TROUVAIN, (Antoine) graveur, membre de l'académie, mort en 1708, à 52 ans, a gravé des portraits et des estampes d'après les bons maîtres. On lui a reproché d'avoir un peu trop négligé les draperies. Ses principaux ouvrages sont Silène ivre et enchaîné par des bergers, d'après Coypel; l'Annonciation, d'après Carle-Maratte; le mariage de Marie de Médicis et le mariage de Louis XIII, d'après Rubens, dans le recueil de la galerie du Luxembourg. I. TROY, (François de) peintre, né à Toulouse en 1645, mort à Paris en 1730, apprit les premiers principes de son art sous son père et sous le Fèvre. Il s'appliqua sur tout au portrait qui est un genre lucratif, 160 TRO et fut reçu à l'académie en 1674. Il devint successivement professeur, adjoint du recteur et enfin directeur. Son dessin étoit correct; il étoit grand coloriste et finissoit extrêmement ses ouvrages. La famille royale et les grands seigneurs de la cour occupèrent son pinceau. *Louis XIV* l'envoya en Bavière pour peindre Mad. la Dauphine. Il avoit en cela un si grand talent, que l'on disoit de lui ce que *Boileau* a dit d'*Homère*, qu'il sembloit avoir dérobé la ceinture de *Vénus*. Ce talent, joint à une probité exacte, à une belle physionomie, à un esprit enjoué et à une vive sensibilité pour ses amis, le mit dans un grand crédit. Ses dessins comparables pour la beauté à ceux de *Van-Dyck*, sont très-recherchés. Son morceau de réception à l'académie fut *Mercure* coupant la tête d'*Argus*. Ses principaux ouvrages sont à l'hôtel de ville de Paris et dans l'église de Ste-Geneviève; on estime sa *Maîtresse d'école*, et on a beaucoup gravé d'après lui. « L'expression, dit d'*Argenville*, la correction, le choix des belles formes, beaucoup de noblesse, la force et la beauté du coloris, se trouvent rassemblés dans les ouvrages de ce peintre. Ses tableaux se soutiennent dans les cabinets auprès de ceux des plus grands maîtres des écoles de Lombardie et de Flandre. Il possédoit la science des convenances, sans le fracas des draperies, qui attirant trop les yeux, les détournent de l'objet principal. Il excelloit sur-tout à peindre les femmes; aussi aimoient-elles à exercer son pinceau: un intérêt personnel les y invitoit; elles savoient que de *Troy* avoit le talent de les rendre belles, quoiqu'elles ne le fussent pas. En les peignant en divinités païennes, il leur donnoit des caractères poétiques; et son pinceau flatteur, sans altérer leurs traits, leur prêtoit de nouvelles graces. *Louis XIV* le chargea de faire des tableaux pour les tapisseries de son histoire; il fit encore pour Mad. de *Montespan* des modèles en petit, qui représentoient les divers faits de ce monarque dans sa jeunesse, et cette dame les fit exécuter en tapisserie et en grand sur de la moire. »
II. TROY, (Jean-François de) fils du précédent, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, secrétaire du roi, mourut à Rome en 1752, âgé de 76 ans. Son mérite le fit choisir pour être recteur de l'académie de Peinture de Paris, et depuis directeur de celle de Rome. Son morceau de réception à l'académie fut *Niobé* métamorphosée en rocher. Il a travaillé pour l'hôtel de ville de Paris et les églises de Sainte-Geneviève, de Saint-Lazare et des Augustins. Ses tableaux exécutés en tapisserie aux Gobelins sont l'histoire d'*Esther* et celle de *Jason*. Ceux de chevalet offrent plus de sujets galans que pieux. Il est un des bons peintres de l'école Françoise. On admire dans ses ouvrages un grand goût de dessin, un beau fini, un coloris suave et piquant, une magnifique ordonnance, des pensées nobles et heureusement exprimées, beaucoup d'art à rendre le sentiment et les diverses passions de l'âme, des fonds d'une simplicité majestueuse; enfin un génie créateur qui communique son feu et son activité à toutes ses compositions.
TROYEN,
TROYEN, (Rombrud) peintre Flamand, mort en 1650, voyagea en Italie, et choisit pour sujets de ses compositions des grottes, des ruines, des cavernes, et autres objets sérieux et mélancoliques.
TRUAUMONT, (N. la) né à Rouen d'un auditeur des comptes, étoit un jeune homme perdu de dettes et de débauches. Il fut l'instigateur en 1674 d'une révolte contre Louis XIV. Cette conjuration n'auroit eu aucun effet si elle n'avoit été embrassée par le chevalier Louis de Rohan fils du duc de Monbazon. Il avoit été exilé par Louis XIV qui le soupçonnoit d'entrainer dans la débauche le duc d'Orléans son frère : il étoit mécontent du marquis de Louvois : il crut pouvoir se venger en se mettant à la tête d'un parti. On fit entrer dans ce complot un chevalier de Préaux neveu de la Truaumont : séduit par son oncle, il séduisit sa maîtresse Louise de Belleau fille d'un seigneur de Villiers, autrement Bordeville ; les conjurés s'associerent un maître d'école nommé Vanden-Ende. Leur but étoit de livrer au comte de Monterey, Honfleur, le Havre et quelques autres places de Normandie. Cette trame mal ourdie fut découverte. Le supplice de tous les coupables fut le seul événement que produisit ce crime insensé et inutile, dont à peine on se souvient aujourd'hui. Ils furent tous décapités à la Bastille le 27 novembre 1674, à l'exception de Vanden-Ende qui fut pendu, et de la Truaumont qui se fit tuer par ceux qui vinrent l'arrêter. On dit que le bourreau, fier d'avoir coupé la tête d'un prince, d'une marquise et d'un chevalier, dit à ses valets en leur montrant le maître d'école : Vous autres, pendez celui-là. Des quatre coupables, la marquise fut celle qui mourut avec le plus de fermeté. — Voyez VI. ROHAN.
TRUBLET, (Nicolas-Charles-Joseph) de l'académie Françoise et de celle de Berlin, trésorier de l'église de Nantes, et ensuite archidiacre et chanoine de Saint-Malo sa patrie, naquit en 1697. Il étoit parent du célèbre Maupertuis qui lui dédia le troisième vol. de ses Œuvres. Dès 1717, il osa être auteur. Il fit imprimer dans le Mercure de juin des Réflexions sur Télémaque, qui le firent connoître de la Mothe et de Fontenelle. Ces aimables philosophes trouvèrent en lui ce qu'ils cherchoient dans leurs amis, un esprit très-fin et un caractère très-doux. L'abbé Trublet fut attaché pendant quelque temps au cardinal de Tencin, et il fit avec lui le voyage de Rome. Mais préférant la liberté aux avantages que la protection du cardinal lui faisoit espérer, il revint à Paris, où il vécut jusques vers l'an 1767. Accablé des vapeurs qu'on contracte dans presque toutes les grandes villes, il se retira à Saint-Malo pour y jouir de la santé et du repos ; mais il mourut quelque temps après au mois de mars 1770. Une conduite irréprochable, des principes vertueux, des mœurs douces lui avoient assuré les suffrages de tous les honnêtes gens. (Voyez III. PALME.) Sa conversation étoit instructive ; quoiqu'il pensât finement, il s'exprimait avec simplicité. Sa 14- 162 TRU ception à l'académie Françoise fut très-retardée malgré les protecteurs et les amis qu'il avoit dans cette compagnie. Mais il n'avoit pas l'art de se faire valoir; et son extérieur peu imposant l'exposoit quelquefois à des mépris injustes, dont l'estime de Fontenelle, de Montesquieu, de Maupertuis le consoloit. Ses principaux ouvrages sont : I. Essais de Littérature et de Morale, en 4 vol. in-12, plusieurs fois réimprimés et traduits en plusieurs langues. L'auteur a laissé des matériaux pour un 5e vol. Quelques critiques qu'on ait faites de cet ouvrage où il y a quelquefois des choses communes dites d'un air de découverte, on ne peut s'empêcher d'y reconnoître l'esprit d'analyse, la sagacité, la finesse, la précision qui caractérisent tous les écrits de l'abbé Trublet. Plusieurs de ses réflexions sont neuves; et toutes inspirent la probité, l'humanité, la sociabilité. Montesquieu disoit que c'étoit un bon livre du second ordre. « Cet ouvrage de bon qu'il est, dit d'Alembert, pourroit devenir excellent sans y rien ajouter et en se bornant à n'y faire que des ratures. L'auteur après avoir donné à ses meilleures réflexions une expression nette, précise et heureuse, retombe dans le défaut de les présenter ensuite de nouveau en plusieurs manières différentes presque toujours plus foibles que la première. » II. Panegyriques des Saints, languissamment écrits, précédés de Réflexions sur l'Éloquence, pleines, de choses bien vues et finement rendues. Dans la seconde édition de 1764, en 2 vol., l'auteur a ajouté divers extraits de livres d'éloquence. Ces analyses avoient été faites pour le Journal des Savans et pour le Journal Chrétien, auxquels il avoit travaillé pendant quelque temps. La manière dont il s'exprima sur Voltaire dans ce dernier ouvrage, et ce qu'il avoit dit de sa Henriade : Et je ne sais pourquoi je baille en la lisant, lui attirèrent (dans la pièce surtout, intitulée le Pauvre Diable) des épigrammes très-mordantes de la part de ce célèbre poète qui lui avoit écrit auparavant des lettres très-flatteuses. III. Mémoires pour servir à l'Histoire de Messieurs de la Mothe et de Fontenelle, à Amsterdam, 1761, in-12. Ces Mémoires souvent minutieux, offrent tout ce qu'on peut savoir sur la vie et les ouvrages de ces deux illustres amis de l'abbé Trublet. Il y a des anecdotes intéressantes et des réflexions ingénieuses.
TRUCHET, (Jean) né à Lyon en 1657 d'un marchand, entra dans l'ordre des Carmes. Il fut envoyé à Paris pour y étudier en philosophie et en théologie au collège de la place Maubert; mais il s'y livra tout entier à la mécanique, pour laquelle la nature l'avoit fait naître. Charles II roi d'Angleterre ayant envoyé à Louis XIV deux montres à répétition, les premières qu'on ait vues en France, ces montres se dérangèrent et furent remises à Martineau horloger du roi qui ne put les ouvrir, et qui eut la générosité d'avouer qu'il n'y avoit en France que le jeune Carme Truchet qui pût le faire et les raccommoder. Colbert charmé de ses talens et de son adresse, lui donna six cents livres de pension, dont la première année fut payée le même jour. Il n'avoit alors que dix-neuf ans. Le Père *Sébastien* (c'étoit son nom de religion) s'appliqua dès-lors à la géométrie et à l'hydraulique, et il ne s'est guère fait de grand canal en France pour lequel on n'ait pris son avis. Sa réputation se répandit dans toute l'Europe. Il fut employé dans tous les ouvrages importants, reçut la visite du duc de Lorraine et de *Pierre le Grand* czar de Moscovie. Ce souverain, après avoir passé plus de trois heures avec lui, demanda à boire et voulut ensuite verser lui-même du vin au P. *Sébastien*. Celui-ci enrichit les manufactures de plusieurs belles découvertes. Il travailla pour perfectionner les filières des tireurs d'or de Lyon, le blanchissage des toiles à Senlis, les machines des monnoies, etc. C'est lui qui a inventé la machine à transporter de gros arbres tout entiers sans les endommager. Il fit pour un Suédois à qui un coup de canon avoit emporté les deux mains, deux autres mains à ressort qui permettoient à cet officier d'ôter son chapeau et de le remettre. Ses *Tableaux mouvans* ont été encore un des ornemens de Marly. Le premier que le roi appela *son petit Opéra*, changeoit trois fois de décoration à un coup de sifflet; car ces tableaux avoient aussi la propriété des résonnans ou sonores. Le second tableau qu'il présenta au roi, plus grand et encore plus ingénieux, repré-sentoit un paysage où tout étoit animé. Une rivière paroissoit y couler; on y voyoit des Tritons, des Syrènes nager. Des pêcheurs y tendoient leurs filets, des sol- dats alloient monter la garde dans une citadelle placée au haut d'une montagne; plus loin des vaisseaux arrivoient à un port; le roi paroissoit lui-même chassant avec sa suite, et le P. *Sébastien* sortoit alors d'une église pour aller saluer le roi à son passage. Comme il possédoit à fond la construction des pompes et la conduite des eaux, il eut part à quelques aqueducs de Versailles; et l'on doit lui tenir compte, dit *Fontenelle*, non-seulement de ce qui fut exécuté sur ses vues, mais encore de ce qui ne le fut pas sur des vues fausses. Le roi instruit par lui-même de tout ce que le Père *Sébastien* valoit, le nomma pour être un des honoraires de l'académie des Sciences, au renouvellement de cette académie en 1699, et l'on trouve plusieurs Mémoires de sa composition dans le recueil de cette Société. Les dernières années de sa vie se passèrent dans des infirmités continuelles qui l'enlevèrent aux sciences, le 5 février 1729. Quoique fort répandu au dehors, le P. *Sébastien* fut un très-bon religieux, très-fidèle à ses devoirs, extrêmement désintéressé, doux, modeste, et selon l'expression dont se servit feu le prince en parlant de lui au roi, *aussi simple que ses machines*. Il conserva toujours dans la dernière rigueur, tout l'extérieur convenable à son habit. Il ne prit rien de cet air que donne le grand commerce du monde, et que le monde ne manque pas de désapprouver. Quoique des personnes puissantes lui offrissent de le faire sortir de son Ordre, il préféra la contrainte où il vivoit à une liberté qui auroit inquiété sa conscience. 164 TRU
TRUCHSÈS, (Gebhard) archevêque et électeur de Cologne, épousa clandestinement *Agnès de Mausfeld* vers le commencement de 1582. Pour conserver sa femme et son électorat, il se déclara hautement protestant et publia un édit pour la liberté de conscience dans son diocèse. *Rodolphe II* fit tout ce qu'il put pour le faire rentrer dans le devoir, mais inutilement. Le chapitre métropolitain de Cologne ayant convoqué les états du pays en 1583, il y fut décidé conformément à la paix de religion conclue à Augsbourg, que *Truchsès* étoit déchu de l'épiscopat et qu'il falloit procéder à une nouvelle élection. Le même jour que les états se séparèrent, *Truchsès* épousa publiquement à Rosenthal celle à laquelle il étoit marié clandestinement. *Grégoire XIII* n'ayant pu rien gagner sur son esprit, l'excommunia l'an 1583. La même année, on élut à sa place le prince *Ernest* de Bavière qui fut obligé de recourir aux armes contre le prélat déposé. *Truchsès* se retira avec sa femme dans une maison de campagne en Hollande, où il languit le reste de ses jours dans l'obscurité et le chagrin, et mourut en 1601. Quelques auteurs et *Voltaire* se sont bien gardés de donner le tort à *Truchsès* dans cette guerre: mais *Bayle* est d'un autre avis et a démontré que *du Plessis-Mornai*, le sage de la Henriade, avoit conseillé une injustice à *Henri III* en voulant engager ce monarque à secourir l'archevêque déposé. Voyez *Réponse aux questions d'un Provincial*, tom. 2, pag. 211-229.
TRUDAINE, (Jean-Charles-Philibert de) né en 1733 à Clermont, où son père étoit intendant de la province, reçut une excellente éducation. *De Trudaine* père étant devenu intendant général des finances, son fils fut son adjoint en 1757. Il eut dans son département les fermes générales, le commerce, les manufactures, les ponts et chaussées, et il administra ces différentes parties avec autant de zèle que de lumières. Sa charge ayant été supprimée en 1777, il fut enfin rendu à lui même, à l'amitié et aux sciences; mais sa santé chancelante depuis longtemps succomba enfin, et il mourut le 5 août 1777. Ses vertus égaloient ses lumières. Il fut désintéressé et il le fut sans faste. A la mort de son père, ayant été nommé à ses places dans le conseil des finances et dans celui du commerce, il demanda à *Louis XV* la permission de ne pas en recevoir les appointements. *On me demande si rarement de pareilles graces*, dit le roi, *que pour la singularité je ne veux pas vous refuser*. « M. de Trudaine, dit *Condorcet*, fut bon ami, bon fils, bon mari, bon père. Aux vertus du citoyen et du magistrat, il joignit les agrémens de l'homme du monde. Aimable et doux dans sa vie privée, se livrant avec plaisir à la société, on eût pu l'accuser de trop de facilité et d'amour pour la dissipation; mais le goût de cette dissipation ne lui a fait négliger aucun devoir. Peu d'hommes en place, peu de particuliers même ont réuni des connaissances aussi étendues, aussi variées. Enfin, la facilité de son caractère ne l'a jamais fait consentir à une chose injuste. » Il étoit membre de l'académie des Sciences, et ce fut en cette qualité qu'il répandit des fleurs sur la tombe de son père; « cet Eloge, dit encore Condorcet, écrit avec noblesse et avec élégance, est un monument précieux pour l'académie, et le seul ouvrage imprimé de M. de Trudaine: la piété filiale pouvoit seule lui dérober des instans dûs à la patrie. » Son père méritoit les éloges qu'il lui donne. Étant au lit de la mort, son fils le consolòit en lui disant qu'il emportoit les suffrages des citoyens et l'estime des gens de bien. Hé bien! lui répondit le moribond en souriant, je te lègue tout cela. De Trudaine requeillit en effet cette précieuse succession. —Son fils, le jeune TRUDAINE de la Sablière, conseiller en parlement de Paris, périt sur l'échafaud révolutionnaire en 1793. Il avoit gravé sur les murs de sa prison à Saint-Lazare ces vers touchans: La fleur laissant tomber ta tête languissante, Semble dire au Zéphir; pourquoi m'éveilles-tu? Zéphir, ta vapeur bienfaisante Ne rendra point la vie à mon front abattu. Je languis; le matin à ma tige épuisée, Apporte vainement le tribut de ses pleurs, Et les bienfaits de la rosée Ne ranimeront point l'éclat de mes couleurs. Il approche le noir orage! Sous l'effort ennemi d'un souffle détesté, Je verrai périr mon feuillage. Demain le voyageur témoin de ma beauté, De ma beauté si-tôt fétrie, Viendra pour me revoir; oh! regrèts superflus! Il viendra; mais dans la prairie Ses yeux ne me trouveront plus.
TRUEL, (Jacques-Cohon) officier dans le génie, servit en Portugal, revint en France et y est mort en 1714. Après avoir écrit en espagnol des Remarques sur l'histoire d'Espagne de Mariana, il les traduisit en françois, et les publia en 1675, in-4.
TRUXILLO, (Thomas de) célèbre prédicateur, né à Zurita dans l'Estramadure, se fit d'abord religieux de la Merci; mais ayant eu quelques démêlés avec ses confrères dans le temps qu'il étoit supérieur de la maison de son ordre à Madrid, il passa dans celui des Dominicains à Barcelone. Il vivait encore en 1596. On a de lui plusieurs ouvrages théologiques et ascétiques, dont on voit le catalogue dans la Bibliothèque des Pères Echard et Quétif.
TRYPHIODORE, poète Grec, florissoit sous l'empereur Anastase. Il composa un poème sur la destruction de Troye en 24 livres; et par une puérilité aussi pénible que singulière, il observa de ne point mettre d'A dans le premier livre, point de B dans le second, retranchant ainsi une lettre à chaque livre. Cette gêne ne contribua pas peu à rendre sa poésie dure et obscure. Nous n'avons que des fragments de son poème, Oxford, 1741, in-8°, en grec, et avec la traduction en vers latins de Fria- L. 3 chinus. —NESTOR, qui vivait sous Septime Sévère, lui avait donné l'exemple de ces bagatelles difficiles en composant une Iliade où il s'étoit imposé la même gêne que Tryphiodore.
TRYPHON ou DIODOTE, de la ville d'Apamée, général des troupes d'Alexandre Balès, servit bien son maître dans les guerres qu'il eut contre Démétrius Nicanor. Après la mort de Balès, il alla en Arabie chercher le fils de ce prince et le fit couronner roi de Syrie, malgré les efforts de Démétrius son compétiteur qui fut vaincu et mis en fuite l'an 144 avant Jésus-Christ. Mais le perfide Tryphon qui méditoit de s'emparer de la couronne, ne pensa plus qu'à se défaire d'Antiouchus; et craignant que Jonathas-Macchabée ne nuit quelque obstacle à ses desseins, il chercha l'occasion de le tuer. Il vint pour cela à Bethsan, où Jonathas le joignit avec une nombreuse escorte. Tryphon le voyant si bien accompagné, n'osa exécuter son dessein et eut recours à la ruse. Il reçut Jonathas avec de grands honneurs, lui fit des présens et ordonna à toute son armée de lui obéir comme à lui-même. Quand il eut ainsi gagné sa confiance, il lui persuada de renvoyer sa troupe et de le suivre à Ptolémaïde, lui promettant de remettre cette place entre ses mains. Jonathas qui ne soupçonnait aucune trahison, fit tout ce que Tryphon lui proposait. Mais étant entré dans la ville de Ptolémaïde, il y fut arrêté et les gens qui l'accompagnaient furent passés au fil de l'épée. Après cette insigne trahison, Tryphon passa dans le pays de Juda avec une nombreuse armée et vint encore à bout de tirer des mains de Simon les deux fils de Jonathas avec cent talens d'argent, sous prétexte de délivrer leur père. Mais mettant le comble à sa perfidie, il tua le père et les deux fils, et reprit le chemin de son pays. Ces meurtres n'étoient que les préludes d'un plus grand qui devoit lui mettre sur la tête la couronne de Syrie. Il ne tarda pas à achever son barbare projet, en assassinant le jeune Antiochus dont il prit la place; et il se fit déclarer roi d'un pays qu'il désola par ses cruautés. Mais il ne garda pas long-temps le royaume que ses crimes lui avoient acquis. Le successeur légitime du trône entra dans son héritage; et toutes les troupes lasses de la tyrannie de Tryphon, vinrent aussitôt se rendre au premier. L'usurpateur se voyant ainsi abandonné, s'enfuit à Dora ville maritime, où le nouveau roi le poursuivit et l'assiégea par mer et par terre. Cette place ne pouvant tenir long-temps contre une aussi puissante armée, Tryphon trouva le moyen de s'enfuir à Orthosiade, et de là il gagna Apamée sa patrie où il croyait trouver un asile; mais y ayant été pris, il fut mis à mort l'an 138 avant J. C.
TSCHARNER, (Bernard) bailli d'Aubonne, né à Berne en 1728, mort dans cette ville en 1778, a donné une Histoire de Suisse en allemand, trois vol. in-8°, où il maltraite les Catholiques. On a encore de lui la traduction des Poésies d'Haller, in-12, plusieurs fois réimprimées; et le Dictionnaire Geo- graphique de la Suisse, Lausanne, 1776, deux vol. in-8.º
TSCHIRNAUS, (Ernfroi Walter de) habile mathématicien, naquit à Kissingswald seigneurie de son père dans la Lusace, le 10 avril 1651, d'une famille ancienne. Après avoir servi dans les troupes de Hollande en qualité de volontaire, l'an 1672, il voyagea en Allemagne, en Angleterre, en France et en Italie. Il vint à Paris pour la troisième fois en 1682, et il proposa à l'académie des Sciences la découverte de ces fameuses caustiques si connues sous le nom de Caustiques de M. de Tschirnaus. Cette Compagnie, en les approuvant, mit l'inventeur parmi ses membres en 1688. De retour en Allemagne, il voulut perfectionner l'optique, et établit trois verreries d'où l'on vit sortir des nouveautés merveilleuses de dioptrique et de physique, et entr'autres le miroir ardent qu'il présenta au duc d'Orléans régent du royaume, qui pesoit 150 livres et avoit trois pieds de diamètre; ce qui est la grandeur la plus extraordinaire pour un verre convexe. C'est un problème si l'inventeur l'a jeté en moule ou s'il l'a travaillé au bassin? C'est à lui aussi que la Saxe est principalement redevable de sa belle manufacture de porcelaine. Content de jouir de sa gloire littéraire, il refusa tous les honneurs auxquels l'empereur vouloit l'élever; et il n'accepta de ce dernier que son portrait et une chaîne d'or. Les lettres étoient son seul plaisir. Il cherchoit des gens qui eussent des talens soit pour les sciences utiles, soit pour les arts; il les tiroit des ténè- bres et étoit en même temps leur compagnon, leur guide et leur bienfaiteur. Il se chargea assez souvent de la dépense de faire imprimer les livres d'autrui, dont il espéroit de l'utilité pour le public. Cette générosité ne venoit point d'ostentation; il faisoit du bien à ses ennemis, avec ardeur et sans qu'il le sussent. Ce savant estimable mourut le 11 octobre 1708. Le roi Auguste fit les frais de ses funérailles. On a de lui, un livre intitulé: De Medicind mentis et corporis, à Amsterdam, 1687, in-4.º Cet ouvrage est à peine connu aujourd'hui. On y sent, dit Fontenelle, cette chaleur et cette audace qui appartiennent au génie de l'invention. Il promet trop et ne tient pas assez. D'ailleurs sa théorie est suivie de préceptes de pratiques très-minutieuses, et dont la plupart ne pouvoient guère convenir qu'à lui.
TSCHOUDI, (Jean-Baptiste-Louis-Théodore, baron de) ancien bailli et chef de la noblesse du Pays Messin, chevalier de St-Louis, mort à Paris le 7 mars 1784, a beaucoup écrit sur l'histoire naturelle des arbres et des végétaux. Il a donné sur ce sujet divers articles pour l'Encyclopédie, où l'on trouve quelquefois des observations nouvelles; mais ils sont défigurés par son style amphigourique et emphatique. Nous avons encore de lui: I. La traduction du traité des Arbres résineux conifères par Miller, 1768, in-8.º II. De la Transplantation des végétaux, 1778, in-8.º III. L'Etoile flamboyante, deux vol. in-12; c'est un livre de franc-maçonnerie. L'auteur se mêloit de poésie; il 168 T U B auroit fort bien fait de garder pour ses odes les images qu'il prodiguoit dans sa prose. On lui doit les opéra d'Echo et Narcisse, et des Danaïdes; deux odes sur la nature sauvage et la nature champêtre.
TUBALCAIN, fils de Lamech le bigame et de Sella, inventa l'art de battre et de forger le fer et toutes sortes d'ouvrages d'airain. On pourroit croire que le Vulcain des Païens a été calqué sur ce patriarche.
TUBERO, (Louis) abbé de la Dalmatie, est connu par des Commentaires ou Recueils des choses arrivées de son temps dans la Hongrie, la Turquie et les pays circonvoisins. Cette histoire très-intéressante, divisée en xi livres, commence à l'an 1490 et finit à l'an 1522. Elle est écrite en latin d'un style net et coulant. On l'a imprimée à Francfort en 1603; mais les noms propres de Hongrois y sont étrangement défigurés. Elle est insérée dans le deuxième volume des Scriptores rerum Hungaricarum de Schwandtnerus, Leipzig, 1746, avec une préface, des corrections, des sommaires, etc., par Belius. Plusieurs critiques croient que le nom de Tubero est supposé, et que l'auteur de ces commentaires s'est caché sous ce nom pour avoir plus de liberté de dire franchement la vérité.
TUBÉRON, (Q. Ælius) Romain fort considéré et qui remplit avec distinction la dignité consulaire. Il étoit gendre du vaillant Paul-Emile; mais très pauvre comme tous les autres Tubérons. Il y en eut seize de cette famille qui logèrent ensemble avec leurs femmes et leurs enfans, dans une même maison assez petite et n'ayant entr'eux qu'un seul bien de campagne, situé dans le territoire des Véientins. La première pièce de vaisselle d'argent qui ait jamais été entre les mains d'un Tubéron, fut une coupe de ce métal que Paul-Emile avoit rapportée du butin de la Macédoine, et dont il fit présent à son gendre vers l'an 168 avant J. C. Au reste, il paroît que Tubéron faisoit fort peu de cas de ces sortes de choses, puisqu'il refusa d'accepter un riche présent en vaisselle d'argent que les ambassadeurs d'Etolie lui offrirent. C'est ce même Tubéron à qui son beau-père Paul-Emile remit le soin de garder Persée roi de Macédoine qu'il avoit vaincu... Voyez CHOPIN.
TUBI, dit le Romain, (Jean-Baptiste) sculpteur de l'académie royale de Peinture et de Sculpture, mort à Paris en 1700, âgé de 70 ans, tient un rang distingué parmi les excellens artistes qui ont paru sous le règne de Louis XIV. On voit de lui dans les jardins de Versailles, une Figure représentant le Poème lyrique. Il a encore embelli le jardin de Trianon, par une belle copie du fameux groupe de Laocoon. Il possédoit l'art de copier supérieurement l'antique. Ses autres ouvrages sont à Versailles la fontaine de Flore, la figure de Galathée, celle de l'Amour, et le beau vase de marbre où sont représentées en relief les conquêtes de Louis XIV en Flandre. On lui doit encore la statue de la mère de le Brun sur le tombeau de ce grand peintre ; celle de la *Religion* sur celui de *Colbert* ; celle de l'*Immortalité* sur le tombeau du médecin du roi la *Chambre*, à Saint-Eustache ; enfin le magnifique mausolée de *Turenne*, exécuté à St-Denis sur les dessins de le *Brun*.
TUCCA, (*Plautius*) ami d'*Horace* et de *Virgile*, cultiva la poésie latine, et revit l'*Éneide* avec *Varius*, par ordre d'*Auguste*.
TUCHIN, (*Jean*) journaliste Anglois, mort sous le règne de la reine *Anne*, publia sous le précédent la feuille intitulée l'*Observateur*, et y déclama contre le roi *Jacques II*. Condamné à être fouetté, il présenta requête pour demander à être pendu. Mais n'ayant pu obtenir cette étrange faveur, il s'en vengea en écrivant toute sa vie contre la mémoire du roi *Jacques*. I. TUCKER, (*Abraham*) mort en 1775, est auteur d'un ouvrage anglois intitulé : *Recherche de la lumière de la Nature*. Il le publia sous le nom d'*Edouard Search*. — II. TUCKER, (*Josué*) docteur Anglois, né en 1711 et mort en 1776, fut d'abord curé dans une église de Bristol, et devint ensuite doyen de Glocester. On lui doit beaucoup d'écrits sur la théologie, le commerce et la politique. Le plus remarquable est intitulé : *Traité sur le Gouvernement civil*. L'auteur est en opposition avec *Locke*. Au commencement de la guerre d'Amérique, *Tucker* soutint que l'Angleterre feroit mieux de reconnoître l'indépendance de ses colonies que de se préparer à les T U L 169 combattre. Il prédit les événements futurs qui justifieront la justesse de ses vues.
