouve un *Traité de Veritate translationls corporis sancti Benedicti ex Italia ad monasterium Floriacense diacesis Aurelianensis*. Ce *Traité*, qui a souffert quelques difficultés de la part des savans Italiens, n'est pas toujours d'une critique exacte.
**SAUTEL**, (Pierre-Juste) jésuite, né à Valence en Dauphiné l'an 1613, mourut à Tournon le 8 juillet 1661 ou 1662, dans sa 49$^{e}$ année. Il cultiva de bonne heure la poésie latine et avec succès. Il rend les petits sujets intéressants, par la manière ingénieuse et délicate dont il les décrit. Il suffit, pour s'en convaincre, de lire la première *Élégie* de ses *Jeux allégoriques*, sur une *Mouche tombée dans une terrine de lait*. Mais cette pièce séroit encore plus estimable, si l'auteur avoit su modérer son imagination et s'arrêter où il falloit. Ses digressions trop longues, ses moralités insipides, quelques expressions qui ne sont pas latines, prouvent que son goût n'étoit pas aussi sain que son génie étoit heureux et facile. « En lisant (dit avec raison un critique), vous commencez par le plaisir, vous continuez par la satiété, vous finissez par le dégoût. » Les autres sujets de ses *Jeux allégoriques*, sont: un *Essaim d'Abeilles distillant du miel dans le carquois de l'Amour*; la *Plainte des Mouches*; un *Oiseau mis en cage*; la *Mouche prise dans les filets de l'Araignée*; le *Perroquet qui parle*, etc. On a encore de lui des *Epigrammes* assez fades: sur tous les jours de fêtes de l'année, qu'il a in- titulées : l'Année sacrée poétique, ouvrage imprimé à Paris, 1665, in-16. Les Jeux allégoriques l'avoient été à Lyon, l'an 1656, in-12, avec une autre production qui a pour titre : les Jeux sacrés et les Pieuses farmes de la Magdeleine. La latinité en est agréable, mais les pensées n'en sont pas naturelles. I. SAUVAGE, (Jean) en latin Férus, cordelier de Mayence, mourut en 1554, à 60 ans. Ses Prédications, qui ont été imprimées en plusieurs volumes in-8°, et ses Explications de l'Écriture-Sainte, publiées aussi en différens temps, in-8°, prouvent qu'il avoit lu l'Écriture et les Pères ; mais il connoissoit peu le véritable goût de l'éloquence. Dupin trace ainsi le caractère de cet auteur : « Férus, dit-il, parloit avec facilité, et jugeoit sainement des choses. Il avoit bien lu les commentaires des Pères ; il les suit et les imite. Il n'étoit point prévenu des maximes de la cour de Rome. Ses sentimens, assez libres, lui ont attiré des adversaires, et ont fait mettre ses ouvrages à l'Index. Ses Commentaires sur l'Écriture ne sont pas des notes sèches, mais des discours étendus et éloquens, dans lesquels il explique néanmoins le sens littéral. On ne peut nier que ces Commentaires ne soient d'un grand usage à ceux qui veulent avoir un commentaire où la morale et la doctrine soient naturellement jointes à l'explication de la lettre. »
II. SAUVAGE, (Denis) seigneur de Fontenailles en Brie, autrement dit le Sieur du Panc, étoit Champenois et historiographe du roi Henri II. Il traduisit en françois les Histoires de Paul Jove ; la Circé de Gelli ; la Philosophie d'Amour de Léon Juda ; et donna des éditions d'un grand nombre d'Histoires et de Chroniques. Son édition de Froissart, à Lyon, 1559, en 4 vol. in-fol., et celle de Monstrelet, à Paris, 1572, en 2 vol. in-fol., sont ce qu'il a fait de mieux en ce genre. On estime aussi l'édition d'une Chronique de Flandres qu'il publia en 1562. Elle s'étend depuis 792 jusqu'en 1383. Sauvage l'a continuée jusqu'en 1435 ; mais il n'a presque fait que copier Froissart et Monstrelet. Son style est barbare, et il étoit plus propre à compiler qu'à écrire.
III. SAUVAGE, (N.) célèbre maître écrivain, dut son talent au célèbre calligraphe Alais, et devint lui-même le maître de Bussignol. Les pièces de Sauvage se vendent à très-haut prix.
SAUVAGES, (François Boissier de) né à Alais en 1705, se consacra à la médecine. Il fit les plus grands progrès dans cette science, et devint professeur royal de médecine et de botanique en l'université de Montpellier, membre de la société royale des sciences de la même ville, de celles de Londres, d'Upsal, de la Physico-Botanique de Florence, des académies de Berlin, de Suède, de Toscane, des Carieux de la Nature de Bologne. Il étoit consulté de toutes parts, et on le regardoit comme le Boerhaave du Languedoc. Parmi les ouvrages qu'il a donnés sur la médecine, on distingue sa Pathologia, in-12, plusieurs fois réimprimée ; et sa Nosologia Methodica, à Lyon sous le nom d'Amsterdam, 1763, 5 vol. in-8°, et 1768, 2 vol. in-4°. Elle a été traduite en françois par M. Nicolas, à Paris, 1771, en 3 vol. in-8°, sous ce titre : *Nosologie Méthodique, dans laquelle les maladies sont rangées par classes, suivant le système de Sydenham et l'ordre des Botanistes*. M. Gouvion en publia une autre traduction plus exacte, à Lyon, 1771, 10 vol. in-12; la *Nosologie* méritait cet honneur. On y trouve tout-à-la fois un Dictionnaire universel et raisonné des maladies, et une Introduction générale à la manière de les connoître et de les guérir. C'est un livre vraiment classique, nécessaire aux commençans et utile aux professeurs. Quoiqu'il soit assez généralement estimé, on reproche cependant à l'auteur d'avoir trop grossi le nombre des maladies, parce qu'il les définit par les symptômes plutôt que par les causes. On croit aussi que ses vues eussent été plus sûres et d'une utilité plus générale, s'il avoit eu moins de penchant pour certains systèmes, et en particulier pour celui de Stahl touchant le pouvoir de l'ame sur le corps. C'est ce système qui, selon Zimmermann, a entraîné Sauvages dans des opinions singulières qu'il a soutenues avec beaucoup de feu. Dans sa *Theoria Febris*, Montpellier, 1738, in-12, il prétend que la cause de la fièvre consiste dans les efforts que fait l'ame pour lever les obstacles qui s'opposent à la liberté des mouvemens du cœur. On trouve cette idée répandue dans plusieurs de ses Dissertations. « On conviendra ( dit Zimmermann ) que le corps est subordonné à l'empire de l'ame dans tous les mouvemens que nous appelons communément volontaires; mais l'ame paroît, au contraire, lui être subordonnés dans ceux où elle est dans un état de passibilité : c'est ce que l'expérience journalière peut prouver à un homme qui ne prend pas les mots pour les choses. » Du reste, on peut croire que l'opinion de Sauvages se vérifie avec des modifications qui démentent également la manière absolue avec laquelle il la soutient et avec laquelle son adversaire la nie. Sauvages étoit profond dans les mathématiques; mais il en fit un trop grand usage dans la médecine, en soumettant cet art aux calculs d'algèbre les plus rigoureux et aux démonstrations de la plus sublime géométrie. On a encore de lui : I. *Physiologie mecanica Elementa*. Amsterdam, 1755, in-12. II. *Methodus foliorum*, etc. la Haye, 1751, in-8°. On y trouve le catalogue d'environ 500 plantes qui manquent dans le *Botanicum Monspeliense*, publié par Magnoli. III. Un grand nombre de *Dissertations* et de *Mémoires*. Ceux qui ont été couronnés par des académies, ont été recueillis sous le titre de *Chefs-d'œuvre* de M. de Sauvages, Lyon, 1770, 2 vol. in-12. IV. Traduction de la *Statue des animaux*, de Hales, Genève, 1744, in-4°. Cet habile médecin, mort à Montpellier le 19 février 1767, à 61 ans, conserva, avec une réputation très étendue, une grande simplicité de mœurs. Il trouvoit ses plaisirs dans les travaux de son état. Il fut aimé de ses disciples, et mérita de l'être. Il leur communiquoit avec plaisir ce qu'il savoit; ses connoissances passaient sans faste et sans effort dans ses conversations. L'habitude du cabinet lui donnoit quelquefois dans le monde, cet air pesant et distrait qui s'oppose à l'enjouement et aux graces. ( Voyez son *Eloge historique* historique à la tête de la *Nosologie Françoise*, 3 vol. in-8.º)
SAUVAL, (Henri) avocat au parlement de Paris, mort en 1670, est auteur d'un ouvrage en 3 vol. in-fol., intitulé : *Histoire des Antiquités de la ville de Paris*. Il employa 20 années à faire des recherches sur les agrandissemens de cette ville, sur les changemens des lieux les plus considérables, sur les aventures singulières qui y sont arrivées, sur les cérémonies extraordinaires, sur les privilèges et sur les anciens usages et coutumes qui ont été observés. Il puisa ses matériaux, tant au trésor des Chartres et dans les registres du parlement, que dans les archives de la ville, dans celles de Notre-Dame, de la Ste-Chapelle, de Ste-Geneviève, dans les manuscrits de St-Victor. Cet ouvrage vaut mieux pour le fond des choses, que pour la manière dont elles sont rendues. L'auteur mourut sans avoir eu le temps de le finir. Rousseau, auditeur des comptes, y mit la dernière main, y rectifia et suppléa beaucoup de choses. La mort le prévint aussi, et l'ouvrage ne fut donné au public qu'en 1724. On en a donné une édition en 1733. Pour l'avoir complète, il est nécessaire que le cahier concernant les *Amours des rois de France*, n'en soit pas détaché. Il parut séparément (Hollande, 1738) en 2 vol. in-12, avec figures, sous le titre de *Galanteries des Rois de France*.
SAUVEUR, (Joseph) né à la Flèche en 1653, fut entièrement muet jusqu'à l'âge de 7 ans. Les organes de sa voix ne se débarrassèrent qu'à cet âge, lentement et par degrés, et ils ne furent jamais bien libres. Dès-lors Sau- veur étoit machiniste; déjà il construisoit de petits moulins; il faisoit des siphons avec des chalumeaux, des jets-d'eau, et d'autres machines. Il apprit sans maître la géométrie, et se trouva ensuite assidument aux conférences de *Rohault*. Ce fut alors qu'il se consacra tout entier aux mathématiques. Il enseigna la géométrie dès l'âge de 23 ans, et il eut pour disciple le prince *Eugène*. Le jeu appelé *la Bassette* étoit alors à la mode à la cour. Le marquis de *Dangeau* lui demanda, en 1678, le calcul du *Banquier* contre *les Pontes*. Le mathématicien satisfit si pleinement à cette demande, que *Louis XIV* voulut entendre de lui-même l'explication de son calcul. En 1680, il fut choisi pour enseigner les mathématiques aux pages de Madame *la Dauphine*, qui en faisoit beaucoup de cas. Le grand *Condé* prit aussi du goût pour *Sauveur*, et ce goût fut bientôt suivi de l'amitié. Un jour que le mathématicien entretenoit le prince en présence de deux savans, ils se mirent à expliquer ce que le géomètre venoit de dire. Quand ils eurent fini, le grand *Condé* leur dit : *Vous avez cru que Sauveur ne s'entendoit pas bien, parce qu'il parle avec peine; je l'ai pourtant compris. Vous m'avez parlé beaucoup plus éloquemment, et je n'ai rien entendu*. Lorsque ce prince ne pouvoit pas avoir *Sauveur* auprès de lui, il l'honoroit de ses lettres. Les fréquents voyages qu'il faisoit à Chantilly, lui inspirèrent le dessein de travailler, vers ce temps-là, à un *Traité de Fortification*; et pour mieux y réussir, il alla en 1691 au siège de Mons, où il monta tous les jours la tranchée. Il visita ensuite toutes les places de Fiandres, et à son retour il devint le mathématicien ordinaire de la cour. Il avoit déjà eu, en 1686, une chaire de mathématiques au collège-royal, et il fut reçu de l'académie des Sciences en 1696. Enfin *Vauban* ayant été fait maréchal de France en 1703, il le proposa au roi pour son successeur dans l'emploi d'*Examinateur des Ingénieurs*; le roi l'agréa, et l'honora d'une pension. *Sauveur* en jouit jusqu'à sa mort, arrivée le 9 juillet 1716, à 64 ans. Ce savant étoit officieux, doux et sans humeur, même dans l'intérieur de son domestique. Quoiqu'il eût été fort répandu dans le monde, sa simplicité et son ingénuité naturelles n'en avoient point été altérées. Il étoit sans présomption, et il disoit souvent que ce qu'un homme peut en mathématiques, un autre le peut aussi. On a de lui plusieurs ouvrages dans les *Mémoires de l'académie des Sciences*. Les principaux sont : I. Des *Méthodes abrégées des grands Calculs*. II. Des *Tables pour la dépense des jets-d'eau*. III. Le *Rapport des poids et des mesures de différens pays*. IV. Une *Manière de jauger avec beaucoup de facilité et de précision toutes sortes de tonneaux*. V. Un *Calendrier universel et perpétuel*. VI. On a encore de lui une *Géométrie*, in-4°, et plusieurs *Manuscrits* concernant les mathématiques.
SAXE, *Voyez* IV. ALBERT, duc de... et WEIMAR.
SAXE, (Electeurs de) *Voyez* FRÉDERIC, n° XI, XII et XVI... XX. MARIE... et III. MAURICE.
