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03.0 Dictionnaire historique — II – STRAFFORT

Nouveau Dictionnaire historique — Chaudon & Delandine — 1804 — section

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II. SEWEL, (George) poète Anglois, né à Windsor, mort en 1726, a donné quelques pièces de théâtre, entr'autres la tragédie de *Walter Raleigh*. On lui doit encore: 1° *La Défense* du théâtre anglois; 2° une *Vie* de *Jean-Philippe*.
SEXTUS-TARQUIN, *Voyez* I. LUCRÈCE.
SEXTUS-POMPÉE, *Voyez* II. POMPÉE. I. SEXTUS - EMPYRICUS, philosophe Pyrrhonien, sous l'empire d'*Antonin le Débonnaire*, étoit médecin de la secte des Empyriques. Les médecins de cette secte se méfiant des raisonnemens si faux et si vagues de la plupart des autres docteurs, et ne voulant s'en rapporter qu'à l'expérience et aux observations, embrassoient avec plaisir la doctrine de *Pyrrhon*. On dit que *Sextus - Empyricus* avoit été l'un des précepteurs d'*Antonin le Philosophe*. Il nous reste de lui des *Institutions Pyrrhoniennes*, en trois livres, traduites en françois par *Haart*, 1725, in-12; et un grand ouvrage contre les *Mathématiciens*, etc. La meilleure édition de *Sextus - Empyricus*, est celle de *Fabricius*, en grec et en latin, in-folio, Leipzig, 1718. Ses ouvrages offrent beaucoup d'idées singulières; mais on y trouve des choses curieuses et intéressantes. Il rassemble tout ce qui peut favoriser le Pyrrhonisme, et il le fait valoir heureusement.
II. SEXTUS, né à Chéronée en *Bépie*, étoit neveu de *Piu-* *tarque*. Il embrassa la philosophie Stoïcienne, et devint précepteur des empereurs *Lucius-Verus* et *Marc-Aurele*. Ses écrits se sont perdus. — Un autre *Sextus*, philosophe de l'école de *Pyrrhon*, vivait sous le règne d'*Antonin*, et on a conservé quelques-uns de ses opuscules.
SEYDA, régente du royaume de Perse après la mort de son époux *Magdeddulat*, et mère de *Rostan*, gouverna ses états avec gloire, et les remit à son fils, qui la dépouilla aussitôt de toute autorité. Indignée de son ingratitude et des insultes du vizir *Avicenne*, *Seyda* se réfugia dans le château de Tabarek, dans le royaume de Lar, leva une armée, se mit à la tête, combattit son fils, le fit prisonnier et remonta sur le trône. Dès-lors, la Perse fut paisible au dedans et respectée au-dehors. Elle donnoit audience à ses ministres, cachée derrière un rideau; mais elle paroissoit à visage découvert devant les ambassadeurs des grands princes. Elle mourut vers l'an 420 de l'hégire.
SEYDLITZ, (Frédéric-Guillaume, baron de) né dans le pays de Clèves, en 1722, entra au service du roi de Prusse, et devint l'un de ses généraux les plus célèbres. Après s'être distingué dans la guerre de Silésie, il eut de brillans succès dans celle de sept ans. Lors de la défaite des Prussiens à Kolin, le 18 juin 1757, il couvrit habilement leur retraite, et commanda ensuite la cavalerie à la bataille de Rosbach, où les François furent vaincus. Il repoussa courageusement les Russes à celle de Zorndorf, le 25 août, et mourut, comblé de gloire et d'honneur, en 1773. *Frédéric* lui fait ériger une statue sur la place Guillaume à Berlin.
SEYMOUR, (Anne, Marguerite et Jeanne) trois sœurs illustres, étoient filles d'Edouard Seymour, protecteur du royaume d'Angleterre sous le roi Edouard VI, et duc de Sommerset, etc. qui eut la tête tranchée le 24 janvier 1552, à cause de sa cruauté et de son despotisme, et nièces de Jeanne Seymour, épouse du roi Henri VIII, laquelle perdit la vie en la donnant au prince nommé depuis Edouard VI. La poésie fut un de leurs talens; elles enfantèrent 104 Distiques latins sur la mort de la reine de Navarre, Marguerite de Valois, sœur de François I. Ils furent traduits en françois, en grec, en italien, et imprimés à Paris, en 1551, in-8°, sous le titre de Tombeau de MARGUERITE de Valois, Reine de Navarre. Il y en a quelques-uns d'heureux; mais, en général, ils sont très-foibles.
SEYSSEL, (Claude de) natif d'Aix en Savoie, ou selon d'autres; de Seyssel, petite ville du Bugey, professa le droit à Turin avec un applaudissement universel. Son savoir et ses intrigues lui obtinrent les places de maître des requêtes et de conseiller de Louis XII, roi de France, l'évêché de Marseille en 1510, puis l'archevêché de Turin en 1517. Il publia un grand nombre d'ouvrages théologiques, juridiques, historiques, et différentes Traductions. Son Histoire de Louis XII, Père du Peuple, in-4°, Paris, 1615, n'est qu'un panégyrique historique. Il déprime tous les héros anciens et modernes pour élever le sien. Il se permet surtout des critiques très-fortes des actions de Louis XI. Il savoit apparemment que le contraste du monarque régnant, avec ses prédécesseurs, étoit le tableau le plus agréable qu'on pût présenter aux courtisans et au prince. L'envie de trouver des défauts aux souverains morts, lui fournit quelques anecdotes curieuses. On a encore de lui un Traité peu commun et assez singulier, intitulé : La Grande Monarchie de France, 1519, in-8°, dans lequel il fait dépendre le roi du parlement. Ce prélat mourut la nuit du 31 mai au premier juin 1520, « dans un âge apparemment assez avancé. Il laissa une fille naturelle, nommé Agnès, à laquelle, moyennant une dot de 5000 écus d'or, il avoit quelque temps auparavant pris soin de trouver un mari. Quoiqu'il ne se fût pas beaucoup appliqué aux humanités et à l'éloquence, il écrit assez bien, et avec beaucoup de facilité. Il ne paroît pas avoir été fort profond en théologie, comme il l'avoue lui-même; mais il raisonne assez juste, suivant ses principes, et éclaircit les matières par des exemples familiers qui les rendent populaires. C'est le jugement que M. Dupin fait de ce prélat. Ses ouvrages de jurisprudence ont été estimés de son temps, et lui ont acquis la réputation d'habile jurisconsulte. Ceux qui l'ont regardé comme un homme habile dans la connoissance de la langue grecque, parce qu'il avoit publié des Traductions françoises d'auteurs Grecs, ont été des dupes. Ces Traductions ont été faites sur des versions latines, dont souvent il n'a pas pris le sens, et dont il a copié les fautes, en y ajoutant les siennes propres. La louange la plus véritable qu'on puisse lui donner, est d'avoir été le premier qui ait commencé à écrire en notre langue avec quelque pureté. » C'est ce que dit *Nicéron* dans le tome 24 de ses *Mémoires*. **I. SFONDRATI**, (François) sénateur de Milan, et conseiller d'état de l'empereur *Charles-Quint*, naquit à Cremone en 1494. Ce prince l'envoya à Sienne, déchirée par des divisions intestines; il s'y conduisit avec tant de prudence, qu'on lui donna le nom de *Père de la Patrie*. Il embrassa l'état ecclésiastique après la mort de son épouse. Le pape *Paul III*, instruit de son mérite, l'éleva à l'évêché de Cremone, et à la pourpre romaine. Il mourut le 31 juillet 1550, à 56 ans. On a de lui un poème intitulé : *L'Entèvement d'Hélène*, imprimé à Venise en 1559. Il laissa deux fils, *Paul* et *Nicolas*. Ce dernier, venu au monde par le moyen de l'opération césarienne, obtint la tiare sous le nom de *Grégoire IV*. Noyez ce mot.
**II. SFONDRATI**, (Paul-Emile) neveu de *Grégoire XIV*, né en 1561, mérita par ses vertus le chapeau de cardinal, et mourut à Rome le 14 février 1618, laissant des regrets aux pauvres et aux gens de bien.
**III. SFONDRATI**, (Célestin) petit-neveu du précédent, entra dans l'Ordre des Bénédictins, professa les saints Canons dans l'université de Saltzbourg, et fut ensuite abbé de Saint-Gal. Son savoir et sa naissance lui procurèrent la pourpre romaine en 1695. Il mourut à Rome le 4 septembre 1696, âgé de 53 ans. Ce cardinal est fort connu par plusieurs ou- ouvrages contraires aux maximes de l'Eglise Gallicane; tel est le *Gallia vindicata*, qu'il composa en 1687 contre les décisions de l'assemblée du Clergé de 1682, sur l'autorité du pape. En 1688, il en publia un autre contre les *Franchises des quartiers des Ambassadeurs à Rome*. C'étoit au sujet de l'ambassade du marquis de *Lavardin*, et de son différent avec le pape *Innocent XI*. Mais celui qui a fait le plus de bruit, est un ouvrage posthume, intitulé : *Nodus Prædestinationis dissolutus*, Rome, 1696, in-4°. On y trouve des opinions singulières sur la Grace, sur le péché Original, et sur l'état des enfans morts avant le baptême. Le grand *Bossuet* et le cardinal de *Noailles* écrivirent à Rome, pour y faire condamner cet ouvrage; mais le pape *Clément XI*, qui avoit eu pour maître le cardinal *Sfondrati*, ne voulut pas que son livre fut censuré. **I. SFORCE**, (Jacques) surnommé le *Grand*, est la tige de l'illustre maison des *Sforce* qui a joué un si grand rôle en Italie dans le xv$^{e}$ et dans le xvi$^{e}$ siècles. Elle a eu six ducs de Milan, et s'est alliée avec la plupart des souverains de l'Europe. *Jacques Sforce* vit le jour le 28 mai 1369, à Cotignola, petite ville de la Romagne, entre Imola et Faenza, d'un laboureur, ou selon *Commines*, d'un cordonnier. Une compagnie de soldats ayant passé par Cotignola, il lui prit envie d'aller à la guerre. Je m'en vais, dit-il en lui-même, *dardemalache contre cet arbre*; et si elle entre assez avant pour y demeurer attachée, je me ferai soldat. La hache, dit l'abbé de *Choisi*, s'attacha à l'arbre et il s'enrôla, et parce qu'il l'avoit dardée de toute sa force, il s'appela Sforce. Il passa par tous les degrés de la discipline militaire, et parvint jusqu'à commander 7000 hommes. Le héros Italien combattit long-temps pour Jeanne II reine de Naples, fut fait connétable de ce royaume, gonfalonier de la Sainte-Eglise, et créé comte de Cotignola par le pape Jean XXIII, en dédommagement de 14000 ducats que l'Eglise de Rome lui devoit. Ses exploits devinrent de jour en jour plus éclatans. Il obligea Alphonse roi d'Aragon, de lever le siège de devant Naples, et reprit plusieurs places qui s'étoient révoltées dans l'Abruzze et le Labour. Mais, en poursuivant les ennemis, il se noya au passage de la rivière d'Aterno, aujourd'hui Pescara, le 3 janvier 1424, à 54 ans. Son vrai nom étoit Giacomuzzo ou Jacques Attendula, qu'il changea en celui de Sforza. Les qualités héroïques qui le distinguèrent, ne l'empêchèrent pas de se livrer à l'amour. Il aima dans sa jeunesse une demoiselle nommée Lucia Trezana, qu'il maria après en avoir eu plusieurs enfans : entre autres François Sforce, dont il sera parlé dans l'article suivant ; et Alexandre Sforce, seigneur de Pesaro. Il eut ensuite trois femmes : I. Antoinette Salembini, qui lui apporta plusieurs belles terres, et dont il eut Bosio Sforce, comte de Santa-Fior, gouverneur d'Orviette pour le pape Martin V, et bon guerrier, qui épousa une fille du pape Paul III, et fut la tige des comtes de Santa-Fior qui subsistent encore. II. Jacques épousa en secondes noces, Catherine Alopa, sœur de Rodolphe, grand camerlingue du royaume de Naples ; et en 3$^{e}$, Marie Marzana, fille de Jacques duc de Sessa. Il eut de celle-ci Charles Sforce, général de l'Ordre des Augustins, et archevêque de Milan.
II. SFORCE, (François) duc de Milan, et fils naturel du précédent, naquit le 25 juillet 1401. Elevé par son père dans le métier des armes, il n'avoit que 23 ans lorsqu'il défit, en 1424, les troupes de Braccio, qui lui disputoit le passage d'Aterno. Son père s'étant malheureusement noyé dans cette action, il succéda à tous ses biens, quoiqu'il fût illégitime. Il combattit avantageusement contre les Aragones, contribua beaucoup à leur faire lever le siège de Naples, et à la victoire remportée le 6 juin 1425, près d'Aquila, sur les troupes de Braccio, où ce général fut tué. Après la mort de la reine Jeanne, arrivée en 1435, il s'a tache à René, duc d'Anjou, qu'elle avoit fait son héritier. Malgré les malheurs de ce prince, François Sforce, aussi habile politique que grand général, sut se soutenir. Il se rendit maître de plusieurs places dans la Marche d'Ancone, d'où il fut chassé par le pape Eugène IV, qui le battit et l'excommunia. Sforce rétablit bientôt ses affaires par une victoire. La réputation de sa valeur étant au plus haut point, le pape, les Vénitiens et les Florentins, l'éluèrent pour leur général dans la guerre contre le duc de Milan. Il avoit déjà commandé l'armée des Vénitiens contre ce prince, et il en avoit épousé la fille. C'étoit Philippe-Maria Visconti. Ce duc étant mort en 1447, les Milenois appelèrent François Sforce, son gendre, pour être leur général contre les Vénitiens. Mais après plusieurs belles actions en leur faveur, il tourna ses armes contre eux-mêmes, assiégea Milan, (Voy. BRUNORO.) et les força en 1450 à le recevoir pour duc, malgré les droits de Charles duc d'Orléans, fils de Valentine de Milan. Le roi Louis XI, qui n'aimoit pas le duc d'Orléans, transporta en 1464 à François Sforce, tous les droits que la France avoit sur Gênes, et lui donna Savone qu'il tenoit encore. Sforce avec cet appui, se rendit maître de Gênes. Ce vaillant capitaine mourut en 1466, avec la réputation d'un homme qui vendoit son sang à qui le payoit le plus cher, et qui n'étoit pas scrupuleusement esclave de sa parole. Il avoit épousé en secondes roces Blanche-Marie, fille naturelle de Philippe-Marie duc de Milan. Il en eut : I. Galeas-Marie et Ludovic-Marie, ducs de Milan. (Voyez les articles suivans.) II. Philippe-Marie, comte de Pavie. III. Sforce-Marie, duc de Bari, qui épousa Léonore d'Aragon. IV. Ascogne-Marie, évêque de Pavie et de Cremone, et cardinal, pris par les troupes de Louis XII, et enfermé pendant quelque temps dans la tour de Bourges. C'étoit un homme artificieux qui trompa le cardinal d'Amboise, lorsque ce prélat François aspiroit à la papauté. V. Hippolyte mariée à Alphonse d'Aragon, duc de Calabre, puis roi de Naples. VI. Elisabeth mariée à Guillaume marquis de Montferrat. Il eut aussi plusieurs enfans naturels : entr'autres, Sforce, tige des comtes de Burgo-Novo; et Jean-Marie, archevêque de Gênes... Jean Simoneta a écrit l'Histoire de François Sforce, Milan, 1479, in - fol. : c'est plutôt un modèle pour les guerriers, que pour les citoyens justes et équitables.
III. SFORCE, (Galéas-Marie) né le 14 janvier 1444, fut envoyé en France au secours de Louis XI. Il succéda à François Sforce son père dans le duché de Milan, en 1466; mais ses débauches et son extrême férocité le firent assassiner le 25 décembre 1476, dans une église, au milieu de la multitude assemblée. De son mariage avec Bonne, fille de Louis duc de Savoie, il eut Jean-Galeas-Marie, (Voyez l'article qui suit); et Blanche-Marie, 2e femme de l'empereur Maximilien. Il eut aussi une fille naturelle, qui est l'objet de l'article V ci-après.
IV. SFORCE, (Jean-Galeas-Marie) fils du précédent, fut laissé sous la tutelle de sa mère et du secrétaire d'état Cæcus Simoneta. Mais Ludovic-Marie Sforce, son oncle, surnommé le More, obligea la duchesse de s'enfuir de Milan, et fit trancher la tête à Simoneta malgré son état de septuagénaire. S'étant emparé du gouvernement, il fit donner à son neveu un poison lent, dont il mourut à Pavie en 1494, peu de jours après l'entrée du roi Charles VIII dans cette ville. Le crime de Ludovic le More ne demeura pas impuni. Louis de la Tremouille, l'un des généraux de Louis XII, se rendit maître de sa personne, il fut amené en France; et Louis XII (Voyez son article), le fit enfermer à Loches, où il mourut en 1510. Ce Ludovic étoit un lâche et un traître, dit le P. Berthier. Quand il fut rentré dans Milan, après la première conquête du roi, il fit aux François une sorte de guerre digne d'un célérat comme lui. On étoit alors dans l'année séculaire. Les pèlerins qui alloient de France à Rome pour y gagner le jubilé, étoient mis à mort dans les hôtelleries par les ordres secrets de *Ludovic*, qui donnoit un ducat d'or de chaque tête qu'on lui apportoit. Ces cruautés furent vengées par d'autres cruautés; car les François portèrent le fer et le feu dans tous les lieux où leurs compatriotes avoient été égorgés. *Jean-Galeas-Marie Sforce* avoit épousé *Isabelle d'Aragon*, fille d'*Alphonse* roi de Naples. Ses enfans furent : I. *François Sforce*, qui, pour être soustrait à la fureur de son grand-oncle, fut envoyé en France par la duchesse sa mère auprès du roi *Louis XII*, et qui mourut abbé de Marmoutier en 1511. II. *Bonne*, mariée à *Sigismond* roi de Pologne. *Ludovic-Marie Sforce*, leur grand-oncle, surnommé le *More* à cause de son teint basané, avoit épousé *Beatrix d'Est*, fille d'*Hercule* marquis de *Ferrare*. De ce mariage naquirent : I. *Maximilien Sforce*, qui fut rétabli duc de Milan par l'empereur *Maximilien* en 1512; mais qui ne pouvant s'y soutenir, céda la ville de Milan au roi *François I*. Il vint en France avec une pension de 30 mille écus d'or, et mourut à Paris en 1530, généralement méprisé, à cause de la manière sordide dont il avoit passé ses dernières années. II. *François Sforce*, 3$^{e}$ du nom, qui fut aussi rétabli en 1529, par l'empereur *Charles-Quint*. Il mourut le 24 octobre 1535, sans laisser de postérité. Après sa mort, *Charles-Quint* s'empara du duché de Milan, lequel a passé aux successeurs de cet empereur. *Ludovic-Marie Sforce* eut aussi plusieurs enfans naturels, entr'autres, *Jean-Paul*, tige des marquis de *Caravaggio*, éteints en 1697.
SFORCE, (*Ludovic-Marie*) *Voy*. l'article précédent. V. SFORCE, (*Catherine*) fille naturelle de *Galeas-Marie Sforce*, duc de Milan, assassiné en 1476, et femme de *Jérôme Riario*, prince de *Forli*, est regardée comme une des héroïnes de son siècle. Les sujets de son mari s'étant révoltés, et ce prince ayant été assassiné par *François Ursus*, chef des rebelles, elle fut mise en prison avec ses enfans. La forteresse de Rimini tenoit encore pour elle. Comme cette place ne vouloit pas se rendre par son ordre, la princesse témoigna qu'il étoit nécessaire qu'on lui permit d'y entrer, afin qu'elle pût engager le commandant à se soumettre aux vainqueurs. Sa demande lui fut aussitôt accordée. Mais à peine y fut-elle entrée, que se voyant en sûreté, elle commanda aux rebelles de mettre les armes bas, les menaçant des derniers supplices s'ils n'obéissoient. Les conjurés frustrés de leurs espérances, la menaçèrent de leur côté de tuer ses enfans, qu'elle leur avoit laissés en otage. Mais elle leur répondit hardiment, en levant ses jupes, qu'il lui restoit encore de quoi en faire d'autres. Sur ces entrefaites, elle reçut un secours considérable, que lui envoyoit *Ludovic-Marie Sforce*, duc de Milan, son oncle, et elle recouvra peu après, par sa prudence et par son courage, la puissance souveraine. Pendant les guerres des François en Italie, elle se montra toujours ferme, toujours courageuse, et se fit respecter même de ses ennemis. Elle se remaria à *Jean de Médicis*, père de *Cosme* dit le *Grand*. Le duc de *Valentinois*, bâtard du pape *Alexandre VI*, l'ayant assiégée dans Forli en 1500, elle s'y défendit vigoureusement, et ne céda enfin qu'à la force et à la dernière extrémité. On l'emmena prisonnière dans le château Saint-Ange, et peu après on la mit en liberté, mais sans lui restituer ses états, dont le duc de *Valentinois* fut investi, et qui, après la mort d'*Alexandre VI*, furent réunis au Saint-Siège. Cette héroïne mourut quelque temps après, couronnée des mains de la Politique et de la Victoire. La postérité l'a placée au nombre de ces femmes illustres, qui sont au-dessus de leur sexe et de leur siècle. S'GRAVESANDE, *Voyez GRAVESANDE*.
SHADWELL, (Thomas) poète dramatique Anglois, mort en 1692, à 52 ans, d'un excès d'opium. On a de lui, outre ses *Pièces* dramatiques, une *Traduction* en vers des *Satires* de *Juvénal*, et d'autres *Poésies*, qui plurent davantage à ce qu'on appelle le petit public, qu'aux gens de goût. Dans le temps de la révolution, il fut fait poète lauréat et historiographe du roi *Guillaume*, à la place du célèbre *Dryden*. Il étoit peu propre à cet emploi : car on le peignit dans son oraison funèbre comme un homme droit et intègre, qui aimait sincèrement la vérité. *Voltaire* paroit très-peu favorable à ses talens dans sa XIX$^{e}$ *Lettre Philosophique*. «Je ne sais, dit-il, comment le sage et ingénieux M. de *Mural*, dont nous avons les *Lettres sur les Anglois et sur les François*, s'est borné, en parlant de la comédie, à critiquer un comique nommé *Shadwell*. Cet auteur étoit assez méprisé de son temps : il n'étoit point le poète des honnêtes gens. Ses pièces, goûtées pendant quelques représentations par le peuple, étoient dédaignées par tous les gens de bon goût, et ressembloient à tant de pièces que j'ai vues en France attirer la foule et révolter les lecteurs, dont on a pu dire : *Tout Paris les condamne, et tout Paris les court.* » Ses principales Pièces sont : I. *Les Amans chagrins* ou *les Impertinens*, Londres, 1668. C'est une imitation des *Fâcheux* de *Molière*, mais inférieure à son modèle, quoique le modeste auteur prétend l'avoir surpassé dans ce qu'il a pris de lui. II. *Les Capricieux*, comédie dont le but est de critiquer quelques vices et quelques défauts du siècle. III. *La Bergère Royale*, Londres, 1669, in-4$^{o}$. IV. *Le Virtuoso*, comédie, Londres, 1676, in-4$^{o}$. V. *Psyché*, tragédie, à Londres, 1675, in-4$^{o}$. VI. *Le Libertin*, tragédie ; c'est le même sujet que la *Statue du festin de Pierre*. VII. *Les Eaux d'Epsom*, comédie que *Saint-Evremond* trouvoit divertissante. Elle fut imprimée à Londres en 1676, in-4$^{o}$. VIII. *Timon le Misantrope*, comédie, à Londres, 1678, in-4$^{o}$. IX. *Le Misérable*, comédie ; c'est une mauvaise imitation de l'*Avare* de *Molière*. X. *La véritable Veuve*, comédie, Londres, 1679, in-4$^{o}$. XI. *Les Sorciers de Lancastre*, Londres, 1682, in-4. XII. *La Femme Capitaine.* XIII. *Le Gentilhomme d'Alsace*, Londres, 1688, in-4. I. SHAFTESBURY, (Antoine Ashley Cooper, comte de) né en 1721, d'une famille distinguée, devint chancelier d'Angleterre sous *Charles II*, qui le créa comte de *Shaftesbury* en 1672. Pendant son ministère, il ne fit que des décrets modérés et équitables. Son ambition lui fit former en 1680, avec le duc de *Monmouth*, le lord *Bussel*, et quelques autres seigneurs, le projet d'un soulèvement. Cette conspiration n'éclata cependant qu'en 1682. Alors le chancelier doutant du succès, et craignant une fin funeste, se retira en Hollande où il mourut bientôt, le 22 janvier 1683. Voici le portrait que l'abbé *Raynal* a tracé de ce ministre dans son *Histoire du Parlement d'Angleterre*. « La nature lui avoit donné un esprit vaste ; le travail lui procura des connoissances profondes. L'ambition le fit aspirer aux grandes intrigues : l'habileté l'y plaça ; le bonheur l'y fit réussir. Il fut ami sincère, rival dangereux, ennemi implacable, voisin inquiet, maître généreux. Le talent de la parole commença sa réputation : une éloquence forte, véhémente, plaisante même, mais à propos, lui avoit érigé une espèce de trône dans le parlement ; il y régnoit. Inutilement délibéroit-on, il ramenoit tout à lui par la conviction, par le sentiment, ou par la crainte du ridicule. De cet avantage naissoit la facilité qu'il trouvoit à former des cabales et des factions. Une détermination forte à tout oser, justifioit l'air de confiance qu'il affectoit souverainement avec ses com- plices. Il ne fit jamais de crime inutile ; mais il hasarda toujours sans remords, tous ceux qu'il crut nécessaires à ses vengeances, à sa réputation, à ses intérêts. C'est peut-être le premier homme qui, sans inconstance, ait changé cinq à six fois de parti. Il contoit avec complaisance les raisons de ses variations et on ne pouvoit s'empêcher d'en admirer le temps, la manière et les circonstances. Une connoissance parfaite des talens, de l'humeur, des vues de tous ceux qui avoient quelque part aux affaires de sa nation, montroit à ses yeux l'avenir d'une manière qui tenoit beaucoup plus de la certitude que de la conjecture. Ses lumières n'étoient sûres qu'en politique ; il donnoit dans des erreurs capitales sur tout le reste. Il portoit l'athlétisme dans la Religion, la confusion du bien et du mal dans la Morale, le Pyrrhonisme dans l'Histoire, l'Astrologie dans la Physique. Il seroit possible de tracer deux portraits de cet homme singulier, tous deux beaux, tous deux ressemblans, tous deux opposés. »
II. SHAFTESBURY, (Antoine Ashley Cooper, comte de) petit-fils du précédent, vit le jour à Londres en 1671. Il fut élevé d'une manière digne de sa naissance. Après avoir brillé dans ses études, il voyagea dans les principales cours de l'Europe, étudiant par-tout les hommes, observant le physique et le moral, et s'attachant sur-tout à celui-ci. De retour en Angleterre, il fit éclater son éloquence et sa fermeté dans le parlement, et prit des leçons du célèbre *Locke*. Il passa en Hollande en 1698, et y rechercha *Bayle*, le *Clerc*, et les autres philosophes qui pensaient comme lui. Le roi *Guillaume* lui offrit une place de secrétaire d'état, qu'il refusa. La reine *Anne* moins sensible à son mérite, le priva de la vice amirauté de Dorset, qui étoit dans sa famille depuis trois générations. Cet illustre philosophe mourut à Naples le 4 février 1713. Il s'y étoit rendu pour changer d'air. On l'a peint comme un sage qui aimoit surtout à vivre avec ses amis et ses livres, et qui faisoit un bon choix des uns et des autres, ne frondant la cour, ni ne recherchant ses faveurs; sachant modérer son ambition, et n'ayant que celle de faire du bien. Son cœur étoit généreux, autant que son esprit étoit éclairé. *Bayle* ressentit les effets de sa libéralité. On l'a accusé d'avoir porté trop loin la liberté de penser. On a de lui plusieurs ouvrages qui décèlent un génie profond et le talent d'un habile observateur. Les principaux sont: I. Les *Mœurs* ou *Caractères*, Londres, 1732, 3 vol. in-8°; et traduits en françois, 1771, 3 vol. in-8°. Il y a dans ce livre des choses bien vues et fortement pensées. Mais ses réflexions sont quelquefois trop hardies, et quelquefois dangereuses. Il prétend que le mal de chaque individu compose le bien général, et qu'ainsi, à proprement parler, il n'y a point de mal. Ce système a été développé depuis avec beaucoup de force et d'élégance. II. *Essai sur l'usage de la raillerie et de l'enjouement dans les Conversations qui roulent sur les matières les plus importantes*, traduit en françois, à la Haye, 1707, in-8°. III. Une *Lettre sur l'Enthousiasme*, traduite en françois par *Sanson*, à la Haye, 1708, in-8°. Le célèbre *Locke*, qui avoit beaucoup connu *Shaftesbury*, cite plusieurs traits qui prouvent son extrême pénétration. Nous n'en rapporterons qu'un seul. Ayant diné avec le comte de *Southampton*, chez le chancelier *Hyde*, il dit au comte en sortant: *Mademoiselle Hyde, que nous venons de voir, est certainement mariée avec un Prince du Sang*. M. de *Southampton*, qui étoit ami du chancelier, traita cela de chimère, et lui demanda d'où pouvoit venir cette étrange pensée? *Assurez-vous*, répliqua le comte DE SHAFTESBURY, que la chose est ainsi: un secret respect qu'on trichoit de supprimer, paroissoit si visiblement dans les regards, la voix et les manières de sa mère, qui prenoit soin de la servir et de lui offrir de chaque mets, qu'il est impossible que cela ne soit comme je le dis. Le temps fit voir que la conjecture étoit très-vraie. Le duc d'Yorck avoua, peu de jours après, publiquement son mariage avec cette demoiselle. *Shaftesbury* ne demandoit d'un homme, quel qu'il fût, pour le connoître, que de parler. *Qu'il parle comme il voudra*, disoit-il, *pourvu qu'il parle, cela suffit...* Il pensoit que la sagesse réside dans le cœur et non dans la tête, et que ce n'est pas du défaut de connoissance, mais de la corruption du cœur, que viennent l'extravagance des actions des hommes, et le vice de leur conduite. Il disoit, «qu'il y a dans chaque personne deux hommes, l'un *Sage*, l'autre *Fou*, et qu'il faut leur accorder la liberté de suivre leur caractère ou leur penchant, chacun à son tour, du moins si l'on veut le connoître à fond. »
SHAKESPEAR, qui se prononce CHAKSPIR (Guillaume) célèbre poète Anglois, naquit à Stratford dans le comté de Warwick, en avril 1564, d'un père qui quoique gentilhomme, étoit marchand de laine. Après avoir reçu une éducation assez commune dans sa patrie, son père le retira des écoles publiques pour l'appliquer à son négoce. On prétend que notre poète s'associa dans sa jeunesse avec d'autres jeunes gens, pour dérober les bêtes fauves d'un seigneur de Stratford. C'est la tradition de cette aventure vraie ou fausse, qui a fait imaginer la ridicule fable que Shakespear avoit embrassé le métier de voleur. Il se maria à l'âge de 16 ans, avec la fille d'un riche paysan. Après avoir dissipé son bien et celui de sa femme, il ne trouva d'autre ressource que celle de se faire comédien; mais se sentant un génie fort au-dessus de son état, il composa des Tragédies, dont le brillant succès fit sa fortune et celle de ses camarades. Le trait qui fait le plus d'honneur à la mémoire de Shakespear, est la manière dont commença son amitié pour Ben-Johnson, poète tragique. Celui-ci étoit jeune et ignoré. Il avoit présenté une pièce aux comédiens, auxquels il faisoit respectueusement sa cour pour les engager à la jouer. La troupe orgueilleuse excédée de sa présence, alloit le renvoyer. Shakespear demanda à voir la pièce. Il en fut si content, et la vanta à tant de personnes, que non-seulement elle fut représentée, mais applaudie. C'est ainsi que Molière encouragea l'illustre Racine, lorsqu'il donna au public ses Frères ennemis. A l'égard des talens du comédien, ils n'étoient pas à beaucoup près, aussi grands dans Shakespear, que ceux du poète. Le rôle où il brilloit le plus, étoit celui de Spectre. Dans l'Aristophane François, comme dans le Sophocle Anglois, l'auteur affectoit l'acteur: Molière ne réussissoit que dans certains personnages, tels que ceux de Muscarille, de Sganarelle, etc. Shakespear quitta le théâtre vers l'année 1610. Il se retira à Stratford, où il vécut encore quelque temps, estimé des grands et jouissant d'une fortune considérable pour un poète. Il la devoit à ses ouvrages, et aux libéralités de la reine Elisabeth, du roi Jacques I, et de plusieurs seigneurs Anglois. Un milord lui envoya un jour mille livres sterlings (environ mille louis). Ce trait de générosité passeroit pour une fable dans tout autre pays qu'en Angleterre, où l'on récompense solidement le mérite, que chez d'autres nations on ne fait qu'estimer. Shakespear dans sa retraite, s'occupa à faire du bien. On cite de lui un trait qui caractérise son désintéressement et la sensibilité de son cœur. Etant allé voir, après une très-longue absence, une dame qu'il connoissoit, il la trouva en deuil de son mari, ruinée par la perte d'un grand procès, sans appui, sans ressources, et chargée de l'entretien de trois filles. Emu de ce spectacle, il embrasse la mère et les filles, et sort sans rien dire. Il reparoit bientôt, et les force d'accepter une somme considérable, qu'il venoit d'emprunter d'un ami. Mais trouvant ce secours trop léger pour tant de besoins, il s'afflige, et s'écrie en versant des larmes: C'est à présent, pour la première fois, que je voudrois être riche! Il mourut en 1616, dans la 52e année de son âge. La nature avoit rassemblé dans la tête de ce poète, ce qu'on peut imaginer de plus grand, avec ce que la grossièreté sans esprit peut avoir de plus bas. Il avoit un génie plein de force et de fécondité, de naturel et de sublime (dit Voltaire), sans la moindre étincelle de bon goût, et sans aucune connoissance des règles : aussi le même écrivain l'appelle-t-il le saint Christophe des Tragiques. Ses pièces sont des monstrussités admirables, où parmi des irrégularités grossières et des absurdités barbares, on trouve des scènes supérieurement rendues, des morceaux pleins d'ame et de vie, des pensées grandes, des sentimens nobles et des situations touchantes. Ces Anglois, sans connoître l'art Des grands auteurs de la Grèce et de Rome, D'un gothique pinceau, sans graces et sans fard, A cependant su joindre l'homme. Celles de ses Pièces qu'on estime le plus, sont : Othella; Les Femmes de Windsor; Hamlet; Macbeth; Jules-César; Henri IV; et la mort de Richard III. Ducis a transporté avec succès sur la scène françoise plusieurs de ses pièces. La Place en a traduit dans son Théâtre Anglois, qu'il commença de publier en 1745. Le Tourneur en a donné une autre Traduction complète, 1782, 12 vol. in-4°, et 20 vol. in-8°; l'une des meilleures éditions des Œuvres du Sophocle Anglois, est celle que Louis Théobald a donnée en 1740, qui a été réimprimée en 1752, 8 vol. in-8°. L'édition de Glasgow, 1766, 8 vol. in-12, est une des plus belles, et sur-tout celle de Johnson de 1773, réimprimée en 1793, 10 vol in-8°. On estime aussi les Corrections et les Notes critiques faites sur ce poète par le savant Guillaume Warburton. On trouve dans les dernières éditions de Shakespeare, outre ses Tragédies, des Comédies et des Poésies mêlées. Les unes et les autres offrent des traits de génie, mais sans bienséance et sans régularité. N'importe, il règne, et son peuple l'adore; Après mille ans il doit régner en- core; Tant le sublime a de droits sur nos cœurs; On a érigé en 1742, dans l'abbaye de Westminster, un superbe monument à la mémoire de ce créateur du théâtre anglois. I. SHARP, (M. M.ᵐᵉ) Ecossois, ont été des centenaires remarquables. Tous deux étoient nés le 1er avril 1673; ils furent mariés le 1er avril 1693; trois enfans qui naquirent de leur union, virent le jour le 1er avril. Ces deux époux moururent le même jour à Dublin en 1784, âgés de 111 ans. C'est de leur fille ainée, mariée le 1er avril, que naquit, le 1er avril de la année suivante, le général Montgomery, qui s'est distingué dans la guerre des États-Unis d'Amérique contre l'Angleterre.
II. SHARP, (Jean) l'un des meilleurs prédicateurs que l'Angleterre ait produits, né à Bradford, mourut en 1713, dans sa 69e année. Il devint doyen de Norwick, occupa plusieurs autres places importantes, et fut placé sur le siège d'York, qu'il occupa lignement pendant 22 ans. On a de lui 7 vol. de Sermons estimés.
SHABROCK, (Robert) Anglois, mort en 1684, devint archi-diacre de Winchester, et fut tout-à-la-fois savant jurisconsulte, bon théologien et naturaliste renommé. On distingue parmi ses ouvrages un Traité sur la propagation des plantes. I. SHAW, (Thomas) médecin Anglois, de la société royale de Londres, professeur en langue grecque et principal du collège d'Edmond à Oxford, où il mourut en 1751, est connu par ses Voyages en divers lieux de la Barbarie et du Levant. Ces Voyages ont été traduits en françois, la Haye, 1743, 2 vol. in-4°, et ils méritaient cet honneur par leur exactitude.
II. SHAW, (Pierre) premier médecin du roi d'Angleterre, dont on a : I. Un ouvrage sur l'Histoire et la cure des Maladies. Londres, 1738, 2 vol. in-8°, en anglois, écrit avec simplicité et sans prétention. II. Legons de Chimie, propres à perfectionner la physique, le commerce et les arts, Londres, 1734, en anglois; et en françois, Paris, 1759, in-4°, avec des Notes du traducteur. Il fut l'éditeur des Œuvres philosophiques de Bacon, et mourut en 1663.
III. SHAW, (Cuthbert) poète Anglois, étoit fils d'un simple cordonnier, et méritoit par le génie de ses productions, de sortir de la misère où il vécut. Il est mort en 1771.—Un Théologien du même nom, mort en 1696, a publié un Traité de morale et de controverse, sous le titre d'Emmanuel.
SHEBBEAR, (Jean) médecin Anglois, né à Bidefort en 1709, mort en 1788, s'attacha à la maison de Stuart, et vint à Paris, où l'Académie des Sciences le reçut au nombre de ses membres. Le meilleur de ses ouvrages a pour titre, Lettres sur la nation angloise.
SHEFFIELD, (Jean) duc de Buckingham, ministre d'état du roi d'Angleterre, naquit vers 1646. Il servit sur nier contre les Hollandois, et fit ensuite une campagne en France sous Turcenne. Il fut un des courtisans les plus aimables de la cour de Charles II, et il porta ce prince à permettre la liberté de conscience. La réputation de sa valeur lui fit donner le commandement de la flotte que les Anglois envoyèrent contre l'anger. Le roi Guillaume et la reine Marie l'honorèrent de leur confiance. Il refusa la place de grand chancelier d'Angleterre, sous le règne de la reine Anne. Sa seule ambition étoit de cultiver dans un doux repos et dans le sein des plaisirs, l'amitié et la littérature. On a de lui des Essais sur la Poésie et sur la Satire, et plusieurs autres ouvrages en vers et en prose, imprimés en 2 vol. in-4°, Londres, 1724, qui sont très-estimés des Anglois. Ses Essais sur la Poésie ont été traduits en françois par Trochereau, et font honneur à son génie et à ses talents. Il donne, dans cet Ouvrage, des préceptes sur chaque genre, qu'il embellit de traits ingénieux, de réflexions fines et de comparaisons brillantes. On distingue dans ses Œuvres la Comédie intitulée : Rehearsal ou la Répétition, jouée à Londres en 1671. Il y tourne en dérision les poètes tragiques de son temps, et en particulier Dryden, qui ne manqua pas de le lui rendre ; le satirique s'y cache sous le nom de *Baye* ou *Laurier*, par allusion à la qualité de *Poète Laurent* ou *Poète de la Cour*, qu'avoit *Dryden*. Cet illustre écrivain mourut le 4 février 1721, à 75 ans.
SHEHSA, *Voy. SESSA.*
SHELDON, (Gilbert) archevêque de Cantorbery, naquit dans Staffordshire en 1598, et mourut à Lambeth en 1677, âgé de 80 ans. Il est le fondateur de ce fameux Théâtre d'Oxford d'où nous sont venus de si belles éditions, pour lequel il fit des dépenses très-considérables, et dont l'entretien coûte 2000 livres sterlings de rente, qu'il légua à l'université dans cette vue. Quoiqu'il ne regardait la Religion que comme un *Mystere d'Etat*, il étoit fort honnête homme et très-charitable. On dit qu'il employa plus de 37000 l. sterlings en œuvres de piété.
SHENSTONE, (Guillaume) poète Anglois, né en novembre 1714, mort le 11 février 1763, passa une vie douce au milieu des plaisirs tranquilles de la campagne, et les a célébrés dans ses chants. Il a laissé divers ouvrages en vers et en prose, recueillis en 3 vol. in-8. Les *Élégies* et les *Ballades* qui forment le 1$^{er}$ vol. ont de la grace et de l'intérêt ; mais on estime sur-tout son petit poème de la *Maîtresse d'Ecole*.
SHEPCEVE, (Jean) poète Anglois, mort en 1542, se fit un nom non-seulement par ses *Poésies*, mais encore par ses ouvrages d'érudition. Il fut professeur de grec et d'hébreu dans l'université d'Oxford.
SHERARD, antiquaire Anglois, voyagea dans la Grèce et dans l'Asie mineure. Il trouva dans la Troade, au lieu où étoit située l'ancienne ville de Sigée, l'*inscription Sigéenne* qui est célèbre parmi les chronologistes. Elle appartenoit à une statue d'*Hermes* sans tête. *Sherard* est mort à la fin du XVII$^{e}$ siècle.
SHERBURN, (Edouard) commissaire-général de l'artillerie angloise, naquit à Londres en 1616, et resta fidelle à *Charles I*. On lui doit un *Recueil* de poésies, et la traduction en anglois des Tragédies de *Sénèque* et du poème de *Manilius* sur l'astronomie.
SHERBURNE, (mylord) après avoir voyagé long-temps dans toutes les cours de l'Europe, se retira dans ses terres en Irlande, où il s'appliqua à décrire en plus de 300 cartes manuscrites, jusqu'aux héritages un peu remarquables de cette contrée. Ce *Recueil* intéressant forme 3 vol. in fol. Son fils passant de Dublin à Londres sur le vaisseau l'*Unité*, fut pris par des armateurs François ; et sa *Topographie d'Irlande*, envoyée à Paris, est en ce moment l'une des richesses de la Bibliothèque nationale.
SHERIDAN, (Thomas) fils d'un ministre Irlandois, intime ami de *Swift*, se fit acteur en 1743, et joua avec succès sur les théâtres de Dublin et de Londres, sur-tout le rôle de *Caton* dans la tragédie de ce nom. Après avoir représenté les pièces des autres, il en fit lui-même, et sa comédie de la *Découverte*, jouée en 1763, eut beaucoup de succès. On lui doit encore une *Vie* de *Swift*, et un Dictionnaire anglois. Il est mort en 1788. — Son épouse, Françoise Shéridan, morte à Blois en 1767, comme elle venoit rétablir sa santé en France, a écrit des Romans qui ont de l'esprit et de l'intérêt. Ils sont intitulés : Nourjahah, et Sidney Bidulphe. — Son fils ne se distingue pas moins par ses Pièces dramatiques que par ses Discours au parlement d'Angleterre. I. SHERLOCK, ( Guillaume ) théologien Anglois, né en 1641, mort en 1707, eut plusieurs places considérables dans le clergé, et devint doyen de St-Paul de Londres. On aide lui plusieurs Ouvrages de morale et de métaphysique, parmi lesquels on distingue, le Traité de la Mort et du Jugement dernier, et celui de l'Immortalité de l'Ame et de la Vie éternelle. Ils ont été traduits en françois, le 1er par Mazel en 1696, in-8°; le 2e en 1708, in-8°. Les autres Ouvrages du même auteur respirent, comme ceux-ci, une piété solide et une saine morale.
II. SHERLOCK, ( Thomas ) prélat Anglois, mort vers 1749, âgé d'environ 78 ans, étoit fils aîné du précédent. Après avoir pris ses degrés de théologie, il fut successivement doyen de Chichester, maître du Temple, et enfin évêque de Bangor, de Salisbury et de Londres. Les livres scandaleux que l'incrédulité produisit de son temps contre la religion en Angleterre, attirèrent son attention. Il réfuta solidement les Discours impies sur les fondemens et les preuves de la Religion Chrétienne, dans six Sermons pleins de lumière, qu'il prêcha au Temple lorsqu'il en étoit le maître. Abraham le Moine le traduisit en françois sous ce titre : De l'usage et des fins de la Pre- phétie. Amsterdam, 1729, in-8°. Le traducteur y a joint trois Dissertations savantes du même auteur. Sherlock ayant triomphé de l'auteur des Discours, attaqua Wolston. Il vengea contre lui la vérité du fait de la Résurrection de J. C., dans un excellent Traité, intitulé : les Témoins de la Résurrection de J. C. examinés selon les règles du Barreau. Le Moine a aussi traduit, in-12, cet Ouvrage, qui a été réimprimé plusieurs fois, ainsi que le précédent, tant en anglois qu'en françois. Cet honneur lui étoit bien dû, pour la justesse et la profondeur qui y règnent. On a encore de Sherlock des Sermons, traduits en françois en 2 vol. in-8°.
SHERWIN, ( Jean-Keysse ) célèbre graveur Anglois, mort en 1790, étoit un simple bûcheron. Étant entré par hasard dans une salle où la famille de M. Milford dessinoit, on lui mit un porte-crayon à la main, et on s'amusa à le prier de copier un dessin difficile. Le bûcheron l'exécuta avec une telle précision, que la famille étonnée crut devoir encourager son talent et l'envoyer à Londres, où il devint le plus célèbre élève de Bartolozzi. Ses dessins sont très-recherchés. I. SHIRLEY, ( Antoine ) né à Wiston dans le comté de Sussex, l'an 1565, montra de bonne heure beaucoup de sagacité et d'intelligence pour les affaires. La reine Elisabeth l'envoya en Amérique et ensuite en Italie. L'objet de cette dernière mission étoit de secourir les Ferrarois, soulevés contre le pape. Mais ayant appris en chemin qu'ils avoient fait leur paix, il passa en Perse avec des fondeurs de canons. Schah-Abbas, à qui ces ouvriers manquoient, l'accueillit très-favorablement. Il l'envoya en 1599, avec un Persan, en ambassade vers les princes Chrétiens d'Europe, pour les engager d'armer contre les Turcs, tandis qu'il les attaqueroit lui-même d'un autre côté. Shirley se fixa à la cour d'Espagne, et ne retourna plus en Perse. Il y vivoit encore en 1631. La Relation de ses Voyages se trouve dans le Recueil de Purchass, Londres, 1625 et 1626, 5 vol. en anglois.
II. SHIRLEY, (Thomas) frère aîné du précédent, le suivit en Perse, où il plut à Schah-Abbas. Ce prince lui fit épouser une belle Circassienne de son sérail, parente de la reine. Il l'envoya aussi en ambassade dans les diverses cours d'Europe; mais en Angleterre il eut le désagrément d'y voir un nouvel ambassadeur Persan le traiter d'imposteur. Jacques I ne sachant quel étoit le véritable envoyé de Perse, les renvoya tous les deux sur une flotte de six vaisseaux avec Dodmer Cotton, auquel il donna la qualité d'ambassadeur. Le Persan s'empoisonna sur les côtes de Surate; mais Shirley n'ayant pu obtenir une satisfaction authentique, mourut de chagrin, le 23 juillet 1627, à 63 ans. Sa veuve revint en Europe et alla se fixer à Rome.
SHIRLEY, (Jacques) naquit à Londres en 1594, et mourut en 1665, de l'effroi que lui causa l'incendie de cette ville. La même peur tua sa femme. Après avoir fait ses études à Oxford, il embrassa la religion catholique, et s'appliqua ensuite à composer des Pièces de Théâtre. La plupart eurent une approbation univer- selle; mais ce suffrage ne fut qu'éphémère, et on n'en représente aucune aujourd'hui. On a de lui des Poésies, Londres, 1646, in-8.
SHORE, (Jeanne) Angloise célèbre par sa beauté, épousa un orfèvre, et devint maîtresse d'Edouard IV. Après la mort de ce monarque, elle fut poursuivie comme sorcière, et condamnée à une pénitence publique et à la perte de tous ses biens. Elle mourut dans la détresse, au milieu du XVIe siècle.
SHOVEL, (Cloudesly) amiral Anglois, commença sa carrière par être simple mousse, et servit, en 1674, sous Narborough chargé de brûler les vaisseaux de Tripoli. Shovel montra tant d'intrépidité dans cette expédition, qu'il fut fait capitaine de vaisseau. Il se distingua de nouveau à la Baie de Bentry, à la bataille navale de la Hogue et à la prise de Malaga, en 1704. Nommé chevalier et amiral, il commanda la flotte qui prit Barcelone; mais en revenant vainqueur, il fut assailli d'une tempête furieuse dans la Méditerranée, et son vaisseau fut fracassé contre les rochers de la Sicile, dans la nuit du 21 octobre 1705. Son corps, retrouvé le lendemain sur le rivage, fut transporté en Angleterre, et inhumé avec pompe dans l'abbaye de Westminster.