TUDESCHI, (*Nicolas*) plus connu sous le nom de *PANORME*, et appelé aussi *Nicolas de Sicile*, l'*Abbé de Palerme*, et l'*Abbé Panormitain*, étoit de Catane en Sicile. Il se rendit si habile dans le Droit canonique qu'il fut surnommé *Lucerna Juris*. Son mérite lui valut l'albaye de Sainte-Agathe, de l'ordre de Saint-Benoit, puis l'archevêché de Palerme. Il assista au concile de Basle, et à la création de l'antipape *Felix* qui le fit cardinal en 1440 et son légat à *latere* en Allemagne. Il persista quelque temps dans le schisme ; mais y ayant renoncé, il se retira à Palerme en 1443, et y mourut en 1445. On a de lui un grand nombre d'ouvrages, principalement sur le Droit canon, dont l'édition la plus recherchée est celle de Venise, en 1617, 9 vol. in-folio. Son style est barbare, et ses matériaux sont en trop grand nombre pour être bien digérés.
TUDOR, *Voy. CATHERINE*, n.º III.
TUILLERIE, *TUILLIER*, *Voy. THU*, etc.
TULDEN, *Voyez VAN-TULDEN*.
TULL, (*Jéthro*) gentilhomme du comté d'Yorck, mort en 1740, fit différens voyages en Europe, où il observa l'art de cultiver la terre chez les diverses nations. Il crut avoir des vues nouvelles sur cet art si ancien, il les consigna dans un volume in-folio, 1733, et dans un in-8°, publié par Forbès, 1778, in-8°. Mais ses conseils sur l'agriculture qui n'étoient guère praticables, n'ont pas été suivis long-temps. I. TULLIE, fille de Servius-Tullius sixième roi des Romains, fut mariée à Tarquin le Superbe, après avoir donné la mort à son premier époux. Tarquin ayant voulu monter sur le trône de Servius-Tullius, elle consentit au meurtre de son père, l'an 533 avant Jésus-Christ. Dès qu'elle eut appris l'exécution de ce crime, elle accourut au sénat et fut la première qui salua son mari roi. Après quoi, retournant à son palais, lorsqu'elle fut arrivée au haut de la rue Cyprienne où Servius-Tullius avoit été assassiné, elle fit passer son char par-dessus le corps tout sanglant de son père. Depuis cette action détestable, la rue porta le nom de Scélérate. Cette femme dénaturée fut chassée avec son mari, auprès duquel elle finit sa détestable vie.
II. TULLIE, (Tullia) fille de Cicéron, fut le premier fruit de son mariage avec Trentin. Son père l'éleva avec beaucoup de soin; et elle répondit parfaitement à son éducation. Elle fut mariée trois fois: d'abord à Caius Pison homme d'un grand mérite, plein d'esprit et d'éloquence, très-attaché à son beau-père: puis elle épousa Furius Crassipes; et enfin Publius-Cornelius Dolabella, pendant que Cicéron étoit gouverneur de Cilicie. Ce troisième mariage ne fut point heureux; et les troubles que Dolabella homme turbulent et dissipateur dont les affaires étoient fort dérangées, excité dans Rome, causèrent de grands chagrins à Cicéron et à Tullie. Cette femme illustre mourut l'an 44 avant Jésus-Christ. Cicéron inconsolable d'une telle perte, fit éclater une douleur si vive que les malins disoient qu'il y avoit eu plus que de la tendresse paternelle entre le père et la fille; mais cette conjecture odieuse fut rejetée par les gens de bien. C'est à l'occasion de la mort de Tullie, que Cicéron composa un Traité, De Consolatione, que nous n'avons plus. On a prétendu que sous le pape Paul III, on trouva dans la Voie Appienne, un ancien tombeau, avec cette inscription: Tullio la filia mea. Il y avoit, dit-on, un corps de femme qui au premier contact de l'air fut réduit en poussière, avec une lampe encore allumée qui s'éteignit à l'ouverture du tombeau après avoir brûlé près de 1500 ans; mais c'est un conte ridicule. Voyez-en la Réfutation dans l'ouvrage d'Octave Ferrari, intitulé: De Lucernis sepulchralibus.
TULLIUS, surnommé Cimber, fils d'un affranchi, fut chassé du sénat par César, parce qu'il avoit suivi le parti de Pompée. Mais ayant obtenu sa grace après la bataille de Pharsale, il fut du nombre des assassins du prince qui la lui avoit accordée. Après la mort de César, Brutus et Cassius l'envoyèrent en Bithynie pour équiper une flotte: il étoit alors tribun du peuple. Ce Tullius étoit le plus fameux ivrogne de son temps, et ce n'étoit pas son seul vice.
TULLIUS-SERVIUS, Voy. SERVIUS-TULLIUS.
**TULLUS-HOSTILIUS**, troisième roi des Romains, succéda à *Numa Pompilius*, l'an 671 avant Jésus-Christ. Ce prince guerrier fit ouvrir le temple de *Janus*, fit marcher devant lui des gardes qui portent des faisceaux de verges, et tâcha d'inspirer à ses peuples du respect pour la majesté royale. Les habitans d'Albe furent les premiers qui ressentirent l'effort de ses armes. Après le combat des *Horaces* et des *Curiaces*, il fit raser la ville d'Albe et en transporta les richesses et les habitans dans celle de Rome. Ensuite il fit la guerre aux Latins et à d'autres peuples qu'il défit en diverses rencontres et dont il triompha. Il périt avec toute sa famille d'une manière tragique, l'an 640 avant Jésus-Christ. Quelques historiens prétendent qu'ayant tenté une opération magique dans laquelle il n'observa pas les cérémonies nécessaires, le ciel irrité lança la foudre sur lui et sur sa maison. D'autres, avec plus de vraisemblance, rejettent le soupçon de sa mort sur *Ancus-Martius* petit-fils de *Numa* qui fut son successeur au trône. Selon eux, le coup de foudre ne fut qu'un incendie, procuré par *Ancus* qui espérait faire tomber l'élection sur lui, si *Tullus* mourait sans postérité; ce qui arriva en effet. *Voyez MÉTIUS*.
**TUNSTALL**, (Jacques) né en 1710, mort en 1772, devint orateur de l'université de Cambridge. Il a publié sous le titre *Academica*, plusieurs *Discours* sur la morale et la religion naturelle.
**TURBIDO**, (François) peintre Italien, né à Vérone en 1600, et mort en 1581, fut l'élève de *Giorgione*, et excella dans l'histoire. On estime surtout son tableau de la *Transfiguration*.
**TURBILLY**, (Louis-François-Henri de Menon, marquis de) mort en 1776, à 59 ans, étoit lieutenant colonel de cavalerie. Retiré dans sa terre, il fit des défrichemens, et donna des *Mémoires* sur cette matière, 1760, deux brochures in-12.
**TURCHI**, *Voyez IL VÉRONÈSE*.
**TURENNE**, (Henri de LA TOUR, vicomte de) maréchal général des camps et armées du roi, colonel général de la cavalerie légère, étoit second fils de Henri de la Tour d'Auvergne duc de Bouillon, et d'*Elizabeth de Nassau* fille de Guillaume I$^{er}$ de Nassau prince d'Orange. Il naquit à Sédan le 11 septembre 1611. La nature et l'éducation concoururent également à former ce grand homme. Ayant, dès l'âge de dix ans, entendu répéter plusieurs fois que sa constitution étoit trop foible pour qu'il pût jamais soutenir les travaux de la guerre, il se détermina pour faire tomber cette opinion à passer une nuit d'hiver sur le rempart de Sédan. Comme il n'admit personne dans sa confidence, on le chercha long-temps inutilement; on le trouva enfin sur l'affût d'un canon où il s'étoit endormi. Son goût pour les armes augmenta par l'étude de la vie des grands capitaines. Il étoit sur-tout frappé de l'héroïsme d'*Alexandre*, et lisait avec transport *Quinte-Curce*. On l'envoya apprendre le métier de la guerre sous le prince Maurice de Nassau son oncle maternel, un des plus grands généraux de son temps. Après s'être formé dans cette école, il fut mis à la tête d'un régiment François, avec lequel il servit, en 1634, au siège de la Mothe. Cette ville de Lorraine fut vaillamment et savamment défendue. Le maréchal de la Force qui commandoit les assiégeans, fit attaquer un bastion qui devoit décider du sort de la place. Tonnicus son fils, chargé de cette opération, échoua. Turenne nommé pour le remplacer, réussit par des coups de génie qui étonnèrent tout le monde. La Force eut la probité de rendre à la cour un compte exact de tout ce qui s'étoit passé : action difficile et généreuse, dont Turenne lui sut tant de gré que pour cette raison il épousa dans la suite sa fille. Ce goût pour la vertu se manifestoit dans toutes les occasions. Le vicomte chargé en 1637 de réduire le château de Solre dans le Hainaut, l'attaqua si vivement qu'en peu d'heures il réduisit une garnison de 2000 hommes à se rendre à discrétion. Les premiers soldats qui entrèrent dans la place, y ayant trouvé une très-belle personne, la lui amenèrent comme la plus précieuse portion du butin. Turenne feignant de croire qu'ils n'avoient cherché qu'à la dérober à la brutalité de leurs compagnons, les loua beaucoup d'une conduite si honnête. Il fit tout de suite chercher son mari, et la remit entre ses mains, en lui disant publiquement : Vous devez à la retenue de mes soldats l'honneur de votre femme. L'année suivante, 1638, il prit Brisach, et mérita que le cardinal de Richelieu lui offrit une de ses nièces en mariage; mais Turenne né au sein du Calvinisme, ne voulut pas l'accepter. Envoyé en Italie l'an 1639, il fit lever le siège de Casal et servit beaucoup à celui de Turin que le maréchal d'Harcourt entreprit par son conseil. Turenne défit les ennemis à Montcalier, tandis qu'on pressoit la ville assiégée; mais une blessure qu'il reçut pensa faire manquer l'entreprise. Il ne se signala pas moins à la conquête du Roussillon en 1642, et en Italie en 1643. Il avoit été fait maréchal de camp à 23 ans, et il obtint le bâton de maréchal de France à 32, en 1644, après avoir servi dix-sept ans sous différens généraux. Ce fut alors qu'on lui confia le commandement de l'armée d'Allemagne, qui manquoit de chevaux et d'habits : il la mit en état à ses dépens. Il passa le Rhin avec sept mille hommes, défit le frère du général Merci, et seconda le duc d'Enghien depuis le grand Condé. Il eut le malheur d'être battu au combat de Mariendal l'an 1645; mais il eut sa revanche à la bataille de Nortlingue trois mois après. Ce fut cette même année qu'il rétablit l'électeur de Trèves dans ses états; l'année suivante il fit la fameuse jonction de l'armée de France avec l'armée Suédoise commandée par le général Wrangel, après une marche de 140 lieues, et obligea le duc de Bavière à demander la paix. Lorsque ce prince eut rompu le traité qu'il avoit fait avec la France, le vicomte de Turenne gagna contre lui la bataille de Zumarthausen, et le chassa entièrement de ses états en 1648. La guerre civile commença à éclater alors en France. Le duc de Bouillon l'engagea dans le parti du parlement; mais las de combattre contre son roi, il passa en Hollande, d'où il revint en France dans le dessein de servir la cour. Mazarin lui ayant refusé le commandement de l'armée d'Allemagne, il se tourna du côté des princes et fut sur le point de les tirer de leur prison de Vincennes. On lui opposa le maréchal du Plessis-Praslin qui le battit en 1650 près de Rhetel. Le maréchal de Turenne, interrogé long-temps après par un homme également borné et indiscret, comment il avoit perdu cette bataille ? répondit simplement : Par ma faute. Mais quand un homme n'a pas fait de fautes à la guerre, il ne l'a pas faite long-temps... Turenne quoique vaincu à Rhetel, paroissoit si grand aux Espagnols qu'ils lui donnèrent pouvoir de nommer à tous les emplois qui vaquoient à la mort des officiers tués dans le combat, et lui envoyèrent cent mille écus à compte de ce qu'ils lui avoient promis. Mais cet homme, vertueux jusque dans ses égaremens, averti qu'on travaillait efficacement à la liberté des princes, renvoya les cent mille écus, ne croyant pas devoir prendre l'argent d'une puissance avec laquelle il voit que son engagement va finir. Il fit effectivement sa paix avec la cour en 1651. Hevenu général de l'armée royale, il empêcha les troupes de Condé de passer la Loire sur le pont de Gergeau. Le maréchal d'Hocquincourt avec qui il commandoit, ayant laissé enlever ses quartiers à Gieu, quoiqu'il l'eût averti du danger qu'il couroit de les laisser éloignés, on voulut parler de ce conseil dans la relation de cette journée, mais Turenne s'y opposa, en disant qu'un homme aussi affligé que le Maréchal, devoit avoir au moins la liberté de se plaindre. Le vainqueur poursuivit ensuite le prince de Condé jusqu'au faubourg Saint-Antoine où il l'attaqua, et il alloit le suivre jusque dans Paris, si Mademoiselle n'eût fait tirer sur l'armée du roi le canon de la Bastille qui l'obligea de faire retraite. Le prince de Condé tenta d'enfermer l'armée royale à Villeneuve-Saint-George, entre la Seine et la Marne; mais Turenne sut lui échapper. L'année 1654, il fit lever le siège d'Arras aux Espagnols, prit Condé, Saint-Guillain et plusieurs autres places en 1655. L'année suivante il fit une retraite honorable au siège de Valenciennes: il se rendit maître ensuite de la Capelle. La prise de Saint-Venant et du fort de Mardick furent ses exploits de l'an 1657, avec Cromwell protecteur de l'Angleterre. Turenne fut chargé d'entreprendre avec les troupes des deux nations le siège de Dunkerque. Les Espagnols furent entièrement défaits aux Dunes, et cette victoire fut suivie de la prise de Dunkerque. Après une action si glorieuse, Turenne écrit simplement à sa femme : Les ennemis sont venus à nous; ils ont été battus : Dieu en soit loué! J'ai un peu fatigué toute la journée; je vous donne le bon soir, et je vais me coucher. La victoire des Dunes et la prise de Dunkerque eurent un si grand éclat que Mazarin premier ministre de France, voulut que le vain- 174 TUR queur écrivit une lettre pour lui en attribuer toute la gloire. Le vicomte refusa, en répondant qu'il lui étoit impossible d'autoriser une fausseté par sa signature. La prise des villes d'Oudenarde, d'Ypres, et de presque tout le reste de la Flandre, furent la suite des victoires de Turenne; et ce qui est encore plus avantageux, elles procurèrent, en 1659, la paix des Pyrénées entre l'Espagne et la France. Les deux rois de ces grandes monarchies se virent dans l'isle des Faisans, et se présentèrent mutuellement les gens considérables de leur cour. Comme Turenne toujours modeste ne se montroit pas et étoit confondu dans la foule, Philippe demanda à le voir. Il le regarda avec attention, et se tournant vers Anne d'Antriche sa sœur, Voilà, lui dit-il, un homme qui m'a fait passer bien de mauvaises nuits! La guerre s'étant renouvelée en 1667, le roi se servit de lui par préférence à tout autre, pour faire son apprentissage de l'art militaire. Il l'avoit honoré du titre de maréchal général de ses armées; Turenne en parut digne par de nouveaux succès. Il prit tant de places en Flandre, que les Espagnols furent obligés l'année suivante de demander la paix. Ce fut alors qu'il fit abjuration du Calvinisme, plus par conviction que par intérêt: car on n'avoit jamais pu le lui faire abandonner auparavant, même en lui faisant entrevoir la charge de connétable. Louis XIV ayant résolu la guerre en Hollande, lui confia le commandement de ses armées. On prit quarante villes sur les Hollandois en vingt-deux jours en 1672. L'année suivante il poursuivit jusque dans Berlin, l'électeur de Brandebourg qui étoit venu au secours des Hollandois; et ce prince, quoique vaincu, n'en prit pas moins d'intérêt à son vainqueur. Instruit qu'un scélérat étoit passé dans le camp de Turenne à dessein de l'empoisonner, il lui en donna avis. On reconnut ce misérable, que le vicomte se contenta de chasser de son armée. Ce ne fut pas le seul exemple de générosité qu'il donna. Un officier général lui proposa un gain de 400,000 francs, dont la cour ne pouvoit rien savoir: Je vous suis fort obligé, répondit-il: mais comme j'ai souvent trouvé de ces occasions sans en avoir profité, je ne crois pas devoir changer de conduite à mon âge. A peu près dans le même temps une ville fort considérable lui offrit 100 mille écus, pour qu'il ne passât point sur son territoire. Comme votre ville, dit-il aux députés, n'est point sur la route où j'ai résolu de faire marcher l'armée, je ne puis pas en conscience prendre l'argent que vous m'offrez... Après que Turenne eut forcé l'électeur de Brandebourg à demander la paix, il favorisa, en 1674, la conquête de la Franche - Comté et empêcha les Suisses, par le bruit de son seul nom, de donner passage aux Antrichiens. La conquête de la Franche - Comté par Louis XIV, et ses autres succès, furent l'occasion d'une ligue redoutable contre ce monarque dans l'empire. Pour prévenir la réunion de tant de forces dispersées, Turenne qui étoit en Alsace, passa le Rhin à la tête de dix mille hommes, fit 30 lieues en 4 jours, attaqua à Sintzeim petite ville du Palatinat, les Allemands commandés par le duc de Lorraine et par Caprara, les battit et les poussa jusqu'au-delà du Mein. Après l'action, on s'assembla autour de lui pour le féliciter d'une victoire qui étoit visiblement le fruit de ses savantes manœuvres. Avec des gens comme vous, Messieurs, on doit, leur répondit-il, attaquer hardiment, parce qu'on est sûr de vulture... Quoique Turenne fût dans l'usage de visiter souvent son camp, sa vigilance redoubloit lorsque les soins devenoient plus nécessaires. Durant l'expédition rapide doit nous parlons, il s'approche un jour d'une tente où plusieurs jeunes soldats qui mangeoient ensemble, se plaignaient de la pénible et inutile marche qu'ils venoient de faire. Vous ne connoissez pas notre père, leur dit un vieux grenadier tout criblé de coups; il ne nous auroit pas exposés à tant de fatigues, s'il n'avoit pas de grandes vues que nous ne saurions pénétrer encore. Ce discours fit cesser toutes les plaintes, et on se mit à boire à la santé du général. Turenne avoua depuis qu'il n'avoit jamais senti de plaisir plus vif... Les fatigues inséparables d'une si rude guerre causèrent de grandes maladies dans l'armée Françoise. On voyoit par-tout Turenne tenant aux soldats des discours paternels, et toujours la bourse à la main. Lorsque l'argent étoit fini, il empruntoit du premier officier qu'il rencontroit et le renvoyoit à son intendant pour être payé. Celui-ci qui soupçonnoit qu'on exigeoit quelquefois plus qu'on n'avoit prêté à son maître, lui insinuera de donner à l'avenir des billets de ce qu'il empruntoit. Non, non, dit le Vicomte, donnez tout ce qu'on vous demandera. Il n'est pas possible qu'un officier aille vous demander une somme qu'il n'a point prêtée, à moins qu'il ne soit dans un extrême besoin; et dans ce cas, il est juste de l'assister... Les historiens Allemands disent que le combat de Sintzeim tant vanté par les François, ne fut point décisif, et que cette campagne fut bien moins brillante que ceux-ci ne l'ont dit. Plus véridique qu'eux, d'Avrigny convient qu'on ne poursuivit pas les ennemis et qu'on se contenta de ravager le Palatinat. Ce ravage passe tous les tableaux qu'on pourroit en faire; il n'y a peut-être dans l'histoire des hommes que celui qu'on exécuta dans ce même Palatinat en 1688 qu'on puisse lui comparer et qui fut encore plus terrible. Nous n'imiterons pas M. Beaurain, qui dans son Histoire des quatre dernières Campagnes de Turenne (Paris, 1782, 1 vol. in-fol.) a entrepris de nier la réalité de ces horreurs; moins encore le P. d'Avrigny qui a cru pouvoir les justifier; nous dirons seulement que si, comme on n'en peut pas donter, Turenne avoit reçu les ordres de changer en un désert la plus belle province d'Allemagne, (projet enfin complètement exécuté en 1688) il eût dû consulter sa générosité naturelle, et abdiquer plutôt le commandement de l'armée que d'être l'instrument d'une si étrange politique. Il faut convenir, dit Voltaire, que ceux qui ont plus d'humanité que d'estime pour les exploits de guerre, gémissent de cette campagne, célèbre par les malheurs des peuples autant que par les expéditions de Tu- 176 TUR renne. Il mit à feu et à sang un pays uni et fertile, couvert de villes et de bourgs opulens. L'électeur Palatin vit du haut de son château de Manheim deux villes et vingt-cinq villages enflammés. Ce prince désespéré défia Turenne à un combat singulier, par une lettre pleine de reproches. Turenne ayant envoyé la lettre au roi qui lui défendit d'accepter le cartel, ne répondit aux plaintes et au défi de l'électeur que par un compliment vague et qui ne signifioit rien. C'étoit assez le style et l'usage de Turenne, de s'exprimer toujours avec modération et ambiguïté. » Les Allemands ayant reçu des renforts très-considérables après l'affaire de Sintzeim, passèrent le Rhin et prirent des quartiers d'hiver en Alsace. Turenne qui s'étoit retiré en Lorraine, rentra au mois de décembre par les Vosges dans la province qu'il feignoit d'abandonner, battit les Impériaux à Mulhausen, les défit encore mieux à Turkheim quelques jours après, et les força de repasser le Rhin le 6 janvier 1675. Un événement si peu attendu étonna l'Europe. La surprise fit place à l'admiration, lorsqu'on sut que tout ce qui étoit arrivé avoit été prémédité deux mois auparavant, et qu'il avoit tout fait malgré la cour et les ordres réitérés de Louvois animé d'une basse jalousie contre le héros qui faisoit triompher la France. Le conseil de Vienne lui opposa un rival digne de lui, Montecuculi. Les deux généraux étoient près d'en venir aux mains et de commettre leur réputation au sort d'une bataille auprès du village de Saltzbach, lorsque Turenne en allant choisir une place pour dresser ser une batterie, fut tué d'un coup de canon le 27 juillet 1675, à 64 ans. Turenne montoit un cheval pie lorsqu'il fut tué. Cet événement funeste engagea les généraux François à ramener nos troupes sur leurs pas. Cette retraite faisoit frémir les vieux soldats qui s'écrioient: « Qu'on mette seulement la Pie à notre tête, elle saura encore nous conduire à la victoire. » On sait les honneurs que le roi fit rendre à la mémoire de ce guerrier célèbre. Il fut enterré à Saint-Denis, comme le connétable du Guesclin, au-dessus duquel la voix publique l'élève autant que le siècle de Turenne est supérieur au siècle du connétable. Parmi le grand nombre d'épitaphes qu'on destina à orner sa tombe, on ne se souvient guère que de celle-ci, où la simplicité et la vérité semblent se réunir pour honorer le héros :
TURENNE a son tombeau parmi ceux de nos rois : Il obtiint cet honneur par ses fameux exploits.
LOUIS voulut ainsi couronner sa valliance, Afin d'apprendre aux siècles à venir Qu'il ne met point de différence Entre porter le sceptre et le bien soutenir. Ce héros n'avoit pas toujours eu des succès à la guerre; il avoit été battu à Mariendal, à Rhétel, à Cambrai. Il ne fit jamais de conquêtes éclatantes et ne donna point de ces grandes batailles dont la décision rend une nation maîtresse de l'autre. Mais ayant toujours réparé ses défaites et fait de grandes choses avec peu de moyens, il passa pour le plus habile capitaine de l'Europe dans un un temps où l'art de la guerre étoit plus approfondi que jamais. De même, quoiqu'on lui eût reproché sa défection dans les guerres de la Fronde; quoiqu'à l'âge de près de 60 ans l'amour lui eût fait révéler le secret de l'état; quoiqu'il eût exercé dans le Palatinat des cruautés qui ne sembloient pas nécessaires, il conserva la réputation d'un homme de bien, sage et modéré. Ses vertus et ses grands talens qui n'étoient qu'à lui, firent oublier des foiblesses et des fautes qui lui étoient communes avec tant d'autres hommes. Bossuet l'a comparé avec Condé, dans l'Oraison funèbre de ce dernier. Si on pouvoit le comparer à quelqu'un, on oseroit dire que de tous les généraux des siècles passés, Gonzague de Cordone surnommé le Grand Capitaine, est celui auquel il ressembloit davantage. On va recueillir quelques faits propres à achever de peindre les mœurs militaires de Turenne. Quoiqu'il ne fût pas riche, il étoit né généreux. Voyant plusieurs régimens fort délabrés, et s'étant secrètement assuré que le désordre venoit de la pauvreté et non de la négligence des capitaines, il leur distribua les sommes nécessaires pour l'entier rétablissement des corps. Il ajouta à ce bienfait l'attention délicate de laisser croire qu'il venoit du roi. — Un officier étoit au désespoir d'avoir perdu dans un combat deux chevaux, que la situation de ses affaires ne lui permettoit pas de remplacer. Turenne lui en donna deux des siens, en lui recommandant fortement de n'en rien dire à personne. D'autres, lui dit-il, viendroient m'en demander, et je ne suis pas en état d'en donner à tout le monde. Cet homme modeste vouloit cacher sous un air d'économie le mérite d'une bonne action... Condé avertiqu'on étoit mécontent de la boucherie horrible de Senef: Bon, dit-il, c'est tout au plus une nuit de Paris... Turenne pensoit avec plus d'humanité, quand il disoit «qu'il falloit 30 ans pour faire un soldat.» Selon lui, une armée qui passoit 50,000 hommes étoit incommode au général qui la commandoit et aux soldats qui la composoient... Turenne étoit parvenu à être le maître absolu de ses plans de campagne. Louis XIV dit à un officier général qui alloit joindre l'armée en Alsace: Dites à M. de Turenne que je serois charmé d'apprendre un peu plus souvent de ses nouvelles, et que je le prie de m'instruire de ce qu'il aura fait. Ce n'est qu'avec ce pouvoir sans bornes qu'on peut faire de grandes choses à la guerre. Le grand Condé demandoit un jour à Turenne quelle conduite il voudroit tenir dans la guerre de Flandre? Faire peu de sièges, répondit cet illustre général, et donner beaucoup de combats. Quand vous aurez rendu votre armée supérieure à celle des ennemis par le nombre et par la bonté des troupes; quand vous serez maître de la campagne, les villages vous vaudront des places. Mais on met son honneur à prendre une ville forte bien plus qu'à chercher le moyen de conquérir, aisément une province. Si le roi d'Espagne avoit mis en troupes ce qu'il a dépensé en hommes et en argent pour faire des sièges et fortifier des places, il seroit le plus considérable de tous les rois. Quant à l'extérieur, Tu- renne étoit un homme entre deux tailles, large d'épaules et les haussant de temps en temps; ayant les sourcils gros et assemblés, ce qui lui donnoit une physionomie rude; n'ayant rien de grand dans l'air, quoiqu'il eût l'ame grande. Il étoit modeste en habits, et le paroissoit même en expressions, quoique l'amour propre perçat quelquefois à travers cette modestie. Il aimoit les bons mots et s'y connoissoit. Il étoit naturellement gai; il avoit lu les poètes Latins et François. Cependant sa conversation n'étoit pas brillante; il parloit peu et n'écrivoit pas bien. Nous avons sa Vie par Ramsay et par Raguénet. (Voyez l'article de ces écrivains et ceux de COURTILZ et de MARSOLLIER.) Le comte de Grimoard a publié en 1782 une Collection des Lettres et Mémoires trouvés dans les porte-feuilles du maréchal de Turenne, 2 vol. in-fol. Depuis la publication de ces pièces, il ne peut plus y avoir de doute sur le fameux cartel envoyé à Turenne par l'électeur Palatin le 27 juillet 1674; cartel dont Colini a paru suspecter l'existence, apparemment pour soustraire ce souverain à la censure violente du président Henault qui dit que Turenne répondit à ce cartel avec une modération qui fit honte à l'électeur de cette bravade. Mais la honte, dit Voltaire, étoit dans l'incendie, lorsqu'on n'étoit pas en guerre ouverte avec le Palatinat, et ce n'étoit point une bravade dans un prince justement irrité de vouloir se battre contre l'auteur de ces cruels excès. Turenne, en écrivant ses Mémoires, s'étoit proposé pour modèle les Commentaires de César; mais le hé- ros Romain étoit aussi habile dans l'art d'écrire que dans celui de commander et de combattre; au lieu que Turenne son rival dans ce dernier genre, lui étoit fort inférieur dans l'art de parler et d'écrire. Ses Mémoires cependant n'en sont ni moins solides ni moins instructifs que ceux de César, pour ceux qui veulent connoître à fond les principes de la science militaire. Le cardinal de Rohan a fait élever en 1781, à la gloire de Turenne, un superbe trophée à Saltzbach, à l'endroit même où le héros a été tué; il est au milieu d'un espace planté de lauriers et environné d'une grille de fer. Un'invalide du régiment de Turenne devoit être entretenu à perpétuité à Saltzbach pour faire voir ce monument aux étrangers. M. l'abbé d'Eymar vicaire général de Strasbourg, le célébra dans ces quatre vers:
TURENNE enseveli dans le tombeau des rois, Du roi qui l'y plaça fait chérir la mémoire; Mais dans ce monument on célèbre à la fois Turenne, ses verres, son trépas et sa gloire.
TURENNE, (Jean le Meingre, vicomte de) Voyez BOURCICAUT. I. TURGOT, (Michel-Etienne) né à Paris en 1699, mort dans la retraite en 1751, passa de la place de président au parlement, à celle de prévôt des marchands, et fut conseiller d'état, puis président du grand conseil. Les égouts immenses qui entourent tout un côté de Paris et le débarrassent d'immondices pestilentielles, et la fontaine de Grenelle sont les monumens de l'administration du président Turgot. Son zèle vigilant et actif fut très-utile aux Parisiens qui, lui ayant dû l'abondance dans les temps les plus difficiles, ne prononcent son nom qu'avec vénération. Il laissa trois fils, dont le plus jeune forme l'article suivant.
