TIMAGÈNE, rhéteur d'Alexandrie, étoit fils d'un orfèvre. Ayant été fait prisonnier au siège de cette ville, il fut transporté à Rome où le fils de *Sylla* l'affranchit à cause de ses talens. Réduit d'abord à être cuisinier et porteur de chaise, il reprit quelque temps après sa profession de rhéteur et gagna les bonnes graces de *Jules-César*. Mais il ne sut pas les conserver. Son esprit mordant et caustique lui fit défendre l'entrée du palais du dictateur; et *Timagène* piqué, brûla l'histoire qu'il avoit faite de ce héros.
TIMANDRIDE, Spartiate, célèbre par sa vertu. En partant pour un voyage, il abandonna le gouvernement de sa maison et de ses biens à son fils. De retour ayant reconnu que par son économie il avoit augmenté son hé- héritage, il lui dit : *Qu'il avoit commis une grande injustice contre les Dieux, ses proches, ses amis, ses hôtes et les pauvres, puisqu'il devoit, à l'exception des besoins de la vie, partager entre eux tout ce qui lui restoit de superflu.*
TIMANTHE, peintre de Sicyone, et selon d'autres, de Cythne l'une des Cyclades, contemporain de *Pamphile*, vivoit sous le règne de *Philippe* père d'*Alexandre le Grand*. Ce peintre avoit le talent de l'invention. C'est lui qui est l'auteur de ce fameux tableau d'*Iphigénie* regardé comme un chef-d'œuvre de l'art. Le peintre avoit représenté *Iphigénie* avec toutes les graces attachées à son sexe, à son âge, à son rang; avec le caractère d'une grande ame qui se dévoue pour le bien public, et avec l'inquiétude que l'approche du sacrifice devoit naturellement lui causer. Elle étoit debout devant l'autel. Le grand prêtre *Calchas* avoit une douleur majestueuse, telle qu'elle convenoit à son ministère. *Ulysse* paroissoit aussi pénétré de la plus vive douleur. L'art s'étoit épuisé à peindre l'affliction de *Ménelas* oncle de la princesse, d'*Ajax* et d'autres personnages présents à ce triste spectacle. Cependant il restoit encore à marquer la douleur d'*Agamemnon* père d'*Iphigénie*. Le peintre par un trait également ingénieux et frappant, couvrit son visage d'un voile. Cette idée a été heureusement employée plusieurs fois depuis, et sur-tout dans le *Germanicus* du *Poussin*. *Timanthe* peignit un Cyclope endormi; pour faire juger de la grandeur de ce géant, il avoit placé près de lui T I M / 63 des Satyres qui s'amusoient à mesurer son pouce avec un thyrse, espèce de bâton fort élevé. Ce peintre se couvrit aussi de gloire par la victoire qu'il remporta sur le fameux *Parrhasius* vainqueur de *Zeuxis*. On avoit proposé un prix pour celui qui exprimeroit le mieux la colère d'*Ajax*, furieux de n'avoir pu obtenir les armes d'*Achille*. La supériorité fut adjugée à *Timanthe*; et le vaincu exhala son dépit contre ses juges en ces termes : *Pauvre Ajax ! ton sort en vérité me touche plus que le mien propre. Te voilà donc encore une fois sur le point de céder la palme à un homme qui à beaucoup près ne te vaut pas ?*
**TIMARETTE**, jeune Grecque fille de *Micon*, est la première de son sexe qui ait peint avec succès. I.
**TIMÉE DE LOCRES**, vit le jour à *Locres* en Italie. *Pythagore* fut son maître. Il supposa avec lui une matière capable de prendre toutes les formes, une force motrice qui en agitoit les parties, et une intelligence qui dirigeoit la force motrice. Il reconnut comme son maître que cette intelligence avoit produit un monde régulier et harmonique. Il jugea qu'elle avoit vu un plan sur lequel elle avoit travaillé et sans lequel elle n'auroit su ce qu'elle vouloit faire. Ce plan étoit l'idée, l'image ou le modèle qui avoit représenté à l'intelligence suprême le monde avant qu'il existât, qui l'avoit dirigée dans son action sur la force motrice, et qu'elle contemploit en formant les élémens, les corps et le monde. Ce modèle étoit distingué de l'intelligence productrice du monde, comme l'architecte l'est de ses plans. *Timée de Locres* divisa donc encore la cause productrice du monde, en un esprit qui dirigeoit la force motrice, et en une image qui la déterminoit dans le choix des directions qu'elle donnoit à la force motrice, et des formes qu'elle donnoit à la matière. La force motrice n'étoit, selon *Timée*, que le feu. Une portion de ce feu, dardée par les astres sur la terre, s'insinuoit dans des organes, produisoit des êtres animés. Une portion de l'intelligence universelle s'unissoit à cette force motrice, et formoit une ame qui tenoit pour ainsi dire le milieu entre la matière et l'esprit. Ainsi l'ame humaine avoit deux parties: une qui n'étoit que la force motrice, et une qui étoit purement intelligente. La première étoit le principe des passions; l'autre étoit répandue dans tout le corps, pour y entretenir l'harmonie. Tous les mouvemens qui entretiennent cette harmonie, causent du plaisir; et tout ce qui la détruit, de la douleur, selon *Timée*. Les passions dépendoient donc du corps; et la vertu de l'état des humeurs et du sang. Pour commander aux passions, il falloit, selon *Timée*, donner au sang le degré de fluidité nécessaire pour produire dans le corps une harmonie générale. Alors la force motrice devenoit flexible, et l'intelligence pouvoit la diriger. Il falloit donc éclater la partie raisonnable de l'ame après avoir calmé la force motrice, et c'étoit l'ouvrage de la philosophie. *Timée* ne croyoit point que les ames fussent punies ou récompensées après la mort. Les génies, les enfers, les furies n'é toient selon ce philosophe que des erreurs utiles à ceux que la raison seule ne pouvoit conduire à la vertu. On ne sait précisément en quelle année mourut Timée ; mais il est certain qu'il vivoit avant Socrate. Il nous reste de lui un petit Traité de la Nature et de l'Ame du monde, écrit en dialecte dorique. On le trouve dans les Œuvres de Platon, auquel ce traité donna l'idée de son Timée. Boyer d'Argens l'a traduit en françois avec de longues Notes, 1703, in-12. On avoit encore du philosophe Locrien l'Histoire de la Vie de Pythagore, dont parle Suidus, qui est perdue.
II. TIMÉE, rhéteur de Tauromine en Sicile, 285 avant J. C., fut chassé de la Sicile par le tyran Agathocles. Il se fit un nom célèbre par son Histoire générale de Sicile, et par son Histoire particulière de la guerre de Pyrrhus. Diodore de Sicile loue son exactitude dans les choses où il ne pouvoit satisfaire sa malignité contre Agathocles et contre ses autres ennemis. On avoit encore de lui des ouvrages sur la rhétorique ; mais toutes ces productions sont perdues pour la postérité.
III. TIMÉE, sophiste, laissa un Lexicon vocum Platonicarum, qui parut à Leyde, 1754, in-8°, par les soins de David Ruhnkenius.
TIMOCLÉE, dame Romaine, fut violée dans le sac de Thèbes par un officier Thrace qui lui demanda encore son or. Timoclée le mena dans son jardin où elle l'avoit, disoit-elle, caché dans un puits. Le capitaine s'ap- procha du bord et se baissa pour en sonder la profondeur. Alors Timoclée l'ayant poussé de toutes ses forces, le précipita dans le puits, et jeta sur lui une si grande quantité de pierres qu'il fut bientôt étouffé.
TIMOCRÂTE, philosophe Grec, parut véritablement digne de ce nom par l'austérité de ses mœurs. Il s'étoit d'abord interdit les spectacles ; mais il se réconcilia ensuite avec eux. On ignore le temps auquel il vivoit.
TIMOCRÉON, poète comique Rhodien, vers l'an 476 avant J. C., est connu par sa gourmandise et par ses vers mordans contre Simonide et Thémistocle. On n'a de ce satirique que quelques fragmens dans le Corps des Poètes Grecs, Genève 1606 et 1614, 2 vol. in-folio. On lui fit cette épitaphe : Multa bière, et multa vorans, mali denique dicens Malcis, hic jasse Timocreon Rhodius. Ci gît sous ce somberu moins un homme qu'un chien : Avec versecité, mordre, manger et loire, Telle est en quatre mots l'histoire De Timocrion le Rhodien.
TIMOLÉON, capitaine Corinthien, étoit fils de Timodème, d'une famille distinguée. Il montra de bonne heure qu'il aimoit passionnément sa patrie. Son frère Timophane ayant voulu usurper le pouvoir souverain, Timoleon lui fit arracher la vie, aidé par son autre frère Satyras. (Voy. TIMOPHANE.) Les Syracuseurs tyrannisés par Denis le Jeune et par les Carthaginois, s'adressèrent vers l'an 323 avant J. C. aux Corinthiens, qui leur envoyèrent *Timoléon* avec dix vaisseaux seulement et mille soldats au plus. Ce généreux citoyen marcha hardiment au secours de Syracuse, sut tromper la vigilance des généraux Carthaginois qui, avertis de son départ et de son dessein par lettres, voulurent s'opposer à son passage. Les Carthaginois étoient pour lors maîtres du port, *Ictes* de la ville, *Denys* de la citadelle : mais *Denys* se voyant sans ressource, remit à *Timoléon* la citadelle avec toutes les troupes, les armes et les vivres qui y étoient, et se sauva à Corinthe. *Magon* général Carthaginois le suivit bientôt après. *Annibal* et *Amilcar* chargés du commandement après lui, résolurent d'aller d'abord attaquer les Corinthiens; mais *Timoléon* marcha lui-même à leur rencontre, avec une poignée de soldats qui déferent les Carthaginois et qui s'emparèrent de leur camp où ils trouvèrent un butin immense. Cette victoire fut suivie de la prise de plusieurs villes, ce qui obligea les Carthaginois à demander la paix. Les conditions furent, qu'ils ne posséderoient que les terres qui sont au-delà du fleuve Halicus près d'Agrigente; que ceux du pays auroient la liberté de s'établir à Syracuse avec leur famille et leurs biens, et qu'ils n'auroient aucune intelligence avec les tyrans. *Timoléon* passa le reste de sa vie à Syracuse avec sa femme et ses enfans. Il vécut en homme privé sans aucune envie de dominer, se contentant de jouir tranquillement de sa gloire. Il avoit d'abord voulu refuser l'emploi que lui donnèrent les Corinthiens, en le nommant capitaine général des troupes envoyées en Sicile; mais un mot plein de sens et d'élévation de la part du magistrat de la république, réveilla en lui l'ennemi de la tyrannie. *O Timoléon*, lui dit-il, *si tu acceptes cette charge, nous croirons que tu as tué un tyran; et si tu la refuses, nous serons persuadés que tu as assassiné ton frère*. Les Syracusains pleins de reconnoissance pour ce grand homme leur libérateur, le regardèrent toujours comme leur père. Les décisions sur les affaires importantes se régloient toujours sur ses avis. Ils virent un jour avec indignation deux particuliers l'accuser de malversation. Le peuple étoit même prêt à mettre les délateurs en pièces lorsque *Timoléon* arrêta cette fureur : *O Syracusains*, leur cria-t-il, *qu'allez-vous faire? Songez que tout citoyen a droit de m'accuser. Gardez-vous en cedant à la reconnoissance, de donner atteinte à cette même liberté qu'il m'est si glorieux de vous avoir rendue*. Il semblait aux Syracusains qu'une divinité tutélaire veïloit sur les jours de *Timoléon*. Dans le moment qu'après une célèbre victoire il offroit un sacrifice aux Dieux, deux assassins envoyés par les ennemis, trouvent le moyen de s'approcher de lui à la faveur de leur déguisement. Un d'eux avoit le bras levé pour le frapper, lorsque cet assassin est lui-même renversé par un inconnu qui le poignarde et se sauve aussitôt dans un lien écarté. Le camarade du mort effrayé de ce coup imprévu, s'approche de l'autel, l'embrasse, et demandant grâce à *Timoléon* lui révéla la suite du complot. Cependant on va à la poursuite de l'inconnu qui crie de toute 66 T I M sa force qu'il n'a commis d'autre crime que celui d'avoir vengé la mort d'un père que le malheureux qu'il venoit de tuer avoit autrefois assassiné dans la ville des Léontins. Il prend à témoin plusieurs des assistans qui confirment la vérité du fait, mais qui n'en admirent pas moins la manière dont la providence enchaîne souvent les événements pour déconcerter les vains projets des hommes. C'est de *Plutarque* qu'on a tiré ce fait et cette réflexion. Après la mort de *Timoléon*, on lui éleva un superbe monument dans la place de Syracuse, qui fut appelée *la place Timoléonte*. Le décret qui fut porté à l'occasion de ce monument, étoit conçu en ces termes: « Le peuple de Syracuse a voulu que *Timoléon* de Corinthe fils de *Timodème*, fût enterré aux dépens du public et qu'on employât aux frais de ses funérailles jusqu'à la somme de deux cents mines; et pour honorer davantage sa mémoire, il a ordonné qu'à l'avenir toutes les années le jour de son trépas, on célébrera en son honneur des jeux de musique et des jeux gymniques, et qu'on fera des courses de chevaux. Tout cela, parce qu'ayant exterminé les tyrans, défait en plusieurs batailles les Barbares, et repeuplé les plus grandes cités qui étoient abandonnées et désertes, il a donné aux Siciliens de très-bonnes lois. » *Voy. III. CÉPHALE*.
TIMOMAQUE, peintre célèbre de Bizance, avoit fait une *Médée* et un *Ajax* si supérieurement peints, que *César* les acheta 240,000 livres pour les consacrer dans le temple de *Vénus* à Rome. I. TIMON le *Misanthrope*, c'est-à-dire qui *hait les hommes*, né à Colyte bourgade de l'Attique vers l'an 420 avant J. C., étoit l'ennemi de la société et du genre humain, et il ne s'en cachoit pas. Il fuyoit la société comme on évite un bois rempli de bêtes féroces. Il alla néanmoins un jour dans l'assemblée du peuple auquel il donna cet avis impertinent: *J'ai un figuier auquel plusieurs se sont déjà pendus; je veux le couper pour bâtir en sa place; ainsi, s'il y en a quelqu'un parmi vous qui s'y veuille pendre, qu'il se dépêche*. Cet ennemi du genre humain ne laissa pas d'avoir un ami intime qui se nommoit *Apemante*, auquel il s'étoit attaché à cause de la conformité du caractère. Soupant un jour chez *Timon*, et s'étant écrié: *Chèr Timon, que ce repas me paroît doux!* — *Sans doute*, lui repartit-il, si tu n'y étois pas. Le même *Apemante* lui demanda un jour pourquoi il aimoit si tendrement *Alcibiade*, jeune homme hardi et entreprenant? C'est, lui répondit-il, *parce que je prévois qu'il sera la cause de la ruine des Athéniens*. Un tel original à sa mort ne dut pas être beaucoup pleuré. On lui fit une épitaphe, où son caractère étoit heureusement rendu, et qui se trouve dans l'*Anthologie*; la voici en vers françois: Passant, laisse me cendre en paix; Ne cherche point mon nom; apprends que je te hais: Il suffit que tu sois un homme. Tiens, tu vois ce tombeau qui me couvre aujourd'hui; Je ne veux rien de toi: ce que je veux de lui, C'est qu'il se brise et qu'il t'assomme. On dit qu'après sa mort, la mer indignée de baigner son tombeau qui étoit sur le rivage, le repoussa bien loin dans les terres. *Vôyez I. HÉRACLITE.*
II. TIMON, (Samuel) né à Thurna dans le comté de Trenschin en Hongrie, se fit Jésuite l'an 1693. Après avoir enseigné la philosophie, il voulut se consacrer aux pénibles fonctions de missionnaire dans sa patrie; mais sa mauvaise santé l'attacha à son cabinet où il ne cessa de travailler à l'histoire de son pays. Il mourut à Cassovie le 7 avril 1736, à 61 ans. Les monumens de son application sont : I. *Celebriorum Hungariae urbium et oppidorum chorographia*, Tir-nau, 1702, in-4.º *Gabriel Szerdahelyi* Jésuite en a donné une édition augmentée, Vienne 1718, in-4.º; Cassovie, 1732, et Tir-nau, 1770, in-4.º II. *Epitome rerum Hungaricarum*, Cassovie, 1736, in-folio. C'est un Abrégé chronologique des royaumes de Hongrie, Dalmatie et Croatie. III. *Imago antiquæ Hungariae*, Cassovie, 1734, in-8.º IV. *Imago novæ Hungariae*, Cassovie, 1734, in-8.º Ces deux ouvrages ont paru réunis à Vienne, 1754, un vol. in-4.º
TIMOPHANE, jeune homme qui n'écontoit que son ambition et ses plaisirs, voulut être le tyran de Corinthe sa patrie vers l'an 343 avant Jésus-Christ. Le célèbre *Timoléon* son frère auroit pu partager avec lui la souveraine autorité; mais bien loin d'entrer dans son complot, il préféra le salut de ses compatriotes à celui de son sang. Après avoir employé à plusieurs reprises, mais en vain, ses prières et ses remontrances pour engager *Timophane* à rendre la liberté à ses concitoyens, il le fit assassiner. Plusieurs admirèrent cette action comme le plus noble effort de la vertu humaine; les autres jugèrent que *Timoléon* avoit violé les droits les plus sacres de l'amitié fraternelle. Sa mère inconsolable ne voulut pas le voir et lui refusa sa porte. *Plutarque* ne pensoit point ainsi. D'autres philosophes pensèrent comme lui que les droits de la nature devoient céder à ceux de la patrie. Le caractère de cet inflexible républicain est développé avec force dans la tragédie de son nom par la *Harpe*.
TIMOTEO, peintre célèbre, né à Urbin en 1470, mort en 1524, réussissoit également à peindre le paysage, le portrait et l'histoire. Son coloris est flatteur et ses dessins bien terminés. I. TIMOTHÉE, capitaine Athénien, fils de *Conon* célèbre général, marcha sur les traces de son père pour le courage, et le surpassa en éloquence et en politique. Il eut des ennemis comme tous les grands hommes. Ses jaloux le firent peindre dans un tableau où il étoit représenté dormant, et la Fortune à ses pieds qui prenoit pour lui des villes dans un filet. Mais il fit voir qu'il étoit bien éveillé, lorsqu'après avoir ravagé les côtes de la Laconie, il s'empara de l'île de Corcyre et remporta sur les Lacédémoniens une célèbre bataille navale l'an 376 avant Jésus-Christ. Il prit ensuite Torne et Potidée, délivra Cysique et commanda la flotte des Athéniens avec *Iphicrate* et *Charès*. Ce dernier gé- E. 2 68 TIM néral ayant voulu attaquer les ennemis pendant une violente tempête, et *Timothée* ayant refusé, il le fit condamner par le peuple à une amende de cent talens. L'illustre opprimé, hors d'état de payer une si forte amende, se retira à Chalcide où il mourut. Ce général étoit aussi prudent que courageux. *Charles* montrant un jour aux Athéniens les blessures qu'il avoit reçues pendant qu'il commandoit les armées, *Timothée* lui répondit : *Et moi, j'ai toujours rougi de ce qu'un trait étoit venu tomber assez près de moi, comme m'étant exposé en jeune homme, et plus qu'il ne convenoit au chef d'une si grande armée.* Son désintéressement étoit extrême ; il rapporta à sa patrie douze cents talens pris sur les ennemis, sans en rien réserver pour lui-même.
II. TIMOTHÉE, poète musicien, né à Milet, ville Ionienne de Carie, excelloit dans la poésie lyrique et dithyrambique ; mais ce fut à la musique qu'il s'appliqua principalement. Ses premiers essais ne réussirent pas : ayant joué en présence du peuple, il fut sifflé. Un tel début l'avoit totalement découragé ; il songeoit à renoncer à la musique, pour laquelle il croyoit n'avoir aucune disposition. Mais *Paripide* dont la vue étoit plus juste que celle de la multitude, remarqua le talent de *Timothée* au milieu de sa disgrace ; il l'enconagea et l'assura d'un succès éclatant que l'avenir justifia. En effet, *Timothée* devint le plus habile joueur de cythare ; il ajouta même la dixième et la onzième corde à cet instrument, à l'imitation de *Therpandre* ; ce qui fut de nouveau condamné par un décret des Lacédémoniens, que *Boëce* nous a conservé. Il contient en substance : « Que *Timothée* de Milet étant venu dans leur ville, avoit paru faire peu de cas de l'ancienne musique et de l'ancienne lyre ; qu'il avoit multiplié les sons de celle-là et les cordes de celle-ci ; qu'à l'ancienne manière de chanter, simple et unie, il en avoit substitué une plus composée, où il avoit introduit le genre chromatique ; que dans son Poème de l'*Accouchement de Sémélé*, il n'avoit pas gardé la décence convenable ; que pour prévenir les suites de pareilles innovations, qui ne pouvoient être que préjudiciables aux bonnes mœurs, les rois et les éphores avoient réprimandé publiquement *Timothée*, et avoient ordonné que sa lyre seroit réduite aux sept cordes anciennes, et qu'on en retrancheroit toutes les cordes nouvellement ajoutées, etc. » On se mettoit en devoir de couper, suivant *Athénée*, ces nouvelles cordes conformément au décret, lorsque *Timothée* apperçut une petite statue d'*Apollon*, dont la lyre avoit autant de cordes que la sienne ; il la montra aux juges, et il fut renvoyé absous. Sa réputation lui attira un grand nombre de disciples. On dit qu'il prenoit une fois plus de ceux qui venoient à lui pour apprendre à jouer de la flûte ou de la cythare, après avoir eu un autre maître. Sa raison étoit qu'un habile homme qui succède à ces demi-savans, a toujours deux peines pour une ; celle de faire oublier au disciple ce qu'il avoit appris, et celle de l'instruire de nouveau. Il mourut à l'âge de 90 ans, dans la Macédoine, deux ans avant la naissance d'Alexandre le Grand. On connoit la belle Ode de Dryden, intitulée : Le pouvoir de l'Harmonie, mise en vers françois par Dorat, où le poète célèbre avec enthousiasme les talens sublimes de Timothée.
III. TIMOTHÉE, musicien célèbre, natif de Thèbes, a souvent été confondu avec le précédent. Appelé aux noces d'Alexandre le Grand, il acquit l'admiration de ce conquérant qui voulut toujours l'avoir près de sa personne. En employant sur la flûte le mode Ortyen dont la modulation étoit rapide, il animoit Alexandre et entretenoit son humeur guerrière. On lui attribue des livres sur la musique qui ne sont point venus jusqu'à nous.
IV. TIMOTHÉE, Ammonite, général des troupes d'Antiochus Epiphanes, qui ayant livré plusieurs combats à Judas Macchabée, fut toujours vaincu par ce grand capitaine. Après la perte de la dernière bataille où son armée fut taillée en pièces, Timothée s'enfuit à Gazara avec Chéreas son frère, et il y fut tué. — Il y en avoit un autre de même nom, aussi général des troupes d'Antiochus, qui ayant assemblé une puissante armée au-delà du Jourdain, fut vaincu par Judas Macchabée et par Jonathas son frère qui déferent entièrement son armée. Timothée étant tombé entre les mains de Dosithée et de Sosipatre, les conjura de lui sauver la vie et s'engagea à renvoyer libres tous les Juifs qu'on retenoit captifs : ils le laissèrent aller. T I M 69 V. TIMOTHÉE, disciple de St. Paul, étoit de Lystres ville de Lycaonie, né d'un père Païen et d'une mère Juive. L'Apôtre étant venu à Lystres, prit Timothée sur le témoignage qu'on lui en rendit, et le circoncit afin qu'il pût travailler au salut des Juifs. Le disciple travailla avec ardeur à la propagation de l'Évangile, sous son maître. Il le suivit dans tout le cours de sa prédication et lui rendit de très-grands services. Lorsque l'Apôtre des Gentils revint de Rome en 64, il le laissa à Ephèse pour avoir soin de cette Église dont il fut le premier évêque. Il lui écrivit de Macédoine la première Épître qui porte son nom, vers l'an 66, dans laquelle il lui prescrit en général les devoirs de sa charge. L'Apôtre peu de temps après étant arrivé à Rome et se voyant près de la mort, écrivit à son cher disciple la seconde Épître que l'on regarde comme son testament. Elle est remplie, comme la précédente, d'excellens préceptes pour tous les ministres de l'Église. On croit que Timothée vint à Rome où St. Paul l'appeloit, et fut témoin du martyre de ce saint Apôtre. Il revint ensuite à Ephèse dont il continua de gouverner l'Église en qualité d'évêque, sous l'autorité de St. Jean qui avoit la direction de toutes les Églises d'Asie. On pense qu'il fut lapidé par les Païens, lorsqu'il vouloit s'opposer à la célébration d'une fête impie en l'honneur de Diane, vers l'an 97.
VI. TIMOTHÉE, premier du nom, patriarche d'Alexandrie l'an 380, mort cinq ans après, est connu principalement par une *Epitre canonique: Balsamon* nous l'a conservée. On lui attribue aussi quelques *Vies de Saints*.
VII. TIMOTHÉE, patriarche de Constantinople dans le 6$^{e}$ siècle, nous a laissé un bon *Traité* sur les moyens de rappeler les Hérétiques à la Foi, et sur la manière de se comporter avec ceux qui se sont convertis. *Cotelier* a inséré cet Ouvrage dans ses *Monumenta Graeca*.
TINDAL, (Matthieu) né dans la province de Devonshire en Angleterre, le 10 avril 1655, étudia sous son père qui étoit ministre dans le lieu de sa naissance, et fut envoyé à l'âge de 17 ans, au collège de Lincoln à Oxford. Après s'être fait recevoir docteur en droit, il prit le parti des armes dans les troupes du roi *Jacques*. Lorsque ce monarque eut été détrôné, *Tindal* poblia un grand nombre d'Ouvrages en faveur du Gouvernement, qui lui procurèrent une pension de 200 livres sterling dont il jouit jusqu'à sa mort, arrivée à Londres le 16 août 1733. C'étoit une ame vénale qui prenoit toujours le parti du plus fort; tour-à-tour Catholique et Protestant; partisan de *Jacques* lorsqu'il régnoit, et son détracteur quand on lui eut enlevé le sceptre. On a de lui un livre impie, intitulé: *Le Christianisme aussi ancien que le Monde ou l'Évangile, seconde Publication de la Religion de Nature*, 1730, in-4$^{o}$ et in-8$^{o}$. *Jean Conybeure, Jacques Foster et Jean Leland* ont écrit fortement contre cet ouvrage, assez mal raisonné et aussi mal écrit. *Pope* a encore plus maltraité l'au- teur dans sa *Duncan*. Il avait dans *Tindall* un censeur importun, qui ne lui accordoit que la mérite de mettre en œuvre l'esprit des autres. *Tindal* étoit d'ailleurs ou affectoit d'être un royaliste ardent, et *Pope* étoit jacobite. Ainsi l'on ne doit pas adopter tout ce que dit le poète Anglois. Un éloge qu'on ne put refuser à *Tindall*, c'est que malgré son goût pour l'argent, il fut généreux à l'égard du mérite infortuné. Il laissa une partie de son bien à un savant appelé *Eustache Budgot*, en disant qu'il vouloit imiter *Alexandre le Grand* dont l'héritage devoit être pour le plus digne; *Detur dignissimo*. (*Quint. Curt.*) Un astrologue avoit tiré l'horoscope de *Tindal* en 1711, et avoit prédit qu'il soroit mal intentionné pour la religion. Cette prophétie lui coûta d'autant moins, que *Tindal* ne cachoit pas ses sentimens en conversation. On a encore de *Tindal* 2 vol. in-4$^{o}$ de Remarques sur l'*Histoire d'Angleterre* par *Rapin Thoiras*. — Son neveu *Nicolas* chapelain de Greenwich, mort en 1774, a traduit cette *Histoire* en 21 vol. in-8$^{o}$, 1757, avec une suite, de sa composition. I. TINTORET, (Jacques Robusti, dit le) très-célèbre peintre Italien, naquit à Venise en 1512, et fut nommé le *Tintoret* parce que son père étoit teinturier. Il s'amusoit dans son enfance à crayonner des figures; ses parens jugèrent par cet amusement des talens que la natura avoit mis en lui, et le destinerait à la peinture. *Le Tintoret* se proposa dans ses études de suivre *Michel-Juge* pour le dessin, et Titien pour le coloris : il disegno di Michel Angelo, il colorito di Titiano. Ce plan lui fit une manière où il y avoit beaucoup de noblesse, de liberté et d'agrément. Ce maître étoit fort attaché à son art, et n'étoit jamais si satisfait que lorsqu'il avoit ses pinceaux à la main, jusque-là qu'il proposoit de faire des tableaux pour le déboursé de ses couleurs, et qu'il alloit aider gratuitement les autres peintres. Le Tintoret fut employé par le sénat de Venise, préférablement au Titien et à François Salviati. Il peignit la grand-salle du conseil et le Jugement universel, ainsi que la victoire remportée sur les Turcs en 1571, dans celle du scrutin. Il fit pour le duc de Mantoue les dix tableaux qui représentent les actions héroïques de François de Gonzague. Le dépôt national de France renferme plusieurs ouvrages du Tintoret, entre autres St. Marc délivrant un esclave, et Ste. Thérèse ressuscitant le fils d'un préfet de Rome. Ce peintre a excellé dans les grandes ordonnances. Ses touches sont hardies, son coloris est frais. Il a pour l'ordinaire réussi à rendre les carnations, et il a parfaitement entendu la pratique du clair-obscur. Il mettoit beaucoup de feu dans ses idées. La plupart de ses sujets sont bien caractérisés. Ses attitudes font quelquefois un grand effet; mais souvent aussi elles sont contrastées à l'excès, et même extravagantes. Ses figures de femmes sont gracieuses, et ses têtes dessinées d'un grand goût. Sa prodigieuse facilité à peindre lui a fait entreprendre un grand nombre d'ouvrages qui tous ne sont pas également bons; ce qui a fait dire de lui qu'il avoit trois pinceaux, un d'OH, un d'ARGENT et un de FER. Annibal Carrache disoit de ce peintre : Ses ouvrages sont tantôt au-dessus du Titien, tantôt au-dessous du rien. Le Tintoret mourut en 1594, à 82 ans, estimé par toutes les personnes recommandables de son temps. N'étant ni ambitieux, ni intéressé, il fut aimé même de ses rivaux. Il travailloit seul dans un endroit retiré de sa maison, où il ne permettoit à personne de pénétrer. On a gravé d'après lui. Ses principaux ouvrages sont à Venise. On a une Vie du TINTORET par Ridolfi... Voyez ARB TIN.
II. TINTORET, (Dominique) fils du précédent, mort à Venise en 1637, âgé de 75 ans, réussissoit dans le portrait; mais il étoit inférieur à son père pour les grands sujets. Etant devenu paralytique du côté droit, il ne cessa pas de peindre et se servit de la main gauche.
III. TINTORET, (Marie) fille du célèbre peintre de ce nom, naquit en 1560, et mourut en 1590. Née avec de grandes dispositions pour la peinture, Marie reçut de son père qui l'aimoit tendrement, tous les secours qu'elle pouvoit désirer. Elle réussissoit singulièrement dans le portrait, et fut fort employée dans ce genre; mais la mort la ravit à la fleur de son âge, et laissa son père et son époux inconsolables de sa perte. Sa touche est facile et gracieuse; elle saisissoit parfaitement la ressemblance; son coloris étoit admirable. Elle excelloit aussi en musique. On rapporte que son père la faisoit habiller dans son bas âge en garçon, pour pouvoir la promener par-tout avec lui. Il la marra à un joaillier nommé Marie Auguste pour ne point se séparer d'elle, quoique l'empereur Maximilien et Philippe II roi d'Espagne lui eussent témoignés l'envie de la fixer dans leur cour.
TIPHAIGNE DE LA ROCHE, (N.) né à Montebourg près de Coutance, embrassa la médecine et publia des écrits qui ont eu du succès par la singularité des idées et l'élégance du style. Ce sont : I. L'Amour dévoilé ou le Système des Sympathistes, 1751, in-12. II. Amiens, 1754, in-12. Ce petit écrit renferme une critique assez fine des naturalistes et des faiseurs de systèmes. III. Bigarrures philosophiques, 1759, 2 volum. in-12. IV. Essai sur l'histoire économique des mers occidentales de France, 1760, in-8. C'est l'ouvrage de l'auteur qui contient le plus de vues utiles. V. Giphantie, 1760, in-8. Cet écrit a été traduit en anglois. Tiphaigne a encore publié une nouvelle édition du Dictionnaire de Furetière, et est mort en 1774, à l'âge de 45 ans.
TIPHAINE, (Claude) Jésuite, né à Paris en 1571, enseigna la philosophie et la théologie dans sa Société. Ses vertus et sa capacité le rendirent digne des premières places de son ordre. Il fut recteur des collèges de Rheims, de Metz, de la Flèche et Pont-à-Mousson, et provincial de la province de Champagne. Il est connu par quelques ouvrages savans : I. Avertissement aux Hérétiques de Metz. II. Declaratio et Defensio Scholasticae Doctrinae Sanctorum Patrum et Doctoris Angelici, de Hypostasi, seu Persona, etc. à Pont-à-Mousson, 1634, in-4. III. Un Traité De Ordine, seu de Priori et Posteriori, à Rheims, 1640, in-4. Quoique Jésuite il soutenait le sentiment des Thomistes sur la Grace, et il n'en fut pas moins estimé dans sa Compagnie qui le perdit en 1641. Il mourut à Sens avec la réputation d'un homme plein de piété et de douceur.
TIPHERNAS, Voyez TIFERNAS.
TIPHYS, (Myth.) fils de Phorbas et d'Hymane, fut le pilote du vaisseau appelé Argo qui conduisit les Argonautes à la conquête de la Toison d'or en Colchide. Tous les poètes ont chanté son habileté.
TIPOT, Voyez TYPOT.
TIPPO-SAIB, souverain de Mysore et des Marattes, fils d'Hyder-Ali, succéda à son père dans le gouvernement de ses états et maintint leur indépendance contre le grand Mogol. Dans la guerre d'Amérique, il s'allia avec la France contre les Anglois qu'il combattit avec gloire. La révolution l'ayant privé ensuite des secours de ses alliés, Tippo réduit à ses seules forces éprouva des pertes multipliées contre ses ennemis. Le 9 juin 1790, il fut défait à la bataille de Travanore, et y perdit son turban, son palanquin et ses bijoux. Le 21 mars suivant, il vit prendre la ville de Bengalore sans pouvoir la secourir, et son général Killodar tué sur la brèche. Après une autre victoire remportée par l'Anglois Cornwallis en 1792, le monarque Indien fut forcé de de- mander la paix, qui ne lui fut accordée qu'aux conditions les plus dures. En effet, il livra aux Anglois 3 millions de livres sterling, une partie de ses places fortes et deux de ses fils pour ôtages. La compagnie Angloise ne fut point contente de ces avantages; elle vouloit détruire un ennemi inquiet et toujours prêt à se venger. La guerre rallumée en 1799, se termina par la conquête entière du royaume de Mysore et par la mort de *Tippo-Saïb*, tué sur les remparts de sa capitale en combattant vaillamment pour la défendre. Il n'avoit alors que 52 ans; plus soldat que général, ayant des vues plus brillantes que judicieuses, ce prince dédaigna de se faire aimer de ses peuples qu'il ruina par des exactions, et fut souvent abandonné par ses troupes qu'il payoit mal. Il aimoit les arts et avoit recueilli près de lui une bibliothèque précieuse, renfermant 1.º plusieurs ouvrages en langue *Sanskrete*, dont l'ancienneté remonte au 10$^{e}$ siècle; 2.º des traductions du *Koran* dans toutes les langues de l'Orient; 3.º une histoire manuscrite des *Victoires des Tartares Mogols*, lors de l'invasion de l'Inde par *Tamerlan* en 1397; 4.º des *Mémoires historiques* sur l'Indostan, à l'époque où le sultan *Babel* fonda la domination Mogole en 1525. Les Anglois en s'emparant de cette bibliothèque, l'ont confiée aux soins de l'académie de Calcutta. — TIRABOSCHI, (Jérôme) né à Bergame en 1731, se fit Jésuite et professa ensuite avec distinction la rhétorique à Milan. Le duc de Modène le nomma en 1770 son bibliothécaire, et il se montra digne de cette place par son goût éclairé et l'étendue de son érudition. La ville de Modène inscrivit son nom dans le catalogue de ses citoyens nobles, et lui donna des preuves d'estime qui ne cessèrent qu'à sa mort, arrivée au mois de juin 1794. Il étoit alors âgé de 62 ans. Ses principaux écrits sont: I. *Mémoires* sur l'ancien ordre des Humiliés, 1766, 3 vol. in-4.º II. *Bibliothèque* des écrivains de Modène, 6 vol. in-4.º *Antoine Landi* en a publié l'abrégé, 1785, cinq vol. in-12. III. *Histoire* de la littérature italienne depuis le siècle d'*Auguste*, 13 vol. in-4.º C'est l'ouvrage qui a placé son auteur dans le rang des critiques et des littérateurs les plus célèbres. On a imprimé en italien un éloge de *Tiraboschi* par *Lombardi*, qui a été traduit en françois par M. *Boulard* maire à Paris.
TIRAQUEAU, (André) — lieutenant civil de Fontenai-le-Comte sa patrie, devint conseiller au parlement de Bordeaux, puis enfin au parlement de Paris. Il travailla avec zèle à purger le barreau de l'esprit de ch'cane qui s'y étoit introduit, et administra la justice avec une intégrité peu commune. *François I* et *Henri II* se servirent de lui dans plusieurs affaires très-intéressantes. Ses occupations ne l'empêchèrent point de donner au public un grand nombre de savans ouvrages. Il eut vingt enfans selon les uns, et trente selon d'autres; et l'on disoit de lui « qu'il donnoit tous les ans à l'état un enfant et un livre. » Il mourut dans un âge très-avancé en 1558, après avoir honoré sa patrie et son état. Ses ouvrages forment 5 vol. in-folio, 1574. On a de lui : I. Un *Traité des Prérogatives de la Noblesse*, 1543, in-fol. II. Un autre du *Retrait lignager*. III. Des Commentaires sur *Alexander ab Alexandro*, Leyde, 1673, 2 vol. in-folio. IV. Un *Traité des Lois du Mariage*, 1515, in-4°; et plusieurs autres livres, dont le chancelier de l'*Hôpital* son ami faisoit cas. On lui fit cette épitaphe : *Hic jacet qui, aquam bibendo, viginti liberos suscepit, viginti libros edidit, Si merum bibisset, totum orbem implisset*. « *Tiraqueau*, fécond à produire, A mis au monde trente Fils, *Tiraqueau*, fécond à bien dire, A fait pareil nombre d'Ecrits. S'il n'eût point noyé dans les eaux Une semence si féconde, Il eût enfin rempli le monde De Livres et de *Tiraqueaux*. »
**TIRESIAS**, (Mythol.) fameux devin de la ville de Thèbes, vivoit avant le siège de Troye, et étoit fils d'*Evère* et de la nymphe *Chariclo*. Ayant un jour vu deux serpens accouplés sur le Mont-Citieron, il tua la femelle et fut sur-le-champ métamorphosé en femme. Sept ans après, il trouva deux autres serpens attachés ensemble, tua le mâle, et redevint homme aussitôt. *Jupiter* et *Junon* disputant un jour sur les avantages de l'homme et de la femme, prirent *Tiresias* pour juge qui décida en faveur des hommes; mais il ajouta que les femmes étoient cependant plus sensibles. *Jupiter* par reconnoissance, lui donna la faculté de lire dans l'avenir. Ce devin ayant un jour regardé *Pallas* pendant qu'elle s'habilloit, devint aveugle sur-le-champ. Son histoire fabuleuse leuse est détaillée avec élégance dans le poème de *Narcisse* par *Malfilastre...* *Strabon* rapporte que le sépulcre de *Tiresias* étoit auprès de la fontaine de Tiphuse où il mourut fort âgé, en fuyant de Thèbes ville de Béotie. On le regardoit comme l'inventeur des Auspices, et on l'honora comme un dieu à Orcomène où son oracle avoit beaucoup de célébrité.