SAXE, (Maurice comte de) acquit le 13 octobre 1696, à Goslar, de *Frédéric-Auguste I*, électeur de Saxe, roi de Pologne, et de la comtesse de *Konigsmarck*. Suédoise, aussi célèbre par son esprit que par sa beauté. Il fut élevé avec le prince électoral, depuis *Frédéric-Auguste II*, roi de Pologne. Son enfance annonça un guerrier. Sans goût pour l'étude, on ne parvint à l'y faire appliquer, qu'en lui promettant de le laisser monter à cheval ou de faire des armes. Il servit d'abord en Flandres dans l'armée des alliés, commandée par le prince *Eugène* et par *Marlborough*. Il fut témoin de la prise de Lille en 1709, se signala au siège de Tournay, à celui de Mons, à la bataille de Malplaquet, et dit le soir de ce jour mémorable, qu'il étoit content de sa journée. La campagne de 1710 acquit à ce héros enfant un nouveau surcroît de gloire. Le prince *Eugène* et le duc de *Marlborough* firent publiquement son éloge. Le roi de Pologne assiégea l'année d'après Stralsund, la plus forte place de la Poméranie : le jeune comte servit à ce siège, et y montra la plus grande intrépidité ; il passa la rivière à la nage, à la vue des ennemis, et le pistolet à la main. Sa valeur n'éclata pas moins à la sanglante journée de Guedelbusck, où il eut un cheval tué sous lui, après avoir ramené trois fois à la charge un régiment de cavalerie qu'il commandoit alors. Après cette campagne, la comtesse de *Konigsmarck* le maria avec la comtesse de *Lobin*, également riche et aimable ; mais cette union ne dura pas. Le comte fit dissoudre son mariage en 1721, et se repentit plusieurs fois de cette démarche. Son épouse ne l'avoit quitté qu'avec beaucoup de regret ; mais ces regrets ne l'empêchèrent pas de se remarier peu de temps après. Le comte de Saxe, son premier époux, aimoit trop les plaisirs, et varioit trop dans ses goûts, pour s'assujettir au joug et aux devoirs du mariage. « Sa morale sur cet objet, dit M. Thomas, ressemblait à celle des anciens héros dont il avoit la force. Son caractère fier et libre ne lui permettoit guère de s'assujettir à plaire; et il aimoit mieux commander l'amour que le mériter. » Cependant au milieu des voluptés où il se plongeait quelquefois, il ne perdoit pas de vue sa profession. Par-tout où il alloit, il avoit une bibliothèque militaire; et dans les momens même où il sembloit le plus occupé de ses plaisirs, il ne manquoit jamais de se retirer pour étudier au moins une heure ou deux. En 1717, il s'étoit rendu en Hongrie. L'empereur y avoit alors une armée de 15,000 hommes sous les ordres du prince Eugène, la terreur des Ottomans. Le héros Saxon se trouva au siège de Belgrade, et à une bataille que ce prince gagna sur les Turcs. De retour en Pologne, l'an 1718, le roi le décora de l'ordre de l'Aigle Blanc. L'Europe pacifiée par les traités d'Utrecht et de Passarowitz, n'offrant au héros Saxon aucune occasion de se signaler, il se détermina, en 1720, à passer en France, pour y jouir des douceurs de la société. Il avoit eu de tout temps beaucoup d'inclination pour les François, et ce goût sembloit être né en lui avec celui de la guerre: la langue françoise; fut la seule langue étrangère qu'il voulut apprendre dans son enfance. Le duc d'Orléans, instruit de son mérite, le fixa en France par un brevet de maréchal-de-camp. Le comte de Saxe employa tout le temps que dura la paix; à étudier les mathématiques, la génie, les fortifications, les mécaniques, sciences pour lesquelles il avoit un talent décidé. L'art d'exercer les troupes avoit fixé son attention presqu'au sortir de l'enfance. Dès l'âge de 16 ans, il avoit inventé un nouvel exercice, et l'avoit fait exécuter en Saxe avec le plus grand succès. En 1722, ayant obtenu un régiment en France, il le forma, et l'exerça lui-même suivant sa nouvelle méthode. Le chevalier Folard, juste appréciateur des talens militaires, présagea dès-lors qu'il seroit un grand homme. Tandis que la France formoit ce héros, elle fut menacée de le perdre. Les états de Courlande le choisirent pour souverain de leur pays en 1726. La Pologne et la Russie s'armèrent contre lui. La Czarine voulut faire tomber ce duché sur la tête de Menzicoff, cet heureux aventurier, qui, de garçon pâtissier devint général et prince. Ce rival du comte de Saxe envoya à Mittw 800 Russes, qui investirent le palais du comte, et l'y assiégèrent. Le comte, qui n'avoit que 60 hommes, s'y défendit avec le plus grand courage: le siège fut levé, et les Russes obligés de se retirer. La Pologne armoit de son côté Maurice, retiré avec ses troupes dans l'île d'Usmaiz, parle à ses peuples en souverain, et s'apprête à les défendre en héros. Les Russes veulent le forcer dans cette retraite où il n'avoit que 300 soldats. Le général qui en avoit 4000, joignant la perfidie à la force, tente de le surprendre dans une entrevue. Le comte, instruit de ce complot, le fit rougir de sa lâcheté, et rompit la conférence. Cependant, comme il n'avoit pas assez de forces pour se défendre contre la Russie et la Pologne, il fut obligé de se retirer l'an 1729, en attendant une circonstance favorable. On prétend que la duchesse de Courlande douairière, Anne Iwanowa, (2e fille du czar Iwan Alexiowitz, frère de Pierre-le-Grand) qui l'avoit soutenu d'abord dans l'espérance de l'épouser, l'abandonna ensuite, désespérant de pouvoir fixer son circonstance. Cette circonstance lui fit perdre non-seulement la Courlande, mais encore le trône de Moscovie, sur lequel cette princesse monta depuis. Une anecdote qu'on ne doit point oublier, c'est que le comte de Saxe ayant écrit de Courlande en France pour avoir un secours d'hommes et d'argent, Mme le Couvreur, fameuse actrice, mit ses bijoux et sa vaisselle en gage pour secourir son amant, et lui envoya une somme de 40 mille livres. Cette actrice avoit formé son esprit pour les choses agréables. Elle lui avoit fait lire la plupart de nos poètes, et donné beaucoup de goût pour les spectacles; goût qui le suivit jusque dans les camps. Le comte de Saxe déchargé du fardeau de gouverner les hommes, se retira de nouveau en France. Entièrement livré aux mathématiques, il y composa en 13 nuits, et pendant les accès d'une fièvre, ses Réveries, qu'il retoucha depuis. Cet ouvrage, digne de César et de Condé, est écrit d'un style peu correct, mais mâle et rapide, plein de vues profondes et de nouveautés hardies, et également instructif pour le général comme pour le soldat. La mort du roi de Pologne son père, alluma le flambeau de la guerre en Europe, l'an 1733. L'électeur de Saxe offrit au comte son frère, le commandement général de toutes ses troupes. Celui-ci aima mieux servir en France en qualité de maréchal-de-camp, et se rendit sur le Rhin à l'armée du maréchal de Berwick. Ce général, sur le point d'attaquer les ennemis à Etlinghen, voit arriver le comte de Saxe dans son camp. Comte, lui dit-il aussitôt, j'allais faire venir 3000 hommes, mais vous me valez seul ce renfort. Ce fut dans cette journée qu'il pénétra, à la tête d'un détachement de grenadiers, dans les lignes des ennemis, en fit un grand carnage, et décida la victoire par sa bravoure. Non moins intrépide au siège de Philisbourg, il fut chargé d'un grand nombre d'attaques, qu'il exécuta avec autant de succès que de valeur. Le grade de lieutenant-général fut en 1734, la récompense de ses services. La mort de Charles VI replongea l'Europe dans les dissensions que la paix de 1736 avoit éteintes. Prague fut assiégée à la fin de novembre 1741, et en ce même mois le comte de Saxe l'emporta par escalade. La conquête d'Egra suivit celle de Prague; elle fut prise après quelques jours de tranchée ouverte. La prise de cette ville fit beaucoup de bruit dans l'Europe, et causa la plus grande joie à l'empereur Charles VII, qui écrivit de sa propre main au vainqueur, pour l'en féliciter. Il ramena ensuite l'armée du maréchal de Broglio sur le Rhin, y établit différens postes, et s'empara des lignes de Lauterbourg. Devenu maréchal de France, le 26 mars 1744, il commanda en chef un corps d'armée en Flandres. Cette campagne, le chef-d'œuvre de l'art militaire, fit placer le maréchal de Saxe à côté de Turenne. observa si exactement les ennemis, supérieurs en nombre, qu'il les réduisit dans l'inaction. L'année 1745 fut encore plus glorieuse. Il se conclut en janvier un *Traité* d'union à Varsovie, entre la reine de Hongrie, le roi d'Angleterre et la Hollande. L'ambassadeur des États-généraux, ayant rencontré le maréchal de *Saxe* dans la galerie de Versailles, lui demanda ce qu'il pensoit de ce *Traité* ? *Je pense*, répondit ce général, *que si le Roi mon maître veut me donner carte-blanche, j'irai lire à la Haye l'original du Traité avant la fin de l'année*. Cette réponse n'étoit point une rodomontade ; le maréchal de *Saxe* étoit capable de l'effectuer. Il alla prendre, quoique très-malade, le commandement de l'armée françoise dans les Pays-Bas. Quelqu'un le voyant dans cet état de foiblesse avant son départ de Paris, lui demanda comment il pourroit se charger d'une si grande entreprise ? *Il ne s'agit pas de vivre*, répondit-il, *mais de partir*. Peu de temps après l'ouverture de la campagne, se livra la bataille de Fontenoi, le 11 mai 1745. Le général étoit presque mourant : il se fit traîner dans une voiture d'osier, pour visiter tous les postes. Pendant l'action il monta à cheval, mais son extrême foiblesse faisoit craindre qu'il n'expirât à tout moment. C'est ce qui fit dire au roi de Prusse, dans une lettre qu'il lui écrivit long-temps après : *Agitant, il y a quelques jours, la question, quelle étoit la bataille de ce siècle qui avoit fait le plus d'honneur au Général, tout le monde tomba d'accord, que c'étoit sans contredit celle* *dont le Général étoit à la mort, lorsqu'elle se donna*. La victoire de Fontenoi, due principalement à sa vigilance et à sa capacité, fut suivie de la prise de Tournai, de celle de Bruges, de Gand, d'Oudenarde, d'Ostende, d'Ath et de Bruxelles. Cette dernière ville se rendit le 28 février 1746. Au mois d'avril de la même année, le roi donna au vainqueur de Fontenoi des *Lettres de naturalité*, conçues dans les termes les plus flatteurs. Les campagnes suivantes lui méritèrent de nouveaux honneurs. Après la victoire de Rocoux, remportée le 11 octobre 1746, le roi lui fit présent de six pièces de canon. Il le créa maréchal de toutes ses armées, le 12 janvier de l'année suivante, et commandant-général de tous les Pays-Bas nouvellement conquis, en 1748. Cette année fut marquée par des succès brillans, et sur-tout par la prise de Mastricht, qui se rendit à *Loewendahl*, le 7 mai. L'année précédente l'avoit été par la victoire de Lawfeld et par la prise de Berg-opzoom. La Hollande épouvantée trembla pour ses états, et demanda la paix après l'avoir refusée. Elle fut conclue le 18 octobre 1748, et l'on peut dire que l'Europe dut son repos à la valeur du maréchal de *Saxe*. Ce grand homme se retira ensuite au château de Chambord, que le roi lui avoit donné pour en jouir comme d'un bien propre. Il ne quitta sa retraite que pour faire un voyage à Berlin, où le roi de Prusse l'accueillit comme *Alexandre* auroit reçu *César*. De retour en France, il se délassa de ses fatigues au milieu des gens de lettres, des artistes et des philosophes. La patrie le perdit le 30 novembre 1750, à 54 ans. Cet homme, dont le nom avoit retenti dans toute l'Europe, compara en mourant sa vie à un rêve : M. de Senac, dit-il à son médecin, j'ai fait un beau songe. Il avoit dit au même médecin, qui le trouvoit triste pendant la nuit qui précéda la bataille de Rocoux : Songe, songe, Senac, à cette nuit cruelle, Qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle; Songe aux cris des vainqueurs, songe aux cris des mourans, Dans la flamme étouffée, sous le fer expirans. Il ajouta à ces vers parodiés de l'Andromaque de Racine, et tous ses soldats n'en savent rien encore. Ce mouvement d'un général qui, dans le silence de la nuit s'attriste, en pensant aux massacres du lendemain, prouve un grand fond d'humanité. Ce même homme qui s'attendrissoit sur le sort des soldats, faisoit valoir avec zèle les services des officiers, et les appuyoit à la Cour de tout son crédit. Il ménageoit autant qu'il pouvoit le sang des subalternes. Un jour un officier général lui montrant un poste qui pouvoit être utile, il ne vous coûtera pas, dit-il, plus de douze grenadiers... Passe encore, dit le maréchal de Saxe, si c'étoit douze lieutenans-généraux. Sans doute, dit M. Thomas, par cette plaisanterie, il ne vouloit point blesser un corps d'officiers aussi respectables par leurs services que par leurs grades; il vouloit seulement faire voir com- bien il falloit ménager un corps de soldats dont la valeur étoit assurée. Il étoit impossible que le maréchal de Saxe, frère naturel du roi de Pologne, élu souverain de la Courlande, et né avec une imagination forte et inquiète, n'eût pas de l'ambition. Il eut de bonne heure la fantaisie d'être roi. Ayant manqué d'être empereur de Russie par son inconstance en amour, il fit, dit-on, le projet de rassembler les Juifs, et d'être le souverain d'une nation qui, depuis 1700 ans, ne peut avoir ni chef, ni patrie. Cette idée chimérique ne pouvant se réaliser, il eut sur le royaume de Corse des vues qui ne réussirent pas mieux. Il avoit eu plusieurs fois dans la tête, une forte envie de se faire un établissement en Amérique et surtout au Brésil. Il étoit occupé de ces idées extraordinaires et romanesques, lorsque la mort le surprit. Il avoit été élevé et il mourut dans la religion Luthérienne. Il est bien fâcheux, dit la reine, en apprenant sa mort, qu'on ne puisse pas dire un DE PROFUNDIS pour un homme qui a fait chanter tant de TE DEUM! Le héros Saxon avoit demandé que son corps fût brûlé dans de la chaux vive : Afin, dit-il, qu'il ne reste rien de moi dans le monde, que ma mémoire parmi mes amis. On ne souscrivit point à cette demande; son corps fut transporté avec la plus grande pompe à Strasbourg, pour y être inhumé dans l'Église Luthérienne de Saint-Thomas, où l'on a placé son mausolée. Un poète lui fit cette Epitaphe, qui exprime heureusement les différens exploits du héros. Il s'est plus ce Guerrier, dont, au sein de la gloire, La Mort respecta les travaux; Il eut pour maître la Victoire, Et pour disciples ses Rivaux. A Courtrai Fabius, Annibal à Bruxelles, Sur la Meuse Condé, Turenne sur le Rhin, Au Léopard farouche il imposa le frein, Et de l'Aigle rapide il abattit les ailes. Mais on préfère, pour la précision, ce quatrain attribué d'abord à d'Alembert, et qui est de l'auteur des *Giboulées de l'hiver*. Rome eut dans Fabius un guerrier politique; Dans Annibal Carthage eut un chef héroïque; La France plus heureuse a dans ce fier Saxon La tête du premier, et le bras du second. L'académie Françoise proposa pour sujet en 1759, l'Éloge de ce héros, et ce prix fut remporté par *Thomas*. Nous avons déjà parlé de l'ouvrage intitulé: *Mes Réveries*. On en a fait plusieurs éditions. La seule bonne est celle de Paris, en 1757, en 2 vol. in-4°. Elle a été conférée, avec la plus grande exactitude, sur le manuscrit original qui est à la bibliothèque du roi. Cette édition est accompagnée de plusieurs dessins gravés avec précision, et précédée d'un abrégé de la Vie de l'auteur. Elle avoit déjà été écrite fort au long, mais avec moins d'exactitude et d'élégance, en 1752, en 2 vol. in-12. Voyez aussi l'Éloge du comte de Saxe, par M. Thomas, à Paris, 1761, in-8°; et son *Histoire*, par d'Espagnac, 2 vol. in-12. Quoique cette *Histoire* tienne de la nature des éloges, l'auteur est assez impartial pour observer que dans les trois batailles sur lesquelles est particulièrement fondée la réputation du comte de Saxe, il fut secondé par tout ce qui peut donner la victoire. « Il faut convenir que jamais général ne fut mieux aidé dans ses moyens. Honoré de la confiance du roi, il n'étoit gêné dans aucun de ses projets. Il avoit toujours sous ses ordres des armées nombreuses, des troupes bien tenues, et des officiers d'un grand mérite; aidé pour la conduite des marches et des détails, par des sujets d'une expérience et d'une habileté consommée, ayant les vivres dirigés par des hommes uniques, etc. » I. SAXI, (Pamphile) poète Latin, de Modène, florisoit à la fin du xv$^{e}$ siècle. Ses *Poésies*, publiées à Bresse en 1499, in-4°, sont peu communes.