IL TURGOT, (Anne-Robert-Jacques) contrôleur général des finances sous Louis XVI, né à Paris le 10 mai 1727, se libra dès sa jeunesse à l'étude de la théologie, et prononça à 22 ans. En Sorbonne deux Discours latins sur les avantages que la Religion Chrétienne a procurés aux hommes, et sur les progrès de l'Esprit humain. Dans ce dernier, Turgot prévoyait déjà la séparation des Colonies Angloises de leur métropole. Il commença à 24 ans une traduction des Géorgiques, s'attacha ensuite aux principes de Quesnay chef des Economistes, et quitta la Sorbonne pour suivre dans ses voyages de Gournay intendant du commerce. Turgot fut nommé intendant de Limoges et le fut pendant 12 ans. On n'oubliera jamais dans cette province l'esprit d'équité et de bienfaisance avec lequel il l'a administrée. Pendant une longue et cruelle disette, il répandit des aumônes abondantes. Les denrées de première nécessité manquoient; il se donna des soins infatigables pour les procurer. Le Limousin éprouvait une surcharge énorme dans ses impositions, par une erreur de calcul qu'un long usage n'ait consacrée; il parvint à éclairer le ministère sur ce point important. Il n'existait que quel- ques routes; il en ouvrit un grand nombre de nouvelles; et par ces canaux de communication il vivifia sa généralité sans accabler le pauvre de travaux dont l'homme riche recueille presque tout le fruit. La corvée fut convertie en argent. On lui dut l'idée et la première exécution des Ateliers de charité. Les laboureurs furent ainsi soulagés en mettant par une imposition légère les corvées à la charge de toutes les classes de citoyens. Il fit imprimer à ses frais l'écrit de le Trosne, sur le libre commerce des grains. Le même zèle, les mêmes sentimens de justice le distinguèrent à la cour de Louis XVI et l'animèrent pendant son court ministère. Les droits d'entrée sur les denrées de première nécessité furent beaucoup modérés, sans que le roi y perdit. La caisse de Poissi qu'on disoit onéreuse au peuple fut supprimée, et le prix de la viande diminua. «La fécondité de ses principes, a-t-on dit, le conduisit à accroître le commerce par la liberté, l'industrie par les droits rendus à chacun de l'exercer, l'agriculture par la simplification de l'impôt, l'aisance par le soulagement de la classe pauvre des citoyens, la perfection de l'administration générale par la popularité des administrations particulières. » Dans ma famille, disoit-il, on ne passe pas 50 ans: j'ai peu d'années à vivre, et je dois ne rien laisser d'interrompu après moi. Il disoit encore: Tout ministre doit aimer la vérité, estimer les bons citoyens et n'être d'aucune secte. Les jurandes et les corporations qui mettent des entraves à l'industrie furent abolies. Les droits de féodalité étant une 180 TUR source de procès, il forma le projet de commuer ces droits d'une manière qui pût être avantageuse aux vassaux et aux seigneurs. Il vouloit aussi rendre le sel libre et marchand, et réformer la maison domestique du roi; mais son zèle eut plus d'activité que de succès, et ses idées contredites par des personnes puissantes, restèrent sans exécution. Tout le fruit qu'il en recueillit c'est qu'on le ridiculisa: c'est la monnoie dont les François payent quelquefois ceux qui veulent leur faire du bien. On inventa de petites tabatières qu'on appela des *Turgotines* ou des *Plattudes*. Ces sobriquets servirent à décréditer toutes ses opérations. Le contrôleur général se retira de la cour avec la réputation d'un ministre vertueux, que l'élévation n'avoit ni corrompu ni enorgueilli. Il ouvrit la Garonne et le port de Marseille au commerce des vins de l'intérieur. Il rétablit la liberté de la circulation des grains, qui avoit été presque anéantie en 1772 par l'abbé *Terray*; il affranchit le pays de Gex de toute imposition indirecte, et ce petit coin de terre pauvre et oublié se peupla et s'enrichit. Il adoucit les rigueurs de la fouille du salpêtre en faisant respecter davantage la propriété, et la poudre en fut cependant meilleure et fabriquée à moins de frais. Les innovations introduites par ce ministre donnèrent bientôt à la nation le désir d'en obtenir de nouvelles et de plus importantes. «M. *Turgot* et moi, a écrit de *Malesherbes*, étions de fort honnêtes gens, très-instruits, passionnés pour le bien: qui n'eût pensé qu'on ne pouvoit pas mieux faire que de nous choisir? Ce- pendant nous avons mal administré; ne connoissant les hommes que par les livres, manquant d'habileté pour les affaires, nous avons laissé diriger le roi par M. de *Maurepas* qui ajouta toute sa foiblesse à celle de son élève; et sans le vouloir ni le prévoir, nous avons contribué à la révolution. » On a de *Turgot* quelques Écrits dont on peut voir la notice dans les *Mémoires sur sa Vie et ses Ouvrages*, par *Condorcet*, 1782, in-8.º Il mourut le 18 mars 1781 de la goutte, à l'âge de 49 ans. Son père et son frère étoient morts à ce même âge et de la même maladie. *La Harpe* en trace ce portrait: «C'étoit un homme d'une amorte, que rien ne pouvoit écarter de la justice, même à la cour et dans les premières places; d'une égalité d'ame et d'humeur que rien n'altéroit, même au milieu des contrariétés et des dégoûts du ministère; d'une activité laborieuse que la maladie même ne pouvoit ralentir. Quelques heures avant sa mort, il s'entretenoit avec un physicien d'une expérience nouvelle d'électricité qu'il méditoit. Il n'avoit que deux passions, celle des sciences et celle du bien public. Dans le peu d'années qu'il occupa le ministère des finances, il tourna toutes ses vues vers le soulagement du peuple. Attaché à la doctrine des Économistes, il la développa dans des édits qui tendoient à l'encouragement et à la perfection de l'agriculture. Il est le premier parmi nous qui ait changé les actes de l'autorité souveraine en ouvrages de raisonnement et de persuasion, et c'est peut-être une question de savoir jusqu'où cette méthode nouvelle peut être utile ou dangereuse. Les suppressions et les réformes qu'il fit dans la finance, lui suscitèrent beaucoup d'ennemis. Mais parmi les plaintes et les reproches qu'ils se permirent contre lui, pas un n'attaqua sa probité. On ne lui conteste pas la pureté de ses intentions; mais on disputoit sur les moyens, et peut-être en effet avoit-il dans le caractère une sorte de roideur qui nuisoit au bien qu'il vouloit effectuer. Il eût voulu mener les affaires et les hommes par l'évidence et la conviction : et il lui arrivait de manquer les affaires et de révolter les hommes; tandis qu'en cédant sur de petites choses et ménageant de petites vanités, il eût pu parvenir à son but. De plus, les gens de la cour ne pouvoient pardonner à un ministre de ne s'entourer que de gens de lettres et de philosophes. Il trouva des obstacles de tous côtés, et quoique le roi eût dit un jour en sortant du conseil : *Il n'y a que M. Turgot et moi qui aimions le peuple; peu de temps après il le renvoya.* Un poète mit au bas de son portrait, quand il eut été fait contrôleur général, ces quatre vers : Il aime à faire des heureux ; Du sort la faveur le seconde. Il ne doit plus former de vœux ; Il fait le bien de tout le monde.
TURINI, (André) médecin des papes *Clément VII* et *Paul III*, et des rois *Louis XII* et *François I*, étoit né dans le territoire de Pise, et vivoit encore vers le milieu du 16e siècle; mais on ignore le temps de sa mort. Il s'acquit une grande réputation par sa pratique et par ses Ouvrages publiés en 1544, à Rome, in-fel.
TURLUPIN, (Henri Belleville dit) rendit ce nom célèbre par ses bouffonneries et sa gaieté. Entré dans la troupe des comédiens de l'Hôtel de Bourgogne, il y exerça ses talens pendant 55 ans, et mourut en 1634.
TURLUPINS, Voy. VALDO. I. TURNÈBE, (Adrien) né en 1512 à Andeli près de Rouen, fut professeur royal en langue grecque à Paris. Il se fit imprimeur, et eut pendant quelque temps la direction de l'imprimerie Royale, sur-tout pour les ouvrages grecs. La connoissance qu'il avoit des belles-lettres, des langues et du droit, une mémoire prodigieuse, un jugement admirable et une grande pénétration, lui firent des admirateurs à Toulouse et à Paris où il professa. Ce savant mourut dans cette dernière ville en 1585, âgé de 53 ans. La douceur de son visage témoignoit celle de son âme. Ses actions étoient innocentes, ses mœurs irrépréhensibles, et toutes ses vertus étoient accompagnées d'une modestie sans exemple. *Henri Etienne* a dit de lui : *Hic placuit cunctis, quod sibi non placuit.* Son cabinet avoit tant de charmes pour lui, que le jour de ses noces il y passa plusieurs heures. Les Italiens, les Espagnols, les Anglois et les Allemands lui offrirent des avantages considérables pour l'attirer chez eux; mais il aima mieux vivre pauvrement dans son pays que d'être riche ailleurs. Il ordonna par son testament qu'on l'inhumât sans pompe dans le cimetière des pauvres écoliers du collège de Montaigu 182 TUR à Paris. Ses principaux ouvrages ont été imprimés à Strasbourg en 3 vol. in-folio, 1606. On y trouve: I. Des Notes sur Cicéron, sur Varron, sur Thucydide, sur Platon. II. Ses Écrits contre Ramus. III. Ses Traductions d'Aristote, de Théophraste, de Plutarque, de Platon, etc. IV. Ses Poésies latines et grecques. V. Des Traités particuliers. VI. On a encore de lui un recueil important, intitulé: Adversaria, 1580, in-fol., en 30 livres, dans lequel il a ramassé tout ce qu'il a trouvé d'intéressant dans ses lectures.
II. TURNÈBE, (Odet) fils du précédent, fut avocat au parlement de Paris, et premier président de la cour des Monnoies. Il est auteur d'une comédie pleine d'obspénités, intitulée: Les Contens, Paris, 1584, in-8.º Il mourut en 1581, à 28 ans. I. TURNER, (Robert) théologien Anglois, quitta son pays pour la Foi Catholique, et trouva un aille auprès de Guillaume duc de Bavière qui l'employa dans plusieurs négociations importantes; mais il perdit dans la suite la faveur de ce prince. Il devint chanoine de Breslaw, et mourut à Gratz en 1597. On a de lui des Commentaires sur l'Écriture-Sainte, et d'autres Ouvrages.
II. TURNER, (François) théologien Anglois, fut élevé par son mérite à l'évêché de Rochester en 1683, puis l'année suivante à celui d'Ély; mais ses intrigues en faveur de Jacques II l'ayant brouillé avec la cour d'Angleterre, il fut privé de son évêché. Il mourut en 1699. On a de lui quelques Ouvrages.
III. TURNER, (Guillaume) médecin Anglois, mort au milieu du XVIe siècle, soutint le parti d'Edouard et fut obligé de quitter l'Angleterre sous le règne de Marie. On lui doit quelques écrits sur l'histoire naturelle et la médecine. C'est le premier qui a composé un herbier en langue angloise.
TURNUS, roi des Rutiles, à qui Lavinie avoit été promise, fut tué par Enée son rival dans un combat singulier. I. TUROCZI ou TUROTZI, ou THUROCS, (Jean) Hongrois, florissoit vers l'an 1490. On a de lui une Histoire des Rois de Hongrie, depuis Attila jusqu'au couronnement de Matthias Corvin, l'an 1464, en latin. Il a inséré dans cette Histoire la Chronique de Jean Kikollo grand vicaire de Strigonie, depuis l'an 1342 jusqu'à l'an 1382, et il dit que pour le reste il a compilé dans ce qu'il a trouvé de meilleur, mais il a bien mal choisi. On le voit confondre la Catalogne avec la ville de Châlons-sur-Marne; (Catalaunia et Catalaunum.) il fait dériver le mot Hispania de Hispan, qui en hongrois signifie capitaine, quoique l'Espagne eût ce nom dans le temps où l'on ne savoit encore rien des Huns ni des Hongrois. Tout ce qu'il dit d'Attila, est plutôt un roman qu'une histoire. Cet Ouvrage a été imprimé à Augsbourg, 1482; à Venise, 1488; et dans les Scriptores rerum Hungaricarum de Schwandtnerus.
II. TUROCZI ou TUROTZI, (Ladislas) né d'une famille noble de Hongrie, se fit Jésuite, et se distingua par ses vertus et sa science. On a de lui un *Abrégé de l'Histoire des Bois de Hongrie*, sous ce titre : *Hungaria cum suis Regibus*, Tirnau, 1729, in-folio; avec des additions par *Etienne Katona*, Tirnau, 1772, in-4°. On trouve dans cette Histoire très-bien écrite en latin, une description géographique fort ample de toute la Hongrie, de ses villes, comtés, isles, lacs, fleuves, fontaines, montagnes, etc.; des faits très-intéressans omis par plusieurs historiens, des anecdotes étonnantes, incroyables, et cependant très-vraies, telle que celle de la comtesse *Bathori*, épouse d'un comte *Nadasti*, qui immola plus de 600 filles à sa beauté, ridiculement persuadée que le sang humain blanchissoit le teint, et qui parvenue à un âge où la vanité des femmes cesse d'avoir des prétentions, non-seulement continua ces horreurs, mais prit plaisir à manger la chair de ces infortunées. I. TURPIN ou TULPIN, moine de Saint-Denis, fut fait archevêque de Rheims, au plus tard l'an 760, et reçut du pape *Adrien I*, le *Pallium* en 774, avec le titre de Primat. Il mit en 786 des Bénédictins dans l'église de Saint-Rémi, abbaye célèbre, au lieu de chanoines qui y étoient; et mourut vers l'an 800, après avoir gouverné son église plus de quarante ans. On lui attribue le livre intitulé : *Historia et Vita Caroli Magni et Rollandi*; mais cette Histoire ou plutôt cette fable est l'ouvrage d'un moine du XVIe siècle qui a pris le nom de *Jean Turpin*. C'est de ce livre qu'on a tiré tous les contes qu'on a faits sur *Roland* et sur *Charlemagne*. On le trouve dans *Scharadi rerum Germanicarum quatuor vetustiores Chronographi*, Francfort, 1556, in-folio; et il y en a une version françoise par *Gaguin*, in-4°, qu'il ne faut pas confondre avec un roman publié sous le titre de *Chronique de Turpin*, Lyon, 1583, in-8°.
II. TURPIN, (F.H.) né en 1709, devint professeur de l'université de Caen sa patrie, et la quitta pour se rendre à Paris, où ses talens furent plus connus qu'employés. Il ne travailla guère que pour les libraires, quoiqu'il eût un génie marqué pour le genre historique, une imagination vive, un style plein de chaleur et d'abondance, l'art de disposer les événements et de les raconter avec feu; mais la précipitation avec laquelle il écrivait et un certain ton de rhéteur ont gâté quelques-uns de ses ouvrages. Les principaux sont : I. La *Vie du Grand Condé* et celle du maréchal de *Christou*, pour servir de suite aux *Vies des Hommes Illustres de France* par l'abbé *Perau*, 1768, in-12. Ces deux morceaux d'histoire sont intéressants et par eux-mêmes et par l'art du peintre. Si *Perau* étoit trop simple dans son style, *Turpin* est peut-être trop brillant dans le sien. II. *Histoire du Gouvernement des anciennes Républiques*, 1769, in-12. III. *Vie de Mahomet*, 1780, 3 vol. in-12. IV. *Histoire civile et naturelle du Royaume de Siam*, et des *Révolutions qui ont bouleversé cet Empire jusqu'en 1770*, 2 vol. in-12. Quoique l'auteur fut déjà assez avancé en âge, son style paraît être celui d'un jeune homme qui M. 4 184 TUR cherche à faire des phrases. C'est la le grand défaut de *Turpin* dans tous ses ouvrages, et l'on peut reprocher de plus à celui-ci des incorrections et des négligences. On y trouva encore des principes trop libres sur le gouvernement; ce qui força l'auteur à quitter la France où il ne revint que long-temps après. V. *Histoire Universelle, imité des Anglois*, 1770, 4 vol. in-12. On connoit la compilation Britannique sur l'Histoire universelle, en plusieurs volumes in-4. C'est une mine riche et féconde dont les matériaux informes sont arrangés avec assez de confusion. *Turpin* se proposoit d'y mettre de l'ordre, en profitant de ce que ce recueil lui offroit de meilleur. *Je ne suis ici*, dit-il modestement, que le *nain placé sur les épaules du géant*. Tout ce qu'on peut assurer, c'est que la production du *nain* plait plus que l'autre; et il est fâcheux que cet ouvrage n'ait pas été continué. VI. *Histoire de l'Alcoran*, 1775, 2 vol. in-12. Elle est intéressante et bien écrite. VII. La *France illustre* ou le *Plutarque François*, l'un des ouvrages de *Turpin* qui a été lu avec le plus de plaisir. L'auteur mourut à Paris dans l'indigence en fructidor an 7, nonagénaire. Il conserva jusqu'au dernier moment la force de son esprit sans donner le moindre signe d'impatience ou de regrets. Quoiqu'il fût né avec une imagination qui n'avoit pas besoin d'être excitée, il l'échauffoit encore par le moyen que prenoit *Maimbourg* lorsqu'il avoit à décrire une bataille. Saint-Malo lui donna le titre de Citoyen, en reconnoissance de la Vie de *Duguay-Trouin*, insérée dans sa France illustre. I. TURQUET, (Étienne) vint de Zulers en Piémont avec son compatriote *Paul Moriz*, et apporta à Lyon les premières manufactures de soie qui ont depuis illustré et enrichi cette ville. L'établissement de *Turquet* y fut autorisé par lettres-patentes de 1536.
II. TURQUET, (Louis) de Lyon, traduisit l'ouvrage d'Agrippa de *Vanitate scientiarum*. Il a publié une *Histoire du royaume de Naples* et une *Institution d'une femme Chrétienne dans l'adolescence, le mariage et la viduité*. *Turquet* est mort à la fin du 17$^{e}$ siècle.
TURQUET, *Voyez MAVERNE*.
TURRECREMATA, *Voyez TORQUEMADA*. I. TURRETIN, (Benoît) étoit d'une illustre et ancienne famille de Lucques. Son père ayant embrassé l'hérésie Calvinienne, se retira à Genève. *Benoît Turretin* y naquit en 1588, et devint à l'âge de 33 ans pasteur et professeur en théologie. Sa science, sa modération et sa prudence lui firent des admirateurs et des amis. On a de lui: I. Une *Défense* des Versions de Genève, contre le P. *Cotton*, in-folio. II. Des *Sermons*, en françois, sur l'*Utilité des Châtimens*, in-8$^{o}$: et d'autres ouvrages aujourd'hui peu connus. Il mourut le 4 mars 1631.
II. TURRETIN, (François) fils du précédent, né en 1623, voyagea en Hollande et en France, où il augmenta ses connoissances, et où il se lia avec divers savans. A son retour il devint professeur de théologie à Genève en 1653, et fut député l'an 1661 en Hollande, où il obtint la somme de 75000 florins, qui servirent à la construction du bastion de la ville, qu'on appelle encore aujourd'hui le *Bastion de Hollande*. Ce savant mourut le 28 septembre 1687, après avoir publié divers Ouvrages. Les plus connus sont : I. *Institutio Theologiae Elenchicae*, 3 vol. in-4.º II. *Theses de satisfactione J. C.*, 1667, in-4.º III. *De Secessione ab Ecclesia Romana*, deux vol. IV. *Des Sermons* et d'autres Ouvrages.
III. TURRETIN, (Jean-Alphonse) fils du précédent, né à Genève en 1671, se livra tout entier à l'étude de l'Histoire de l'Église. Ce fut en sa faveur qu'on érigea à Genève une chaire d'Histoire ecclésiastique. Il avoit voyagé en Hollande, en Angleterre et en France pour converser avec les savans, et avoit eu l'art de profiter de leurs entretiens. Ses Ouvrages sont : I. Plusieurs volumes de *Harangues* et de *Dissertations*, 1737, 3 vol. in-4.º II. Plusieurs *Ecrits* sur la vérité de la religion Judaïque, diffus, mais solides, traduits en partie du latin par M. *Vernet*, cinq parties, in-8.º III. *Des Sermons*. IV. Un *Abrégé de l'Histoire Ecclésiastique*, dont la 2ᵉ édition est de 1736, in-8º; ouvrage savant et méthodique, mais trop rempli de déclamations contre l'Église Romaine. *Turretia* mourut le 1ᵉʳ mai 1737, dans sa 66ᵉ année. Il étoit l'ornement de son Église et la lumière de ses confrères. Il gémissoit sur les funestes querelles qui ont souvent divisé les Protestans entre eux ; querelles aussi opposées à la charité qu'à la saine politique.
IV. TURRETIN, (Michel) né en 1646, mort en 1721, pasteur et professeur en langues orientales à Genève, étoit de la même famille que les précédents. On a de lui plusieurs *Sermons* estimés des Protestans, deux entr'autres sur l'*Utilité des afflictions*. Sa piété et sa candeur le faisoient chérir et respecter. V. TURRETIN, (Samuel) fils du précédent, professeur en hébreu et en théologie à Genève, né en 1688, mort le 27 juillet 1727, a donné des *Thèses* sur lesquelles a été composé le *Traité* intitulé : *Préservatif contre le Fanatisme et les prétendus Inspirés du dernier siècle*, à Genève, 1723, in-8.º Il fut regretté comme pasteur et comme professeur. Les lumières, le jugement, l'affabilité et le zèle, faisoient de lui un savant aimable et un ministre respectable.
TURRIEN, (François) dont le vrai nom est *Torrès*, né à Herrera en Espagne, vers l'an 1504, parut avec éclat au concile de Trente. Il se fit ensuite Jésuite à l'âge de plus de 60 ans, et alla en Allemagne, où il continua d'écrire avec plus d'assiduité que de succès. Il mourut à Rome le 21 novembre 1584. C'étoit un homme d'une grande lecture ; mais il n'avoit pas le goût sûr, et étoit assez mauvais critique, traducteur et controversiste. On l'a accusé de citer quantité de fausses pièces pour défendre ses opinions, et d'avoir forgé des manuscrits. Ses Ouvrages sont en grand nombre ; ils roulent tous sur la théologie ; et les 186 TUR préjugés Ultramontains y dominent.
TURRIN, (Séraphin) religieux Augustin de Lyon, publié en 1696 un ouvrage in-4°, intitulé : *Parnassus Theologicus*, L'auteur mourut quelque temps après.
TURSELIN, (Horace) Jésuite, naquit à Rome, où il enseigna pendant 20 ans. Il auroit continué encore plus long-temps l'exercice pénible de cet emploi, si l'on n'eût jugé à propos de le lui faire quitter pour lui donner le gouvernement de quelques maisons. Il fut donc recteur du séminaire de Rome, ensuite du collège de Florence, et enfin de celui de Lorette. Il mourut à Rome le 6 avril 1599, à 54 ans. Ses principaux Ouvrages sont : I. *De vita Francisci Xaverii*, in-4°, Rome, 1596, en 6 livres. II. *Historia Lauretana*, in-8°; écrite avec élégance, mais sans critique. III. Un *Traité* des particules de la langue latine. IV. Un *Abrégé de l'Histoire Universelle*, depuis le commencement du Monde jusqu'en 1598, in-8°; continué par le P. *Philippe Briet*, jusqu'en 1665. On lit cet abrégé avec plaisir, quand on aime la belle latinité; mais en général on y désire de l'exactitude dans la chronologie, du discernement dans les faits, de la justesse et de la finesse dans les réflexions. On voit que *Turselin* n'étoit qu'un rhéteur, qu'un Jésuite Italien, et non un historien impartial et un bon critique. On en a une traduction françoise en quatre volumes in-12 par M. l'abbé *Lagueau*. Le quatrième volume n'est pas de *Turselin*. Cette version offre des notes abondantes et instructives.
TURSTIN, archevêque d'Yorck, *Voy. I. CONDÉ* (Turselin de).
TUSCO, (Dominique) né à Reggio en Calatre, commença sa carrière par les armes, en qualité de capitaine, la continua dans le sacerdoce et les dignités ecclésiastiques, et l'eût finie après la mort de *Léon XI* par la tiare, sans les vives oppositions de *Baronius*. Ce pieux cardinal lui reprochoit quelques paroles, un peu trop libres, dont il cherchoit à égayer sa conversation. *Tusco* mourut en 1620, à 90 ans, après avoir publié huit volumes in-folio, où il a rédigé alphabétiquement toutes les matières du Droit civil et canonique.
TUTELA. C'étoit le nom qu'on donnoit chez les Romains à la statue du Dieu ou de la Déesse qu'on mettoit sur la proue d'un vaisseau pour en être la divinité tutélaire : de même que *TULINA* étoit celle qui présidoit à la conservation des grains recueillis et serrés.
TUTIA, Vestale Romaine, étant accusée d'un crime, prouva dit-on, son innocence, en portant du Tibre au Temple de *Vesta* de l'eau dans un crible.
TUTOLE, jeune Romaine, s'est illustrée par un conseil prudent qu'elle donna au sénat de Rome. Les Latins demandaient les armes à la main, des filles Romaines en mariage. Le sénat étoit fort embarrassé. *Tutole*, quoique fort jeune, se présente, et ayant remarqué beaucoup d'irrésolution dans les discours de tant de vieux sénateurs, elle leur donna un avis auquel tout le monde adhéra. Elle leur dit, qu'il falloit accorder à ces étrangers ce qu'ils demandaient, et donner en toute sureté les habits nuptiqux des Dames Romaines à leurs servantes, afin que les Latins s'amusant à satisfaire leurs désirs déréglés, fussent distraits du dessein qu'ils avoient de faire la guerre. Cela réussit à merveille. Ces esclaves voyant leurs prétendus maris plongés dans un profond sommeil, leur dérobèrent subitement leurs armes, et avertirent les soldats Romains par un flambeau allumé, afin qu'ils vinssent surprendre leurs ennemis qui étoient hors d'état de se défendre.
TYARD, Voyez THIARD.
TYDÉE, fils d'Œnée et d'Althée, fut envoyé par Polynice auprès d'Ethéocle roi de Thèbes, pour le sommer de lui rendre son royaume; mais en ayant été mal reçu, il le défia en toutes sortes de combats où il eut toujours l'avantage. Ethéocle indigné de se voir toujours vaincu, lui tendit plusieurs pièges dont il eut l'art de se tirer. Quelque temps après Tydée fut enfin tué au siège de Thèbes. Voyez MENALIPPE et I. POLYBE.
TYE, (Christophe) musicien Anglois, né à Westminster, apprit les principes de son art au prince Edouard fils de Henri VIII et devint organiste de la reine Elizabeth. Il a fait la musique d'un grand nombre d'Anciennes.
TYNDAL, (Guillaume) né dans le pays de Galles vers l'an 1500, étudia à Oxford et devint l'un des plus zélés disciples de Luther. Après avoir traduit pour la première fois la Bible en anglois, il passa à Anvers pour publier ses productions. Mais il y fut arrêté par les Catholiques et condamné à être étranglé et brûlé. Il périt en 1536.
TYNDARE, roi d'Œbalie, et mari de Léda, passa pour père de Castor et de Pollux qui furent gratuitement appelés Tyndarides.
TYPHON ou TYPHÉE, (Mythol.) géant, étoit fils du Tartare et de la Terre, selon Hésiode, ou plutôt de Junon seule. Cette Déesse indignée de ce que Jupiter son époux avoit enfanté Minerve sans aide ni compagnie, frappa la Terre de sa main, et reçut les plus fortes vapeurs qui en sortirent: ce fut de ces vapeurs que naquit, dit-on Typhon. Sa taille étoit prodigieuse; car d'une main il touchoit l'Orient, et de l'autre l'Occident. Sa tête s'élevoit jusqu'aux étoiles; ses yeux étoient tout de feu; il vomissoit des flammes par la bouche et par les narines; son corps étoit couvert de plumes entortillées de serpens; et ses cuisses et ses jambes avoient la figure de deux gros dragons. Ce monstre se présenta avec les autres Géans, pour combattre et pour détrôner les Dieux, auxquels il fit si grand'peur, qu'ils furent contraints de s'enfuir en Égypte, où ils prirent de nouvelles formes. Enfin Apollon le tua à coups de flèches, et selon d'autres, Jupiter le foudroya et le précipita sous le mont Gibel ou Etna. C'étoit aux efforts terribles, mais impuissans, de Typhon, pour s'affranchir de cette masse énorme que les anciens attribuoient les éruptions de 188 T Y P flammes et de cendres calcinées qui en sortoient.
**TYPOTIUS**, (Jacques) de Bruges, et selon quelques-uns de Diest, né d'une bonne famille, enseigna le droit en Italie. Il alia s'établir ensuite à Wurtzbourg, d'où *Jean III* roi de Suède l'appela auprès de lui. Ce prince inconstant et indécis, n'ayant pas persisté dans ses dispositions favorables à l'égard de l'ancienne religion qu'il sembloit vouloir rétablir, le fit mettre en prison. Il ne fut élargi que sous *Sigismond* en 1594. *Typotius* se retira ensuite à la cour de l'empereur *Rodolphe II*, qui le fit son historiographe. Il mourut à Prague en 1601. On a de lui : I. *Historia Gothorum*, in-8.º II. *Relatio historica de Regno Sueciæ bellisque ejus civilibus et externis*, Franckfort, 1605, in-8.º III. *Symbola divina et humana Pontificum, Imperatorum, Regum, cum iconibus*, Prague, 1603, 3 vol. infolio : ouvrage superficiel, dont tout le mérite consiste dans les belles gravures de *Gilles Sadler*. *Typotius* ne publia que les deux premiers volumes ; le troisième a été donné au public par *Anselme de Boodt*. On a encore de lui plusieurs *Haraugues* et d'autres ouvrages trop diffus et dont le style n'est pas toujours pur.
**TYRANNION**, grammairien, natif d'Amise dans le royaume de Pont, s'appeloit d'abord *Théo-phraste* ; mais sa méchanceté envers ses condisciples le fit nommer *Tyrannion*. Il fut disciple de *Denys* de Thrace à Rhodes. Il tomba entre les mains de *Lacullus*, lorsque ce général eut mis en fuite *Mithridate* et se fut emparé de ses états. *Maréna* l'af- franchit. La captivité de *Tyrannion* ne lui fut point désavantageuse ; elle lui procura l'occasion d'aller à Rome, où *Cicéron* dont il arrangea la bibliothèque, l'honora de son amitié. Il se rendit illustre par ses leçons : il amassa de grands biens qu'il employa à dresser une bibliothèque de plus de trente mille volumes. Sa passion pour les livres contribua beaucoup à la conservation des ouvrages d'*Aristote*. Il mourut fort vieux à Rome, miné par la goutte. Le mérite de *Tyrannion* ne se bornoît point à arranger des livres ; il savoit en faire usage. Lorsque *César* étoit en Afrique pour faire la guerre à *Juba*, *Cicéron* et *Atticus* se promirent de convenir d'un jour pour assister à la lecture que *Tyrannion* leur feroit d'un de ses ouvrages. *Atticus* l'ayant entendu lire sans son ami, en reçut des reproches : « Quoi ! lui dit *Cicéron*, j'ai refusé plusieurs fois d'entendre cette lecture parce que vous étiez absent, et vous n'avez pas daigné m'attendre pour partager ce plaisir avec moi ! Mais je vous pardonne cette faute, en faveur de l'admiration que vous témoignez pour cet ouvrage. » Il falloit que *Cicéron* fit un grand cas de *Tyrannion*, puisqu'il lui avoit permis d'ouvrir dans sa maison une école de grammaire, où il donnoit des leçons de cet art à quelques jeunes Romains, et entre autres au fils de son frère *Quintus*, et sans doute aussi au fils de *Cicéron* même. — Il y a eu un autre *TYRANNION*, ainsi nommé parce qu'il fut disciple du précédent, *Dioctés* étoit son premier nom. Il étoit de Phénicie. Il fut prisonnier dans la guerre de *Marc-Antoine* et d'*Auguste*, et acheté par un affranchi de l'empereur nommé Dymas. Il fut ensuite donné à Terentia qui l'affranchit. Elle avoit été femme de Cicéron et en avoit été répudiée. Ce second Tyrannion ouvrit une école dans Rome et composa 68 livres. Il en fit un pour prouver que la langue latine descendoit de la langue grecque ; et un autre qui contenoit une correction des poèmes d'Homère... Voyez aussi APELLICON.
TYRANUS, Voyez l'article de JUCUNDUS.
TYRCONEL, ( le duc de ) Voy. III. TALBOT.
