**SCHINDLERUS**, (Valentin) professeur en langues Orientales, est auteur d'un *Lexicon Pentagloton*, dont la meilleure édition est de 1612, in-fol.; ouvrage assez estimé. Ce savant florissoit dans le xvi$^{e}$ siècle.
**SCHLICHTING**, (Jonas de Bukowiec) écrivain Socinien, né en Pologne l'an 1596, exerça le ministère jusqu'à ce qu'il fut chassé, en 1647, par la diète de Warsovie, où l'on fit brûler sa Confessio fidei Christianæ. Il se retira en Moscovie, parcourut plusieurs villes d'Allemagne, et se fixa enfin à Zulickaw, où il mourut en 1661, à 65 ans. C'étoit un homme inquiet, remuant, toujours en guerre avec les Catholiques et les Protestans, en un mot, avec tous ceux qui ne pensaient pas comme lui. Son attachement au cocniatisme lui attira de fâcheuses affaires. On a de lui plusieurs savantes productions. La plupart sont des Commentaires sur divers livres de l'Écriture-sainte. Ils ont été imprimés à Amsterdam en 1666, in-folio, et ils se trouvent dans la Bibliothèque des Frères Polonais.
SCHMEIZEL, (Martin) né en 1679, à Cronstadt en Ingrie, enseigna la philosophie et la jurisprudence à l'ène, jusqu'en 1731. Ce fut cette année que le roi de Prusse, instruit de son mérite, lui donna le titre de conseiller-aulique, et le fit professeur en droit et en histoire à Hall. Il mourut dans cette ville, en 1747. Ses principaux ouvrages latins sont : I. Commentatio de Coronis tam antiquis quam modernis, 1712, in-4.º. II. Schediosma de Clonodis regni Hungariæ et ritu inaugurandi reges Hungariæ, 1713, in-4.º III. Præcognita historiæ civilis, Iene, 1730, in-4.º IV. Præcognita historiæ ecclesiasticæ, 1720, in-4.º V. Dissertatio de naturæ et indole artis heraldicæ, Iene, 1721. VI. Un grand nombre d'ouvrages historiques et polémiques, en allemand. Il a encore laissé plusieurs écrits qui n'ont pas vu le jour, quoi- qu'ils soient plus intéressans que les autres. 1° Bibliotheca Hungarica. 2° Anecdota ad Hungariæ et Transylvaniæ statum. 3° Notitia principatis Transylvaniæ geographicæ, historice et politice adornata. 4° Antiquitates Transylvaniæ ex lapidum inscriptionibus nummisque antiquis Romanorum erutæ, etc. I. SCHMID, (Erasme) natif de Delitzch en Misnie, professa avec distinction le grec et les mathématiques à Wittemberg, où il mourut, le 22 septembre 1637, à 77 ans. On a de lui une Edition de Pindare, 1616, in-4.º, avec un Commentaire chargé d'érudition.
II. SCHMID, (Sébastien) professeur en langues Orientales à Strasbourg, mort en 1697, ne doit pas être confondu avec Jean-André SCHMID, abbé de Mariendal, et professeur Luthérien en théologie, mort en 1726. L'un et l'autre ont enfanté un grand nombre de livres peu connus. On distingue, parmi ceux du dernier : I. Compendium Historiæ Ecclesiasticæ, 1704, in-8.º II. De Bibliothecis, 1703, in-4.º III. Lexicon Ecclesiasticum minus, 1714, in-8.º Voj. PARDIES.
III. SCHMID, (George-Frédéric) graveur célèbre, né à Berlin en 1712, et mort dans cette ville en janvier 1775, d'apoplexie, vint de bonne heure à Paris pour se perfectionner dans son art. Le fameux Larmessin fut son maître, et le disciple fit tant de progrès, que l'académie royale de Peinture l'admit en 1742, au nombre de ses membres, quoique les Pro- testans soient exclus de son corps. Revenu deux ans après dans sa patrie, il fut nommé graveur du roi de Prusse, et accrut sa réputation par des chefs-d'œuvre successifs. Il excelloit sur-tout dans l'art de graver les portraits. En 1757, l'impératrice *Elisabeth* de Russie l'avoit appelé à Pétersbourg pour exécuter son portrait peint par *Toqué*. Elle en fut si contente, qu'elle le renvoya à Berlin comblé de présens et de faveurs.
SCHMIDELIN, *Voy. ANDRÉ*, n° XI.
SCHMITH, (Nicolas) né à Oedenbourg en Hongrie, se fit jésuite, enseigna les belles-lettres et la théologie avec distinction, dans son ordre, et mourut recteur du collège de Tirnau, en 1767, aimé et estimé par l'égalité et la douceur de son caractère. On a de lui: I. *Series Archiepisc. Strigoniensium*, Tirnau, 1751, 2 vol. in-8. II. *Episcopi Agrienses, fide diplomatica concinnati*, Tirnau, 1768, in-8. III. *Imperatores Ottomannici à capta Constantinopoli, cum epitome principum Turcarum ad annum* 1718, Tirnau, 1760, 2 vol. in-fol. Ces ouvrages, pleins d'érudition, sont écrits d'un style pur, aisé et souvent élégant. On estime sur-tout son *Histoire des Empereurs Ottomans*, qui est peut-être la meilleure que nous ayons. C'est une suite de celle du P. *Keri*. Nous n'avons pas encore une Histoire Turque complète. Celle de *Cantimir* passe pour être assez exacte, mais elle est trop peu étendue, pour l'espace de temps qu'elle embrasse. Celle de l'abbé *Mignot* ne peut être considérée que comme un *Tome XI.* abrégé. *Ricaut* en a donné une Histoire, en anglois, mais elle ne comprend que le XVII$^{e}$ siècle. L'histoire des Turcs ne peut être connue que par celle de leurs ennemis. Ces relations peuvent être suspectes, mais elles n'ont pas un caractère de fausseté comme les annales turques. Les Turcs, si on veut les en croire, ont été des conquérans invincibles. La Porte, dans ses Actes, représente les princes chrétiens implorant à genoux la clémence du vainqueur. On retrouve dans l'histoire, comme dans les diplômes des Turcs, le faste oriental qui n'est qu'un étalage ridicule.
SCHNEIDER, en latin *Sartorius*, (Jean Friedman) professeur de philosophie à Hall, étoit né en 1669, à Cranichfeld, petite ville de Thuringe. On a de lui: I. *Philosophiæ rationalis fundamenta*. II. *De affectata Moralium omni scientia*, etc. etc.
SCHNITZTEIN, savant Allemand, mort à Anspach en 1787, fut président du consistoire de cette ville. Il a publié, de 1769 à 1774, un ouvrage très-érudit, ayant pour titre, *Selecta Norimbergensia*, 5 vol. in-4.
SCHODELER, (Wernher) Avoyer de la ville de Bremgarten en Suisse, engagea, en 1532, ses concitoyens à rentrer dans le sein de l'Église Catholique. On a de lui une *Chronique de Suisse*, en allemand, estimée pour son exactitude.
SCHOEFFER, *Voy. SCHEFFER*.
SCHOEFFER, (Jean-Chrétien) savant naturaliste Allemand, mort dans le cours du siècle qui vient de finir, a publié plusieurs ouvrages sur l'histoire naturelle, et entr'autres une *Description des champignons*, publiée à Ratisbonne en 1764, in-4.º La partie typographique est magnifiquement exécutée, et les figures sont enluminées.
SCHOEN, (Martin) est le plus ancien des graveurs connus, et le premier qui ait tiré des épreuves de ses ouvrages. On le connoit aussi sous le nom de *Beau-Martin* de Colmar. Il grava depuis l'an 1460, jusqu'à sa mort en 1486.
SCHOEPFLIN, (Jean-Daniel) professeur d'histoire dans l'université Luthérienne de Strasbourg, né à Sulzbourg dans le Brisgau en 1694, mourut en 1771; c'étoit un érudit profond et un écrivain lourd. On a de lui : I. *Historia Zaringo-Badensis Carlsruhe*, 7 vol. in-4.º II. *Alsatia diplomatica*, 1772, 2 vol. in-fol. III. *Alsatia illustrata*, 1751 et 1762, 2 vol. in-fol. IV. *Alsaticarum rerum scriptores*, in-fol. V. *Vindicie typographicae*, 1760, in-4.º, figur. ouvrage rempli de recherches curieuses. On y trouve les pièces d'un procès entre *Guttenberg* et ses associés. L'auteur prétend prouver par elles que *Guttenberg* fit à Strasbourg les premiers essais de son art, que *Schoeffer* perfectionna ensuite à Mayence. Fournier le jeune a publié, en 1760, des observations sur cet ouvrage de *Schoepflin*. Ce dernier a légué son cabinet à la ville de Strasbourg, et M. *Oberlin* en a donné la description sous le titre de *Musæum Schoepflinianum*.
SCHOLARIUS, (George) l'un des plus savans Grecs du xve siècle, fut juge-général des Grecs, secrétaire de l'empereur de C. P. et son prédicateur ordinaire. Il embrassa depuis l'état monastique, et prit le nom de *Gennade*. N'étant encore que laïque, il assista au concile de Florence, où il se déclara hautement en faveur de l'union des Grecs avec les Latins. Il fit, à son retour à Constantinople, une excellente *Apologie* des articles contenus dans le décret du concile de Florence; il y dépeint, avec l'éloquence la plus touchante, l'état où cette malheureuse ville, bâtie par *Constantin*, se trouvoit réduite. Mais *Marc* d'Ephèse l'ayant depuis fait changer de sentiment, il devint un des plus grands adversaires de la réunion. Après la prise de Constantinople par les Turcs, en 1453, *Gennade* fut élu patriarche de cette ville. Le sultan *Mahomet II* lui donna l'investiture, suivant la coutume des empereurs Grecs, et lui mit en main le bâton pastoral; mais voyant les troubles s'augmenter, sans espérance de pouvoir les appaiser, ce patriarche abdiqua en 1458 et se retira dans un monastère de la Macédoine, où il mourut vers 1460. Ses principaux ouvrages (qu'on trouve dans les *Conicles du Père Labbe* et dans la *Bibliothèque des Pères*) sont : I. Une *Lettre* adressée aux Évêques Grecs touchant l'Union. II. Trois *Discours*, prononcés dans le concile de Florence, sur les moyens de procurer la paix. III. Un *Traité de la Procession du Saint-Esprit*, contre *Marc* d'Ephèse. IV. Un de la *Prédestination*, et plusieurs autres, Mont l'abbé *Renaudot* nous a donné le catalogue dans la *Créance de l'Eglise Orientale sur la Transsubstantiation*. Ce savant a publié aussi une *Homélie de Scholarius*, dans laquelle il reconnoit la Transsubstantiation.
SCHOLASTIQUE, (Ste) vierge, sœur de *S. Benoit*, née à Nursie, ville d'Italie, sur la fin du V$^{e}$ siècle, suivit la vie ascétique, et établit une communauté de religieuses. Elle alloit visiter son frère tous les ans : la dernière année qu'elle lui rendit ce devoir, elle prédit sa mort prochaine, qui arriva vers l'an 543. *S. Benoit* la fit enterrer au Mont Cassin. « Son corps, dit *Baillet*, fut transporté en France avec le sien dans le VII$^{e}$ siècle, selon l'opinion commune. » I. SCHOMBERG, (Henri de) d'une ancienne famille de Misnie en Allemagne, établie en France, porta d'abord les armes sous le nom de comte de *Nanteuil*. Son père, *Gaspard de Schomberg*, avoit mérité par sa valeur le gouvernement de la haute et basse Marche. Il avoit servi en qualité de maréchal-de-camp général des troupes allemandes en France, sous *Charles IX*, *Henri III* et *Henri IV*. Protecteur des gens de lettres, ils célébrèrent ses vertus et ses exploits. La membrane qui enveloppe le cœur étant devenue osseuse, il mourut subitement dans son carrosse en 1599. Le jeune *Schomberg* qui fut tué dans le fameux duel de *Quélus* et *Entragues*, étoit frère de *Gaspard*. Ce fut le premier duel où les seconds se battirent. *Henri* fils de *Gaspard* succéda à son gouvernement de la Marche et à sa valeur. Il servit en 1617 dans le Piémont sous le maréchal d'*Estrées* et sous *Louis XIII*, en 1621 et 1622, [Voy. I. BUCKINGHAM.] contre les Huguenots. Après s'être distingué en diverses occasions, il fut honoré du bâton de maréchal de France, l'an 1625. Il prouva qu'il en étoit digne, par la défaite des Anglois au combat de l'île de Rhé, l'an 1627, et en forçant le pas de Suse en 1629. Il fut blessé, dans cette dernière journée, d'un coup de mousquet aux reins; et dès qu'il fut guéri, il se rendit maître de Pignerol en 1630, et secourut Casal. Envoyé en Languedoc contre les rebelles, il gagna en 1632 la victoire de Castelnaudari, où le célèbre duc de *Montmorency* fut blessé et fait prisonnier. Cette victoire valut le gouvernement de Languedoc au maréchal de *Schomberg*, qui mourut à Bordeaux d'apoplexie, le 17 novembre de la même année, à 49 ans. On a de lui la *Relation de la Guerre d'Italie*, à laquelle il eut tant de part. Elle fut imprimée en 1630, m-4$^{o}$, et réimprimée en 1669 et 1682. Le maréchal de *Schomberg* avoit été ambassadeur en Angleterre et en Allemagne. Il étoit aussi adroit dans les négociations, qu'habile dans la guerre. Homme d'une prudence admirable, d'une éloquence mâle, d'une probité singulière, et aussi magnifique qu'obligeant.
II. SCHOMBERG, (Charles de) fils du précédent et frère de la duchesse de *Liancourt*, étoit duc d'*Halluin* par sa femme, *Anne* duchesse d'*Halluin*. Il fut élevé enfant d'honneur auprès de *Louis XIII*, qu'il suivit dans son voyage de Savoie en 1630. Trois ans après, le roi lui donna le collier de l'Ordre du Saint-Esprit, le gouvernement de Languedoc, et enfin le bâton de maréchal de France en 1637, après qu'il eut remporté une victoire sur les Espagnols près de Leucate en Roussillon. Il eut plusieurs autres avantages sur eux dans le cours de cette guerre. Devenu vice-roi de Catalogne, il prit d'assaut la ville de Tortose en 1648. Ce guerrier mourut à Paris, le 6 juin 1656, à 56 ans. Le duc d'Halluin (car c'étoit sous ce nom-là que Schomberg étoit le plus connu) épousa en secondes noces, l'an 1646, Marie d'Hautefort, dame aussi belle que sage, que Louis XIII avoit beaucoup estimée. Il n'eut point d'enfans de cette 2e femme, non plus que de la 1re. Son père lui avoit appris le métier des armes, et il soutint dignement le nom illustre qu'il lui avoit transmis.
III. SCHOMBERG, (Frédéric-Armand de) d'une famille illustre, mais différente de celle des précédens, porta d'abord les armessous Frédéric-Henri, prince d'Orange, et ensuite sous son fils le prince Guillaume. Son nom avoit pénétré en France; il passa en 1650 au service de cette monarchie, et obtint les gouvernements de Gravelines, de Furnes, et des pays circonvoisins. En 1661 il fut envoyé en Portugal et y commanda si heureusement, que l'Espagne fut contrainte de faire la paix en 1668, et de reconnoître la maison de Bragance légitime héritière du royaume de Portugal. Schomberg ayant combattu avec autant de succès en Catalogne, l'an 1672, obtint, quoique protestant, le bâton de maréchal de France en 1675, année où il reprit sur les Espagnols la forteresse de Bellegarde. Il passa ensuite dans les Pays-Bas, où il fit en 1676, lever les sièges de Mastricht et de Charleroi. La France le perdit en 1685, année de la révocation de l'édit de Nantes. Il se retira chez l'électeur de Brandebourg, qui lui donna le gouvernement de la Prusse ducale, le choisit pour son ministre d'état et pour généralissime de ses armées. Il passa de là en Portugal, ensuite en Hollande, puis en Angleterre, avec Henri-Guillaume prince d'Orange, qui alloit s'emparer de ce royaume. Ce monarque l'envoya commander en Irlande en 1689, et s'y étant rendu l'année d'après, il y eut un combat contre l'armée du roi Jacques, campée au-delà de la rivière de la Boyne, le 11 juillet 1690. Schomberg passa cette rivière à la tête de sa cavalerie, battit huit escadrons de l'armée ennemie, et rompit l'infanterie irlandaise, secondé par Guillaume. Le beau-père mis en déroute et poursuivi jusqu'à la nuit, abandonna la victoire à son gendre. La maréchal de Schomberg s'étant exposé comme un soldat, fut tué d'un coup de sabre et de pistolet par les gardes du roi Jacques. Sa postérité est restée au service du roi d'Angleterre. Les titres de Maréchal de France, de Duc et de Grand en Portugal, de Milord-Duc et de Chevalier de la Jarretière en Angleterre, marquent assez quelle estime on avoit pour lui dans toute l'Europe.
SCHOMER, (Juste-Christophe) né à Lubeck en 1648, mort en 1693, étoit professeur de théologie à Rostock. Il publia en 1690 sa *Theologia moralis sibi constans*. Elle est estimée dans les universités de la Basse-Saxe. C'est presque l'unique que l'on suive dans les écoles luthériennes. La meilleure édition de cet ouvrage est celle de 1707. On a encore de *Schomer des Commentaires* sur toutes les *Epitres de S. Paul*, en 3 vol. in-4.$^{o}$
SCHONÆUS, ( Corneille ) natif de Goude en Hollande, mort en 1611 âgé de 71 ans, poète latin, a joui d'une grande réputation. Ses poésies se font encore rechercher dans son pays, car on les lit peu ailleurs; on le regarde comme un poète médiocre. Il a composé des *Elégies*, des *Epigrammes*, etc. Mais ce qui l'a fait connoître, ce sont des *Comédies saintes*, dans lesquelles il a tâché de saisir le style de *Térence*, dont il a imité la pureté de l'expression, le naturel et la précision, comme un esclave mal-adroit copie un maître habile. Ces pièces sont d'ailleurs peu théâtrales. Le recueil des comédies de *Schonæus* a pour titre : *Terentius Christianus*, seu *Comædiæ sacræ*, Amsterdam, 1629, in-8.$^{o}$
SCHONER, ( Jean ) mathématicien, né à Carlstadt en Franconie, l'an 1477, mort en 1547, occupa une chaire de mathématiques à Nuremberg. Ses *Tables Astronomiques*, Wittemberg, 1588, in-4.$^{o}$ qui furent publiées après celles de *Regiomontan*, et qui furent appelées *Resolutæ*, à cause de leur clarté, lui firent un nom célèbre. On a encore de lui, le recueil de ses *Œuvres Mathématiques*, à Nuremberg, 1551, in-fol.
SCHONLEBEN, ( Jean-Louis ) né à Laubach en Alsace, étudia l'Histoire avec succès, et mérita d'en être nommé professeur dans l'académie de sa patrie. Ses souverains qui l'honorèrent, en furent honorés à leur tour. Il composa une Histoire savante de leur maison, intitulée : *Dissertatio de primæ origine Domus Habsburgho-Austriacæ*, à Laubach, 1680, in-fol. Après avoir rendu cet hommage littéraire à ses maîtres, il en rendit un pareil à son pays. Il en fit l'Histoire sous ce titre : *Carniola antiqua et nova*, jusqu'à l'an 1000, à Laubach, 1681, in-fol. Cet auteur mourut au commencement de ce siècle.
SCHOOCKIUS, ( Martin ) né à Utrecht en 1614, fut successivement professeur en langues, en éloquence et en histoire, en physique, en logique et en philosophie pratique, à Utrecht, à Deventer, à Groningue, et enfin à Francfort-sur-l'Oder, où il mourut en 1669, à 55 ans. Il étoit laborieux, avoit des connoissances étendues, et se plaisoit à traiter des matières singulières; mais à force de vouloir montrer de l'érudition, il perdoit souvent son sujet de vue, et l'absorboit dans de longues digressions. On lui reproche d'avoir été extrêmement satirique, ce qui l'a fait appeler par Vossius, *Impudentissima bestia*. ( In append. *Guidiand*, p. 329.) On a de lui un nombre prodigieux d'ouvrages de critique, de philosophie, de théologie, de littérature, d'histoire, etc., in-12 et in-8.$^{o}$, dans lesquels il ne fait que compiler. Les principaux sont : I. *Exercitationes variæ*, 1663, in-4.$^{o}$, qui ont reparu avec ce titre : *Marini Themidis Exercitationes*, 1688, in-4.º II. Des *Traités sur le Beurre*. III. Sur l'aversion pour le Fromage. IV. Sur l'*Œuf* et le *Poulet*. V. Sur les *Inondations*. VI. De *Harengis*, seu *Halecibus*. VII. De *signaturis fœtis*. VIII. De *Ciconiis*. IX. De *scepticismo*. X. De *sternutatione*. XI. De *Cerevisia*. XII. *Tractatus de Turffis*. XIII. De *Statu reipublicæ fœderati Belgii*. XIV. De *imperio maritimo*. XV. De *natura soni*. XVI. De *Nihilo*. XVII. De *Lingua Hellenistica*. XVIII. *Admiranda Methodus novæ philosophiæ* contre Descartes. XIX. Des écrits de controverse, qui prouvent qu'il savoit mieux dissenter sur le beurre et le fromage, qu'écrire sur des matières de religion.
SCHOONHOVIUS, (Florent) poète Hollandois, né en 1594, mort au milieu du siècle suivant, se fit catholique, et publia des *Poèmes* latins, recueillis à Leyde en 1613, et des *Emblemes*, 1618, in-4.º
SCHOREL, (Jean) peintre, natif d'un village nommé *Schorel* en Hollande, étudia quelque temps sous *Albert Durer*. Un religieux qui alloit à Jérusalem, engagea *Schorel* de le suivre. Ce voyage lui donna occasion de dessiner les lieux sanctifiés par la présence de *Jesus-Christ*, et les autres objets qui peuvent intéresser la curiosité ou la piété. Il parcourut ensuite l'Europe. S'étant arrêté pendant quelque temps en Italie, le pape *Adrien VI* lui donna l'intendance des ouvrages du bâtiment de Belvédère; mais la mort de ce pontife, qui survint un an après, engagea *Schorel* à retourner dans sa patrie, et sa route le conduisit en France, où *François I* voulut inutilement le retenir. Ce peintre, recommandable par la connoissance de la poésie, de la musique, des langues, et par l'intégrité de ses mœurs, mourut en 1572, à 76 ans. Le roi de Suède, pour lequel il avoit fait un tableau de la *Vierge*, lui fit présent d'un anneau d'or.
SCHORUS, (Antoine) grammairien, natif d'Hooghstrate en Brabant, embrassa la Religion Protestante, et mourut à Lausanne en 1552. On a de lui plusieurs bons ouvrages de grammaire, dont les humanistes venus après lui, ont souvent profité sans les citer. Les principaux sont : I. *Thesaurus Ciceronianus*, Strasbourg, 1570, in-4.º II. *Phrases Linguæ Latinæ* è *Cicerone collectæ*, Bâle, 1550, in-8.º III. *Ratio discendæ docendæque Linguæ Latinæ ac Græcæ*, in-8.º IV. Une comédie latine, intitulée : *Eusebia, sive Religio*, qu'il fit représenter par ses écoliers en 1550 à Heidelberg, où il étoit professeur de belles-lettres; et comme dans cette pièce satirique, il vouloit prouver que les grands méconnoissoient la religion et qu'elle n'étoit accueillie que par le peuple, l'empereur le fit chasser de la ville.
SCHOT ou SCOT, (Reginald) gentilhomme Anglois, avoit beaucoup de jugement. On a de lui un ouvrage latin, où il a entrepris de prouver que tout ce que l'on dit aujourd'hui des magiciens et des sorciers est fabuleux, ou se peut expliquer par des raisons naturelles. Il parut en 1584, in-4.º, et fut condamné au feu en Angleterre, qui, comme le reste de l'Europe, étoit soumise aux préjugés populaires.
SCHOTANUS, (Christian) ministre protestant, né à Scheng, village de Frise, en 1603, fut professeur de la langue grecque et de l'histoire ecclésiastique, et prédicant à Franeker. Il y mourut l'an 1671, après avoir donné : I. Description de la Frise, avec figures, 1656, in-4.º II. Histoire de la Frise jusqu'en 1558, in-fol. Ces deux ouvrages sont en flamand. Il y parle des catholiques avec la partialité si ordinaire aux protestans. III. Continuatio historiae sacrae Sulpitii Severi, Franeker, 1658, in-12. IV. Bibliotheca historiae sacrae Veteris Testamenti, sive Exercitationes sacrae in historiam sacram Sulpitii Severi et Josephi, 1664, 2 vol. in-fol. A voir le titre, on croit que c'est un commentaire pour éclaircir le texte de ces historiens suivant les règles de la critique, et dans la réalité ce n'est que le résultat informe des leçons de l'auteur.—Schotanus a eu un fils nommé JEAN, qui a été professeur de philosophie à Franeker, mort l'an 1699. Il a fait des Paraphrases en vers sur les Méditations de Descartes, où il entre en lice avec le savant Huet, et attaque, mais bien foiblement, l'ouvrage de ce prélat sur la philosophie cartésienne. I. SCHOTT, (Pierre) né à Strasbourg en 1460, fit ses études à Paris et à Boulogne, où il se fit aimer des savans. Il retourna dans sa patrie, et y fut nommé chanoine de St-Pierre. Il fut moissonné au milieu de sa carrière en 1491, dans sa 31e année. On imprima en 1498 le recueil de ses Œuvres à Strasbourg. On y trouve : I. Les Vies de S. Jean-Baptiste, de S. Jean l'Evangéliste, et de S. Jean-Chrysostome, en vers élégiaques; l'Éloge de Jean Gerson aussi en vers. II. Quelques Lettres, et diverses Questions sur des cas de conscience.
II. SCHOTT, (Jean) imprimeur de Strasbourg au commencement du XVIe siècle, est auteur d'un Enchiridion Poëticum. Ses éditions sont recherchées. Celle des Dialogues des Dieux par Lucien, a la première page en lettres rouges.
III. SCHOTT ou SCHOT, (André) né à Anvers en 1552, se fit jésuite en 1586, et fut nommé professeur en éloquence à Rome. Il retourna ensuite à Anvers, où il enseigna le grec avec réputation jusqu'à sa mort, arrivée le 23 janvier 1629, dans sa 77e année. C'étoit un homme laborieux, franc, généreux, poli, officieux. Il cherchoit à obliger tous les savans, de quelque religion qu'ils fussent; aussi les Hétérodoxes l'ont autant loué que les Catholiques. On a de lui : I. Des Traductions de Photius et de divers autres ouvrages grecs dont il a aussi donné des éditions. Sa version de Photius, imprimée à Paris en 1606, in-fol., manque d'exactitude et de précision. Il s'est plus attaché au sens de son auteur qu'à ses paroles, et il ne l'a pas toujours saisi, parce qu'il n'étoit pas profondément instruit de certaines matières traitées par quelques écrivains cités par Photius. II. De savantes Notes sur plusieurs auteurs tant grecs que latins. III. De bonnes Editions de différens écrivains, entr'autres de S. Isidore de Peluse, in-fol., à Paris, 1638. IV. Les Vies de S. François de Borgia, 1596, in-8.º; de Ferdinand Nunrez, et de Pierre Ciconius. V. Hispania illustrata; 1603 à 1608, 4 vol. in-fol. On lui attribue en- core la *Bibliothèque d'Espagne*, in-4°, en latin; mais cet ouvrage a été fait seulement sur ses Mémoires. Tous ses écrits sont remarquables par un grand fond de savoir... (*Voyez III. THEOPHYLACTE.*) François SCHOTT son frère, et membre de la régence d'Anvers, mort en 1622, est connu par son *Itinerarium Italiae, Germaniae, Galliæ, Hispaniæ, Vienne*, 1601, in-8°.
IV. SCHOTT, (*Gaspard*) jésuite, né dans le diocèse de Wurtzbourg en Franconie, en 1608, et mort dans cette ville en 1666, cultiva la philosophie et les mathématiques qu'il professa jusqu'à sa mort. Il passa plusieurs années à Palerme en Sicile, ensuite à Rome où il se lia d'une amitié étroite avec le célèbre P. Kircher qui lui fit part de beaucoup d'observations sur les sciences et les arts. On a de lui divers ouvrages, qui prouvent beaucoup d'érudition. Les plus connus sont : I. Sa *Physica curiosa*, sive *Mirabilia naturae et artis*. Cet ouvrage, réellement curieux, est en 2 vol. in-4°. L'auteur y a compilé beaucoup de singularités sur les hommes, sur les animaux, sur les météores. On y voit encore des recherches sur le pouvoir du diable, sur les monstres, etc. L'auteur montre autant de crédulité que de savoir; et au milieu de beaucoup d'observations curieuses, d'expériences dignes d'attention, on trouve une foule de faits hasardés, inutiles, ridicules, et puisés dans des historiens décriés. Il dit tout bonnement, que les animaux qui ont peuplé l'Amérique, y ont été vraisemblablement transportés par les anges. II. *Magia naturalis et artificialis*, 1677, 4 vol. in-4°, plein de recherches et de connaissances physiques et statiques. III. *Technica curiosa*, à Nuremberg, 1664, in-4°. IV. *Machina hydraulico-pneumatica*, 1657, in-4°. V. *Pantometrum Kircherianum*, sive *instrumentum geometricum novum*, 1660. VI. *Itinerarium staticum Kircherianum*, 1660. VII. *Encyclopedia*, 1661. C'est un cours de mathématiques. VIII. *Mathesis Caesarea*, 1662, 2 vol. in-4°. IX. *Anatomia physico-hydrostatica fontium et fluminum*, 1663, in-8°. X. *Arithmetica practica generalis et speculativa*, 1663, in-8°. XI. *Schola stegano-graphica*, 1664, in-4°. XII. *Organum mathematicum*, 1668, in-4°. On trouve dans ces ouvrages une multitude d'expériences propres à inspirer de la modestie à ceux de nos contemporains qui veulent passer pour des génies créateurs dans la physique expérimentale. On fait peu d'expériences maintenant dont on ne trouve la marche, le résultat et l'explication dans ce dernier ouvrage; cependant on ne le voit presque cité nulle part: on en sent facilement le motif. Le célèbre *Boyle* avoue que ce physicien lui a donné les premières idées de sa machine pneumatique. Voyez la *Notice raisonnée* des ouvrages du savant Jésuite, que l'abbé Mercier a publiée à Paris, 1785. Cette analyse donne une idée avantageuse du Jésuite Allemand et du savant François qui l'a tiré de la poussière.
SCHOTTELIUS, (*Juste-George*) né à Eimbeck en 1612, conseiller du duc de Brunswick-Lunebourg, mourut à Wolffenbuttel en 1676. Sa *Grammaire Allemandes* et les autres *Ecrits* qu'il a faits pour enrichir et pour perfectionner sa langue, ont eu beaucoup de cours.
SCHOUTEN, (Guillaume) navigateur Hollandois, découvrit avec Jacques le Maire, (Voyez ce mot.) le détroit qui porte le nom de ce dernier. Son Voyage, qui forme 2 vol., se trouve à la suite de ceux de la compagnie des Indes orientales.
SCHREVELIUS, (Corneille) écrivain Hollandois, mort en 1667, étoit un compilateur sans discernement et un critique sans justesse. On a de lui : I. Des éditions d'Homère, d'Hésiode, et de plusieurs autres auteurs anciens, qui sont fort belles, mais faites sans goût. Il prend souvent ce qu'il y a de mauvais dans les critiques, et néglige les remarques les plus judicieuses. II. Un Lexicon grec et latin. Leyde, 1647, in-8°, et 1676, in-fol., augmenté et corrigé par Hill. Ce Dictionnaire est fort commode pour les commençans. C'est son meilleur ouvrage ; on s'en sert dans plusieurs collèges.
SCHROEDER, (Jean) né en Westphalie l'an 1600, s'appliqua à la médecine, exerça sa profession dans les armées suédoises, et fut nommé physicien de la ville de Franckfort, où il mourut le 30 janvier 1684. On a de lui : Pharmacopæia medico-chymica. Franckfort, 1677, in-4°, et en allemand, Nuremberg, 1685, in-4°. Boerhaave parle avec éloge de cet ouvrage dans sa Methodus studii medici ; mais Haller dans ses notes, en parle moins avantageusement.
SCHWARTZ, (Ignace) né en Souabe en 1690, et mort à Augsbourg en 1763, professa l'histoire dans l'université d'Ingolstadt, et a publié trois savans ouvrages : I. Institutiones historicae, 1729, 2 vol. in-8°. II. Collegia historica, 1737, 9 vol. in-8°. III. Institutiones juris universalis, 1743, in-8°.
SCHUDT, (Jean-Jacques) né à Franckfort-sur-le-Mein en 1664, y fut recteur de l'université, professeur en langues orientales, et y mourut en février 1722. On a de lui un Commentaire sur les Pseaumes, et plusieurs autres ouvrages remplis d'érudition, et qui marquent plus de connoissance des langues de l'Orient, que de l'art de bien écrire. Il étudioit nuit et jour, et entretenoit une correspondance très-étendue.
SCHULEMBERG, (Jean de) comte de Mondejeu, après avoir servi long-temps contre les Espagnols, fut fait gouverneur d'Arras en 1652. Deux ans après, il en soutint le siège avec tant d'habileté, qu'il força les Espagnols de le lever avec perte de leurs bagages, munitions et artillerie. Ce service lui valut le bâton de maréchal de France en 1658. Il mourut 10 ans après, sans postérité, après avoir été décoré du titre de chevalier des Ordres du roi en 1661.
SCHULEMBOURG, (Matthias-Jean, comte de) né en 1661, d'une famille originaire de Brandebourg, se consacra à la guerre dès sa plus tendre jeunesse. Il se mit au service du roi de Pologne, qui lui confia en 1704, les troupes saxonnes dans la grande Pologne. Schulembourg, poursuivi par le roi Charles XII, et se voyant à la tête d'une armée découragée, son- gen plus à conserver les troupes de son maître, qu'à vaincre. Ayant été attaqué avec son petit corps de troupes le 7 novembre de cette année, près de Punitz, par le roi de Suède fort de 1000 hommes de cavalerie, il sut se poster si avantageusement, qu'il déconcerta toutes ses mesures. Après cinq attaques, *Charles* fut obligé de se retirer, laissant les Saxons maîtres du champ de bataille. Cette action fut regardée comme un coup de maître, et *Charles XII* ne put s'empêcher de dire : *Aujourd'hui Schulembourg nous a vaincus*. Ce héros fut battu l'année d'après, mais sans que ses défaites altérassent sa gloire. En 1708, il obtint le commandement de 9000 hommes que le roi *Auguste* donna à la solde des Hollandois, et il se trouva l'année d'après à la bataille de Malplaquet. Le prince *Eugène*, témoin de son courage, conçut dès-lors pour lui l'estime la plus sincère. *Schulembourg* ayant quitté le service polonois en 1711, pour passer à celui de Venise, ce prince le recommanda en termes si forts, que la République lui donna 10000 sequins par an, et le commandement de toutes ses forces par terre. Son courage fut bientôt nécessaire aux Vénitiens. Les Turcs tournèrent leurs regards, en 1716, sur l'île de Corfou, qui est comme l'avant-mur de Venise. Ils abordèrent dans cette île avec 30000 hommes, munis d'une nombreuse artillerie, et les firent avancer vers la forteresse qu'ils commencèrent à assiéger vigoureusement. *Schulembourg* qui s'y étoit renfermé de bonne heure, soutint avec tant de courage les assauts, et fit des sorties si vives, que les Turcs furent obligés, la nuit du 21 août, de lever le siège de cette place. Ils abandonnèrent leur camp, leur artillerie, plusieurs milliers de buffles et de chameaux, et laissèrent un nombre considérable de leurs morts sans sépulture. *Schulembourg* fit rétablir ensuite tout ce qui avoit été endommagé; il forma des projets pour mieux fortifier l'île de Corfou; il mit une garnison dans l'île de Maura, que les Turcs avoient abandonnée. Après avoir fait tout ce qu'on peut attendre d'un général expérimenté, il s'en retourna vers la fin de l'année à Venise, où il fut reçu avec les marques d'estime qu'il méritait. On augmenta sa pension. On lui fit présent d'une épée enrichie de diamans. On lui fit dresser une statue dans l'île de Corfou, comme un monument perpétuel de son courage. En 1726, il fit un voyage en Angleterre, pour aller voir sa sœur, qui étoit comtesse de Kendale. *Georges I* l'accueillit avec distinction. Après avoir été comblé d'honneurs, il s'en retourna à Venise, où il mourut en 1743. *Schulembourg* fut pendant plus de 28 ans général-welt-maréchal au service de la république. Il est presque sans exemple, qu'un général étranger ait servi pendant tant d'années cette république avec une entière approbation du sénat et du peuple.
SCHULTENS, (Albert) né à Groningue, montra beaucoup de goût pour les livres arabes. Il devint ministre de Wassenaar, et deux ans après professeur en langues orientales à Franeker. Enfin on l'appela à Leyde, où il enseigna l'hébreu et les langues orientales avec réputation jusqu'à sa mort arrivée en 1750, à l'âge d'environ 70 ans. On a de lui un grand nombre d'ouvrages qui sont aussi remarquables par la justesse de la critique, que par la profondeur de leur érudition. Les principaux sont : I. Un Commentaire sur Job, 2 vol. in-4.º II. Un Commentaire sur les Proverbes, in-4.º III. Un livre intitulé : *Vetus et regia via hebraïzandi*, in-4.º IV. Une Traduction latine du livre arabe d'Hariri. V. Un Traité des Origines hébraïques. VI. Plusieurs Écrits contre le système de Gousset. Il y soutient contre cet auteur, que pour avoir une parfaite intelligence de l'hébreu, il faut y joindre l'étude de l'arabe. VII. *La Vie de Saladin*, traduite de l'arabe, Leyde, 1732, in-folio, etc. VIII. *Animadversiones philologicae et criticae ad varia loca Veteris Testamenti*. IX. Une bonne Grammaire Hébraïque. X. *De Palmd ardente*, Franeker, 1729, in-4.º
SCHULTING, (Corneille) né à Steenwyck, dans l'Over-Yssel, vers l'an 1540, régent de la Bourse Laurentienne, et chanoine de St-André à Cologne, mort le 23 avril 1604, a donné plusieurs ouvrages dans lesquels il montre beaucoup de lecture, de savoir, et assez de critique pour le temps où il vivait. Les principaux sont : I. *Confessio Hieronymiana ex omnibus germanis B. Hieronymi operibus*, Cologne, 1585, in-fol. II. *Bibliotheca Ecclesiastica, seu commentaria sacra de expositione et illustratione Missalis et Breviarii*, Cologne, 1599, 4 vol. in-fol. Il y fait voir l'antiquité des offices de l'église et combat les liturgies des Protestans. Cet ouvrage, qui a demandé des recherches infinies, n'est pas com- comm. III. *Bibliotheca Catholica contra Theologiam Calvinianam*, Cologne, 1602, 2 vol. in-4.º IV. *Hierarchica Anacrysis*, Cologne, 1604, in-fol. Il y donne une liste raisonnée des colloques que les différentes sectes des Protestans ont tenus entre eux, et montre combien ils sont différents des synodes de l'église catholique.
SCHULZE, (Jean-Henri) médecin, né à Colbitz dans le duché de Magdebourg, l'an 1687, fut professeur à Hall et mourut en 1745. Il avoit beaucoup de connaissances, sur-tout dans l'anatomie, et possédoit bien les langues grecque et arabe. On a de lui : I. *Historia Medicinae à rerum initio ad annum urbis Romae 535 deducta*, Leipsig, 1728, in-4.º On y trouve beaucoup de choses, mais écrites d'après des mémoires peu sûrs, sur la médecine des Chinois, des Malabares et des Égyptiens. L'*Histoire de la Médecine de Daniel le Clerc* lui a été d'une grande utilité. II. *Physiologia Medica*, Hall, 1746, in-8.º Il s'y éloigne de tout ce qui a l'air de système. III. *Pathologia generalis et specialis*, 1747. IV. *De Materia medicae*. V. *Dissertationes medicae et historicae*, etc.
SCHUPPACH, (Michel) médecin de Lagnau dans le canton de Berne, étoit né à Pighen, village du même canton. Après avoir exercé la chirurgie avec un succès médiocre, il se tourna du côté de la médecine, et se rendit célèbre par l'heureux usage qu'il fit des simples de son pays. Il prétendoit avoir le talent de juger des maladies à la vue des urines ; ce qui lui a fait donner par *Voltaire* le nom de *Médecin des urines*. Cependant les moyens qu'il employoit pour guérir, étoient, à ce qu'on dit, moins ceux d'un charlatan que d'un vrai médecin. Il mourut en 1781, âgé d'environ 67 ans. Il étoit d'une grosseur monstrueuse. Le burin a conservé les traits de cet homme singulier, célèbre en Suisse, autant pour ses cures que pour ses vertus. Il étoit le bienfaiteur de son canton, libéral, charitable, humain, compatissant, etc.
SCHUPPEN, (Pierre Van) graveur d'Anvers, retiré à Paris, où il mourut en 1707, à 74 ans, fut le rival d'*Edelink* par le fini et la correction de son burin. Il excella dans le portrait.