**TIRIDATE**, roi d'Arménie, se révolta contre *Phraate* et s'empara du royaume des Parthes. Mais craignant l'armée formidable que *Phraate* leva contre lui, il implora la protection d'*Auguste* et se réfugia auprès de cet empereur.
**TIRIN**, (Jacques) Jésuite d'Anvers, entra dans la Société en 1580, et mourut en 1636, dans un âge avancé. Il travailla avec beaucoup de zèle dans les missions de Hollande. Il est principalement connu par un *Commentaire* latin sur toute la Bible, dans lequel il a recueilli ce qu'il a trouvé de meilleur dans les autres interprètes. Ce Commentaire forme 2 vol. in-folio. Il est plus étendu que celui de *Menochius*, et quoique moins estimé, il est utile à ceux qui, sans s'attacher aux variantes, veulent seulement entendre le sens du texte, tel qu'il a été expliqué par les Pères et les Commentateurs.
**TIRON**, (*Tullus Tiro*) affranchi de *Cicéron*, mérita l'amitié de son maître par ses excellentes qualités. Il nous reste plusieurs Lettres de cet orateur, où il fait bien voir l'inquiétude dans laquelle le mettoit la santé de *Tiron* qu'il avoit laissé malade à Patris ville d'Achaie; combien il ménageoit peu la dépense pour lui et avec quel zèle il le recommandoit à ses amis. « Je vois avec plaisir, écrit-il à *Atticus*, que vous vous intéressez à ce qui regarde *Tiron*. Quoiqu'il me rende toutes sortes de services et en grand nombre, je lui souhaite néanmoins une prompte convalescence, plutôt à cause de son bon naturel et de sa modestie, qu'à cause des avantages qu'il me procure. » *Tiron* inventa chez les Latins la manière d'écrire en abrégé. Il passe pour le premier auteur de ces caractères que les Romains appeloient *Notæ*, par le moyen desquels on écrivoit aussi vite qu'on parloit. Ceux qui écrivoient de cette manière s'appeloient *Notarii*, d'où nous est venu le nom de *Notaires*. Chaque signe de ces notes présentant des lettres composées, exprimoit ordinairement un mot entier. Un point placé en dessus, en dessous ou de côté, change leur signification. *Diogène Laërce* attribue l'invention de ces signes abrégés à *Xénophon*. *Tiron* avoit aussi composé la Vie de *Cicéron* dont il étoit le confident et le conseil, et plusieurs autres Ouvrages qui ne sont point parvenus jusqu'à nous. Pour faire connoître l'art d'écrire en notes, l'abbé *Carpentier* de l'académie des Inscriptions nous a donné d'anciens monumens écrits suivant cette méthode, auxquels il a joint ses Remarques et un Alphabet, sous ce titre : *Alphabetum Tironianum*, seu *Notas Tironis explicandi Methodus : cum pluribus notis ad Historiam et Jurisdictionem tum ecclesiasticum tum dividem pertinentibus*, *Voyaz RAMSAI*, n.º 1.) *Martial* parle de l'art d'écrire en notes, dans ce distique énergique si connu : *Currant verba*, etc., dont voici une foible imitation : Je ris, triste conteur, de ta fougue empressée; Ta langue est engourdie, et mes dolges sans effort Devancent en jouant ta voix em- barrassée: Elle a beau se hâter; plus vive en son essor, Ma main vole, et tandis que ta voix bronche encor, Ma plume prévoyante a tracé ma pensée. Les notes *Tironiennes* furent employées dans nos actes publics anciens, et enseignées dans nos écoles. On s'en servit pour transcrire les manuscrits et pour conserver la disposition des diplômes et privilèges, et des jugemens publics. Leur usage cessa en France dans le neuvième siècle; mais l'étude qu'on en a faite dans ces derniers temps a fait naître la *sténographie*.
**TISAGORE**, sculpteur Grec, fit la statue d'*Hercule* combattant contre l'Hydre de Lerne. Cet ouvrage fut regardé comme un chef-d'œuvre.
**TISIPHONE**, (Mythol.) l'une des trois *Furies*, dont le nom signifie *Vengeresse de l'homicide*, avoit une voix de tonnerre qui faisoit trembler les scélérats. Elle étoit portière du Tartare. *Voyez*
**EUMÉNIDES**.
**TISSAPHERNE**, (*Tissaphernes*) un des principaux satrapes de Perse du temps d'*Artasercès A. c. 1804*, commandoit 76 T I S dans l'armée de ce prince quand Cyrus frère d'Artaxercès lui livra bataille à Cunaxa. Il eut l'honneur de la victoire ; son maître lui donna le gouvernement de tous les pays dont Cyrus étoit auparavant gouverneur, et sa fille en mariage. Sa faveur ne dura pas. Tissapherne ayant été battu par Agésilas général des Lacédémoniens dans la guerre d'Asie, encourut la disgrace d'Artaxercès excité contre lui par sa mère Parisatis, et fut tué par ordre de ce prince à Colosse en Phrygie. Voyez CLÉARQUE.
TISSARD, (Pierre) prêtre de l'Oratoire, né à Paris en 1666, mort dans cette ville en 1740, enseigna les humanités et la théologie. On a de lui plusieurs Pièces de vers, les unes en latin et les autres en françois, et quelques Ecrits anonymes sur les contestations qui agitoient l'Église.
TISSERAND, (Jean) religieux Cordelier de Paris, se fit un nom vers la fin du 15e siècle par son talent pour la chaire et par son zèle pour le salut des ames. « Après avoir vivement touché les cœurs les plus endurcis, dit le continuateur de Fleury, et converti par ses sermons plusieurs filles et femmes d'une vie déréglée, il établit l'Institut des Filles Pénitentes, en l'honneur de sainte Magdeleine, pour retirer celles à qui Dieu feroit la grace de quitter le péché. Il s'en trouva d'abord plus de 200. Le nombre s'en accrut extraordinairement en peu de temps; en sorte qu'on fut obligé de souffrir que les plus sages allaissent faire la quête par la ville, jusqu'à ce qu'elles eussent un établissement solide: ce qui n'arriva qu'en 1500. Le duc d'Orléans, depuis roi de France sous le nom de Louis XII, leur donna pour lors son palais, situé près de l'église Saint-Eustache, pour en faire un monastère. Simon évêque de Paris, leur dressa des statuts et les mit sous la règle de Saint-Augustin. On les obligea en 1550 de garder la clôture; et en 1572 elles furent transférées dans l'ancienne église de Saint-Magloire, qu'elles occupent encore à présent. »
TISSOT, (S. A. D.) célèbre médecin Suisse, s'acquit autant de renommée dans la pratique de son art que par son savoir dans la théorie. La bienfaisance et les vertus privées rehaussoient en lui l'éclat des talens. Il est mort à Lausanne le 15 juin 1797, à 70 ans. On a réuni ses Œuvres en 10 vol. in-12. On distingue: I. Avis au Peuple sur sa santé, in-12. II. Avis aux gens de lettres sur le même objet. III. L'Onanisme, in-12; la troisième édition faite à Lausanne en 1765 est la plus complète. IV. Traité de l'Inoculation. C'est l'un des meilleurs sur cette matière. V. Gymnastique Médicinale et Chirurgicale, 1780, in-12. VI. Traité des Nerfs et de leurs maladies, 1782, 4 vol. in-12. VII. Traités sur différens objets de médecine, 1769, 2 vol. in-12. Cet ouvrage écrit en latin a été traduit en françois. VIII. Tissot a publié une édition des Œuvres de Morgagni avec des notes estimées; elle parut en 1779 en 3 volumes in-4. Il fut associé de l'académie Médico-physique de Basle, de la Société royale de Londres et de celle de Berne.
TITAN, (Mythol.) fils du Ciel et de Vesta: (Voyez Sa-
TURNE.) Ses enfans étoient des géans qu'on appeloit aussi Titans, du nom de leur père. Ils escaladèrent le ciel et voulurent détrôner JUPITER qui les précipita avec la foudre. Le roi de Danemarck possède un beau tableau du Guide, représentant la Chute des Titans. I. TITE, disciple de St. Paul, Grec et Gentil, fut converti par cet apôtre à qui il servit de secrétaire et d'interprète. Il le mena avec lui au concile de Jérusalem, et l'Apôtre ne voulut point que Tite se fit circoncire, pour marquer que la circoncision n'étoit point nécessaire, quoique dans la suite il fit circoncire Timothée en l'envoyant à Jérusalem, parce que les Juifs l'auroient regardé sans cette précaution comme impur et comme profane. St. Paul l'envoya depuis à Corinthe pour calmer les disputes qui partageoient cette Eglise; et Tite alla ensuite le joindre en Macédoine pour lui rendre compte de sa négociation. Peu après il porta aux Corinthiens la deuxième Lettre que St. Paul leur adressoit; et vers l'an 63 de J. C., l'Apôtre l'ayant établi évêque de l'isle de Crète, il lui écrivit l'année suivante de Macédoine, une Lettre dans laquelle il expose les devoirs du ministère méré. Cette Lettre qui est la règle de la conduite des évêques, peut être regardée comme le tableau de la Vie de St. Tite, dont la plupart des actions nous sont inconnues. Mais il est à croire que disciple de St. Paul il observa à la lettre tout ce que cet apôtre lui avoit prescrit. Tite mourut dans l'isle de Crète, fort âgé.
II. TITE, auteur ecclésiastique du 4e siècle, après avoir passé par tous les degrés de la hiérarchie, s'éleva par son mérite à l'évêché de Bostre dans l'Arabie. La Bibliothèque des Pères nous offre de cet auteur un Traité contre les Manichéens; il fait honneur à son zèle.
III. TITE, (Titus Vespasianus) né le 30 décembre, l'an 40 de J. C., étoit fils de Vespasien son prédé-esseur et de Flavia Domitilla. Il servit avec distinction sous son père qui, ayant été reconnu empereur l'an 69 de J. C., l'envoya continuer le siège de Jérusalem dont il n'avoit pu se rendre maître. La pâque approchoit, et un peuple innombrable s'y étoit rendu pour cette solennité. Le pén de vivres qu'il y avoit dans la ville fut bientôt consommé; et quoique la famine augmentât tous les jours, de faux prophètes apostés par les chefs des séditieux qui gouvernoient les assiégés, leur annonçoient une prompte délivrance. Leur obstination croissoit avec leur misère qui étoit extrême. On vit une mère manger son propre fils. Titus ayant appris cette horreur, n'en fut que plus ardent à poursuivre le siège. Après de longs travaux et de vives attaques, les Romains s'étoient emparés de tous les postes, et il ne restoit aux Juifs que le temple et la ville haute. Titus maître de la première enceinte du temple, fut forcé de mettre le feu aux portes de la seconde. Il vouloit conserver le corps de ce superbe édifice; mais dans un assant qu'il y donna, un soldat en fureur jeta dans le temple même quelques pièces de bois enflammées. Le feu gagna de tous côtés, et tous les bâtiments furent réduits en cendres le 10 août de l'an 70. Tout ce qui se trouva sous la main du vainqueur fut massacré sans distinction d'âge, de sexe ou de condition. Ceux qui étoient échappés au carnage gagnèrent le Mont de Sion, et y furent massacrés le 8 septembre de la même année. *Titus* fit mettre le feu dans toutes les parties de la ville, acheva de faire abattre ce qui restoit du temple et y fit passer la charrue. *Josèphe* fait monter jusqu'à 1,300,000 les Juifs qui périrent dans cette guerre, soit par le fer, soit par la peste, soit par la famine. Lorsque *Titus* fut dans Jérusalem, il dit, selon le témoignage du même *Josèphe* : « C'est sous la conduite de Dieu que nous avons fait la guerre : c'est Dieu qui a chassé les Juifs de ces forteresses, contre lesquelles les forces humaines ni les machines ne pouvoient rien. » Il étoit si pénétré de ce sentiment, que dans la suite, lorsque les nations lui envoyèrent des couronnes pour honorer sa victoire, il déclara, au rapport de *Philostrate*, qu'il ne méritoit pas cet honneur. « Ce n'est point moi, disoit-il, qui ai vaincu. Je n'ai fait que prêter mes mains à la vengeance divine. » *Titus* de retour à Rome, triompha de la Judée avec *Vespasien*. *Simon* et *Jean* chefs des séditieux, qu'on avoit trouvé cachés dans un égout, ornèrent le triomphe, suivis de sept cents principaux captifs. On y porta avec pompe la table, le chandelier d'or à sept branches, le livre de la loi et les rideaux de pourpre du sanctuaire. L'arc de triomphe élevé pour conserver la mémoire de ce grand événement subsiste encore, et l'on y voit en bas-relief la table et le chandelier. On frappa aussi des médailles de *Vespasien* et de *Titus*, où l'on voit une femme assise au pied d'un palmier, couverte d'un long manteau, la tête penchée et appuyée sur sa main, avec cette inscription : *La Judée Conquise*. *Titus* s'étant fait estimer des Romains autant par sa valeur que par son esprit, obtint le sceptre impérial le 24 juin de l'an 79 de J. C. (*Voy.* encore quelques détails sur la guerre de Judée, à l'article VI. JOSEPH.) Ses mœurs avoient été jusqu'alors peu réglées. Sa maison, tant que vécut *Vespasien*, étoit composée en grande partie de pantomimes, d'euniques et d'une troupe de jeunes esclaves, dont une plume chaste n'ose exprimer la destination. Ses amours pour *Bérénice*, célébrés par le plus élégant de nos poètes tragiques, sont connues de tout le monde parmi nous. C'est cette passion si impérieuse qu'il eut la gloire de dompter. Un des premiers usages qu'il fit de l'autorité souveraine, fut de renvoyer *Bérénice* qu'il aimoit et dont il étoit aimé. On avoit encore blâmé la profusion de ses repas qu'il poussoit souvent jusqu'à minuit, avec des amis de table et de bonne chère : il étendit sa réforme sur ce point comme sur les autres : il voulut que la gaieté et la liberté régnassent dans ses repas, mais sans aucune sorte d'excès ; et la vertu seule donna droit à son amitié. Enfin, quelques-uns l'avoient taxé d'avidité pour l'argent, et *Suétone* assure qu'il entroit pour sa part dans les sordides trafics qu'exerçoit son père. Mais lorsqu'il fut le maître, il effaça entièrement cette tache par des procédés non-seulement exempts de toute injuste exaction, mais généreux et magnifiques. Tel est le changement que la souveraine puissance opéra dans *Tite*. Il se persuada que «la première place restréignoit sa liberté, et qu'à mesure qu'il pouvoit plus, moins de choses lui étoient permises.» C'est ce qu'il répondit à un homme étonné de ce qu'il lui refusoit ce qu'il avoit sollicité en sa faveur auprès de *Vespasien*. Il y a bien de la différence, lui dit-il, entre solliciter un autre ou juger soi-même, entre appuyer une demande ou avoir à l'accorder. Cependant l'un des premiers actes publics qu'on vit de lui, fut une confirmation des gratifications et des privilèges accordés au peuple par les autres empereurs. Sa haine pour la calomnie le rendit très-rigoureux à l'égard des *Délateurs*. Il condamna tous ces accusateurs de profession à être fustigés dans la principale des places publiques, à être traînés de là devant les théâtres, et enfin à être vendus comme esclaves et relégués dans des isles désertes. Pour remédier plus efficacement que son père n'avoit fait, à la corruption des juges et à la longueur des procédures, il ordonna qu'une même cause ne seroit jugée qu'une fois, et qu'il ne seroit plus permis après un nombre d'années déterminé, de plaider pour les successions. Il eut comme *Vespasien* un soin particulier de réparer les anciens édifices ou d'en construire de nouveaux. Après la dédicace du fameux amphithéâtre bâti par son père, il fit achever avec une incroyable di- diligence les bains qui étoient auprès. Il donna de magnifiques spectacles, entr'autres un combat naval dans l'ancienne Naumachie. Cinq mille bêtes sauvages furent employées en un seul jour à divertir le peuple qu'il consultoit toujours avant que de lui donner une fête. Sa popularité étoit telle, qu'il voulut que ceux qui tenoient quelque rang parmi le peuple pussent venir à ces bains, et s'y trouver en même temps que lui. Il étoit si porté à faire du bien en tout temps, que s'étant souvenu un jour qu'il ne s'étoit rencontré aucune occasion pour lui d'obliger quelqu'un dans la journée, il dit ce beau mot si connu : *Mes amis, voilà un jour que j'ai perdu !...* S'il avoit sujet de se plaindre de quelqu'un, il étoit toujours en garde contre les accusations intentées sur cette même personne, lorsqu'elles avoient rapport à lui : *Si je ne fais rien, disoit-il, qui soit digne de répréhension, pourquoi la calomnie me mettoit-elle en colère ?... Tite ne se servit jamais de son autorité pour faire mourir aucun de ses sujets. Il ne se souilla point de leur sang, quoiqu'il ne manquât pas de justes sujets de vengeance. Il assuroit qu'il aimeroit mieux périr lui-même que de causer la perte d'un homme.* Deux sénateurs ayant conspiré contre lui et ne pouvant nier le crime dont ils étoient accusés, il les avertit de renoncer à leur dessein, leur promit de leur accorder tout ce qu'ils souhaiteroient, envoya sur-le-champ ses courriers à la mère de l'un, pour la tirer d'inquiétude et lui annoncer que son fils vivoit. Il les admit tous deux à sa table le soir même de la découverte de leur abominable complot. Le lendemain il les plaça auprès de lui à un combat de gladiateurs, et leur demanda publiquement leur sentiment sur le choix des épées lorsqu'on les lui apporta, selon la coutume, avant que de commencer. (On attribue un pareil trait de clémence à l'empereur *Nerva*.) Il tint à peu près la même conduite envers *Domitien* son frère, qui excitoit les légions à la révolte. Sous le règne de ce bon prince, l'empire fut exposé à plusieurs calamités. La première fut l'embrasement de la plupart des villes de la Campanie par les éruptions du Mont-Vésuve; la seconde, l'incendie de Rome; la dernière enfin, une peste qui emporta jusqu'à mille personnes en un jour. Durant tous ces malheurs, *Tite* se comporta comme un prince généreux et comme un père tendre; il vendit les ornemens de son palais pour faire rebâtir les édifices publics. Rome ne jouit pas long-temps de son bienfaiteur. *Tite* se sentant malade se retira au pays des Salins; mais il fut surpris en y allant d'une fièvre violente. Alors levant ses yeux languissans au ciel, il se plaignit de mourir dans un âge si peu avancé, lui qui ne jouissoit de la vie que pour faire du bien. Il expira le 13 septembre, l'an 81 de J. C., âgé de 41 ans, après un règne de deux ans, 2 mois et 20 jours. On dit que, lorsque son frère *Domitien* le vit à l'agonie, il le fit mettre dans une cuve pleine de neige sous prétexte de le rafraîchir: il y rendit le dernier soupir. L'idée attachée au nom de *Tite* est supérieure à tous les éloges.
TITE-LIVE, (*Titus-Livius*) de Padoue, et suivant d'autres d'Apone passa une partie de sa vie tantôt à Naples, tantôt à Rome où *Auguste* lui fit un recueil très-gracieux. Il est un de ces auteurs qui ont rendu leur nom immortel, mais dont la vie et les actions sont peu connues. *Tite-Live* mourut à Padoue, après la mort d'*Auguste*, le même jour qu'*Ovide*, l'an 17 de J. C., la 4$^{e}$ année du règne de *Tibère*. Il eut un fils auquel il écrivit une lettre sur l'éducation et les études de la jeunesse, dont *Quintilien* fait une mention honorable. La perte doit en être bien regrettée. C'est dans cette lettre ou plutôt dans ce petit Traité, qu'au sujet des auteurs dont on doit conseiller la lecture aux jeunes gens, il disoit qu'ils doivent lire *Démosthène* et *Cicéron*, puis ceux qui ressembleront davantage à ces deux excellens orateurs. Il parloit dans la même lettre d'un maître de rhétorique qui étoit mécontent des compositions de ses disciples, lorsqu'elles étoient intelligibles, et les leur faisoit retoucher pour y jeter de l'obscurité; et quand ils les rapportoient dans cet état: *Voilà qui est bien mieux maintenant*, disoit-il; *je n'y entends rien moi-même*. Croiroit-on, dit *Bollin*, un pareil travers d'esprit possible? *Tite-Live* avoit composé aussi quelques *Traités* philosophiques, et des *Dialogues* mêlés de philosophie. Mais son principal ouvrage est l'*Histoire Romaine*, qui commence à la fondation de Rome et qui finissoit à la mort de *Brusus* en Allemagne: Histoire qui l'a fait mettre au premier rang des grands écrivains. On rapporte qu'un qu'un Espagnol, après la lecture de cette Histoire, vint exprès de son pays à Rome pour en voir l'auteur, et qu'après s'être entretenu avec lui, il s'en retourna sans faire attention aux beautés de cette capitale du Monde. Cet ouvrage renfermoit 140 livres, dont il ne nous reste que 35, encore ne sont-ils pas d'une même suite. Ce n'est pas la 4e partie de son Histoire. Jean Freinshemius a tâché de consoler le public de cette perte, et il y a réussi, autant que la chose étoit possible. Il règne dans toutes les parties de l'ouvrage de Tite-Live, une élégance continue. Il excelle également dans les récits, les descriptions et les harangues. Le style, quoique varié à l'infini, se soutient toujours également : simple sans bassesse, orné sans affectation, noble sans enflure, étendu ou serré, plein de douceur et de force, selon l'exigence des matières ; mais toujours clair et intelligible. « On reproche cependant, dit l'abbé des Fontaines, quelques défauts à Tite-Live. Le premier, c'est de s'être laissé trop éblouir de la grandeur de Rome, maîtresse de l'Univers. Parle-t-il de cette ville encore naissante : il la fait la capitale d'un grand empire, bâtie pour l'éternité et dont l'agrandissement n'a point de bornes. Il tombe quelquefois dans de petites contradictions ; et ce qui est moins pardonnable, il omet souvent des faits célèbres et importants. » Il s'est rarement donné la peine d'entrer dans quelques discussions ou de mettre quelque liaison entre les événements qu'il rapporte. Il assure que s'il y avoit quelque moyen de mettre la vérité dans tout son jour, il s'en- gageroit volontiers à la rechercher, mais qu'il n'en voit aucun. Cura non deesset, si qua via ad verum inquirentem duceret. Il passe avec rapidité sur tous les faits qui remplissent ses dix premiers livres, et après avoir donné des relations circonstanciées de quelque guerre et des batailles qu'elle a occasionnées, il reconnoit ensuite qu'on n'est d'accord ni sur le temps, ni sur le nom des généraux, ni sur les faits mêmes. On lui a reproché encore d'avoir employé quelques expressions provinciales dans son Histoire. Mais Pignorius croit que cette Patavinité dont on a tant parlé, regardoit seulement l'orthographe de certains mots, où Tite-Live, comme Padouan, employoit une lettre pour une autre à la mode de son pays, écrivant Sibe et Quase pour Sibi et Quasi. Quelques-uns pensent qu'elle consistoit simplement dans la répétition de plusieurs synonymes en une même période ; redondance de style qui déplaisoit à Rome et qui faisoit connoître les étrangers. Il est peu d'historiens qui aient raconté autant de prodiges que Tite-Live. Tantôt un bœuf a parlé ; tantôt une mule a engendré ; tantôt les hommes et les femmes ont changé de sexe. Ce ne sont que pluies de cailloux, de chair, de craie, de sang et de lait ; mais Tite-Live ne rapportoit sans doute toutes ces vaines croyances que comme les opinions du peuple et des bruits incertains dont lui-même se moquoit le premier. Il proteste souvent qu'il n'en fait mention, qu'à cause de l'impression qu'ils faisoient sur la plupart des esprits. Un des mérites de Tite-Live, c'est que tout inspire dans 81 TIT son Ouvrage l'amour de la justice et de la vertu. On y trouve avec le récit des faits, les plus saines maximes pour la conduite de la vie. On y voit un attachement singulier pour la religion établie à Rome lorsqu'il écrivoit, et une généreuse hardiesse à condamner avec force les sentimens impies des incrédules de son temps. « Ce mépris des Dieux, dit-il, si commun dans notre siècle, n'étoit point encore connu. Les sermens et la loi étoient des règles inflexibles auxquelles on conformoit sa conduite; et l'on ignoroit l'art de les accommoder à ses inclinations par des interprétations frauduleuses. » L'édition de *Tite - Live* de Venise, 1470, est fort rare. Les meilleures sont les suivantes : *Elzevir*, 1634, 3 vol. in-12, auxquelles on joint les notes de *Gronovius*, un vol... *Cum notis Variorum*, 1665, ou 1679, 3 vol. in-8.º... *Ad usum Delphini*, 1676 et 1680, 6 vol. in-4.º... *Celle de Drakenborch*, 1738, 7 vol. in-4.º... de *le Clerc*, Amst., 1710, 10 vol. in-12... d'*Hearn*, Oxford, 1708, 6 vol. in-8.º Enfin, *Crévier* a publié une édition de cet historien en six vol. in-4.º, 1735, enrichie de notes savantes et d'une Préface écrite avec élégance. On l'a réimprimé en 6 vol. in-12. *Guérin* en a donné une traduction assez estimée : *Voy*, son article.
TITELMAN, (François) né à Assel dans le diocèse de Liège, de Cordélier se fit Capucin à Rome en 1535, et mourut quelques années après. Ses Ouvrages sont : I. Une *Apologie* pour l'édition vulgaire de la Bible. II. Des *Commentaires* sur les *Psaumes*, Anvers, 1573, in-folio. III. — sur les *Evangiles*, Paris 1546, in- folio. IV. Un *Ecrit* sur l'*Epitré de St. Paul* aux Romains, contre *Erasme*.
TITI, (Robert) né en Toscane vers le milieu du XVIe siècle, se fit connoître de bonne heure par son amour pour les lettres et par ses succès. Padoue et Pise l'appelèrent successivement pour y professer les belles-lettres, et il s'acquitta de son emploi avec distinction. Il nous reste de lui des *Poésies* estimées de leur temps, peu connues aujourd'hui, quoqu'elles ne soient pas sans mérite. On les trouve avec celles de *Gherard*, 1571, in-8.º On a encore de cet auteur, des *Notes* assez bonnes sur quelques auteurs classiques; dix *Livres* sur des passages d'anciens auteurs, sur lesquels les littérateurs ne sont pas d'accord. Ce Traité, intitulé : *Locorum controversorum Libri decem*, à Florence, 1583, in-4.º, fit honneur à son érudition, et excita la bile de *Joseph Scaliger* qui l'attaqua en ennemi et d'une manière très-violente. *Titi* défendit son livre, en 1589, en galant homme et en vrai savant, et répondit à la critique de *Scaliger*, sans lui rendre injures pour injures. Il mourut en 1609, à 58 ans.
TITIANE, (Flavia TITIANA) femme de l'empereur *Pertinax*, étoit fille du sénateur *Flavius Sulpicianus*. Il y a apparence qu'elle étoit belle, car elle eut un grand nombre d'adorateurs, et elle passa sa vie dans une suite non interrompue d'attachemens criminels. Ses amours avec un bateleur furent le scandale de Rome; mais *Pertinax*, très-déréglé lui-même, n'osa s'y opposer. *Titiane* ne jouit pas long- temps du rang suprême. *Pertinax* fut tué par les soldats Prétoriens en mars 193, et l'impératrice le vit poignarder sous ses yeux, 87 jours après son élection. Cette catastrophe la précipita du trône dans l'obscurité d'une vie privée, où elle finit ses jours.
TITIEN, (Le) peintre, dont le nom de famille est *Vecelli*, né à Cadore dans le Frioul en 1477, mort à Venise de la peste en 1576, à 99 ans, montra dès son enfance une forte inclination pour son art. Il entra à l'âge de 10 ans chez *Gentil*, ensuite chez *Jean Bellin* où il demeura long-temps. La réputation du *Giorgion* excita dans le *Titien* une heureuse émulation, et l'engagea à lier une étroite amitié avec lui pour être à portée d'étudier sa manière. Beaucoup de talent et de soins le mirent bientôt en état de balancer son maître. Le *Giorgion* s'apercevant des progrès rapides de son disciple et de l'objet de ses visites, rompit tout commerce avec lui. Le *Titien* se vit peu de temps après sans rival, par la mort du *Giorgion*. Il étoit désiré de tous côtés; on le chargea de faire les ouvrages les plus importants, à Vicence, à Padoue, à Venise et à Ferrare. Le talent singulier qu'il avoit pour le portrait, le mit encore dans une haute réputation auprès des grands et des souverains, qui tous ambitionnoient d'être peints de la main de ce grand homme. *Charles-Quint* qui s'étoit fait peindre jusqu'à trois fois par le *Titien*, lui dit: *C'est pour la troisième fois que vous me donnez l'immortalité*. Ce prince le combla de biens et d'honneurs; il le fit chevalier, comte Palatin, et lui assigna une pension considérable. Un jour que cet empereur le regardoit peindre, l'artiste animé par la présence du monarque, laissa tomber un de ses pinceaux que le prince ne dédaigna pas de ramasser. Le *Titien* confus lui fit toutes les excuses qu'il lui devoit. Cet empereur, sans croire déroger à sa grandeur, lui répondit gracieusement, que le *Titien méritoit d'être servi par César*. Une telle considération lui fit des jaloux auprès de *Charles-Quint*; ce fut à ces sortes de gens que l'empereur répondit, qu'il pouvoit faire des *Dues et des Comtes*; mais qu'il n'y avoit que *Dieu qui put faire un homme comme le Titien*. Les poètes ont beaucoup célébré ses talens supérieurs, et il est un des hommes qui a le plus joui de la vie. En effet, son opulence le mettoit en état de recevoir à sa table les grands et les cardinaux avec splendeur. Si son caractère doux et obligeant, et son humeur gaie et enjouée, le faisoient aimer et rechercher, son mérite le rendoit respectable. Une santé robuste qu'il conserva jusqu'à 99 ans, sema de fleurs tous les instans de sa vie. Ce grand peintre traitoit également tous les genres; il rendoit la nature dans toute sa vérité. Chaque chose recevoirait sous sa main, l'impression convenable à son caractère. Son pinceau tendre et délicat a peint merveilleusement les femmes et les enfans; ses figures d'hommes ne sont pas si bien traitées. Il a possédé, dans un degré supérieur, tout ce qui regarde le coloris; et personne n'a mieux entendu le paysage; il a eu aussi une grande intelligence du clair-obscur. Les reproches qu'on fait à ce peintre, sont de n'avoir pas assez étudié l'antique, d'avoir souvent manqué l'expression des passions de l'âme, d'avoir péché contre le costume, de s'être répété quelquefois; enfin d'avoir mis beaucoup d'anachronismes dans ses ouvrages, c'est-à-dire d'avoir réuni dans ses tableaux des personnages de différens siècles; on attribue ce dernier défaut à sa grande complaisance pour ceux qui emploient son pinceau. On rapporte que le *Titien*, après cinq ans de séjour en Allemagne, étant retourné à Venise, y peignit plusieurs tableaux bien différemment des premiers, et dans lesquels il ne fondoit point ses teintes. Ses couleurs étoient vierges et sans mélange: aussi se sont-elles conservées fraîches et dans tout leur éclat jusqu'à ce jour. Les tableaux de cette seconde manière étoient moins finis, et ne font leur effet que de loin; au lieu que les premiers, faits dans la force de l'âge et d'après nature, étoient tellement terminés qu'on peut les regarder de près comme d'une distance plus éloignée. Son grand travail étoit caché par quelques touches hardies, qu'il mettoit après coup pour déguiser la fatigue et la peine qu'il se donnoit à perfectionner ses ouvrages. Le *Titien* laissoit son cabinet ouvert à ses élèves pour copier ses tableaux, qu'il corrigeoit ensuite. On dit que sur la fin de sa vie, sa vue s'étant affoiblie, il vouloit retoucher ses premiers tableaux qu'il ne croyoit pas d'un coloris assez vigoureux. Mais ses élèves s'en étant apperçus, mirent de l'huile d'olive qui ne sèche point, dans ses couleurs, et effaçioient ce nouveau travail pendant son absence: c'est par ce moyen que plusieurs de ses chefs-d'œuvre admirables ont été conservés. Entre un nombre infini de chefs-d'œuvre de ce grand homme, distribués dans les plus belles galeries de l'Europe, on remarque une Représentation de *St. Pierre Martyr*, dont la composition, l'expression et la force lui donnèrent un rang éminent parmi les morceaux les plus recherchés. Le fond de ce tableau représente un paysage d'autant plus admirable, que l'effet soutient la beauté des figures qui semblent détachées du Tableau. *Voy. VECELLI... PORDENON... et I. SANSOVINO.*
TITINNUS, *Voyez FANNIA.*
TITIUS, (Gérard) théologion Luthérien, né à Quedlimbourg en 1620, fut disciple de *George Calixte*, et devint professeur en hébreu et en théologie à Helmstadt, où il mourut en 1681, à 60 ans. On a de lui: I. Un *Traité des Conciés*, Helmstadt, 1656, in-4.º II. Un autre de l'*Insuffisance de la Religion purement naturelle*, et de la nécessité de la *Révélation*, 1667, in-4.º
TITON ou TITHON, (Myth.) fils de *Laomedon* roi de Phrygie, fut ravi par l'Aurore et changé en cigale. *Voyez AURORE.*
TITON DU TILLEY, (Évrard) — né à Paris en 1677, d'un secrétaire du roi, fit ses études au collège des Jésuites de la rue Saint-Jacques à Paris. Il en sortit avec un goût vif pour les belles-lettres qu'il conserva jusqu'à la An de ses jours. Destiné à l'état militaire, il eut à l'âge de 15 ans, une compagnie de cent fusiliers qui porta son nom. Il fut ensuite capitaine de Dragons. Ayant été réformé après la paix de Ryswick, il acheta une charge de maître-d'hôtel de la Dauphine mère de Louis XV. La mort prématurée de cette princesse le rendit à lui-même. Il fit le voyage d'Italie, et saisit les beautés des chefs-d'œuvre sans nombre de peinture et de sculpture qui égalent l'Italie moderne à l'ancienne. A son retour il fut commissaire provincial des guerres; il exerça cette charge avec une rare générosité. Son attachement pour Louis XIV et son admiration pour les hommes de génie, lui inspirèrent, dès 1708, l'idée d'élever un Parnasse en bronze, à la gloire de ce roi et des poètes et musiciens qui avoient illustré son règne. Ce beau monument fut achevé en 1718. C'est un Parnasse, représenté par une montagne d'une belle forme et un peu escarpée. Louis XIV y paroit sous la figure d'Apollon couronné de laurier et tenant une lyre à la main. On voit sur une terrasse, au-dessous de l'Apollon, les trois Graces du Parnasse François, Mesdames de la Suze et des Houlières, et Mlle de Scudéri. Huit poètes célèbres et un excellent musicien, du règne de Louis le Grand, occupent une grande terrasse qui règne autour du Parnasse. Ils tiennent la place des neuf Muses. Ces hommes sont: Pierre Corneille, Molière, Racan, Segrais, la Fontaine, Chapelle, Racine, Despréaux, et Lully. Les poètes moins célèbres ont des médaillons. Du Tillet suivit exactement dans l'ordonnance de son Parnasse, les avis de Boileau son illustre ami. Il auroit été à souhaiter que ce poète eût présidé au choix des savans auxquels du Tillet a donné l'immortalité : on y trouveroit moins de sujets médiocres, et on ne verroit pas dans le même endroit de grands génies et de plats rimailleurs, les Verrière et les Despréaux, les Folard et les Racine. Encouragé par le succès de son entreprise, du Tillet projeta de faire exécuter ce monument dans une Place du Jardin public. Il proposa cette idée à Desforts qui étoit à la tête des finances, en lui demandant un bon de fermier général pour l'exécution. Celui-ci se contenta d'admirer son désintéressement. En 1727, il donna la Description du monument poétique qu'il avoit érigé, avec l'extrait de la Vie et le catalogue des Ouvrages des poètes qu'il y y avoit placés, en un vol. in-12. Cet Ouvrage fut bien accueilli du public. Il le fit réimprimer en 1732, in-folio, et le dédia au roi. Depuis cette époque il donnoit des suppléments, tous les dix ans, des hommes morts pendant cet intervalle : ces suppléments viennent jusqu'en 1760. Du Tillet, né avec le tempérament le plus robuste, fut exempt des infirmités de la vieillesse. Il mourut d'un catarre le 26 décembre 1762, âgé de près de 86 ans. Cet ami des lettres étoit d'une société et d'une conversation aussi utiles qu'agréables. Il se faisoit un plaisir et un devoir d'accueillir tous ceux qui cultivoient les lettres, et de seconrir, sans faste et sans ostentation, ceux d'entreux qui étoient dans le besoin. Il savait le latin, l'espagnol et l'italien. Presque toutes les académies de l'Europe se l'étoient associé, sans qu'il l'eût sollicité. On peut voir dans le dernier *Supplément du Parnasse*, le nombre des souverains auxquels il a fait hommage de ses livres, de ses estampes, de ses médaillons, ainsi que le détail des riches présents qui lui ont été envoyés. Parmi les vers qu'on fit en sa faveur, le public distinguait les suivants : Du *Titon* de l'antiquité A celui de nos jours, voici la différence : L'un reçut et perdit son immortalité ; On a encore de du *Tillet* un *Essai sur les honneurs accordés aux Savans*, in-12, où l'on trouve des recherches ; mais dont le style est négligé et monotone, ainsi que celui de sa *Description*.
TITUS, *Voyez* TITE.
TITYUS, ( Mythol. ) géant énorme, fils de *Jupiter* et d'*Elara* fille d'*Orchomène*, naquit dans un autre souterrain, où sa mère s'étoit cachée pour se dérober à la colère de *Junon* ; il passa pour le fils de la *Terre*. *Apollon* et *Diane* le tuèrent à coups de flèches, ou selon d'autres, il fut foudroyé pour avoir voulu faire violence à *Latone* leur mère. Il étoit attaché comme *Prométhée* dans les enfers, où un vautour insatiable rongeoit sans relâche ses entrailles renaissantes. Ce géant couvroit neuf arpens de terre de son corps étendu.