TYRESIAS, Voy. TIRESIAS.
TYRO, (Myth.) l'une des Néréides, fut mère de Nélée, de Pélias, d'Eson, d'Amithaon et de Pherès... Voyez ENIPÉE et TIRON.
TYRRHUS, gardien des troupeaux du roi Latinus. Un cerf qu'il avoit apprivoisé ayant été tué par Ascagne, fut la première cause de la guerre entre les Troyens et les Latins : leçon que les potentats devoient sans cesse avoir sous les yeux. Rien de plus intéressant que le tableau que fait Virgile de cet animal. C'est un des plus beaux endroits du septième livre de l'Encide ; on admire sur-tout ces vers : Ille manum patiens mensaque assuetus herili, Errabas sylvis ; rursumque ad limina nota Ipsc domum serà quamvis se nocte ferabat.
TYRTHÉE, poète Grec, né, à ce que l'on croit, à Athènes, où il fut quelque temps maître d'école, fit une grande figure dans la seconde guerre que les Macédoniens eurent avec les Messéniens. Il excelloit à célébrer la valeur guerrière. Les Spartiates qui assiégeoient alors Messène, avoient reçu plusieurs échecs qui avoient abattu leur courage. L'oracle de Delphes leur ordonna de demander aux Athéniens un homme capable de les aider de ses avis et de ses lumières. Tyrthée leur fut envoyé. Il étoit mal fait, petit, boiteux et borgne. On rit en voyant un pareil général ; il fut battu dans trois sorties que firent les ennemis. Les rois de Sparte étoient d'avis de leve, le siège et de se retirer ; mais Tyrthée seul fidelle à l'oracle s'y opposa, et prononça à la tête de l'armée des vers pour relever le courage des soldats. A peine les Lacédémoniens les eurent-ils entendus, que ne respirant que l'amour de la patrie et le mépris de la mort, ils attaquèrent les Messéniens avec fureur ; et la victoire qu'ils remportèrent en cette occasion et la prise de Messène, terminèrent à leur avantage une guerre qu'ils ne ponvoient plus soutenir. Ils accordèrent à Tyrthée le droit de bourgeoisie ; titre qui ne se prodiguoit pas à Lacédémone, et qui par-là devenoit infiniment honorable. Le peu qu'il nous reste de ses poésies dans le recueil des Poètes Grecs de Plantin, Anvers, 1568, in-8°, fait connoître que son style étoit plein de force et de noblesse. Il paroît lui-même transporté de l'ardeur dont il vouloit enflammer l'esprit de ses auditeurs : Tyrtausque mares animos in Marila bella Versibus exaeuit. Horat. in Art. Poët. Voyez la traduction en vers françois des fragments de Tyrthée, par Poinsinet de Sivry.
TYRWHITT, (Thomas) Anglois, né en 1730, mort en 1786, a publié un Commentaire sur Shakespeare et d'excellentes éditions des œuvres de Chaucer et de la poétique d'Aristote.
TYSIAS, rhéteur célèbre, que Cicéron regardoit comme l'inventeur de la rhétorique.
TYSILIO, poète du pays de Galles, mort au commencement du 7e siècle, a laissé une Chronique historique dont Geoffroi de Montmouth a profité dans la composition de son histoire.
TYSSENS, (Pierre) peintre Flamand, né à Anvers en 1625, mort en 1692, commença à peindre le portrait et s'éleva ensuite au genre de l'histoire où il excella. — Son fils réussit dans la représentation des fleurs et des oiseaux.
TYTLER, (Guillaume) Écossois, né à Edimbourg en 1711, mort dans ces derniers temps, a publié une Défense de Marie reine d'Écosse, et a été l'éditeur des Poésies de Jacques I, précédées d'un discours très-érudit sur la littérature Écossoise. I. TZETZÈS, (Isaac) littérateur Grec, vivoit vers l'an 1170. Il publia sous son nom un ouvrage dont son frère Jean l'avoit gratifié. Ce sont les Commentaires sur Lycophron, que J. Potter a insérés tout au long dans la belle édition qu'il donna de ce poète; à Oxford, en 1697, in-fol., et dont nous parlons dans l'article suivant, n.º V.
II. TZETZÈS, (Jean) poète Grec, frère du précédent, mourut vers la fin du douzième siècle. A l'âge de 15 ans on le mit sous des maîtres qui lui apprirent les belles-lettres, la philosophie, la géométrie, et même la langue hébraïque. On assure qu'il savoit par cœur toute l'Écriture-Sainte. Il dit lui-même que « Dieu n'avoit pas créé un homme qui eût été doué d'une mémoire plus excellente que la sienne; » mais peut-être y a-t-il là un peu d'enthousiasme ou de vanité poétique. On a de lui: I. Des Allégories sur Homère, Paris, 1616, in-80, qu'il dédia à Irène femme de l'empereur Manuel Comnène. II. Histoires mêlées, Basle, 1546, in-fol. en 13 chiliades, en vers libres; pleines d'inutilités insipides, écrites d'un style emphatique. III. Des Epigrammes et d'autres Poésies en grec, dans le recueil des Poètes Grecs, à Genève, 1606 et 1614, 2 vol. infolio. IV. Des Ouvrages de grammaire et de critique et des Scolies sur Hésiode. V. Des Commentaires sur le poème de Lycophron, appelé l'Alexandre ou la Cassandre. Il a renfermé dans cet ouvrage une infinité de choses utiles pour entendre l'Histoire et la Fable. Ils peuvent servir même à l'intelligence de divers endroits obscurs et difficiles qui se rencontrent dans les autres auteurs.
**UBALDINI**, (Petruccio) enlumineur célèbre, a rendu chers et recherchés les manuscrits qu'il a ornés de ses miniatures. On voit en Angleterre un chef-d'œuvre de lui, contenant des sentences tirées de l'Écriture-Sainte, et qui fut fait par l'ordre du chancelier *Bacon* pour ladi *Lumley*. *Ubaldini* mourut au milieu du 16$^{e}$ siècle.
**UBALDIS**, (Balde de) *Voy*. I. BALDE.
**UBERTI**, (*Fasio*, c'est-à-dire *Bonifacio* de gli) poète et géographe Florentin du 14$^{e}$ siècle, a fait un poème géographique italien, sous ce titre: *Ditta mundo* ou *Dicta mundi*. Il fut imprimé à Vicence, 1474, in-fol.; à Venise, 1501, in-4$^{o}$, et plusieurs fois depuis; mais il n'y a que la première édition qui soit rare et recherchée.
**UBIQUISTES**, *Voy*. BRENTIUS.
**UDALRIC**, *Voyez* ULRIC.
**UDEN**, *Voy*. VAN-UDEN.
**UDINE**, (Jean d') *Voyez* JEAN, n.$^{o}$ LXXXII.
**UGHELLI**, (Ferdinand) né à Florence le 21 mars 1595, d'une bonne famille, entra chez les Cisterciens. Il eut divers emplois honorables dans son ordre, et devint abbé de Trois-Fontaines à Rome, procureur de la province et consultateur de la con- congrégation de l'*Index*. Son humilité lui fit refuser les évêchés qui lui furent offerts par les souverains pontifes; mais il accepta les pensions qu'*Alexandre VII* et *Clément IX* lui donnèrent. Ce savant mourut à Rome le 19 mai 1670, à 75 ans, aussi estimé pour ses connaissances que pour ses vertus. On a de lui un Ouvrage important et plein de recherches, sous le titre d'*Italia sacra*, dans lequel il a exécuté sur les évêques d'Italie, ce que *Sainte-Marthe* avoit fait pour les églises de France. Il y en a deux éditions: l'une de Rome, in-fol. en 9 vol. imprimés depuis 1641 jusqu'en 1662; l'autre de Venise, 10 vol. in-folio, dont le premier est de l'an 1717, et le dernier de 1722. Cette édition est fort augmentée et perfectionnée, et on y a ajouté une table dans le 10$^{e}$ volume; mais elle est remplie de fautes d'impression.
**UGONIUS**, (Matthias) évêque de Famagouste en Chypre, au commencement du 16$^{e}$ siècle. On a de lui: I. Un *Traité de la dignité Patriarcale*, en forme de dialogue, imprimé à Basle en 1507. II. Un *Traité des Conciles*, appelé *Synoda Ugonia*, imprimé à Venise l'an 1563, in-fol.; approuvé par un Bref de *Paul III* du 16 décembre de l'an 1553. C'est un des meilleurs ouvrages et des plus rares qui se soient faits dans le 16$^{e}$ siècle sur ce sujet. On prétend qu'il fut supprimé 192 ULA secrètement par la cour de Rome, parce qu'elle crut appercevoir dans ce livre des maximes quelquefois opposées à ses usages, et des passages favorables aux libertés de l'église de France. Plusieurs bibliographes l'ont annoncé sous ces différentes dates, 1531, 32, 34, 1565 et 68; mais c'est la même édition. Le feuillet seul du titre a été changé, pour des raisons particulières que l'on ignore.
ULACQ, (Adrien) mathématicien de Gand, a donné : I. Une Trigonométrie latine, Goudæ, 1633, in-fol. II. Logarithmorum Chiliades centum, 1628, in-fol., traduites en françois, in-8°, et dont Ozanam a beaucoup profité.
ULADISLAS, Voyez LADISLAS.
ULASTA, jeune fille de Bohème, entra au service de Libussa épouse du duc Prézemislas, qui prit soin de la faire élever dans les usages des autres femmes Sarmates, habiles dans les exercices guerriers : elle surpassa bientôt ses compagnes dans l'art de décocher une flèche, de monter à cheval et de lancer le javelot. Trompée par un amant infidelle, elle conçut la haine la plus furieuse contre les hommes, la fit partager à d'autres femmes, qui dans une nuit égorgèrent leurs frères et leurs époux, et se rangèrent en armes sous les ordres d'Ulasta, pour donner à la Pologne un nouveau gouvernement. Celle-ci recrutant une armée assez considérable de guerrières, battit d'abord les troupes de Prézemislas, mais ayant donné dans une embuscade elle y fut tuée; et sa mort termina une guerre aussi sanglante que singulière.
ULFELD ou ULEFELD, (Cornifix ou Corfits, comte d') étoit le dixième fils du grand chancelier de Danemarck, d'une des premières maisons du royaume. Christiern IV le fit grand maître de sa maison et vice-roi de Norwège, et lui fit épouser sa fille naturelle; mais Frédéric III fils et successeur de Christiern IV, craignant son ambition, lui fit essuyer plusieurs désagréments. Le comte sortit secrètement de Danemarck et se retira en Suède. La reine Christine le reçut très bien et l'employa dans plusieurs négociations importantes. Mais lorsque cette princesse eut abdiqué le trône, il tomba dans la disgrace des Suédois et fut mis en prison. Ayant trouvé le moyen de s'évader, il se retira à Copenhague, avant que d'avoir obtenu l'abolition de ce qu'il avoit fait contre son souverain. Frédéric III le fit alors arrêter et l'envoya avec la comtesse sa femme dans l'isle de Bernholm; mais peu de temps après il leur permit de voyager. A peine étoient-ils partis, qu'on prétendit avoir découvert une horrible conspiration que le comte avoit tramée contre son prince. Il avoit, dit-on, proposé à l'électeur de Brandebourg de détrôner le roi de Danemarck, et de faire passer la couronne sur la tête de ce monarque. Quoi qu'il en soit de cette accusation, Ulfeld fut condamné à être écartelé le 24 juillet de l'an 1663, comme atteint du crime de lèse-majesté au premier chef. L'arrêt fut exécuté sur une statue de cire en éligie. Il en reçut la la nouvelle à Bruges, d'où il partit aussitôt pour se rendre à Basle. Il vécut quelque temps in- connu avec trois de ses fils et une fille; mais une querelle survenue entre un de ses fils et un bour- geois de la ville, le fit reconnoî- tre. Contraint d'abandonner cet asile quoique tourmenté par la fièvre, il descendoit le Rhin dans un bateau, lorsqu'ayant été saisi du froid il en mourut, âgé de 60 ans, en février 1664, et fut en- terré au pied d'un arbre. Ses ta- lens auroient pu le rendre utile à son roi et à sa patrie; mais il ne s'en servit que pour perdre l'un et l'autre, et pour se perdre lui- même par son ambition, son or- gueil et son humeur inquiète.
ULIVELLI, (Côme) peintre de Florence, né en 1622, fut élève de Daniel de Volterre, et renommé pour la peinture à l'huile et à fresque. On admire ses tableaux en ce dernier genre dans les églises de l'Annoncia- tion, du Saint-Esprit et des Car- mes de Florence, et sur-tout dans celle-ci la Mort d'Elisée. I. ULLOA y PEREIRA, (Louis de) poète Espagnol, né à Toro dans le royaume de Léon, acquit quelque réputation sous le règne de Philippe IV, par ses Sonnets et ses autres poésies. La protection du duc d'Olivarès lui fit accorder le gouvernement de Léon, dont il se démit quelque temps avant sa mort, arrivée en 1660. Baillet dit dans ses Jugemens des Sa- vans, que c'étoit un de ces poë- tes facétieux et plaisans, dont la cour de Philippe étoit remplie. Son talent pour le comique ou le burlesque, ne l'empêchoit pas de s'exercer quelquefois dans le sérieux et d'y réussir. Ses ouvra- ges ont été imprimés en Espa- gne, 1674, in-4°. Le meilleur de ses poèmes est celui de Rachel ou les Amours d'Alphonse VIII, dont la traduction a été insérée dans le second volume des Mé- langes de Littérature étrangère. Voyez la Bibliothèque de Nico- las Antoine et les Jugemens des Savans, édition de Paris, in-4°, avec les notes de la Monnoye, tome V, page 215.
II. ULLOA, (Dom Antonio) né en 1716, mort en 1795, n'a- voit que 18 ans lorsqu'il fut ad- joint aux savans envoyés au Pé- rou pour y mesurer un degré du méridien et déterminer la figure de la terre. A son retour, il fut fait prisonnier par les Anglois, et étant revenu ensuite en Es- pagne, il fut envoyé de nouveau en Amérique en qualité de gou- verneur de la Louisiane. On a traduit en François, en deux vol. in-4°, ses Voyages historiques dans l'Amérique méridionale.
ULPHILAS ou GULPHILAS; évêque des Goths qui habitoient dans la Mœsie, partie de la Da- cie, florissoit vers l'an 370 sous l'empire de Valens, dont il obtint une permission pour autoriser les Goths à habiter la Thrace; mais pour l'obtenir il embrassa l'arianisme. On croit qu'Ulphilas a été l'inventeur des lettres go- thiques; au moins il est certain qu'il a été le premier qui ait tra- duit la Bible en langue des Goths; et c'est peut-être ce qui a donné lieu de lui attribuer cette inven- tion, parce qu'avant cette tra- duction, les lettres gothiques n'é- toient connues que de très-père de personnes. Connoissant la lan- gue grecque, il en emprunta quelques caractères pour les unir à ceux de sa langue naturelle et en forma un nouvel alphabet runique, qu'il composa de 26 lettres classées dans un nouvel ordre, et auxquelles il donna de nouvelles dénominations. On est persuadé qu'il n'existe de cette traduction d'*Uphilas*, que les seuls Evangiles : c'est ce qu'on nomme le *Codex Argenteus* d'*Uphilas*, parce qu'il est écrit en lettres d'or et d'argent. Ce rare et précieux Manuscrit est conservé dans la bibliothèque d'Upsal. Le célèbre *François Junius* et *Thomas Maresch*, dont donné une édition à Dordt, en 1665, in-4°, avec des notes. Cette traduction a encore été publiée à Stockholm, l'an 1671, in-4°, avec une version suédoise, islandoise et la vulgate latine.
ULPIEN, (*Domitius Ulpiamus*) célèbre jurisconsulte, fut tuteur, et depuis secrétaire et ministre de l'empereur *Alexandre Sèvère*. Il s'éleva jusqu'à la dignité de préfet du Prétoire, qui étoit la plus considérable de l'empire. Son attachement aux superstitions païennes lui inspira une haine violente contre les Chrétiens qu'il persécuta cruellement. Il fut tué par les soldats de la garde Frétorienne l'an 226. (*Voy. EFAGATHE*.) Il nous reste de lui 29 titres de *Fragmens* recueillis par *Anien*, qui se trouvent dans quelques éditions du Front civil; ils sont curieux pour connoître les mœurs des Romains. I. ULRIC, (*Saint*) évêque d'Augsbourg, d'une maison illustre d'Allemagne, mort en 973, à 83 ans, se signala dans son diocèse par un zèle apostolique. *Jean XV* le mit dans le catalogue des Saints au concile de Latran tenu en 993; et c'est le premier exemple de canonisation faite solennellement par les papes. Les abus qui s'étoient glissés dans cette matière, et le culte rendu à des personnes regardées comme dignes de cet honneur sur des preuves trop légères, avoient obligé le grand pontife des Chrétiens à évoquer à lui la décision de ce genre de causes.
II. ULRIC ou UDALRIC, moine de Cluni, né à Ratisbone vers l'an 1018, et mort au monastère de la Celle le 14 juillet 1093, fut l'une des plus grandes lumières de l'Ordre monastique. Il nous reste de lui, dans le *Spicilège* de Dom d'Acheri, un Recueil des *Anciennes Coutumes de Cluni*, qui peut servir à faire connoître quelques usages de son siècle.
ULRIQUE ÉLÉONORE DE BAVIÈRE, seconde fille de *Charles XI* roi de Suède, et sœur de *Charles XII*, naquit en 1688. Elle gouverna la Suède, pendant l'absence de son frère, avec une sagesse que ce monarque ne put s'empêcher d'admirer. Après la mort de l'*Alexandre* du Nord, elle fut proclamée reine l'an 1719 par les suffrages unanimes de la Nation. Elle céda la couronne à son mari *Frédéric*, prince héréditaire de Hesse-Cassel, l'année d'après; mais elle regna avec lui. Les États assemblés à Stockholm, engagèrent cette princesse à renoncer solennellement à tout droit héréditaire sur le trône, afin qu'elle ne paraît le tenir que des suffrages libres de la nation. U L Y 195 Le pouvoir arbitraire fut alors aboli; les Etats prescrivirent une forme de gouvernement qu'ils firent ratifier par la princesse; l'autorité du trône fut tempérée par celle des Etats et du Sénat, et le peuple fut rétabli dans ses anciens droits que Charles XII avoit tous violés. Ulrique-Eléonore employa les ressources de son génie, pour rappeler dans son royaume la paix, et avec elle les arts, le commerce et l'abondance. Elle mourut le 6 décembre 1741, à 54 ans, chérie et adorée de ses sujets qui la regardoient comme leur mère. Il ne faut pas la confondre avec Ulrique-Eléonore, fille de Frédéric III roi de Dancharck, qui épousa Charles XI roi de Suède, en 1680, et qui fut mère de Charles XII. Cette princesse vertueuse mourut en 1693, d'une maladie causée par les chagrins que lui donnoit son époux. Charles XI avoit dépouillé de leurs biens un grand nombre de ses sujets, en établissant contre eux une espèce de cour de justice nommée la Chambre des Liquidations. Une foule de citoyens ruinés par cette commission, remplissoient les rues de Stockholm et venoient tous les jours pousser des cris inutiles à la porte du palais. La reine secourut ces malheureux de tout ce qu'elle avoit. Elle leur donna son argent, ses pierreries, ses meubles, ses habits mêmes. Quand elle n'eut plus rien à leur donner, elle se jeta en larmes aux pieds de son mari, pour le prier d'avoir compassion de ses sujets. Le roi lui répondit gravement: Madame, nous vous avons prise pour nous donner des enfans, et non des avis, ainsi que nous l'avons rapporté à l'article de Charles XI.
ULUG-BEIG, prince Persan, s'attacha à l'astronomie. Son Catalogue des Etoiles fixes, rectifié pour l'année 1434, fut publié par le savant Thomas Hyde, à Oxford, en 1665, in-4°, avec des Notes pleines d'érudition. Ce prince fut tué par son propre fils en 1449, après avoir régné à Samarcande environ 40 ans. Outre l'Ouvrage dont nous avons parlé, on lui en attribue un autre sur la chronologie, intitulé: Epochæ celebriores Chataiorum, Syro-Græcorum, Arabum, Persarum et Charasmiorum. Il a été traduit en latin par Jean Greaves, et publié à Londres avec l'original arabe, 1650, in-4°
ULUZZALI, Voyez LOU-CHALI.
ULYSSE, (Mythol.) roi de l'Isle d'Ithaque dans la mer Egée, fils de Laorte et d'Anticiée, épousa Pénélope fille d'Icare, qu'il aimait passionnément. Craignant d'être obligé de la quitter, il contredit l'insensé pour ne point aller au siège de Troye. Mais Palamède découvrit cette ruse, en mettant son fils Télémaque encore enfant devant le soc d'une charrue qu'il faisoit tirer par des bœufs. Ulysse de crainte de blesser son fils, leva la charrue. Cette attention découvrit sa feinte et il fut contraint de partir; mais gardant au fond du cœur une haine implacable pour Palamède (Voy. cet article), qu'il ne tarda pas de satisfaire. Il rendit de grands services aux Grecs par sa prudence et ses artifices. Ce fut lui qui alla chercher Achille chez Lycomède, où il le trouva déguisé en femme. Il le découvrit, en présentant aux dames de la cour, des bijoux parmi lesquels 196 U L Y Il y avoit des armes, sur lesquelles ce jeune prince se jeta aussitôt. Il l'amena au siège de Troye, et y apporta en même temps les flèches d'Hercule que ce héros avoit données à son ami Philoc-tête. Ulysse enleva le Palladium avec Diomède, tua Rhésus roi de Thrace dont il amena les chevaux blancs au camp des Grecs; il fut un de ceux qui s'enfermèrent dans le cheval de bois, et contribua par son courage à la prise de Troye. Pour prix de ses exploits et de son éloquence, les capitaines Grecs lui adjugèrent après la mort d'Achille, les armes de ce héros qu'il disputa à Ajax. (Voy. ce mot.) Troye ayant été prise et réduite en cendres, il tua Orsiloque fils d'Idomenée roi de Crète qui s'opposoit à ce qu'il eût part au butin. Il immola Polixène fille de Priam, sur le tombeau d'Achille, et précipita du haut d'une tour Astyanax fils d'Hector. En retournant à Ithaque, il courut plusieurs dangers sur mer, et lutta pendant dix années contre sa mauvaise fortune. Il fit naufrage sur les côtes d'Afrique, et ayant remis à la voile, son vaisseau se brisa auprès de l'isle des Cyclopes, où Polyphème dévera 4 de ses compagnons, l'enferma avec le reste dans son autre, d'où ce prince sortit heureusement après avoir crevé le seul œil qu'eût le monstre. De la Ulysse s'enfuit aux isles Eoliennes. Eole, pour marque de sa bienveillance, lui donna des outres où les vents étoient enfermés. Mais ses compagnons les ayant ouverts par curiosité, les vents s'échappèrent et firent un désordre épouvantable. L'orage jeta Ulysse sur les côtes d'Afrique chez les Les- trigons, peuple barbare qu'il quitta bientôt. Ayant abordé dans l'isle de Circé, cette enchanteuresse eut de lui un fils appelé Télégone; et pour le retenir, changea tous ses compagnons en pourceaux: mais il la força l'épée à la main de les lui rendre sous leur première forme. En sortant de l'isle de Circé, il descendit aux Enfers où il trouva sa mère Anticlée et le devin Tirésias qui lui apprirent une partie de sa destinée. De retour sur la terre, les vents le jetèrent sur l'isle des Sirènes, dont il évita les enchanteurs en bouchant avec de la cire les oreilles de ses compagnons. Etant sorti de cette isle, il fit naufrage auprès de celle de la nymphe Calypso qui voulut en vain se l'attacher. Neptune lui ayant suscité une nouvelle tempête, il perdit ses vaisseaux, se sauva sur un morceau de bois, et arriva à Ithaque dans un état si triste qu'il ne fut reconnu de personne. Il se mit cependant parmi les amans de Pénélope, pour tendre l'arc qu'on avoit proposé et dont Pénélope devoit être le prix. Il en vint à bout, se fit reconnoître, rentra dans le sein de sa famille, et tua tous ses rivaux. (Voy. l'art. Irus.) Quelque temps après il se démit de ses États entre les mains de Télémaque, parce qu'il avoit appris de l'Oracle qu'il mourroit de la main de son fils. Il fut en effet tué par Télégone qu'il avoit eu de Circé: (Voy. TÉLÉGONE.) Il fut mis au nombre des demi-Dieux. Les aventures d'Ulysse font le sujet de l'Odyssée d'Homère qui le représente comme un héros brave dans les combats, prudent dans les entreprises, sage et éloquent dans les conseils. *Virgile* le peint au contraire, comme un fourbe et un scélérat.
**UNITAIRES**, Voyez les articles SOCIN; ORELLIUS; DAVIDIS, etc. **I. UPTON**, (Nicolas) Anglois, se trouva au siège d'Orléans en 1428. Il fut depuis chanoine et précenteur de Sarisbery. *Edouard Bissæus* publia un Traité de ce chanoine: *De Studio militari*, joint à d'autres Ouvrages de même espèce, Londres, 1654, in-fol. *Upton* vivoit encore en 1453.
**II. UPTON**, (Jacques) savant Anglois, né en 1670, mort en 1749, a publié une très-bonne édition de l'*Art Poétique d'Aristote*. — Son fils, nommé Jacques comme lui, mort en 1760, est auteur d'*Observations sur Shakespeare* et des notes sur l'*Epictète d'Arrien*.
**URANIE**, (Mythol.) l'une des neuf *Muses*, présidait à l'astronomie. On la représente sous la figure d'une jeune fille, vêtue d'une robe couleur d'azur, couronnée d'étoiles, soutenant un globe avec les deux mains, et ayant autour d'elle plusieurs instruments de mathématiques. — *URANIE* fut aussi le nom de plusieurs Nymphes, et un surnom célèbre de *Vénus*. Sous le nom d'*Uranie*, c'est-à-dire *Céleste*, on adoroit *Vénus* comme la Déesse des plaisirs innocens de l'esprit; et on l'appeloit par opposition *Vénus terrestre*, quand elle étoit l'objet d'un culte infame et grossier.
**URANIUS**, (Henri) ou VON DEM HIMMEL, prêtre, savant littérateur, né à Rées dans le duché de Clèves, vers la fin du 15$^{e}$ siècle, fut recteur du collège d'Emmeric où il travailla à l'instruction de la jeunesse avec beaucoup de zèle pendant 55 ans, et mourut en 1579. *Uranius* possédoit le latin, le grec et l'hébreu: à ces connoissances il joignoit une grande piété et un attachement inviolable à la foi de ses pères. On a de lui: I. *Grammaticae Hebreæ Compendium*, Cologne 1559, in-12. II. *De usu litterarum servilium*, Cologne 1570: ouvrage relatif au précédent. III. *De re nummarid, mensuris et ponderibus*, Cologne 1569, in-4.$^{o}$
**URANUS**, premier roi du peuple connu depuis sous le nom d'*Atlantes*, fut père de *Saturne* et d'*Atlas*. Ce prince rassembla dans les villes, suivant *Diodore* de Sicile, les hommes qui avant lui étoient répandus dans les campagnes. Il les retira de la vie brutale et désordonnée qu'ils menoient. Il leur enseigna l'usage des fruits et la manière de les garder, et leur communiqua plusieurs inventions utiles. Son empire s'étendoit presque par toute la terre, mais sur-tout du côté du Septentrion et de l'Occident. Comme il étoit soigneux observateur des astres, il détermina plusieurs circonstances de leur révolution. Il mesura l'année par le cours du Soleil, et les mois par celui de la Lune; et il désigna le commencement et la fin des saisons. Les peuples qui ne savoient point encore combien le mouvement des astres est égal et constant, étonnés de la justesse de ses prédictions, crurent qu'il étoit d'une nature plus qu'humaine; et après sa mort ils lui décernèrent les honneurs divins, à cause de son habileté dans l'as- 198 U R B tronomie, et des bienfaits qu'ils avoient reçus de lui. Ils donnèrent son nom à la partie supérieure de l'Univers, c'est-à-dire au Ciel, tant parce qu'ils jugèrent qu'il connoissoit particulièrement tout ce qui arrive dans le ciel, que pour marquer la grandeur de leur vénération par cet honneur extraordinaire qu'ils lui rendoient. (DIOBONE de Sicile.) Voyez ATLAS et SATURNE. I. URBAIN, (Saint) disciple de l'Apôtre St. Paul, fut évêque de Macédoine; mais on ne sait rien de particulier sur sa vie.
II. URBAIN, (Saint) pape après Calixte I, le 21 octobre 223, eut la tête tranchée pour la Foi de Jésus-Christ, sous l'empire d'Alexandre Severs, le 25 mai de l'an 230. Il avoit rempli son ministère en homme apostolique.
III. URBAIN II, appelé auparavant Otton ou Oddon, religieux de Cluni, natif de Châtillon-sur-Marne, parvint aux premiers emplois de son Ordre. Grégoire VII Bénédictin comme lui, ayant connu sa piété et ses lumières, l'honora de la pourpre Romaine. Après la mort du pape Victor III, il fut placé sur la chaire de St. Pierre, le 12 mars 1088. Il se conduisit avec beaucoup de prudence pendant le schisme de l'antipape Guibert. Il tint en 1095, le célèbre concile de Clermont en Auvergne. Il y fut ordonné de communier en recevant séparément le Corps et le sang de Jésus-Christ: ce qui prouve que l'usage ordinaire étoit encore de communier sous les deux espèces. On y fit aussi la publication de la première Croisade pour le recouvrement de la Terre-Sainte. Les pèlerinages des Chrétiens d'Occident aux Lieux-Saints, furent l'occasion de cette confédération. Les pèlerins marchoient à la Terre-Sainte en grandes troupes et bien armés; on le voit par l'exemple des 7000 Allemands qui firent ce voyage en 1064, et qui se défendirent si vaillamment contre les voleurs Arabes. Les Musulmans laissoient à la vérité aux Chrétiens leurs sujets le libre exercice de la religion; ils permettoient les pèlerinages, faisoient eux-mêmes celui de Jérusalem qu'ils nomment la Maison-Sainte et qu'ils ont en vénération; mais leur haine pour les Chrétiens éclatoit en mille manières; ils les accabloient de tributs, leur interdisoient l'entrée des charges et des emplois, et les obligoient de se distinguer, en portant un habit qui passoit pour méprisable parmi eux; enfin, ils leur défendoient de construire de nouvelles églises et les tenoient dans une contrainte qui pouvoit être regardée comme une persécution perpétuelle. Ce furent ces mauvais traitements qui excitèrent le zèle d'Urbain II; mais les Croisades ne servirent pas beaucoup aux Chrétiens de l'Orient, et elles corrompirent ceux de l'Occident. (Voyez le Discours de l'abbé Fleury, sur les Croisades.) Urbain mourut à Rome le 29 juillet 1099, après avoir conduit le vaisseau de l'Église, dit le P. Longueval, avec autant de sagesse que de courage. Il combattit à la fois un antipape violent et accrédité, un empereur schismatique, un roi de France peu réglé dans ses mœurs, un qui d'Angleterre violent et peu religieux, et des prélats concubinaires et simoniaques. On a de lui *LIX Lettres*, dans les *Conciles* du *P. Labbe*. Dom *Ruinart* a écrit sa *Vie* en latin : elle est aussi curieuse qu'intéressante. On la trouve dans les œuvres posthumes de Dom *Mabillon*.