II. SAXI, (Pierre) chanoine de l'église d'Arles, mort en 1637, s'est acquis une réputation bien fondée par plusieurs ouvrages, entr'autres: I. *Pontificium Arelatense, sive Historia primatum Arelatensis Ecclesiae*, Aix, 1629, in-4°. II. *Entrée du Roi* (Louis XIII) dans la villa d'Arles, le 9 octobre 1622, Avignon, 1623, in-fol., recherchée à cause des faits historiques.
III. SAXI ou SASSI, (Joseph-Antoine) né à Milan en 1673, enseigna pendant quelque temps les belles-lettres dans sa patrie. Il remplit ensuite avec zèle les fonctions de missionnaire. Il fut reçu docteur du collège Ambrosien en 1703, et huit ans après directeur de ce collège et de la riche bibliothèque qui y est attachée. Il mourut vers l'an 1756. On a de lui : I. *Dissertatio apologetica ad vindicandam Mediolano sanctorum corpora Gervasii et Protasii possessionem*, Bologne, 1719, et Milan, 1711, in-4.º Cette Dissertation est contre le P. Papebroch, qui avoit soutenu que les corps de saint Gervais et de saint Protais avoient été transférés à Brisach en Alsace. Le P. Papebroch, alors âgé de 89 ans, en fit remercier l'auteur par le P. Janning son confrère, et se rétracta dans le *Supplément* de juin, des *Acta Sanctorum*. II. *Vie de saint Jean Nepomucene*, Milan, in-12, en italien. III. *Epistola apologetica pro sancti Augustini corpore Papiæ*, etc. in-folio. IV. *De Studiis Mediolanensium antiquis et novis*, Milan, 1729. V. *Epistola pro vindicandā formulā in Ambrosiano canone ad missæ sacrum præscripta*: Corpus tuum frangitur, Christe. VI. *Epistolā ad card. Quirinum de Litteratura Mediolanensium*, in-4.º VII. *Sancti Caroli Borromæi Homiliæ, præfatione et notis J. A. Saxii illustratæ*, Milan, 1747, 5 vol. in-folio. VIII. *Noctes Vaticanae, seu Sermones habiti in academiā à Sancto Carolo Borromæo Romæ in palatio Vaticano institutā, cum notis et præfatione J. A. Saxii*, in-fol. IX. *Vindiciæ de adventu Mediolanum S. Barnabæ Apostoli. X. Archiespiscoporum Mediolanensium series critico-chronologica*, Milan, 1756, in-4.º XI. Des éditions de divers auteurs qu'il a enrichies de notes, entre autres : I. *De l'Historia Getarum de Jordanis ou Jornandis*. II. *Des Actes du Concile de Pavie*, de l'an 876. III. *De l'Historia Mediolanensis de Landulphe le Jeune*. IV. *De l'Historia rerum Laudensium de Morena*, etc. *Muratori* a inséré ces productions avec les notes de *Saxi*, dans sa collection *Rerum Italicarum*. Voy. la *Storia Letteraria d'Italia*, tom. 3.
SAXON, surnommé le *Grammairien*, né dans l'île de Seeland en Danemarck, vint à Paris en 1177, pour y chercher des religieux de Sainte-Geneviève, et les emmener dans sa patrie. Il mourut en 1204, après avoir écrit une Histoire des anciens peuples du Nord, qui s'étend jusqu'à l'an 1186. Cet ouvrage, publié à Sora par *Stephaninc*, en 1644, in-fol., avec des notes, offre des traits fabuleux, des faits intéressants, un style élégant et pur ; ce qui est surprenant dans un auteur de ce siècle.
SCACCHI, *Voy. SCHACCHI*.
SCACCIA, (Sigismond) jurisconsulte Romain, a publié en l'année 1717, un vol. in-fol., intitulé, de *cambiis et Commercio*. C'est un recueil très-étendu des décisions judiciaires sur le commerce, les lettres de change, leur acceptation, les sociétés mercantiles, les faillites, etc.
SCÆVA, *Voy. CASSIUS*, n° V.
SCÆVOLA, *Voy. MUTIUS*.
SCALA, (Barthelemi) né à Florence vers l'an 1424, se distingué dans les belles-lettres et dans les négociations. Il se fit estimer de plusieurs princes, entr'autres de *Côme* duc de Toscane, de *Fran-* pois Sforce, duc de Milan, et du pape Innocent VIII. Il fut fait gonfalonier, sénateur et chevalier dans sa patrie. On avoit tant de confiance dans sa probité, qu'on le fit dépositaire des secrets de la république pendant 20 ans. Il mourut en 1497. On a de lui : I. Des Lettres en latin, intéressantes pour l'histoire de son temps. II. Apologi centum. III. Florentinee Historiee ab origine ejusdem urbis, dans Thesaurus Antiquit. de Burnan, tome 8, et Rome, 1677, in-4.º IV. Vita Vitaliani Borromæi, dans le même Thesaurus.
SCALA, Voy. DU BRAW.
SCALCKEN, (Godefroi) peintre, né en 1643, à Dordrecht, ville de Hollande, mort à la Haye en 1706, excelloit à faire des portraits en petit, et des sujets de caprice. Ses tableaux sont ordinairement éclairés par la lumière d'un flambeau ou d'une lampe. Les reflets de lumière qu'il a savamment distribués, un clair-obscur dont personne n'a mieux possédé l'intelligence, des teintes parfaitement fondues, des expressions rendues avec beaucoup d'art, donnent un grand prix à ses ouvrages. Ce maître se fit désirer en Angleterre, où il eut l'honneur de peindre Guillaume III. Scalcken étoit de ces hommes bizarres, qui se laissent trop aller à leur humeur libre. On rapporte que, faisant le portrait du roi, il eut la témérité de lui faire tenir la chandelle. Le prince eut la complaisance de s'y prêter, et de souffrir même patiemment que le suif dégouttat sur ses doigts. I. SCALIGER, (Jules-César) naquit en 1484, au château de Ripa, dans le territoire de Vérone, de Benoît Scaliger, qui avoit servi dans les troupes de Matthias, roi de Hongrie. Jules-César se disoit descendu des princes de l'Escale, souverains de Vérone. Mais cette prétention semble être contredite par les lettres de naturalité que lui accorda François I en 1528. On n'auroit pas manqué d'y faire mention (dit Niceron) d'une semblable origine, si elle avoit eu quelque fondement, et il ne se seroit pas borné à prendre le titre de docteur en médecine. Augustin Niphus, et après lui Scioppius, lui firent une généalogie un peu différente de celle que Scaliger fabriqua en France. Ils prétendoient l'un et l'autre qu'il étoit fils d'un maître d'école appelé Benoît Burden. Ce maître d'école étant allé demeurer à Venise, y changea le nom de Burden contre celui de Scaliger, parce qu'il avoit une échelle pour enseigne, ou parce qu'il habitoit la rue de l'Échelle. Quoi qu'il en soit de ce conte, que de Thou rejette, Scaliger fut d'abord page de l'empereur Maximilien, puis il porta les armes avec honneur, et s'acquit ensuite une grande réputation dans les belles-lettres et dans les sciences. Sa médiocre fortune l'ayant obligé de quitter l'Italie, il passa en France avec la Rovere, évêque d'Agen. Il pratiqua long-temps la médecine avec succès dans la Guienne. Joseph Scaliger son fils, le représente comme le plus habile médecin de l'Europe, quoiqu'il eût d'abord exercé cet art moins pour guérir les autres, que pour avoir une ressource contre les rigueurs de la fortune. Scaliger mourut à Agen, le 21 octobre 1558, à 75 ans. « C'étoit, dit *Nicéron*, un homme bien fait et de belle taille, qui avoit un air grand, noble et vénérable. Il étoit fort adroit à toutes sortes d'exercices, et il avoit reçu de la nature un corps si fort et si vigoureux, qu'à l'âge de 60 ans, quoique ses mains fussent affoiblies par la goutte, on le vit trainer une grosse poutre, que quatre hommes n'avoient pu ébranler. Sa mémoire étoit si heureuse, même dans sa vieillesse, qu'il dicta un jour à *Joseph* son fils, 200 vers qu'il avoit composés la veille et qu'il avoit retenus sans les écrire. On remarquoit en lui une admirable sagacité à connoître les mœurs des hommes par les traits de leur visage, et son fils assure qu'il ne se trompoit jamais dans les jugemens qu'il en faisoit. Il étoit si ennemi du mensonge, qu'il n'avoit ni estime, ni amitié pour ceux qu'il savoit sujets à ce vice. Mais il étoit principalement recommandable par sa charité; car sa maison étoit comme un hôpital où il recevoit toutes sortes de nécessiteux; fournissant des habits et des alimens à ceux qui se portoient bien, et des remèdes aux malades. Ces bonnes qualités que son fils lui attribue, ont été gâtées par une vanité insupportable, et par une humeur critique et médisante. » On a de lui: I. Un Traité de l'*Art Poétique*, 1561, in-fol. Cette Poétique a fait beaucoup d'honneur à *Scaliger*. Il y a en effet de la méthode, de l'ordre et beaucoup d'érudition. D'ailleurs le style en est noble, concis, et fort convenable au sujet qu'il traite. Mais il manque par les fondemens, car il porte sur un goût faux, et sur des minuties qui regardent plus le grammairien que le poète. On n'y voit nul précepte pour la grande poésie, nul chemin ouvert aux poètes, nul secours pour un génie qui cherche à s'instruire, rien qui lui élève l'esprit, et qui le dispose à l'enthousiasme, rien qui lui montre en quoi consistent les richesses de la poésie; en un mot, rien qui découvre ce qui mène à la perfection et ce qui en éloigne. C'est le jugement que M. *Dacier* en porte. « Le Père *Possevin*, dit *Nicéron*, accusé outre cela *Scaliger* de n'avoir pas bien exécuté le dessein de son premier livre, dont le titre semble promettre l'histoire de la Poétique. Pour ce qui est du 5$^{e}$ livre qu'il appelle *Critique*, et du 6$^{e}$ à qui il donne le nom d'*Hipercritique*, tout le monde convient qu'il y a montré son mauvais goût, par les faux jugemens qu'il y a portés des poètes Grecs et Latins, et qu'il y est tombé dans des ignorances si grossières, qu'elles lui ont attiré la risée de tous les gens de lettres, et de son fils même. » Ajoutons que les ouvrages qu'on a donnés dans le dernier siècle et dans celui-ci sur la Poétique, rendent celle de *Scaliger* presque inutile. II. Un livre de *Causis Linguæ Latinæ*, 1540, in-4.$^{o}$ III. Des *Exercitations* contre *Cardan*, 1557, in-4.$^{o}$ IV. Des *Commentaires* sur l'histoire des Animaux, d'*Aristote*, avec une traduction latine, 1619, in-fol. *Scaliger* dans sa version n'a pas voulu se rendre esclave des mots de son auteur, pour s'attacher mieux à leur sens: liberté que le savant *Haet* a jugée dangereuse et sujette à erreur. V. *Animadversiones in* *Theophrasti Historiam plantarum*, Lyon, 1584, in-8.º VI. *In Theophrasti libros*. VII. *De causis plantarum Commentarii*, 1566, in-fol. VIII. *Commentarii in Hippocratis librum de insomniis*, Lyon, 1538, in-8.º IX. *Des Lettres*, Leyde, 1600, in-8.º, dont plusieurs, selon *Huet*, ne sont qu'un pur galimathias. Les meilleures sont celles qu'il écrivoit vite; lorsqu'il méditoit, son style sentoit l'huile de sa lampe. X. *Des Poésies*, in-8.º, et d'autres ouvrages en latin. On remarque dans ces différens ouvrages, de l'esprit, et beaucoup de critique et d'érudition; mais, comme il étoit peu habile dans la poésie grecque, on ne doit faire aucun fond sur les jugemens qu'il porte d'*Homère* et des autres Grecs. Sa vanité et son esprit satirique lui attirèrent un grand nombre d'adversaires, parmi lesquels *Gaspar Scioppius* et *Cardan* se signalèrent.