SCHUPPIUS, (Jean-Balthasar) né à Giessen en 1610, fit divers voyages littéraires et occupé différentes places, entr'autres celle de pasteur à Hambourg en 1661. On a de lui des ouvrages de littérature et de philosophie imprimés à Franckfort en 1701, en 2 vol. in-8. On estime sur-tout ses *Oraisons latines*, et un petit Traité en allemand, intitulé : *L'Ami au besoin*. Ce théologien avoit de l'esprit, des connoissances, mais trop de penchant à la satire. Il connoissoit les travers et les ridicules des gens du monde, et il les peignoit en chaire d'une manière un peu bouffonne.
SCHURMAN, (Anne-Marie de) née à Cologne en 1606, montra un génie précoce. A l'âge de six ans, elle faisoit avec des ciseaux sur du papier toutes sortes de figures sans aucun modèle; à huit, elle apprit à crayonner des fleurs d'une manière qui faisoit plaisir; et à dix, il ne lui fallut que trois heures pour apprendre à broder. Elle s'appliqua à la musique, à la sculpture, à la peinture, à la gra- gravure, et y réussit parfaitement. Elle étoit sur-tout habile à peindre en miniature, et à faire des portraits sur verre avec la pointe d'un diamant. Le latin, le grec, l'hébreu lui étoient si familiers, que les plus habiles en étoient surpris. Elle parloit aussi facilement le françois, l'italien, l'anglois, et savoit la géographie. Vers l'an 1650, il se fit un assez grand changement dans la vie de cette fille illustre. *Labadie* en fut la cause. Ce visionnaire s'étant insinué auprès d'elle, lorsqu'elle étoit à Utrecht, lui inspira toutes ses rêveries. Sa maison avoit été jusqu'alors une académie de belles-lettres; elle devint un bureau de controverse et de Quiétisme. Après la mort de *Labadie*, elle vendit ses biens, abandonna les lettres, et se retira à Wyvert où elle mourut en 1673, à l'âge de 70 ans. Jamais les Protestans ne purent la ramener à leurs principes; elle voulut être l'architecte de sa foi comme *Luther* et *Calvin*. Contre l'esprit de la secte dans laquelle elle avoit été élevée, elle avoit fait vœu de chasteté; cependant quelques auteurs lui font épouser *Labadie*, mais il paroit que c'est sans fondement. Elle avoit pris pour devise ces mots : *AMOR MEUS CRUCIFIXUS EST*. On dit qu'elle aimoit beaucoup à manger des araignées. Les plus savans hommes de son siècle se firent honneur d'avoir un commerce épistolaire avec elle. Leurs éloges la firent connoître, et dès qu'elle fut produite sur le théâtre du grand monde, plusieurs princes et princesses l'honorèrent de leurs lettres et de leurs visites. On a d'elle divers ouvrages qui ne justifient pas l'enthousiasme qu'elle inspira. Les principaux sont : I. Des *Opuscu-* les, dont la meilleure édition est celle d'Utrecht, 1652, in-8.º II. Deux Lettres que Mme de Zonteland a traduites du flamand en françois, à Paris, 1730, in-12: l'une roule sur la prédestination, l'autre sur le miracle de l'aveugle-né. III. Des Poésies Latines. IV. Une Dissertation latine sur cette question, Si les femmes doivent étudier? C'est l'apologie de sa conduite; mais l'abus qu'elle fit de son esprit, affoiblit beaucoup ses preuves.
SCHURTZFLEISCH, (Conrad-Samuel) né en 1641 à Corbac, dans le comté de Waldeck, docteur de Wittemberg, obtint dans cette université une chaire d'histoire, puis celle de poésie, et enfin celle de la langue grecque. Ces emplois ne l'empêchèrent point de faire des voyages littéraires en Allemagne, en Angleterre, en France et en Italie. De retour à Wittemberg en 1700, il devint professeur d'éloquence, conseiller et bibliothécaire du duc de Saxe-Weimar. Ce savant mourut en 1708, avec la réputation d'un critique sévère et d'un compilateur exact. On a de lui un très-grand nombre d'ouvrages, d'histoire, de poésie, de critique, de littérature, etc. Les plus connus sont: I. Disputationes historicae civiles, Leipsig, 1699, 3 vol. in-4.º II. Trois vol. in-8.º de Lettres. III. Une Continuation de Steidan, jusqu'en 1678. IV. Un grand nombre de Dissertations et d'Opuscules sur divers sujets, dans lesquels il a mis plus de citations que de raisonnemens. Il écrivait avec facilité et avec netteté.—Il ne faut pas le confondre avec son frère Henri-Léonard SCHURTZFLEISCH, dont on a aussi quelques ouvrages, entr'autres: Historia Ensiferorum ordinis Teutonici, Wittemberg, 1701, in-12.
SCHUT, (Corneille) peintre, élève de Rubens, naquit à Anvers en 1600. Ses tableaux sont estimés, et d'une composition ingénieuse. Il en a orné plusieurs églises d'Anvers. Ce maître a gravé quelques sujets à l'eau-forte. On a aussi gravé d'après lui.—Il ne faut point le confondre avec Corneille SCHUT, son neveu, peintre en portrait, mort à Séville en 1676. I. SCHWARTZ, (Berthold) fameux cordelier de la fin du 13e siècle, originaire de Fribourg en Allemagne, passe pour l'inventeur de la poudre à canon et des armes à feu. Quelques auteurs ont attribué cette découverte à Roger Bacon; mais elle appartient avec plus de vraisemblance à Schwartz, comme le prouve le baron de Bielfeld (Progrès des Allemands dans les Sciences, etc. 1756, pag. 40). Les Vénitiens se servoient du canon dès 1300, les Anglois peu de temps après, et les François dès 1338, comme l'observe du Cunge d'après des registres de la chambre des comptes. On a beaucoup disputé sur la nature de cette découverte, que les uns regardent comme un des plus grands malheurs de l'humanité, et d'autres comme un moyen moins destructeur que ceux qui servoient à la guerre des anciens. On peut croire effectivement qu'il périssoit autrefois plus de monde dans les batailles, mais une bataille décidoit du sort des peuples; au lieu que le genre de tactique que la poudre a produit, multiplie les batailles, les sièges et toutes les opérations de la guerre, immole durant une longue suite d'années les peuples tantôt vaincus, tantôt vainqueurs, et n'est presque jamais suivi d'une tranquillité durable. A cela l'on doit ajouter qu'elle a détruit les ressources de la valeur, du courage personnel, les avantages de la force et du génie des subalternes et du soldat, en commettant à la masse plus ou moins grande du bronze foudroyant la décision d'une victoire que les individus ne peuvent plus fixer. Par la même raison elle a renversé les murs de la liberté; le despotisme seul a trouvé chez elle la garantie de ses lois, parce qu'il possède seul les moyens de la mettre en action.
IL SCHWARTZ, (Christophe) peintre, né à Ingolstadt vers l'an 1550, mourut à Idunich en 1594. L'excellence de ses talens le fit nommer le Raphaël d'Allemagne. Il travailla à Venise sous le Titien, et l'étude particulière qu'il fit des ouvrages du Tintoret, le porta à imiter la manière de cet illustre artiste. Schwartz réussissait dans les grandes compositions; il avoit un bon coloris et un pinceau facile. Il a peint tant à fresque qu'à l'huile. L'électeur de Bavière le nomma son premier peintre, et l'occupa beaucoup à orner son palais.
SCHWEITZER, (Jean-Henri) ministre de Richtenbach en Suisse, étoit de Zurich. Il exerça le ministère pendant 18 ans, jusqu'en 1612. On a de lui : Compendium Historiae Helveticae, qui finit en 1607. Cet ouvrage est assez estimé.
SCHWENCKFELD, (Gaspard de) né l'an 1490, dans son château d'Ossig, au duché de Lignitz en Silésie, soutint d'abord le parti des Protestans; mais peu après il les attaqua dans un Traité de l'abus qu'on fait de l'Évangile en faveur de la sécurité charnelle. Cet ouvrage l'engagea dans une conférence avec Luther en 1525. Ses erreurs particulières le firent également rejeter des Catholiques, des Luthériens et des Calvinistes. Devenu odieux à tous les partis, il entra dans la secte naissante des Anabaptistes, et la fit valoir par sa naissance et ses talens. Personne ne parloit et n'écrivoit aussi élégamment que lui en allemand. Il accusoit Luther d'avoir établi une réforme qui n'alloit qu'à corriger quelques abus dans la discipline extérieure, tandis qu'elle négligeoit le solide de la réformation. C'est par le cœur, disoit-il, qu'il faut commencer. Le point capital est d'apprendre aux fidelles à marcher en esprit. La vie de ce sectaire étoit conforme à ses dogmes. Il joignoit l'affectation de l'austérité la plus rigoureuse, aux apparences du plus grand recueillement intérieur, et paroissoit toujours attentif aux inspirations de Dieu. Cet air imposant lui attira une foule de disciples. Le parti des Spirituels s'accrut considérablement en fort peu de temps. On y faisoit profession d'y garder la neutralité entre la religion Romaine et celle de Luther, sous prétexte que la dispute ne convenoit pas à des hommes qui sont sans cesse appliqués à consulter Dieu au fond du cœur, et à recevoir de lui des inspirations particulières dans la paix et dans le silence. Malgré la protection que la naissance, le bel-esprit, et les apparences de piété donnoient à Schwenckfeld, *Luther* eut le crédit de le faire chasser de la Silésie, où il avoit déjà fait un grand nombre de partisans. Il roula d'un endroit à l'autre, sans être presque nulle part en sûreté, et mourut à Ulm en 1561, à 71 ans. Toutes ses *Œuvres* ont été recueillies, et imprimées en 1564, in-fol., et en 1592 en 4 vol. in-4.º *Luther* disoit que *c'étoit le Diable qui les avoit vomis*. On trouve encore aujourd'hui dans quelques villages de Silésie, des *Schwenckfeldiens*, qui vivent paisiblement et qui ne dogmatisent point. Son *Traité de statu, officio et cognitione Christi*, 1546, in-8.º, de 22 pages, est très-rare et recherché des curieux.
SCHWENCKFELT, (Gaspar) médecin de Greiffenberg en Silésie, exerça sa profession à Gorlitz en 1609. On a de lui : I. *Thesaurus pharmaceuticus*, Franckfort, 1680, in-8.º II. *Stirpium et fossilium Silesiae catalogus*, Leipsig, 1600, in-4.º III. *Theriotropheium Silesiae*, Lignitz, 1603, in-4.º C'est une description des quadrupèdes, oiseaux, reptiles, insectes, etc. de la Silésie. IV. *Descriptio et usus Thermarum Hirsbergensium*, Gorlitz, 1607, in-8.º
SCHWENTER, (Daniel) natif de Nuremberg, professa pendant 28 ans, à Altorf, les mathématiques, jusqu'en 1636 qu'il mourut dans sa 51ᵉ année. Sa femme l'avoit devancé de quelques jours dans ce fatal passage, ainsi que deux jumeaux dont elle étoit nouvellement accouchée. Un même tombeau les réunit tous les quatre. On a de *Schwenter des Récréations Philosophiques et Mathématiques*. intitulées : *Deliciæ Physico-Mathematicae*.
SCHWERIN, (Christophe, comte de) gouverneur de Neiss et de Briég, général - feld - maréchal au service du roi de Prusse, né le 26 octobre 1684, s'éleva par son mérite, et gagna la bataille de Molwitz, le 10 avril 1741, dans le temps que les Prussiens la croyoient perdue. Il se signala dans tous les combats qui se donnèrent depuis contre les Autrichiens, et fut tué à la bataille de Prague en 1757, à 72 ans. Le roi de Prusse lui fit dresser en 1769 une statue de marbre sur la place Guillaume à Berlin, et l'empereur Joseph II, un monument en 1783, dans l'endroit où il mourut. Il étoit né à Anclam en Poméranie, en 1685, du grand maître de cuisine héréditaire de ce duché. Envoyé en 1712 par le duc de *Meckenbourg*, auprès de Charles XII à Bender, il profita pendant un an, des entretiens de ce monarque guerrier, pour perfectionner ses talens militaires. Le roi de Prusse le regretta comme un général intrépide, éclairé, endurci à la fatigue, sobre, ami de la discipline et père des soldats. Il avoit été marié deux fois : il eut de sa première épouse des enfans qui lui ont survécu, et il n'en eut point de la seconde.
SCICH-ALI, Kan de Derbent en Perse, régna avec gloire dans le Schirvan. Il combattit souvent les Russes avec succès ; mais sur la fin de sa vie, le comte *Zubow* s'empara de sa capitale après un siège de 50 jours. *Scich-ALI* étoit alors âgé de 120 ans. Il s'avança lui-même au-devant du vainqueur, avec tous les officiers de sa cour, et obtint grace pour tous les Persans, le 19 mai 1796. Près de cent ans auparavant, il avoit reçu à Derbent Pierre-le-Grand, souverain de Russie. Scich-Ali est mort quelque temps après l'envahissement de ses états.
SCIOPPIUS, (Gaspard) né à Neumarck dans le haut Palatinat, le 27 mai 1576, étudia dans les universités de sa patrie avec tant de succès, qu'à l'âge de 16 ans il avoit déjà la réputation d'un bon auteur. Son cœur ne répondit pas à son esprit. Naturellement emporté et méchant, il abjura la religion Protestante, et se fit Catholique vers l'an 1599, mais sans changer de caractère. Il devint l'Attila des écrivains : il avoit tout ce qu'il falloit pour bien remplir ce rôle; de l'imagination, de la mémoire, une profonde littérature, et une présomption démesurée. Les mots injurieux de toutes les langues lui étoient connus, et venoient d'abord sur la sienne. Il joignoit à cette singulière érudition, une ignorance complète des usages du monde ; il n'avoit ni décence dans la société, ni respect pour les grandeurs. C'étoit un frénétique d'une espèce nouvelle, débitant de sang froid les calomnies les plus atroces, un vrai fléau du genre humain. Joseph Scaliger fut sur-tout l'objet de sa fureur et de ses satires. Ce savant ayant donné l'Histoire de sa famille, alliée selon lui à des princes, Scioppius détruisit toutes les prétentions de Scaliger, qui à son tour découvrit toutes les taches de la famille de son adversaire. Son libelle intitulé : La Vie et les Parens de Gaspard Scioppius, nous apprend la généalogie de ce Cerbère de la littérature. Quoiqu'il y ait apparence que ses ennemis le traitèrent comme il les avoit traités, nous rapporterons en peu de mots les particularités racontées par Scaliger. Scioppius eut pour père un homme qui fut successivement fossoyeur, garçon libraire, colporteur, soldat, meunier, enfin brasseur de bière. Nous y voyons que la femme et la fille de ce bas aventurier, furent des personnes sans mœurs. La femme, long-temps entretenue, et délaissée enfin par un homme débauché qu'elle avoit suivi en Hongrie, fut obligée de revenir auprès de son mari, qui la traita durement, jusqu'à condamner son épouse aux plus viles occupations d'une servante. La fille aussi déréglée que la mère, après la fuite d'un mari scélérat qu'on alloit faire brûler pour le crime le plus infame, exerça la profession de courtisane. Elle poussa si loin le scandale, qu'elle fut mise en prison, et qu'elle ne put échapper que par la fuite à la sévérité des lois. Tant d'horreurs publiées sur la famille de Scioppius, ne lui semblèrent qu'une invitation à mieux faire. Il ramassa toutes les médisances, toutes les calomnies répandues contre Scaliger, et il en forma un gros volume, sous lequel il s'efforça de l'écraser. Baillet dit que Scioppius y passa les bornes d'un Correcteur de Collège, et d'un Exécuteur de la Haute-Justice. Personne n'entendoit comme lui les représailles. Il traita avec le dernier mépris Jacques I, roi d'Angleterre, dans son Ecclesiasticus, Hartbergæ, 1611, in-4.º ; et et ses deux plus zélés partisans, Casaubon et du Plessis-Mornay, parce qu'ils l'avoient contredit sur un point d'érudition. On fit brûler publiquement son libelle à Londres. Son effigie fut pendue dans une comédie représentée devant le Monarque, qui lui fit donner des coups de bâton par le moyen de son ambassadeur en Espagne. Dans ses démêlés avec les Jésuites, il publia contre la Société plus de 30 libelles diffamatoires, dont on a la liste. Ce qui surprendra davantage, c'est que, dans un endroit où il se déchaîne le plus contre ces Pères, il met son nom au bas avec de grandes marques de piété : Moi GASPARD SCIOPPIUS, déjà sur le bord de ma tombe, et prêt à paraître devant le Tribunal de JESUS-CHRIST pour lui rendre compte de mes œuvres. Il s'occupa sur la fin de ses jours, de l'explication de l'Apocalypse, et il prétendoit avoir trouvé la clef de ce livre mystérieux. Il mourut le 19 novembre 1649, âgé de 74 ans, à Padoue, la seule retraite qui lui restât contre la multitude d'ennemis qu'il s'étoit faits. Le seul ami qu'il sut conserver, fut Virginius Cesarini, camérier du pape, homme d'un caractère doux, et qui faisoit agréablement des vers latins et italiens. On a de Scioppius 104 ouvrages, dans lesquels on remarque de la littérature et quelque esprit. Les principaux sont : I. Verisimilium libri IV, 1596, in-8.º II. Commentarius de Arte critica, 1661, in-8.º III. De sua ad Catholicos migratione, 1600, in-8.º IV. Notationes criticæ in Phœdrum, in Priopæia, Patavii, 1664, in-8.º, qu'on peut joindre aux Variorum. V. Suspectarum lectionum libri V, 1664, in-8.º VI. Classicum Belli sacri, 1619, in-4.º VII. Collyrium regium, 1611, in-8.º VIII. Grammatica Philosophica, 1644, in-8.º IX. Relatio ad Reges et Principes de Stratagematibus, etc. Societatis JESU, 1641, in-12. Il publia ce libelle sous le nom d'Alphonse de Vargas. Il avoit été d'abord très-lié avec les Jésuites; mais ces Pères n'ayant pas été favorables à une requête qu'il avoit présentée à la diète de Ratisbonne, en 1630, pour obtenir une pension, requête renvoyée aux Jésuites, confesseurs de l'empereur et des électeurs, Scioppius tourna toute son artillerie contre eux. Bellarmin avoit cependant loué en lui peruiam Scripturarum sacrarum, zelum conversionis Hæreticrum, libertatem in Thuano reprehendendo, sapientiam in Rege Anglicano exagitando, etc. Les Jésuites changèrent de ton, et chantèrent la palinodie, comme il l'avoit lui-même chantée. I. SCIPION, (Publius-Cornelius) surnommé l'AFRICAIN, étoit fils de Publius-Cornelius Scipion, qui fut consul dans la 2e guerre Punique, lorsqu'Annibal passa les Alpes pour entrer en Italie. Le combat ayant été engagé sur les bords du Tésin, Scipion le père fut blessé, et mis hors de combat. Son fils, âgé de 17 ans, qui faisoit sa première campagne, le tira des mains de l'ennemi, et lui sauva la vie. Cette action de courage fut l'avant-coureur de plusieurs autres. Après la bataille de Cannes, plusieurs officiers désespérant du salut de la république, avoient projeté de quitter l'Italie, pour se retirer chez quelque roi, ami des Romains. *Scipion* n'eut pas plutôt appris ce funeste dessein, que tirant son épée : *Que ceux qui aiment la république*, s'écria-t-il, *me suivent*. Il court aussitôt vers la tente où ces officiers étoient assemblés, et leur présentant la pointe de son épée : *Je jure le premier*, dit-il, *que je n'abandonnerai point la république*, et *que je ne souffrirai pas qu'aucun autre l'abandonne*. *Grand JUPITER*, je vous prends à témoin de mon serment ! et je consens, si je manque de l'exécuter, que vous me fassiez périr, moi et les miens, de la mort la plus cruelle. *Faites le même jurement que moi*, vous tous qui êtes ici assemblés. *Qui-conque refusera d'obéir*, perdra sur-le-champ la vie. Ils jurèrent tous, et le courage patriotique d'un seul homme sauva peut-être la république... *Scipion* fut créé édile, à l'âge de 21 ans. On ne pouvoit cependant alors entrer en charge qu'à 27 ans. Aussi, lorsque *Scipion* se présenta pour demander l'édilité curule, les tribuns du peuple s'opposèrent à sa nomination, apportant pour raison qu'il n'avoit pas l'âge compétent pour l'exercer. *Mais si tous les citoyens veulent me nommer à elle*, répondit *SCIPION*, *j'ai assez d'âge*. Sur-le-champ toutes les tribus lui donnèrent leurs suffrages, avec tant de zèle et d'unanimité, que les tribuns se désistèrent aussitôt de leurs prétentions. Son père et son oncle ayant perdu la vie, en combattant contre les Carthaginois, il fut envoyé en Espagne, à l'âge de 24 ans. Il en fit la conquête en moins de quatre années, battit l'armée ennemie, et prit Carthagène en un seul jour. La femme de *Mardonius* et les enfans d'*Indibilis*, qui étoient des principaux du pays, s'étant trouvés parmi les prisonniers, le généreux vainqueur les fit mener honorablement à leurs parens. Ses vertus contribuèrent autant à ses victoires, que son courage. Il mit fin à la guerre d'Espagne, par une grande bataille qu'il donna dans la Bétique, où il défit plus de 50000 hommes de pied et 4000 chevaux. *Scipion* porta ensuite la guerre en Afrique, Il battit *Asdrubal*, un des meilleurs généraux Carthaginois, et vainquit *Syphax*, roi de Numidie, l'an 203 avant J. C. Il surprit d'abord son camp pendant la nuit, y mit le feu, et ensuite il le défit en bataille rangée. Les suites de cette victoire furent étonnantes, et peut-être elles l'auroient été davantage, si *Scipion* eût marché droit à Carthage. Le moment paroissoit favorable; mais il crut, comme *Annibal* aux portes de Rome, qu'avant de faire le siège d'une capitale, il falloit s'y établir solidement. L'année suivante, il y eut une entrevue entre ces deux fameux capitaines, pour parler de paix; mais ils se séparèrent sans convenir de rien, et ils coururent aux armes. La bataille de Zama fut donnée; elle décida entre Rome et Carthage. *Annibal*, après avoir long-temps disputé le terrain, fut obligé de prendre la fuite. Vingt mille Carthaginois restèrent sur le champ de bataille, et autant furent faits prisonniers. Cette victoire produisit la paix la plus avantageuse pour Rome, qui en eut toute l'obligation à *Scipion*, et qui lui en laissa toute la gloire. Il fut honoré du triomphe et du surnom d'*Afri-cain*. On accorda à chacun de ses soldats deux arpens de terre pour chaque année qu'ils avoient porté les armes en Espagne et en Afrique. Quelques années après, il obtint une seconde fois le consul : mais les intrigues de ses concurrents affoiblirent son crédit. Las de lutter contre eux à Rome, il passa en Asie, où de concert avec son frère, il défit *Antiochus*, l'an 189 avant J. C. Ce prince lui fit proposer des conditions de paix peu avantageuses à la république, mais flatteuses pour lui. Il lui proposoit de rendre sans rangon son fils encore jeune, pris au commencement de la guerre, et il lui offroit de partager avec lui les revenus de son royaume. *Scipion*, sensible à cette offre, mais plus sensible encore aux intérêts de la république, lui fit une réponse digne de lui et des Romains. Ce grand homme, revenu à Rome après qu'*Antiochus* se fut soumis aux conditions qu'on voulut, y trouva l'envie acharnée contre lui. Il fut traduit devant le peuple par les deux *Petilius*. Ces tribuns, à l'instigation de *Caton*, qui (pour me servir de l'expression de *Tite-Live*) ne cessoit d'aboyé après le grand *Scipion*, l'accusèrent de péculat. Ils prétendirent qu'il avoit tiré de grandes sommes d'*Antiochus*, pour lui faire accorder une paix avantageuse. Il fallut que le vainqueur d'*Annibal*, de *Siphax* et de *Carthage*, qu'un homme à qui les Romains avoient offert de le créer consul et dictateur perpétuel, se réduisit à soutenir le triste rôle d'accusé. Il le fit avec cette grandeur d'ame qui caractérisoit toutes ses actions. Comme ses accusateurs, faute de preuves, se répandoient en reproches contre lui, il se contenta le premier jour, de faire le récit de ses exploits et de ses services, défense ordinaire aux illustres accusés : elle fut reçue avec un applaudissement universel. Le second jour fut encore plus glorieux pour lui : *Tribuns du Peuple*, dit-il, et vous, *Citoyens*, c'est à pareil jour que j'ai vaincu *Annibal* et les *Carthaginois*. *Venez*, *Romains*, allons dans le *Capitole* en rendre aux *Dieux de solennelles actions de graces*. On le suivit en effet, et les tribuns restèrent seuls avec le crier qu'ils avoient amené pour citer l'accusé. L'affaire fut agitée une 3$^{e}$ fois, mais *Scipion* n'étoit plus à Rome, il s'étoit retiré à sa maison de campagne à Listerne, où, à l'exemple des anciens Romains, il cultivoit la terre de ses mains victorieuses. Il y mourut peu de temps après, l'an 180 avant J. C., avec la réputation d'un général qui joignoit à de grandes vues une exécution prompte. La justice la plus flatteuse rendue à sa valeur, est sans doute celle que lui rendit *Annibal* même. Ce général *Carthaginois* parloit en présence de *Scipion*, des généraux les plus accomplis, et s'adjugeoit la 3$^{e}$ place après *Alexandre* et *Pyrrhus*. *Scipion* lui demanda ce qu'il diroit donc, s'il l'avoit vaincu ? *Annibal* lui répondit : *Alors je prendrois le pas au-dessus d'Alexandre et de Pyrrhus, et de tous les Généraux qui ont jamais existé*. Ses vertus égaloient son courage. On sait le rare exemple de continence qu'il donna pendant la guerre d'Espagne. A la prise de *Carthagène*, ses soldats lui amenèrent une jeune Espagnole, trouvée dans la ville. Sa beauté surpassoit l'éclat de sa naissance, et elle étoit éperdument aimée d'un prince Celtibérien, nommé *Allatius* [*Voyez* ce mot.] auquel elle étoit fiancée. *Scipion* vit sa belle prisonnière, l'admira, et la remit entre les mains de son père et de son amant. Il est certain cependant que ce grand homme eut de la passion pour les femmes; mais sans doute il en eut beaucoup plus pour la gloire et pour la vertu. Après la défaite du roi Syphax, voyant Masinissa se livrer à un amour hors de saison pour Sophonisbe sa prisonnière, Scipion le prit à l'écart, et lui dit: Croyez-moi, nous n'avons point tant à craindre, pour notre âge, des ennemis armés que des passions qui nous assiègent de toutes parts. Celui qui par sa sagesse a su leur mettre un frein et les dompter, s'est acquis en vérité beaucoup plus d'honneur, et a remporté une victoire plus glorieuse que celle que nous venons de gagner sur Syphax... Dans une victoire qu'il remporta sur les Espagnols, il se conduisit à leur égard avec tant de bonté, qu'une multitude de voix confuses le proclamèrent Roi, d'un consentement unanime. Alors Scipion ayant fait faire silence par un héraut, dit: « Que la qualité de Général que ses soldats lui avoient donnée, étoit la plus grande et la plus honorable pour lui; que le titre de Roi, par-tout ailleurs illustre, étoit odieux et insupportable à Rome; que s'ils regandoient comme quelque chose de plus glorieux, tout ce qui approchoit de la majesté d'un Roi, ils pouvoient aisément juger en eux-mêmes qu'il en avoit le cœur, mais qu'il les prioit de ne lui en point imposer le nom. » Polvée et Tite-Live remarquent une foiblesse de Scipion, qui ne doit pas ternir l'idée que nous avons donnée de ses vertus. A peine avoit-il pris la robe virile, qu'il affecta d'aller souvent au Capitola, et d'entrer dans le temple de Jupiter où il passoit seul un temps considérable, pour faire croire au peuple qu'il avoit des entretiens avec le maître des Dieux. Il faisoit aussi courir le bruit qu'on avoit vu souvent un serpent dans la chambre de sa mère; voulant sans doute, à l'exemple d'Alexandre, persuader que son origine étoit divine. La famille de Scipion étoit celle des Cornéliens, aussi ancienne qu'illustre. Le surnom de Scipion, qui signifie un bâton, lui fut donné, parce que quelqu'un d'entre eux avoit servi de bâton à son père aveugle qu'il conduisoit dans les rues. Avant Scipion l'Africain, onze personnages de cette famille avoient été élevés aux premières charges de la république. L'abbé Seran de la Tour a donné, en 1738, une Histoire estimée de ce célèbre Romain, pour servir de suite aux Hommes illustres de Piutarque, avec les observations du chevalier Folard sur la bataille de Zama, in-12, à Paris. Publius-Cornelius SCIPION son fils, fut fait prisonnier dans la guerre d'Asie, et adopta le fils de Paul-Emile, qui fut nommé le jeune SCIPION l'Africain. Il se montra digne de son père, par son courage et par son amour pour les lettres.
II. SCIPION, (Lucius-Cornelius) surnommé L'ASIATIQUE, frère de Scipion l'Africain, le suivit en Espagne et en Afrique. Ses services lui méritèrent le consulat, l'an 189 avant J. C. On lui donna alors la conduite de la guerre d'Asie contre Antiochus, auquel il livra une sauglante bataille dans les champs de Magnésie, près de Sardes, où les Asiatiques perdirent 50000 hommes de pied et Reco chevaux. Le triomphe et le surnom d'Asiatique furent la récompense de sa victoire; mais ses succès excitèrent l'envie. Caton le Censeur fit porter une loi pour informer des sommes d'argent qu'il avoit reçues d'Antiorhus; et Lucius Scipion fut condamné à une amende pour le même prétendu crime de péculat dont on avoit accusé son frère. Ses biens furent vendus, et leur modicité le justifia assez: il ne s'y trouva pas de quoi payer la somme à laquelle il avoit été condamné.
III. SCIPION-NASICA, étoit fils de Cneius SCIPION Calvus. Son père fut tué en Espagne avec son frère Cornelius, père du premier Scipion l'Africain. Nasica étant parvenu au consulat, s'opposa aux prétentions des tribuns du peuple; mais il se démit bientôt après de sa place, et refusa les honneurs du triomphe et le titre d'Imperator, que les soldats lui décernèrent après une victoire. Pendant sa censure, il fit enlever les statûes qu'on lui avoit érigées dans la place publique, lorsque le Sénat l'eut déclaré solennellement le plus homme de bien de la république. Ce fut lui qui, de son autorité privée, tua Tiberius-Gracchus qui excitoit des troubles dans l'état, et cette action fut louée par tous les citoyens que ces troubles alarmoient. Enfin, après avoir rempli les devoirs que la patrie exigeoit de lui, il vécut en homme privé, et n'en fut que plus heureux. A ses vertus, il joignoit le talent de l'éloquence et une grande connoissance des lois. Il eut un fils non moins estimable, et qui mérita d'être surnommé les Délices des Romains.
IV. SCIPION, (Publius Æmilianus) surnommé Scipion l'Africain le jeune, étoit fils de Paul-Emile, et fut adopté par Scipion, fils de l'Africain. Après avoir porté les armes sous son père, il alla servir en Espagne en qualité de tribun légionnaire. Quoi qu'âge seulement de 30 ans, il annonça par ses vertus et par sa valeur ce qu'il seroit un jour. Un Espagnol d'une taille gigantesque, ayant donné le défi aux Romains, Scipion l'accepta et fut vainqueur. Cette victoire accéléra la prise d'Intercatie. Le jeune héros monta le premier à l'assaut, et obtint une couronne murale. De l'Espagne, il passa en Afrique en qualité de tribun, et y effaça tous ses concurrens. Phaméas général de la cavalerie ennemie, le redoutoit tellement, qu'il n'osoit paroître quand c'étoit son tour d'aller en parti. Pénétré d'estime pour ce grand homme, il passa enfin au camp des Romains pour vivre sous sa discipline. Le roi Masinissa ne lui donna pas une moindre marque de sa considération; il le pria, en mourant, de régler le partage de ses états entre ses trois fils. Le Sénat ayant envoyé des députés en Afrique pour prendre des informations sur l'état des affaires, toute l'armée rendit hautement justice au mérite de Scipion. Peu de temps après, ce jeune héros étant venu à Rome où il brigua l'édilité, son nom, sa figure, sa réputation, la croyance commune que les Dieux l'avoient choisi pour terminer la 3e guerre Punique, tous ces motifs engagèrent de lui donner le consulat l'an 158 avant J. C., quoiqu'il n'eût pas l'âge requis pour cette charge: mais les Romains savoient faire des exceptions, et certainement Scipion les méritoit. Il eut, comme son aïeul adoptif, l'avantage d'être chargé de la guerre d'Afrique, avec la per- mission de choisir son collègue; et par un nouveau trait de ressem- blance entr'eux, il se fit accom- pagner dans ces expéditions par Lætius son intime ami, fils de cet autre Lætius qui avoit autrefois si bien secondé la valeur du grand Scipion. Le général romain trouva le siège de Carthage moins avancé qu'il ne l'étoit à la fin de la pre- mière campagne. Les lignes des assiégeans n'étoient pas assez res- servées : pour remédier à ce défaut, il établit son camp sur une langue qui formoit une communication entre les terres et la presqu'île dans laquelle Carthage étoit située. Par ce moyen, il étoit aux assiégés toute espérance de recevoir des vivres de ce côté-là; mais ils pou- voient en faire venir par mer, attendus que les vaisseaux romains n'osoient s'approcher jusqu'à la portée des machines de guerre, qui les auroient accablés. Scipion leur enleva cette dernière ressource, en faisant fermer l'entrée de leur port par une longue et large digue de pierre; cette digue avoit (dit-on) 24 pieds de long par le haut, et 92 par la base : travail immense et presque inconcevable. Les Cartha- ginois cependant en firent un en- core plus surprenant. Leur ville contenoit 700 mille habitans, qui tous à l'envi, hommes, femmes et enfans, s'employèrent à creuser un nouveau port et à construire une flotte. Les Romains eurent tout lieu d'être surpris, lorsque du milieu des dunes, ils virent sortir 50 galères qui s'avançoient en bel ordre, toutes prêtes à livrer bataille, et à soutenir les convois qu'on leur amèneroit. On croit gue les Carthaginois firent une grande faute de nepoint attaquer les vaisseaux romains dans cette pre- mière surprise; ils ne donnèrent bataille que trois jours après, et elle ne fut pas à leur avantage. Le consul s'empara d'une terrasse qui dominoit la ville du côté de la mer, s'y retrancha, et y établit 4000 soldats pour y passer l'hiver. La suite de ses manœuvres fut la prise de Carthage, l'an 146 avant J. C. Scipion répandit des larmes sur les cendres de cette ville. [Voy. II. MAGON, à la fin.] De retour à Rome, il eut les honneurs du triomphe, et se rendit propre le surnom d'African, qu'il por- toit déjà par droit de succession. Le consulat lui fut décerné pour la 2e fois, l'an 134 avant J. C. : il l'avoit été la première fois pour aller détruire Carthage; il le fut celle-ci pour aller détruire Nu- mance, dont le siège duroit depuis 14 ans. Il eut le bonheur de la prendre, et d'obtenir un second triomphe et le nom de Numahlin. Quelque temps après, ayant aspiré à la dictature, les triumvirs le firent étrangler dans son lit; d'au- tres disent qu'il fut empoisonné par sa femme Sempronia, sœur des Gracques, avec lesquels il avoit eu de grands démêlés. Ainsi périt le second Africain, qui égala ou même surpassa le vainqueur d'An- nibal, par sa valeur, par ses vues, par son zèle pour la discipline mi- litaire, par son amour pour la patrie. Il cultiva, comme lui, les lettres dans le tumulte des camps, et servit d'exemple aux soldats par les vertus d'un particulier, et aux capitaines par les qualités d'un général. On ne fit point d'in- formation sur sa mort, parce que (dit l'Istarque) le peuple appré- hendoit que si on approfondissoit cette affaire, Caius-Gracchus ne se trouvât coupable, on cite plusieurs traits honorables à sa mémoire. Après la mort de *Paul-Émile*, *Scipion* fut héritier avec son frère *Fabius*; mais, voyant qu'il avoit moins de biens que lui, il lui abandonna en entier l'héritage qui étoit estimé plus de 60 talens. Cette action étoit belle; mais il donna une marque plus éclatante encore de son bon cœur. *Fabius* ayant dessein de donner le spectacle des gladiateurs aux funérailles de son père, et ne pouvant aisément soutenir cette dépense, *Scipion* lui fournit pour cela la moitié de son bien. *Papiría*, mère de ces illustres frères, étant morte quelque temps après, *Scipion* laissa toute sa succession à ses sœurs, quoiqu'elles ne pussent y prétendre aucune part suivant les lois. Ce grand homme avoit senti de bonne heure l'importance du danger où les richesses excessives exposeront sa patrie. Célébrant le lustre en qualité de censeur, le greffier, dans le sacrifice ordinaire de ce jour solennel, lui dictoit le vœu par lequel on conjuroit les Dieux de rendre les affaires du peuple Romain meilleures et plus brillantes : *Elles le sont assez*, dit-il, et je les prie de les conserver toujours en ce même état. Il fit aussitôt changer le vœu de cette manière. Les censeurs, par respect, s'en servirent depuis dans la cérémonie des lustres. V. SCIPION, (*Publius*) beau-père de *Pompée*, se retira en Afrique après la bataille de Pharsale, avec les débris de l'armée vaincue, l'an 48 avant J. C. Ayant joint ses troupes à celles de *Juba*, roi de Mauritanie, il remporta d'abord quelques avantages; mais *César* y étant rendu peu de temps après, il fut battu et tué dans le combat.
VI. SCIPION-EMILIEN, *Voy.* l'article PORCELLUS.
SCIPION AMMIRATO, *Voy.* ce dernier mot.
SCIPION MAFFÉE, *Voyez* MAFFÉE, n° v.
SCIPION, fils de *Canèthe* et d'*Héniocle*, étoit un fameux brigand qui infestoit les environs de Mégare, où il attendoit les passans pour les dépouiller et les jeter dans la mer. *Thésée* l'ayant tué, jeta ses os dans la mer, qui furent, selon la Fable, changés en rochers appelés de son nom *Scironia saxa*.
SCOMBERG, *Voyez* SCHOMBERG.
SCOPAS, architecte et sculpteur de l'île de Paros, vivoit vers l'an 430 avant J. C. Il travailla au fameux mausolée qu'*Artemise* fit ériger à son mari dans la ville d'Halicarnasse, et qui étoit réputé pour l'une des sept merveilles du monde. Il fit aussi à Ephèse une colonne, célèbre par les beautés dont ce savant artiste l'avoit enrichie. Mais parmi ses ouvrages, on fait sur-tout mention d'une *Vénus* qui fut transportée à Rome, et que *Pline* (Hist. Nat., liv. 36, chap. 4) jugeoit être supérieure à celle de *Praxitèle*, quoiqu'elle fit moins admirée à Rome que l'autre à Gnide, à raison de la multitude de chefs-d'œuvre que renfermoit la capitale du monde : car c'est là bien certainement le sens du passage de *Pline*, auquel M. *Fulconet* et M. de *Lalande* ont trop légèrement reproché une contradiction.
SCORZA, (Sinibaldo) peintre et graveur, de Voltaggio dans le territoire de Gênes, mourut dans cette dernière ville en 1631, âgé de 41 ans. Né avec un goût singulier pour le dessin, il copioit à la plume les estampes d'Albert Durer, d'une manière à tromper les connoisseurs, qui les croyoient gravées, ou qui les prenoient pour des originaux mêmes. Il excelloit aussi à peindre des animaux, des fleurs et des paysages. Ce peintre s'attacha ensuite à la miniature. Le cavalier Marini, avec lequel il étoit lié d'amitié, l'introduisit à la cour de Savoie. Vers ce temps, les Génois eurent une guerre à soutenir contre cette puissance. Scorza revint dans sa patrie, où ses envieux l'accusèrent d'être en intelligence avec le duc de Savoie. On crut trop facilement les dépositions de la calomnie; il fut banni, mais peu de temps après on le rappela.
SCOT, (Jean) Voyez DUNS.
SCOT, Voyez SCHOT.
SCOT, (Jean) appelé aussi ERIGÈNE, du nom d'Erin que portoit anciennement l'Irlande sa patrie. Après avoir fait quelques progrès dans les belles-lettres et la philosophie, il passa en France sous le règne de Charles le Chauve. Ce prince qui aimoit les sciences, sonçut pour lui une grande estime. Il goûta son caractère enjoué, au point de l'admettre à sa table, et de s'entretenir familièrement avec lui. Erigène, appuyé de la protection du roi, se crut tout permis. C'étoit un esprit vif, pénétrant et hardi, mais peu versé dans les matières de religion: malgré cela, il voulut se mêler des questions théologiques; et en se livrant à son génie sophistique, il fronda l'Écriture et la Tradition, et tomba bientôt dans plusieurs erreurs. Ses écrits ne tardèrent pas à soulever tous ceux qui étoient attachés à la religion. Le pape Nicolas I en porta ses plaintes au monarque protecteur de ce téméraire écrivain: on ne sait pas si elles firent effet sur l'esprit de Charles le Chauve. Ce qui paroît constant, c'est que Jean Scot termina ses jours en France quelques années avant ce prince, qui mourut en 877. Ainsi c'est une erreur de dire qu'il soit retourné en Angleterre, et qu'il ait été tué, l'an 883, à coups de canif par ses écoliers. Nous n'avons plus le Traité qu'il composa sur l'Eucharistie, contre Paschase Ratbert. Cet ouvrage, qui contenoit, à ce qu'on prétend, le premier germe de ce qui a été écrit depuis contre la Trans-substantiation et la Présence réelle, (Voy. II. BERENGER.) fut proscrit par plusieurs conciles, et condamné au feu, l'an 1059, par celui de Rome. Mais nous avons le Traité de la Prédestination Divine, qu'il fit à la prière de Hincmar de Rheims et de Pardule de Laon: il se trouve dans Vindicia Prédestinationis et Gratia, 1650, en 2 vol. in-4.