IV. URBAIN III, appelé auparavant *Hubert Crivelli*, archevêque de Milan sa patrie, fut élu pape après *Lucius III* à la fin de novembre 1185. Il eut de grandes contestations avec l'empereur touchant les terres laissées par la comtesse *Mathilde* à l'église de Rome. Il l'auroit excommunié si on ne lui avoit fait sentir l'imprudence de cette démarche. Ce pontife mourut à Ferrare le 19 octobre 1187 après avoir appris la funeste nouvelle de la prise de Jérusalem par *Saladin*. Ce fut cette perte qu'avança sa dernière heure. Son zèle étoit ardent ; mais il ne fut pas toujours éclairé. V. URBAIN IV, (Jacques Pantaléon, dit de *Court-Palais*) né à Troyes en Champagne d'un savetier, s'éleva par son mérite. D'abord archidiacre de Laon, ensuite de Liège, il avoit été fait évêque de Verdun, légat apostolique en diverses contrées, patriarche de Jérusalem. Enfin après la mort d'*Alexandre IV* il fut placé sur la chaire pontificale le 29 août 1261. Il publia une Croisade contre *Mainfroi* usurpateur du royaume de Sicile en 1263 ; institua la fête du Saint-Sacrement qu'il célébra pour la première fois le jeudi d'après l'Octave de la Pentecôte 1264. Il fit composer l'Office de cette fête par *St. Thomas d'A-* quin ; c'est le même que nous récitons encore. Mais le pape *Urbain* étant mort en cette même année à Pérouse, la célébration de cette solennité fut interrompue pendant plus de 40 ans. Elle avoit été ordonnée dès l'année 1246 par *Robert de Torote* évêque de Liège, à l'occasion des révélations fréquentes qu'une sainte religieuse Hospitalière, nommée *Julienne*, recevait depuis longtemps. *Urbain* n'oublia pas sa patrie lorsqu'il fut pape. Il offrit la Sicile à *Charles d'Anjou* frère de *St. Louis* ; il fut toujours attaché aux François et sur-tout aux Champenois. Non content d'avoir construit ou rétabli dans différentes villes des temples magnifiques, il convertit sa maison paternelle de Troye en une église dédiée à *St. Urbain*. On a d'*Urbain IV* une Paraphrase du *Miserere* dans la *Bibliothèque des Pères* ; et *LXI Lettres* dans le *Trésor des Anecdotes* du Père *Marienne*. Elles peuvent servir à l'histoire ecclésiastique et profane de ce temps-là. On voit dans ces Lettres un exemple remarquable de bonté. Dans le temps qu'il étoit archidiacre à Liège, le pape *Innocent IV* étant à Lyon l'envoya en Allemagne pour quelques affaires de l'église Romaine. Là, trois gentilshommes du diocèse de Trèves le firent prendre et le retirèrent quelque temps prisonnier après lui avoir volé ses chevaux, son argent et d'autres meubles. «Lorsqu'il fut pape, ces gentilshommes, dit *Eleury*, lui offrirent de lui restituer ce qu'ils lui avoient pris et de lui donner satisfaction pour l'insulte, demandant seulement dispense d'aller en personne recevoir l'absolution de l'excommunication qu'ils avoient encourue, attendu les périls des chemins et les ennemis qu'ils avoient. Le pape donna la permission au prieur des Frères-Précheurs de Coblentz de les absoudre et de leur déclarer ensuite qu'il leur remettait libéralement en vue de Dieu tout le tort et l'injure qu'ils lui avoient faits : leur enjoignant seulement de s'abstenir désormais de pareilles violences. » La lettre est du 9 juillet 1264. Ainsi le pontife oublia les injures faites au légat tandis que des particuliers obscurs cherchent à se venger de torts bien moins graves. *Urbain IV* ne dut son élévation qu'à lui-même, et eut le mérite de parvenir par ses talens et ses vertus de la ciasse la plus obscure au sommet de la grandeur ; mais il n'exerça jamais lui-même le métier de savetier, comme *Voltaire* l'a prétendu ; il vint très-jeune à Paris pour faire ses études et non pour raccommoder des souliers. *Voyez* l'Histoire ecclésiastique de *Fleury*, liv. 83, n.º 5.
VI. URBAIN V, (Guillaume de Grimoald) fils du baron du Roure et d'Emphelise de Sabran sœur de St. Elzeur, né à Grise diocèse de Mende dans le Gévaudan ; se fit Bénédictin et fut abbé de Saint-Germain d'Auxerre, puis de Saint-Victor de Marseille. Après la mort d'*Innocent VI*, il obtint la papauté le 27 octobre 1361. Le saint Siège étoit alors à Avignon ; *Urbain V* le transféra à Rome en 1367. Il y fut reçu avec d'autant plus de joie, que depuis 1304 que *Benoit XI* sortit de cette ville, aucun pape n'y avoit résidé. L'an 1370 *Urbain* quitta Rome pour revenir à Avi- Avignon. *Ste Brigitte* lui fit dire de ne pas entreprendre ce voyage, parce qu'il ne l'achèveroit pas. Il partit cependant et arriva le 24 septembre à Avignon où il fut aussitôt attaqué d'une grande maladie qui l'emporta le 19 décembre. Le pape *Urbain V* avoit bâti plusieurs églises, fondé divers chapitres de chanoines, et signalé son pontificat en réprimant la chicane, l'usure, le dérèglement des ecclésiastiques, la simonie, et la pluralité des bénéfices. Il entretint toujours mille écoliers dans diverses universités, et il les fournissoit des livres nécessaires. Il fonda à Montpellier un collège pour douze étudiants en médecine. Pour avoir plus à donner à l'indigence, il ne donna rien à sa famille. A l'exception de son frère qu'il décora de la pourpre et d'un neveu qu'il fit évêque de Saint-Papoul, il n'augmenta la fortune d'aucun ; il ne souffrit pas même que son père qui vivoit encore lorsqu'il fut élu pape, acceptât du roi *Jean* une pension de 600 livres que ce prince vouloit lui faire à sa considération. Tendre père des pauvres, il leur distribuoit des remèdes et des alimens, donnoit des conseils à ceux que la chicane poursuivoit injustement, plaçoit des filles exposées à se perdre, soutenoit les familles honorables tombées dans la misère. Sa vie étoit d'un pénitent austère ; et quoiqu'il eût mis dans sa table la plus grande frugalité, il partageoit encore avec les indigens le peu de mets qu'on lui servoit. On a de lui quelques *Lettres* peu importantes.
VII. URBAIN VI, (Barthélemi) *Prignana* ) natif de Naples et archevêque de Bari, fut élevé sur la chaire de *St. Pierre* contre les formes ordinaires, n'étant pas cardinal, et dans une espèce de sédition du peuple le 9 avril 1378. Les cardinaux élu-rent peu de temps après le cardinal *Robert de Genève* qui prit le nom de *Clément VII*. Cette double élection fut l'origine d'un schisme aussi long que fâcheux qui déchira l'église. *Urbain* fut reconnu par la plus grande partie de l'Empire, en Bohême, en Hongrie, en Angleterre. L'an 1383 le pontife fit prêcher une Croisade en Angleterre contre la France et contre le pape *Clément VII* son compétiteur; et pour la soutenir, il ordonna la levée d'une décime entière sur toutes les églises d'Angleterre: *Car*, dit FROISSARD, *les gens de guerre ne se payent pas de par-dons*. Un évêque fut chargé de cette armée ecclésiastique, qui se battit également contre les Clémentins et les Urbanistes, et qui finit par être dissipée. *Urbain* au désespoir, fit arrêter six de ses cardinaux qui avoient, disoit-on, conspiré de le faire déposer et brûler comme hérétique. Ce complot étoit réel; *Urbain* fit mourir les coupables, après leur avoir fait subir la question la plus cruelle. Il n'excepta qu'un cardinal évêque de Londres qu'il délivra à la prière du roi d'Angleterre. Une telle conduite n'étoit guère propre à lui attirer des amis; ses plus intimes l'abandonnèrent de jour en jour. Sa cour étoit un désert. Il n'en devint que plus dur et inflexible. Aussi sa mort arrivée en 1389 fut une fête pour le peuple: il avoit cependant du mérite et des vertus. Grand canoniste, ami des gens de lettres, ennemi de la si- si-monie et du faste, dur à lui-même, portant sans cesse le cilice, patient dans l'adversité, sensible au malheur des autres; en un mot digne d'être pape, s'il ne l'avoit jamais été. Mais dès qu'il eut obtenu cette dignité, il montra un zèle indiscret qui aliéna les esprits. Le lendemain de son couronnement il invectiva les autres prélats de sa cour, et quelques jours après il ne traita pas mieux les cardinaux. Ce furent tous les jours de nouvelles scènes qui marquaient dans son caractère autant de bizarre-rie que de dureté. Tantôt affectant un grand mépris pour les richesses, il renvoyoit avec des injures les collecteurs des revenus du saint Siège: tantôt affichant sa supériorité sur les premières têtes de l'Europe, il disoit qu'il sauroit bien se faire justice des rois de France et d'Angleterre dont les divisions avoient causé tant de maux à la Chrétienté. Ces manières si déplacées firent penser aux cardinaux que le faite des honneurs *avoit ébranlé le cerveau de ce Pontife*. (Hist. de l'Eglise Gallic. Liv. 41.) *Urbain* avoit fait, le 11 avril 1389, trois Institutions mémorables. La première fut de diminuer encore l'intervalle du Jubifé; il le fixa à 33 ans, se fondant sur l'opinion que *Jésus-Christ* a vécu ce même nombre d'années sur la terre. La seconde Institution fut la fête de la Visitation de la *Sainte Vierge*. Enfin il statua qu'à la fête du Saint-Sacrement on pourroit célébrer nonobstant l'interdit; et que ceux qui accompagneroient le Viatique depuis l'église jusque chez un malade, et de chez le malade à l'église, gagneroient cent jours d'indulgence.
VIII. URBAIN VII, Romein, appelé auparavant Jean-Baptiste Castagna, et cardinal sous le titre de Saint-Marcel, obtint la tiare après Sixte-Quint, le 15 septembre 1590. Ce pape qui l'aimait beaucoup, l'avoit regardé comme son successeur. Il dit un jour aux cardinaux que les poires étoient pourries, qu'il leur falloit des châtaignes; faisant allusion aux poires qu'il portoit dans ses armoiries et aux châtaignes qui étoient celles de la famille de Castagna. La piété et la science d'Urbain VII faisoient attendre de grandes choses de son gouvernement; mais il mourut 12 jours après son élection, le 27 du même mois. Sa résignation éclata dans ses derniers momens. Le Seigneur, dit-il avant que d'expirer, me dégage des liens qui auroient pu m'être funestes.
IX. URBAIN VIII, de Florence (Maffeo Barberino) monta sur le trône pontifical après le pape Grégoire XV, le 6 août 1623. Il réunit le duché d'Urbain au saint Siège; il approuva l'ordre de la Visitation, confirma les Capucins dans la possession du titre de vrais Enfans de St. François, (Voy. BASCHI) et supprima les Jésuitesses en 1631. Il donna en 1642 une Bulle qui renouvelle celles de Pie V contre Baius et les autres qui défendent de traiter des matières de la grace. La même Bulle d'Urbain déclare que l'Augustin de Jansenius renferme des propositions deja condamnées. Il publia la même année une Bulle sur un objet différent. Cette nouvelle constitution défendoit de prendre du tabac dans l'église sous peine d'excommu- nication. Ce fut-à ce sujet qu'en vit l'asquin se plaignant de la sévérité du pape, se servir de ce passage de Job: Contrà folium quod vento rapitur, ostendis potentiam tuam, et stipulam siccam persequeris. « Vous faites éclater votre puissance contre une feuille que le vent emporte, et vous persécutez une paille sèche. » Ce pontife mourut le 29 juillet 1644, après avoir rempli tout ce qu'on est en droit d'attendre d'un pape vertueux et éclairé. Il entendoit si bien le grec, qu'on l'appeloit l'Abeille Attique, et il réussissoit dans la poésie latine. Il corrigea les hymnes de l'Eglise. Ses Vers latins sacrés ont été imprimés à Paris au Louvre, in-folio, avec beaucoup d'élégance, sous ce titre: Maffei Barberini Poëmata. Les plus considérables de ses pièces sont: I. Des Paraphrases sur quelques Pseaumes et sur quelques Cantiques de l'Ancien et du Nouveau Testament. II. Des Hymnes et des Odes sur les Fêtes de Notre-Seigneur, de la Sainte Vierge et de plusieurs Saints. III. Des Epigrammes sur divers hommes illustres. Ces différens ouvrages ont de la noblesse; mais ils manquent de chaleur et d'imagination. On a encore de lui des Poésies Italiennes, Rome 1640, in-12. Ce fut Urbain VIII qui donna le titre d'Eminentissime aux cardinaux, aux trois électeurs acclésiastiques, et au grand maître de Malte. Voy. II. MALACHIE. X. URBAIN DE BELLUXE, (Urbanus Valerianus ou Bolzanus) Cordelier et précepteur du pape Léon X, mort en 1524, à 84 ans, est le premier, selon *Vossius*, qui ait donné une *Grammaire* grecque en latin qui mérite quelque estime, in-4°, Paris 1543. Il a donné aussi une Collection d'anciens grammairiens, sous le titre de : *Thesaurus Cornucopiae*, Venise 1496, in-folio.
**URBANISTES**, *Voyez CLAIRE*.
**URBANO**, *Voyez SAINT-URBAIN*.
**URBIN**, *Voy. BRAMANTE*.
**URCÆUS**, (Antoine) surnommé *CODRUS*, né en 1446 à Herberia ou Rubiera ville du territoire de Reggio, enseigna les belles-lettres à Forli, avec des appointemens considérables. De là il passa à Bologne où il fut professeur des langues grecque et latine, et de rhétorique. L'irréligion et le libertinage déshonorèrent sa jeunesse; et quoiqu'il fit l'esprit fort, il ajoutait foi aux présages les plus ridicules; mais il se repentit de ses impiétés et de ses égaremens, et il mourut à Bologne dans de grands sentimens de piété en 1500, à 54 ans. On mit sur son tombeau pour toute épitaphe : *CODRUS ERAM*. Sa santé avait toujours été très-foible. Avec un extérieur doux, il avait l'humeur bilieuse et sévère. Il étoit avare de louanges, et prodiguait les critiques, surtout à l'égard des auteurs modernes. On a de lui : I. Des *Harangues*. II. Des *Sylves*, des *Satires*, des *Epigrammes* et des *Eglogues* en latin, dont il y a eu plusieurs éditions, quoique le mauvais l'emporte sur l'excellent. *Urcæus* étoit cependant un homme d'esprit, plein de gaieté et de saillies. Le prince de Forli s'étant un jour recommandé à lui : *Les affaires vont bien*, répondit *URCÆUS ! Jupiter se recommande à Codrus* ; depuis ce mot le nom de *Codrus* lui fut donné. Ses ouvrages sont assez rares, surtout de l'édition de Bologne, 1502, in-folio. *Bayle* qui n'avoit pas en occasion de les voir, a commis beaucoup de fautes dans l'article d'*Urcæus Codrus*. Ils parurent sous le titre de *Sermones festivi*. Quoiqu'ils contiennent des discours assez orduriers et des poésies galantes, quelques bibliographes les ont mis au rang des *Sermons*. On voit bien en les lisant que le seul but de l'auteur étoit de s'amuser et de divertir ses lecteurs, quoiqu'il n'y réussisse pas toujours. Les œuvres d'*Urcæus* reparurent en 1515, in-4°.
**URÉE**, ou plutôt
**VRÉE** ou
**WRÉE**, (Olivier) en latin *Urédius*, se fit Jésuite, et rentra ensuite dans le monde où il continua de s'appliquer à l'étude des langues savantes et à l'histoire de sa patrie. Il occupa des places distinguées dans la magistrature à Bruges, et mourut en 1652, après avoir été le soutien du pupille et de la veuve. On a de lui : I. La *Généalogie des Comtes de Flandre*, en latin, à Bruges, 1642 et 1643, 2 vol. in-folio. II. Les *Sceaux des Comtes de Flandre*, 1639, in-fol. L'un et l'autre ont été maussadement traduits en françois et imprimés à Bruges, 1641 et 1643, 3 vol. in-fol. III. Une *Histoire de Flandre* en latin, Bruges 1650, deux vol. in-fol. Le dernier tome est le plus rare à trouver. *Voyez la Méthode pour étudier l'Histoire*, de *Lenglet*, tom. 14°, pag. 262. I. URFÉ, (Honoré d') comte de Château-neuf, marquis de Valromery, naquit à Marseille en 1567 de Jacques d'Urfé, d'une illustre maison de Forez originaire de Souabe. Il fut le 5e de six fils et le frère de six sœurs. Après avoir fait ses études à Marseille et à Tournon, il fut envoyé à Malte d'où il retourna dans le Forez, ne pouvant pas supporter les privations du célibat. Anne d'Urfé son frère avoit épousé en 1574 Diane de Chevillac de Château-Morand, riche et seule héritière de sa maison. Ce mariage ayant subsisté pendant 22 ans, fut rompu pour cause d'impuissance en 1596. Anne embrassa l'état ecclésiastique. Diane resta libre pendant quelques années; ensuite cédant aux poursuites d'Honoré, qui ne vouloit pas laisser sortir de sa maison les grands biens qu'elle y avoit apportés, elle consentit à l'épouser. Ce mariage n'étant fondé que sur l'intérêt, les deux époux ne vécurent pas long-temps dans une parfaite intelligence. La mal-propreté de Diane toujours environnée de grands chiens, qui cansoient dans sa chambre et même dans son lit une saleté insupportable, dégoûtèrent bientôt son mari. D'ailleurs d'Urfé avoit espéré qu'il naitroit de ce mariage des enfans qui pussent conserver dans sa maison les biens que Diane y avoit apportés; mais au lieu d'enfans, elle accouchoit tous les ans de moles informes. Il se retira donc en Piémont où il coula des jours heureux, débarrassé des épines de l'hymen et de l'ennui du ménage. Il mourut à Ville-Franche en 1525, âgé de 58 ans. Sa maison est éteinte. Ce fut vraisemblable- ment pendant sa retraite en Piémont qu'il composa son Astrée, 4 vol. in-8°, augmentée d'un 5e par Baro son secrétaire. Cette Pastorale fut la folie de toute l'Europe pendant plus de 50 années. C'est un tableau de toutes les conditions de la vie humaine qui laisse peu à desirer du côté de l'invention, des mœurs et des caractères. Ce tableau n'est point à plaisir; et tous les faits couverts d'un voile ingénieux ont un fondement véritable dans l'histoire des amours de l'auteur avec Diane de Château-Morand, ou dans celle des galanteries de la cour de Henri IV. Il est vrai que les caractères ne sont pas toujours assortis au genre pastoral, et que les bergers de l'Astrée jouent le rôle tantôt d'un courtisan délicat et poli, et tantôt d'un sophiste très-pointilleux. « Ce livre qui faisoit autrefois les délices des personnes les plus spirituelles et même des savans, dit Nicéron, n'est plus lu maintenant. Le goût de ces romans de longue haleine, et où les aventures sont entassées les unes sur les autres sans qu'on en voie jamais la fin, a subsisté quelque temps; mais il est entièrement passé. On n'est plus d'humeur à se prêter long-temps à des idées si frivoles; et ceux qui ont conservé le goût du roman, ne veulent plus que de ces histoires qui durent assez pour les amuser, mais non point assez pour leur causer de l'ennui. Olivier Patru a donné des éclaircissemens sur l'Astrée, où il découvre plusieurs personnes dont Honoré d'Urfé a eu intention de parler sous des noms empruntés; mais c'est une chose qui intéresse maintenant peu de personnes. » La meilleure édition de cet ouvrage est celle de Paris, 1753, en 10 vol. in-12, par l'abbé *Souchai* : (*Voy. SOUCHAI.*) On a encore de d'Urfé : I. Un Poème intitulé : *la Sirène*, 1611, in-8° ; c'est le premier ouvrage de l'auteur, et il n'annonçoit qu'un poète médiocre. II. Un autre Poème sous le titre de *la Savoisiade*, dont il n'y a qu'une partie d'imprimée. III. Une Pastorale en vers non rimés, intitulée : *la Sylvanire* ou la *Morte vive*, 1625, in-8°. IV. Des *Epttres morales*, in-12, 1620. Il n'y a rien dans ce livre, dit *Nicéron*, que de fort commun, et il n'est plus guère connu. La maison d'Urfé a fini dans la personne du petit-neveu du poète, en 1724.
II. URFÉ, (Anne d') frère aîné du précédent, fut comte de Lyon, et mourut en 1621, à 66 ans. C'étoit un homme de lettres qui avoit autant de vertu que d'esprit. On a de lui des *Sonnets*, des *Hymnes* et d'autres *Poésies*, 1608, in-4°, qui étoient médiocrement bonnes, même pour son temps. I. URIE, mari de *Bethsabée*. Sa femme étant enceinte de l'adultère qu'elle avoit commis avec *David*, en donna avis à ce prince qui, pour cacher son crime, engagea *Urie* à revoir sa femme. Mais comme il refusa d'aller à sa maison, *David* le renvoya au siège de Reblath d'où il venoit, avec des lettres pour *Joab*, qui eut ordre de le mettre dans l'endroit le plus périlleux, puis de l'y abandonner pour y périr. Cet ordre cruel fut fidèlement exécuté, et le vertueux *Urie* fut la victime de l'impudicité de sa femme et de son roi.
II. URIE, successeur de *Sadoc II* dans la grande sacrificature des Juifs, vivoit sous le roi *Achaz*. Ce prince étant allé à Damas au-devant de *Trzlathphalasar*, et ayant vu dans cette ville un autel profane dont la forme lui plut, en envoya aussitôt le dessin au grand prêtre *Urie*, en lui ordonnant de faire sur ce modèle un autel pour le temple. Le grand prêtre exécuta ponctuellement l'ordre du roi, et se couvrit d'un opprobre éternel en trahissant ainsi son ministère.
III. URIE, fils de *Séméi*, prophétisoit au nom du Seigneur en même temps que *Jérémie*, et prédisoit contre Jérusalem et tout le pays de Juda les mêmes choses que ce prophète. Le roi *Joakim* et les grands de sa cour l'ayant entendu, voulurent se saisir de lui et le faire mourir : *Urie* qui en fut averti, se sauva en Égypte. Mais *Joakim* l'ayant fait poursuivre, il fut pris et mené à Jérusalem où le roi le fit mourir par l'épée, et ordonna qu'on l'enterrât sans honneur dans les sépultures des derniers du peuple.
UROOM, (Henri-Corneille) peintre, né à Harlem en 1566, passa la plus grande partie de sa vie à voyager. L'Italie ne fut pas oubliée. Il fit dans cette grande école les études nécessaires pour se perfectionner. *Paul Bril* qu'il rencontra à Rome lui fut surtout d'un grand secours. *Uroom* s'étant embarqué avec un grand nombre de ses tableaux pour l'Espagne, eut à essuyer une affreuse tempête qui le jeta sur des côtes inconnues et lui enleva tout son trésor pittoresque. Quel- ques hermites habitans de ces demeures sauvages, exercèrent envers lui l'hospitalité et lui fournirent bientôt l'occasion de retourner dans sa patrie. Le peintre par reconnoissance fit plusieurs tableaux pour orner leur église. Ce maître avoit un rare talent pour représenter des *Marines* et des *Combats sur mer*. L'Angleterre et les princes de *Nassau* l'occupèrent à consacrer par son pinceau les victoires maritimes que ces deux puissances avoient remportées. On exécuta même des tapisseries d'après ses ouvrages. Nous ignorons l'année de sa mort.
URRACA ou URRAQUE, fille et héritière d'*Alphonse VI* roi de Léon et de Castille, épousa d'abord *Raimond* de Bourgogne qui la laissa veuve en 1100. Elle se remaria six ans après avec Dom *Alphonse* roi d'Aragon et de Navare; et par cette union les couronnes de Léon, de Castille et de Tolède furent sur la même tête. *Urraca* étoit aussi voluptueuse que belle: elle se livra au penchant de son cœur. Son époux la fit enfermer; mais elle se sauva de sa prison, et demanda à être séparée de Dom *Alphonse*. L'évêque de Compostelle nommé par la cour de Rome pour juger cette affaire, déclara le mariage nul. *Alphonse* en abandonnant une épouse qu'il méprisoit, auroit désiré de garder une partie de sa riche dot. Il vouloit retenir le royaume de Castille; mais les Castillans donnèrent le trône l'an 1122 à *Alphonse Raimond* de Bourgogne, fils d'*Urraca* et de *Raimond* de Bourgogne son premier époux. Cette princesse continuant de se livrer à l'impétuo- sité de ses désirs, son propre fils fut obligé de l'assiéger dans le château de Léon, et ne lui donna la liberté qu'après l'avoir fait renoncer à la couronne de Castille. Elle mourut peu de temps après en 1125, après avoir pillé le trésor de l'église de Saint-Isidore de Léon. On dit qu'une couche laborieuse termina ses jours. — Sa sœur *THÉRÈSE*, fille naturelle d'*Alphonse VI*, avoit épousé Henri de Lorraine roi de Portugal, qu'elle perdit en 1112. Elle se remaria avec *Bermond Paès de Transtamare* et s'abandonna ensuite au frère de son mari. Ces amours incestueux causèrent une guerre en Portugal. *Thérèse* appela *Alphonse Raimond* de Castille à son secours et lui céda le royaume de Portugal, à l'exclusion de son fils. Mais *Alphonse* arma en vain pour recueillir cet héritage: il fut vaincu et blessé. Ayant ensuite assiégé *Alphonse-Henriques* fils de *Thérèse* dans la ville de Guimanares, il fit la paix avec lui, à condition que ce prince lui prêterait serment de fidélité comme à son souverain. Mais il négligea entièrement les intérêts de *Thérèse* et ne stipula rien pour une tante qui avoit voulu être sa bienfaitrice, soit que ses mœurs déréglées lui fissent horreur, soit qu'en prenant sa défense il n'eût écouté que la voix de l'ambition.
URSATUS, *Voy*. ORSATO.
URSICIN ou URSIN, anti-pape, fut élu évêque de Rome par une faction en 384, le même jour que fut ordonné *St. Damase*. Ces deux élections causèrent un schisme. Les deux partis prirent les armes et il y eut plusieurs Chrétiens tués de part et l'autre. *Ursicin* fut banni de Rome par l'empereur *Gratien*; mais étant revenu, il excita de nouveaux troubles. Enfin il fut exilé pour toujours, et *Damase* maintenu sur le trône pontifical. I. URSINS, (Guillaume Jouvenel des) baron de *Traisnel*, se signala à l'exemple des anciens Romains dans presque tous les emplois de la robe et de l'épée. Successivement conseiller au parlement, capitaine des gendarmes, lieutenant général du Dauphiné, bailli de Sens, il fut nommé chancelier de France en 1445. *Louis XI* formant sur lui des soupçons injustes, le déposa et l'emprisonna en 1461; mais ayant reconnu son innocence, il le rétablit avec éloge en 1465. Ce ministre mourut en 1472, avec la réputation d'un homme plus propre pour la guerre que pour la robe. Son père étoit un avocat de Paris qui étant devenu prévôt des marchands en 1388, réprima l'insolence des gens de guerre et maintint les privilèges des bourgeois de Paris. On lui donna par reconnaissance l'hôtel nommé *des Ursins* dont il prit le nom. *Jouvenel* n'a été ni le premier ni le dernier qui a altéré son nom roturier pour s'entrer sur une famille noble. Celle *des Ursins* en Italie dont quelques ignorans l'ont cru, est une des plus illustres de l'Europe. Elle a donné à l'église cinq papes et plus de trente cardinaux. Voy. I. BORGIA.
II. URSINS, (Jean Jouvenel des) frère du précédent, s'éleva par le crédit du chancelier. Il exerça la charge de maître des requêtes et divers autres emplois, avec une intégrité peu commune. Son goût pour la piété le porta à embrasser l'état ecclésiastique; et il fut successivement évêque de Beauvais, de Laon, et enfin archevêque de Rheims en 1449; en cette dernière qualité il sacra le roi *Louis XI*. Ce prélat également illustre par ses vertus épiscopales et par ses connaissances littéraires, mourut le 14 juillet 1473, à 85 ans, après s'être signalé parmi les évêques qui revirent la sentence injuste prononcée par les Anglois contre la *Pucelle d'Orléans*. On a de lui une *Histoire* du règne de *Charles VI*, depuis l'an 1380 jusqu'en 1422; elle passe pour assez exacte, et elle est écrite avec naïveté. L'auteur penche beaucoup plus pour le parti des Orléans que pour celui des Bourguignons: il ne ménage point ceux-ci, et il encense les autres. Son Histoire est écrite année par année, sans autre liaison que celle des faits. Les événements y sont assez détaillés; cependant, à l'exception de quelques circonstances, il n'y a rien de bien particulier. *Théodore Godefroi* la fit imprimer en 1614, in-4°; et *Denis* son fils la donna depuis en 1653, in-folio, avec des augmentations.