TIXIER, ( Jean ) en latin *RAVISIUS TEXTOR*, de Saint-Saulge dans le Nivernois, seigneur de Ravisy dans la même province, tira une partie de son nom de cette terre. Il enseigna les belles-lettres avec un succès distingué au collège de Navarre à Paris. Il fut recteur de l'université de cette ville en 1500, et mourut en 1522 à l'hôpital, suivant quelques auteurs. On a de lui : I. Des *Lettres*, 1560, in-8.º II. Des *Dialogues*. III. Des *Epigrammes*. IV. *Officinae Epitome*, 1663, in-8.º C'est un recueil historique, renfermant le nom des dieux, des déesses, des guerriers, des savans, des hommes opulens, des hommes infortunés, des prodigues, des avares, etc. etc. Cette compilation peut être utile à ceux qui composent des discours de morale ou de politique. On desireroit seulement que dans le choix des faits il eût été dirigé par une critique plus éclairée. V. Une édition des *Opera Scriptorum de claris Mulieribus*, Paris, 1651, in-folio. Ces différens ouvrages sont assez bien écrits en latin, et on peut mettre *Tixier* au rang des habiles humanistes de son siècle.
TLÉPOLÈME, ( Myth. ) fils d'*Hercule* et d'*Astyocle*, étoit d'une grandeur et d'une force extraordinaires. S'étant signalé par plusieurs exploits, il partit de Rhodes où il régnoit, avec neuf vaisseaux pour la guerre de Troye. Il y fut tué par *Sarpedon* fils de *Jupiter*.
TOALDO, ( Joseph ) célèbre physicien Italien, né à Saint-Laurent di *Bianezze* le 11 juillet 1719, mort à Padoue le 11 novembre 1797, à l'âge de 79 ans, embrassa l'état ecclésiastique et devint professeur de mathématiques dans l'université de Padoue. A sa sollicitation on fit un très-bel observatoire de la tour où le cruel *Ezzelin*, tyran de cette ville, exerçoit ses barbaries dans le 13$^{e}$ siècle. Il fit construire dans l'état de Venise un grand nombre de paratonnerres, et s'appliqua à l'étude de l'électricité, de l'astronomie et de la météorologie. Ses principaux ouvrages sont : I. *Journal* astro-météorologique. II. *Abrégé* de trigonométrie plane et sphérique. III. *Mémoire* sur l'application de la météorologie à l'agriculture. Cet écrit obtint le de prix l'académie de Montpellier. IV. *Cycle* de 123 lunes. Ce cycle ramène les saisons et leurs phénomènes aux mêmes époques.
TOBIE, de la tribu de Nephali, demeuroit à Cadès capitale de ce pays, et avoit épousé *Anne* de la même tribu dont il eut un fils qui portoit son nom. Emmené captif à Ninive avec sa femme et son fils, il ne se souilla jamais en mangeant comme les autres Israélites des viandes défendues par la loi. Dieu pour récompenser sa fidélité, lui fit trouver grâce auprès de *Salmanasar* qui le combla de biens et d'honneurs. *Tobie* ne profite des bontés du roi que pour soulager ses frères captifs. Il alloit les visiter et leur distribuoit chaque jour ce qu'il pouvoit avoir. Un jour à Ragès ville des Mèdes, *Gabelus* son parent ayant besoin de dix talens, *Tobie* qui avoit reçu ces dix mille écus de la libéralité du roi, les lui prêta sans exiger de lui d'autre sureté qu'une obligation par écrit. Sa charité fut récompensée dès cette vie; Dieu l'éprouva par les souffrances. Un jour après avoir enséveli plusieurs morts, il s'endormit fatigué au pied d'une nu- nu-raille, et il lui tomba d'un nid d'hirondelle de la fiente chaude sur les yeux qui le rendit aveugle. *Tobie* se croyant près de mourir, chargea son fils d'aller à Ragès retirer l'argent qu'il avoit prêté à *Gabelus*. Le jeune homme partit aussitôt avec l'ange *Raphaël*, qui avoit pris la figure d'*Azarias*. Son guide lui fit épouser *Sara* sa cousine, veuve de sept maris que le démon avoit étranglés. *Tobie* se mit en prières et chassa l'Ange de ténèbres. *Raphaël* le ramena ensuite chez son père, à qui il rendit la vue avec le fiel d'un poisson que l'ange lui avoit indiqué. Le saint vieillard mourut l'an 663 avant J. C., à 102 ans. Son fils parvint aussi à une longue vieillesse. On croit assez communément que les deux *Tobies* ont écrit eux-mêmes leur Histoire, ou que du moins le livre qui porte leur nom a été composé sur leurs Mémoires. Nous n'avons plus l'original de cet ouvrage, qui étoit hébreu ou chaldéen. *St. Jérôme* le traduisit en latin sur la chaidaïque, et c'est sa traduction que l'église a adoptée comme la plus simple, la plus claire et la plus dégagée de circonstances étrangères. Les Juifs ne reconnoissent pas ce livre pour canonique; mais ils le lisent avec respect, comme contenant une histoire vénérable, et pleine de sentimens touchans et d'excellentes leçons de morale. C'est le parfait modèle d'un père et d'un fils religieux.
TOCHO, Goth très-adroit à tirer de l'arc, ne manquoit jamais d'abattre d'un coup de flèche une pomme au bout d'un bâton, dans quelque éloignement qu'on la mit à la portée de l'arc. Cette réputation le fit connoître à Haraud son roi, qui voulut en voir une expérience, et qui lui commanda d'abattre une pomme de dessus la tête de son fils. Il obéit après s'être armé de trois flèches, et perça la pomme de part en part. Le roi lui ayant demandé ensuite pourquoi il s'étoit armé de trois flèches? Tocho lui répondit « que c'étoit pour décocher les deux autres contre lui, en cas qu'il eût le malheur de blesser ou de tuer son fils. » On conte aussi la même chose de Tell, qui eut tant de part aux premiers soulèvements de la Suisse contre la maison d'Autriche; mais on sait quelle foi il faut ajouter à tous ces petits contes, dont les graves historiens ont chargé leurs compilations.
TOCQUÉ, (Louis) peintre de portraits, né à Paris en 1696, mort en 1772, étoit élève et gendre de Nattier. Il se montra digne de lui par la fraîcheur de son coloris, l'agrément de ses airs de tête et de ses draperies. Ses dessins, sans être extrêmement corrects, ont de l'intelligence et de la noblesse. Il fut appelé en 1760 pour faire le portrait de l'impératrice de Russie, qui l'en récompensa avec magnificence. Tocqué aimoit le plaisir et la société. Il augmentoit les douceurs de celle-ci par son humeur gaie et l'égalité de son caractère.
TOD, (André) né à Dieppe, docteur en droit, prêtre de l'Oratoire, mort en 1630, est connu par la traduction des Annales de Staronius, dont le premier volume parut à Paris en 1614, infolio. Son style est fort pur pour le temps où il écrivoit. Il avoit espéré d'en donner la continua- tion; mais ses voyages, ses emplois, les occupations qui en étoient inséparables, ne lui en laissèrent pas le loisir.
TODD, (Hugues) historien Anglois, né à Cumberland en 1660, mort vers 1710, a publié les ouvrages suivans: I. Vie de Phocion. II. Description de la Suède. III. Histoire du diocèse de Carlisle, etc.
TOICT, (Nicolas du) natif de Lille en Flandre, se fit Jésuite en 1630. Il sollicita avec empressement d'être envoyé dans les missions étrangères. Il fut destiné pour les missions du Paraguai, où il déploya tout ce que la charité la plus agissante peut inspirer à un ministre de l'Évangile. Il fut nommé supérieur des missionnaires dans cette province, et mourut consommé de travaux vers l'an 1680. On a de lui l'Histoire des Missions dans le Paraguai, l'Uraguaï, etc. Liège, 1673, in-folio, en latin.
TOINARD, Voyez THOYNARD.
TOIRAS, (Jean du Caylard de Saint-Bonnet, marquis de) né à Saint-Jean-de-Cardonnenques le premier mars 1685, étoit de l'ancienne maison de Caylard en Languedoc. Après avoir été page du prince de Condé, il servit sous Henri IV, puis sous Louis XIII qui le fit lieutenant de sa vénérie, puis capitaine de sa volière. Il excelloit dans tout ce qui regarde la chasse; il n'y avoit point d'homme qui tirât plus juste, et c'est par ce talent qu'il se fit connoître à la cour. Son emploi l'empêchant de satisfaire sa principale passion, celle des armes, il prit une com- pagnie dans le régiment des Gardes, et il donna des marques de sa bravoure aux sièges de Montauban et de Montpellier. Elevé au poste de maréchal de camp, il se trouva à la prise de l'isle de Rhé, dont il eut le gouvernement et qu'il défendit contre les Anglois qui furent obligés de lever le siège. Il fut ensuite envoyé en Italie où il cueillit de nouveaux lauriers. Il commanda dans le Montferrat et défendit en 1630 Casal contre le marquis de *Spinola* général Espagnol, digne de le combattre. Ses services furent récompensés par le bâton de maréchal de France le 13 décembre de la même année, malgré les oppositions de *Richelieu*... *On prétend que St. Roch*, dit à cette occasion le duc de *Guise*, est devenu saint à force de faire des miracles, et *Toiras maréchal de France à force de faire de grandes actions*. La défense de Casal lui avoit fait tant de réputation, qu'étant à Rome quatre ans après, le peuple crioit après lui : *Vive Toiras, le libérateur de l'Italie !* Ses frères ayant embrassé le parti du duc d'Orléans ennemi du cardinal de *Richelieu*, il fut disgracié en 1633, privé de ses pensions et de son gouvernement. Les ennemis de la France plus éclairés sur son mérite que les François, voulurent l'attirer à leur service ; mais *Saint-Bonnet* aima mieux être malheureux qu'infidèle. Il adoucit les chagrins de sa disgrace par un voyage en Italie. Son mérite reçut à Rome, à Naples, à Venise, etc. tous les honneurs dont il étoit digne. *Victor-Amédée* duc de Savoie, lié d'intérêt avec l'Espagne, le fit lieutenant général de son armée. Il rem- plissoit ce poste avec sa valeur ordinaire, lorsqu'il fut tué le 14 juin 1636, devant la forteresse de Fontanette dans le Milanois. Après qu'il eut expiré, les soldats trempèrent leurs mouchoirs dans le sang de sa plaie, en disant que « tant qu'ils le porteroient sur eux, ils vaincroient leurs ennemis. » Le maréchal de *Toiras* fut sans contredit un des plus grands hommes de guerre de son temps. Son mérite fut son seul crime auprès de *Richelieu*, qui mécontent de la faveur que lui donnoient ses services, n'oublia rien pour le noircir auprès de *Louis XIII*. On lui donna toutes sortes de dégoûts. Lorsque *Toiras* sollicita des graces pour ceux qui avoient combattu sous ses ordres, le garde des sceaux *Marillac* qui avoit pénétré les sentimens du premier ministre, rejeta avec dédain les sollicitations du guerrier. *Monsieur de Toiras* lui dit-il, vous parlez bien haut en faveur de ceux qui vous ont secondé. Vous avez bien servi; mais cinq cents Gentils-hommes en auroient fait autant que vous s'ils avoient été à votre place. — *La France* seroit bien malheureuse, *Monsieur*, repartit *Toiras*, si elle n'avoit pas plus de 500 hommes capables de servir aussi bien que moi. Cependant ils ne l'ont pas fait, et je n'ai pas mal rempli les Postes qu'on m'a confiés. Il y a en France plus de quatre mille hommes en état de tenir les sceaux aussi bien que vous. S'ensuit-il de là que vous ne deviez pas récompenser ceux dont vous connoissez le mérite ? Les étrangers lui rendoient plus de justice que la cour. Après la glorieuse défense de Casal, *Spinola* qui l'attaquoit, enchanté de sa bravoure, s'écris avec admiration : *Qu'on me donne cinquante mille hommes aussi vaillans et aussi bien disciplinés que les troupes que Toiras a formées, et je me rendrai maître de l'Europe entière.* Sa modestie étoit encore supérieure à sa valeur; lorsqu'il racontouit ses exploits, il parloit toujours de lui-même à la troisième personne, en disant : *Celui qui commandoit, etc.* Le seul défaut qu'on lui reproche est d'avoir été d'un emportement excessif; *Mais, comme disoit le duc de Savoie, il avoit tant d'excellentes qualités, qu'on pouvoit bien lui passer une chaleur de sang qui souvent n'étoit pas volontaire.* Cette vivacité lui fournissait quelquefois des saillies agréables. Un jour qu'il faisait ses dispositions pour livrer bataille, un officier lui demanda la permission d'aller chez son père qui étoit à l'extrémité, pour lui rendre des soins et recevoir sa bénédiction. *Allez, lui dit ce général, qui démêla fort aisément la cause de cette retraite : Père et Mère honoreras, afin que tu vives longuement : (Voy. III. GASTON de France.)* Les curieux qui voudront connoître plus particulièrement ce grand homme, pourront consulter l'Histoire de sa Vie par *Michel Baudier*, in-12. Il n'avoit point été marié.
TOLAND, (Jean) né le 30 novembre 1670 dans le village de Redcastle en Irlande, fut élevé dans la religion Catholique. Il fit ses études en l'université de Glasgow, puis dans celle d'Edimbourg, où il embrassa la religion Protestante. Après avoir passé quelque temps à Leyde, il se retira à Oxford, y recueillit un grand nombre de matériaux sur divers sujets. Son goût pour les paradoxes et les nouveautés, le tira de l'obscurité où il avoit croupi jusqu'alors. Il publia divers ouvrages sur la religion et sur la politique, dans lesquels l'impiété, le déisme, l'athéisme même paroissant à découvert. Cet impie fit divers voyages dans les cours d'Allemagne, où il fut reçu mieux qu'il ne méritait. De là étant allé en Hollande, il fut présenté au prince *Eugène*, qui lui donna diverses marques de libéralités. *Toland* retourna la même année en Angleterre, où il se ruina par ses folles dépenses et par ses débauches. Sa conduite auroit dû faire beaucoup de tort à ses opinions: elles se répandirent pourtant dans sa patrie. *Toland* plaisoit aux Anglois, par les endroits même qui le rendoient ridicule aux yeux des autres nations: par son animosité contre les François, les Catholiques et les *Stuarts*. Cet homme singulier mourut à Putney près de Londres le 21 mars 1722, à 52 ans, après s'être fait l'Épitapha suivante : *Qui in Hiberniâ prope Derlam natus,* *In Scoeiâ et Hiberniâ studuit,* *Quod Oxonii quoquè fecit adolescens,* *Atque Germaniâ plus semel petiâ,* *Virilem circa Londinum transegis atatem.* *Omnium Litterarum excultor,* *Et Linguarum plus decem sciens.* *Veritatis propugnator,* *Libertatis assertor,* *Nullius autem sectator aut cliens,* *Nec minis, nec malis est inflexus,* *Quin quam elegit viam perageret,* *Urili honestum anteferens.* *Spiritus cum atherco Patre,* A quo prodit olim, conjungitur. Jose verb aeternum est resurrecturus; de idem futurus Tollandus nunquam. Natus Nov. 30. Caçera ex Scipitis pete. Cette épitaphe n'est pas un tableau fidelle du caractère de Toland. Il étoit vain, bizarre, singulier, rejetant un sentiment précisément parce qu'un auteur célèbre l'avoit soutenu ou embrassé. Opiniâtre dans la dispute, il la soutenoit avec l'effronterie et la grossièreté d'un cynique. Ses principaux ouvrages sont : I. La Religion Chrétienne sans mystères, publiée en anglois à Londres en 1696, in-8°. Ce livre impie fut condamné au feu en Irlande l'année suivante; ce châtiment n'empêcha point Toland d'en donner une Apologie. (Voy. III. BROWN.) II. Amyntor et Défense de la Vie de Milton, à Londres, 1699, in-8°: ouvrage aussi dangereux que le précédent. III. L'Art de gouverner par parties, 1701, in-8°. IV. Le Nazaréen ou le Christianisme Judaïque, Païen et Mahométan, etc. 1718, in-8°. V. Pantheïsticon seu Formula celebrandæ societatis Socraticae, in-8°, Cosmopoli, (Londres) 1720. Ce livre est le triomphe de l'impiété la plus téméraire. VI. Adcisidemon sive Titus-Livius à superstitione vindicatus : annexæ sunt origines Judaïcae, à la Haye en 1709, in-8°. Il y soutient que les athées sont moins dangereux à l'Etat que les superstitieux, et que Moyse et Spinosa ont eu à peu près les mêmes idées de la Divinité. Cette impiété fut réfutée par Huet évêque d'Avranches, sous le nom de Morin, et par Elie Benoit. Les livres de Toland, excepté les deux derniers, sont en anglois. La plupart ont comme l'on a vu, des titres extravagans et renferment des idées encore plus extravagantes. Il écrivoit d'une manière confuse, embrouillée et fatigante : aussi en voulant nuire à la religion il ne se fit du mal qu'à lui-même, et il eut encore moins d'admirateurs que de disciples. VII. L'Angleterre libre, 1701, in-8°. VIII. Divers Ecrits contre les Français, 1728, deux vol. in-8°; et quelques autres livres de politique moins mauvais que ses ouvrages sur la religion. IX. Une édition des Œuvres de Jacques Harrington, etc. I. TOLÈDE, (Ferdinand-Alvarez de) duc d'Albe, né en 1508, d'une des plus illustres familles d'Espagne, dut son éducation à Frédéric de Tolède son grand père qui lui apprit l'art militaire et la politique. Il porta les armes à la bataille de Pavie et au siège de Tunis sous l'empereur Charles-Quint. Devenu général des armées d'Espagne en 1538, il servit sa nation avec succès contre la France, dans la Navarre et dans la Catalogne. Élevé au poste de généralissime des armées impériales, il marcha contre les Protestans d'Allemagne en 1546. Il gagna l'année suivante la fameuse bataille de Mulberg, où les Protestans furent entièrement défaits. L'électeur de Saxe leur général, y fut fait prisonnier avec Ernest duc de Brunswick et plusieurs autres chefs. Cette victoire fut suivie de la prise de Torgau, de Wittemberg et de la réduction de tous les rebelles. Après s'être signalé en Allemagne, il suivit l'empereur au siège de Metz, où il fit des prodiges de valeur que le courage des assiégés rendit inutiles. Philippe II successeur de Charles-Quint, se servit de lui avec le même avantage que son père. En 1567, les habitans des Pays-Bas aigris de ce qu'on attentoit continuellement à leur liberté et de ce qu'on vouloit gêner leurs opinions, parurent disposés à prendre les armes. Philippe II envoya le duc d'Albe pour les contenir. Ce choix annonça la plus grande sévérité. On se souvenoit que Charles-Quint délibérant sur le traitement qu'il feroit aux Gantois qui se révoltèrent en 1539, avoit voulu savoir le sentiment du duc qui répondit qu'une patrie rebelle devoit être ruinée. Les premières démarches du duc d'Albe confirmèrent l'opinion qu'on avoit de lui. Il fit périr sur un échafaud les comtes d'Egmont et de Horn. Comme quelques personnes lui parurent étonnées de cette résolution sanguinaire, il leur dit que peu de têtes de Saumons valoient mieux que plusieurs milliers de Grenouilles. Après ce trait de sévérité, il marche aux confédérés et les bat. Le plaisir d'avoir remporté une victoire signalée est empoisonné par le chagrin de voir un village réduit en cendres après l'action, par un régiment de Sardaigne. Ce crime fut puni comme il le méritoit. Il fit pendre sur-le-champ les auteurs de l'incendie, et dégrada toutes les compagnies excepté une qui n'étoit point coupable. Le prince d'Orange chef des confédérés, parut bientôt à la tête d'une armée considérable. Le jeune Frédéric de Tolède chargé de l'observer, envoya conjurer le duc d'Albe son père de lui permettre d'aller attaquer les rebelles. Le duc qui est persuadé avec raison que les subalternes ne doivent pas se mêler de juger s'il faut ou s'il ne faut pas combattre, répond : Allez dire à mon fils que sa demande ne lui est pardonnée qu'à cause de son inexpérience et de sa jeunesse. Qu'il se garde bien de me presser davantage de m'approcher des ennemis ; car il en coûteroit la vie à celui qui se chargeroit de ce message. Ses succès augmentèrent tous les jours ainsi que sa sévérité cruelle. Mais le parti opposé au duc d'Albe ne fut pas plus modéré. Quelques païsans Catholiques ayant été accusés d'avoir voulu incendier quelques villes de la Nord-Hollande, le barbare Snoy les livra aux exécutions les plus horribles. Les tourmens ordinaires de la question la plus cruelle ne furent que les moindres des maux que l'on fit souffrir à ces innocens. Leurs membres disloqués, leurs corps déchirés de verges, étoient ensuite enveloppés dans des linges trempés dans de l'eau de vie ; on y mettoit le feu et on les laissoit dans cet état jusqu'à ce que leur peau noircis et retirée, découvrit les nerfs dans différentes parties de leurs corps. On employoit le soufre et souvent même jusqu'à une demi-livre de chandelles pour leur brûler les aisselles et les plantes des pieds. Ainsi martyrisés, on les laissoit quelques nuits couchés par terre sans couverture, et à force de coups on chassoit le sommeil loin d'eux. Du hareng pec et autres allumens salés étoient la nourriture qu'on leur donnoit pour allumer dans leurs entrailles tous les feux d'une soif dévorante, sans leur permettre l'usage d'un verre d'eau, quelques supplications qu'ils fissent pour en obtenir. On posoit des frélons sur le nombril des patiens, et l'on en retiroit l'aiguillon qu'ils y avoient fiché de la longueur de l'articulation d'un doigt. *Snoy* lui-même avoit envoyé à cet affreux tribunal certain nombre de rats que l'on plaçoit sur la poitrine et sur le ventre de ces infortunés, sous un instrument de pierre ou de bois fait exprès et recouvert d'une plaque de cuivre : le feu posé sur cette plaque forçoit ces animaux à ronger les chairs et à se faire un passage jusqu'au cœur et aux entrailles. Ces affreux détails sont tirés de l'*Abrégé de l'Histoire de Hollande* par M. Kerroux auteur Protestant, imprimé à Leyde en 1778. Après la prise de Harlem, le duc d'Albe quitta les Pays-Bas. (*Voyez* II. HESSELS.) Il y avoit commencé son administration en faisant construire à Anvers une citadelle qui avoit cinq bastions. Par une vanité jusqu'alors inconnue, il en avoit nommé quatre de son nom et de ses qualités, le Duc, Ferdinand, Tolède, d'Albe. On donna au cinquième le nom de l'ingénieur ; il n'étoit fait nulle mention du roi d'Espagne. Lorsque cette citadelle fut achevée, l'orgueilleux duc d'Albe qui avoit remporté de grands avantages sur les confédérés, y fit placer sa statue en bronze. Il étoit représenté avec un air menaçant, le bras droit étendu vers la ville ; à ses pieds étoient la noblesse et le peuple, qui prosternés sembloient lui demander grace. Les deux statues allégoriques avoient des écuelles pendues aux oreilles et des besaces au cou, pour rappeler le nom de *Gueux* que l'on avoit donné aux mécontents. Elles étoient entourées de serpens, de couleuvres et d'autres symboles destinés à désigner la fausseté, la malice et l'avarice : vices reprochés par les Espagnols aux vaincus. On lisoit au-devant du piédestal, cette inscription fastueuse : *A la gloire de Ferdinand - Alvarez de Tolède Duc d'Albe, pour avoir éteint les séditions, chassé les rebelles, mis en sureté la religion, fait observer la justice et affermi la paix dans ces provinces*. Le duc d'Albe laissa le gouvernement des Pays-Bas à Don Louis de Requesens grand commandeur de Castille, en 1574. Le duc d'Albe jouit d'abord à la cour de la faveur que méritoient ses services ; mais s'étant opposé au mariage de son fils, le roi Philippe II qui avoit projeté cet bymen, l'envoya prisonnier à Uzeda. Il obtint sa liberté deux ans après, et fut mis à la tête d'une armée que l'on fit entrer en Portugal l'an 1581. Cet habile général y fit autant de conquêtes que d'entreprises. Il défit Dom Antoine de Crato qui avoit été élu roi, et se rendit maître de Lisbonne. Il y fit un butin inestimable qui fut encore augmenté par l'arrivée de la flotte des Indes dans le port de cette ville. Mais les Espagnols y commirent tant d'injustices et de violences, que Philippe II nomma des commissaires pour rechercher la conduite du général, des officiers et des soldats. On accusoit le duc d'Albe d'avoir détourné à son usage l'argent des vaincus : comme on lui en demandoit compte il répondit qu'il n'avoit à en ren- dre compte qu'au roi. S'il me le demande, je lui mettrai en ligne de compte des royaumes conservés ou conquis, des victoires signalées, des sièges très-difficiles, et soixante-dix ans de service... Philippe craignant une sédition, fit cesser les poursuites; mais le duc d'Albe mourut peu de temps après, le 12 janvier 1582, à 74 ans, sans avoir eu le temps de jouir du fruit de ses nouvelles victoires. On prétend que dans sa dernière maladie il eut horreur du sang qu'il avoit fait répandre. Ses remords parvinrent à Philippe II. Ce prince lui fit dire pour le calmer, «qu'il prendroit sur lui le sang qui avoit été versé par ses armes; mais que le duc répondroit de celui qu'il avoit fait couler sur les échafauds.» C'est ce qui est rapporté par l'auteur du Recueil d'Epitaphes, imprimé à Paris en 1782; mais il auroit dû rapporter les autorités sur lesquelles cet appuyée cette anecdote singulière. Quoi qu'il en soit, le duc d'Albe laissa la réputation d'un général expérimenté et d'un politique habile; mais d'un homme dur, vindicatif et vain à l'excès. Il donna d'abord peu d'idée de ses talons. Charles—Quint lui-même en avoit si mauvaise opinion que lui ayant accordé les premiers grades par des considérations particulières, il ne lui confia de long-temps aucune sorte de commandement. L'opinion de son incapacité étoit si bien établie qu'un Espagnol très-considerable osa lui adresser cette lettre avec cette inscription: A Monseigneur le Duc d'Albe, général des Armées du Roi dans le duché de Milan en temps de paix, et Grand Maître de la Maison de Sa Majesté en temps de guerre. Ce trait de mépris perçu le cœur du duc d'Albe, le tira de son assoupissement et lui fit faire des choses dignes de la postérité. «Le duc d'Albe; dit l'abbé Bayhal; (Histoire du Stathoudérat.) l'un des plus grands capitaines du seizième siècle, joignoit à une naissance distinguée des biens immenses. Il avoit la démarche grave et le maintien austère, l'air noble et le corps robuste, le discours mesuré et le silence éloquent. Il étoit sobre et dormoit peu, travailloit beaucoup, écrivoit lui-même toutes ses affaires. Toutes les circonstances de sa vie offrent un spectacle intéressant. Son enfance fut raisonnable; et l'âge avancé ne lui apporta ni ridicule ni foiblesse. Le tumulte des camps ne fut pas pour lui une occasion de dissipation; ce fut dans la licence des armes qu'il se forma à la politique. Lorsqu'il opinoit dans les conseils, il n'avoit égard ni aux désirs du monarque, ni aux intérêts des ministres; il se déclaroit toujours pour le parti qu'il croyoit le plus juste; souvent il ramenoit ceux qui l'écoutoient à la probité, et lorsque ses efforts étoient inutiles il ne les suivoit pas au moins dans leur injustice. On ne trouve point dans les fastes de sa nation un capitaine plus habile que lui à faire la grande guerre avec peu de troupes, à ruiner les plus fortes armées sans les combattre, à donner le change aux ennemis et à ne le jamais prendre, à gagner la confiance du soldat et à étouffer ses murmures. On prétend que dans soixante ans de guerre sous divers climats, contre différents ennemis, du- tant toutes les saisons, il n'a jamais été battu, ni prévenu, ni surpris. Quel homme! s'il n'a-voit terni l'éclat de tant de talens et de vertus par une sévérité outrée. » Voyez sa Vie, Paris, 1698, 2 vol. in-12.
II. TOLÈDE, (Dom Pèdre de) homme aussi fier que le duc d'Albe, et de la même famille. Il fut ambassadeur de Philippe III vers Henri IV. Ce prince lui dit un jour que s'il vivoit encore quelques années, il iroit reprendre la partie du royaume de Navarre envahie par l'Espagne. Don Pèdre répondit que Philippe III avoit hérité de ce royaume; que la justice avec laquelle il le possédoit lui aideroit à le défendre. Le roi lui répliqua; Bien, bien! votre raison est bonne jusqu'à ce que je sois devant Pampelune; mais alors nous verrons qui entreprendra de la défendre contre moi. L'ambassadeur se leva là-dessus et s'en alla avec précipitation vers la porte; le roi lui demanda où il alloit si vite. — Je m'en vais, dit Don Pèdre, attendre votre Majesté à Pampelune pour la défendre. (Voy. l'article de HENRI IV.) — Un autre Don Pèdre DE TOLÈDE d'une famille bien moins illustre que celle des ducs d'Albe, fut nommé gouverneur de Milan par Philippe VI. A peine fut-il arrivé dans son gouvernement, qu'un seigneur lui envoya un beau présent de tout ce qu'il y avoit de plus rare en gibier. Don Pèdre le fit bien apprêter et le renvoya tout prêt à être servi à celui qui le lui avoit envoyé; et par cette adresse généreuse il prouva aux Milanois qu'il ne seroit pas facile de le corrompre par des dons.
TOLÈDE, (Jean de) Voyez MONNEGRO. I. TOLET, (François) né à Cordoue en Espagne l'an 1532, eut pour professeur dans l'université de Salamanque Dominique Soto qui l'appeloit un prodige d'esprit. Il entra dans la Société des Jésuites et fut envoyé à Rome, où il enseigna la philosophie et la théologie, et où il plut au pape Pie V qui le nomma pour être son prédicateur. Le Jésuite exerça aussi cet emploi sous les pontifes ses successeurs. Grégoire XIII le fit lui-même juge et censeur de ses propres ouvrages. Grégoire XIV, Innocent IX et Clément VIII qui l'éleva au cardinalat, lui confièrent plusieurs affaires importantes. Les Jésuites n'avoient point encore eu de cardinal de leur société avant lui: Tolet, quoique Jésuite et Espagnol, travailla ardemment à la réconciliation de Henri IV avec le saint Siège malgré Philippe II qui n'oublioit rien pour s'y opposer. Henri saisit toutes les occasions de lui témoigner sa reconnoissance. Lorsqu'il eut appris sa mort arrivée en 1596, dans la 64e année de son âge, il lui fit faire un service solennel à Paris et à Rouen. Les emplois du cardinal Tolet ne l'attachèrent pas si fortement, qu'il ne se réservât toujours quelque temps pour travailler à ses savans ouvrages. Les principaux sont: I. Des Commentaires sur Saint Jean, Lyon, 1614, in-folio; sur St. Luc, Rome, 1600, in-folio; sur l'Épître de St. Paul aux Romains, Rome 1602, in-4. II. Une Somme des Cas de Conscience ou l'Instruction des Prêtres, 96 T O L Paris, 1619 in-4°; traduite en françois, in-4°. Il y soutient que les sujets ne doivent point obéir à un prince excommunié. Il y enseigne encore l'équivoque et les restrictions mentales.
II. TOLET, (Pierre) médecin de Lyon, vivait en 1588. Il traduisit les Œuvres de Paul Eginette et le Traité de Galien sur les tumeurs. Il guérit sans remèdes et par la seule transpiration, une maladie épidémique ou une espèce de coqueluche qui faisoit de son temps de grands ravages.
TOLLET, (Elizabeth) née en 1694, morte en 1754, reçut une éducation soignée de son père qui étoit commissaire de la marine Angloise sous le règne de la reine Anne. Elle apprit l'italien, le latin, le françois, la musique et la peinture. Elle étoit géomètre et faisoit des vers. On a publié ses Œuvres après sa mort, et on y distingue un opéra dont elle fit la musique et qui est intitulé : Susanne ou l'Innocence sauvée. I. TOLLIUS, (Jacques) natif d'Inga dans le territoire d'Utrecht, mort en 1696, étoit docteur en médecine et professeur ordinaire en éloquence et en grec dans l'université de Duisburg. On a de lui : I. Epistolae Itinerariae, Amsterdam, 1700, in-4°; recueil curieux qui avoit été précédé quatre ans auparavant d'un autre, intitulé : Tollii insignia Itinerarii Italici, Utrecht, in-4°. L'auteur y raconte ce qu'il a observé de plus remarquable dans ses voyages d'Italie, d'Allemagne et de Hongrie. II. Fortuita sacra, Ams- terdam, 1687, in-8°. III. Une édition de Longia, en 1694, in-4° plus estimée que l'ouvrage précédent, lequel est rempli d'idées vaines sur la pierre philosophale. L'auteur avoit plus d'érudition que de jugement.
II. TOLLIUS, (Corneille) frère du précédent, fut secrétaire d'Isane Vossius qui fut obligé, dit-on, de le chasser de chez lui. Il devint ensuite professeur en grec et en éloquence à Hardewick, et secrétaire des curateurs de l'université de cette ville. On a de lui : I. Un traité De infelicitate Litteratorum, que Jean-Burchard Menke a fait réimprimer à Leipzig en 1707 dans le recueil intitulé : Analecta de calamitate Litteratorum. II. Une édition de Palephate; et quelques autres écrits où l'on trouve ainsi que dans les précédents, des choses curieuses et recherchées. Nous ne savons pas l'année de sa mort; mais il ne vivait plus en 1662.
III. TOLLIUS, (Alexandre) frère des précédents, mort en 1675, est connu par son édition d'Appica, en 2 vol. in-8°; elle est estimée pour la fidélité et la beauté de l'impression.
TOLOMAS, (Charles-Pierre Xavier) Jésuite, né à Avignon en 1705, professa long-temps les belles-lettres à Lyon, et y devint membre de l'académie de cette ville. On lui doit une Dissertation sur le café, 1757, in-12, et un Discours sur la philosophie d'Epicure, 1760, in-8°. Il est mort à Lyon en 1763.
TOLOZAN, (Jean-François) né à Lyon, où il remplit pendant long-temps avec distinction une place place de magistrature, fut fait maître des requêtes, et devint ensuite intendant du commerce à Paris. Une grande probité, un discernement juste, des connaissances étendues et la facilité de les développer, lui méritèrent la considération publique. Chargé de divers rapports importants, on les cita comme des modèles de précision et de jugement. On lui doit des Observations estimées sur la réforme de plusieurs articles de l'Ordonnance de 1673 relative aux affaires de commerce, in-4.º Tolozan au moment de la suppression de sa place par la révolution, revint dans sa patrie où il finit ses jours le 25 septembre 1802, à l'âge de plus de 80 ans. Après avoir rempli pendant plus de 50 ans des fonctions importantes, il n'a laissé qu'une fortune médiocre; ce qui fait l'éloge de tout homme en place, et prouve son intégrité et son désintéressement. Tolozan jouit jusqu'à son dernier instant de toute la gaieté de son caractère et de toute la vigueur de son esprit.
TOLYEKONA, femme d'Octay empereur des Mogols, gouverna avec gloire et sagesse l'empire après la mort de son époux arrivée au mois de novembre 1241. Après avoir été long-temps régente, elle fit reconnoître pour souverain son fils Quey-Yeu. — TOMA, sectaire Russe, s'avisa sous le règne de Pierre premier de prêcher à Moscow contre l'invocation des Saints. Muni d'une hache, il entra dans l'église de Saint-Alexis, et mit en pièces la statue du Saint. Arrêté et condamné au feu, après avoir eu la main brûlée, il écouta sans émotion la lecture de son jugement, il étendit ensuite tranquillement sa main sur la flamme, la vit consumer, et s'avança vers le bûcher où il devoit périr, et où il continua à déclamer contre les abus qui déshonorent, suivant lui, la religion de son pays.
TOMASI, (Joseph-Marie) fils de Jules Tomasi duc de Parme, naquit à Alicate en Sicile l'an 1649. Quoiqu'il fût l'aîné d'une famille illustre, il se consacra à la Sainte-Vierge dès sa plus tendre jeunesse, fit vœu de chasteté et entra dans l'ordre des Théatins. Sa modestie et ses autres vertus le rendirent le modèle de ses confrères, et son vaste savoir l'admiration des littérateurs Italiens. Il apprit le grec, l'hébreu, le chaldéen, se rendit habile dans la théologie et surtout dans la connoissance de l'Écriture-Sainte, et dans cette partie de la science ecclésiastique qui règle l'Office Divin. Le pape Clément XI l'honora de la pourpre Romaine en 1712, et il fallut lui faire violence pour la lui faire accepter. Le nouveau cardinal répandit dans Rome d'abondantes aumônes, et contribua beaucoup par ses sermons et par son zèle à la réforme des mœurs de cette ville. Il mourut saintement le 1er janvier 1713, à 64 ans. Modeste jusqu'au tombeau, il avoit voulu être enterré sans pompe dans un cimetière; mais ce désir ne fut point écouté, et on lui érigea dans une église un monument de marbre digne de son rang et de ses vertus. On a de lui divers ouvrages dont on a un recueil, Rome 1747 à 1754, en 5 vol. in-4.º Ils avoient été imprimés séparément sous les titres suivans : I. *Theologia Patrum*, 1709, 3 vol. in-8.º II. *Codices Sacramentorum nongentis annis vetustiores*, in-4.º, 1680. III. *Psalterium juxta duplicem editionem Romanam et Gallicanam*, 1693, in-4.º IV. *Psalterium cum Cantieis, versibus prisco more distinctum*, 1697, in-4.º; et plusieurs ouvrages de *Liturgie* ancienne, réunis à Rome en 1741, 2 tomes in-folio, qui prouvent beaucoup d'érudition et une érudition très-variée.
TOMASINI, (Jacques-Philippe) né à Padoue en 1597, mourut à Citta-Nova en 1612 dont il étoit évêque, en 1654, à 57 ans. Les lettres dont il fit presque son occupation journalière, furent en quelque sorte la cause de son élévation à la dignité épiscopale. Il eut le courage de s'opposer au mauvais goût de son temps, et sur-tout à celui de *Marini*, pour rappeler celui de *Pétrarque*. Il recueillit sans choix et avec peu d'ordre tout ce qu'il trouva sur cet auteur célèbre, et le publiait sous ce titre : *Petrarcha redivivus*, en 1 vol. in-4.º Il présenta son travail à *Urbain VIII*. Ce pontife l'agréa, et regardant *Tomasini* comme son parent, le récompensa par l'évêché de Citta-Nova. L'auteur corrigea son ouvrage et en donna une nouvelle édition en 1650. Nous avons encore de lui : I. Une bonne édition des *Epitres de Cassandre Fidelle*, avec sa *Vie*. II. Les *Vies* de plusieurs personnages illustres, 1630 et 1644, vol. in-4.º III. Les *Annales des Chanoines de Saint-George in alga*, congrégation de prêtres séculiers dont il avoit été membre : ce livre est en latin. IV. *Agri Patavini Inscripti-* tiones, 1696, in-4.º V. *Gymnasium Patavinum*, 1654, in-4.º
TOMASIUS, *Voyez THOMASIUS*.
TOMPION, (Thomas) mort en 1696, fut le plus célèbre horloger de l'Angleterre. Il illustra son art par ses découvertes.
TOMYRIS, *Voyez L. CYRUS*.