SHUCKFORD, (Samuel) curé de Shelthon dans la province de Norfolk, puis chanoine de Cantorberi, et chapelain ordinaire du roi d'Angleterre, consacra sa vie à l'étude. Ses mœurs étoient celles d'un savant que le commerce du grand monde n'a pas corrompu. On On a de lui : I. Une *Histoire du Monde* sacré et profane, 3 vol. in-12, pour servir d'introduction à celle de *Prideaux*. Ce livre, dont le 1er volume parut en 1728, a été traduit en françois, et ne va que jusqu'à la mort de *Josué*. Il est écrit pesamment, mais avec beaucoup d'érudition. La mort de l'auteur, arrivée en 1754, l'empêcha de pousser son Histoire jusqu'à l'an 747 avant J. C., temps auquel *Prideaux* a commencé la sienne. II. Un Ouvrage imprimé en 1753, qui n'a pas encore été traduit en françois, et qui est intitulé : *La Création et la Chute de l'Homme*, pour servir de supplément à la Préface de son *Histoire du Monde*. Il y a dans ce livre des choses singulières.
SIAGRIUS, (Afranius) né à Lyon, dans le 4e siècle, fut grand magistrat, bon politique, et poète médiocre. Il étoit préfet du prétoire en 381, comme le prouve le code *Théodosien*, qui lui est adressé, et il devint ensuite consul. Le poète *Ausone* l'avoit choisi pour son patron. *Siagrius* mourut à Lyon, et fut enterré dans l'ancienne église des Machabées, où l'on vit long-temps son tombeau. Son neveu *Siagrius* adoucit les mœurs de *Gondebaud*, roi des Bourguignons, et par ses conseils chercha à policer ses peuples.
SIBA, serviteur de *Sail*, que *David* chargea de prendre soin de *Miphiboseth*, fils de *Jonathas*. *Siba* fut exact à rendre ses bons offices à son maître pendant 14 ans; mais lorsque *David* fut obligé de sortir de Jérusalem pour échapper à *Alsalon*, le perfide économe profita de cette conjoncture pour s'emparer des biens de *Miphiboseth*. Voyez ce mot, n° II.
SIBBALD, (Robert) historien Ecosoös, né en 1643, voyagea en Italie et en France, et s'occupa beaucoup à son retour, de faire établir un collège de médecine et un jardin de botanique dans sa patrie. On lui doit une *Histoire naturelle* de l'Ecosse, et une autre du comté de Fife dans la même contrée.
SIBELIUS, (Gaspard) théologien Hollandois au XVIIe siècle, né à Deventer, est auteur d'un *Commentaire* sur le Cantique des Cantiques, et de plusieurs autres Ouvrages imprimés en 5 volumes in-folio, plus savans que méthodiques.
SIBER, (Urbain-Godefroy) professeur des antiquités ecclésiastiques à Leipzig, né à S. handau près de l'Eibe, en 1669, mourut en 1742. Il est auteur de plusieurs savans Ouvrages en latin. Les principaux sont, une *Dissertation* sur les *tourmens qu'on faisoit souffrir aux anciens Martyrs*; une autre sur l'*Usage des Fleurs dans les Eglises*.
SIBERUS, (Adam) poète latin, né à Chemnitz en Misnie, mort en 1583, âgé de 68 ans, a composé des *Hymnes*, des *Epigrammes*, et d'autres poésies, imprimées en 2 vol. et dans les *Deliciæ Poëtarum Germanorum*. Ses vers sont languissans; mais il y a de l'élégance et de la douceur.
SIBILET, (Thomas) Parisien, se fit recevoir avocat au parlement de Paris; mais il s'appliqua plus à la poésie françoise, qu'à la plaidoirie. C'étoit un homme de bien, habile dans les langues savantes, et dans la plupart des langues de l'Europe. Il mourut l'an 1589, à l'âge de 77 ans, peu de temps après être sorti de prison, où il avoit été enfermé avec l'Étoile pendant les troubles de la Ligue. Qu'a de lui : I. L'Art Poétique Français, Paris, 1548 et 1555, in-12. Il y fait l'énumération des poètes de son temps qui avoient acquis le plus de réputation. II. Iphigénie, traduite d'Euripide, ibid. 1549, recherchée pour la variété des mesures dans les vers; et d'autres ouvrages.
SIBILOT, étoit un fou de la cour de Henri III, roi de France. Il remplit ce méchant emploi avec tant de distinction, que fou et Sibilot signifièrent long-temps la même chose. En voici un exemple, tiré de l'épigramme composée par le célèbre d'Aubigné, sur M. de Candale, qui avoit embrassé la Religion prétendue Réformée pour plaire à la duchesse de Rohan, laquelle étoit de cette religion, et dont il étoit extrêmement amoureux. Hé quoi donc, petit Sibilot, Pour l'amour de Dame Lisette, Vous vous êtes fait Huguent, A ce que nous dit la Gazette? Sans ouïr Anciens, ni Pasteurs, Vous vous êtes donc fait des nôtres? Vraiment nous en verrons bien d'autres, Puisque les yeux sont nos Docteurs.
SIBRAND-LUBBERT, Voy. LUBBERT.
SIBRECHTS, (Jean) peintre célèbre, né à Anvers en 1825, fut un habile paysagiste et excella à représenter les troupeaux.
SIBTHORPE, (Jean) célèbre bâtimiste Anglois, mort en 1796, fut membre de la société royale, et fit deux fois le voyage du Levant, pour y recueillir des plantes curieuses, qu'il a léguées à l'université d'Oxford. On lui doit la Flore de cette contrée. I. SIBYLLE, femme de Robert, duc de Normandie, donna une preuve rare d'amour conjugal. Ce dernier ayant été blessé par une flèche empoisonnée, les médecins annoncèrent que sa mort étoit certaine, si quelqu'un ne suçoit promptement la blessure et ne s'exposoit à périr pour lui. Sibylle profita du sommeil de son époux pour sucer la plaie, et mourut victime de son dévouement.
II. SIBYLLE, marquise de Montferrat et reine de Jérusalem en 1186, sœur de Baudoin IV, épousa Gui de Lusignan. Les ennemis de ce dernier lui demandèrent de rompre son hymen. Sibylle feignit d'y consentir et renvoya Gui. Quelque temps après, elle fit jurer aux chevaliers du Temple qu'ils se soumettroient à celui qu'elle prendroit pour époux. Ils en prêtèrent le serment; alors Sibylle déclara que Gui avoit toute sa tendresse, qu'elle le reconnoissoit pour son mari, et elle le fit couronner roi.
SICARD, (Claude) jésuite, né à Aubagne près de Marseille, en 1677, enseigna les humanités et la rhétorique dans sa Société. Ses supérieurs l'envoyèrent en mission en Syrie, et de là en Egypte. Il mourut au Caire, le 12 avril 1726, avec la réputation d'un voyageur exact et d'un observateur intelligent. On a de lui une Dissertation sur le passage de la mer Rouge par les Israélites, et plusieurs *Ecrits* sur l'Égypte, dans lesquels il y a des choses intéressantes. On les trouve dans les *Nouveaux Mémoires des Missions*, 8 vol. in-12.
SICCAMA, (Sibrand) né à Bolswerd dans la Frise, vers 1570, étoit versé dans le droit, l'histoire de sa patrie, et dans les antiquités romaines. Nous avons de lui : I. *De judicio Centumvirali*, lib. 2, Franeker, 1596, in-12, et dans les *Antiquités Romaines de Grævius*, tome 2. II. *De veteri anno romano Romuli et Numæ Pompilii antitheses*. III. *Fastorum Kalendarium libri duo ex monimentis et numismatibus veterum*; ouvrage d'une grande érudition, imprimé à Amsterdam, 1600, in-4°, et dans les *Antiquités Romaines de Grævius*, tome 8, de même que le précédent. IV. *Antiquæ Frisiorum leges*, avec des Notes, Franeker, 1617, in-4°.
SICHARD, (Jean) professeur en droit à Tubinge, né en 1499, mort en 1552, publia le premier l'Abrégé latin d'*Anien*, des 8 premiers livres du *Code Théodosien*, qu'il trouva par hasard en manuscrit. On lui doit encore les *Institutes de Caius*, et une édition des *Sententiæ receptæ de Julius Paulus*. Son *Commentaire* latin sur le Code eut beaucoup de cours autrefois.
SICHÉE, fils de *Plistène*, étoit prêtre d'*Hercule* à Tyr, et mari de *Didon*. Comme il étoit extrêmement riche, *Pyramation* son beau-frère l'assassina aux pieds des artels pour s'emparer de ses trésors.
SICHEM, fils d'*Hémor*, prince des Sichimites, étant devenu pas- sionnement amoureux de *Dina*, l'enleva et la déshonora. L'ayant ensuite demandée en mariage à *Jacob* et à ses fils, il l'obtint, à condition que lui et tous ceux de Sichem se feroient circoncire. Ce n'étoit qu'un prétexte pour couvrir le barbare projet de vengeance que méditoient les frères de *Dina* : ils se servirent de cette cérémonie de religion pour l'exécuter. Le troisième jour, lorsque la plaie étoit la plus douloureuse, et que les Sichimites étoient hors de défense, *Siméon* et *Lévi* entrèrent dans la ville et massacrèrent tout ce qu'ils trouvèrent d'hommes. Après avoir assouvi leur vengeance, ils n'eurent pas honte de satisfaire leur avarice par le pillage de la ville, et l'enlèvement des femmes et des enfants, qu'ils réduisirent en servitude.
SICINIUS DENTATUS, tribun du peuple Romain, porta les armes pendant 40 ans, se trouva à 120 combats ou batailles ; gagna 14 couronnes civiques, 3 murales, 8 d'or, 83 colliers de ce même métal, 60 bracelets, 18 lances, 23 chevaux avec leurs ornemens militaires, dont 9 étoient le prix d'autant de combats singuliers d'où il étoit sorti vainqueur. Il avoit reçu 45 blessures, toutes par-devant, dont 12 à la reprise du Capitole sur les Sabins. *Appius*, décemvir, voulant se défaire de lui, parce qu'il frondoit hautement la tyrannie des décemvirs, l'envoya à l'armée avec le titre de légat, sous prétexte de lui faire honneur, mais en effet pour le perdre. A son arrivée au camp, on le détacha avec un parti de 100 hommes qui avoient ordre de la tuer. Il se défendit d'une manière qui tient du merveilleux. *Denys d'Halicarnasse* assure qu'il en tua 15, en blessa 30, et que les autres furent obligés de l'accabler de loin à force de traits et de pierres, vers l'an 405 avant J. C. Il avoit alors 58 ans, et portoit depuis long-temps le surnom d'*Achille Romain*, qu'il méritoit à tant de titres.
SIDDONS, célèbre actrice Angloise, excella dans le tragique. Elle a fait aussi divers morceaux de sculpture justement estimés; et entr'autres un buste d'*Adam*, dont la figure pleine de grandeur et de majesté, a été admirée dans l'exposition faite à Londres en 1802. I. SIDNEY, (Philippe) né en 1554, d'une illustre famille d'Irlande, fit ses études à Oxford avec distinction. Le comte de *Leicester*, son oncle, le fit venir à la cour, où il devint l'un des plus grands favoris de la reine *Elisabeth*. Cette princesse l'envoya en ambassade vers l'empereur. La prudence et la capacité avec laquelle il se conduisit, frappèrent tellement les Polonois, qu'ils vouloient l'élire pour leur roi; mais sa souveraine n'y voulut point consentir. Cette princesse le connoissant également propre aux armes et à la négociation, l'envoya en Flandre au secours des Hollandois. Il y donna de grandes preuves de sa valeur, surtout à la prise d'Alexandrie. Mais, dans une rencontre qu'il eut avec les Espagnols près de Zutphen, il reçut une blessure à la cuisse, dont il mourut peu de temps après, en 1586. On a de lui plusieurs Ouvrages. Le principal est son *Arcadie*, Londres, 1662, in-fol., qu'il composa à la cour de l'empereur, et qu'il donna sous le nom de la comtesse *Pembrock* sa sœur. (Voyez PEMBROCK.) Il ordonna en mourant de brûler cet Ouvrage, comme *Virgile* avoit prié de jeter au feu l'*Enéide*; mais quoique la production du poète Anglois valût infiniment moins que celle du poète Latin, on ne lui obéit pas. *Bandouin* a donné une mauvaise traduction de l'*Arcadie*, 1624, 3 vol. in-8.
II. SIDNEY, (Algernon) cousin-germain du précédent, étoit fils cadet de *Robert*, comte de *Leicester*, et avoit été colonel dans l'armée du parlement opposé à *Charles I*, roi d'Angleterre. Rome n'eut peut-être jamais de républicain plus ardent, plus fier. C'étoit un second *Brutus*. Il fit la guerre à *Charles*. Il se ligua, sans être d'aucune secte, ni même d'aucune religion, avec les enthousiastes qui se saisirent du glaive de la justice pour égorger ce prince infortuné. Mais lorsque *Crommel* se fut emparé du gouvernement, *Sidney* se retira, et ne voulut point autoriser par sa présence la tyrannie de cet usurpateur. Après la mort du protecteur, il eut l'imprudence de retourner en Angleterre, à la sollicitation de ses amis. Il avoit obtenu un pardon particulier; mais la haine ardente et inflexible qu'il avoit vouée à la monarchie, le rendit suspect à *Charles II*. On voulut le perdre, et on l'accusa d'avoir trempé dans une conspiration contre la personne du roi. Et comme on manquoit de preuves contre lui, on saisit ses écrits, entr'autres des *Discours* qui n'avoient jamais été publiés, et on les dénonça comme séditieux. Des juges corrompus le déclarèrent coupable de haute trahison. Les conséquences qu'ils avoient tirées de ses écrits pour le perdre, n'étoient point des con- séquences qui résultassent des faits, puisque ces écrits n'avoient point été publiés, ni même communiqués à personne. D'ailleurs comme ils étoient composés depuis plusieurs années; ils ne pouvoient servir à prouver une conspiration présente. On avança cependant que *Sidney* étoit non seulement coupable des crimes dont on le chargeoit, mais qu'il devoit nécessairement l'être, parce que ses principes l'y conduisoient. Il fut condamné à être pendu et écartelé. *Jeffreys* son juge et son ennemi personnel, en lui annonçant cette sentence d'un ton de mépris, l'exhortoit à subir son sort avec résignation. *Sidney*, en avançant la main, lui dit : *Tête mon pouls, et vois si mon sang est agité*. Le supplice fut cependant adouci, et l'on se contenta de lui trancher la tête, en 1683. Il étoit âgé d'environ 66 ans. La sentence prononcée contre lui, fut abolie la première année du règne de *Guillaume*. On a de *Sidney* un *Traité du Gouvernement*, qui a été traduit en françois par *Samson*, et publié à la Haye en 1702, en 4 vol. in-12. L'auteur veut qu'on soumette l'autorité des monarques à celle des lois, et que les peuples ne dépendent que de celles-ci. Il y a dans son Ouvrage des réflexions hardies, quelques paradoxes, et des idées qui ne sont pas assez développées. Ses principales maximes sont celles-ci : « Le gouvernement n'est pas établi pour l'utilité de l'administrant, mais de l'administré; et la puissance n'est pas un avantage, mais une charge. — La liberté est la mère des vertus, et l'esclavage des vices. — Ce qui n'est pas juste ne peut avoir force de loi, et ce qui n'est pas loi n'oblige à aucune obéissance. — Un pouvoir au-dessus des lois ne peut subsister avec le bien du peuple, et celui qui ne reçoit pas son autorité de la loi, ne peut être létat me souverain. — Toutes les nations libres ont droit de s'assembler quand et où elles veulent, à moins qu'elles n'aient renoncé volontairement à ce droit. — Le soulèvement général d'une nation, ne mérite point le nom de révolte. C'est le peuple pour qui et par qui le souverain est établi, qui peut seul juger s'il remplit bien ses devoirs, ou s'il ne les remplit pas. » La Révolution française a mis en pratique les opinions de *Sidney*.
SIDONIUS APOLLINARIS, (*Caius Sollius*) étoit fils d'*Apollinaire*, qui avoit eu les premières charges de l'empire dans les Gaules. Il naquit à Lyon vers l'an 430. Il étoit parfaitement instruit des lettres divines et humaines, et ses Écrits en vers et en prose, font voir la beauté de son esprit. Il fut successivement préfet de la ville de Rome, patrice, et employé dans diverses ambassades. Il avoit aussi les qualités du cœur qui font l'homme et le chrétien. Il étoit humble, détaché du monde, aimoit tendrement l'Église, et compatissoit aux misères du prochain. Il fut élevé malgré lui en 472, sur le siège de la ville d'Auvergne qui a pris dans la suite le nom de Clermont, qu'elle porte encore. Dès ce moment il s'interdit la poésie qu'il avoit tant aimée, et fut encore plus sévère à l'égard du jeu. Il se défit aussi d'un certain air enjoué qui lui étoit naturel. Saintement, avare de son temps, il étudioit continuellement l'Écriture-sainte et la théologie, et il fit de si grands progrès, qu'il devint bientôt comme l'oracle de toute la France. Quoiqu'il fût d'une complexion délicate, toute sa vie fut une pénitence continuelle. Dans un temps de famine, il nourrit, avec le secours de son beau-frère *Ecdice*, non-seulement son diocèse, mais aussi plus de 4000 personnes que la misère y avoit attirées. Il mourut le 23 août 488, à 58 ans. Il nous reste de lui 1x livres d'*Epitres*, et 24 *Pièces de Poésie*. Les meilleures éditions sont celles de *Jean Savaron*, 1609, in-4°, et du Père *Sirmond*, 1652, in-4°, avec des notes pleines d'érudition. Son Panégyrique de l'empereur *Majorien*, en vers, est intéressant pour nous, parce qu'il y décrit la manière de combattre et de s'habiller des François de son temps. Son éloge du sénateur *Avitus*, dont-il avoit épousé la fille, fut récompensé par une statue couronnée de laurier élevée dans la place Trajane, par l'ordre du sénat.
SIDRACH, *Voy. I. ANANIAS*.
SIDRONIUS, *Voy. HOSCH*.
SIEMENOWICZ, (Casimir) gentilhomme Polonois du dernier siècle, embrassa le métier de la guerre, où il se distingua dans l'artillerie. Il dut ses succès à une étude profonde de la *Pyrotechnie* militaire. Le *Traité* qu'il donna sur cette science, en 1651, in-fol, seroit un des plus complets, suivant M. *Blondel*, si l'auteur avoit pu en donner la seconde partie, qui devoit contenir tout ce qui concerne les mortiers, leur origine, leurs diverses figures, et leur usage; mais cette seconde partie n'a jamais paru.
SIENNE, *Voyez CATHERINE*, n.º II; GUI, n.º III; et SIXTE, n.º I.
SIENNES, (Antoine de) né en 1539 à Guimaraens en Portugal, entra dans l'ordre des Dominicains, enseigna la philosophie à Lisbonne, fut créé docteur à Louvain en 1571, fut banni des états du roi d'Espagne, pour s'être déclaré en faveur de don *Antoine de Beja*, qui se donnoit pour roi de Portugal, mena ensuite une vie errante, et mourut à Nantes en 1585. On a de lui : I. Une *Chronique* de son Ordre, en latin, Paris, 1585, in-8.º II. *Bibliothèque des Ecrivains* de son Ordre. Ces ouvrages sont pleins de fautes et écrits sans goût. On a encore de lui des Notes sur les ouvrages de S. *Thomas*, etc. *Voyez le P. Quétif*, sur les *Ecrivains Dominicains*.
SIFFRIDUS de Misnie, prêtre du 14$^{e}$ siècle, a donné des *Annales* depuis la création du monde jusqu'à son temps. *Pistorius* en a publié une partie en 1583, elles s'étendent depuis l'an 458 jusqu'à l'an 1307. I. SIGEBERT, roi des Est-Angles ou de l'Angleterre Orientale, appelé par le vénérable *Bede*. *Roi très-éclairé et très-chrétien*, travailla à faire fleurir la foi dans ses états, fonda des églises, des monastères et des écoles, descendit ensuite du trône pour se faire moine à Cnobersburgh, aujourd'hui Burgh-Castle, dans le comté de Suffolk. Il fut assassiné en 642, avec Egrich son cousin, qu'il avoit mis sur le trône en sa place. On en fait la fête dans plusieurs églises d'Angleterre et de France.
II. SIGEBERT, troisième fils de *Clotaire I*, eut pour son par- tage le royaume d'Austrasie, l'an 561, et épousa *Brunehaut*, qui d'Arienne s'étoit rendue Catholique. Les commencements de son règne furent troublés par une irruption des Huns dans ses états; mais il en tailla une partie en pièces, et chassa le reste jusqu'au-delà du Rhin. Il tourna ensuite ses armes contre *Chilperic*, roi de Soissons, qui profitant de son absence, s'étoit emparé de Rheims et de quelques autres places de la Champagne. Il reprit ces villes, et étant entré dans le royaume de Soissons, il se rendit maître de la capitale, et força son frère à accepter la paix aux conditions qu'il voulut lui prescrire. Au bout de quelques années, il la rompit à la sollicitation de la reine *Brunehaut*, pour venger la mort de *Galsuinte*, sœur de cette princesse et femme de *Chilperic*. Les succès de *Sigebert* furent rapides, et la victoire le suivait par-tout, lorsqu'il fut assassiné l'an 575 par les gens de *Frédegonde*, la source des malheurs de *Chilperic* qui l'avoit épousée après *Galsuinte*. Ce prince fut pleuré de tous ses sujets, dont il faisoit les délices par son affabilité, sa douceur, sa générosité... Il ne faut pas le confondre avec SIGEBERT dit le *Jeune*, fils de *Dagobert*, et son successeur dans le royaume d'Austrasie l'an 638. Ce prince, mort en 650, à 20 ans, a mérité par sa piété d'être mis au nombre des Saints.
III. SIGEBERT, moine de l'abbaye de Gembloux, mort en 1112, passoit de son temps pour un homme d'esprit, pour un savant universel, et un bon poète. Il prit parti dans les querelles de *Grégoire VII*, d'*Urbuin II* et de *Paschal II* avec l'empereur *Henri IV*, et il écrivoit contre ces pontifes sans aucun ménagement. *Sigebert* est auteur d'une *Chronique* dont la meilleure édition est celle d'*Aubert le Mire*, à Anvers, 1608, in-8°. Elle est écrite lâchement, grossièrement; mais on y trouve des choses curieuses et des faits exacts. On a encore de lui un *Traité des Hommes Illustres*, dans la *Bibliothèque Ecclésiastique de Fabricius*, Hambourg, 1718, in-folio.
SIGEBRAND, évêque de Paris, fut placé sur ce siège par la protection de la reine *Batilde*; mais il répondit mal au choix dont l'avoit honoré cette princesse. Ce prélat ambitieux, pour annoncer son crédit avec plus de faste, laissa mal interpréter les bontés de la reine en sa faveur. Les seigneurs, que son orgueil blessoit, eurent la lâcheté de le faire assassiner. *Batilde*, instruite des calomnies dont la présomption de *Sigebrand* l'avoit rendue l'objet, prit le monde en horreur, et se retira dans l'abbaye de Chelles, où elle se sanctifia.
SIGÉE, (Louise) *Aloysia Sigea*, née à Tolède, et morte en 1560, étoit fille de *Diego Sigée*, homme savant, qui l'éleva avec soin, et qui la mena avec lui à la cour de Portugal. Elle fut mise auprès de l'infante *Marie de Portugal*, qui aimoit les sciences; *Alphonse Cueva* de Burgos, l'épousa. On a d'*Aloysia Sigea* un Poème latin, intitulé: *Sintra*, du nom d'une montagne de l'Estramadure, où l'on a vu, dit le peuple, des *Tritons* jouant du cornef; et d'autres ouvrages. Mais le livre infame de *arcanis Amoris* et *Veneris*, qui porte son nom, n'est point d'elle. Ceux qui le lui ont attribué, ont fait un outrage à la mémoire de cette dame illustre. C'est une production digne de l'esprit corrompu de CHORIER. Voyéz ce mot. I. SIGISMOND, (S.) roi de Bourgogne, succéda l'an 516 à Gondébauld son père, qui étoit Arien. Le fils abjura cette hérésie. Clodomir fils de Clovis, lui déclara la guerre, et le dépouilla de ses états. Sigismond fut défait, pris prisonnier, et envoyé à Orléans, où il fut cruellement jeté dans un puits avec sa femme et ses enfans, l'an 523.
II. SIGISMOND, empereur d'Allemagne, fils de Charles IV, et frère de l'empereur Winceslas, naquit en 1368. Il fut élu roi de Hongrie, en 1386 [Voy. GARA], et empereur en 1410. [Voy. 11. Josse.] Deux ans après, il essuya un échec considérable. [Voy. VI. MOYSE.] Après avoir fait différentes constitutions pour rétablir la tranquillité en Allemagne, il s'appliqua à pacifier l'Eglise. A cet effet il passa les Alpes, et se rendit à Lodi, où il convint avec le pape Jean XXIII, de convoquer un concile. Sigismond choisit la ville de Constance, pour être le théâtre où cette assemblée auguste devoit se tenir. A ce concile, commencé en 1414, se rendirent plus de 18000 prélats ou prêtres, et près de 16000 princes ou seigneurs. L'empereur y fut presque toujours présent, et il se rendit maître du concile, en mettant des soldats autour de Constance, pour la sûreté des Pères. Son zèle y éclata dans plusieurs occasions. Le pape Benoît XIII continuant de braver l'autorité du concile, Sigismond fit le voyage du Rousillon, pour l'engager à se démettre de la papauté. N'ayant pu y réussir, il se rendit à Paris, puis à Londres, pour concerter avec les rois de France et d'Angleterre, les moyens de rendre la paix à l'Eglise et à la France; mais il revint à Constance, sans avoir réussi. Ses soins contribuèrent cependant à la fin du schisme; mais en donnant la paix à l'Eglise, il s'attira une guerre cruelle. Jean Hus et Jérôme de Prague avoient été condamnés au feu par le concile. Les Hussites voulant venger la mort de ces deux hérétiques, armèrent contre l'empereur. Ziska étoit à leur tête; il remporta une pleine victoire en 1419 sur Sigismond, qui put à peine, en 16 années, réduire la Bohème avec les forces de l'Allemagne et la terreur des Croisades. Ce prince mourut le 8 décembre 1437, à 70 ans, après avoir appaisé le reste des troubles de Bohème, et fait reconnoître Albert V duc d'Autriche, son gendre, pour héritier du royaume. Depuis lui l'Aigle à deux têtes a toujours été conservée dans les armoiries des empereurs. Il avoit régné 51 ans en Hongrie, 27 dans l'Empire, et 17 en Bohème. Il ne laissa qu'une fille de sa seconde femme, Barbe de Cilley. Cette riche héritière nommée Elisabeth, fit passer tous les biens de la maison de Luxembourg dans celle d'Autriche, par son mariage avec Albert V, célébré en 1422... Sigismond étoit bien fait, poli, fidelle à ses promesses, indulgent et sévère à propos, ami des gens de lettres. Il étoit si savant, qu'on lui donna le surnom de Lumière du monde. Il parloit facilement plusieurs langues, et régnoit avec éclat en temps de paix ; mais il fut malheureux en temps de guerre. Naturellement avare, mais prodigue par orgueil, il regrettout toutes les dépenses qui n'avoient point d'éclat. Quoiqu'il sût interrompre les plaisirs pour les affaires, il se livra trop à son amour pour les femmes, et souffrit les excès de l'impératrice, qui souffroit les siens. La couronne impériale rentrée après sa mort dans la maison d'Autriche, n'en sortit plus jusqu'à son extinction, en 1740... *Voy. SIGNET.*
SIGISMOND, archiduc d'Autriche... *Voy. XIII. NICOLAS.*
III. SIGISMOND I, roi de Pologne, surnommé le *Grand*, fils de *Casimir IV*, parvint au trône en 1507, par les suffrages des anciens des Lithuaniens et des Polonois. Il employa les premières années de son règne à corriger les abus qui s'étoient glissés dans le gouvernement par la foiblesse de ses prédécesseurs. Il remit la république dans son ancien lustre, au dedans et au dehors. Il battit les Moscovites et les chassa de la Lithuanie en 1514. Il reprit sur les chevaliers Teutoniques quelques villes qu'ils avoient enlevées à la Pologne, tailla en pièces l'an 1531, les Valaques qui avoient fait une irruption dans ses états, et assura par ses victoires la paix à la Pologne. Ce grand prince mourut en 1648, à 82 ans, aimé de ses sujets, et respecté de toutes les nations de l'Europe. C'étoit un sage sur le trône, souverain bienfaisant, juste apprécier du mérite, enfin le modèle des véritables héros. Il s'attacha à polir les mœurs des Polonois, à faire fleurir les sciences et les arts, à fortifier les places de guerre, à embellir les principales villes. *Sigismond* étoit d'un caractère sérieux, mais affable; extrêmement simple dans ses habits et dans ses repas, comme dans ses manières: il étoit sans ambition; il refusa les couronnes de Suède, de Hongrie, de Bohème, qui lui furent offertes. Il avoit une force extraordinaire, qui le fit regarder comme l'*Hercule* de son temps. Il eut de son second mariage avec *Bonne*, fille de *Jean Sforce*, duc de Milan, quatre filles, et *Sigismond II*, qui lui succéda.
IV. SIGISMOND II, surnommé *Auguste*, parce qu'il étoit né le premier du mois d'août, étoit fils du précédent. Il lui succéda en 1648. Aussitôt qu'il se vit maître du trône, il fit rendre à *Barbe Radziwil* sa maîtresse, qu'il avoit épousée en secret, les honneurs qui lui étoient dûs en qualité de reine. La nation délibéra, dans une diète, si elle ne casse-roit point un mariage si disproportionné, mais *Auguste* résista à ses menaces. Pour gagner la noblesse polonaise, il permit d'envoyer leurs enfans dans les universités hérétiques d'Allemagne: ce qui avoit été défendu jusqu'alors. Ce fut par-là que l'hérésie pénétra dans la Pologne. Dans la suite son zèle se réveilla, mais il n'opéra pas de grands fruits. Ce prince acquit la Lithuanie à la couronne. Il mourut le 7 juillet 1572, après un règne de 24 ans, sans laisser de postérité. En lui finit la ligne masculine des *Jagellons*. Le duc d'*Anjou* depuis roi de France, sous le nom de *Henri III*, lui succéda. *Sigismond-Auguste* étoit brave, quoi- qu'il aimât la paix ; lent dans le conseil et vif dans l'exécution. Il connoissoit les hommes, il les aimoit. Son éloquence avoit cette douce persuasion, qui parle autant au cœur qu'à l'esprit. Les Polonois trouvèrent toujours en lui un père tendre, un juge équitable, un roi vigilant qui s'offensoit de la flatterie et qui aimoit à pardonner. L'étude des sciences faisoit son amusement, dans un siècle où l'ignorance étoit comme l'un des titres de la noblesse. L'amour des femmes fut presque la seule tache de sa vie. [Vo. III. BARBE.] Mencken fit imprimer en 1703, à Leipsig, in 8°, les Lettres et les Réponses attribuées à ce monarque, en latin. Ce recueil contient aussi les Lettres attribuées au roi Battori. V. SIGISMOND III. fils de Jean III roi de Suède, monta sur le trône de Pologne en 1587, et fut couronné à l'exclusion de Maximilien d'Autriche qui avoit été élu par quelques seigneurs. Après la mort de son père, il alla recevoir le sceptre des Suédois, en 1594. Ce roi étoit zélé Catholique, et il ne tarda pas de déplaire à ses nouveaux sujets, zélés l'rote-tans. Charles, prince de Sudermanie, oncle du roi, se servit de cette conjoncture, et se fit mettre la couronne de Suède sur la tête, en 1604. Cette usurpation fut la semence d'une guerre très-longue, dans laquelle Sigismond ne fut pas heureux. Il eut d'autres démêlés avec les Tartares et les Moscovites, sur lesquels il fit quelques conquêtes; mais Gustave-Adolphe lui faisoit essuyer des pertes d'un autre côté. Consumé d'inquiétudes, il mourut en 1632, à 60 ans. La piété, la jus- tice, la clémence formoient le caractère de ce prince. Il perdit la couronne de Suède en voulant embrasser trop vivement les intérêts de la religion catholique. Ce fut encore ce même zèle indiscret et précipité, qui le priva de l'empire de Moscovie. Il étoit trop attaché à son sentiment, et il ne consulta pas assez le génie des peuples, les temps et les circonstances. Il ignoroit l'art d'une politique habile, qui fait souvent plier en apparence, pour dominer ensuite avec éclat. Sigismond épousa successivement les deux sœurs : Anne fille de Charles archiduc d'Autriche, morte en 1598, et Constance sa sœur, morte en 1631. Uladislas, fils de la première, fut son successeur. Voyez PIKARSKI.
SIGISMOND, Voy. LADISLAS, n.º XI.
SIGLERUS, (Michel) Syndie d'Hermanstadt en Transylvanie, vers 1650, est auteur d'une Histoire de Hongrie en latin insérée dans la collection historique, imprimée à Presbourg, 1735, in-fol.
SIGNET, (Guillaume) gentilhomme François, est célèbre dans l'histoire par l'honneur qu'il reçut de l'empereur Sigismond. Ce prince, passant par la France en 1416 pour aller en Angleterre, séjourna quelque temps à Paris. Ayant eu la curiosité de voir le parlement, il y alla un jour d'audience. Il entendit plaider une cause qui étoit commencée, touchant la sénéchaussée de Beaucaire ou de Carcassonne, pour la possession de laquelle Guillaume Signet et un cheval étoient en contestation. Une des principales raisons qu'on alléguoit contre *Signet*, étoit qu'il n'avoit pas la qualité requise, et que cet office avoit toujours été exercé par un chevalier. L'empereur ayant ouï cette contestation, demanda une épée à un de ses officiers, et appela *Signet* auquel il la donna en le faisant chevalier; puis il dit à sa partie : *La raison que vous alléguez cesse maintenant, car il est Chevalier*. Quoiqu'aucun n'approuvât ce procédé de l'empereur, on ferma les yeux sur cette espèce d'attentat, et *Signet* obtint gain de cause.
**SIGNORELLI**, (Luca) peintre, natif de Cortone, mort en 1521, âgé de 82 ans, a travaillé à Orviette, à Lorette, à Cortone et à Rome. La partie dans laquelle il excelloit le plus, étoit le dessin. Il mettoit beaucoup de feu et de génie dans ses compositions. Le célèbre *Michel-Ange* en faisoit un cas singulier, et n'a point dédaigné de copier quelques traits de cet habile artiste. *Luca* étoit élève de *Pietro della Francisca*. Il peignoit tellement dans sa manière, qu'il est difficile de pouvoir distinguer leurs ouvrages.
**SIGONIUS**, (Charles) d'une famille ancienne de Modène, fut destiné par son père à la médecine; mais son goût le portoit à la littérature. Il professa les humanités à Padoue, et obtint une pension de la République de Venise. Il alla mourir dans sa patrie en 1584, à 60 ans. Ce savant avoit de la difficulté à parler; mais il écrivoit bien, et sa latinité est assez pure. Son esprit étoit modéré. Il refusa d'aller auprès d'*Étienne Battori*, roi de Pologne, qui vouloit le fixer à sa cour. Il ne voulut jamais se marier, et quand on lui en demandoit la raison, il répondoit : *MINERVE* et *VENUS* n'ont jamais pu vivre ensemble. On a de lui un grand nombre d'Ouvrages, recueillis à Milan, en 1732 et 1733, 6 vol. in-fol. avec la *Vie* de l'auteur par le célèbre *Muratori*. Les principaux sont : I. *De Republica Hebræorum*; Traité méthodique, et qui renferme dans un petit espace bien des choses utiles. II. *De Republica Atheniensium*, libri IV, savant et recherché. III. *Historia de Occidentis Imperio*: livre nécessaire pour connoître l'Histoire de la décadence de l'empire Romain, et la formation des principautés d'Italie. IV. *De regno Italiae*, libri viginti, depuis 679, jusqu'à l'an 1300 : Traité plein de recherches, d'exactitude, et éclairé par une sage critique. V. Une *Histoire Ecclésiastique*, imprimée à Milan en 1754, en 2 volumes in-4°, dans laquelle on trouve beaucoup d'érudition. *Voy. GROUCHI*.
**SIGOVESE** ou
**SEGOVESE**, ancien capitaine des Gaulois, sortit de son pays vers l'an 590 avant J. C., passa le Rhin et la forêt Hercinie, et établit une partie de ses troupes dans la Bohème, une autre sur le bord du Danube, et une autre près de l'Océan, dans la Frise et la Westphalie.
**SIKE**, (Henri) savant Allemand du XVIIe siècle, s'adonna à l'étude des langues orientales, dans la vue d'approfondir les difficultés théologiques. Il y parvint à force de travail et d'application; et il remplit avec autant de succès que de distinction, les meilleures chaires de sa patrie. L'édition la plus estimée de l'*Evangile* apocryphe de l'*Enfance de Jésus*. *Christ*, est due à ses soins; il la fit imprimer à Utrecht en 1697, in. 8°, en arabe et en latin, et l'enrichit de notes. Cet ouvrage est curieux et estimé.
SILANUS, fils de *Titus-Manlius* grand pontife, fut accusé par les Macédoniens, d'avoir exercé des concussions dans leur province pendant sa préture. Le père héritier de la sévérité de ses aïeux, pria les sénateurs de ne rien décider avant qu'il eût examiné la cause des Macédoniens et de son fils. Le sénat accorda volontiers cette demande à un homme d'un rang et d'un mérite si élevés. Ayant donc travaillé chez lui à l'examen de cette affaire, il employa deux jours entiers à entendre seul les deux parties, et prononça le 3$^{e}$ jour cette sentence: *Que son fils ne lui paroissoit pas s'être comporté dans la Province avec autant d'intégrité que ses ancêtres*, et il le bannit de sa présence. *Silanus*, frappé d'une condamnation si accablante de la part d'un père, ne put vivre plus long-temps, et la nuit d'après se pendit. Il y a en un autre *Silanus*, gendre de l'empercur *Claude*, qui ressentit une si grande douleur de se voir enlever sa femme *Octavie* pour la donner à *Néron*, qu'il se perça de son épée le jour des noces.
SILAS ou SILVAIN, un des 72 disciples, fut choisi avec *Jude* pour aller à Antioche porter le décret fait dans le concile de Jérusalem sur l'observation des cérémonies légales. *Silas* s'attacla à *S. Paul*, et le suivit dans la visite qu'il fit des Eglises de Syrie et de Cilicie, d'où ils vint en Macédoine. Il fut battu de verges avec cet apôtre par les magistrats de Philippes, devant qui on les avoit accusés de vouloir introduire dans la ville des coutumes contraires à celles des Romains, et il eut beaucoup de part à ses souffrances et à ses travaux. On célèbre la fête de saint *Silas* le 13 juin. *S. Jérôme* (*Epitre* 143) dit que saint *Silas* est le même que *Silvain*, dont il est fait mention au commencement de l'Epitre de *S. Paul* aux Thessaloniciens: mais les Grecs les distinguent, et *Dorothée*, et *S. Hippolyte* martyr, disent que *Silas* a été évêque de Corinthe, et *Silvain* évêque de Thessalonique.
SILÈNE. (*Myth.*) C'étoit un vieux Satyre, qui avoit été le nourricier et le compagnon de *Bacchus*. Il monta sur un âne, pour accompagner ce Dieu dans la conquête qu'il fit des Indes. A son retour il s'établit dans les campagnes d'Arcadie, où il se faisoit aimer des jeunes bergers et bergères par ses propos gais et naïfs. Il ne passoit pas un jour sans s'enivrer.
SILHON, (*Jean*) conseilleuse d'état ordinaire, et un des premiers membres de l'académie Françoise, naquit à Sos en Gascogne. Il mourut étant directeur de cette compagnie, en 1667. Le cardinal de *Bichelieu* l'employa dans plusieurs affaires importantes, et lui obtint des pensions. On a de lui un *Traité de l'immortalité de l'âme*, à Paris, 1634, in. 4°; ouvrage plus disert que profond, mais où il a rassemblé tout ce que les anciens avoient écrit sur cette matière. Ce fut lui qui proposa le plan d'un Dictionnaire de la langue française. Il a aussi laissé quelques *Ouvrages de Politique*, dans lesquels il est un peu diffus.
**SILHOUETTE**, (Étienne de) né à Limoges en 1709, avoit deux genres d'esprit qu'on voit rarement ensemble : celui des finances et le goût de la littérature. Il acheta une charge de maître des requêtes, et après avoir dirigé les affaires de M. le duc d'Orléans, il devint contrôleur général et ministre d'état, en 1759. C'étoit dans des temps difficiles; une guerre ruineuse avoit épuisé les coffres du roi et les ressources des particuliers. M. de *Silhouette* voulut réparer ces maux par des réformes et par l'économie. Le François toujours inconséquent, loin de lui savoir gré de ses intentions, les tourna en ridicule. Toutes les modes prirent la tournure de la sécheresse et de la mesquinerie. Les surtout n'avoient point de plis, les tabatières étoient de bois brut. Les portraits furent des visages tirés de profil, avec un crayon noir, d'après l'ombre de la chandelle, sur du papier blanc. Ainsi fut payé par la nation, ou plutôt par quelques élégans qui veulent représenter la nation, un homme dont les vues étoient sages. Il est vrai que ses idées, qui auroient pu être exécutées en temps de paix, ne pouvoient guère l'être au milieu d'une guerre qui exigeoit de l'argent et du crédit. Il falloit, pour soutenir ce crédit, s'entendre un peu avec les financiers et les banquiers : et ayant peu ménagé les uns et les autres, il manqua bientôt de ressources pour les besoins de l'état. M. de *Silhouette*, ayant quitté sa place, après neuf mois d'exercice, se retira dans sa terre de Brys-sur-Marne, où il vécut en philosophe chrétien, répandant les bienfaits sur ses vassaux, et profitant de toutes les occasions de faire le bien. Il mourut le 20 janvier 1767, à 58 ans. Les Ouvrages qui l'ont fait connoître dans la république des lettres, sont : I. *Idée générale du Gouvernement Chinois*, 1729, in-4°; 1731, in-12. II. *Réflexions Politiques sur les grands Princes*, traduites de l'espagnol de *Balthazar Gracian*, 1730, in-4° et in-12. III. Une Traduction en prose des *Essais de Pope sur l'Homme*, in-12. Cette version est fidelle, le style est concis; mais on y désireroit quelquefois plus d'élégance et de clarté. IV. *Mélanges de Littérature et de Philosophie*, de *Pope*, 1742, 2 volumes in-12. V. *Traité Mathématique sur le Bonheur*, 1741, in-12. VI. *L'Union de la Religion et de la Politique*, de *Warburton*, 1742, 2 vol. in-12. La roideur et la sécheresse se font un peu sentir dans la copie et dans l'original.
**SILIUS ITALICUS**, (*Caïus*) né à Rome, où il fut élevé avec soin, étoit à ce qu'on croit originaire d'Espagne. Il fut d'abord avocat, et il exerça cette profession avec succès. *Domitien* qui l'aimoit, le fit consul. Parvenu à l'âge de 75 ans, au commencement du règne de *Trajan*, il se laissa mourir de faim, n'ayant pas le courage de supporter la douleur d'un clou qui le tourmentoit. On prétend qu'il avoit, sous *Domitien*, fait le métier de délateur; mais il effaça cette tache dans la suite. Sa fortune étoit assez considérable. Il possédoit une maison qui avoit été à *Cicéron*, et une autre où étoit le tombeau de *Virgile*; mais il n'avoit ni l'éloquence du premier, ni la verve du second. *Pline* remarque que *Silius* s'étant retiré dans la Campanie à cause de sa vieillesse, il ne quitta pas sa retraite pour venir à Rome féliciter Trajan sur son avènement à l'empire. On estima Trajan de n'avoir point été offensé de cette liberté, et Silius d'avoir osé la prendre. Le tombeau de Virgile étoit pour lui un lieu sacré, et il le respectoit comme un temple. Il célébroit tous les ans le jour natal de ce poète, avec plus de joie et de solennité que le sien propre. Il ne put souffrir qu'un monument si respectable demeurât négligé entre les mains d'un paysan, et il en fit l'acquisition; c'est ce qui fit dire à Martial: Jam propt desertos cineres, et sancta Maronis Nomina qui coleret, pauper et unus erat. Silius optatæ succurrere censuit um- bræ; Silius et vatem non minor ipse colit. Silius est connu par un Poème latin sur la deuxième Guerre Panique. Cette production ressemble à une Gazette, par la foiblesse de la versification, et par l'exactitude et l'ordre qu'il a mis dans les faits. Son principal mérite est d'avoir écrit avec assez de pureté, et d'avoir semé çà et là quelques détails intéressants. On l'a appelé le Singe de Virgile; mais c'est un assez mauvais singe. Il rappelle à tout moment son modèle par les expressions et par les tours qu'il prend chez lui, et presque jamais par le talent et le génie. Non-seulement on ne trouve rien dans Silius qui puisse entrer, même de loin, en parallèle avec le second, le quatrième, le sixième, le neuvième livre de l'Enéide; non-seulement il n'offre aucun morceau à mettre à coté des épisodes de Pygmalion et de Sychée, de Polydore, d'Helenus et d'Andromaque, de Polyphème, de Cacus, etc. mais on n'y trouve pas même de ces vers qui se gravent pour toujours dans la mémoire. S'il y en a quelqu'un, il n'est pas de lui. On prendroit Silius pour un poète latin des siècles modernes, tant il est plein de Centons de Virgile, et tant sa manière générale est formée sur celle de ce poète. C'est même ce dernier trait qui caractérise le plus particulièrement Silius. Ovide dans les Métamorphoses, imite des détails de Virgile, comme Virgile en a imité d'Homere; mais Virgile et Ovide au milieu de leurs imitations, conservent leur manière propre. Silius n'a point de manière à lui: il est Virgile ou il n'est rien. Son Poème fut trouvé par le Pogge dans une tour du monastère de Saint-Gal, durant la tenue du concile de Constance. La 1re édition de Silius Italicus est de Rome, 1741, in-fol. Il y en a deux de cette date; mais on fait plus de cas de celle qui a été revue par Pomponius, que de celle qui a été revue par l'évêque d'Aleria. Les meilleures sont celles d'Alde, 1723, in-8°, et d'Utrecht, 1717, in-4°, par Drakenborch. Nous devons à M. le Livre de Villebrune, une traduction française de Silius, avec le texte latin, en 3 vol. in-12, Paris, 1781.
SILLERY, Voy. I. BALLAR.
SILLEUS, ambassadeur d'Olinda l'un des rois d'Arabie, à Jérusalem, étant venu pour traiter de plusieurs affaires importantes avec Hérode le Grand, conçoit de l'amour pour Salomé sa sœur, et la demanda à ce roi en mariage. Hérode la lui accorda, à condition qu'il se feroit juif. Le prince Arabe refusa cette condition mais Salomé étouffant la voix de l'honneur, épousa clandestinement son amant. Silleus, de-retour dans son pays, attenta aux jours du roi son maître, et fit périr aussi plusieurs seigneurs Arabes, pour monter sur le trône. Mais les crimes de cet ambitieux étant parvenus aux oreilles d'Auguste, cet empereur le fit punir du dernier supplice.
SILLI, (Aimée de la Fayette, épouse de François de) seigneur de Louvay et de Fay, gentilhomme de la chambre du roi François I, son premier valet-tranchant, Bailli-Capitaine de Caen et de Châtelle, lieutenant de cent hommes d'armes de la compagnie du duc d'Alençon son chambellan, et gouverneur des pays et duché d'Alençon et comté du Perche, mort le 22 novembre 1524, après s'être distingué dans les guerres d'Italie sous Louis XII. La Baillive de Caen accompagna Marguerite de Valois duchesse d'Alençon, en Espagne. Elle y agit si utilement pour les intérêts du roi prisonnier, que ce prince lui donna la Baronnie d'Aigle, confisquée sur le seigneur de ce nom, qui avoit suivi le connégable de Bourbon. Marguerite de Valois devenue reine de Navarre par son mariage avec le roi Henri de Navarre, fit Aimée de la Fayette, toujours connue sous le nom de Baillive de Caen, gouvernante de sa fille Jeanne, depuis reine de Navarre. Cette illustre élève doit faire juger bien avantageusement des talens de la gouvernante.
SILLY, (Magdeleine de) Voy. FARGIS. I. SILVA. Il y a eu de ce nom (François) peintre et statuaire, mort en 1641; un autre, sculpteur (Augustin), et son petit-fils (François) dit le Jeune, mort à Bonn dans l'électorat de Cologne en 1737; enfin, un sculpteur et architecte (Charles François), mort à Milan en 1726, à 65 ans.