III. URSINS, (Anne-Marie de la Trimouille, épouse en secondes noces de *Flavio des*) duo de Bracciano; femme de beaucoup d'esprit et d'ambition, joua un rôle à Rome et ne contribua pas peu à la disgrace du cardinal de *Bouillon*. Devenue veuve en 1698, elle fut nommée *Camerera-Mayor* de *Louise-Marie de Savoie*, reine d'Espagne et première femme de *Philippe V*. Ce titre répond à celui de dame d'honneur en France. Elle prit 208 U R S un tel empire sur l'esprit du roi et de la reine, que *Louis XIV* craignant qu'elle n'engageât par ses intrigues son petit-fils dans de fausses démarches, la fit renvoyer en 1704. La reine d'Espagne qu'elle gouvernoit en fut inconsolable; sa dame d'honneur lui fut rendue et eut plus de pouvoir que jamais. Elle présidait à toutes les délibérations, sans être admise dans les conseils où elles se prenoient. Les ambassadeurs traitaient avec elle, les ministres lui rendoient compte de leurs desseins, et les généraux d'armée même la consultoient. Ceux qui ne ploient pas sous elle, étoient ou congédiés ou tracassés. Elle rendit les plus mauvais offices au duc d'Orléans qui faisoit triompher les armes de France en Espagne. La reine étant morte en 1712, *Philippe V* épousa en secondes noces *Elizabeth Farnèse*, fille et héritière du duc de Parme, qui commença son règne en chassant la princesse *des Ursins* accourue au devant d'elle. La reine fut autorisée dans cette démarche par son époux qui lui avoit écrit, en la priant de renvoyer la favorite : *Au moins prenez bien garde de ne pas manquer votre coup tout d'abord ; car si elle vous voit seulement deux heures, elle vous enchaînera et nous empêchera de coucher ensemble, comme avec la feue reine*. La princesse *des Ursins* forcée de sortir du royaume, sans même qu'elle sât la raison d'une si prompte disgrace, ne put trouver un asile ni à Paris, ni à Gênes. Enfin elle se retira dans la ville d'Avignon, et de là à Rome où le pape avoit d'abord refusé de la recevoir. Elle y mourut le 5 dé- décembre 1722, à 80 ans passés. « Les historiens, dit l'abbé *Millot*, ont trop flétri sa mémoire, et trop peu connu ce qu'elle possédoit de qualités respectables. Elle avoit le talent des affaires avec celui de l'intrigue ; de l'élévation dans les sentimens, avec les petitesses de la vanité ; beaucoup de zèle pour ses maîtres, avec la jalousie de la faveur ; moins de vertus et d'agrémens que *Mad. de Maintenon*, mais plus de force d'esprit et de caractère. Si elle fit quelques fautes, elle rendit aussi de grands services ; car elle fut le conseil, le soutien d'une jeune reine sans expérience qui se fit adorer de ses peuples, qui anima le roi dans les circonstances les plus orageuses, qui le rendit supérieur à toutes les tempêtes, et qui sans cesse fut exposée avec lui à se perdre par de fatales imprudences. L'Espagne étoit alors si difficile à gouverner, qu'une grande partie des reproches faits à la princesse *des Ursins* semblent devoir retomber sur les conjonctures. Elle fut intrigante, altière, ambitieuse. Combien de ministres célèbres l'ont été de même ? Mais son courage et sa résolution au milieu des périls extrêmes du monarque, contribuèrent beaucoup à le maintenir sur le trône. » Le roi et la reine d'Espagne avoient voulu, à sa sollicitation, réserver un petit territoire dans les Pays-Bas, qu'ils auroient fait ériger en souveraineté pour la princesse *des Ursins* ; mais ce fut une chimère qui l'occupa long-temps et que sa mauvaise fortune dissipa. Elle avoit épousé en premières noces *Taleyran* prince de Chalais.
URSINS,
URSINS, (Marie-Félicité des) Voyez IX. MONTMORENCI, à la fin. I. URSINUS, (Zacharie) théologien Protestant, né à Breslaw en 1534, se fit un nom en Allemagne, et fut ami intime de Mélanchthon. Après la mort de cet homme célèbre, Ursinus étant persécuté par les théologiens de la confession d'Angsbourg, sortit de Breslaw. Il se retira à Zurich, et mourut à Neustadt en 1583, à 49 ans. On a de lui plusieurs ouvrages estimés des Protestans, à Heidelberg, 1611, 3 tom. in-folio. Ils roulent presque tous sur la controverse. — Il ne faut pas le confondre avec George URSINUS théologien Danois, qui s'est fait un nom par ses Antiquités Hébraïques.
II. URSINUS, (Jean-Henri) théologien Luthérien, surintendant des églises de Ratisbonne, où il mourut le 14 mai 1667, étoit un homme d'une grande érudition sacrée et profane. Ses principaux ouvrages sont: I. Exercitationes de Zoroastro, Hermete, Sanchoniatone; Norimbergæ, 1661, in-8.º II. Sylvæ Theologiæ symbolicae, 1685, in-12. III. De Ecclesiarum Germanicarum origine et progressu, 1664, in-8.º
III. URSINUS, (George-Henri) fils du précédent, philologue et littérateur, mourut le 10 septembre 1707, à 60 ans. On a de lui: I. Diatribe de Laprobana, Cerne et Ogyride veterum. II. Disputatio de Locustis. III. Observationes philologicae de variis vocum etymologiis et significationibus. IV. De primo et pro- prio Aoristorum usu. V. Des Notes critiques sur les Eglogues de Virgile, sur la Troade de Sénèque le Tragique. VI. Grammatica Græca. VII. Dionysii Terræ orbis Descriptio cum notis. Ces ouvrages prouvent qu'il avoit hérité du savoir de son père.
URSINUS ou ORSINI, Voyez FULVIUS-URSINUS, n.º II. I. URSULE, intendant des largesses sous l'empereur Constance, fut mis à mort au commencement du règne de Julien l'Apostat en 325. Constance en envoyant Julien dans les Gaules, avoit expressément recommandé qu'on lui ôtait le moyen de faire des largesses aux troupes. Ursule qui affectionnoit ce prince, avoit donné des ordres secrets pour lui remettre autant d'argent qu'il voudroit, et par-là il lui avoit facilité l'accomplissement de ses desseins. Son supplice exposa Julien à l'exécution publique. L'empereur affectant une compassion politique, se défendit en protestant qu'Ursule avoit été exécuté à son insequ, et qu'on l'avoit immolé au ressentiment des soldats irrités de la hauteur avec laquelle ce ministre les avoit traités au siège d'Amide. Amalien avoue que l'apologie étoit frivole, et que l'empereur démentit en cette occasion le caractère d'équité et de douceur qu'il avoit montré jusqu'alors.
II. URSULE, (Sainte) fille d'un prince de la Grande-Bretagne, fut couronnée de la palme du martyre par les Huns auprès de Cologne sur le Rhin, avec plusieurs autres filles qui l'accompagnaient vers l'an 384, selon la plus commune opinion. Plusieurs écrivains ont dit que les compagnes de *Sainte Ursule* étoient au nombre de onze mille, et les appellent les *Onze mille Vierges*. Mais *Usuard* qui vivait au 9$^{e}$ siècle, dit seulement qu'elles étoient en grand nombre; et d'autres prétendent qu'elles n'étoient que onze en tout. Cette opinion est la plus probable; mais ce n'est pas la plus suivie par les auteurs des légendes. On prétend que l'erreur des onze mille Vierges vient de l'équivoque du chiffre Romaïp XI. M. V. qu'on a mal interprété; ou du mot *Undecimilla*, compagne de *Ste Ursule*. L'auteur des notes sur la traduction françoise du *Martyrologe Romaia*, dit que cette dernière opinion est ingénieuse, mais sans preuve: il se trompe, puisqu'elle est appuyée de l'autorité d'un ancien missel conservé en Sorbonne, où la fête de *Ste Ursule* est marquée ainsi: *Festum SS. Ursulae, Undecimillae et saciarum virginum et martyrum*. La *Chronique* de *St. Tron* (*Voyez D. D'ACHERY, Spicileg. tom. VII*, page 475) fait mention d'une *Ste Ursule* supérieure d'un monastère de filles près de Cologne, tuée avec onze compagnes par les Barbares. *Surius* a donné une *Vie* de *Ste Ursule* qui est une pure fiction. Le *P. Crumbach* a publié un gros volume in-folio intitulé: *Ursula vindicata*, Cologne, 1647; ouvrage où la crédulité est portée à son comble. A la page 743, on voit les noms d'un très-grand nombre de ces vierges et celui de leurs pères et mères. Page 523, on trouve la généalogie de *Ste Ursule*. C'est *Ste Ursule* elle-même qui longtemps après son martyre, a raconté toute son histoire avec une naïveté enchantante, page 742. Outre les onze mille vierges martyrisées, il y a eu à peu près onze mille princes ou rois dont on trouve également les noms, la généalogie et tout ce qu'on peut imaginer sur leur compte dans le plus grand détail et du ton le plus sérieux. La crédulité extrême du *P. Crumbach*, n'autorise pas cependant le pyrrhonisme de quelques critiques qui ont voulu prouver qu'il n'y avoit jamais eu de *Ste Ursule*; l'autorité de l'Église qui en fait la fête, doit convaincre tout esprit raisonnable. En vain nous oppose-t-on le silence de *Béle* sur cette sainte martyre et ses compagnes; on sait que cet historien a omis plusieurs faits importants et qu'il saute quelquefois d'un siècle à un autre, sans rien dire de ce qui s'est fait dans un intervalle de cent ans. Il y a dans l'Église un ordre de Religieuses qui prennent le nom de cette Sainte. La bienheureuse *Angèle de Bresse* établit cet institut en Italie l'an 1537; et le pape *Paul III* le confirma en 1544. *Voyez ANGÉLE-MERICI et BUS*.
URSUS, (Nicolas-Raymarus) mathématicien Danois, garda les pourceaux dans sa jeunesse. Il ne commença d'apprendre à lire qu'à dix-huit ans; mais ses progrès furent rapides, et il devint presque sans maître, l'un des plus savans astronomes et des plus habiles mathématiciens de son temps. Il enseigna les mathématiques à Strasbourg avec réputation, et fut ensuite appelé par l'empereur pour enseigner la même science à Prague, où il mourut vers l'an 1600. On a de lui quelques *Ecrits* mathémati- ques. Il avoit eu l'imprudence de lutter contre *Ticho-Brahé* qui le réduisit au silence.
USPERG, (L'abbé) *Voyez* CONRAD, n.º III.
USSERIUS, (Jacques) en anglois USHER, né à Dublin en 1580 d'une famille ancienne, apprit à lire ou du moins à épeler de deux tantes qui étoient aveugles. On l'envoya ensuite dans l'université de Dublin, établie par *Henri de Usher* son oncle, archevêque d'Armach. La pénétration de son esprit lui facilita l'étude de toutes les sciences. Langues, poésie, éloquence, il n'oublia rien pour orner son esprit. « Une certaine inclination qu'il se sentit pour les charmes de la poésie et la passion du jeu qu'il contracta par le mauvais exemple de ses camarades, le retira, dit *Nicéron*, pendant quelque temps de l'étude et refroidit l'ardeur qu'il avoit pour elle. Mais il revint bientôt de son égarement. La lecture de ces paroles de CICÉRON : *Nescire quid anteà quàm natus sis acciderit, id est semper esse puerum* ; et le livre de SLEIDAN, de quatuor Imperiis, qu'il parcourut avec beaucoup de plaisir, lui inspirèrent une ardeur incroyable pour apprendre l'histoire. Dès l'âge de quatorze ans, il faisoit des extraits des livres historiques qu'il pouvoit trouver, qu'il rangeoit par ordre chronologique, afin de s'imprimer davantage les faits dans la mémoire. » L'étude de l'histoire ne lui faisoit point négliger celle de la religion. Il embrassa l'état ecclésiastique, et il travailla comme théologien et comme controversiste. En 1615, il dressa dans une assemblée du clergé d'Irlande, les articles touchant la religion et la discipline ecclésiastique; et ces articles furent approuvés par le roi *Jacques*, quoiqu'ils fussent différens de ceux de l'Église Anglicane. Ce monarque pénétré de son mérite, lui donna l'évêché de Meath en 1620, puis l'archevêché d'Armach en 1626. *Usserius* passa en Angleterre l'an 1640; et ne pouvant plus retourner en Irlande déchirée par les guerres civiles, il fit transporter sa bibliothèque à Londres. Tous ses biens lui furent enlevés dans ce flux et reflux de factions. L'université de Leyde, instruite de son état, lui offrit une pension considérable avec le titre de professeur honoraire, s'il vouloit se rendre en Hollande. Le cardinal de *Richelieu* lui envoya sa médaille, et ajouta à ce présent des offres avantageuses s'il venoit en France, où il auroit la liberté de professer sa religion. *Usserius* aima mieux demeurer en Angleterre où il continua de mettre au jour plusieurs ouvrages qui ont fait un honneur infini à l'étendue de son érudition et à la justesse de sa critique. Les principaux sont : I. *Annales Veteris et Novi Testamenti*, à Genève, 1722, en 2 vol. in-folio; dans lesquelles il concilie l'histoire sacrée et profane, et raconte les principaux événements de l'une et de l'autre, en se servant des propres termes des auteurs originaux. Ses calculs n'ont rien d'incroyable. Il fit paroître la chronologie des Assyriens sous une forme plus régulière, en réduisant à cinq cents ans, avec *Hérodote*, la durée de leur empire, que la plupart des historiens trompés par *Diodore* de Sicile, faisoient aller à 1400. (Voyez III. LUBIN.) II. Antiquitates Ecclesiæum Britannicarum, Londres, 1687, in-folio. Il fait remonter la prédication de l'Évangile en Angleterre au temps de la mission des Apôtres; mais les actes qu'il produit pour appuyer cette prétention, sont fort suspects. III. Gotschalci historia, Dublin, 1631, in-4°. C'est le premier livre latin imprimé en Irlande. IV. Une édition des Epîtres de St. Ignace, de St. Barnabé et de St. Polycarpe, avec des notes pleines d'érudition, Oxford, 1644; et Londres, 1647, 2 tom. en un vol. in-4°. Ce recueil est aussi rare qu'estimé. V. Un Traité de l'édition des Septante, Londres, 1655, in-4°, en latin; dans lequel il a soutenu des opinions particulières, que tout le monde n'adopte point. Ce prélat eut toutes les qualités d'un bon citoyen. Invariablement attaché au roi Charles I, il tomba en défaillance au premier appareil du supplice de ce monarque. Sa vertu fut respectée par l'usurpateur qui avoit mis ce roi à mort en 1649: Cromwell le fit venir à sa cour et lui promit de le dédommager d'une partie des pertes qu'il avoit faites en Irlande. Il l'assura aussi qu'on ne tourmenteroit plus le clergé épiscopal; mais il ne lui tint pas parole. Usserius tomba malade bientôt après, et mourut d'une pleurésie le 21 mars 1656, âgé de 75 ans. Sa conduite fut toujours marquée au coin de la modération: aussi les Anglicans fanatiques l'accusèrent de pencher vers la religion Catholique. Le roi de Danemarck et le cardinal Mazerin voulurent acheter sa bibliothèque; mais Cromwell la fit vendre à un prix fort médiocre, pour en faire un présent à l'université de Dublin. Voyez sa Vie par Richard Parr, à la tête de ses Lettres, Londres, 1686, in-folio.
USTARIZ, (Dom Hilaire) Espagnol distingué par ses profondes connoissances en économie politique, et mort dans le siècle qui vient de finir, a publié une Théorie du commerce et de la marine, in-4°, qui a eu un grand nombre d'éditions, et que l'orbonnois a traduite en 1783.
USUARD, Bénédictin du 9e siècle, est auteur du Martyrologe qu'il dédia à Charles le Chauve. Cet ouvrage est fort célèbre; mais on ignore les particularités de la vie de son auteur. Les meilleures éditions sont celles de Molanus, à Louvain, 1568, in-8°, et du P. Sollier Jésuite, in-folio, Anvers, 1714, qui est très-curieuse et faite avec beaucoup de soin. Molanus a donné plusieurs éditions du même ouvrage; mais celle de 1568 est la plus ample, parce que dans les autres ses censeurs l'obligèrent de retrancher beaucoup de notes qui méritoient d'être conservées. Il y a une édition du même Martyrologe, à Paris, 1718, in-4°, par Dom Bouillart Bénédictin de Saint-Maur; mais elle est moins recherchée que celle de Sollier.
USUM-CASSAN, dit aussi OZUM-ASEMBEC, de la famille des Assembléens, étoit fils d'Alibec et devint roi de Perse. On assure qu'il descendoit de Tamerlan, et qu'il sortoit de la branche nommée du Belier blanc. Il étoit gouverneur de l'Armé- ale, lorsqu'il leva en 1467 l'étendard de la révolte contre le roi de Perse *Joancha*. Après lui avoir ôté la vie ainsi qu'à son fils *Acen-Ali*, il monta sur le trône et fit la guerre aux Turcs, uni avec les Chrétiens; mais ses exploits n'apportèrent aucun avantage à ceux-ci. Ce prince mourut en 1478, à 78 ans, avec la réputation d'un homme remuant, ambitieux et cruel. Quoique Mahométan, il avoit épousé la fille de l'empereur de Trébizonde, qui étoit Chrétienne.
**UTENBOGAERT**, (Jean) une des principales colonnes des Remontrans, naquit à Utrecht en 1557, et mourut à la Haye en 1644. Il n'eut pas l'étendue et la pénétration de génie d'*Episcopius* son ami constant; mais il le surpassoit en netteté et en simplicité de style. Tous les ouvrages qu'il publia en grand nombre sont en bollandois. Les principaux sont: I. Une *Histoire Ecclésiastique*, in-folio. II. L'*Histoire de sa Vie*, in-4.º Ceux qui voudront de plus grands détails, pourront les y puiser ou dans le Dictionnaire de *Chaufepied*, qui a fait sur cet auteur un article fort curieux.
**UTENHOVE**, (Charles) né à Gand en 1536, fut élevé avec soin dans les belles-lettres et dans les sciences, par son père, homme distingué par sa vertu et par son éloquence, non moins que par l'ancienneté de sa famille. Envoyé à Paris pour y achever ses études, il s'y lia avec *Turnèbe* qu'il fit précepteur des trois savantes filles de *Jean Morel*. De Paris *Utenhove* passa en Angleterre, où il écrivit en faveur de la reine *Elizabeth* qui lui donna des marques de sa libéralité. Enfin s'étant retiré à Cologne, il y mourut d'apoplexie en 1600. On a de lui des *Poésies* latines et d'autres ouvrages; les principaux sont: I. *Epigrammata*, *Epitaphia*, *Epithalamia græca* et *latina*. II. *Xeniorum Liber*, à Basle, 1564, in-8.º III. *Epistolarum Centuria*. IV. *Mythologia Æsopica*, *metro elegiaco*, Steinfurt, 1607, in-8.º Tous ces ouvrages marquent un esprit orné; mais le latin n'en est pas toujours assez pur ni assez élégant.
**UXELLES**, (Nicolas Châlon du Blé, marquis d') porta d'abord le petit collet; mais son frère aîné étant mort en 1669, il se consacra aux armes. Plusieurs belles actions le distinguèrent; et il se signala sur-tout dans Maïence dont il soutint le siège pendant 56 jours. Lorsqu'il alla rendre compte au roi de la capitulation, il craignoit les reproches de ce prince et se jeta à ses pieds: *Relevez-vous*, *Monsieur le Marquis*, lui dit Louis XIV; vous avez défendu la place en homme de cœur, et capitulé en homme d'esprit. Propre à négocier comme à combattre, il fut plénipotentiaire à Gertrudemberg et à Utrecht, et il fit respecter la France aux yeux des étrangers. Il mourut sans avoir été marié en 1750, dans un âge avancé. Il avoit obtenu le bâton de maréchal de France en 1703, et avoit été en 1718 du conseil de régence, où il n'ouvrit que de bons avis qui ne furent pas tous suivis. Il n'avoit d'ailleurs ni profonde connaissance des affaires, ni talens réels pour l'administration. C'étoit un homme froid, taciturne, mais plein de 214 U X E sens. Son esprit étoit plus sage qu'élevé et hardi. Aussi le maréchal de Villars disoit-il de lui : J'ai toujours entendu dire que c'étoit une bonne caboche ; mais personne n'a jamais osé dire que ce fût une bonne tête. Le marquis d'Argenson un peu trop sévère, borne son talent pour la guerre à l'art d'en imposer aux militaires subalternes, en les forçant à la discipline, et en les éblouissant par le faste et la hauteur. L'abbé de Saint-Pierre le peint comme un homme de plaisir et un fin courtisan. Il faisoit effectivement fort bonne chère, et il sut se maintenir à la cour de Louis XIV, et à celle du régent. Il fut le dernier de sa famille, qui étoit connue comme noble au 15e siècle.
UZEDA, ( le duc d' ) Voyez I. GIRON et LERME.
UZZIEL, ( Jonathan ) savant rabbin Juif, mort dans le seizième siècle, est auteur d'une Paraphrase chaldaïque sur les livres de Josué, des Juges, des Rois, de Samuel, d'Isaïe, de Jérémie et des douze petits Prophètes. V A C 215
**VACE**, *Voye*: WACE (Robert). —
**VACHER**, (N.) chirurgien de l'hôpital militaire de Besançon, né à Moulins, mort en 1760, est connu par des *Observations de Chirurgie*, 1737, in-12, par une *Dissertation sur le cancer*, 1740, in-12, et par une *Histoire* du Frère *Jacques*. Il étoit neveu du célèbre chirurgien *Morand*. — **I. VACHET**, (Jean-Antoine Ie) prêtre, instituteur des Sœurs de l'*Union Chrétienne* et directeur des Dames Hospitalières de Saint-Gervais, étoit natif de Romans en Dauphiné, d'une famille noble. Après avoir distribué son bien aux pauvres, il se retira à Saint-Sulpice, s'appliqua aux Missions dans les villages et visita les prisons et les hôpitaux. Ses mortifications et ses travaux lui causèrent une maladie dont il mourut le 6 février 1681, âgé de 78 ans. L'abbé *Richard* donna sa *Vie* en 1692. Nous avons de lui : I. L'*Exemplaire des Enfans de Dieu*. II. La *Voie de Jésus-Christ*. III. L'*Artisan Chrétien*. IV. *Règlements pour les filles et les veuves qui vivent dans le séminaire des Sœurs de l'Union Chrétienne*. Ces ouvrages sont écrits avec plus d'onction que de pureté.
**II. VACHET**, (Pierre-Joseph de) prêtre de l'Oratoire, natif de Beaune, et curé de Saint-Martin de Sablon au diocèse de Bordeaux, mort vers 1655, laissa des *Poésies latines*, Saumur, 1664, in-12.
**VACQUERIE** ou
**VAQUERIE** (Jean de la) premier président du parlement de Paris sous *Louis XI*, se fit admirer par sa probité, par sa fermeté, par son zèle à soutenir les intérêts des citoyens. Le roi avoit donné des édits dont le peuple auroit été incommodé; la *Vacquerie* vint à la tête du parlement trouver *Louis XI*, et lui dit : *Sine, nous venons remettre nos charges entre vos mains, et souffrir tout ce qu'il vous plaira plutôt que d'offenser nos consciences*. Le roi touché de la généreuse intrépidité de ce magistrat, révoqua ses édits. La *Vacquerie* mourut en 1497. Le chancelier de l'Hôpital fait de ce président cet éloge : *Qu'il étoit beaucoup plus recommandable par sa pauvreté, que Rolin chancelier du duc de Bourgogne par ses richesses*.
**VACQUETTE** ou
**VAQUETTE** (Jean) écuyer, seigneur du *Cordonnoy*, né à Amiens en 1658, fut conseiller au présidial de cette ville. On reconnut en lui une science profonde des lois, dirigée par une parfaite intégrité : double mérite auquel il dut la mairie et la lieutenance générale de police, que lui déférèrent deux fois tous les suffrages. Il remplit ces places avec autant de zèle que d'intelligence. Il eut 216 VAD l'honneur de complimenter Jacques II roi d'Angleterre, lorsqu'allant à Calais il passa par Amiens le 29 février 1696. Il se forma dans cette ville en 1700 une société de gens de lettres; du Cardonnoy en conçut la première idée. Elle étoit composée des amateurs de ce temps-là, dont sa maison étoit le Lycée. Cette société ne subsista que jusqu'en 1720, et fut ressuscitée 30 ans après par cette académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts, établie à Amiens par lettres patentes de 1750, dont quelques membres se sont rendus célèbres. Du Cardonnoy faisoit particulièrement ses délices de la poésie et de la musique; il cultivoit les belles-lettres et la science des médailles antiques et modernes, dont il avoit un cabinet curieux et riche. Ses poésies sont quelques Contes en vers libres, et d'une poésie plus facile qu'énergique; tels que l'Exilé à Versailles, les Religieuses qui vouloient confesser, le Siège libéral, la Précaution inutile... Du Cardonnoy mourut au mois d'octobre 1739, regretté de tous ceux qui se connoissoient en vrai mérite. Il étoit dans la 81e année de son âge.
VADDÈRE, (Jean-Baptiste de) né à Bruxelles, embrassa l'état ecclésiastique, devint chanoine d'Anderlech, et mourut le 3 février 1681, après avoir passé une grande partie de sa vie dans les recherches des anciens diplômes et dans l'étude de l'histoire. On a de lui: Traité de l'origine des Ducs et du Duché de Brabant, etc. Bruxelles, 1672, in-4° M. Paquot en a donné une nouvelle édition, Bruxelles, 1784, 2 volum. in-12, corrigée quant au style, et enrichie de remarques historiques et critiques.
VADÉ, (Jean-Joseph) né en janvier 1720, à Ham en Picardie, fut amené à Paris à l'âge de cinq ans par son père qui vivoit d'un petit commerce. Il eut une jeunesse si fougueuse et si dissipée qu'il ne fut jamais possible de lui faire faire ses études. Il ne sut jamais que très-peu de latin; mais il corrigea ce défaut de son éducation par la lecture de tous nos bons livres françois. Vadé est créateur d'un nouveau genre de poésie, qu'on nomme le genre Poissard. Ce genre ne doit point être confondu avec le burlesque. Celui-ci ne peint rien; le poissard au contraire peint la nature, basse à la vérité, mais qui n'est point sans agrémens. Un tableau qui représente avec vérité une guinguette, des gens du peuple dansans, des soldats buvans et fumans, n'est point désagréable à voir. Vadé est le Teniers de la poésie; et Teniers est compté parmi les plus grands artistes, quoiqu'il n'ait peint que des fêtes flamandes. Les Œuvres de Vadé, contenant ses Opéra-Comiques, ses Parodies, ses Chansons, ses Bouquets, ses Lettres de la Grenouillère, son poème de la Pipe cassée, ses Complimens des clôtures des Foires de Saint-Germain et de Saint-Laurent, ont été recueillies en 4 vol. in-8°, chez Duchesne. On a encore de lui un volume de Poésies posthumes, contenant des Contes en vers et en prose, des Fables, des Fplères, où il y a du naturel et de la facilité; des Couplets, des Potpourris, etc. Vadé étoit doux, poli, plein d'honneur, de pro- bité, généreux, sincère, peu prévenu en sa faveur, exempt de jalousie, incapable de nuire, bon parent, bon ami, bon citoyen. Il avoit cette gaieté franche qui décèle la candeur de l'ame. Il étoit desiré par-tout. Son caractère facile et son goût particulier ne lui permettoient pas de refuser aucune des parties qu'on lui pro- posoit : il y portoit la joie. Il amusoit par ses propos, par ses chansons, et sur-tout par le ton poissard qu'il avoit étudié et qu'il possédoit bien. Ce n'étoit point une imitation, c'étoit la nature. Jamais on n'a joué ses pièces aussi bien qu'il les récitoit, et l'on perdoit beaucoup à ne pas l'entendre lui-même. Mais sa complaisance excessive, ses veil- les, ses travaux et les plaisirs de toute espèce auxquels il s'aban- donnoit sans retenue, prenoient sur sa santé. Il aimoit les femmes avec passion; le jeu et la table ne lui étoient peint indifférens, et il abusoit de son tempérament qui étoit robuste. Il commença enfin à connoître les égaremens et les dangers de sa conduite, et il mourut dans des sentimens très-chrétiens le 4 juillet 1757, âgé de 37 ans.
VADIAN, ( Joachim ) Va- dianus, né à Saint-Gal en Suisse l'an 1484, se rendit habile dans les belles-lettres, la géographie, la philosophie, les mathémati- ques et la médecine. Il professa les belles-lettres à Vienne en Autriche, et mérita la couronne de laurier que les empereurs don- noient alors à ceux qui excel- loient dans la poésie. Il mourut en 1551, à 66 ans, après avoir exercé les premières charges dans V A I 217 sa patrie. On a de lui des Com- mentaires sur Pomponius Mela, 1577, in-folio; un Traité de Poétique, 1518, in-4°, et d'au- tres ouvrages en latin, écrits pesamment.
VADING, Voy. WADING.
VÆNIUS, Voy. VENIUS. I. VAILLANT DE GUELLIS, (Germanus VALENS Guellius, Pimpontius) abbé de Paimpont, puis évêque d'Orléans sa patrie, mort à Meun-sur-Loire en 1587, mérita par son goût pour les belles-lettres la protection de François I. On a de lui : I. Un Commentaire sur Virgile, An- vers, 1575, in-folio. II. Un Poème qu'il composa à l'âge de 70 ans, et qu'on trouve dans Deliciæ Poëtarum Gallorum. Il y prédit l'horrible attentat commis deux ou trois ans après sur le roi Henri III, et les désordres qui suivirent ce forfait.
II. VAILLANT, (Jean-Foy) — né à Beauvais le 24 mai 1632, fut élevé avec soin dans les scien- ces par son oncle maternel et destiné à l'étude de la médecine; mais son goût ne se tourna point de ce côté-là. Un laboureur ayant trouvé dans son champ près de Beauvais un petit coffre plein de médailles anciennes, les porta au jeune médecin qui dès ce moment se livra tout en- tier à la recherche des monu- mens de l'antiquité. Il se forma en peu de temps un cabinet cu- rieux en ce genre, et il fit plu- sieurs voyages dans les pays étran- gers, d'où il rapporta des mé- dailles très-rares. Le désir d'aug- menter ses richesses littéraires l'engagea de s'embarquer à Mar- seille pour aller à Rome; mais 218 V A I il fut pris par un corsaire, conduit à Alger et mis à la chaîne. Environ quatre mois après, on lui permit de revenir en France pour solliciter sa rançon. Il s'embarqua donc sur une frégate qui fut à son tour attaquée par un corsaire de Tunis. Vaillant à la vue de ce nouveau malheur, afin de ne pas tout perdre comme il avoit fait dans le premier vaisseau, avala une quinzaine de médailles d'or qu'il avoit sur lui; et après avoir failli périr plusieurs fois, il trouva enfin le moyen de se sauver avec l'esquif. Quelque temps après, la nature lui rendit le dépôt qu'il lui avoit confié. De retour à Paris, il reçut des ordres de la cour pour entreprendre un nouveau voyage. Vaillant poussa ses recherches jusques dans le fond de l'Égypte et de la Perse, et y trouva les médailles les plus précieuses et les plus rares. Au renouvellement de l'académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Vaillant y fut d'abord reçu en qualité d'associé, et peu de temps après il obtint la place de pensionnaire. Il avoit été marié deux fois; et par une dispense particulière du pape, il avoit épousé successivement les deux sœurs. Il mourut le 23 octobre 1706, âgé de 74 ans. Ses ouvrages sont: I. L'Histoire des Césars, jusqu'à la chute de l'empire Romain, 1694, 2 vol. in-4. Cette Histoire a été réimprimée à Rome, sous ce titre: Numismata Imperatorum, etc. 1743, en 3 vol. in-4°, avec beaucoup d'augmentations qui sont de l'éditeur (le P. François Baldini). II. Seleucidarum Imperium sive Historia Regum Syriæ, ad fidem Numismatum accommodata, à Paris, 1681, in-4. L'auteur commence à Séleucus I; dit Nicanor, qui régna 312 ans avant J. C., et termine son ouvrage à Antiochus XIII surnommé Epiphane. Il renferme vingt-sept rois et cent vingt médailles très-bien gravées. III. Historia Ptolemæorum, Ægypti Regum, ad fidem Numismatum accommodata, à Amsterdam, 1701, in-fol. IV. Nummi antiqui familiarum Romanarum perpetuis illustrationibus illustrati, Amsterdam, 1703, 2 vol. in-folio. V. Arsacidarum Imperium sive Regum Parthorum Historia, ad fidem Numismatum accommodata, à Paris, 1725, in-4. VI. Achæmenidarum imperium sive Regum Ponti, Bosphori Traciæ et Bithyniæ Historia, ad fidem Numismatum accommodata, à Paris, 1725, in-4. Ces deux derniers ouvrages ne furent publiés qu'après la mort de l'auteur. VII. Numismata æra Imperatorum, 1688, 2 vol. in-fol. VIII. Numismata Græca, Amsterdam, 1700, in-folio. IX. Une seconde édition du Cabinet de Seguin, 1684; in-4. X. Plusieurs Dissertations sur différentes médailles. Tous ces ouvrages font honneur à son érudition, et ont beaucoup servi à éclaircir l'Histoire. On disoit de lui, «qu'il lisoit aussi facilement la légende des plus anciennes médailles, qu'un Manceau lit un exploit.» L'auteur étoit non-seulement estimable par son savoir, mais encore par son caractère.