TONSTAL, (Cutbert) docteur d'Oxford, naquit à Tacford dans Hertfordshire en 1646, d'une famille illustre. Après avoir fortifié son esprit par l'étude des mathématiques, de la philosophie et de la jurisprudence, il devint secrétaire du cabinet du roi d'Angleterre. *Henri VIII* l'ayant envoyé dans plusieurs ambassades, fut si satisfait de ses services qu'il lui donna l'évêché de Londres en 1522, et celui de Durham en 1530. *Tonstal* approuva d'abord la dissolution du mariage de son bienfaiteur avec *Catherine* d'Espagne, et fit même un Livre en faveur de cette dissolution ; mais dans la suite il condamna son ouvrage, et finit ses jours dans une prison pour la défense de la Foi en 1559, à 84 ans. On a de lui : I. Un Traité de l'*Art de compter*, Londres, 1522, in-fol. II. Un autre de la *Réalité du Corps et du Sang de J. C. dans l'Eucharistie*, Paris, 1554, in-4.º III. Un *Abrégé* de la *Morale d'Aristote*, Paris 1554, in-8.º IV. *Contra impios Blasphematores Dei Prædestinationis*, Antuerpiae, 1555, in-4.º I. TOOKE, (George) poète Anglois, né en 1595, mort en 1675, servit avec courage dans la malheureuse expédition de Cadix qu'il chanta dans un de ses poèmes, qui est estimé.
II. TOOKE, (André) né à Londres en 1673, mort en 1731, devint professeur de géométrie au collège célèbre de Gresham, et a publié divers ouvrages relatifs à l'éducation, et dont le plus remarquable est intitulé: *Le Panthéon*.
TOPLADY, (Auguste-Montagne) ministre Calviniste, mort à Londres en 1778, prêcha avec succès. Ses *Sermons* et autres Œuvres morales forment 6 volumes in-8.º
TOQUEL, (Guillaume) imprimeur renommé de Salamanque, se distingua par la correction des ouvrages sortis de ses presses. Il est auteur d'un *Traité d'Orthographe* de la langue espagnole. *Toquel* est mort à la fin du 16$^{e}$ siècle.
TORBERN, *Voy. FEBOURG.* — TORCHE, (N.) romancier et poète du 17$^{e}$ siècle, naquit à Beziers, étudia en Sorbonne, s'en fit chasser par ses galante-ries, se soutint quelque temps à Paris par ses écrits, et vint mourir à 40 ans à Montpellier. Ses romans sont: *Le Démêlé du cœur et de l'esprit*, 1667, in-12; *la Toilette galante de l'Amour*, 1670, in-12; *le Chien de Boulogne*. L'auteur y déchire une dame dont il croyoit devoir se plaindre. Il a traduit en vers françois le *Pastor fido*, *l'Aminta du Tusse*, et la *Philis de Scyre* pastorale de *Bonarelli*. Ses traductions sont assez élégantes pour le temps. L'abbé *Gouget* en a fait mention dans le tome VIII de sa *Bibliothèque Française*.
TORCY, *Voyez COLBERT*, n.º IV. I. TORELLI, (Pio) comte de Guastalla et de Montechiaragulo, soutint long-temps la guerre contre les *Farnèse* ducs de Parme; mais ayant été pris en 1612, il eut la tête tranchée. *Muratori* dit que l'envie seule de se rendre maître de ses richesses, lui suscita des ennemis et causa sa mort. Il possédoit sur-tout une superbe collection de livres, de tableaux et de pierres gravées, commencée par ses ancêtres, enrichie par les dons des papes, et par la succession des *Gonzague* et de *Pic de la Mirandole*. Cette collection fait encore l'un des principaux ornemens du Musée *Farnèse*. *Voyez* ce mot.
II. TORELLI, (Pomponio) comte Italien, né dans le Parmesan au 16$^{e}$ siècle, est compté parmi les bons tragiques d'Italie. Ses autres ouvrages sont moins connus que ses tragédies, qui sont: *Galatée*, *Mérope*, *Victoire*, *Polidore* et *Tancrède*. Elles furent recueillies à Parme en 1603 et en 1605, in-4.º Le marquis *Maffei* a placé la *Mérope* parmi le petit nombre de celles qu'il a jugées dignes d'entrer dans son recueil.
III. TORELLI, (Jacques) gentilhomme de la ville de Fano, et chevalier de l'ordre de Saint-Etienne, naquit en 1608. Ses rares talens pour l'architecture et la décoration théâtrale, le firent appeler en France par *Louis XIV* qui lui donna le titre de son architecte et de son machiniste. Il exécuta plusieurs pièces à machines, entr'autres l'*Andromède* de *Corneille*; et il étonna les specta- teurs. On crut voir des prodiges, ce qui le fit surnommer le grand Sorcier; mais Servandoni a fait depuis des choses plus merveilleuses. C'est à lui que l'on doit la machine avec laquelle on change en un instant toute la scène, à l'aide d'un treuil, d'un lévier et d'un contrepoids. Il a publié la description de ses machines et de ses principales décorations, avec des figures en taille douce. Torelli s'étant enrichi à Paris et à la cour, alla mourir en 1678 à Fano où il construisit le magnifique théâtre qu'on y voit. Lorsque celui de Vienne eut brûlé, l'empereur Léopold voulut qu'on le rebâtit sur le modèle de celui de Fano.
TORFÉE, (Thormond) de Misnie, vivoit dans le 17e siècle. Il est connu par son Histoire des Orcades, 1715, in-fol.; et par celle de la Norwège, en 4 vol. in-fol., 1711. Ces deux ouvrages estimés sont en latin. L'auteur mourut vers l'an 1720, âgé de 81 ans.
TORIANI, (François) peintre estimé, mort à Rome en 1670, à 70 ans.
TORNABONI, (Lucrèce) d'une famille illustre de Florence, mérita par ses talens et sa beauté d'être unie à Pierre de Médicis, et devint mère de Laurent. Elle mit la Bible en vers italiens. Sa bienfaisance égaloit son savoir; et elle répandit de grands secours sur les pauvres et les orphelins.
TORNAINS, (Jean) pasteur de l'église de Torneo, mort en 1681, traduisit les Pseaun·s en langage des Lapons, et écrivit leur histoire en latin. Il consacra sa vie entière à l'instruction de ces peuples sauvages et malheureux.
TORNÉ, (Pierre Anastase) né à Tarbes le 21 janvier 1727, entra chez les prêtres de la Doctrine chrétienne, et professa la philosophie dans leur collège de Toulouse. Il étoit plus fait pour le grand monde que pour une congrégation religieuse. Aussi quitta-t-il bientôt les Doctrinaires pour se consacrer à la chaire. Une figure agréable, de la hardiesse, et quelques nouveautés dans la manière de prêcher, lui procurèrent des succès passagers. Il fut le prédicateur du Carême à Versailles en 1764; et comme il n'oublia pas de faire sa cour au ministre de la feuille des bénéfices, un canonicat d'Orléans et un prieuré furent sa récompense. Torné obtint en même temps la place d'aumônier du roi de Pologne Stanislas, et le titre d'académicien de Nancy. A l'époque de la Révolution, il se déclara contre l'ancien clergé et fut nommé archevêque constitutionnel de Bourges. Dans les orages qui s'élevèrent contre la religion, il publia des écrits qui étoient plus d'un philosophe que d'un prêtre. Obligé de quitter Bourges où il jouissoit de peu de considération, il alla mourir dans sa patrie le 12 janvier 1797. Là, il chercha à faire oublier les principes exagérés qu'il avoit montrés dans la première législature, en se faisant le patron des malheureux, et ne cessant d'exhorter les administrateurs du département à la modération et à la bienfaisance... Torné remporta le prix de l'académie de Pau en 1754, et fit imprimer en 1775 une *Oraison funèbre* de Louis XV. Ses autres ouvrages sont : I. *Leçons élémentaires de calcul et de Géométrie*, 1757, in-8°, qui eurent de la vogue en province parce qu'il y a de la clarté. II. *Sermons*, 1765, 3 vol. in-12. L'auteur las de la profession oratoire, les fit imprimer en partie pour avoir une raison de se dispenser de prêcher. Dans ces discours, il ne s'est point astreint à l'usage des divisions et des sous-divisions. Il traite la plupart des sujets sans autre plan que l'ordre nécessaire des preuves, la suite des faits ou la progression des idées. C'étoit la manière des Pères de l'Église; mais ce qui n'est pas dans leur manière, c'est le style. Celui de l'abbé *Torné* quelquefois élégant, est plus souvent froid, sec et affecté. L'onction n'étoit pas la partie dominante de son éloquence; et quoiqu'il fasse usage de l'Écriture et des Pères, son ton n'étoit pas toujours assorti aux sujets qu'il traitoit. Comme homme de société, *Torné* étoit aimable; il aimoit les plaisirs et les recherchoit. Il vécut quelque temps dans la vallée de Campa au pied des Pyrénées, comme des *Iveaux* vivoit dans sa solitude du faubourg Saint-Germain.
TORNHILL, *Voyez* THORNHILL. I. TORNIEL, homme cruel, plus redouté par ses barbaries que par sa valeur, défendit No-vare sa patrie, en 1522, contre le maréchal de *Lescun*. Ce misérable mangeoit, dit-on, le foie des François qui tomboient entre ses mains. La ville ayant été prise, il fut pendu avec les bourreaux qu'il employoit à ses exécutions.
II. TORNIEL, ( Augustin ) religieux Barnabite, né à No-vare en 1543, mort en 1622, est avantageusement connu par ses *Annales Sacri et Profani*, depuis le commencement du monde jusqu'à J. C., en 2 vol. in-fol., à Anvers 1620. On peut les regarder comme un bon Commentaire des livres historiques de l'Ancien Testament. Il est un des premiers qui ont éclairci les difficultés de chronologie et de géographie qui se trouvent dans les livres saints et dans les historiens profanes. Son ouvrage est fait avec méthode, et écrit avec autant de clarté que de naturel. On peut lui reprocher d'être seulement quelquefois trop crédule.
TORQUATO-TASSO, *Voy.* I. TASSE.
TORQUATUS, *Voy.* MANLIUS-TORQUATUS, n.º III.
TORQUEMADA, ( Jean de ) religieux Dominicain plus connu sous le nom de *Turrecremata*, naquit à Valladolid d'une famille illustre. Il eut divers emplois importants dans son ordre, devint maître du sacré palais, et fut envoyé par le pape *Eugène IV* au concile de Basle. Il avoit déjà assisté à celui de Constance en 1414. Il se signala dans l'un et dans l'autre par son zèle contre les hérétiques. « Il avoit été, dit *Fléchier*, (*Hist. de Ximenès*) confesseur d'*Isabelle* dès son enfance, et lui avoit fait promettre que si Dieu l'élevoit un jour sur le trône, elle feroit sa principale affaire du châtiment et de la destruction des hérétiques, lui remontrant que la pureté et la simplicité de la foi catholique étoient le fondement et la base d'un 102 TOR règne chrétien, et que le moyen de maintenir la paix dans la monarchie étoit d'y établir la religion et la justice. » Il reçut en 1439 le chapeau de cardinal. On a de lui : I. Des Commentaires sur le Décret de Gratien, Venise, 1578, 5 tom. II. Un Traité de l'Eglise et de l'autorité du Pape, Venise, 1562, in-folio. III. Expositio in Psalmos, Maïence, 1474, in-fol. IV. De corpore Christi contra Bohemia. V. Expositio in regulam sancti Benedicti, Cologne, 1575, in-fol. avec le Commentaire de Smaragdus, etc. Ce cardinal mourut à Rome le 26 septembre 1468, à 80 ans, avec la réputation d'un homme habile dans la théologie de l'école et dans le droit canonique.
TORRE, (Philippe de la) né à Ciudad de Frioul en 1657, montra beaucoup de goût pour l'étude des monumens de l'antiquité. Il le satisfit à Rome, où il se fixa. Son savoir lui concilia l'estime et la bienveillance des cardinaux Imperiali et Noris, et des papes Innocent XII et Clément XI; ce dernier lui donna, en 1702, l'évêché d'Adria. Le peu de ressources qu'il avoit pour la littérature dans une petite ville, ne purent diminuer son zèle pour l'étude. On a de lui : I. Monumenta veteris Antii, 1700, in-4°; livre très-savant. II. Taurobolium antiquum Lugduni anno 1704 repertum, cum explicatione. Il se trouve dans la Bibliothèque choisie, tome XVII. III. De annis Imperii M. Antonii Aurelii Heliogabali, 1714, in-4°. La Torre avoit les connoissances d'un érudit profond et les vertus d'un évêque. Il mourut en odeur de sainteté en 1717, à 60 ans.
TORRÉ, (N.) né dans un petit village sur le lac de Côme dans le Milanès, reçut de son père la seule éducation qu'il pouvoit lui donner; il apprit de lui à faire des baromètres. Muni de quelques-uns de ces instrumens, il traversa les Alpes et vint les vendre à Paris. Un hasard heureux lui fit connoître Réaumur, et il comprit à son école combien il pouvoit acquérir de nouvelles connoissances. L'argent qu'il gagnait par son travail fut employé par lui à suivre des cours de physique et de chimie, et il devint bientôt très-habile dans ce dernier art. Après avoir ouvert un cours d'histoire naturelle et de physique expérimentale, les démonstrations tranquilles qu'il y faisoit ne purent suffire à un esprit aussi ardent que le sien; et il se livra particulièrement à l'étude de la pyrotechnie. Les Forges de Vulcanis qu'il fit représenter sur les boulevarts du Temple, attirèrent tout Paris, et offrirent un spectacle aussi nouveau que surprenant. Le feu d'artifice qu'il fit exécuter pour le mariage de Louis XVI, ne fut pas moins magnifique. Au milieu de l'explosion la plus terrible de l'Etna, on vit s'élever des palmes triomphales qui conservèrent leur couleur naturelle. Torré avoit retrouvé le secret du feu grégeois et le moyen de brûler à une grande distance les vaisseaux ennemis, avec une matière inextinguible : on en fit l'épreuve qui réussit; mais la générosité Françoise applaudit à l'invention et refusa de l'employer contre l'Angleterre. Torré se reprocha même de l'avoir conçue. Doué d'une ame tendre et compatissante, il prévenoit l'indigence dans ses be- reins et n'oublia jamais ses vieux parens qu'il mit dans l'aisance. Désespéré de la mort de sa femme, il la suivit quelques mois après au tombeau et mourut le 30 avril 1780. *Torré* s'étoit occupé long temps d'alchimie et du secret de faire de l'or. Un inconnu, dit-on, le convainquit de la possibilité de la transmutation des métaux, disparut ensuite et échappa à toutes ses recherches. *Torré* le suivit vainement à Leyde, à Dantzig et à Londres, et fut une dupe de plus de l'art hermétique. On peut lire sur ce fait une Lettre curieuse, insérée dans le *Mercure* du 28 octobre 1780.
**TORRENTIUS**, (Laurent) célèbre imprimeur, né en Flandre, alla s'établir à Florence. Il y découvrit le manuscrit original des *Pandectes de Justinien*, et il les imprima pour la première fois en 1553, 2 vol. in-fol. Cette édition très-recherchée pour la beauté des caractères et la pureté du texte, est celle connue sous le nom de *Pandectæ Florentinæ*. **I. TORRENTIUS**, (Herman) naquit à Zwoll dans l'Over-Yssel, vers le milieu du xv$^{e}$ siècle, fut professeur de rhétorique à Groningue, et enseigna les belles-lettres dans sa ville natale jusque dans sa vieillesse; il le fit même long-temps étant aveugle. Il mourut vers l'an 1520. On a de lui : I. *Des Scolies sur les Evangiles des Dimanches et Fêtes*, Deventer, 1599, in-8.$^{a}$ II. Un *Commentaire sur les Géorgiques de Virgile*, Anvers, 1562. III. *Dictionnaire Historique et Poétique*, Paris, 1541. Il a été augmenté successivement par *Charles-Etienne et Frédéric-Morel*.
**II. TORRENTIUS**, (*Lavinus*) né à Gand le 8 mars 1525, alla à Rome, et s'acquit les bonnes graces des personnes les plus distinguées par leur rang et leurs talens. De retour dans les Pays-Bas, *George d'Autriche* évêque de Liège le pourvut d'un riche bénéfice. Il mérita de nouvelles dignités par la manière dont il s'acquitta d'une commission à la cour de Rome, et fut fait successivement chanoine de la cathédrale de Liège, archidiacre et vicaire général de l'évêque *Gerard de Groesbeck*. *Philippe II* le nomma à l'évêché d'Anvers en 1576. Il s'appliqua avec zèle à réparer les maux que l'hérésie avoit causés dans son diocèse. En 1594, il fut nommé à l'archevêché de Malines; mais la mort l'enleva à Bruxelles, le 26 avril 1595, avant qu'il eût reçu ses bulles. Il laissa par son testament sa bibliothèque aux Jésuites, et de quoi se former un établissement à Louvain. Les occupations de son état ne purent éteindre en lui son goût pour les belles-lettres. On a de lui plusieurs pièces de poésie, qui ont été recueillies sous le titre de *Poëmata sacra*, Anvers 1594; titre qui ne répond pas à ce que le livre contient, car toutes les pièces n'en sont point sacrées. Les *Poésies* de *Torrentius* ont beaucoup de mérite; ses *Odes* cependant ne sont point animées de cet enthousiasme qui fait le caractère de ce genre de poésie. Ses *Commentaires* sur *Horace* et sur *Suétone*, 1610, in-folio, tiennent un rang parmi ceux des meilleurs philologues. 104 TOR
III. TORRENTIUS, (Jean) peintre, natif d'Amsterdam en 1589, peignoit ordinairement en petit, et metroit dans ses Ouvrages beaucoup de force et de vérité. Il auroit pu vivre par son mérite dans une fortune honnête et avec l'estime des honnêtes gens, si son goût pour la débauche et le libertinage de son esprit ne l'eussent perdu. En effet il faisoit des peintures si dissolues qu'elles surpassèrent celles de l'Arétia et qu'elles furent brûlées par la main du bourreau. Il devint aussi l'auteur d'une hérésie qui le fit arrêter et appliquer à la question. Torrectius ayant nié les discours qu'on lui imputoit, fut condamné par la Justice de Harlem à vingt ans de prison. Élargi par le crédit de l'ambassadeur d'Angleterre, il passa à Londres, et revint long-temps après mourir à Amsterdam, en 1640, âgé de 51 ans.
TORRES, (Joseph de) Espagnol, fut le premier qui imprima de la musique à Madrid en 1716. Il mourut quelque temps après.
TORRICELLI, (Évangéliste) né à Faenza, le 15 octobre 1608, montra beaucoup de génie pour les mathématiques. Envoyé à Rome pour s'y perfectionner, il y fut disciple du Père Benoit Castelli abbé du Mont-Cassin qui le fit connoître à Galilée. Ce célèbre mathématicien ayant vu le Traité du Mouvement du jeune Torricelli, l'appela auprès de lui à Florence, comme l'homme le plus capable de recueillir les observations que son âge, ses infirmités et la perte de sa vue l'empêchoient de mettre au jour. Galilée étant mort en 1641, Tor- ricelli eut une chaire de professeur en mathématiques à Florence, et il cultiva également la géométrie et la physique. Il perfectionna les lunettes d'approche; il fit le premier, des microscopes avec de petites boules de verre travaillées à la lampe; il inventa les expériences du vif-argent, avec le tuyau de verre dont on se sert pour les faire, et qui porte son nom; enfin, on attendoit de nouvelles merveilles de ce grand homme lorsque la mort l'enleva aux sciences le 25 octobre 1647, à 39 ans. Outre son Traité du Mouvement, on a de lui : I. Ses Leçons Académiques, en italien, in-4°, 1715. II. Opera Geometrica, Florence, 1644, in-4°. On lui doit sinon la découverte, du moins la théorie de la pesanteur de l'air que le tube qui porte son nom a fait connoître d'une manière précise et graduée.
TORRIGIANO TORRIGIANI, (N.) sculpteur Florentin, voyagea en Angleterre, ensuite en Espagne, et se fixa long-temps à Grenade, où l'on voit de lui une figure de la Charité et un Ecce homo, qui passent pour des chefs-d'œuvre. Le St. Jérôme et le St. Léon qu'il fit pour les Hyérominites de Séville, les égalent en beauté. Ce grand artiste eut une fin affreuse. L'Inquisition le fit mourir de faim en 1522, dans ses prisons, pour avoir brisé de colère une statue de la Vierge, qu'un grand seigneur n'avoit pas voulu lui payer le prix qu'il en demandoit.
TORSTENSON, Suédois, devint l'un des plus célèbres généraux de l'Europe. Il n'étoit que page de Gustave-Adolphe en 1624, lorsque ce roi près d'attaquer un corps de Lithuaniens et n'ayant point d'adjudant auprès de lui, envoya Torstenson porter ses ordres à un officier général, pour profiter d'un mouvement qu'il vit faire aux ennemis. Torstenson part et revient. Cependant les Lithuaniens avoient changé leur marche; le roi étoit désespéré de l'ordre qu'il avoit donné. Sire, dit Torstenson, daignez me pardonner: voyant les ennemis faire un mouvement contraire, j'ai donné un ordre opposé. Gustave-Adolphe ne dit mot; mais le soir ce page servant à table, il le fit souper à côté de lui, lui donna une enseigne aux Gardes, quinze jours après une compagnie, ensuite un régiment. Telle fut l'origine de la fortune et de la réputation de Torstenson.
TORT, (Mad. du) s'est fait connoître par un grand nombre d'opuscules en prose et en vers, insérés dans les Mercures et les Recueils de son temps. Elle mourut vers 1720. Fontenelle mit au bas du portrait de cette savante ce sixain: C'est ici madame du Tort; Qui la voit sans l'aimer, a tort; Mais qui l'entend et ne l'adore, A mille fois plus tort encore. Pour celui qui fit ces vers-ci, Il n'eut aucun tort, Dieu merci.
TORTEBAT, (François) fameux peintre de portraits du 17e siècle, a aussi gravé à l'eau forte, entr'autres les figures anatomiques de Jean de Calcar, d'après les tailles en bois de l'Anatomie de Vesale. Il étoit gendre de Vouet, et il a gravé d'après cet habile peintre St. Louis en- levé au ciel par des Anges. Voyez PIES.
TORY, (Geoffroy) imprimeur à Paris, natif de Bourges, et mort en 1550, avoit d'abord été professeur de philosophie au collège de Bourgogne à Paris. Il contribua beaucoup à perfectionner les caractères d'imprimerie. Il donna sur la proportion des lettres, un livre sous le titre de Champ fleuri, Paris, 1529, in-4°, et 1549, in-8°, qui fut très-utile aux typographes. Il est encore auteur d'une Traduction des Hieroglyphes d'Horus Apollo, in-8°; et d'un ouvrage intitulé: Ædiloquium, seu Digesta circa Ædes ascribenda, in-8°.
TOSCAN, (Matthieu) savant du 16e siècle, a publié un recueil assez bien choisi des anciens poètes Italiens, sous ce titre: Carmina illustrata Poëtarum Italorum, Paris, 1577, 2 vol. in-16.
TOSCANO, (Grégoire) après avoir couru les théâtres de province où il jouoit les rôles d'Arlequin, vint à Paris en 1715, avec une jeune actrice nommée Rosette qui lui fut enlevée. Désespéré de cette perte, il abandonna le théâtre et Paris. Il se fit charlatan et acquit dans ce métier une fortune immense. Ce fut le plus habile opérateur du siècle passé. Il est mort vers 1750.
TOSTAT, (Alphonse) docteur de Salamanque, devint ensuite évêque d'Avila, parut avec éclat au concile de Basle, et mourut en 1454, à 40 ans. On a de lui: I. Des Commentaires sur la Chronique d'Eusèbe, Salamanque, 1506, 5 vol. in-fol. II. D'autres Commentaires sur l'Écriture- 106 TOT Sainte. Tous ses Ouvrages furent imprimés à Venise, 1596, en treize vol. in-fol. On ne peut nier qu'il n'ait entassé beaucoup de passages; mais il seroit difficile de se persuader qu'il les ait bien digérés. On lui fit pourtant cette Epitaphe : Ble stupor est mundi, qui scibile discutit omne. Des savans à la fois prodige et désespoir, Ci gît qui discuta tout ce qu'on peut savoir.
TOT, (Charles de Ferrare du) conseiller au parlement de Rouen, joignoit à une vivacité d'imagination et à une étendue d'esprit surprenantes, une vaste lecture que sa mémoire fidelle lui rendoit toujours présente. Il aimoit et connoissoit les beaux arts. Ses talens lui acquirent le commerce de presque tous les savans de son temps. Il mourut en 1694. On a de lui plusieurs Pièces insérées dans divers Journaux; et séparément la Relation de la Cour de Rome, qu'il donna sous le nom de Angelo Corraro ambassadeur de Venise, à Rome... Voyez MELON.
TOTILA, dit aussi Baduilla, roi des Goths en Italie, fut mis sur le trône après la mort d'Evarie, vers 541. Son courage éclata contre les troupes de Justinien, sur lesquelles il remporta deux victoires signalées. Il se rendit maître de toute la basse Italie et des isles de Corse, de Sardaigne et de Sicile. Son entrée dans Naples ne fut plus marquée par des barbaries, comme on devoit s'y attendre, mais par des actes de clémence et de bonté. Comme la faim avoit épuisé les forces des assiégés et qu'il étoit à craindre qu'ils ne s'incommodassent en prenant tout à coup de la nourriture, il mit des gardes aux portes pour les empêcher de sortir; et après avoir distribué lui-même des vivres avec une sage économie, il leur permit d'aller où ils voudroient. Il tourna ensuite ses armes vers Rome, qu'il prit en 546, et qu'il traita avec beaucoup moins de douceur que Naples. Les sénateurs et les plus riches citoyens furent obligés d'aller, couverts de haillons, demander du pain à la porte des Goths. Rusticienne femme du célèbre Boèce qui avoit distribué tous ses biens aux pauvres durant le siège, fut réduite à cette extrémité. Totila quitta Rome qu'il ne pouvoit garder, et fut défait par Bélisoire en se retirant; mais dès que ce général eut été rappelé à Constantinople, Totila assiégea Rome de nouveau, y entra par stratagème en 549, et répara les maux de la guerre. Justinien envoya contre lui Narsès qui le rencontra au pied de l'Apennin. La bataille s'engagea, et quelques soldats de l'armée impériale ayant rencontré Totila, un d'entre eux lui porta un coup de lance dont il mourut peu de jours après, en 552, après onze ans de règne. Ce prince avoit du courage, de la hardiesse et de l'activité; et, ce qui est bien plus précieux, autant d'amour pour le genre humain que pouvoit en avoir un Goth et un conquérant.
TOUBEAU, (Jean et François) père et fils, imprimeurs à Bourges, se sont distingués dans leur profession par leurs lumières et leur probité. Ils composèrent ensemble les *Institutions Consulaires*, ou principes de la jurisprudence commerciale, qui ont eu un grand nombre d'éditions. *Jean* est mort en 1685. I. TOUCHE, (N. de la) grammairien François, se retira en Hollande, après la révocation de l'édit de Nantes. Ce fut dans ce pays qu'il publia son *Art de bien parler François*, en deux vol. in-12, plusieurs fois réimprimés. Cette Grammaire fut recherchée en France et hors de France, parce que l'auteur avoit ajouté aux règles générales un grand nombre de remarques particulières, tirées de *Vaugelas*, de *Ménage*, de *Bouhours*. Depuis la publication des ouvrages de *Restaud* et de *Wally*, la Grammaire de la *Touche*, dont l'orthographe d'ailleurs n'est pas fort exacte, a été négligée, même dans les pays étrangers. La dernière édition que nous connoissions est celle d'Amsterdam, 1760, 2 vol. in-12.
II. TOUCHE, (Claude Guymond de la) littérateur aussi estimable par son caractère que par ses talens pour la poésie, naquit en 1719. Il porta pendant quelque temps, l'habit de Jésuite; mais les désagréments que lui attira, de la part de ces religieux, une comédie qu'il fit jouer en 1748, l'indisposa contre eux. Dans les premiers mouvemens de son ressentiment, il produisit son Épître, publiée en 1766 sous ce titre: *Les Soupirs du Clôtère* ou *le Triomphe du Fanatisme*. La poésie en est noble et énergique; mais les Jésuites y sont peints sous des couleurs bien noires. L'auteur ne tarda pas de les quitter, et il résolut de se consacrer au Théâtre pour lequel il avoit du talent et du goût. Il donna, en 1757, une tragédie sans amour, intitulée: *Iphigénie en Tauride*. Le sujet en est emprunté d'*Euripide*. Elle eut un grand succès et elle est restée au théâtre, quoique la versification et le style n'en soient pas moelleux, que le dénouement en soit manqué et les sentimens un peu boursouflés et toujours extrêmes. (*Voyez* III. GRANGE.) On excuse ces défauts, en faveur d'une conduite régulière, d'une éloquence vive et séduisante, d'une scène remplie de grandeur d'ame, de tendresse et de pathétique entre *Oreste* et *Pilade* voulant se dévouer l'un pour l'autre; et sur-tout en faveur du grand intérêt résultant d'une action simple qui rappelle le goût et le mérite des tragiques Grecs. Notre poète préparoit une tragédie de *Régulus* lorsque la mort l'enleva à la fleur de son âge, le 14 février 1760. Il mourut d'une fluxion de poitrine. Quelques momens avant qu'il expirât, il dit à ceux qui l'environnoient, ces deux vers de *Voltaire*: Et le riche et le pauvre, et le foible et le fort, Vont tous également des douleurs à la mort. On a de lui quelques Pièces fugitives manuscrites; et on a donné au public son *Épître à l'Amitié*, qui, quoique un peu longue, est agréable à lire: on y trouve plusieurs vers heureux.
TOUCHES, *Voyez* DES-TOUCHES.
TOULOUSE, (Comtes de) *Voy*. RAIMOND, nos I et II. 108 TOU
TOUP, (Jonathan) prébendier d'Excester en Angleterre, mort en 1785, étoit savant dans les langues anciennes; il a publié une édition de Longin, enrichie de notes, et des Remarques sur Suidas. I. TOUR, (Bérenger de la) fut l'un de nos premiers poëtes. Ses chansons furent en vogue sous le règne de Henri II.
II. TOUR D'AUVERGNE, (Henri de la) vicomte de Turenne, duc de Bouillon, prince de Sédan et maréchal de France, naquit en 1555. Il servit avec distinction sous Charles IX et Henri III. Le vicomte de Turenne son père avoit épousé la fille du connétable de Montmorenc qui apprit à son petit-fils le métier de la guerre. Ayant embrassé le Calvinisme, il s'attacha à Henri de Navarre dont il seconda la valeur à la bataille de Contras et au siège de Paris en 1590. Le roi l'employa dans diverses négociations, et l'envoya à la reine d'Angleterre et à quelques princes Protestans pour solliciter des secours. En 1592, il obtint le bâton de maréchal de France, et il avoit défait, cette même année, les troupes du duc de Lorraine, près de Beaumont-en-Argonne où il fut blessé de deux coups d'épée. Après s'être signalé dans d'autres occasions, il mourut en 1623, à 67 ans et demi. Marsollier a écrit sa Vie, Paris, 1719, 3 vol. in-12. Henri IV lui avoit fait épouser Charlotte de la Mark souveraine de Sédan, morte en 1594. Il en eut un fils qui mourut; mais la souveraineté lui demeura. Il épousa en secondes noces Elizabeth de Nassau fille de Guillaume prince d'Orange, et de Charlotte de Bourbon. Une si grande alliance, sa valeur, ses talens militaires et ses négociations, en firent un homme très-important dans l'état. Marie de Médicis le craignoit, le ménageoit, et eut souvent besoin de lui. Il ne voulut cependant pas entrer dans le parti de cette princesse, et lui fit dire qu'il étoit trop vieux pour se mêler d'affaires si épineuses. Uniquement occupé à embellir et à fortifier la ville de Sédan, il y établit une académie, où la jeune noblesse Calviniste de France et d'Allemagne venoit faire ses études et ses exercices. On y apprenoit l'art militaire sous les yeux d'un héros. Sa bibliothèque étoit nombreuse; et quoique le connétable Anne de Montmorenc son grand-père qui ne savoit ni lire ni écrire, ne l'eût pas fait élever dans le goût des belles-lettres, il avoit toujours aimé les gens savans et il se plaisoit à leur conversation. La fin de sa vie fut troublée par le chagrin de voir Frédéric roi de Bohême, son neveu, dépouillé de tous ses états. Il laissa plusieurs enfans de sa seconde femme Elizabeth de Nassau, morte en 1642: entr'autres deux garçons; Frédéric-Maurice duc de Bouillon, (Voyez l'article suivant;) et Henri vicomte DE TURENNE. (Voyez ce dernier mot.)
III. TOUR, (Frédéric-Maurice de la) duc de Bouillon, fils du précédent, et frère aîné du vicomte de Turenne, commença à porter les armes en Hollande sous le prince d'Orange son oncle, et s'acquit un nom en peu d'années par ses talens militaires. Ayant enlevé un convoi considérable et fait prisonnier le com- mandant de l'escorte, il contraignit Bois-le-Duc à se rendre peu de jours après. Etant gouverneur de Maestricht, il força les Espagnols à en lever le siège par des sorties fréquentes et meurtrières. Il s'attacha au service de France en 1635. Ce royaume étoit alors rempli de mécontents que le ministère impérieux du cardinal de Richelieu avoit soulevés; le duc de Bouillon se laissa entraîner au torrent et contribua beaucoup à la victoire qu'ils remportèrent au combat de la Marfée. Réconcilié avec la cour, il fut nommé lieutenant général de l'armée d'Italie; mais ayant été accusé d'avoir favorisé le complot de Cinq-Mars contre le cardinal, il fut arrêté à Casal, et n'obtint sa liberté qu'en cédant sa souveraineté de Sédan. L'espoir de la recouvrer peut-être le rengagea bientôt après dans la guerre civile sous la régence de la reinemère. Il devint l'âme de son parti. Soit dégoût, soit amour du repos, il mit bas les armes au bout de quelque temps et fit sa paix avec le roi, qui en échange de Sédan lui donna en propriété les duchés-pairies d'Albret et de Château-Thierri, les comtés d'Auvergne et d'Evreux, etc. Il mourut l'an 1652, dans sa 48$^{e}$ année. Brave, actif, vigilant, le duc de Bouillon étoit digne par son mérite personnel et par sa naissance, de parvenir au faîte des honneurs militaires; mais son attachement aux intérêts des princes l'empêcha d'y monter. Ses Mémoires ont été imprimés avec ceux d'Agrippa d'Aubigné, in-12, Amsterdam, 1731. Il avoit épousé en 1634 Eléonore-Catherine Febronie de Bergh dont il eut divers enfans; les plus connus sont: *Godifroi-Maurice de* *la Tour* grand chambellan de France, chef de la branche de *Bouillon*, mort en 1721, à 82 ans; *Frédéric-Maurice* lieutenant général, mort en 1707, à 66 ans, qui a formé la branche des comtes d'Auvergne; *Emmanuel-Théodose*, plus connu sous le nom de *Cardinal DE BOUILLON*. *Voyez* ce mot.
IV. TOUR-D'AUVERGNE-CORRET, (Théophile-Malo de la) issu d'une branche bâtarde de la maison de *Bouillon*, naquit à Carhais en Basse-Bretagne, le 23 décembre 1743. Après avoir passé au service d'Espagne et s'être distingué au siège de Mahon, il revint en France et montra une bravoure extraordinaire dans les guerres de la révolution. Nommé membre du corps Législatif, il refusa d'y siéger en disant qu'il ne savoit point faire de lois, mais seulement se battre. Il se trouvoit à l'armée du Rhin, lorsqu'un arrêté du premier Consul lui accorda le titre honorable de premier GRENADIER de France. Il combattoit à Neubourg, le neuf messidor an 8, (27 juin 1800) lorsqu'il fut tué d'un coup de lance au cœur. Son corps enveloppé de feuilles de laurier, fut déposé sur le champ de bataille. Son cœur enfermé dans une boîte d'or, fut placé au haut du drapeau du bataillon où il servoit. On lui doit un ouvrage sur les *Origines Gauloises*, dans lequel il prétend prouver l'identité de la langue des Bas-Bretons de l'Armorique avec celle des anciens Gaulois qui l'ont répandue du nord au midi de l'Europe et l'ont portée jusqu'en Asie. A cet égard, il a partagé l'opinion de son intime ami le *Brigant* avocat Breton qui a publié quelques 110 TOU Opuscules sur le même sujet. *La Tour-d'Auvergne* a laissé en manuscrits un *Dictionnaire Breton-Gaulois* et un *Glossaire Polyglotte*, dans lequel il a eu la patience de comparer quarante-cinq langues avec le Breton pour faire dériver de celui-ci tous les idiomes maintenant connus. V. TOUR, (George de la) professeur de botanique dans l'université de Padoue, mort en 1688, à 81 ans, est connu par deux ouvrages recherches. I. Une Histoire des Plantes sous ce titre: *Dryadum, Hamadryadum, Chloridisque Triumphus*; Patavii, 1685, in-folio. II. *Catalogus Plantarum Horti Patavini*, 1662, in-12.
VI. TOUR, (Bertrand de la) docteur de Sorbonne, de l'académie de Montauban et doyen du chapitre de cette ville, naquit à Toulouse au commencement du siècle qui vient de finir, et mourut à Montauban en 1781. C'étoit un homme de bien, donnant l'exemple des vertus qu'il précoit, et qui ne ressemblait pas à ces faux dévots dont on a dit qu'ils étoient *Molinistes* pour eux-mêmes et *Jansénistes* pour les autres. Son zèle lui fit entreprendre des missions dans des pays lointains; sa charité se répandit en abondantes anmônes; son amour pour les lettres l'engagea à fonder le prix annuel de deux cent cinquante livres pour les sujets proposés par l'académie de Montauban. On trouve seulement un peu de faste dans la légende de la médaille: *Ex munificentid Domini DE LA TOUR*; comme s'il étoit question d'un aqueduc des Romains ou de la voie Appienne! Nous avons de l'abbé de la Tour: I. Des *Séramos* en plusieurs volum. in-12. Dans les Discours de morale il est abondant, mais peu méthodique, et trop souvent lâche et diffus. Dans les Panégyriques, c'est de la poésie plutôt que de l'éloquence, tant il prodigue les images et les figures. Dans les uns et dans les autres, on voit un écrivain nourri de l'Écriture et des Pères. II. Des *Réflexions sur le Théâtre*, in-12. Ce sont plusieurs brochures qu'il publia successivement contre la comédie, et même contre les Comédiens. Il a rassemblé tout ce qu'on a dit sur cette manière; mais il se permet des digressions qui l'entraînent loin de son sujet, et il se livre à une humeur satirique et emportée qui affoiblit la bonté de ses raisons. Ce caractère caustique que la piété de l'abbé de la Tour ne réprima pas toujours, intimidoit jusqu'à ses supérieurs. III. Des *Discours* et des *Dissertations* dans les *Mémoires* de l'académie de Montauban dont il fut un des membres les plus distingués. Il proposoit ordinairement le sujet des prix; et ce sujet étoit toujours une vérité morale ou religieuse. On l'a blâmé de forcer par-là les concurrents à entasser dans leurs discours des lieux communs mille fois rebattus; mais son but étant principalement d'exciter l'émulation des jeunes prédicateurs, il valoit mieux encore les engager à traiter des sujets moraux que de leur proposer de faire l'éloge d'un homme médiocre en phrases boursouflées et emphatiques.