II. SILVA, (Gabriel de) médecin du XVIe siècle, a publié un Traité latin sur la Diete.
III. SILVA, (Jean-Baptiste) né à Bordeaux en 1684, d'un médecin juif, prit le même état que son père et abandonna sa religion. Après avoir reçu le bonnet de docteur à Montpellier, à l'âge de 19 ans, il vint à Paris, et obtint le même grade dans la faculté de médecine de cette ville. Plusieurs cures importantes lui ayant donné une grande réputation, il fut recherché dans les maisons les plus distinguées. Son nom pénétra dans les pays étrangers. La czarine Catherine lui fit proposer la place de son premier médecin, avec des avantages considérables; mais Silva ne voulut pas abandonner le pays auquel il devoit sa naissance, sa réputation et sa fortune. Il mourut à Paris, le 18 août 1744, à 61 ans, avec les titres de premier médecin du prince de Condé, et de médecin-consultant du roi. Il laissa une fortune considérable, et quelques Ecrits : I. Traité de l'usage des différentes sortes de Saugues, et principalement de celle du pied, 1727, 2 vol. in-12. II. Dissertations et Consultations de MM. Chirac et Silva, 3 vol. in-12. Il étoit fort au-dessus de ses livres, plein d'esprit et de gaieté, et n'ayant ni la charlatanerie, ni le pédantisme des médecins de *Molière*. Les agrémens de son caractère contribuèrent à ses succès, autant que son savoir et sa sagacité. On a des Mémoires pour servir à sa Vie, par *Brahier*.
IV. SILVA, *Voyez* SYLVA. I. SILVAIN, *Voyez* SILAS.
II. SILVAIN, (*Flavius SILVANUS*) fils de *Bonitus*, capitaine Gaulois. Ses services militaires l'élevèrent sous le règne de *Constance*, au grade de commandant de la cavalerie, et ensuite à la place de général de l'infanterie dans les Gaules. Il combattit avec succès les barbares. Il étoit occupé à les repousser, lorsque ses ennemis le calomnioient à la cour et lui supposoient le dessein de se faire élire empereur. Comme il connoissoit le caractère soupçonneux de *Constance*, il se crut perdu; et dans cette idée, il accepta le titre d'*Auguste* que ses soldats lui donnèrent en juillet 355. (*Voyez* ARRETION.) *Ursicin*, envoyé avec une armée contre lui, feignit de le reconnoître pour son prince légitime, et après l'avoir endormi par cet artifice, il le fit poignarder dans une chapelle. *Silvain* ne porta la pourpre qu'environ un mois. Il en étoit digne par ses vertus. Il supporteit tranquillement les fatigues de la guerre, et joignoit à une valeur plus réfléchie que téméraire, une douceur de mœurs et une politesse qui le faisoient aimer de tous les militaires. La plupart de ses officiers furent punis de mort; mais *Constance* épargna son fils, et lui laissa les biens de sa famille.
SILVANI, (*Gerard*) architecte et sculpteur Florentin, né en 1579, mort en 1675, et son petit-fils (*Pierre-François*) habile architecte, ont eu de la réputation dans leur patrie.
SILVECANE, (*Constant de*) né à Lyon, y devint prévôt des marchands en 1669, et publia en 1690, une Traduction de *Juvenal* avec des Notes.
SILVERE, natif de Campanie, fils du pape *Hormisdas*, monta sur la chaire de *S. Pierre* après le pape *Agapet I*, en 536, par les soins du roi *Théodat*. Peu de temps après ayant été accusé d'avoir des intelligences avec les Goths, il fut envoyé en exil à Patare en Lycie, par *Bélisaire*, qui fit ordonner à sa place *Vigile*, le 22 novembre 537. L'empereur *Justinien* ayant appris les outrages qu'on faisoit à ce saint pape, ordonna qu'on le rétablit sur son siège; mais l'impératrice *Théodora*, qui de nouveau noircit le pontife, le fit conduire dans l'île Palmaria, où il mourut de faim en juin 537. Après sa mort, *Vigile* fut reconnu pour pape légitime. I. SILVESTRE I, (*S.*) pape après *S. Melchiade*, en janvier 314, envoya des députés au concile d'Arles pour l'affaire des Donatistes, et en tint lui-même plusieurs à Rome. Il envoya aussi *Vitus* et *Vincent*, prêtres de l'Eglise de Rome, avec *Oslus* évêque de Cordoue, au concile général de Nicée, en 325, pour y assister en son nom. Sa mort, qui arriva le 31 décembre 335, fut celle d'un saint. Il siégea 21 ans et 11 mois. C'est sous son pontificat que commença d'éclater l'hérésie d'*Arius*, qui déchira si long-temps l'Eglise. l'Église. On lui attribue plusieurs établissements et réglemens. Les Actes de ce Saint sont apocryphes. On dit qu'il a été envoyé en exil sur le mont Soracte du temps de Constantin, et qu'à son retour il baptisa ce prince et le guérit en même temps de la lèpre; mais les Hagiographes d'Anvers, au 21 de mai, Baronias, et sur-tout Noël Alexandre, Sæc. 4, p. 18, prouvent que ce récit est faux dans tous ses détails. C'est le premier pape que l'on peint avec la mitre. Les Donatistes publioient qu'étant prêtre sous Marcellin, il avoit livré les saintes Écritures et offert de l'encens aux idoles: calomnie qui, selon S. Augustin, ne mérite aucune réfutation.
II. SILVESTRE II, appelé auparavant Gerbert, né en Auvergne d'une famille obscure, fut élevé au monastère d'Aurillac, où il embrassa la vie monastique. Ses lumières et son mépris pour l'ignorance de ses confrères, excitèrent bientôt leur jalousie. Pour avoir la paix, il quitta son monastère, et se retira en Espagne auprès de Borelle duc de Barcelone, auquel son abbé le recommanda. Ce prince le mena avec lui en Italie. C'est dans ce voyage qu'il se fit connoître de l'empereur Othon, qui lui donna l'abbaye de Bobio. Cette nouvelle dignité, en lui procurant de grands biens, lui fit encore de plus grands ennemis au dedans et au dehors. Il fut chassé de son abbaye par ses religieux; il se retira en Allemagne et devint précepteur d'Othon III. S'étant rendu ensuite auprès d'Adalberon, archevêque de Rheims, il fut chargé de l'école de cette ville et y eut des disciples illustres. Une bibliothèque nombreuse qu'il se forma à grands frais, lui donna de nouveaux moyens de s'instruire, et de donner des instructions plus lumineuses à ses disciples. Nous enseignons, dit-il dans une de ses lettres, ce que nous savons, et nous apprenons nous-mêmes ce que nous ne savons pas. Il assure en même temps qu'en étudiant l'art de bien dire, il s'applique aussi à l'art de bien vivre. Hugues Capet, instruit de son mérite, le choisit pour précepteur de son fils Robert. Ce fut pour le récompenser de ses soins, qu'il le fit élire archevêque de Rheims en 992, après la déposition d'Arnoul. Mais celui-ci ayant été rétabli en 998 par Grégoire V, Gerbert se retira en Italie, où il obtint l'archevêché de Ravenne, à la prière d'Othon III. Enfin, le pape Grégoire V étant mort, l'ambitieux et adroit Bénédicti, obtint la papauté, par la protection du même prince, en 999, et il en jouit jusqu'en 1003, année de sa mort. Gerbert étoit un des plus savans hommes de son siècle. Il étoit habile dans les mathématiques qu'il avoit apprises des Sarrasins d'Espagne, et dans les sciences les plus abstraites. Ses connoissances, rares pour le temps où il vivoit, firent croire aux simples, qu'il avoit employé la magie pour parvenir à la tiare. Mais avec la protection de l'empereur, il ne falloit à Gerbert d'autres prestiges que ses talens et ses intrigues, pour parvenir à la première dignité de l'Église. C'est la réflexion du P. Longueval. Cet historien a outo que Gerbert, devenu pape, se montra aussi zélé pour maintenir les droits et l'honneur du Saint-Siège, qu'il avoit marqué de vivacité pour les combattre lorsqu'il fut déposé de l'archevêché de Rheims par l'autorité du pape. Il nous reste de lui 149 *Epitres*, et divers autres ouvrages, qui déposent en faveur de son érudition. On y distingue un Discours pour servir d'instruction aux évêques, où il parle contre la simonie avec une force, qui fait penser qu'il ne craignoit pas qu'on lui reprochât cet odieux trafic. On a désigné les trois sièges qu'il occupa, par un vers singulier. *Transit ab R Gerbertus ad R, fit papa regens R.* Les trois R marquent les sièges de Rheims, de Ravenne et de Rome. Il fut le premier François qui monta sur la chaire de *S. Pierre*. On découvrit son tombeau en 1648 dans la basilique de Latran. Il étoit revêtu de ses habits pontificaux, la tiare en tête, et paroissoit entier et bien conservé. Mais dès qu'on voulut y toucher, tout s'en alla en poussière; il ne resta que son anneau et une croix d'argent : *Sic transit gloria mundi*.
III. SILVESTRE, (François) pieux et savant général des Dominicains, étoit d'une illustre famille de Ferrare; ce qui l'a fait appeler *Franciscus Ferrariensis*. Il mourut à Rennes dans le cours de ses visites en 1528, à 54 ans, après avoir gouverné son Ordre avec beaucoup de prudence. On a de lui plusieurs ouvrages. Les principaux sont : I. De bons *Commentaires* sur les Livres de *S. Thomas* contre les Gentils, dans le tome IX$^{e}$ des Œuvres de ce saint Docteur. II. Une *Apologie* contre *Luther*. III. La *Vie* de la bienheureuse *Osanna* de Mantoue, religieuse.
IV. SILVESTRE DE PRIERO, *Voy.* MOZZOLINO.
IV. SILVESTRE, (Israël) graveur, né à Nanci en 1621, mourut à Paris en 1691. Ce maître, élève d'*Israël Henriet* son oncle qu'il surpassa en peu de temps, est célèbre par le goût, la finesse et l'intelligence qu'il a mis dans divers Paysages et dans différentes Vues gravées de sa main. Sa manière tient beaucoup de celles de *Callot* et de la *Belle*, dont il possédoit plusieurs planches. *Louis XIV* occupa *Sylvestre* à graver ses palais, des places conquises, etc. Ce célèbre artiste fut encore décoré du titre de maître à dessiner de Monseigneur le Dauphin, et gratifié d'une pension et d'un logement au Louvre : honneurs qui ont passé successivement, avec son mérite, à ses descendans. On le met aussi au rang des habiles compositeurs. V. SILVESTRE, (François) écrivain François, réfugié en Hollande, a traduit le *Flambeau de la Mer* de *Van-Loon*, à Amsterdam, 1687, 5 vol. in-fol.
VI. SILVESTRE, (Louis) Parisien, fut élève de *le Brun* et des *Boullongne*. Son heureux génie mit à profit les grands principes de ces habiles maîtres; ses premiers essais annoncèrent un des plus forts dessinateurs de son temps. Son tableau de réception à l'académie Royale, représentant la *Création poétique de l'Homme*; et celui de *S. Pierre* guérissant les malades à la porte du Temple (qu'on trouve à Notre - France), furent de bonne heure les présages de son talent. Ses principaux ouvrages sont à Irlande, où le roi de Pologne l'attira en 1727. Ce souverain l'honora de lettres de noblesse, de la qualité de son premier peintre, de celle de directeur de son académie royale de Dresde, et le gratifia de pensions considérables. Après un séjour d'environ 24 ans en Saxe, *Silvestre* revint en France. Il fut nommé directeur de l'académie; distinction qui lui fut confirmée plusieurs fois par la compagnie, et toujours avec un nouveau plaisir. Le roi lui accorda un logement aux galeries du Louvre, et une pension de mille écus. Il mourut le 14 avril 1760, âgé de 85 ans.
SILVIA, *Voyez* RHEA.
SILVIUS, *Voyez* SYLVIUS.
SILURE, roi des Scythes, est célèbre par un trait curieux qu'on trouve dans *Plutarque*. Etant près de la mort, il fit apporter un paquet de dards, et les donna à ses 80 enfans pour le rompre. Chacun en particulier, après l'avoir essayé, avoua qu'il ne pouvoit en venir à bout. *Silure* le prit à son tour, délia le paquet, et brisa chaque dard l'un après l'autre; leur montrant par-là que s'ils étoient toujours unis ensemble, ils seroient invincibles; mais que s'ils se séparaient une fois, il seroit très-aisé de les vaincre. I. SIMÉON, chef de la tribu du même nom, et second fils de *Jacob* et de *Lia*, naquit vers l'an 1757 avant J. C. Etant allé durant la famine avec ses frères en Egypte, pour acheter du blé, il resta en otage pour assurer leur retour. Il vengea avec *Lévi* l'enlèvement de sa sœur *Dina*, en égorgeant tous les sujets de *Sichem*: (*V. ce mot.*) action atroce, par laquelle on fit périr une foule d'innocens, pour punir un seul coupable. *Jacob* au lit de la mort, témoigna son in- indignation contre la violence que *Siméon* et *Lévi* avoient exercée envers les Sichimites. Il leur prédit qu'en punition de leur crime, Dieu les sépareroit l'un de l'autre, et disperseroit leurs descendans parmi les autres tribus. L'événement justifia la prédiction d'une manière frappante. *Lévi* n'eut jamais de lot ni de partage fixe dans Israël; et *Siméon* ne reçut pour partage qu'un canton que l'on démembra de la tribu de *Juda*, et quelques autres terres. Le crime de *Zumri* attira aussi la malédiction sur la tribu de *Siméon*, et c'est la seule que *Moise* ne bénit point en mourant. Quoique cette tribu fût composée de 59000 combattans lorsqu'ils sortirent d'Egypte, il n'en entra que 22200 dans la Terre-promise. Les autres périrent dans le désert à cause de leurs murmures.
II. SIMÉON, aïeul de *Mathathias*, père des *Machabées*, de la race des Prêtres, descendoit du vertueux *Phinées*.
III. SIMÉON, homme juste et craignant Dieu, vivoit à Jérusalem dans l'attente du Rédempteur d'Israël. Il demeuroit presque toujours dans le Temple, et le Saint-Esprit l'y conduisit, dans le moment que *Joseph* et *Marie* y présentèrent J. C. Alors ce vieillard, prenant l'enfant entre ses bras, rendit grace à Dieu, et lui témoigna sa reconnaissance par un admirable Cantique, qui est un excellent modèle d'action de graces.
IV. SIMÉON, frère de *Jesus Christ*, c'est-à-dire, son cousin-germain, étoit fils de *Cleophas* et de *Marie*, sœur de la sainte *Lange*, et frère de *S. Jacques le Mâver*, de *Joseph* et de *S. Jude*. Il fut disciple du Seigneur, et élu avé- V. 2 que de Jérusalem après la mort de Jacques son frère. Trajan ayant fait faire des recherches exactes de ceux qui se disoient descendus de David, on déféra Siméon à Atticus gouverneur de Syrie. Après avoir été long-temps tourmenté, il fut enfin crucifié l'an 207 de J. C., âgé de 120 ans, dont il en avoit passé 40 dans le gouvernement de son Eglise. V. SIMÉON-STYLITE, (S.) né à Sisan sur les confins de la Cilicie, vers l'an 392, étoit fils d'un berger, et fut berger lui même jusqu'à l'âge de 13 ans. Il entra alors dans un monastère, d'où il sortit quelque temps après pour s'enfermer dans une plus grande solitude. Il passoit des journées entières, tantôt sur le sommet d'une montagne, tantôt dans le creux des rochers. Il étoit quelquefois un mois entier sans prendre de nourriture. Enfin, pour se dérober à la foule du peuple qui venoit le visiter de toutes parts, il jugea à propos de monter sur des colonnes de différente hauteur. La première étoit de quatre coudées, la seconde de douze, la troisième de vingt-deux, la quatrième de quarante. Celle-ci étoit sur une montagne de Syrie. Il s'y tint pendant plusieurs années debout sur un seul pied. Malgré ses austérités, l'Esprit tentateur lui fit la guerre. Siméon crut voir un jour un ange de lumière qui lui présentoit un char lumineux pour le transporter au séjour de la gloire. Il leva le pied pour se mettre dans le chariot; mais pensant à l'instant que ce pourroit être une illusion du démon, il fit le signe de la croix et tout disparut. Enfin, rongé par un ulcère d'où sortoit une quantité de vers, il mourut en 461, à 69 ans, dont il en avoit passé 47 sur des colonnes, donnant aux peuples un exemple plus admirable qu'imitable. Son corps fut descendu de la colonne par des évêques, et conduit à Antioche avec une escorte de six mille hommes de troupes de l'empereur. Ses obsèques se irrent avec une pompe pareille à celles des monarques. Son culte s'étendit de l'Orient en Occident où l'on avoit déjà ses images qu'on ré, étoit sur-tout dans Rome long-temps avant sa mort. Il y a des choses si surprenantes dans l'histoire de ce héros de la mortification, que quelques écrivains les ont révoquées en doute; mais ils ne faisoient pas attention que Théodoret qui les a écrites, en parle comme témoin oculaire. Nous avons de lui une Lettre et un Sermon dans la Bibliothèque des Peres. — Il y a eu un autre S. SIMÉON-STYLITE, qu'on surnomma le Jeune, parce qu'il mourut en 595 près d'un siècle après l'ancien. Il étoit d'Antioche; on l'appela aussi le Thaumaturge à cause de ses nombreux miracles. Il ne faut pas confondre celui-ci avec S. Siméon surnommé l'extravagant. Ce dernier étoit d'Edesse en Mésopotamie. Il se retira d'abord dans le monastère de Saint-Gérasime, ensuite dans un désert d'où il sortit après y avoir fait pénitence pendant 29 ans. Il alla à Emèse en Syrie, où il mourut en 570, après avoir passé le reste de sa vie à contrefaire l'insensé, pour opérer sa sanctification, dit Baillet, et celle de son prochain, par des moyens propres à confondre la sagesse humaine.
VI. SIMÉON-METAPHRASTE, né au xᵉ siècle à Constantinople, s'éleva par sa naissance et par son mérite aux emplois les plus consi- dérables. Il fut secrétaire des empereurs Léon la Philosophe et Constantin Porphyrogenèle, et eut le département des affaires étrangères. Ce prince l'ayant exhorté à faire le recueil des Vies des Saints, il ne se contenta pas de compiler les faits, il les broda d'une manière romanesque. Il assembla tout-à-la fois des exemples des vertus les plus héroïques, et des prodiges les plus ridicules. On a traduit plusieurs fois son ouvrage en latin, et on le trouve dans le recueil des Vies des Saints par Surius; mais il seroit à souhaiter qu'on l'imprimât en grec; car quoiqu'il soit rempli de fables, il renferme des monumens anciens et authentiques qu'un habile critique discerneroit. Cet écrivain fut nommé Métaphraste, parce qu'il paraphrasoit les récits en amplificateur. C'est d'après cet hagiographe que plusieurs historiens ont écrit, avant le règne de la critique, des Vies des Saints pour lesquelles il faut autant de crédulité dans les lecteurs, qu'il y a eu de simplicité dans leurs auteurs. On a encore de lui des Vers grecs dans le Corpus Poëtarum Græcorum, Genève, 1666 et 1614, 2 volumes in-fol.
VII. SIMÉON, fameux rabbin du IIe siècle, est regardé par les Juifs comme le Prince des Cabalistes. C'est à lui qu'on attribue le livre hébreu, intitulé: Zohar, c'est-à-dire la Lumière; Crémone, 560, 3 vol. in-fol.
VIII. SIMÉON, (Antoine) religieux dominicain, a traduit de l'espagnol les Sermons de Pierre de Valderana, et de l'italien ceux de Marcel Ferdinand de Barry, abbé d'Olivet, 1610. Ce traducteur mourut à Angoulême en 1615.
SIMÉONI, ou DE SIMEONIBUS, (Gaspard) d'Aquila dans le royaume de Naples, chanoine de Sainte-Marie-Majeure, et secrétaire du pape Innocent X, brilla à Rome par ses Poésies latines et italiennes. Il a conservé dans les unes et dans les autres, et surtout dans les premières, le goût de l'antiquité, qui sembloit être banni de l'Italie. Ses vers ne manquent ni de force, ni d'harmonie, ni de graces; et il mérite d'être distingué dans la foule des versificateurs Latins qu'ont produits ces derniers siècles.
SIMIA, Voy. JULES III, n.º v.
SIMIANE, (Charles-Jeanbaptiste de) d'une famille de Provence qui remonte au Xe siècle, devint marquis de Pianeze, ministre du duc de Savoie, et colonel-général de son infanterie. Il servit ce prince avec zèle dans son conseil et dans ses armées. Sur la fin de ses jours, il quitta la cour, et se retira à Turin chez les Prêtres de la Mission, où il ne s'occupa que de son salut. Sa solitude n'étoit troublée que par les conseils qu'on lui demandoit comme à l'oracle de la Savoie. Il finit saintement ses jours, en 1677. On a de lui: I. Un Traité de la vérité de la Religion Chrétienne, en italien, dont le Père Bouhours a donné une Traduction françoise, in-12. II. Piissimi in Deum Affectus, ex Augustini Confessionibus delecti, in-12, etc. — Il y a eu de la même famille Bertrand Raimbaud de Simiane, marquis de Gordes, lieutenant-général du Dauphiné, mort en 1578, qui livra un combat à Montbrun et le fit prisonnier, et qui se signala contre les religionnaires; et Pauline Adhemar de Grignan, épouse du marquis de *Simiane*, mort en 1718, dont elle n'eut que des filles. *Voyez* GRIGNAN.
SIMILIS, courtisan sous l'empereur *Trajan*, ayant (dit *Spartien*) sans aucun mécontentement personnel, quitté la cour et tous ses emplois, pour aller paisiblement vivre à la campagne, fit mettre ces mots sur sa tombe: *J'ai demeuré soixante-seize ans sur la terre, et j'en ai vécu sept*. Que de grands, *servum pecus*, moins heureux, ou moins sages que *Similis*, sommeillent toute leur vie à la suite des cours, et ne jouissent depuis la laisse de l'enfance jusqu'au bâton de la vieillesse, que d'une existence précaire et mendée!
SIMLER, (Josias) ministre de Zurich, mourut dans cette ville en 1576, à 45 ans. On a de lui: I. Divers Ouvrages de *Théologie* et de *Mathématiques*. II. Un Abrégé de la *Bibliothèque* de *Conrad Gesner*, estimé, quoiqu'il y ait quelques inexactitudes. Cet Abrégé parut à Zurich en 1574, in-fol., et *Frisius* en donna une édition augmentée en 1583. III. *De Helvetiorum Republica*, chez *Elzevir*, 1624, in-24; traduit en françois, 1579, in-8. IV. *Vallesiae Descriptio*, ibid. 1633, in-24. — Il y a eu du même nom, un habile peintre de portraits, *Jean Simler*, né à Zurich, mort à Stein sur le Rhin, en 1748, à 55 ans.
SIMNEL, (Lambert) *Voyez* EDOUARD *Plantagenet*. I. SIMON I, grand-prêtre des Juifs, surnommé le *Juste*, étoit fils d'*Onias I*, auquel il succéda dans la grande Sacrificature. Il répara le Temple de Jérusalem, qui tomboit en ruine, le fit en- environner d'une double muraille, et y fit conduire de l'eau par des canaux, pour laver les hosties.
II. SIMON II, petit-fils du précédent, succéda à *Onias II*, son père. C'est sous son pontificat que *Ptolomée Philopator* vint à Jérusalem. Ce prince ayant voulu entrer dans le Saint des Saints, malgré les oppositions de *Simon*. Dieu étendit sur lui son bras vengeur, et punit sa profanation, en le renversant par terre sans force et sans mouvement.
III. SIMON-MACHABÉE, fils de *Mathathias*, surnommé *Thasi*, fut prince et pontife des Juifs, l'an 143 avant J. C. Il signala sa valeur dans plusieurs occasions, sous le gouvernement de *Judas* et de *Jonathas* ses frères. Le premier l'ayant envoyé avec 3000 hommes dans la Galilée, pour secourir les Juifs de cette province contre les habitans de Tyr, de Sidon et de Prolémaïde, *Simon* défit plusieurs fois les ennemis. Il battit *Apollonius*, conjointement avec *Jonathas*; et celui-ci ayant été arrêté par *Tryphon*. *Simon* alla à Jérusalem pour rassurer le peuple, qui ne voyant personne plus digne que lui d'être à la tête des affaires, l'élut tout d'une voix. *Simon*, devenu père de sa nation par ce choix unanime, fit d'abord assembler tous les gens de guerre, répara en diligence les murailles, les fortifications de Jérusalem, et s'appliqua à fortifier les autres places de la Judée. Il envoya ensuite des ambassadeurs à *Demetrius*, qui avoit succédé dans le royaume de Syrie au jeune *Antiochus*, et le pria de rétablir la Judée dans ses franchises. Ce prince lui accorda tout ce qu'il demandoit. La liberté étant rendue aux Juifs, *Simon* renouvela l'alliance avec les Spartiates, battit les troupes d'*Antiochus Soter*, roi de Syrie; et sur la fin de ses jours, il visita les villes de son état. Lorsqu'il arriva au château de Doch, où demeuroit *Ptolemée* son gendre, cet ambitieux, qui vouloit s'ériger en souverain du pays, fit inhumainement massacrer *Simon* et deux de ses fils, au milieu d'un festin qu'il leur donna, l'an 135 avant J. C.
IV. SIMON, (S.) apôtre du Seigneur qui lui apparut un des premiers après sa résurrection, fut surnommé *Chananéen*, c'est-à-dire *Zélé*. On ignore le motif de ce surnom. Son zèle pour *Jesus-Christ* le lui fit-il donner? ou étoit-il d'une certaine secte de *Zélés*? On est aussi peu instruit sur les particularités de sa vie, sur sa prédication, et le genre de sa mort. Quelques-uns le font aller dans l'Égypte, la Lybie, la Mauritanie; d'autres lui font parcourir la Perse, mais avec aussi peu de fondement que les premiers. V. SIMON LE CYRÉNÉEN, père d'*Alexandre* et de *Rufus*, étoit de Cyrène dans la Lybie. Lorsque *Jesus-Christ* montoit au Calvaire, et succomboit sous sa croix, les soldats contraignirent *Simon*, qui passoit, de la porter avec lui.
VI. SIMON LE MAGICIEN, du bourg de Gitron dans le pays de Samarie, séduisoit le peuple par ses enchantemens et ses prestiges, et se faisoit appeler la grande Vertu de Dieu. Le diacre *Philippe* étant venu prêcher l'Évangile dans cette ville, *Simon*, étonné des miracles qu'il faisoit, demanda et obtint le baptême. Les Apôtres, quelque temps après, vinrent pour imposer les mains aux baptisés. *Simon* voyant que les fidèles qui recevoient le Saint-Esprit, parloient plusieurs langues sans les avoir apprises, et opéroient des prodiges, offrit de l'argent pour acheter la vertu de communiquer ces dons. Alors *Pierre* indigné, le maudit avec son argent, parce qu'il avoit cru que le don de Dieu pouvoit s'acheter. C'est de là qu'est venu le mot de *Simoniaque*, qu'on applique à ceux qui achètent ou vendent les choses spirituelles. Après le départ des Apôtres, *Simon* tomba dans des erreurs grossières, et se fit des prosélytes. Il quitta Samarie, et parcourut plusieurs provinces qu'il infecta de ses impiétés. « Dieu, selon lui, subsistoit dans une lumière inaccessible. Entre Dieu et la matière il plaçoit les *Eons*, substances divines, qui émanient plus immédiatement du grand Être. Ils étoient, les uns actifs, les autres passifs, et de différent sexe : il n'y en avoit qu'un certain nombre. L'Intelligence étoit d'abord destinée à former le monde; mais s'étant échappée de la plénitude de la lumière, du sein de Dieu, elle avoit engendré les Anges, qui ayant usurpé l'empire sur le monde, leur ouvrage, eurent l'ambition d'être reconnus pour les seules Divinités. Dans cette vue, ils avoient empêché leur Mère de retourner à son principe, la faisant passer de corps en corps, et l'exposant à toutes sortes d'ignominies. » *Simon* se donnoit même pour un de ces *Eons*, qui, étant émanés immédiatement, avoient plus de puissance que tous les autres Anges ensemble. Il étoit venu pour délivrer l'Intelligence, et pour enlever le monde à la tyrannie des Démons. Il traînoit avec lui une femme débauchée, qu'il avoit achetée à Tyr, et qu'il disoit être cette Intelligence même. Il la nommoit *Hélène* ou *Sélène*, c'est-à-dire la *Lune* ou *Minerve*. Il prétendoit qu'elle étoit descendue en terre, en passant de Ciel en Ciel; qu'elle étoit cette même *Hélène* qui avoit été la cause de la ruine de Troye : et il lui donnoit quelquefois le nom de *Saint-Esprit*, la représentant comme l'ame du monde, et la source de toutes les ames. Quant à lui, il n'étoit rien moins que ce qu'il paroissoit ; il n'avoit que la figure de l'homme. Il étoit un *Eon*, un *Sauveur*, le *Messie* ; et il vouloit bien être adoré sous le nom de *Jupiter*. Venu pour rétablir l'ordre, pour détruire les maux produits par l'ambition des Anges, et pour procurer le salut aux hommes, il assuroit qu'il suffisoit de mettre son espérance en lui et en son *Hélène*. Il ajoutoit que les bonnes œuvres étoient inutiles, et que la distinction du bien et du mal moral n'est qu'une invention des Anges, pour tenir les hommes dans la servitude. Comme il lui falloit des prestiges pour soutenir ses impostures, il se vanta d'attirer des enfers les ames des prophètes, d'animer les statues, de changer les pierres en pain, de passer sans résistance au travers des rochers, de se précipiter du haut d'une montagne sans se blesser, de voler dans les airs, de se rendre invisible, de prendre telle forme qu'il vouloit, etc. Ces mensonges, aidés de quelques tours de charlatan, persuadoient ou éblouissoient la populace crédule. [Voy. II. MÉNANDRE.] Ce faux prophète se fit sur-tout une grande réputation à Rome, où il arriva avant *S. Pierre*. Les Romains lè prirent pour un Dieu, et le sénat lui-même fit ériger à cet imposteur une statue dans l'île du Tibre, avec cette inscription : *SIMONY DEO SANCTO*. Il est vrai que d'habiles critiques contestent ce fait, et prétendent que cette statue étoit consacrée à *Semô-Sachus*, qui étoit une Divinité adorée parmi les Romains. Quoi qu'il en soit, les illusions de ce fourbe fascinèrent les yeux des habitants de Rome ; mais le charme ne dura pas. *Saint Pierre* étant venu peu après lui dans cette ville, ruina sa réputation par un coup d'éclat, que quelques critiques révoquent en doute, parce qu'il n'est rapporté que par des auteurs du v$^{o}$ siècle. Le magicien se disoit fils de Dieu, et se vantoit comme tel de pouvoir monter au ciel. Il le promit à *Néron* lui-même, et le jour pris, en présence d'une foule de peuple qui étoit accouru à ce spectacle, il se fit élever en l'air par deux démons dans un chariot de feu. Mais, aux prières de *Pierre* et *Paul*, *Simon* qui étoit à une certaine hauteur, tomba par terre et se rompit les jambes. Accablé par la honte de sa défaite, il se précipita bientôt après du haut du logis où on l'avoit porté. La chute de *Simon* est, selon M. *Pluquet*, un fait apocryphe. « Indépendamment de la difficulté de le concilier avec la chronologie, il est certain que la chute de *Simon* à la prière de *S. Pierre*, étoit un fait trop important pour avoir été ignoré des chrétiens, et pour n'avoir pas été employé par les apologistes des premiers siècles. Cependant *saint Justin*, *saint Irenée*, *Tertullien* n'en parlent point, eux qui ont parlé de sa statue. Les auteurs qui la rapportent, ont peut-être appliqué à cet imposteur, ce que *Suétone* rapporte d'un homme qui, sous *Néron*, se jeta en l'air, et se brisa en tombant. Cette conjecture d'*Itigius* n'est pas destituée de vraisemblance. Une ancienne tradition portoit que *Simon* voloit; on trouve sous *Néron* qu'un homme prétendit avoir le secret de voler : il étoit tout simple de juger que cet homme étoit *Simon*. Rien n'est si ordinaire que des rapprochemens de cette espèce. On présenta à *Paul IV* des médailles, qui portoit d'un côté *Néron*, et de l'autre *S. Pierre*, avec cette légende, *Petrus Galilæus*. Il y a des personnes qui ont cru que cette médaille avoit été frappée en mémoire de la victoire de *S. Pierre* sur *Simon* : il n'est pas nécessaire de faire des réflexions sur cette preuve. [ *Vov. sur cela David de la Roque. Dissertation de Legione fulminante*, pag. 613. » ]
VII. SIMON, noble Juif de la ville de Scythopolis, prit le parti des Romains, et défendit avec beaucoup de valeur la ville contre les attaques des Juifs. Il devint suspect aux habitans, qui lui dirent de se retirer avec les Juifs de son parti dans un bois proche de la ville. Lorsqu'ils furent retirés, les habitans de la ville allèrent de nuit les égorger. *Simon* surpris se contenta de se récrier contre une si horrible perfidie. Il se reprochoit de n'avoir pas suivi le parti des Juifs. En même temps il prit son père par les cheveux, lui enfonça son épée dans le ventre, en fit autant à sa mère et à ses enfans; puis il monta sur ces corps morts, et levant les bras pour être vu de tout le monde, il se donna un coup d'épée, dont il mourut sur l'heure.
VIII. SIMON, fils de *Gioras*, l'un des plus grands seigneurs d'entre les Juifs, fut cause de la ruine de Jérusalem et de la nation. Les Juifs l'avoient reçu dans Jérusalem comme un libérateur. Ils l'avoient appelé pour les délivrer de la tyrannie de *Jean*; mais il fut encore plus cruel que ce tyran, avec lequel il partagea la souveraine autorité. Quand la ville fut prise par les Romains, il se cacha dans les souterrains avec des ouvriers munis d'outils nécessaires pour creuser. Mais il manqua bientôt de provisions, retourna sur ses pas, fut pris par les ennemis, attaché au char de triomphe de *Tite*, puis exécuté sur la place publique de Rome. ( *Voyez GISCALA.* )
IX. SIMON, moine d'Orient dans le XIII$^{e}$ siècle, passa en Europe, où il se fit Dominicain, et composa un Traité contre les Grecs sur la *Procession du Saint-Esprit*, qu'on trouve dans *Allatius*. X. SIMON, ( Richard ) né à Dieppe le 15 mai 1638, entra dans la Congrégation de l'Oratoire, et en sortit peu de temps après. Il y rentra ensuite vers la fin de 1662, la mémoire enrichie d'une partie des langues orientales. Quelques chicanes qu'on lui fit sur cette étude, lui firent naître l'idée de quitter de nouveau l'Oratoire pour les Jésuites; mais il en fut détourné par le père *Bertad*, supérieur de l'institution. Il fut employé bientôt à dresser un Catalogue de livres orientaux de la bibliothèque de la Maison de Saint-Honoré, et il s'en acquitta avec succès. Le président de *Lamoignon*, ayant en occasion de le voir, fut si satisfait de son érudition, qu'il engagea ses supérieurs à le retenir à Paris; mais comme il ne pouvoit pas payer sa pension, on l'envoya à Juilli pour y professer la philosophie. Ce fut alors qu'il commença à publier ses différens ouvrages. La hardiesse de ses sentimens, la singularité de ses opinions, et les épines de son caractère, l'obligèrent de quitter l'Oratoire en 1678, pour se retirer à Belleville en Caux, dont il étoit curé. On a de lui une Satire amère de cette Congrégation, dans la *Vie* du P. Morin, insérée dans les *Antiquiquitates Ecclesiae Orientalis* de ce savant. *Simon* répétoit souvent: *Alterius ne sit, qui saucisse potest*. Rendu à lui-même, il vécut à Dieppe sa patrie, et y mourut le 11 avril 1712, à 74 ans. On ne peut lui refuser une érudition très-vaste, et une littérature très-variée. Sa critique est exacte, mais elle n'est pas toujours modérée; et il règne dans tout ce qu'il a écrit un esprit de singularité et de nouveauté, qui lui suscita bien des adversaires. Les plus célèbres sont *Veil*, *Spanheim*, *Leclerc*, *Jurieu*, *Levassor*, *Dupin*, *Bossuet*, etc. *Simon* ne laisse presque aucun de leurs écrits sans réponse: la hauteur et l'opiniâtreté dominent dans tous ses livres polémiques. Son caractère mordant, satirique et inquiet, ne fit que s'agir dans sa vieillesse. On a de lui un très-grand nombre d'ouvrages. Les principaux sont: I. Une édition des *Opuscules* de *Gabriel* de Philadelphie, avec une Traduction latine et des Notes, 1686, in-4.º II. Les Céré- monies et Coutumes des Juifs, traduites de l'italien de Léon de Modène, avec un Supplément touchant les Sectes des *Caraites* et des *Samaritains*, 1681, in-12; ouvrage estimable. Nous n'avons point de livre, suivant *Nicéron*, qui nous instruise plus exactement, et en moins de mots, des coutumes des Juifs. III. L'*Histoire critique du Vieux Testament*, dont la meilleure édition est celle de Rotterdam, chez *Regnier Leers*, in-4.º, 1689. IV. *Histoire critique du Texte du Nouveau Testament*, Rotterdam, 1689, in-4.º; qui fut suivie, en 1690, d'une *Histoire critique des Versions du Nouveau Testament*, et en 1692, de l'*Histoire critique des principaux Commentateurs du Nouveau Testament*, etc. avec une *Dissertation critique sur les principaux Actes manuscrits cités dans ces trois parties*, in-4.º Tous ces Écrits respirent l'érudition d'un homme consommé dans l'étude des langues orientales, et la hardiesse d'un critique téméraire. V. Réponse au livre intitulé: *Sentimens de quelques Théologiens de Hollande*, 1686, in-4.º VI. *Inspiration des Livres sacrés*, 1687, in-4.º VII. *Nouvelles Observations sur le Texte et les Versions du Nouveau Testament*, Paris, 1695, in-4.º VIII. *Lettres critiques*, dont la meilleure édition est celle d'Amsterdam en 1730, 4 vol. in-12, dans lesquelles il y a des choses curieuses et intéressantes, mais qui méritent en partie la critique que nous ferons au n.º XIII. IX. *Une Traduction française du Nouveau Testament*, avec des Remarques littérales et critiques, 1702, 2 vol. in-8.º *Nœailles*, archevêque de Paris, et *Bossuet*, condamnèrent cet ou- vrage. X. Histoire de l'origine et du progrès des Revenus ecclésiastiques. Cet ouvrage curieux et recherché parut en 1709, 2 vol. in-12, sous le nom supposé de Jérôme Acosta. C'est, dit-on, le résultat d'un mécontentement de Simon contre une communauté de Bénédictins. XI. Créance de l'Eglise Orientale sur la Trans-substantiation, 1687, in-12. Il y fait voir la conformité de la doctrine de cette Eglise avec celle de l'Eglise Romaine. Il y joignit un petit Supplément pour répondre aux Journalistes de Hollande, qui en avoient donné une analyse infidelle. XII. Bibliothèque critique, sous le nom de Sainjore, avec des notes, 1708 et 1710, 4 vol. in-12. Ce livre fut supprimé par arrêt du Conseil : il est devenu rare. On y trouve des pièces qu'on chercheroit vainement ailleurs, entr'autres, son Factum pour les Juifs de Metz, accusés d'avoir un petit enfant chrétien en 1674. Ce Mémoire, qui semble plutôt fait par un théologien que par un jurisconsulte, ne laisse pas d'être curieux. XIII. Nouvelle Bibliothèque choisie, où l'on fait connoître les bons Livres en divers genres de littérature, et l'usage qu'on en doit faire, Amsterdam, 1714, 2 vol. in-12. C'est une suite de la Bibliothèque critique, dont on a changé le titre, parce que les premiers volumes avoient été supprimés. On reconnoit par-tout le génie de l'auteur, son style, son rabbinage, son attachement à certains livres singuliers, qui n'ont souvent d'autre prix que celui de leur rareté ; son attention à crier contre les Bénédictins, comme contre des faussaires ; certain goût en fait de littérature, qu'un autre auroit peine à contrefaire. Il y a au reste dans ces volumes, comme dans les précédents, quantité de faits littéraires, curieux, et qui auroient quelquefois mérité d'être un peu plus appuyés. L'auteur ne s'y est pas oublié : il s'y donne de l'encens à pleines mains. C'est le jugement que les auteurs du Journal littéraire portèrent de ce livre, et on peut l'appliquer au précédent, ainsi qu'à plusieurs autres ouvrages de Simon. [Voyez l'article de BROZEN de la Martinière, son neveu.] XIV. Critique de la Bibliothèque des Auteurs Ecclésiastiques de M. DUPIN, et des Prolégomènes sur la Bible du même, 1730, 4 vol. in - 8°, avec des éclaircissemens et des remarques du P. Souciet, jésuite, qui est l'éditeur de cet ouvrage. XV. Histoire critique de la Croyance et des Coutumes des Nations du Levant, sous le nom de Moni, etc.; livre intéressant et instructif, 1693, in-12. XVI. Lettres critiques, où l'on voit les sentimens de M. Simon, sur plusieurs ouvrages nouveaux, publiés par un gentilhomme Allemand, Bâle, 1699, in-12. Dans ce livre, qui n'est pas commun, l'auteur ménage peu le P. Martianai et les Bénédictins de St-Maur. XVII. Il retoucha la Traduction du livre de Brederode, intitulé : Recherches curieuses sur la diversité des Langues et des Religions, que la Montagne avoit publiées à Paris en 1640 ; et il y fit des additions ( dit Nixeron ) où, sous le masque d'un prêtre de l'Eglise anglicane, il favorisoit en plusieurs choses les Protestans. Nous ignorons si l'édition qu'il en préparoit, a été publiée. Il ne faut pas confondre avec *Richard Simon*, un autre *Simon*, docteur en théologie, qui s'établit à Lyon, après avoir été curé de St-Uze, dans le diocèse de Vienne. Celui-ci est connu par un *Dictionnaire de la Bible*, où il a fait entrer l'Histoire de l'ancien et du nouveau Testament, la géographie de l'Écriture-sainte, l'explication des cérémonies Judaïques, etc. Il publia cet ouvrage à Lyon, en 1693, in-fol.; et de nouveau, en 1703, en 2 vol., avec beaucoup d'additions. Si le débit d'un livre étoit une preuve assurée de sa bonté, le *Dictionnaire de Simon* seroit excellent. Mais les habiles gens qui l'examinèrent, dit D. *Calmet*, y remarquèrent un grand nombre de fautes, qui avoient leur source dans le defaut des livres nécessaires, ou dans l'ignorance des langues.
**XI. SIMON**, (Jean-François) né à Paris en 1654, d'un habile chirurgien, fut élevé avec soin par son père, prit l'habit ecclésiastique, et se fit recevoir docteur en droit canon. On le plaça, l'an 1684, en qualité de précepteur, auprès de *Pelletier-des-Forts*. Ses services et ses talens lui méritèrent les places de contrôleur des fortifications, et d'associé de l'académie des Inscriptions et Belles-Lettres. L'abbé de *Louvois* l'ayant choisi, en 1719, pour garde des médailles du cabinet du roi, il quitta alors l'habit ecclésiastique, parce que *Louis XIV*, prince d'habitude, qui n'avoit vu que des laïques dans cette place, ne voulut jamais la donner à d'autres. *Simon* la remplit dignement. Il excelloit sur-tout dans les devises et les inscriptions. On a de lui plusieurs savantes *Distertations* dans les *Mémoires* de l'Académie des Inscriptions. Il mourut en 1719, à 65 ans.
**XII. SIMON**, (Denis) conseiller du présidial et maire de ville de Beauvais, mort en 1731, possédoit l'histoire et la jurisprudence. On a de lui: I. *Une Bibliothèque des Auteurs de Droit*, 1692 et 1695, 2 vol. in-12. II. *Un Supplément à l'Histoire de Beauvais*, 1706, in-12.
**XIII. SIMON**, (Claude-François) imprimeur de Paris, mort dans cette ville en 1767, à 55 ans, joignoit aux connaissances typographiques, celles de la littérature. On a de lui: I. *Connaissance de la Mythologie*, Paris, 1753, in-12, 4$^{e}$ et la meilleure édition. Les journalistes de Trévoux, dans le second volume d'avril 1746, soutiennent que cette production est l'ouvrage du P. *Rigord* jésuite, mort en 1739, et que *Simon* n'y a fait que quelques additions, parmi lesquelles il y en a de peu modestes et dangereuses pour des enfans. Ces anecdotes scandaleuses ont été retranchées dans l'édition que nous indiquons. II. Deux Comédies; *Minos* ou l'*Empire Souterrain*, les *Confidences réciproques*, non représentées. III. *Mémoires de la Comtesse d'Horneville*, 2 vol. in-12: Roman foiblement et négligemment écrit, et dénué d'imagination. IV. *Mémoires de Du Guay-Trouin*, in-4$^{e}$: il reçut en 1740, une médaille d'or de la part du roi pour la rédaction de ces *Mémoires*. V. Il s'occupoit, lorsqu'il mourut, d'un ouvrage considérable sur la *Science pratique de l'Imprimerie*; mais cet écrit que l'on regrette n'a pas vu le jour. Les principales éditions sorties de tes presses, sont : *Virgile, Térence, Salluste, Cornelius-Nepos*; un *Lucrèce* italien; la *Bibie d'Houbigant*, 1753, 4 vol. in-fol.; un choix de *Poésies*, 3 vol. in-4°, dont il ne tira que 75 exemplaires. On ignore si c'est à lui ou à un autre *Simon* qu'on doit un *Traité* sur le *Moyen de conserver le Gibier par la destruction des Oiseaux de rapine*, avec un *Essai sur la Pipée*, Paris, 1738, in-12.
XIV. SIMON, (Jean-François) chirurgien, mort en 1770, dont on a un *Abrégé des Maladies des Os*, et un *Abrégé de Pathologie et de Thérapeutique*.
SIMON, *Voy*, MARQUEMONT.
SIMON STOCK, *Voyez* STOCK.
SIMON DE MONTFORT, *Voyez* MONTFORT.
SIMONDI, *Voyez* ÉDOUARD *Plantagenet*.
SIMONEAU, (Henri) maire d'Étampes, fut massacré le 3 mars 1792, par la populace qui voulut le forcer à diminuer le prix du pain. « Ma vie est à vous, s'écria *Simoneau*, vous pouvez me tuer, mais non me faire manquer à mon devoir. » L'Assemblée Législative lui fit élever un monument sur la place publique d'Étampes.
SIMONEL, (Dominique) avocat, a donné : I. Un *Traité* estimé des *Droits du Roi sur les Bénéfices de ses États*, 1752, 2 vol. in-4° II. *Dissertation sur les Pairs de France*, 1753, in-12. III. *Traité du refus de la Communion à la sainte Table*, 1754, 2 vol. in-12. Il mourut en 1755.
SIMONET, (Edmond) né à Langres en 1662, se fit jésuite en 1681. Ses supérieurs le char- chargèrent de professer la philosophie à Rheims et à Pont-à-Mousson, où il enseigna ensuite la théologie scholastique. Il mourut dans cette ville en 1733. On a de lui un *Cours de théologie* sous ce titre : *Institutiones theologicæ ad usum Seminariorum*, Nanci, 1721—1728, 11 vol. in-12; Venise, 1731, 3 vol. in-fol. I. SIMONETTA, (Boniface) né dans l'état de Gênes, entra chez les Cisterciens, et mourut vers la fin du xve siècle, après avoir rempli les devoirs de son état, et tourné ses études du côté de l'Histoire ecclésiastique. On doit à ses soins un ouvrage relatif à cet objet, sous ce titre : *De persecutionibus Christianæ Fidei et Romanorum Pontificum*. Il fut imprimé d'abord à Milan en 1492, et ensuite à Bâle en 1509, in-fol. Les critiques ne le consultent guère, parce qu'ils reprochent à cet auteur beaucoup d'inexactitude et de crédulité.
II. SIMONETTA, (Louis) Milanois, fut d'abord, en 1536, évêque de Pesaro, et gouverna cette Église jusqu'en l'année 1560, qu'il la permuta pour l'évêché de Lodi. Lorsque *Pie IV* l'eut élevé au cardinalat en 1561, ce pape l'envoya à Trente pour être légat du concile; et lorsque cette assemblée fut terminée, il vint à Rome en demander la confirmation au nom de ses collègues et de tous les Pères. Il fut aussi associé à ceux qui devoient faire observer les actes de ce concile. Ce cardinal fut ensuite préfet de la signature de justice, et assista au conclave pour l'élection de *Pie V*. Il mourut en 1568, et sa mort occasionna une aventure singulière. Un voleur, qui pour la fi- gure et la taille avoit beaucoup de l'air de ce cardinal, osa en prendre le nom, les habits et l'équipage; et avec ce dehors fastueux, il en imposa à beaucoup de sots, même parmi les nobles. Il parcourut ainsi plusieurs villes d'Italie. Il accordoit des dispenses de mariage jusqu'au second et troisieme degré, admettoit des résignations de bénéfices, levoit les excommunications et les censures; enfin, il faisoit beaucoup plus que n'auroit pu faire un véritable légat. Cette imposture lui réussit. Il amassa beaucoup d'argent et se meubla en prince. Tous ceux qu'il avoit à sa suite, aussi fourbes que lui, le traitoient d'*Eminence*, et lui accordoient extérieurement tous les honneurs que sa dignité, si elle eût été réelle, auroit pu exiger. Beaucoup de seigneurs y furent trompés pendant quelque temps, le reçurent chez eux, et l'accablèrent de présens. La fourberie fut enfin découverte; le faux cardinal fut arrêté dans le Boulonnois. On lui fit son procès; il avoua tous ses crimes, et il fut pendu avec une corde d'or filé, une bourse vide attachée à son cou, et un écriteau, avec cette inscription, *SINE MONETA*: ce qui signifioit que cet imposteur n'étoit pas le cardinal *Simonetta*, comme il se vantoit d'être, mais un voleur qui étoit alors sans monnoie: *SINE MONETA*.