III. VAILLANT, (Jean-François-Foy) fils du précédent, nequit à Rome le 17 février 1665. Son père l'emmena à Paris et lui fit faire un voyage en Angleterre, dans lequel il prit beau- V A I 219 coup de goût pour la science numismatique. De retour à Paris, il fit son cours de médecine, et pendant qu'il étoit sur les bancs, il composa un *Traité de la nature et de l'usage du Café*. En 1691 il fut reçu docteur-régent de la Faculté de Paris. En 1702 on l'admit dans l'académie royale des Inscriptions. Il donna plusieurs *Dissertations* curieuses sur des médailles; il composa aussi une Explication de certains mots abrégés ou lettres initiales qui se trouvent à l'exergue de presque toutes les médailles d'or du Bas-Empire; au moins depuis les enfants du grand *Constantin* jusqu'à *Léon l'Isaurien*. Il fit encore une Dissertation sur les Dieux *Cabières*, par laquelle il termina sa carrière littéraire. Il n'eut pendant les deux ans qu'il survécut à son père, qu'une santé fort dérangée, et mourut le 17 novembre 1708, à 44 ans. Bon, humain, ami fidèle, plein de franchise et de candeur, il embellit ces qualités par l'éloignement de toute vue d'intérêt, d'ambition et de fortune. — IV. VAILLANT, (Sébastien) né à Vigny près de Pontoise, en 1669, fit paroître dès sa plus tendre jeunesse une passion extrême pour la connoissance des plantes. Il fut d'abord organiste chez les religieuses Hospitalières de Pontoise, puis chirurgien et ensuite secrétaire de *Fagon* premier médecin de *Louis XIV*. Cet habile médecin ayant connu les talens de *Vaillant* pour la botanique, lui donna entrée dans tous les jardins du roi. Ce ne fut pas le seul bienfait qu'il reçut de son maître: *Fagon* lui obtint la direction du Jardin royal qu'il en- richit de plantes curieuses, et les places de professeur et sous-démonstrateur des plantes du Jardin royal et de garde des drogues du cabinet du roi. Le czar *Pierre* ayant voulu voir les raretés de ce cabinet précieux, *Vaillant* répondit à toutes les questions de ce monarque philosophe, avec autant d'esprit que de sagacité. L'académie des Sciences se l'associa en 1716. Il méritoit cet honneur par ses ouvrages. Les principaux sont: I. D'excellentes Remarques sur les *Institutions de Botanique de Tournefort*. II. Un *Discours sur la structure des Fleurs et sur l'usage de leurs différentes parties*. III. Un *Livre des Plantes qui naissent aux environs de Paris*, imprimé à Leyde en 1727, in-folio, sous le titre de *Botanicon Parisieuse* ou *Dénombrement par ordre alphabétique des Plantes qui se trouvent aux environs de Paris*, etc., avec plus de 300 figures par *Aubriet*. Cet ouvrage, fruit de 40 années de recherches, est très-estimé. L'auteur trop pauvre pour le faire imprimer, le légua à *Boerkhave* avec prière de le publier. Le docte Hollandois remplit son vœu avec zèle. Mais comme le manuscrit se trouva dans le plus grand désordre, sur-tout quant à la partie des champignons où l'on voit des descriptions au-dessous d'espèces auxquelles elles ne conviennent pas, ce défaut a fait commettre à *le Monnier* premier médecin du roi, une méprise qui lui a fait désigner comme vénéneux, d'après la phrase de *Vaillant*, un champignon qui ne l'est pas. IV. Un petit *Botanicon*, Leyde, 1743, in-12, qui n'est qu'un extrait du grand extrait dont *Jussieu* donna à Paris une nouvelle édition. Vaillant mourut le 22 mai 1722, de l'asthme, avec une fortune très-bornée, laissant une veuve, mais point d'enfans. V. VAILLANT, (Walleran) peintre et graveur, né à Lille en 1623, mort à Amsterdam en 1677, est le premier qui ait gravé en manière noire. Le secret de ce procédé lui fut confié par le prince Palatin Robert grand amiral d'Angleterre, et bientôt divulgué par le fils de celui qu'il avoit pris pour hâcher son cuivre. L'Anglois Smith a perfectionné cette manière qui n'avoit produit que de mauvaises planches dans les mains des artistes peu habiles. Vaillant doit être distingué d'eux; il réussissoit dans le portrait. Il a peint l'empereur Léopold et toute la cour de France. Il a laissé aussi quelques bonnes estampes.
VAIR, (Du) Voy. DUVAIR.
VAIRASSE, Voy. I. ALLAIS.
VAISSETTE, (Dom Joseph) né à Gaillac en Albigeois en 1685, exerça pendant quelque temps la charge de procureur du roi du pays Albigeois. Dégoûté du monde, il se fit Bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, dans le prieuré de la Daurade à Toulouse, en 1711. Son goût pour l'histoire le fit appeler à Paris en 1713 par ses supérieurs qui le chargèrent avec Dom Claude de Vic de travailler à celle de Languedoc. Le premier volume de cette Histoire parut en 1730, in-folio. Peu d'Histoires générales, dit l'abbé des Fontaines, sont mieux écrites en notre langue: l'érudition y est profonde et agréable. On a ajouté à la fin des notes très-savantes sur différens points de l'Histoire de Languedoc; ses notes sont autant de dissertations sur des matières curieuses. Ce qui le distingue sur-tout est une grande impartialité dans l'Histoire des Albigeois et des autres hérétiques qui ravagèrent cette province. Il ne se passionne point; il raconte en homme qui a consulté tous les monumens. Aussi les Jésuites qui dans l'Histoire de l'Eglise Gallicane n'avoient pas montré la même modération, ne manquèrent-ils pas de le critiquer dans le Journal de Trévoux. Dom de Vic étant mort en 1734, Dom Vaissette resta seul chargé de son grand ouvrage, qu'il exécuta avec succès et dont il publia les quatre autres volumes. Ce savant mourut à Saint-Germain-des-Prés le 10 avril 1756, regretté par ses confrères et par le public. Il préparoit un sixième volume de son Histoire de Languedoc, et Dom Bourotte son confrère a été chargé de l'achever. Ses autres écrits sont: I. Un Abrégé de son Histoire de Languedoc, en 6 vol. in-12, 1740. Il peut suffire à ceux qui ne sont pas de cette province; mais les Languedociens le trouvent trop sec et trop décharné. II. Une Géographie universelle, en 4 vol. in-4° et en 12 vol. in-12. Quoiqu'elle ne soit pas exempte de fautes, on la regarde avec raison comme une des plus détaillées, des plus méthodiques et des plus exactes que nous ayons. On peut seulement reprocher à l'auteur qu'il y a trop peu de détails sur le commerce et les arts des pays qu'il décrit. La simplicité et la candeur jointes à beaucoup d'esprit et d'érudition, formoient le caractère de Dom Vaissette... Voyez LEIB-NITZ, n.º XII de ses ouvrages.
VAL, (Du) Voy. DUVAL.
VAL-DES-CHOUX, Voy. VIARD.
VAL-DE-GRACE, Voyez ARBOUSE.
VALADE, (Jacques-Francois) né à Toulouse et mort à Paris le 24 juin 1784, se distingua dans cette dernière ville comme libraire et imprimeur. Gustave III roi de Suède lui fit don d'une médaille d'or, frappée à l'occasion de la révolution qu'il opéra dans ses états en 1772, et lui permit de prendre le titre de son libraire. On doit à Valade divers Catalogues estimés pour leur ordre par les bibliographes, et particulièrement celui de la bibliothèque du garde des sceaux Hue de Miromesnil, 1781, in-4.º
VALART, (l'abbé Joseph) né à Hesdin, mort en 1779, avoit été professeur à l'École royale militaire. C'étoit un bon humaniste et il a beaucoup écrit sur les règles de la grammaire latine. On lui doit un Supplément à la Grammaire générale de Beauzée, in-8°, 1769; et on a encore de lui des Traductions du Nouveau Testament, de l'Imitation de J. C., dont il avoit donné une édition estimée chez Barbou, 1758, in-12, et de Cornelius Nepos. Ce savant étoit fort négligé sur sa personne et très-attaché à ses sentimens; d'ailleurs bon homme et officieux.
VALAZÉ, (Charles-Éléonore Dufriche) né à Alençon le V A L 211 23 janvier 1751, suivit d'abord la carrière militaire et ensuite celle du barreau. Nommé député du département de l'Orne à la Convention nationale, il y prononça le rapport des accusations portées contre Louis XVI. Attaché au parti de la Gironde, il s'y fit remarquer par des connoissances en agriculture et en jurisprudence, et sur-tout par la fougue de son caractère. Marat le surnomma le chef de la faction des Hommes d'état. Proscrit au 31 mai d'après ce titre, il refusa de s'évader et fut condamné à mort le 30 octobre 1793, à l'âge de 42 ans. Au moment où son arrêt fut prononcé, il se perça le cœur avec une lame qu'il avoit cachée sous ses vêtements et tomba devant les juges révolutionnaires en s'écriant: Je me meurs. Son corps fut porté au pied de l'échafaud où plusieurs de ses collègues montèrent. On doit à Valazé quelques ouvrages: I. Lois Pénales, 1784, in-8.º Ce recueil fut loué au moment de sa publication. II. Le Rêve, conte philosophique inséré dans un des volumes de la Bibliothèque des Romans de 1783. III. A mon Fils, 1785, in-8.º IV. Défense des Accusés au 31 mai an 3, in-8.º Valazé s'o cupoit de cet écrit dans sa prison; mais il le suspendit lorsqu'il apprit qu'un décret atroce avoit défendu aux accusés tout droit de se faire entendre. Il le cacha dans la prison où il fut trouvé par un de ses collègues qui l'a publié. Valazé a laissé quelques manuscrits, tels qu'un Plan d'administration des maisons de correction, une Suite aux Lois Pénales, un Mémoire sur les causes de l'élévation des vapeurs dans l'atmos- phère, une *Explication des tuyaux capillaires*, etc.
VALBELLE, (N. comte de) est plus connu par les *Mémoires* de la célèbre *Clairon* dont il fut l'amant, que par ses actions. Il eut cependant le goût des lettres et chercha à en étendre les progrès en fondant à l'académie Françoise un prix pour le meilleur ouvrage publié dans l'année, et mourut en 1778. *D'Alembert* a publié son *Eloge*.
VALBONAIS, *Voyez* BOURCHENU.
VALCELAS, (Claude) médecin du dernier siècle, a traduit du latin en françois un *Traité de Jérôme de Monteu* sur l'art de conserver sa santé.
VALDERANA, (Pierre de) Italien, entra dans l'ordre des Augustins et se distingua à la fin du 16$^{e}$ siècle par des *Sermons* qui ont été traduits en françois en 1609.
VALDÈS, (Jean de) peintre de Séville et chef de l'académie de Peinture de cette ville, y termina sa carrière en 1691. On y trouve un tableau de lui représentant un cadavre à moitié rongé de vers. Sa vue fait frissonner et reculer d'effroi.
VALDIVIESO, (Pierre BARAHONA ou) théologien Espagnol de l'ordre de Saint-François, vivait encore en 1606. Il se rendit très-habile dans la théologie et il la professa long-temps. Il a laissé divers Ouvrages qui sont la preuve de son savoir.
VALDO, (Pierre) hérésiarque, né au bourg de Vaux en Dauphiné, d'où il prit son nom, commença à dogmatiser à Lyon vers 1180. Ses disciples furent appelés *Vaudois* du nom de leur maître, ou *Gueux de Lyon*, de la ville où cette secte prit naissance, ou *Sabatès* à cause de leur chaussure singulière: ils ne portaient que des sandales comme les Apôtres. La mort d'un ami de *Valdo* qui expira subitement en sa présence, le frappa tellement qu'il distribua aussitôt aux pauvres une grande somme d'argent. Cette générosité en attira une prodigieuse quantité à sa suite. Leur bienfaiteur voulut bientôt devenir leur maître. Comme il étoit un peu lettré, il leur expliquait le Nouveau Testament en langue vulgaire et leur prêchoit l'estime de la pauvreté oisive. Les Ecclésiastiques ayant blâmé sa témérité, il se déchaîna contr'eux et contre leur autorité en leur égalant les Laïques. Il y a des auteurs qui prétendent que *Valdo* ne poussa pas plus loin ses erreurs; mais que ses disciples s'étant mêlés avec les Arnaldistes et les Albigeois, adoptèrent plusieurs erreurs de ceux-ci. D'autres assurent que le mépris de *Valdo* pour les Ecclésiastiques, fut porté jusqu'à celui pour les Sacremens dont ils sont les ministres légitimes. L'abbé *Pluquet* prétend qu'ils renouvelèrent, 1.$^{o}$ Les erreurs de *Vigilance* sur les cérémonies de l'Église, sur le culte des Saints et des Reliques, et sur la hiérarchie de l'Église. 2.$^{o}$ Les erreurs des *Donatistes* sur la nullité des Sacremens conférés par de mauvais ministres et sur la nature de l'Église. 3.$^{o}$ Les erreurs des *Iconoclastes*. 4.$^{o}$ Ils ajoutèrent à ces erreurs que l'Église ne peut pos- V A L 223 séder aucun des biens temporels. Comme cette doctrine favorisoit les prétentions des seigneurs et tendoit à remettre entre leurs mains les possessions des Eglises, les *Vaudois* furent protégés par les seigneurs chez lesquels ils s'étoient réfugiés après avoir été chassés de Lyon. Ces seigneurs, sans adopter leurs erreurs, étoient bien aises de les opposer au clergé qui condamnoit les grands déprédateurs des Eglises. Les *Vaudois* chassés du territoire de Lyon, trouvèrent donc des protecteurs et se firent un grand nombre de prosélytes. *Louis VII* fit venir des missionnaires pour les convertir; mais ils prêchèrent sans succès contre les erreurs de *Vaudois*. *Philippe-Auguste* son fils eut recours à la force; il fit raser plus de trois cents maisons de gentilshommes où ils s'assembloient, et entra ensuite dans le Berry où ces hérétiques commettoient d'horribles cruautés. Plus de sept mille furent passés au fil de l'épée; beaucoup d'autres périrent par les flammes; et de ceux qui purent échapper, les uns qu'on nomma dans la suite *Turlupins*, allèrent dans les pays Wallons, les autres en Bohême, tandis que les sectateurs de *Valdo* se répandoient dans le Languedoc et dans le Dauphiné. Ceux qui s'étoient jetés dans le Languedoc et en Provence, furent anéantis, dit l'abbé *Pluquet*, dans les terribles croisades contre les Albigeois et contre les Hérétiques, si prodigieusement multipliées dans les provinces méridionales de la France. Ceux qui se sauvèrent dans le Dauphiné, se voyant inquiétés par l'archevêque d'Embrun, se retirèrent dans les vallées de Piémont. Les ducs de Savoie ont tâché en différens temps de les chasser de cet asile, sur-tout depuis qu'ils s'étoient liés d'intérêt et de religion avec les Suisses et les Génévois. On les poursuivit vivement en 1560; mais ils résistèrent à la petite armée qu'on envoya contr'eux. Environ cent ans après, en 1655, *Charles-Emmanuel* envoya dans les vallées le marquis de *Pianessa*, qui traita avec la dernière rigueur ceux qui ne voulurent pas embrasser la religion Catholique. Malgré un grand nombre d'exécutions effrayantes, les *Vaudois* ne sont pas entièrement éteints, et ils conservent l'attachement à leurs dogmes et une pureté de mœurs qui inspire de la pitié pour leurs erreurs. Les Calvinistes les ont adoptés comme leurs pères, quoique leur croyance soit différente dans quelques articles; et la protection secrète que quelques princes Protestans leur ont accordée, n'a pas peu contribué à leur conservation.
VALDRADE, *Voyez* IV. LOTHAIRE.
VALEMBOURG, *Voy*. WALLEMBOURG.
VALENÇAI, *Voy*. ESTAMPES, n.º IV.
VALENCE, *Voyez* PARÈS et VII. THOMAS. I. VALENS, (*Flavius*) empereur, étoit fils puiné de *Gratien*, surnommé le *Cordier*: (*Voyez* I. GRATIEN.) Il naquit près de Cibale en Pannonie, vers l'an 328, et fut associé à l'empire l'an 364, par son frère *Valentinien I* qui lui donna le gouvernement de l'Orient en 365. Effrayé par la 224 V A L révolte de *Procope*, il voulut d'abord quitter le pourpre; mais il fut plus heureux l'année suivante, car il défit son ennemi et lui fit couper la tête. Après avoir pacifié l'empire, il se fit conférer le baptême par *Eudoxe* de Constantinople, Arien qui l'obligea par serment de soutenir ses erreurs. Sa femme, *Allia Dominica*, qui étoit hérétique, l'y engagea aussi, et le rendit complice de son hérésie et persécuteur de la Foi orthodoxe dont il s'étoit montré jusqu'alors un des plus zélés défenseurs. Il publia un édit pour exiler les prélats Catholiques; édit qui fut exécuté avec la dernière rigueur. Il alla lui-même à Césarée de Cappadoce, pour en chasser *St. Basile*; à Antioche, où il exila *Melèce*; à Edesse et ailleurs, où il persécuta cruellement les Orthodoxes. (*Voy. II. ISAAC.*) C'étoit après la guerre contre les Goths, que *Valens* se déclara contre l'Eglise. Cette guerre avoit eu le plus heureux succès. Les Barbares effrayés des victoires de *Valens*, forcèrent *Athalaric* leur roi à demander la paix. *Valens* voulut bien la leur accorder en 370; mais il en prescrivit les conditions. Il fut défendu aux Goths de passer le Danube, et de mettre le pied sur les terres des Romains, à moins que ce ne fût pour le commerce. Ils n'eurent plus la liberté, comme auparavant, de trafiquer indifféremment dans tous les lieux soumis à l'obéissance de l'empereur. On leur marqua deux villes frontières, où ils pourroient apporter leurs marchandises et acheter celles dont ils auroient besoin. Tous les tributs qu'on leur payoit furent supprimés; mais on con- firma la pension d'*Athalaric*. *Valens* plus complaisant qu'il n'auroit dû l'être, permit aux Goths de s'établir dans la Thrace: ils y furent suivis de divers autres Barbares; et comme la province ne pouvoit suffire pour leur entretien, ils commencèrent à ravager les pays voisins. *Lupicin* général de l'armée Romaine ayant été battu, *Valens* marcha en personne contre les ennemis. On engagea une bataille près d'Andrinople le 9 août 378, et il eut le malheur de la perdre. La nuit le surprit avant qu'il se fût décidé sur le parti qu'il avoit à prendre; et les soldats qui s'étoient rangés autour de lui, l'enlevèrent et le portèrent dans une maison où les Goths mirent le feu, et où il fut brûlé vif à l'âge de 50 ans, après en avoir régné 15. *Valens* fut un prince timide, cruel et avare. Ses défauts furent plus pernicieux à l'état que ses vices. Il étoit ignorant et il laissoit languir les sciences. Incapable de juger du mérite, il n'élevoit aux grands emplois que ceux qui applaudissoient à ses foiblesses. Sa superstition étoit telle qu'il fit mourir tous ceux dont le nom commençoit par *Théod*, parce qu'un magicien lui avoit dit que son sceptre tomberoit entre les mains d'un homme dont le nom commenceroit ainsi; et le comte *Théodose*, père de *Théodose le Grand*, se trouva de ce nombre malheureusement. Protecteur de l'Arianisme, il fit autant de mal aux fidelles que les plus ardens persécuteurs de l'Eglise.
II. VALENS, (*Valerius*) étoit prononçuel d'Achaïe, lorsqu'une partie de l'Orient se souleva contre *Gallien* V A L 225 Gallien et reconnut Macrien. Le nouvel empereur craignant que Valens n'armât contre lui, envoya une petite armée commandée par Pison, pour le surprendre et lui ôter la vie. Valens se voyant poursuivi, se fit reconnoître empereur dans la Macédoine et se défit de Pison. Cette mort fut suivie de la sienne, puisqu'il fut tué peu de jours après par ses soldats, en juin 261, après six semaines de règne.
III. VALENS, (Pierre) dont le vrai nom est STURCK, né à Groningue en 1561, s'appliqua avec succès à la poésie, à l'éloquence, et à toutes les parties des belles-lettres. Il fit un voyage à Paris où ses talens lui méritèrent une place de professeur au collège royal. Il mourut en 1641, âgé de 80 ans. On a imprimé ses Harangues et ses Poésies latines, in-80 et in-40. Ces dernières offrent quelques vers heureux, mais peu de cette imagination qui constitue le vrai poète.
VALENTIA, (Grégoire) Jésuite, né à Médina-del-Campo, dans la vieille Castille, professa la théologie dans l'université d'Ingolstadt, et mourut à Naples en 1603, à 54 ans, après avoir eu de vives disputes avec Lemos sur la Prédestination. Ses adversaires dirent de lui, que « s'il n'avoit pas eu d'autre grace que celle qu'il avoit défendue, il n'étoit sûrement pas en Paradis. » On a de lui des Livres de controverse, et des Commentaires sur la Somme de St. Thomas. Ses Ouvrages, recueillis en 5 gros vol. in-folio, demandent beaucoup de patience de la part du lecteur. I. VALENTIN, Romain, pape après Eugène II, mourut le 25 septembre 827, le 40e jour après son élection.
II. VALENTIN, fameux hérésiarque du 2e siècle, étoit Egyptien et sectateur de la philosophie de Platon. Il se distingua d'abord par son savoir et par son éloquence; mais indigné de ce qu'on lui avoit refusé l'épiscopat, il se sépara de l'église, après avoir enfanté mille erreurs. Il les sema à Rome sous le pontificat du pape Hygin, et continua de dogmatiser jusqu'à celui d'Anicet, depuis l'an 140 jusqu'à 160. Il avoit imaginé une généalogie d'Eons; dont il composoit la Divinité qu'il appeloit Plérome ou Plénitude, au-dessous de laquelle étoient le fabricateur de ce monde et les Anges auxquels il en attribuoit le gouvernement. Ces Eons étoient mâles et femelles, et il les partageoit en différentes classes. Valentin eut beaucoup de disciples qui répandirent sa doctrine, et formèrent des sectes qui étoient fort nombreuses et sur-tout dans les Gaules, du temps de St. Irenée qui nous a donné le plus de lumières sur ces hérétiques... Voyez xv. PROLOMÉE.
III. VALENTIN (Basile) : C'est sous ce masque que se cacha un habile chimiste du XVIe siècle, que quelques-uns ont présumé être un Bénédictin d'Erford, mais dont on ignore le vrai nom. Ses Ouvrages écrits en haut allemand, ont été imprimés à Hambourg en 1677, 1717 ou 1740, in-80. La plupart sont traduits en latin et en françois. Parmi les latins, le plus connu est Currus triumphalis Antimonii, Amsterdam, 1671, in-12. On pré- 216 VAL tend que ce chimiste dut au ha-ard la connoissance des pro-priétés de l'antimoine. Ayant jeté hors de son laboratoire quelques fragmens de cette matière, et des cochons en ayant mangé, ils fu-rent violemment purgés. Cette observation lui fit venir la pen-sée d'essayer ce remède sur le corps humain... On cite parmi les ouvrages françois du prétendu Valentin : I. L'Azoth des Philo-sophes, avec les XII Clefs de Phi-losophie, Paris 1660, in-8°, et la figure de ces 12 Clefs. II. Révé-lation des Mystères des Tein-tures essentielles des sept Mé-taux, et de leurs Vertus médi-cinales, Paris, 1646, in-4.° III. Testament de Basile Valen-tin, Londres, 1671, in-8.°
IV. VALENTIN, (Moyse le) né à Colomiers en Brie, l'an 1600, mort aux environs de Rome en 1632, entra fort jeune dans l'école de Vouet, et peu de temps après se rendit en Italie. Les Tableaux du Caravage le frappèrent, et il l'imita sans leur donner une teinte aussi noire. Il s'attacha sur-tout à représen-ter des Concerts, des Joueurs, des Soldats et des Bohémiens, des Tabagies. On voit aussi de ce maître des Tableaux d'histoire et de dévotion; mais ils sont en petit nombre, et pour l'ordi-naire inférieurs a ses autres Ou-vrages. Le Valentin trouva un protecteur dans le cardinal Bar-berin. C'est à sa recommandation qu'il peignit, pour l'église de Saint-Pierre à Rome, le Mar-tyre des SS. Processe et Marti-nien; morceau très-estimé. Il se lia d'amitié avec le Poussin, et l'on remarque qu'il a quelquefois suivi la manière de cet excellent artiste. Le Valentin a toujours consulté la nature; sa touche est légère, son coloris vigoureux, ses figures bien disposées. Il exprimoit tout avec force; mais il n'a guère consulté les graces, et entraîné par la rapidité de sa main il a souvent péché contre la correction. Ce peintre s'étant baigné imprudemment, fut saisi d'un frisson qui lui causa peu de temps après la mort. Presque tous ses tableaux ont été gravés. V. VALENTIN, (Michel-Bernard) professeur en méde-cine à Giessen, où il naquit le 26 novembre 1657, cultiva la botanique avec beaucoup de suc-cès, et mourut le 13 mars 1729. On a de lui : I. Historia Simplicium reformata, Franckfort, 1716, in-folio, 16 planches; 1723, in-folio, 23 planches. II. Amphi-theatrum Zootomicum, Franck-fort, 1720, in-fol., figures. Cet Ouvrage avoit paru en allemand, à Franckfort, 1704-1714, 3 vol. in-fol.; il a été traduit en latin par Jean Conrad Becher. Aux éditions latines on a joint un abrégé de la Vie de Valentin, en vers, qu'il avoit composé lui-même. III. Medicina nova-an-tiqua, Franckfort, 1713, in-4.° C'est un cours de médecine. IV. Cynosura materia medica, Strasbourg, 1726, trois vol. in-4.° V. Viridarium reforma-tum, Franckfort, 1720, in-fol., avec de belles figures. VI. Corpus juris medico-legale, Franckfort, 1722, in-fol. VII. Physiologia biblica capita selecta, Giessen, 1711, in-4.°
VALENTIN GENTILIS, Voyez GENTILIS, in° IV.
VALENTINE, femme de Louis de France, duc d'Orléans, assassiné par les ordres du duc de Bourgogne, étoit fille de Jean Galeas duc de Milan. Cette princesse ayant inutilement demandé justice du meurtrier de son époux, mourut le 5 décembre 1408, de douleur de n'avoir pu venger sa mort. Quelques mo-mens avant que d'expirer, elle fit approcher ses enfans sur lesquels elle répandit des larmes. Ensuite considérant Jean fils naturel du duc d'Orléans, si célèbre depuis sous le nom de comte de Dunois, elle dit par une espèce de pressentiment de sa grandeur future, qu'il lui avoit été dérobé, et qu'aucun de ses enfans n'étoit aussi bien taillé à venger la mort de son père que celui-là. Voyez DUNOIS. Valentine étoit aussi spirituelle que belle. Charles VI dans les arcès de sa folie, ne se laissoit gouverner que par elle. De là vint le bruit qu'elle l'avoit ensorcelé. Les gens de bon sens étoient bien persuadés que si elle l'avoit charmé, ce n'étoit que par sa beauté et son enjouement. Cependant pour n'être point exposée aux insultes de la populace, elle fut obligée de quitter la cour pour quelque temps. C'est du chef de cette princesse que le duc d'Orléans, depuis roi de France sous le nom de Louis XII, prétendit au duché de Milan, qui coûta tant de sang à la France dans le siècle suivant. I. VALENTINIEN Ier, empereur d'Occident, fils aîné de Gratien surnommé le Cordier, de Cibale en Pannonie, s'éleva par sa valeur et par son mérite sur le trône impérial. Il fut pro- clamé empereur à Nicée, après la mort de Jovin le 26 février 364. Il associa Valens son frère à l'empire, lui donna l'Orient et garda pour lui l'Occident où il se rendit redoutable par son courage. Il repoussa les Germains qui ravageoient les Gaules, pacifia l'Afrique révoltée, dompta les Saxons qui s'étoient avancés jusque sur le bord du Rhin, et construisit un grand nombre de forts en différens endroits de ce fleuve et du Danube. Les Quades ayant pris les armes en 374, il passa dans leur pays pour les châtier. Il met tout à feu et à sang, rase les campagnes, brûle les villages, renverse les villes, laisse par-tout des traces de sa fureur. Il repasse le Danube et va se reposer à Bregetion petit château de la Pannonie. Là, les Quades lui envoient des ambassadeurs pour implorer sa clémence. Ces envoyés étoient des hommes grossiers, pauvres et mal vêtus. Valentinien croyant qu'on les lui avoit envoyés pour l'insulter, entra en fureur, et leur parla avec tant d'emportement qu'il se cassa une veine. Il expira peu de temps après le 17 novembre 375. Il étoit alors âgé de 55 ans, et en avoit régné douze moins quelques mois. Si l'on excepte quelques occasions particulières où sa grande vivacité l'emportoit au-delà des bornes de la modération, Valentinien montra dans toute sa conduite de l'esprit, du courage, de la politesse et de la grandeur. Il étoit zélé pour la religion Catholique, et l'avoit confessée sous Julien au péril de sa fortune et de sa vie. Mais lorsqu'il fut parvenu à l'empire, il protégea également les prêtres Chrétiens et les pontifas Païens; 228 V A L Il rendit à ceux-ci les privilèges dont ils avoient été privés. Il ne voulut point qu'on inquiétât les hétérodoxes qui refuseraient de souscrire aux décisions des conciles. Cette tolérance inspirée par une sage politique, ne lui attira cependant aucune dénomination odieuse. Il fut même représenté par les auteurs ecclésiastiques comme un confesseur. Il auroit pu l'être comme un prince éclairé, qui dans la vue de la prospérité de l'état protège tout citoyen utile et vertueux, quelque religion qu'il professe. (Voyez le Dictionnaire des Hérésies par Pluquet, art. ARIANISME.) Valentinien eut de Severa sa première femme, Gratien son successeur; et de Justine, Valentinien II qui suit.