II. SCALIGER, (Joseph-Juste) fils du précédent, né à Agen le 4 août 1540, embrassa le Calvinisme à l'âge de 22 ans, et vint achever ses études dans l'université de Paris, où il apprit le grec sous *Turnèbe*. Il se rendit aussi très-habile dans la langue hébraïque, dans la chronologie et dans les belles-lettres. Appelé à Leyde, il y fut professeur pendant 16 ans. On rapporte dans le *Menagiana*, une anecdote qui prouve que *Henri IV* ne se souçoit pas de le retenir en France. « *Joseph Scaliger*, dit-on, étant appelé par les Hollandois pour être professeur, alla prendre congé du roi *Henri IV*, auquel il exposa, en peu de mots, le sujet de son voyage. Tout le monde s'attendoit à quelque chose d'important de la part du roi; mais on fut bien surpris, lorsqu'après lui avoir dit: *Eh bien*, M. l'Escale, les *Hollandois* vous veulent avoir, et vous font une grosse pension? j'en suis bien aise; ce prince changeant tout-à-coup de discours, se contenta de lui demander: *Est-il vrai que vous avez été de Paris à Dijon sans aller à la selle?* » *Scaliger* mourut à Leyde d'hydropisie, le 21 janvier 1609, à 69 ans, sans avoir été marié. C'étoit un homme fort sobre, qui avoit tant d'amour pour l'étude, qu'on le vit souvent passer des jours entiers dans son cabinet sans manger. Quoiqu'il déclare lui-même, dans ses lettres, que depuis sa jeunesse, la pauvreté avoit été sa compagne fidelle, il étoit très-désintéressé; il ne voulut pas accepter une somme d'argent que *Jeannin* ambassadeur de France, lui offrit en le priant instamment de la recevoir. On lit aussi dans le *Naudwana*, que M. de *Nevers*, allant en Hongrie, et passant par la Hollande, le visita et voulut lui faire un présent considérable; mais *Scaliger* le refusa honnêtement. Il étoit d'ailleurs parfaitement semblable à son père. Il avoit la vanité la plus déplacée, et l'humeur la plus caustique. Ses écrits sont un amas de choses utiles, et d'invectives grossières contre tous ceux qui ne le déclaroient point le phénix des auteurs. Ebloui par la sottise de quelques compilateurs qui l'appeloient *Abyme d'Erudition*, *Océan de Science*, *Chef-d'œuvre*, *Miracle*, dernier effort de la *Nature*, il s'imaginoit bonnement qu'elle s'étoit épuisée en sa faveur. *Juste Lipse* écrivoit qu'il aimeroit mieux jouir de l'entretien de *Scaliger*, que de voir toute la pompe triomphale d'un ancien consul romain. *Scaliger* étoit cependant un tyran dans la littérature. Il se glorifioit de parler treize langues, l'hébreu, le grec, le latin, le françois, l'espagnol, l'italien, l'allemand, l'anglois, l'arabe, le syriaque, le chaldaïque, le persan et l'éthiopien, c'est-à-dire, qu'il n'en savoit aucune à fond. La connoissance imparfaite qu'il avoit de toutes, étoit un répertoire dans lequel il puisoit des termes insultans et grossiers. Auteurs morts et vivans, tous furent également immolés à sa critique. Il leur prodigua plus ou moins, les épithètes de *fou*, de *sot*, d'*orgueilleux*, de *bête*, d'*opiniâtre*, de *plagiaire*, de *misérable esprit*, de *rustique*, de *méchant*, de *pédant*, de *grosse bête*, d'*étourdi*, de *conteur de sornettes*, de *pauvre homme*, de *fat*, de *fripon*, de *voleur*, de *pendard*. [Voy XI. CONSTANTIN.] Il appelle tous les luthériens, *barbares*, et tous les jésuites, *ânes... Origène* n'est qu'un *réveur*, selon lui; *S. Justin*, un *imbécille*; *S. Jérôme*, un *ignorant*; *Rufin*, un *vilainmaraud*; *S. Chrysostome*, un *orgueilleux vilain*; *S. Basile*, un *superbe*, et *S. Thomas*, un *pédant*. Une si grande déraison faisoit dire « qu'assurément le *Diable* étoit auteur de son érudition. » Son ton d'autorité et ses injures le rendoient redoutable; aussi *Casaubon* avouoit-il qu'il trembloit lui-même, lorsqu'il songeoit que ce qu'il venoit d'écrire seroit vu par *Scaliger*. Celui-ci, pour se venger du jésuite *Clavius*, qu'on lui avoit préféré pour la réformation du calendrier, publia et chercha à prouver que tout grand mathématicien ne pouvoit avoir qu'un esprit borné, et n'avoit nul droit au génie. *Scaliger* méritoit de rencontrer quelqu'un encore plus emporté que lui. Le champion qu'on désiroit se présenta. *Joseph Scaliger* ayant donné, en 1594, une Lettre sur l'ancienneté et sur la splendeur de la race *Scaligérienne*, *Scioppius*, indigné du ton de hauteur qu'il prenoit, chercha à l'humilier, en publiant les bassesses et les infamies de sa famille. [Voyez la suite de cette querelle dans l'article de ce dernier...] *Scaliger* se mêla de poésie, comme son père; mais il n'y réussit pas mieux que lui. Le plus grand service qu'il ait rendu à la littérature, est d'avoir imaginé le premier un fil dans le labyrinthe de la chronologie, et d'avoir trouvé des principes sûrs pour ranger l'histoire dans un ordre exact et méthodique. Ses ouvrages sont: I. Des *Notes* sur les tragédies de *Sénèque*, sur *Varron*, sur *Ausone*, sur *Pompeius Festus*, etc. etc. Il y a souvent trop de finesse dans ces commentaires, et en voulant donner du génie à ses auteurs, il laissa échapper leur véritable esprit. II. Des *Poésies*, 1607, in-12. III. Un *Traité de emendatione Temporum*, très-savant, quoiqu'il y ait des inexactitudes. La meilleure édition de cet ouvrage est celle de Genève, 1609, in-fol. IV. La *Chronique d'Eusèbe*, avec des notes, Amsterdam, 1658, 2 vol. in-fol. V. *Canones Isagogici*. VI. *De tribus Sectis Judacorum*, à Delft, 1703, 2 vol. in-4°, édition augmentée par *Trigland*. VII. Divers autres ouvrages, dans lesquels on voit qu'il avoit beaucoup plus d'étude, de critique et d'érudition, que *Jules - César Scaliger* son père; mais moins d'esprit. Les *Recueils* intitulés *Scaligeriana* (imprimés avec d'autres Ana, 1740, en 2 vol. fn-12 ) ont été recueillis des conversations de Joseph Scaliger. Ce n'est point lui qui en est l'auteur.
III. SCALIGER, ( Camille ) poëté burlesque Italien du XVIe siècle, assez peu connu, est auteur : I. De il Furto amoroso, comedia onesta, Venise, 1613, in-12. II. De Bertoldo con Bertoldino, Poëma, Bologne, 1636, in-4°, avec figures.
IV. SCALIGER DE LIKA, (Paul) comte des Huns, marquis de Vérone, croate de nation, descendoit, si on l'en croit, des princes de l'Escale. Elevé à la dignité du sacerdoce, il fut pendant quelque temps aumônier de l'empereur Ferdinand ; il alla ensuite faire profession du calvinisme en Prusse, obtint par des voies iniques un canonicat dans l'église de Munster, s'y montra catholique, et réfuta lui-même ce qu'il avoit écrit contre le pape. S'étant insinué dans les bonnes graces d'Albert duc de Prusse, et emparé de toute sa confiance, il l'engagea à casser son conseil pour en former un nouveau ; mais Albert, duc de Mecklembourg, beau-frère du prince de Prusse, fit bientôt changer la face des affaires. Quatre des nouveaux conseillers furent mis à mort le 28 octobre 1566, et Scaliger ne trouva son salut que dans la fuite. Il vécut depuis dans l'obscurité, de manière qu'on ne sait rien de plus de sa vie. On a de lui : I. Plusieurs Opuscules contre la religion romaine, pleins de fiel, Bâle, 1559, in-4°. II. Judicium de præcipuis sectis nostræ Ætatis, Cologne. III. Miscellaneorum tomi duo, sive Catholici Epistemonis, contra depravatam Encyclopedium, Cologne, 1572, in-4°. C'est la réfutation d'un ouvrage qu'il avoit fait étant protestant, intitulé : Encyclopediæ, seu orbis disciplinarum tam sacrarum quam profanarum, Epistemon. IV. Satyræ philosoph. et Gencalogiæ præcipuorum regum et principum Europæ, Konigsberg, 1563, in-8°. Voyez le Theatrum vitæ humanæ de Boissard.
SCAMOZZI, ( Vincent ) né à Vicence en 1552, mort à Venise en 1616, fut un des plus excellens architectes et des plus employés de son temps. Il voyagea beaucoup, non-seulement en Italie, mais en France, en Allemagne, en Hongrie, pour perfectionner ses talens et ses connoissances. Il travailla à Vicence, sa patrie, à Padoue, à Gênes, à Florence, et fit quantité de dessins pour différens pays, qui lui furent demandés par des princes ou grands seigneurs. Ses principaux ouvrages se voient à Venise où il s'étoit fixé, et dans les environs de cette ville où il bâtit plusieurs maisons de campagne. C'est sur ses dessins que fut construite l'importante citadelle de Palma dans le Frioul vénitien. Tant d'occupations ne lui permirent pas de mettre la dernière main à un grand ouvrage qu'il avoit entrepris, sous le titre d'Idea della Architettura universale, qui devoit contenir x livres, mais dont il n'en a publié que vi, à Venise, en 1615, en 2 volumes in-fol. Le vii qui traite des différens ordres d'architecture, et qui est un chef-d'œuvre, a été traduit par d'Aviler. Scamozzi avoit une basse jalousie contre le Palladio son compatriote, et en parloit toujours avec dédain. Ce n'est pas en blâmant et en dénigrant les grands hommes qu'on parvient à les surpasser ; mais en leur rendant justice, et en faisant mieux. — SCANDERBERG ou plutôt SCANDERBEG, c'est-à-dire, *Alexandre Seigneur*, est le surnom de *George CASTRIOT*, roi d'Albanie. Il naquit en 1404, et fut donné en otage par son père au sultan *Amurat II*, avec ses trois frères, *Repose*, *Stanise* et *Constantin*. Ces trois princes périrent d'un poison lent que le sultan leur fit donner. *George* dit la vie à sa jeunesse, à son esprit et à sa bonne mine. *Amurat* le fit circoncire, l'éleva avec soin, et lui donna ensuite le commandement de quelques troupes, avec le titre de Sangiac. *Scanderberg* devint en peu de temps le premier des héros Turcs. Son père étant mort en 1432, il forma le dessein de rentrer dans l'héritage de ses ancêtres et de secouer le joug musulman. L'empereur ayant envoyé une puissante armée en Hongrie, voulut que *Scanderberg* y jouât un rôle. Dès qu'il y fut arrivé, il se lia secrètement avec *Haniade-Corvin*, un des plus redoutables ennemis de l'empire Ottoman. Il assura ce général qu'à la première bataille il chargerait les Turcs, et se tou neroit du côté des Albanois. Il exécuta fidèlement sa promesse. Les Turcs furent obligés de plier, et il en demeura 30000 sur le champ de bataille. *Scanderberg*, profitant du désordre où étoient les ennemis, se saisit du secrétaire d'*Amurat*, le met aux fers, et le force d'écrire et de sceller un ordre au gouverneur de Croie, capitale d'Albanie, de remettre la ville et la citadelle à celui qui portait cet ordre expédié au nom de l'empereur. *Scanderberg* fait massacrer le secrétaire, et tous ceux qui avoient été présents à l'expédition de ces fausses lettres, afin qu'*Amurat* n'en pût avoir aucune connoissance. Il se transporte aussitôt à Croie, et après s'être emparé de la place, il se fait reconnoître à ses peuples qui le proclament leur souverain. Il remonta ainsi sur le trône de ses pères en 1443, et s'y soutint par ses armes. Son parti lui gagna toute l'Albanie. En vain *Amurat* arma contre lui, et mit deux fois le siège devant Croie ; il fut obligé de le lever. *Scanderberg* sut tirer tant d'avantage de l'assiette d'un terrain âpre et montagneux, qu'avec peu de troupes il arrêta toujours de nombreuses armées turques. *Mahomet II*, fils et successeur d'*Amurat*, continua la guerre pendant onze ans par ses généraux qui furent souvent battus, sans que leurs pertes fussent compensées par aucun avantage. Enfin, las de la guerre *Mahomet* rechercha la paix et l'obtint en 1461. Le héros Albanois vint aussitôt en Italie, à la prière du pape *Pie II*, pour secourir *Ferdinand* d'Aragon, assiégé dans Bari. Il fit lever le siège, et contribua beaucoup à la victoire que ce prince remporta sur le comte d'*Anjou*. L'empereur Turc ne tarda pas à recommencer la guerre ; mais ses généraux étant toujours repoussés, il voulut tenter la fortune lui-même. Croie fut encore assiégée deux fois en deux campagnes consécutives, et deux fois aussi le siège fut levé. Enfin *Scanderberg*, couvert de gloire, mourut à Lisse, ville des états de Venise, le 17 janvier 1467, à 63 ans. Les Musulmans le regardoient comme un perfide ; mais il ne trompa que ses ennemis. S'il fut cruel dans quelques occasions, il fut contraint de l'être. Sa mort fut une véritable perte pour la chrétienté, dont il avoit été le rempart. Mahomet, en l'apprenant, dit en sautant de joie : Qui m'empêchera maintenant de détruire les chrétiens ? Ils ont perdu leur épée et leur bouclier. Les Albanois trop foibles après la perte de leur chef, subirent de nouveau le joug de la domination turque, et cette même ville de Croie qui avoit soutenu tant de sièges, se rendit presque sans résistance. Scanderberg peut être mis au premier rang des guerriers les plus heureux, puisque s'étant trouvé à 22 batailles, et ayant tué (dit-on) près de 2000 turcs de sa propre main, il ne reçut jamais qu'une légère blessure. Il étoit de mœurs pures, et il exhortoit souvent ses soldats à la chasteté, disant avec raison qu'il n'y avoit rien de si nuisible à leur profession que les plaisirs de l'amour. Sa force étoit si extraordinaire, que Mahomet étonné des coups prodigieux qu'il portoit, lui fit demander son cimeterre, s'imaginant qu'il avoit quelque chose de surnaturel. Mais il le renvoya bientôt, comme une arme inutile dans les mains de ses généraux. Alors Scanderberg lui fit dire, qu'en lui envoyant le cimeterre, il avoit gardé le bras qui savoit s'en servir. Le Père du Poncet, jésuite, publia en 1709, in-12, la Vie de ce grand homme; elle est curieuse et intéressante.