**SIMONI**, (Simon, ou Simo) médecin de Lucques dans le XVI$^{e}$ siècle, passa de l'Eglise Romaine dans le parti des Calvinistes, et enfin dans celui des Sociniens. Il se retira en Pologne, pour être plus en liberté, et s'y fit des ennemis, qui profitèrent de ses variations en matière de religion pour le décrier. Le plus acharné de tous fut un certain Marcel Squarcia-Lupi, socinien comme lui, qui le peint comme un homme constamment athée. La satire où ce sectaire est si maltraité, parut à Cracovie en 1588, in 4.$^{o}$, sous ce titre: *Simonis Simonii summa Religio*, supprimée avec tant d'exactitude, qu'elle est d'une rareté extrême. On a de *Simoni* plusieurs ouvrages sur la médecine, et d'autres qui ne méritent pas de trouver place ici.
**SIMONIDE**, (Simon) poète latin, né à Léopold en Pologne, fut secrétaire de *Jean Zamoski*. La couronne poétique dont *Clément VIII* l'honora, fut la récompense de son talent. Ses *Vers* ont été recueillis à Varsovie, 1772, in-4.$^{o}$ L'auteur mourut en 1629, à 72 ans.
**SIMONIDES**, né à Céos, aujourd'hui Zéa, ile de la mer Egée, florissoit du temps de *Darius* fils d'*Hystaspes*, vers l'an 480 avant J. C. La poésie fut son principal talent; il excella sur - tout dans l'Élégie. A l'âge de 80 ans, il lutta pour le prix des vers, et eut la gloire de remporter la victoire. *Hiéron*, roi de Syracuse, l'appela à sa cour; mais le poète y parla en philosophe. *Pausanias* n'eut pas moins d'estime pour lui: ce général lui ayant demandé un jour quelque sentence judicieuse: *Souvenez-vous*, lui répondit *SIMONIDES*, que vous êtes homme. Cette réponse parut si froide à *Pausanias*, qu'il ne daigna pas y faire attention. Mais s'étant trouvé dans un asile, où il combattoit contre une faim insupportable, et dont il ne pouvoit sortir sans s'exposer au dernier supplice, malheur que son ambition lui avoit attiré, il se souvint des paroles de ce poète, et s'écria par trois fois : *O SIMONIDES, qu'il y avoit un grand sens dans l'exhortation que tu me fis !... Simonides pacifia deux princes extrêmement irrités, et qui étoient sous les armes pour se battre l'un contre l'autre. Ce philosophe mourut l'un 460 avant J. C., à 98 ans. Sa gloire fut obscurcie par son avarice et par la vénalité de sa plume. Sa muse chanta souvent pour de l'argent. On raconte que, soupant un jour chez un seigneur Thessalien nommé *Scopas*, il lut un Poème qu'il avoit composé à sa louange, mais dans lequel il avoit fait entrer l'Éloge de *Castor* et *Pollux. Scopas*, piqué, ne lui donna que la moitié de la somme convenue, en lui disant de demander le reste aux deux demi-dieux qu'il avoit célébrés. Dans le moment deux jeunes gens font appeler *Simonides* à la porte; le poète sort, ne voit personne; mais dans cet intervalle, le plancher de la salle à manger tombe, et écrase les convives. Cette Historiette, mise en vers par *Phèdre* et *la Fontaine*, a tout l'air d'une fable. Il ne nous reste que des fragmens de ses Poésies, dont *Leo Allatius* a donné les titres. *Fulvius Ursinus* les a recueillis avec des notes, Anvers, 1598, in-8°; et dans le *Corpus Poëtarum Graecorum*, Genève, 1606 et 1614, 2 vol. in-fol. *Simonides* avoit une mémoire prodigieuse, et on lui attribue l'invention de la Mémoire locale artificielle. *Voyez* THEMISTOCLES.
SIMONIS, *Voyez* MENNON-SIMONIS.
SIMONIS, (Pierre) né à Tiel dans la Gueldre Hollandeise, li- licencié en Théologie, fut successivement curé à Courtrai, chanoine et premier archiprêtre de Gand, second évêque d'Ypres en 1585, et mourut en 1605, à 66 ans. Il ne dut son élévation qu'à ses vertus et à sa science. On a de lui plusieurs ouvrages, la plupart contre les Calvinistes, recueillis et publiés à Anvers, 1609, in-fol. par Jean David, son successeur dans la cure de Courtrai, et ensuite jésuite. On distingue entre les écrits de ce prélat : I. *De veritate*. II. *Apologia pro veritate catholica*. III. *De Harrescos hareticorumque natura*. IV. *Des Harangues* et des *Sermons* bien écrits, en latin.
SIMONIUS, *Voyez* SIMONI. I. SIMONNEAU, (Charles) graveur, né à Orléans, vers l'an 1639, mort à Paris en 1728, fut d'abord destiné par sa famille à la profession des armes; mais s'étant cassé une jambe à la chasse, il fut obligé de changer d'état, et dès lors il cultiva son goût pour les arts. Il devint élève de *Noël Coypel*, qui le perfectionna dans le dessin, et lui apprit même à manier le pinceau. Il grava en grand et en petit, avec un égal succès, le portrait, les figures et des sujets d'histoire. Plusieurs vignettes de son invention peuvent aussi le mettre au rang des habiles compositeurs. Cet excellent artiste a gravé d'après plusieurs maîtres célèbres, François ou Italiens; mais il s'est distingué particulièrement par les Médailles qu'il a gravées pour servir à l'Histoire métallique de *Louis la Grand*.
II. SIMONNEAU, (Louis) artiste différent du précédent, a gravé l'Histoire de l'Imprimerie et de la Gravure, en 1694, et l'Histoire des autres Arts et Métiers, depuis 1694 jusqu'en 1710, 2 vol-in-fol., en 168 pianches. Ce Recueil est recherché.
SIMPLICIEN, (le père) Voy. FOURNY. I. SIMPLICIUS, natif de Tivoli, pape après *Hilaire*, le 25 février 468, gouverna avec beaucoup de prudence dans des temps très-difficiles. Il fit tous ses efforts pour faire chasser *Pierre Mongus* du siège d'Alexandrie, et *Pierre le Foulon* de celui d'Antioche. Il sut démêler tous les artifices dont *Acace* de Constantinople se servit pour le surprendre. Il nous reste de lui XVIII *Lettres*, dont plusieurs sont très-importantes. Il mourut le 27 février 483, après 15 d'un pontificat glorieux.
II. SIMPLICIUS, philosophe Péripatéticien du V$^{e}$ siècle, étoit Phrygien. Nous avons de lui des *Commentaires* sur *Aristote* et sur *Epictète*, Leyde, 1640, in-4$^{o}$, dans lesquels il y a des choses curieuses et intéressantes, et d'autres très-minutieuses. I. SIMPSON, (Thomas) habile mathématicien Anglois, naquit à Bosworth, dans la province de Leicester en Angleterre, le 20 août 1710. Son père étoit un artisan très-pauvre. Il le plaça chez un ouvrier en soie, avec lequel il profita très-peu : son esprit étoit trop supérieur à de pareilles occupations, pour qu'il pût y donner de l'attention et de l'assiduité. Un Astrologue du voisinage lui enseigna un peu d'arithmétique pour servir à faire des horoscopes. Ces premiers commencemens lui donnèrent du goût et du courage. Il vint à Londres en 1732, et fut obligé de travailler comme ouvrier en soie, en attendant qu'il eût des écoliers de mathématiques. Ce n'étoit qu'avec peine qu'il trouvoit des momens de loisir pour composer son *Traité des Fluxions*, qui parut en 1737; mais qui a été réimprimé, avec beaucoup d'augmentations, en 1750. Il donna ensuite 3 vol. d'*Opuscules* en anglois, qui parurent en 1740, 1743, 1757. On y trouve 37 Mémoires très-intéressans, dont plusieurs sont relatifs à l'astronomie. En 1742, il mit au jour son livre sur les *Annuités*, qui lui occasionna une dispute avec le célèbre *Moivre*. En 1743, il fut nommé professeur de mathématiques à l'École militaire de Woolwich, avec des gages de 2700 livres de France. Il fut reçu de la société Royale de Londres, et de l'académie des Sciences de Paris en qualité d'associé. Il orna le recueil de la société Royale, de plusieurs bons *Mémoires* sur le calcul intégral, et donna au public des *Éléments* clairs et méthodiques de *Geométrie*. La *Traduction* française de ses *Éléments* a été imprimée à Paris en 1755, in-8$^{o}$. Il mourut à Bosworth d'une maladie de langueur, le 14 mai 1761. — Il ne faut pas le confondre avec SIMPSON (Thomas), professeur de médecine et d'anatomie à St-André en Ecosse, dont on a : I. *De Re Medica Dissertationes quatuor*, Edimbourg, 1726, in 8$^{o}$. Il s'y récria fort sur les abus des compositions et des formules où les remèdes sont entassés les uns sur les autres. II. *Une Dissertation sur le Mouvement Musculaire*, en anglois. III. *Des Mémoires* et des *Observations* dans les *Essais* d'Edimbourg.
II. SIMPSON, (Jean) Ecossois, né à Glasgow en 1616, mort à Edimbourg en 1744, devint professeur de théologie, et s'attira des ennemis par la nouveauté de ses opinions. Ceux-ci le firent déposer et excommunier. Les Écrits de ce Théologien sont peu connus en France. I. SIMSON, (Archimbaud) théologien Ecossois, est connu par quelques ouvrages médiocres : I. Un Traité des Héroglyphes des Animaux dont il est parlé dans l'Écriture, Edimbourg, 1622, in-4.º II. Un Commentaire en anglois sur la seconde Épître de S. Pierre, imprimé à Londres en 1632, in-4.º Il est savant et diffus.
II. SIMSON, (Edouard) autre théologien Anglois, publié en 1552 une Chronique universelle, depuis le commencement du monde, jusqu'à J. C. On en donna une belle édition à Leyde en 1739, in-fol.; et on l'a réimprimée sous le même format, à Amsterdam, en 1752. Ce livre, cité souvent par les chronologistes, est aussi savant que méthodique. La Vie de l'auteur est à la tête, avec la liste de ses ouvrages.
III. SIMSON, (Robert) professeur de mathématiques dans l'université de Glasgow, mort en 1768, à 81 ans, laissa des Œuvres posthumes, Glasgow, 1776, in-4.º, dans lesquelles il éclaircit ce que les anciens nous ont transmis sur les sciences exactes.
SINCLAIR, (Olivier) d'une illustre famille d'Écosse, devint le favori le plus intime de Jacques VI; mais il a été moins célèbre par sa faveur que par ses dis- graces. Après avoir joui avec faste de tous les biens et de tous les honneurs que procure l'amitié d'un monarque, il passa la fin de ses jours dans la plus extrême pauvreté. Couvert des lambeaux de l'indigence, il se présenta un jour devant Arran, favori de Jacques VI, et se contenta de lui dire : Je suis Olivier Sinclair. Ce peu de mots et sa vue devoient être pour Arran un grand exemple de l'instabilité des choses humaines.
SINCRÉTIQUES, Voy. CAI LIXTE (George).
SINGLIN, (Antoine) fils d'un marchand de Paris, renonça au commerce par le conseil de St. Vincent de Paul, et embrassa l'état ecclésiastique. L'abbé de St-Cyran lui fit recevoir la prêtrise, et l'engagea à se charger de la direction des religieuses de Port-royal. Singlin fut leur confesseur pendant 26 ans, et leur supérieur pendant huit. Il fit briller dans ses emplois une piété tendre, un esprit éclairé et un jugement solide. Pascal lui lisait tous ses ouvrages avant de les publier, et s'en rapportait à ses avis. Singlin eut beaucoup de part aux affaires de Port-royal et aux traverses que ce monastère essuya. Craignant d'être arrêté, il se retira dans une des terres de la duchesse de Longueville. Il mourut dans une autre retraite en 1664, consumé par ses austérités, par ses travaux et ses chagrins. On a de lui un ouvrage solide et bien écrit, intitulé : Instructions chrétiennes sur les Mystères de Notre-Seigneur et les principales Fêtes de l'année, à Paris, 1671, en 5 vol. in-8.º; réimprimé depuis en 6 vol. in-12. Il a aussi laissé quelques Lettres... Voyez un Abrégé de la Vie de ce savant, par l'abbé Goujet.
SINHOLD, (Jean-Nicolas) théologien Allemand et professeur d'éloquence à Erford, mort en 1748, continua l'*Erfordia Litterata* commencée par Motschman.
SINNICH, (Jean) Irlandois, né à Corck, docteur, professeur de théologie, président du grand collège à Louvain, chanoine de Bruges et de Turnhout, un des ardens défenseurs des écrits de *Jansenius*, fit le voyage de Rome pour aller plaider la cause de ce fameux prélat, et mourut à Louvain en 1666, après avoir publié : I. *Saul exrex*, Louvain, 1662-1667, 2 vol. in-fol. II. *Goliathismus profligatus*, Louvain, 1667, in-fol. contre les Luthériens de la confession d'Aubourg. III. Plusieurs Écrits en faveur de *Jansenius*, dont les titres sont fort bizarres; comme *Causonantiarum Dissonantia*; *Vulpes capta*, etc. Ils ont été condamnés à Rome. L'auteur fit plusieurs fondations utiles et édifiantes.
SINNIS, (Mythol.) fameux brigand, qui désolvit les environs de Corinthe. Il attachoit ceux qui tomboient entre ses mains, aux branches de deux gros arbres qu'il avoit pliés et abaissés jusqu'à terre, lesquels se redressant tout-à-coup, mettoient en pièces les corps de ces malheureux. *Thésée* le fit mourir de ce même supplice.
SINON, fils de *Sisyphe*, passa pour le plus fourbe et le plus artificieux de tous les hommes. Lorsque les Grecs firent semblant de lever le siège de Troye, *Sinon* se laissa prendre par les Troyens, et leur dit qu'il venoit chercher un asile parmi eux. Dès que le cheval de bois fut entré dans Troye, ce fut lui qui pendant la nuit en alla ouvrir les flancs où les Grecs s'étoient renfermés, et livra ainsi la ville. *Voyez* une semblable ruse, article DARIUS I, n° II.
SIONITE, *Voy.* II. GABRIEL.
SIRANI, (Jean-André) peintre Bolonois, né en 1610, mort en 1670, devint l'un des meilleurs disciples du *Guide*, et suivit de près ce grand maître. Son tableau de la *Cene*, qui se voit à Rome, assura sa réputation.—Sa fille *Elisabeth* a fait aussi, dans le genre de l'Histoire, plusieurs tableaux estimés.
SIRLNES, (Mythol.) monstres marins, filles de l'*Océan* et d'*Amphitrite*, chantoient avec tant de mélodie, qu'elles attiroient les passans, et ensuite les dévoroient. *Ulysse* se garantit de leurs pièges, en bouchant les oreilles à ses compagnons, et en se faisant attacher au mât de son vaisseau. Les *Sirènes* étoient au nombre de trois, qu'on représentoit ensemble sous la figure de jeunes filles, avec une tête d'oiseau, des ailes et des pattes de poule; et plus communément comme de belles femmes dans la partie supérieure du corps, jusqu'à la ceinture, ayant le reste en forme d'oiseaux avec des plumes, ou terminé en queue de poisson. L'une d'elles tient à la main une espèce de tablette, la 2$^{e}$ a deux flûtes, et la 3$^{e}$ une lyre. *Voyez* PARTHENOPE.
SIRET, (Pierre-Louis) né à Evreux le 30 juillet 1745, fit son cours de droit à l'université de Caen, quitte cette ville pour voyager en Angleterre et en Italie, où le goût des arts, et sur-tout celui de la musique, le fixa longtemps. *Siret*, de retour en France, travailla au Journal Anglois, et y fournit divers articles biographiques; mais ceux de ses écrits qui ont eu le plus de succès, sont ses *Grammaires* Angloise et Italienne. Les principes en sont clairs, précis et judicieux. L'auteur s'occupoit d'une Grammaire Portugais, lorsqu'il mourut au commencement de 1797.
SIRI. (*Vittorio*) historiographe du roi, et ancien abbé de Vallemagne, étoit Italien. Il vint s'établir à Paris, où il se fit un nom par son *Mercure*, qui contient l'Histoire du temps depuis 1635 jusqu'en 1649 : il y a 15 tomes, qu'on relie en 21 vol. in-4.º On a encore de lui un ouvrage, dont son *Mercure* n'est qu'une continuation; ce sont ses *Memorie recondite*, en 8 vol. in-4.º Ces ouvrages sont précieux par le grand nombre de pièces originales qu'on y trouve. Les faits sont appuyés sur les instructions secrètes de plusieurs princes et ministres : mais il faut beaucoup se méfier de la manière dont l'auteur les rend. Il étoit payé pour écrire, et il aimoit beaucoup mieux l'argent que la vérité. Il flatte sur - tout *Gaston d'Orléans*, dont il étoit pensionnaire. M. *Requies* a publié quelques volumes du *Mercure*, en françois, ouvrage le plus intéressant de l'abbé *Siri*. C'est moins cependant une traduction complète, qu'un choix fait avec goût de morceaux curieux, répandus dans ce *Mercure*. Le même auteur a traduit les *Mémoires* de *Siri*, sous ce titre : *Mémoires secrets, tirés des Archives des Souverains de l'Europe, depuis L'ami*
*IV*; en plusieurs volumes in-12. L'abbé *Siri* mourut à Paris en 1685, à 77 ans. *Vigneul-Marville* dit que « c'étoit un moine Italien qui vendoit sa plume au plus offrant : ce qui a fait dire de lui, aux gens même de sa nation, que son Histoire est non *da historico*, ma *da salario*. Le cardinal *Mazarin* ne l'aimoit pas, et s'il lui faisoit du bien, c'étoit pour se racheter de ses mains qui piçoient en écrivant. » Cependant, malgré cette critique, il faut avouer que *Vittorio Siri*, à qui *Lionne*, secrétaire d'état, avoit fourni une partie de ses Mémoires, étoit très-instruit des intérêts des princes, des motifs de leurs démêlés, de leurs projets et de leurs entreprises. Les premiers volumes de son *Mercure* sont communs; il en faut avoir les secondes éditions : les derniers sont fort rares. Au contraire, les quatre premiers vol. des *Memorie recondite*, sont extrêmement rares; et les quatre derniers le sont un peu moins.
SIRICE. (*S.*) Romain, monta sur la chairé de S. Pierre après *Damase I*, en décembre 384, à l'exclusion d'*Ursicin*, et mourut en novembre 398. On a de lui plusieurs *Épitres* intéressantes, dans le recueil de *Dom Constant*; entr'autres une à *H'mere*, évêque de Tarragone, dans laquelle il répond à diverses questions importantes de ce prélat. Elle passe, parmi les savans, pour la première Épître décrétale qui soit véritable. Le P. *Papabroch* prouve que les Épitres de ce pape ont été au moins interpolées. (*Voyez le Progylæum*). Il condamna *Jovinien* et ses sectateurs. On trouve son nom dans plusieurs anciens Martyrologes, entr'autres dans celui de *S. Jérôme*; cependant *Baronius* l'a omis dans le sien, parce qu'il a cru que la vie de ce pontife prêtoit à quelques critiques: mais *Florentinius*, auteur d'un Commentaire sur le *Martyrologe* de *S. Jérôme*, réfute savamment *Baronius*, et s'appuie principalement sur un passage de *S. Ambroise*.
SIRIES, (Violente-Béatrix) née à Florence en 1710, devint élève du célèbre peintre *Jean Fratellini*, et l'égala dans le portrait. Elle a peint ceux du grand duc de Florence et de toute la famille impériale.
SIRIQUE, *Voy. III. MELÈCE*. I. SIRLET, (Guillaume) de Squilacci dans la Calabre, mort en 1585, à 71 ans, posséda l'estime des papes *Marcel II*, et *Pie IV*, dont le dernier le fit cardinal et bibliothécaire du Vatican, à la sollicitation de *S. Charles Borromée*. Ce cardinal possédoit bien les langues savantes. Il étoit archevêque de Sarragosse, et avoit recueilli une bibliothèque très-précieuse, réunie après sa mort à celle de l'Escurial, où le tonnerre la consuma en grande partie, dans l'année 1670.
II. SIRLET, (Flavius) graveur en pierres fines, mort en 1737, florissoit à Rome. Ce célèbre artiste avoit une finesse de touche et une pureté de travail qui l'approchent des plus excellens graveurs de l'antiquité. On a de lui beaucoup de *Portraits*; et il a donné sur des pierres fines, les représentations en petit des plus belles statues antiques qui sont à Rome. Le fameux groupe de *Laocoun*, an de ses derniers ouvrages, passe pour son chef-d'œuvre; il est sur une améthyste. I. SIRMOND, (Jacques) né à Riom le 12 octobre 1559, d'un magistrat de cette ville, entra chez les Jésuites et s'y distingua par son érudition. *Aquaviva* son général, l'appela à Rome en 1590, et *Sirmond* lui servit de secrétaire pendant 16 ans. Le savant jésuite profita de son séjour à Rome: il rechercha les monumens antiques, visita les bibliothèques; mais en enrichissant son esprit, il n'oublia pas sa fortune. Les cardinaux d'Ossat et *Barberin* furent ses protecteurs et ses amis. Il jouit aussi de l'estime du cardinal *Baronius* auquel il ne fut pas inutile pour la composition de ses Annales. On vouloit le retenir à Rome; mais l'amour de la patrie le rappela en France, en 1608. *Louis XIII* pour mieux l'attacher à sa personne, le choisit pour son confesseur. Il remplit long-temps ce poste avec l'estime du public et la confiance du roi, et il ne cessa de l'occuper que quelques années avant sa mort, arrivée le 7 octobre 1651, à 92 ans. Le Père *Sirmond* avoit les vertus d'un religieux et les qualités d'un citoyen. Lorsqu'il étoit à Rome, il s'employa fort utilement pour les intérêts de la France. La ville de Clermont ayant voulu enlever à Riom, sa patrie, le *Bureau des Finances*, il obtint une déclaration du roi qui l'y fixoit pour toujours. Quoique d'un caractère doux dans la société, il étoit assez vif dans ses Écrits polémiques. On prétend que, lorsqu'il faisoit ses Ouvrages, il tenoit toujours quelque chose en réserve pour la réplique, comme des troupes auxiliaires pour venir au secours du corps de bataille. On a de lui un grand nombre d'Écrits, qui marquent une connaissance consommée de l'antiquité ecclésiastique. Ils sont presque tous en latin. Voici les principaux : I. D'excellentes *Notes* sur les *Capitulaires* de *Charles le Chauve*, et sur le *Code Théodosien*. II. Une édition des *Conciles de France*, avec des remarques, Paris, *Cramoi*, 1629, 3 vol. in-fol. Pour la compléter, il faut y joindre le Supplément du Père de la *Lande*, Paris, 1666, in-fol. et les *Concilia novissima Galliæ d'Odespun*, Paris, 1646, in-fol., etc. III. Des éditions des Œuvres de *Marcellin*, de *Théodoret* et d'*Hinemar* de Rheims. IV. Un grand nombre d'*Opuscules* sur différentes matières, imprimés à Paris en 1696, en 5 vol. in-fol. L'érudition y est ménagée à propos, et son style pur et net, peut servir de modèle à ceux qui traitent les matières théologiques. Cependant, quelques éloges qu'on ait donnés au Père *Sirmond*, il est certain que l'on a des éditions supérieures aux siennes ; que dans les Écrits qu'enfanta sa dispute avec l'abbé de *Saint-Cyran*, il enseigna plus d'une opinion que le Clergé de France n'a jamais adoptées ; que son *Histoire Prédestinations*, et celle de la *Pénitence publique*, doivent être lues avec beaucoup de précaution. *Colomiez* a écrit la *Vie* de ce savant.
II. SIRMOND, (Jean) neveu, ainsi que le suivant, du fameux Père *Sirmond*, membre de l'académie Françoise et historiographe de France, mort en 1649, étoit regardé par le cardinal de *Richelieu* comme un des meilleurs écrivains de son temps, parce qu'il étoit un de ses flatteurs les plus assidus. Il proposa aux académiciens de s'engager chaque année, par serment, à n'employer jamais que les mots approuvés par l'académie. On a de lui : I. La *Vie du Cardinal d'Amboise*, imprimée en 1631, in-8°, sous le nom du sieur des *Montagnes*, dans laquelle il fait servir ce ministre de piédestal au cardinal de *Richelieu*. [Voy. BAUDIER.] II. Des *Poésies* latines, 1554, qui ont quelque mérite.
III. SIRMOND, (Antoine) jésuite, né à Riom, et frère du précédent, mourut en 1643. Il avoit publié deux ans auparavant, un Ouvrage intitulé : *Défense de la Vertu*, in-8° ; dans lequel il osoit avancer qu'il n'est pas tant commandé d'aimer Dieu, que de ne pas le haïr, et qu'on ne peut marquer aucun temps de la vie où l'on soit tenu de faire un acte d'amour de Dieu. Ces propositions révoltantes furent désavouées par ses confrères, et réfutées par *Nicole* dans les *notes* sur les *Provinciales*.
SISARA, Général de l'armée de *Jabin*, roi d'Azor, que son maître envoya contre *Barac* et *Débora*, qui avoient une armée de dix mille hommes sur le Thabor. *Sisara* ayant rassemblé toutes sestroïques et 900 chariots armés de faux, vint de Héroseth au torrent de Cison. *Barac* marcha contre lui, et le vainquit. *Sisara* alla se réfugier dans la tente d'*Haber le Cinéen*. *Jabel*, femme d'*Haber*, le voyant épuisé de fatigue, lui donna à boire du lait, le fit coucher et le couvrit d'un manteau ; mais *Sisara* s'étant endormi, elle lui enfonça dans la tête un grand clou ; il en mourut sur-le-champ, vers l'an 1285 avant J. C.
SISENAND. Voy. SCINTILLAS.
SISGAU, *Voy. AUTHIER.*
SISENNA, ancien historien Latin, florisoit peu de temps après *Plauts*. Il avoit composé une *Histoire Romaine* que nous n'avons plus, et qui étoit, selon *Cicéron*, écrite avec goût et avec élégance.
SISIGAMBIS, mère de *Darius*, dernier roi des Perses, vaincu par *Alexandre le Grand*. [*Voy.*] article de ce conquérant.]
SISINNIUS, Syrien de nation, succéda au pape *Jean VII*, le 18 janvier 708, et mourut subitement le 7 février suivant, après 20 jours de pontificat. I. SISYPHE, (Mythol.) fils d'*Eole*, qui désolant l'Athique par ses brigandages, fut tué par *Thésée*. C'étoit un homme si méchant, que les poètes ont feint qu'il fut condamné dans les enfers à rouler continuellement une grosse pierre ronde, du bas d'une montagne en haut, d'où elle retombait à l'instant, parce que les forces lui manquaient au moment qu'il arrivoit au sommet.
II. SISYPHE, natif de l'île de Cos, écrivit (dit-on) l'Histoire du siège de Troye, où il avoit accompagné *Teucer*, fils de *Tidamon*. On ajoute qu'*Honnere* s'étoit beaucoup servi de cet ouvrage; mais ces faits n'ont aucun fondement. *Voy. PALEMON*, n° 1. I. SIXTE I, ou XISTE, (S.) Romain, pape après *Alexandre I*, l'an 119, mourut vers la fin de 127.
II. SIXTE II, Athénien, pape après *Etienne I*, en 257, souffrit le martyre trois jours avant son fille disciple *S. Laurent*, le 6 août 258, durant la persécution de *Valérien*.
III. SIXTE III, prêtre de l'Eglise Romaine, obtint la chaire de Saint-Pierre, après le pape *Célestin I*, en 432, il trouva l'Eglise victorieuse des hérésies de *Pélagé* et de *Nestorius*, mais déchirée par la division des Orientaux. Il réussit à éteindre cette espèce de schisme, en réconciliant *S. Tyrille* avec *Jean* d'Antioche. On a de ce pape trois *Épîtres* dans le Recueil de Dom *Constant*, et quelques *Pièces de Poésie* sur le péché originel, contre *Pélagé*, dans la *Bibliothèque des Pères*. On place sa mort en août 440.
IV. SIXTE IV, appelé auparavant *François d'Albecola de la Rovere*, fils d'un pécheur du village de Celles, à 5 lieues de Savone dans l'Etat de Gênes, embrassa la règle des Cordeliers, professa la théologie à Padoue et dans les plus célèbres universités d'Italie, et devint général de son Ordre. *Paul II* l'honora du cardinalat. Après la mort de ce pontife, il fut élevé sur la chaire de Saint-Pierre, le 9 août 1471. Il accorda le chapeau de cardinal à deux de ses neveux, quoique fort jeunes encore, et ce fut un sujet de mécontentement pour les anciens. Il étoit si facile, qu'il ne pouvoit rien refuser. Il arriva souvent qu'il avoit accordé une même grace à plusieurs personnes. Il fut obligé pour éviter cet inconvénient, d'instituer un de ses officiers pour tenir registre des requêtes qu'on lui présentoit. Un de ses premiers soins fut d'envoyer des légats chez les princes Chrétiens, afin de les exciter à la guerre contre les infidelles; mais son zèle n'eut pas beaucoup de succès. Cependant il fut partir, en 1472, le cardinal *Caraffe* à la tête d'une flotte de 29 galères, qui s'étant jointe à celle des Vénitiens et des Napolitains, se saisit de la ville d'Attalie en Pamphylie; ce qui obligea l'armée des Turcs à se retirer sans avoir rien fait. Le légat prit ensuite Smyrne, aidé des Vénitiens seuls, et y fit un riche butin. Après cette expédition, il rentra à Rome comme en triomphe, menant avec lui 25 Turcs montés sur de beaux chevaux, 12 chameaux chargés de dépouilles, avec beaucoup d'enseignes prises sur les ennemis, et une partie de la chaîne de fer qui fermoit le port d'Attalie. L'année 1476 fut signalée par une Bulle (du premier mars), dans laquelle *Sixte IV* accorda à ceux qui célébreront avec dévotion la fête de l'Immaculée Conception de la *Sainte Vierge*, les mêmes indulgences qui avoient été accordées par les papes pour la fête du Saint-Sacrement. Ce décret, le premier de l'Eglise Romaine touchant cette fête, ayant souffert des contradictions, il donna une nouvelle Bulle en 1483, pour réprimer les excès de quelques ecclésiastiques, qui préchoient que tous ceux qui croyoient la Conception Immaculée de la *Sainte Vierge*, péchoient mortellement et étoient hérétiques. Cette Bulle fut donnée à l'occasion des disputes survenues entre les religieux de Saint-Dominique et ceux de Saint-François. Une autre dispute aussi vive, mais bien moins importante, divisoit ces deux Ordres. Les Cordeliers nioient que *sainte Catherine de Sienne* eût eu des stigmates, et prétendoient que ce privilège n'avoit été accordé qu'à *S. François*, leur patriarche. Le pape, qui avoit été de leur Ordre, se laissa tellement prévenir en leur faveur, qu'il défendit, sous peine des censures ecclésiastiques, de peindre les images de cette Sainte avec les stigmates. Une contestation plus intéressante aux yeux des chanoines-réguliers de Saint-Augustin, et les Hermites du même nom, les agitoit alors. Ils vouloient les uns et les autres être enfans de *S. Augustin*. Le pape se préparoit à terminer cette affaire, lorsqu'il mourut le 13 août 1484, âgé de 71 ans. Ce pontife ternit sa gloire, par la confiance aveugle qu'il eût pour ses neveux, et par la passion qu'il montra contre la maison de *Médicis* et contre les Vénitiens. On lui reproche encore d'avoir créé un nombre infini de charges qu'il rendit vénales, pour soutenir les guerres dispendieuses qu'il entreprit, et pour satisfaire son penchant au faste et à la prodigalité. Ce même penchant lui fit élever plusieurs bâtiments dans Rome, et surtout lui fit réparer le Pont du Tibre qui porte son nom, au lieu de celui d'*Antonin* qu'il portoit auparavant. Il enrichit la bibliothèque du Vatican d'un grand nombre de manuscrits et de livres venus de tous côtés, en fit chercher de nouveaux, et en établit garde le célèbre *Platine*. On lui impute aussi la rédaction des *Regulae Cancellariae Romanæ*, 1471, in-4°, très-rare; traduites en françois par *Dupinet*, 1564, in-8°; et réimprimées sous le titre de la *Banque Romaine*, 1700, in-12: livre qui a fourni aux Protestans le moyen de déclamer beaucoup contre la cour de Rome. Nous avons de lui plusieurs *Traités* en latin: un sur le *Sang de Jesus-Christ*, Rome, 1473, in-folio; un autre sur la *Puissance de Dieu*; une *Explication* du Traité de *Nicolas Richard* touchant les Indulgences. V. SIXTE V, naquit le 13 décembre 1521, dans un village de la Marche d'Ancone, appelé les Grottes, près du château de Montalte. Son père, qui étoit vigneron, ne pouvant le nourrir, le donna fort jeune à un laboureur, qui lui fit garder ses moutons, ensuite ses pourceaux. *Félix Peretti* (c'est ainsi qu'il s'appeloit,) s'acquittent de cet emploi, lorsqu'il vit un cordelier conventuel qui étoit en peine du chemin qu'il devoit prendre pour aller à Ascoli. Il le suivit et témoigna une si grande passion pour l'étude, qu'on l'instruisit. Ses taïens répondant aux soins qu'on prenoit de lui, on le revêtit de l'habit de cordelier. Le frère *Félix* devint en peu de temps bon grammairien et habile philosophe. Sa faveur auprès de ses supérieurs lui attira la jalousie de ses confrères, et son humeur indocile et pétulante leur aversion. Ces obstacles ne l'arrêtèrent pas dans sa carrière. Il fut fait prêtre en 1545, peu de temps après docteur et professeur de théologie à Sienne, et il prit alors le nom de *Montalte*. Il s'acquit ensuite une si grande réputation par ses Sermons, à Rome, à Gênes, à Perouse et ailleurs, qu'il fut nommé commissaire général à Bologne, et inquisiteur à Venise; mais s'étant brouillé avec le sénat, et avec les religieux de son Ordre, il fut contraint de s'enfuir de cette ville. Comme on le railloit sur son évasion précipitée, il répondit, qu'*ayant fait vœu d'être Pape à Rome, il n'avoit pas cru devoir se faire pendre à Venise*. A peine fut-il arrivé dans cette capitale du monde chrétien, qu'il devint un des consulteurs de la Congrégation, puis procureur général de son Ordre. Il accompagna en Es- Espagne le cardinal *Buoncompagne*, en qualité de théologien du légat et de consulteur du Saint-Office. C'est alors qu'il changera tout-à-coup son humeur. Il devint si complaisant, que tous ceux qui le voyoient, étoient aussi charmés de la beauté de son esprit que de la douceur de son caractère. Cependant le cardinal *Alexandrin*, son disciple et son protecteur, ayant obtenu la tiare sous le nom de *Pie V*, se souvint de *Montalte*, et lui envoya en Piémont un bref général de son Ordre. Il l'honora ensuite de la pourpre romaine. Le cardinal *Buoncompagne* ayant succédé à *Pie V* en 1572, sous le nom de *Grégoire XIII*, Frère *Félix*, dont l'ambition n'étoit pas assouvie, aspira au trône pontifical, et pour mieux y parvenir, il cacha ses vues. Il renonça volontairement à toutes sortes de brigues et d'affaires, se plaignit des infirmités de sa vieillesse, et vécut dans la retraite, comme s'il n'eût travaillé qu'à son salut. *Grégoire XIII* étant mort, les cardinaux se divisèrent en cinq factions. Le cardinal *Montalte* ne paroissoit alors qu'avec les dehors d'un vieillard qui succombe sous le poids des années. Les cardinaux, dupes de son artifice, ne l'appeloient que l'*Ane de la Marche*, la *Bête romaine*. On le voyoit la tête penchée sur l'épaule, appuyé sur un bâton, comme s'il n'eût pas eu la force de se soutenir, ne parlant plus qu'avec une voix interrompue d'une toux qui sembloit à tout moment le menacer de sa fin dernière. Quand on l'avertit que l'élection pourroit bien le regarder, il répondit avec humilité, « qu'il étoit indigne d'un si grand honneur; qu'il n'avoit pas assez d'esprit pour se charger seul du gouvernement de l'Église; que sa vie devoit moins durer que le conclave; » et il parut être résolu, si on l'élisoit, « de ne retenir que le nom de *Pape*, et d'en laisser aux autres l'autorité. » Il n'en fallut pas davantage pour déterminer les cardinaux à l'élire, le 24 avril 1585. A peine eut-il la tiare sur la tête, qu'étant sorti de sa place, il jeta le bâton sur lequel il s'appuyoit, leva la tête droite, et entonna le *Te Deum* d'une voix si forte, que la voûte de la chapelle en retentit. En sortant du conclave, il donnoit des bénédictions avec tant de légèreté, que le peuple ne pouvoit concevoir que ce fût le cardinal *Montalte*, qu'il avoit vu ne pouvant se tenir sur ses jambes. Le cardinal de *Médicis* lui ayant fait son compliment sur la bonne santé dont il jouissoit depuis son élection, tandis qu'il avoit été si infirme étant cardinal : *N'en soyez pas surpris*, répondit
**SIXTE-QUINT**; *je cherchois alors les clefs du Paradis, et pour mieux les trouver je me courbois, je baissois la tête ; mais depuis qu'elles sont entre mes mains, je ne regarde que le Ciel, n'ayant plus besoin des choses de la terre.* [ *Voyez aussi CAMILLA.* ] Dès qu'il fût élevé sur le Saint-Siège, il s'appliqua à purger les terres de l'Église des brigands qui exerçoient impunément toutes sortes de violences. Il montra une rigueur excessive dans les moyens qu'il employa pour procurer la sûreté publique. Il arrêta la licence, qui étoit sans bornes sous le dernier pontificat. Il faisoit dresser des potences, pour punir à l'instant ceux qui commettoient quelque insolence pendant les divertissemens du carnaval. Il fit des édits très-sévères contre les voleurs, les assassins, les adultères. Un gentilhomme Espagnol ayant reçu dans l'église un coup de hallebarde d'un Suisse, s'en vengea en le frappant rudement avec un bâton de pèlerin : le Suisse en mourut. *Sixte* fit dire au gouverneur de Rome, qu'il vouloit que justice fût faite avant qu'il se mit à table, et qu'il vouloit dîner de bonne heure. L'ambassadeur et quatre cardinaux allèrent le supplier, non d'accorder la vie au meurtrier, mais de lui faire trancher la tête, parce qu'il étoit gentilhomme. *Sixte* répondit : *Il sera pendu ; je veux bien cependant adoucir la honte dont se plaindroit sa famille, en lui faisant l'honneur d'assister à sa mort.* En effet, il fit planter la potence devant ses fenêtres, et s'y tint jusqu'après l'exécution; puis se tournant vers ses domestiques : *Qu'on m'apporte à manger*, leur dit-il ; *cet acte de justice vient encore d'augmenter mon appétit.* En sortant de table, il s'écria : *Dieu soit loué du grand appétit avec lequel je viens de dîner !* Le lendemain on vit *Pasquin*, avec un bassin rempli de chaînes, de haches, de potences, de cordes et de roues, répondant à *Marforio*, qui lui demandoit où il alloit : *Je porte un ragoût pour réveiller l'appétit du Saint-Père.* Il faisoit mettre toutes les têtes des suppliciés sur les portes de la ville, et des deux côtés du pont *St-Ange*, où quelquefois il alloit exprès pour les voir. Elles incommodoient les passans par leur puanteur; et quelques cardinaux engagèrent les conservateurs à supplier. Sa Sainteté de les faire placer ailleurs : *Vous* êtes trop délicats, leur répondit *SIXTE*, et les têtes de ceux qui volent le public sont d'une odeur plus insupportable. Dans le temps qu'il se livroit à une équité si sévère envers ses sujets coupables, il donnoit aux souverains des preuves de son ambition et de sa hauteur. L'ambassadeur de *Philippe II*, roi d'Espagne, lui ayant présenté la haquenée avec une bourse de sept mille ducats, pour l'hommage du royaume de Naples, fit en même temps un compliment conforme à l'ordre qu'il avoit reçu de son maître. Le pape répondit d'un ton railleur : *Que le compliment n'étoit pas mauvais, et qu'il falloit être bien eloquent, pour persuader d'échanger les charges du royaume contre un cheval. Mais, ajouta-t-il, je compte que cela ne durera pas long-temps.* Sa passion dominante étoit d'éterniser sa mémoire. Il entreprit d'abord de relever le fameux obélisque de granit, que *Cubigula* avoit fait transporter d'Espagne à Rome. Il étoit le seul qui fut resté entier : mais il se trouvoit presque enterré derrière la sacristie de l'église de St-Pierre. *Sixte-Quint* voulut le faire porter devant l'église. *Jules II* et *Paul III* avoient eu le même dessein, mais la grandeur de l'entreprise les avoit effrayés. Le nouveau pape surmonta les difficultés : il employa le nombre d'hommes et de chevaux nécessaire pour faire agir les machines destinées à mettre en place cette énorme masse, qui a plus de 100 pieds de hauteur. Il ordonna des prières solennelles ; et après quatre mois et dix jours de travail, l'obélisque fut placé sur son piédestal, et dédié par le Pape à la St. Croix. [ *Voy. II. FONTANA.* ] Après avoir achevé ce grand ouvrage, il fit déterrer trois autres obélisques, et les fit placer devant d'autres églises. Quoiqu'il aimât à amasser des trésors, le désir de s'immortaliser lui fit encore bâtir à grands frais, dans l'église de *Sainte-Marie - Majeure*, une chapelle superbe de marbre blanc, et deux tombeaux : l'un pour lui, et l'autre où il fit transporter le corps de *Pie V*, par reconnaissance des bienfaits qu'il en avoit reçus. Au commencement de l'année suivante 1586, il donna une Bulle pour défendre l'*Astrologie judiciaire*, qui étoit alors en vogue à Rome. Quelques personnes de condition s'étant amusées à cette science absurde, furent condamnées aux galères. Une Bulle, non moins sévère que cet arrêt, défendit aux Cordeliers de se faire Capucins, sous peine d'excommunication. Il fixa le nombre des cardinaux à 70, par une Bulle du 3 décembre 1586, qui a été observée par ses successeurs. Il entreprit aussi de bâtir une ville autour des Grottes du bourg de Montalte, au milieu desquelles il avoit pris naissance ; mais le terrain rendant l'exécution de ce projet impossible, il se contenta de faire bâtir cette nouvelle ville à Montalte même, dont il avoit porté le nom étant cardinal, et il l'érigea en évêché. *Sixte - Quint* donna une nouvelle forme à la congrégation du Saint-Office, établie par *Paul IV*, pour juger les Hérétiques. On le regarde, en quelque sorte, comme l'instituteur de la congrégation des Rits. La dernière année de son pontificat, il voulut réparer la célèbre Bibliothèque du Vatican. à laquelle le dernier sac de Rome avait causé un grand dommage. Il résolut de n'épargner ni soins, ni dépenses, pour la rendre la plus riche et la plus belle de l'univers. Il fit bâtir, dans la partie du Va- tican appelée Belveder, un superbe édifice pour l'y placer, et fit orner ce lieu de très-belles peintures, qui représentaient les principales actions de son pontificat, les con- ciles généraux, et les plus célèbres bibliothèques de l'antiquité. Il fit des réglemens fort sages, pour empêcher qu'elle ne fût dissipée dans la suite, par la trop grande facilité à communiquer les livres. Il fit encore bâtir près de cette Bibliothèque une très-belle Impri- mene, destinée à faire des éditions exactes et correctes de beaucoup d'ouvrages altérés par la mauvaise foi des Hérétiques, ou par l'igno- rance des Catholiques. Ces monu- mens de son savoir et de sa magni- ficence, lui font certainement plus d'honneur que la Bulle qu'il lança contre Henri III, et que l'appro- bation solennelle qu'il donna au crime détestable de Jacques Clé- ment, assassin de ce roi. [ Voy. IV. CLÉMENT. ] Cette approbation doit paroître d'autant plus extraor- dinaire, qu'on voit dans les Mé- moires de Nevers, qu'il désap- prouvoit intérieurement les en- treprises téméraires de la Ligue. Ce seigneur s'étant rendu à Rome au commencement de son pon- tificat, eut quelques conférences avec le pape sur les malheureuses affaires de France. Sixte lui dit, qu'il ne doutoit pas des bonnes intentions du cardinal de Bourbon, et de celles de ses confédérés; « mais, ajouta-t-il, en quelle école ont-ils appris qu'il faille former des partis contre un prince légitime ? Détrompez-vous, si vous voulez me croire ( conti- nua le pape ) : le roi de France u'a jamais consenti de bon cœur à vos Ligues et à vos armemens, et il les regarde comme des atten- tats contre son autorité; et bien que la nécessité de ses affaires, et la crainte d'un plus grand mal, le force à dissimuler, il no laisse pas de vous tenir tous pour ses ennemis, et même des enne- mis plus redoutables et plus cruels, que ne sont ni les Huguenots de France, ni les autres Protestans. Je ne dis rien, que sur la con- noissance que j'ai du naturel des princes. Je crains bien fort que l'on ne pousse les choses si avant, qu'enfin le roi de France, tout catholique qu'il est, ne se voie contraint d'appeler les Huguenots à son secours pour le délivrer de la tyrannie des Catholiques. » La prophétie de Sixte Quint se vit accomplie quatre ans après. Ce pontife écoutant plus les pré- ventions injustes des Ligueurs que son propre jugement, avoit excommunié, en 1585, le roi de Navarre, si connu depuis sous le nom de Henri IV. Il l'estimoit cependant beaucoup, et ce prince lui rendoit estime pour estime; car on assure qu'il disoit : C'est un grand Pape; je veux me faire Catholique, quand ce ne seroit que pour être fils d'un tel Père. Un travail excessif minoit peu à peu Sixte-Quint : sa dernière maladie ne put le lui faire in- terrompre. Il mourut le 27 août 1590, à 69 ans, généralement détesti. On crut qu'il avoit été empoisonné, et les médecins lui ayant ouvert le crâne, trouvèrent (dit-on) la substance du cerveau gâté par la malignité du venin qui y étoit attachee. Les douleurs de tête qui précédèrent sa mort, lui en donnèrent à lui-même quelque soupçon, et l'on rapporte qu'il dit alors à son médecin ordinaire : *Je crois que les Espagnols sont si las de me voir, qu'ils chercheront les moyens d'abréger mes jours et mon pontificat... Henri IV*, apprenant la nouvelle de cette mort, ne put s'empêcher de dire, que ce coup étoit un trait de politique espagnole ; et il ajouta : *Je perds un Pape qui étoit tout à moi ; Dieu veuille que son successeur lui ressemble !* Le peuple Romain n'eut pas les mêmes regrets. Gémissant sous le fardeau des taxes, et haïssant un gouvernement triste et dur, il brisa la statue qu'on avoit élevée à *Sixte*. Ce pontife avoit été dans une crainte continuelle pendant son règne, quoiqu'il donnât un libre accès auprès de lui aux délateurs, ou peut-être même parce qu'il leur donnoit cet accès. Plusieurs gouverneurs ou juges, qui paroissient avoir trop de clémence, furent destitués de leurs places par ses ordres : *Sixte V* n'accordoit sa faveur qu'à ceux qui penchoient vers la sévérité. Lorsqu'il appercevoit quelqu'un d'une physionomie rigide, il le faisoit appeler, s'informoit de sa condition, et lui donnoit, selon ses réponses, quelques charges de judicature, en lui déclarant que « le véritable moyen de lui plaire, étoit de se servir de l'Epée à deux tranchans, à laquelle *Jesus-Christ* est comparé. » Il n'avoit lui-même (disoit-il) accepté le pontificat, que suivant le sens littéral de l'Évangile : *Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive ;* paroles qu'il répétoit toujours avec complaisance. Un jeune homme qui n'avoit que 16 ans, fut condamné à mort, pour avoir fait quelque résistance à des sbires. Les juges mêmes lui ayant représenté, qu'il étoit contraire à la loi de faire mourir un coupable si jeune, l'inflexible pontife leur répondit froidement, qu'il donnoit dix de ses années au criminel, pour le rendre sujet à la loi. Il envia le sort d'*Elisabeth*, meurtrière de *Marie STUART*. *O heureuse femme*, disoit-il, qui a goûté le plaisir de faire sauter une *Tête couronnée* ! La sévérité de ce pape paroîtra bien cruelle ; ce fut néanmoins à cette sévérité que Rome dut la satisfaction de voir le libertinage exclu de ses murs. Avant *Sixte*, les lois, trop foibles contre les grands, ne mettoient pas les jeunes filles à l'abri des entreprises de la témérité et de l'impudence. Mais, sous le règne de ce nouveau pape, elles purent jouir en sûreté de leur vertu, et se promener dans les rues de Rome avec autant de tranquillité que dans l'enceinte d'un couvent. L'adultère connu étoit condamné au dernier supplice. Il ordonna même, « qu'un mari qui n'étoit pas se plaindre à lui des débauches de sa femme, seroit puni de mort. » S'il toléroit les divertissemens du Carnaval, c'étoit en faisant dresser des potences pour punir les insolens et les licencieux. La plupart des princes se sont plus occupés des moyens d'accroître l'espèce humaine, que de la perfectionner et de la nourrir. Mais *Sixte-Quint* regardoit comme un mal de multiplier les hommes, si leur subsistance n'étoit assurée. Aucun curé ne pouvoit faire des mariages qu'après s'être assuré par des informations exactes, si les contractans seroient en état de nourrir leurs enfans. Sa maxime étoit qu'il valoit mieux laissé une ville déserte, que de la remplir d'habitans malheureux. Deux choses sont absolument nécessaires, disoit-il, pour conserver le peuple dans l'obéissance, le pain et le fer : maxime plus digne d'un élève de Machiavel que d'un souverain pontife, mais qui prouve du moins qu'il connoissoit ce qui assure la tranquillité dans les états despotiques. Il avoit coutume de dire, comme Vespasien, qu'un Prince doit mourir debout, sa conduite ne se démentit point. Aussi grand prince que grand pape, Sixte-Quint fit voir qu'il naît quelquefois sous le chaume, des gens capables de porter une couronne et d'en soutenir le poids avec dignité. Ce qui le distingua des autres papes, c'est qu'il ne fit rien comme eux. Il sut licencier les soldats, les gardes même de ses prédécesseurs, et dissiper les bandits par la seule force des lois, sans avoir de troupes; se faire craindre de tout le monde par sa place et par son caractère; renouveler Rome, et laisser le trésor pontifical très-riche : telles sont les marques de son règne, et marques qui n'appartiennent qu'à lui. (Voy. la Vie de Sixte-Quint, par Leti, traduite en françois en 2 vol. in-12, par Jean le Pelletier : (livre qui fait désirer quelque chose de mieux.) On travailla, par ordre de Sixte-Quint, à une nouvelle Version latine de la Bible, qui parut en 1590, 3 parties en un vol. in-fol. Les fautes dont on la trouva chargée, obligèrent Clément VIII d'en faire faire une nouvelle édition en 1592, dans laquelle furent corrigées les inexactitudes répandues dans la première. On reconnoit celle-ci (qu'on recherche à cause de sa rareté), à la Bulle de Sixte-Quint, qui ne se trouve plus à celle de Clément VIII, qu'on appelle la Bible de Sixte V corrigée. Les éditions les plus recherchées sont : Celle du Louvre, 1642, en 8 vol. in-fol... Celle de Paris, 1656, in-12, connue sous le nom de Bible de Bichelieu... Celle qu'on appelle des Evêques, qui est rare; elle est de Cologne, 1630, in-12 : on la distingue de sa réimpression, parce que cette dernière a des sommaires aux chapitres. La Bulle de Sixte-Quint contre Henri III et le prince de Condé, occasionna les réponses suivantes, que les curieux recherchent : I. Brutum Fulmen, 1585, in-8. II. La Fulminante pour Henri III, in-8. III. Moyens d'abus du Rescrit et Bulle de Sixte V, 1686, in-8. IV. Aviso piacevole sopra la Mentita data dal Re di Novarra a Papa Sixte V, Monaco, 1586, in-4.