SCOTISTES, Voyez DUNS.
SCOTTEN, — HUDDE.
SCOTII, (Jules - Clément) ex-jésuite, quoique profès des quatre vœux, enseigna la philosophie et la jurisprudence canonique à Padoue. On lui attribue Monarchia Solipsorum, 1648, in-12, traduite en françois par Restaut, 1721, in-12, sous le titre de la Monarchie des Solipses: livre peu lu aujourd'hui, quoi-
SCR. 201 que fort recherché dans le temps que les Jésuites étoient puissans et haïs. On a voulu faire passer la *Monarchie des Solipses*, pour un livre inspiré par la charité la plus pure. *Bayle*, plus sincère, ne reconnoit dans cet ouvrage qu'une satire dictée par le dépit. On y voit partout un homme fort content de lui-même, et fort mécontent des Jésuites, occupé à se laver et à les noircir. S'il n'a pas été employé à enseigner la théologie, c'est qu'ils ne savent pas comme il faut l'enseigner; s'il n'a pas été dans les charges qu'il souhaitoit, c'est qu'on n'y admet que des sujets indignes. S'il a quitté l'ordre, ce n'est pas apostasie, c'est qu'on l'a congédié, parce qu'il avoit trop de mérite, et que ses grandes qualités faisoient ombrage à ses supérieurs. Ses autres ouvrages sont : I. *De Potestate Pontificid in Societatem Jesu*, 1646, in-4.º II. *De Obligatione Regularis*, etc. 1647, in-4.º Cet auteur mourut en 1669, âgé de 67 ans, à Padoue, où il jouissoit d'une assez grande considération quoiqu'il fût d'un caractère hautain et aigre.
SCOTUS, *Voyez MARIANUS*.
SCOUVILLE, (Philippe) célèbre missionnaire jésuite, né à Champion, dans le duché de Luxembourg, en 1622, mort le 17 novembre 1701, se dévoua entièrement à l'instruction de cette province et des pays voisins. Si la chaire et le confessionnal lui laissoient quelque loisir, il l'employoit à la composition d'un grand nombre d'ouvrages solides et édifiants, qui ont assuré et qui soutiennent encore les fruits de ses travaux. Tels sont : I. *Un Catéchisme* en allemand, Colo- gne, 1685, 7 vol. in-8.º C'est un abrégé de théologie dogmatique et morale, d'un excellent usage pour les missionnaires et les curés. II. *Abrégé du Catéchisme* : c'est le catéchisme du diocèse de Trèves, un des meilleurs qu'il y ait pour la clarté, l'ordre, la dignité dans l'exposition du dogme, et surtout une judicieuse proportion avec l'intelligence des enfans et du peuple. Il seroit seulement à souhaiter qu'on y eût mieux distingué les choses absolument certaines de celles qui peuvent être contestées. III. *Sancta sanctorum sancte tractanda*, etc. On a publié sa *Vie* en latin, Coblentz, 1703, in-4.º; elle est écrite avec simplicité, mais avec pureté.
SCRIBANI, (Charles) jésuite, né à Bruxelles en 1561, mort en 1629, fut professeur, puis recteur de Bruxelles et d'Anvers, et enfin provincial de Flandre. Pendant 40 ans qu'il vécut à Anvers, on le regarda comme l'arbitre de tous les différens de cette ville. C'est à ses soins qu'on a dû la maison professe d'Anvers, le collège et le noviciat de Malines, etc. Le P. Scribani parloit avec facilité presque toutes les langues vivantes. Plusieurs princes, entr'autres *Ferdinand II. Philippe IV*, l'archiduc *Albert*, lui donnèrent des marques distinguées de leur estime. Il laissa plusieurs ouvrages. Celui qui a fait le plus de bruit, est son *Amphitheatrum honoris adversus Calvinistas*, Anvers, 1606, in-4.º, qu'il publia sous le nom de *Clarus Bonarscius*, qui est l'anagramme de son nom. Les artifices et les procédés des Calvinistes y sont peints avec une chaleur qui les irrita. Aussi Casaubon dit que ce livre auroit dû être intitulé : Amphithéâtre d'horreur. On sollicita vivement Henri IV de faire brûler ce livre, parce que certaines maximes qu'il renferme paroissoient être contraires à la sûreté des princes ; mais quelle fut la surprises des adversaires de Scribani, quand ils surent que Henri IV avoit écrit une lettre d'éloge à l'auteur, accompagnée de lettres de naturalisation ! On a encore de lui : I. Une Histoire des guerres civiles des Pays-Bas, en latin, 1627, in-8.° II. Antuerpia, 1610, in-4.° C'est un éloge des citoyens d'Anvers. III. Origines Antuerpensium, in-4.°, bien écrit : l'auteur s'est éloigné des vieilles fables qui regardent la naissance de cette ville. IV. Orthodoxæ fidei controversa. Antuverp. Roccaberti en a inséré une partie dans sa Bibliotheca maxima Pontificia, tome 7. V. Ars mentiendi Calvinistica. VI. Meditationes sacrae, latin et flamand, 1615, 2 vol. in-8.° VII. Medicus religiosus, 1619. Il y parle des maladies de l'ame et de leur guérison. VIII. Superior religiosus, 1619, in-12. IX. Cænobiarcha, 1624, in-8.° Ces trois ouvrages sont les fruits d'une longue expérience. X. Politico-Christianus, 1624, in-4.°, etc.
SCRIBONIUS-LARGUS, ancien médecin du temps d'Auguste ou de Tibère, est auteur de plusieurs ouvrages, dont la meilleure édition est celle de Jean Bhodius : ils sont consultés par les savans.
SCRIMGER, ( Henri ) savant Ecossois, mort à Genève en 1571, à 65 ans, passa en Allemagne où il s'attacha à Ulric Fugger, bien-êtreur des gens de lettres, qui lui prospa beaucoup de manuscrits grecs et latins. Il alla à Genève pour les faire imprimer par Henri Etienne, ainsi que les Novelles de Justinien. Après avoir professé la philosophie deux ans dans cette ville, il fut le premier qui y enseigna le droit. On a de lui une Histoire d'Ecosse, imprimée sous le nom de Henri d'Ecosse. Il avoit aussi travaillé à éclaircir Athénée ; mais ses Notes n'ont pas vu le jour.
SCRIVERIUS, ( Pierre ) né à Harlem, mort en 1653, à l'âge de 63 ans, selon Hoffman, a bien mérité des gens de lettres, par ses éditions de Végèce, de Frontin, et de quelques autres qui ont traité de l'Art militaire. Il a publié le premier les Fables d'Hygin ; et la Hollande où il étoit né, lui a obligation de deux grands et assez bons ouvrages qui concernent son histoire : l'un sous le titre de Batavia illustrata, 1611, in-4.°; et l'autre, Bataviae Comitumque Historia... Voy. PONTANUS.
SCRODER, ( N... ) savant Allemand, a publié à Amsterdam, en 1711, une Grammaire Arménienne, intitulée : Thesaurus linguae Armenicae antiquae et hodiernae. La langue arménienne s'écrit de gauche à droite ; elle a 38 lettres, et se divise en quatre sortes d'écriture : la première est appelée erghatachir, écriture de fer ; la seconde poloverchir, écriture ronde ; la troisième noderchir, écriture des notaires ; et la quatrième est composée des majuscules. I. SCUDÉRI, ( George de ) naquit au Havre-de-Grace en 1601, d'une famille noble, originaire d'Apt en Provence. Après avoir passé quelque temps dans cette ville, il vint ouvrir boutique de vers dans la capitale. L'académie Françoise lui donna une place dans son corps en 1650. Il étoit alors gouverneur de Notre-Dame de la Garde en Provence, gouvernement très - mince qu'il exaltoit sans cesse. Il en fit dans un poème, une description magnifique, quoique, suivant Chapelle et Bachaumont, il n'y eût pour toute garde qu'un Suisse peint avec sa hallebarde sur la porte. Cette place ne tira pas Scudéri de l'indigence ; mais il n'en fut pas moins fanfaron. Il eut une partie des travers des mauvais poètes, et sur-tout les distractions et la manie de parler de vers. Il se piquoit sur-tout de noblesse et de bravoure. Dans une Épître dédicatoire au duc de Montmorency, il lui dit : Je veux apprendre à écrire de la main gauche, afin que ma droite vous serve plus noûlément... Et ailleurs il dit : Qu'il est sorti d'une maison où l'on n'a jamais eu de plumes qu'au chapeau... Telle fut l'une de ses préfaces. « Tu couleras aisément, dit-il au lecteur, sur les fautes que je n'ai point remarquées, si tu daignes apprendre que j'ai employé la plus grande partie de l'âge que j'ai, à voir la plus belle et la plus grande partie de l'Europe, et que j'ai passé plus d'années dans les armes que d'heures dans mon cabinet, et beaucoup plus usé de mèches en arquebuse qu'en chandelles ; de sorte que je sais mieux ranger les soldats que les paroles, et mieux carrer les bataillons que les périodes. » Pendant qu'il mendioit la faveur du cardinal de Richelieu, il ne craignoit pas, par exemple, de dire aux Grands : Princes, ne pensez pas, si je vous importune, Que mon propre intérêt m'oblige à ces discours : Je songe à votre gloire, et non à ma fortune : La vérité me plaît, et je la dis toujours. Quelles rodomontades ne trouvent-on pas dans son Sonnet sur les dégoûts du monde ? J'ai vécu dans la Cour, J'ai pratiqué les Princes ; J'ai connu Richelieu, j'en fus plus estimé ; Et, dans la belle ardeur dans j'étois animé, L'Europe m'a connu dans toutes ses provinces. Pour moi, plus d'une fois, le danger eut des charmes, Et dans mille combats je sus tout hasarder : L'on me vit obéir, l'on me vit commander ; Et mon poil tout poudreux a blanchi sous les armes. Il est peu de beaux arts où je ne sois instruit : En prose comme en vers, mon nom fit quelque bruit ; Et par plus d'un chemin, je parvins à la Gloire. Ayant porté la modestie à cet excès, il n'est pas étonnant qu'il traitât Cornéille, le premier auteur de son temps, avec dédain. Cet homme bizarre étoit fait pour les aventures singulières. Dans un voyage qu'il lit avec sa sœur en Provence, on les plaça dans une chambre où il y avoit deux lits. Avant que de se coucher, Scudéri demanda à sa sœur ce qu'ils feroient du prince Mazare, (un des héros du Roman de Cyrus) ; il fut ar- réité, après quelques contestations, qu'on le feroit assassiner. Des marchands qui étoient dans une chambre voisine ayant entendu cette conversation, crurent que c'étoit la mort de quelque grand prince que l'on complotoit. La justice fut avertie : le frère et la sœur furent mis en prison, et ce ne fut qu'avec peine qu'ils parvinrent à se justifier. Ce poète mourut à Paris, le 14 mai 1667, à 66 ans, accablé de ridicules qu'il avoit souvent mérités, et qui fermèrent les yeux sur quelques qualités estimables, la fidélité à l'amitié, et la fermeté d'ame dans le malheur ou la pauvreté. Sa veuve, morte en 1711, avoit beaucoup plus d'esprit que lui, ou du moins un esprit plus naturel et plus agréable. Les ouvrages de Scudéri sont : I. Seize *Pièces de théâtre*, représentées depuis 1629 jusqu'en 1643. Elles sont défigurées par des intrigues de ruelle, et assez platement écrites, à quelques vers près, semés de loin en loin. Sa tragi-comédie de l'*Amour tyrannique* est la plus supportable. II. Le *Cabinet* ou *Mélange de Vers* sur des tableaux, des estampes, etc. III. Recueil de *Poésies* diverses, dans lequel, outre 101 *Sonnets* et 30 *Epigrammes*, on trouve des *Odes*, des *Stances*, des *Rondeaux*, des *Élégies*, etc. IV. *Alaric*, ou *Rome vaincue*, poème héroïque en 10 livres, que *Boileau* a jugé digne de la Pucelle de *Chapetain*, mais qui fournit à l'auteur l'occasion de faire une action généreuse. Il avoit dédié cet ouvrage à la reine *Christine*, qui lui destinoit une chaîne d'or de dix mille francs, à condition qu'il retrancheroit les louanges données au comte de la *Gardie* qu'elle avoit disgracié. Scudéri répondit à la proposition qu'on lui en fit : *Quand la chaîne d'or seroit aussi pesante que celle dont il est fait mention dans l'Histoire des Incas*, je ne détruirois jamais l'autel où j'ai sacrifié. Le comte de la *Gardie*, qui le priva de ce don, ne lui en fit pas même un remerciement. V. *Apologie du Théâtre*. VI. Des *Discours politiques*. VII. Des *Harangues* qui marquent plus de fécondité que de génie. VIII. Des *Traductions* : *Voyez* MANCINI, n.º II.
II. SCUDÉRI, (Magdeleine de) sœur du précédent, née au Havre-de-Grace comme lui, en 1607, fut auteur par nécessité. Elle vint de bonne heure à Paris, et tout concourut à y faire parler d'elle : les agrémens de son esprit, la difformité de son visage, et surtout les romans dont elle inonda le public, et que le satirique *Despréaux* appeloit une *boutique de verbiage*. La plupart de ceux qu'elle a composés, ne sont que le tableau de ce qui se passoit à la cour de France. Les petits-maîtres applaudirent surtout à la Carte du Pays de *Tendre*, qui se trouve dans *Clélie*. Cette Carte représente trois rivières, sur lesquelles sont situées trois villes nommées *TENDRE*; *Tendre sur inclination*, *Tendre sur estime*, et *Tendre sur reconnaissance*. L'abbé d'Aubignac lui enleva la gloire de cette frivole découverte, en publiant sa Relation du royaume de *Coqueterie*. Ce plagiat excita une querelle qui auroit pu devenir importante, si Mlle de Scudéri n'avoit pris le parti du silence. Cette fille illustre mourut à Paris le 2 juin 1701, à 94 ans, honorée du titre de *Sapho* de son siècle. Les plus beaux génies de l'*Ex* rope étoient en commerce de lettres avec elle. L'académie des *Nicovrati* de Padoue, se l'associa. Son *Discours sur la Gloire* remporta le premier prix d'éloquence que l'académie Françoise ait donné. La reine *Christine* de Suède, le cardinal *Mazarin*, le chancelier *Boucherat*, et *Louis XIV*, lui firent des pensions. Le célèbre *Nanteuil* la peignit en pastel, et M$^{lle}$ *Scudéri* l'en remercia par ces vers: *Nanteuil, en faisant mon image, A de son art divin signalé le pouvoir : Je hais mes traits dans mon miroir, Je les aime dans son ouvrage.* On ne peut nier qu'elle n'ait répandu de la délicatesse et des agrémens dans ses vers : sa prose n'en offre pas moins quelquefois. Il y a des morceaux heureux, et dans ses romans même, qu'on rechercha trop d'abord, et qu'on dédaigna peut-être trop ensuite ; il y a plusieurs traits ingénieux, et des portraits très-bien rendus et pleins de finesse. Ses principaux ouvrages sont : I. *Clélie*, histoire romaine, Paris, 1656, 10 vol. in-8°, réimprimée plusieurs fois, entr'autres en 1731, en 10 vol. in-12, édition plus commode que l'in-8° « *Clélie*, dit *Voltaire*, est un ouvrage plus curieux qu'on ne pense. On y trouve les portraits de tous les gens qui faisoient du bruit dans le monde, du temps de M$^{lle}$ de *Scudéri* : tout Port-Royal y est ; le château de Villars, qui appartient aujourd'hui à M. le duc de *Praslin*, y est décrit avec la plus grande exactitude. » Ceux qui aiment à connoître les mœurs et les personnages de ce temps-là, y trouvaient encore des renseignemens utiles. Quoique l'héroïne soit Romaine, on sent bien que tout y est dans le goût françois. II. *Artamène*, ou le grand *Cyrus*, 1650, 10 vol. in-8°. Ce qui rend ces Romans si longs, c'est que les aventures sont continuellement interrompues par des entretiens sur l'amour, sur la galanterie, et même sur d'autres objets. « On y voit (dit l'abbé *Trublet*) un modèle de ces conversations savantes et ingénieuses de l'hôtel de *Rambouillet*. On me dira peut-être que ce n'est pas de quoi en donner une grande idée, et il faut avouer en effet, que les conversations de ces romans paroissent ennuyeuses à la plupart du monde, et qu'elles ont beaucoup contribué à dégoûter des romans mêmes. Ce n'est pas que plusieurs ne soient assez belles ; mais elles sont mal placées dans un roman, où le lecteur cherche des faits et non des discours. Elles interrompent quelquefois la narration, quand elle est la plus intéressante, et reculent un dénouement qu'on attendait avec impatience. D'ailleurs ces conversations sont entre plusieurs personnes : cela n'en seroit peut-être que plus vif, plus varié, et par conséquent plus agréable dans la réalité, dans une chambre ; mais dans un livre, dans un dialogue, tant d'interlocuteurs différens ne servent qu'à répandre de la confusion : je ne saurois distinguer nettement tous ces personnages ; je ne sens pas assez la différence de leurs caractères, la raison précise qui fait dire telle chose à l'un plutôt qu'à l'autre, et ainsi je ne goûte point le vrai plaisir du dialogue ; je ne crois point assister à une conversation. » Voilà les raisons pour lesquelles les conversations des romans de M$^{lle}$ de *Scudéri*, et enfin ses romans même, cessent de plaire. III. *Célanire* ou la *Promenade de Versailles*, 1698, in-12. IV. *Ibrahim*, ou l'*illustre Bassa*, 1641, 4 vol. in-8. V. *Almahide* ou l'*Esclave Heine*, 1660, 8 vol. in-8. VI. *Célinte*, in-8. VII. *Mathilde d'Aguilar*, in-8. VIII. *Des Conversations* et des *Entretiens*, en 10 vol. etc. C'est ce qu'elle a fait de meilleur. Autrefois on les lisait pour se former aux belles manières et à la politesse; mais le ton de la société ayant bien changé depuis, on n'y apprendrait aujourd'hui qu'à se rendre ridicule. On a publié en 1766, in-12, l'*Esprit de Mlle de Scudéri*. S'il amis l'appeloient *Sapho*. *Si la Grèce autrefois, fertile en beaux esprits,* *Dans la tendre Sapho voyait une merveille,* *Dans Scudéri la France a trouvé sa pareille,* *Non par ses traits, mais bien par ses écrits.* Cette nouvelle *Sapho* cultiva l'amitié et même l'amour. Elle fut très-liée avec *Pelisson*, dont la laideur épouvantable aurait empêché de soupçonner qu'elle pût s'attacher à lui. Un plaisant dit à cette occasion, que chacun aimait son semblable. La maîtresse étoit presque aussi laide que l'amant; mais son âme étoit belle. La douceur de son caractère lui fit beaucoup d'amis illustres. On l'avoit fait peindre en Vestale, entretenant le feu sacré, avec ce mot *Foreno*, au bas de l'autel, pour marquer qu'elle avoit soin de nourrir le feu de l'amitié. Les princes et les princesses de la famille royale ne dédaignaient pas de la prévenir, et *Madame* lui disoit quelque- fois : *C'est moi qui suis l'amant dans notre commerce; c'est moi qui vous cherche avec mystère.* Elle avoit souvent des saillies, et faisoit facilement des *impromptu*. Ayant visité le donjon de Vincennes, où *Condé* avoit été prisonnier, on lui montra une pierre dans laquelle ce prince avoit fait planter des œillets qu'il arrosoit tous les jours. Elle fit sur-le-champ les vers suivans : *En voyant ces œillets, qu'un illustre guerrier* *Arroza d'une main qui gagne des batailles,* *Souviens-toi qu'Apollon bâtissait des murailles,* *Et ne t'étonner pas de voir Mais jardinier.* Ayant été éclaboussée par le carrosse d'un financier : *Cet homme-là*, dit-elle, est vindicatif; nous l'avons croité autrefois, il nous croite maintenant. On parloit en sa présence de Versailles, et l'on disoit que c'étoit un lieu enchanté. *Oui*, repartit-elle, pourvu que l'enchanteur y soit... *Ménage* et *Imperrier* disputoient pour savoir si les dames devoient finir leurs lettres, par *Votre très-humble et très-obéissante servante*. Il est vrai, dit-elle, qu'elles n'écrivoient point ainsi autrefois. Mais elles doivent être moins fières, depuis qu'elles sont moins vertueuses. I. SCULTET, (Abraham) né à Grumberg en Silésie, l'an 1566, se signala par son talent pour la chaire. Nommé professeur de théologie à Heidelberg, il fut envoyé au synode de Dordrecht, où il travailla en vain à mettre la paix entre les Protestans. Les fanatiques se vengèrent de ses soins pour la tranquillité commune, en lui faisant perdre sa chaire par les calomnies les plus atroces. On a de lui un livre intitulé : *Medulla Patrum*, 1634, in 4°, et plusieurs autres savans ouvrages de théologie. Il mourut à Embden en 1626. Son amour pour le travail lui avoit fait placer sur la porte de son cabinet, à l'exemple de *Zach. Ursinus*, cette inscription, qui étoit à-la-fois une invitation pour les savans, et un épouvantail pour les oisifs :
AMICE, *quisquis hâc venis*, *Aut agito paetis, aut abi*, *Aut me laborantem adjuva*. Il pensoit que les Calvinistes ne devoient pas écrire contre les Luthériens, parce que la controverse irritoit les esprits, souvent sans les convaincre. Le silence et la patience lui paroissioient les moyens les plus propres à produire la paix.
II. SCULTET, (Christophe) Luthérien, né à Trugard, connu par un assez bon *Commen-taire sur Job*, mourut en 1649, après avoir exercé le ministère à Stetin, et mis au jour divers autres Écrits.
SCUPOLI, (Laurent) né à Otrante, dans le royaume de Naples, se distingua dans la Congrégation des clercs réguliers, dits vulgairement *Théatins*, par sa régularité, sa mortification, son zèle et ses lumières. Il mourut en odeur de sainteté à Naples en 1610, à l'âge de 80 ans. On lui attribue avec fondement, le *Combat spirituel*, excellent traité de la morale et de la perfection chrétienne, traduit en latin par *Lorichius*, professeur dans l'université de Fribourg en Brisgau, et en françois par le P. *Olympe Masotti Théatin*, et le P. *Jean Brignon*.
SCYLAX, mathématicien et géographe, de l'île de Cariande dans la Carie, florissoit sous le règne de *Darius*, fils d'*Hystaspes*, vers l'an 522 avant Jesus-Christ. Ce prince l'envoya à la découverte de l'Inde, dont il vouloit faire la conquête. *Scylax*, après un voyage de trente mois, aborda en Égypte, et lui rendit un compte exact de ses observations. Plusieurs savans lui attribuent l'invention des Tables géographiques. Nous avons, sous son nom, un *Périple* publié par *Hæschelius*, avec d'autres anciens Géographes, Leyde, 1697, in 4°, mais cet ouvrage est d'un auteur beaucoup plus récent.
SCYLITZÉS, (Jean) dit *Curopalate*, grand-maître de la maison de l'empereur de Constantinople, composa en grec, dans le XI$^{e}$ siècle, l'*Histoire* abrégée de cet empire, depuis les premières années du IX$^{e}$ siècle, jusqu'à l'an 1081 que vivait cet écrivain. *Cedrenus* a copié une partie de cette Histoire dans la sienne, imprimée à Paris, en 1647, 2 vol. in-fol. L'ouvrage entier de *Scylitzes* parut en latin à Venise, en 1570, de la traduction de *Gobius*; et la partie que *Cedrenus* n'a point copiée (c'est-à-dire, depuis 1067, jusqu'en 1081) fut publiée en grec et en latin, en 1647, par le P. *Gor*, avec *Cedrenus*.
SCYLLIS et DIPAENUS, sculpateurs Crétois, vivoient sous l'empire des rois Mèdes, et avant que *Cyrus* eût détruit leur domination. Ils furent les premiers, suivant *Pline*, qui se distinguèrent dans l'art de tailler le marbre. Ils firent pour les habitans de *Sycione*, les statues d'*Apollon*, de *Diane*, de *Minerve* et d'*Hercule*. I. SEBA, de la tribu de *Benjamin*, étoit un des complices de la révolte d'*Absalon* contre son père. Loin de détester son crime après la mort de ce fils rebelle, il empêcha onze des tribus d'Israël de reconnoître *David* pour leur roi. Il eut lieu de s'en repentir. Étant allé se renfermer dans la ville d'Abela pour se soustraire aux poursuites de *Joab* général de *David*, les habitans alarmés lui coupèrent la tête vers l'an 1023 avant l'ère chrétienne, et la jetèrent par-dessus les murailles à la vue de *Joab*, qui leva aussi-tôt le siège de cette ville.
II. SEBA, (Albert) natif d'Étzéel en Oostfrise, membre de l'académie des *Curieux de la Nature*, est auteur de la *Description* d'une immense collection sur l'*Histoire Naturelle*, qu'il fit imprimer et graver à Amsterdam, en 1734 et années suivantes, en 3 vol. in-fol.; le IV$^{e}$ vol. n'a point paru. Les explications sont en latin et en françois. I. SÉBASTIEN, (Saint) surnommé le *Défenseur de l'Église Romaine*, fut martyrisé le 20 janvier 288. On ne sait rien de bien certain sur ses derniers moments. Les actes de son martyre sont peu authentiques, et méritent peu de foi. (*Voyez* ce qu'en dit *Baillet*, dans ses *Vies des Saints.*) Mais saint *Ambroise* rend de glorieux témoignages à sa constance. Son culte qui étoit presque général dans l'Église, reçut de grands accroissemens, en 680. La peste ravageoit Rome. Le pape *Agathon* mit cette ville sous la protection de saint *Sébastien*, et ce fléau fit bien moins de ravages. C'est depuis cette époque que les fidelles invoquent ce Saint dans les temps de contagion.
II. SÉBASTIEN, frère cadet de *Jovin*, tyran dans les Gaules, fut associé à la puissance souveraine, par son frère, vers l'an 412; mais le roi *Ataulphe*, qui étoit venu d'Italie pour partager les Gaules avec *Jovin*, ne put souffrir un pareil concurrent. S'étant raccommodé avec *Honorius*, il jura la perte des deux frères. Il poursuivit d'abord *Sébastien*, qui fut pris et décapité à Narbonne en 413, et *Jovin* subit peu de temps après le même sort. *Sébastien*, l'un des plus puissans seigneurs Gaulois, vivait heureux; mais il perdit la félicité dont il jouissoit, dès qu'il se fut livré aux desseins d'un frère ambitieux. Les têtes des deux frères furent exposées comme celles des plus vils scélérats.
III. SÉBASTIEN, roi de Portugal, fils posthume de l'Infant *Jean*, et de *Jeanne* fille de l'empereur *Charles-Quint*, naquit en 1554. Il monta sur le trône en 1557, après *Jean III* son aïeul. Son courage et son zèle pour la religion lui firent entreprendre, en 1574, un voyage en Afrique contre les Maures; mais cette course n'eut qu'un médiocre succès. Quelque temps après, *Mulei-Mohammed* lui demanda du se- coulq voûts contre *Moluc* son oncle, roi de Fez et de Maroc. Dom *Sébastien* lui mena l'élite de la noblesse de Portugal, et aborda à Tanger, le 29 juillet 1578. Il se donna, le 4 août suivant, une grande bataille, dans laquelle presque toute la noblesse resta sur la place. *Moluc* mourut dans sa litière, *Mohammed* périt dans un marais, et *Sébastien* fut tué en la 25$^{e}$ année de son âge. Comme on ne trouva pas son corps, et qu'il s'étoit répandu un bruit qu'il s'étoit sauvé de la bataille pour aller faire pénitence de ses péchés dans un désert, le Portugal vit à-la-fois deux faux *Sébastiens*, tous deux hermites, l'un fils d'un tailleur de pierres, et l'autre d'un faiseur de tuiles. Après avoir joué un rôle assez important pendant quelque temps, ils finirent leur vie, l'un sur l'échafaud, et l'autre aux galères.
SÉBASTIEN, (Le Père) *Voy.* TRUCHET.
IV. SÉBASTIEN DEL PIOMBO, peintre, est encore connu sous les noms de *Sébastien de Venise*, et de *Fra-Bastien*. Il naquit à Venise, en 1485, et mourut en 1547. Sa réputation naissante le fit appeler à Rome, où il s'attacha à *Michel-Ange*. Instruit des secrets de l'art par ce maître, il sembla vouloir disputer le prix de la peinture au célèbre *Raphaël*. *Sébastien* avoit en effet retenu du *Giorgion*, son premier maître, la partie séduisante de la peinture, je veux dire, le coloris; mais il n'avoit ni le génie, ni le goût de dessin de son rival. Le tableau de la Résurrection de *Lazare*, dont on attribue même l'invention et le dessin sur la toile au grand *Michel-Ange*, et que *Sébastien* pei- gnit pour l'opposer au tableau de la Transfiguration, est admirable pour le grand goût de couleur; mais il ne prévalut point sur celui de *Raphaël*: ce tableau précieux est actuellement au Palais-royal. *Sébastien* travaillait difficilement, et son irrésolution lui fit commencer beaucoup d'cuvrages à-la-fois, sans en terminer aucun. Le portrait est le genre qui lui convenoit le mieux; aussi en a-t-il fait un grand nombre, qui sont tous excellens. Il employoit quelquefois le marbre et autres pierres semblables, faisant servir leurs couleurs naturelles de fond à ses tableaux. L'office que le pape *Clément VII* lui donna, de scelleur dans la chancellerie, le mit dans un état d'opulence qui lui fit quitter la peinture. Il ne songea plus alors qu'à mener une vie douce et oisive, se livrant tout entier à ses amis, et associant à ses plaisirs la poésie, et sur-tout la musique pour laquelle il avoit du goût et du talent. Les dessins de *Sébastien*, travaillés à la pierre noire, sont dans le goût de ceux de *Michel-Ange*. V. SÉBASTIEN DE SAINT PAUL, né à Enguien en 1630, carme de l'ancienne observance, mort à Bruxelles le 2 août 1706, est connu par quelques ouvrages où il attaque les Bollandistes qui avoient rejeté quelques opinions touchant l'ordre des Carmes, qui ne paroissioient pas trop d'accord avec la saine critique.
SÉBASTIEN D'AQUILA, *Voy.* AQUILANUS.
SÉBASTIEN, (la marquise de Saint) seconde épouse de *Victor-Amédée II*, premier roi de Sardaigne. *Voy.* l'article de ce prince.
SEBIZIUS, (Melchior) né en 1578, fut tout-à-la-fois chanoine de Strasbourg et professeur de médecine dans cette ville. L'empereur Ferdinand II, touché de son mérite, l'éleva à la dignité de comte Palatin. Sebizius mourut en 1674, à l'âge de 95 ans. On lui doit un Commentaire sur les Œuvres de Galien; et en outre: I. Exercitationes medicæ. II. Miscellanæ questiones medicæ. III. Speculum medicinæ practicum, 1661, 2 vol. in-8.
SEBONDE, (Raymond de) philosophe Espagnol du xve siècle, s'est fait connoître par un Traité latin, intitulé: Theologia naturalis, sive Liber Creaturarum, en 330 chapitres, Strasbourg, 1496, in-fol., en lettres gothiques. Il offre des singularités hardies, qui plurent dans le temps aux philosophes de ce siècle, et qui ne déplaîroient pas à ceux du nôtre. Montagne le trouva, en beaucoup d'endroits, conforme à ses idées, et en fit une Traduction, imprimée par Vascosan, Paris, 1581, in-8. Cette version est assez libre. Montagne dit qu'il a donné au philosophe Espagnol « un accoutrement à la françoise, et qu'il l'a dévêtu de son port farouche et maintien barbaresque, de manière qu'il a mes-hui assez de façon pour se présenter en toute bonne compagnie. » Cependant, malgré son nouvel habit, le livre de Sebonde n'est guère recherché. I. SECKENDORF, (Vite-Louis de) né dans la Franconie en 1626, d'une maison ancienne, devint gentilhomme de la chambre du duc de Gotha, conseiller-aulique, premier ministre et directeur en chef de la régence, de la chambre et du consistoire; puis conseiller-privé et chancelier de Maurice, duc de Saxe-Zeitz, et après la mort de ce prince, conseiller-privé de l'électeur de Brandebourg, et chancelier de l'université de Hall. On a de lui: I. Histoire du Luthéranisme, à Franckfort, 1692, 2 vol. in-fol. en latin, dans laquelle ce sujet est traité avec beaucoup d'étendue et d'érudition. C'est un guide sûr pour les affaires d'Allemagne, à l'exception de quelques endroits où les préjugés de secte le dominent. II. État des Princes d'Allemagne, in-8. III. Description de l'Empire Germanique, in-8. Ces deux ouvrages sont en allemand, et passent pour exacts. L'auteur mourut en 1692, à 66 ans. Ses connaissances s'étendoient à tout; il ne possédoit pas seulement les langues savantes, il peignoit et il gravoit. Son cœur étoit vertueux. Dévôt sans fard, savant sans vanité, il soutint le poids de ses travaux par une vie sobre et réglée.
II. SECKENDORF, (N. comte de) général de l'empereur Charles VI, fut vainqueur des François à Clausen, en 1735, et fit ensuite la guerre aux Turcs. Il est mort vers 1740. Son caractère brusque et colère lui fit des ennemis.
SECOND, (Jean) SECUNDES, célèbre poète latin, né à la Haye en Hollande, l'an 1511, d'une famille qui portoit le nom d'Everard, reçut le bonnet de docteur en droit à Bourges, en 1532, sous le célèbre Alciat; mais la jurisprudence eut moins de charmes pour lui que la littérature. Il passa en Italie, ensuite en Espagne, où il fut secrétaire de l'an hévéique de Tolède. C'est par le conseil de ce prélat qu'il suivit Charles-Quint dans son expédition de Tunis. La foiblesse de son tempérament l'obligea de quitter l'Espagne, et de retourner dans les Pays-Bas. Il mourut d'une fièvre maligne à Utrecht, en 1536, à 25 ans. Ses ouvrages sont remarquables par une facilité et une fécondité rares, jointes à beaucoup de délicatesse et d'agrément. Nous avons de lui 3 livrés d'Elégies, un d'Epigrammes, deux d'Epitres, un d'Odes, un de Sylves, un de Pièces funèbres; outre des Poésies galantes qui font honneur à son goût et à son esprit, mais beaucoup moins à ses mœurs, et qui occasionnèrent ces vers : Non bent Johannem sequeris, lascive Secunde : Tu Veneris cultor, Virginis ille fuit. « Les xix Baisers de Jean Second peuvent être regardés comme des élans rapides d'un génie tendre, voluptueux et passionné. Rien de plus varié, de plus naturel, de plus délicat, de plus animé que ses tableaux. On n'a point à lui reprocher le cynisme de Catulle, mais peut-être il y conduïroit. Ses peintures, quoique plus chastes que celles du chantre de Vérone, paroissent d'autant plus séduisantes, qu'elles sont l'expression la plus vive d'une ame qui ne respire que l'amour. » (BIBLIOTHÈQUE d'un homme de goût.) Ses Juvenilia ont été recueillis dans la collection de Barbou, et imprimés dans le volume intitulé : Theodori Beze, Vezelii, Poemata; Marci-Antonii Mureti Juvenilia; Joannis SECUNDI Hagiensis Juvenilia; Joannis Bonefonii, Arverni, Pancharis; et Pervigilium Veneris, 1757, 1 vol. Le recueil des Poésies de Jean Second parut à Leyde en 1631, in-12; et elles ont été traduites en françois, 1771, in-8°, avec le latin à côté. Second cultivoit aussi la peinture et la gravure; mais ses ouvrages en ce genre sont peu connus. Il étoit frère de Nicolas GRUDIUS et d'André MARIUS, distingués l'un et l'autre par leurs poésies. (Voyez leurs art.) Leur père, Nicolas Everard, président du conseil souverain de Hollande et Zélande, mort en 1532, à 70 ans, est auteur de deux ouvrages in-fol. intitulés, l'un, Topica Juris, l'autre, Consilia.
SECONDAT, Voyez MONTESQUIEU.
SECONDAT DE MONTESQUIEU. (Jean-Baptiste) fils du célèbre auteur de l'Esprit des lois, conseiller au parlement de Bordeaux, est mort dans cette ville le 17 juin 1796, a l'âge de 79 ans. S'il ne partagea pas la gloire de son père, il eut comme lui des vertus. Modeste, bienfaisant et ami des lettres, il s'occupa beaucoup d'histoire naturelle et d'agriculture. On lui doit : I. Mémoire sur l'électricité, 1746, in-8°. L'auteur s'élève contre la théorie de Nollet. II. Observations sur les eaux minérales des Pyrénées, 1750, in-12. III. Considérations sur la constitution de la marine de France, 1756, in-8°. Secondat fit imprimer cet ouvrage à Londres, où il se trouvoit : on lui reproche d'y avoir exagéré la force navale de la France. IV. Histoire naturelle du chêne, 1785, in-fol. L'ouvrage de du Choul, sur le même sujet, a servi de base à celui-ci. L'auteur y a joint la dénomination des diverses espèces de raisins qu'on cultive dans le Bordelois.
SECOUSSE, (Denis-François) né à Paris le 8 janvier 1691, d'une bonne famille, fut l'un des premiers disciples du célèbre Rollin, avec lequel il lia une étroite amitié. Après avoir plaidé quelques causes avec assez de succès, il quitta le barreau, pour lequel il ne se sentoit aucun goût, et se livra tout entier à l'étude des belles-lettres et de l'histoire de France. Son application au travail, qu'aucune autre passion ne détournoit, le fit bientôt connoître des savans. L'académie des belles-lettres l'admit dans son sein en 1723; et le chancelier d'Aguesseau le chargea, en 1728, de continuer le Recueil des Ordonnances de nos Rois, commencé par Laurière. Secousse remplit toutes les vues du savant magistrat. On lui confia, en 1746, l'examen des pièces conservées dans les dépôts des différentes villes des Pays-Bas, nouvellement conquises. Au milieu de ces grands travaux, il trouvoit encore le temps de remplir les fonctions de Censeur royal, de travailler à différents ouvrages, et d'aider les auteurs qui le consultoient, de ses lumières et de ses conseils. Sa vue s'affoiblissant de jour en jour, il essaya de tous les remèdes; mais les soins des médecins ne produisant rien, on la vit s'éteindre peu à peu les deux dernières années de sa vie, et il mourut à Paris le 15 mars 1754, à 63 ans. La douceur de son caractère rendoit son érudition attrayante, et l'ornoit beaucoup. Il étoit d'un accès facile, d'une probité à toute épreuve, d'un cœur droit, libéral et compatissant. Il remplissoit tous les devoirs de chrétien, de citoyen, de parent, d'ami, d'académicien. Son goût pour l'histoire de France lui avoit fait recueillir tous les livres et toutes les pièces qui ont rapport à cet objet. Sa bibliothèque étoit, en ce genre, la plus ample et la plus curieuse qu'aucun particulier eût encore possédée. Les pièces les plus rares et les plus curieuses de cette importante collection, furent déposées par son ordre à la bibliothèque du roi. Ses ouvrages sont: I. La suite du Recueil des Ordonnances de nos Rois, depuis le 11e jusqu'au IXe inclusivement. M. de Villevaut, conseiller à la cour des Aides, publia ce dernier volume en 1755, et l'enrichit de l'Éloge de l'auteur. Il est chargé de continuer cet ouvrage, dont il donna une Table qui forme le Xe vol., et il a publié depuis le XIe et le XIIe. Il marche dignement sur les traces de son prédécesseur, qui avoit donné beaucoup de prix à son travail par de petites Notes pleines d'érudition, et par des Tables des matières d'une exactitude scrupuleuse. II. Mémoires pour servir à l'histoire de Charles le Mauvais, 2 vol. in-4. III. L'édition des Mémoires de Condé, avec l'abbé Lenglet, 1743, 6 vol. in-4. IV. Plusieurs Dissertations dans les Mémoires de l'académie des Inscriptions. On y trouve des recherches, de la méthode, et une élégante simplicité.
SECUNDINUS, (Julius) célèbre orateur, étoit de Lyon, et se distingua dans le barreau de Rome. Quintilien en fait l'éloge. Neveu de Julius Florus, autre orateur renommé, ce dernier lui demanda un jour ce qui causoit son air triste. Secundinus lui aoua qu'il cherchoit depuis trois jours à corriger l'exorde d'un discours. « Ne cherchez jamais, répondit Florus, à faire mieux que vous ne pouvez. » Quintilien à fait de ce mot l'un de ses préceptes. Secundinus vécut et mourut dans le second siècle.