VII. TOUR, (N. de la) l'un des plus célèbres peintres de por- traits du dernier siècle, mourut à Saint-Quentin sa patrie, le 17 février 1788, à 85 ans. Il étoit non-seulement un grand artiste, mais un homme aimable. Il peignit nos gens de lettres les plus distingués, et vécut avec eux en homme capable de les entendre et de les apprécier. Sa conversation étoit gaie, vive, saillante et quelquefois un peu caustique. S'étant retiré sur la fin de ses jours à Saint-Quentin, il forma plusieurs établissements utiles qui attestent le bon usage qu'il faisoit de sa fortune ainsi que de ses talens.
TOUR, (Henri de la) *Voyez TURENNE.*
TOUR, (Claudine de la) *Voyez III. TOURNON.*
TOUR - BRÛLÉE, *Voyez TORQUEMADA.* I. TOUR - DU - PIN GOUVERNET, (René de la) né en 1543 à Gouvernet près de la petite ville du Puy en Dauphiné, d'une famille noble comprise dans l'état des officiers du dauphin *Humbert II*, qui en 1343 prêtrèrent serment de fidélité au roi de France, fut élevé dans la religion Calviniste, et devint le compagnon d'armes de *Dupuy-Montbrun* et de *Lesdiguières*. En 1569, il se trouva à la bataille de Montcontour, et contribua ensuite à la victoire que *Montbrun* remporta en 1575 près de Die sur de *Gordes* qui commandoit l'armée royale. A la mort de *Montbrun*, les Protestans voulurent élire un général en chef, et *Gouvernet* réussit à faire nommer *Lesdiguières*. Dans le combat livré en 1586 près de Montélimar, il défia *Loriol* comme ayant le plus beau cheval de l'armée, le vainquit et envoya en présent son cheval à *Henri IV*. Ce monarque eut pour *Gouvernet* la plus tendre estime, et la lui témoigna dans plusieurs de ses lettres. *Brantôme*, de *Thou*, et *Louis Videl* dans son Histoire du connétable de *Lesdiguières*, parlent avec éloge de ce chevalier dont la dévise étoit *Courage* et *Loyauté*, et disent qu'il falloit toujours songer à le soutenir quand il commandoit l'avant-garde, parce qu'il se précipitoit sur l'ennemi, et que l'armée étoit fort tranquille quand il étoit à l'arrière-garde et qu'il y soutenait une retraite. *Gouvernet* commandoit dans le Bas-Dauphiné et étoit gouverneur de Montélimar, de Nions, de Mévouillon et de Die. Il mourut dans cette dernière ville en 1619, après avoir joui long-temps d'une pension de dix mille livres que la cour lui accorda pour ses importans services. Forcé par le point d'honneur de se battre en duel avec un de ses anciens amis, le seigneur du *Pouet*, il eut le malheur de le tuer et en resta inconsolable. Il acheta le champ où le combat s'étoit livré, et quoique Protestant il en fit don aux religieux Capucins pour célébrer à jamais un obituaire pour du *Pouet*. Ces derniers l'ont possédé jusqu'au moment de la révolution. *Gouvernet* devint le tuteur du fils de son ami et le maria ensuite à *Justine de la Tour-du-Pin* sa fille. — Le fils de *Gouvernet* appelé comme lui *René*, fut député de la noblesse du Languedoc aux Etats généraux de 1614; il laissa quatre fils d'où sont descendues toutes les branches de la *Tour-du-Pin* qui 112 TOU existent en France. Le quatrième, *Hector de la Tour-du-Pin-Montauban*, épousa *Charlotte Salvin du Cheilar*, et devint chef des Protestans du Dauphiné, tandis que son beau-frère du *Boure-Brizon* l'étoit de ceux du Vivarès. L'un et l'autre furent soumis par *Lesdiguières* en 1626. *Louis XIII* fit *Hector* maréchal de camp, lui donna cent mille livres et le gouvernement de Montélimar qui avoit passé à son petit-fils au moment de la révolution.
II. TOUR-DU-PIN, (N. de la) fils d'*Alexandre de la Tour-du-Pin-Montauban* et petit-fils d'*Hector* dont il est fait mention dans l'article précédent, devint évêque de Toulon et s'y montra en héros. Chrétien dans l'affreuse peste qui ravagea cette ville en 1720. Tandis que de *Belzance* évêque de Marseille, y donnoit l'exemple du plus grand courage, *la Tour-du-Pin* partageoit à Toulon son dévouement généreux. Il prodigua aux malades les soins, les secours, les consolations, et mourut quelque temps après sincèrement regretté de tous ses diocésains.
III. TOUR-DU-PIN, (Jacques-François-René de la) né en Dauphiné en 1721, abbé d'Ambournai et grand vicaire de Riès, se signala de bonne heure dans la chaire. Il précha l'Avent à la cour en 1755. Son action étoit noble et affectueuse. Elle auroit eu plus de dignité, peut-être, s'il y étoit entré moins de jeu; mais c'étoit le ton de l'auteur. Il avoit commencé à publier ses *Panégyriques*, 6 vol. in-12, lorsqu'une attaque d'apoplexie l'emporta le 26 juin 1765, à 4 ans. « Plans simples et presque toujours pris dans le cœur du sujet : style facile, uni, coulant, assez concis, mais sans sécheresse; plus délicat que recherché; ne s'élevant qu'avec les choses qu'il traite, et n'empruntant jamais sa force que de l'énergie même des objets; et coloris en général aussi doux qu'égal : voilà, dit *Querlon*, l'idée que nous donnerions de son genre. » Nous ajouterons à ce jugement que l'abbé de *la Tour-du-Pin* emploie trop souvent l'antithèse; que ses applications de l'Écriture sont ingénieuses, mais qu'elles ne sont pas toujours justes. Cet orateur avoit prêché le *Panégyrique* de *St. Louis* devant l'académie Françoise en 1751, et avoit satisfait cette compagnie. Il étoit de l'académie de Nancy.
TOUREIL, *Voyez TOUR-REIL*.
TOURNEBU, (Odet de) avocat au parlement de Paris, devint premier président de la cour des monnoies de cette ville. Il mourut en 1581 à la fleur de son âge, après avoir donné une comédie en cinq actes, nommée *les Contens*, imprimée chez *Magniar* en 1584.
TOURNEFORT, (Joseph-Pitton de) né à Aix en Provence le 5 juin 1656 d'une famille noble, se sentit botaniste, dit *Fontenelle*, dès qu'il vit des plantes. Quelquefois il manquoit à sa classe pour aller herboriser à la campagne et pour étudier la nature, au lieu de la langue des anciens Romains. Ses parens le destinèrent à l'état ecclésiastique; mais la mort de son père arrivée en 1677, le laissa entièrement maître maître de suivre son inclination. Il profita aussitôt de sa liberté, et parcourut en 1678 les monta- gues du Dauphiné et de Savoie. En 1679 il alla à Montpellier, où il se perfectionna beaucoup dans l'anatomie et dans la méde- cine. Un Jardin des Plantes éta- bli dans cette ville par Heari IV lui fut d'un grand secours. De Montpellier il passa aux Pyré- nées où il fut dépouillé deux fois par les Miquelets Espagnols, sans que ces accidens pussent dimi- nuer son ardeur. Les rochers af- freux et presque inaccessibles qui l'environnoient de toutes parts, s'étoient changés pour lui en une magnifique bibliothèque, où il avoit le plaisir de trouver tout ce que sa curiosité demandait. Un jour une méchante cabane où il conchoit, tomba tout-à-coup. Il fut deux heures enséveli sous les raines, et il y auroit péri si on eût tardé encore quelque temps à le retirer. Il revint à Montpel- lier à la fin de 1681, et de là il alla chez lui à Aix, où il rangea dans son herbier toutes les plau- tes qu'il avoit ramassées en Pro- vence, en Languedoc, en Dau- phiné, aux Alpes et aux Pyré- nées. Fagon premier médecin de la reine l'appela à Paris en 1683, et lui procura la place de pro- fesseur en botanique au Jardin royal des Plantes. Cet emploi ne l'empêcha pas de faire plusieurs voyages en Espagne, en Por- tugal, en Hollande et en Au- gleterre. Il trouva par-tout des amis et des admirateurs. Herman professeur de botanique à Leyde, voulut lui résigner sa place et pour l'engager à l'accepter, il lui fit entrevoir une pension de qua- tre mille livres des Etats géné- taux; mais Tournefort préféra sa patrie à des offres si flatteuses. La France ne fut pas ingrate; l'a- cadémie des Sciences lui ouvrit son sein en 1692, et le roi l'en- voya l'an 1700 en Grèce, en Asie, non-seulement pour cher- cher des plantes, mais encore pour y recueillir des observa- tions sur toute l'Histoire natu- relle, sur la Géographie ancienne et moderne, et même sur les mœurs, la religion et le com- merce des peuples. Il vouloit aller en Afrique, mais la peste qui étoit en Egypte le fit revenir de Smyrne en France au bout de deux ans. Ses courses et ses travaux avoient beaucoup altéré sa santé; et ayant reçu par ha- sard un coup fort violent dans la poitrine, il mourut le 28 dé- cembre 1708. Il laissa par son testament son Cabinet de curio- sités au roi pour l'usage des sa- vans, et ses Livres de botanique à l'abbé Bignon. C'étoient deux présens considérables. Tourne- fort étoit d'un tempérament vif, laborieux, robuste. Un grand fond de gaieté naturelle le sou- tenoit dans le travail, et son corps aussi bien que son esprit avoient été formés pour la bota- nique. Ses principaux ouvrages sont: I. Elémens de Botanique ou Méthode pour connoître les Plantes; imprimés au Louvre, en 3 vol. in-8°, 1694, avec 451 figures. Cet ouvrage, fait pour mettre de l'ordre dans ce nombre prodigieux de plantes semées si confusément sur la surface de la terre, les réduit toutes à quatorze classes, par le moyen desquelles on descend à 675 genres, qui comprennent sous eux 8846 es- pèces de plantes soit de terre, soit de mer. C'est par la fleur et le fruit que Tournefort a entre- 114 TOU pris de classer les plantes que *Linnée* a cru devoir mieux différencier par les étamines et les pistils. Les botanistes ont été partagés entre ces deux méthodes; mais l'on ne peut disconvenir qu'à bien des égards celle du naturaliste François est préférable à celle du Suédois. « Parmi les méthodes, dit le célèbre *Buffon*, qui portent sur la fructification, celle de M. de *Tournefort* est la plus remarquable, la plus ingénieuse et la plus complète. En homme d'esprit il a fait ses distributions et ses exceptions avec une science et une adresse infinies. *Linnée* a forcé la nature au point de confondre les objets les plus disparates; il a mis ensemble le mûrier et l'ortie, la tulipe et l'épinevinette, l'orme et la carotte, la rose et la fraise, le chêne et la pimprenelle. Cette nouvelle méthode a encore d'autres défauts essentiels. Comme les caractères des genres sont pris de parties infiniment petites, il faut aller le microscope à la main pour reconnoître un arbre ou une plante; la grandeur, la figure, le port extérieur, les feuilles, toutes les parties apparentes ne servent plus à rien, il n'y a que les étamines; et si l'on ne peut pas voir les étamines, on ne sait rien, on n'a rien vu. Ce grand arbre que vous apprenez n'est peut-être qu'une pimprenelle, il faut compter ses étamines pour savoir ce que c'est: mais malheureusement encore pour le système, il y a des plantes qui n'ont point d'étamines, il y a des plantes dont le nombre des étamines varie; et voilà la méthode en défaut malgré la loupe et le microscope. » *Tournefort* a donné de ses *Élémens* une édition plus ample en latin, sous le titre de *Institutiones Rei Herbariae*, en 3 vol. in-4°, avec 25 planches de plus; mais la première édition est plus recherchée, parce que les figures sont moins usées que dans la seconde. II. *Corollarium Institutionum rei Herbariae*, imprimé en 1703, dans lequel il fait part au public des découvertes qu'il avoit faites sur les plantes dans son voyage d'Orient. III. Son *Voyage du Levant*, imprimé au Louvre, 1717, 2 vol. in-4°; et réimprimé à Lyon, 3 vol. in-8°. Ce livre curieux renferme non-seulement des découvertes de botanique; on y trouve encore des descriptions exactes, tout ce qui a rapport aux mœurs des peuples et une grande connoissance de l'Histoire ancienne et moderne. L'abbé de la *Porte* a pris dans cet ouvrage ce qu'il y a de plus intéressant dans les deux premiers volumes de son *Voyageur François*. IV. *Histoire des Plantes des environs de Paris*, imprimée au Louvre, 1698, in-12; réimprimée en 1725, 2 vol. in-12. Ce livre est utile par l'attention qu'a l'auteur de marquer l'usage qu'on peut faire en médecine de chaque plante. V. *Traité de matière Médicale*, 1717, deux vol. in-12. VI. *Tournefort* avoit fourni à l'académie des Sciences plusieurs Mémoires insérés parmi ceux de cette compagnie. On lui doit surtout le renouvellement de l'hypothèse de la végétation des pierres, oubliée depuis long-temps et appuyée sur des preuves nouvelles.
TOURNELLE, (la marquise de la) *Voyez* III. MAILLY.
TOURNELY, (Honoré) docteur de la maison et société de Sorbonne, naquit à Antibes le 28 août 1658 de parens obs- vers. Il gardoit les pourceaux comme *Sixte-Quint*, lorsqu'ayant apperçu un carrossé dans la route de Paris, il lui prit envie d'aller voir un de ses oncles qui avoit une petite place à Saint-Ger- main-l'Auxerrois. Ce fut à ce bon prêtre qu'il dut son éduca- tion. La vivacité de son esprit et ses talens lui firent des pro- tecteurs. La plupart de ceux qui ont excellé dans quelque genre n'y ont point eu de maître; par la facilité avec laquelle *Tournely* fit son cours de philosophie et de théologie, on auroit dit qu'il étoit né pour ces deux sciences. Ayant été reçu docteur de Sor- bonne en 1686, il devint pro- fesseur de théologie à Douay en 1688. La complaisance qu'il eut, dit-on, de se charger de tout l'opprobre de l'intrigue du faux *Arnauld*, lui mérita la protec- tion des Jésuites. On sait que quelques-uns de ces Pères écri- virent sous le nom du docteur *Arnauld* à plusieurs professeurs de l'université de Douay qui en- rent la simplicité de répondre comme s'ils avoient écrit à un Janséniste, et qui s'exposèrent par cet excès de confiance à des persécutions. Cette tournure ayant paru très-odieuse, ils en rejetèrent la plus grande partie sur *Tournely* qui leur dut son avancement. Ses protecteurs lui procurèrent un canonicat à la Sainte-Chapelle de Paris, une abbaye, et enfin une chaire de professeur en Sorbonne. L'abbé *Tournely* la remplit pendant 24 ans avec beaucoup de succès, et il ne la quitta qu'en 1716. Ce docteur joua un grand rôle dans les querelles de la constitution *Unigenitus*, à la défense de la- quelle il consacra sa plume. Il travailloit pour elle, lorsqu'une attaque d'apoplexie le priva de la vue, et le conduisit au tom- beau le 26 décembre 1729, à 71 ans. Ce théologien avoit de l'esprit, de la facilité, du savoir; et il s'en servit pour faire sa for- tune. Ses ennemis l'ont accusé (et ce n'est peut-être pas sans raison) d'avoir eu un caractère ambitieux et souple. Ils prétend- ent même qu'il ne se faisoit pas une difficulté d'écrire contre sa pensée. Mais de tels jugemens sont souvent injustes et presque toujours téméraires; il est plus sage de juger des opinions d'un auteur, par celles qu'il a con- signées dans ses livres, que par les sentimens que ses adversaires ont quelquefois intérêt de lui sup- poser. On peut avoir le caractère politique en fait de fortune, sans porter dans les matières théolo- giques qu'on traite un esprit de politique. On a de *Tournely* un *Cours de Théologie* en latin, en 16 vol. in-8°, dans lequel on trouve deux vol. sur la Grace, deux sur les Attributs, deux sur les Sacremens, deux sur l'Eglise, deux sur la Pénitence et l'Ex- trême Onction, deux sur l'Eu- charistie, un sur le Baptême, un sur l'Incarnation, un sur l'Ordre et un sur le Mariage. Cette théo- logie, une des plus méthodiques et des plus claires que nous ayons, a été réimprimée à Venise en 16 vol. in-4°. On en a trois Abré- gés: l'un est de *Montagne* doc- teur de Sorbonne, prêtre de St- Sulpice, qui n'a travaillé que sur quelques Traités. Le second, moins étendu, est de *Robbe*. Le troisième a paru depuis 1744; on le doit à *Collet* prêtre de la Congrégation de *Saint-Lazare*: 116 TOU c'étoit le plus en usage dans les Séminaires. — TOURNEMINE, ( René-Joseph de ) Jésuite, né le 26 avril 1661 à Rennes, d'une des plus anciennes maisons de Bretagne, travailla long-temps au Journal de Trévoux et fut bibliothécaire des Jésuites de la Maison — professe à Paris. La plupart des savans de cette capitale le regardaient comme leur oracle. Tout étoit de son ressort : Écriture-Sainte, théologie, belles-lettres, antiquité sacrée et profane, critique, éloquence, poésie même. Il est certain qu'à une imagination vive, il joignoit une érudition peu commune et variée. Il étoit d'un caractère fort communicatif, surtout à l'égard des étrangers; mais la plupart de ses confrères, surtout ceux qui étoient du parti du P. le Tellier, l'accusoient d'être vain, fier, rempli de prétentions. On connoit le distique dans lequel le P. Buffier le persilla. Quàm bené de facie versé tibi nomen, amicis Tâm cícô qui facem vercis, amice, uis ! Trop prévenu en faveur de son savoir et encore plus de sa naissance, il se plaignoit quelquefois qu'on le confondit avec un simple religieux. Le président de Montesquieu ayant eu à se plaindre de lui, ne s'en vengera qu'en demandant : Qu'est-ce que le P. de Tournemine ? Je ne le connois pas. Cependant Montesquieu ne devoit pas rougir de connoître un homme du nom et du mérite du P. de Tournemine. Ce Jésuite mourut à Paris le 16 mai 1739, à 78 ans. On a de lui : I. Un grand nombre de Dissertations répandues dans le Journal de Trévoux. Il illustra cet ouvrage, non-seulement par ses dissertations, mais encore par de savantes analyses. Le style étoit net, précis et élégant. On se plaignit cependant de son temps, que la louange et le blâme n'étoient pas dispensés avec équité, qu'on revenoit trop souvent sur les matières polémiques et qu'on y voyoit trop les préventions d'un Jésuite et celles d'un théologien de parti. Le Journal de Trévoux a eu le sort des Jésuites; il est tombé avec eux, et les efforts que quelques écrivains firent pour le ressusciter n'ont abouti qu'à lui donner une vie foible, bientôt suivie de la mort : tant le public étoit prévenu dans les derniers temps contre ce journal, commencé en 1701 et terminé en 1767. L'un de ses continuateurs, Jean-Louis Jolivet, médecin de la faculté de Rheims, mort en 1764, avoit donné le Secret du gouvernement Jésuitique; mais il n'eut pas celui des bons écrivains qui avoient les premiers fait valoir ce journal, le savoir et le goût. II. Une excellente édition de Menochius, en deux vol. in-folio, 1719. III. Une édition de l'Histoire des Juifs de Prideaux, en six vol. in-12. IV. Un Traité en manuscrit, contre les rêveries du Père Hardouin qui avoit voulu le choisir pour être un de ses apôtres et dont il fut un des plus ardens adversaires. Voy. les articles BERRUVER, II. MENOCHIUS; et LEIBNITZ, n.º XII de ses ouvrages.
TOURNES, ( Jean de ) habile imprimeur de Lyon, con- temporain de Sébastien Gryphe, fut père d'un autre imprimeur appelé Jean comme lui. Ils se rendirent recommandables par plusieurs bonnes éditions, mais fatigantes à lire parce qu'ils n'employoient que le caractère italique. Le fils a traduit en françois plusieurs ouvrages italiens, tels que les Fortifications de Jérôme Catanes, les Nouvelles de Bandello, l'Ecurie de Marco Panari. Le seul écrit entièrement de lui est un Recueil latin de portraits et de vies des anciens philosophes, imprimé en 1559, in-8. Il mourut à Genève, où il s'étoit retiré à cause de la religion. Ses descendants revinrent à Lyon, et y firent un grand commerce de livres latins avec l'Italie et l'Espagne. Ils ont vendu leur fonds depuis quelques années. Jean-Chrétien Wolf dédia en 1749, ses deux vol. in-8° sur les Monumens de l'Imprimerie aux de Tournes de Lyon, comme à la plus ancienne famille connue par ses talens dans la typographie.
TOURNET, (Jean) avocat Parisien, se distingua moins par son éloquence que par des compilations utiles. Les principales sont les suivantes : I. La réduction du code de Henri III, 1622, in-folio. II. Un recueil d'Arrêts sur les matières bénéficiaires, 1631, en deux vol. in-folio. III. Des Notes sur la Coutume de Paris. IV. Une Notice des Diocèses, en 1625, qui avoit déjà paru avec sa Police Ecclésiastique. V. Il traduisit en françois les œuvres de Chopin; et sa traduction publiée en 1635, fut réimprimée avec plus de soin et des augmentations en 1662, cinq vol. in-folio. Il se piquoit aussi de poésie, et on a quelques vers de lui.
TOURNEUR, (Pierre le) né à Valognes en Normandie en 1736, mort à Paris le 24 janvier 1788, à 52 ans, composa d'abord pour les prix académiques et obtint des couronnes à Montauban et à Besançon. Les discours qui lui méritèrent cet honneur, réimprimés à Paris chez Leroy, sont remplis d'éloquence et de philosophie, et écrits d'un style harmonieux et noble. Mais ce qui contribuait le plus à le faire connoître, fut sa traduction ou plutôt son imitation des Nuits d'Young. (Voy. Young.) Le traducteur marchant toujours à côté de son modèle lorsqu'il est digne d'être suivi, le corrige quand il se perd dans des lieux communs ou des répétitions, et substitue des idées et des images à celles qui n'auroient aucune grace dans notre langue. Cet ouvrage qui respire une morale saine et quelquefois sublime, fit la plus grande sensation. Plusieurs prédicateurs de province et même de la capitale, en détachèrent des lambeaux pour en orner leurs sermons. Le succès des Nuits de Young engagea le Tourneur à faire passer dans notre langue plusieurs autres productions angloises. Il traduisit successivement les Méditations d'Hervey, in-12. L'Histoire de Richard Savage; Ossian, fils de Fingal; les Poésies Galliques; une grande partie de l'Histoire Universelle; publiée en Angleterre; les Œuvres de Shakespeare; les Vues de l'évidence de la Relation Chrétienne; Clarice, dix volumes 118 TOU in-8°, etc. etc. Les discours ou préfaces qui précèdent la plupart de ces versions sont pleines d'idées fortes, et les versions elles-mêmes ont le mérite, aujourd'hui infiniment rare, d'un style lié et soutenu, mais qui tend quelquefois à l'emphase. Le Tourneur qui s'étoit presque borné au travail de la traduction, auroit pu être un excellent écrivain original; mais sa modestie lui inspiroit la défiance de ses talens. Sa vie a été un cours de vertus privées et de philosophie pratique. Laborieux, patient, renfermé dans son cabinet, il fut étranger aux rivalités littéraires et aux agitations de la capitale. Il avoit dans la société la candeur et la timidité d'un enfant. Sa conversation étoit douce comme ses mœurs. Sa maison fut l'image du calme et du bonheur. Confrère officieux, bon maître, époux et père tendre, ami sûr, constant et zélé, il connut tous les sentimens honnêtes et ne méconnut que ceux qui rendent la vie malheureuse, tels que le désir de la renommée et le tourment de l'envie. Sa traduction de Shakespear lui procura des injures et même des tracasseries; il sut être insensible aux unes et aux autres, quoique Voltaire fût à la tête du parti qui cherchoit à déprimer le poète Anglois et son interprète. On peut en juger par cette lettre furibonde et très-singulière de ce dernier; il l'écrivoit à la Harpe. « Il faut que je vous dise combien je suis fâché contre un nommé le Tourneur qu'on dit secrétaire de la Librairie et qui ne me paroît pas le secrétaire du bon goût. Auriez-vous lu les deux volumes de ce misérable, dans lesquels il veut nous faire regarder Shakespear comme le seul modèle de la véritable tragédie? Il l'appelle le Dieu du théâtre! Il sacrifie tous les François sans exception à son idole, comme on sacrifioit autrefois des cochons à Cérès; il ne daigne pas même nommer Corneille et Racine. Ces deux grands hommes sont seulement enveloppés dans la proscription générale, sans que leurs noms soient prononcés. Il y a déjà deux tomes imprimés de ce Shakespear, qu'on prendroit pour des pièces de la Foire faites il y a deux cents ans. Il y en aura encore cinq volumes. Avez-vous une haine assez vigoureuse contre cet impudent imbécille? Souffrirez-vous l'affront qu'il fait à la France? Il n'y a point en France assez de camouflets, assez de bonnets d'âne, assez de piloris pour un pareil faquin. La sang pétille dans mes vieilles veines en vous parlant de lui. S'il ne vous a pas mis en colère, je vous tiens pour un homme impassible. Ce qu'il y a d'affreux, c'est que le monstre a un parti en France; et pour comble de calamité et d'horreur c'est moi qui autrefois parlai le premier de ce Shakespear; c'est moi qui le premier montrai aux François quelques perles que j'avois trouvées dans son énorme fumier. Je ne m'attendois pas que je servirois un jour à fouler aux pieds les couronnes de Racine et de Corneille pour en orner le front d'un histrion barbare. Tâchez, je vous prie, d'être aussi en colère que moi; sans quoi je me sens capable de faire un mauvais coup. »
TOURNEUX, (Nicolas le) — naquit à Rouen le 30 avril 1640, de parens obscurs. L'inclination qu'il fit paroître dès son enfance pour la vertu et pour l'étude, engagea du Fossé maître des comptes à Rouen, de l'envoyer à Paris au collège des Jésuites. Il y fit des progrès si rapides qu'on le donna pour émule à le Tellier depuis archevêque de Rheims. Après avoir fait sa philosophie au collège des Grassins sous Hirsent, il devint vicaire de la paroisse de Saint-Étienne des Tonneliers à Rouen, où il se distingua par ses talens pour la chaire et pour la direction. En 1675 il remporta le prix de l'académie Françoise; et ce triomphe lui fit d'autant plus d'honneur qu'il ne composa son discours que la veille du jour qu'on devoit examiner les pièces. Il quitta bientôt la province pour la capitale, où il obtint un bénéfice à la Sainte-Chapelle et une pension du roi de 300 écus. Son éloquence la lui mérita. Louis XIV demandant un jour à Boileau qui étoit-ce qu'un prédicateur qu'on nommoit le Tourneux et auquel tout le monde couroit ? SIRE, répondit ce poète, Votre Majesté sait qu'on court toujours à la nouveauté; c'est un prédicateur qui prêche l'Évangile. Le roi lui ayant ordonné de lui en dire sérieusement son avis, il ajouta : Quand il monte en chaire il fait si peur par sa laideur, qu'on voudroit l'en voir sortir; et quand il a commencé à parler on craint qu'il n'en sorte. L'éclat des applaudissemens lui suscita des envieux et ne lui inspira que de l'humilité. Pour se dérober à ces applaudissemens, il passa les dernières années de sa vie dans son prieuré de Villers-sur-Fère en Tardenois dans le diocèse de Soissons. Il y vécut en solitaire studieux et mortifié. Il chantoit tous les jours l'office avec des jeunes gens qu'il formoit pour l'état ecclésiastique. Il employoit à cette bonne œuvre les revenus de son bénéfice et les bienfaits du roi. Ce pieux écrivain mourut subitement à Paris le 28 novembre 1689, à 47 ans. Son attachement aux sentimens des Solitaires de Port-Royal, lui attira quelques mortifications que ses vertus auroient dû lui épargner. Ses ouvrages sont : I. Traité de la Providence sur le miracle des Sept Pains. II. Principes et Règles de la Vie Chrétienne avec des Avis salutaires et très-importans pour un pécheur converti à Dieu, in-12; ouvrage rempli des plus sages maximes de la piété éclairée. III. Instructions et Exercices de piété durant la sainte Messe. IV. La Vie de Jésus-Christ. V. L'Année Chrétienne, 1683 et années suivantes, 13 vol. in-12. VI. Traduction du Bréviaire Romain en françois, 4 vol. in-8. VII. Explication littérale et morale sur l'Épître de St. Paul aux Romains. VIII. Office de la Vierge en latin et en françois. IX. L'Office de la Semaine sainte en latin et en françois avec une préface, des remarques et des réflexions. X. Le Catéchisme de la Pénitence, etc. Sa traduction françoise du Bréviaire fut censurée par une sentence de Cheron official de Paris, en 1688; mais Arnauld en prit la défense. On attribue encore à le Tourneux un Abrégé des principaux Traités de Théologie, in-4. Ces différens ouvrages sont dignes d'un prêtre nourri de l'Évangile. Il ne dit que ce que la force de son sujet lui inspire, et il le dit avec cette simplicité noble qui vaut mieux que tous les ornemens. On y désirerait seulement un peu plus de cette chaleur douce et pénétrante qui fait lire les écrits pieux de *Fénélon* avec tant de plaisir. Les lumières de *le Tourneux* furent utiles à *Saci* et à *du Fossé* dont il revoyait les ouvrages; à *Santeuil* auquel il fournit le canevas de ses plus belles hymnes; à *Devers* qui le consultait sur les matières liturgiques. *Voyez* V. BRUN. — TOURNI, (N. de) Intendant de Bordeaux, se rendit recommandable dans cette ville qui lui doit en partie le port qui l'embeillit et qui l'enrichit, ainsi que presque tous les établissements qui ont étendu son commerce dans les deux mondes. Un grand nombre d'édifices élégans et utiles furent élevés par ses soins. Il n'éprouva cependant que des obstacles; mais il sut les vaincre. Son activité étoit extrême. Sa lampe étoit constamment allumée deux ou trois heures avant le jour. Au milieu des affaires, il conserva toute la sensibilité de son cœur. Il voulait être aimé de ceux qu'il enrichissait, il ne put y réussir. Le chagrin vint épuiser ses forces déjà affoiblies par le travail. Il mourut loin de Bordeaux, en regrettant de n'avoir pu remplir tous ses plans de bienfaissance. Aujourd'hui sa mémoire est honorée dans cette même ville où il essuya tant de contradictions de son vivant. — TOURNIÈRES, (Robert) peintre, né à Caen en 1676, vint jeune à Paris et se mit sous la conduite de *Bon de Boul-longue*, pour se perfectionner dans son art. Il s'attacha principalement au portrait, et le fit avec un succès merveilleux. Il s'appliqua ensuite à peindre en petit des *Portraits historiés* ou des *Sujets de caprice* dans le goût de *Schalken* et de *Gérard Dow*. Dans ses portraits en grand, la ressemblance égale le coloris, et l'harmonie de l'ensemble y est mieux observée. Dans les petits, il imite très-bien le beau ton de couleur de ses modèles, leurs reflets séduisants et ce précieux fini qu'on ne peut trop estimer. Son morceau de réception à l'académie, fut l'*Origine de la peinture* ou *Dibutade* peignant à la lueur d'un flambeau l'ombre de son amant. Le duc d'Orléans régent l'honoroit de temps en temps de ses visites. *Je m'amuse aussi à peindre quelquefois*, lui disoit ce prince, *mais je ne suis pas si habile que vous*. Ce prince trouvoit cependant qu'il avoit un peu trop d'amour propre. Un jour que ce peintre montra plusieurs de ses ouvrages au régent, il les vanta beaucoup à son ordinaire. Dès que l'artiste fut parti, le duc d'Orléans dit en plaisantant: *J'aime à voir les tableaux de Tournières, il épargne la peine de les louer*. Celui-ci disoit: « Le talent d'un peintre n'est pas de faire connoître aux autres qu'il a de l'esprit, mais de leur apprendre qu'ils en ont. » On connoit deux portraits gravés d'après lui: l'un par *Sarrabat*, est le portrait de la *Boque*; l'autre par *Daille*, est celui de *Maupertuis*. *Tournières* étant vieux et n'ayant pas d'enfants de deux mariages qu'il avoit contractés, se retira dans sa patrie en 1759 et y mourut deux ans après d'une manière très-édifiante. — I. TOURNON, (François de) d'une famille illustre, entra dans l'Ordre de Saint-Antoine de Viennois, et s'y signala par sa capacité dans les affaires et par son zèle pour la religion Catholique. Son mérite lui fraya le chemin de la fortune. Il fut l'un des principaux conseillers du roi François I; archevêque d'Embrun en 1517, de Bourges en 1525, d'Auch en 1537, de Lyon en 1551; abbé de Tournus, d'Ambournai, de la Chaise-Dieu, d'Ainai, de Saint-Germain-des-Prés, de Saint-Antoine, etc. Ces différens bénéfices auroient produit plus d'un million de rentes. Il avoit cependant pris pour devise ce mot de saint Paul: Non quæ super terram; et cette devise ne parut pas une satire, parce qu'il fit toujours un bon usage de ses revenus. Clément VII l'honora de la pourpre en 1530, et le roi l'envoya ambassadeur en Italie, en Espagne et en Angleterre. Il ne se distingua pas moins par ses succès dans les négociations que par son amour pour les sciences. Il avoit toujours auprès de lui ou Aïuret ou Lambin, ou quelques autres hommes doctes. Il fonda un collège à Tournon en Vivarès, qu'il donna depuis aux Jésuites. Ce prélat mourut le 22 avril 1562, à 73 ans. «Homme, dit le président de Thou, d'une prudence, d'une habileté pour les affaires, et d'un amour pour sa patrie, presque au-dessus de tout ce qu'on peut penser. François I l'avoit mis à la tête des affaires. Après la mort de ce prince, l'envie le fit chasser de la cour; mais il fut toujours estimé, considéré et respecté de tous, même de ses envieux. On le vit toujours d'autant plus opposé aux Protestans qu'il étoit persuadé qu'on ne pouvoit rien changer ou innover en matière de religion, sans troubler la paix et la tranquillité de l'état. D'ailleurs il étoit très-éloigné de toutes les factions qui ont déchiré la France. Ce qui le rendit si cher à nos rois, est que pendant plus de trente années d'un ministère dont il s'acquitta avec un applaudissement général, il n'eut jamais en vue que le service du roi et le bien des peuples.» Après avoir présidé au colloque de Poissy, où son éloquence éclata contre Bèze, qui se permettoit de mauvaises plaisanteries sur le Sacrement de l'Eucharistie, ce ministre fit une mauvaise épigramme contre lui, où il lui disoit, Inductus doctos pascis... On n'exige pas d'un grand seigneur qu'il soit savant à la manière des érudits; mais qu'il protège les savans: et c'est ce que fit le cardinal de Tournon avec autant de générosité que de zèle. Malgré son goût pour les gens de lettres, il empêcha François I d'appeler Melauchton en France. Il se présenta un jour devant ce prince, les œuvres de St. Irène à la main. Le roi lui demanda quel étoit ce Livre. «C'est, Sire, répondit-il, l'Ouvrage d'un des premiers évêques de votre royaume. Voici un endroit où il rapporte que St. Jean l'Evangéliste étant entré dans un bain public, et y voyant l'hérétique Ceriathe, il s'en retira sur-le-champ comme d'un lieu empesté. Cependant, Sire, vous qui n'avez 122 TOU pas les lumières d'un Apôtre, et qui malgré votre puissance pouvez si aisément être trompé, vous avez promis, dit-on, une audience publique à un des chefs du Luthéranisme. » A ces raisons il en ajouta d'autres pour prouver que la politique même lui défendait d'appeler un chef de secte dans ses états; et le roi révoqua les passe-ports. — II. TOURNON, (Charles-Thomas Maillard de) issu d'une ancienne famille originaire de Savoie, naquit à Turin en 1668. Il embrassa l'état ecclésiastique de bonne heure, et fut élevé à Rome dans le collège de la Propagande. Clément XI instruit de ses vertus, le sacra patriarche d'Antioche en 1701, et l'envoya à la Chine en qualité de l'état apostolique, pour régler les différends survenus entre les Missionnaires. Il arriva dans cet empire en 1705. Son premier soin fut de défendre, par un Mandement de mettre dans les églises des tableaux avec cette inscription :
ADOREZ LE CIE ! Le culte que les Chinois rendent à leurs ancêtres, à Confucius et aux planètes, lui parut tenir de l'idolâtrie; il le défendit. Il alla ensuite à Pékin où l'empereur lui fit un accueil favorable, et eut même la bonté de lui expliquer le sens des paroles qu'il avoit proscrites dans les églises; mais cette faveur ne fut que passagère. Peu de temps après il fut conduit à Macao, et l'évêque de Conon son vicaire apostolique fut banni. Tournon publia un mandement le 25 janvier 1707, pour servir de Ré- glement à la conduite que devoient garder les Missionnaires quand ils sont interrogés sur le culte des Chinois, et ce Mandement ne raccommoda pas ses affaires. Clément XI lui envoya le chapeau de cardinal la même année; mais il n'en mourut pas moins en prison le 8 juin 1710. C'étoit un homme d'une piété fervente, d'un zèle ardent; il avoit des intentions pures; mais les bonnes intentions n'excusent pas les démarches précipitées. Les siennes le furent, et on ne peut nier qu'il garda trop peu de ménagement avec les Jésuites dont le crédit étoit au-dessus du sien. On prétend qu'il disoit, dans l'amertume des mauvais traitements qu'il essuya, que quand l'Esprit infernal seroit venu à la Chine, il n'y auroit pas fait plus de mal qu'eux. A sa mort, parut une estampe satirique, où l'on représentoit un Jésuite qui, auprès du cardinal mourant, s'emparoit de la barrette, avec cette inscription : La dépouille de droit appartient au bourreau. Il faut savoir qu'on accusoit faussement les Jésuites de l'avoir empoisonné; mais le véritable poison qui l'enleva à l'Eglise, fut la disette et les désagréments de la captivité la plus dure. Un Missionnaire nommé Mezzabarba, ayant été obligé de quitter la Chine, emporta avec lui le corps du cardinal de Tournon, qui fut enterré solennellement en 1723 dans le collège de la Propagande. Voltaire parle de ce cardinal comme d'un prêtre Savoyard, nommé Maillard, qui avoit pris le nom de Tournon. Il n'avoit pas besoin d'usur- per ce nom, puisque son grand-père, son père et son frère l'avoient toujours porté. — *Felix Emmanuel* marquis de *Tournon*, frère aîné du cardinal, capitaine des Gardes du duc de Savoie et lieutenant général de ses armées, étoit un seigneur distingué non-seulement par sa naissance, mais encore par la confiance dont son prince l'honoroit. — III. TOURNON, (Claude ou Claudine DE LA TOUR de Turenne comtesse de) fille de François de la Tour premier du nom, vicomte de Turenne, et d'Anne de la Tour de Bologne sa seconde femme, fut mariée en 1535 à Just comte de Tournon. Elle étoit parente de Catherine de Médicis, et son courage héroïque parut à la défense de la ville de Tournon assiégée deux fois par les Protestans, l'une en 1567, et l'autre en 1570. Mad. de Tournon leur fit lever le siège honteusement. Elle mourut le 6 février 1591, avec la réputation d'une héroïne. Elle a eu son historien dans *Jean Villemin* qui a fait en vers latins : *Historia Belli quod cum hæreticis rebellibus gessit*, anno 1567, Claudia de Turenne, domina Turnonia, *auctore Joanne Villemino*, in-4°, Paris, 1569.