SLEIDAN, (Jean) né dans le village de Sleide, près de Colo- Cologne, en 1506, de parens obscuré; passa en France l'an 1517. Ses talens le lièrent avec les trois illustres frères de la maison du *Bellay*. Après avoir été quelque temps à leur service, il se retira à Strasbourg, où son ami *Sturnius* lui procura un établissement avantageux. *Sleidan* fut député en 1545 par les Protestans vers le roi d'Angleterre, puis envoyé au concile de Trente. Il fut une des colonnes de son parti. Il avoit embrassé la secte de *Zuingle* en arrivant à Strasbourg; mais il la quitta dans la suite, et mourut Luthérien en 1556. La mort de sa femme, arrivée l'année d'auparavant, le plongea dans un si grand chagrin, qu'il perdit presque entièrement la mémoire. Il ne se rappela pas même les noms de ses trois filles, les seuls enfans qu'il eût eus de cette épouse chérie. On a de lui: I. Une Histoire en 26 livres, sous ce titre: *De statu Religionis et Reipublicæ Germanorum sub Carolo V*. La meilleure édition de cet ouvrage est celle de 1555. *Sleidan* écrivoit avec clarté et même quelquefois avec élégance; mais on sent qu'il n'aimoit pas les Catholiques. Il est pourtant, en général, assez impartial. On voit combien il avoit en horreur *Charles-Quint*, dont il dénature toutes les actions; mais à travers ces calomnies, la vérité réclame de temps en temps ses droits, et l'on s'apperçoit que l'esprit de secte ne l'a pas entièrement étouffée. Il y a des passages favorables aux Catholiques; cela a beaucoup déplu aux Protestans; et ces témoignages, d'autant plus précieux qu'ils sortoient d'une plume hérétique, ont disparu dans les éditions données après la mort de l'auteur. Pour s'en con- vaincre il n'y a qu'à comparer l'édition de 1556 avec celle de 1653. Le Père le Courayer a traduit cet ouvrage en françois, Leyde, 1767, 3 vol. in-4.º II. De Quatuor summis Imperius, 1711, in-8.º C'est un assez médiocre abrégé de l'Histoire Universelle. Gilles Struchius, et Conrad Samuel Schurtsfleich professeur de Wittemberg, l'ont continué jusqu'en 1678, et Christian Junker l'a poussé jusqu'à la fin du XVIIe siècle. Il a été traduit en françois, in-8.º, 1757, à Paris. Voltaire, dans certains chapitres de son Histoire Universelle, a beaucoup profité de celle de Sleidan. L'ordre des faits est semblable dans tout ce qui concerne l'histoire de l'empire d'Occident, et l'expression françoise paroît souvent calquée sur la latine. C'est ce que dit le traducteur de Sleidan. III. Une Traduction des Mémoires de Philippe de Commines, qui n'est pas toujours fidelle. Charles-Quint appelait Paul Jove et Sleidan, SES MENTEURS, parce que le premier avoit dit trop de bien de lui, et le second trop de mal.
SLODTZ ou SLOOTZ, (Réné-Michel) surnommé Michel-Ange, né à Paris en 1705, et originaire d'Anvers, eut beaucoup de goût pour la sculpture, dont le talent paroissoit héréditaire dans sa famille. Après avoir remporté le second prix de ce bel art à l'académie de Paris, âgé seulement de 21 ans, il fut envoyé à Rome en qualité de pensionnaire. De retour à Paris, il fut reçu de l'académie et nommé dessinateur de la chambre du roi en 1758. Le roi de Prusse, qui vouloit l'attirer à Berlin, lui fit faire les propositions les plus avantageuses ; mais rien ne fut capable de l'enlever à sa patrie, qui le perdit peu de temps après, le 12 octobre 1764, à 59 ans. Cet habile homme s'étoit fait une manière pleine de vérité et de graces. Les attitudes de ses figures étoient souples, ses contours coulans, ses draperies vraies, ses dessins excellens. Il modeloit et travailloit le marbre avec un goût délicat et une netteté séduisante. Les qualités qui font aimer l'homme, ornoient chez lui les talens qui font estimer l'artiste. Il eut des amis, même chez ses rivaux, par ses mœurs simples, par sa probité exacte, par son caractère égal, doux et enjoué. Ses ouvrages sont : I. S. Bruno refusant la mitre, dans l'Eglise de Saint-Pierre de Rome. II. Le Tombeau du marquis Capponi, dans l'église de Saint-Jean-des-Florentins. III. Deux bustes de marbre, dont l'un est une tête de Colchas, et l'autre celle d'Iphigénie. IV. Le Tombeau du Cardinal d'Auvergne, à Vienne en Dauphiné. V. Le Tombeau de **Languet**, curé de St-Sulpice, dont la figure est à tous égards de la plus grande beauté. Ce tombeau, déposé, dans ces derniers temps, dans la collection des Augustins, où il est déplacé au milieu d'une foule de monumens profanes, devroit être reporté dans l'église de St-Sulpice qui le réclame. VI. Des *Bas-reliefs* en pierre, dont il orna le portique du rez-de-chaussée du portail de l'église de St-Sulpice. Ce sont tout autant de chefs-d'œuvre de bon goût et de graces. *Sebastien* SLODTZ son père, né à Anvers, mort à Paris en 1628, à 71 ans, et élève de *Girardon*, s'étoit distingué dans le même art, ainsi que son frère *Paul-Ambroise*, qui avoit été comme lui dessinateur de la chambre du roi, et qui mourut en 1758. I. SLUSE, (René-François WALTHER, baron de) de Visé, petite ville du pays de Liège, étoit frère du cardinal de *Sluse*, et du baron de ce nom, conseiller d'état de l'évêque de Liège. Il devint abbé d'Amas, chanoine, conseiller et chancelier de Liège, et se fit un nom célèbre par ses connaissances théologiques, physiques et mathématiques. La société royale de Londres le mit au nombre de ses membres. Cet illustre érudit mourut à Liège en 1685, à 62 ans. On a de lui de savantes *Lettres*, et un ouvrage intitulé : *Mesolabium et Problemata solida*, Leodii, 1668, in-4.
II. SLUSE, (Jean Gualtier, baron de) frère du précédent, né à Visé l'an 1626, fut appelé à Rome par *Jean Gualtier* son oncle, secrétaire des brefs. Clément IX le reçut au nombre de ses prélats domestiques ; il succéda ensuite à l'emploi de son oncle. *Innocent XI* l'éleva au cardinalat l'an 1686. Sa trop grande application au devoir de sa charge et à l'étude, jointe à sa complexion foible, avança la fin de ses jours. Il mourut le 7 juillet 1687. Détaché des richesses, il se contenta de son patrimoine et des revenus de sa charge, et refusa constamment tout bénéfice. Les brefs qu'il a dressés sont d'un style vif, et montrent combien il étoit versé dans la discipline de l'Église, l'Écriture-sainte et les Saints Pères. Il avoit amassé une bibliothèque immense, dont on a imprimé le catalogue en 5 vol. in-4.
SMALCIUS, (Valentin) fameux socinien, né en Thuringe, mort à Cracovie le 14 décembre 1622, est auteur d'un Traité contre la Divinité de J. C., intitulé : *de Divinitate J. C.*, 1608, in-4, traduit en polonois, en allemand et en flamand, et plusieurs fois réfuté, particulièrement par *Jean Clappenbach* dans son ouvrage intitulé *Anti-Smalcius*, Franeker, 1652, in-4.
SMALRIDGE, (George) ecclésiastique Anglois connu principalement par ses *Sermons*, dont les premiers parurent en 1717, in-8, et les derniers en 1726, in-fol., étoit né à Lichtfeld en 1666, et mourut en 1719, à Oxford, estimé pour ses mœurs et son savoir.
IV. SMITH, (Adam) docteur en droit, professeur de morale dans l'université d'Edimbourg, et commissaire des douanes d'Écosse, naquit en 1723, et mourut le 18 juillet 1790. Ayant quitté sa chaire pour se charger de l'éducation d'un seigneur Anglois, il voyagea deux ans avec son élève, et recueillit des observations importantes sur le commerce et les finances. Il profita de ses remarques pour composer ses Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations. 1776, 2 vol. in-4.º, réimprimées depuis quatre fois, et traduites sur la 4e édition, par Boucher, Paris, 1790, 5 vol. in-8.º Les matières traitées dans cet excellent livre, intéressent tous les peuples, et sont approfondies avec une saga- aité peu commune. On y développe les ressources des états ; mais peut-être l'auteur confond-il quelquefois la richesse des nations avec leur prospérité. *Smith* s'étoit nourri de la lecture des encyclopédistes, et de *Hume* dont il étoit grand admirateur, et dont il publia la vie. Il adopta quelques-unes de leurs idées systématiques, auxquelles le temps n'a pas encore mis son sceau. Il s'étoit d'abord fait connoître par sa *Théorie des sentimens moraux*, 1759, in 8.$^{o}$ *Smith* étoit un génie méditatif, et l'on s'en appercevoit assez dans la société. S'étant consacré de bonne heure à l'étude et à la retraite, il n'avoit point poli ses manières. Ses distractions très-fréquentes le faisoient prendre, par ceux qui ne le connoissoient pas, tantôt pour un insensé, tantôt pour un idiot. Mais ses amis estimoient en lui ses profondes connoissances, sa probité et son caractère officieux. Il fut longtemps pauvre, et il supporta l'indigence avec courage. Ses amis auroient voulu le faire entrer dans l'état ecclésiastique ; mais il craignit d'être repoussé par le clergé Anglican, parce qu'il s'étoit déclaré hautement le partisan des opinions anti-religieuses de *Voltaire*. Dans sa *Vie* de D. *Hume*, il soutient un paradoxe contraire à toutes les religions et funeste à la société : c'est que le bonheur, la paix de l'âme et la vertu ne sont pas incompatibles avec l'athéisme. V. SMITH, (Edmond) né en 1668, mort en 1710, à Gartham. Parmi ses Œuvres poétiques, publiées en 1719, on distingue sa tragédie de *Phèdre et Hippolyte*, jouée avec succès en 1707. Il avoit commencé une traduction de *Longin*, qu'il n'a pas achevée.
VIII. SMITH, (Thomas) né à Londres en 1638, devint chapelain de l'ambassade de Constantinople. De retour dans sa p'tire, il a publié plusieurs Écrits sur l'histoire des Turcs ; il est mort en 1710.
SMITS, (Louis) peintre Hollandois, né à Dordrecht en 1635, mort en 1675, représentoit les fruits avec une vérité étonnante. Il vendait ses tableaux à haut prix ; cependant le coloris s'y dégrade et devient jaune.
SMOLETT, (Thomas) médecin Anglois, né à Cameron en Écosse, en 1720, mort en Italie en 1771, s'étoit trouvé au siège de Carthagène, et avoit parcouru la France et quelques contrées méridionales de l'Europe. Il s'occupa plus de l'art d'écrire que de celui de guérir. Peut-être eût-il été un excellent médecin, mais il a été un médiocre auteur. La poésie, l'histoire, le genre romanesque, la littérature l'occupèrent tour à tour. Nous avons de lui : I. L'Histoire d'Angleterre, 4 vol. in 4$^{o}$, traduite en français par M. *Farge* en 19 vol. in 12, S N'O qui y a ajouté une suite jusqu'en 1763, en 5 vol. in-12. *Smolett* n'a aucune des qualités des bons historiens; il est partial et passionné, et il ne rachète pas ce défaut par l'élégance du style. Exposant séchement les faits, détaillant les circonstances avec un ton monotone, donnant très-peu à penser, ne remuant ni l'imagination ni le cœur, il fatigue le lecteur en voulant l'instruire. Son style est sans force et sans coloris. II. Un *Voyage en France*, 1766. Asthmatique et vaporeux, *Smolett* étoit venu, en 1763, chercher en France la santé et la bonne humeur: il ne l'y trouva probablement pas; car, dans sa relation, il paroît mécontent de tous nos usages, et plein de mépris pour les hommes et les choses qu'il venoit de voir. III. Un *Abrégé de l'histoire des voyages*, par ordre chronologique, 7 vol. in-12. Le style en est foible et lourd, et les détails ne sont guère piquans. IV. Plusieurs Romans: *William Pivale*, 4 vol. in-12; *Ferdinand comte Fathom*; *Lancelot Greaves*; *Roderick Random*, traduit en françois, en 3 vol. in-12. V. Des *Satires*; les *Représ-illes*, comédie; le *Régicide* (de Charles I), tragédie: productions qui ne valent pas mieux que ses romans presque tous dénués d'intérêt et de style. VI. Les *Recherches critiques*, ouvrage périodique, publié depuis 1755 jusqu'en 1763, et où l'on cherche vainement la gaieté d'imagination, la finesse des vues, la justesse dans les jugemens et la politesse dans la manière de les exprimer, qui caractérisent les critiques célèbres. *Smolett* étoit marié. I. SNELL DE ROYEN, (Rodolphe) *Snellius*, philosophe Hollandois, né à Oudewater en 1546, fut professeur en hébreu et en mathématiques à Leyde, où il mourut en 1613. On a de lui plusieurs ouvrages sur la géométrie et sur toutes les parties de la philosophie; ils ne sont plus d'aucun usage.
SOBIESKI, (Jean III$^{o}$) roi de Pologne, et l'un des plus grands guerriers du XVI$^{e}$ siècle, obtint les places de grand maréchal de grand général du royaume. Il les illustra par ses conquêtes sur les Cosaques et sur les Tartares, et par ses victoires sur les Turcs. Il gagna sur eux la célèbre bataille de Choczim, le 11 novembre 1673. Les ennemis y perdirent 28000 hommes. Sa valeur et ses autres grandes qualités lui méritèrent la couronne de Pologne, le 20 mai 1674. Son courage parut avec non moins de gloire au siège de Vienne en 1683. Lorsque Sobieski fut monté à cheval pour aller sauver Vienne, la reine son épouse [ Voy. MONTIGNY. ] le regardoit en pleurant et en embrassant le plus jeune de ses fils. Qu'avez-vous à pleurer ? lui dit le monarque. — Je pleure, lui répondit-elle, de ce que cet enfant n'est pas en état de vous suivre comme les autres. Un moment après, Sobieski s'adressant au nonce, lui dit : Mandez au pape que vous m'avez vu à cheval, et que Vienne est secourue... Sobieski arriva aux environs de cette capitale avec une cavalerie très-brillante et une infanterie mal équipée. Le prince Lubomirski conseilloit au roi, pour l'honneur de la nation, de faire passer de nuit le pont à un régiment plus mal vêtu que les autres. Sobieski en jugea autrement; et lorsque cette troupe fut sur le pont, Regardez-la bien, dit-il aux spectateurs, c'est une troupe invincible, qui a fait serment de ne jamais porter que les habits de l'ennemi. Dans la dernière guerre, ils étoient tous vêtus à la Turque... Sobieski agit avec tant de vigueur, qu'il s'empara des meilleurs postes occupés par les Turcs. Ce roi s'avança jusqu'à une hauteur d'où l'on voyoit l'armée turque et les ouvrages de la tranchée; il regardà quelque temps avec sa lunette, et dit à ceux qui étoient autour de lui : Cet homme-là est mal campé; je le connois, c'est un ignorant présomptueux : nous n'aurons pas d'honneur à cette affaire. En effet, il répandit tellement la terreur dans le camp ennemi, que le grand-visir se retira précipitamment avec ses soldats. Ils abandonnèrent leurs tentes, leurs bagages, et jusqu'au grand étendard de Mahomet, que le vainqueur envoya au pape, avec une lettre dans laquelle on lisait ces mots : Je suis venu, j'ai vu, DIEU a vaincu. Il écrivit à la reine sa femme, qu'il avoit trouvé dans les tentes la valeur de plusieurs millions de ducats. On connoit assez cette lettre, dans laquelle il lui dit : « Vous ne direz pas de moi ce que disent les femmes Tartares, quand elles voient entrer leurs maris les mains vides : Vous n'etes pas des hommes, puisque vous revenez sans butin. » Le lendemain, 13 septembre, Sobieski fit chanter le Te Deum dans la cathédrale, et l'entonna lui-même. Cette cérémonie fut suivie d'un sermon, dont le prédicateur prit pour texte : Il fut un homme envoyé de Dieu, nommé JEAN; paroles qui avoient été déjà appliquées à un empereur de Constantinople, et à Dom Juan d'Autriche après la victoire de Lépatte. Ce prince mourut le 17 juin 1696, à 66 ans, regretté des héros dont il étoit le modèle, et des gens de lettres dont il étoit le protecteur. Il parloit presque toutes les langues de l'Europe, et avoit autant d'esprit que de bravoure. Dans les actions décisives, il s'exposoit comme le moindre soldat. En vain ses principaux officiers le conjuroient de mettre sa personne en sûreté : *Vous me mépriseriez*, leur répondoit-il, *si je suivois vos conseils*, M. l'abbé *Coyer* a écrit sa *Vie*, en trois vol. in-12. *Marie-Casimir de la Grange d'Arquien* son épouse, mourut en France, au Château de Blois, en 1716. Les trois fils de *Sobieski* ne laissèrent point de postérité masculine.
SOCOLOVE, (Stanislas) théologien Polonois, chanoine de Cracovie et prédicateur du roi Etienne Battori, mourut en 1619, avec la réputation d'un savant. On a de lui des Commentaires sur les trois premiers Evangélistes, et d'autres ouvrages de Controverse et de Morale. Le plus estimé de tous est une Traduction de Jérémie, patriarche de Constantinople, sous ce titre : Censura Ecclesiæ Orientalis de præcipuis nostri sœculi Hæreticorum dogmatibus, è Graeco in Latinum conversa, cum annotationibus, Cracovie, 1582, in-fol. I. SOCRATE, fils d'un sculpteur nommé Sophronisque, et d'une sage-femme appelée Phenarète, naquit à Athènes l'an 469 avant J. C. Il s'appliqua d'abord à la profession de son père, et l'histoire fait mention de trois de ses Statues représentant les Graces, qui étaient très-belles. Il paroit par les comparaisons que Socrate employa depuis dans ses discours, qu'il ne rougissoit point de la profession de son père, ni de celle de sa mère. Il s'étonnoit qu'un Sculpteur appliquait tout son esprit à faire qu'une pierre brute devint semblable à un homme, et qu'un homme se mit si peu en peine de n'être pas semblable à une pierre brute. Il s'appeloit l'Accoucheur des Esprits, parce qu'il exerçoit à l'égard des esprits, auxquels il faisoit produire des pensées, les mêmes fonctions que sa mère exerçoit à l'égard des corps. Criton ravi de la beauté de son esprit, l'arracha de son atelier pour le consacrer à la philosophie. Il eut pour maître le célèbre Archelaïtis qui conçut pour lui toute l'amitié qu'il méritoit. Il commença par l'étude de la physique, selon l'usage des écoles de ce temps-là, qui ne connoissoient que cette partie de la philosophie alors très-obscure. Ayant remarqué combien cette science vague et incertaine étoit peu utile au commun des hommes, il fit descendre, dit Cicéron, la philosophie du Ciel pour la placer dans les villes et la mettre plus à la portée des hommes, en l'appliquant seulement à ce qui pouvoit les rendre justes, raisonnables et vertueux. Le jeune philosophe porta les armes comme tous les Athéniens, et se trouva à plusieurs actions, dans lesquelles il se distingua par son courage. Endurci depuis long-temps contre les saisons, on le vit, au siège de Potidée, marcher pieds nus sur la glace. Ayant trouvé *Alcibiade* couvert de blessures, il l'arracha des mains de l'ennemi, et quelque temps après lui fit décerner le prix de la bravoure qu'il avoit mérité lui-même. A la bataille de Délium, il se retira des derniers à côté du général. Y ayant apperçu le jeune *Xénophon* traversé de cheval, il le prit sur ses épaules et le mit en lieu de sûreté. Ce courage ne l'abandonnoit pas dans des occasions peut-être plus périlleuses. Le sort l'avoit élevé au rang de sénateur, et il présidait en cette qualité avec ses autres confrères à l'assemblée du peuple. On accusa un général d'armée, et l'on proposa une forme de jugement injuste et irrégulière. La multitude acharnée approuvoit cette forme et menagoit d'exterminer ceux qui la rejetaient. Les sénateurs épouvantés se soumirent. *Socrate* seul, au milieu des clameurs et des menaces, refusa de juger. Comme il s'étoit accoutumé de bonne heure à une vie sobre, dure, laborieuse, il dédaigna l'amour des richesses, et se consacra sans effort à celui de la pauvreté. Voyant la pompe et l'appareil que le luxe étalait dans certaines cérémonies, et la quantité d'or et d'argent qu'on y portoit : *Que de* *choses*, disoit-il en se félicitant lui-même sur son état, *que de choses dont je n'ai pas besoin l... Moins on a de besoins*, ajoutoit-il, *plus on approche de la Divinité*. *Socrate* n'étoit pas seulement pauvre ; mais, ce qui est admirable, il aimoit à l'être ; il ne rougissoit pas de faire connoître ses besoins. *Si j'avois eu de l'argent*, dit-il un jour dans une assemblée de ses amis, *j'aurois acheté un manteau*. Chacun de ses disciples voulut lui faire ce petit présent... Quoique très-pauvre, il se piquoit d'être propre sur lui et dans sa maison. Il dit un jour à *Antisthène*, qui affectoit de se distinguer par des habits sales et déchirés, *qu'à travers les trous de son manteau et de ses vieux haillons, on entrevoyoit beaucoup de vanité*. Le faste de la sagesse lui paroissoit une ostentation plus ridicule que le faste de l'opulence. Il rejeta généreusement les offres et les présens d'*Archelais*, roi de Macédoine, qui vouloit l'appeler à sa cour. Sa raison étoit, *qu'il ne vouloit pas aller trouver un homme qui pouvoit lui donner plus qu'il n'étoit en état de lui rendre*. Eût-ce donc été rendre à ce prince un petit service, dit *Sénèque*, que de le détromper de ses fausses idées de grandeur, de lui montrer le véritable usage du pouvoir et des richesses, de lui apprendre le grand art de régner, et l'art peut-être plus difficile, de bien vivre et de bien mourir ? Une des qualités les plus marquées dans *Socrate*, étoit une tranquillité d'âme, que nul accident ne pouvoit altérer. Il ne se laissoit jamais emporter par la colère. Un esclave ayant excité en lui quelque émotion : *Je te frapperois*, lui dit-il, si je n'étois pas en colère. Un brutal lui ayant donné un soufflet, il se contenta de dire en riant : *Il est fâcheux de ne pas savoir quand il faut s'armer d'un casque.* Une autre fois, ses amis étant étonnés de ce qu'il avoit souffert, sans rien dire, un coup de pied d'un insolent : *Quoi donc !* leur dit-il, si un dîné m'en donnoit autant, le fercis-je citer en Justice ? Enfin, comme on lui rapportoit qu'un certain homme l'accabloit d'invectives, il ne fit que cette réponse : *C'est qu'apparemment il n'a pas appris à bien parler...* « Que celui d'entre vous (disoit-il à ses disciples), qui, en consultant le miroir, s'y trouvera beau, prenne garde de corrompre les traits de sa beauté par la difformité de ses mœurs ; mais que celui qui s'y trouvera laid, s'applique à effacer la laideur de son visage par l'éclat de sa vertu... » Comme le peuple sortoit un jour du théâtre, *Socrate* forçoit le passage pour y entrer. Quelqu'un lui demandant la raison de cette conduite : *C'est, répondit-il, ce que j'ai soin de faire dans toutes mes démarches, je résiste à la foule...* On lui demanda pourquoi il se fatiguoit à travailler avec tant d'ardeur jusqu'au soir ? Il répondit : « Qu'il gagnoit de l'appétit pour mieux souper ; que, selon lui, le meilleur assaisonnement des viandes étoit la faim, et que celui de la boisson étoit la soif... » On dit que, pour endurcir son corps contre les accidens de la vie, il avoit coutume de se tenir debout un jour entier dans l'attitude d'un homme rêveur, immobile, sans fermer les paupières et sans détourner les yeux du même endroit. Après avoir gagné de la soif par les fatigues et les mouvemens qu'il se donnoit, il ne buvoit point, qu'il n'eût versé dans le puits la première cruche d'eau qu'il en tiroit... *Socrate* avoit invité à souper quelques personnes riches, et sa femme *Xantippe* rougissoit de les recevoir si simplement. « Ne vous inquiétez point, ( lui répondit *Socrate* ) si ce sont des gens de bien et sobres, ils seront contens ; mais s'ils sont déréglés et méchans, peu importe qu'ils le soient. » Il trouva, sans sortir de sa propre maison, de quoi exercer sa patience : *Xantippe* sa femme le mit aux plus rudes épreuves, par son humeur bizarre, violente et emportée. Un jour, après avoir vomi contre lui toutes les injures dont son dépit étoit capable, elle finit par lui jeter un pot d'eau sale sur la tête. Il ne fit qu'en rire, et il ajouta : *Il falloit bien qu'il plaît après un si grand tonnerre.* Il étoit accoutumé aux criailleries perpétuelles de cette femme, comme on l'est au cri des *Oies*. ( C'étoit son expression. ) — *Mais les Oies nous font des petits*, lui disoit-on un jour. — *Et ma femme me donne des enfans*, repartit *Socrate*. On a cru que le caractère de cette mégère étoit de son choix, et qu'il l'avoit épousée à dessein d'être exercé ; mais cette conjecture suppose une bizarrerie qui n'étoit point dans l'esprit de *Socrate*, déclaré par l'Oracle, *LE PLUS SAGE DE TOUS LES GRECS*. Parmi le grand nombre de sentences et de bons mots qu'on lui a attribués, nous avons choisi les principaux. Parlant d'un prince qui avoit beaucoup dépensé à faire un superbe palais, et n'avoit rien employé pour former ses mœurs, il faisoit remarquer, qu'on couroit de tous côtés pour voir sa maison, mais que personne ne s'empressoit pour en voir le Maître... Dans le temps du massacre que faisoient les trente Tyrans qui gouvernoient la ville d'Athènes, il dit à un philosophe : Consolons-nous de n'être pas, comme les Grands, le sujet des Tragédies. Il disoit que les richesses et les grandeurs, bien loin d'être des biens, étoient des sources de toutes sortes de maux... Il recommandoit trois choses à ses disciples, la sagesse, la pudeur et le silence ; et il disoit qu'il n'y avoit point de meilleur héritage qu'un bon Ami... Un physionomiste ayant dit de lui qu'il étoit brutal, impudique et ivrogne, ses disciples vouloient maltraiter ce satirique impudent ; mais Socrate les en empêcha, en avouant « qu'il avoit eu du penchant pour ces vices, mais qu'il s'en étoit corrigé par la raison. » Sa physionomie, la seule chose difforme qu'il eût en lui, avoit dans ses traits une ressemblance frappante avec les images du Dieu Silene. Il plaisantoit le premier de sa laideur : et il disoit que son père, en le sculptant, avoit oublié de donner le dernier coup de ciseau. Il disoit ordinairement qu'on avoit grand soin de faire un portrait qui ressemblât, et qu'on n'en avoit point de ressembler à la Divinité dont on est l'image : qu'on se paroît au miroir, et qu'on ne se paroît point de la vertu. Il njoutoit, qu'il en est d'une mauvaise Femme comme d'un Cheval vicieux, auquel lorsqu'on est accoutumé, tous les autres semblent bons... C'est principalement à ce grand philosophe que la Grèce fut redevable de sa gloire et de sa splendeur. Il eut pour disciples et forma les hommes les plus célèbres en tous genres, tels qu'Alcibiade, Xénophon, Platon, etc. Il n'avoit point une école ouverte comme les autres philosophes, ni d'heure marquée pour ses leçons. C'étoit un Sage de tous les temps et de toutes les heures, et il saisissoit toutes les occasions pour donner des préceptes de morale. La sienne n'étoit ni sombre, ni sauvage ; il étoit toujours fort gai, et il aimoit la douce joie d'un repas frugal, assaisonné par l'esprit et par l'amitié. Ce ne seroit pas bien connoître Socrate, que d'oublier son Démon, ou ce Génie qu'il prétendoit lui servir de guide. Il en parloit souvent, et fort volontiers à ses disciples. Qu'étoit-ce que ce Démon familier, cette voix divine, cet esprit qui lui obéissoit constamment quand il le consultoit ? Ce n'étoit autre chose, suivant des philosophes judicieux, que la justesse et la force de son jugement, qui par les règles de la prudence, et par le secours d'une longue expérience soutenue de sérieuses réflexions, lui faisoit prévoir quel devoit être le succès des affaires et des entreprises sur lesquelles on lui demandoit son avis. [ Voy. VIII. MARC-ACRELE. ] Quant aux principes de sa philosophie, il ne se piqua pas, comme nous l'avons déjà dit, d'approfondir les mystères impénétrables de la nature. Il crut que le Sage devoit la laisser dans les ténèbres où elle s'étoit ensevelie ; il tourna toutes les vues de son esprit vers la morale, et la Secta Ionienne n'eut plus de physicien. Socrate Socrate chercha dans le cœur même de l'homme, le principe qui conduisoit au bonheur : il y trouva que l'homme ne pouvoit être heureux que par la justice, par la bienfaisance, par une vie pure. Il traitoit les matières avec tant de netteté, de naturel et de simplicité, qu'il faisoit en- tendre à ses disciples tout ce qu'il vouloit, et qu'il leur disoit trou- ver dans leur propre fonds, la réponse à toutes les questions qu'il leur proposoit. Il forma une école de morale, bien supérieure à toutes les écoles de physique; mais, dans le temps qu'il instrui- soit les autres, il ne veilloit pas assez sur lui-même. Il s'expliquoit très-librement sur la religion et sur le gouvernement de son pays. Sa passion dominante étoit de régner sur les esprits, et d'aller à la gloire en affectant la modestie. Cette conduite lui fit beaucoup d'ennemis : ils engagèrent Aristo- phane à le jouer sur le théâtre. Le poète lui prêta sa plume, et sa Pièce, pleine de plaisanteries fines et saillantes, accoutuma in- sensiblement le peuple à le mé- priser. [ Voy. ARISTOPHANE. ] Il se présenta un infâme délateur, nommé Melitus, qui l'accusa, 1.º d'être le détracteur des ancien- nes Divinités de la Grèce, dont il blâmoit les passions ridicules, et se se vanter d'avoir un Génie qui l'inspiroit. 2.º D'être le corrup- teur de la jeunesse; 3.º l'ennemi du gouvernement populaire, parce qu'il vouloit rejeter la voie du sort dont on se servoit pour élire les magistrats. Lysias qui passoit pour le plus habile orateur de son temps, lui apporta un Dis- cours travaillé, pathétique, tou- chant, et conforme à sa malheu- reuse situation, pour l'apprendre par cœur, s'il le jugeoit à propos, et s'en servir auprès de ses juges. Socrate le lut avec plaisir, et le trouva fort bien fait. Mais de même, lui dit-il, que si vous m'eussiez apporté des souliers à la Sicyonienne (c'étoient alors les plus à la mode) je ne m'en servirois point, parce qu'ils ne conviendroient point à un Philo- sophe; ainsi votre Pividoyer me paroît éloquent et conforme aux règles de la rhétorique, mais peu convenable à la grandeur d'ame et à la fermetédignes d'un Sage. Son apologie fut un discours simple, mais noble, où l'on voyoit briller le caractère et le langage de l'in- nocence. « Je comparois, dit-il à ses juges, devant ce tribunal pour la première fois de ma vie, quoi- qu'âge de plus de 70 ans. Ici, le style, les formes, tout est nouveau pour moi. Je vais parler une lan- gue étrangère; et l'unique grace que je vous demande, c'est d'être plutôt attentifs à mes raisons qu'à mes paroles. Votre devoir est de discerner la justice; le mien est de vous dire la vérité. On m'ac- cuse de ne pas admettre les Di- vinités d'Athènes, et de croire à un Génie particulier; ma réponse est facile. J'ai offert souvent aux Dieux du pays, des sacrifices de- vant ma maison; j'en ai souvent offert sur les autels publics; j'en ai offert devant tous mes disciples, et Athènes en a été témoin. J'ai blâmé les passions honteuses et les haines barbares que l'on attribuoit aux Dieux. J'ose vous le demander : qui de vous, ô magistrats ! les pardon- neroit aux hommes ? Quant au Génie particulier dont j'écoute l'inspiration secrète, ce n'est pas une Divinité nouvelle: c'est l'éter- nel instinct, c'est le génie éter- nel de la morale. Pour se conduire, les uns consultent des Sybilles, d'autres le vol des oiseaux, d'autres le cœur des victimes. Moi, je consulte mon propre cœur; j'interroge ma conscience; je converse en secret avec l'esprit qui m'anime. On prétend, en second lieu, que je corromps la jeunesse d'Athènes: qu'on cite donc un de mes disciples que j'aie entraîné dans le vice. J'en vois plusieurs dans cette assemblée; qu'ils se lèvent, qu'ils déposent contre leur corrupteur. S'ils sont retenus par un reste de considération, d'où vient que leurs pères, leurs frères, leurs parens n'invoquent pas dans ce moment la sévérité des lois? d'où vient que *Melitus* a négligé leur témoignage? C'est que, loin de me poursuivre, ils sont eux-mêmes accourus à ma défense. On m'accuse enfin de m'être déclaré contre la loi établie parmi-nous, de choisir au sort des magistratures importantes: mais en cela je ne me suis pas montré mauvais citoyen; car il est évident que c'est confier au hasard la fortune des particuliers et la destinée de l'état. O Athéniens! oseriez-vous tirer au sort les précepteurs de vos enfans, les généraux de vos armées? Ce ne sont donc pas les accusations de *Melitus* et d'*Anytus* qui me coûteront la vie; c'est plutôt la haine de ces hommes vains ou injustes dont j'ai démasqué l'ignorance ou les vices: haine qui a déjà fait périr tant de gens de bien, qui en fera périr tant d'autres; car je ne dois pas me flatter qu'elle s'épuise par mon supplice. Au reste, mes ennemis sont plus à plaindre que moi, puisqu'ils sont injustes. Pour échapper à leurs coups, je n'ai point, à l'exemple des autres accusés, employé les menées clandestines, les sollicitations ouvertes. Je vous ai trop respectés pour chercher à vous attendrer par mes larmes, ou par celles de mes enfans et de mes amis, assemblés autour de moi. C'est au théâtre qu'il faut exciter la pitié par des images touchantes; ici la vérité seule doit se faire entendre. Vous avez fait un serment solennel de juger suivant les lois; si je vous arrachois un parjure, je serois véritablement coupable d'impiété. Mais plus persuadé que mes adversaires de l'existence de la Divinité, je me livre sans crainte à sa justice, ainsi qu'à la vôtre. Ce plaidoyer semblait avoir fléchi une partie de ses juges. D'abord il eut la pluralité des voix pour lui, et *Melitus* son accusateur alloit être condamné, selon l'usage, à une amende de mille drachmes. Mais *Anytus* et *Licon* s'étant joints à lui, leur crédit entraîna un grand nombre de suffrages, et il y en eut 281 contre *Socrate*, et par conséquent 220 pour lui; car les juges, sans compter le président, étoient au nombre de cinq cents. [*Voyez l'article PEREDETTE.*] Par une première sentence, les juges déclaraient simplement que le philosophe étoit coupable, sans statuer sur la peine qu'il devoit souffrir. On lui en laissa le choix. Il répondit, que puisqu'on le laissoit le maître de son châtiment, il se condamnoit, pour avoir toujours instruit les Athéniens, à être nourri le reste de ses jours dans le Prytanée, aux frais de la République; honneur qui, chez les Grecs, passoit pour le plus distingué. Cette réponse révolta tellement tout l'Aréopage, que l'on résolut sa perte, tout innocent qu'il étoit. Quelqu'un étant venu lui annoncer qu'il avoit été condamné à mort par ses juges : *Et eux*, répliquait-il, *l'ont été par la Nature*. On ordonna qu'il boiroit du jus de ciguë. Dès que la sentence fut prononcée, il dit à ses juges : *Je vais être livré à la mort par votre ordre; la nature m'y avoit condamné dès le premier moment de ma naissance. Mais mes accusateurs vont être livrés à l'infamie et à l'injustice par l'ordre de la vérité*. Il marcha avec une fermeté admirable vers la prison. *Apollodore*, un de ses disciples, s'étant avancé pour lui témoigner sa douleur de ce qu'il mouroit innocent : *Voudriez-vous*, lui dit-il, *que je mourusse coupable ?* Ses amis voulurent lui faciliter son évasion : ils corrompirent le geolier à force d'argent; mais *Socrate* ne voulut point profiter de leurs bons offices. Il but la coupe de ciguë avec la même indifférence dont il avoit envisagé les différens événemens de sa vie; ensuite il se promena tranquillement dans sa chambre, et lorsque ses jambes commencèrent à foiblir, il se coucha sur son lit et expira, vers le mois de juin de l'an 399 avant J. C., âgé de 70 ans. Sa femme et ses amis recueillirent ses dernières paroles. Elles furent toutes d'un sage : elles roulèrent sur l'immortalité de l'âme, et prouvèrent la grandeur de la sienne. « Une chose, mes amis, (leur dit-il en finissant) qu'il est très-juste de penser, c'est que si l'âme est immortelle, elle a besoin qu'on la cultive, non-seulement pour ce temps passager que nous appe- appelons le temps de la vie, mais encore pour celui qui la suit, c'est-à-dire pour l'éternité. La moindre négligence sur ce point, peut avoir des suites infinies. Si la mort étoit la ruine et la dissolution de tout, ce seroit un grand gain pour les méchans, après le trépas d'être délivrés en même temps de leur corps, de leur âme et de leurs vices. Mais puisque l'âme est immortelle, elle n'a d'autre moyen de se délivrer de ses maux, et il n'y a de salut pour elle, que de devenir très-bonne et très-sage... Au sortir de cette vie, s'ouvrent deux routes, *ajouta-t-il*; l'une mène à un lieu de supplices éternels les âmes qui se sont souillées ici-bas par des plaisirs honteux, et des actions criminelles; l'autre conduit à l'heureux séjour des Dieux, celles qui se sont conservées pures sur la terre, et qui dans des corps humains ont mené une vie divine. » Quelqu'un demandant à *Aristippe* comment *Socrate* étoit mort ? *Comme je voudrois*, répondit-il, *mourir moi-même*. Quelques Pères de l'Eglise décorent ce Sage du titre de *MARTYA de Dieu. Erasme* dit, qu'autant de fois qu'il lisait la belle mort de *Socrate*, il étoit tenté de s'écrier : *O saint SOCRATE, priez pour nous !* On a tâché vainement de noircir sa réputation, en l'accusant d'un amour criminel pour *Alcibiade* : l'abbé *Fraguier* l'a pleinement justifié. Des auteurs postérieurs à *Socrate* de plusieurs siècles, assurent qu'immédiatement après sa mort, les Athéniens demandèrent compte aux accusateurs, du sang innocent qu'ils avoient fait répandre; que *Melitus* fut condamné à mort, et que les autres furent bannis; que non contenus d'avoir ainsi puni les calomniateurs de *Socrate*, ils lui firent élever une statue de bronze de la main du célèbre *Lysippe*, et lui dédicèrent une chapelle comme à un demi - Dieu. Ces traditions, dit M. l'abbé *Barthelemi*, ne peuvent se concilier avec le silence de *Xénophon* et de *Platon*, qui ne parlent nulle part, ni du repentir des Athéniens, ni du supplice des accusateurs de *Socrate*... On a demandé ce que c'étoit que cette ironie, que les anciens ont tant vantée dans *Socrate*. Le même abbé *Fraguier*, qui a fait une Dissertation curieuse sur ce sujet, remonte jusqu'à la cause qui obligea *Socrate* de se servir souvent de cette figure. Ce philosophe ayant résolu de donner une base certaine à la morale, commença par combattre certains charlatans de philosophie, connus sous le nom de *Sophistes*. Ces hommes hardis, présomptueux, avoient par un brillant étalage de phrases, et par une fausse éloquence, séduit toute la Grèce. Comme ils étoient tréspuissans à Athènes, *Socrate* étoit forcé de les ménager en apparence, et d'affecter une sorte d'ignorance pour mieux décréditer une morale et une éloquence éblouissante, mais qui dans le fond n'avoit rien que de frivole. Voici à-peu-près quel étoit son procédé. Il savoit dans quel lieu public, ou dans quelle maison particulière un ou plusieurs des plus fameux *Sophistes* débitoient leur fausse doctrine. Il y arrivoit comme par hasard, et quelquefois il avoit assez de peine à entrer. Il trouvoit le docteur gonflé de cet orgueil que donne aux personnes vaines l'admiration des sots; et s'approchant de lui modestement: « Je m'estimerois bien heureux, lui disoit-il, si mes facultés répondoient au besoin et à l'envie que j'aurois d'avoir pour mes maîtres, des hommes tels que vous. Mais, pauvre comme je suis, que me reste-t-il pour m'instruire, que de vous exposer mon ignorance et mes doutes, lorsque mon bonheur m'offre l'occasion de vous consulter? » Le *Sophiste* l'écoutoit avec une attention dédaigneuse, et lui permettoit de parler. *Socrate* lui faisoit des questions toutes simples; il lui demandoit, par exemple: *Qu'est-ce que votre profession? Qu'appelez — vous Rhétorique? Qu'est-ce que le Beau? En quoi consiste la Vertu?* Ce docteur ne pouvoit reculer, sans risquer son revenu et sa réputation. Il répondoit; mais, au lieu de donner une réponse précise, il se jetoit dans les lieux communs, et prenant l'espèce pour le genre, il parloit beaucoup sans rien dire qui fût à propos. *Socrate* applaudissoit à ce verbiage, pour ne pas effaroucher d'abord son docteur; et affectant de ne pouvoir le suivre dans ses longs discours, il le réduisoit à répondre *oui* et *non*. Alors, par la justesse de sa dialectique, il le conduisoit de l'un à l'autre, jusqu'aux conséquences les plus absurdes, et le forçoit à se contredire lui-même, ou à se taire. [ *Voy. I. PRODIGUS.* ] On a de *Socrate* quelques *Lettres*, recueillies par *Allatius* avec celles des autres philosophes de sa secte, Paris, 1637, in-4. *Socrate* avoit mis en vers, dans sa prison, les Fables d'*E-sopé*; mais cette traduction n'est pas parvenue jusqu'à nous. *Voy. THERAMÈNE, LOEHRHAVE*, et II. BOULANGER à la fin.
SOHÈME, frère de Ptolomée roi d'Iturée, fut élevé à la cour d'Hérode le Grand, qui lui avoit donné toute sa confiance. Ce roi, en partant pour aller faire sa paix avec Auguste, après la bataille d'Actium, lui remit sa femme Mariamne avec ordre de la tuer, en cas qu'on le fit mourir à Rome. Un pareil ordre avoit déjà été donné à Joseph, beau-frère d'Hérode. (Voyez ce mot, n° v.) Sohème, gagné par les civilités de la reine, ne put garder son secret; et Mariamne, indignée de la cruauté de son mari, accabla de reproches Hérode, qui, pour s'en venger, fit périr et Sohème et Mariamne elle-même. I. SOISSONS, (Thierri de) accompagna S. Louis dans son expédition à la Terre-sainte, et fut fait prisonnier comme son roi à la bataille de la Massoure. Il chanta sa captivité, et partagea avec son contemporain Thibaut, comte de Champagne, l'honneur d'être un de nos premiers poètes. Dans un manuscrit de la bibliothèque nationale, de l'an 1350, on trouve plusieurs chansons de lui.
II. SOISSONS, (Louis DE-BOURBON, comte de) grand-maître de France, fils de Charles comte de Soissons, dont la passion pour Catherine de Bourbon, sœur d'Henri IV, est connue, (Voyez CAIET.) naquit à Paris en 1604. Il se distingua d'abord contre les Huguenots au siège de la Rochelle. Il commanda en Champagne dans les années 1635, 1636 et 1637, et défit au combat d'Yvoi les Polonois et les Croates qui entroient en France. Poussé à bout par le cardinal de Richelieu, dont il avoit refusé d'épouser la nièce, la marquise de Combalet, il résolut de s'en défaire; mais le coup ayant manqué, il se retira à Sedan, traita avec la maison d'Autriche contre le roi, et défit le maréchal de Châtillon en 1641 à la bataille de la Marfée. Il y fut tué d'un coup de pistolet, en poursuivant sa victoire avec trop d'ardeur. Louis XIII vouloit qu'on fit le procès à sa mémoire; mais Pay-Ségur l'en empêcha, en disant: Il étoit de votre sang, et votre filleul; voudriez-vous exposer son corps à être traîné sur la claie par un jugement solennel? Laissez à Dieu, SIRE, la vengeance de vos ennemis. Le comte de Soissons étoit un prince bien fait, et plein de fierté, de feu et de courage; mais d'un esprit médiocre, incertain et défiant. Il avoit la barbe rousse. Ayant demandé un jour à un jardinier qui passoit pour eunuque, pourquoi il n'avoit point de barbe: le jardinier lui répondit: Je suis arrivé tandis que le bon Dieu faisoit la distribution des barbes. Il n'y en avoit plus que de rousses, et j'ai mieux aimé n'en point avoir, que d'en avoir une de cette couleur. Le père du comte de Soissons demanda en vain pour lui en mariage, Marie duchesse de Montpensier qui épousa Gaston d'Orléans. Il n'eut qu'un fils naturel, Louis-Henri, chevalier de Soissons, abbé de la Couture, qui quitta ses bénéfices, prit le titre de Prince de Neuchatel, et épousa en 1694 Angélique-Canegonde de Montmorencé-Luxembourg. Il mourut en 1703, laissant une fille, mariée en 1710 à Charles-Philippe d'Albert duc de Laynes.
SOLEIL, (Myth.) Les Païens distinguoient *Cinq SOLEILS*. L'un fils de *Jupiter*; le 2$^{e}$, fils d'*Hypérion*; le 3$^{e}$, fils de *Vulcain*, surnommé *Opas*; le 4$^{e}$ avoit pour mère *Acantho*; et le dernier étoit père d'*Aetés* et de *Circé...* *Voy.* PHAETON, et I. PHENIX.