SEDAINE, ( Michel-Jean ) membre de l'académie Françoise et secrétaire de celle d'architecture, naquit à Paris le 14 juin 1719, d'un père architecte qui avoit consommé toute sa fortune. Forcé par l'indigence à se faire tailleur de pierres, pour nourrir sa mère et deux frères plus jeunes que lui, il parvint par son application au travail, à devenir maître maçon. Son goût pour le théâtre lui donna l'idée de faire des pièces; et la facilité de son esprit, la connoissance de la scène, la fécondité de son imagination, lui firent bientôt obtenir des succès en ce genre, et abandonner sa profession. En 1754, Monet, directeur de l'opéra-comique, l'engagea à lui consacrer ses talens; il s'en trouva bien. Son théâtre étoit désert, Sedaine y fit affluer les spectateurs. Ce dernier, doux, modeste, obligeant, heureux dans sa famille, estimé des gens de lettres, et laissant beaucoup d'amis, est mort le 28 floréal de l'an 5 ( 1797 ) à 78 ans. Son Épître à son habit fut la première qui lui acquit de la réputation. On lui doit plusieurs autres poésies fugitives, parmi lesquelles on doit distinguer un poème en 4 chants, sur le Vaudeville. Le théâtre de Sedaine est très-nombreux. Il a donné à l'opéra Aline, reine de Golconde, en trois actes, dont Monsigni a fait la musique: le sujet en est tiré d'un joli conte de M. de Boufflers; Amphytrion, en trois actes, musique de Grétry; et Protogène, dont il abandonna le bénéfice à Philidor, qui en a fait les airs. Le théâtre françois lui doit: I. Le Philosophe sans le savoir, comédie en 5 actes, qu'il auroit dû plutôt intituler le Duel. Les situations en sont d'une grande vérité, le but en est moral, et tend fortement à détruire la barbarie du préjugé si mal à propos nommé le Point d'honneur. Elle fut jouée en 1765. II. La Gageure imprévue, petite pièce en un acte, représentée pour la première fois en 1768, et dont l'intérêt du dialogue a assuré le succès jusqu'à ce jour. Scarron en a fourni l'idée. III. Maillard ou Paris sauvé, tragédie en prose, dont l'auteur ne put obtenir la représentation. IV. Raimond ou le Troubadour, comédie qui de même n'a pas encore été jouée. C'est sur-tout le théâtre italien que Sedaine a enrichi. Il avoit 37 ans lorsqu'il y donna: I. Le Diable à quatre, imité d'une pièce angloise, et qui est son premier ouvrage dramatique. II. Blaise le Savelier, musique de Philidor, 1759. III. L'Huitre et les Plaideurs, 1759. IV. Les Troqueurs dupés, musique de Sodi, 1760. V. Le Jardinier et son Seigneur, musique de Philidor, 1761. VI. On ne s'avise jamais de tout, musique de Monsigni. VII. Le Roi et le Fermier, en trois actes, musique du même, 1762. Cette pièce, tombée à la première représentation, en obtint ensuite plus de cent consécutives. VIII. Rosset Colas, 1764. IX. L'Anneau perdu et retrouvé, en 2 actes. Cet opéra, joué d'abord en 1764, avec la musique de la Borde, a été repris en 1788 avec celle de Chardini. X. Les Sabots, musique de Duni, 1768. XI. Le Déserteur, en 3 actes, musique de Monsigni, 1769. On observoit à Sedaine que cet opéra avoit peu réussi dès son début, et qu'il paroissoit nécessaire d'y faire des changemens : « Je les ferai, dit-il, après la centième représentation. » En effet, elle eut lieu sans que l'auteur y fit des corrections. XII. *Thémire*, pastorale, musique de *Duni*, 1770. XIII. *Le Faucon*, 1772. XIV. *Le Magnifique*, en 3 actes, musique de *Grétry*, 1773. XV. *Les Femmes vengées*, musique de *Philidor*, 1775. XVI. *Le Mort marié*, en 2 actes, 1777. XVII. *Félix* ou *l'Enfant trouvé*, en 3 actes, musique de *Monsigni*, 1777. XVIII. *Aucassin et Nicolette* : la magie du spectacle s'y unit à l'intérêt des situations; le dénouement en est heureux, et relevé par un air d'ensemble qui produit le plus grand effet. XIX. *Richard Cœur-de-lion*, en 3 actes, musique de *Grétry*, 1784. Il eut 130 représentations de suite. XX. *Le Comte d'Albert et sa suite*, en 3 actes, musique du même, 1787. XXI. *Raoul Barbe-bleue*, en 3 actes, musique du même, 1789. En général, *Sedaine* connoissoit parfaitement tout l'effet de l'illusion théâtrale, et en a profité : son dialogue est facile et naturel, mais extrêmement incorrect et plein de fautes de langage; aussi toutes ses pièces, sont elles bonnes à voir jouer, mais non à lire. I. SÉDÉCIAS, nommé auparavant *Mathanias*, fils de *Josias* et d'*Amitat*. *Nabuchodonosor* le mit sur le trône de Juda à la place de son neveu *Jéchonias*, l'an 599 avant J. C. Ce prince avoit alors 21 ans, et il en régna onze dans l'impité et dans la débauche. Il oublia les bienfaits de *Nabuchodonosor*. Pour punir la mauvaise foi de ce prince, le monarque Assyrien se mit en marche avec une puissante armée, et arriva à la tête d'un chemin qui se partageoit en deux, dont l'un conduisoit à Rabbath, et l'autre à Jérusalem. Ce prince, incertain de quel côté il devoit d'abord tourner, voulut se décider par le sort des flèches; et ayant écrit *Jérusalem* sur l'une et *Rabbath* sur l'autre, Dieu, qui faisoit concourir toutes choses à l'exécution de son dessein, fit sortir la première de son carquois, celle qui portoit *Jérusalem*. *Nabuchodonosor* alla donc en Judée, où il mit tout à feu et à sang; et après avoir saccagé toutes les places, il vint assiéger la capitale. La ville fut prise, et les Chaldéens y entrèrent en foule. *Sédécias* ne voyant point d'espérance d'arrêter l'ennemi, chercha son salut dans la fuite; mais il fut bientôt atteint, chargé de chaînes, et mené à *Nabuchodonosor* qui étoit à Reblata au pays d'Emath. Après avoir vu égorger ses deux fils, on lui arracha à lui-même les yeux, et il fut conduit dans cette capitale d'Assyrie. Il mourut dans les fers, et c'est en lui que finit le royaume de Juda, l'an 588 avant Jesus-Christ.
II. SÉDÉCIAS, fils de *Chanana*, faux prophète de Samarie, un de ceux qu'*Achab*, roi d'Israël, consulta sur la guerre que *Josaphat* et lui vouloient aller faire à la ville de Ramoth en Galaad. Ces imposteurs prédirent au roi un heureux succès. *Sédécias* qui s'étoit fait faire des cornes de fer, imitoit l'action d'un taureau furieux qui renverse avec ses cornes tout ce qu'il trouve à son chemin. Il étoit assez ordinaire aux prophètes de joindre l'action à la pa- tôle, pour faire plus d'impression sur les esprits. Ce prophète de mensonge eut la douleur de voir arriver précisément le contraire de ce qu'il avoit prédit. I. SEDULIUS (*Caius-Cælius* ou *Cæcilius*) prêtre et poète du v$^{e}$ siècle, n'est guère connu que par son Poème latin de la Vie de J. C., intitulé : *Paschale Carmen*. Ce n'est pas un chef-d'œuvre, mais il offre quelques vers heureux. On le trouve dans la Bibliothèque des Pères. Les *Aides* en ont donné une belle édition dans un Recueil in-8.$^{o}$, 1502, qui renferme ceux de *Juvenus*, d'*Arator* et de plusieurs autres auteurs sacrés. *Cellarius* en a donné une bonne édition, à Halle, 1704, in-12, à l'aide d'un manuscrit qu'il tira de la Bibliothèque Pauline à Leipsig, et des variantes que lui fournit *Théodore Jansson van Almeloveen*. On le trouve aussi dans le *Corpus Poëlarum* de *Maitaire*.
II. SEDULIUS (Henri) savant Récollet, né à Clèves vers 1547, fut élevé aux premiers emplois de sa province, et mourut à Anvers en 1621, après avoir publié : I. *Historia Sti Francisci illustriumque virorum et fæminarum*, etc. Anvers, 1613, in-fol. avec figures. Ce sont les actes originaux des vies des Saints et de plusieurs martyrs de son ordre, accompagnés de Commentaires. II. *Vie de S. François d'Assise*, par S. Bonaventure, avec des Commentaires, Anvers, 1597, in-8.$^{o}$ III. *Apologeticus adversus Alcoranum Franciscanorum*, pro libro *Conformitatum*, Anvers, 1607, in-4.$^{o}$ *Sedulius* auroit mieux fait de ne point entreprendre cette apologie. (Voy. ALBIZI.)
IV. *Præscriptiones adversus hæreses*, Anvers, 1606, in-4.$^{o}$ V. *Martyria FF. Minorum Alcmariensium*, *Gorcomiensium*, etc. Anvers, 1613, in-4.$^{o}$ avec fig. C'est l'histoire des Religieux de son ordre, mis à mort par les hérétiques des derniers siècles en Hollande. VI. *Imagines religiosorum ord. Sti Francisci in æs incisæ, cum elogiis*, 1602. VII. *Commentarius in vitam Sti Ludovici episcopi Tolosani*, 1602.
SÉE-MA-KOANG, Chinois célèbre par ses connoissances et ses vertus, vivoit dans le onzième siècle, et y obtint une réputation brillante qui a pénétré jusqu'en Europe. A l'âge de quatre ans, il s'amusoit à voir nager des poissons dorés autour d'un large vase de terre cuite rempli d'eau. L'un de ses camarades, voulant prendre un poisson et se penchant trop sur le bord, tomba dans le vase la tête la première. Il alloit périr : les autres enfans avoient pris la fuite ; *Sée-Ma-Koang*, resté seul, imagina de prendre un caillou aigu et de frapper le vase jusqu'à ce qu'il fût rompu : l'eau s'écoula, et l'enfant fut sauvé. Les poètes et les peintres Chinois ont souvent célébré ce trait dans leurs ouvrages. *Sée-Ma-Koang*, nommé très-jeune, Mandarin d'une grande province, et ensuite Gouverneur de l'Empereur, ne profita de sa place que pour dire la vérité à son souverain, éloigner de lui les flatteurs et faire le bien des peuples. Dans sa vieillesse, il se retira dans une solitude, d'où il ne sortoit que pour mettre la paix dans les familles. C'est dans cette retraite, et dans l'espace de quinze ans, qu'il écrivit une *Histoire de la Chine*, qui commence à la 405$^{e}$ année avant l'ère chrétienne, et renferme quatorze siècles. Les Chinois en font grand cas : c'est le meilleur de leurs ouvrages en ce genre. On attribue encore à *Sée-Ma-Koang* des Traités de morale dont un auteur moderne prétend avoir extrait les maximes suivantes : Le sage ne se presse point de parler, mais d'agir. — Conseille et ne commande pas; persuade et ne décide point. — Qu'est-ce que la grandeur suprême ? la faculté de faire le bien. — Sois juste avant que d'être libéral; mais sois humain avant que d'être juste. — Un mot peut tout perdre; un homme peut tout sauver. — L'orgueil peut quelquefois paroître modeste, jamais la vanité. — L'aumône est la dette de l'homme sensible. — Respecte la confiance; ne tire point sur l'oiseau qui est à terre. — Voulez-vous être juste ? commencez par vous oublier, et remplissez-vous des intérêts d'autrui. — Le pauvre est l'homme réduit à sa valeur, dépouillé de tout ce qui le déguise. — La bienfaisance manque presque toujours d'adresse, et la reconnoissance de sincérité. — Imaginer un bonheur pur, c'est vouloir un ciel sans nuages. — L'ivresse ne produit pas les défauts, elle les décèle; La fortune ne change point les mœurs, elle les découvre. — La religion est le premier frein de l'homme; la sagesse n'est que le second. — Les larmes de l'innocence opprimée sont les vapeurs qui forment la foudre. — Il n'y a point d'étincelles à négliger. — Défends-toi de goûter des plaisirs qui coûtent des larmes à ton frère. — Honore ton père dans un vieillard, et dans un enfant aime ton fils. — Ne demande qu'une fois pour toi, mais ne rougis pas de demander avec importunité pour les autres.
SEE-MA-TSIEN, Chinois, rassembla, vers l'an 176 avant J. C., les mémoires relatifs à l'histoire de la Chine : ces mémoires étoient en petit nombre depuis que l'Empereur *Chi-Oang-Ti* avoit ordonné de détruire tous les monumens historiques. L'ouvrage du savant Chinois se nomme *Seki*.
SÉGAREL ou SAGAREL (George) homme du bas peuple, sans connoissances et sans lettres, qui, n'ayant pu être reçu dans l'Ordre de Saint-François, se fit faire un habit semblable à celui dont on habille les Apôtres dans les tableaux. Il vendit une petite maison, qui faisoit toute sa fortune, en distribua l'argent, non aux pauvres, mais à une troupe de bandits et de fainéans. « Il se proposa, dit M. l'abbé *Pluquet*, de vivre comme *S. François*, et d'imiter *Jesus-Christ*. Pour porter encore plus loin que *S. François* la ressemblance avec J. C., il se fit circoncire, se fit emmaillotté, fut mis dans un berceau, et voulut être allaité par une femme. La canaille s'attroupa autour de ce chef digne d'elle, et forma une société d'hommes qui prirent le nom d'*Apostoliques*. C'étoient des mendians vagabonds, qui prétendoient que tout étoit commun, et même les femmes. Ils disoient que Dieu le Père avoit gouverné le monde avec sévérité et justice; que la grace et la sagesse avoient caractérisé le règne de J. C.; mais que le règne de J. C. étoit passé, et qu'il avoit été suivi de celui du *Saint-Esprit*, qui est un règne d'amour et de charité. Sous ce règne, la charité est la seule loi; mais une loi qui oblige indispensablement, et qui n'admet point d'exception. Ainsi, selon *Ségarel*, on ne pouvoit se refuser rien de ce qu'on demandoit par charité; à ce seul mot les sectateurs de *Ségarel* donnoient tout ce qu'ils avoient, même leurs femmes. *Ségarel* fit beaucoup de disciples. L'inquisition le fit arrêter, et il fut brûlé; mais sa secte ne finit pas avec lui: *Dulcin*, son disciple, se mit à la tête des *Apostoliques*. » *Voyez DULCIN*.
**SEGAUD** (Guillaume) né à Paris en 1674, mort dans la même ville le 19 décembre 1748, à 74 ans, prit l'habit de jésuite à l'âge de 16 ans. Ses supérieurs le choisirent pour enseigner les humanités au collège de *Louis le Grand* à Paris, puis à Rennes et à Rouen. Une des places de régent de rhétorique à Paris étant venue à vaquer, les Jésuites balancèrent entre *Porée* et *Segaud*. Le premier l'emporta, et le second fut destiné à la chaire, quelque envie qu'il eût d'aller annoncer l'Évangile aux infidelles. Ce fut à Rouen que le Père *Segaud* fit l'essai de son talent. Il commença à prêcher à Paris en 1729. On ne tarda pas à l'y admirer. Appellé à la cour pendant trois carèmes, il satisfit tellement le Roi qu'il lui fit une pension de 1200 liv. Le P. *Segaud* vivoit d'une manière conforme à la morale de ses Sermons: fidelle à tous les exercices de piété, dur à lui-même, et ne connoissant point d'autres délassemens que ceux qui étoient prescrits par sa règle. Au sortir d'un Avent ou d'un Carême, il couroit avec zèle faire une Mission dans le fond d'une campagne. Ses manières douces, simples et unies, son air affable, lui attroient les cœurs de tout le peuple. Les plus grands pécheurs accouroient à lui dans le tribunal de la Pénitence. Il étoit également recherché des grands et des petits, sur-tout aux approches de la mort: on s'estimoit heureux de mourir entre ses mains. Le Père *Segaud* avoit des manières simples; mais sous un extérieur peu imposant, il cachoit beaucoup de mérite. On trouve dans ses Sermons un grand fonds d'instruction, beaucoup d'élégance et d'énergie, et surtout cette onction qui pénètre l'âme, et qui la dispose à profiter des vérités évangéliques. Quelques-uns de ses discours sont des modèles; mais ils ne sont pas tous d'une égale force, et l'on pourroit en citer plusieurs qui ne sont que médiocres. Ils ont été imprimés à Paris, chez *Guerin*, en 1750 et 1752, en 6 vol. in-12, par les soins du P. *Berruyer*, si connu par son *Histoire du Peuple de Dieu*. Entre les Sermons de son respectable confrère, on estime sur-tout le *Pardon des injures*; les *Tentations*; le *Monde*; la *Problité*; la *Foi pratique*, et le *Jagement général*. Le Père *Segaud* a aussi composé plusieurs petites pièces de vers, qui ont eu le suffrage des connoisseurs. La principale est son *Poème* latin sur le camp de Compiègne: *Castra Compendiensia*. **I. SEGHERS** (Gérard) peintre, né à Anvers en 1592, mort dans la même ville en 1641, imita le goût de *Rubeus* et de *Van Dyck*. Ses premiers tableaux sont d'un coloris vigoureux. Les ombres y sont très-fortes, et ses figures presque rondes. Un voyage qu'il fit à Londres l'obligea de quitter cette manière, pour en prendre une plus brillante et plus gracieuse. Les ouvrages qu'il a faits dans ces différens genres, sont tous également estimés. Il a peint beaucoup de *Sujets de dévotion*; il a aussi représenté des assemblées de *Jouleurs* et de *Musiciens*.
II. SEGHERS (Daniel) frère aîné de *Gérard*, naquit à Anvers en 1590, et mourut dans la même ville en 1660. Il ne se fit pas, comme lui, un état de la peinture; mais il la choisit comme un amusement : il étoit jésuite. Il excelloit à peindre des fleurs; on ne peut trop admirer l'art avec lequel il saisissait le coloris brillant, propre à ce genre de peinture. Sa touche étoit d'une légèreté et d'une fraîcheur singulières. Ses ouvrages sont précieux, et ils étoient d'autant plus recherchés, qu'on ne pouvoit se les procurer par une somme d'argent.
SEGNERI, (Paul) né à Nettuno en 1624, d'une famille originaire de Rome, montra dès sa jeunesse, beaucoup de goût pour l'état religieux. Il entra dans la société des Jésuites, et y brilla par la sainteté de ses mœurs, et par le succès de ses prédications. Il joignit à l'emploi de prédicateur celui de missionnaire, et il remplit l'un et l'autre avec un zèle apostolique. Le pape *Innocent XII* l'appela à Rome, pour y remplir les places de son prédicateur ordinaire et de théologien de la pénitencerie; mais il ne les exerça pas longtemps. Ce saint religieux, ce directeur infatigable, usé par ses travaux et par ses austérités, tomba dans une langueur qui l'emporta le 9 décembre 1694, à 70 ans. Tous ses ouvrages furent réunis après sa mort, dans un Recueil en 3 vol. in-fol. Outre ses *Sermons*, traduits en françois, Lyon, 7 vol. in-12, 1713, nous avons de lui : I. Des *Méditations*, traduites en françois, Paris, 1713, en 5 vol. in-12. II. *L'Incrédule sans excuse*. III. *La Manne ou la Nourriture de l'âme*. IV. *Le Pasteur instruit*. V. *Le Confesseur instruit*. VI. *Le Pénitent instruit*, in-12. Cet ouvrage a été traduit en françois, et publié en l'an 10. VII. *L'Accord de l'action et du repos dans l'Oraison*. Ce livre, qu'il publia pour déconvir le venin de la doctrine de *Molinos*, faillit à lui coûter la vie, tant ce mystique avoit séduit de dévots à Rome. On peignit *Segneri* comme un homme jaloux, qu'une basse envie portoit à décrier un saint, l'un de ses rivaux dans la direction. Son ouvrage fut censuré, et l'on ne rendit justice à l'auteur, que lorsque l'hypocrisie de l'imposteur Espagnol fut démasquée. VIII. *Les Illusions des Quétistes*, traduites en françois, 1687, in-12. IX. *Le Serviteur de Marie*. X. *L'Exposition du Miserere*, traduite en françois par l'abbé *Laugier*, in-12. XI. Divers autres *Opuscules* de piété. On en a traduit quelques-uns en notre langue.
SEGOING, (Charles) avocat de Paris, fit imprimer dans cette ville, en 1657, le *Trésor héraldique*, ou *Mercure armorial*. *Boileau* ne l'a pas oublié dans sa satire sur la noblesse. *Quand l'orgueil, d'un faux titre appuyant sa faiblesse, Maîtrise les humains sous le nom de noblesse,* *On vit paraître en foule et Marquis et Barons.* *Chacun pour ses vertus n'offrit plus que des noms.* *Aussitôt maint esprit fécond en rêveries,* *Inventa le blason avec les armoiries ;* *De ses termes obscure fit un langage à part ;* *Composa tous ces mots de cimier et d'écart,* *De pal, de contre-pal, de lambel et de face,* *Et tout ce que Segoing dans son Mercure entasse.* « Le blason, dit Voltaire, étoit à la vérité une science fort profonde ; mais elle n'est plus à la mode depuis qu'on a perdu l'habitude de faire peindre ses armoiries aux portières de son carrosse. C'étoit la chose la plus inutile dans un Etat bien policé. D'ailleurs, cette étude seroit une étude immense, parce qu'il n'y a point aujourd'hui de barbier qui n'ait ses armoiries. »
SEGOVESE, *Voy. SIGOVESE.*
SEGRAIS, ( Jean Regnault de ) né à Caen l'an 1624, d'une famille noble, fut d'abord destiné à l'état ecclésiastique. Il n'avoit que 20 ans, lorsque le comte de Fiesque, éloigné de la cour, se retira dans cette ville. Ce courtisan, charmé de son esprit, l'emmena à Paris, et le plaça chez M$^{lle}$ de Montpensier, qui lui donna le titre de son aumônier ordinaire, avec la chanterie de la collégiale de Mortain, et depuis, la qualité de son gentilhomme ordinaire. *Segrais* n'ayant pas approuvé son mariage avec *Lauzun*, fut obligé de quitter cette princesse. Il se retira alors chez M$^{lle}$ de la Fayette, qui lui donna un appartement. Cette nouvelle retraite lui fit prendre quelque part à la composition de *Zaide*, un des romans les plus ingénieux que nous ayons. Enfin, lassé du grand monde, il se retira dans sa patrie, où il épousa en 1676 une riche héritière, *Claude Acher du Mesnilvité* sa cousine. On lui proposa en vain l'éducation du duc du *Maine* ; il la refusa sous prétexte qu'il étoit sourd. *L'expérience*, ajouta-t-il, *m'a appris qu'il faut à la cour de bons yeux et de bonnes oreilles*. L'académie de Caen étant dispersée par la mort de *Matignon* son protecteur, *Segrais* en recueillit les membres, et leur donna un appartement. Sa conversation avoit mille agrémens, et la vivacité de son esprit lui fournissoit toujours quelque chose de nouveau. Son long séjour à la cour avoit enrichi sa mémoire de plusieurs anecdotes intéressantes. Sa surdité n'empêcha pas qu'il ne fût recherché ; et l'on se faisoit un plaisir singulier d'écouter celui qui ne pouvoit pas entendre les autres. Il mourut le 25 mars 1701, à 76 ans, après avoir fait son testament, où sont empreints les sentimens de religion dont il étoit pénétré. Quelque temps avant sa mort, il avoit mis au bas du cadran solaire de sa maison de campagne, un vers italien, imité du Tasse, dont le sens étoit : *Tout le temps qu'on n'emploie pas à aimer Dieu, est perdu*. Quoiqu'il fût de l'académie Françoise, et qu'il eût passé une partie de sa vie à la cour, il ne put jamais perdre l'accent normand. Cela donna lieu à M$^{lle}$ de Montpensier de dire à un gentilhomme qui alloit faire avec lui le voyage de Normandie : *Vous avez là un fort bon guide, il sait parfaitement* la langue du pays... Segrais est principalement connu comme poète françois. Il s'est rendu célèbre par ses *Eglogues*, Amsterdam, 1723, in-12, dans lesquelles il a tâché de conserver la naïveté propre à ce genre de poésie, sans avoir rien de la bassesse où sont tombés quelques-uns de nos poètes. Il a pris les anciens pour modèle; il a même évité quelques-uns de leurs défauts. Cependant, aujourd'hui, il n'a point ou presque point de lecteurs. Quelle est la raison de cette indifférence? c'est, dit M. de la *Dixmerie*, qu'il lui manque l'art d'intéresser; c'est que le genre pastoral a perdu pour nous une partie de son intérêt. On peut ajouter qu'il parle trop d'amour dans ses *Eglogues*, et qu'il n'en a pas assez varié le ton et les images. La réputation de sa *Traduction des Géorgiques* et de celle de l'*Enéide de Virgile*, en vers françois, l'une et l'autre in-8°, s'est encore moins soutenue que celle de ses *Eglogues*. Celle-ci parut en 1681. Il y a quelques morceaux bien rendus; mais les auteurs du *Moréri* ont tort de dire qu'elle est telle que *Virgile* nous l'auroit donnée lui-même s'il étoit né françois. Le traducteur est fort loin de son original. Sa versification est inégale, lâche, traînante. On lui a reproché d'ailleurs beaucoup de contre-sens; mais le plus fâcheux de tous, dit d'*Alembert*, c'est qu'il est par-tout fort au-dessous de son modèle. La Traduction des *Géorgiques*, qui parut en 1712, in-8°, ne vaut pas mieux. Elle a été éclipsée par celle de M. l'abbé *Delille*, de l'académie Françoise. On a encore de *Segrais des Poésies diverses*, où il y a du naturel, mais peu de graces et peu de correction; et son Poème pastoral d'*Atis*, en v chants, dans lequel il a atteint quelquefois la simplicité noble des Pastorales des anciens. Ses ouvrages en prose sont: I. Les *Nouvelles françoises*. Paris, 1722, in-12, en 2 vol. C'est un recueil de quelques historiettes racontées à la cour de M$^{lle}$ de *Montpensier*. Elles ont quelque intérêt, non par elles-mêmes, mais parce que l'auteur y peint sous des noms supposés quelques femmes de son temps. On a recueilli une partie de ces portraits, la plupart trop flattés, dans la *Bibliothèque des Romans*, septembre 1775. II. *Segraisiana*, ou *Mélanges d'Histoire et de Littérature*, in-8°, 1722, à Paris, sous le titre de la Haye; et à Amsterdam, 1723, in-12: cette dernière édition est beaucoup plus belle. Parmi quelques faits singuliers et curieux, on en trouve un grand nombre de minutieux et quelques-uns de hasardés. III. Il a eu part à la *Princesse de Clèves* et à la *Princesse de Montpensier*.
SEGUENOT, (Claude) né à Avalon en 1596, entra dans l'Oratoire, après avoir brillé dans le barreau à Dijon et à Paris. Il fut supérieur de plusieurs maisons; mais ayant publié en 1638, in-8°, une Traduction françoise du livre de la *Virginité*, de S. Augustin, avec des notes, le fameux Père *Joseph*, capucin, crut y voir l'image et la satire de sa conduite, et il fit mettre l'auteur à la Bastille. La Sorbonne censura l'ouvrage en même temps. *Seguenot* ayant obtenu sa liberté, fut élevé à la place d'assistant du général, et mourut à Paris le 7 mars 1676, à 80 ans, après avoir essuyé quelques nouvelles disgraces, qu'il dut à ses liaisons avec les solitaires de Port-Royal. On a de lui plusieurs autres Ecrits.
SEGUI, (Joseph) né à Rodez en 1689, se consacra de bonne heure à l'éloquence et à la poésie. Il remporta le prix de *Vers* à l'académie Françoise en 1732, et il remplit les chaires de la cour et de la capitale avec distinction. Une place à l'académie Françoise, l'abbaye de Genlis et un canonicat de Meaux, furent le prix de ses succès. Cet auteur mourut à Meaux, en mars 1761, à 72 ans, après avoir publié : I. Le recueil de ses *Panégyriques*, 2 vol. in-12 ; ses *Sermons*, en 2 vol. , et des *Discours académiques* en 1 vol. L'abbé *Segui* écrivait avec assez de noblesse et de pureté, et quelquefois avec chaleur et avec force. Fait pour marcher dans les routes battues, et non pas pour se tracer une carrière nouvelle, il a cependant peu de traits de la vraie et grande éloquence. Il avait commencé par versifier ; il abandonna cet art ingrat pour la chaire, où il transporta quelquefois le langage de la poésie. Son Oraison funèbre du maréchal de *Villars* fut très-applaudie dans le temps. Son Panégyrique de saint *Louis*, prononcé à l'académie Françoise en 1729, eut un tel succès, qu'on l'attribua à la *Mothe* ; mais il n'avait pas besoin d'emprunter sa plume. L'abbé *Segui* joignoit beaucoup de piété à ses talens, et cette piété lui fut d'un grand secours dans les derniers jours de sa vie, où il fut accablé d'infirmités et de souffrances. Dégoûté du monde et presque de la société, il ne se communiquoit qu'à un petit nombre d'amis choisis. L'abbé *Segui* avoit un fière qui fut l'ami de J. B. Rous- seau, et l'éditeur de ses ouvrages. I. SEGUIER, (Pierre) président à mortier au parlement de Paris, d'une famille de Quercy, rendit des services importants aux rois *Henri II* et *Charles IX*. Ces monarques l'employèrent dans diverses négociations : il fit briller dans toutes une éloquence et une intelligence peu communes. Il mourut en 1580, à 70 ans, comblé d'honneurs et de biens. On a de lui des *Harangues*, et un *Traité de cogitatione Dei et sul*.
II. SEGUIER, (Antoine) fils du précédent, occupa successivement les places de maître des requêtes, de conseiller d'état, d'avocat général au parlement de Paris, enfin de président à mortier. Il fut envoyé à Venise l'an 1598, en qualité d'ambassadeur, place qu'il remplit avec succès. Sa mort, arrivée en 1624, fut une perte sensible pour les gens de bien. Il fonda, par son testament, l'hôpital des *Cent Filles*, au faubourg St-Marcel à Paris.
III. SEGUIER, (Pierre) né à Paris le 29 mai 1588, de *Jean Seguier* fils de Pierre, remplit les charges de conseiller au parlement, de maître des requêtes, de président à mortier, et enfin de garde des sceaux et de chancelier en 1635. *Louis XIII* le trouvoit bien jeune pour remplir une place de cette importance ; mais il obtint son suffrage en lui disant, qu'il n'en seroit que plus long-temps à son service. Les émotions populaires s'étant élevées en Normandie, il passa dans cette province en 1639, et y mit la paix. Il ne se signala pas moins dans les troubles des *Barricades*. et il osa résister au parlement soulevé contre le ministère. Les sceaux lui furent enlevés en 1650 et 1652; mais ils lui furent rendus en 1656, et il les garda jusqu'à sa mort. A cette charge il joignoit les titres de *Duc de Villemor*, et de *Protecteur de l'académie Françoise*. Après la mort du cardinal de *Richelieu*, il succéda aux vues de ce grand ministre, et consola généreusement de sa perte cette illustre compagnie. L'académie de peinture et de sculpture n'eut pas moins à se louer de sa protection et de son zèle. Il mourut à St-Germain-en-Laye le 28 janvier 1672, à 84 ans. Il ne laissa que deux filles; *Marie*, qui épousa le marquis de *Coislin*, et ensuite le marquis de *Laval*, et qui mourut en 1710; et *Charlotte*, d'abord duchesse de *Sully*, puis duchesse de *Verneuil*, morte en 1704. Mais les branches collatérales de sa maison ont produit d'autres magistrats illustres. Le chancelier *Seguier* avoit quelques foiblesses; il ainoit, dit-on, les femmes. Il avoit plus de talent pour être magistrat que ministre; mais le secret qu'il eut d'intéresser à sa gloire la plupart des gens de lettres, a effacé ou fait oublier tous les propos de la médisance et de l'envie. Son nom est parmi les plus illustres de la magistrature et du ministère, et ceux qui le portent aujourd'hui l'ont dignement soutenu. Le chancelier *Seguier* avoit été chartreux dans sa jeunesse. Les conteurs d'anecdotes disent qu'étant tourmenté de fortes tentations, le supérieur lui permit de tinter la cloche du chœur, pour que la communauté se mit en prières lorsque l'esprit tenta sur l'inquiéteroit; mais qu'il eut recours si souvent à cet avertissement, ment, qu'on lui en interdit l'usage. Nous doutons de la vérité de cette anecdote, quoique reproduite dans l'ouvrage intitulé: *Galerie de l'ancienne Cour*.
IV. SEGUIER, (Jean-François) né à Nîmes en 1703, d'une bonne famille, s'appliqua d'abord à la jurisprudence. Mais en admirant le jardin des plantes rares de son compatriote *Pierre Baux*, il prit goût pour la botanique, et réussit dans cette science. L'abbé *Bignon*, bibliothécaire du roi de France, le chargea de mettre en ordre les précieuses collections de botanique de cette magnifique bibliothèque. C'est en exécutant cette commission, qu'il travailla à l'ouvrage qui a pour titre: *Bibliotheca botanica*, la Haye, 1740, in 4°, Leyde, 1760, in 4°, par les soins de *Laurent-Théodore Gronovius* qui y a ajouté un Supplément. Cet ouvrage contient un catalogue des auteurs et des ouvrages qui traitent de la botanique. Les voyages qu'il fit avec le marquis *Scipion Maffei*, en France, en Angleterre, en Hollande, en Allemagne, et surtout en Italie, le firent connoître avantageusement des gens de lettres, et augmentèrent ses connaissances dans la botanique. Le champ fertile du Véronèse fixa longtemps ses recherches, et lui fit publier: *Plantae Veronenses*, 2 vol., Vérone, 1747, in 8°. Il donna un 5° volume *ibidem*, en 1754, in 8°. *Seguier* étoit aussi bon antiquaire que grand botaniste; son goût pour les médailles naquit dès l'âge de dix ans, où il en gagna une au jeu à l'un de ses camarades. Quelque temps après, ayant appris que des ouvriers en avoient retiré d'un puis qu'ils creusoient, il y descendit, et s'efforça en vain de remonter. Il y resta un jour et une nuit, et y auroit péri d'inanition si le hasard n'eût conduit quelqu'un à son secours. N'ayant pu dans sa jeunesse acquérir un cabinet de médailles, dont la valeur surpassoit ce qu'on lui donnoit pour ses plaisirs, il en tomba dangereusement malade. On sait que c'est à lui que l'on doit l'explication de l'inscription de la maison carrée de Nîmes, qu'il devina par le moyen des trous formés par les crampons qui tenoient les lettres. Associé de l'académie des Inscriptions, celle de Nîmes le nomma son protecteur, et il lui légua ses livres, ses objets d'antiquités et ses manuscrits. Il mourut dans cette ville le 1er septembre 1684. Outre les ouvrages que nous avons cités, on lui doit encore la traduction des Mémoires de Maffei, 2 vol. in-12. V. SEGUIER (Antoine-Louis) de l'académie Françoise, et avocat-général au parlement de Paris, descendant du chancelier de son nom, eut de l'éloquence et en fit preuve dans divers réquisitoires imprimés. Celui du 18 août 1770 est remarquable en ce qu'il annonça, près de 20 ans auparavant, les causes et les désastres d'une prochaine révolution. Sa conversation ne répondoit pas à la réputation qu'il s'étoit acquise au barreau. Après avoir quitté la France, au moment des orages révolutionnaires, il est mort subitement à Tournai, le 25 janvier 1792.
SEGUIN (Joseph) avocat, né à la Ciotat, mort en 1694, est auteur des Antiquités de la ville d'Arles, à Arles, 1687, in-4. 2 parties. Cet ouvrage savant est utile aux antiquaires.
SEGUINEAU (N°) né à Paris, y est mort en 1722, âgé de 45 ans. Il est auteur de la tragédie d'Egisthe, représentée en 1722, et de l'opéra de Pirithois dont Mouret fit la musique; cet opéra fut joué en 1723, et repris en 1734. I. SEGUR (Olympe de) dame illustre par sa naissance et par les vertus conjugales, épousa le marquis de Belcier, fils du premier président de Bordeaux. Son mari étant prisonnier dans le château Trompette, elle résolut de le délivrer, l'alla voir et lui persuada de prendre ses habits et sa coiffure. Cette entreprise lui réussit: Belcier s'esquiva le soir sous cet habit, sans être reconnu des gardes. Elle demeura comme en otage pour son époux, et elle sortit dans la suite. Hérodote rapporte que des femmes Lacédémouïennes sauvèrent la vie à leurs maris par ce stratagème. En 934, Dona Sancha, femme de Ferdinand de Castille, employa aussi la même ruse, dictée par la même vertu.
II. SEGUR (Jean-Charles de) vit le jour à Paris en 1695, d'une famille ancienne et avantageusement connue. Après avoir été quelque temps dans le service militaire, il entra dans la congrégation de l'Oratoire, et appela de la Bulle Unigenitus. La grande faveur où étoit sa famille, sous la régence du duc d'Orléans, lui inspira, disent les Jansénistes, de l'ambition. Il révoqua son appel, et fut pourvu de l'abbaye de Vermand. Il quitta l'Oratoire, devint grand-vicaire de M. de Saint-Albin, évêque de Laon, et enfin évêque de Saint-Papoul. Il sentit bientôt des scrupules sur son entrée dans l'épiscopat. Ses remords furent si violens, qu'il s'éclipsa de son diocèse, laissant à ses ouailles une instruction pastorale, dans laquelle il leur rendoit compte des raisons qui l'obligeoient de se démettre de son évêché. Sa retraite fut une énigme; elle l'est encore pour bien du monde. Les Molinistes l'ont représentée comme une *apostasie affreuse*, comme la *démarche d'un ignorant et d'un esprit médiocre*. Les Jansénistes la regardent comme une *action généreuse*, digne des plus beaux siècles de l'Église. Quoi qu'il en soit, *Segur* vécut 13 ans depuis son abdication, dans l'obscurité qu'il méritoit, dit malignement le Lexicographe des livres jansénistes, par tant de titres. Cet écrivain satirique auroit dû marquer plus de considération pour son nom et plus d'estime pour ses vertus. La prière, la lecture de l'Écriture sainte, les bonnes œuvres, les austérités remplirent ses derniers jours, et les abrégèrent. Il mourut à Paris le 28 septembre 1748, à 53 ans. On a publié l'abrégé de sa Vie, Utrecht, 1749, in-12.
SEGUR, *Voyez* PUISEGUR, et AUBIGNÉ.
SEGUSIO, (Henri de) *Voy*. HENRI de *Suse*, n° XXIV.
SEJAN, (Ælius) né à Vulsine en Toscane, d'un chevalier Romain, nommé *Sejus Strabon*, qui fut capitaine des gardes Prétoriennes sous *Auguste* et sous *Tibère*, suivit d'abord la fortune de *Caius César*, petit-fils d'*Auguste*. Il s'attacha ensuite à *Tibère*, auquel il se rendit agréable par la souplesse de son caractère et par l'enjouement de son esprit. Endurci au travail, audacieux, habile à cacher ses vices et à faire éclater ceux des autres, tour à tour insolent et flatteur, modeste au dehors, mais dévoré au dedans de la soif de régner, il employoit, dans cette vue, tantôt le luxe et les largesses, tantôt l'application et la vigilance. Il mit en œuvre tant d'artifices auprès de *Tibère*, que ce prince, caché pour tout le monde, étoit pour lui sans secret et sans défiance. Il l'éleva à la dignité de chef des cohortes Prétoriennes, le nommant partout le compagnon de ses travaux, et souffrant que les statues de son favori fussent placées sur les théâtres et dans les places publiques. *Sejan*, parvenu au plus haut degré de puissance, sans avoir assouvi son ambition, aspiroit au trône impérial. Il fit périr par les artifices les plus odieux, tous les fils et tous les petits-fils de *Tibère*, *Drusus*, fils de ce prince, lui ayant donné un soufflet, il ne trouva point de moyen plus sûr pour se venger, que de corrompre *Livie* sa femme, qui empoisonna son mari. *Agrippine*, *Germanicus* et ses fils, furent aussi les victimes de ses sourdes perfidies. Alors il voulut épouser *Livie*; mais *Tibère* la lui refusa. Outré de colère, il se vanta « qu'il étoit Empereur de Rome, et que *Tibère* n'étoit que prince de l'île de Caprée où il étoit alors. » Il ova le faire jouer sur le théâtre. Une telle audace ne pouvoit rester longtemps impunie. *Tibère* donna ordre au sénat de lui faire son procès. Cet ordre fut bientôt exécuté, et dans le même jour il fut arrêté et étranglé en prison, l'an St de J. C. Le peuple déchira son cadavre, et en jeta dans le Tibre les misérables restes. Ses enfans périrent aussi par le dernier supplice, et *Tibere* enveloppa dans la perte de ce scélérat, tous ceux qui lui étoient suspects et dont il vouloit se venger.
SEIGNELAY, (le marquis de) *Voyez* II. COLBERT.
SEISLAS, *Voy*. CIASLAS.
SEIZE, (Faction des) *Voy*. ROCHEBLOND.
SEKENDORF, *Voy*. SECKENDORF.