TOURON, (Antoine) Dominicain, né à Graulhet, dans le diocèse de Castres en 1686, mort à Paris le 2 septembre 1775, étoit tombé dans l'enfance. Mais jusqu'à l'âge de 85 ans, sa santé fut vigoureuse et son esprit se soutint. Il étoit très-estimé dans son Ordre, comme religieux et comme savant. Dans un voyage qu'il fit à Rome, le pape Benoit XIV lui donna des preuves du cas qu'il faisoit de son mérite. Ce pontife n'estimoit pas moins les ouvrages du Père *Touron*. Les principaux sont : I. *Vie de St. Thomas d'Aquin*, in-4°. II. *Vie de St. Dominique* et de ses premiers disciples, Paris, 1739, in-4°. III. *Histoire des Hommes illustres de l'Ordre de Saint-Dominique*, 6 volum. in-4°. On voit dans ces trois ouvrages des recherches, de l'érudition, et sur-tout beaucoup de zèle pour la gloire de l'Ordre dont le P. *Touron* étoit membre. Ce zèle le porte à donner quelquefois comme illustres, des hommes à peine connus. Il montre d'ailleurs dans plusieurs morceaux, de la candeur et de l'impartialité. IV. *La Vie et l'esprit de St. Charles Borromée*, 3 vol. in-12. V. *Histoire de l'Amérique*, en 14 vol. in-12. Cet ouvrage diffus et ennuyeux ne renferme presque que l'histoire des Missionnaires Jacobins dans le nouveau Monde. L'auteur vouloit le publier sous le titre d'*Amérique Chrétienne*; c'étoit le plus convenable. Mais les libraires désespérant dans un siècle tout profane, de vendre un long ouvrage dont le titre étoit pieux, le firent intituler : *Histoire générale de l'Amérique*; et il n'a guère eu plus de succès. On n'y trouve rien de neuf, et le style en est lâche et prolixe. VI. Quelques *Écrits* contre les incrédules, qui sont solides.
TOURREIL, (Jacques de) — né à Toulouse le 18 novembre 1656, du procureur général du parlement, fit paroître dès sa jeunesse beaucoup d'inclination pour l'éloquence. La capitale lui sembla le lieu le plus propre à 124 TOU se perfectionner dans le droit et dans les belles-lettres. Il y remporta le prix de l'académie Françoise en 1681 et en 1683. Cette compagnie lui ouvrit ses portes, à l'exemple de l'académie des Belles-Lettres qui l'avoit déjà reçu dans son sein. *Pontchartrain* contrôleur général l'attira chez lui, comme un homme de mérite et de confiance, dont le commerce et les soins pouvoient être utiles au comte son fils. Lorsque l'académie Françoise présenta au roi son Dictionnaire, *Tourreil* étoit à la tête de ce corps; il fit à cette occasion vingt-huit Complimens différens, qui eurent tous des graces particulières. Son principal ouvrage est une *Traduction* françoise de plusieurs *Harangues* de *Démosthènes*, qu'on a imprimée avec ses autres ouvrages, en 1721, en deux vol. in-4°, et en 4 vol. in-12. On trouve à la tête de sa version deux excellens *Discours* sur l'état de la Grèce. Il est le premier qui ait fait sentir aux François ce que valoit ce grand orateur. Il est fâcheux qu'en voulant lui donner les ornemens de l'art, il ait quelquefois étouffé les graces simples et naïves de la nature. Il tâche de donner de l'esprit à un homme qui brilloit principalement par son génie: c'est ce que l'auteur d'*Athalie* lui reprochoit, en le traitant de *Bourreau*. Si *Tourreil* ne rendit pas exactement son modèle dans ses Écrits, il en prit du moins les mœurs et les sentimens: Ame droite et sincère, à l'épreuve de la crainte et de l'intérêt, sans autre plaisir que celui de l'amour des lettres, sans autre ambition que celle de remplir les devoirs d'une exacte probité. On l'accusoit d'être un peu rude et trop brusque; mais ces défauts tenoient de près au caractère de ses vertus. Il empêcha par ses intrigues, la réception de l'abbé de *Chaulieu* à l'académie Françoise. *Tourreil* est un de ceux qui ont le plus contribué au *Recueil de Médailles sur les principaux évênemens du règne de Louis XIV*, réimprimé en 1702. Cette édition lui valut une augmentation de la pension que la cour lui avoit accordée. Il mourut le 11 octobre 1715, à 59 ans.
**TOURRETTE**, (Marc-Antoine-Louis Claret de la) secrétaire de l'académie à Lyon, naquit dans cette ville au mois d'août 1729, d'un père qui fut à la fois président du tribunal et prévôt des marchands de sa patrie. Après avoir commencé ses études chez les Jésuites à Lyon, il alla les finir au collège de Harcourt à Paris. De retour dans son pays, il y remplit avec honneur pendant vingt ans une charge de magistrature, et la quitta pour se livrer entièrement à son goût pour l'histoire naturelle. Il parut d'abord fixer ses études sur la zoologie et la minéralogie; la botanique vint ensuite l'occuper plus particulièrement. Dès 1763, il s'étoit formé une collection très-considérable d'insectes, et une suite très-nombreuse d'échantillons des mines du Lyonnois, du Dauphiné et de l'Auvergne; il y réunit un riche herbier. En 1766, il introduisit au-dessus de la petite ville de l'Arbresle, dans un vaste parc, tous les arbres et arbustes étrangers qui pouvoient s'y acclimater; dans l'enceinte même de Lyon, il s'é- toit formé un jardin où il a cultivé plus de trois mille espèces de plantes rares. *La Tourrette* quitta pendant quelque temps sa patrie, pour parcourir l'Italie, la Sicile, et ensuite pour aller avec J. J. Rousseau son ami, faire l'herborisation de la grande-Chartreuse. « Que n'êtes-vous des nôtres, écrivoit ce dernier à du Pérou, vous trouveriez dans notre guide, M. de la Tourrette, un botaniste aussi savant qu'aimable, qui vous feroit aimer toutes les sciences qu'il cultive. » La douceur du caractère de ce dernier, l'impartialité de ses opinions, lui avoient fait beaucoup d'amis, et il méritait d'en avoir. Il entretient une correspondance suivie avec Linnée, Haller, Adanson, Jussieu et les plus célèbres naturalistes de l'Europe. Dans l'automne de 1793, les fatigues et les inquiétudes que le siège de Lyon rendit communes à tous ses habitans, lui causèrent une péripneumonie qu'il négligea et dont il mourut à l'âge de 64 ans. Ses principaux ouvrages, outre les *Eloges* de ses collègues à l'académie de Lyon, sont : I. *Démonstrations élémentaires de Botanique*, 1766, deux vol. in-8. Elles ont obtenu plusieurs éditions postérieures. *Bourgelat* venait d'établir à Lyon la première école vétérinaire, il falloit donner aux élèves la connaissance des plantes usuelles ; *la Tourrette* et son ami l'abbé Rozier se chargèrent de ce soin, et publièrent cet écrit. Le premier en traça le plan, en détermina la forme, et se chargea de l'*Introduction*, chef-d'œuvre de concision et de clarté, ou l'on ne trouve rien à ajouter, rien à retrancher. *Haller* a fait l'a- analyse des *Démonstrations* comme appartenant en entier à l'abbé Rozier, et le modeste *la Tourrette* ne fit jamais parvenir jusqu'à lui aucune réclamation à cet égard. II. *Voyage au Mont-Pila*, 1770, in-8. L'auteur s'y montre observateur attentif et grand naturaliste. Dans la première partie, il détermine la situation des montagnes, leur élévation, les ruisseaux qui en découlent, les forêts qui les couvrent, les minéraux qui s'y trouvent, les animaux et les insectes qui y ont fixé leur séjour. La seconde partie est consacrée toute entière à la botanique. Le premier, il a indiqué sur ces montagnes sous-Alpines, un grand nombre de plantes rares, et même une espèce neuve : l'*Alisma parnassifolia*. III. *Chloris Lugdunensis*, 1785, in-8. Ce petit ouvrage étonna les botanistes, par le grand nombre des espèces qu'il renferme, sur-tout dans la cryptogamie. On s'étoit persuadé et Linnée croyoit lui-même que nos provinces méridionales étoient beaucoup moins riches en mousses et en champignons que les contrées du Nord. L'énumération de la *Chloris*, prouve que nous n'avons rien à leur envier à cet égard. IV. *Conjectures sur l'origine des Belemnites*. Elles sont insérées dans le *Dictionnaire* des fossiles de Bertrand. L'auteur pense que les Belemnites ne sont que des pointes d'Oursins. V. *Mémoires sur les Monstres-Végétaux*. Il est imprimé dans le Journal économique du mois de juillet 1761. *La Tourrette* y décrit plusieurs singularités de son cabinet. VI. *Mémoire sur l'Helminthocorton* ou *Mousse de Corse*, 116 TOU inséré dans le Journal de Physique. M. Bruysse, libraire et confrère de la Tourrette à l'académie de Lyon, a lu dans une séance publique de cette compagnie, une savante Notice sur la Vie et les Écrits de ce naturaliste, et nous y avons puisé les principaux faits de cet article. — TOURVILLE, (Anne-Hilarion de Costentin de) né au château de Tourville, diocèse de Coutances, en 1642, fut reçu chevalier de Malte à quatre ans; mais il n'en fit point les vœux, quoiqu'il eût fait ses caravanes avec beaucoup de distinction. Ayant armé un vaisseau en course avec le chevalier d'Hocquincourt, ils firent des prises considérables, et ce qui est encore plus glorieux, ils donnèrent des preuves du courage le plus intrépide. Ils mirent en fuite six navires d'Alger, et contraignirent à une honteuse retraite 36 galères. Le roi l'attacha à la marine royale, en lui donnant le titre de capitaine de vaisseau. Il commanda sous le maréchal de Vivonne au combat de Palerme, où il se signala. Honoré du titre de chef d'escadre en 1677, il combattit sous du Quesne, et mérita de remplacer ce grand homme. Lieutenant général en 1681, il posta en plein jour la première galiote pour bombarder Alger: opération qui ne s'étoit encore faite que de nuit. Il cueillit de nouveaux lauriers en forçant au salut, en 1689, l'amiral d'Espagne, quoiqu'il n'eût que 350 hommes et 54 canons, et que son ennemi eût 500 hommes forts de 70 pièces de canon. L'année d'après il passa le détroit de Gibraltar avec une escadre de 20 vaisseaux de guerre, pour se joindre au reste de l'armée navale qui étoit à Brest, et il fit cette jonction importante à la vue même des ennemis. On le chargea du commandement de toute l'armée navale; il chercha la flotte ennemie pour la combattre, mais elle prit le parti de la retraite. Enfin le roi le fit vice-amiral et général de ses armées navales l'an 1690, avec une permission d'arborer le pavillon d'amiral. Ce fut cette même année qu'il remporta une victoire signalée sur les Anglois et les Hollandois, jusqu'alors maîtres de l'Océan. Dix-sept de leurs vaisseaux brisés et démâtés, allèrent échouer et se brûler sur les côtes; le reste alla se cacher vers la Tamise ou entre les bancs de la Hollande. L'illustre vainqueur fut vaincu à son tour, en 1692, à la funeste journée de la Hogue ou la Hougue, sur les côtes de Normandie. Il attaqua, suivant les ordres de la cour, une flotte de 90 vaisseaux Anglois et Hollandois, quoique la sienne fût très-inférieure en nombre. Les vents contraires et la supériorité de l'ennemi le forcèrent de se retirer, après avoir perdu quatorze vaisseaux du premier rang. Tourville donna tant de preuves de valeur dans cette malheureuse journée, que sa défaite n'affoiblit point sa gloire. Il ne lui restoit plus à désirer que le bâton de maréchal: il en fut honoré en 1701; mais ce héros ne survécut guère à cette nouvelle dignité, étant mort le 28 mai de la même année, à Paris, âgé de 59 ans. De son mariage avec Françoise Laugenis fille d'un fermier général, il eut un fils, tué en 1712, et une fille, mariée au comte de Brassac, de la maison de Gallard en Béarn. Il avoit un frère dont la postérité subsiste. On a imprimé sous son nom des Mémoires, en 3 vol. in-12, qui ne sont ni de lui ni dignes de lui. Voy. MARGON. I. TOUSSAINT DE SAINT-LUC, (Le Père) Carme réformé des Billètes, de la province de Bretagne, s'occupa toute sa vie de recherches d'histoire et de généalogies. On a de lui: I. Mémoires sur l'état du Clergé et de la Noblesse de Bretagne, 1691, 2 vol. in-8°, en trois parties: une pour le Clergé, deux pour la Noblesse; ouvrage curieux et peu commun. II. L'Histoire de l'Ordre du Mont-Carmel et de Saint-Lazare, Paris, 1665, in-12. III. Mémoires sur le même, 1681, in-8°. IV. Histoire de Conan Mériadec souverain de Bretagne, 1664, in-12. V. Vie de Jacques Cochois, dit Jasmin ou le Bon Laquais, 1675, in-12. Ce savant mourut en 1694, regardé plutôt comme un compilateur laborieux, que comme un critique judicieux et exact.
II. TOUSSAINT, (François-Vincent) avocat de Paris sa patrie, mort à Berlin en 1772, à 57 ans, abandonna le barreau pour cultiver la littérature. Il commença par des Hymnes à la louange du diacre Paris: ce qui prouve que sa jeunesse ne fut pas exempte d'une sorte de fanatisme. Un enthousiasme d'un autre espèce le jeta depuis dans le parti philosophique. Il donna son livre des Mœurs, qui parut en 1748, in-12. Ce livre plein de choses hasardées en métaphysique et en morale, est en gé- néral bien écrit, et se fait lire avec plaisir. Il n'en est pas de même de l'apologie ou plutôt de la rétractation que l'auteur en publia en 1764, in-12, sous le titre d'Eclaircissemens sur les Mœurs. Le style de cet ouvrage ressemble peu à celui des Mœurs. Quoi qu'il en soit, cette dernière production fut condamnée par le parlement de Paris à être brûlée par la main du bourreau. Elle est même assez de célébrité pour qu'on la lui disputât. L'extrême simplicité de l'auteur, l'aridité de sa conversation, l'espèce de léthargie dans laquelle son esprit semblait plongé, pouvoient, dit Palissot, donner lieu de douter qu'il eût composé cet ouvrage. On doit convenir cependant que ces indices ne forment aucune preuve. On a vu des gens bien supérieurs à Toussaint, s'annoncer dans la société sous un extérieur moins favorable encore. Quoi qu'il en soit son livre est réellement condamnable; et sous prétexte d'enseigner les mœurs, l'auteur y débite des maximes absurdes, et y détruit la notion des vertus les plus invariables dans leurs principes; il y règne cependant une certaine modération qui a su respecter l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme, la nécessité d'un culte, et plusieurs préceptes de la morale chrétienne, tels que le pardon des injures, etc. Cette réserve a déplu aux autres philosophes, et a mérité à l'auteur le nom de Capucin de la Secte. Cet écrivain ayant quitté Paris pour se retirer à Bruxelles, y travaillait aux nouvelles publiques, lorsque le roi de Prusse l'attira à Berlin en 1764, pour être professeur d'éloquence dans 128 TOU l'académie de la Noblesse. Il y publia la Traduction des *Fables de Gellert*, qui à bien des égards peut être regardée comme un original. On a de lui plusieurs *Mémoires*, dans les derniers volumes de l'académie de Berlin. Il a traduit de l'anglois quelques plats Romans, tels que le *Petit Pompée*, in-12, qui n'est guère plus intéressant que le *Petit Pousset*; les *Aventures de Williams Pickle*, 4 vol. in-12; *Histoire des Passions*, 2 vol. in-12. Il a fourni à l'*Encyclopédie* les articles de Jurisprudence des deux premiers volumes. Il a eu part au *Dictionnaire de Médecine*, 6 vol. in-folio. Il travaillait à un *Dictionnaire de la Langue Française* lorsqu'il mourut.
III. TOUSSAINT-LOUVERTURE, mulâtre de Saint-Domingue, doué de beaucoup d'esprit naturel et de courage, obtint un grand ascendant sur les Nègres pendant la révolution française, se mit à la tête d'un parti, et commanda en 1796 une division de l'armée Française sous M. de Rochambeau. Bientôt après, il repoussa les Anglois de la partie de l'Ouest, et reçut en présent du Directoire des pistolets et un sabre. Cet honneur en augmentant sa considération et son influence, accrut aussi son ambition et son désir de faire de Saint-Domingue un état indépendant. Peu à peu, il rompit ses relations avec la Métropole, repoussa les agens François, inonda de sang le pays qu'il voulait gouverner seul, ordonna les plus grandes cruautés contre les Blancs, et parvint en l'an 8 à ne faire reconnoître que son autorité. Il a fallu au gouverne- ment François autant de courage que de prudence pour enlever *Toussaint-Louverture* aux insurgés. Ce chef conduit en France, y est mort prisonnier dans le courant de l'an 11. On dit que malgré sa barbarie, il resta toujours fort attaché à son ancien maître, et qu'il lui envoya diverses sommes dans la partie de l'Amérique où ce dernier s'étoit réfugié.
TOUSTAIN, (Charles-François) Bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, naquit en 1700 dans le diocèse de Sèès d'une famille noble et ancienne. Après avoir appris l'hébreu et le grec, il voulut acquérir des notions de toutes les langues Orientales. Il étudia même assez l'italien, l'allemand, l'anglois et le hollandois, pour se mettre en état d'entendre les auteurs de ces différens pays. Ses supérieurs, instruits de ses talens, le chargèrent de travailler conjointement avec son ami Dom *Tassin*, à une édition des *Œuvres de Saint Théodore Studite*, qu'il abandonna pour ne s'occuper que de sa nouvelle Diplomatique, dont le premier volume parut en 1750, in-4. Après sa mort arrivée en 1754, Dom *Tassin* entreprit la continuation de cet ouvrage important. Il en a fait imprimer, en 1755, le 2$^{e}$ volume; en 1757, le 3$^{e}$; en 1759, le 4$^{e}$; en 1762, le 5$^{e}$; en 1765, le 6$^{e}$ et le dernier, sans s'écarter du plan tracé dans la Préface. On a encore de Dom *Toustain*, en faveur de la Constitution, la *Vérité persécutée par l'Erreur*, 1733, 2 vol. in-12. Une piété éclairée, une modestie profonde, une grande douceur de mœurs, et beaucoup de politesse et de patience, malgré un grand fonds de vivacité, sont autant de traits qui font connoître ce pieux et savant Bénédictin.
TOUTAIN DE LA MAZURIE, (Charles) lieutenant général de la vicomté de Falaise, vivait encore en 1584. Les fonctions de sa charge ne l'empêchèrent pas de cultiver aussi les fleurs de la poésie. Il fit imprimer un livre des Chants de la Philosophie, et un des Chants d'Amour. Ce dernier ouvrage étoit le fruit de la jeunesse de ce poète, et le premier fruit de son âge mûr. On a encore de lui une tragédie d'Agamemnon, Paris, 1557, in-4° Toutes ces pièces ne sont bonnes qu'à occuper une place dans la Bibliothèque bleue.
TOUTIN, (Jean) habile orfèvre de Châteaudun dans le Blaisois, découvrit en 1632 le secret de peindre en émail épais: car l'émail clair remonte jusqu'au temps de Porsenna, qui avoit des vases émaillés en diverses figures. Il communiqua son secret à d'autres artistes qui le perfectionnèrent. Dubié orfèvre qui travaillait dans les galeries du Louvre, fut un des premiers qui s'appliqua à cette manière de peindre. — Henri TOUTIN fils de Jean, excella dans cet art délicat. Il copia pour la reine Anne d'Autriche, le fameux tableau de le Brun, représentant la famille de Darius, sans altérer aucune des beautés de l'original, de sorte que sur une plaque d'or de six pouces, on voyait les reines de Perse avec toute leur suite aux pieds du conquérant Macédoinien.
TOUTTÉE, (Dom Antoine-Augustin) Bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, né à Riom en Auvergne l'an 1677, mort à Paris en 1718, se rendit recommandable par sa piété et son application. Il apprit les langues avec ardeur, et donna des preuves de son savoir et de son érudition, par une édition en grec et en latin des Œuvres de St. Cyrille de Jérusalem, imprimée par les soins de Dom Prudent Maran, à Paris en 1720, in-fol., également recommandable par l'exactitude du texte, et par le savoir et la sagacité qui règnent dans les notes et les dissertations. L'auteur allioit une érudition distinguée à une grande simplicité de mœurs, et une morale sévère à des manières aisées avec ses confrères.
TOWE, (N.) célèbre poète tragique Anglois, n'a été surpassé que par Shakespear et Otway, dont il a souvent le pathétique.
TOWERS, (Joseph) historien Anglois, né à Cherborn en 1737, mort en 1799, se fit libraire à Londres, et devint ensuite ministre Presbytérien. On lui doit divers Traités de politique; une Vie de Frédéric III roi de Prusse, et les sept premiers volumes de la Biographie Britannique.
TOZZETTI, Voyez TARGIONI.
TOZZI, (Luc) né à Aversa dans le royaume de Naples vers 1640, se rendit habile dans la médecine, à laquelle il s'appliqua uniquement et qu'il exerça avec succès. Il mourut en 1717, âgé de 77 ans, avec le titre de pre- mer médecin général du royaume de Naples. Charles II roi d'Espagne, le fit appeler pour le secourir dans sa dernière maladie; mais il mourut pendant que Tozzi étoit en chemin. Clément XI voulut le fixer à Rome par des places avantageuses; ce célèbre médecin aima mieux sacrifier sa fortune à l'amour de la patrie. On a publié ses divers Ouvrages à Venise, 1721, en 5 vol. in-4. On trouve de plus grands détails sur ce savant, dans les Mémoires du P. Nicéron, tome 17.
TRABEA, (Quintus) poète comique de l'ancienne Rome, florissoit du temps d'Atilius Regulus. Il ne reste plus de ses Ouvrages que quelques fragments insérés dans le Corpus Poëtarum de Maitaire.
TRACHALUS, (M. Galerius) fut consul Romain l'an 68 de J. C., la dernière année de l'empire de Néron. Il étoit connu par les talens de son esprit et avoit une réputation comme orateur; mais c'étoit l'éloquence du corps qui dominoit en lui, en sorte qu'il perdoit beaucoup à être lu. Il possédoit dans un degré éminent tous les avantages extérieurs: une grande et riche taille, des yeux pleins de feu, un front majestueux qui en imposoit, un geste expressif, et surtout le plus beau son de voix, le plus plein, le plus moëlleux qu'il soit possible de désirer. Quintilien rapporte, comme un fait dont il avoit souvent été témoin, que lorsque Trachalus plaidait dans la Basilique Julienne où quatre tribunaux rendoient la justice de la fois, on l'entendoit, on le suvoit, et, ce qui étoit mor- tifiant pour ses confrères, on lui applaudissoit des quatre tribunaux en même temps. Son style répondoit à l'emphase du débit. Il aimoit la pompe des paroles, les mots sonores, les phrases qui remplissent la bouche. C'est Quintilien et Tacite qui nous ont fait connoître cet orateur.
TRACY, (Bernard Destut de) né en 1720 au château de Paraile-Fresi en Bourbonnois, d'une famille illustre, et mort à Paris en 1786, entra dans l'ordre des Théatins, et se fit estimer par sa piété, sa douceur et ses ouvrages ascétiques. On a de lui un Traité des devoirs de la vie Chrétienne, 2 vol. in-12, 1770; la Vie de St. Gaëtan instituteur de son Ordre, 1774, in-12; une autre de St. Bruno fondateur des Chartreux. Ce dernier ouvrage renferme une notice des généraux et des évêques de l'ordre des Chartreux, ainsi que de leurs divers établissements; des Remarques sur ceux des Théatins en France; des Conférences et des Retraites à l'usage des maisons religieuses et sur les devoirs des ecclésiastiques.
TRADESCANT, (Jean) Hollandois, voyagea en Europe, en Asie, et fut s'établir en Angleterre où le roi Charles I le nomma surintendant de ses jardins. Il fut l'un des premiers qui offrit aux Anglois une collection suivie de médailles et d'objets d'histoire naturelle.
TRAGON, Voyez METE-ZEAU.
TRAIL, archevêque de Saint-André en Écosse, se rendit recommandable par son esprit et sa puissance. Il fit la loi à ses souverains et bâtit en 1401, sur un rocher qui domine la mer, une forteresse dont on voit les restes au levant de Saint-André. Il est enterré dans la cathédrale de cette ville, avec cette singulière épitaphe : Hie fuit Ecclesia directa columna, fenestra Lucida, thuribulum redolens, campana sonora.
TRAJAN, (Ulpinus TRAJANUS Crinitus) empereur Romain surnommé Optimus, c'est-à-dire Très-Bon, naquit à Italica, près de Séville en Espagne, le 18 septembre de l'an 52 de J. C. Sa famille originaire de la même ville étoit fort ancienne; mais elle ne s'étoit point illustrée. Le père de Trajan avoit eu les honneurs du triomphe sous Vespasien qui l'avoit mis au nombre des sénateurs, et l'avoit admis à la dignité de consul. Son fils fut digne de lui. Ses services militaires, les talens de son esprit et les qualités de son cœur, engagèrent Nerva à l'adopter. Cet empereur étant mort quelque temps après, l'an 98, dans le temps que Trajan étoit à Cologne, il fut unanimement reconnu par les armées de la Germanie et de la Mosie. Il fit son entrée à Rome à pied, pour montrer aux Romains le mépris qu'il faisoit des vaines grandeurs. Ses premiers soins furent de gagner le peuple; il fit distribuer des sommes d'argent, et abolit tous les crimes de lèse-majesté. Il alloit au-devant de ceux qui le venoient saluer et les embrassoit; au lieu que ses prédécesseurs ne se levoient pas de leur siège. Ses amis lui reprochant un jour qu'il étoit trop bon et trop civil, il leur répondit: Je veux faire ce que je voudrois qu'un empereur fît à mon égard, si j'étois particulier. Il fit mettre sur le frontispice du palais impérial: PALAIS PUBLIC; parce qu'il vouloit que tous les citoyens le regardassent comme une demeure qui leur étoit commune. Son but étoit de se faire aimer de ses sujets, et il y réussit. Il haïssoit le faste et les distinctions, ne permettoit qu'avec peine qu'on lui érigeât des statues, et se moquoit des honneurs qu'on rendoit à des morceaux de bronze ou de marbre. Lorsque Trajan sortoit, il ne vouloit pas qu'on allât devant lui pour faire retirer le monde. Il n'étoit point fâché d'être quelquefois arrêté dans les rues par des voitures. Son honneur gaie, et sa conversation spirituelle et polie, faisoient les principaux assaisonnemens de sa table. Ses délassemens ordinaires consistoient à changer de travail, à aller à la chasse, à conduire un vaisseau ou à ramer lui-même sur une galère. Il prenoit ces divertissemens avec ses amis; car il en avoit tout prince qu'il étoit. Fidelle à tous les devoirs de l'amitié, il leur rendoit souvent visite, les faisoit monter dans son char, et montoit dans le leur. Il alloit manger chez eux, assistoit même aux assemblées où ils ne traitoient que de leurs affaires domestiques. Sa confiance pour eux étoit extrême. Quelques courtisans jaloux du crédit de Sura son favori, l'accusèrent de tramer des desseins contre sa vie. Il arriva que ce jour-là même Sura invita l'empereur à souper chez lui; Trajan y alia et renvoya ses gardes. Il demanda aussitôt le chirurgien et le barbier de Sura, et il 132 TRA se fit exprès couper les sourcils par le premier et raser la barbe par l'autre. Il descendit aux bains, puis se plaça tranquillement à table au milieu de *Sura* et des autres convives. Le monarque ne fut pas moins grand en lui que le particulier. Dès qu'il eut mis ordre aux affaires publiques, il tourna ses armes l'an 102 contre *Décebale* roi des Daces, qui fut vaincu après une bataille longtemps disputée. Elle fut si meurtrière que dans l'armée Romaine on manqua de linge pour bander les plaies des blessés. Les Daces furent obligés de se soumettre, et leur roi *Décebale* se tua de désespoir, l'an 105 de J. C. *Trajan* entra ensuite dans l'Arménie, et s'avança dans l'Orient pour faire la guerre aux Parthes. Il soumit sans beaucoup de peine la Diabène, l'Assyrie et le lieu nommé Arbelles, si célèbre par les victoires qu'*Alexandre* y avoit autrefois remportées sur les Perses. Les Parthes épuisés par leurs divisions continuelles, n'avoient point de troupes à lui opposer : *Trajan* entra l'an 112 dans leur pays, sans presque trouver de résistance; il prit Séleucie, Ctesiphon, capitale du royaume des Parthes, et obligea *Chrosroës* à quitter son trône et son pays, l'an 115 de J. C. Il soumit ensuite toutes les contrées des environs, et poussa ses conquêtes jusqu'aux Indes. Il assiégeoit *Atra* situé près du Tigre; mais les chaleurs excessives de ce pays le forcèrent à lever le siège, quoiqu'il eût déjà fait brèche à la muraille. *Trajan* eut à combattre, vers le même temps, les Juifs de la Cyrénaïque, qui, irrités contre les Romains et contre les Grecs, poussèrent la rage jusqu'à dévorer leur chair et leurs entrailles, à se teindre de leur sang et à se couvrir de leurs peaux. On dit qu'ils en firent mourir plus de 200 mille; et les Juifs d'Égypte, en proie à la même fureur, exercèrent des barbaries non moins atroces. Ces horreurs furent punies comme elles le méritoient. On ne souffrit plus de Juifs sur ces côtes, et on y égorgeoit même ceux que la tempête y jetoit. *Trajan* usé par les fatigues, mourut quelque temps après à Sélinunte, appelée depuis *Trajanopolis*, le 10 août de l'an 117 de J. C. Quoiqu'il n'eût pensé nullement à adopter *Adrien*, celui-ci lui succéda en vertu d'une adoption supposée par *Plotine* son épouse. Elle envoya l'avis de cette prétendue adoption au sénat, et elle fut crue sur sa parole; parce que s'étant rendue maîtresse des derniers momens de son époux, elle fut libre de feindre ce qu'elle voulut. Cependant la lettre signée de *Plotine* et non pas de *Trajan*, décéloit la supercherie. Elle auroit pu contrefaire la main de son mari comme elle lui avoit prêté le ministère d'une voix étrangère; car on assure qu'elle joua une scène comique, en apostant un fourbe qui fit le personnage de l'empereur malade, et qui d'une voix foible et mourante déclara qu'il adoptoit *Adrien*. Pour donner une couleur de vraisemblance à la pièce, on tint la mort de *Trajan* cachée pendant quelque temps; ainsi nous en ignorons la date précise. On sait seulement qu'*Adrien* qui étoit à Antioche, reçut le 9 d'août la nouvelle de son adoption, et le 11 celle de la mort de *Trajan*. Ainsi ce grand empereur, ce conquérant redouté, qui avoit jeté des ponts sur le Danube et sur le Tigre, qui avoit conquis la Dacie et mis l'empire des Parthes sur le penchant de sa ruine, mourut en laissant un successeur qui n'étoit pas de son choix. Ses cendres furent portées à Rome, où on les plaça sous la *Colonne Trajane*, élevée des dépouilles faites sur les Daces. *Trajan* n'étoit pas exempt de défauts. Il aima trop la gloire, la guerre, le vin, les femmes, et fut sujet à des habitudes monstrueuses qu'on ne peut exprimer sans voile; mais ses vices furent cachés sous l'éclat de ses vertus. Son extérieur étoit digne d'un prince. Il étoit grand, bien fait, robuste, et avoit une figure régulière et majestueuse. *Pline* lui donne tous les talens militaires. Vigilant, infatigable, dormant peu; il marchoit à pied à la tête de ses troupes, et traversoit ainsi de vastes pays, sans se servir ni de chariot, ni de cheval. Il accoutumoit les soldats à supporter la faim et la soif, en la souffrant comme eux, en se contentant de lard et de fromage. Il partageoit tous leurs exercices, tous leurs travaux, les consolant dans leurs peines, les secourant dans leurs maladies, et ne rentrant dans sa tente qu'après avoir visité celles des autres. Il fut non-seulement le père des soldats, il mérita encore le nom de *PERE de la Patrie*. Il ne pouvoit souffrir ni approuver les exactions outrées. Il disoit que le *Fisc royal* ressembloit à la rate, qui, à mesure qu'elle enfle, fait sécher les autres membres du corps... (*Voy.* une autre belle parole de ce prince, à l'article SABURANUS.) Le métier de délateur fut non-seu- T R A 133 lement déclaré infame sous son règne, mais il fut encore défendu sous les peines les plus rigoureuses. Il chérissoit et honoroit tous les hommes à talens pour la paix et pour la guerre; mais il oublioit les méchans sans les avancer, sans les irriter, se contentant de les mettre hors d'état de faire du mal. Sa mémoire fut si chère aux citoyens, que dans les acclamations du peuple et des soldats aux nouveaux empereurs, on leur disoit: *Sis FELICIOR* Augusto, *MELIOR* Trajano. *Soyez plus heureux qu'Auguste et meilleur que Trajan*. Rome, l'Italie et les principales villes de l'empire reçurent des embellissements considérables, par tous les édifices publics que ce prince y fit élever. Il bâtit des villes et accorda des privilèges à celles qu'il en jugea dignes. Le grand Cirque renouvelé par lui, devint plus beau et plus vaste, et on y mit pour inscription: *Afin qu'il soit plus digne du peuple Romain*. Il est impossible de marquer en détail les ponts, les grands chemins, les levées qu'il fit faire pour faciliter la communication des villes entr'elles, ou pour les assurer contre les inondations des rivières et des torrents. Ce fut sous lui qu'on bâtit à Rome l'an 114, cette fameuse place au milieu de laquelle on mit la *Colonne Trajane*. Pour la former on abattit une montagne de 144 pieds de haut, dont on fit une plaine unie. La *Colonne Trajane* marque par sa hauteur celle de cette montagne. Ce fut le fameux *Apollodore* qui en fut l'architecte. Rome avoit extrêmement souffert par les incendies: il falloit rebâtir les édifices détruits; mais afin que ces 1 3 134 TRA réparations fussent moins à charge au public, il ordonna qu'aucun particulier ne pourroit donner plus de 60 pieds de hauteur à chaque maison. Nous ne nous arrêterons point à réfuter un conte qu'on a fait au sujet de ce prince. On a dit que St. Grégoire le Grand ayant vu une statue de Trajan qui descendait de cheval au milieu de ses expéditions militaires pour rendre justice à une femme, demanda à Dieu de retirer des enfers l'ame d'un prince si équitable : grace qu'il obtint, à condition de n'en plus demander de pareille. Cette fable rapportée en premier lieu par saint Jean Damascène, et crue dans les siècles d'ignorance, est rejetée aujourd'hui par les hommes les moins éclairés.
TRAJAN - DÉCE, Voyez DÉCE.
TRALLIEN, Voyez XXIV. ALEXANDRE... et PHLEGON. — TRANCAVAL, (Raymond de) vicomte de Beziers, marchoit au secours de l'un de ses neveux attaqué par un ennemi. Dans la marche, un bourgeois de cette ville prit querelle avec un chevalier et lui enleva son cheval. Trancaval fit punir le bourgeois; aussitôt ceux de Beziers demandèrent vengeance et réparation, et le vicomte fixa un jour pour les satisfaire. Ce jour fut le dimanche 15 octobre 1167. Trancaval se rendit à l'église de la Magdeleine suivi de sa cour. Là, il fut poignardé avec ses amis devant l'autel, malgré les efforts de l'évêque qui eut les dents cassées en le défendant. Le troubadour Ogier a déploré cet attentat dans un de ses Sirventes.
TRANQUILLINE, (Furia Sabina Tranquillina) femme de Gordien le Jeune, étoit fille de Misithée, homme aussi recommandable par son éloquence que par sa probité. La figure de cette impératrice étoit très-belle, son caractère doux, ses mœurs pures. Comme elle ne cherchoit qu'à obliger, les dames Romaines lui élevèrent une statue, et les provinces divers monumens. Gordien ayant été tué par ordre de Philippe en 244, Tranquilline rentra dans la vie privée, avec la consolation de n'avoir occupé le trône que pour faire des heureux.
TRANSTAMARE, (Henri, comte de) fils naturel d'Alphonse XI roi de Castille, et d'Éléonore de Gusman sa maîtresse, fut un prince plein de feu et de courage, brave guerrier et excellent politique. Après la mort de son père arrivée en 1350, Pierre le Cruel son frère monta sur le trône, et aliéna tous les cœurs par son naturel féroce. Transtamare plein de cette ambition qui accompagne presque toujours les qualités brillantes, résolut de mettre en œuvre la haine publique pour lui enlever la couronne. Il forma plusieurs entreprises, que Pierre le Cruel eut le bonheur de dissiper par le secours du fameux Prince Noir. Enfin il succomba à la dernière. Transtamare secondé de la France, de l'Aragon et de plusieurs rebelles de Castille, ayant le fameux du Guesclin à la tête de ses troupes, vainquit son frère auprès de Tolède en 1368. Pierre retiré et assiégé dans un château après sa défaite, fut pris en voulant s'échapper, par un gentil- T R A 135 homme François nommé le *Bègue de Vilaines*. On le conduit dans la tente de ce chevalier. Le premier objet qu'il y voit est le comte de *Transtamare*. On dit que transporté de fureur, il se jeta quoique désarmé sur son frère qui lui arracha la vie d'un coup de poignard. Alors le vainqueur fut reconnu roi de Castille sous le nom de *Henri II*. Il gagna les grands par des largesses, et le peuple par des manières affables. Il mourut en 1379 après un règne de dix ans. C'est de lui que sont descendus les rois de Castille qui ont régné en Espagne jusqu'à *Jeanne*, laquelle fit passer ce sceptre dans la maison d'Autriche par son mariage avec *Philippe le Beau* père de l'empereur *Charles-Quint*.
TRAPP, (Joseph) écrivain Anglois, fut professeur en poésie à Oxford. Ses talens lui méritèrent les places de recteur à Harlington, et de prédicateur de l'église de Christ et de Saint-Laurent à Londres. Ce savant mourut en 1747, à 76 ans, cinq jours après s'être marié. Il est connu par une traduction en vers latins du *Paradis perdu* de *Milton*, et par quelques ouvrages sur l'art poétique, qui ne donnent pas une grande idée de ses talens.