SCANTILLA, (Manlia) femme de Didier-Julien. Ce fut par son conseil que son époux alla offrir ses trésors aux soldats romains qui avoient mis l'empire à l'encan, après la mort de Pertinax massacré le 28 mars 193. Julien fut en effet proclamé empereur; mais Scantilla paya cher le titre d'impératrice. Elle passa les 66 jours du règne orageux de son époux, dans des alarmes continuelles; et elle le vit au bout de ce temps exécuter par la main du bourreau, tel qu'un vil scélérat. Septime Sévere la dépouilla du nom d'Auguste que le sénat lui avoit donné. Toute la grace qu'elle obtint, fut de faire inhumer le corps de son époux; après quoi elle rentra dans une vie privée: vie plus heureuse que celle du trône, si le souvenir de ses grandeurs et celui de ses infortunes, n'avoient point troublé sa tranquillité.
SCAPULA, (Jean) après avoir fait ses études à Lausanne, fut employé dans l'imprimerie de Henri Etienne. Pendant que cet habile homme imprimoit son excellent Trésor de la Langue Grecque, son correcteur en faisoit en secret un abrégé. Il prit du Trésor ce qu'il jugea être le plus à la portée des étudiants, et en composa un Dictionnaire Grec, qu'il publia en 1580. Ce Lexicon, réimprimé à Leyde par les Elzévirs, 1652, in-fol., empêcha la vente du grand Trésor, et causa la ruine de la fortune de Henri Etienne. Scapula jouit tranquillement des fruits de son infidélité envers son maître.
SCAPULAIRE, (Le) Voyez I. STOCK.
SCARAMOUCHE, Voyez FIOURELLI.
SCARELLA, (Jean-Baptiste) théatin, né à Brescia, mort en février 1779, âgé d'environ 70 ans, fut, en Italie, l'un des propagateurs des principes de Locke, de Newton et de Wolff. Il les a consignés dans sa Physica generalis, Brescia, 1754 à 1757, 3 volumes in-4.º; et dans ses Commentaires de *Rebus ad Scientiam naturalem pertinentibus*, 1766, 2 vol. in-4.º On a encore de lui: I. Un Traité de Magnete, 1759, in-4.º II. *Hydrodynamica*, 1769, in-4.º III. Des *Éléments de Logique*, d'*Ontologie* et de *Théologie naturelle*, 4 vol. in-4.º Sa modération et sa modestie donnoient du prix à ses lumières; et il ne répondit qu'avec honnêteté à des adversaires aussi impolis que fanatiques.
SCARGA, (Pierre) jésuite Polonois, né en 1536, mort à Cracovie en 1612, fut recteur du collège de Wilna, et prédicateur aulique de *Sigismond III*. On a de lui un *Abrégé* peu connu des *Annales de Baronius*, et un grand nombre d'ouvrages théologiques, imprimés en 4 vol. in-fol.
SCARLATTI, (Dominique) célèbre musicien Italien, étoit le plus habile joueur de harpe de son temps. Il eut un rival dans *Handel*; mais cette rivalité ne produisit entr'eux que de l'estime et de l'amitié, et nulle ombre de jalousie. *Handel* ne parloit de *Scarlatti* qu'avec éloge; et *Scarlatti*, quand on le louoit sur sa belle exécution, citoit *Handel* en faisant le signe de la croix: expression indécente, mais vive, de l'admiration que ce nom lui inspiroit. Ce célèbre artiste mourut en 17...
SCARRON, (Paul) fils d'un conseiller au parlement, d'une famille ancienne de robe, originaire de Lyon, naquit à Paris à la fin de 1610, ou au commencement de 1611. Son père, marié en secondes noces, le força d'embrasser l'état ecclésiastique: il obéit, et vécut en mondain. Il fit à 24 ans un voyage en Italie, où il se livra à tous les plaisirs. De retour à Paris, il continua la même vie; mais des maladies longues et douloureuses l'avertirent de l'affoiblissement de sa complexion. Enfin une partie de plaisir lui ôta subitement, à l'âge de 27 ans, ces jambes qui avoient bien dansé, ces mains qui avoient su peindra et jouer du luth. Il étoit allé passer, en 1638, le carnaval au Mans, dont il étoit chanoine. Un jour s'étant masqué en sauvage, cette singularité le fit poursuivre par tous les enfans de la ville. Obligé de se réfugier dans un marais, un froid glaçant pénétra ses veines, une lymphe âcre se jeta sur ses nerfs, et le rendit un raccourci de la misère humaine. Gai en dépit des souffrances, il se fixa à Paris, et attira chez lui, par ses plaisanteries, les personnes les plus aimables et les plus ingénieuses de la cour et de la ville. La perte de sa santé fut suivie de celle de sa fortune. Son père étant mort, il eut des procès à soutenir contre sa marâtre. Il plaida burlesquement une cause où il s'agissoit de tout son bien, et il la perdit. Mme de *Hautefort*, son amie, sensible à ses malheurs, lui obtint une audience de la reine. Le poète lui demanda la permission d'être son malade en titre d'office. Cette princesse sourit, et *Scarron* prit ce souris pour un brevet; depuis il prit le titre de *SCARRON*, par la grace de *Dieu, malade indigne de la reine*. Il tâcha de se rendre utile cette qualité. Il loua *Mazarin*, qui lui donna une pension de 500 écus; mais ce ministre ayant reçu dédaigneusement la dédicace de son *Typhon*, et le poète ayant lancé contre lui, la *Mazariade*, la pension fut supprimée. Il s'attacha alors au prince de *Condé*, dont il célébra les victoires, et au *Coadjuteur* de Paris, auquel il dédia la première partie du *Roman Comique*. Son mariage avec Mademoiselle *d'Aubigné*, en 1652, vint augmenter ses plaisirs, sans augmenter sa fortune. Lorsqu'il fut question de dresser le contrat de mariage, *Scarron* dit qu'il reconnoissoit à l'accordée, *deux grands yeux fort mutins, un très-beau corsage, une paire de belles mains, et beaucoup d'esprit*. Le notaire demanda quel douaire il assuroit ? L'immortalité, répondit *Scarron*. Le nom des femmes des Rois meurt avec elles ; celui de la femme de *Scarron* vivra éternellement. Cette épouse, par sa modestie, réforma les saillies indécentes de son mari, et la bonne compagnie n'en fut que plus ardente à se rassembler chez lui. *Scarron* changea de ton. Il mit plus de décence dans ses mœurs et dans sa conversation ; et peu à peu sa société s'habitua à une bienséance, qui sans bannir la gaieté excessive du maître de la maison, en adoucissoit les traits. Cependant *Scarron* vivoit avec si peu d'économie, qu'il fut bientôt réduit à quelques rentes viagères, et à son marquisat de *Quinet* : (c'étoit ainsi qu'il appeloit le revenu de ses livres, du nom du libraire qui les imprimoit.) Il demandait des gratifications à ses supérieurs, avec l'effronterie d'un poète burlesque et la bassesse d'un cul-de-jatte. Il parle ainsi au Roi dans sa Dédicace de Don *Japhet* d'Arménie : « Je tâcherai de pei suider à Votre Majesté, qu'elle ne se feroit pas grand tort, si elle me faisoit un peu de bien ; je serois plus gai que je ne suis. Si j'étois plus gai que je ne suis, je ferois des Comédies enjouées. Si je faisois des Comédies enjouées, Votre Majesté en seroit divertie, son argent ne seroit pas perdu. Tout cela conclut si nécessairement, qu'il me semble que j'en serois persuadé, si j'étois aussi bien un grand Roi, comme je ne suis qu'un pauvre malheureux. » Ses *Comédies* furent pour lui une ressource. Ce n'est pas qu'il fût homme à étudier ni les règles, ni les modèles du poème dramatique ; il n'en avoit ni la patience, ni le loisir : *Aristote*, *Horace*, *Plaute* et *Térence* lui auroient fait peur, et peut-être ne savoit-il pas qu'il y eût jamais eu un *Aristophane*. Il voyoit devant lui un chemin frayé ; la mode de ce temps étoit de piller les poètes Espagnols. *Scarron* savoit cette langue ; il lui étoit plus facile de moissonner dans un champ où il trouvoit déjà tout préparé, que de se rompre la tête à inventer un sujet, et ensuite à secouer un joug, dont son esprit, ennemi de toute contrainte, ne pouvoit s'accommoder. Ainsi une pièce de théâtre lui coûtoit peu ; toutes les siennes sont des pièces espagnoles. Chez lui le travail consistoit, non à faire parler plaisamment les personnes comiques, mais à donner des expressions sérieuses à ceux qui devoient parler sérieusement. Le sérieux étoit une langue étrangère pour lui. Le grand succès de son *Jodelet maître*, étoit pour lui une merveilleuse amorce. Les comédiens qui s'en étoient bien trouvés, lui demandèrent avec empressement de nouveaux ouvrages. Ils lui coûtoient peu, il en droit de bonnes sommes, il sa divertissoit à les faire ; falloit-il d'autres raisons pour le faire pencher vers ce travail ? Dans l'abondance, *Scarron* déduit ses livres à la levrette de sa sœur ; et dans le besoin à quelque *Monseigneur* qu'il louoit autant, et qu'il n'estimoit pas davantage. Une charge d'Historiographe vint à vaquer ; il la demanda, et ne l'obtint point. Enfin *Fouquet* lui donna une pension de 1600 liv. *Scarron* avoit vendu tous ses biens l'un après l'autre. *Nublé* avocat, ayant acquis de lui une terre près d'Amboise, pour 18000 livres, et ayant vérifié qu'elle en valoit au moins 24000, lui porta 6 mille livres de plus, et le força de les accepter. La reine *Christine* ayant passé à Paris, voulut voir *SCARRON*. *Je vous permets*, lui dit-elle, d'être amoureux de moi : la *Reine de France* vous a fait son *Malade*, et moi je vous crée mon *Roland*... *Scarron* ne jouit pas long-temps de ce titre : il fut surpris d'un hoquet si violent, qu'on craignoit à tout moment qu'il n'expirât. Cet accident diminua : *Si j'en reviens*, dit-il, je ferai une belle satire contre le hoquet. Ses parens, ses domestiques fondent en larmes au chevet de son lit : *Mes enfans*, leur dit-il, je ne vous ferai jamais autant pleurer que je vous ai fait rire. Et un moment avant que d'expirer, il dit : *Je n'aurois jamais cru qu'il fût si misé de se moquer de la mort*. Il rendit le dernier soupir le 14 octobre 1660, à 51 ans. Il s'étoit fait lui-même cette épitaphe : Celui qui cy maintenant dort, Fit plus de pitié que d'envie. Et souffrit mille fois la mort Avant que de perdre la vie. Passant, ne fais ici de bruit : Garde bien que tu ne l'éveille! Car, voici la première nuit Que le pauvre *Scarron* sommeille. Ses ouvrages ont été recueillis par *Bruzen de la Martinière*, en 10 vol. in-12, 1737, et réimprimés à Paris, en 7 vol. in-8°, 1786. On y trouve : I. *L'Enéide travestie*, en 8 livres. Elle a été continuée par *Moreau de Brasey*. «Votre père, dit *Boileau à Racine* le fils, avoit la foiblesse de lire quelquefois le *Virgile* travesti de *Scarron*, et d'en rire, mais il se cachoit bien de moi. » II. *Typhon* ou la *Gigantomachie*. III. Plusieurs Comédies, telles que : *Jodelet* ou le *Maitre Valet* ; *Jodelet souffleté* ; *Dom Japhet d'Armenie* ; *l'Héritier ridicule* ; le *Gardien de soi-même* ; le *Marquis ridicule*, *l'Ecolier de Salamanque* ; la *fausse Apparence* ; le *Prince Corsaire* ; tragi-comédie, et d'autres petites Pièces de vers. IV. Son *Roman Comique*, ouvrage en prose, et le seul de ses ouvrages qui mérite quelque attention. Il est écrit avec beaucoup de pureté et de gaieté, et il n'a pas peu contribué à la perfection de la langue françoise. *Scarron* aimoit à lire ses ouvrages à ses amis, à mesure qu'il les composoit : il appeloit cela, essayer ses livres. *Ségrais* et un autre de ses amis étant venus un jour le voir : *Prenez un siège*, leur dit *Scarron*, et mettez-vous là, que j'essaie mon *Roman Comique*. En même temps il prit plusieurs cahiers de son ouvrage, et leur lut quelque chose. Lorsqu'il vit que la compagnie rioit : *Bon*, dit-il, voilà qui va bien ! Mon livre sera bien reçu, puisqu'il fait rire des personnes bien délicates ; et il ne se trompa point. Son Roman eut un succès prodigieux. C'étoit le seul des ouvrages de ce poète bouffon, dont *Boileau* pût soutenir la lecture. V. Des *Nouvelles Espagnoles*, traduites en françois. VI. Un volume de *Lettres*. VII. Des *Poésies* diverses, des *Chansons*, des *Epttres*, des *Stances*, des *Odes*, des *Epigrammes*. Tout respire dans ce recueil l'enjouement, et une gaieté pleine de vivacité et de feu. *Scarron* trouve à rire dans les sujets les plus sérieux; mais ses saillies sont plutôt d'un Bouffon, d'un Trivelin, que d'un homme délicat et ingénieux. Il tombe presque toujours dans le bas et dans l'indécent. Si l'on excepte quelques-unes de ses *Comédies*, plus burlesques cependant que comiques, quelques morceaux de son *Enéide travestie*, et son *Roman Comique*, tout le reste n'est digne d'être lu que par des laquais ou des baladins de village. On a dit qu'il a été le premier homme de son siècle pour le burlesque; mais quelle gloire peut-on retirer du premier rang dans un genre aussi détestable que celui-là?... Voici le portrait que *Scarron* a fait de lui-même. « Lecteur qui ne m'as jamais vu, et qui peut-être ne t'en soucies guère, à cause qu'il n'y a pas beaucoup à profiter à la vue d'une personne faite comme moi, sache que je ne me soucierois pas aussi que tu me visses, si je n'avois appris que quelques beaux esprits facétieux se réjouissent à mes dépens, et me dépeignent d'une autre façon que je ne suis fait. Les uns disent que je suis cul-de-jatte; les autres que je n'ai point de cuisses, et que l'on me met sur une table, dans un étui, où je cause comme une pie borgne; les autres que mon chapeau tient à une corde qui passe dans une poulie, et que je le hausse et baisse pour saluer ceux qui me rendent visite. Je pense être obligé, en conscience, de les empêcher de mentir plus long-temps. J'ai trente ans passés; si je vais jusqu'à quarante, j'ajouterai bien des maux à ceux que j'ai déjà soufferts depuis huit ou neuf ans. J'ai eu la taille bien faite, quoique petite; ma maladie l'a raccourcie d'un bon pied: ma tête est un peu grosse pour ma taille. J'ai le visage assez plein pour avoir le corps décharné; des cheveux assez pour ne pas porter perruque: j'en ai beaucoup de blancs, en dépit du proverbe. J'ai la vue assez bonne quoique les yeux gros; je les ai bleus: j'en ai un plus enfoncé que l'autre, du côté que je penche la tête. J'ai le nez d'assez bonne prise; mes dents autrefois perles carrées, sont de couleur de bois et seront bientôt de couleur d'ardoise: j'en ai perdu une et demie du côté droit, et deux un peu égrenées du côté gauche. Mes jambes et mes cuisses ont fait premièrement un angle obtus, et puis un angle égal, et enfin un aigu. Mes cuisses et mon corps en font un autre; et ma tête se penchant sur mon estomac, je ne ressemble pas mal à un Z. J'ai les bras raccourcis aussi bien que les jambes, et les doigts aussi bien que les bras; enfin, je suis un abrégé de la misère humaine: voilà à peu près comme je suis fait. Puisque je suis en si beau chemin, je vais apprendre quelque chose de mon humeur. J'ai toujours été un peu colère, un peu gourmand et un peu paresseux. J'appelle souvent mon valet *sol*; et peu après *monsieur*. Je ne hais personne: Dieu veuille qu'on me traite de même. Je suis bien aise quand j'ai de l'argent : je serois encore plus aise si j'avois de la santé. Je me réjouis en compagnie, et suis content quand je suis seul : quant à mes maux, on ne peut les supporter plus patiemment. » *Voyez* B O I L E A U, n° III.