SELDEN, (Jean) né à Salvington, dans le Sussex, le 16 décembre 1584, fit ses études à Chichester, puis à Oxford, et s'y consacra principalement à la connoissance du droit et de l'antiquité sacrée et profane. Ce savant auroit pu être élevé aux plus grandes places d'Angleterre, s'il n'eût préféré son cabinet à tous les emplois. Après avoir mené une vie douce et appliquée, il mourut le 30 novembre 1654, à 70 ans. Il avoit pris pour devise : *LA LIBERTE sur toutes choses*. Cette liberté, qu'il mettoit dans ses propos comme dans sa conduite, le brouilla quelquefois avec *Jacques I* et *Charles I*. Mais, comme le zèle plutôt que l'esprit de satire animoit ses discours, on les lui pardonnoit plus facilement qu'à tout autre. La république des lettres le compte parmi ceux de ses membres qui l'ont le plus enrichie. On a de lui : I. *De successionibus in bona defuncti, secundam Hebræos*. II. *De Jure Naturali et Gentium, juxtâ disciplinam Hebræorum* : ouvrage fort estimé par *Puffendorf*, qui n'est pas d'accord en cela avec le *Clerc* et *Barbeirac*. « Il paroît (dit *Nicæron*) qu'il s'étoit un peu entêté des écrits des rabbins, et qu'il a voulu y puiser des connoissances qu'il auroit pu prendre ailleurs. » « Outre le désordre et l'obscurité qui règnent dans la manière d'écrire de ce savant *Anglois*, dit le chevalier de *Jaucourt*, ses principes ne sont point tirés des lumières de la raison ; mais des sept Préceptes donnés à *Noé*, qui ne sont fondés que sur une tradition douteuse, ou sur les décisions des rabbins. » III. *De Nuptiis et Divoritis*. IV. *De Anno civili veterum Hebræorum*. V. *De Nummis*. VI. *De Diis Syriis*, Amsterdam, 1680, in-8.º : ouvrage plein de profondes recherches. On a accusé *Selden* d'avoir pillé quelques endroits des *Semestres* de *Pierre Fabry* ; et il s'en plaint fortement dans la préface de sa seconde édition. Mais ceux qui ont lu son livre avec soin, ne peuvent douter qu'il n'eût puisé dans les sources. Au reste, quoiqu'on trouve dans son ouvrage de très-bonnes choses et une grande érudition, il n'y a pas assez d'ordre. Le style de *Selden* est souvent un mélange de tout ce que la latinité a de bon et de mauvais. C'est le défaut général de cet auteur : ce qui a fait dire à *Colomies*, qu'il étoit prodigieusement savant, mais qu'il écrivoit d'une manière dégoûtante. VII. *Uxor Hebraica*. VIII. *De laudibus legum Angliæ*. IX. *JANI Anglorum facies altera*. [ *Voy*. I. LITTLETON.] X. *Mare clausum*, contre *Grotius*. L'auteur y donne l'empire des quatre Mers à sa nation. Le zèle patriotique l'anima toute sa vie. XI. *Analecton Anglo-Britannicum*, etc. livre curieux, dans lequel on trouve l'Histoire du gouvernement d'Angleterre, jusqu'au règne de Guillaume le Conquérant. XII. De Synedriis Hebræorum; traité très-savant et estimé. XIII. Une Explication des Marbres d'Arondel, 1628, in-4.º en latin, avec des notes pleines d'érudition. Elle nous a valu les belles éditions que Prideaux et Maittaire ont données de ces Marbres, l'une en 1676, et l'autre en 1732. XIV. Un Traité des Dixmes, qui irrita beaucoup le clergé d'Angleterre. XV. Un autre de l'Origine du Duel. XVI. C'est lui aussi qui a publié le livre d'Eutichius d'Alexandrie, et l'Histoire d'Edmer. Tous les Ouvrages de Selden, tant latins qu'anglois, ont été imprimés à Londres, en 1726, 3 vol. in-fol. Ce Recueil est recherché, quoiqu'on reproche à l'auteur un style plein d'obscurité, et qu'il prodigue une érudition souvent mal choisie et mal digérée. On a imprimé en anglois un Recueil des paroles remarquables de cet habile Juriconsulte, sous le titre de Seldeniana.
SELENUS, (Gustave) Voy. AUGUSTE, n° II. I. SELEUCUS I, Nicanor, (c'est-à-dire, Victorieux) roi de Syrie, fils d'Antiouchus, devint l'un des principaux généraux d'Alexandre le Grand, Après la mort de ce conquérant, il s'établit à Babylone; mais il en fut chassé par Antigone, et se retira en Égypte près de Ptolomée. Pour se venger de son ennemi, il se ligua avec Ptolomée, Cassandre et Lysimachus, contre Antigone, qui fut tué dans la bataille d'Ipsus, l'an 301 avant J. C. Seleucus partagea avec les vainqueurs, les provinces qui furent le fruit de leur victoire, et connaîtra la royauté de Syrie, qui, de son nom, fut appelé le Royaume des Seleucides. Tranquille sur le trône, il fit la guerre à Demetrius, arma contre Lysimachus et le tua dans une bataille, l'an 282 avant J. C. Il alloit tomber sur la Thrace et sur la Macédoine, lorsque Ptolomée Céraune, un de ses courtisans, conspira contre lui, et le tua à Argon, la même année, à 78 ans, dont il en avoit régné 34 avec beaucoup de gloire. Il s'étoit élevé par ses vertus sur le trône de l'Asie; sa valeur et son expérience secondèrent son ambition; sa sagesse et son humanité la justifièrent. Il fut conquérant pour faire du bien, et il acquit des sujets pour en être le père et le bienfaiteur. Ce prince almoît les sciences: il renvoya aux Grecs les livres et les monumens précieux que Xercès leur avoit enlevés; il leur rendit, entre autres, les statues d'Armodius et d'Aristogion, ces illustres défenseurs de la liberté. Les Grecs par reconnaissance, placèrent sa statue à l'entrée du portique de leur académie. Ce roi fit bâtir jusqu'à 34 villes dans l'Asie, et les peupla de colonies grecques, qui apportèrent dans cette partie du monde, leur langage, leurs mœurs et leur religion... Voyez ERASISTRATE.
II. SELEUCUS II, surnommé Callinique, monta sur le trône de Syrie après la mort d'Antiouchus II. Ce prince fit une guerre malheureuse au roi d'Égypte; sa flotte fit naufrage et ses armées furent battues. Lui-même fut fait prisonnier par Arsace, et mourut quelque temps après, d'une chute de cheval, 226 ans avant J. C.; il en avoit régné 22. Son fils, *Seleucus III*, lui succéda. Celui-ci fut surnommé *Cataunus*, à cause de sa timidité. Il ne régna que trois ans, et fut tué par ses soldats.
III. SELEUCUS IV, fils d'*Antiochus le Grand*, succéda à son père l'an 187 avant J. C., et fut surnommé *Philopator*. Ce prince, par le respect qu'il eut pour le grand-prêtre *Onias*, fournissoit tous les ans ce qu'il falloit pour les sacrifices du Temple; mais comme c'étoit un prince foible, ses flatteurs l'engagèrent à envoyer *Héliodore* piller le Temple de Jérusalem. Quelque temps après, le même *Héliodore* l'empoisonna. Son règne fut de 12 ans.
IV. SELEUCUS VI, fils d'*Antiochus Gryphus*, fut chassé du trône et se réfugia en Cilicie, où le peuple le brûla dans le palais qu'il avoit choisi pour asile. I. SELIM I, empereur des Turcs, 2$^{e}$ fils de *Bajazet II*, voulut détrôner son père, mais il perdit, l'an 1511, la bataille qu'il lui livra. Cette défaite ne le découragea point; il revint à la charge, et *Bajazet* fut obligé de lui céder l'empire l'année suivante (23 juin 1512), au préjudice d'*Achmet* son aîné. Après s'être défait par le poison de ce père malheureux, il ôta la vie à *Achmet*, et à *Korkud* son puné, prince paisible et ami des lettres. Affermi sur le trône par ses forfaits, il porta les armes en Egypte contre *Campson-Gaury* [Voyez ce mot.] souverain de ce royaume. Il lui livra bataille près d'Alep en Syrie l'an 1516, et remporta une victoire long-temps disputée par le soudan, qui périt dans le combat. Cependant, les Mammelucks se préparèrent à résister aux Ottomans; mais *Selim*, entrant dans leur pays en 1517, attaqua près du Caire *Toumanthai*, qu'ils avoient créé nouveau sultan, et le défil successivement dans deux batailles, dont la dernière dura trois jours et trois nuits. Ce prince infortuné ayant été trouvé dans un marais où les Arabes l'avoient cache, fut pendu par l'ordre de *Selim*, à une des portes du grand-Caire. Ce barbare se rendit maître du Caire, d'Alexandrie, de Damiette, de Tripoli, et de tout le reste de l'Egypte, qu'il réduisit en province. C'est ainsi que finit la domination des Mammelucks en Egypte, où elle avoit duré plus de 260 ans, à compter depuis la mort du sultan qui avoit fait *S. Louis* prisonnier. Quelque temps auparavant, *Selim* avoit remporté une victoire signalée à Chaldoron contre les Perses, et leur avoit enlevé Tauris et Keman. Il se préparoit à faire la guerre aux Chrétiens, mais en retournant à Constantinople, il fut attaqué d'un charbon pestilentiel à l'épine du dos. Il voulut se faire porter à Andrinople, dans l'idée que l'air de cette ville le rétabliroit; et il mourut à Cluri en Thrace, sur la route de cette ville, le 21 septembre 1520, dans le même lieu où il avoit fait empoisonner son père. Il étoit dans sa 54$^{e}$ année, et il en avoit régné huit. Ce prince étoit courageux, infatigable, sobre, libéral. Il se plaisoit à la lecture de l'Histoire, et faisoit assez bien des vers dans sa langue. Mais, malgré ces qualités, il fut l'horreur de ses sujets. Il trempa ses mains dans le sang de son père, de ses frères, ce huit de ses neveux, et d'autant de bas, qui l'avoient servi fidélité. ment. Il entretint toujours une discipline sévère dans ses troupes, et ne se laissa pas gouverner par ses visirs. *Je ne porte point de barbe*, disoit-il, comme mes prédécesseurs, parce que je ne veux pas que mes Ministres me prennent par le menton. *Selim* forma le premier une Bibliothèque dans le sérail; elle est composée d'environ 4000 volumes turcs, arabes ou persans, mais sans aucun manuscrit grec.
II. SELIM II, empereur des Turcs, fils de *Soliman II*, et petit-fils de *Selim I*, monta sur le trône après son père, en 1566. Il fut l'année suivante, une trêve de huit ans avec l'empereur *Maximilien II*. Vers le même temps, il confirma le traité de paix que son père avoit fait avec les Vénitiens. Mais en 1570, au mépris de sa parole, il tourna ses armes contre eux, et leur prit l'île de Chypre par son général *Mustapha*. Il en fut bientôt puni: le 7 octobre 1571, il perdit la célèbre bataille de Lépante, dans laquelle *Hali Bassa* fut tué avec près de 32000 Infidelles, outre 3500 prisonniers, et 151 galères prises ou coulées à fond. Cette victoire jeta la consternation dans Constantinople, et hâta la paix avec Venise. Dès que *Selim* l'eût conclue, il posa le glaive et le sceptre, pour aller s'ensevelir au fond de son sérail avec ses femmes. Il se plongea dans la débauche jusqu'à sa mort, arrivée en 1574, à 52 ans. La mort de ses frères *Mustapha* et *Bajazet* lui avoit ouvert le chemin du trône dont il se rendit indigne par ses vices. Sans talons et sans courage, il n'aima que les femmes et le vin, et ne dut l'éclat passager de ses conquêtes qu'à la valeur de ses généraux.
SELINCOUR (Jacques Epée de) publia en 1783, chez J. Guinet à Paris, un traité de chasse, intitulé: *le Parfait Chasseur, avec la manière de rendre les pigeonniers, les garennes, les basses-cours et les étangs profitables*, in-12.
SELIS (Nicolas-Joseph) professeur de belles-lettres à l'école centrale du Panthéon, et membre de l'Institut national, naquit à Paris le 27 avril 1737. La ville d'Amiens fut le premier théâtre où ses talons se développèrent; il y publia une épître sur les *Pédans de société*, pleine de détails agréables, et qui le tira dès-lors de la classe des poètes vulgaires. Appelé à Paris par l'amitié de M. l'abbé *Delille*, il y fut fixé par une place utile, par l'accueil des littérateurs distingués, et le succès de ses ouvrages. Les principaux sont: I. *Traduction* des Satires de *Perse*, 1776, in-8°; c'est la meilleure que nous ayons de ce poète. M. de la *Harpe* lui a donné de justes éloges. « Ce n'est pas, dit-il, que le traducteur soit parvenu à faire des Satires de cet obscur et pénible écrivain, un livre amusant ou attachant; on ne peut venir à bout que de faire entendre à-peu-près ce qu'il a voulu dire. Les Notes et la Préface de M. *Selis* sont pleines de raison et d'instruction. » II. *Relation* de la maladie, de la confession et de la mort de M. de *Voltaire*, petite brochure pleine de sel et de finesse, qui eut trois éditions dans la même année. III. *Épître* en vers, sur divers sujets, 1776: elles ont de la facilité, et offrent une douce plazo- Sophie. IV. *Dissertation sur Perse*, 1778. V. *Petite Guerre entre le Monnier et Selis*, 1778: c'est un modèle d'honnêteté en fait de critique, et des égards que se doivent mutuellement, dans leurs combats, les gens de lettres. VI. *Lettre à M. de la Harpe* sur le collège de France, 1779. VII. *Lettre d'un père de famille* sur les petits spectacles, 1789. VIII. *Autre d'un Grand Vicaire à un Evêque*, sur les Curés de campagne, 1790. IX. *Lettres écrites de la Trappe*: on y trouve un style pur et de l'intérêt dans la narration. X. *Discours* sur les écoles centrales, 1797. XI. *Diverses Dissertations littéraires et grammaticales*, insérées dans les *Mémoires* de l'Institut. Ces divers écrits en général, jouissent d'une réputation méritée; « mais ce qui valait mieux encore, a dit M. *Gail* confrère de *Selis*, c'étoit l'âme droite, bienfaisante et pure de cet écrivain: aussi a-t-il emporté les regrets d'une campagne aimable et vertueuse, des pauvres dont il soulageoit la misère, de ses nombreux auditeurs qui trouvoient en lui un guide éclairé et sûr, des gens de lettres qui rendirent justice à son talent, à son goût exquis, à sa franchise et à sa bonté. » *Selis* est mort le 19 février 1802, après six mois de mélancolie: il avoit épousé la nièce de *Gresset*.
SELKIRK (Alexandre) né à Largo en Ecosse, vers l'an 1680, se fit matelot, et parvint par ses connoissances mathématiques, au grade de maître de navire. Il en remplissoit l'emploi en 1705, sur le vaisseau commandé par le capitaine *Pradling*, qui, ayant pris querelle avec lui, le fit déposer dans l'île déserte de Juan-Fernandez, en lui laissant ses hardes, son fusil, de la poudre et quelques ustensiles de ménage. L'île étoit fertile, peuplée de chèvres; les bords de la mer y étoient poissonneux. *Selkirk* s'y forma une habitation où il ne fut point trop malheureux. En 1709, le capitaine *Vood-Rogers* ayant abordé dans l'île, le ramena en Angleterre. C'est d'après cet événement de la vie de *Selkirk* qu'on a fait le roman de *Robinson-Crusé*.
SELLAN, *Voy*. LANUZA.
SELLE (Ch... Théop.) médecin renommé, directeur du collège de Berlin, naquit en 1748, à Stettin en Poméranie, et est mort à Berlin le 9 novembre 1800. Nommé médecin de *Frédéric* roi de Prusse, il a publié les détails de la dernière maladie de ce monarque. Profond physiologiste, savant praticien, on lui doit plusieurs écrits estimés, et sur-tout des *Éléments de Pyréologie*, ou de la connoissance des fièvres. Ils ont été traduits deux fois dans notre langue; la première fois par M. *Montblanc*, la seconde par M. *Clanet*.
SELLIUS (Godefroy) né à Dantzig, membre de l'académie impériale et de la société royale de Londres, passa une partie de sa vie en France, où il cultiva les lettres avec succès. Il mourut le 25 juin 1767, à Charenton où il avoit été renfermé comme atteint de folie, sur la fin de ses jours. Son érudition étoit immense. Nous avons de lui des traductions et d'autres ouvrages. Les plus connus sont: I. *Description géographique du Brabant Hollandois*, in-12. II. Voyage de la Baie d'Hudson, in-8. III. Dictionnaire des Monogrammes, in-8. IV. Histoire naturelle de l'Irlande. V. Histoire des anciennes révolutions du Globe terrestre, in-12. VI. Traduction des Satires de Rebener avec M. du Jardin, 4 vol. in-12. VII. Histoire des Provinces-Unies, en 8 vol. in-4. V. avec le même. Cet ouvrage intéressant est exact, à quelques erreurs près, qui seront facile de corriger.
SELLUM, meurtrier de Zacharie roi d'Israël, usurpa la couronne, l'an 771 avant J. C. Mais au bout d'un mois il fut mis à mort par Manaham, général des troupes de Zacharie, qui fut lui-même proclamé roi par son armée.
SELVE, (Jean de) né dans la Limousin, quitta la profession des armes, qui étoit celle de ses ancêtres, pour entrer dans la magistrature. Il fut premier président à Bordeaux, à Rouen, à Paris, et employé par Louise de Savoie, mère de François I, pour aller traiter avec Charles-Quint de la délivrance du monarque François. Il s'acquitta de cette commission avec succès et avec zèle. Il mourut en 1529, avec la réputation d'un négociateur habile et d'un savant magistrat. Il laissa six fils, dont cinq furent employés dans les ambassades : Lazare, Fainé fut ambassadeur auprès des Suisses; Jean-François, en Turquie; George, évêque de Lavaur, auprès de l'empereur; Jean-Paul, évêque de Saint-Flour, et Odet, d'Rome et à Venise. On attribue communément au père le livre de Beneficio, qui n'est point de lui, et on l'a faussement accusé. d'avoir corrompu l'Histoire de Philippe de Comines. — On doit à un auteur nommé Selve, la tragi-comédie des Amours de Léandre et Héro, jouée en 1633.
SEM, fils de Noé, né vers l'an 2446 avant J. C., couvrit la nudité de son père. Noé, à son réveil, lui donna une bénédiction particulière. Sem mourut âgé de 600 ans, laissant cinq fils, Adam, Assur, Arphaxad, Lud, Aram; qui eurent pour partage les meilleures provinces de l'Asie. D'Arphaxad descendirent, en ligne directe, Salé, Heber, Phuleg, Reï, Sarug, Nachor, et Tharé père d'Abraham.
SEMEI, parent du roi Saïl, imita et servit ce prince dans sa haine pour David. Voyant ce père infortuné, contraint de s'enfuir par la rébellion de son fils Absalon, il profita de cette calamité pour le poursuivre; et lui lança des pierres avec les injures les plus outrageantes. Mais David ayant été vainqueur, Semeï cobrut au-devant de lui, se jeta à ses pieds, implorant son pardon, et le priant de considérer qu'il étoit le premier à se soumettre. David lui fit grâce; mais il recommanda en mourant, à son fils Salomon, de ne pas laisser impunie la conduite du rebelle. Ce prince, devenu roi, fit venir Semeï, et lui défendit, sous peine de la vie, de sortir de Jérusalem. Le coupable, s'estimant heureux d'obtenir son pardon à ce prix, remercia Salomon, et se soumit à la peine qu'il lui imposoit. Mais trois ans après, un de ses gens s'étant enfui à Geth, chez les Philistins, Semeï trop prompt, oublia son engagement, et courut après son esclave, qu'il atteignit et ramena chez lui. Le roi, instruit de sa désobéissance, le fit arrêter, et le condamna à avoir la tête tranchée; ce qui fut aussitôt exécuté.
SEMELAS, enthousiaste de la ville de Nelièlele, voulut se mêler de composer des Prophéties, et envoya à Sophonias, fils de Maasias, un livre de prétendues révélations, où il disoit que Dieu ordonnoit à Sophonias de prendre soin du peuple qui restoit à Jérusalem. Le prophète Jérémie avertit, de la part de Dieu, Sophonias de ne pas croire ce fourbe, qui en seroit puni par une captivité éternelle, pour lui et pour sa postérité... Il ne faut pas le confondre avec le prophète SEMELAS, qui vivoit sous Roboam roi de Juda, et qui défendit à ce prince, de la part du Seigneur, de faire la guerre aux tribus révoltées... Il y a un troisième SEMELAS dit Noadias, qui se laissa corrompre par les présens du gouverneur de Samarie, pour susciter des obstacles au saint homme Néhémie qui vouloit rébâtir Jérusalem. Ce fourbe avare supposa des révélations, arme employée dans tous les temps pour en imposer à la multitude; mais sa tentative n'eut pas plus de succès que celle du premier Semeias.
SEMELÉ, (Mythol.) fille de Cadmus roi de Thèbes, Voyez BACCHUS, et BEROÉ.
SEMELIER, (Jean-Laurent le) prêtre de la Doctrine Chrétienne, né à Paris d'une bonne famille, enseigna la théologie dans son Ordre, avec un succès distingué. Ses talens lui méritèrent la place d'assistant du général. Il mourut à Paris, le 2 juin 1725, à 65 ans. On a de lui: I. D'excel- lentes Conférences sur le Mariage: l'édition la plus estimée est celle de Paris, en 1715, 5 vol. in-12., parce que cette édition fut revue et corrigée par plusieurs docteurs de la maison de Sorbonne. II. Des Conférences sur l'Usure et sur la Restitution, dont la meilleure édition est celle de 1724, en 4 vol. in-12. III. Des Conférences sur les Péchés, 3 vol. in-12. Ce livre est rare. Le Père Semelier s'étoit proposé de donner de semblables conférences sur tous les traités de la morale chrétienne; mais la mort l'empêcha d'exécuter un si louable dessein. On a cependant trouvé dans ses papiers, de quoi former 10 vol. in-12, qui ont été publiés en 1755 et 1759, et qui ont soutenu la réputation de ce savant et pieux Doctrinaire. Il y en a 6 sur la Morale, et 4 sur le Décalogue.
SÉMIRAMIS, reine des Assyriens, née à Ascalon, ville de Syrie, épousa un des principaux officiers de Ninus. Ce prince, entraîné par une forte passion, que le courage de cette femme et ses autres grandes qualités lui avoient inspirée, l'épousa après la mort de son mari. Le roi laissa, en mourant, vers l'an 2164 avant J. C., les rênes de l'empire à Sémiramis, qui gouverna comme un grand homme. Elle fit construire Babylone, ville superbe dont on a beaucoup vanté les murailles, les quais, et le pont construit sur l'Euphrate, qui traversoit la ville du nord au midi. Le lac, les digues et les canaux faits pour la décharge du fleuve, avoient encore plus d'utilité que de magnificence. On a aussi admiré les palais de la reine, et la hardiesse avec laquelle on y avoit suspendu des jardins; mais ce qu'il y avoit de plus remarquable, étoit le Temple de *Belus*, au milieu duquel s'élevoit un édifice immense, qui consistoit en huit tours bâties l'une sur l'autre. *Sémiramis*, ayant embelli Babylone, parcourut son empire, et laissa par-tout des marques de sa magnificence. Elle s'appliqua sur-tout à faire conduire de l'eau dans les lieux qui en manquoient, et à construire de grandes routes. Elle fit aussi plusieurs conquêtes dans l'Éthiopie. Sa dernière expédition fut dans les Indes, où son armée fut mise en déroute. Cette reine avoit un fils de *Ninus*, nommé *Ninias*. Avertie qu'il conspiroit contre sa vie, elle abdiqua volontairement l'empire en sa faveur, l'an 2108 avant J. C.; se rappelant alors un Oracle de *Jupiter Ammon*, qui lui avoit prédit « que sa fin seroit prochaine, lorsque son fils lui dresseroit des embûches. » Quelques auteurs rapportent qu'elle se déroba à la vue des hommes, dans l'espérance de jouir des honneurs divins; d'autres attribuent, avec plus de vraisemblance, sa mort à *Ninias*. Cette grande reine fut honorée après sa mort par les Assyriens, comme une divinité, sous la forme d'une colombe. *Sémiramis* a été la source de beaucoup de fables qui ne méritent point d'être rapportées. Le déguisement de cette princesse, rapporté par *Justin*, en est une ridicule. En effet, il n'est nullement vraisemblable que *Sémiramis*, qui devoit être d'un certain âge, eût voulu se faire passer pour *Ninias* son fils, qui étoit encore un enfant. Plusieurs auteurs peignent cette princesse comme une femme abandonnée à toutes sortes de débauches; mais quelques-uns en même temps la justifient sur l'amour illicite qu'elle avoit, dit-on, pour son fils. *Photius* nous apprend qu'on a eu tort d'attribuer à *Sémiramis*, épouse de *Ninus*, ce que les écrivains rapportent d'*Atosa* fille de *Bélochus*. Éprise d'amour pour son fils qu'elle ne connoissoit pas, elle eut d'abord quelque intrigue secrète avec lui; mais lorsqu'elle l'eut connu, elle le prit pour son mari. C'est depuis ce temps-là que les Mèdes et les Perses permirent ces mariages, qu'ils avoient regardés jusqu'alors avec horreur.
SENAC, (Jean) né dans le diocèse de Lombe, mort à Paris le 20 décembre 1770, avec les titres de premier médecin du roi, de conseiller-d'état, et de surintendant-général des eaux minérales du royaume, mérita ces places par des talens distingués et par des ouvrages utiles. Les principaux sont: I. La traduction de l'*Anatomie d'Heister*, avec des *Essais de Physique sur l'usage des parties du corps humain*, Paris, 1735, in-8°, avec fig.: 1753, 3 vol. in-12, avec fig. Les réflexions de *Senac* rendent cet ouvrage très-intéressant. II. *Traité des causes, des accidents et de la cure de la Peste*, 1744, in-4°. III. *Traité de la structure du Cœur*, 1748, 2 vol. in-4°, réimprimé en 1777 et 1783, avec des additions et des corrections de l'auteur, publiées par M. Portal. C'est le chef-d'œuvre de cet habile médecin. Il employa 20 ans à ce travail, le plus vaste et le plus pénible. (L'ovez LOUVER.) IV. *De recondita Febrium natura et curatione*, 1759, in-8°, plein de connoissances profondes et utiles. M. *Tissot*, dans une Lettre à *Zimmermann*, assure que ce traité est réellement de Senac: ce que d'autres révoquent en doute. V. *Réflexions sur les Noyés*, dans les Mémoires de l'Académie, 1725. Il y combat beaucoup de préjugés populaires. VI. *Discours touchant l'opération de la taille*, 1727, in-12. VII. *Mémoire sur le Diaphragme*. — C'est faire injure à la mémoire de ce médecin que de lui attribuer le *Nouveau Cours de Chimie suivant les principes de Newton et de Stalh*, 1787, 2 vol. in-12. Cette production informe a été tirée par quelques étudiants mal-adroits et qui ne consultoient qu'un intérêt sordide, des leçons de MM. Geoffroy et Boulduc. Senac avoit tout ce qu'il faut pour plaire à la cour et dans le grand monde.
SÉNALLIE, (Jean-Baptiste) musicien François, mort à Paris en 1730, âgé de 42 ans, étoit recommandable par la précision et l'art avec lequel il jouoit du violon. La cour de Modène, où il s'étoit rendu, applaudit à ses talens, et sur-tout à ses *Sonates*. En effet, il y avoit mis un mélange agréable du chant noble et naturel de la musique françoise, avec les saillies et l'harmonie savante de la musique italienne. Nous en avons cinq livres pour le violon.
LSENAULT, (Jean-François) né à Anvers (*Fromentière* dit à Douay, dans l'oraison funèbre qu'il fit de *Senault*) en 1599, d'un secrétaire du roi, Ligueur furieux, montra dès son enfance autant de douceur que son père avoit fait éclater de frénésie. Le cardinal de *Berulle*, instituteur de l'Oratoire, l'attira dans sa Congrégation naissante, comme un homme qui en seroit un jour la gloire par ses talens et par ses vertus. Après avoir professé les humanités, il se consacra à la chaire, livrée alors au phébus et au galimathias: il sut lui rendre la dignité, la noblesse qui convient à la parole divine. Ses succès en ce genre lui firent offrir des pensions et des évêchés; mais sa modestie les lui fit refuser. Ses confrères l'éluvent supérieur de St-Magloire, et il s'y conduisit avec tant de douceur et de prudence, qu'ils le mirent à leur tête en 1662. Il exerça la charge de général pendant dix années, avec applaudissement et avec l'amour de ses inférieurs, et mourut à Paris le 3 août 1672, à 71 ans. L'abbé *Fromentière*, depuis évêque d'Aire, prononça son oraison funèbre. Parmi les ouvrages qu'il a laissés, on distingue: I. Un Traité de l'*Usage des Passions*, imprimé plusieurs fois in-4°, et in-12, et traduit en anglois, en allemand, en italien et en espagnol. On trouve dans cet ouvrage plus d'élégance que de profondeur; et quoique l'auteur eût purgé la chaire des antithèses puériles et des jeux de mots recherchés, son style n'en est pas tout-à-fait exempt. II. Une *Paraphrase de Job*, in-8°, qui, en conservant toute la majesté et toute la grandeur de son original, en éclaircit toutes les difficultés. III. L'*Homme Chrétien*, in-4°, et l'*Homme Criminel*, aussi in-4°. IV. *Le Monarque*, ou les *Devoirs du Souverain*, in-12; ouvrages estimés, et qui furent bien reçus dans le temps; mais on a écrit depuis avec plus de force et de profondeur sur des sujets que *Senault* se contente quelquefois d'effleurer. V. Trois volumes in-8°, de *Panégyriques des Saints*. VI. Plusieurs *Vies des personnes illustres par leur piété*, etc. *Senault* fut pour le P. Bourdaloue, ce que Rotrou fut pour Corneille : son prédécesseur, rarement son égal.
IL SENAULT, (Louis) calligraphe renommé pour la beauté de sa plume, et dont toutes les pièces sont recherchées, dédia à Colbert des Modèles d'écriture supérieurement exécutés au burin et à la plume. Il est mort à la fin du 17e siècle.
SÉNEBIER, (Pierre) né à Arles en 1715, s'appliqua à l'a- rithmétique et aux calculs relatifs au commerce. Il a publié : I. Traité des changes et arbitrages, 1755, in-4.º II. Traité d'Arithmétique, 1771, in-4.º III. Art de tenir les livres en parties doubles, in-4.º Sénébier est mort en 1778.
SENEÇAI ou SENECÉ, (An- toine Bauderon de) né à Mâcon le 13 octobre 1643, étoit arrière- petit-fils de Brice Bauderon, sa- vant médecin, connu par une Pharmacopée. Son père, Brice Bauderon de Senecé, lieutenant- général au présidial de Mâcon, qui mérita par son zèle patriotique un brevet de conseiller-d'état, lui donna une excellente éducation. Il suivit le barreau quelque temps, moins par inclination, que par dé- térence pour ses parens. De retour dans sa patrie, il accepta un duel, qui l'obligea de se retirer à la cour du duc de Savoie. Poursuivi par- fout par son mauvais destin, il y éut une autre affaire avec les frères d'une demoiselle amoureuse de lui, qui vouloit l'épouser malgré eux. Ce nouvel incident l'obligea de passer à Madrid. Sa première affaire ayant été accommodée, il revint en France, et acheta, en 1673, la charge de premier valet-de-cham- bre de la reine Marie-Thérèse, femme de Louis XIV. A la mort de cette princesse, arrivée en 1683, la duchesse d'Angoulême le reçut chez elle, avec toute sa famille qui étoit nombreuse. Cette princesse étant morte en 1713, Seneçai re- tourna dans sa patrie, où il mou- rut le 1er janvier 1737, dans sa 94e année. La littérature, l'histoire, les Muses françoises et latines, étoient l'objet de ses plaisirs. Il ne ne négligea pourtant pas la société, et il y plut autant par son carac- tère que par son esprit. Il conserva, jusqu'à la fin de sa vie, un esprit sain et animé de cette gaieté et de cette joie innocente, qu'il appeloit avec raison le baume de la vie. Les Poésies que nous avons de cet auteur, le mettent au rang des fa- voris d'Apollon. Sa versification est cependant quelquefois un peu négligée; mais les graces piquantes de sa poésie dédommagent bien le lecteur de ce défaut. Il a fait des Epigrammes, 1727, in-12; des Nouvelles en vers, des Satires, 1695, in-12, etc. Son Conte du Kaimac est d'un style plaisant et singulier; il se trouve dans l'Elite des Poésies fugitives, ainsi que la Manière de filer le parfait Amour, autre Conte estimé. On distingue aussi le poème intitulé : les Tra- vaux d'Apollon, ouvrage original, et dont le poète Rousseau faisoit grand cas... Voyez LULLI.
SENECHAL, (Sébastien-Hya- cinthe le) marquis de Kercado, de la maison des seigneurs de Molac en Bretagne, (Voyez MOLAC.) porta les armes dès sa jeunesse. Il donna en diverses oc- casions des marques si signalées de courage et de capacité, qu'il fut envoyé, dès l'âge de 27 ans, n'étant encore que brigadier des Armées du roi, pour commander en chef dans le royaume de Naples, en 1704 et en 1705. Il y fut chargé de plusieurs affaires importantes, également politiques et militaires, dont il se tiré avec honneur. Elevé au grade de maréchal-de-camp, il vint au siège de Turin en 1706, et y fut tué d'un éclat de bombe à l'âge de 30 ans, dans le temps qu'il donnait les plus grandes espérances. I. SÉNÈQUE, ( *Lucius An- næus SENECA* ) orateur, né à Cordoue en Espagne, vers l'an 6 avant J. C., dont il nous reste des *Declamations*, que l'on a fausse- ment attribuées à Sénèque le phi- losophe son fils. Sénèque l'orateur épousa *Helvia*, illustre dame Es- pagnole, dont il eut trois fils : Sénèque le philosophe, *Annæus Novatus*, et *Annæus Nela*, père du poète *Lucain*... Les défauts du style de Sénèque l'orateur, sont les mêmes que ceux de Sénèque le philosophe : ainsi voyez l'article suivant.