TRASYBULE, ou THRASIBULE, illustre citoyen d'Athènes, se réfugia à Thèbes avec les autres bannis, pour se soustraire à la cruauté des trente tyrans établis par les Lacédémoniens. S'étant mis à la tête de 500 soldats levés aux dépens de l'orateur *Lysias*, il marcha vers le Pyrée dont il se rendit maître. Les trente ayant accouru furent battus et égorgés. C'est ainsi que *Trasybule* rétablit la liberté dans sa patrie. On institua à Athènes un mémoire de sa victoire la fête des *Charistéries* qui se célébrait le jour de l'anniversaire, le 12 du mois Boëdromion. *Trasybule* mit ensuite le dernier sceau à la tranquillité publique, en faisant prononcer dans une assemblée du peuple que personne ne pourroit être inquiété au sujet des derniers troubles, excepté les trente et les décennies. C'est la première amnistie qui soit rapportée dans l'histoire grecque. Par ce sage décret il éteignit toutes les étincelles de division. Il réunit toutes les forces de la république auparavant divisées, et mérita la couronne d'olivier qui lui fut décernée comme au restaurateur de la paix. Sa valeur éclata ensuite en Thrace; il prit plusieurs villes dans l'isle de Mételin, et tua en bataille rangée *Thérimaque* capitaine des Lacédémoniens, l'an 394 avant J. C. Douze ans après il fut tué dans la Pamphylie par les Aspendiens qui favorisoient les Lacédémoniens. — Il faut le distinguer de *TRASYBULE* fils et successeur d'*Hiéron* roi de Syracuse, qui fut à son père ce que l'empereur *Tibère* fut à *Auguste*.
TRAVERS, (N.) prêtre du diocèse de Nantes, publia en 1734: *Consultation sur la Juridiction et sur l'approbation nécessaires pour confesser*, etc., où il renferme la juridiction épiscopale et soutient des principes qui conduiroient à l'anarchie ecclésiastique. Cet ouvrage ayant été censuré par la Sorbonne en 1735 et par plusieurs évêques, l'auteur publia une *Defense* de 136 TRA 1736, pleine des mêmes erreurs; mais c'est sur-tout dans les *Pouvoirs légitimes du premier et du second ordre dans l'administration des Sacremens*, etc., 1744, gros vol. in-4°, qu'il développe ses principes.
TRAVERSE, (Jean-Victor, baron de) né chez les Grisons, entra jeune au service de France, s'y distingua par son courage et son intelligence, et fut promu au grade de lieutenant général des armées. Il est mort à Paris le 3 septembre 1776, après avoir publié l'*Etude militaire*, 2 vol. in-12. C'est un très-bon extrait de l'ouvrage de *Puységur* sur l'art de la guerre.
TRAVIS, (George) théologien Anglois, mort en 1797, s'est fait connoître par divers *Écrits* et par des *Lettres* théologiques, où le mérite de l'érudition se réunit à celui du style.
TRAUTWEIN, (Grégoire) prieur du monastère de Wengen en Allemagne, s'est fait connoître par deux ouvrages remarquables: I. *Traduction* du *Télémaque* en latin. II. *Vindiciæ Febronianæ*, in-8°. Il est mort à Ulm en Souabe en 1787.
TREBATIUS-TESTA, (C.) savant jurisconsulte, fut exilé par *Jules César* pour avoir pris le parti de *Pompée*; mais *Cicéron* son ami obtint son rappel. C'étoit, dit cet orateur, un grand homme de bien et un bon citoyen. *César* connut son mérite, le prit en affection, au point qu'il lui demandait presque toujours son avis avant de porter aucun jugement. *Trebatius* l'accompagna dans quelques-unes de ses expéditions; et quoiqu'il ne fit pas les fonctions de tribun des soldats, *César* lui en donnait les appointemens. *Auguste* n'eut pas moins d'estime pour ce jurisconsulte; ce fut par son conseil qu'il introduisit l'usage des *Codicilles*. *Horace* lui adressa deux de ses satires. Ce savant homme avoit composé plusieurs ouvrages sur le Droit. Il est cité en divers endroits du *Digeste*.
TREBELLIEN, (*Caius Annius Trebellianus*) fameux pirate, se fit donner la pourpre impériale dans l'Isaurie au commencement de l'an 264. Il conserva la souveraine puissance jusqu'au temps où *Gallien* qui régnit alors, envoya contre lui *Causisolée* avec une armée. Ce général ayant eu l'adresse d'attirer *Trebellien* hors des montagnes et des détroits de l'Isaurie, lui livra dans la plaine une bataille sanglante. Le brigand la perdit et y fut tué, après avoir régné environ un an. — Il ne faut pas le confondre avec *Rufus TREBELLIEN* qui ayant été accusé du crime de lèse-majesté sous *Tibère*, se tua lui-même.
TREBELLIUS-POLLIO, historien latin, florissoit vers l'an 298 de J. C. Il avoit composé la *Vie des Empereurs*; mais le commencement en est perdu, et il ne nous est resté que la fin du règne de *Valérien*, avec la *Vie* des deux *Galliens* et des trente *Tyrans*; c'est-à-dire des usurpateurs de l'empire, depuis *Philippe* inclusivement jusqu'à *Quintille* frère et successeur de *Claude II*. On trouve ces fragmens dans les *Historiæ Augustæ Scriptores*. On accuse cet écrivain d'avoir rapporté avec trop de détail des faits peu intéressans, et d'avoir passé trop rapidement sur d'autres beaucoup plus importants. On lui reproche encore comme aux autres auteurs de l'histoire d'Auguste, d'avoir un style plat et rampant.
TREBONIUS, citoyen Romain, ne tiroit aucun lustre de son origine. Mais sa prudence, sa droiture, la douceur de son caractère, son goût pour les beaux arts, sa gaieté naturelle le faisoient aimer et rechercher des plus grands de la république. Il fut tribun du peuple, prêteur, et César se le substitua pour les trois mois qui restoient de son quatrième consulat. Il entra cependant dans la conspiration qui coûta la vie à ce dictateur. *Trebonius* proconsul d'Asie, ayant refusé de recevoir *Dolabella* dans la ville de Smirne, celui-ci s'en vengea cruellement. Après l'avoir fait mettre deux fois à la torture, il ordonna qu'on lui coupât la tête, qu'on la portât au bout d'une pique, qu'on trainât son corps dans les rues et qu'on le jetât dans la mer. I. TRECHSEL, (Melchior et Gaspard) frères, célèbres imprimeurs de Lyon, se distinguèrent par la correction de leurs éditions. Le correcteur de leur imprimerie fut long-temps le malheureux *Michel Servet* qui cachoit son véritable nom sous celui de *Villeneuve*. Ils ont imprimé la bible de *Pagninus*, dans laquelle ce dernier inséra des notes impies. Les *Trechsel* avoient pour emblème un sphinx à trois têtes, sur un piédestal entouré de deux serpens, avec ces mots : *Usus me genuit*, qui se lisoient suivant *Platon* sur le frontispice du temple d'Ephèse. T R E 137
II. TRECHSEL, (Thalie) fille de l'un des précédens, naquit à Lyon en 1487, et se distingua par ses connoissances dans les langues et par la finesse de son esprit. Elle épousa le savant *Bade* et maria ses deux filles à deux imprimeurs célèbres, *Robert Etienne* et *Michel Vascosan*.
TREFFER, (Florian) savant bibliographe Allemand, publia à Augsbourg en 1560 une *Méthode* de classification des livres. C'est le premier ouvrage que l'on connoisse sur la bibliographie. Cet écrit fut suivi de ceux de *Cardona* en 1587, de *Schott* en 1608 et de *Naudé* en 1627.
TREMBLAY, *Voyez* FRAIN et JOSEPH, n.º XII.
TREMBLEURS ou QUAKERS, *Voyez* BARCLAY, n.º II; FOX; III. FISCHER; FARNSWORTH et PENN.
TREMBLEY, (Abraham) né à Genève en 1710, mort en 1784, fut membre du grand Conseil de la république, de la Société royale de Londres et correspondant de l'académie des Sciences de Paris. Son père ancien syndic de Genève, ayant voulu le consacrer à l'état ecclésiastique, il se retira en Hollande où il se chargea de l'éducation des enfants de M. *Bentinck*, et ensuite à Londres où le jeune duc de *Richemont* devint son élève. Revenu à Genève en 1757, il s'y maria et se fit chérir par la bonté de son caractère et les agrémens de sa conversation. Il avoit voyagé en observateur sage, et il semoit ses entretiens de remarques intéressantes. Sachant se mettre à la portée de tous ses 138 TRE auditeurs, il sembloit plutôt les élever à son niveau qu'il ne paroissoit y descendre. L'histoire naturelle fut son étude chérie. Ses *Mémoires sur les polypes*, Leyde, 1744, in-4°, et Paris, 2 vol. in-8°, même année, renferment des observations neuves et précieuses. On a encore de lui : I. *Instruction d'un père à ses enfants sur la Nature et la Religion*, 1775, 2 vol. in-8°. II. *Instructions sur la Religion naturelle*, 1779, 3 vol. in-8°. III. *Recherches sur le principe de la vertu et du bonheur*, in-8°. Ces ouvrages sont remarquables par la netteté et la précision des idées, par la clarté des raisonnemens et l'adresse avec laquelle ils sont présentés. Son style pourroit quelquefois être plus pur et même plus élégant. *Trembley* rendit ses connoissances utiles à sa patrie, en entrant dans la commission chargée du dépôt des blés pour l'entretien de Genève. Il étudia les insectes qui font la guerre à cette précieuse denrée, et trouva les moyens d'en arrêter en partie les dégâts.
TRÉMEL, (Jean) célèbre mécanicien, naquit à Valdza près de Manheim en 1727, et vint s'établir à Paris où il fut pensionné par le gouvernement. On lui doit un grand nombre de machines utiles, d'instrumens de physique et de labourage. Il perfectionna le métier à dentelles; il inventa la grue tournante dont on se sert pour décharger les bateaux, et mourut au palais des arts à Paris le 6 février 1803, à l'âge de 76 ans.
TREMELLIUS, (Emmanuel) né à Ferrare de parens Juifs, se rendit habile dans la langue hébraïque. Il embrassa en secret la religion Protestante, et devint professeur d'hébreu à Heidelberg, d'où il passa à Metz, puis à Sédan. Il se fit connoître par une *Version* latine du *Nouveau Testament* syriaque, et par une autre de l'*Ancien Testament*, faite sur l'hébreu. Il avoit associé à ce dernier travail *François Junus* ou du *Jon*, qui le publia in-folio après la mort de *Tremellius*, arrivée en 1580, avec des changemens qui ne firent que le rendre plus mauvais. Le style de *Tremellius* est lourd, plat, affecté; et sa version sent le Judaïsme. I. TREMOILLE, ou TRI-MOUILLE (Louis de la) vicomte de Thouars, prince de Talmond, etc. naquit le 20 septembre 1460, d'une maison qui remonte au 13$^{e}$ siècle et qui subsiste. Il fit ses premières armes sous *George de la Trimouille* sire de *Craon* son oncle. Il se signala tellement, que dès l'âge de 18 ans il fut nommé général de l'armée du roi contre *François* duc de Bretagne, qui avoit donné retraite dans ses états à *Louis* duc d'Orléans, et à d'autres princes liqués. *La Trimouille* remporta sur eux une victoire signalée à Saint-Aubin-du-Cormier, le 28 juillet 1488. Il y fit prisonnier le duc d'Orléans, depuis *Louis XII*, et le prince d'Orange. La prise de Dinant et de Saint-Malo furent les suites de cette journée, qui auroit été si glorieuse si *la Trimouille* n'avoit ordonné le massacre des capitaines faits prisonniers. Egalement habile dans le cabinet et à la tête des armées, il contribua beaucoup à la râu- nion de la Bretagne à la couronne, en faisant conclure le mariage de la duchesse Anne de Bretagne avec le roi Charles VIII. Il fut envoyé en ambassade vers Maximilien roi des Romains, et vers le pape Alexandre VI. Il avoit été fait chevalier de l'ordre du roi et son premier chambel-lan; et la bataille de Fornoue en 1495, lui mérita la charge de lieutenant général des provinces de Poitou, Angoumois, Saintonge, Aunis, Anjou et Marche de Bretagne. Louis XII à son avènement à la couronne auroit pu se souvenir que la Trimouille l'avoit vaincu, et qu'une longue captivité avoit été la suite de sa défaite. Mais Louis XII aimoit à oublier les torts qu'on avoit eus avec le duc d'Orléans. Il donna le commandement de l'armée d'Italie à la Trimouille, qui conquit toute la Lombardie et obligea les Vénitiens de lui remettre entre les mains Louis Sforce duc de Milan, et le cardinal son frère. Le roi récompensa ses services en lui donnant le gouvernement de Bourgogne, puis la charge d'amiral de Guienne en 1502, et peu après celle d'amiral de Bretagne. Il le choisit encore pour commander le corps de bataille où il étoit, à la journée d'Aignadel l'an 1509. La Trimouille fut malheureux au combat de Novare, donné contre les Suisses l'an 1515, où il fut battu et blessé; mais il soutint vaillamment contre eux le siège de Dijon l'espace de six semaines. Il se trouva encore la même année à la bataille de Marignan donnée contre les Suisses; défendit la Picardie contre les forces Impériales et Angloises; et s'étant rendu en Provence il fit lever le siège de Marseille, que le connétable de Bourbon général de l'armée de l'empereur, y avoit mis l'an 1523. Enfin ayant suivi le roi François I dans son malheureux voyage d'Italie, il finit glorieusement ses jours à la bataille de Pavie le 24 février 1525, âgé de 65 ans. Cette journée fut funeste aux vieux généraux; ils y périrent presque tous. Le corps de la Trimouille fut apporté dans l'église collégiale de Notre-Dame de Thouars qu'il avoit fondée. On l'honora du beau nom de CHEVALIER SANS REPROCHE... Guichardin lui donne celui de premier Capitaine du monde; et Paul Jove ajoute qu'il fut la gloire de son siècle et l'ornement de la Monarchie Françoise. Ce grand homme prit pour devise une roue, avec ces mots: SANS SORTIE DE L'ORNIÈRE. Il avoit épousé Gabrielle de Bourbon. (Voyez l'article GABRIELLE.) Sa Vie fut publiée par Jean Bouchet, Paris, 1527, in-4°; et la même livre imprimé dans l'Histoire de Charles VIII, publiée par Denis Godefroi, Paris, 1684, in-folio. Cette Vie est précieuse par l'attention qu'a eu l'historien de recueillir des détails ignorés et qui peignent les mœurs de son siècle. Son style est naïf, quoiqu'il emploie quelquefois des tournures poétiques.
II. TREMOILLE, (François de la) petit-fils du précédent, fut fait prisonnier à la bataille de Pavie, et donna des marques d'attachement à François I. Ce prince le chargea de recevoir l'empereur Charles-Quint à son passage par Poitiers en 1529. Il mourut dans son château de Thouars en 1541, âgé de 39 ans. 140 TRE Il avoit épousé en 1521 *Anne de Laval*, fille de *Gui XV de Laval* et de *Charlotte d'Aragon* princesse de Tarente qui apporta dans la maison de *la Trimouille* ses prétentions sur la couronne de Naples. Ce mariage a donné lieu à ses descendants de faire valoir leurs droits au congrès de Munster, de Nimègue et de Ryswick, et de demander le titre d'altesse qui leur a été accordé dans les pays étrangers. *Voyez le Traité du Droit héréditaire appartenant au Duc de la Trimouille, au Royaume de Naples*, par *David Blondel*, à Paris, 1648, in-4°; et les *Titres justificatifs de ce droit* par le même *Blondel*, Paris, 1654, in-4°.
III. TREMOILLE, (Louis III de la) se signala par ses services sous *Henri II*, *Charles IX* et *Henri III*. Ce dernier prince le fit son lieutenant général en Poitou, où il enleva quelques villes aux rebelles. Mais ayant mis le siège devant Melle, il tomba malade et mourut le jour de la réduction de cette place, le 25 mars 1577. *Charles IX* avoit érigé son vicomté de Thouars en duché l'an 1563, et *Henri IV* l'érigea en pairie l'an 1595, en faveur de *Claude DE LA TREMOILLE* son fils, mort en 1604, à 38 ans, après avoir servi avec distinction.
IV. TREMOILLE, (Henri-Charles de la) prince de Tarente, étoit petit-fils de *Claude*. Son attachement au prince de Condé lui fit abandonner le parti de la cour, dans le temps des guerres de *la Fronde*. Il suivit ce prince en Flandre et passa de là en Hollande, d'où il revint en 1655, après avoir obtenu son amnistie. L'évêque de Munster ayant dé- déclaré la guerre aux Hollandois en 1664, *la Tremoille* qui vint leur offrir ses armes, défit un parti de huit cents hommes qui étoient au service de ce prélat guerrier; et il reçut en récompense la place de général de la cavalerie des États. Il mourut à Thouars en 1672, à 54 ans. Nous avons de lui des *Mémoires* dans le recueil imprimé à Liège, 1767, in-12, sous ce titre: *Histoire de Tancrède de Rohan*, avec quelques autres *Pièces concernant l'Histoire de France et l'Histoire Romaine*. V. TREMOILLE, (Charles-Armand René de la) duc et pair de France, premier gentilhomme de la chambre du roi, fut auteur des paroles et de la musique d'un opéra intitulé: *Les quatre parties du Monde*, qu'il fit exécuter dans la grande salle du Temple à Paris. On lui doit des *Chansons* imprimées dans divers recueils. Il mourut en 1741.
TREMOLLIÈRE, (Pierre-Charles) peintre, né en 1603 à Chollet en Poitou, mort à Paris en 1739, devint élève de *Jean-Baptiste Vanloo*, remporta plusieurs prix à l'académie, et jouit de la pension qui étoit accordée aux jeunes élèves qui se distinguoient. Il partit donc pour l'Italie et y resta six années. On remarque de l'élégance et du génie dans ses compositions, de la correction dans ses dessins, un beau choix dans ses attitudes. Il vécut trop peu de temps. Ses derniers tableaux sont d'un coloris plus foible. Son morceau de réception à l'académie fut le naufrage d'*Ulysses* abordant l'isle de Calypso. Il a peint l'*Age d'or* pour les ta- pisseries des Gobelins. On voyoit de ses ouvrages aux Chartreux de Paris et à l'hôtel de Soubise.
**TRENCHARD**, (Jean) d'une maison ancienne d'Angleterre, naquit en 1669, et exerça des emplois importans. Il mourut en 1723, avec la réputation d'un homme habile dans le droit civil et dans la politique; il avoit des sentimens hardis en matière de religion. Ses principaux ouvrages sont: I. *Argument qui fait voir qu'une armée subsistante est incompatible avec un gouvernement libre, et détruit absolument la constitution de la monarchie Angloise.* II. Une petite *Histoire des armées subsistantes en Angleterre.* III. Une suite de *Lettres*, 1737, 4 vol. in-12, sous le nom de *Caton*, conjointement avec *Thomas Gordon* son ami. Tous ces écrits sont en anglois.
**TRENCK**, (François, baron de) Prussien, s'attira par ses imprudences l'animadversion du gouvernement de son pays, qui lui fit subir une longue captivité. Après s'être évadé, il publia des *Mémoires* qui ont été lus avec intérêt, quoique remplis de faussetés. *Trenck* se rendit en France au moment de la révolution; il y fut arrêté comme suspect, livré ensuite au tribunal révolutionnaire qui le condamna à mort le 7 thermidor an 2, à l'âge de 70 ans.
**TRENTE**, (Antoine de) peintre et graveur, fut disciple du *Parmesan*, et excella particulièrement dans la gravure en bois. On a de lui des estampes estimées en clair-obscur.
**TRESSAN**, *Voy. VERGNE.*
**TRÉVENEN**, (James) marrin Anglois, renommé pour sa valeur, naquit dans le comté de Cornouailles, et fut élevé à l'académie de Portsmouth. En 1776 il s'embarqua sur le navire de *Cook*, l'accompagna dans son dernier voyage autour du monde, et lui fut extrêmement utile par ses grandes connoissances en astronomie et en navigation. *Trévenen*, de retour dans sa patrie en 1780, navigua avec son ami le capitaine *King* jusqu'à la fin de la guerre d'Amérique. En 1787, ayant dressé un plan de découvertes dans les mers septentrionales qui séparent le Kamtschatka de la Chine et du Japon, il le fit passer à l'impératrice de Russie *Catherine II*. Celle-ci accueillit le plan et invita son auteur à venir le mettre à exécution. *Trévenen* arriva à Pétersbourg; mais la guerre sanglante que la Russie faisoit alors à la Suède mettoit un obstacle à ses desseins. On lui proposa, en attendant un moment plus favorable, le commandement d'un vaisseau de ligne qu'il accepta. Il s'étoit déjà emparé de divers postes importans près d'Abo et de Wibourg, lorsqu'il fut mortellement blessé d'un coup de canon dans la bataille navale de Wibourg, le 9 juillet 1790.
**TREVIÉS**, (Bernard de) *Bernardus de Tribus Viis*, chanoine de Maguelone sa patrie dans le 12e siècle, s'occupa à des ouvrages frivoles peu dignes de son état, mais conformes au goût de son siècle, et que la même frivolité fait renaître dans le nôtre. Nous voulons parler de son roman imprimé sans indication de ville, en 1490, in-4°, sous ce titre: *Le Roman du vaii-* 142 TRE tant Chevalier PIERRE DE PRO- VENCE et de la belle MAGUELONE. Les amateurs de ces bagatelles les trouveront dans les biblio- thèques à papier bleu.
TRÉVILLE, (Henri-Joseph de Peyre, comte de) étoit fils du comte de Troisville (que l'on prononce Tréville) capitaine- lieutenant des mousquetaires sous Louis XIII. Il fut élevé avec Louis XIV, devint cornette de la première compagnie des mous- quetaires, puis colonel d'infan- terie et gouverneur du comté de Foix. Il servit en Candie sous le commandement de Coligny; il y reçut deux coups de feu. Henriette d'Angleterre première femme de Monsieur frère unique de Louis XIV, goûta beaucoup son es- prit, et l'admit dans sa confi- dence et dans son amitié. Tré- ville fut si frappé de la mort su- bite de cette princesse, arrivée à Saint-Cloud le 10 juin 1670, qu'il quitta le monde. Il fut dés- lors uniquement occupé de la prière et de l'étude. C'étoit un homme de beaucoup d'esprit; il parloit avec tant de justesse et d'exactitude, qu'on disoit que ce proverbe, Il parle comme un Livre, sembloit être fait pour lui. Tréville fut en grande liaison avec Rancé abbé de la Trappe; avec Boileau-Despréaux; avec Arnauld, Nicole, Lalane, Ste- Marthe, Sacy, qui trouvoient en lui un juge sévère et délicat de leurs productions. Il mourut à Paris le 13 août 1708, à 67 ans.
TRÉVISANI, (François) peintre, né à Trieste en 1656, mort à Rome en 1746, acquit beaucoup de célébrité par ses tableaux d'histoire et de paysage. Ses poses sont naturelles, ses traits fermes et supérieurement dessinés.
TRÉVISI, (Jérôme) peintre de Henri VIII roi d'Angleterre, devint son ingénieur en chef. Il commandoit en cette qualité au siège de Boulogne où il fut tué en 1544. Il a peint l'histoire et le portrait.
TREUL, (Sébastien du) pré- tre de l'Oratoire, né à Lyon en 1684, mort le 30 juillet 1754, laissa des Sermons qu'on a pu- bliés après sa mort, en 1757, deux vol. in-12, et qui n'ont pas eu beaucoup de lecteurs.
TREW, (Christophe-Jac- ques) botaniste Allemand, mort vers 1760, a mis des notes au Recueil des plantes curieuses, gravées par Jean-Jacques Haid, 1750, in-folio, et a publié une Histoire des cèdres du Liban, 1757, in-4°, figures.
TREUVÉ, (Simon-Michel) docteur en théologie, fils d'un procureur de Noyers en Bour- gogne, entra l'an 1668, dans la Congrégation de la doctrine Chrétienne qu'il quitta en 1673. Après s'être formé pendant quel- que temps en province, il vint à Paris, où il fut aumônier de Mad. de Lesdiguières. Il devint ensuite vicaire de la paroisse de Saint-Jacques du Haut-Pas, puis de Saint-André-des-Arcs. Il se livroit sans réserve aux fonctions du ministère, lorsque le grand Bossuet l'attira à Meaux, et lui donna la théologale et un cano- nicat de son Eglise. Le cardi- nal Bissy, (si l'on en croit Ladvocat,) ayant eu des preuves que Treuvé étoit Flagellant, même à l'égard des Religieuses ses pénitentes, l'obligea de sortir de son diocèse, après y avoir demeuré vingt-deux ans. Quoi qu'il en soit de cette anecdote qui paroit calomnieuse, l'abbé Treuvé se retira à Paris où il mourut le 22 février 1730, à 77 ans. On a de lui : I. Discours de Piété, 1696 et 1697, deux vol. in-12. II. Instructions sur les dispositions qu'on doit apporter aux Sacremens de Pénitence et d'Eucharistie, vol. in-12 : ouvrage qu'il enfanta à 24 ans, et dont les principes ne sont point relâchés. III. Le Directeur Spirituel pour ceux qui n'en ont point, in-12. IV. La Vie de M. Duhamel curé de Saint-Méri, in-12. Treuvé étoit un homme austère, partisan des Solitaires de Port-Royal, et très-opposé à la constitution Unigenitus : ce fut là sans doute, la véritable raison qui l'obligea de quitter le diocèse de Meaux.
TREZZO, (Jacques) graveur en portraits et en pierres fines, né à Milan ; fit par ordre de Philippe II le tabernacle de l'Escurial tout en pierres précieuses. Cet ouvrage unique lui coûta sept ans de travail. On a observé que l'Espagne avoit fourni tous les diamans et les pierres qui le composoient.
TRIAL, (Jean-Claude) directeur de l'opéra à Paris, mort en 1771, étoit né dans le comtat Venaissin en 1734. On a de lui la musique de Sylvie, de Théonis, de la Chercheuse d'esprit, d'Esope à Cythère, de l'acte de Flore, des divertissemens de la Provençale, de plusieurs Cantates, etc. Les qualités de son ame lui avoient mérité l'estime du prince de Conti. Celui-ci en apprenant sa mort, dit qu'il venoit de perdre un ami... Le musicien Floquet fut encore celui de Trial et en quelque façon son élève.
TRIBECHOVIUS, (Adam) natif de Lubeck, et mort en 1687, devint conseiller ecclésiastique du duc de Saxe-Gotha, et surintendant général des églises de ce duché. On a de lui un grand nombre d'ouvrages estimés en Allemagne. Le principal est : De Doctoribus Scholasticis, deque corrupta per eos divinarum humanarumque rerum scientia. On l'a réimprimé en 1719. On cite aussi son Historia Naturalismi, Ienæ, 1700, in-4.
TRIBONIEN, étoit de Side en Pamphylic; Justinien conçut tant d'estime pour lui qu'il l'éleva aux premières dignités, et le chargea de diriger et de mettre en ordre le droit Romain. Cet ouvrage est estimé en général; mais les jurisconsultes y trouvent de grands défauts. On le suit encore aujourd'hui, dans ce qu'on appelle en France le pays de Droit-Ecrit. Tribonien ternit l'éclat de sa réputation par son avarice, par ses bassesses et par ses lâches flatteries. Chrétien au dehors, il étoit Païen dans le fond du cœur; et il reste quelques traces de ses sentimens dans le Digeste qu'il entreprit par ordre du même empereur vers l'an 531.
TRIBOULET, fou de Louis XII et de François I, acquit quelque célébrité sous le règne de ce dernier prince. Ce fut lui qui dit que, « si Charles-Quint passoit en France pour se rendre dans les Pays-Bas, et pour se fier à un ennemi qu'il avoit si maltraité il lui donneroit son bonnet. » Le roi ayant demandé ce qu'il feroit si l'empereur passoit comme s'il étoit dans ses propres états; *Triboulet* répondit : *SIRÉ*, en ce cas-là, je lui reprends mon bonnet et vous en fais présent. Je n'examine point ici si *Triboulet* avoit raison; je ne rapporte que le bon mot. On dit que ce même *Triboulet* fut menacé par un grand seigneur de coups de baton, pour avoir parlé de lui avec trop de hardiesse. Il alla s'en plaindre à *François IV*, qui lui dit de ne rien craindre; que si quelqu'un étoit assez hardi de le tuer, il le feroit pendre un quart d'heure après. *Ah ! SIRÉ*, dit *Triboulet*, s'il plaisoit à *Votre Majesté de le faire pendre un quart d'heure avant?*... Il passoit avec un seigneur sur un pont où il n'y avoit point de parapet ni d'accoudoir. Le seigneur en colère demanda pourquoi on avoit construit ce pont sans y mettre de garde-fous? *C'est*, lui répondit *Triboulet*, qu'on ne savoit pas que nous y passerions. Avant que *François IV* entreprit de marcher lui-même à la tête de ses troupes dans la malheureuse campagne de 1525, où il fut fait prisonnier à Pavie, *Triboulet* se trouva présent à un entretien où l'on cherchoit le moyen de se faire un passage en Italie. On en proposa plusieurs; il ne s'agissoit plus que de se déterminer sur le choix. *Triboulet* prenant alors la parole : *Vous croyez, Messieurs*, dit-il, avoir décidé à merveille; mais ces avis ne me plaisent point : vous ne pensez point à l'essentiel. — Eh ! quel est ce point essentiel, lui demanda-t-on ? — *C'est*, reprit- il, le moyen de sortir dont personne ne parle.
**TRIBUNUS**, médecin renommé dans le VII$^{e}$ siècle, du temps de *Chosroës I*, roi de Perse, étoit de la Palestine. Il eut tant de part à l'amitié de ce prince, qu'ayant été fait prisonnier par les troupes de *Justinien*, *Chosroës* ne voulut accorder aucune trêve, à moins que *Tribunus* ne lui fût rendu. Elle fut conclue à cette condition; mais ce savant homme ne demeura qu'un an à la cour. Pendant le temps qu'il y resta *Chosroës* voulut l'enrichir par des présens considérables; *Tribunus* par une supériorité d'ame digne de son grand cœur, les refusa, et ne demanda pour toute récompense de ses services à son libérateur, que la délivrance des Romains détenus en captivité. Sa prière lui fut accordée; on renvoya les soldats de *Justinien* de quelque nation qu'ils fussent.
**TRICALET**, (Pierre-Joseph) — prêtre, docteur en théologie de l'université de Besançon, directeur du séminaire de Saint-Nicolas du Chardonnet à Paris, naquit à Dôle en Franche-Comté le 30 mars 1696, d'une famille honorable, alliée à des conseillers, etc. Il eut une jeunesse orageuse; mais la lecture de quelques bons livres le ramena à une vie plus réglée. Sa conversion fut sincère et durable. Ayant reçu les ordres sacrés, il vint à Paris, où ses talens et ses vertus lui firent une réputation qu'il ne cherchoit pas. La duchesse d'*Orléans* douairière le choisit pour son confesseur; elle lui offrit une abbaye et le pressa inutilement de l'accepter. *Tricalet* ne fut pas moins considéré du duc d'Orléans ; ce prince l'honora diverses fois de ses lettres et de ses visites. L'abbé Tricalet accablé d'infirmités, se retira en 1746 à Villejuif. Il y vécut, ou plutôt il y souffrit pendant 15 ans les douleurs les plus violentes. Au milieu de ces tourmens, il composa plusieurs livres utiles, à l'aide d'un copiste qui n'ayant point de mains, écrivoit avec les deux moignons et qui portoit l'adresse jusqu'à tailler ses plumes. Il étoit retiré à Bicêtre, et il en sortoit tous les matins pour se rendre à Villejuif auprès de son protecteur. L'abbé Tricalet mourut le 30 octobre 1761, dans la 66e année de son âge. Ses principaux ouvrages sont: I. Abrégé du Traité de l'Amour de Dieu, de St. François de Sales, 1756, in-12. II. Bibliothèque portative des Pères de l'Église, 3 vol. in-8°, 1758 à 1761. III. Précis historique de la Vie de Jésus-Christ, in-12, 1760. IV. Année Spirituelle, contenant pour chaque jour tous les exercices d'une Ame Chrétienne, 1760, 3 vol. in-12. V. Abrégé de la Perfection Chrétienne de Rodriguez, 1761, 2 vol. in-12. VI. Le Livre du Chrétien, 1762, in-12. Tous ces ouvrages ne sont que des abrégés ou des compilations ; mais on y remarque de l'ordre et de l'exactitude. On a trouvé singulier qu'un homme à qui ses infirmités ne permettoient pas de parler un quart-d'heure de suite, ait pu dicter tant de livres. Mais l'étonnement cesse, lorsqu'on sait que les écrits de l'abbé Tricalet ont été copiés en grande partie sur les Ouvrages dont ils sont extraits.
TRICAUD, (Anthelme) prieur de Balmont, chanoine d'Ainai de Lyon, étoit né à Belley le 4 mai 1671, et mourut à Paris en 1739. Le journal littéraire de Sauzey renferme quelques opuscules de lui. Il a publié encore une Histoire des Dauphins et du Dauphiné. II. Histoire du Siège de Barcelone. III. Campagne du Prince Eugène en Hongrie, et des Généraux Vénitiens dans la Morée. IV. Relation du Conclave de Benoît XIII. Cet ouvrage assez librement écrit lui attira des inquiétudes de la part de la cour de Rome.
TRICHET, (Pierre) avocat de Bordeaux, mourut à Paris en 1644 à l'âge de 57 ans. On lui doit un ouvrage de sorcellerie, intitulé : De Lygdæ veneficæ præstigiis, 1617, in-12; et une mauvaise tragédie latine de Salmonée. La bibliothèque de Ste-Geneviève doit renfermer un Traité manuscrit sur les instruments de musique qu'on lui attribue. — Son fils TRICHET du Fresne directeur de l'imprimerie royale, mort à Paris en 1661, avoit suivi à Rome la reine Christine qui l'avoit nommé son bibliothécaire. On lui doit une édition recherchée des Fables d'Esope, avec des explications et des figures, 1659, in-4.°
TRICOT, (Laurent) maître de pension à Paris, est mort dans cette ville le 10 décembre 1778, après avoir publié une Méthode et un Rudiment de la langue latine qui ont eu plusieurs éditions et que divers collèges ont adoptés.
TRIGAN, (Charles) docteur de Sorbonne, curé de Digoville, 146 TRI à trois lieues de Valogne, né à Querqueville près Cherbourg en Basse-Normandie le 20 août 1694, mourut dans sa cure le 12 février 1764, dans la 70e année de son âge. L'étude fut sa passion : mais ce fut sur-tout à sa patrie et à son état qu'il consacra ses veilles. Plein de zèle et de charité, il aima tendrement ses paroissiens et il fit rebâtir à ses dépens l'église, une des plus régulières du canton. Les ouvrages qu'il a donnés au public, sont : I. La Vie d'Antoine Paté, Caré de Cherbourg, mort en odeur de sainteté, petit in-8.º II. L'Histoire Ecclésiastique de la province de Normandie, 4 vol. in-4.º Cet ouvrage finit au xiie siècle. L'auteur en a laissé la continuation jusqu'au xiv.e Ces ouvrages, mal écrits et assez mal digérés, se font remarquer par une critique judicieuse et des recherches profondes.
TRIGAULT, (Nicolas) Jésuite, natif de Douay, obtint de ses supérieurs la permission d'aller en qualité de missionnaire à la Chine, où il aborda en 1610. Considérant le petit nombre d'ouvriers qu'il y avoit pour une si abondante moisson, il repassa en Europe, afin d'y solliciter du secours, et fit presque tout ce long voyage par terre. Ayant rassemblé quarante-quatre compagnons de différentes nations, il alla de nouveau avec ce renfort travailler à la propagation de la Foi dans ce vaste empire où il mourut le 14 novembre 1628. On a de ce zélé Missionnaire : I. La Vie de Gaspar Barzée compagnon de St. Xavier, Anvers 1610. II. De Christiand ex- peditione apud Sinas ex Matthae Rici commentariis, Augsbourg, 1615, in-4º; Cologne, 1617, in-8.º Il y assure que l'imprimerie a été en usage à la Chine avant d'être connue en Europe; mais il ne fait pas attention que cette prétendue impression Chinoise ne se faisoit qu'avec des caractères gravés sur des planches et non des caractères mobiles. III. De Christianis apud Japonicos triumphis, Munich, 1623, avec des additions du P. Raderus et des figures de Sadler : c'est l'histoire de ceux qui ont souffert la mort pour la Foi, au Japon. IV. Un Dictionnaire Chinois, 3 vol. imprimé à la Chine, etc.
TRIGLAND, (Jacques) né à Harlem en 1652, se rendit habile dans les langues Orientales et dans la connoissance de l'Écriture-Sainte, qu'il professa à Leyde où il mourut en 1705, à 54 ans. On a de lui divers ouvrages qui peuvent intéresser la curiosité des érudits; entre autres des Dissertations sur la Secte des Caraïtes : Voyez SCALIGER (Joseph).
TRIGNAN, (Bonpar de Melignan, comte de) naquit en 1543, au château de Trignan près de Mezin en Guienne, de François de Melignan et d'Anne de Marsan. Sa famille, l'une des plus anciennes et des plus distinguées du Condémois, tient par ses alliances à plusieurs maisons illustres de Guienne. Il fut successivement guidon ou lientent des compagnies de cent hommes d'armes, sous Bernard de la Valette et le duc d'Epernon, ses cousins, qui l'aimont comme un parent vertueux et sensible, et qui l'employèrent comme un homme également brave et habile. Lorsque *Jean de la Valette* leur père fut nommé commandant de la Guienne en 1571, il se débarrassa sur le comte de *Trignan* son neveu d'une grande partie des soins de la guerre. Le vicomte de *Turenne* s'étant emparé en 1575 de Damasan, *Trignan* assemble à la hâte une petite armée, reprend cette place et en cohie la garde au vicomte de *Trignan* son frère. *Henri III* instruit de ce service, le nomma chevalier de son Ordre et gouverneur de Baïonne. *Jean de la Valette* mourut peu de mois après; et la Guienne se trouvant comme sans chef, étoit sur le point de tomber entre les mains des rebelles. Dans cette circonstance critique *Trignan* sollicité par *Daffis* premier président du parlement de Toulouse et par *Sensac* archevêque de Bordeaux, d'écarter les malheurs qui menaçaient la Guienne, seconda puissamment le zèle du maréchal de *Montluc*, et de concert avec lui maintint la province dans l'obéissance. Son courage fut bientôt nécessaire ailleurs. La Provence étoit livrée à une guerre civile et exposée à des incursions étrangères. Le comte de *Trignan* eut ordre de s'y rendre en 1586, en qualité de gouverneur de Sisteron; place qui étoit alors de la plus grande importance. Deux ans après *Bernard de la Valette* gouverneur de Provence, ayant porté la guerre en Dauphiné pour s'opposer à *Lesdiguières*, emmena avec lui une partie des troupes de la province. Le comte de *Trignan* qui y commanda à sa place, eut à combattre le marquis de *Vins* qui par de savantes diversions tâchoit de faire revenir la *Valette* en Provence. Mais ses efforts furent vains. *Trignan* pourvut si bien à la sûreté des places et fit la petite guerre si à propos que la *Valette* eut le temps de rassurer le Dauphiné et de mettre en déroute une petite armée de Suisses commandée par *Châtillon*. Le gouverneur de Provence ayant été tué en 1592 au siège de Roquebrune, *Henri IV* écrivit à *Trignan* pour lui adoucir cette perte : « Vous avez lieu de vous consoler, lui disoit ce prince, parce que si Dieu vous a ôté un bon ami, il vous a conservé un bon maître qui vous aime et estime, et qui ne vous laissera jamais dépourvu d'honneurs et de biens. » Le comte de *Trignan* ne survécut que quelques mois à son cousin; il mourut la même année 1592 à Sisteron. *Henri III* et *Henri IV* eurent toujours en lui un sujet fidelle et un capitaine expérimenté. Ces deux princes lui écrivirent un grand nombre de lettres, témoignage de leur estime ou de leur reconnaissance. Les grands généraux et les ministres célèbres de ce temps-là, tels que le duc de *Guise*, le connétable de *Montmorenci*, les maréchaux de *Biron*, de *Matiignon* et d'*Ornano*, l'amiral de *Villars* et *Villeroi* partagèrent les sentimens de *Henri III* et de *Henri IV*. La valeur et le patriotisme joints à un cœur humain et affectueux, firent le caractère du gouverneur de Sisteron. On peut appliquer à ses descendants qui existent avec hon- 148 TRI neur en Guienne, les vers d'un poète célèbre : La bonté, sœur de la valliance, Passa de lui dans ses enfants. Plusieurs ont servi avec distinction, sans que la profession militaire ait affoibli en eux la sensibilité de l'âme et les agrémens de la société.