SOLEISEL, (Jacques de) gentilhomme du Forez, naquit en 1617 dans une de ses terres, nommée le *Clapier*, proche la ville de St-Etienne, et mourut en 1680, à 63 ans, après avoir formé une célèbre Académie pour le manège. Sa probité étoit au-dessus de son savoir, quoiqu'il sût beaucoup. On a de lui quelques ouvrages; le plus estimé est inti- tulé : *Le Parfait Maréchal*, 1754, in-4.º Il y traite de tout ce qui concerne les chevaux, et sur-tout de leurs maladies et des remèdes qu'on peut y apporter. Il y a quelques endroits qui auroient besoin d'être retouchés dans ce livre ; mais, en général, il est très-utile et assez exact. *Soleisel* passoit pour un si galant homme, qu'on a dit de lui, « qu'il auroit encore mieux fait le livre du *Parfait Honnête-homme*, que celui du *Parfait Maréchal*. »
SOLIGNAC, (*Pierre-Joseph de la Pimpie*, chevalier de) né à Montpellier en 1687, d'une famille distinguée, vint de bonne heure à la capitale, et se fit connoître à la cour, qui lui donna une commission très-honorable pour la Pologne. Il eut occasion d'être connu du roi *Stanislas*, qui le prit chez lui, moins comme son secrétaire, que comme son ami. Il suivit ce prince en France, lorsqu'il vint prendre possession de la Lorraine, et il devint secrétaire de cette province, et secrétaire perpétuel de l'académie de Nanci. C'est dans cette ville qu'il trouva le loisir philosophique et littéraire, qui fut le délassement des longues fatigues qu'il avoit essuyées. Des mœurs douces et honnêtes, des manières agréables, une littérature fine et variée, le faisoient rechercher par tous ceux qui aiment les talens aimables, joints à l'exacte probité. Il mourut à Nanci en 1773, âgé de 80 ans. Le chevalier de *Solignac* est connu dans la république des lettres par divers ouvrages. Les principaux sont : I. *Histoire de Pologne*, en 5 vol. in-12. Cet ouvrage, qui n'est point achevé, est bien écrit; mais le style se ressent quelquefois du ton oratoire. II. *Éloge historique du Roi Stanislas*, in-8°, écrit avec esprit et avec sentiment. L'auteur avoit aussi composé l'*Histoire* de ce prince; mais elle n'a pas encore paru. Elle présentera, dit-on, un grand nombre de faits intéressants et nouveaux. III. Divers morceaux de littérature, dans les *Mémoires* de l'académie de Nanci, entre autres quelques *Éloges*, dont le style est élégant et facile, à quelques endroits près, où il prend un ton précieux et recherché. IV. On lui a attribué la *Saxe Galante*, 1732, in-12, qui fut recherché à cause de plusieurs anecdotes peu connues. V. On a encore de lui les *Amours d'Horace*, 1728, in-12, et des *Quatrains sur l'Éducation*, 1728 et 1738, in-12. I. SOLIMAN I, s'étant sauvé de la bataille d'Ancyre, fut proclamé empereur des Turcs, à la place de *Bajazet* son père, en 1402, par les troupes qui étoient restées en Europe. Il releva l'empire Ottoman dont il conquit une partie, du vivant même de *Tamerlan*. Son amour pour les plaisirs ternit sa gloire et causa sa perte. Il fut détrôné en 1410 par son frère *Musa*, et tué en allant implorer la protection de l'empereur de Constantinople, dans un village entre cette ville et Andrinople.
II. SOLIMAN II, dit le *Magnifique*, empereur Turc, étoit fils unique de *Sélim I*, auquel il succéda en 1520. Il fut proclamé sultan trois jours après la mort de son père, dans le même temps que *Charles-Quint* fut couronné empereur à Aix-la-Chapelle. *Soliman* n'avoit pas été élevé à la manière des princes Ottomans. On ne lui avoit rien caché des maximes de la politique et des secrets de l'état. Sa justice éclata au commencement de son règne; il rendit le bien à ceux que son père avoit dépouillés injustement, rétablit l'autorité des tribunaux qui étoit presque anéantie, et ne donna les charges et les gouvernements qu'à des personnes de probité et riches, afin qu'ils ne fussent pas à charge au peuple. Je veux, disoit-il, qu'ils ressemblent à ces fleuves qui engraissent les Torres par ou ils passent, et non pas aux torrents qui entraînent tout ce qu'ils rencontrent sur leur passage. *Gazeli Beg* gouverneur de Syrie, se révolta au commencement de son règne, et entraîna une partie de l'Égypte dans sa rébellion. Après l'avoir réduit par ses lieutenants, il acheva de détruire les Mammeluks en Égypte, et conclut une trêve avec *Ismaël Sophi*. Tranquille du côté de l'Égypte et de la Syrie, il résolut de fondre en Europe. Il assiégea et prit Belgrade en 1521. L'année suivante il conçut le dessein d'assiéger l'île de Rhodes, qui étoit depuis 212 ans entre les mains des chevaliers de St-Jean-de-Jérusalem. Résolu à cette entreprise, il leur écrivit une lettre très-fière, dans laquelle il les sommoit de se rendre, s'ils ne vouloient tous être passés au fil de l'épée. Cette conquête lui coûta beaucoup de monde; mais enfin la ville réduite aux dernières extrémités, fut obligée de se rendre en 1522. Le vainqueur tourna ensuite ses armes contre la Hongrie, où il remporta, le 29 août 1526, la fameuse bataille de Mohatz sur les Hongrois. [ *Voy. I. NADASTI.* ] *Louis II*, leur roi, y périt dans un marais. Le conquérant Turc prit Bude en 1529, et alla ensuite attaquer Vienne, qui soutint 20 assauts pendant l'espace de 20 jours; mais il fut obligé d'en lever le siège, avec une perte de 80 mille hommes. L'an 1534, il passa en Orient, et prit Tauris sur les Perses; mais il perdit une bataille contre *Schah - Tamasp*. Son armée éprouva en 1565, devant l'île de Malthe, le même sort qu'elle avoit eu devant Vienne; mais il se rendit maître en 1566, de l'île de Chio, possédée par les Génois depuis 1346. Ce héros infatigable termina ses jours en Hongrie, au siège de Sigeth, le 30 août 1566, à 76 ans, quatre jours avant la prise de cette place par les Turcs. Ses armes victorieuses le firent également craindre en Europe et en Asie. Son empire s'étendoit d'Alger à l'Euphrate, et du fond de la Mer-Noire au fond de la Grèce et de l'Épire. Ce prince étoit aussi propre aux affaires de la paix, qu'à celles de la guerre : exact observateur de sa parole, ami de la justice, attentif à la faire rendre, et d'une activité surprenante dans l'exercice des armes. Plus guerrier que *Charles-Quint*, il lui ressembla par ses voyages continuels. C'est le premier des empereurs Ottomans qui ait été l'allié des François, et cette alliance a toujours subsisté. *Soliman* ternit l'éclat de sa gloire par sa cruauté. Après la victoire de Mohatz, 1500 pri- sionniers, seigneurs pour la plupart, furent placés en cercle par ordre du sultan, et décapités en présence de l'armée victorieuse. *Soliman* ne croyoit rien d'impossible lorsqu'il ordonnoit. Un de ses généraux lui ayant écrit que l'ordre de faire construire un pont sur la Drave, étoit inexécutable; l'empereur ferme dans ses volontés, lui envoya une longue bande de toile, sur laquelle étoient écrites ces paroles : « L'empereur *Soliman*, ton maître, te dépêche par le courrier que tu lui as envoyé, l'ordre de construire un pont sur la Drave, sans avoir égard aux difficultés que tu pourras trouver. Il te fait savoir en même temps, que si ce pont n'est pas achevé à son arrivée, il te fera étrangler avec le morceau de toile qui t'annonce ses volontés suprêmes. » *Soliman* se servit de l'autorité absolue dont il jouissoit, pour établir l'ordre et la police dans son empire. Il le divisa en différens districts obligés de fournir un certain nombre de soldats. Le revenu d'une certaine portion de terres de chaque province, fut appliqué à l'entretien des troupes; et il régla en détail tout ce qui concernoit leur discipline, leurs armes, la nature de leurs services. Il établit un système d'administration pour les finances de l'empire; et pour que les impôts ne fussent pas excessifs, il s'astreignit à une économie sévère et attentive. *Voyez ROXELANE... MUSTAPHA*, n° V... et v. GONZAGUE.
SOLON, le second des *Sept Sages* de la Grèce, naquit à Athènes vers l'an 639 avant J. C. Après avoir acquis les connoissances nécessaires à un philosophe et à un politique, il se mit à voyager dans toute la Grèce. De retour dans sa patrie, il la trouva déchirée par la guerre civile. Les uns vouloient le gouvernement populaire, les autres l'oligarchique. Dans ce soulèvement général, *Solon* fut le citoyen sur lequel Athènes tourna les yeux. On le nomma *Archimée* et souverain législateur, du consentement de tout le monde. Les Athéniens avoient voulu plusieurs fois lui déférer la royauté; mais il l'avoit toujours refusée. Revêtu de sa nouvelle dignité, ses premiers soins furent d'appaiser les pauvres qui fomentoient le plus la division. Il défendit qu'aucun *Citoyen* fit obligé par corps, pour dettes civiles; et par une loi expresse, il remit une partie des dettes. Il cassa toutes les lois de *Dracon*, à l'exception de celle contre les meurtriers. Il procéda ensuite à une nouvelle division du peuple, qu'il partagea en *Ir Tribus*. Il mit dans les trois premières les citoyens aisés, donna à eux seuls les charges et les dignités, et accorda aux pauvres qui composoient la 4$^{e}$ tribu, le droit d'opiner avec les riches dans les assemblées du peuple: droit peu considérable d'abord, mais qui par la suite les rendit maîtres de toutes les affaires de la république. L'Aréopage reçut une nouvelle gloire sous son administration. Il en augmenta l'autorité et les privilèges, les chargea du soin d'informer de la manière dont chacun gagnait sa vie: loi sage, surtout dans une démocratie où l'on ne pouvoit espérer de ressource que de son travail. Ce législateur fit aussi des changements au sénat du Prytanée. Il fixa le nombre des juges à 400, et voulut que toutes les affaires qui devoient être portées devant l'assemblée du peuple, auquel seul en appartenoit le pouvoir souverain, fussent auparavant examinées devant ce tribunal. C'est à ce sujet qu'*Anacharsis*, attiré du fond de la Scythie par la réputation des Sages de la Grèce, disoit à *Solon*: *Je suis surpris qu'on ne laisse aux Sages que la délibération, et qu'on réserve la décision aux Foux*. Après ces différens ré- glemens, *Solon* publia ses Lois, que la postérité a toujours regardées comme le plus beau monument d'Athènes. Parmi ces Lois, une des plus nécessaires dans une petite république, étoit celle qui chargeoit l'Aréopage de veiller sur les arts et les manufactures; de demander à chaque Citoyen compte de sa conduite, et de punir ceux qui ne travailleroient point. Il ordonna que la mémoire de ceux qui seroient morts au service de l'État, fût honorée par des oraisons funèbres; que l'État prît soin de leur père et de leur mère; et que leurs enfans fussent élevés aux dépens de la république, jusqu'à l'âge de puberté, temps auquel on devoit les envoyer à la guerre, avec une armure complète. La peine d'infamie étoit décernée contre ceux qui avoient consumé leur patrimoine, qui n'avoient point voulu porter les armes pour la patrie, ou qui avoient refusé de nourrir leur père et leur mère. Il n'exemptoit de ce dernier devoir que les fils des courtisanes. *Solon* ne fit aucune loi contre les sacrilèges, ni contre les parricides, parce que, disoit-il, le premier crime a été inconnu jusqu'ici à Athènes; et la nature a tant d'horreur du second, que je ne crois pas qu'elle puisse s'y déterminer... Cicéron remarque ici la sagesse de ce législateur, dont les lois étoient alors en vigueur dans cette république. Les Athéniens s'étant obligés par serment d'observer ces lois pendant 100 ans, *Solon* obtint d'eux un congé de 10 ans. Le prétexte de son voyage étoit le désir de trafiquer sur mer; mais le véritable motif fut d'éviter les importunités de ceux qui venoient se plaindre pour obte- nbler des interprétations en leur faveur. Il alla d'abord en Egypte, ensuite à la cour de *Cræsus*, roi de Lydie, qui chercha à l'éblouir par une magnificence étudiée. *Cræsus* lui ayant un jour fait voir toutes ses richesses, lui demanda d'un air satisfait, s'il avoit jamais connu d'homme plus heureux que lui? « Oui, prince, lui répondit le Sage, c'est un simple Citoyen d'Athènes, nommé *Tellus*, qui, après avoir vu sa patrie toujours florissante, et ses enfans généralement estimés, est mort en combattant pour elle. » *Cræsus*, surpris de cette réponse, demanda à *Solon* si, après ce *Tellus*, il avoit connu un autre homme dont le bonheur fût égal au sien? *Solon* répondit qu'il pouvoit encore lui citer deux frères, nommés *Cléobis* et *Biton*, qui avoient été un parfait modèle d'amitié fraternelle, et qui avoient eu pour leur mère la piété la plus tendre. Un jour de fête, comme elle devoit aller au temple de *Junon*, dont elle étoit prêtresse, ses bœufs tardant à venir, *Cléobis* et *Biton* se mirent eux-mêmes au joug, et traînèrent le char. Cette mère, saisie de joie, pria *Junon* d'accorder à ses enfans ce qui étoit le plus avantageux aux hommes. Après le sacrifice ils allèrent se coucher; et au milieu de leur sommeil ils terminèrent leur vie par une mort douce et tranquille, et non moins célèbre que celle d'un grand capitaine. *Eh quoi*, reprit *Cræsus*, vous ne me compterez donc pas au nombre des hommes heureux? — Roi de Lydie, s'écria *Solon*, Dieu nous a donné à nous autres Grecs, un esprit ferme et simple, qui ne nous permet pas d'estimer ce qui n'est qu'éclatant, ni d'admirer. un bonheur qui peut-être n'est que passager. Celui-là seul nous paroit heureux, de qui Dieu a continué la félicité jusqu'au dernier moment de la vie : car le bonheur d'un homme qui vit encore, et qui flotte au milieu des écueils de cette vie, nous paroit aussi incertoin que la couronne pour celui qui court dans la carrière. Ne vous y trompez pas, grand Roi, on trouve dans une fortune médiocre beaucoup d'hommes heureux ; et ils ont cet avantage sur les riches, qu'ils sont moins exposés aux revers de la fortune, et peuvent moins contenter leurs désirs : impuissance qui est pour eux une faveur des Dieux... Cræsus, dont l'orgueil ne pouvoit reconnoître la vérité de ces discours, parut estimer moins Solon ; et le célèbre Esope qui étoit à la cour de Lydie, ayant pris le Sage en particulier, lui dit : Solon, il faut ou ne jamais approcher des Rois, ou bien ne leur dire que des choses agréables.—Dis plutôt, reprit SOLON, qu'il faut ou ne pas les approcher, ou leur dire des choses qui leur soient utiles... (Voyez CRÆSUS.) Solon étant revenu dans sa patrie, la trouva toute livrée à ses anciennes divisions. Pisistrate s'étoit emparé du gouvernement, et régnouit moins en chef d'un peuple libre, qu'en monarque qui vouloit avoir toute l'autorité. Après avoir reproché à ce tyran sa perfidie, et aux Athéniens leur lâcheté, il alla mourir, dit-on, chez le roi Philocypre, l'an 559 avant J. C., à l'âge de 80 ans. Pisistrate lui écrivit une lettre pour justifier sa conduite et l'engager à revenir dans sa patrie. C'est donc à tort que Plutarque avance, que ce législateur se réconcilia, sur la fin de sa vie, avec le tyran, et qu'il fut même de son conseil. Ce fait, s'il est vrai, seroit une tache dans la vie de Solon ; mais toutes ses démarches annoncent un républicain zélé et un philosophe ami de la vérité. On sait qu'il reprocha à Thespis, poète tragique, l'usage qu'il faisoit du mensonge dans ses pièces, comme étant un exemple pernicieux pour ses concitoyens. Thespis répondit, « qu'il n'y avoit rien à craindre de ces mensonges et de ces fictions poétiques, qu'on ne faisoit que par jeu. » Solon indigné, repartit, en donnant un grand coup de son bâton contre terre : Mais si nous souffrons et approuvons ce beau jeu-là, il passera bientôt dans nos contrats et dans toutes nos affaires. Les gens de bien devroient avoir continuellement dans le cœur et sur les lèvres cette maxime de Solon : Laissons en partage au reste des mortels les richesses ; mais que la vertu soit le nôtre... Solon, voyant un de ses amis plongé dans une profonde tristesse, le mena sur la citadelle d'Athènes, et l'invita à promener ses yeux sur tous les bâtiments qui s'y présentoient. Quand il l'eut fait : Figurez-vous maintenant, lui dit-il, si vous le pouvez, combien de deuils et de chagrins logèrent autrefois sous ces toits, combien il en séjourne aujourd'hui, et combien dans la suite des siècles il y en doit habiter. Cessez donc de pleurer vos disgraces, comme si elles vous étoient particulières, puisqu'elles vous sont communes avec tous les hommes... Voyez un parallèle de Solon et de Lycurgue dans l'article de ce dernier.
SOMMEIL, (Mythol.) fils de l'*Erébe* et de la *Nuit*, a son palais dans un antre écarté et inconnu, où les rayons du soleil ne pénètrent jamais. Il y a à l'entrée une infinité de pavots et d'herbes assoupissantes. Le fleuve *Léthé* coule devant ce palais, et on n'y entend point d'autre bruit que le do... murmure des eaux de ce fleuve. Le *Sommeil* repose dans une salle sur un lit de plumes, entouré de rideaux noirs. Les Songes sont couchés tout autour de lui, et *Morphée* (*Voyez* ce mot, principal ministre, veille pour prendre garde qu'on ne fasse du bruit. Voilà ce que la Fable raconte de cette divinité.
SOMMEY, (N. Fontette de) demoiselle de Paris, dont l'origine est ignorée, ne savoit elle-même à qui elle devoit la naissance. Jetée dans un couvent dès son jeune âge, une petite pension que les religieuses recevoient pour elle, finit bientôt sans qu'on sût pourquoi elle avoit cessé. Heureusement pour la jeune pensionnaire, elle étoit douée d'un esprit prématuré. Dès l'âge de 12 ans, elle devint le bel esprit du couvent. La maréchale de *Brissac*, avec qui elle avoit été élevée, la prit avec elle, lors de son mariage et lui assura une pension de 4000 liv. par son testament. Alors M$^{lle}$ de *Sommery* eut une maison, où elle vécut dans l'indépendance et dans le commerce des philosophes et des gens d'esprit. Quoiqu'elle n'eût ni beauté, ni aucun des agrémens de son sexe, elle attira chez elle la meilleure compagnie des gens du monde, qu'elle recevoit avec un ton noble, et à qui elle plaisoit encore par ses bizarreries, son extrême franchise, et son esprit mordant et caustique. Elle savoit braver les ridicules et en donner aux autres d'une manière piquante; mais sa méchanceté étoit toute en paroles et jamais en tracasseries. Son caractère singulier lui fit des amis distingués, d'autant plus qu'elle se faisoit par A a donner ses bizarreries par d'excellentes qualités ; la prudence, la discrétion, la fidélité en amitié, et le désir de servir les honnêtes gens et de secourir les malheureux. Elle mourut en 1794, dans un âge assez avancé. On a d'elle un ouvrage de morale, dont la 3e édition parut en 1784, en 2 vol. in-12, sous le titre de *Doutes sur les opinions reçues dans la société*. Les gens de lettres qui composaient sa petite cour, le comparèrent, dans le temps, aux *Caractères de la Bruyère* ; mais le public n'adopta pas ce parallèle. Cet ouvrage est certainement la production d'une femme de beaucoup d'esprit, qui connaît le monde, qui sait juger des choses et des personnes ; mais des paradoxes, des opinions hasardées, et un style quelquefois recherché, déparent un peu le mérite de ce livre. L'auteur y soutient le ton tranchant qu'elle avoit dans la société. Dès sa jeunesse, elle portoit des jugemens un peu extraordinaires de quelques-uns de nos meilleurs écrivains, quoiqu'elle en appréciât d'autres avec justesse et justice. Elle appeloit *Lafontaine* un *nâris*. *Fénélon* un *bavard*, et Mme de *Sévigné* une *caillette*, etc. etc. On a encore de Mme de *Sommery*, *Lettres de Mme la Comtesse de L'*** au Comte de R***, 1785, in-12 ; et l'*Oreille*, *conte asiatique*, 1789, 3 vol. in-12. Elle se mêloit aussi de faire des vers, mais la poésie n'étoit pas son plus grand talent.
SOMMIER, (Jean-Claude) Franc-Comtois, curé de Champs, conseiller d'état de Lorraine, archevêque de Césarée, et grand prévôt de l'église collégiale de St-Diez, publia divers ouvrages dont le succès fut médiocre. I. *L'Histoire dogmatique de la Religion*, en six vol. in-4°, dont le premier parut à Paris en 1708. Ce livre est écrit avec méthode et avec sagesse. L'auteur paroît versé dans la lecture des Philosophes anciens et modernes, des Poètes ; et il ne l'est pas moins dans celle des Pères et des Écrivains sacrés. L'érudition qu'il étale est propre à faire impression sur les esprits cultivés, mais il n'est pas si fort à la portée de ceux qui n'ont pas fait des études suivies. II. *L'Histoire du Saint-Siège*, en 7 vol. in-8°, mal reçue en France, parce qu'elle est pleine des préjugés de l'Ultramentanisme. *Benoît XIII* le récompensa de son zèle pour la cour Romaine, et le nomma archevêque titulaire de Césarée. On voit par ce livre que l'auteur avoit beaucoup lu l'histoire ecclésiastique ; mais on y voit aussi que la critique n'étoit pas son principal mérite. Il mourut en 1737, à 76 ans.
SOPHOCLE, célèbre poète Grec, surnommé l'Abeille et la Syrène Attique, naquit à Colore, bourgade de l'Attique, l'an 494 ou 95 avant J. C. Son père étoit maître d'une forge dans le voisinage d'Athènes. On dit que lorsqu'il étoit au berceau, on avoit vu des abeilles arrêtées sur ses lèvres : ce qui, joint à la douceur de ses vers, le fit surnommer l'abeille de l'Attique. Son coup d'essai dans le genre dramatique, fut un coup de maître. Les os de Thésée ayant été rapportés à Athènes, on célébra cette solennité par des jeux d'esprit. Sophocle entra en lice avec le vieux Eschyle et l'emporta sur lui. C'est ce qui a fait dire à Boileau : Sophocle enfin donnant l'essor à son génie, Accrut encor la pompe, augmenta l'hormonie; Intéressa le chœur dans toute l'action, Des vers trop raboteux polit l'expression, Lui donna chez les Grecs cette hauteur divine Où jamais n'atteignit la foiblesse latine. Il ne se distingna pas moins par ses talens pour le gouvernement. Elevé à la dignité d'Archonte, il commanda en cette qualité, l'armée de la république avec Péricles, et signala son courage en diverses occasions. Il augmentoit en même temps la gloire du théâtre Grec, et partageoit avec *Euripide* les suffrages des Athéniens. Ces deux poètes étoient contemporains et rivaux. Après avoir traité différens sujets, ils choisirent les mêmes et combattirent comme en champ-clos. Tels nous avons vu *Crébillon* et *Voltaire*, luttant l'un contre l'autre dans *Oresta*, dans *Sémiramis* et dans *Catilina*. Paris a été partagé comme Athènes. La jalousie de ces deux célèbres Tragiques devint une noble émulation. Ils se réconcilièrent, et ils étoient bien dignes d'être amis l'un de l'autre. Leurs tragédies étoient également admirées, quoique d'un goût bien différent. *Sophocle* étoit grand, élevé; *Euripide* au contraire, étoit tendre et touchant. Le premier étonnoit l'esprit, et le second gagnoit les cœurs. L'ingratitude des enfans de *Sophocle* est fameuse. Ennuyés de le voir vivre, et impatiens d'hériter de lui, ils l'accusent d'être tombé en enfance; ils le déferent aux magistrats, comme incapable de régir ses biens. Quelle défense oppose-t-il à ses enfans dénaturés? Une seule. Il montre aux juges son *Œdipe*, tragédie qu'il venoit d'achever: il fut absous à l'instant. Les historiens ne sont point d'accord sur la cause de la mort de *Sophocle*. Les uns disent qu'en récitant son *Antigone*, il rendit l'âme, ne pouvant pas reprendre haleine. D'autres tels que *Valère-Maxime*, disent qu'il mourut de joie d'avoir remporté le prix aux jeux Olympiques. Enfin, *Lucien* assure qu'en mangeant un raisin, il fut étranglé par un pepin. Quoi qu'il en soit, il mourut presque nonagénaire, l'an 406 ou 404 avant J. C. Il avoit été couronné vingt fois et avoit composé cent vingt-sept tragédies. Il ne nous en reste que sept, qui sont des chefs-d'œuvre: *Ajax*, *Electre*, *Œdipe*, *Antigone*, *Œdipe à Colonne*, les *Tachiniennes*, et *Philoctète*. Une des meilleures éditions des Tragédies de *Sophocle*, est celle que *Paul Etienne* publia à Bâle, 1558, in-8°, avec les Scholies grecques, les notes de *Henri Etienne* son père, et de *Joachim Camerarius*. Plusieurs estiment aussi celle qui parut à Cambridge en 1673, in-8°, avec la version latine, et toutes les scholies grecques à la fin; et celle d'Oxford, 1705 et 1708, 2 vol. in-8°; et de Glasgow, 1745, 2 vol. in-8°. *Dacier* a donné en françois l'*Électre* et l'*Œdipe*, avec des remarques, in-12, 1692. On a aussi l'*Œdipe* de la traduction françoise de *Boivin* le cadet, à Paris, 1729, in-12. Les critiques sont partagés sur le mérite de cette pièce. Les partisans de l'antiquité y admirent tout. *Voltaire* y trouve des contradictions, des absurdités dans le plan, et de la déclamation dans le style; mais il loue l'harmonie des vers de *Sophocle* et le pathétique de certaines scènes, et il avoue que sans le poète Grec, il ne seroit pas peut-être venu à bout de son *Œdipe*... *Voyez* le *Théâtre des Grecs* du P. *Brumoi*, qui a traduit ou analysé les pièces de *Sophocle*; et les *Tragédies de Sophocle*, traduites en françois, en un vol. in-4°, et deux vol. in-12, par M. *Dupuy*, de l'académie des Belles-Lettres: cette version est estimée des connoisseurs. M. de *Bochefort* de cette dernière société, et M. de la *Harpe* de l'académie Françoise, ont traduit en vers françois, le 1er, l'*Électre* de Sophocle ; le 2e, son Philactète ; et M. d'Arnaud, le v° acte des Trachiniennes.
SORANUS, Voy. VALERIUS-SORANUS.
SORBAIT, (Paul) né dans le Hainaut, fut professeur de médecine à Vienne pendant 24 ans, et médecin de la cour impériale. Il mourut en 1691 dans un âge avancé. On a de lui : I. Des Commentaires sur les Aphorismes d'Hippocrate, en latin, Vienne, 1680, in-4.º II. Médecine universelle, théorique et pratique, en latin, 1701, in-fol. Cet ouvrage passe généralement pour être utile et solide, quoiqu'il y ait des choses qui aujourd'hui paroîtraient au moins singulières. III. Plusieurs Dissertations insérées dans les Ephémérides des Curieux de la Nature. IV. Consilium medicum, sive Dialogus loimicus de peste Viennensi. Vienne, 1679, in-12. Cette année est remarquable par la peste qui y emporta, selon Sorbait, 76921 personnes.
SORBIÈRE, (Samuel) né à Saint-Ambroix, petite ville du diocèse d'Usez, le 7 septembre 1615, de parens Protestans, vint à Paris en 1639, et quitta l'étude de la théologie pour s'appliquer à la médecine. Il passa en Hollande l'an 1642, et s'y maria en 1646. De retour en France, il fut fait principal du collège de la ville d'Orange, en 1650, et se fit Catholique à Vaison, en 1653. Les papes Alexandre VII et Clément IX, Louis XIV, le cardinal Mazarin et le Clergé de France, lui donnèrent des marques publiques de leur estime, et lui accor- dèrent des pensions avec des bénéfices. Il étoit en commerce de lettres avec le cardinal Rospigliosi, qui fut élevé sur la chaire de Saint-Pierre, sous le nom de Clément IX. Ce pape ne lui ayant donné que des bagatelles, Sorbière dit plaisamment qu'il envoyoit des manchettes à un homme qui n'avoit point de chemises. Le caractère de son esprit étoit de répandre sur tous ceux qui le connoissoient, le sel de la satire, pour laquelle il avoit plus de goût que de vrais talens en aucun genre. On prétend qu'il hâta sa mort en prenant du laudanum, pour calmer les angoisses de l'agonie. Il mourut le 9 avril 1670, à 55 ans. C'étoit un de ces hommes qui ont plus de réputation que de mérite. Il n'étoit pas savant : il cherchoit à établir commerce de lettres avec tous ceux dont la réputation étoit étendue, pour donner de l'éclat à la sienne. Il étoit en assez grande liaison avec Hobbes et Gassendi. Hobbes écrivoit à Sorbière sur des matières de philosophie. Sorbière envoyoit ses lettres à Gassendi, et ce que Gassendi répondoit, lui servoit pour répondre aux lettres de Hobbes, qui croyoit Sorbière un grand philosophe. A la fin le jeu fut découvert, et il fallut le discontinuer. C'est lui qui appeloit les Relations des Voyageurs, les Romans des Philosophes. On a de lui : I. Une Traduction françoise de l'Utopie de Thomas Morus, 1643, in-12. II. Une autre de la Politique de Hobbes, Amsterdam, 1649, in-12. III. Des Lettres et des Discours sur diverses matières curieuses, Paris, 1660, in-4.º IV. Une Relation d'un de ses voyages en Angleterre, Paris, 1864, in-12, qui est fort peu de chose. V. Divers autres *Ecrits* en latin et en françois. Le livre intitulé *Sorberiana*, Toulouse, 1691, in-12, n'est point de lui. C'est un recueil de sentences ou bons mots qu'on suppose qu'il avoit dits dans ses conversations. Il faut très-peu compter sur les faits rapportés dans cet ouvrage, et dans ceux du même genre, dont le meilleur ne vaut pas grand'chose.
II. SOREL, ( Charles ) sieur de Sauvigni, né à Paris en 1599, étoit fils d'un procureur et neveu de Charles Bernard historiographe de France, à qui il succéda en 1635. Il continua la Généalogie de la Maison de Bourbon, que son oncle avoit fort avancée : cet ouvrage est en 2 vol. in-fol. On a encore de lui : I. Une Bibliothèque Françoise, in-12. On en estime la seconde partie, parce qu'il y donne un jugement assez exact sur plusieurs historiens : tout le reste est très-peu de chose. II. L'Histoire de la Monarchie Françoise, etc. 2 vol. in-8.º : abrégé peu exact, et plein de fables et de minuties ridicules. Il dit que « Clovis s'étant présenté au Baptême avec une perruque gauffrée et parfumée avec un soin merveilleux, S. REMI lui reprocha cette vanité. Alors le Néophyte passa ses doigts dans ses cheveux pour les mettre en désordre. » III. Un autre abrégé du Règne de Louis XIV, 2 vol. in-12, aussi négligé que le précédent. IV. Droits des Rois de France, etc. in-12. V. Nouvelles Françaises, 1623, in-8.º VI. Le Berger extravagant, 3 vol. in-8.º VII. Fran- elon, 2 vol. in-12, figures. Tous ces ouvrages sont écrits d'un style plat et lourd. L'auteur croyoit pourtant que ses livres devoient être lus avec plaisir. Il mourut en 1674.
SOUFFLOT, (Jacques-Germain) architecte, naquit en 1713, à Iranci près d'Auxerre, du lieutenant-général de cette petite ville. Son goût pour les arts et sur-tout pour l'architecture, se manifesta de bonne heure. Dès sa plus tendre jeunesse, il suivoit avec plaisir les anciens ouvriers de bâtiments, regardoit avec attention travailler les maçons et les charpentiers, s'entretenoit souvent avec les architectes et les appareilleurs, les questionnoit, et leur empruntoit des dessins qu'il copioit. Bientôt son goût pour cet art devint une passion si forte, que contrarié par son père qui eût mieux aimé lui voir prendre le parti du commerce, il se décida à quitter la maison paternelle d'où il emporta un sac de 1000 livres. Il dirigea dès-lors ses pas vers l'Italie. Sentant bien que sa modique somme ne suffiroit pas pour faire ce voyage, il s'arrêta à Lyon. Son intention étoit d'y passer quelque temps, et d'y travailler avec les architectes de cette ville, pour augmenter à-la-fois ses connaissances et ses fonds. Après avoir ajouté aux unes et aux autres, il partit pour Rome, et y fréquenta tous les grands artistes, ceux sur-tout que le roi de France y envoie annuellement dans l'académie qu'il y a établie. Il parcourut ensuite toute l'Italie, s'arrêta dans tous les endroits où se trouvent des monumens intéressants, qu'il leva et dessina scrupuleusement. Muni de ces modèles, il repassa en France, et s'établit à Lyon, où il s'étoit fait aimer pendant son premier séjour. A peine y fut-il arrivé, qu'il fut successivement chargé, par les magistrats de cette ville, de la construction de la *Bourse* et de l'*Hôpital*: ce fut ce dernier bâtiment qui commença la grande réputation dont il a joui depuis. Son nom étoit parvenu à la marquise de *Pompadour*. Quand cette dame eut obtenu du roi, pour le marquis de *Marigny* son frère, l'adjonction à la place de directeur et ordonnateur général des bâtiments, jardins, arts et manufactures royales, elle engagea *Soufflot* et *Cochin* à le suivre en Italie. Au retour de ce voyage, le célèbre architecte quitta Lyon et s'établit à Paris, où il devint successivement contrôleur des bâtiments de Marly, des Tuileries, membre des académies d'architecture et de peinture, chevalier de l'Ordre de Saint-Michel, enfin intendant des bâtiments du roi. En 1757, *Louis XV* le choisit pour le plan et l'exécution de l'église de Sainte-Geneviève de Paris, dont il n'a pu perfectionner que le portail, ainsi que la nef, les bas-côtés et les tours. Le reste n'a été élevé sous sa conduite que jusqu'au niveau de la naissance des voûtes, et de l'ordre qui doit porter le dôme. Il éprouva, relativement à ce dôme, des contradictions et des critiques amères, dictées par l'envie. Quoique la possibilité de son exécution fut prouvée et démontrée par les calculs les plus scrupuleux, il fut sensible à l'excès aux déclamations de ses ennemis, parmi lesquels il s'en trouvoit un qui lui devoit de la reconnaissance. C'est à ces espèces de contradictions et de tracasseries, qu'on doit attribuer le dépérissement de sa santé. *Soufflot* mourut, après deux ans de langueur, le 29 août 1780, à 67 ans. Il emporta les regrets de ses parens et de ses amis, qui lui pardonnoient un caractère vif et brusque, en faveur de son excellent cœur, et qui l'appeloient le *Bourru bienfaisant*. Outre la *Bourse* de Lyon, l'*Hôpital* de la même ville, et le superbe édifice de Sainte-Geneviève, il a élevé d'autres monumens publics, entre autres la belle Salle des spectacles de Lyon. Il a été enterré dans le chœur de l'église de Sainte-Geneviève. On lui a consacré ces vers : *Pour maître dans son art il n'eut que la nature ;* *Il aima qu'aux talens on joignit la droiture :* *Plus d'un rival jaloux, qui fut son ennemi.* *S'il eût connu son cœur, eût été son ami.*
IL SOUVRÉ, (Jacques de) fils du précédent, fut chevalier de Malthe dès l'âge de 5 ans. Après s'être distingué au siège de Casal, il commanda les galères de France pour le siège de Porto-Longone, où il acquit beaucoup de gloire. Chargé, par son Ordre, d'ambassades ordinaires et extraordinaires auprès de *Louis XIV*, il s'en acquitta avec succès. Il parvint enfin au grand-prieuré de France, l'an 1667, et après avoir soutenu ce caractère avec beaucoup d'éclat, il mourut le 22 mai 1670, dans sa 70$^{e}$ année. C'est lui qui a fait bâtir le superbe hôtel du Temple, pour être la demeure ordinaire des grands-prieurs de France. Il fit commencer ce bel édifice dès le vivant de son prédécesseur, le grand-prieur de *Boissy*.
SOZOMÈNE, (Hermias) surnommé le *Scholastique*, étoit originaire de Palestine. Il avoit embrassé le Christianisme, touché par les miracles de *S. Hilarion*. Il passa de Palestine à Constantinople, où il cultiva les belles-lettres, et fit les fonctions d'avocat. Il avoit du goût pour l'histoire ecclésiastique, et son premier coup d'essai fut un *Abrégé* de ce qui s'étoit passé depuis l'Ascension du Sauveur, jusqu'à la défaite de *Licinius*. Cet Abrégé est perdu. Il commença une *Histoire* plus considérable, vers l'an 443. Elle est divisée en neuf livres, et renferme les événements arrivés depuis l'an 324 jusqu'à l'an 439. Il déclare, au commencement du premier livre, « qu'il écrit ce qui s'est passé de son temps, sur ce qu'il a vu lui-même, ou sur ce qu'il a appris des personnes les mieux instruites et qui avoient été témoins oculaires. » L'Histoire de *Sozoméne* contient des choses très - remarquables, dont la plupart se trouvent aussi dans *Socrate*, qu'il semble n'avoir que copié. Elle est néanmoins plus étendue et mieux écrite, quoiqu'elle ne soit pas sans défaut, même pour le style; mais il est fort au-dessus de *Socrate* pour le jugement. On croit qu'il mourut vers 450. La plus belle édition de l'*Histoire de Sozoméne*, est celle qu'on voit dans le recueil des *Historiens Latins*, donné par *Robert Etienne* en 1544. On la trouve aussi dans le recueil de *Valois*. Le président *Cousin* l'a traduite en françois.
SPALLANZANI, ( Lazare ) né en 1729 à Scandiano en Italie, près de Reggio, étudia à Bologne sous le célèbre Laure Bassi, se retira ensuite dans la retraite pour rendre ses connoissances plus profondes, et sut pendant quelque temps se priver de la gloire pour mieux la mériter. Il débuta dans le monde littéraire par un opuscule où il a pour but de rectifier les erreurs échappées à Salvini, dans sa traduction des Œuvres d'Homère, poète qu'il avoit étudié dans sa langue naturelle, avec autant de discernement que de goût. Il adressa ses observations au comte Algarotti, l'ami de Voltaire, dont le savoir étoit aussi étendu que la renommée. Nommé professeur à Pavie, Spallanzani abandonna la litté- rature pour l'étude de la physique; et c'est là, qu'armé du flambeau de l'expérience, il découvrit des propriétés nouvelles, et divers phénomènes qui attirèrent à ses leçons un nombre considérable de disciples et d'admirateurs. La physique animale obtint surtout sa prédilection, et ses observations y furent aussi neuves qu'intéressantes. Ses travaux microscopiques, ceux sur la circulation du sang, la digestion, la génération, la respiration, lui ont acquis des droits immortels à la reconnoissance des physiologistes et de tous les savans. En 1779, Spallanzani se mit à voyager, et parcourut les cantons de la Suisse. En 1785, il partit pour Constantinople, où il accompagna le chevalier de Zulian son ami, et visita les îles de Corfou et de Cythère; il en décrivit la géologie, les volcans éteints, les coquillages, et une montagne immense presque entièrement formée d'ossemens humains pétrifiés. Après avoir parcouru les ruines de Troye, et plusieurs contrées d'Allemagne, il se rendit à Vienne où il fut accueilli par l'empereur Joseph II, il revint à Pavie, et y entra au bruit des acclamations d'une foule d'élèves qui étoient allés à sa rencontre, et qui le conduisirent en triomphe dans sa demeure. Le Muséum de Pavie étoit dépourvu d'objets relatifs à la minéralogie des volcans. Pour lui en procurer, Spallanzani fit en 1788 un voyage à Naples, dans les deux Siciles, et dans plusieurs parties des Apennins. Il rédigea les observations recueillies dans ce voyage, et en fit l'un de ses principaux titres à la gloire. Tormenté depuis long-temps d'une ischurie vési- cale, il fut frappé de diverses attaques d'apoplexie, et succomba à la dernière, survenue le 12 février 1799. Après avoir rempli tous ses devoirs de religion, il s'endormit dans son sein, plein de confiance dans les espérances qu'elle donne. Les écrits de Spallanzani sont : I. Lettres sur l'origine des Fontaines. Elles sont au nombre de deux, et adressées au fils du savant Vallisnieri. Descartes avoit prétendu que les eaux de la mer, filtrant par d'innombrables canaux dans le flanc des montagnes, y subissoient une sorte de distillation par l'action d'un feu souterrain, se purgeaient de leur amertume, et formoient ensuite les sources d'eau douce. Spallanzani démontra que celles ci devoient leur origine aux pluies, aux rosées, aux brouillards qui tombent sur les monts, s'insinuent dans leur intérieur, et suivent la direction de leurs excavations particulières. II. Dissertation dédiée à Laure Bassi, sur les Ricochets. Le professeur de l'avie cherche à y expliquer la cause de ces bonds successifs que subit une pierre lorsqu'on la lance obliquement sur la surface de l'eau. Il ne les attribue ni à la réaction, ni à l'électricité du fluide frappé, mais au changement de direction du mobile; et à cet égard, il n'a pas convaincu les physiciens. III. Expériences sur les reproductions animales, 1782. C'est un spectacle bien extraordinaire que celui d'un membre coupé à un animal à sang froid, et qui en fait un autre animal absolument conforme à celui qui a éprouvé la scission. Réaumur avoit prouvé la reproduction des jambes dans les écrevisses; Trembley, que les parties séparées du polype, devenoient autant de polypes; Bonnet, que les vers terrestres et aquatiques se reproduisoient dans leurs sections: Spallanzani confirma leurs essais, et démontra que plus l'existence de ces êtres fragiles est environnée de dangers, plus la nature s'est montrée juste à leur égard, en leur donnant le moyen de réparer les pertes qu'ils peuvent subir; aussi, les animaux doués de cette prérogative, ne reproduisent ils exactement que les parties qu'un accident peut leur enlever. Les expériences prouvent que ceux dont la contexture est plus molle, se reproduisent en un temps moins long; que par cette raison, il ne faut que peu d'heures pour opérer la régénération des polypes divisés, et quelques jours pour celle des vers, tandis qu'il faut des mois aux limaçons, et des années aux salamandres aquatiques et aux écrevisses pour se reproduire; que le printemps est la saison la plus favorable pour cette réorganisation animale, et que pour l'obtenir, il faut au moins une température de treize degrés au thermomètre de Réaumur; enfin, que les limaçons, les lombrics et les tétards pouvoient représenter plusieurs fois les mêmes organes. IV. Essai sur les Animalcules infusoires. Cette multitude d'êtres répandue dans les liquides, est un monde mystérieux où Spallanzani aborda, et qu'il décrivit avec plus de soin que tout autre. Après avoir établi contre Buffon et Needham, que leurs habitans sont des animaux complets et non de simples molécules organiques, privées de vie, quoique douées de mouvement et propres à constituer des corps, il prouve, à l'aide d'excellens microscopes, que les animalcules infusoires ont tous les rapports des autres êtres vivans et connus; que si on ne découvre en eux ni l'organe du cœur, ni les vaisseaux rouges, une multitude de vésicules rondes leur en tient lieu; qu'on apperçoit l'organe de leur respiration; que leurs mouvemens sont réguliers et ont des motifs, qu'ils les changent à leur gré; qu'ils savent se détourner des obstacles qui les arrêtent, s'atteindre et souvent se combattre; que certaines races sont ovipares, d'autres vivipares; qu'on les surprend dans leur ponte et leur accouchement; que plusieurs savent se reproduire à la manière des polypes, par des divisions transversales; que les uns cèdent, tandis que d'autres résistent à l'action de l'eau bouillante; que leurs œufs peuvent supporter une chaleur beaucoup plus vive, ou un froid plus rigoureux qu'eux-mêmes, ainsi que les graines des plantes sont plus inattaquables que la plante même, par une prévoyance de la nature, plus attentive à la conservation des espèces qu'à celle des individus; que les émanations sulfureuses les font périr, ainsi que leur immersion dans des liqueurs huieuses, salées ou acides. V. *Expériences microscopiques*. Elles ont pour objet l'histoire du *Rotifere*, animalcule concentré dans le sable, qui s'y dessèche, auquel un peu d'humidité rend la vie, et qui a le privilège de ressusciter plusieurs fois; celle de l'*Anguille* du blé rachitique; du *Tardigrade*, autre animalcule observé pour la première fois par *Spallanzani*. « Je suis en peine, lui écrivoit *Voltaire*, de toute ame et de la mienne; mais il y a long-temps que je suis persuadé de la puissance immense et inconnue de l'Auteur de la Nature. J'ai toujours cru qu'il pouvoit donner la faculté d'avoir du sentiment, des idées, de la mémoire, à tel être qu'il daignera choisir; qu'il peut oter ces facultés et les faire renaître, et que nous avons pris souvent pour une substance, ce qui est un effet, une faculté de cette substance. L'attraction, la gravitation, est une qualité, une faculté. Il y a dans le genre animal et dans le végétal, mille ressorts pareils dont l'énergie est sensible, et dont la cause sera ignorée à jamais. Si les *Rotiferes* et les *Tardigrades* morts et pourris, reviennent en vie, reprennent leur mouvement, leurs sensations, engendrent, mangent et digèrent, on ne saura pas plus comment la nature leur a rendu tout cela, qu'on ne saura comment la nature le leur avoit donné; et l'un n'est pas plus incompréhensible que l'autre. J'avoue que je serois curieux de savoir pourquoi le grand Être, l'Auteur du tout, qui nous fait vivre et mourir, n'accorde la faculté de ressusciter qu'aux *Rotiferes* et aux *Tardigrades*; les baleines doivent être bien jalouses de ces petits poissons d'eau douce. Si quelqu'un a droit, Monsieur, d'expliquer ce mystère, c'est vous. Il est bon aussi de savoir si ces petits animaux, qui ressuscitent plusieurs fois, ne meurent pas enfin tout de bon, et sur combien de résurrections ils peuvent compter. C'est apparemment d'eux que les Grecs apprirent autrefois la résurrection d'*Athalide*, de l'*Cops*, d'*Hippolyte*, d'*Alceste*, de *Pirithoüs*; c'est dom- mage que le secret en soit perdu. » VI. Mémoire sur les Moisissures. Les moisissures, symptômes ordinaires de la corruption de nos fruits ou de la décomposition de diverses substances mouillées, ont été reconnues pour des plantes. Micheli avoit regardé comme fécondante la petite poussière noire qu'elles fournissent à leur sommité lorsqu'elles sont mûres; Spallanzani a confirmé ce sentiment par plusieurs expériences. Dans l'une d'elles, il prit deux morceaux de pain mouillés, du même poids, de la même épaisseur; l'un fut constamment semé avec de la poussière des moisissures; l'autre ne fut point semé. La poussière fit constamment naître non seulement avec plus de célérité les moisissures, mais les rendit plus toujours. La force germinatrice de ces petites semences résiste à l'action de l'eau bouillante, à celle même du feu. VII. Mémoire sur la circulation du sang. Ce travail important occupa plusieurs années de la vie de l'auteur. Il y perfectionna les recherches de Malpighi et de Haller, et rassembla un grand nombre de faits sur le mouvement du sang dans ses rapports avec le calibre, les angles et les sinuosités des vaisseaux; sur les fonctions du cœur, qu'il prouve se raccourcir dans la systole et s'alonger dans la diastole; sur les organes vasculaires, l'abouchement des artères avec les veines, la gravité du fluide sanguin, la figure et la couleur de ses globules, leur élasticité; sur le gaz renfermé dans les veines et les artères, dont Michel Boza et le célèbre Moscati ont dernièrement déterminé les propriétés; sur les vicissitudes enfin de la circulation, suivant que la vitalité des organes diminue et tend à s'anéantir. Haller regardoit ce travail comme tellement utile aux progrès de la physiologie, qu'il voua à son auteur la plus grande estime, et lui dédia le quatrième volume de son immortel ouvrage sur le même objet. VIII. La digestion et la manière dont elle s'opère, devint l'objet de plusieurs Écrits de Spallanzani. Jusqu'à lui elle avoit été diversement expliquée: les uns l'attribuoient à la putréfaction; d'autres, avec plus de fondement, à la pression successive et énergique des muscles de l'estomac qui trituroient les alimens. Le professeur de Pavie unit à leur action celle du sue gastrique répandu dans ce viscère, qui dissout les corps les plus compacts et les plus durs. Ses expériences sur les oies, les poules d'Inde, les corneilles, les hérons, les grenouilles, les serpens, les poissons, les chouettes, les chiens et les chats, confirment son opinion. Après avoir extrait du sue gastrique de leur estomac, il parvint à opérer des digestions artificielles en s'aidant de la chaleur solaire. « Jusqu'alors, a-t-on dit, il n'avoit été que le confident de la nature, il en devint le rival... Il tourmenta lui-même ses propres organes, et se dévoua courageusement à une multitude d'essais qui auroient pu porter des atteintes irrémédiables à sa santé. Il osa introduire dans son estomac divers alimens enveloppés dans des sacs de toile; il avala de petits tubes de bois remplis de substances qui furent entièrement digérées sans le secours d'aucune trituration. » IX. Les travaux de Spallanzani sur la génération ne furent pas moins étonnans. Il surprit le phénomène le plus mysté rieux de la nature. Après avoir présenté l'histoire de la propagation des crapauds et des salamandres, de leurs amours et des époques de leur union, il osa entreprendre de féconder des animaux par le moyen de l'art, et il y réussit. Il toucha avec la liqueur exprimée des vésicules séminales du mâle, les deux cordons sortis du corps de la grenouille, et qui étoient couverts d'œufs ou fœtus de tétards non développés, et il leur communiqua la vie. Il injecta dans l'appareil génital d'une chienne, la semence du mâle, et il la fit concevoir et produire. Cette expérience pourroit paroître une illusion du savoir, si elle n'avoit été répétée avec succès par d'autres physiciens, tels que *Rossi* de Pise, et *Bufaliani* de Césène. X. *Dissertation* sur l'influence de l'air clos et non renouvelé, sur la vie des animaux et des végétaux, sur le développement de leurs œufs et de leurs graines. XI. *Voyages* dans les deux Siciles et dans plusieurs parties de l'Apennin, Pavie, 1792, 6 vol. Ce savant ouvrage a été traduit par MM. *Sènebier* de Genève, et *Toscan* naturaliste de Paris. On y trouve d'importantes observations sur le Vésuve et l'Etna, la grotte du Chien, le lac d'*Agnano*, les grenouilles de *Monte - Nuovo* qui forment une espèce particulière, la situation et la structure des îles Eoliennes, dont celle d'Alicuda n'avoit pas encore été décrite. On y trouve encore une histoire complète des mœurs, de la vie et de l'instinct des hirondelles, des martinets, des petits ducs ou hiboux, des chevêches, des anguilles de la côte de Comachio, des méduses, des chiens de mer et des espadons.