II. SÉNÈQUE, le Philosophe, ( *Lucius Annæus SENECA* ) fils du précédent, naquit à Cordoue, vers l'an 6 avant J. C. Il fut for- mé à l'éloquence par son père, par *Hygin*, par *Cestius* et par *Asinius Gallus*; et à la philoso- phie, par *Socion* d'Alexandrie, et par *Photin*, célèbres stoïciens. Après avoir pratiqué pendant quelque temps les abstinences de la secte Pythagoricienne ( c'est-à- dire, s'être privé dans ses repas de tout ce qui a vie ), il se livra au barreau. Ses plaidoyers furent admirés ; mais la crainte d'exciter la jalousie de *Caligula*, qui aspi- roit aussi à la gloire de l'éloquence, l'obligea de quitter une carrière si brillante et si dangereuse sous un prince bassement envieux. Il bri- gua alors les charges publiques, et obtint celle de questeur. On croyoit qu'il monteroit plus haut, lorsqu'on lui imputa un commerce illicite avec *Julie Liville*, veuve de *Vinicius*, l'un de ses bienfaiteurs. Cette accusation, qui pouvoit être injuste, ayant été accréditée par ses ennemis, il fut relégué dans l'île de Corse. C'est là qu'il écrivit ses *Livres de Consolation*, qu'il adressa à sa mère *Helvia*. C'étoit une femme en qui l'esprit ornoit la vertu. Son fils lui tint, dans cet ouvrage, le langage le plus fort et le plus sublime : tout le faste de la philosophie stoïcienne y est étalé. « On pourroit penser ( dit *Crevier* ) qu'il en dit trop pour être cru ; mais au moins est- il certain, que s'il eût été abattu par son infortune, il n'auroit pas eu la liberté d'esprit nécessaire pour composer un écrit fortement pensé, et d'une assez juste éten- due. » Cependant la longueur de son exil l'ennuya, et sa fierté stoïque se démentit vers la troi- sième année de son séjour dans l'île de Corse. « Nous avons ( dit *Crevier*, tom. III ) de lui une pièce de cette date, qui ne fait guère d'honneur à la philosophie. *Polybe*, affranchi de *Claude*, et son homme de lettres, avoit perdu un frère. *Sénèque* composa, à ce su- jet, un discours dans lequel il flatte bassement ce misérable valet, dont l'insolence alloit jusqu'à se prome- ner souvent en public entre les deux consuls. On s'étonnera moins qu'il comble des plus magnifiques éloges l'imbécille empereur, pour qui ce- pendant il n'avoit que du mépris. Mais ce qui est le plus inexcu- sable, c'est qu'il demande son rap- pel, à quelque condition que ce puisse être, consentant de laisser un nuage sur son innocence, pour- vu qu'on le délivre de l'exil. Après s'être loué de la clémence de Claude, qui, dit-il, ne m'a pas renversé, mais au contraire sou- tenu par sa main bienfaisante et divine, contre le choc de la for- tune; qui a prié pour moi le Sé- nat, et ne s'est pas contenté de me donner ma grace, mais a voulu la demander; il ajoute: C'est à lui de décider quelle idée il veut que l'on prenne de ma cause. Ou sa justice la reconnoîtra bonne, ou par sa clémence il la rendra favorable. Ce sera pour moi un égal bienfait, soit qu'il me trouve innocent, soit qu'il me traite comme tel; et en finissant, il témoigne adorer le foudre dont il a été justement frappé. C'étoit descendre bien bas; et cet écrit si lâche est vraisemblablement ce- lui dont Dion assure que l'auteur eut tant de honte dans la suite, qu'il tâcha de le supprimer. Pour comble de malheur, toute cette lâcheté fut inutile. Sénèque de- meura encore cinq ans dans son exil, et sans la révolution arrivée à la cour par la chute de Messa- line, il couroit le risque d'y pas- ser toute sa vie. Mais lorsqu'Agrip- pine eut épousé l'empereur Claude, elle rappela Sénèque, pour lui don- ner la conduite de son fils Néron, qu'elle vouloit élever à l'empire. Tant que ce jeune prince suivit les instructions et les conseils de son précepteur, il fut l'amour de Rome; mais Poppée et Tigellin s'étant rendus maîtres de son es- prit, Néron devint la honte du genre humain. La vertu de Sénèque lui parut être une censure conti- nuelle de ses vices; il ordonna à l'un de ses affranchis, nommé Cléonice, de l'empoisonner. Ce malheureux n'ayant pu exécuter son crime, par la défiance de Sé- nèque, qui ne vivoit que de fruits et ne buvoit que de l'eau, Néron l'enveloppa dans la conjuration de Pison. Sénèque étoit soupçonné, et n'étoit pourtant pas convaincu d'y avoir eu part. Il n'avoit été nommé que par Natalis, l'un des principaux conjurés, qui même ne le chargeoit pas beaucoup. Il disoit qu'il avoit été envoyé par Pison à Sénèque, pour lui faire des reproches de ce qu'ils ne se voyoient point; et que Sénèque avoit répondu, « qu'il ne conve- noit aux intérêts ni de l'un ni de l'autre, qu'ils entretissent com- merce ensemble; mais que sa sû- reté dépendoit de la vie de Pison. » Granius Silvanius, tribun d'une cohorte Prétorienne, fut chargé de faire informer Sénèque de cette déposition de Natalis, et de lui demander s'il reconnoissoit qu'elle contint la vérité. Sénèque, soit par hasard, soit à dessein, étoit re- venu ce jour-là même de Campa- nie, et il s'étoit arrêté dans une maison de plaisance qu'il avoit à quatre lieues de Rome. Le tribun y arriva sur le soir, et posta des gardes tout autour de la maison. Il trouva Sénèque à table avec sa femme Pauline et deux amis, et lui exposa les ordres de l'empé- reur. Sénèque répondit, que « le message de Natalis étoit vrai; mais que pour lui, il s'étoit excusé uniquement sur sa mauvaise santé et sur son amour pour la tranquil- lité et le repos: qu'il n'avoit point de raison de faire dépendre sa sû- reté de la vie d'un particulier; et que d'ailleurs son caractère ne le portoit pas à la flatterie; que per- sonne ne le savoit mieux que Néron, qui avoit éprouvé de sa part plus de traits de liberté que de servitude. » Le tribun revint avec cette réponse, qu'il rendit à Néron, en présence de Poppée et de Tigellin, conseil intime du prince, lorsqu'il étoit dans ses fureurs. Néron demanda à Granius si Sénèque faisoit les apprêts de sa mort? « Il n'a donné aucun signe de frayeur, répondit l'officier; je n'ai rien vu de triste ni dans ses paroles, ni sur son visage. — Retournez donc, dit l'empereur, et signifiez-lui l'ordre de mourir. » Le Philosophe se voyant condamné à perdre la vie, parut recevoir avec joie l'arrêt de sa mort, dont l'exécution fut à son choix. Il demanda le pouvoir de disposer des biens immenses qu'il avoit amassés en prêchant le mépris des richesses; mais on le lui refusa. Alors il dit à ses amis, que puisqu'il n'étoit pas en sa puissance de leur faire part de ce qu'il croyoit posséder, il laissoit au moins sa vie pour modèle, et qu'en l'imitant exactement, ils acquerroient parmi les gens de bien une gloire immortelle. Comme il les voyait verser des larmes, il tâcha de les rappeler à des sentimens de fermeté, soit par des représentations douces, soit même par des reproches. « Où sont, leur disoit-il, les maximes de sagesse que vous avez étudiées? Quand donc ferez-vous usage des réflexions par lesquelles vous avez travaillé à vous munir contre les coups du sort? Ignoriez-vous la cruauté de Néron? Après avoir tué sa mère et son frère, il ne lui restoit plus que d'ajouter la mort violente de celui qui a instruit et élevé son enfance. » Pauline, son épouse chérie, répandoit des larmes; Sénèque tâcha de calmer sa douleur. « Ne passez pas vos jours, lui dit-il, dans une affliction éternelle. Occupez-vous sans cesse de la vie vertueuse que j'ai toujours menée. C'est une consolation bien digne d'une belle âme, et qui doit adoucir en vous le regret de la perte d'un époux. » Pauline répondit qu'elle étoit résolue de mourir avec lui, et elle demanda à l'officier qui étoit présent, de l'aider à exécuter ce dessein. Sénèque regardoit la mort volontaire comme un sacrifice héroïque. D'ailleurs, il craignoit de laisser une personne si chère, exposée après lui à mille traitements rigoureux. Il consentit donc au désir de Pauline. « Je vous avois montré, lui dit-il, ce qui pouvoit adoucir pour vous les amérumes de la vie. Vous préférez la gloire de la mort, je ne vous envierai pas l'honneur d'un si bel exemple. Nous mourrons peut-être avec la même constance; mais la gloire est plus pleine et plus nette de votre côté. » Ainsi, ils se firent en même temps ouvrir les veines des bras; mais Néron qui aimoit Pauline, ordonna qu'on lui conservât la vie. Les abstinences continuelles de Sénèque l'avoient si fort exténué, qu'il ne coula point de sang de ses veines ouvertes. Il eut recours à un bain chaud, dont la fumée, mêlée à celle de quelques liqueurs, l'étouffa. Il parla beaucoup, et très-sensément, en attendant la mort; et ce qu'il dit fut recueilli par ses secrétaires, et publié depuis par ses amis. Cette triste scène se passa l'an 65 de J. C., et la 12e année de Néron. Tacite, plus équitable ou mieux instruit que Dion et Xyphilin, lui a donné un beau caractère; mais si le portrait qu'en font les deux autres historiens, étoit d'après nature, on devroit avouer que Sénèque ayant vécu d'une manière très-opposée à ses écrits et à ses maximes, sa mort pourroit être. regardée par les adorateurs de la Providence, comme une punition de son hypocrisie. On ne peut nier que sa conduite n'ait quelquefois démenti ses principes, et que dans le mépris des richesses, sa sagesse n'ait été plus dans ses discours que dans ses actions. Il avoit d'ailleurs une vanité et une présomption ridicules dans un philosophe, quoiqu'il prit souvent un ton modeste. Quant à l'auteur, il possédoit toutes les qualités nécessaires pour briller. A une grande délicatesse de sentimens il unissoit beaucoup d'étendue dans l'esprit; mais l'envie de donner le ton à son siècle, le jeta dans des nouveautés qui corrompirent le goût. Il substitua à la simplicité noble des anciens, le fard et la parue de la cour de Néron; un style sententieux, semé de pointes et d'antithèses; des peintures brillantes, mais trop chargées; des expressions neuves, des tours ingénieux, mais peu naturels. Enfin il ne se contenta pas de plaire, il voulut éblouir, et il y réussit. Ses ouvrages peuvent être lus avec fruit par ceux qui auront le goût formé. Ils y trouveront toutes les leçons utiles de morale, qu'on trouve éparses dans les écrits des anciens. Ses idées sont rendues ordinairement avec vivacité et avec finesse. Mais pour profiter de ce qu'il a de bon, il faut savoir discerner l'agréable d'avec le forcé, le vrai d'avec le faux, le solide d'avec le puéril, et les pensées véritablement dignes d'admiration, d'avec les simples jeux de mots. Je ne sais comment des gens d'un goût faux, ont osé comparer le style de Tacite à celui de Sénèque. Tacite fait un usage modéré des ornemens dont Sénèque abusa. Le premier offre toujours à l'esprit des pensées nouvelles; le second tourne sans cesse autour de la même idée. Les antithèses de Tacite ont toujours une base solide; la subtilité de Sénèque ne s'exerce souvent que sur des mots. Chez Tacite, l'esprit ne sert qu'à orner le sentiment et la raison, et chez Sénèque il en tient lieu. Un des défauts de Sénèque, qu'on n'a pas assez remarqué, c'est qu'il manque de précision. « Un écrivain, dit l'abbé Trublet, peut être concis, et néanmoins diffus; tel est, entr'autres, Sénèque. On est concis, lorsque, pour exprimer chaque pensée, on n'emploie que le moins de termes qu'il est possible. On est diffus, lorsqu'on emploie trop de pensées particulières, pour exposer et développer sa principale pensée; lorsqu'à cette idée principale on joint trop d'idées accessoires peu importantes; enfin, lorsque non content d'avoir dit une fois une chose, on la répète plusieurs fois en d'autres termes et avec des tours différens. Or, tel est Sénèque. C'est ce qui a fait dire qu'il est très-beau entre deux points. » La première édition de ses ouvrages est celle de Naples, 1475, in-fol. Les meilleures sont celles d'Elzevir, 1649, 3 vol. in-12; et d'Amsterdam, 1672, en 3 vol. in-8°, avec les Notes des interprètes connus sous le nom de Variorum. Les principaux ouvrages de ce Recueil sont: I. De Ira. II. De Consolatione. III. De Providentia. IV. De Tranquillitate animi V. De Constantia Sapientis. VI. De Clementia. VII. De Brevitate vitæ. VIII. De Vita beata. IX. De Otis Sapientis. X. De Beneficiis. XI. Un grand nombre de Lettres morales. XII. Natura- Un questionum Libri septem. Ces sept livres renferment une physique assez étendue, et qu'une foule de traits historiques rendent agréable. « Suivant la doctrine des Stoïciens, Sénèque croyoit que Dieu est l'ame du monde, et que cette ame, également répandue, agite et vivifie tout l'univers. Il suit de-là, disoit-il; que chaque élément a une vie qui lui est propre; que l'air se meut de lui- même, et que tantôt il se dilate; tantôt il se resserre; que l'eau se nourrit à sa manière et en s'im- bibant de toutes les vapeurs; que le feu, qui dévore et consume les choses les plus dures, produit ce- pendant une infinité de plantes et d'animaux. Ainsi la matière agit par elle-même, et le mouvement lui est essentiel... Sénèque admet un air souterrain, ma avec rapi- dité, et différant selon les canaux par où il passe, qu'il appelle l'ame du monde. Il lui attribue tout le jeu et tout le mécanisme de la nature: les tremblements de terre; les volcans qui jettent une pluie de soufre, les couleurs de l'arc-en- ciel, les parhélies, les cercles lumi- neux qui paroissent autour du so- leil, mille autres phénomènes en- core plus rares et plus difficiles à expliquer. Enfin, Sénèque a sans cesse recours à cet air agité qui circule dans tout l'intérieur de la terre, et qui est capable, en se resserrant, de résister aux corps les plus durs, et même de les soutenir. » (Deslandes, Hist. de la Philos. tom. III.) Plusieurs des raisonnemens de Sénèque sont faux, d'autres ne sont que spé- ciaux. Mais ce qu'il ajoute à son sujet, vaut souvent plus que le sujet même. On voit qu'il étoit plein d'anecdotes sur l'histoire des hommes et sur celle de la na- ture, et il les place à propos. Matherbe et du Eyer ont traduit en françois ses différens ou- vrages, 1659, in-fol. et en plu- sieurs vol. in-12. D'autres écri- vains se sont exercés sur cet au- teur; mais la seule traduction complète qu'on estime, à quelques inexactitudes près, est celle de la Grange. Paris, 1777, 6 vol. in- 12, publiée après la mort du Tra- ducteur, par M. Naigeon, son ami. Diderot y a ajouté un 7° vol. intitulé: Essai sur la Vie de Sé- nèque, qui est, non une his- toire exactement fidèle, mais un plaidoyer éloquent pour ce Phi- losophe, et un tableau animé des règnes de Claude et de Néron. On a donné une nouvelle édition de cet Essai, en 2 vol. in-8° et in-12. (Voy. Poinçol.) Diderot y paroît mécontent du jugement que nous avons porté sur Sé- nèque. Nous ne lui répondrons que par ces mots de d'Alembert, son ami: « On voit par la fin du récit de la mort d'Agrippine, et malgré les éloges que Tacite donne ailleurs à Burrhus et à Sénèque, que ces deux hommes, et sur-tout le Philosophe, n'étoient pas d'aussi honnêtes gens qu'on le croit communément: funeste exemple des écueils que la vertu et la philosophie trouvent à la Cour. » (Mélanges, tom. III. Notes sur Tacite, pag. 25.) Quelques savans aussi enthousiastes que Diderot, ont été si touchés de la belle morale de Sénèque, qu'ils ont prétendu qu'il étoit Chrétien dans le cœur. Ils se sont appuyés sur quelques lettres de Sénèque à St. Paul, et de St. Paul à Sé- nèque, mais des critiques judicieux en ont prouvé la supposition. Le style n'en est pas latin, dit la Beauvielle; les pensées en sont foibles. *St. Paul* écrit en philosophe, et *Sénèque* en apôtre. Il est bien vrai que *Sénèque* pouvoit avoir entendu parler de *St. Paul*. Cet Apôtre avoit été long-temps en Achaïe, dont *Gallion*, frère de *Sénèque*, étoit proconsul. *Gallion* l'instruisit vraisemblablement de la doctrine prêchée par l'Apôtre des nations. Mais que *Sénèque* l'ait connu personnellement, qu'il lui ait parlé, qu'il lui ait écrit, c'est ce qu'on ne sauroit prouver. Nous avons, sous le nom de *Sénèque*, plusieurs *Tragédies* latines qui ne sont pas toutes de lui; on lui attribue *Médée*, *Œdipe*, la *Troade* et *Hippolyte*. On y trouve des pensées males et hardies, des sentimens pieins de grandeur, des maximes de politique très-utiles; mais l'auteur est guiné: il se jette dans la déclamation, et ne parle jamais comme la nature. Les meilleures éditions de ces *Tragédies* sont: celle d'Amsterdam, 1662, in-8°, *cum notis Variorum*, de Leyde, 1707, in-8°; et celle de Delft, 1728, en 2 vol. in-4°. L'infatigable abbé de *Marolles* les a maussadement traduites en françois. On a *Seneca Sententiæ*, *cum notis Variorum*, Leyde, 1708, in-8°, qui ont été traduites en partie dans les *Pensées* de *Sénèque*, par la *Beaumelle*, 2 vol. in-12.
SENESINO, (N...) l'un des plus célèbres musiciens italiens de ce siècle, passa en Angleterre, à peu près dans le même temps que *Farinelli*. Ils étoient engagés à deux différens théâtres. Chantant les mêmes jours, ils n'avoient pas l'occasion de s'entendre mutuellement. Cependant, par un hasard heureux, ils se trouvèrent un jour réunis. *Senesino* avoit à représenter un tyran furieux; *Fa-* *Farinelli*, un héros malheureux et dans les fers. Mais pendant son premier air, *Farinelli* amollit si bien le cœur endurci de ce tyran farouche, que *Senesino* oubliant le caractère de son rôle, courut dans les bras de son rival, et l'embrassa de tout son cœur. Ce qui caractérisoit particulièrement *Senesino*, étoit l'élévation et la force.
SENETERRE, *Voyez FERTÉ*, et SAINT-NECTAIRE.
SENGUERD, (Arnold) philosophe Hollandois, natif d'Amsterdam, fut professeur de philosophie à Utrecht, puis à Amsterdam où il mourut en 1667, à 56 ans. On a de lui divers ouvrages sur toutes les parties de la philosophie. *Wolferd* SENGUERD, son fils, professeur de la même science à Leyde, est aussi auteur de plusieurs ouvrages philosophiques.
SENKENBERG, (Henri-Chrétien, baron de) naquit à Francfort-sur-le-Mein, le 19 octobre 1704, professa long-temps le droit dans l'université de Gottingue, et fut chargé par l'empereur François I de plusieurs missions honorables. Il fut député par lui en 1764, à Francfort, pour assister au couronnement de Joseph II. Il a publié plusieurs écrits, parmi lesquels on distingue I. *Voyage* en Alsace, in-8°. II. Une *Dissertation* latine sur l'établissement des Monts-de-piété. III. Une *Méthode* de jurisprudence. IV. Un *Traité* des droits féodaux en Allemagne. V. Une *Introduction* à l'étude du droit. VI. Un *Traité* sur les restitutions en entier. Tous ces ouvrages sont en latin. *Sensenberg* est mort le 31 mai 1768.
SENNACHERID,
SENNACHERIB, fils de *Solmanasar*, succéda à son père dans le royaume d'Assyrie, l'an 714 avant J. C. *Ezéchias*, qui régnait alors sur Juda, ayant refusé de payer à ce prince le tribut auquel *Teglatphalassar* avoit soumis *Achaz*, *Sennacherib* entra sur le territoire de Juda avec une armée formidable. Il prit les plus fortes places de Juda qu'il ruina, et dont il passa les habitans au fil de l'épée. *Ezéchias* se renferma dans sa capitale, où il se prépara à faire une bonne défense. Cependant il envoya faire des offres de paix à *Sennacherib*, qui exigea de lui 300 talens d'argent et 30 talens d'or, qu'*Ezéchias* lui fit toucher bientôt après; mais l'Assyrie rompent tout à coup le traité, continua les hostilités, et voulant profiter de la consternation où ce nouveau malheur jetteroit *Ezéchias* et les habitans de Jérusalem, il leur envoya trois de ses principaux officiers, pour les sommer de se rendre. Ils revinrent rendre compte de leur commission à *Sennacherib*, qui avoit quitté le siège de Lachis, pour faire celui de Lebna. *Sennacherib* ayant alors appris que *Tharaca*, roi d'Ethiopie, venoit au secours des Juifs, et s'avançoit pour le combattre, leva le siège de Lebna, alla au-devant de lui, tailla son armée en pièces, et entra comme vainqueur jusqu'en Egypte, où il ne trouva aucune résistance. Il revint ensuite en Judée, mit le siège devant Jérusalem; mais la nuit même qui suivit le jour de son arrivée, un Ange exterminateur, envoyé de Dieu, tua 185000 hommes, qui faisoient presque toute son armée; *Sennacherib* après ce carnage, s'enfuit dans ses états, et fut tué à Ninive, dans un temple, par ses deux fils aînés, vers l'an 710 avant J. C. *Assarhaddon*, le plus jeune de ses enfans, monta sur le trône après lui.
SENNE, (La) *Voy. LASCENE*.
SENNERT, (Daniel) né l'an 1572, à Breslaw, d'un cordonnier, devint docteur et professeur en médecine à Wittemberg. La manière nouvelle dont il enseignoit et pratiquoit son art, lui fit un nom célèbre; mais sa passion pour la chimie, jointe à la liberté avec laquelle il réfutoit les anciens, et à la singularité de ses opinions, lui suscita beaucoup d'ennemis. On a de lui un grand nombre d'ouvrages, imprimés à Venise en 1640, en 3 vol. in-fol., et réimprimés en 1676 à Lyon, en 6 vol. in-fol. On y remarque beaucoup d'ordre et de solidité: il suit en tout la théorie Galénique. Il ne faut pas y chercher les lumières qu'on a acquises depuis; mais les principes fondamentaux de la médecine y sont savamment établis, les maladies et leurs différences exactement décrites, et les indications pratiques très-bien déduites. Ses ouvrages sont une bibliothèque complète de médecine, et ils valent infiniment mieux que beaucoup de livres modernes fort vantés. Cet habile médecin mourut de la peste, le 21 juillet 1637, à 65 ans... *André SENNERT* son fils, mort à Wittemberg le 22 décembre 1689, à 84 ans, après y avoir enseigné les langues orientales avec succès, pendant 51 ans, soutint dignement la réputation de son père. On a de lui beaucoup de gros livres sur la langue hébraïque.
SENSARIC, (Jean-Bernard) Bénédictin de la Congrégation de Saint-Maur, prédicateur du roi, né à la Réole, diocèse de Bazas, en 1710, mort le 10 avril 1756, se distingua autant par ses talens que par les vertus qui forment le religieux et le chrétien. On a de lui : I. Des Sermons, 1771, en 4 vol. in-12. Des vues neuves dans le choix des sujets, une sage économie dans les plans, une composition soignée, un style abondant : telles sont les qualités de l'éloquence de Dom Sensaric, à qui l'on pourroit désirer plus de nerf, de force et de profondeur. II. L'Art de peindre à l'esprit ; ouvrage dans lequel les préceptes sont confirmés par les exemples tirés des meilleurs orateurs et poètes François, en 3 vol. in-8°, Paris, 1758. Le choix de cette compilation, qu'on peut regarder comme une espèce de Rhétorique, est en général assez bon ; mais peut-être seroit-il à souhaiter qu'une critique plus sévère eût retranché un assez grand nombre d'exemples, qui ne servent qu'à grossir ce recueil, sans le rendre plus estimable. On ne doit pas être tenté d'acheter des tableaux médiocres, lorsqu'on est à portée d'avoir les chefs-d'œuvre de Raphaël.
SENTA est la même que Fauna. [Voyez ce dernier mot.]
SENTIUS, (Caius) parvint au consulat sous le règne d'Auguste, l'an de Rome 755. Il est connu par la loi Ælia Sentia, qu'il fit adopter. Cette loi interdisoit le commerce, le mariage et le droit de tester aux affranchis qui, pendant leur esclavage, avoient été marqués au front pour avoir fui, ou mis aux fers pour quel- que délit. D'après l'une de ses dispositions, un esclave ne pouvoit être mis en liberté avant l'âge de trente ans, et un maître ne pouvoit la lui donner, avant qu'il en eût lui-même vingt, à moins qu'il n'y eût une raison valable et prouvée devant les magistrats. Elle vouloit qu'un patron qui négligeoit de nourrir son affranchi tombé dans l'indigence, fût déchu des droits qu'il s'étoit réservés sur sa personne ou son héritage. « En frappant les maîtres barbares, elle punissoit aussi les affranchis ingrats, et les condamnoit aux carrières. Cette loi, très-respectée pendant long-temps, fut abrogée par Justinien. »
SEPHER, (Pierre-Jacques) docteur de Sorbonne, né à Paris, et mort dans cette ville le 12 octobre 1781, a traduit du latin et de l'allemand plusieurs ouvrages, tels que la Vie de St. Charles Borromée, par Godeau, 1747, 2 vol. in-12; Histoire des anciennes révolutions du globe terrestre, par Sellius, 1752, in-12; Histoire du Prince d'Orange, par Amelot de la Housaie, 1754, 2 vol. in-12; Histoires élifiantes, par Duché, 1756, in-12; et les Mémoires sur la vie de Piérac, avec ses Lettres et ses Quatrains, par Lépine de Grainville, 1758, in-12. Ces diverses traductions sont accompagnées de notes et de remarques du traducteur. Il a publié lui-même le Joli Becueil, 2 vol. in-12; les trois Imposteurs, ou les fausses Conspirations, in-12; et il a travaillé à l'Europe Ecclésiastique.
SEPHORA, fille de Jethro, prêtre du pays de Madian. Moïse, obligé de se sauver de l'Égypte, arriva au pays de Madian, où il se reposa près d'un puits. Les filles de *Jethro* étant venues à ce puits pour y abreuver les troupeaux de leur père, des bergers les en chassèrent ; mais *Moïse* les défendit. *Jethro* l'envoyachercher, et lui donna en mariage *Sephora*, une de ses sept filles, dont il eut deux fils, *Gerson* et *Eliezer*... Voyez I. *MARIE*.
SEPTCHENES, (Le Clerc de) auteur d'un *Essai* curieux sur la *Religion des anciens Grecs*, Genève, 1787, in-8°, ne survécut pas beaucoup à son ouvrage. Il mourut le 21 mai 1789. On a encore de lui la traduction des trois premiers vol. de l'*Histoire de la décadence de l'Empire Romain*, par *Gibbon*, in-8°, 1776.
SEPTIME, *Voy*. SÉVÈRE.
SEPULVEDA, (Jean-Genès de) né à Cordoue en 1491, devint théologien et historiographe de l'empereur *Charles-Quint*. Il eut un démêlé très-vif avec *Barthelemi de Las Casas*, au sujet des cruautés que les Espagnols exerçoient contre les Indiens. *Sepulveda* les excusoit en partie. Il composa même un livre pour prouver qu'elles étoient permises par les lois divines et humaines, et par le droit de la guerre. Cet ouvrage, intitulé : de *La justice de la guerre du roi d'Espagne contre les Indiens*, souffrit des difficultés, même avant qu'il vît le jour. Les théologiens d'Alcala et de Salamanque, auxquels on en soumit l'examen, décidèrent qu'il étoit de l'intérêt de la religion chrétienne de ne point l'imprimer, parce qu'il contenoit une mauvaise doctrine. *Sepulveda*, sans égard à leur avis, envoya son livre à Rome, où il fut pu- publié. *Charles-Quint*, irrité de cette conduite, défendit la publication du livre dans tous ses états, et ordonna la suppression de tous les exemplaires. Ce fut alors que *Sepulveda* demanda d'avoir une conférence publique avec *Las Casas*. [Voyez ce mot.] Ce docteur ne céda point à l'humain évêque de Chiapas, et les cruautés des Espagnols continuèrent d'être tolérées. *Sepulveda* mourut en 1572, à Salamanque, où il étoit chanoine, dans sa 82e année. On a de lui plusieurs Traités : I. *De regno et Regis officio*. II. *De appetenda gloria*. III. *De honestate rei militaris*. IV. *De Fato et Libero-Arbitrio contra Lutherum*. V. *Des Lettres latines*, curieuses. Ces différens ouvrages ont été recueillis à Cologne en 1602, in-4° VI. Des traductions d'*Aristote*, avec des notes. On n'estime ni la version, ni les remarques.
SERAFINO d'Aquila, *Voyez* AQUILANO.
SERAPION, (Jean) médecin Arabe, vivoit entre le VIIIe et IXe siècle. Ses *Ouvrages*, imprimés à Venise, 1497, in-fol., et plusieurs fois depuis, ne traitent que des maladies internes. Ils sont recherchés.
SERAPIS, *Voy*. OSIRIS.
SERARIUS, (Nicolas) savant jésuite, né à Rambervillers en Lorraine, l'an 1555, s'appliqua à l'étude des langues savantes avec un succès peu commun. Il enseigna ensuite les humanités, la philosophie et la théologie à Wurtzbourg et à Mayenne. C'est dans cette dernière ville qu'il finit ses jours, le 20 mai 1610, à 65 ans. On a de lui un grand nombre d'ouvrages : I. *Des Commentaires sur* plusieurs Livres de la Bible, à Mayence, 1611, in-fol. II. Des *Protégomènes* estimés sur l'Écriture-sainte, Paris, 1704, in-fol. III. *Opuscula Theologica*, en 3 tomes in-fol. IV. Un *Traité* des trois plus fameuses sectes des Juifs (les *Pharisiens*, les *Saduvéens* et les *Esséniens*), en 1703. On en donna une édition à Delft, 1703, en 2 vol. in-4°, dans laquelle on a joint les Traités sur le même sujet, de *Drusius* et de *Scaliger*. V. Un savant *Traité de rebus Moguntinis*, 1722, 2 vol. in-fol. Tous ces ouvrages, recueillis en 16 vol. in-fol., décèlent un homme consommé dans l'érudition.
SERAUCOURT, (Claude) Lyonnois, acquit de la réputation par ses gravures. Il est mort au commencement du siècle passé.
SERBELLONI, (Gabriel) chevalier de Malte, grand-prieur de Hongrie, étoit d'une ancienne maison d'Italie, féconde en personnes de mérite. Après avoir donné des preuves de sa valeur au siège de Strigonie en Hongrie, il devint lieutenant-général dans l'armée de l'empereur *Charles-Quint*, en 1547, lorsque ce prince triomphe du duc de Saxe, qui étoit à la tête des Protestans d'Allemagne. Il se signala ensuite dans les guerres d'Italie. Son courage éclata sur-tout à la journée mémorable de Lépante, en 1571. On le fit vice-roi de Tunis; mais cette ville ayant été prise et son défenseur fait prisonnier, il fallut donner 36 officiers Turcs pour obtenir sa liberté. *Serbelloni* gouverna ensuite le Milanois en qualité de lieutenant-général, l'an 1576. Il avoit de grands talens pour l'architecture militaire, dont il se servit pour fortifier plusieurs places importantes. Ce héros finit sa brillante carrière en 1580.
SERENUS SAMMONICUS, (Q.) médecin du temps de l'empereur *Sévere* et de *Caracalla*, vers l'an 210 de J. C., fut précepteur de *Gordien* le fils. De divers *Traités* sur l'Histoire naturelle, qu'il avoit écrits, il ne nous est parvenu qu'un *Poème*, assez plat, de la *Médecine et des Remedies*, 1581, in-4°, et Amsterdam, 1662, in-8°. On le trouve aussi dans le Corps des Poètes latins de *Maittaire*, et dans les *Poetæ latini minores*. *Serenus* périt dans un festin par ordre de *Caracalla*. Il avoit une bibliothèque de 62000 volumes. — Il faut le distinguer de *SERENUS Antissensis*, qui a écrit sur les Sections coniques un *Traité* en 2 liv., publié par le célèbre *Halley*. [Voy. son article.]
SEREY, (N° de) est auteur d'un Poème sur la Musique et la Chasse, dont la seconde partie est une version libre des *Cervinæ venationis leges*, de *Savary*. L'ouvrage est rempli de figures et de gravures des tons et fanfares propres aux chasseurs. Il est intitulé: les dons de *Latone*. Paris, Prault, 1734, in-8°.
SERGARDI, (Louis) né à Sienne, se rendit de bonne heure à Rome, où il se fit un nom par ses talens, et où il obtint les honneurs de la prélatine. Il cultivoit avec succès la poésie latine. Les Satires qu'il publis sous le nom de *Quintus Sectanus*, sont, si l'on en croit quelques littérateurs ultramontains, dignes d'*Horace*, par le sel, l'enjouement et la force qu'il y a répandus. Mais au lieu d'attaquer les vices et les abus en général, il s'attacha à faire une guerre cruelle au fameux *Gravina*, qui, malgré son excessif amour-propre et sa causticité, étoit un homme de beaucoup de mérite. *Sergardi* mourut en 1726. I. SERGIUS-PAULUS, pro-consul et gouverneur de l'île de Chypre pour les Romains, fut converti par *S. Paul*. Ce pro-consul, homme prudent, avoit auprès de lui un magicien nommé *Barjesu*, qui s'efforçoit d'empêcher qu'on ne l'instruisit; mais *Paul* l'ayant frappé d'aveuglement, *Sergius*, étonné de ce prodige, embrassa la foi de J. C.
II. SERGIUS I, originaire d'Antioche, et né à Palerme, fut mis sur la chaire de St-Pierre après la mort de *Conon*, en 687. Son élection avoit été précédée de celle d'un nommé *Paschal*, qui se soumit de son bon gré à *Sergius*, et de celle de *Théodore*, qui le fit aussi, mais malgré lui. Il improuva les canons du concile connu sous le nom de *in Trullo* ou de *Quini - Sexte*. Cette action le brouilla avec l'empereur *Justinien le Jeune*. C'est ce pape qui ordonna que l'on chanteroit l'*Agnus Dei* à la Messe. Il mourut le 8 septembre 701, avec une réputation bien établie. Sous son pontificat, *Cerdowalla*, roi de Westsex, vint reconnoître en personne, à Rome, l'Eglise Romaine, dont la foi avoit passé en son île, et reçut le baptême des mains du pape.
III. SERGIUS II, Romain, fut pape après la mort de *Grégoire IV*, le 10 février 844, et mourut le 27 janvier 847. L'empereur *Lothaire* trouva fort mauvais qu'on l'eût ordonné sans sa participation.
IV. SERGIUS III, prêtre de l'Eglise Romaine, fut élu par une partie des Romains pour succéder au pape *Théodore*, mort l'an 898; mais le parti de *Jean IX* ayant prévalu, *Sergius* fut chassé et se tint caché pendant 7 ans. Il fut rappelé ensuite et mis à la place du pape *Christophe*, l'an 905. *Sergius* regardant comme usurpateur *Jean IX* qui lui avoit été préféré, et les trois autres qui avoient succédé à *Jean*, se déclara contre la mémoire du pape *Formose*, et approuva la procédure d'*Etienne VI*. Ce pape déshonora le trône pontifical par ses vices, et mourut comme il avoit vécu, en 911. *Luitprand*, que nous avons suivi en parlant de ce pape, est le seul qui l'accuse d'un commerce infâme avec la fameuse *Marosie*; mais il pourroit cependant avoir exagéré, car *Flodoard* fait l'éloge de son gouvernement. Il est vrai que *Patercule* loue excessivement *Tibère*, et qu'on ne peut guère compter sur le témoignage des historiens. V. SERGIUS IV, appelé *Os Porci* ou *Bucca Porci* (apparemment parce que dans sa famille il y avoit eu quelqu'un dont le menton avoit quelque ressemblance au groin d'un pourceau) succéda le 11 oct. 1009, au pape *Jean XVIII*. Il étoit alors évêque d'Albane. On le loue sur-tout de sa libéralité envers les pauvres. Il mourut l'an 1012.
VI. SERGIUS I, patriarche de Constantinople en 610, Syrien d'origine, se déclara, l'an 626, chef du parti des Monothélites; mais il le fit plus triompher par la ruse que par la force ouverte. L'erreur de ces hérétiques consistoit à ne reconnoître qu'une volonté et qu'une opération en J. C. Il persuada à l'empereur *Béraclius* que ce sentiment n'altéroit en rien la pureté de la Foi, et ce prince l'autorisa par un Edit qu'on nomma *Ecthèse*, c'est-à-dire, *Exposition de la Foi*. *Sergius* le fit recevoir dans un synode, et en imposa même au pape *Honorius* qui lui accorda son approbation. Cet homme artificieux mourut en 639, et fut anathématisé dans le vi$^{e}$ concile général, en 681... Un autre patriarche de Constantinople, nommé *SERGIUS II*, soutint dans la x$^{e}$ siècle, le schisme de *Photius* contre l'Eglise Romaine. Il mourut l'an 1019, après un gouvernement de 20 ans.
**SERINI**, (Nicolas, comte de) d'une famille hongroise, féconde en guerriers, s'est rendu célèbre par la belle défense de Sigeth assiégée par l'armée de *Soliman II*. Après une longue résistance, se voyant dépourvu de munitions de bouche, il fit une sortie avec sa garnison, qui ne consistoit plus qu'en 217 hommes, et combattit courageusement jusqu'à ce qu'il restât sur la place avec les siens, le 7 septembre 1566, trois jours avant la mort de *Soliman*, qui mourut dans son camp sans avoir la satisfaction de voir sa conquête. — *Pierre SERINI*, un de ses descendants, entra dans une conspiration contre l'empereur *Léopold*, et fut décapité dans la ville de Neustadt en Autriche, le 30 avril 1671. *Voyez NADASTI* (François).
**SERIPAND**, (Jérôme) né à Naples en 1493, se fit religieux de l'Ordre de St-Augustin. Il devint ensuite docteur et professeur en théologie à Bologne. Son mérite lui procura les dignités d'archevêque de Salerne, de cardinal, et de légat du pape *Pie IV* au concile de Trente, où il mourut en 1563, regardé comme un prélat aussi pieux qu'éclaire. On a de lût : I. Un *Traité* latin de la *justification*. II. Des *Commentaires* latins sur les *Epitres* de *S. Paul*, et sur les *Epitres Catholiques*. III. Un *Abrégé* en latin des *Chroniques* de son Ordre. IV. Des *Sermons* en italien sur le *Symbole*. Ces différens ouvrages sont peu consultés aujourd'hui.
**SERLIO**, (Sébastien) célèbre architecte, né à Bologne, floris soit vers le milieu du xvi$^{e}$ siècle. C'étoit un homme de goût, et qui avoit bien étudié l'architecture ancienne et moderne. *François I* l'appela en France. Cet architecte embellit les maisons royales, entre autres Fontainebleau, où il mourut vers 1552, dans un âge avancé. On a de lui un livre d'*Architecture* en italien, qui est une preuve de son goût et de sa sagacité. La meilleure édition est de Venise, 1584, in-4.$^{9}$
**SERLON**, moine Bénédictin de Cerisi, né à Vaubadon près de Bayeux, passa avec *Geoffroy* son maître d'études, par le motif d'une plus grande perfection, dans la célèbre abbaye de Savigny, au diocèse d'Avranches, et en devint abbé l'an 1140. Sept ans après, s'étant rendu au chapitre général de Citeaux, il réunit entre les mains de *S. Bernard*, en présence du pape *Eugène III*, son abbaye à l'ordre de Citeaux, et la lui soumit avec tous les autres monastères qui en dépendent, tant en France qu'en Angleterre. Cet abbé, recommandable par son talent pour la parole, et encore plus par sa sagesse et sa piété, se retira dans l'abbaye de Clairvaux après avoir abdiqué, et vécut cinq ans en simple religieux. Il mourut saintement l'an 1158. On a de lui un Recueil de *Sermons* dans le Spicilège de Dom d'Achery, toine xᵉ; un écrit de Pensées morales, dans le viᵉ vol. de la Bibliothèque de Citeaux, et quelques autres ouvrages manuscrits.
SERMENT, (Louise Anastasie) de Grenoble en Dauphiné, de l'académie des Ricovrati de Padoue, surnommée la Philosophe, mourut à Paris vers l'an 1692, âgée de 50 ans. Elle s'étoit rendue célèbre par son savoir et par son goût pour les belles-lettres. Plusieurs beaux esprits, Pavillon, Corneille, et sur-tout Quinault qui lui avoit inspiré un attachement fort tendre, la consultoient sur leurs ouvrages. Elle a fait aussi quelques Poésies françoises et latines, qui ont été insérées, pour la plupart, dans le Recueil de pièces académiques, publié par Guyonnet de Vertron, sous le titre de la Nouvelle Pandore, Paris, 1698, 2 vol. in-12. Elles manquent de chaleur et de force; mais il y a du sentiment et de la philosophie. On peut en juger par ces vers faits dans ses derniers momens, et pendant qu'elle supportoit avec patience les douleurs affreuses d'un cancer. Bientôt la lumière des cieux Ne paroîtra plus à mes yeux; Bientôt, quitte envers la nature Pirai, dans une nuit obscure, Me livrer pour jamais aux douceurs du sommeil. Je ne me verrai plus, par un triste réveil, Exposée à sentir les tourmens de la vie. Mortels qui commencez ici-bas votre cours, Je ne vous porte point d'envie; Votre sort ne vaut pas le dernier de mes jours. Viens, favorable mort, viens briser des liens Qui malgré moi m'attachent à la vie. Frappe, seconde mon envie: Ne point souffrir est le plus grand des biens. Dans ce long avenir j'entre l'esprit tranquille: Pourquoi ce dernier pas est-il tant redouté? Du Maître des humains l'éternelle bonté. Des malheureux mortels est le plus sûr asile.
SERMONAIRES, (VIEUX Voyez BARLETTE... I. CAMUS... I. BOULANGER... MENOT... MAILLARD... MESSIER... I. RAULIN... VIEIRA, etc.
SERNIN, Voy. III. SATURNIN.
SERODINI, (Jean) habile peintre, sculpteur et architecte, mort à Rome vers 1633, étoit né à Ascorna dans le bailliage de Lucarno.
SERON, général d'Antiouchus Epiphanes, ayant appris la déroute des troupes d'Apollonius, crut avoir trouvé une belle occasion de s'illustrer par la défaite de Judas et des siens. Il s'avança donc dans la Judée jusqu'à la hauteur de Bethoron, suivi d'une armée nombreuse. Judas qui n'avoit qu'une poignée de soldats, courut aux ennemis, qu'il renversa et mit en déroute, et après en avoir tué 800, il chassa le reste sur les terres des Philistins.
SERONVILLE, Voyez VOLKIER.
SERPILIUS, (George) Hongrois, né en 1668, devint surintendant de l'Eglise Protestante de Ratisbonne, et mourut dans cette ville vers 1710. On lui doit: I. Les Vies de Moïse, Samuel, Esdras, Néhémie, Esther, Job, etc. II. Le Catalogue de la Bibliothe- que de Ratisbonne, 1707, 2 vol. in-fol. III. *Epitaphia theologorum Suevorum*, 1707, in-8.º IV. Beaucoup de *Pièces* en vers latins et allemands. L'auteur ne manque point de goût et encore moins de savoir.
SERRANO, (Joseph-Franco) juif, professeur d'hébreu dans la Synagogue d'Amsterdam, a publié en espagnol une traduction des *Livres de Moïse*, avec des notes, 1695, in-4.º L'auteur a souvent altéré le texte et les citations des écrivains dont il fait mention.
SERRANT, *Voyez* BAUTRU.
SERRAO, (François) premier médecin du roi de Naples, né dans un village de la Campanie en 1702, mort à 81 ans, publia un petit *Traité* italien sur le *prétendu danger de la morsure de la Tarentule*. Il le réduit à des crampes légères, et à quelques taches éry-sipélateuses. I. SERRE, (Jean Puget de la) né à Toulouse vers l'an 1600, mort en 1665, fut d'abord ecclésiastique, et se maria ensuite. Il vécut des fruits de sa plume. Il a beaucoup écrit en vers et en prose; mais ses ouvrages sont le rebut de tous les lecteurs. *La Serre* se connoissoit lui-même: ayant un jour assisté à un fort mauvais discours, il alla, comme dans une espèce de transport, embrasser l'orateur, en s'écriant: « Ah, *Monsieur*, depuis 20 ans j'ai bien débité du galimathias; mais vous venez d'en dire plus en une heure, que je n'en ai écrit en toute ma vie. » Il dit à un très-médiocre écrivain de son temps: *Je vous ai, Monsieur, bien de l'obligation; sans vous je serois le dernier des auteurs. La Serre* se vantoit d'un avantage inconnu aux autres écrivains: *C'est*, disoit-il, *d'avoir su tirer de l'argent de mes Ouvrages tout mauvais qu'ils sont, tandis que les autres meurent de faim avec de bonnes productions*. Ses livres les plus connus sont: I. *Le Secrétaire de la Cour* (ou plutôt du peuple), qui a été imprimé plus de 50 fois, et qui ne méritoit pas de l'être une seule. II. *La Tragédie de Thomas Morus*, qui eut un succès infini dans le temps du mauvais goût. Quatre portiers y furent étouffés: « Je ne le céderai à *Corneille*, dit alors *La Serre*, que lorsque cinq portiers auront expiré à l'une de ses pièces. » Cette Tragédie est en prose, ainsi que les autres du même auteur, intitulées: *le Sac de Carthage, Catherine, Climène, Thésée et Pandoste*. Celle-ci est en deux journées, chacune de cinq actes. Ceux qui avoient vu la première, ne devoient pas être tentés de voir la seconde. *Montfleur*, dans sa *Mort d'Asdrubal*, ne fit presque que traduire en mauvais vers, la mauvaise prose du *Sac de Carthage*.
II. SERRE, (Louis de) médecin du 17$^{e}$ siècle, a traduit la *Pharmacopée de Renou*, a fait des Notes sur *Avéga*, et a publié un *Traité* sur la *Stérilité des Femmes*.
III. SERRE, (Jean-Louis-Ignace de la) sieur de *Langlade*, censeur royal, étoit du Querci, et mourut le 30 septembre 1756, à 94 ans. *Voyez* ce que nous en disons à l'article II. LUSSAN, (Marguerite de). Ajoutez qu'outre son opéra de *Pyrame et Thisbé*, il donna à la Comédie françoise, *Artaxare* et à l'Opéra, *Polixène et Pyrrhus, Dionède, Polydore*, *Saanderberg*, et d'autres pièces. On a encore de lui le Roman d'*Hyppalque*, *Prince Scythe*, 1727, in-12; et les *Désespérés*, traduits de l'italien de *Marini*, 1732, 2 vol. in-12. La Tragédie de *Pirithoüs*, publiée sous le nom de la *Serre*, est de *Seguineau*. La *Serre* joignoit à la passion des lettres, celle du jeu. Ayant risqué un jour, sur le tapis, le revenu de son opéra de *Diomède* à l'hôtel de Gèvres, tandis qu'on représentait cette pièce, un plaisant, présent à cette séance, dit finement : *Miracle*, *Messieurs ! on joue aujourd'hui Diomède en deux endroits*.