SCARSELLI, (N. \*\*) poète Italien, né dans l'état de l'Église au XVIII$^{e}$ siècle, a mis en vers le *Télémaque* de *Fénélon*. Il n'a ni l'imagination, ni les graces, ni l'onction de l'Archevêque de Cambrai, mais il en a l'harmonie et la facilité.
SCARUFFI, (Gaspard) écrivain Italien du XVI$^{e}$ siècle, est peu connu, quoiqu'il ait composé un ouvrage très-rare sur les monnoies, intitulé : *L'Alitinofo, per far ragione e concordanza d'Oro e d'Argento*, etc. à Reggio, 1582, in-fol. 65 feuillets. On doit trouver ensuite 10 feuillets qui ont pour titre : *Breve Instruzione sopra il Discorso di Scaraff*. Ce livre est recherché par les curieux. I. SCAURUS, (M. *Emilius*) consul Romain, fut si pauvre, quoique d'une ancienne noblesse, que son père qui étoit Patricien faisoit le métier de charbonnier. Il hésita long-temps s'il se mettroit sur les rangs pour parvenir aux charges de la république, ou s'il feroit la banque. Mais son goût pour l'éloquence l'ayant emporté, il y acquit beaucoup de gloire. Élevé à l'édilité, il s'occupa plus à rendre la justice, qu'aux autres fonctions de cette charge. Il fut fait Préteur peu après, et enfin Consul en 115 et 107 avant J. C. Pendant son consulat, il porta des lois somptuaires et régla les suffrages des affranchis dans les assemblées. Sa réputation de sagesse et d'intégrité le fit nommer chef de l'ambassade que les Romains envoyèrent à *Jugurtha* qui faisoit la guerre à *Adherbal*, roi de Numidie; mais il ternit sa gloire en se laissant corrompre comme les autres par l'argent de ce prince. Cependant *Cicéron* fait son éloge dans le plaidoyer pour *Fonteius*; *Salluste* au contraire le blâme de son avarice. Etant censeur, il fit bâtir le pont *Milvien*, et paver le chemin qui fut appelé de son nom la *Voie Emilienne*. Il composa aussi l'*Histoire de sa Vie* et quelques autres ouvrages qui sont perdus.
II. SCAURUS, (M. *Emilius*) fils du précédent, et beau-fils de *Sylla* par *Metella* sa mère, fit construire étant édile, le Théâtre le plus vaste et le plus magnifique qui ait jamais rassemblé des spectateurs. Il étoit capable de contenir 80000 personnes. Il y avoit 360 colonnes de marbre. Le premier étage étoit tout de marbre; celui du milieu étoit de verre, et le plus bas n'étoit que de colonnes qui soutenaient un plancher et un lambris dorés. Les colonnes d'en bas avoient toutes 38 pieds de haut, et dans les intervalles il y avoit 3000 statues de bronze. Tout l'appareil de ce Théâtre, et tout ce qui servoit aux acteurs, étoit de toile d'or, avec un grand nombre de riches tableaux. *Pline* dit de l'édilité de *Scaurus*, qu'elle fut la ruine des mœurs, et qu'elle en achevait renversement. Il pense même qu'elle fit plus de tort à Rome, que la sanglante prescription de *Sylla*, beau-père de *Scaurus*. Cet édile épousa la fameuse *Marcie*, répudiée par le grand *Pompée*. *Voy*. PAUSIAS.—Il y a en un troisième SCAUBUS, célèbre par un trait d'histoire. La cavalerie romaine repoussée par les Cimbres près le fleuve Adèse, ayant abandonné le proconsul Quintus-Catulus, et pris la fuite en tremblant vers Rome, Scaurus envoya des gens dire à son fils qui avoit part à ce désordre : qu'il auroit vu avec plus de satisfaction son corps étendu sur le champ de bataille, que de le voir revenir complice d'une fuite aussi honteuse ; qu'ainsi ce fils indigne devoit éviter la présence d'un père irrité, s'il avoit encore quelque reste de honte. Le jeune homme ayant appris cette nouvelle, tourna contre lui-même une épée dont il ne s'étoit point servi contre son ennemi, et se donna la mort.
SCEAVER, ( Béda ) né en Antriche, devint prévôt de l'Église de St-Pierre de Saltzbourg, et se dévoua par état à l'histoire ecclésiastique. Les écrits les plus importants qu'il ait publiés, sont des Questions critiques et morales sur l'Histoire des quatre Évangélistes par Krælle, et la Chronique du Monastère de Saltzbourg, imprimée en 1772, en un volume in-fol. Sceaver est mort dans cette ville en 1787.
SCÉLÈRE, Voyez BARDAS.
SCEPTIQUES, Voy. PYR-CHON.
SCEVOLA, Voyez MUTIUS.
SCEVOLE, Voyez SAINTE-MARTHE.
SCHAAF, ( Charles ) né en 1646, à Nuys ville de l'électorat de Cologne, étoit fils d'un major dans les troupes du Landgrave de Hesse-Cassel. Il perdit son père dès l'âge de 8 ans. Sa mère l'accompagna à Duisbourg, où il enseigna les langues Orientales. Trois ans après il fut appelé à Leyde pour y exercer le même emploi. Il s'en acquitta avec tant de succès, que les curateurs de l'université augmentèrent souvent ses appointeens. Ce savant, non moins distingué par la douceur et la pureté de ses mœurs, que par son érudition et son amour pour le travail, mourut en 1729, à 83 ans, d'une attaque d'apoplexie. Ses principaux ouvrages sont : I. Grammatica Chaldaica et Syriaca, 1686, in-8.° II. Novum Testamentum Syriacum, à Leyde, 1708, in-4°, avec une traduction latine. III. Lexicon Syriacum concordantiale, à Leyde, 1708, in-4.° Il a été réimprimé par Vander-mey, en planches solides ou stéréotypes. IV. Epitome Grammatices Hebrae, 1716, in-8.°
SCHABOL, ( Jean ROGER ) diacre du diocèse de Paris, licencié en Sorbonne, étoit fils d'un sculpteur, qui lui donna une éducation supérieure à sa naissance. La nature lui avoit donné une espèce de passion pour le jardinage ; il s'en occupa toute sa vie qui fut longue. Il fit part au public de ses observations, dans trois ouvrages pleins de choses excellentes, mais mal digérées : I. La Théorie du Jardinage, Paris, 1774, in-12. II. La Pratique du même, 1774, 2 vol. in-12. III. Le Dictionnaire du Jardinage, 1767, in-8.° La mort enleva l'auteur en 1768, à l'âge de 77 ans. Cet écrivain avoit beaucoup de littérature ; il écrivoit sans élégance, mais avec chaleur. Sa conversation étoit amusante, et s'il étoit prévenu en faveur de son mérite, il ne déprimoit jamais celui des autres.
SCHACCI, SCHACCHI ou SCACCHI, (Fortunat) religieux Augustin, né à Traou en Dalmatie vers 1560, fut le fruit du mariage illégitime d'un gentilhomme d'Ancone et d'une servante. Il enseigna la théologie, l'hébreu et l'Écriture dans plusieurs villes d'Italie, avec beaucoup de réputation. Il devint ensuite maître de la chapelle du pape Urbain VIII, qui, prévenu contre lui par ses ennemis, lui ôta cette charge. Le Père Schacci en conçut tant de chagrin, qu'il vendit sa nombreuse bibliothèque, et se retira à Fano, où il mourut en 1633. On a de lui un livre intitulé : Myrothecium, Rome, 1625, 1627 et 1637, en 3 vol. in-4°; et Amsterdam, 1701, 1 vol. in-fol.: ouvrage très-savant, mais prolixe, et plein de digressions étrangères à son sujet. Il y traite de toutes les onctions dont il est parlé dans l'Écriture-Sainte; comme de celles des Rois, des Prêtres, des Prophètes et des choses saintes, et même de l'huile des lampes et de l'huile des parfums. On a encore de lui : I. Une Traduction latine de la Bible, faite sur l'hébreu, le grec des Septante, et la paraphrase chaldaïque, à Venise, 1609, 2 vol. in-fol. II. De cultu Sanctorum, Romæ, 1639, in-4° III. Des Sermons italiens, Rome, 1636; in-4° La vie de Schacci fut fort agitée; il étoit naturellement bilieux et inquiet. La vivacité avec laquelle il s'éleva contre divers abus qui régnoient dans son ordre, et le peu de ménagement avec lequel il reprénoit la conduite de ses supérieurs, lui attirèrent des chagrins cuisans. Il avoit d'autant plus mauvaise grace de censurer les autres, que ses mœurs n'étoient point irréprocha- bles, et qu'il avoit un penchant décidé pour le sexe. C'est ce que dit Niceron (Mémoires des hommes illustres, tome XXIe.) I. SCHAH-ABBAS, surnommé le Grand, et VIIe roi de Perse de la race des Sophis, monta sur le trône en 1586. Les Portugais s'étoient rendus maîtres, depuis 1507, de l'isle et de la ville d'Ormus; il la reprit en 1622. Il conquit le Candahar. Il se rendit maître de plusieurs places importantes sur la mer Noire, et d'une partie de l'Arabie. Il chassa les Turcs de la Géorgie, de l'Arménie, de la Mésopotamie, et de tous les pays qu'ils avoient enlevés aux Persans au-delà de l'Euphrate. Il se préparoit à de plus grands exploits, lorsqu'il mourut à la fin de 1628, après un règne de 44 ans. (Voy. GRÉGOIRE XV.) Ce conquérant fut le restaurateur de l'état par ses armes, et le soutien de la patrie par ses lois. Il commença à détruire une milice aussi insolente que celle des Janissaires, et cette suppression fut la source d'un despotisme absolu dont Schah-Abbas abusa quelquefois. Mais il sut allier à ce gouvernement oppresseur quelques vues d'utilité publique. Une colonie d'Arméniens transférée à Ispahan, porta au centre de l'empire l'esprit de commerce, l'abondance, et des arts inconnus aux Persans. Le Sophi s'associoit lui-même à leurs entreprises, et les récompensoit si elles étoient heureuses. Pour favoriser l'agriculture et les arts, il transporta des peuples d'un pays dans un autre; il construisit des édifices publics; il rebatit des villes; il fit des fondations utiles. Ispahan devint sous lui la capitale de la Perse: l'ordre fut rétabli par-tout. Mais, en travaillant pour le bien public, *Schah-Abbas* s'abandonna souvent à la cruauté de son caractère. — II. SCHAH-ABBAS, arrière-petit-fils du précédent, fut le IX$^{e}$ roi de Perse de la race des *Sophis*. Il commença à régner en 1642, à l'âge de 13 ans, et reprit à 18 la ville de Candahar, que son père avait cédé au Mogol, qui tenta en vain de la reprendre. Le jeune monarque amassoit de grandes sommes d'argent pour étendre les bornes de son empire; mais la maladie vénérienne l'enleva au monde, au milieu de ses projets, en 1666, à 37 ans. Son nom doit avoir une place parmi ceux des princes justes; il protégeoit ouvertement le Christianisme, et ne permettoit pas qu'on inquiétât personne pour sa religion. *L'intérieur des hommes relève*, disoit-il, de Dieu seul et mon devoir doit se borner à veiller au gouvernement extérieur de l'Etat... *Voy. SHIRLEY*, n° 1.
SCHAH-ISMAEL, *Voyez ISMAEL*, n° III.