XII. *Examen chimique* des expériences de *Goettling*, sur la lumière du phosphore de *Kunkel*, Modène, 1796. *Goettling*, savant professeur d'Iène, avoit établi une nouvelle doctrine sur cette partie; elle fut renversée par les expériences faites en France par MM. *Fourcroy* et *Vauquelin*, et en Italie par *Spallanzani*. XIII. *Observations* sur la transpiration des plantes. Il y confirma les expériences de *Sènebier* et d'*Ingenhousz*, et en accrut le nombre. XIV. La *Correspondance* de *Spallanzani* avec les hommes les plus célèbres, tels que *Saussure*, *Sènebier*, *Bonnet*, *Giosbert*, *Prilli*, *Lucchesini*, offre une foule de recherches intéressantes sur la physiologie et l'histoire naturelle. Elles ont pour objet l'examen des ailes membraneuses des chauve-souris, auxquelles il attribue le sens du toucher le plus exquis; la phosphorescence des plumes marines; des détails curieux sur les aicyons, les millepores et madrépores, les gorgones, les éponges de mer, les oursins, les orties, les crabes, et sur-tout sur celui appelé *Bernard l'hermite*, parce qu'il adopte successivement les coquilles qu'il trouve vides, pour y vivre en solitaire. Ses observations sur les torpilles, les mitiles lithophages, les animalcules des eaux salées, l'aiguillon de la raie dont les piqûres passaient à tort pour venimeuses, une fontaine d'eau douce jaillissant au-dessus de l'eau de la mer près de Spezzia, la composition et les mélanges des marbres de Carrare, la formation des orages et des brouillards dans les Apennins, sont pleines de vues neuves et de sagacité. XV. Le dernier ouvrage auquel *Spallan-* zani travaillait lorsque la mort le vint ravir aux sciences, avoit pour objet la respiration comparée dans les diverses classes d'animaux; il est encore resté manuscrit. En général, le style de ce physicien célèbre est pur et élevé; il sait embellir les sujets sérieux et rendre attachans des détails arides. Il professoit avec éloquence, et se livroit quelquefois à un abandon aimable, qui dévoilait toutes les richesses de son imagination et de son génie. « Sa stature, dit M. Alibert, auteur d'un savant et éloquent Eloge de ce physicien, étoit haute, noble et fière, sa tête volumineuse, sa physionomie pensive; ses sourcils étoient noirs et épais, ses épaules élevées; son corps avoit de l'embonpoint; ses muscles étoient forts et prononcés; son tempérament fut mélancolique. Il ne mettoit entre ses occupations aucun intervalle de repos... Il étoit ardent à poursuivre la vérité, patient à l'attendre. Il ne sut pas toujours se garantir des dangers de la prévention, qui, comme un nuage épais, se place souvent entre les objets et celui qui les contemple; aussi commit-il quelques erreurs: mais, ainsi que le dit Fontenelle, il n'est pas étonnant que l'on fasse quelques faux pas dans des routes inconnues et que l'on se trace soi-même. La conversation de Spallanzani n'étoit pas seulement instructive, elle étoit agréable et brillante. Sa vie étoit sobre et frugale; il se plaisoit dans la solitude, parce que c'est là seulement qu'on est en société avec soi-même. Il eut une probité rare; il prit l'intérêt le plus tendre aux infortunes d'autrui, et prodigua les bienfaits sans se plaindre de l'ingratitude. » Cet Eloge de Spal- lanzani se trouve en tête du troisième volume des Mémoires de la Société médicale de Paris. I. SPANHEIM, (Frédéric) né à Amberg dans le haut-Palatinat, parcourut une partie de l'Allemagne et de la France, et s'arrêta à Genève. Il y disputa, en 1626, une chaire de philosophie, et l'emporta. Son mérite lui obtint, en 1631, une chaire de théologie que Benoit Turretin laissoit vacante. Il remplit cet emploi avec une approbation si universelle, qu'il fut appelé à Leyde en 1642, pour y remplir la même place. Il y soutint et augmenta même sa réputation; mais ses grands travaux lui causèrent une maladie, qui l'enleva à la république des lettres, en mai 1649, à 49 ans. Spanheim étoit un homme laborieux, propre aux affaires, ardent, facile à s'irriter, et dont la maxime étoit, qu'il falloit se battre contre ses frères, même dans les moindres choses qui intéresseient la religion. Ses principaux ouvrages sont: I. Commentaires historiques de la vie et de la mort de Messire Christophe, Vicomte de Dhona, in-4.º II. Dubia Evangelica, en 7 parties, 1700, 2 tomes in-4.º III. Exercitationes de Gratia universalis, en 3 vol. in-8.º IV. La Vie de l'Electrice Palatine, in-4.º V. Le Soldat Suédois, in-8.º VI. Le Mercure Suisse, etc. Spanheim laissa sept enfans, dont les deux aînés marchèrent sur ses traces.
SPANNOCHI, (N...) gentil-homme de Sienne dans le dernier siècle, se distingue par le talent d'écrire en caractères très-déliés. On a vu de lui l'Évangile de S. Jean, qu'on dit à la fin de la Messe, écrit sans aucune abréviation sur du vélin, dans un espace de la grandeur de l'ongle du petit doigt, d'un caractère néanmoins si bien formé, qu'il égaloit celui des meilleurs Écrivains. On ne rapporte ce fait que d'après quelques journaux, qui exagèrent vraisemblablement. Les anciens ont dit avoir vu une copie de l'Iliade d'Homère, renfermée dans une coquille de noix. Voy. FABA.
SPARTIEN, (*Alius Spartianus*) historien Latin, avoit composé la *Vie de tous les Empereurs Romains*, depuis *Jules-César* jusqu'à l'empereur *Dioclétien* exclusivement, sous lequel il vivoit; mais il ne nous en reste (dans l'*Historiae Augustæ Scriptores*, Leyde, 1670 et 1671, 2 vol. in-8°) que les *Vies d'Adrien*, d'*Alius-Verus César*, fils adoptif d'*Adrien*; de *Didier-Julien*, de *Septime-Sévère*, de *Caracalla* et de *Geta* son frère: le reste a été perdu. C'est un des plus mauvais historiens.
SPELMAN, (*Henri*) chevalier Anglois, mort en 1641, à 80 ans, se rendit habile dans l'Histoire d'Angleterre. Il s'attacha aussi à débrouiller le chaos des mots de la basse latinité. On a de lui: I. *Glos-* scrium Archæologicum, Londres, 1584 et 1687, in-fol. La dernière édition est la meilleure. Il y explique les termes barbares et étrangers, les vieux mots remis en usage, et les nouveaux inventés depuis la décadence de l'empire romain. II. Villare Anglicum, in-8.º : c'est une description alphabétique des villes, bourgs, et villages d'Angleterre. III. Une Collection des Conciles d'Angleterre. David Wilkins donna en 1737 une édition de cet ouvrage, plus ample que la première, qui n'étoit qu'en 2 vol. in-fol., 1639 et 1664. Celle que nous citons, et qui est la meilleure, est en 4 vol. in-folio. IV. Reliquiæ Spelmanicæ, in fol., en anglois. C'est un recueil de Traités nécessaires pour étudier l'Histoire d'Angleterre. V. Vita Alfredi Magni, Oxonii, 1678, in-fol. VI. Codex Legum veterumque Statutorum Angliæ, que Wilkins a inséré dans ses Leges Anglo-Saxonicæ, Londres, 1721, in-fol.
SPENCE, (Joseph) maître-és-arts du collège neuf d'Oxford, se noya dans le canal d'un jardin, où il se baignoit : le 26 août 1768. On a de lui, I. Essai sur l'Odyssée d'Homère de Pope, 2 parties in-12, qui lui méritèrent la place de professeur de poésie, en 1728, dans le collège où il étoit maître-és-arts. II. Polymetis, ou Recherches sur les beautés des poètes latins, 3e édition, 1774, in-fol. III. Creton, ou Dialogue sur la beauté, 1752, in-8.º IV. Remarques sur Virgile, 1767, in-4.º Tous ces ouvrages respirent le goût : mais il y a quelquefois trop de subtilité, et trop d'envie de trouver admirable ce qui n'est que beau. I. SPENCER, (Hugues) fils de Hugues Spencer, comte de Winchester, devint en 1320, par le crédit de son père, le favori d'Edouard II, roi d'Angleterre. Ce jeune seigneur aussi distingué par sa naissance que par sa figure, régna souverainement sur le cœur de ce prince foible; mais, naturellement fier et hautain, il excita la haine des grands qu'il affectoit de braver. Son avidité égaloit son insolence, et cette avidité le perdit. Il se fit donner une baronie, qu'il prétendit revenir de droit à la couronne. Une matière de procès fut l'occasion d'un soulèvement. Le comte de Lancastre, premier prince du sang, et plusieurs autres seigneurs, vinrent, les armes à la main, demander au roi l'exil de son favori, et même de son père, homme sage et digne de la confiance du monarque. Sur le refus d'Edouard, ils entrèrent dans Londres, présentèrent au parlement une accusation contre les Spencer, et sans aucunes preuves légales, firent prononcer la sentence de bannissement du père et du fils, et confisquer leurs biens. Edouard se vit bientôt forcé de confirmer cette sentence. Spencer son favori, ne fut pas long-temps loin de la cour, il revint auprès du roi, et l'engagea à prendre les armes contre les barons qui l'avoient proscrit. Vingt-deux des plus puissans, dont le comte de Lancastre étoit le premier, eurent la tête tranchée. Cette exécution attira sur le prince et sur le favori une haine universelle. (On peut voir quelles en furent les suites, à l'article d'Edouard II.) Spencer finit sa vie par le dernier supplice, à Hereford, le en novembre 1326. Après lui avoir coupé les parties naturelles, on lui arracha le cœur, qui fut jeté au feu; puis on lui trancha la tête qui fut portée à Londres, et l'on mit son corps en quatre quartiers pour être exposés aux quatre coins de l'Angleterre.
II. SPENCER, (Edmond) poète Anglois, natif de Londres, mort en 1598. La reine Elisabeth en faisoit un cas singulier; elle lui promit cent livres sterlings pour une pièce de vers que ce poète lui présenta. Le trésorier de cette princesse lui fit observer que la somme étoit trop forte, et qu'il lui donneroit ce qu'il croiroit être de raison; et il ne lui donna rien. Spencer présenta une requête en quatre vers à Elisabeth, dans laquelle il disoit: On m'avoit annoncé qu'on me donneroit ce que de raison pour mes rimes; mais je n'ai reçu jusqu'à présent ni rime, ni raison. La reine gronda son trésorier, et fit compter la somme promise. Il n'en devint pas plus riche: il vécut malheureux, et mourut de faim, dans la rigueur du terme. Le comte d'Essex lui ayant envoyé 20 livres sterlings au moment qu'il alloit expirer: Remportez cet argent, dit SPENCER, je n'aurois pas le temps de le dépenser. On lui fit cette Epitaphe: Anglice, te vive, visit placestique Poesis; Nunc moritura timet, te moriente, mori. Parmi les ouvrages de Spencer, le plus estimé est sa Fairs Queen, c'est-à-dire la Reine des Fives, en douze chants. Sa versification est douce, sa poésie harmonieuse, son élocution aisée, son imagination brillante. La description du désespoir est remarquable au premier chant. Cependant son ouvrage ennuie tous les lecteurs qui n'aiment pas les allégories trop longues, les descriptions verbeuses, les stances multipliées. Il déplaît encore aux gens sages, par ses tableaux des extravagances de la chevalerie, par ses affétories et ses concetti. Cazin a donné une édition des œuvres de Spencer, en 8 vol. in-12.
IV. SPENCER, (Guillaume) de Cambridge, membre du collège de la Trinité, dont on a une bonne édition grecque et latine du Traité d'Origène contre Celse, et de la Philocalie, avec des notes où il prodigue l'érudition. Cet ouvrage parut à Cambridge, in-4°, en 1658. I. SPENCER ou SPEINER, (Philippe-Jacques) pasteur Luthérien de Franckfort sur le Mein, fut auteur, vers l'an 1680, de la secte des PIÉTISTES. Elle prétendoit que le Luthéranisme avoit besoin d'une nouvelle réforme, et se croyoit illuminée. Elle renouvela aussi les erreurs des Millénaires. Les Allemands et les Suisses s'occupèrent beaucoup de ce nouveau genre de fanatisme, qui s'enracina dans les tempéramens bilieux et mélancoliques. Les Piétistes en général, dit M. l'abbé *Plaquet*, toléroient dans leurs assemblées tous les différens partis, pourvu qu'on eût de la charité, et que l'on fût bienfaisant. Ils estimoient beaucoup plus les fruits de la foi, (selon la doctrine de Luther) tels que la justice, la tempérance, la bienfaisance, que la foi même. — Les points fondamentaux du Piétisme étoient : 1.º « Que la parole de Dieu ne sauroit être bien entendue sans l'illumination du Saint-Esprit, et que le Saint-Esprit n'habitant pas dans l'âme d'un méchant homme, il s'ensuit qu'aucun méchant ou impie n'est capable d'apercevoir la lumière divine, quand même il posséderoit toutes les langues et toutes les sciences. 2.º Qu'on ne sauroit regarder comme indifférentes, certaines choses que le monde regarde sur ce pied; telles sont la danse, les jeux de cartes, les conversations badines, etc. » *Spener*, qui avoit le premier formé cette secte, avoit de la piété et de l'éloquence. Il mourut en 1705, à 70 ans, à Berlin où l'électeur de Brandebourg l'avoit appelé pour lui donner les charges d'inspecteur et de conseiller consistorial, qu'il remplit avec zèle. Il étoit né à Reppoltzweiler en Alsace, l'an 1655.
II. SPINA, (Alphonse) religieux Espagnol de l'Ordre de St-François, inquisiteur à Toulouse vers l'an 1459, avoit été juif, à ce qu'on dit. Il est auteur du livre intitulé : *Fortalition Fidei*; ouvrage très-médiocre, imprimé plusieurs fois, tant in-fol. que in-4.$^{o}$ Il y en a une édition de Nuremberg en 1494, in-4.$^{o}$
III. SPINOLA, (Thomassine) Dame Génoise d'une beauté peu commune, conçut l'amour le plus violent pour *Louis XII*, à son passage pour Gênes, l'an 1502. Ce prince n'étoit pas bel homme; mais il étoit aimable, et d'un caractère doux et sensible. *Thomassine* touchée de l'amour le plus tendre, alla se jeter aux genoux de son vainqueur, qui, surpris d'une conquête qu'il n'avoit pas tentée, se prêta par pitié aux sentimens délicats et touchans qu'il avoit inspirés à cette belle femme. C'étoit tout ce qu'elle demandait. Le roi quitte Gênes, sans qu'elle ose le suivre; mais elle continue de l'aimer. *Louis* étant tombé malade, passe pendant quelques jours pour mort : et la trop sensible *Spinola* mourut en 1505, en apprenant cette funeste nouvelle. I. SPINOLA, (Benoît) né à Amsterdam le 24 novembre 1632, étoit fils d'un juif Portugais, marchand de profession. Il fut d'abord nommé *Baruch*; mais quand il eut abandonné le judaïsme, il se fit appeler *Benoît*. Après avoir étudié la langue latine sous un médecin, il employa quelques années à l'étude de la théologie, et il se consacra ensuite tout entier à celle de la philosophie. Plus il acquéroit de connoissances, et plus son esprit hardi et téméraire formoit sur la religion juive des doutes que ses Rabbins ne pouvoient résoudre. Sa conduite trop libre à leur égard le brouilla bientôt avec eux, malgré l'estime qu'ils faisoient de son érudition. Enfin, un coup de couteau qu'il reçut d'un juif, en sortant de la Synagogue, l'engagea de se séparer tout-à-fait de la communion judaïque. « Ce changement (dit *Nicéron*) fut la cause de son ex-communication, qu'on ne prononça cependant contre lui, qu'après qu'il eut paru devant les anciens de la Synagogue. Il avoit été accusé de mépriser la loi de *Moïse*; mais il s'en défendit toujours, et le nia constamment, jusqu'à ce qu'on produisit contre lui des témoins, avec lesquels il s'étoit expliqué sur ses vrais sentimens, et qui déposèrent qu'ils l'avoient ouï se moquer des juifs, comme de gens superstitieux, nés et élevés dans l'ignorance, qui ne savent ce que c'est que DIEU, et qui néanmoins ont l'audace de se dire son peuple, au mépris des autres nations; que pour la Loi, elle avoit été instituée par un homme plus adroit qu'eux, à la vérité, en matière de politique, mais qui n'étoit guère plus éclairé dans la physique, ni même dans la théologie; qu'avec une oncle de bon sens on en pouvoit découvrir l'imposture, et qu'il falloit être aussi stupide que les Hébreux du temps de Moïse, pour s'en rapporter à lui. Ces paroles impies excitèrent l'indignation de la Synagogue, qui, après lui avoir donné un délai suivant la coutume, prononça contre lui la sentence d'excommunication, et le retrancha de son corps. Spinosa composa alors en espagnol son Apologie: mais cet écrit n'a pas été imprimé; il en a seulement inséré plusieurs choses dans son Tractatus Theologico-Politicus. Il embrassa alors la religion dominante du pays où il vivoit, et fréquenta les églises des Mennonites ou des Arminiens. Quoique soumis extérieurement à l'Évangile, il se contenta d'emprunter les secours de la philosophie pour la recherche de la vérité, et sa présomption le précipita dans l'abyme. Pour philosopher avec plus de loisir, il abandonna Amsterdam, et se retira à la campagne, où de temps en temps il s'occupoit à faire des microscopes et des télescopes. Cette vie cachée lui plut tellement, qu'il ne put s'en détacher, lors même qu'il se fut établi à la Haye. Il étoit quelquefois trois mois de suite sans sortir de son logis; mais cette solitude étoit égayée par les visites qu'il recevoit des raisonneurs de tout sexe et de toute condition, qui venoient prendre chez lui des leçons d'athéisme. En renversant tous les principes de la morale, il conserva cependant les mœurs d'un philosophe: sobre, jusqu'à ne boire qu'une pinte de vin en un mois; désintéressé, quoique fils d'un juif, au point de remettre aux héritiers de l'infortuné Jean de Wit, une pension de 200 florins que lui faisoit ce grand homme. Simon de Uries son ami, l'ayant voulu faire son héritier, il lui répondit qu'il ne devoit pas priver son frère de son bien. Alors il lui proposa une pension de 500 florins; mais il ne voulut l'accepter que de 300. Spinosa vieux avant le temps, fut attaqué d'une maladie lente, dont il mourut le 21 février 1677, âgé de 45 ans. On assure qu'il étoit petit, jaunâtre, qu'il avoit quelque chose de noir dans la physionomie, et qu'il portoit sur son visage un caractère de réprobation. On ajoute néanmoins qu'il étoit tel que nous l'avons peint, d'un bon commerce, affable, honnête, officieux, et fort réglé dans ses mœurs; sa conversation étoit agréable, et il ne disoit rien qui pût blesser la charité ou la pudeur. Quand on lui apprenoit qu'un ami le trahissoit ou le calomnioit, il répondoit que les procédés des méchans ne doivent pas nous empêcher d'aimer et de pratiquer la vertu. Il ne juroit jamais. Il assistoit quelquefois aux sermons, et il exhortoit à être assidu aux temples. Son hôtesse qui étoit luthérienne, lui ayant demandé si elle pourroit être sauvée dans sa religion; Spinosa lui répondit qu'oui, pour ce qu'en s'attachant à la pitié elle menait en même temps une vie paisible. Apparemment qu'il ne vouloit pas découvrir ses sentiments à une femme. Il parloit toujours avec respect de l'Être suprême. Un tel caractère doit paroître étrange dans un homme qui a rédigé le premier l'athéisme en système, et en un système si déraisonnable et si absurde, que *Bayle* lui-même n'a trouvé dans le *Spinosisme* que des contradictions, et des hypothèses absolument insoutenables. L'ouvrage de *Spinosa* qui a fait le plus de bruit, est son *Traité* intitulé : *Tractatus Theologico-Politicus*, publié in 4.$^{e}$ à Hambourg, en 1570, où il jeta les semences de l'athéisme, qu'il a enseigné hautement dans ses *Opera Posthuma*, imprimés in 4.$^{e}$ en 1677. Le *Tractatus Theologico-Politicus* a été traduit en françois, sous trois titres différens, par *Saint Glain*. (Vay. GLAIN.) Le but principal de *Spinosa* a été de détruire toutes les religions, en introduisant l'athéisme. Il soutient hardiment que Dieu n'est pas un être intelligent, heureux et infiniment parfait; mais que ce n'est autre chose que cette vertu de la nature, qui est répandue dans toutes les créatures. Voici l'analyse que M. *Saverien* a donnée de son système. Il n'y a qu'une substance dans la nature : c'est l'étendue corporelle; et l'univers n'est qu'une substance unique. On appelle *Substance*, ce qui est en soi, ce qui se conçoit par soi-même. Cette substance existe par elle-même : elle est éternelle, indépendante de toute cause supérieure. Elle doit exister nécessairement, par l'idée vraie que nous en avons : car, de même que *Descartes* a conclu de l'idée d'un être infini- ment parfait existant nécessairement, qu'un tel être devoit exister, ainsi de l'idée vraie que nous avons de la substance, on conclut qu'elle doit nécessairement exister, ou que son existence et son essence sont une vérité éternelle. La substance a donc toutes les propriétés inséparables de l'Être existant par lui-même. Elle est simple et exempte de toute composition. Elle ne peut être divisée en parties : car si elle pouvoit avoir des parties, ou chaque partie de la substance seroit infinie, et existeroit par elle-même, de sorte que d'une substance il en naîtroit plusieurs, ce qui est absurde; et ces parties n'auroient encore rien de commun avec leur tout; ce qui n'est pas moins absurde : ou les parties ne conservoient point la nature de la substance. Ainsi la substance divisée, en perdant sa nature, cesseroit d'être ou de subsister par elle-même. De-là il suit qu'il ne peut pas y avoir deux substances, et qu'une substance ne peut pas en produire une autre. Mais si la substance existe en soi, qu'elle ne tienne existence que de sa propre nature, qu'elle se conçoive par elle-même, et qu'elle soit éternelle, simple, indivisible, unique, infinie, la substance et Dieu sont synonymes. Elle est donc douée d'une infinité de perfections. Comment ! une étendue aura une infinité de perfections ? Ceci mérite attention. La substance, comme substance, n'a ni puissance, ni perfections, ni intelligence. Ces attributs découlent de ses modifications, d'une infinité desquelles elle est susceptible. Ces modifications ou affections existent dans la substance, et ne se conçoivent que par elle. Ce sont elles qui forment son intelligence et sa puissance. Ainsi, en se modifiant, la substance a formé les astres, les plantes, les animaux, leurs mouvemens, leurs idées, leurs désirs, etc. Modifiée en étendue, elle produit les corps et tout ce qui occupe un espace; et modifiée en pensée, cette modification est l'ame de toutes les intelligences. L'univers n'est donc autre chose que la substance, ou Dieu avec tous ses attributs; c'est-à-dire, toutes ses modifications. » Il présenta ce système monstrueux sous une forme géométrique. (Voyez PLOTIN.) Il donne des définitions, pose des axiomes, déduit des propositions; mais ses prétendues démonstrations ne sont qu'un amas de termes subtils, obscurs, et souvent inintelligibles. Ses raisonnemens sont fondés sur une métaphysique alambiquée, où il se perd, sans savoir ni ce qu'il pense, ni ce qu'il dit. Ce qui reste de la lecture de ses écrits les moins obscurs, en les réduisant à quelque chose de net et de précis, est bien peu de chose. Pour affoiblir les preuves de la Religion chrétienne, il tâche de déprimer les prédictions des Prophètes de l'ancien Testament. Il prétend qu'ils ne doivent leurs révélations qu'à une imagination plus forte que celle du commun: principe absurde, qu'il étend jusqu'à Moïse et à Jesus-Christ même. A la fin de la première partie de son Traité de la Morale, il nie « que les yeux soient faits pour voir, les oreilles pour entendre, les dents pour mâcher, l'estomac pour digérer; » il traite de préjugé de l'enfance, le sentiment contraire. On peut juger par ce trait, de la beauté du gé- nie de ce prétendu philosophe. L'obscurité, au reste, est le moindre défaut de Spinosa. La mauvaise foi paroît être son caractère dominant. Il n'est attentif qu'à s'envelopper pour surprendre. On prétend que Spinosa avoit un tel désir d'immortaliser son nom, qu'il eût tout sacrifié à cette gloire; autre vanité ridicule dans un Athée. Ce n'étoit que par degrés qu'il étoit tombé dans le précipice de l'athéisme. Il paroît bien éloigné de cette doctrine dans les Principes de René DESCARTES, démontrés selon la manière des Géomètres, Amsterdam, in-4.º 1667, en latin. Les absurdités du Spinosisme ont été réfutées par un très-grand nombre d'auteurs: entr'autres, par Copæ, dans ses Arcana Atheismi revelata, Rotterdam, 1676, in-4.º; par Dom François Lami, Bénédictin; par Jacquelot, dans son Traité de l'Existence de Dieu; par le Vassor, dans son Traité de la Véritable Religion, imprimé à Paris en 1688; et dans les Écrits donnés sur cette matière par les modernes apologistes du Christianisme. Voyez les Mémoires de Niceron, tom. XIII, qui a profité de la Vie de Spinosa par Colerus, insérée dans la Réfutation de Spinosa par divers auteurs, recueil publié par l'abbé Lenglet, 1731, in-12; et d'une autre Vie de ce philosophe, par un de ses partisans, 1712, in-8.º Celle-ci n'est pas commune, non plus que le recueil de Lenglet, lequel fut supprimé, comme plus favorable que contraire au Spinosisme. Voy. aussi l'article de Spinosa dans le Morari de Hollande, 1740.
III. *Voyages d'Italie, de Dalmatie, de Grèce et du Levant*, imprimés à Lyon en 1677, 3 vol. in-12; réimprimés à la Haye en 1680, et en 1689, en 2 volum. in-12. Cet ouvrage est intéressant pour les amateurs d'antiquités. IV. *Histoire de la Ville et de l'Etat de Genève*, 2 vol. in-12; réimprimé à Genève en 1730, en 2 vol. in-4°, et en 4 volum. in-12, avec des augmentations considérables. Cette Histoire est pleine de recherches; mais elle n'est pas toujours fidèle. Le style manque de précision, de pureté et d'élégance. V. *Recherche des Antiquités de Lyon*, 1673, in-8°. VI. *Bavanda Asiatica, seu le CAFÉ*, Lipsiae, 1705, in-4°. VII. *Observations sur les Fièvres*, in-12, 1684. VIII. *Ignotorum et obscurorum Deorum Arae*, 1677, in-8°; 1684, in-12. IX. *Aphorismi novi Hippocratis Lyon*, 1683. On lui doit encore l'édition du Traité de Pons sur les Melons, et celle du Voyage du Congo, par Huguetan. Il travaillait à perfectionner le Glossaire de Ducange, lorsqu'il mourut. I. SPONDE, (Henri de) né à Mauléon-de-Soule, bourg du pays de Soule, entre la Navarre et le Béarn, le 6 janvier 1568, d'un calviniste, fut élevé dans cette religion. Sa jeunesse annonça beaucoup de goût pour les belles-lettres, et une grande facilité pour apprendre les langues. Il exerçoit la charge de maître des requêtes pour le roi de Navarre, lorsque les livres de controverse des cardinaux du Perron et Bellarmin, touchèrent son cœur et éclairèrent son esprit. Il abjura le Calvinisme en 1595, et accompagna à Rome le cardinal de Sourdis. Quelques années après il embrassa l'état ecclésiastique, et fut nommé à l'évêché de Pamiers en 1626. Il n'oublia rien pour tirer de l'erreur les hérétiques de son diocèse. Il y établit une Congrégation ecclésiastique, des séminaires, des maisons religieuses, et se signala par toutes les vertus épiscopales. Cet illustre prélat finit ses jours à Toulouse le 18 mai 1643, âgé de 75 ans. A beaucoup de zèle et de piété, il joignoit un cœur sensible et capable d'amitié. Son principal ouvrage est l'*Abrégé des Annales de Baronius*, 2 vol. in-fol.; et la Continuation qu'il en a faite jusqu'à l'an 1640, 3 vol. in-fol. Quoique cet ouvrage ne soit pas parfait, et qu'il y ait presqu'autant de fautes que dans *Baronius*, il doit être acheté par ceux qui ont les Annales de ce cardinal. Il servira à leur rappeler les faits principaux qui y sont détaillés avec netteté et choisis avec jugement. Pour rendre ce Recueil plus complet, *Sponde* y joignit les *Annales sacrées de l'Ancien Testament jusqu'à JESUS-CHRIST*, in-fol., qui ne sont proprement qu'un abrégé des Annales de Torniel. On a aussi de *Sponde des Ordonnances Synodales*, Toulouse, 1630. Son Traité de *Cæmeteriis sacris*, 1638, in-4°, renferme des recherches curieuses. Le premier but de l'auteur qui avoit d'abord fait imprimer ce livre en françois, Paris, 1600, in-12, avoit été de réfuter une prétention des calvinistes. En effet, il prouve que les cimetières ayant été regardés comme sacrés par toutes les nations, les Protestans avoient tort de traiter d'injustice le refus que faisoient les Catholiques de rendre leurs cimetières communs avec eux. Ce sujet lui lui donna occasion de déployer beaucoup de savans Discours, infol. Pierre Frison, docteur de Sorbonne, a écrit sa Vie. La meilleure édition de ses Œuvres est celle de la Noue, à Paris, 1639, 6 vol. in-fol.
SPOTSWOOD, (Jean) né en 1566, à Glasgow en Écosse, d'une ancienne famille qui avoit rang et séance parmi les Pairs du royaume, suivit en qualité de chapelain, Louis duc de Lenox, dans son ambassade auprès de Henri IV, roi de France. Jacques I, roi d'Angleterre, qui avoit été auparavant roi d'Écosse, et qui avoit connu toute l'étendue du mérite de Spotswood, l'éleva à l'archevêché de Glasgow, et lui donna une place dans son conseil privé d'Écosse. Il fut ensuite au-ménier de la reine, archevêque de Saint-André, et primat de toute l'Écosse. Charles I voulut être couronné de sa main, en 1633, et le fit son lord chancelier. Ce prélat mourut en Angleterre, en 1639, à 74 ans. On a de lui une Histoire Ecclesiastique d'Écosse, en anglois, Londres, 1655, in-fol. Ce livre, qui s'étend depuis l'an 202 de J. C., jusqu'en 1624, est savant; mais la critique n'en est pas toujours exacte ni impartiale. L'auteur n'a pas le vrai style de l'histoire.
SPRANGER, (Partholmi) peintre, naquit à Anvers. L'envie d'apprendre fit concevoir au jeune artiste le projet de voyager; il vint en France, d'où il partit peu de temps après pour aller en Italie. Un tableau de Sorciers, qu'il fit à Rome, lui mérita la protection du cardinal Farnese, qui l'employa à son château de Caprarole. Ce prélat le présenta ensuite au pape Pie V, dont Spranger reçut beaucoup de témoignages d'estime et de générosité. Après la mort de ce pontife, Spranger fut mandé à Vienne pour être le premier peintre de l'empereur. Maximilien II et Rodolphe II le mirent dans l'opulence, et le comblèrent d'honneurs. Cette protection singulière lui mérita des marques de distinction dans les lieux par lesquels il passa dans un voyage qu'il fit. Amsterdam et Anvers, entre autres villes, le reçurent, à son passage, comme un homme d'une grande considération, et lui firent des présens. Spranger, dans ses productions, s'est toujours laissé conduire par son caprice, sans consulter la nature: ce qui lui a donné un goût maniéré. Ses contours sont aussi trop prononcés; mais ce peintre avoit une légèreté de main singulière. Sa touche est en même-temps hardie et gracieuse, et son pinceau d'une douceur admirable. Il mourut après l'an 1582, dans un âge fort avancé.
STAAL, (Madame de) connue d'abord sous le nom de M$^{lle}$ de *Launai*, étoit née à Paris d'un peintre. Son père ayant été obligé de sortir du royaume, la laissa dans la misère, encore enfant. Le hasard la fit élever avec distinction au prieuré de St-Louis, de Rouen; mais la supérieure de ce monastère, à laquelle elle devoit son éducation, étant morte, M$^{lle}$ de *Launai* retomba dans son premier état. L'indigence l'obligea d'entrer, en qualité de femme chambre, chez Mad$^{le}$ la duchesse du *Maine*. La foiblesse de sa vue, sa mal-adresse et sa façon de penser, la rendoient incapable de remplir les devoirs qu'exige ce service. Elle pensoit à sortir de son esclavage, lorsqu'une aventure singulière fit connoître à la duchesse du *Maine* tout ce que valoit sa femme de chambre. Une jeune demoiselle de Paris, d'une grande beauté, nommée *Tétard*, contrefit la possédée par le conseil de sa mère. Tout Paris, la cour même, accourut pour voir cette prétendue merveille. Comme le philosophe *Fontenelle* y avoit été comme les autres, M$^{lle}$ de *Launai* lui écrivit une lettre pleine de sel, sur le témoignage avantageux qu'il avoit rendu de la prétendue possession. Cette ingénieuse bagatelle la tira de l'obscurité. D' - lors la duchesse l'employa dans toutes les fêtes qui se donnoient à Seaux. Elle faisoit des vers pour quelques-unes des Pièces que l'on y jouoit, dressoit les plans de quelques autres. Elle s'acquit bientôt l'estime et la confiance de la princesse. Les *Fontenelle*, les *Tourreil*, les *Valincourt*, les *Chaulieu*, les *Malazieu*, et les autres personnes de mérite qui ornoient cette cour, recherchèrent avec empressement cette fille ingénieuse. Elle fut enveloppée, sous la régence, dans la disgrace de Mad$^{le}$ la duchesse du *Maine*, et renfermée pendant près de 2 ans à la Bastille. La liberté lui ayant été rendue, elle fut fort utile à la princesse, qui, par ce- connoissance, la maria avec M. de Staal, lieutenant aux Gardes-Suisses, et depuis capitaine et maréchal-de-camp. Le savant Dacier l'avoit voulu épouser auparavant; mais elle n'avoit pas cru devoir donner sa main à un vieillard et à un érudit. Mad$^{e}$ de Staal montroit beaucoup moins d'esprit et de gaieté dans sa conversation que dans ses ouvrages. C'étoit une suite de sa timidité et de sa mauvaise santé. Son caractère étoit mêlé de bonnes et de mauvaises qualités; mais les bonnes l'emportent. Elle mourut l'an 1750. On a imprimé depuis sa mort, les Mémoires de sa vie, en 3 vol. in-12, composés par elle-même. On y a ajouté depuis un IV$^{e}$ volume qui contient deux jolies Comédies, dont l'une est intitulée, l'Engoûment, et l'autre, la Mode. Elles ont été jouées à Seaux. Ces Pièces ont trop de charge; et quant à ce qui s'appelle action et unité d'action, intrigue bien liée et bien suivie, dépendance nécessaire des événements entre eux, tout cela leur manque. Leur seul mérite est dans le dialogue, qui est communément vif et spirituel. Les Mémoires de Mad$^{e}$ de Staal n'offrent pas des aventures fort importantes; mais elles sont assez singulières. Son caractère personnel ne l'est pas moins. C'est un caractère mêlé et composé de qualités assez opposées; il en est plus pittoresque. De cette double singularité, celle du caractère, et celle des circonstances dans lesquelles Mad$^{e}$ de Staal se trouva, il dut résulter une vie peu ordinaire, et qui dès-lors méritoit d'être écrite. Ses amours eurent une grande part aux chagrins de sa vie. Tantôt elle aima sans être aimée; tantôt elle fut aimée sans aimer. Enfin, on voit par ces Mémoires, comme par beaucoup d'autres du même genre, combien il y a de malheureux parmi les prétendus heureux du monde. D'ailleurs cet ouvrage, plein de traits ingénieux, se fait lire avec délices, par l'union si rare de l'élégance et de la simplicité, de l'esprit et du goût, de l'exactitude grammaticale et du naturel. Ses récits ont de l'agrément; mais elle cherche quelquefois, selon Marmontel, à les rendre plus agréables encore. « On voit, dit il, qu'elle avoit vécu dans une cour où sans cesse et à toute force il falloit avoir de l'esprit. » Cependant cet esprit nous paroît couler de source dans Madame de Staal. Quant à ses portraits, si l'on excepte ceux de quelques-uns de ses amans, qu'elle a peints trop en beau, ils sont assez ressemblants. On n'avoit pas imprimé celui de la duchesse du Maine, que La Harpe a inséré dans le tome IV$^{e}$ de sa correspondance. Il peint bien l'esprit naturel et piquant de son auteur. Quelques critiques prétendent que madame de Staal n'a pas dit tout ce qui la regardoit, dans ses Mémoires. Une dame de ses amies lui ayant demandé comment elle parleroit de ses intrigues galantes? Je me peindrai en buste, lui répondit Mad$^{e}$ de Staal. Mais cette réponse pouvoit n'être qu'une plaisanterie, qu'on a mal interprétée. On trouve dans ses Mémoires son portrait fait par elle-même; et comme il peut servir à la faire connoître, nous en transcrirons ici la plus grande partie. « Laxmi est de moyenne taille, maigre, sèche et désagréable. Son caractère et son esprit esprit sont comme sa figure ; il n'y a rien de travers, mais aucun agrément. Sa mauvaise fortune a beaucoup contribué à la faire valoir. La prévention où l'on est que les gens dépourvus de naissance et de bien ont manqué d'éducation, fait qu'on leur sait gré du peu qu'ils valent. Elle en a pourtant eu une excellente, et c'est d'où elle a tiré tout ce qu'elle peut avoir de bon, comme les principes de vertu, les sentimens nobles et les règles de conduite, que l'habitude à les suivre lui ont rendues comme naturelles. Sa folie a toujours été de vouloir être raisonnable : et comme les femmes qui se sentent serrées dans leurs corps, s'imaginent être de belle taille, sa raison l'ayant incommodée, elle a cru en avoir beaucoup. Cependant elle n'a jamais pu surmonter la vivacité de son humeur, ni l'assujettir du moins à quelque apparence d'égalité ; ce qui souvent l'a rendue désagréable à ses maîtres, à charge dans la société, et tout-à-fait insupportable aux gens qui ont dépendu d'elle. Heureusement la fortune ne l'a pas mise en état d'en envelopper plusieurs dans cette disgrace. Elle a rempli sa vie d'occupations sérieuses, plutôt pour fortifier sa raison, que pour orner son esprit, dont elle fait peu de cas. Aucune opinion ne se présente à elle avec assez de clarté pour qu'elle s'y affectionne et ne soit aussi prête à la rejeter qu'à la recevoir ; ce qui fait qu'elle ne dispute guère, si ce n'est par humeur. Elle a beaucoup lu, et ne sait pourtant que ce qu'il faut pour entendre ce qu'on dit sur quelque matière que ce soit, et ne rien dire de mal à propos. Elle a recherché avec soin la connoissance de ses devoirs, et les a respectés aux dépens de ses goûts. Elle s'est autorisée du peu de complaisance qu'elle a pour elle-même, à n'en avoir pour personne ; en quoi elle suit son naturel inflexible, que sa situation a plié sans lui faire perdre son ressort. L'amour de la liberté est sa passion dominante ; passion très-malheureuse en elle qui a passé la plus grande partie de sa vie dans la servitude : aussi son état lui a-t-il toujours été insupportable, malgré les agrémens inespérés qu'elle a pu y trouver. Elle a toujours été fort sensible à l'amitié ; cependant plus touchée du mérite et de la vertu de ses amis que de leurs sentimens pour elle, indulgente quand ils ne font que lui manquer, pourvu qu'ils ne se manquent pas à eux-mêmes. »
II. STACE, (*P. Papinius STATIUS*) Napolitain, vivait du temps de *Domitien* qu'il flatta avec autant de lâcheté que de bassesse. Ce poète Latin plaisoit fort à cet empereur, par la facilité qu'il avoit de faire des vers sur-le-champ. Il mourut à Naples vers l'an 100 de J. C. Nous avons de *Stace* deux Poèmes héroïques, dédiés à ce tyran odieux qu'il place dans le ciel, sans doute entre *Octave* et *Néron*. C'est la *Thébaïde* en 12 livres ; et l'*Achille*. D d léide, dont il n'y a que deux livres, la mort l'ayant empêché de la continuer. Ce poète a encore fait cinq livres de Sylves, ou un Recueil de petites pièces de vers sur différens sujets. Les Poésies de Stace furent fort estimées de son temps à Rome : mais le goût commençait à s'y corrompre. En cherchant à s'élever, il tombe quelquefois dans le ton déclamateur. Dans sa Thébaïde, qui a des morceaux intéressans, il a traité son sujet plutôt en historien qu'en poète, sans s'attacher à ce qui fait l'essence de la poésie épique. C'était un homme d'une imagination forte, mais dénuée de ces charmes d'expression, de ce sentiment exquis d'harmonie qui enclante dans l'Énéide. On peut lui appliquer ce qu'il dit de lui-même, qu'il ne pouvoit suivre Virgile que de loin, et seulement en baisant ses traces : Sed longè sequere, et vestigia semper adora. Cependant la Thébaïde fut applaudie par ses contemporains. Juvenal dit qu'on alloit l'entendre avec un concours extraordinaire et qu'on lui donnoit de grands applaudissemens. Malgré ce succès, Stace vécut pauvre et fut obligé de faire des pièces de théâtre pour fournir à ses besoins, et de les vendre à des comédiens. Il mit dans ses Tragédies sinon la simplicité des Grecs, du moins des situations horribles et des tableaux des crimes et des passions; c'était le Crébillon de son siècle. La 1re édition de ce poète est celle de Rome, 1475, in-fol. Les meilleures sont celle de Barthius, 1664, 3 vol. in-4°; celle cum notis Variorum, Leyde, 1671, in-8°; et celle ad usum Delphini, 1685, 2 vol. in-4°, très-rare. Corniliolle a publié une bonne traduction de la Thébaïde, Paris, 1783, 3 vol. in-12.
STADIUS, (Jean) né à Loënhout dans le Brabant, en 1527, et mort à Paris en 1579, a composé des L'hémérides, Cologne, 1660, in-4°; les Fastes des Romains, et plusieurs ouvrages sur l'Astrologie judiciaire, vaine science dont il étoit infatué.
STAFFORD, (Arundel comte de) second fils du comte d'Arundel, grand maréchal héréditaire d'Angleterre, étoit chef d'une branche de la maison de Norfolk, et par sa femme il étoit héritier de celle de Stafford. Il avoit toujours donné des preuves de sa fidélité à Charles I et à Charles II, et ses vertus le faisoient estimer des Protestans autant que des Catholiques. Le scélérat OATÈS (Voyez son article.) l'accusa en 1678, d'être un des chefs d'une conspiration chimérique, dans laquelle il faisoit entrer tous les Catholiques. Ce malheureux déposa qu'il lui avoit vu remettre une commission si- finée du Père *Oliva*, général des Jésuites. Deux autres témoins jurèrent qu'il avoit voulu les engager à tuer le roi. L'infamie des délateurs, l'absurdité des dépositions, la conduite irréprochable et la fidélité de *Stufford*, les preuves qu'il apporta pour sa défense, n'empêchèrent pas que les pairs eux-mêmes, à la pluralité de vingt-quatre voix, ne le déclarassent criminel ; tant il est difficile de résister au torrent des préjugés populaires ! Son courage ne l'abandonna point. Vieux et infirme, en partant pour l'exécution, il demanda un manteau : *Je pourrai*, dit-il, *trembler de froid, mais grace au Ciel, je ne tremblerai pas de peur*. Il désavoua sur l'échafaud la morale corrompue qu'on attribuoit à l'Eglise Catholique. *Je meurs*, ajouta-t-il, *dans l'espérance que l'illusion se dissipera bientôt, et que la force de la vérité obligera tout le monde à faire réparation à mon honneur*. — *Nous vous croyons, Milord*, s'écria le peuple touché jusqu'aux larmes : *Que le Ciel vous bénisse, Milord !* Le bourreau eut peine à le frapper. Il reçut en priant le coup de la mort, le 29 décembre 1680. Il étoit dans la 69$^{e}$ année de son âge. *Voltaire* blâme avec raison *Charles II*, de n'avoir pas osé lui donner sa grace : « foiblesse infâme, dit-il, dont son père avoit été coupable, et qui perdit son père. Cet exemple prouva que la tyrannie d'un corps est toujours plus impitoyable que celle d'un roi. Il y a mille moyens d'appaiser un prince ; il n'y en a point d'adoucir un corps entraîné par les préjugés. Chaque membre, enivré de cette fureur commune, la reçoit et la redouble dans les autres membres, et se porte à l'inhumanité sans crainte, parce que personne ne répond pour le corps entier. »
STAHL ; ( George-Ernest naquit à Anspach en 1660. Lorsque l'université de Hall fut fondée en 1694, la chaire de médecine lui fut conférée. Il remplit dignement l'attente qu'on avoit conçue de lui. Sa manière d'enseigner, la solidité de ses ouvrages, les heureux succès de sa pratique concourent à lui faire une réputation des plus brillantes. La cour de Prusse voulut s'attacher un homme si habile. *Stahl* fut appelé à Berlin en 1716, et il y eut les titres de conseiller de la cour et de médecin du roi. Il acheva glorieusement sa carrière en 1734, dans la 75$^{e}$ année de son âge. *Stahl* est un des plus grands hommes que la médecine ait possédés. Il faut cependant convenir qu'il a soutenu des opinions singulières, et qui, peut-être vraies au moins à un certain point, ne laissent pas d'avoir un air paradoxal. Tel est son système de l'Autocratie de l'âme sur le corps en santé et en maladie ; système qui lui suscita beaucoup d'adversaires, et en même temps des admirateurs. ( *Voy. SAUVAGES François de Boissier.* ) Selon son opinion, un médecin ne doit opérer qu'en suivant attentivement les effets de l'âme sur le corps. C'est par son intelligence en chimie que *Stahl* s'est surtout rendu recommandable. Il en puisa le fond dans des ouvrages qui avant lui étoient presque ignorés, et dont il répandit la connoissance aussi bien qu'il n'age : c'étoient ceux D d 2 du fameux *Beccher*, qu'il com-menta, rectifia et étendit. Il pro-fita aussi beaucoup des livres de *Kunkel*, et fit un grand nombre de découvertes utiles. Cette étude le conduisit à la composition de plusieurs remèdes qui ont eu et ont encore une grande vogue : telles sont les *Pilules Balsami-ques*, la *Poudre Antispasmodi-que*, son *Essence Alexiphar-moque*, etc. La métallurgie lui a les plus grandes obligations; son petit Traité latin sur cette matière, 1697, est excellent. Ses principaux ouvrages sont : I. *Experimenta et Observationes che-mica et physicae*, Berlin, 1731, in-8.º II. *Dissertationes medicae*, Hall, 2 vol. in-4.º C'est un re-cueil de thèses sur la médecine. III. *Theoria medica vera*, 1737, in-4.º IV. *Opusculum chymico-physico-medicum*, 1740, in-4.º V. *Traité sur le Soufre, tant inflammable que fixe*, en alle-mand, traduit en françois par le baron de *Holbach*, Paris, 1766, in-12. VI. *Negotium otiosum*, Hall, 1720, in-4.º C'est principa-lement dans cet ouvrage qu'il établit son système de l'action de l'âme sur le corps. VII. *Fundamenta Chymica dogmaticae et experimentalis*. Nuremberg, 1747, 3 vol. in-4.º; traduit en françois, par M. de *Machy*, Paris, 1757, 6 vol. in-12. VIII. *Traité sur les sels*, en allemand; et en fran-çois, par le baron de *Holbach*, Paris, 1771. IX. *Commentarium in Metallurgium Beccheri*, 1723. Tous ces ouvrages utiles pour le fond des choses, sont écrits d'un style dur, serré, embar-rassé; son latin est à demi bar-bare, du moins dans ses traités chimiques. L'obscurité que ce style répand sur des matières d'ailleurs abstraites, a été repro-chée à *Stahl* par divers auteurs, et regardée comme très-avantageuse à l'art par quelques autres; comme si les secrets des sciences devoient être des mystères inac-cessibles aux profanes. L'ordre, la clarté, la liaison des idées sont aux yeux des philosophes, nécessaires en chimie comme dans tous les autres arts; et ces qualités ne distinguent pas tou-jours les productions de *Stahl*. « celui-ci, dit le médecin *Roussel*, dans son ouvrage du *Système physique de la Femme*, est de tous les médecins modernes celui qui a le plus insisté sur le moral, lorsqu'il a développé les causes de nos affections corporelles. En faisant de l'âme le principe de tous nos mouvemens vitaux, il a renversé la barrière qui séparoit la médecine et la philosophie. D'après ses dogmes, il n'est plus permis d'être médecin, sans con-noître le jeu des passions, l'in-fluence des habitudes, et la diffé-rence qu'il y a entre une machine active et dont les mouvemens sont spontanés, et une machine mue par un enchaînement de ressorts inanimés. Son système doit à jamais laver les médecins des imputations de matérialisme, dont l'ignorance maligne de leurs ennemis les a quelquefois chargés, et auxquelles la légèreté impru-dente de quelques-uns d'entre eux peut avoir donné lieu. Si son sys-tème est le plus orthodoxe, il est aussi le plus vrai, le plus simple, et le plus conforme aux faits. On a dit qu'il semble n'être qu'une extension des principes d'*Hippocrate*. *Stahl* auroit sans contredit subjugué toute la mé-decine, si plus complaisant pour ses lecteurs ou plus zélé pour sa réputation, il eût pris le soin de polir ses ouvrages, et d'y répandre ces agrémens dont la vérité même a si souvent besoin. » I. STAHREMBERG, (Conrad-Balthazar, comte de) gouverneur de Vienne, défendit cette ville avec la plus grande intrépidité, lorsqu'elle fut assiégée par les Turcs en 1683. Il mourut à Rome quatre ans après.