IV. SERRE, (Jean-Antoine la) chanoine de Nuits, ci-devant prêtre de l'Oratoire, de plusieurs académies de province, né à Paris en 1731, mort à Lyon le 2 mars 1781, entra jeune dans la congrégation de l'Oratoire, et y professa la rhétorique avec éclat. Après avoir remporté des prix de poésie par ses *Odes* sur les poètes lyriques, la prise de Mahon, les grands hommes de Dijon; des prix d'éloquence, par ses *Éloges* de *Gassendi* et de *Corneille*, par ses *Discours* sur les exercices et les jeux publics chez les différens peuples, il s'occupa d'ouvrages plus étendus. Ce sont : I. Une *Poétique élémentaire*, in-12, utile aux jeunes gens, auxquels l'auteur l'a destinée, et qui a été long-temps classique dans plusieurs Collèges. II. L'*Éloquence*, poème, in-8° : c'est son meilleur ouvrage. Des tirades bien versifiées, des préceptes rendus d'une manière agréable, quelques portraits d'orateurs peints avec vérité, et des notes utiles, l'ont fait lire avec plaisir, malgré quelques ques morceaux foibles et négligés. La *Serre* quitta l'Oratoire en 1770, pour travailler avec plus de continuité à l'édition de l'*Encyclopédie* de Genève, in-4°. Il se fit aimer dans la société par son esprit et la franchise de son caractère. Il y défendoit ses amis avec feu, et personne n'y encouragea avec plus de bonté les jeunes talens. Ses mœurs furent douces et à l'abri de tout reproche. Ennemi de toute critique, incapable d'envie, il ne vécut que pour les lettres, la bienfaisance et l'amitié. V. SERRE DE MONTAGNAC, (Hugues de la) ancien archipérète de Montcabrier en Querci, prieur de Pomérie et vicaire-général d'Agen, mourut le 25 avril 1743, à 80 ans. C'étoit un homme d'une naissance distinguée, et d'une vertu vraiment apostolique. Le cardinal de *Noailles* qui connoissoit son mérite, le proposa à *Louis XIV*, comme un sujet propre à l'épiscopat. Mais le Père de la *Chaise* l'écarta sous prétexte de jansénisme, quoique l'abbé de la *Serre* fût aussi peu janséniste que les Jésuites eux-mêmes. Renfermé dans le second ordre du clergé, il remplit chaque jour de sa longue vie, par une bonne œuvre. Il fit des missions, donna des retraites, instruisit les ecclésiastiques dans les conférences, soulagea les pauvres, dota le séminaire d'Agen, et rebâtit l'église de Montcabrier.
VI. SERRE, (Michel) peintre, mort en 1735, à 75 ans, à Marseille où il avoit fixé sa demeure, étoit né en Catalogne. Il se distingua par l'invention et le coloris. I. SERRES, (Jean de) *Serranus*, fameux Calviniste, s'acquit une grande réputation dans son parti. Ayant échappé au massacre de la St-Barthelemi, il devint ministre à Nîmes en 1582. Il fut employé par le roi Henri IV, en diverses affaires importantes. Ce prince lui ayant demandé si on pouvoit se sauver dans l'Eglise Romaine ? il répondit qu'on le pouvoit. Cette réponse ne l'empêcha pas d'écrire avec emportement, quelque temps après, contre les Catholiques. Il entreprit ensuite de concilier les deux communions, dans un grand Traité qu'il intitula : de Fide Catholica, sive de principiis Religionis Christianae, communi omnium Christianorum consensu semper et ubique ratis, 1607, in-8.º Cet ouvrage fut méprisé par les Catholiques, et reçu avec tant d'indignation par les Calvinistes de Genève, que plusieurs auteurs les ont accusés d'avoir fait donner à Jean de Serres du poison. On prétend qu'il en mourut en 1598, à 50 ans. Cet écrivain étoit d'un emportement insupportable dans la société et dans ses écrits. Tout ce qui nous reste de lui est rempli de contes faux, de déclamations indécentes, de réflexions frivoles et triviales. Ses principaux ouvrages sont : I. Une Edition de Platon en grec et en latin, avec des notes, 1578, 3 vol. in-fol. Cette version, bien imprimée, étoit pleine de contre-sens ; mais Henri Etienne la corrigea avant qu'elle fût livrée au public. II. Un Traité de l'Immortalité de l'Anne, in-8.º III. Inventaire de l'Histoire de France, en 3 vol. in-12, dont la meilleure édition est en 2 vol. in-fol. 1660. Elle fut retouchée par des gens habiles, qui en retranchèrent les traits hardis, l'aigreur et la partialité : il n'y reste plus que la platitude, le ton sottement emphatique et les mensonges. Loisel disoit que cet Inventaire ne devoit être cru que par bénéfice d'inventaire. IV. De statu Religionis et Reip. in Francia. V. Mémoires de la 111e Guerre civile et des derniers troubles de France sous Charles IX, en 4 livres, 3 vol. in-8.º VI. Recueil des choses mémorables advenues en France sous Henri II, François II, Charles IX et Henri III, in-8.º Ce livre est connu sous le titre de l'Histoire des Cinq Rois, parce qu'il a été continué sous le règne de Henri IV, jusqu'à l'an 1597, in-8.º VII. Anti-Jesuïtice, 1594, in-8.º; et dans un Recueil qu'il intitula : Doctrinae Jesuïticae præcipua Capita. L'inexactitude, l'incorrection, la grossièreté caractérisent son style. De Serres s'est trompé en tant d'endroits à l'égard des personnes, des faits, des lieux et des temps, que Dupleix a fait un gros volume de ses erreurs.
II. SERRES, (Olivier de) célèbre agronome, naquit en 1539, à Villeneuve-de-Berg, près de Viviers, et fut élevé au sein des discordes civiles, pendant lesquelles on pilla ses propriétés et on rasa sa maison, qu'il fit rebâtir, et qu'un incendie détruisit de nouveau. Il se consola par l'étude, la philosophie et les travaux champêtres. Henri IV, qui avoit conçu une grande estime pour l'auteur et ses ouvrages désira converser avec lui, et le fit venir à Paris, où il le chargea de diverses améliorations dans ses domaines, et entr'autres d'une plantation de mûriers blancs dans le jardin des Tuileries. C'est le premier qui ait introduit en France la culture de cet arbre utile, et annoncé qu'on pouvoit faire de belles étoffes avec l'écorce des branches qu'on en retranche à la taille. Olivier de Serres devint l'oracle des cultivateurs, qui le surnommèrent le Père de l'agriculture; mais ceux qui l'ont copié, qui, dans ces derniers temps mêmes, ont puisé dans ses écrits leurs idées les plus justes, n'ont pas daigné faire mention de lui. Il mourut en 1619, à l'âge de 80 ans, après avoir été témoin des changemens heureux qu'il produisit dans la culture. Ses ouvrages, malgré leur style suranné, se lisent avec intérêt, parce que aucun n'est privé de simplicité, et de vues neuves et profitables. On lui doit : I. Traité de la cueillette de la Soie, 1599. II. Seconde richesse du Mûrier blanc, 1603, réimprimé en 1785. III. Théâtre d'Agriculture et Ménage des Champs, in-4.º : c'est dans cet écrit principalement que l'auteur consigna le fruit de ses longues et paisibles observations, faites dans sa terre du Pradel en Vivarais. Il y traite des terres, des labours, des engrais, des récoltes, des grains, des vignes et des vins; des animaux domestiques, des abeilles, des vers-à-soie, des jardins, des prés, des eaux, des arbres et bois, et de tous les objets importans de l'économie rurale. « Ce grand et bon ouvrage, dit Haller, est celui d'un homme expert qui préfère avec raison, des moyens simples à ceux d'une grande dépense. » Il est divisé en 8 livres qui offrent 110 sous-divisions: imprimé pour la première fois en 1600. il a obtenu depuis quatorze éditions, dont l'une des meilleures a été publiée par M. Cison, en 2 vol. in-8.º Celui-ci a eu la sagesse de ne point toucher au plan de l'auteur, et de se contenter de remplacer les expressions vieillies par d'autres plus modernes et mieux entendues. Olivier de Serres, suivant ce dernier, ne s'écarte jamais de son sujet; il ne dit que ce qu'il doit dire; chaque objet est à sa place : son érudition n'est point fatigante; il cite toujours à propos et avec discernement. Son admiration pour l'antiquité ne l'aveugle point; par-tout où il découvre une erreur qui pourroit nuire à la prospérité de l'agriculture, il l'indique à ses lecteurs et les invite à s'en défendre. Il convertit souvent ses préceptes en maximes versifiées. En voici quelques-unes : Si tu te couches tard, tard tu te lèveras, Tard te mettras en œuvre, aussi tard dîneras. Qui le temps par trop attendra, A la fin le temps lui faudra. Tu payeras promptement le salaire Qu'auras promis au pauvre mercenaire. Je maître, dès son réveil, Au ménage est un soleil. La Société d'agriculture de Paris a proposé, en l'an 10, une nouvelle édition de l'ouvrage d'Olivier de Serres, augmentée de notes et d'observations par plusieurs de ses membres, qui se sont distribués chaque chapitre de l'ouvrage. Il doit être orné du portrait de l'auteur, donné par Charles Caffarelli, préfet du Calvados. Liger, dans sa Maison Rustique, a suivi Olivier de Serres dans presque tous ses principes et dans leur application. On a proposé, dans ces dernières années, d'éle- ver dans le département de l'Ardèche, un monument à la mémoire de cet écrivain utile, et trop long-temps oublié.
III. SERRES, (Jean de) *Voy*. LAMBERT, n.º v.
IV. SERRES, (Claude) habile jurisconsulte du XVIII$^{e}$ siècle, professa long-temps et avec succès le Droit françois dans l'université de Montpellier. Il est connu par un bon *Traité des Saisies réelles*, in-12, et sur-tout par ses *Institutions du Droit françois*, suivant l'ordre de celles de *Justinien*, qu'il publia en 1753, in-4$^{o}$, et qui ont été souvent réimprimées. L'auteur y montre avec précision et avec justesse, la liaison ou les différences de l'ancienne jurisprudence avec la nouvelle. Il confirme ses décisions par un grand nombre d'arrêts rendus au parlement de Toulouse. Son ouvrage, composé dans le goût de celui de *Boutaric*, est beaucoup plus utile, parce qu'il marque les changemens que les nouvelles ordonnances sur les donations, les testamens, etc. ont pu apporter dans le Droit françois.
SERRONI, (Hyacinthe) premier Archevêque d'Albi, fut pourvu, dès l'âge de 8 ans, de l'abbaye de Saint-Nicolas à Rome, où il étoit né en 1617. Il prit l'habit de Dominicain, et lui fit honneur par sa vertu et par les progrès qu'il fit dans les sciences ecclésiastiques. Il reçut en 1644 le bonnet de docteur. Le Père *Michel Mazarin*, frère du cardinal-ministre, l'emmena en France pour lui servir de conseil. Ses talens le firent bientôt connoître à la Cour, qui le nomma à l'évêché d'Orange. Quelque temps après, le roi le fit intendant de la marine; et en 1648, il l'envoya en Catalogne, en qualité d'intendant de l'armée. Il se signala dans ces différentes places; mais son esprit parut sur-tout à la conférence de Saint-Jean-de-Luz. Ses services furent récompensés par l'évêché de Mende, et par l'abbaye de la Chaise-Dieu; enfin, il fut transféré en 1676 à Albi, dont il fut le premier archevêque. Ce illustre Prélat finit sa carrière à Paris, le 7 janvier 1687, à 77 ans. Il étoit fort zélé pour la discipline ecclésiastique. Mende et Albi lui doivent des Séminaires et d'autres établissements utiles. Nous avons de lui, des *Entretiens affectifs de l'Ame*, 5 vol. in-12, livre de piété oublié; et une *Oraison funèbre* de la Reine-mère, qui n'est pas du premier mérite, ni même du second.
SERRY, (Jacques-Hyacinthe) fils d'un médecin de Toulon, entra fort jeune dans l'Ordre de Saint-Dominique, et devint un des plus célèbres théologiens de son temps. Après avoir achevé ses études à Paris, où il reçut le bonnet de docteur en 1697, il alla à Rome et enseigna la théologie au cardinal *Altieri*. Il devint consulteur de la Congrégation de l'*Index*, et professeur de théologie dans l'université de Padoue, où il mourut le 12 mars 1738, à 79 ans. Ses principaux ouvrages sont: I. *Historia Congregationis de Auxiliis*, dont la plus ample édition est celle de 1709, in-fol., à Anvers. « On peut appeler son livre un ROMAN THÉOLOGIQUE, tant il y a de faussetés, de calomnies et de mensonges débités avec ame audace incroyable », dit l'auteur du *Dictionnaire des livres Jansénistes* : mais tout le monde n'en a pas pensé comme lui ; et les écrivains opposés aux Jésuites, en font le plus grand éloge. Ces différens témoignages peuvent être également suspects. Tenons-nous-en au jugement de l'éditeur de la *Méthode* de l'abbé *Lenglet*. Selon ce critique, l'ouvrage du P. *Serry* est excellent, et travaillé avec beaucoup d'exactitude et de fidélité. La vérité y est exposée dans un si grand jour, que ceux qui avoient d'abord attaqué cette Histoire, n'ont rien pu y opposer depuis. L'auteur se cacha sous le nom d'*Augustin le Blanc*. Ce fut le Père *Quesnel* qui revit le manuscrit, et qui se chargea d'en diriger l'édition. II. Une Dissertation intitulée : *Divus AUGUSTINUS, summus Prædestinationis et Gratiae Doctor, à calumniâ vindicatus*, contre *Launoy*, Cologne, 1704, in-12. III. *Schola Thomistica vindicata*, contre le Père *Daniel*, Jésuite, Cologne, 1706, in-8.º IV. Un Traité intitulé : *Divus AUGUSTINUS Divo THOMÆ conciliatus*, dont la plus ample édition est celle de 1724, à Padoue, in-12. V. Un *Traité* en faveur de l'infaillibilité du Pape, publié aussi à Padoue, en 1732, in-8.º, sous ce titre : de *Romano Pontifice*. Il soutenoit une opinion qu'il n'adoptoit pas, et qu'il vouloit faire adopter. VI. *Theologia supplex*, Cologne, 1736, in-12 ; traduite en françois, 1756, in-12. Cet ouvrage roule sur la Constitution *Unigenitus*. VII. *Exercitationes historicae, criticae, polemicae, de CHRISTO ejusque Virgine Matre*, Venetiis, 1719, in-4.º *Voyez DROUIN*.
SERTIO, (Sébastien) architecte de Bologne dans le XVIe siècle, vint en France, et y fut accueilli par *François I*, qui le chargea de faire exécuter sur ses dessins, tous les ornemens du palais de Fontainebleau. Cet architecte a publié un *Traité* d'architecture qui prouve du goût et du savoir.
SERTORIUS, (*Quintus*) capitaine Romain, naquit dans la ville de Nurcia, dans le pays des Picentins. Il se signala d'abord dans le barreau, qu'il quitta pour suivre *Marius* dans les Gaules, où il fut questeur, et où il perdit un œil à la première bataille. Il rejoignit ensuite *Marius*, et prit Rome avec lui, l'an 87 avant J. C. Mais au retour de *Sylla*, il se sauva en Espagne. On dit que, dans un accès de mélancolie, il songea à se retirer dans les Iles Fortunées, pour y passer le reste de ses jours au sein d'une vie privée et tranquille. La douceur de son caractère pouvoit le porter à cette résolution ; mais l'amour de la gloire le ramena en Lusitanie, où il se mit à la tête des rebelles. Il eut bientôt une nombreuse Cour, composée de ce qu'il y avoit de plus illustre parmi les Romains, que les proscriptions de *Sylla* avoient obligés à s'expatrier. Il donnoit des lois à presque toute l'Espagne, et il y avoit formé comme une nouvelle Rome, en établissant un Sénat, et des Ecoles publiques où il faisoit instruire les enfans des nobles dans les arts des Grecs et des Romains. Le peuple lui étoit aussi dévoué que la noblesse. *Sertorius* voulant l'assujettir à la discipline et à l'ordre, ne put point d'abord y réussir. Pour faire quel- que impression sur lui par l'exemple, il fit mener au milieu de l'armée deux chevaux, l'un vieux et maigre, l'autre jeune, vigoureux, et remarquable par l'épaisseur de sa queue. A un signal donné, un homme très-robuste prit la queue du cheval maigre à deux mains, et fit les plus grands efforts pour l'arracher. Ils furent inutiles. Dans le même temps un homme d'un tempérament faible, arrachait les crins de la queue du beau cheval l'un après l'autre : elle fut dépouillée peu à peu et sans peine. Alors *Sertorius* dit aux spectateurs : *Vous voyez que la patience vient à bout de ce que ne peut la seule force. Le temps est l'ami le plus assuré pour ceux qui savent l'employer comme il faut, et un ennemi dangereux lorsqu'on le prend à rebours. Sertorius* employa la superstition pour mieux contenir le peuple. Il lui persuada qu'il étoit en commerce avec les Dieux, qui lui donnoient des avis par l'organe d'une biche blanche qu'il avoit élevée, et qui le suivoit par-tout, même dans les batailles. Les Romains alarmés des progrès de *Sertorius*, envoyèrent contre lui *Pompée*, dont les armes ne furent pas d'abord fort heureuses. Il fut obligé de lever le siège de la ville de Laurone dans l'Espagne cité-levée, après avoir perdu dix mille hommes. La bataille de Sucrone, donnée l'année d'après, demeura indécise entre les deux partis. *Sertorius* y perdit sa biche, mais elle fut retrouvée quelques jours après par des soldats, qu'il engagea au secret. Il feignit d'avoir été averti en songe du prochain retour de cet animal favori, et aussitôt on lâcha la biche qui vint caresser son maître au milieu des acclamations de toute l'armée. *Metellus*, autre général Romain, envoyé contre *Sertorius*, se réunit avec *Pompée*, et le battit auprès de Ségontia. Ce fut alors que *Mithridate* résolut de lui envoyer une ambassade. Il étoit excité à cette démarche par les flatteries de ses courtisans, qui, le comparant à *Pyrrhus*, et *Sertorius* à *Annibal*, soutenoient que les Romains seroient nécessairement accablés quand le plus habile des capitaines seroit joint au plus grand des rois. *Mithridate* fit donc offrir à *Sertorius* par ses ambassadeurs, de l'argent et des navires pour continuer la guerre, pourvu qu'il lui assurât la possession de l'Asie, cédée aux Romains par le traité fait avec *Sylla*. *Sertorius* refusa d'abord ses propositions, ne voulant point céder une province que la guerre et un traité avoient acquise à la République. *Il faut*, dit-il, que *Rome croisse par mes victoires, et non que mes victoires croissent par l'affoiblissement de Rome*. Cette réponse rapportée à *Mithridate*, le surprit tellement qu'il dit : *Quels ordres ne nous donnera point Sertorius quand il sera assis dans le Sénat au milieu de Rome, puisque aujourd'hui qu'il est confiné sur le rivage de l'Océan Atlantique, il prescrit des bornes à mes Etats?* Cependant il y eut un traité, par lequel *Mithridate* devoit avoir la Bithynie et la Cappadoce, à condition qu'il enverroit à *Sertorius* trois mille talons et quarante galères. Ce traité donnoit beaucoup d'alarmes à Rome, lorsque *Perpenna*, un des principaux officiers de *Sertorius*, lassé d'être subalterne d'un homme qui lui étoit inférieur en naissance, l'assassina dans un repas, l'an 73 avant J. C. *Sertorius*, devenu voluptueux et cruel sur la fin de ses jours, ne s'occupoit plus que des plaisirs et de la vengeance, et ne se sou-cioit plus de la gloire. Il fit oublier par ses vices les qualités qui l'avoient illustré, sa générosité, son affabilité, sa modération; mais on n'oubliera jamais ses talens militaires. Personne, ni avant, ni après lui, n'a été plus habile dans les guerres de montagnes. Il étoit intrépide dans les dangers, grand dans ses desseins, prompt à les exécuter, observateur zélé de la discipline militaire. La nature lui avoit donné beaucoup de force et d'agilité, qu'il entretint long-temps par une vie simple et frugale. — SERVAGI, fondateur de l'empire des Marattes, dans la presqu'île de l'Indostan, s'éleva par son courage au rang de chef d'une horde belliqueuse d'Indiens, et repoussa souvent avec avantage le farouche *Aureng-Zeb*, qui s'efforçoit de détruire les anciennes souverainetés de l'Asie. « Mes armées, disoit celui-ci, ont été employées contre *Servagi* pendant 19 ans, et cependant ses états ont toujours augmenté. » *Servagi* prit le titre de roi en 1674, et son discours d'inauguration fut ainsi conçu: « Je suis Roi par la vertu de ce cimeterre qu'*Aureng-Zeb* n'a pu briser: voilà mon premier titre; j'y joins le consentement de ces braves qui ont jusqu'à présent partagé mon sort. » *Servagi*, pour s'attirer le respect des peuples, consacra son couronnement par diverses cérémonies religieuses. Il passa un mois en purification avec les Brames: on le pesa publiquement contre de l'or; et les 16000 pagodes qu'il se trouva peser, furent distribuées aux Brames qui avoient purifié son ame.
SERVAIS, (S.) évêque de Tongres, transporta son siège épiscopal de cette ville en celle de Maestricht, où ce siège resta jusqu'au VIII$^{e}$ siècle, qu'il fut encore transféré à Liège. Il assista, l'an 347, au concile de Sardique, où saint Athanase fut absous; et au concile de Rimini en 359, où il soutint la foi de Nicée: mais surpris par les Ariens, il signa une confession de foi énoncée d'une manière insidieuse. Dès qu'il connut la fourbérie de ces hérétiques, il détesta sa facilité. (*Voy. PREBADE.*) Il mourut en 384. Il avoit composé, dit-on, un ouvrage contre les hérétiques *Valentin*, *Marcion*, *Akius*, etc., que nous n'avons plus.
SERVANDONI, (Jean-Nicolas) né à Florence en 1695, s'est signalé par son grand goût d'architecture, et a travaillé dans presque toute l'Europe. Il avoit, pour la décoration, les fêtes et les bâtiments, un génie plein d'élévation et de noblesse. Il méritoit d'être employé et récompensé par les princes, et il le fut. En Portugal, il fut décoré de l'Ordre royal de Christ. En France, il eut l'honneur d'être architecte, peintre et décorateur du roi, et membre des académies établies pour ces différens arts. Il eut les mêmes titres auprès des rois d'Angleterre, d'Espagne, de Pologne, et du duc de Wittemberg. Malgré ces avantages, il n'a pas laissé de richesses, parce qu'il ne connut jamais la nécessité de l'économie. Il mourut à Paris le 19 janvier 1766. La liste de ses ouvrages seroit trop longue. Indépendamment de plusieurs édifices particuliers, tels que le grand Portail de l'Eglise de Saint-Sulpice à Paris, et une partie de la même Eglise ; on a de lui plus de 60 Décorations au Théâtre de Paris, dont il eut la direction pour cette partie, pendant environ 18 ans. Il en a fait un très-grand nombre pour les Théâtres de Londres et de Dresde. On observera, pour donner une idée de la magnificence des Spectacles étrangers, que dans une de ses décorations qui servoit à un triomphe, plus de 400 chevaux firent leurs évolutions sur la scène avec toute la liberté nécessaire à l'illusion. Le Théâtre du roi, appelé la Salle des Machines, au palais des Tuileries, fut à sa disposition pendant quelque temps. On lui permit d'y donner à son profit des spectacles de simples décorations pour former des élèves en ce genre. On sait à quel point il étonna, dans la Descente d'Enée aux enfers, et dans la Forêt enchantée, sujet tiré de la Jérusalem délivrée du Tasse. Il construisit et décora un Théâtre au château de Chambor, pour le maréchal de Saxe. Il donna les plans, les dessins et les modèles du Théâtre royal de Dresde. Son Palais de Ninus, son Temple du Soleil dans l'opéra de Phaeton, la Forêt de Dodone dans l'opéra d'Issé, furent sur-tout admirés. Né avec un génie particulier pour les fêtes, il en donna un très-grand nombre à Paris, à Bayonne, à Bordeaux. On l'appela à Londres pour celle de la Paix de 1749. Il en donna une à Lisbonne pour les Anglois, à l'occasion d'une victoire remportée par le duc de Cumberland. Il fut aussi employé fort souvent par le roi de Portugal, à qui il présenta de très-beaux plans et plusieurs modèles. Il en avoit fait aussi un grand nombre pour le prince de Galles, père du roi d'Angleterre régnant : la mort de ce prince en empêcha l'exécution. Il présida aux grandes et magnifiques fêtes qui se firent à la cour de Vienne, pour le mariage de l'archiduc Joseph et de l'infante de Parme. Il en fit de très-belles encore, à la cour de Stutgard, pour le duc de Wittemberg ; il donna, au théâtre de l'Opéra de ce prince, plusieurs superbes décorations. Il avoit fait, avec noblesse et grandeur, les projets, les plans et les dessins d'une Place pour la Statue équestre du Roi de France, au bout des Tuileries, entre le Pont-Tournant et les Champs-Elysées. Cette Place, destinée encore pour les fêtes publiques, auroit pu contenir à l'aise, sous ses galeries et ses péristiles, plus de 25000 personnes, sans compter la foule presque innombrable qui auroit pu tenir dans l'enceinte même. Elle devoit être ornée de 316 colonnes, tant grandes que petites, de 520 pilastres, et de 136 arcades. Les bornes de ce Dictionnaire ne nous permettent pas d'entrer dans un plus grand détail sur les projets et les ouvrages de cet illustre architecte.
SERVET, (Michel) né à Villanueva en Aragon, l'an 1509, fit ses études à Paris, où il obtint le bonnet de docteur en médecine. Il se signala de bonne heure par des opinions hardies et singulières, qui l'engagèrent dans plusieurs disputes. Son humeur contentieuse lui suscita une vive querelle en 1536, avec les médecins decins de Paris. Il fit son *Apologie*, qui fut supprimée par arrêt du parlement. Les chagrins que ce procès lui causa, et sa mésintelligence avec ses confrères, le dégoûtèrent du séjour de la capitale. Il alla à Lyon, où il demeura quelque temps chez les *Freillons*, libraires célèbres, en qualité de correcteur d'imprimerie. Il fit ensuite un voyage à Avignon, puis retourna à Lyon; mais il ne fit qu'y paroître. Il alla s'établir en 1540 à Charlieu, où il exerça la médecine pendant trois ans. Ses insolences et ses bizarres l'obligèrent de quitter cette ville. Il trouva à Lyon *Pierre Kalmier*, archevêque de Vienne, qui l'avoit connu à Paris. Ce prélat aimoit les savans et les encourageoit par ses bienfaits: il le pressa de venir à Vienne, où il lui donna un appartement auprès de son palais. *Servet* auroit pu y mener une vie douce et tranquille, s'il avoit su se borner à la médecine et à ses occupations littéraires; mais toujours acharné à former des difficultés contre les mystères, il ne laissoit échapper aucune occasion d'établir son malheureux système. Voici quelles étoient ses principales erreurs, suivant le continuateur de *Fleury*. « Ceux-là sont Athées, ou n'ont d'autre Dieu qu'un assemblage de Divinités, qui mettent l'Essence divine dans trois personnes réellement distinctes et subsistantes dans cette Essence. Il est bien vrai qu'on peut reconnoître une distinction personnelle dans la Trinité: mais il faut convenir que cette distinction n'est qu'extérieure. Le Verbe n'a été dès le commencement qu'une raison idéale qui représentait l'Homme futur; et dans ce Verbe ou rei- son idéale, il y avoit J. C., son image, sa personne, son visage, et sa forme humaine. Il n'y a point de différence réelle entre le *Verbe* et le *Saint-Esprit*. Il n'y a jamais eu en Dieu de véritable et réelle génération et spiration. Le Christ est Fils de Dieu, parce qu'il a été engendré dans le sein d'une Vierge par l'opération du Saint-Esprit, et parce que Dieu l'a engendré de sa substance. Le Verbe de Dieu descendant du Ciel, est maintenant la chair de de Jesus-Christ, en telle sorte que sa chair est la chair du Ciel, que le corps de Jesus-Christ est le corps de la Divinité, que la chair est toute divine, qu'elle est la chair de Dieu. *Servet* se raille de la distinction des Personnes, et prétend qu'il n'y a eu qu'une image ou une face personnelle, et cette image étoit la personne de Jesus-Christ en Dieu, et qui a été communiquée aux Anges. Le Saint-Esprit est descendu dans les ames des Apôtres, comme le Verbe est descendu dans la chair de J. C. Après avoir dit beaucoup d'impiétés sur la substance de l'ame, il conclut qu'il est de Dieu et de sa substance; que Dieu a mis dans l'ame une spiration créée avec sa Divinité, et que par une même spiration, l'ame est substantiellement unie avec Dieu dans une même lumière par le moyen du Saint-Esprit. Il prétend encore que le Baptême des enfans est inutile; qu'il est d'une invention humaine; qu'on ne commet point de péché avant l'âge de 20 ans; et que l'ame se rend mortelle par le péché. « Plén de toutes ces idées, il s'avoue d'écrire à Calvin sur la Trinité. Il avoit examiné ses ouvrages; mais ne trouvant pas qu'ils méritassent les éloges emphatiques que les Réformés en faisoient, il consulta l'auteur, moins pour l'avantage de s'instruire, que pour le plaisir de l'embarrasser. Il envoya donc de Lyon, *trois Questions* à Calvin. Elles rouloient sur la *Divinité de J. C.*, sur la *Régénération*, et sur la *récessité du Baptême*. Ce théologien lui répondit d'une manière assez honnête. *Servet* réfuta sa réponse avec beaucoup de hauteur. *Calvin* répliqua avec vivacité. De la dispute il passa aux injures, et des injures à cette haine polémique, la plus implacable de toutes les haines. Il eut par trahison les feuilles d'un ouvrage que *Servet* faisoit imprimer secrètement. Illes envoya à Vienne avec les lettres qu'il avoit reçues de lui, et son adversaire fut arrêté. *Servet* s'étant échappé peu de temps après de la prison, chercha un lieu de sûreté. Comme il vouloit passer en Italie, il prit sa route par Genève; et dès qu'il y fut arrivé, *Calvin* le dénonça comme un impie aux magistrats qui le firent arrêter. Une des lois de cette ville étoit que tout accusateur de crime devoit se constituer prisonnier, et subir la peine du talion, si l'imputation étoit fausse. *Calvin* ne voulant point entrer en prison, fit paroître à sa place son propre domestique, *Nicolas de la Fontaine* qui présenta une requête très-forte contre le médecin Espagnol. Il consentit en même temps d'être renfermé avec l'accusé, jusqu'à ce que la preuve des quarante erreurs principales qu'il lui reprochoit, eût été administrée dans les formes. Cette preuve fut faite dans trois jours, et l'accusateur fut remis en liberté. Ce- pendant *Calvin* eut des conférences dans la prison avec *Servet*, qui fut convaincu, dit le P. *Berthier*, de n'entendre ni l'Écriture, ni les Pères. Il n'en persista pas moins dans ses opinions. On le réfuta de bouche et par écrit. On consulta ensuite les ministres de Bâle, de Berne, de Zurich, qui pressèrent tous les magistrats de Genève de punir ses blasphèmes. Il fut donc condamné au supplice du feu, à la sollicitation de *Calvin* et par le crédit de ceux qu'il dirigeoit. Ce fut le 27 octobre 1553, que *Michel Servet* fut conduit au bûcher. Il demeure dans le feu plus de deux heures, parce que le vent repoussoit la flamme en sens contraire; et l'on dit qu'il s'écria, en voyant prolonger ses tourmens: *Malheureux que je suis! ne pourrai-je donc mourir dans ces feux? Quoi donc! avec cent pièces d'or, et le riche collier qu'on m'a pris en m'arrêtant prisonnier, ne pouvoit-on pas acheter assez de bois pour me consumer plus promptement?* On ajoute à cette anecdote, qui peut être fausse, que *Servet* prononça avant son supplice un discours sur la connoissance de Dieu et de son Fils. On trouve même ce discours dans l'histoire de la Réformation de Pologne. Mais cette Pièce est tout-à-fait différente du style de *Servet*; et d'ailleurs qui auroit pu recueillir ce sermon d'un malheureux criminel, dans une ville où l'on faisoit brûler tous ses autres livres, et où on le brûloit lui-même? Quoi qu'il en soit, *Calvin* qui avoit méconnu jusqu'alors la puissance du glaive contre les Hérétiques, publia divers écrits pour justifier la conduite des magistrats de Genève. Mais, « comme tes magistrats (dit l'auteur du *Dictionnaire des Hérésies*) qui ne reconnoissoient point de juge infallible du sens de l'Écriture, pouvoient-ils condamner au feu *Servet*, parce qu'il y trouvoit un sens différent de *Calvin* ? Dès que chaque particulier est maître d'expliquer l'Écriture comme il lui plaît sans recourir à l'Église, c'est une grande injustice de condamner un homme qui ne veut pas déférer au jugement d'un enthousiaste qui peut se tromper comme lui. L'ouvrage latin dans lequel *Calvin* usa faire l'apologie de la conduite des magistrats Genevois envers *Servet*, fut publié chez *Robert Etienne*, 1554, in-8°, et traduit par *Colladon*, l'un des juges du téméraire et infortuné Espagnol, (Genève, 1560, in-8°). Il a fourni aux Catholiques un argument invincible, *ad hominem*, contre les Protestans, lorsque ceux-ci leur ont reproché de faire mourir les Calvinistes en France. Les principaux d'entre eux pensaient alors comme *Calvin*. *Philippe Melanchthon* félicita les magistrats de Genève de ce qu'ils avoient ordonné contre le médecin Aragonois. Les ministres équitables de la Réforme ont abandonné aujourd'hui la doctrine peu humaine de leurs apôtres. *Servet* a composé plusieurs ouvrages contre le mystère de la Trinité; mais ses livres ayant été brûlés à Genève et ailleurs, ils sont devenus fort rares. On trouve sur-tout très-difficilement l'ouvrage publié in-8°, en 1531, sous ce titre : *de Trinitatis erroribus Libri septem*, par Michaëlem Servetum, *alias Reves*, *ab Aragonia Hispanum*. Le lieu de l'édition n'est point marqué. Ce volume, qui est imprimé en caractères italiques, fut suivi de deux autres *Traités* sous ce titre : *Dialogorum de Trinitate Libri duo*, 1532, in-8°. *De justitia regni CHRISTI Capitula quatuor*, par Michaëlem Servetum, *alias Reves*, *ab Aragonia Hispanum*, anno 1532, in-8°. Dans l'avertissement qu'il a mis au-devant de ses Dialogues, il rétracte ce qu'il a écrit dans ses VII livres de la Trinité. Ce n'est pas qu'il eût changé de sentiment, car il le confirme de nouveau dans ses Dialogues, mais parce qu'ils étoient mal écrits, et qu'il s'y étoit expliqué d'une manière barbare. *Servet* paroît dans tous ses livres un pédant opiniâtre, qui fut la victime de ses folies et la dupe d'un théologien cruel. On a encore de lui : I. Une *Edition* de la Version de la Bible de *Santes - Pagni*, avec une *Préface* et des *Scholies*, sous le nom de *Michel Villanovanus*. Cette Bible, imprimée à Lyon en 1542, in-fol., fut supprimée, parce qu'elle est marquée au coin de ses autres ouvrages. On y voit un homme qui a des idées confuses sur les matières qu'il traite. Un passage de la description de la Judée, qui se trouvoit dans la 1re édition à la tête de la XIIe Carte, forma un chef d'accusation contre lui, dans le procès qui lui fut intenté à Genève. Il tâche d'infirmer tout ce que l'Écriture a dit sur la fertilité de la Palestine. Il se fonde sur ce qu'aujourd'hui ce pays n'a plus le même air de fertilité et d'abondance; comme si les terres les plus fécondes, devenues désertes et incultes, devoient produire les mêmes richesses, et que les montagnes dépouillées du sol végétal pouvoient être autre chose que des masses de pierres. Cette Bible est rare. II. *Christianismi restitutia*, Vienne, 1553, in-8.º Cet ouvrage rempli d'erreurs sur la Trinité, et dont on ne connoit qu'un exemplaire unique, qui étoit dans la bibliothèque de feu M. le duc de la Vallière, renferme les trois Traités publiés en 1531 et 1532, avec quelques Traités nouveaux. III. Sa propre Apologie en latin, contre les médecins de Paris, qui fut supprimée avec tant d'exactitude qu'on n'en trouve plus d'exemplaire. Postel, aussi fanatique que lui, a fait son apologie dans un livre singulier et peu commun, qui a resté manuscrit, sous ce titre : Apologia pro Serveto, de Anima mundi, etc. IV. Ratio Syraparum : Paris, 1537, in-8.º Servet n'étoit pas sans mérite, considéré comme médecin. Il remarque dans un des Traités du Christianismi Restitutio, que toute la masse du sang passe par les poumons, par le moyen de la veine et de l'artère pulmonaires. Cette observation fut le premier pas vers la découverte de la circulation du sang, que quelques auteurs lui ont attribuée; mais cette vérité confusément connue par Servet, ne fut bien développée que par l'illustre Harvée, (Voyez ce mot, n.º 1.)... Mosheim a écrit en latin l'Histoire de ses délires et de ses malheurs, in-4.º. Helmstadt, 1728; elle se fait lire avec plaisir, par les détails curieux qu'elle renferme.
SERVIEN, (Abel) ministre et secrétaire d'état, surintendant des finances, et l'un des Quarante de l'académie Françoise, d'une ancienne maison du Dauphiné, naquit à Grenoble en 1592. Il fut d'abord procureur-général au parlement de cette ville, ensuite conseiller d'état. Il fut employé dans des affaires importantes, qui lui méritèrent la première présidence au parlement de Bordeaux. Il alloit exercer cet emploi, lorsque le roi le retint pour lui confier une place de secrétaire d'état. Sa capacité et sa prudence le firent nommer ambassadeur extraordinaire, avec le maréchal de Thoiras, qui alloit négocier la paix en Italie. Dès qu'elle fut conclue, il revint exercer sa charge; mais le cardinal de Richelieu cherchant à la lui enlever, il la remit entre les mains du roi même en 1636. Retiré en Anjou, il vécut en philosophe jusqu'en 1643, qu'il fut rappelé par la Reine régente. Cette princesse l'envoya à Munster en qualité de plénipotentiaire, et il conclut la paix avec l'Empire à des conditions glorieuses pour la France. Le roi reconnut ce service, par la charge de surintendant des finances. Ce ministre mourut à Mendon le 17 février 1659, à 66 ans. On a de lui des Lettres imprimées avec celles du comte d'Avaux, en 1650, à Cologne, in-8.º Le P. Bougeant le peint ainsi dans son Histoire des Guerres qui précédèrent le Traité de Westphalie... « Servien avoit l'esprit vif et pénétrant; il étoit prompt dans ses résolutions et ferme jusqu'à l'opiniâtreté. Il écrivoit avec beaucoup de feu et de justesse en françois. Il n'avoit pas peut-être l'esprit aussi orné que le comte d'Avaux, mais il avoit le style plus serré et plus fort. Il étoit d'ailleurs naturellement fier et impatient, brusque et rude dans ses manières. Lorsqu'il alla à la Haye, en 1647, faire le Traité de garantie, il négocia si durement avec les Etats généraux, qu'ils lui témoignerent leur mécontentement en lui rein- sant le présent ordinaire. Il étoit aussi naturellement jaloux des moindres avantages qu'on prenoit sur lui, et son chagrin éclata quelquefois à Munster de la manière la plus fâcheuse. » L'abbé *Servien*, son fils, mort en 1716, étoit un épicurien et un cynique, qui joignoit à des mœurs dépravées l'esprit des saillies. C'est lui qui, voulant assister à une assemblée de l'académie Françoise, où l'on recevoit un sujet très-médiocre, et ne pouvant percer la foule, s'écria : *Il est plus difficile d'entrer ici que d'y être reçu* ; bon mot répété par *Piron*, et qu'il n'y a que trop d'occasions de reproduire.
SERVIEZ, *Voy. GROSLIER.*
SERVIEZ, (Jacques Roergas, seigneur de) chevalier de St-Lazare, naquit à St-Gervais, dans le diocèse de Castres, en 1679, et mourut à Paris en 1727. Il s'étoit décidé à habiter la capitale, après avoir parcouru l'Italie en homme instruit, et cultivé son esprit par de bonnes études. Il est principalement connu par ses *Impératrices Romaines*, ou *Histoire de la vie et des intrigues secrètes des femmes des 12 Césars*, dont la dernière édition est de Paris, 1744, 3 vol. in-12. L'abbé *Lenglet* a placé ce livre dans sa *Bibliothèque des Romans*, apparemment parce que l'auteur emploie quelquefois le ton romanesque, quoique les faits soient tirés des auteurs grecs et romains. Cependant le style est en général noble et élégant, quoiqu'il ne soit pas toujours correct. *Paulmy* lui attribue l'*Histoire secrète des femmes galantes de l'antiquité*, 6 vol. in-12 ; mais sa famille a nié qu'il fut l'auteur de ce livre obscène et peu propre à augmenter sa réputation. On doit encore à *Serviez* : I. Les *Hommes illustres* du Languedoc, ouvrage imparfait, et dont il n'a publié que le premier volume en 1724. II. Le *Caprice*, ou les effets de la fortune ; roman médiocre. III. Il a laissé en manuscrit l'*Histoire* du brave *Crillon*.
SERVILIUS CEPIO, *Voyes* CEPION.
SERVILIUS HALAouAHALA, général de la cavalerie sous le dictateur *Quintus Cincinnatus*, tua *Spurius Melius* chevalier Romain qui aspirait à la royauté. Devenu dictateur lui-même, il vainquit les Labicans et les Eques, l'an 416 avant J. C. Enfin, après des services signalés rendus à la patrie, il fut envoyé en exil pour avoir défendu la liberté, mais on le rappela peu de temps après.