SCHAH-SOPHI, *Voy. KARIB.*
SCHALL DE BELL, (Jean-Adam) né à Cologne en 1591, se fit jésuite à Rome en 1611, s'appliqua avec succès aux mathématiques, et s'embarqua pour les missions de la Chine en 1620. Appelé à la cour de Pékin pour travailler à corriger le calendrier chinois, il mérita les bornes graces de l'empereur, et fut fait chef des mathématiciens et mandarins, emploi qu'il exerça pendant 23 ans. L'empereur Xum-Chi le décora du titre de *Maître des secrets du ciel*, et l'honora d'une telle confiance que, contre les premières règles de l'étiquette chinoise, il lui laissa un libre accès auprès de sa personne, et lui rendit chaque année quatre visites. Le P. *Schall* profita du crédit qu'il avait auprès de ce prince pour le bien de la religion catholique. Il en obtint un édit, par lequel il étoit permis aux missionnaires de bâtir des églises, et de prêcher l'Évangile dans ce vaste empire; et dans l'espace de 14 ans, les missionnaires firent plus de cent mille prosélytes: mais après la mort de ce prince, il fut persécuté et condamné à une dure prison, où il mourut le 15 août 1666, après avoir exercé pendant 44 ans les pénibles fonctions de missionnaire. On a de lui un très-grand nombre d'ouvrages en langue chinoise, sur l'astronomie, la géométrie et les mathématiques, faits en société avec le père *Jacques Bho*. Le père *Prosper Intorcetta* en apporta quatorze volumes in-4°, qu'il présenta, en 1671, au pape *Clément X*, et qui furent placés à la bibliothèque du Vatican. Outre ces ouvrages, le P. *Schall* a publié en langue chinoise les traités de *Lessius*, de *Providentid Dei*, et de *Octo Beatitudinibus*. C'est principalement sur ses lettres qu'on a rédigé l'*Histoire de la Mission de la Chine*, publiée en latin, à Vienne, 1665, in-8°.
SCHALOM, (Abraham) savant rabbin Espagnol, mort en 1593, a publié en hébreu un Traité intitulé: *Séjour de la Paix*.
SCHANNAT, (Jean-Frédéric) d'une famille de Franconie, naquit le 23 juillet 1683, à Luxembourg, d'un père de médiocre fortune. Il étudia la jurisprudence à Louvain, et fut avocat au conseil de Malines. Le succès qu'eut son *Histoire du comte de Mansfeld*. imprimée à Luxembourg en 1707, l'attacha à ce genre d'étude. Ce fut à peu près vers ce temps-là qu'il embrassa l'état ecclésiastique. Constantin, prince et abbé de Fulde, ayant entrepris d'écrire l'Histoire de Fulde, Schannat pour lui faciliter ce travail, publia plusieurs ouvrages dont il tira les matériaux des archives de ce monastère. I. Vindemise litterariae, hoc est, veterum monumentorum ad Germanium sacram præcipuè spectantium, collectio prima, Fulde et Leipzig, 1723, in-fol. II. Corpus Traditionum Fuldensium, 1724. III. Recueil d'anciens docums, pour servir à l'Histoire du Droit Public national des Germains, en allemand, 1726, in-fol. IV. Diœcesis Fuldensis cum annexa hierarchia, 1727, in-fol. Ce dernier ouvrage fut attaqué par Eckard (ou Eckard) dans ses Animadversiones historicae et criticae, Wirtzbourg, 1727. Schannat opposa à cette critique, Vindiciae quorumdam Archivi Fuldensis diplomatum, 1728, in-fol. Un autre ayant pris la plume pour soutenir quelques droits des Landgraves de Hesse, Schannat lui répondit dans l'Historia Fuldensis, in tres partes divisa, cum codice probationum annexo, 1729, in-fol. Après la mort de Constantin, abbé de Fulde, François-Georges électeur de Trèves et évêque de Worms, de la maison des comtes de Schoenborn, invita Schannat à écrire l'Histoire de Worms, qui parut l'an 1732, en deux tomes. Il mourut le 6 mars 1739, à Heidelberg, âgé de 56 ans. Voyez HARTZEIM.
SCHARDIUS, (Simon) né en Saxe l'an 1535, assesseur de la chambre impériale à Spire, mourut en mai 1573. On doit à cet auteur un Recueil des Ecrivains de l'Histoire d'Allemagne, 1574, en 4 tomes in-fol., et d'autres ouvrages en latin, médiocrement bons.
SCHATEN, (Nicolas) jésuite Allemand, écrivit sur l'histoire de son pays, et mourut à la fin du XVIIe siècle. On lui doit: I. Historia Westphaliae, 1690, in-fol. II. Annales Paderbornenses, 1693, in-fol. Ces ouvrages offrent de l'exactitude et de grandes recherches. Dans une Dissertation sur Charlemagne, il réfuta Nifanius, qui a prétendu que cet empereur avoit établi dans l'église des usages que Luther n'y a fait que renouveler.
SCHAWENBURG, (Adolphe, comte de) coadjuteur, et ensuite archevêque de Cologne, assista avec distinction au concile de Trente; et après avoir répandu des bienfaits dans son diocèse et affermi la foi catholique, il mourut le 20 septembre 1556. On a imprimé, deux ans auparavant, les Actes de huit synodes qu'il présida, et où furent combattues les nouvelles opinions des Luthériens.
SCHEDIUS, (Paul-Melisse) né à Meristadt en Franconie, l'an 1539, mort à Heidelberg en 1602, poète latin et allemand, mérita, n'étant encore âgé que de 25 ans, la couronne de laurier que les empereurs avoient coutume de donner à ceux qui se distinguoient dans la poésie. Il fut aussi comblé d'honneurs dans les cours étrangères. En Angleterre, la reine Elizabeth lui témoigna beaucoup d'estime et de bienveillance; et en Italie il fut fait comte Palatin et citoyen Romain. Nous avons de ce poète VIII livres de Considéra. Nons on de Pensées, 1586 et 1625, in-8.º; deux d'Exhortations; deux d'Imitations. Des Epigrammes, des Odes, etc. 1592, in-8.º Il a aussi traduit les Pseaumes en vers allemands. On a trop vanté ce poète, versificateur médiocre, en le comparant à Horace.
SCHEELE, (Charles-Guillaume) de l'académie des Sciences de Suède, de la société royale de Médecine de Paris, né à Stralsund en 1742, a été un des premiers chimistes de ce siècle. Il commença par être garçon apothicaire. Son maître étant mort, ne laissant que des dettes, il aida sa veuve, et parvint, à force de travail et de patience, à tout acquitter. Cette femme reconnoissante le choisit pour son second époux; mais le jour même du mariage, 17 mai 1786, il fut attaqué d'une fièvre aiguë qui le conduisit au tombeau. Ce chimiste avoit vécu dans la pauvreté et la simplicité, long-temps obscur, et livré aux travaux les plus pénibles qui le conduisirent à des découvertes brillantes et précieuses. Son Traité de l'air et du feu, traduit de l'allemand par M. le baron de Dietrich, in-12, remarquable par une théorie profonde et lumineuse, l'a fait connoître de toute l'Europe. Cet ouvrage est précédé d'une introduction par Torbern Bergman, habile chimiste, mort depuis quelques années, qui l'encouragea dans ses travaux et le seconda de ses lumières.
SCHEELSTRATE, (Emmanuel de) né en 1649, fut d'abord chanoine et chantre d'Anvers sa patrie, ensuite garde de la bibliothèque du Vatican, et chanoine de St-Jean de Latran, puis de St-Pierre à Rome. Il mourut dans cette dernière ville le 5 avril 1692, à 43 ans. Il y jouit de la considération que devoit avoir un homme qui s'étoit toujours proposé d'étendre la juridiction du pape et de relever sa dignité. On a de lui un grand nombre d'ouvrages. Les plus connus sont: I. Antiquitates Ecclesiae illustratae, 1692 et 1697, 2 vol. in-fol. Les préjugés ultramontans y dominent. II. On fait le même reproche à son ouvrage intitulé: Ecclesia Africana sub Primate Carthaginensi, 1679, à Anvers, in-4.º III. Acta Constantensis Concilii, in-4.º IV. Acta Ecclesiae Orientalis contra Calvini et Lutheri Hareseon, Rome, 4 vol. in-fol. V. De disciplina arcani contra disputationem Ernesti Tentzelii, Rome, 1685, in-4.º Tentzelius prétendoit que si l'Église ancienne eût créé la trans-substantiation, les Païens n'auroient pas manqué de lui reprocher ce dogme, et de rétorquer contre eux les argumens qu'ils faisoient contre leurs divinités. Scheelstrate lui prouve que l'Église gardoit autrefois un secret inviolable à l'égard des mystères, et qu'elle ne les découvroit ni aux Païens, ni même aux Catéchumènes. On voit par ces différens écrits, que l'auteur étoit très-versé dans l'antiquité ecclésiastique; mais son savoir n'étoit pas toujours éclairé par le flambeau de la critique, du goût et de la philosophie. I. SCHEFFER ou SCHOEFFER, (Pierre) de Gernzheim en Allemagne, doit être regardé comme l'un des premiers inventeurs de l'Imprimerie, avec Guttemberg et Faust... Voyez ces deux articles. Scheffer mourut en 1491, à Maïence. Le premier, il imagina de remplacer les caractères en bois et impar- faits par d'autres en métal et mobiles, jetés dans des moules. Il perfectionna aussi l'encre de l'Imprimerie.
II. SCHEFFER, (Jean) né à Strasbourg en 1621, fut appelé en Suède par la reine Christine, qui le fit professeur en éloquence et en politique à Upsal. Il devint ensuite bibliothécaire de l'université de cette ville, où il mourut en 1679. Cent ans après, l'académie d'Upsal a proposé son éloge pour sujet de l'un de ses prix, obtenu par Eric-Michel Fant, professeur d'histoire à Upsal. On a de lui : I. Un Traité, de Militia navali Veterum, à Upsal, 1659, in-4.º II. Upsalia antiqua, in-8.º III. Laponia, in-4.º, traduit en françois par le Père Lubin, 1678, in-4.º IV. Suecia litterata, dans Bibliotheca Septentrionis eruditi, Leipzig, 1699, in-8.º V. De re vehiculari Veterum, Francfort, 1671, in-4.º VI. Une édition de Julius Obsequens; et un grand nombre d'autres ouvrages pleins d'érudition.
SCHEFFMACHER, (Jean-Jacques) jésuite, né en 1668 dans la haute Alsace, montra du zèle et des talens, en remplissant la chaire de controverse établie par Louis XIV dans la cathédrale de Strasbourg. Il mourut le 18 août 1733, recteur de l'université de cette ville. On lui doit douze savantes Lettres contre les Luthériens, 2 vol. in-4.º Elles eurent quatre éditions, dont la dernière fut faite à Rouen en 1769, 3 vol. in-12.
SCHEGKIUS, (Jacques) né à Schorndorff, dans le duché de Wittemberg, professa pendant 13 ans la philosophie et la médecine à Tubingue. Il devint aveugle, et il fut si peu sensible à la perte de sa vue, qu'un oculiste lui en promettant la guérison, il le refusa, pour n'être pas obligé de voir tant de choses qui lui paroissaient odieuses ou ridicules. Cet accident ne l'empêcha pas de continuer ses occupations jusqu'à sa mort, arrivée en 1587. On a de lui un Dialogue, de Animæ principatu; un Traité, de und personâ et duabus naturis in Christo, adversus Anti-Trinitarios; une Refutatio errorum Simonii, Tubinge, 1573, in-fol.; et beaucoup d'autres livres de philosophie, de médecine et de théologie, où l'auteur préconise les antiques délires du Péripatéticisme.
SCHEINER, (Christophe) jésuite, né à Schwaben, dans le pays de Mindelheim, mort d'apoplexie à Niessen, le 18 juillet 1650, à 77 ans, fut mathématicien et confesseur de l'archiduc d'Autriche. On dit qu'il observa le premier les taches du soleil, quoique d'autres attribuent, avec plus de raison, cette découverte à Galilée. Scheiner publia en 1630, in-fol., son ouvrage intitulé Rosa Ursina, dans lequel il traite de ces taches. Quoique ce livre manque de précision, on y trouve quelques observations utiles. Lorsqu'il communiqua la découverte des taches du soleil à son provincial, on a prétendu que ce bon-homme, qui pensoit comme les Péripatéticiens, que cet astre étoit tout brillant de la plus pure lumière, lui dit avec dérision : Allez, jeune-homme, j'ai lu trois fois le grand Aristote, et je puis bien vous protester qu'il n'y est aucunement question des taches du soleil. L'autorité du provincial en imposa, dit-on, au jeune astronome; il osa seulement faire part en secret, à quelqu'un de ses amis, de ce qu'il avoit vu. Cette anecdote est altérée. Tout ce qu'il y a de vrai, c'est que Scheiner ayant communiqué son phénomène au Père Théodore Busée, son provincial, ce jésuite ne jugea pas à propos de faire de l'éclat pour une chose qui paroissoit extraordinaire, et dont plusieurs doutoient encore. Le jeune mathématicien se vit alors réduit à faire publier sa découverte par Marc Velser, sénateur d'Augsbourg, son ami, qui eut soin de cacher le nom de celui à qui il la devoit. On a encore de lui un Traité de l'Œil, Londres, 1652, in-4.º
SCHELHAMMER, (Gonthier-Christophe) né à Iène en 1649, mort en 1716, à 75 ans, devint successivement professeur de médecine à Helmstadt, à Iène et à Kiel, où il fut aussi médecin du duc de Holstein. On a de lui: Introductio in artem Medicam, à Hall, 1726, in-4.º: et un grand nombre d'écrits curieux et savans sur cette science, objet de ses travaux, dont il seroit à souhaiter qu'on donnât un recueil complet, après les avoir élagués. Voyez sa Vie, par Scheffelius, à la tête des Lettres qui lui ont été écrites par divers savans, Wismar, 1727, in-8.º I. SCHENCK, (Martin) général sous Philippe II roi d'Espagne, combattit les Hollandois, et vendit souvent sa bravoure à qui voulut la bien payer. Repoussé devant Nimègue dont il avoit vainement tenté de se rendre maître, il périt dans le Rhin en 1589. Strada dans son Histoire de la guerre contre les Belges, dit que Schenck ne se battoit jamais avec plus de prudence, et ne gardoit mieux son secret que lorsqu'il étoit ivre.