STANDOUK ou STANDONEC, (Jean) docteur de la maison et société de Sorbonne, né à Malines, en 1443, d'un cordonnier, vint achever ses études à Paris, et fut fait régent dans le collège de Sainte-Barbe, puis principal du collège de Montaigu. Ce dernier collège reprit son ancien lustre, et il en fut regardé comme le second fondateur. Son zèle n'étoit pas toujours assez modéré. Ayant parlé avec trop de liberté sur la répudiation de la reine *Jeanne*, femme du roi *Louis XII*, il fut bieni du royaume pour deux ans. Il se retira alors à Cambrai, où l'évêque, allant partir pour l'Espagne, le fit son vicaire spécial pour tout le diocèse. *Standouk* revint à Paris après le temps de son exil, et continua, de faire fleurir la piété et l'étude dans le collège de Montaigu. Il y mourut saintement le 5 février 1504, après avoir rempli la place de recteur de l'université, fondé diverses communautés en Flandre, et converti beaucoup de pécheurs par ses sermons. Il étoit, selon le Père Berthier, assez homme de bien, mais ambitieux et hardi dans ses discours. I. STANHOPE, (George) théologien Anglois, né en 1660, mort en 1728, acquit de la réputation par ses talens pour la chaire, et devint doyen de Cantorbéry. On lui doit outre ses Sermons, une traduction de l'Imitation de J. C., et une Paraphrase sur les Épitres et Évangiles.
II. STANHOPE, (Jacques, comte de) d'une ancienne famille du comté de Nottingham, naquit en 1673. Il suivit en Espagne Alexandre Stanhope son père qui fut envoyé extraordinaire en cette cour, au commencement du règne du roi Guillaume. Le séjour de Madrid lui acquit la connoissance de la langue espagnole. Il voyagea en France et en Italie pour apprendre le françois et l'italien. De retour en Angleterre, il prit le parti des armes et se distingua au siège de Namur, sous les yeux du roi Guillaume, qui le gratifia d'une compagnie d'infanterie. Il s'éleva de grade en grade jusqu'à celui de lieutenant-général. En 1709, il fut nommé commandant en chef des troupes angloises en Espagne. Le 27 juillet 1710, il romporta une victoire près d'Almanara, qui fut attribuée à sa conduite et à sa valeur, et dont il fut remercié publiquement par l'empereur. Le 20 août suivant, il acquit beaucoup de gloire à la bataille de Saragosse, ainsi que le 9 décembre de la même année, à la défense de Briheuga, où il fit une vigoureuse résistance. Mais il fut obligé de céder à la valeur du duc de Vendôme généralissime des troupes espagnoles, et de se rendre prisonnier de guerre à Briheuga. Après avoir été échangé en 1712, contre le duc d'Esculona, vice-roi de Naples, il retourna en Angleterre, où il fut favorablement reçu de toute la cour. Le roi Georges étant parvenu au trône, le fit secrétaire d'état et membre du conseil privé. En 1714, il l'envoya à Vienne, où l'empereur lui fit présent de son portrait enrichi de diamans. Il étoit nommé plénipotentiaire au congrès de Cambrai, lorsqu'il mourut à Londres, le 16 février 1721, à 50 ans. Bon politique et grand capitaine, citoyen zélé et philosophe compatissant, il s'acquit les cœurs des sujets et mérita les regrets de son prince. C'est lui qui s'empara du Port-Mahon et de l'île de Minorque, Voyez CHESTERFIELD. I. STANISLAS, (S.) né en 1030, de parens illustres par leur naissance et par leur piété, fit ses études à Gnesne et à Paris. De retour en Pologne en 1059, il fut élu évêque de Cracovie en 1071; mais ayant repris vivement Boleslas II, roi de Pologne, qui avoit enlevé la femme d'un seigneur Polonois, ce prince le tua dans la chapelle de Saint-Michel le 8 mai 1077, où il expira martyr de son zèle.
II. STANISLAS I, (LRC-ZINSKI) roi de Pologne, grand-duc de Lithuanie, duc de Lorraine et de Bar, naquit à Léopold le 20 octobre 1677, du grand trésorier de la couronne. Son père étoit un seigneur distingué non-seulement par sa naissance et ses places, mais encore par sa fermeté et son courage. C'est lui qui dit un jour dans le sénat ces paroles remarquables : *Malo periculosam libertatem, quam quietum servitium* : « J'aime encore mieux une liberté dangereuse qu'un esclavage tranquille. » *Stanislas* fut député en 1704 par l'assemblée de Varsovie, auprès de *Charles XII*, roi de Suède, qui venait de conquérir la Pologne. Il étoit alors âgé de 27 ans, palatin de Posnanie, général de la grande Pologne, et avoit été ambassadeur extraordinaire auprès du Grand-Seigneur en 1699. Sa physionomie étoit heureuse, pleine de hardiesse et de douceur, avec un air de probité et de franchise. Il n'eut pas de peine à s'insinuer dans l'amitié du roi de Suède, qui le fit couronner roi de Pologne à Varsovie en 1705. Le nouveau roi suivit *Charles XII* en Saxe, où l'on conclut en 1706 un traité de paix entre les deux rois d'une part, et le roi *Auguste* qui renonça à la couronne de Pologne, et reconnut *Stanislas* pour légitime souverain de cet état. Le nouveau monarque resta avec *Charles XII* en Saxe, jusqu'en septembre 1707. Ils revinrent alors en Pologne, et y firent la guerre pour en chasser entièrement les Moscovites. Le Czar fut obligé d'en sortir en 1708; mais le roi de Suède ayant trop poussé son ennemi, après avoir remporté plusieurs avantages sur lui, fut défait entièrement lui-même au mois de juillet 1709. *Stanislas* ne se trouvant pas en sûreté dans la Pologne, où les Moscovites revinrent, et où le roi *Auguste* renoua un nouveau traité en sa faveur, fut obligé de se retirer en Suède, puis en Turquie. Les affaires de *Charles XII* n'ayant pu se rétablir, *Stanislas* se retira dans le duché de Deux-Ponts, et ensuite à Weissembourg en Alsace. *Auguste* ayant fait à cette occasion, porter des plaintes à la cour de France par *Sum* son envoyé, le duc d'Orléans, alors régent, lui répondit : *Mandez au Roi votre maître que la France a toujours été l'asile des Rois malheureux... Stanislas* vécut dans l'obscurité jusqu'en 1725, que la princesse *Marie* sa fille, épousa *Louis XV*, roi de France. Après la mort du roi *Auguste* en 1733, ce prince se rendit en Pologne, dans l'espérance de remonter sur le trône. Il y eut un parti qui le proclama roi; mais son compétiteur, le prince électoral de Saxe, devenu électeur de Saxe après la mort du roi son père, soutenu de l'empereur *Charles VI*, et de l'impératrice de Russie, l'emporta sur le roi *Stanislas*. Ce prince infortuné se rendit à Dantzig pour soutenir son élection; mais le grand nombre qui l'avoit choisi, céda bientôt au petit nombre qui lui étoit contraire. Dantzig fut pris. (*Voyez* PLELO.) *Stanislas*, obligé de fuir, n'échappa qu'à travers beaucoup de dangers, et à la faveur de plus d'un déguisement, après avoir vu sa tête mise à prix par le général des Moscovites dans sa propre patrie. Il sut supporter ce revers avec résignation. « Nos malheurs, écrivoit-il à la reine sa fille, nos malheurs ne sont D d 4 grands qu'aux yeux de la prévention qui n'en connoit point au-dessus de la perte d'une couronne. Dois-je avancer la main pour la reprendre ? Non, il vaut mieux attendre les vœux de la Providence, et nous convaincre du vide et du néant des choses d'ici-bas. » Lorsque la paix se fit en 1736, on statua dans le premier article des préliminaires de paix, signés entre l'empereur et le roi de France, que « le roi Stanislas abdiqueroit ; mais qu'il seroit reconnu roi de Pologne et grand-duc de Lithuanie, et qu'il en conserveroit les titres et les honneurs ; qu'on lui restitueroit ses biens et ceux de la reine son épouse, dont il auroit la libre jouissance et disposition ; qu'il y auroit en Pologne une amnistie de tout le passé, et que chacun y seroit rétabli dans tous ses biens, droits et privilèges ; que l'électeur de Saxe seroit reconnu roi de Pologne et grand-duc de Lithuanie par toutes les puissances qui accéderoient au traité de paix ; qu'à l'égard du roi Stanislas, il seroit mis en paisible possession du duché de Lorraine et de Bar ; mais qu'immédiatement après la mort de ce prince, ces duchés seroient réunis en pleine souveraineté pour toujours à la couronne de France. » Stanislas succédoit dans la Lorraine à des princes chéris qu'elle regrettoit tous les jours. Le roi de Pologne arriva, et ces peuples retrouvèrent en lui leurs anciens maîtres. Il goûta pour lors le plaisir qu'il avoit si long-temps désiré, de faire des heureux. Il auroit, comme Titus, cru perdre un jour, s'il ne l'avoit pas signalé par quelque bienfait. Mais ce prince éclairé savoit que la bienfaisance du souverain doit toujours avoir le plus grand nombre pour objet, et qu'une grâce que la faveur seule accorde à un particulier, est une injustice faite au peuple. Il soulagea ses nouveaux sujets ; il embellit Nancy et Luneville ; il fit des établissemens utiles ; il dota de pauvres filles ; il fonda des collèges ; il bâtit des hôpitaux ; enfin il se montra l'ami de l'humanité. La Lorraine jouissoit de ses bienfaits, lorsqu'un accident hâta sa mort. Le feu prit à sa robe de chambre, et ses plaies lui causèrent une fièvre qui l'enleva au monde le 23 février 1766. Sa mort fut un deuil public ; et les pleurs de ses sujets sont le plus bel éloge que nous puissions faire de ce prince. Charles XII disoit de lui, qu'il n'avoit jamais vu d'homme si propre à concilier tous les partis. Dans sa jeunesse il s'étoit endurci à la fatigue, et avoit fortifié son esprit en fortifiant son corps. Il couchoit toujours sur une espèce de paillasse, n'exigeant jamais aucun service de ses domestiques auprès de sa personne. Il étoit d'une tempérance peu commune dans ce climat ; libéral, adoré de ses vassaux, et peut-être le seul seigneur en Pologne qui eût quelques amis. Il fut en Lorraine ce qu'il avoit été dans sa patrie ; doux, affable, compatissant, parlant avec ses sujets comme avec ses égaux, partageant leurs peines, et les consolant en père tendre. Il ressembloit parfaitement au portrait qu'il a tracé du philosophe : « Le vrai philosophe, dit-il, exempt de préjugés, doit connoître le prix de la raison... ne pas estimer les grands états de la vie plus qu'ils ne valent, ni les basses conditions plus pe- fites qu'elles ne sont. Il doit jouir des plaisirs, sans en être l'esclave; des richesses, sans s'y attacher; des honneurs, sans orgueil et sans faste. Il doit supporter les disgraces, sans les craindre et sans les braver; regarder comme inutile tout ce qu'il n'a pas, comme suffisant tout ce qu'il possède. Toujours égal dans l'une et l'autre fortune, toujours tranquille et d'une gaieté sans art, il doit aimer l'ordre et le mettre dans tout ce qu'il fait. Epris des vertus de son état, n'être extrême dans aucune, et les pratiquer toutes, même sans témoins. Sévère à son égard, être indulgent à l'égard des autres, franc et ingénu sans rudesse, poli sans fausseté, prévenant sans bassesse... Le philosophe doit avoir le courage de se passer de toute sorte de gloire, ignorer ses vertus, et compter pour rien jusqu'à la philosophie même. » Voilà ce que fut Stanislas dans les différentes situations de sa vie. Il fut aimé et il sut aimer. Un jour qu'il réglait l'état de sa maison avec son trésorier, il lui dit de mettre sur la liste un officier qui lui étoit fort attaché. En quelle qualité votre Majesté veu-elle qu'il soit, lui demanda le trésorier? En qualité de mon ami, répondit le monarque. Un jeune peintre qui espérait de parvenir à quelque fortune, si son talent étoit connu de Stanislas, lui présenta un tableau que les courtisans critiquèrent durement. Le prince bon et juste loue beaucoup l'artiste et paya généreusement l'ouvrage, en disant aux courtisans: « Ne voyez-vous pas, Messieurs, que ce pauvre homme a besoin de s'accréditer par son talent qui fera subsister sa famille? Si vous le découragez par vos censures, il est perdu. Il faut toujours aider les hommes, et jamais on ne gagne rien à leur nuire. » Ces actes continuels de bonté lui firent donner, d'une commune voix, le titre de Stanislas le Bienfaisant. Les revenus de ce prince étoient modiques; cependant, lorsqu'on vouloit apprécier ce qu'il faisoit, on le croyoit le plus riche potentat de l'Europe. Il suffira de donner un exemple de cette économie sage et raisonnée, qui lui faisoit faire de si grandes choses. Ce prince avoit donné aux magistrats de la ville de Bar 18000 écus, pour être employés à acheter du blé lorsqu'il seroit à bas prix, et le revendre ensuite aux pauvres à un prix médiocre, quand il seroit monté à un certain point de cherté. Par cet arrangement la somme augmentera tous les jours; et bientôt on la pourra répartir sur d'autres endroits de la province. Ce prince avoit beaucoup d'esprit et de lumières; il protégeoit les sciences et les arts. S'il avoit été un simple particulier, il se seroit distingué par son talent pour la mécanique. Nous avons de lui divers ouvrages de philosophie, de politique et de morale, imprimés d'une manière élégante, sous ce titre: Œuvres du Philosophe Bienfaisant, 1765, en 4 vol. in-8. Les libraires de Paris publièrent en même temps une édition in-12 en 4 vol. de ce recueil, en faveur de ceux qui ne pouvant donner dans le luxe typographique, se contentent de l'utile. L'amour des hommes, le désir de les voir heureux, la sagesse des principes, la grandeur des vues, les leçons courageuses données aux princes, rendent cette collection précieuse. M. l'abbé Proyard a publié son Histoire, Lyon, 1784, 2 vol. in-12; elle est fidelle, exacte, et écrite avec clarté et simplicité.
III. STANISLAS-AUGUSTE, (*Poniatowski*) étoit fils d'un simple gentilhomme de Lithuanie, qui, après avoir passé au service de *Charles XII* roi de Suède, et ensuite à celui d'*Auguste* roi de Pologne, parvint à épouser la princesse *Czartorinska*, descendante des *Jagellons*. Le jeune Polonois, doué de la plus belle figure et de graces naturelles, voyagea en Allemagne, et vint en France, où l'amitié de l'ambassadeur de Suède lui procura des relations agréables. Les dettes qu'il contracta à l'avis le firent mettre en prison; mais il en fut délivré par la générosité de Mme *Geofrin*, femme d'un riche entrepreneur de la manufacture des glaces. *Poniatowski* sortit de France pour aller en Angleterre; il s'y lia avec le chevalier *Hambury*, qui nommé par la cour de Londres à l'ambassade de Pétersbourg, l'emmena avec lui en Russie. Lest, brillant, audacieux, il ne tarda pas à plaire à la grande-duchesse qui fut *Catherine II*. Celle-ci, parvenue à l'empire, employa son influence pour faire monter son protégé sur le trône de Pologne, après la mort d'*Auguste III*. Cette influence étoit d'autant plus puissante, que cette souveraine avoit fait passer le maréchal de *Romanzoff* sur les bords de la Vistule avec 50 mille hommes répartis dans la Courlande, l'Esthonie et la Livonie, et que son ambassadeur *Kayserling* dominoit à Varsovie. L'élection de *Poniatowski* fut faite dans la diète de Wola, le 7 septembre 1764, et il prit le nom de *Stanislas-Auguste*. Le nouveau roi se conduisit aussitôt avec beaucoup de modération et de prudence. Il accueillit ceux qui lui avoient été opposés, et ne leur ôta point les emplois dont ils jouissoient. Des troubles religieux ne tardèrent pas à s'élever: les Protestans, connus sous le nom de *Dissidens*, exclus des diètes et du droit de suffrage par les Catholiques, réclamèrent l'exécution du traité d'Oliva conclu en 1660, par lequel plusieurs puissances leur avoient assuré leurs privilèges, et ils implorèrent le secours de la Russie. La diète de 1766 s'assembla; alors, les ministres Russe, Anglois et Prussien, lui présentèrent, en faveur des Protestans, des mémoires qui excitèrent de violens murmures. Le roi parut les favoriser; aussitôt les évêques catholiques lui reprochèrent de soutenir les ennemis de l'état; mais les armées russes qui s'avancèrent jusques aux portes de Varsovie, firent ouvrir les yeux à la diète sur le danger imminent de voir partager la Pologne par les puissances protectrices. Les Catholiques se réunirent en corps d'armée, sous le nom de *Confédérés*, ayant pour étendard, la Vierge et l'Enfant *JESUS*. Ils prirent, comme les anciens Croisés, des croix brodées sur leurs habits. L'un d'entre eux, nommé *Putawski*, résolut d'enlever le roi, et confia son projet à trois autres chefs, qui lui promièrent avec serment de lui livrer *Stanislas*, ou de le tuer s'ils ne pouvoient l'amener vivant. Ces trois chefs, à la tête de quarante dragons déguisés en paysans, entrèrent dans Varsovie, le 3 novembre 1771, par diverses portes, se réunirent dans la rue des Capucins, attaquèrent à dix heures Au soir la voiture du roi. Toute sa suite disparut, lui-même étoit descendu dans le dessein de s'échapper à la faveur de la nuit, lorsque les assassins le saisirent par les cheveux, en lui disant : ton heure est venue. L'un d'eux tira contre lui son pistolet si près, que Stanislas sentit la chaleur de la flamme, tandis qu'un autre lui donna sur la tête un coup de sabre qui pénétra jusqu'au crâne. Les conjurés le prirent alors au collet, et étant montés à cheval, ils le conduisirent, entre leurs chevaux, au grand galop, dans les rues de la capitale. Hors des portes, ils le mirent sur un cheval et l'entraînèrent dans leur fuite. La nuit étoit extrêmement sombre : les conjurés perdirent le chemin ; et comme les chevaux ne pouvoient plus se soutenir de lassitude, ils obligèrent le monarque à descendre et à les suivre à pied, avec un seul soulier, l'autre s'étant perdu dans le trajet. Ils continuèrent alors leur route à travers des terres impraticables, sans chemin tracé, sans savoir où ils étoient. Pendant la route, plusieurs demandèrent souvent à leur chef Kosinski, s'il n'étoit pas temps de mettre le roi à mort. Au point du jour les assassins s'apercevant qu'ils n'étoient pas fort éloignés de Varsovie, s'enfuirent, et Stanislas resta seul avec Kosinski, qui étoit à pied comme lui. Cependant, ce dernier commença à laisser entrevoir quelque inquiétude. Quel moment ! lorsque ce malheureux dit à son prince tout sanglant : Vous êtes pourtant mon roi ! — « Oui, répondit Stanislas, et votre bon roi, qui ne vous ai jamais fait de mal. » Ce dernier profita aussitôt de cet instant pour représenter à Kosinski l'atrocité de son action, et l'invalidité du serment qu'il avoit prêté. Kosinski resta attentif à ce discours, et dit au monarque : « Si, consentant à vous sauver la vie, je vous conduis à Varsovie, quelle en sera la suite ? Je serai arrêté et mis à mort. » Le roi lui donna sa parole qu'il ne lui seroit fait aucun mal. Alors Kosinski ne résistant plus, tomba aux pieds de son souverain, en l'assurant qu'il se fioit entière à sa générosité. Le roi parvenu au petit moulin de Mariemont, écrivit au gouverneur de la capitale, et ses gardes accoururent aussitôt pour le chercher et le reconduire à son palais. Deux chefs des conjurés furent arrêtés et condamnés à mort ; Kosinski obtint sa grace, et se retira en Italie, où il jouit, pendant sa vie, d'une pension annuelle que lui fit le roi. — En 1787, Stanislas se rendit à Kanieff, à la rencontre de Catherine II, qui alloit visiter les vastes contrées de la Tauride et du Caucase. Depuis 23 ans ils ne s'étoient vus : leur entrevue fut affectueuse. L'impératrice décora son ancien favori de l'Ordre de St-André, et lui fit espérer plusieurs avantages pour le négoce des Polonois ; de son côté, Stanislas célébra par de brillantes fêtes sur les bords du Nieper, la présence de la flotte russe. Ces preuves de déférence n'arrêtèrent cependant pas l'envahissement de ses états, qui s'exécuta quelque temps après par la Russie, les cours de Vienne et de Berlin. En 1792, les armées de Prusse et de Catherine entrèrent en Pologne, repoussèrent les tentatives de Koczisko pour la défendre, emportèrent d'assaut Wilna, s'emparèrent de Varso- vie, portèrent le ravage dans toutes les contrées qu'elles traversèrent, et finirent par les partager. Au mois de novembre 1795, le prince de *Repnin*, général Russe, remit à *Stanislas* une lettre de *Catherine*, portant, « que l'effet des arrangements pris par elle, devenoit la cessation de l'autorité royale en Pologne ; qu'ainsi, on lui donnoit à juger s'il n'étoit pas convenable qu'il abdiquât formellement. » En effet, *Stanislas*, cédant au vœu de *Catherine*, qui devenoit un ordre pour lui, signa l'acte d'abandon à un trône qu'il lui devoit, et qu'il ne put ni défendre, ni conserver. Relégué à Grodno, il chercha à y oublier sa grandeur disparue, dans la tranquillité d'une vie obscure. *Paul I*, succédant à sa mère à l'empire de Russie, appela près de lui *Stanislas*, le logea dans le palais impérial, et chercha à le dédommager de son dépouillement par tous les égards dus au malheur. Ce dernier monarque Polonois est mort à Pétersbourg, le 11 avril 1794. Il eut des qualités plus propres à le faire aimer dans une société privée, qu'à lui donner le droit de commander aux hommes et de les défendre. Instruit et spirituel, il parloit et écrivoit les sept principales langues de l'Europe. « *Stanislas*, dit un écrivain moderne, enflammé un moment par ceux des Polonois qui s'indignoient de voir leur patrie sous un joug étranger, mais effrayé bientôt par la Russie, ne fit que hâter la chute de son pays, en tentant quelques-uns de ces efforts inutiles qui sont toujours pernicieux, lorsqu'on n'a pas le courage de les soutenir. Enfin, dominé, repoussé par tous les partis étrangers et Polonois, il succomba sans exciter d'intérêt, même de pitié, et devint une nouvelle preuve de cette vérité trop souvent prouvée, que, sur le trône, la foiblesse et l'indécision furent toujours les pires de tous les vices. » I. STANLEY, (Guillaume) grand chambellan de *Henri VII* roi d'Angleterre, joua un grand rôle dans les démêlés sanglans qui portèrent ce prince sur le trône, et n'en périt pas moins sur un échafaud, victime de la perfidie de *Clifford* et de l'avare ingratitude de *Henri*. *Clifford*, qui avoit d'abord trahi son roi pour embrasser le parti de son ennemie *Marguerite* duchesse de *Bourgogne*, trahit à son tour cette princesse, qui avoit eu la foiblesse de nommer à ce traître les principaux conspirateurs qui soutenoient en Angleterre le parti de la *Rose Blanche*. Le lâche *Clifford* accourut à Londres se jeter aux pieds du roi, offrant d'expier son attentat par tels services qu'on exigeroit de lui. Le monarque lui promet son pardon, aux conditions qu'il déclarera ses complices. Il nomme *Stanley*... *Henri*, prenant le masque de la dissimulation, affecte de l'étonnement, somme avec vivacité l'accusateur de prouver ce qu'il avance, et lui dit même que sa vie répondra d'une pareille inculpation contre son ami, s'il est innocent. *Clifford* persiste et *Henri* fait mettre *Stanley* aux fers : c'est où le roi brûloit d'arriver. Le malheureux lord possédoit des richesses immenses. Voilà son véritable crime aux yeux d'un prince qui tenoit un registre secret de tout ce que lui rapportoient les confiscations, et qui avoit toujours sous les yeux la liste des personnes opulentes de son royaume. Ce riche infortuné fut dans la suite condamné à mort et décapité, lui à qui ce prince avoit obligation de la victoire de Bosworth, et peut-être du sceptre d'Angleterre : en effet, *Stanley* avoit abandonné *Richard III* pour suivre son rival, et il ramassa sur le champ de bataille la couronne de *Richard*, qu'il posa lui-même sur le front du vainqueur. Mais les rois et les vainqueurs (on l'a dit) sont d'illustres ingrats, qui sacrifient plus souvent à leurs passions qu'à leurs devoirs et à l'équité ; et *Henri VII* mérite moins que tout autre une exception honorable.
STAROVOLSKI, (Simon) géographe et littérateur Polonois du XVIIe siècle, rendit deux hommages littéraires à sa patrie. I. Il en composa une Description géographique, en latin, sous le titre de POLONIA. Conrinzius, après l'avoirornée de Cartes et d'une bonne Préface, l'augmenta et la corrigea; et malgré cela, elle ne passe pas pour trop exacte. II. Les Eloges et les Vies, en latin, de cent Ecrivains illustres de Pologne, in-4e: recueil où l'amour de la gloire de ses compatriotes domine plus qu'une saine critique. Il y a d'ailleurs beaucoup d'inepties, parmi plusieurs choses curieuses.
STATIRA, fille de Darius Codoman, fut prise avec sa mère par Alexandre le Grand, après la bataille d'Issus, l'an 332 avant J. C. Ce prince, qui l'avoit refusée lorsque Darius la lui offrit pour gage de la paix, l'épousa lorsqu'elle fut son esclave. Les noces furent célébrées après qu'Alexandre fut de retour des Indes; et ce fut comme une espèce de triomphe. Il y eut 9000 personnes de cette fête, à chacune desquelles ce conquérant donna une bouteille d'or pour sacrifier aux Dieux. Statira n'eut point d'enfants: Roxane lui ete la vie après la mort d'Alexandre, l'an 323 avant J. C... La femme de Darius s'appeloit aussi STATIRA. Elle étoit enceinte lorsqu'elle fut faite prisonnière. Ses asilleurs lui ayant occasionné une hausse-couche, elle mourut quelque temps après, et fut enterrée magnifiquement par les soins d'Alexandre, qui l'avoit traitée avec beaucoup de respect, et qui mêla ses larmes à celles de sa famille.
STAUPITZ, ( Jean ) Staupitius, vicaire général de l'Ordre des Augustins, né en Misnie d'une famille noble, fut le premier doyen de la faculté de théologie en l'université de Wittemberg. Staupitz y appela d'Erford en 1508, le fameux Luther, pour y être professeur en théologie; mais lorsque cet Hérésiarque répandit ses erreurs, Staupitz se retira à Saltzbourg, où il fut abbé de St-Pierre, et où il termina sa vie en 1527. On a de lui, en allemand: I. Un Traité de l'amour de Dieu. II. Un autre de la Foi Chrétienne, traduit en latin, Cologne, 1624, in - 8. III. Un Traité de l'Imitation de la Mort de Jésus-Christ.
STAURACE, fils de Nicéphore I, empereur d'Orient, avoit tous les vices de son père, et une figure qui les annonçoit, il étoit hideux. Il fut associé à l'empire en décembre 803. S'étant trouvé à la bataille que son père perdit contre les Bulgares en 811, il y fut dangereusement blessé. Dès qu'il fut guéri, il se rendit à Constantinople pour prendre possession du trône impérial; mais le peuple de cette ville l'avoit donné à Michel Blangabe, son beau-frère. Contraint de lui céder le sceptre, il se retira dans un monastère où il mourut au commencement de l'année 812. La cruauté et la tyrannie de Nicéphore ne contribuent pas peu à faire perdre l'empire à son fils.
STEINGEL, (Charles) Bénédictin Allemand du dernier siècle, s'est fait connoître par une Histoire de son Ordre en Allemagne, 1619 et 1638, 2 vol. in-fol., et par quelques ouvrages de piété. Parmi ces derniers, on distingue la Vie de S. Joseph, sous le titre de JOSEPHUS, in-8°, 1616. Ce petit ouvrage est assez recherché pour les singularités qu'il renferme, et pour les jolies figures dont il est orné. I. STELLA, (Jacques) peintre, né à Lyon en 1596, mourut à Paris en 1657, dans sa 61e année. Il avoit pour père un peintre qui le laissa orphelin à l'âge de neuf ans. Héritier de son goût et de ses talens, il s'adonna tout entier à l'étude du dessin. A vingt ans il entreprit le voyage d'Italie. Le grand-duc Cosme de Médicis l'arrêta à Florence et charmé de son mérite, l'employa dans les fêtes occasionnées par le mariage de Ferdinand II, son fils. Après un séjour de 7 ans à Florence, il se rendit à Rome où il se lia d'amitié avec le Poussin, qui l'aida de ses conseils. Stella fit une étude sérieuse d'après les grands maîtres et les figures antiques. On rapporte qu'ayant été mis en prison sur la fausse accusation d'un commerce adultère, ce peintre s'amusa à dessiner sur le mur, avec du charbon, une Vierge tenant l'Enfant Jesus. Depuis ce temps, les prisonniers tiennent en cet endroit une lampe allumée, et y viennent faire leur prière. Les faux témoins qui avoient fait arrêter Stella, furent punis du fouet. La réputation et le mérite de ce peintre s'étant déjà répandus au loin, on voulut lui donner à Milan la direction de l'académie de peinture, qu'il refusa. Le roi d'Espagne le demandoit; l'amour de la patrie l'attira à Paris, où le roi le nomma son premier peintre, lui accorda une pension, avec un logement aux galeries du Louvre, et le fit chevalier de St-Michel. Cet artiste a également réussi à traiter les grands et les petits sujets. Il avoit un génie heureux et facile; son goût le portoit à un style enjoué. Il a parfaitement rendu des Jeux d'Enfans, des Pastorales. L'étude qu'il fit d'après l'antique, lui donna un goût de dessin très-correct. Son coloris est cru et donne trop dans le rouge. Ses ouvrages se sentent de son caractère qui étoit froid; il a peint de pratique : au reste sa manière est gracieuse et fine, et ce peintre doit être mis au rang des bons artistes. Audran, Gruiter et Paul Maupain ont gravé la plupart de ses dessins. Jacques Stella avoit trois nièces, Antoinette, Françoise et Claudine Bouzonnet, qui se sont distinguées par leur talent pour la gravure, et qui ont mis dans leurs ouvrages le goût et l'intelligence qu'on peut exiger des plus grands maîtres. Antoinette a gravé plusieurs tableaux de Jules-Romain. Elle mourut en 1676. Françoise a gravé 66 planches d'ornement antiques, et 50 de vases, Claudine a gravé une Estampe de Moïse exposé sur les eaux; un Crucifix, d'après le Poussin; le Livre des Jeux de l'Enfance, et les Pastorales, d'après son oncle; et plusieurs planches pour des Missels, sur ses propres dessins.
III. STELLA, (Antoine Bousonnet) de la même famille que le précédent, se distingue de même dans la peinture. On voit plusieurs de ses tableaux à Lyon, d'où il étoit natif. Il mourut en 1682, dans un âge avancé.
IV. STELLA, (Jules-César) poète Latin du XVIe siècle, natif de Rome, composa, à l'âge de 20 ans, les deux premiers livres d'un poème intitulé : la Colombie ou les Expéditions de Chris- tophe Colomb dans le Nouveau-Monde, à Londres, 1585, in-4.º Ce poème fut admiré de Muret, qui apparemment étoit plus surpris de la jeunesse de l'auteur, que de la bonté de l'ouvrage. Madame du Bocage en a profité dans sa Colombiade, Paris, 1756. Il y eut sous Domitien, un autre poète appelé Stella Aruntius, qui composa plusieurs Epigrammes dans le goût de celles de Catulle, mais non avec la même élégance. V. STELLA, Voy. SWIFT.
STESICRATE, est ce fameux sculpteur et architecte Grec, qui offrit à Alexandre le Grand de tailler le Mont-Athos, pour en former la statue de ce prince Il se proposoit de laisser dans chaque main, un espace pour y bâtir une ville, et de faire passer la Mer entre ses jambes. *Alexandre* rejeta ce projet, suivant la plus commune opinion.
STEVART, (Pierre) professeur à Ingolstadt, ensuite chanoine de Saint-Lambert à Liège sa patrie, mourut en 1621, à 71 ans. Il commenta la plupart des *Epitres de S. Paul*, en 10 vol. in-4°, et fit l'*Apologie des Jésuites*, 1593, in-4°. Ces ouvrages ont en étendue ce qui leur manque en solidité.
STEUBERT, (Jean Engelhard) professeur de théologie à Rintelen, et surintendant des Eglises du comté de Schomberg, étoit né à Marpurg en 1693, et mourut en 1747. On a de lui des Traités sur les *Jubilés des Juifs*, et sur les *Premiers-Nés*; et un grand nombre de *Dissertations* académiques, qui roulent la plupart sur des passages obscurs des Livres saints.
STEUCUS - EUGUBINUS, (Augustin) surnommé *Eugubinus*, parce qu'il étoit de Gubio, dans le duché d'Urbin. Il se fit chanoine régulier de la congrégation du Sauveur vers l'an 1540, devint garde de la bibliothèque apostolique, et évêque de Ghisairo en Candie. On a de lui des *Notes* sur le Pentateuque, des *Commentaires* sur 47 Pseannes, et d'autres ouvrages imprimés à Paris en 1577, et à Venise, 1591, en 3 vol. in-fol., dans lesquels tout n'est pas à priser.
STEVENS, (George Alexandre) acteur Anglois dans le dernier siècle, est auteur de quelques pièces de théâtre, et d'un roman intitulé *Tom Fou*. — Un Archi-tecte, de son nom, mort en 1726, a construit, en Angleterre, un grand nombre de ponts remarquables par leur solidité et leur élégance.
STEVENS, (Palamède) peintre Anglois, né à Londres en 1607, mort en 1638, voyagea en Flandre et en Italie, pour y puiser la connoissance des grandes beautés en peinture. Ses tableaux de batailles et de campemens sont très-recherchés. — Son frère *Antoine*, mort en 1680, fut renommé pour le portrait.
STEVIN, (Simon) mathématicien de Bruges, mort en 1635, fut maître de mathématiques du prince *Maurice de Nassau*, et intendant des digues de Hollande. On dit qu'il fut l'inventeur des *Chariots à voiles*, dont on s'est quelquefois servi en Hollande. On a de lui: I. Un *Traité de Statique*, curieux et estimé. II. Des *Problèmes géométriques*. III. Des *Mémoires mathématiques*. IV. Un *Traité de Portuum investigandorum ratione*; et un grand nombre d'autres ouvrages en flamand, qui ont été traduits en latin par *Snellius*, et imprimés en 2 vol. in-fol. On y trouve plusieurs idées utiles.
STEWART, (Matthieu) né à Rothsay en Ecosse, vers l'an 1717, et mort en 1786, alla étudier les mathématiques à Edimbourg sous le célèbre *Maclaurin*, auquel il succéda dans sa chaire de professeur à l'université. En 1761, il publia divers *Traités* de physique et de mathématiques sur la théorie de la lune, la distance du soleil à la terre, etc. On lui doit encore un Ouvrage E e 4 intitulé : *Propositiones more re-*
**STILICON**, Vandale, et général de l'empereur *Théodose-le-Grand*, épousa *Sérène*, nièce de ce prince, et fille de son frère. Quelque temps après *Théodose* ayant déclaré ses fils empereurs, *Arcadius* d'Orient, et *Honorius* d'Occident, donna *Rufin* pour tuteur au premier et *Stilicon* au second. *Stilicon* commença le règne d'*Honorius* par faire alliance avec les Barbares du Nord, et par faire assassiner *Rufin*, de- venu son ennemi. Il combattit ensuite les Goths commandés par *Alaric*, qui ravageoit la Thrace, la Grèce et l'Illyrie, et fit périr *Gisden* qui avoit excité une révolte en Afrique. *Alaric* ayant passé en Afrique avec une armée formidable, fut de nouveau attaqué par *Stilicon*, qui gagna la célèbre bataille de Pollerue, le 29 mars 403, et lui enleva ses conquêtes. L'Italie fut ravagée, deux ans après, par *Radagaise* que *Stilicon* vainquit et fit mourir; mais il priva l'empire du fruit de sa victoire. Dans la crainte que son crédit ne diminuât après la paix, il appela de nouveaux Barbares. Ce ne fut pas son seul crime : il forma l'abominable dessein de détrôner *Honorius*, et de faire proclamer empereur son fils *Eucher*. Ainsi il sacrifia à ses intérêts l'empire, auquel il avoit tant de fois sacrifié sa vie. Il envoya secrètement solliciter les Vandales, les Suèves, les Alains de prendre les armes, et leur promit qu'il seconderoit leurs efforts. Les Barbares s'étant établis dans plusieurs pays soumis aux Romains, firent venir de nouvelles troupes à leur secours, tandis que l'Angleterre se révoltit et reconnoissoit en qualité d'empereur un soldat nommé *Constantin*, qui après s'être emparé d'une partie des Gaules et de l'Espagne, donnoit le gouvernement de ce dernier Etat à son fils *Constant*. *Stilicon* étoit soupçonné d'entretenir tous ces mouvemens. L'empereur *Honorius* ouvrit enfin les yeux, et fut secondé par les troupes. Les soldats instruits des intrigues secrètes que *Stilicon* avoit entretenues avec les Barbares, pour mettre son fils sur le trône, entrèrent en fureur contre lui, massacrèrent tous ses amis, et le cherchèrent pour l'immoler à leur vengeance. A cette nouvelle, *Stilicon* se sauva à Ravenne; mais *Honorius* l'ayant poursuivi, lui fit trancher la tête, l'an 408. Son fils *Eucher* et *Sérène* sa femme, furent étranglés quelque temps après. *Stilicon* étoit un politique habile, un négociateur adroit, un guerrier en même temps prudent et hardi. Il eût été un sujet utile et un bon citoyen sous un prince ferme et vigilant; il fut un factieux sous *Honorius*. I. STILLINGFLEET (Edouard) — théologien Anglois, naquit en 1639 à Cranburn, dans le comté de Dorset. L'évêque de Londres le fit curé de la paroisse de St-André, et peu après le roi *Charles II* le choisit pour un de ses aumôniers. Son mérite le fit élever à l'évêché de Worcester, et charger par le roi *Guillaume III* de revoir la Liturgie Anglicane. Ses ouvrages ont été imprimés en 6 vol. in-fol. On estime sur-tout ses *Origines Britannica*; ses *Ecrits* contre *Locke*, qui avoit avancé qu'on ne pouvoit prouver l'immortalité de l'ame que par l'Écriture. *Champion* a donné une traduction françoise, in-8°, du Traité intitulé : *Si un Protestant, laissant la Religion Protestante pour embrasser celle de Rome, peut se sauver dans la Communion Romaine ?* L'original avoit paru à Londres en 1677. Ce célèbre théologien mourut en 1699 dans la 64$^{e}$ année de son âge. Son fils nommé *Edouard* comme lui, mort en 1708, et son petit-fils *Benjamin*, en 1771, à 69 ans, cultivèrent la physique et la littérature. Le dernier a laissé divers Écrits.
II. STILLINGFLEET, (Benjamin) poète et naturaliste Anglois, mort en 1771, à l'âge de 69 ans, voyagea long-temps dans diverses contrées de l'Europe, et à son retour il publia : I. Des Poésies dans la collection de Dodsley. II. Des Voyages et Mélanges, 1759, in-8.º III. Le Calendrier de Flore, 1761, in-8.º IV. Principes et puissance de l'harmonie, 1771, in-4.º
STOBEE, (Jean) auteur Grec du IVe ou du Ve siècle, avoit écrit divers ouvrages, dont Photius fait mention dans sa Bibliothèque. Les plus importans sont ses Sentences, traduites en latin par Conrad Gessner, Lyon, 1608, et Genève, 1609, in-fol. Il ne nous en est resté que des fragmens, qui sont indubitablement de lui. Il s'y trouve bien des choses ajoutées par ceux qui sont venus après. Cet auteur est moins recommandable par son esprit ou par son érudition, que parce qu'il nous a conservé plusieurs morceaux précieux des anciens Poètes et des Philosophes, sur-tout par rapport à la morale. I. STOCK, (Simon) général de l'Ordre des Carmes, étoit Anglois. Il se retira dès l'âge de douze ans dans une solitude, et habita dans le creux du pied d'un gros arbre qui étant nommé Stock en anglois, donna le nom à ce célèbre pénitent. C'étoit à peu-près vers le temps où les Carmes passèrent de la Palestine en Europe. Il prit leur habit, devint leur général, et mourut à Bourdeaux en 1265, après avoir composé quelques ouvrages de piété, très-médiocres. Ses confrères ont prétendu que dans une vision la sainte Vierge lui donna le Scapulaire, comme une marque de sa protection spéciale envers tous ceux qui le porte-roient. L'Office et la Fête du Scapulaire ont été approuvés depuis ce temps-là, par le Saint-Siège. Launoy a fait un volume, pour montrer que la vision de Simon Stock est une fable, et que la Bulle appelée Sabbatine, qui approuve le Scapulaire est supposée; mais cette dévotion n'en a pas été moins répandue. Il n'est pas aisé de savoir, dit le P. Heliot, le temps auquel la confrérie du Scapulaire a été établie. Lezane dit que les papes Etienne V, Adrien II, Sergius III, Jean X, Jean XI et Sergius IV, ont remis la troisième partie de leurs péchés à ceux qui entroient dans cette association pieuse. Or Simon Stock n'étant mort qu'en 1265, et Etienne V ayant été élu pape en 816, et ayant accordé, selon les Carmes, des indulgences aux confrères du Scapulaire, il s'ensuit que cette confrérie étoit établie plus de 450 ans avant qu'on eût songé seulement au Scapulaire parmi les Carmes. Ce qu'on peut conclure encore, c'est que si les historiens du Scapulaire sont des hommes fort pieux, ils ne sont pas des critiques fort habiles. Quoi qu'il en soit, l'office et la fête du Scapulaire ont été approuvés depuis ce temps-là, par le Saint-Siège, comme n'ayant rien d'opposé à la foi des Chrétiens, et pouvant au contraire contribuer à la piété et à la dévotion envers la sainte Vierge: car c'est-là tout ce que signifient ces sortes d'approbations; l'Eglise n'ayant jamais prétendu attester la certitude d'aucune révélation ou vision particulière, même dans les Saints canonisés comme l'observent Noël Alexandre, Muratori, Benoit XIV.
STRABON, *Voy. WALLAFRID.* I. STRADA, (Famien) jésuite de Rome, mort au collège Romain, en 1649, à 78 ans, professa long-temps les belles-lettres dans sa Société, et se fit un nom par sa facilité d'écrire en latin. Les princes *Farnèse* l'engagèrent à écrire l'*Histoire des Guerres des Pays-Bas*. Elle est divisée en deux décades. La première qui s'étend depuis la mort de *Charles-Quint* jusqu'en 1578, vit le jour à Rome en 1640, in-fol. La seconde, qui renferme les événemens depuis 1578 jusqu'à l'an 1590, fut imprimée au même endroit en 1647, in-fol. On en a une *Traduction* françoise, Bruxelles, 4 vol. in-12. Cet historien a de l'imagination; il écrit d'une manière brillante et animée; mais il est jésuite et rhéteur, les harangues, les digressions, les descriptions étudiées surchargent son ouvrage. Il ignore la guerre et la politique, et ne dit la vérité qu'à moitié, sur-tout lorsqu'il est question des Espagnols qu'il flatte trop. Sa qualité de Jésuite excita la bile de *Scioppius* contre son Histoire. Celui-ci en fit une Critique qu'il intitula : *Infamia Famiani Stradæ*, et dans laquelle il répandit le fiel à pleines mains : cette critique au lieu de ruiner la réputation de *Strada*, ne servit qu'à l'établir encore davantage. Le latin de cet histo- histo-rien est assez pur, quoique inférieur à celui de *Maffée*. On a encore de lui *Prolusiones Academicae*; ce sont des dissertations sur différens sujets de littérature, écrites avec élégance et pureté. On y trouve des imitations des meilleurs poètes latins, dont il prend si bien le style, que les plus habiles pourroient s'y méprendre. Ce livre moins connu que son Histoire, lui est peut-être préférable.
STRAFFORT, (Thomas Wentworth, comte de) d'une famille distinguée d'Angleterre, étoit un seigneur plein de courage et d'éloquence. Il se signala dans le parlement contre l'autorité royale. Charles I le mit du parti de la cour par ses bienfaits; il le nomma comte de Straffort, et vice-roi d'Irlande. Depuis lors, Straffort se dévoua avec tant de chaleur à son service, que les grands et la nation, irrités contre Charles, tournèrent toute leur fureur contre son favori. La chambre des Communes l'accusa de haute trahison. On lui imputa quelques malversations inévitables dans ces temps orageux, mais commises toutes pour le service du roi. Les pairs le condamnèrent au dernier supplice. Il falloit le consentement de Charles pour l'exécution. Le peuple demandoit sa tête à grands cris. Straffort poussa la grandeur d'une jusqu'à supplier lui-même le roi de consentir à sa mort. La nécessité détermina enfin le roi, qui nomma quatre commissaires pour signer le bill en son nom, ne pouvant se résoudre à le faire de sa propre main. Straffort à cette nouvelle, ne put s'empêcher d'en témoigner sa surprise par ce passage de l'Écriture, trop convenable aux circonstances: Ne mettez pas votre confiance dans les Princes, ni dans les enfans des hommes, parce qu'il n'y a point de salut à espérer d'eux. Il marcha cependant au supplice avec une fermeté héroïque. Je crains, dit-il sur l'échafaud, que ce ne soit un mauvais présage pour la réforme qu'on projette dans l'Etat, que de commencer par l'effusion du sang innocent... Charles I se reprocha jusqu'à la fin sa foiblesse comme un crime. Il avoit promis au comte que le Parlement ne toucheroit pas à un poil de sa tête, et il ne pouvoit s'excuser lui-même d'avoir consenti à la mort d'un si fidelle serviteur. Il eut la tête tranchée le 12 mai 1641. Straffort répétoit souvent à son maître une maxime mémorable: Si quelquefois la nécessité oblige les Souverains de violer les Lois, on doit user de cette licence avec une extrême réserve; et aussitôt qu'il est possible, on doit faire réparation aux Lois, pour tout ce qu'elles ont pu souffrir de ce dangereux exemple. « Ce ministre (dit M. l'abbé Millot) n'étoit pas sans doute exempt de reproche. Mais Rapin Thoyras nous paroît trop prévenu contre son mérite. Pendant son gouvernement d'Irlande, il acquit dans cette importante et difficile commission, un droit éternel à la reconnaissance publique. Ses soins, sa vigilance, sa fermeté y avoient maintenu la paix, augmenté les ressources, encouragé l'agriculture et l'industrie, établi des manufactures, rendu la marine cent fois plus forte qu'il ne l'avoit trouvée, et toujours concilié les intérêts du roi avec ceux des peuples. » Quand ses juges lui reprochèrent quelques actes de juridiction arbitraire, justifiés par la coutume ou par les circonstances, il leur dit: Si vous examinez les Ministres du Roi dans les plus minces détails, l'examen deviendra intolérable; et si, pour de légères fautes, vous les soumettez à des peines rigoureuses, les affaires publiques seront abandonnées. données. Jamais homme sage, qui aura une réputation ou une fortune à perdre, ne voudra s'engager dans des périls si affreux pour des choses de si peu de conséquence. La mort de Charles suivit bientôt celle de ce généreux infortuné, dont la mémoire fut réhabilitée sous Guillaume III. Le jésuite d'Orléans, dans ses Révolutions d'Angleterre, se plaint d'un historien qui a fait mourir Straffort en vrai chrétien, puisqu'on ne peut mourir en vrai chrétien, dit-il, quand on ne meurt pas dans la vraie Eglise. Mais si Straffort mourut avec toute la résignation qu'inspire le christianisme, on peut dire qu'il eut à sa mort les sentimens d'un chrétien, et qu'il est à regretter qu'il n'ait pas eu la foi d'un catholique.