SERVIN, (Louis) avocat-général au parlement de Paris, et conseiller d'état, se fit connoître de bonne heure par ses talens et par son zèle patriotique. *Henri III*, *Henri IV* et *Louis XIII* eurent en lui un serviteur exact et fidelle. Il mourut aux pieds de ce dernier prince, en 1626, en lui faisant, au parlement où il tenoit son lit de justice, des remontrances au sujet de quelques édits bursaux. C'étoit un magistrat équitable, bon parent, bon ami, excellent citoyen, et un des hommes de France le plus digne de son emploi. Ayant refusé le titre de Prince au duc de *Mercœur* dans une affaire qu'il avoit au parlement, le duc fut le trouver, accompagné d'une vingtaine de gentilshommes bien armés, et l'accabla de reproches, d'injures et de menaces. L'avocat-général, sans s'épouvanter, lui dit: *Lorsque j'exerce ma charge, je n'en suis comptable qu'à Dieu, au Roi, et au Parlement.* En effet, *Servin* avoit suivi l'usage de son Corps qui ne connoissoit point d'autres princes que les princes du sang. On recueillit à Paris, 1640, in-fol., ses *Plaidoyers* et ses *Harangues*, qui sont remplis d'érudition; mais il y en a beaucoup trop. On y trouve digressions sur digressions, et une foule de citations inutiles. C'étoit le goût de l'éloquence de son temps. I. SERVIUS-TULLIUS, vi$^{o}$ roi des Romains, étoit fils d'*Ocrisia*, esclave, qui sortit d'une bonne famille de *Corniculum*, au pays Latin. Ses talens donnèrent de bonne heure des espérances qui ne furent pas trompeuses. Il devint gendre de *Tarquin l'Ancien*, dans le palais duquel il avoit été élevé. Après la mort de son beau-père, il monta sur le trône, l'an 577 avant J. C. Le nouveau monarque se signala comme guerrier et comme législateur. Il vainquit les Véiens et les Toscans, institua le dénombrement des Romains, dont le nombre se trouva alors de 84000, établit la distinction des rangs et des centuries entre les citoyens, régla la milice, et augmenta l'enceinte de la ville de Rome, en y renfermant les monts Quirinal, Viminal et Esquilin. Il fit bâtir un temple de *Diane* sur le mont Aventin, et donna sa fille *Tullia* en mariage à *Tarquin le Superbe*, qui devoit lui succéder. Ce prince impatient de régner, fit assassiner *Servius - Tullius* (qui avoit formé le projet d'abdiquer et de faire de Rome un état républicain), l'an 533 avant J. C., et monta sur le trône. *Tullia*, loin d'être touchée d'un attentat si horrible, fit passer son char sur le corps de son père, encore sanglant, et étendu au milieu de la rue : c'étoit la rue Cyprienne, qui porta depuis le nom de rue Scélérate. *Servius* fut d'autant plus regretté, qu'il avoit toutes les qualités d'un grand prince. Il fut le premier des Rois de Rome qui fit marquer la monnoie à un certain coin. Elle porta d'abord l'image d'une brebis, d'où vint, dit-on (*à pecude*), le mot de *pecunia*. C'est encore sous *Tullius* que se fit la première purification des troupes dans le champ de *Mars*, par un sacrifice appelé *Suevotaurilia*. Cette solennité nommée *Lustrum*, c'est-à-dire purification, revenoit tous les cinq ans; et cet espace de temps se nommoit *Lustrum*.
II. SERVIUS, (*Honoratus Maurus*) grammairien Latin qui fleurit sous *Arcadius* et *Honorius*, et taissa de savans *Commentaires* sur *Virgile*, imprimés dans le *Virgile* d'*Étienne*, 1532, infol. Les Commentateurs modernes y ont beaucoup puisé. Quelques savans prétendent que nous n'en avons plus que des extraits. *Voy. DANIEL*, n° v.
SERVONET, (*Justinien*) né à Lyon, rassembla dans un Recueil les décrets de l'Église concernant les Clercs, sous le titre : *de Vitá et Honestate Clericorum*. Il parut en 1644.
SESACH, roi d'Égypte, donna retraite dans ses états à *Jéroboam*, qui fuyoit devant *Salomon*. Ce prince fit ensuite la guerre à *Iloboam*, et étant entré en Judée avec une armée formidable, pris un peu de temps toutes les places de défense, et s'avança vers Jérusalem où *Roboam* s'étoit enfermé avec les principaux de sa cour. Le roi d'Égypte s'empara de cette ville, d'où il se retira, après avoir pillé les trésors du Temple et ceux du palais du roi; il emporta tout jusqu'aux boucliers d'or que *Salomon* avoit fait faire.
SESOSTRIS, roi d'Égypte, vivoit quelques siècles avant la guerre de Troye. Son père ayant conçu le dessein d'en faire un conquérant, fit amener à la cour tous les enfans qui naquirent le même jour. On les éleva avec le même soin que son fils. Ils furent sur-tout accoutumés, dès l'âge le plus tendre, à une vie dure et laborieuse. Ces enfans devinrent de bons ministres et d'excellens officiers; ils accompagnèrent *Sesostris* dans toutes ses campagnes. Ce jeune prince fit son apprentissage dans une guerre contre les Arabes; et cette nation, jusqu'alors indomptable, fut subjuguée. Bientôt il attaqua la Lybie, et soumit la plus grande partie de cette vaste région. *Sesostris* ayant perdu son père, osa prétendre à la conquête du monde. Avant que de sortir de son royaume, il le divisa en 36 gouvernement, qu'il confia à des personnes dont il connoissoit le mérite et la fidélité. L'Éthiopie, située au midi de l'Égypte, fut la première victime de son ambition. Les villes placées sur le bord de la mer Rouge, et toutes les îles, furent soumises par son armée de terre. Il parcourt et subjugue l'Asie avec une rapidité étonnante; il pénètre dans les Indes plus loin qu'*Hercule* et que *Bacchus*, plus loin même que ne fit depuis *Alexandre*. Les Scythes jusqu'au Tanaïs, l'Arménie et la Cappadoce, reçoivent sa loi. Il laisse une colonie dans la Colchide: mais la difficulté des vivres l'arrêta dans la Thrace, et l'empêcha de pénétrer plus avant dans l'Europe. Le retour dans ses états, il eut à souffrir de l'ambition d'*Armais*, régent du royaume pendant son absence: ce roi tira vengeance de ce ministre insolent. Tranquille alors dans le sein de la paix et de l'abondance, il s'occupa à des travaux dignes de son loisir. Cent temples fameux furent les premiers monumens qu'il érigea en actions de graces aux Dieux. On construi-it dans toute l'Égypte un nombre considérable de hautes levées, sur lesquelles il bâtit des villes, pour servir d'asile durant les inondations du Nil. Il fit aussi creuser des deux côtés du fleuve, depuis Memphis jusqu'à la mer, des canaux pour faciliter le commerce, et établir une communication aisée entre les villes les plus éloignées. Enfin, devenu vieux, il se donna lui-même la mort. Ce roi fut grand par ses vertus et par ses vices. On lisoit dans plusieurs pays cette inscription fastueuse, gravée sur des colonnes: *SESOSTRIS, le Roi des Rois, et le Seigneur des Seigneurs, a conquis ce pays par ses armes*. Il prenoit souvent le plaisir barbare de faire atteler à son char les rois et les chefs des nations vaincues. Au reste, le temps où l'on place *Sesostris* est si éloigné de nous, qu'il est prudent de ne rien croire légèrement sur les établissements et les conquêtes de ce monarque. « Tout ce qu'il me semble pouvoir assurer ( dit M. l'abbé *Millot* ), c'est que les Egyptiens ont eu un *Sesostris* ; que ce prince fit des choses mémorables ; qu'il fut conquérant et législateur ; mais que sur l'étendue de ses conquêtes, et les circonstances de sa vie, il n'y a guère que des fables contradictoires. » *Voy. BENOIT XIV.*
SESSA ou SHEHSA, philosophe Indien, passe pour le premier inventeur des échecs. Voici ce qui donna lieu à la découverte de ce jeu ingénieux et savant. *Ardschir*, roi des Perses, ayant imaginé le jeu de trictrac, s'en glorifioit. *Scheram*, roi des Indes, fut jaloux de cette gloire ; il chercha quelque invention qui pût équivaloir à celle-là. Pour complaire au roi, tous les Indiens s'étudièrent à quelque nouveau jeu. *Sessa* l'un d'eux, fut assez heureux pour inventer le jeu d'échecs. Il présenta cette invention au roi son maître, qui lui offrit pour récompense, tout ce qu'il pourroit désirer. Toujours ingénieux dans ses idées, *Sessa* lui demanda seulement autant de grains de blé, qu'il y a de cases dans l'échiquier, en doublant à chaque case, c'est-à-dire, 64 fois. Le roi choqué, méprisa une demande qui semblait si peu digne de sa magnificence. *Sessa* insista, et le roi ordonna qu'on le satisfit. On commença à compter les grains, en doublant toujours. Mais on n'étoit pas encore au quart du nombre des cases, qu'on fut étonné de la prodigieuse quantité de blé qu'on avoit déjà. En continuant la progression, le nombre devint immense, et on reconnut que, quelque puissant que fût le roi, il n'avoit pas assez de blé dans ses états pour la fin. Les ministres allèrent en rendre compte à ce monarque, qui ne pouvoit le croire. On lui expliqua la chose, et le prince avoua qu'il se reconnoissoit insolvable. On croit que *Sessa* vivoit au commencement du XI$^{e}$ siècle.
SESTO, ( César ) peintre Milanois, devint le meilleur élève du célèbre *Léonard de Vinci*. Ses tableaux sont justement recherchés pour le goût et la grace qui les distinguent. *Sesto* mourut au commencement du XVI$^{e}$ siècle.
SETH, troisième fils d'*Adam* et d'*Eve*, naquit l'an 3874 avant J. C. Il eut pour fils *Enos*, à l'âge de 105 ans, et vécut en tout 912 ans. On a débité bien des fables sur ce saint patriarche. *Josephe* parle sur-tout de ses enfans, qui se distinguèrent dans la science de l'astrologie, et qui gravèrent sur deux colonnes, l'une de brique et l'autre de pierre, ce qu'ils avoient acquis de connoissances en ce genre, afin de le dérober à la fureur du déluge qu'ils prévoyoient. Mais tout ce qu'il débite n'est point appuyé sur l'Écriture. Il y a eu des hérétiques nommés *Sethéens*, qui prétendoient que *Seth* étoit le *Christ*, et que ce patriarche, après avoir été enlevé du monde, avoit paru de nouveau, d'une manière miraculeuse, sous le nom de J. C.
SETTLE, ( Elkanah ) poète Anglois, né en 1648, vint à Londres, où la Cité lui fit une pension, et le nomma son poète. Il est mort en 1724, après avoir donné au théâtre 17 pièces : *Cambyse*, *le Triomphe des Dumas*, etc. I. SEVE, (Gilbert de) peintre, né à Moulins, mort en 1698, à 83 ans, orna de ses tableaux Versailles, et quelques églises de Paris.
II. SEVE, (Maurice de) né à Lyon, ami du poète *Marot*, se distingua dans le XVI$^{e}$ siècle par ses lumières. *Duverdier* dit qu'il étoit de petite taille et de grand savoir. Le *Promptuaire des Médailles* le place dans le rang des plus illustres protecteurs des lettres. *Sève* dirigea les fêtes données à *Henri II*, lors de son passage à Lyon. La relation en a été imprimée en 1548. On a encore de lui diverses pièces de poésie : I. *Arion*, églogue sur le trépas du Dauphin. II. Une autre, sur la vie solitaire. III. Le *Microcosme*, ou le petit *Monde*. IV. Le *Blason du front et du sourcil*. V. *Délie*, objet de la plus haute vertu. I. SEVERA, (*Julia-Aquilia*) seconde femme d'*Héliogabale*, étoit fille de *Quintus Aquilius Sabinus*, qui avoit été deux fois consul. Dès sa jeunesse, elle fut consacrée au culte de *Vesta*. *Héliogabale* touché de son extrême beauté, viola en sa faveur les lois de la religion romaine, qui défendoit aux Vestales de se marier ; et il épousa *Severa*, l'an 219 de J. C. *Héliogabale* plaisanta de ce sacrilège ; et comme il avoit été lui-même prêtre du Soleil, il dit que de deux époux consacrés aux Dieux, il ne pouvoit naître qu'une postérité divine. *Severa*, malgré sa figure pleine de graces, ne put fixer le cœur inconstant de son époux. Il la renvoya à sa famille ; mais ayant éprouvé de nouveaux dégoûts avec d'autres femmes, il la reprit, et la garda jusqu'à sa mort, arrivée l'an 222. Les médailles qui représentent cette impératrice sont rares. Leur revers offre d'ordinaire le génie de la ville d'Alexandrie, dont *Aquilia* favorisa les privilèges et étendit le commerce.
II. SEVERA, (*Valeria*) première femme de *Valentinien*, et mère de *Gratien*, se déshonora par son avarice. Elle mit à prix toutes les graces de la cour. *Valentinien*, instruit de ses exactions, la répudia et se remaria. L'exil de *Severa* dura jusqu'à la mort de ce prince. *Gratien* son fils la rappela à la cour, et la rétablit dans les honneurs de son premier rang : il se fit un devoir de la consulter ; et, comme elle avoit de l'esprit et un jugement sain, ses avis lui furent salutaires. C'étoit d'après son conseil que *Valentinien*, au lieu de commencer par donner à *Gratien* la qualité de *César*, suivant l'usage observé par ses prédécesseurs, l'avoir fait reconnoître empereur, dès qu'il eut passé par d'autres dignités. Ainsi, l'empire fut assuré à *Gratien*, qui le méritait d'ailleurs par ses talens et ses vertus.
SEVERAC, *Voy*. ARPAJON. I. SÉVÈRE, (*Lucius - Septimius*) empereur Romain, naquit à Leptis en Afrique, l'an 149 de J. C., d'une famille illustre. Il y eut peu de grandes charges chez les Romains qu'il n'exerça, avant que de parvenir au comble des honneurs : car il avoit été questeur, tribun, proconsul et consul. Il s'étoit acquis une grande réputation à la guerre, et personne ne lui contestoit la valeur et la capacité. On remarquoit en lui un esprit étendu, propre aux affaires, entreprenant, et porté aux grandes choses. Il étoit habile et adroit, vif, laborieux, vigilant, courageux, et plein de confiance. Il voyoit d'un coup d'œil ce qu'il falloit faire, et à l'instant il l'exécutoit. On prétend qu'il a été le plus belliqueux de tous les empereurs Romains. A l'égard des sciences, *Dion* nous assure qu'il avoit plus d'inclination pour elles, que de disposition. Il étoit ferme et inébranlable dans ses entreprises. Il prévoyoit tout, pénétroit tout, et songeoit à tout. Ami généreux et constant, ennemi dangereux et violent : au reste, fourbe, dissimulé, menteur, perfide, parjure, avide, rapportant tout à lui-même, prompt, colère et cruel. Après la mort de *Pertinax*, *Didier - Julien* se fit proclamer empereur ; mais ce prince étant indigne du trône, *Sévere*, alors gouverneur de l'Illyrie, fit révolter ses troupes, et le lui enleva l'an 193 de J. C. Arrivé à Rome, il se défit de *Julien* et de *Niger* ses compétiteurs, fit mourir plusieurs sénateurs qui avoient suivi leur parti, en relégua d'autres, et confisqua leurs biens. Il alla ensuite assiéger Byzance par mer et par terre ; et s'en étant rendu maître, il la livra au pillage. De-là il passa en Orient, en soumit la plus grande partie, et punit les peuples et les villes qui avoient embrassé le parti de *Niger*. Il se proposoit d'attaquer les Parthes et les Arabes ; mais il pensa que tant qu'*Albin*, qui commandoit dans la Grande-Bretagne, subsisteroit, il ne seroit pas le maître absolu de Rome. Il le déclara donc ennemi de l'empire, marcha contre lui, et le rencontra près de Lyon. La victoire fut long-temps indécise ; mais *Sévere* la remporta l'an 197 de J. C. *Sévere* vint voir le corps de son ennemi, et le fit fouler aux pieds par son cheval. Il ordonna qu'on le laissât devant la porte, jusqu'à ce qu'il fût corrompu, et que les chiens l'eussent déchiré par morceaux, et fit jeter ce qui en restoit dans le Rhône. Il envoya sa tête à Rome ; et piqué contre les sénateurs, qui, dans un *sénatus - consulte* avoient parlé d'*Albin* en bien, il leur écrivit en ces termes : *Je vous envoie cette tête, pour vous faire connoître que je suis irrité contre vous, et jusqu'où peut aller ma colère*. Peu après il fit mourir la femme et les enfans d'*Albin*, et fit jeter leurs cadavres dans le Tibre. Il lut les papiers de cet infortuné, et fit périr tous ceux qui avoient embrassé son parti. Les premières personnes de Rome, et quantité de dames de distinction furent enveloppées dans ce massacre. Il marcha ensuite contre les Parthes, prit Séleucie et Babylone, et alla droit à Césiphon, qu'il prit vers la fin de l'automne, après un siège très-long et très-pénible. Il livra cette ville au pillage, fit tuer tous les hommes qu'on y trouva, et emmena prisonniers les femmes et les enfans. Il se fit donner pour cette victoire le nom de *l'arthique*. Le barbare vainqueur marcha alors vers l'Arabie et la Palestine, et pardonna à ce qui restoit de partisans de *Niger*. [ *Voy. I. CLÉMENT*.] Une violente persécution contre les Juifs et contre les Chrétiens étoit allumée. Il ordonna de proscrire ceux qui embrasseroient ces deux religions, et le feu de la persécution n'en fut que plus vif. Il passa ensuite en Egypte, visita le tombeau du grand Pompée, accorda un sénat à ceux d'Alexandre, se fit instruire de toutes les religions du pays, fit ôter tous les livres qui étoient dans les temples, et les fit mettre dans le tombeau du grand Alexandre, qui fut fermé, pour que personne ne vit dans la suite, ni le corps de ce héros, ni ce que centenoient ces livres. Les peuples ayant de nouveau pris les armes en Bretagne, l'an 208, Sévère y vola pour les réduire. Après les avoir dompés, il y fit bâtir en 210, un grand mur qui alloit d'un bout de l'Océan à l'autre, dont il reste encore, dit-on, des vestiges. Cependant il tomba malade au milieu de ses conquêtes. Les uns attribuèrent cette maladie aux fatigues qu'il avoit essuyées, les autres au chagrin que lui avoit causé son fils aîné Caracalla, qui étant à cheval derrière lui, avoit voulu le tuer d'un coup d'épée. Ceux qui les accompagnoient, voyant Caracalla lever le bras pour frapper Sévère, poussèrent un cri, qui l'effraya et l'empêcha de porter le coup. Sévère se retourna, vit l'épreuve entre les mains de son fils parricide, et s'apperçut de son dessein; mais il ne dit rien, et finit ce qu'il avoit à faire. Lorsqu'il fut rentré à la maison où il logeoit, il fit venir Caracalla dans sa chambre, et lui dit, en lui présentant une épée: Si vous voulez me tuer, exécutez votre dessein à présent que vous ne serez vu de personne. Les légions ayant proclamé son fils peis de temps après, il fit trancher la tête aux principaux rebelles, excepté à son fils; ensuite portant la main à son front, et regardant Caracalla d'un air impériaux: Ap- prenez, lui dit-il, que c'est la tête qui gouverne, et non pas les pieds. Commé sa mort approchoit, il s'écria: J'ai été tout ce qu'un homme peut être, mais que me servent aujourd'hui ces honneurs? Les douleurs de la goutte augmentant, sa fermeté ordinaire l'abandonna. Aurelius - Victor rapporte, qu'après avoir vainement demandé du poison, il mangea exprès si avidement des mets indigestes, qu'il en mourut à Yorck le 4 février 211, à 66 ans. Ce prince avoit d'excellentes qualités et de grands défauts, qui tour-à-tour lui firent faire ou de belles actions ou des crimes horribles. Ce mélange extraordinaire a donné lieu de dire de lui, par une application assez impropre, ce qu'on avoit dit autrefois d'Auguste, qu'il eût été plus avantageux, ou qu'il ne fût point né, ou qu'il ne fût point mort. Sa conduite privée offre encore plus de sujets de censure, que sa vie publique. Il eut à la vérité des amis, dont quelques-uns étoient estimables; mais son attachement pour Plautien [Voy. ce mot.] fut porté jusqu'à une confiance aveugle, et devint funeste à l'empire. Père mou, il se laissa donner la loi par ses enfans. Mari trop indulgent, il garda une épouse qui le déshonoroit par ses vices, et qui se rendit même suspecte d'une conspiration contre lui. Sans avoir des talens distingués pour l'éloquence et la littérature, il aima et protégea les gens de lettres, et écrivit lui-même l'Histoire de sa vie, dont il ne nous reste rien. Ce siècle étoit si déréglé, que, sous le seul règne de cet empereur, on fit le procès à 3000 personnes accusées d'adultère.
II. SEVERE II, (*Flavius-Valerius Severus*) d'une famille inconnue de l'Illyrie, étoit un homme adonné au vin et aux femmes : il se fit aimer de *Galère-Maximien*, qui avoit du goût pour les ivrognes. Ce vice infame fut la source de son élévation, tant la fortune est bizarre ! *Maximien-Hercule*, le nomma César en 305, à la sollicitation de *Galère*. *Maxence* ayant pris le titre d'empereur à Rome en 307, *Sèvère* marche contre lui, et ayant été abandonné d'une partie des siens, il fut obligé de se renfermer dans Ravenne. *Maximien-Hercule*, qui, après avoir abdiqué l'empire, l'avoit repris, vint l'y assiéger. *Sèvère* se rendit à lui, espérant qu'on lui conserveroit la vie ; mais le barbare vainqueur lui fit ouvrir les veines en avril 307. Il laissa un fils que *Lucinius* fit mourir.
III. SEVERE III, (*Libius-Severus*) d'une famille de Lucanie, fut salué empereur d'Occident dans Ravenne, après la mort de *Majorien* en novembre 461. Le sénat approuva cette élection, avant d'avoir eu le consentement de *Léon* empereur d'Orient. Mais le nouveau César n'eut le temps de pouvoir rien entreprendre. Le général *Ricimer*, qui pour régner sous son nom lui avoit fait donner la couronne, le fit, dit-on, empoisonner. *Sèvère* ne fut qu'un fantôme, qui viola la justice et les lois, et qui se plongea dans la mollesse, tandis que *Ricimer* avoit réellement l'autorité suprême.
IV. SEVERE-ALEXANDRE, empereur Romain, *Voy*. VI. ALEXANDRE. V. SEVERE (*Lucius-Cornelius*) poète Latin sous le règne d'*Auguste*, l'an 24 avant J. C., fut distingué de la foule des poètes médiocres. Il a paru en 1713, à Amsterdam, in-12, une belle édition de ce qui nous reste de ce poète. Elle avoit été précédée par une autre in-8°, en 1703.
VI. SEVERE, Hérétique du II$^{e}$ siècle, vécut un peu après *Tatien*, dont il adopta quelques erreurs. L'origine du bien et du mal étoit alors un grand sujet de dispute. *Sèvère* admit deux principes opposés, l'un bon, l'autre mauvais, mais subordonnés à un Être suprême. L'homme étoit à la fois la production de ces deux principes : du *Bon* par sa raison, et du *Mauvais* par ses passions. Suivant lui, « le corps humain, depuis la tête jusqu'au nombre, étoit l'ouvrage du Bon principe, et le reste du corps étoit l'ouvrage du Mauvais. Le Bon et le Mauvais principe, après avoir ainsi formé l'homme de deux parties si contraires, avoient mis sur la terre tout ce qui pouvoit entretenir la vie de l'homme. L'Être bienfaisant avoit placé autour de lui des alimens propres à entretenir l'organisation du corps, sans exciter les passions ; et l'Être malfaisant au contraire, avoit mis autour de lui tout ce qui pouvoit éteindre la raison et allumer les passions. Lorsqu'on étudie l'histoire des malheurs qui ont affligé les hommes, on voit qu'ils ont presque tous leur source dans l'ivresse ou dans l'amour : *Sèvère* conclut de là que le vin et les femmes étoient deux productions du Mauvais principe. L'eau, qui conservoit l'homme calme, et qui n'altéroit point sa raison, étoit un présent de l'Être bienfaisant. Les *Encrutistes* ou *Tatianistes*, qui trouvèrent les principes de *Sévere* favorables à leur sentiment, s'attachèrent à lui, et prirent le nom de *Séveriens*. » (M. PLUQUET, *Dictionnaire des Hérésies*.)
SEVERE, *Voyez* SULPICE-SEVERE... CELER... et III. AQUI-LIUS. I. SEVERIN, (S.) abbé et apôtre de Bavière et d'Autriche, prêcha l'Évangile en Pannonie dans le v$^{e}$ siècle, et mourut le 8 janvier 482, après avoir édifié et éclairé les peuples barbares.
II. SEVERIN, (S.) de Château-Landon dans le Gâtinois, et abbé d'Ayaune, avoit le don des miracles. Le roi *Clovis* étant tombé malade en 504, le fit venir à Paris, afin qu'il lui procurât la guérison. Le Saint l'ayant obtenue du ciel, le prince lui donna de l'argent pour distribuer aux pauvres, et lui accorda la grace de plusieurs criminels. *S. Séverin* mourut sur la montagne de Château-Landon, le 11 février 507. Son corps fut placé, au VII$^{e}$ siècle, dans une chasse neuve que fit *S. Eloi*, et qui fut brisée et emportée par les Normands sous le règne de *Charles le Chauve*. Les reliques qui échappèrent à la fureur de ces barbares, furent presque entièrement dissipées par les Protestans dans le XVI$^{e}$ siècle. Il ne faut pas le confondre avec un autre *S. SEVERIN*, solitaire et prêtre de Saint-Cloud.
III. SEVERIN, (Saint) né à Bordeaux, devint évêque de Colonne, et montra le plus grand zèle pour extirper l'Arianième de son diocèse. Il mourut au com- commencement du v$^{e}$ siècle, et l'Église célèbre sa fête le 28 octobre.
IV. SEVERIN, Romain, élu pape après *Honorius I*, au mois de mai 640, ne tint le siège que deux mois, étant mort le 1$^{er}$ août de la même année. Il se fit estimer par sa vertu, par sa douceur et son amour pour les pauvres.
SEVERINE, (*Ulpia SEVERINA*) femme de l'empereur *Aurélien*, étoit fille d'*Ulpius Crinitus*, grand capitaine qui descendait de *Trajan*, dont il avoit la figure, la valeur et les talens. Sa fille avoit comme lui les inclinations guerrières. Elle suivit *Aurélien* dans ses expéditions, et s'acquit le cœur des soldats par ses bienfaits. Quoiqu'elle fût d'une vertu à toute épreuve, son époux, naturellement porté à la jalousie, eut toujours les yeux ouverts sur sa conduite. Il exigeoit d'elle qu'elle eût soin de sa maison comme une bourgeoise, et ne voulut jamais lui permettre les robes de soie. *Séverine* survécut à *Aurélien*, dont elle eut une fille, qui fut mère de *Séverien*, sénateur distingué sous le règne de *Constantin*.
SEVERUS, (*Cassius*) célèbre orateur qui ne s'occupoit qu'à accuser les sénateurs en plein sénat, quoique la plupart de ses accusations n'eussent ordinairement aucune suite, et qu'on renvoyait absous ceux qu'il attaquoit. Il n'étoit pas moins redoutable par ses libelles diñamatoires contre tout le monde. *Auguste* ayant fait informer contre lui, il fut exilé en Candie. Ce châtiment ne le rendit ni plus sage ni plus modéré : car dix ans après la mort de ce prince, *Tibere* fut obligé de l'envoyer à Séryphe, une des Cyclades, où il mourut l'an 24 de J. C. Suétone rapporte que ses écrits furent supprimés par arrêt du sénat.
SEVERUS, (Cornelius) Voy. CORNELIUS. I. SEVIGNÉ. (Marie de Rabutin, dame de Chantal et marquise de) fille de Celse-Bénigne de Rabutin, baron de Chantal. Bourbilly, etc. chef de la branche aînée de Rabutin, et de Marie de Coulanges, naquit le 5 février 1626. Elle perdit son père l'année suivante, à la descente des Anglois dans l'île de Rhé, où il commandoit l'escadre des gentils-hommes volontaires. Les graces de son esprit et de sa figure la firent rechercher par ce qu'il y avoit alors de plus aimable et de plus illustre. Elle épousa en 1644 Henri, marquis de Sévigné, qui fut tué en duel, l'an 1651, par le chevalier d'Albret, et elle en eut un fils et une fille. La tendresse qu'elle porta à ses deux enfans, lui fit sacrifier à leur intérêt les partis les plus avantageux. Sa fille ayant été mariée en 1669 au comte de Grignan, commandant en Provence, qui emmena son épouse avec lui, elle se consola de son absence par de fréquentes Lettres. On n'a jamais aimé une fille autant que Mme de Sévigné aimoit la sienne. Toutes ses pensées ne rouloient que sur les moyens de la revoir, tantôt à Paris où madame de Grignan venoit la trouver, et tantôt en Provence où elle alloit chercher sa fille. Cette mère si sensible fut la victime de sa tendresse. Dans son dernier voyage à Grignan, elle se donna tant de soins pendant une longue maladie de sa fille, qu'elle en contracta une fièvre continue qui l'emporta le 14 janvier 1696. Nous avons deux portraits de madame de Sévigné, l'un par le comte de Bussi qui la peint en laid, et l'autre par madame de la Fayette, qui ne s'attache qu'aux qualités et glisse sur les défauts. Bussi dit qu'elle étoit coquette, vive, gaie : qu'un sot éveillé l'emportoit toujours en estime auprès d'elle, sur un honnête homme sérieux ; qu'elle aimoit l'encens ; que voulant avoir une grande réputation de régularité, elle alloit ou tâchoit d'allier le plaisir avec le monde, la sagesse avec la vertu ; que quoique femme de qualité, elle se laisoit éblouir par les grandeurs de la cour, etc. etc. Madame de la Fayette la représente pleine d'esprit, et d'un esprit qui paroît sa figure, et qui faisoit disparaître l'irrégularité de ses traits ; elle lui donne une ame grande, noble, propre à dispenser des trésors, et incapable de s'abaisser au soin d'en amasser ; un cœur généreux, obligeant, bien fait et fidelle. Le fond de ces deux tableaux peut être vrai : mais on voudroit en vain se dissimuler qu'il y a du fondement dans le reproche que fait Bussi à madame de Sévigné, d'être trop touchée de l'éclat de la grandeur. Elle ne manque jamais de faire part à madame de Grignan de tous les regards qu'on a jetés sur elle à la cour, et des plus petites politesses qu'elle a reçues du roi, de la reine et de la maîtresse favorite. Nous ne citerons qu'un morceau du compte qu'elle rend à sa fille, des petites faveurs qu'elle eut à Saint-Cyr à la représentation d'Esther. « Le roi vint vers nos places, et après avoir tourné, il s'adressa à moi et me dit : Ma- dame, je suis assuré que vous avez été contente. Moi, sans mé- tonner, je répondis : SIRE, je suis charmée ! ce que je sens est au-dessus des paroles. Le roi me dit : *l'racine a bien de l'esprit.* — SIRE, il en a beaucoup ; mais, en vérité, ces jeunes personnes en ont beaucoup aussi ; elles entrent dans le sujet, comme si elles n'avoient jamais fait autre chose. Il me dit : *Ah ! pour cela il est vrai.* Et puis sa majesté s'en alla et me laissa l'objet de l'envie. Comme il n'y avoit quasi que moi de nouvelle venue, il eut quel- que plaisir de voir mes sincères admirations sans bruit et sans éclat. M. le Prince et madame la Princesse me vinrent dire un mot : madame de *Maintenon*, comme un éclair, s'en alla avec le roi : je répondis à tout, car j'étois en fortune. » Dans quelle extase M.$^{me}$ de *Sévigné* n'est-elle point à la vue du cordon bleu que le comte de *Grignan* venoit d'ob- tenir ! Avec quelle complaisance ne parle-t-elle point au comte de *Bussi-Rabutin* de la généalogie qu'il venoit de faire de leur mai- son ! *Louis XIV* venoit de dan- ser avec elle ; flattée de cette pré- férence, elle se tourna vers *Ra- butin* pour lui dire : *Il faut con- venir que nous avons un grand roi.* — *Je le crois bien, ma cou- sine*, lui répondit le comte, après ce qu'il vient de faire. Il faudroit rapporter trop de traits différens pour faire connoître plus en dé- tail madame de *Sévigné*, qui du moins montroit avec naïveté et avec grace ses défauts. Elle eut sans doute beaucoup de petitesses de son sexe ; trop d'attention aux minuties de femmes ; trop d'envie de se montrer et de plaire ; peut-être trop de coquetterie, sans pourtant penser qu'elle nui- sit à sa vertu. Il ne faut donc adop- ter servilement ni les censures du comte de *Bussi* ni les louan- ges de madame de *la Fayette*, mais lire ses Lettres, et y étudier son esprit et son cœur. Le ca- ractère original qui y règne est si marqué, qu'aucun recueil épis- tolaire ne peut lui être comparé. Ce sont des traits fins et déli- cats, formés par une imagina- tion vive, qui peint tout, qui anime tout. Elle y met tant de ce beau naturel qui ne se trouve qu'avec le vrai, qu'on se sent af- fecté des mêmes sentimens qu'elle. On partage sa joie et sa tristesse, on souscrit à ses louanges et à ses censures. On n'a jamais raconté des riens avec tant de grace. Tous ses récits sont des tableaux de l'*Albane* ; enfin madame de *Sév- gné* est dans son genre, ce que la *Fontaine* est dans le sien, le modèle et le désespoir de ceux qui suivent la même carrière. *Bussi-Rabutin* a très-bien carac- térisé le style de sa cousine, dans une de ses lettres. « Votre manière d'écrire libre et aisée me plaît bien davantage que la régularité de la plupart de MM. de l'acadé- mie. C'est le style d'une femme de qualité qui a bien de l'esprit, qui soutient le caractère des ma- tières enjouées, et qui égaie celui des sérieuses. » On a remarqué que quand madame de *Sévigné* dictoit ses lettres, son style, si vif et si serré, devenoit lâche ; et *Corbinelli* lui disoit qu'elle per- doit alors une partie de son esprit. Elle aimoit beaucoup les personnes enjouées et qui l'étoient sans con- trainte, et elle ne craignoit rien tant que ces gens affectés qui ont de l'esprit tout le jour. Les bons mots n'étoient pas perdus avec elle, et elle en disoit souvent. Il faut, disoit-elle, pardonner aux amoureux, ainsi qu'aux gens des Petites - Maisons. Dans la dispute élevée sur les Anciens et les Modernes, elle décida ainsi : Les Anciens sont beaux ; mais nous sommes plus jolis. Les meilleures éditions de ses Lettres, sont celles de 1775, en 8 volumes in-12, et de l'an 10, en dix vol. in-12, avec un Discours préliminaire, par l'abbé de Vaucelles. On a aussi donné séparément, en 1777, in-12, un Supplément, dont la moitié est composée des Lettres de la marquise de Simiane, petite-fille de Madame de Sévigné. Il auroit été peut-être à souhaiter que l'on fit un choix dans ces différens morceaux. Il est difficile de soutenir la lecture de dix volumes de Lettres, qui, quoique écrites d'une manière inimitable, offrent beaucoup de répétitions et ne renferment très-souvent que de petits faits. Il est bien vrai qu'une des principales causes de l'intérêt qu'on éprouve en les lisant, c'est qu'elles sont en partie historiques. On peut les regarder comme des Mémoires propres à faire connoître les mœurs, le ton, l'esprit, les usages, l'étiquette qui régnoient à la cour de Louis XIV. On y trouve des anecdotes qu'on chercheroit vainement ailleurs ; mais ces particularités seroient bien plus piquantes, si elles étoient quelquefois débarrassées de cette foule de petits détails domestiques et de miunties qui devoient mourir entre la mère et la fille. Au reste, je ne sais où Caraccioli a pris que ces deux dames, qui soupiroient sans cesse pour leur réunion, étoient quelquefois insupportables l'une à l'autre, lorsqu'elles étoient réunies : les cœurs s'accordoient, dit-il, et non les humeurs. C'est une anecdote que je n'ai lue que dans les Lettres récréatives et morales et qu'il seroit intéressant de vérifier, quand ce ne seroit que pour faire connoître le cœur humain. L'académie de Marseille a proposé l'éloge de madame de Sévigné, pour sujet de l'un de ses prix. On donna en 1756, sous le titre de SEVIGNIANA, un Recueil des pensées ingénieuses, des anecdotes littéraires, historiques et morales, qui se trouvent répandues dans ces Lettres. Ce Recueil fait sans choix et sans ordre, est parsemé de notes, dont quelques-unes sont fort satiriques.
II. SÉVIGNÉ, (Charles, marquis de) fils de la précédente, hérita de l'esprit et des graces de sa mère. Il fut un des amans de la célèbre Ninon de Lenclos. Dégoûté de l'amour, il se livra aux lettres, et eut une dispute avec Dacier sur le vrai sens d'un passage d'Horace. Il n'avoit pas raison pour le fonds, mais il l'eut pour la forme. Il publia trois Factions, où sans faire parade d'une pesante érudition, il montre beaucoup de délicatesse. Il se défend avec la politesse et la légèreté d'un homme du monde et d'un bel esprit, tandis que son adversaire ne combat qu'avec les armes lourdes de l'érudition. Il mourut en 1713.
III. SÉVIGNÉ, (Françoise-Marguerite de) Voy. GRIGNAN.
SEVIN, (François) né dans le diocèse de Sens, parvint par son mérite aux places de membre de l'académie des Belles - Lettres, et de garde des manuscrits de la bibliothèque du roi. Son esprit. son érudition, et son zèle pour le progrès des sciences, lui firent des amis illustres. Il entreprit, avec l'abbé Fourmont, en 1728, par ordre de Louis XV, un voyage à Constantinople, pour y rechercher des manuscrits; aidé des soins du marquis de Villeneuve, ambassadeur, il en rapporta environ 600; mais il ne put recouvrer aucun des ouvrages des anciens Grecs. On a publié en l'an dix, à Paris, les Lettres de Sevin sur ce voyage, un vol. in-8. Elles sont agréables, quoiqu'écrits avec un peu trop de prétention au bel esprit. On y trouve, outre des détails intéressants sur Constantinople, sur l'Égypte, la mer Rouge, le Nil, l'Isthme de Suez, un Mémoire de Caylus sur l'architecture des Turcs, d'autres de Peysonnel sur diverses antiquités, une Dissertation sur le calendrier de l'intérieur de l'Inde par le missionnaire Beschi, et enfin une Relation attachante du consulat de M. Anquetil à Surate. On a encore de l'abbé Sevin, une Dissertation curieuse sur Menès ou Mercure, premier roi d'Égypte, in-12; et plusieurs écrits dans les Mémoires de l'académie des Inscriptions, qui le perdit en 1741.
SEVIN, Voy. QUINCI.
SEVOY, (François-Hyacinthe) natif de Jugon en Bretagne, entra l'an 1730 dans la Congrégation des Eudistes, à l'âge de 23 ans, et s'y distingua par une grande application à l'étude. Après avoir professé avec succès la philosophie et la théologie dans plusieurs Maisons de sa Congrégation, on le chargea de la conduite du séminaire de Blois, qu'il gouverna quelque temps. Mais ce genre d'occupation ne s'accom- modant pas avec son goût, il fut dispensé de toutes sortes d'emplois, et se consacra entièrement à l'étude. Son travail n'a pas été infructueux au public. Nous devons à ses veilles un ouvrage intitulé: Devoirs Ecclésiastiques, Paris, 4 vol. in-12. C'est le résultat des conférences et des instructions qu'il donnoit de temps en temps aux jeunes ecclésiastiques. Le 1er vol., 1760, est une Introduction au sacerdoce: les 2e et 3e vol., 1762, contiennent une Retraite pour les prêtres: le 4e traite des vices que les ministres des autels doivent éviter, et des vertus qu'ils doivent pratiquer. Ce dernier ne parut qu'après la mort de l'auteur, arrivée le 1er juin 1765, au séminaire de Rennes. En général les matières y sont traitées d'une manière nouvelle, avec exactitude et solidité. Le style en est concis et nerveux.
SEUR, Voyez SUEUR. I. SEWARD, (Thomas) Anglois, ministre d'Évam, a donné une édition des Œuvres dramatiques de Fletcher, et a publié quelques écrits contre la cour de Rome. Il est mort en 1790.
II. SEWARD, (William) Anglois, né à Londres en 1747, d'un bras-eur de bière, devint l'un des plus célèbres biographes. Il étoit membre de la société Royale et de celle des Antiquaires. On lui doit des Mémoires sur les personnages fameux, 5 vol. in-8. et un Supplément à cet ouvrage, intitulé Biographianæ, 2 vol. in-8. Seward est mort dans ces dernières années. I. SEWEL, (William) chirurgien Hollandois, mort en 1720, a publié un Dictionnaire anglois et bollandois, et une *Histoire* de l'origine et des progrès des Quakers.