TRIGNANO, Voy. FALETI.
TRIMOSIN, (Salomon) précepteur de Paracelse, se fit un nom par ses connaissances au commencement du XIVe siècle. On a de lui quelques ouvrages, entr'autres la Toison d'Or, Paris, 1602 et 1612, in-8°. C'est un Traité d'alchimie, recherché pour sa rareté.
TRIMOUILLE, Voyez TRE-MOILLE... URSINS... et OLONNE.
TRINITAIRES, Voy. JEAN DE MATHA, n° XIV.
TRIPTOLÈME, (Mythol.) fils de Célèus roi d'Eleusis, et de Méhaline, vivoit vers l'an 1600 avant J. C. Cérès, en reconnaissance des bons offices de Célèus, donna de son lait à Triptolème, qu'elle voulut rendre immortel en le faisant passer par les flammes; mais Méhaline, effrayée de voir son fils dans le feu, l'en retira avec précipitation. Cette imprudence empêcha l'effet de la bonne volonté de la Déesse qui par dédommagement lui apprit l'art de cultiver la terre. Triptolème l'enseigna le premier dans la Grece, en donnant aux Athéniens des lois qui se réduisoient au culte des Dieux, à l'amour des Parens, et à l'abstinence de la Choir... Voy. DÉIPHON
TRISMÉGISTE, Voyez HERMÈS.
TRISSINO, (Jean-George) poète Italien, né à Vicence en 1478, passa à l'âge de 22 ans à Rome où il se fit connoître des savans de cette capitale. Ayant étudié de bonne heure les principes de littérature des grands maîtres de l'antiquité, il les consigna dans une Poétique, Vicence, 1580, in-4°, qui n'est pas commune. Mais ce qui lui donna le plus de célébrité, fut un Poème Épique en 27 chants. Le sujet est l'Italie délivrée des Goths par Bélisaire, sous l'empire de Justinien. Son plan est sage et bien dessiné; et on y trouve du génie et de l'invention, un style pur et délicat, une narration simple, naturelle et élégante. Il a saisi le vrai goût de l'antiquité, et n'a point donné dans les pointes et les jeux de mots si ordinaires à la plupart des auteurs Italiens. Il s'est proposé Homère pour modèle, sans en être le servile imifateur; mais ses détails sont trop longs, et souvent bas et insipides; sa poésie languit quelquefois. Le Trissino étoit un homme d'un savoir très-étendu, et habile négociateur. Léon X et Clément VII l'employèrent dans plusieurs affaires importantes. Il fut envoyé souvent en ambassade vers les empereurs Maximilien, Charles-Quint et Ferdinand son frère qui lui donnèrent le titre de comte. Il passa une partie de sa vie à Vicence, et l'autre à Rome. C'est dans cette dernière ville qu'il mourut en 1550, à 72 ans. Voltaire l'appelle très-souvent le prélat Trissino; mais il est certain qu'il étoit laïque et qu'il fut marié deux fois. Sa vieillesse fut même troublée par un procès que lui intenta Jules fils de sa première femme, pour avoir le bien de sa mère. Trissino aimoit tous les arts, et sur-tout l'architecture. Le célèbre architecte André PALLADIO, (Voyez son article) eut beaucoup à se louer de ses conseils. Considéré comme poète, Trissino a inventé les vers libres, Versi sciolti, c'est-à-dire les vers affranchis du joug de la rime. Il est encore auteur de la première tragédie régulière des Italiens, intitulée, Sophonisbe, 1524, in-4.º Cette pièce que le pape Léon X fit représenter à Rome, est dans le goût du Théâtre Grec qui, depuis la naissance du Théâtre François adopté aujourd'hui dans toute l'Europe, n'est guère supportable. Trissino y introduisit le chœur des anciens. Rien n'y manquait que leur génie. C'est une longue déclamation; mais pour son temps c'était une espèce de prodige. L'édition de toutes ses Œuvres a été donnée par le marquis Maffei vers 1729, 2 volumes in-folio. La première édition de son Poème Epique, donnée à Venise en 1547 et 1548, est très-rare. Elle est en trois tomes in-8°, divisés chacun en 1x chants. On doit y trouver le Camp de Bélisaire au 1er volume, et le Plan de Rome au 2e, l'un et l'autre gravés en bois. Ce Poème a été réimprimé à Paris en 1729, 3 vol. in-8.º — I. TRISTAN, (Louis) fut l'instrument des vengeances et des cruautés de Louis XI. Il étoit prévôt des maréchaux, ou, selon d'autres, grand prévôt de l'hôtel. « Il devint si exécrable à tous les gens de bien, dit Varillas, dans l'Histoire de Louis XI, L. 10, qu'ils n'osoient le nommer... Il ne se contentoit pas d'obéir quand on lui commandoit d'ôter la vie à ceux qui n'avoient été convaincus d'aucun crime, mais de plus il le faisoit avec une précipitation qui n'auroit point été excusable dans les personnes les plus barbares. Il arrivoit de là, qu'afin de réparer la faute qu'il avoit commise en se méprenant, il falloit qu'il tuât deux personnes pour une. » Le comte de Dunois, généralissime du roi Charles VII, l'avoit fait chevalier sur la brèche de Fronsac avec quarante-neuf autres seigneurs, le 29 juin 1451. Son fils, Pierre Tristan l'Hermite, fut père de Jean l'Hermite, qui montra un jour au cosmographe Thevet, dans la maison de Mortagne, (à ce que nous apprend P. Matthieu dans l'Histoire de Louis XI,) plusieurs vieux titres, dans lesquels étoit contenue l'alliance que les Seigneurs d'icelle maison avoient eue avec les anciens Romains: ce qui fait voir la folie des traditions qui se conservent dans les anciennes familles. On dit que Louis Tristan laissa de grands biens, entr'autres la principauté de Mortagne. Il vivoit encore en 1475; et sa postérité subsistoit encore dans le Perche en 1667.
II. TRISTAN, (François) — surnommé l'Hermite, né au château de Souliers dans la province de la Marche, en 1601, comptoit parmi ses aïeux le fameux Pierre l'Hermite, auteur de la 1re Croisade. Placé auprès du marquis de Verneuil, bâtard de Henri IV, il eut le malheur de tuer un garde du corps, avec lequel il se battit en duel. Il passa en Angleterre, et de là dans le Poitou où *Scévole de Sainte-Marthe* le prit chez lui. C'est dans cette école qu'il puisa le goût des lettres. Le maréchal d'*Humières* l'ayant vu à Bordeaux, le présenta à *Louis XIII* qui lui accorda sa grace, et *Gaston d'Orléans* le prit pour un de ses gentilshommes ordinaires. Le jeu, les femmes et les vers remplirent ses jours; mais ces passions, comme on l'imagine bien, ne firent pas sa fortune. Il fut toujours pauvre, et si l'on en croit *Boileau*, il passait l'été sans linge, et l'hiver sans manteau. (*Voy. l'article de QUINAULT.*) Ce poète mourut le 7 septembre 1655, à 54 ans, après avoir mené une vie agitée et remplie d'événements dont il a fait connoître une grande partie dans son *Page disgracié*, 1643, in-80: Roman qu'on peut regarder comme ses Mémoires. *Tristan* s'est sur-tout distingué par ses pièces dramatiques. Elles eurent toutes de son temps beaucoup de succès; mais il n'y a que la tragédie de *Mariamne* qui soutienne aujourd'hui la réputation de son auteur. *Mondori* célèbre comédien jouoit le rôle d'*Hérode* avec tant de passion que le peuple, dit le *P. Rapin*, sortoit toujours de ce spectacle, rêveur et pensif, pénétré de ce qu'il venoit de voir. La force du rôle causa la mort de cet acteur. Nous avons de *Tristan* 3 vol. in-40 de vers françois: le 1er contient ses *Amours*, le 2e sa *Lyre*, le 3e ses *Vers Héroïques*. Il a fait encore des *Odes* et des *Vers* sur des sujets de dévotion. Ses Pièces de théâtre sont, *Mariamne*, *Panthée*, la *Mort de Sénèque*, celle du *Grand Osman*, tragédies; la *Folie du Sage*, tragi-comédie; die; le *Parasite*, comédie. La *Mariamne* de *Tristan* a été retouchée par le célèbre *Rousseau*. Voici son Epitaphe qu'il composa lui-même: Ébloui de l'éclat de la splendeur mondaine, Je me flattai toujours d'une espérance vaine; Faisant le chien couchant auprès d'un grand seigneur, Je me vis toujours pauvre, et tâchait de paroître. Je vécus dans la peine attendant la bonheur, Et mourus sur un coffre en attendant mon Maître. Ce poète avoit dans l'âme la germe de la philosophie, mais il ne savoit pas que pour vivre en sage il ne faut pas être auprès des grands. Il auroit été plus heureux s'il s'étoit borné à cultiver paisiblement dans son château le bien de ses pères. Il ne cesse de se plaindre de son indigence: il l'attribue à la vertu dont il faisoit profession. Élevé dans la cour dès ma tendre jeunesse, Pabordai la fortune, et n'en eux jamais rien; Car j'aimais la Vertu, cette ingrate maîtresse, Qui fait chercher la gloire et mépriser le bien. On a mis ces vers au bas de son portrait. On auroit pu y joindre ceux-ci, dans lesquels après s'être plaint de *Gaston d'Orléans*, il dit: Irois-je voir en barbe grise Tous ceux qu'il favorise, Épier leur réveil et troubler leur repas? Irois-je m'abaisser en mille et mille sortes, Er mettre le siège à vingt portes. Pour arracher du pain qu'on ne me tendroit pas ? On voit ici le langage d'un homme qui demanderoit, s'il ne crai- gnoit qu'on ne lui dit : Dieu vous assiste. — En 1639, on donna une tragédie de la Châte de Phaëton, dont l'auteur Tristan l'Hermite de Vozelle étoit sans doute pa- rent à François Tristan.
III. TRISTAN L'HERMITE- SOULIERS, (Jean-Baptiste) gen- tilhomme de la chambre du roi, avoit du goût pour l'histoire et la science héraldique. On a de lui : I. L'Histoire généalogique de la Noblesse de Touraine, 1669, in-fol. II. La Toscane Françoise, 1661, in-4.º III. Les Corses Fran- çois, 1662, in-12. IV. Naples Françoise, 1663, in-4.º, etc. Ces trois derniers Ouvrages sont l'histoire de ceux de ces pays qui ont été attachés à la France. V. On lui attribue aussi le Cabinet de Louis XI, 1661. Il étoit frère du précédent.
IV. TRISTAN, (Jean) écuyer, sieur de Saint-Amand et du Puy- d'Amour, fils d'un auditeur des comptes à Paris, s'attacha à Gaston de France duc d'Orléans. Cet écrivain mourut après l'an 1656. On a de lui un Commen- taire Historique sur les Vies des Empereurs, 1644, 3 vol. in-fol. : Ouvrage qui marque une grande connoissance de l'antiquité et des médailles. Ce Commentaire finit à Valentinien. Angeloni, antiquaire Italien, et le P. Sir- mond, ont relevé plusieurs fautes dans cet Ouvrage; et Tristan leur répondit avec l'emportement d'un érudit qui n'a pas eu d'éduca- tion. Le Jésuite et l'Italien le laissèrent triompher, ne jugeant pas à propos de se mesurer de nouveau avec un adversaire aussi brutal.
TRITHÈME, (Jean) né dans un village de ce nom près de Trè- ves en 1462, et mort le 13 Dé- cembre 1516, fut abbé de Saint- Jacques de Wurtzbourg, Ordre de Saint-Benoit. Quoique chargé du temporel de son monastère, il ne négligea point la discipline, cultiva l'étude et la fit cultiver. Il avoit une vaste érudition, et possédoit les langues grecque et latine. Il a composé un très- grand nombre d'Ouvrages d'his- toire, de morale et de philoso- phie. Les plus connus sont : I. Un Catalogue des Ecrivains Ecclé- siastiques, à Cologne, 1546, in-4.º Il contient la vie et la liste des Œuvres de 870 auteurs, que Trithème ne juge pas toujours avec goût. II. Un autre des Hom- mes illustres d'Allemagne, et un troisième de ceux de l'Ordre de Saint-Benoit, 1606, in-4.º; tra- duit en françois, 1625, in-4.º III. Six Livres de Polygraphie, 1601, in-fol., traduits en fran- çois par Gabriel de Collange : un Allemand nommé Domini- que de Hontlinga, a publié à Embden en 1620, ce même ou- vrage qu'il s'est attribué sans faire mention de Trithème. IV. Un Traité de Steganographie, c'est- à-dire, des diverses manières d'é- crire en chiffres, 1621, in-4.º; Nuremberg, 1721. Il y a en fa- veur de cet Ouvrage un livre at- tribué à Auguste duc de Bruns- wick, qui n'est pas commun, intitulé : Gustavi Seleni Enodatio Steganographia Jo. Trithemii, 1624, in-fol. Trithème avoit cherché toute sa vie l'art d'enve- 752 TRI lopper ce qu'on veut cacher, et de deviner ce que les autres nous veulent cacher. Il parle de *Spiritus diurni*, *Spiritus nocturni*. Mais ceux qui l'ont justifié du soupçon de magie, prétendent que par ces mots il voulait marquer obscurément les lettres ou les mots qui ne signifioient rien ou qui signifioient quelque chose dans l'art des chiffres. Un nommé *Boville* n'ayant pu déchiffrer plusieurs passages du livre de *Trithème*, assura qu'il enseignoit la magie et étoit rempli de pactes diaboliques. Sur cette assertion, l'électeur *Frédéric II* fit brûler le manuscrit original de la *Stéganographie*, qui étoit conservé depuis long temps dans sa bibliothèque. V. Des *Chroniques*, dans *Trithemii Opera historica*, 1601, in-fol., 2 parties. VI. Ses *Ouvrages de piété*, 1605, in-folio. Parmi ceux-ci, on trouve un *Commentaire sur la Règle de Saint-Benoît*, des *Gémissemens* sur la décadence de cet Ordre, et des *Traités* sur les différens devoirs de la vie religieuse. On a aussi de lui les *Annales Hirsangiennes*, 2 vol. in-fol.; Ouvrage qui renferme dans un assez grand détail plusieurs faits importants de l'Histoire de France et de celle d'Allemagne. On lui a attribué encore un *Traité*, intitulé: *Veterum Sophorum sigilla et imagines magicæ*. Quoiqu'on ait prouvé que cette pièce n'étoit pas de lui, quelques auteurs sans jugement en ont pris occasion de le soupçonner de magie, et de soutenir qu'il avoit commerce avec les Démons... *Voyez HUDEKIN*.
TRITON, (Mythol.) Dieu Marin, fils de *Neptune* et d'*Am-* *phitrite*, et selon quelques mythologistes, de la nymphe *Salacée*, servoit de trompette à son père. Il est peint avec une coquille ou une conque en forme de trompette. Il avoit la partie supérieure du corps semblable à l'homme, et le reste semblable à un poisson. La plupart des Dieux marins sont aussi appelés *Tritons* et sont peints de la sorte avec des coquillages.
TRIVERIUS, *Voyez DRIVÈRE*. I. TRIVULCE, (Jean-Jacques) marquis de Vigevano, d'une famille de Milan qui n'étoit connue que depuis son bisaeul, montra tant de passion pour les *Guelfes* qu'il fut chassé de sa patrie. Il entra au service de *Ferdinand premier* d'Aragon roi de Naples, et passa depuis à celui de *Charles VIII* roi de France, lorsque ce prince fut à la conquête de Naples. Ce fut lui qui lui livra Capoue l'an 1495 et qui eut le commandement de l'avant-garde de l'armée avec le maréchal de *Giè*, à la bataille de Fornoue. L'ordre de Saint-Michel fut la récompense de sa valeur, et on ajouta à cette grace celle de le nommer lieutenant général de l'armée Françoise en Lombardie. Il prit Alexandrie de la Paille et défit les troupes de *Louis Sforce* duc de Milan. *Louis XII* étant entré en Italie l'an 1499, fut suivi par *Trivulce* à la conquête du duché de Milan. Il se signala auprès de ce prince qui l'en établit gouverneur en 1500, et qui l'honora du bâton de maréchal de France. *Trivulce* accompagna le monarque son bienfaiteur à l'entrée solennelle qu'il fit dans Gênes le 19 août 1504, et acquit beaucoup de gloire à la bataille d'Aignadel en 1509. Quatre ans après, il fut cause que les François furent battus devant Novare, pendant que *Louis de la Trimouille*, homme d'une grande réputation, faisoit le siège de cette place. Il avoit été arrêté dans le conseil de guerre, que *Trivulce* iroit avec la cavalerie au-devant d'un secours qu'on appréhendoit; mais ce n'étoit point l'avis de cet homme vain et jaloux. Il se posta si mal qu'il laissa passer le renfort, et ne put-arriver à temps pour soutenir les assiégeans lorsqu'ils furent attaqués d'un côté par la garnison, et de l'autre par les nouvelles troupes. Une si grande faute diminua beaucoup la réputation et la faveur de *Trivulce*; mais il recouvra l'une et l'autre sous *François premier*, par les services qu'il rendit au passage des Alpes en 1515. Ce fut lui qui avec des peines incroyables fit guinder le canon par le haut des montagnes. Il se surpassa à la journée de Marignan. Il disoit que, *Vingt autres actions où il s'étoit trouvé, n'étoient que des jeux d'enfants auprès de celle-là qu'il appelait une Bataille de Géans*. Sa faveur ne se soutint pas, et il mourut à Châtre aujourd'hui Arpajon, le 5 décembre 1518, des suites de quelques tracasseries de cour. *Trivulce* toujours dévoré d'ambition, avoit cherché des protections étrangères et paroissoit vouloir se faire craindre; il avoit déjà procuré le commandement des troupes de la république de Venise à *Théodore Trivulce* son parent; il avoit fait passer secrètement un de ses fils naturels au service de l'empereur. Il possédoit des terres considérables enclavées dans le territoire des Bernois et des Grisons; il prit des lettres de bourgeoisie dans ces deux républiques. Dans le traité qu'il fit avec elles, il déclara qu'il possédoit à titre d'engagement la ville et le comté de Vigevano qu'il reconnoissoit pour un démembrement du domaine ducal: il eut la précaution de stipuler que les ducs n'y pourroient rentrer sous quel prétexte que ce fût, sans payer à lui ou à ses héritiers la somme de cent cinquante mille ducats, dont les cinquante mille appartiendroient aux deux républiques pour prix de la protection qu'elles lui auroient accordée. Les ennemis de *Trivulce* étant parvenus à se procurer une copie de cet acte, ne manquèrent pas de la faire passer à la cour de France, où ils le peignirent comme un homme remuant et dangereux dont on ne pouvoit trop tôt s'assurer. *Trivulce* apprit par ses amis ce qui se passoit, et à l'âge de près de 80 ans, dans le mois le plus rigoureux de l'hiver, il traverse les Alpes et se rend à la cour sans avoir donné avis de son départ. Mais lorsqu'il se présenta devant *François premier*, ce prince détourna la tête et ne répondit rien. Ce trait de mépris fut un coup mortel, que le repentir du monarque ne put jamais guérir. Le maréchal répondit à celui qui le visita ensuite de sa part qu'il n'étoit plus temps. *Le dédain que le roi m'a témoigné*, ajouta-t-il, et *mon esprit ont déjà fait leur opération; je suis mort*. Il ordonna qu'on gravât sur son tombeau cette courte épitaphe, qui exprimoit bien son caractère: *HIC QUIESCIT, QUI NUNQUAM QUIETIT*; « Ici repose, qui ne se reposa jamais. » Louis XII voulant faire la guerre au duc de Milan, demandoit à Trivulce ce qu'il falloit pour la faire avec succès? Trois choses sont absolument nécessaires, lui répondit le maréchal: Premièrement de l'argent, secondement de l'argent, troisièmement de l'argent. Ce héros étoit le particulier le plus riche d'Italie, le plus avare d'inclination, et quelquefois le plus prodigue par ostentation. Louis XII étant à Milan en 1507, le somptueux Trivulce lui donna un festin d'une dépense énorme, il s'y trouva, suivant d'Anton, 1200 dames, qui eurent chacune un écuyer tranchant pour les servir. Il y avoit pour ordonner un si prodigieux repas, 160 maîtres d'hôtel qui portoient à la main un bâton couvert de velours bleu, semé de fleurs de lis d'or. Le roi fut servi en vaisselle d'or, et les autres convives en vaisselle d'argent: vaisselle toute neuve et toute aux armes du maréchal. Le roi et quatre cardinaux mangèrent dans des chambres à part, et toutes les dames dans une salle que Trivulce avoit fait faire dans la rue où il demeuroit. Il y eut bal dans cette salle avant que de se mettre à table. La presse y étoit si grande, que n'y ayant plus de place pour pouvoir danser, le roi se leva de son fauteuil, prit la hallebarde d'un de ses gardes et fit lui-même ranger le monde en frappant à droite et à gauche. Trivulce n'avoit point été marié.
II. TRIVULCE, (Théodore) cousin du précédent, maréchal de France, mérita le bâton par le courage qu'il montra à la bataille d'Aignadel en 1509, et à la journée de Ravenne en 1512. François premier le pourvut du gouvernement de Gênes dont il défendit le château contre les habitans en 1528. Obligé de se rendre faute de vivres, il alla mourir en 1531 à Lyon dont il étoit gouverneur.
III. TRIVULCE, (Antoine) frère de Théodore, se déclara pour les François lorsqu'ils se rendirent maîtres du Milanois. Il fut honoré du chapeau de cardinal à la prière du roi par le pape Alexandre VI en 1500. Il mourut en 1508, à 51 ans, de douleur d'avoir perdu un de ses frères. Il y a eu quatre autres cardinaux de cette maison, dont nous parlerons dans les articles suivans.
IV. TRIVULCE, (Scaramutia) mort en 1527, et neveu de Jean-Jacques, fut conseiller d'état en France sous Louis XII, et successivement évêque de Côme et de Plaisance. Son mérite lui valut la pourpre. V. TRIVULCE, (Augustin) abbé de Froidmont en France et camérier du pape Jules II, puis successivement évêque de Baïeux, de Toulon, de Novare, et archevêque de Reggio, mourut à Rome en 1548. Après la prise de cette ville par les troupes de Charles-Quint, il fut emmené en otage à Naples où il se signala par une fermeté héroïque. Bembo et Sadolet faisoient grand cas de ses talens et de ses vertus dont le cardinalat fut la récompense. Il avoit composé une Histoire des Papes et des Cardinaux que la mort ne lui permit pas de faire imprimer.
**VI. TRIVULCE**, (Antoine) petit-neveu de *Jean-Jacques*, fut évêque de Toulon, et ensuite vice-légat d'Avignon. Il s'opposa avec vigueur à l'entrée des hérétiques dans le comtat. Envoyé légat en France, il fit conclure le traité de Câteau-Cambresis. Il mourut d'apoplexie à une journée de Paris le 26 juin 1559, comme il retournoit en Italie. Il fut élevé à la dignité de cardinal.
**VII. TRIVULCE**, (Jean-Jacques-Théodore) étoit de l'illustré famille des précédens. Après avoir servi avec gloire dans les armées du roi *Philippe III*, il embrassa l'état ecclésiastique et fut honoré de la pourpre Romaine en 1629. Il mourut à Milan en 1657 après avoir été vice-roi d'Aragon, puis de Sicile et de Sardaigne, gouverneur général du Milanois, et ambassadeur extraordinaire d'Espagne à Rome. C'étoit un prélat éclairé et un homme éloquent.
**VIII. TRIVULCE**, (N.) dame Milanoise de l'ancienne famille de son nom, réunit à la mémoire la plus heureuse, les talens de l'esprit. Elle a publié des opuscules en grec et en latin, et prononcé divers discours devant les papes et un nombreux auditoire. Elle est morte dans le XIe siècle.
**TROGUE-POMPÉE**, natif du pays des Vocontiens dont la capitale étoit Vaison, est compté parmi les bons historiens latins. Il avoit mis au jour une histoire en 44 livres qui comprenoit tout ce qui s'étoit passé de plus important dans l'univers jusqu'à *Auguste*. *Justin* en fit un abrégé, sans y changer ni le nombre des livres, ni le titre d'*Histoire Phi-* *lippique*, ainsi appelée parce que l'auteur avoit raconté dans un grand détail les exploits de *Philippe* père d'*Alexandre*. On croit que c'est cet abrégé qui nous a fait perdre l'ouvrage de *Trogue-Pompée* dont le style étoit digne des meilleurs écrivains. Le père de *Trogue-Pompée*, après avoir porté les armes sous *César*, devint son secrétaire et le garde de son sceau; le fils eut sans doute aussi des emplois honorables.
**TROJA D'ASSIGNY**, (Louis) prêtre de Grenoble, mort en 1772, a traduit le *Discours* de *St. Grégoire* de Nazianze contre *Julien*, 1755, in-12, et *St. Augustin* contre l'*Incrédulité*, 1754 et 1757, 2 vol. in-12. On a de lui quelques autres traductions et des ouvrages ascétiques ou polémiques.
**TROILE**, (Mythol.) fils de *Priam* et d'*Hécule*. Le Destin avoit résolu que Troye ne seroit jamais prise tant qu'il vivroit. Il fut assez téméraire pour attaquer *Achille*, qui le tua, et peu de temps après la ville fut prise.
**TROIS CHAPITRES**, (la *DISPUTE* sur les) *Voyez*
**IBAS**,
**THÉODORE** de Mopsueste, et
**THÉODORET**.
**TROMMIUS**, (Abraham) théologien Protestant, né à Gro-ningue en 1633, fut pasteur dans sa patrie où il mourut en 1719. On a de lui, une *Concordance Grecque* de l'Ancien Testament, de la Version des *Septante*, 1718, 2 vol. in-fol.; et une autre *Concordance* du même en flamand qu'il continua après *Jean Martinius* de Dantzig. 156 TRO I. TROMP, (Martin Happertz) amiral Hollandois, né à la Brille en 1597, s'éleva par son mérite. Il s'embarqua a huit ans pour les Indes, fut pris successivement par des pirates Anglois et Barbaresques, et apprit sous eux toutes les ruses des combats de mer. Il signala surtout son courage à la journée de Gibraltar en 1607. Elevé à la place d'amiral de Hollande de l'avis même du prince d'Orange, il défit en cette qualité la nombrouse flotte d'Espagne en 1639, et gagna 32 autres batailles navales. Il fut tué sur son tillaç, dans un combat contre les Anglois commandés par le duc d'Albermale le 10 août 1653. Les Etats généraux ne se contentèrent pas de le faire enterrer solennellement dans le temple de Delft avec les héros de la république, ils firent encore frapper des médailles pour honorer sa mémoire. Le mérite et les prospérités de l'amiral Tromp lui avoient attiré des envieux; mais il avoit su les dompter par ses bons offices et ses bienfaits. Il fut modeste au milieu de sa fortune. De tous les titres d'honneur dont on voulut le qualifier, il n'accepta que celui de Grand-Père des Matelots; et parmi ceux de son pays, il ne prit jamais que la qualité de Bourgeois.
II. TROMP, (Corneille, dit le comte de) fils du précédent, marcha dignement sur les traces de son père. Il se signala contre les corsaires de Barbarie en 1650, contre les Anglois en 1653 et en 1655. Il y eut en 1673 deux combats entre les flottes de France et d'Angleterre, et celle de Hollande; Tromp se distingua dans l'un et dans l'autre. Enfin après la mort du célèbre Ruyter arrivée en 1676, il lui succéda dans la charge de lieutenant amiral général des Provinces-Unies, et mourut le 21 mai 1691, à 62 ans. Il étoit né à Rotterdam le 9 septembre 1629. Sa Vie a été donnée au public, à la Haye, 1694, in-12; et quoique moins brillante que celle de son père, elle ne laisse pas d'intéresser.
TRONCHIN, (Théodore) citoyen de Genève, naquit dans cette ville (en 1704 selon le supplément de Ladvocat, et en 1709 selon Scuebier.) Il quitta sa patrie de bonne heure, et se rendit en Angleterre auprès de milord Bolyngbrocke son parent par alliance pour obtenir quelque emploi. Mais ce seigneur étant alors sans crédit, ne lui rendit d'autre service que de lui faire connoître les beaux génies de Londres, et surtout Swift et Pope. Le jeune Tronchin voyant l'impossibilité d'avancer sa fortune par quelque place, se tourna du côté de l'étude des sciences. Il alla à Cambridge; et la Chimie de Boerhaave qui lui tomba entre les mains lui donna la plus grande envie de connoître l'auteur. Il court à Leyde, étudie la médecine sous cet habile maître, et devient un de ses disciples les plus distingués. Ayant reçu le bonnet de docteur dans l'université de Leyde, il pratiqua avec succès à Amsterdam, où il fut inspecteur des hôpitaux et du collège des médecins. Il revint à Genève en 1754, après avoir refusé la place de premier médecin du prince d'Orange, et y professa la médecine. La méthode de l'inoculation commençait à s'accréditer ; *Tronchin* l'adopta et la fit valoir. « Celle-ci, disoit-il, nous millésime, tandis que la nature par la petite vérole nous décimoit. » Il vint à Paris en 1756, et le succès avec lequel il inocula le duc de *Chartres* et plusieurs seigneurs, lui donna la plus grande vogue. Il augmenta l'empressement qu'on avoit de le voir et de le consulter par une conversation douce et modeste, par un ton agréable et poli, par une physionomie noble et heureuse. Les vaporeux dont la capitale abonde s'empressèrent sur-tout de le visiter ; et plusieurs eurent à se louer de la sagesse de ses ordonnances : il ne fatigua point leur tempérament par la violence des remèdes ; et s'il n'en guérit qu'un petit nombre, il en soulagea plusieurs en leur donnant le conseil sage de l'exercice et de la sobriété. Le duc d'*Orléans* le nomma quelque temps après son premier médecin. Lorsque la Dauphine mère de *Louis XVI* fut attaquée de la maladie dont elle mourut, il fit ses pronostics sur les causes et les suites de cette maladie, avec une sagacité et une justesse qui prouvèrent qu'il avoit le coup d'œil excellent. Différentes académies l'agrégèrent à leurs corps ; entr'autres, celles de Londres, de Berlin, de Stockholm, d'Edimbourg, etc. etc. Il mourut à Paris en 1781, à 73 ans. Le célèbre *Lorry* étant auprès de lui dans sa dernière maladie, s'écria avec douleur : *Ah ! si ce grand homme pouvoit nous entendre, il se guériroit*. Les pauvres le pleurèrent, parce qu'ils trouvoient en lui des conseils, de la pitié et des secours. Il montoit jusqu'au cinquième étage pour chercher et consoler la maladie et l'infortune. Tous les soirs il recevait chez lui les pauvres malades qui venoient le consulter ; c'est ce qu'il appelait son *Bureau d'humanité*. Un de ses amis lui recommandant un infirme hors d'état de payer ses soins : *J'aurois bien mauvaise opinion de moi*, répondit-il, *si à mon âge il falloit m'avertir de faire mon devoir*. Les titres qui lui méritèrent la reconnaissance publique, sont d'avoir été l'un de ceux qui ont le plus contribué à répandre l'usage utile de l'*Inoculation* ; d'avoir introduit un nouveau système de traitement pour la petite *Vérole*, en substituant aux boissons échauffantes un régime rafraîchissant ; d'avoir empêché les progrès de certaines maladies, en rendant l'air aux malades qu'on étouffoit dans un atmosphère empesté ; d'avoir appris à guérir les vapeurs des femmes du grand monde, par le travail et l'exercice plutôt que par les remèdes ; enfin de leur avoir persuadé de faire usage de leur lait pour leurs enfans, et d'être nourrices après avoir été mères. *Tronchin* a laissé plusieurs ouvrages manuscrits sur ces différens objets ainsi que sur les maux vénériens, sur l'art des accouchemens, les maladies des yeux, des poumons, etc. etc. Il donna aussi divers articles de médecine pour l'*Encyclopédie* ; une dissertation : *De Nimphé*, in-8°, et un traité : *De Colicé Pictorum*, Amsterdam, 1757, in-8°, qui ne soutient pas sa brillante réputation, quoiqu'il renferme quelques bonnes observations. Il donna en 1762 une édition des *Œuvres de Baillou*, et y joignit une *Préface* qui est une espèce de censure de la mé- 158 TRÔ decine. En effet il comptoit moins sur cette science que sur un régime simple et approprié au malade. Il ne pensoit qu'à laisser agir la nature quand il lui croyoit assez de forces ; et il ne cherchoit à l'aider que lorsqu'il soupçonnoit qu'elle en manquoit. Cette méthode n'est pas celle des médecins à ordonnances et à visites, qui travaillent plus pour les apothicaires que pour les malades.
TRONCY, (Benoit du) secrétaire de la ville de Lyon, est auteur d'une Traduction du traité de la Consolation de Cicéron, imprimé en 1573. I. TRONSON, (Louis) né à Paris d'un secrétaire du cabinet, obtint une place d'aumônier du roi qu'il quitta en 1655, pour entrer au séminaire de Saint-Sulpice dont il fut élu supérieur en 1676, et mourut le 26 février 1700, à 79 ans. C'étoit un homme d'un grand sens, d'un savoir assez étendu et d'une piété exemplaire. Il assista en 1694, avec les évêques de Meaux et de Châlons aux conférences d'Issy, où les livres de Mad. Guyon et ceux de l'abbé de Fénélon son ami furent examinés. On a de lui deux ouvrages assez estimés, quoiqu'il y ait quelques petitesses dans le premier. Celui-ci, qui a pour titre : Examens particuliers, fut imprimé in-12 en 1690, à Lyon, pour la première fois. Il y en a aujourd'hui 2 vol. Le second intitulé Forma Cleri, est une collection tirée de l'Écriture, des Conciles et des Pères, touchant la vie et les mœurs des ecclésiastiques. Il n'en avoit d'abord paru que 3 vol. in-12 ; mais on a imprimé en 1724, à Paris, l'ouvrage entier, in-4.
II. TRONSON DU COUDRAT, (Charles) chef de brigade d'artillerie, étoit né à Rheims en 1738, et se noya en Amérique en 1778. On lui doit les ouvrages suivan : I. Artillerie nouvelle, 1772, in-8. II. Mémoire sur la meilleure méthode d'extraire et de raffiner le salpêtre, 1774, in-8. III. Autre sur les forges Catalanes, 1775, in-8. IV. Autre sur la manière dont on extrait en Corse le fer de la mine d'Elbe, 1776. V. De l'ordre profond et de l'ordre mince, 1776, in-8. — Son parent, du même nom, avocat à Paris, s'est distingué par son éloquence dans plusieurs causes importantes, et sur-tout dans la défense des malheureuses victimes traduites en 1793 devant le tribunal révolutionnaire. Elle se développa particulièrement dans l'affaire des Nantois et dans la défense de Marie — Antoinette. Nommé en 1795 député au conseil des Anciens, il s'y opposa à toute mesure trop rigoureuse. Condamné à la déportation le 18 fructidor, il la subit et mourut à Caïenne en 1798, à l'âge de 45 ans.
TROOST, (Corneille) peintre Hollandois, né à Amsterdam en 1697, et mort en 1750, se distingua dans l'histoire et le portrait. Son tableau le plus remarquable se voit dans l'école de chirurgie d'Amsterdam, où il a représenté un professeur d'anatomie prêt à disséquer un cadavre devant ses élèves.
TROPHIME, né à Ephèse, ayant été converti à la foi par St. Paul, s'attacha à lui et ne le quitta plus. Il le suivit à Corynthe et de là à Jérusalem. On croit que Trophime suivit l'a- pôtre à Rome, en son premier voyage; et St. Paul dit dans son Épître à Timothée, qu'il avoit laissé Trophime malade à Milet. Ce fut l'an 65. C'est tout ce qu'on sait sur ce Saint; et tout ce qu'on a raconté de plus sur lui, paroît fabuleux.
TROPHONIUS, (Mythol.) fils d'Apollon, (d'autres disent de Jupiter) rendoit des oracles dans un autre affreux. Ceux qui vouloient le consulter, devoient se purifier. Après bien des cérémonies ils entroient dans la caverne, et s'y étant endormis, ils voyoient ou entendoient en songe ce qu'ils demandoient. On ne révéloit jamais ce qui leur avoit été découvert. On dit que ceux qui avoient reçu la réponse de Trophonius, ne rioient plus le reste de leur vie. De là le proverbe qu'on appliquoit aux personnes sérieuses: In antro Trophonii vaticinatus est. «Il a prophétisé dans l'antre de Trophonius.» Ceux qui cherchent quelques vérités historiques dans les mensonges de la fable, prétendent que Trophonius avoit été l'un des premiers architectes Grecs, fils d'un roi de Thèbes, et frère d'Agamène avec lequel il étoit lié d'une tendre amitié. Ils s'illustrèrent par divers édifices, entr'autres par le temple de Neptune près de Mautinée, et par celui d'Apollon à Delphes.
TROSNE, (Guillaume-François le) avocat du roi à Orléans sa patrie, né en 1728, mort à Paris le 26 mai 1780, étoit un magistrat éclairé et un orateur assez éloquent. Nous avons de lui diverses Brochures sur des discussions économiques ou sur des matières de jurisprudence, tels que son Mémoire sur les Vagabonds et la Liberté du commerce des grains, in-8°; Discours sur l'état actuel de la Magistrature; Vues sur la Justice criminelle, etc. 1777: de l'Administration provinciale, 1779, in-4°. Son livre intitulé: Methodica juris civilis cum jure naturali collatio, 1750, in-4°, est plus utile que toutes ses brochures économiques, parce qu'il est clair, et qu'il n'y embrasse aucun système.
TROTTEREL, (Pierre) sieur d'Aves, donna au théâtre François, depuis l'an 1610 jusqu'en 1624, cinq pièces médocres: Posithée, les Rivaux, Gillette, Sainte Agnès et Théocris. Ces pièces ont été imprimées à Rouen chez Petit-Val.
TROUIN, Voyez GUAT-TROUIN.