II. SCHENCK, de GRAFFENBERG (Jean) médecin Suisse, naquit à Fribourg en 1531, et mourut dans cette ville le 12 novembre 1598. Charles Spon a fait imprimer à Lyon un ouvrage de ce médecin, intitulé: Observationum medicarum, rararum, admirabilium et monstrosarum volumen, 1644, in-fol. Il a été réimprimé en 1665 à Francfort, avec des additions par Laurent Strauss.
III. SCHENCK, (Jean-George) fils du précédent, fut un habile médecin comme son père, et exerça sa profession à Hague-nau, où il mourut vers l'an 1620. On lui doit: I. De formandis Medicinae studii, 1607, in-12. II. Hortus Patavinus, 1608. III. Monstrorum Historia, 1609, in-4.º I. SCHENCKIUS, (Jean-Théodore) savant professeur en médecine à Iène, mort en 1671, dans sa 52e année, enseigna, pratiqua et écrivit avec succès. On a de lui: I. Observations de Médecine, 1644, in-fol., ou 1670, in-8.º II. De sera sanguinis, 1671, in-4.º III. Le Catalogue des Plantes du Jardin médicinal d'Iène, 1659, in-12, etc.
II. SCHENCKIUS, (Frédéric) baron de Taubtenburch, né en 1503, se fit avocat, devint conseiller intime de Charles-Quint, président de la chambre impériale de Spire, embrassa l'état ecclésiastique, et fut nommé à l'archevêché d'Utrecht. Son zèle et ses lumières firent accepter dans son diocèse le concile de Trente. Il mourut après avoir publié : I. Les Actes de deux synodes qu'il tint à Utrecht. II. Enchiridion veri præsulis, in-8.° III. De vetustissimo sacrarum imaginum usu, 1567, in-12. Cet ouvrage est savant, et le meilleur de l'auteur.
SCHERBIUS, (Philippe) professeur en logique et en métaphysique à Altorf, où il mourut en 1605, étoit grand Aristotélicien, et combattit avec chaleur les partisans de Ramus, de sa plume et de vive voix.
SCHERTLIN, (Sébastien) né en 1495 à Schorndorff, dans le duché de Wittemberg, d'une famille honnête, fit ses premières armes en Hongrie et dans les Pays-Bas. Il passa en Italie, et signala tellement son courage à la défense de Pavie, que le vice-roi de Naples le créa chevalier. Il ne se distingua pas moins à la prise de Rome, à celle de Narni, et au secours de Naples en 1528. Plusieurs princes lui offrirent des pensions annuelles; mais il aima mieux s'attacher au service du sénat d'Augsbourg. En 1546, il épousa ouvertement le parti de la Ligue de Smalkalde contre l'empereur, et la servit de toutes ses forces. Il attaqua le premier le comté de Tirol; mais les Protestans le rappelèrent, dans le temps qu'il coupoit le passage aux troupes impériales qui venoient d'Italie. On attenta trois fois à sa vie, et toujours inutilement. La ville d'Augsbourg, menacée d'un siège, lui confia sa défense. Schertlin déploya alors toute sa bravoure; mais cette ville ayant fait la paix, il fut exclu du traité, et obligé d'abandonner Augsbourg et de se retirer à Constance. Le héros disgracié passa au service des François, et aida en 1551 à conclure l'alliance entre le roi Henri II et Maurice, électeur de Saxe. Il accompagna Henri II dans ses expéditions du Rhin et des Pays-Bas. Charles-Quint et son frère Ferdinand lui accordèrent sa grace en 1553, et lui rendirent tous ses emplois. Il servit depuis avec zèle l'empereur Ferdinand I, fut anobli en 1562, et mourut fort âgé en 1577, avec la réputation d'un général habile et d'un politique entreprenant.
SCHERZ, (Jean-George) professeur de l'université de Strasbourg, y est mort en 1754, à l'âge de 76 ans, après en avoir passé cinquante à déchiffrer les anciens diplômes, et à former un Glossaire allemand du moyen âge. Cet écrit offre de grandes recherches, de la sagacité, et la signification d'une foule de termes qu'on ne trouveroit point expliqués dans les ouvrages savans de Schitter, de Wachter, d'Haltais, d'Ihrs, sur le même sujet. M. Oberlin, savant professeur de Strasbourg, a voulu, en 1780, devenir l'éditeur de ce Glossaire. On ignore s'il l'a publié.
SCHERZER, (Jean-Adam) professeur Luthérien de théologie à Leipzig, mort en 1684, à 56 ans, est auteur d'une Réfutation du Socinianisme, intitulée: Collegium Anti-Socinianum, in-8°, 1684.
SCHETZEL, hermite renommé pour l'austérité de sa vie, dans le XIIe siècle, passa ses jours dans une grotte de la forêt de Grunwald, près de Luxembourg. Cette grotte et une fontaine voisine, ont conservé le nom du solitaire. I. SCHEUCHZER, (Jean-Jacques) docteur en médecine, et professeur de mathématiques et de physique à Zurich, naquit dans cette ville en 1672, et y mourut en 1733. Le czar Pierre I l'avoit voulu attirer en Russie; mais le conseil de Zurich qui sentoit le prix de ce savant, l'attacha à sa patrie par sa gé- nérosité. Scheuchzer laissa à sa famille une bibliothèque bien choisie, un beau médaillier et un riche cabinet d'histoire natu- relle. C'étoit un homme modeste, paisible et droit, ami des Catho- liques, qui s'exprimoit franche- ment sur plusieurs préjugés de sa secte, quoiqu'il n'ouvrit jamais entièrement les yeux à la vérité. On a de lui un très-grand nom- bre d'ouvrages. Le principal est sa Physique sacrée, ou Histoire naturelle de la Bible, en quatre gros vol. in-fol. qu'on relie sou- vent en 8. L'édition originale de ce livre est de 1725, en allemand. La traduction en latin parut à Augsbourg, 1732-1735, en 4 ou 8 vol. in-fol.; elle est de l'auteur même. Sa latinité est élégante, duergique, abondante, quoi- qu'elle ne soit pas toujours cor- recte. On en publia une version françoise à Amsterdam, 1734, 8 vol. in-fol. L'édition allemande est préférée à toutes les autres, à cause de la beauté des épreu- ves des 750 planches dont elle est vernée (Voy. PFEFFEL); et l'édi- tion latine est préférée à la fran- çoise. Cet ouvrage, savant, cu- viens, et d'une lecture attachante, est trop diffus et contient des choses qu'on eût pu retrancher sans conséquence. Ses descrip- tions, dit l'abbé Soulavie, véri- tables copies de la nature, du- reront autant que la nature même. On a encore de lui: I. Rinera Alpina, Leyde, 1723, 4 tomes en 2 vol. in-4°, avec figures. C'est une description de tout ce que les Alpes oinent de curieux aux yeux d'un habile observateur de la nature. II. Pis- cium Querelae, 1708, in-4° fig. III. Herbarium Diluvianum, Zurich, 1709, in-fol. Leyde, 1723, in-fol. On a ajouté à cette édition un catalogue des plantes dont les empreintes se trouvent sur différentes pierres. Cet ou- vrage est disposé selon la métho- de de Tournefort. IV. Musæum Diluvianum, Zurich, 1716, in-8°. V. Homo diluvii testis, 1726, in-4°. On trouve dans ces deux ouvrages des monumens incon- testables du déluge. VI. Historiae Helveticae naturalis Prolegome- na, 1700. VII. Sciographia Lithologica, seu lapidum figu- ratorum nomenclator, Dantzig, 1740, in-4°, avec fig. VIII. Nova Litteraria Helvetica. C'est un journal de la littérature suisse, depuis l'an 1701 jusqu'à l'an 1714. IX. Un ouvrage sur les eaux minérales de la Suisse, en allemand, Zurich, 1732, in-4°.
II. SCHEUCHZER, (Jean- Gaspard) fils du précédent, se rendit habile dans les antiquités et dans l'histoire naturelle. Sa Traduction, en anglais, de l'His- toire du Japon de Kempfer, 1727, 2 vol. in-fol. donnoit de ce jeune homme de belles espé- rances, que sa mort prématurée, arrivée à Londres en 1729, fit évanouir.
III. SCHEUCHZER, (Jean) frère de Jean-Jacques, étoit pro- fesseur ordinaire de physique à Zurich, docteur en médecine, et premier médecin de la république de Zurich, où il mourut en 1738. On a de lui: Agrostographia, seu graminum, juncorum, etc. Historia, Zurich, 1719, in-4°, avec fig.; recherchée.
SCHEW, savant Danois, mort dans le milieu du siècle passé, étudia avec succès les langues orientales, et particulièrement l'ancien égyptien ou langue cophtique. C'est à lui que l'on doit la conservation d'un monument curieux, la table sur le Papyrus d'Égypte, écrite en lettres grecques par un prêtre d'Isis; monument qui fait en Italie l'ornement du célèbre musée Borgia.
SCHEWEIGHAEUSER, (Jean) né à Strasbourg en 1753, professeur de mathématiques, et nommé ensuite secrétaire-interprète du département du Bas-Rhin, a publié, en langue allemande, une Grammaire françoise, un Cours de géographie historique, et un autre de mathématiques. Laborieux, honnête et désintéressé, il est mort dans sa patrie en l'an 9. — Ses parens, du même nom, suivent avec distinction à Strasbourg, la carrière des sciences et des lettres.
SCHIAVONE, (André) peintre, né l'an 1522 à Sebeenigo en Dalmatie, mourut à Venise en 1582. La nécessité lui fit apprendre la peinture, et cette dure nécessité ne lui permit pas d'étudier toutes les parties de son art. Son dessin est incorrect; mais ce défaut n'empêche point qu'il ne soit mis au rang des plus célèbres artistes. Il s'attacha aux ouvrages du Titien, du Georgien et du Parmesan. Il dessina sur-tout beaucoup d'après les estampes de ce dernier. Schiavone est un excellent coloriste. Il peignoit parfaitement les fem- mes; ses têtes de vieillard sont très-bien touchées. Il avoit un goût de draperie, une touche facile, spirituelle et gracieuse; ses attitudes sont d'un beau choix et savamment contrastées. L'Aré-tin étoit son ami, et lui fournit des idées ingénieuses pour ses tableaux. Le Tintoret avoit toujours un tableau de Schiavone devant les yeux lorsqu'il peignoit.
SCHICKARD, (Guillaume) professeur d'hébreu dans l'université de Tubinge, mort de la peste en 1635, est auteur d'un petit abrégé de Grammaire hébraïque, intitulé: Horologium Schickardi, in-8°, et de quelques autres ouvrages, où l'on trouve beaucoup d'érudition. Les plus estimés sont: de jure regio Judæorum, à Leipzig, 1674, in-4°; et Series Regum Persiae, à Tubinge, 1628, in-4°.
SCHIDONE, (Barthelemi) peintre, né dans la ville de Modène vers l'an 1560, mort à Parme en 1616, s'attacha principalement à imiter le style du Corrège. Personne n'a plus approché de ce grand maître. Le duc de Parme le fit son premier peintre, et lui fournit plusieurs fois l'occasion de se procurer un état honnête. Mais sa passion pour le jeu le réduisit au point de mourir de douleur et de honte, de ne pouvoir payer ce qu'il perdit en une nuit. Ses tableaux sont très-rares. Ceux qu'on voit de lui sont précieux pour le fini, pour les graces et la délicatesse de sa touche, pour le choix et la beauté de ses airs de tête, pour la tendresse de son coloris et la force de son pinceau. Ses dessins sont pleins de feu et d'un grand goût. Il a fait plusieurs portraits · SCH fort estimés, entr'autres une *Suite des Princes de la Maison de Modène*.
**SCHIELEN**, (Jean-George) bibliothécaire de la ville d'Ulm, étoit très-versé dans les antiquités, et s'est fait un nom par sa *Bibliotheca enucleata*, 1679, dans laquelle il a rangé par ordre alphabétique ce qui concerne les arts et les sciences. On y voit en quel état étoient chez les anciens la jurisprudence, la philosophie, la médecine, la politique et les mathématiques.
**SCHILDER**, (Louis de) né à Bruges en 1606, se fit jésuite et professa la théologie et la philosophie. Il mourut en 1667, après avoir publié un in-fol. sur les *Sacremens*, et un petit ouvrage mieux rédigé, ayant pour titre : *De principiis formandæ conscientiæ*.
**SCHILL**, (Jean-Adam) connu par son *Nomenclator Philologicus*, Eysenach, 1682, in-8°, où il donne la signification des termes les plus obscurs, et une explication des usages des anciens. **I. SCHILLING**, (Diebold) de Soleure en Suisse, fut fait greffier de l'un des tribunaux de la ville de Berne, dans le xv$^{e}$ siècle. Il a laissé une *Histoire* en allemand, de la guerre des Suisses contre Charles le *Téméraire*, duc de Bourgogne, publiée pour la première fois à Berne, en 1743, in-folio. L'auteur s'étoit trouvé à presque toutes les batailles et actions de guerre qu'il décrit ; aussi son ouvrage passe pour exact.
**II. SCHILLING**, (Guillaume-Godefroi) médecin d'Utrecht, a publié divers écrits sur l'histoire naturelle, qui ne sont pas exempts d'erreurs. *Spallanzani* a réfuté, par un grand nombre d'expériences, celle qui attribuoit à l'aimant la propriété d'attirer les torpilles et de les fixer avec autant de force que le fer. *Schilling* est mort au milieu du siècle qui vient de finir.
**SCHILTER**, (Jean) jurisconsulte, né à Pegaw en Misnie, l'an 1632, exerça des emplois honorables à Iéne. Il obtint les places de conseiller et d'avocat de Strasbourg, et de professeur honoraire de l'université de cette ville, où il mourut en 1705. On a de lui : I. *Codex Juris Alemannici Feudalis*, 1696, 3 vol. in-4°. II. *Thesaurus Antiquitatum Teutonicarum*, 1728, 3 vol. in-fol. III. *Des Institutions Canoniques*, 1721, in-8°, dans lesquelles il se propose d'accommoder le droit-canon aux usages des Eglises Protestantes. IV. *Analyse de la Vie de Pomponius Atticus*, imprimée à Leipzig, en 1654, in-4°. V. *Institutiones Juris publici*, 1696, 2 vol. in-8°, ouvrage savant et méthodique. VI. *De pace Religiosa*, in-8°, petit traité judicieux.