IL VALENTINIEN II, fils du précédent, né en 371, fut salué empereur à Cinque en Pannonie le 22 novembre 375. Il succéda à Gratien son frère en 383, et fut dépouillé de ses états en 387 par le tyran Maxime. Il eut recours à Théodose qui défit Maxime, lui fit couper la tête en 388, rétablit Valentinien, et entra triomphant dans Rome avec lui. Le jeune empereur, formé par les avis, les instructions et l'exemple de Théodose, quitta de bonne heure les impressions que sa mère Justine lui avoit données contre la Foi Catholique. On le soupçonna de quelques déréglemens ordinaires à la jeunesse; aussitôt qu'il le sut, il se priva de tout ce qui pouvoit donner occasion à ces faux bruits. On trouvoit qu'il se plaisoit trop aux jeux du Cirque; pour s'en corriger, il retrancha ceux-mêmes qui se donnoient à la naissance des empereurs. Ayant su que quelques-uns le blâmoient d'aimer trop les combats des bêtes, il fit tuer dans le même jour toutes celles qui étoient destinées à cet usage. Ce ne furent pas ses seules vertus. Les chefs d'une famille distinguée ayant été accusés d'une conspiration, il en examina lui-même les preuves; et sa clémence lui en ayant dissimulé la force, il fit élargir les coupables, méprisant ces défiances et ces soupçons qui ne tourmentent, disoit-il, que les tyrans. Plus occupé du bien de ses sujets que du sien propre, il modéra extrêmement les impôts; et comme ses officiers vouloient qu'il les augmentât, afin d'en profiter eux-mêmes, il leur répondit: Quelle apparence y a-t-il que j'impose de nouvelles charges à ceux qui ont bien de la peine à payer les anciennes? Il faisoit jouir l'empire de la paix, de la justice et de l'abondance, lorsqu'Arbogaste Gaulois d'origine, à qui il avoit confié le commandement de ses armées, se révolta. Ce général s'étoit acquis par sa valeur, sa science dans l'art militaire et son désintéressement, la confiance des troupes, au point qu'il régloit tout et tenoit Valentinien sous sa dépendance. Le prince ouvrit enfin les yeux, et craignant les suites de son pouvoir, il lui ôta le commandement des armées. Mais ce traitre mit le comble à ses crimes, et fit périr ce prince qu'il avoit déjà dépouillé de son autorité. Valentinien étoit à Vienne en Danphiné. Un jour qu'il se promenoit après dîner sur le bord du Rhône, dans l'enceinte de son palais, Arbogaste le fit étrangler par quelques-uns de ses gardes qui le pendirent à un arbre avec son mouehoir pour qu'on crût qu'il s'étoit tué lui- même. Ce fut le samedi 15 mai 392, à l'âge seulement de 20 ans, après un règne de neuf. St. Am- broise prononça son Oraison fu- nèbre à Milan, quoiqu'il n'eût pas été baptisé; mais il avoit témoigné le désir de l'être.
III. VALENTINIEN III, (Flavius Placidus Valentinianus) empereur d'Occident, fils du gé- néral Constance et de Placidie fille de Théodose le Grand, na- quit à Rome en 419, et fut ho- noré du titre de CESAR à Thes- salonique; mais il ne fut re- connu empereur que le 23 oc- tobre 425, à Rome, après la défaite entière de Jean qui s'é- toit emparé de l'empire. Ce fut d'abord Placidie qui eut toute l'autorité; et la sagesse de cette princesse ne put prévenir la perte de l'Afrique, que le comte Bo- niface livra en 428, aux Van- dales qui y fondèrent un État très-puissant. Le général Aëtius conserva par sa valeur les autres provinces. Les Bourguignons, les Goths, les Alains, les Francs furent battus en diverses ren- contres et forcés à demander la paix; il n'y eut que les Suèves de la Galice qui ne purent être domptés. Valentinien reconnut mal de si grandes obligations. Il immola ce général, de sa propre main, à la haine d'un de ses eu- nuques; mais il périt bientôt après lui. Ayant violé la femme de Pétrone-Maxime, ce mari ou- tragé le fit tuer au milieu de Rome le 17 mars 455. Il avoit alors 36 ans, et il fut le dernier de la race de Théodose. Pétrone- Maxime profita de sa mort pour se saisir du sceptre impérial. Va- lentinien étoit un prince stupide qui sacrifioit sa gloire et ses in- térêts à ses passions; et ses pas- sions l'entrainoient toujours de crime en crime. Il n'excita aucun sentiment d'amour pendant sa vie, ni aucun regret après sa mort. Voyez III. EUDOXIE.
VALENTINOIS, (Voyez I. BORGIA, duc de)... et POITIERS, (duchesse de). I. VALÈRE - MAXIME, (Valerius-Maximus) historien Latin, sortoit, selon quelques auteurs, de la famille des Valères et de celle des Fabiens. Son goût pour la littérature ne lui ôta- point celui des armes; il suivit Sexte Pompée à la guerre. A son- retour, il composa un Recueil des actions et des paroles remar- quables des Romains et des au- tres hommes illustres. Son tra- vail est en neuf livres, il le dédia à Tibère, et n'écrivit qu'après la mort de Sejan dont il dit beau- coup de mal. Plusieurs croient que l'ouvrage que nous avons n'est qu'un abrégé du sien, com- posé par Népotien d'Afrique. Son style est barbare à quelques en- droits près. Il intéresse plus par le fonds des choses que par la ma- nière dont il les rend. La meil- leure édition de cet auteur est celle de Leyde, 1670, in-8°, cum Notis Variorum; et 1726, in-4°. On estime aussi celle de Paris, 1679, in-4°, à l'usage du Dauphin. Nous en avons une Traduction françoise en 2 vol. in-12.
II. VALÈRE, (Cyprien de)- auteur Protestant. Nous avons de lui une Version espagnole de toute la Bible, que l'on peut re- garder comme une seconde édition de la version de Cassiodore Reyna, Amsterdam, 1602, infolio.
III. VALÈRE, (Luc) enseigna, à la fin du XVIe siècle, la géométrie dans le collège de Rome, avec tant de réputation, qu'il fut nommé l'Archimède de son temps par le célèbre Galilée. On le connoît à peine aujourd'hui, quoiqu'il ait publié deux Ouvrages assez bons; l'un De Centro gravitatis Solidorum, in 4°, 1604: et un autre, De Quadraturâ Parabolæ per simplex falsum.
VALÈRE, (André) Voyez ANDRÉ (Valère), n.º XII.
VALERIA, (Galeria) fille de Dioclétien et de Prisca, épousa l'an 292 Galère - Maximien, nommé César et adopté par Dioclétien. Sa beauté, ses vertus, le désir du bonheur de ses sujets honorèrent son règne. Elle fut stérile, et se voyant sans enfans, elle adopta Candidien fils naturel de son mari qui l'avoit eu depuis leur union. Après la mort de Galère - Maximien, elle se retira avec sa mère à la cour de Maximin Daza neveu de Dioclétien. Ce prince la reçut avec empressement; bientôt il en devint amoureux et lui proposa de répudier sa femme pour l'épouser. Le deuil qu'elle portoit et les liens du sang, lui fournirent un prétexte pour rejeter cette offre. Ce refus irrita Maximin, et ce prince emporté l'envoya avec Prisca en exil dans les déserts de la Syrie, où elles souffrirent les plus grandes privations et les plus mauvais traitements. On prétend que Dioclétien tion instruit de ces indignités, en mourut de chagrin. Maximin étant mort lui-même en août 313, elles devoient espérer un adoucissement à leurs maux sous Licinius, élevé à l'empire par Galère et à qui il avoit recommandé en mourant son épouse et son fils. Leur espérance fut trompée. Prisca et Valeria, ces deux veuves des maîtres du monde, après avoir vu mettre à mort l'infortuné Candidien, furent obligées de se cacher errantes en divers lieux et déguisées sous des haillons. Vers la fin de 314, elles furent malheureusement découvertes à Thessalonique. Licinius leur fit trancher la tête et jeter leur corps dans la mer en présence du peuple assemblé, au commencement de 315. On croit qu'elles avoient embrassé le Christianisme, et que si elles assistèrent quelquefois aux sacrifices des Païens, ce ne fut que dans la crainte de déplaire à Dioclétien et à Galère. On ignore où Voltaire a pris que les Chrétiens furent les auteurs des meurtres de Candidien, de Prisca et de Valeria. On peut ne pas aimer les sectateurs d'une religion; mais il ne faut pas leur imputer vaguement des crimes. Il y a apparence que la famille de Galère ne fut exterminée, que parce que Licinius, tyran ombrageux, craignoit que les prétentions qu'elle pouvoit avoir à l'empire ne servissent de prétexte à des mouvements populaires et à des révoltes.
VALÉRIE, dame Romaine, sœur du célèbre orateur Hortensius, s'approcha du dictateur Sylla dans un spectacle de gladiateurs et arracha quelques V A L 231 poils du manteau de ce dernier : il s'en apperçut, et Valérie lui dit : « Ce que je viens de faire n'est point une marque de mépris ; j'ai cru au contraire qu'en m'approchant ainsi de vous, je pourrai participer au bonheur qui vous accompagne. » Ce discours plût au dictateur, et il épousa Valérie. — Une autre Romaine de ce nom mère de Coriolan, touchée des malheurs des Romains, alla avec Volumnie épouse de ce dernier le trouver, pour le supplier de lever le siège de Rome. Coriolan céda à leurs instances, et ramena l'armée des Volsques hors du territoire de la république. — Une autre Valérie, veuve du consul Camirinus, répondit à ceux qui la pressoient de se remarier : « Mon époux est mort pour les autres ; mais il vit encore pour moi. » I. VALÉRIEN, (Publius Licinius Valerianus empereur Romain, naquit en 190 d'un père sénateur. Sa famille étoit illustre. Il passa par toutes les charges, et le sénat le revétit de celle de censeur, qu'aucun particulier n'avoit possédée depuis le règne de Claude. Ce prince étoit bien fait, et d'une physionomie qui en imposoit ; il avoit cultivé les sciences et connoissoit l'art de la guerre. Ses mœurs étoient sans reproches. Il fut toujours grave, modéré, ami de la vertu, ennemi des méchans, et il passoit pour l'homme le plus digne de commander, lorsque l'armée assemblée dans la Rhétie le proclama empereur peu de temps avant la mort d'Emilien, dans le mois d'août 253. Il étoit âgé de 63 ans. Le sénat applaudit à son élection et donna le titre de César à son fils Gallien, que son père associa aussitôt à l'empire en le déclarant Auguste. Dans les premières années de son gouvernement, il témoigna quelque affection pour les Chrétiens ; mais Macrien, un de ses généraux, changea ses dispositions, et il s'alluma une persécution violente dans tout l'empire. Valérien, obligé de résister aux Goths et aux Scythes, se relâcha un peu de sa fureur. Une autre guerre l'occupa bientôt : il fallut qu'il tournât ses forces contre Sapor roi de Perse, qui faisoit des progrès prodigieux en Syrie, en Cilicie et en Cappadoce. Les deux armées se rencontrèrent en Mésopotamie, et Valérien fut fait prisonnier en 260. Le roi Sapor le mena en Perse où il le traita avec indignité, jusqu'à le faire servir de marche-pied lorsqu'il montoit à cheval, et à le rendre témoin des indignes traitements qu'il faisoit subir à sa femme Mariniana. Il mourut en captivité l'an 263, âgé de 71 ans, après en avoir régné sept. Sapor le fit écorcher tout vif, et fit jeter du sel sur sa chair sanglante. Après qu'il fut mort, il fit corroyer sa peau, la fit teindre en rouge, et la mit dans un temple pour être un monument éternel de la honte des Romains. Valérien parut mériter les honneurs de la République, tant qu'il fut particulier ; mais lorsque parvenu à la puissance suprême il fut en spectacle à tout le monde, il parut avoir moins de vertus et plus de défauts. Il aimoit la justice, et il vouloit la faire rendre ; mais il ne savoit pas juger du mérite et eut toujours de mauvais ministres. Il abusoit souvent de sa puissance. 232 V A L Ses lauriers furent flétris par plusieurs traits de lâcheté. Son imprudence fut la source de son malheur. Les généraux qu'il avoit mis à la tête des armées, profitèrent de sa captivité pour se révolter dans toutes les provinces, où ils prirent le titre d'Auguste, et jetèrent ainsi l'empire dans une confusion qui bâta sa décadence. — Il ne faut pas confondre VALÉRIEN le Vieux avec VALÉRIEN le Jeune, son petit-fils, sur lequel on peut voir l'article de GALLIEN (Publius Licinius Gallienus).
II. VALÉRIEN, évêque de Cemèle, dont l'évêché a été transféré à Nice, assista au concile de Riès l'an 439, et à celui d'Arles en 455. Il nous reste de lui xx Homélies, avec une Épître adressée aux Moines, Paris, 1612, in-8.º Il avoit autant de savoir que de piété.
VALÉRIEN MAGNI, Voy. MAGNI. I. VALÉRIO, ou plutôt VALÉRIO, (Augustin) né à Venise le 7 avril 1531 d'une des meilleures familles de cette ville, devint docteur en théologie et en droit canon, et fut fait professeur de morale dans sa patrie en 1558. Désabusé des vains plaisirs du monde, il prit l'habit ecclésiastique, et fut nommé évêque de Verone en 1565, sur la démission du cardinal Bernard Navagero son oncle. Son zèle apostolique, sa vigilance active et ses connaissances le lièrent d'une étroite amitié avec St. Charles Borromée. Grégoire XIII l'appela à Rome où il le mit à la tête de plusieurs Congrégations, après l'avoir honoré de la pour- pre Romaine. Valerio mourut saintement dans cette ville le 24 mai 1606, à 75 ans. Ses Ouvrages les plus estimés sont : I. La Rhétorique du Prédicateur, composée par l'avis et sur le plan de St. Charles Borromée. Cet ouvrage solide et instructif, renferme des réflexions judicieuses sur l'art d'exciter les passions des auditeurs, sur celui d'orner, ou de fortifier la diction, sur les défauts dans lesquels les orateurs Chrétiens peuvent tomber; il est en latin. Nous en avons une traduction françoise par l'abbé Dinouart, à Paris, chez Nyon, 1750, in-12. II. De cautione adhibenda in edendis libris, 1719, in-4.º On trouvera dans ce dernier livre, le catalogue de tous les autres Ouvrages d'Augustin Valerio, tant imprimés que manuscrits : il sont en grand nombre.
II. VALÉRIO VINCENTINI, dont le vrai nom est VALÉRIO le Belli, graveur sur pierres fines, natif de Vicence, mourut en 1546. C'est un des graveurs modernes qui a le plus approché des anciens qui se sont distingués dans ce genre. On remarque dans ses Ouvrages une dextérité et une propreté qui ne laissent rien à desirer. Plus de finesse dans le dessin et plus de génie l'auroient rendu un artiste parfait. Il avoit une facilité prodigieuse; et l'on a de lui une grande quantité de pierres précieuses embellies par son travail. Il s'est aussi exercé sur les cristaux, et il a gravé beaucoup de poinçons pour les médailles. Clément VII qui l'estimoit, l'occupa long-temps : entre autres ouvrages, il grava pour ce pape un beau coffre de cristal de roche, dont sa Sainteté fit présent à François I; dans l'église de Saint-Laurent de Flo- rence, une croix magnifique et plusieurs vases de cristal gravés par lui. Cet artiste avoit amassé de grands biens, qu'il employoit à acquérir des chefs-d'œuvre que l'art offre en tout genre. I. VALERIUS-PUBLICOLA ou POPLICOLA, (Publius) fut un des fondateurs de la République Romaine. Il triompha, avec Bru- tus, de Tarquin et des Toscans, l'an 507 avant J. C. Comme il ne subrogea point de consul à Tri- cipitinus son collègue qui étoit mort, et comme il avoit bâti une maison sur le sommet du Mont- Palatin, on crut qu'il vouloit usurper la royauté. Publicola offensé de ces soupçons injurieux à sa gloire, fit raser sa maison, ôta les haches des faisceaux con- sulaires qu'il ordonna de baisser devant le peuple, en arrivant à l'Assemblée. Enfin il donna une loi qui permettoit d'appeler à ce même peuple, des jugemens des magistrats. Ces déférences lui méritèrent le nom de Publicola, amé du peuple. C'est lui qui le premier prononça l'oraison fu- nèbre de Brutus son collègue, au milieu des funérailles; et de- puis cette époque on fit l'éloge des illustres morts dans les pom- pes funèbres. Publicola, après avoir été quatre fois consul, mourut si pauvre qu'il fallut que la république fournit aux frais de ses funérailles. Les dames Ro- maines portèrent son deuil pen- dant un an. —Il ne faut pas le confondre avec Valerius Popli- cola Potitus l'un des décemvirs, qui appaisa le peuple irrité con- trieux, et fut fait consul l'an V A L 239 449 avant J. C., après l'extinc- tion du décemvirat. Il remporta peu de temps après, une victoire sur les Volsques et les Éques; mais le sénat qui ne l'aimoit point lui ayant refusé les bon- neurs du triomphe, il les fit demander au peuple par le tribun Icilius, les obtint et fut le pre- mier qui triompha avec son col- lègue M. Horatius, malgré le sénat. —Il faut le distinguer aussi de Valerius Torquatus, consul avec Paul-Emile dans la guerre contre Pyrrhus, vers l'an 280 avant J. C. Plutarque raconte qu'ayant appris en songe la ré- ponse de l'oracle à Paul-Emile, il se dévoua pour la patrie et fut englouti dans la terre le jour de la bataille. La victoire que rem- porta son collègue, fut, selon les Romains, le fruit de ce dé- vouement.
II. VALERIUS-SORANUS, poète Latin du temps de Jules- César, l'an 50 avant J. C., fut mis à mort pour avoir divulgué des choses qu'il étoit défendu de dire. On présume qu'il ne reconnoissoit point d'autre Dieu que le Monde ou l'assemblage de tous les êtres de cet Univers. Varron cite de lui deux vers sur la nature de Dieu, qui semblent le prouver: Jupiter omnipotens, Regum Rex ipse, Deusque, Progenitor genitrixque Deum, Deus unus et omnis.
III. VALERIUS-CORVINUS- MESSALA, (Marcus) citoyen Romain, également recomman- dable par sa naissance et par son génie, fut consul avec Auguste l'an 5 de J. C. Il perdit tellement la mémoire deux ans avant sa 234 V A L mort, qu'il ne se souvenoit pas même de son nom, si l'on en croit *Pline. Messala* étoit connu par plusieurs Ouvrages qui se sont perdus. —Il ne faut pas le confondre avec *Valerius Corvus* ou *Corvinus*, tribun militaire dans l'armée de *Camille*; lorsque ce général poursuivoit les Gaulois Senonois qui avoient pillé et brûlé Rome l'an 390 avant J. C. Le surnom de *Corvinus* fut donné à celui-ci, parce que combattant dans la mêlée contre un Gaulois, un corbeau vint s'abattre sur son casque, et frappa, dit-on, à coups redoublés de son bec et de ses ailes, son advoisaire qui ne put tenir à l'attaque combinée de ces deux ennemis. Cette étymologie ne satisfera guère les gens sensés; mais il faut compiler les rêveries antiques, pour ne pas paroître laisser de lacunes. Quoi qu'il en soit, *Valerius Corvinus* fut six fois consul, une fois dictateur, et conserva jusqu'à cent ans son corps et son esprit dans toute leur vigueur.
IV. VALERIUS-FLACCUS, (*C. Val. Fl. Setinus Balbus*) poète Latin, florissoit sous le règne de *Vespasien*. Il naquit, selon l'opinion commune, à Séba ville de Campanie, et fixa sa demeure à Padou. Nous avons de lui un Poème héroïque du voyage des *Argonautes*, divisé en huit livres, Bologne, 1474, in-fol.; Utrecht, 1702, in-12, et Leyde, 1724, in-4°. Ce Poème est adressé à *Vespasien*; une mort prématurée empêcha l'auteur de l'achever. Son style est froid et languissant, et les règles de l'art y sont très-souvent violées. *Martial* son ami, l'exhorte avec raison à quitter la poésie pour le barreau ou pour quelque autre profession plus lucrative que l'art des vers. *Valerius* mourut sur la fin du règne de *Domitien*, vers l'an 93 ou 94 de Jésus-Christ. —Il ne faut pas le confondre avec *Marcus VALERIUS-Flaccus* intime ami de *Caton l'Ancien* avec lequel il fut consul. Il remporta pendant son consulat une victoire signalée sur les Gaulois, les Insubres et les Boïens près de Milan, où il resta plus de dix mille ennemis sur le champ de bataille. Il plaida la cause des dames Romaines contre son collègue, et la gagna en faisant abroger la loi *Oppia*. V. VALERIUS, architecte célèbre, né à Ostie, inventa la manière de couvrir les amphithéâtres, lorsque *Libon* donna pendant le temps de son édilité des spectacles publics. Les autres ouvrages de *Valerius* ne nous sont plus connus. *Voyez VALERIUS*.
VI. VALERIUS, (*Cornelius*) né à Utrecht en 1512, mort en 1578, à 66 ans, professa les belles-lettres dans sa patrie et à Louvain. Il forma d'excellens disciples. On a de lui une *Rhétorique*, in-4°; une *Grammaire*, in-4°; une *Philosophie*, in-fol., écrites avec clarté et méthode, mais que de meilleurs livres enfantés depuis, ont rendues inutiles. On a encore de lui d'autres ouvrages.
VALERIUS-PROBUS, *Voy. PROBUS*.
VALESIENS, *Voyez VALESIUS*.
VALESIO, (*François*) médecin de *Philippe II* roi d'Es- pagne, obtint cette place pour avoir conseillé à ce prince de mettre ses pieds dans un bassin d'eau tiède, afin d'être soulagé de la goutte : remède simple qui eut un heureux succès. On a de lui : I. Un traité *De Methodo medendi*, à Louvain, 1647, in-8°, qui passe pour excellent. II. *Controversiarum Medicarum et Philosophicarum libri decem*, Lyon, 1625, in-4°. Il y fait voir la préférence que doit avoir l'école grecque sur celle des Arabes. III. *De sacra philosophia, sive de iis quæ scripta sunt physicæ in libris sacris*, Franckfort, 1608, in-8°. IV. Des *Commentaires sur Hippocrate et Galien*, in-folio, etc.
VALESIUS, Arabe, hérétique du troisième siècle, étoit né avec une forte disposition à l'amour. Placé sous un climat brûlant, ne connoissant point de plus grand ennemi de son salut que son tempérament, ni de moyen plus sage pour conserver sa vertu que celui qu'*Origène* avoit employé, il se fit eunuque. Il prétendit que cet acte de prudence et de vertu ne devoit pas exclure des dignités ecclésiastiques. On eut d'abord de l'indulgence pour cet égarement ; mais comme il faisoit des progrès, on chassa de l'Eglise *Valesius* et ses disciples qui se retirèrent dans un canton de l'Arabie. *Valesius* n'avoit pour partisans que des hommes d'un tempérament impétueux et d'une imagination vive, qui sans cesse aux prises avec l'esprit tentateur, jugèrent que leur pratique étoit le seul moyen d'échapper au vice : que tous les hommes qui ne se faisoient point eunuques, étoient selon eux dans la voie de perdition, et livrés au crime. L'Évangile ordonne à tous les Chrétiens de travailler au salut de leur prochain ; les *Valésiens* crurent qu'il n'y avoit pas de moyen plus sûr de remplir cette obligation, que de mettre leurs frères, autant qu'ils le pourroient, dans l'état où ils étoient eux-mêmes. Ils faisoient donc tous leurs efforts pour persuader aux autres hommes la nécessité de suivre leur pratique ; et lorsqu'ils ne pouvoient les amener à ce sacrifice, ils les regardoient comme des enfans ou comme des malades en délire dont il y auroit de la barbarie à ménager la répugnance pour un remède infaillible, quoique désagréable. Ils mutiloient donc tous ceux qui passoient sur leur territoire, qui devint la terreur des voyageurs. I. VALETTE-PARISOT, (Jean de la) grand maître de Malte, après *Claude de la Sangle*, en 1557, donna tellement la chasse aux Turcs, qu'en moins de cinq ans il leur prit plus de cinquante vaisseaux. *Soliman II* irrité de ses succès, entreprit de se rendre maître de Malte et y envoya une armée de plus de 80.000 hommes qui en formèrent le siège au mois de mai 1565. *La Valette* leur résista pendant quatre mois avec tant de courage, qu'ils furent obligés de se retirer, après avoir perdu plus de 20.000 hommes. Il fut tiré pendant le siège soixante et dix mille coups de canon sur Malte : aussi fut-elle entièrement ruinée ; mais le grand maître répara tout. On bâtit une Cité nouvelle, qui fut nommée *la Cité Valette*. Il y eut 236 V A L tous les jours 8000 ouvriers employés jusqu'en 1568 qu'il mourut, le 31 août, avec autant de piété qu'il avoit fait éclater de courage et de prudence pendant sa vie. *Pie V* avoit voulu l'honorer de la pourpre; mais il l'avoit refusée, regardant cette dignité comme incompatible avec la profession des armes. Pour faciliter les payemens de ceux qui avoient travaillé à la cité *Valette*, il fit battre des pièces de monnoie en cuivre avec ces mots: *non as*, *sed fides*. Il tint compte de toute cette monnoie aux marchands et aux ouvriers, et en rendit la valeur en or et en argent.
II. VALETTE, (Jean-Louis de Nogaret de la) duc d'*Epernon*, naquit en 1554 d'une maison dont l'origine n'étoit pas fort ancienne. *Busbec* le fait petit-fils d'un notaire, mais l'abbé le *Gendre* dit qu'il descendoit d'un capitoul de Toulouse. Son père *Jean de la Valette* lieutenant général de Guienne, étoit cependant un seigneur distingué. Il avoit épousé *Jeanne de Saint-Lary de Bellegarde* sœur du maréchal de ce nom. *Jean-Louis*, l'objet de cet article, son second fils, porta d'abord les armes au siège de la Rochelle en 1573, et s'attacha à *Henri IV* alors roi de Navarre, qu'il quitta peu de temps après. La guerre s'étant allumée entre les Huguenots et les Catholiques, il se distingua sous le duc d'*Alençon* aux prises de la Charité, d'Issoire et de Bronage. *Henri III* dont il étoit devenu le favori, le créa duc et pair en 1582, et le nomma cinq ans après amiral. Le jour qu'il alla faire enragu- trer ses lettres au parlement, l'avocat général *Faye* ayant appelé *Henri III SAINT* en pleine audience, un satirique fit le dis-tique suivant: *Quis negat Henricum miracula prodere mundo, Qui fecit Monsen, qui modè Vallis, erat?* D'*Epernon* possédoit tant de charges qu'on l'appeloit la *Garde-robe du Roi*. Il avoit alors le gouvernement de l'Angoumois, de la Saintonge, de l'Aunis, du Limousin, du Boulonnois, du Pays Messin. On le nomma gouverneur de Normandie en 1588. Le roi lui avoit promis de le rendre si puissant, qu'il ne pourroit pas lui ôter ce qu'il lui avoit donné. Envoyé contre les Ligueurs, il prit sur eux quelques places, entr'autres Montereau et Pontoise. Après la mort de *Henri III*, il abandonna le parti de *Henri IV*, qui lui pardonna dans la suite. Ce monarque l'envoya en Provence avec le titre de gouverneur. D'*Epernon* soumit bientôt toutes les villes de sa province; mais la haine qu'il inspira aux Provençaux fut si forte que pendant un séjour qu'il fit à Brignole en 1596, on attenta sur sa vie. On mit des sacs pleins de poudre sous la chambre où il étoit; mais le feu ne produisit pas tout l'effet qu'on attendoit, et il ne perdit que ses cheveux. *Henri IV* lui ayant promis le gouvernement du haut et du bas Limousin, il quitta celui de Provence. Ce prince fit long-temps d'inutiles efforts pour l'engager, à se démontre de cette dernière place. Enfin un envoyé du prince lui déclara que s'il ne sortoit pas de Provence, le roi viendroit l'en chasser lui-même. *Qu'il vienne*, dit insollement le duc, *je lui servirai de fourrier, non pas pour lui préparer les logis, mais pour briller ceux qui seront sur son passage*. Il se révolta, se sontint à main armée contre le duc de Guise, le nouveau gouverneur; mais vaincu enfin, et ayant obtenu sa grace, il alla prendre possession du gouvernement de Limousin. *D'Epernon* fut employé ensuite dans le Languedoc et dans le Béarn. Il soumit les villes de Saint-Jean-d'Angély, de Lunel et de Montpellier. *Henri IV* eut d'abord de la peine à lui donner sa confiance. Ce prince lui reprocha même un jour en colère, qu'il ne l'aimait point. Le duc, sans s'étonner, lui répondit avec fermeté: « *SIRÉ, Votre Majesté n'a point de plus fidelle serviteur. J'aimerais mieux mourir que de manquer au moindre de mes devoirs. Mais quant à l'amitié, Votre Majesté sait mieux que moi, qu'elle ne s'acquiert que par l'amitié.* » *Henri* accueillit depuis d'Epernon avec plus de franchise et de bonté... Pendant les querelles qui arrivèrent à la cour après la mort funeste de ce prince, il favorisa le parti de la reine *Marie de Médicis*, à laquelle il avoit fait donner la régence. Cette princesse ayant été exilée, il alla la tirer du château de Blois où elle étoit reléguée, et la mena dans ses terres à Angoulême comme un souverain qui donneroit du secours à son alliée. Il fallut que *Louis XIII* traitât avec lui comme de couronne à couronne, sans oser faire éclater son ressentiment. Le cardinal de *Richelieu* même ne lui parloit qu'avec beaucoup de circonspection. Ce ministre lui insinua un jour d'adoucir son humeur altière et de quitter son accent Gascon, eu le priant de ne pas le trouver mauvais. *Et ! pourquoi le trouverois-je mauvais ?* lui répondit brusquement d'Epernon; *j'en souffre bien autant du fou du roi qui me contrefait tous les jours en votre présence*. Le duc d'Epernon fut moins ménagé sur la fin de ses jours. Un démêlé qu'il eut avec *Sourdis* archevêque de Bordeaux remplit sa vieillesse d'amertume. Ils étoient très-épineux l'un et l'autre, et très-jaloux des prérogatives attachées à leurs places. A la suite de beaucoup de petits démêlés, le duc d'Epernon, aussi fier, mais plus entreprenant que l'archevêque, fit arrêter son carrosse par ses gardes. L'archevêque en sort aussitôt, excommunie les gardes, et indique à l'archevêché une assemblée des principaux ecclésiastiques de la ville, pour aviser aux moyens de fulminer ses censures. D'Epernon moins alarmé qu'irrité de cette assemblée, fait investir l'archevêché pour empêcher qu'elle ne se tienne. L'archevêque sort aussitôt en criant: *A moi, mon Peuple, à moi ! On fait violence à l'Eglise ! D'Epernon* marche à la rencontre de l'archevêque, lui donne deux ou trois fois du poing dans l'estomac, et de sa canne lui jette son chapeau à bas. Pendant ce temps l'archevêque crioit: *Frappe, frappe, tyran ! Tes coups sont des fleurs pour moi ! Tu es excommunié !* Dès qu'on sut à la cour cette étrange nouvelle, on interdit à d'Epernon l'exercice de toutes ses charges, jusqu'à ce qu'il eût été absous. Ses amis obtinrent son pardon, mais à des conditions bien dures 238 V A L pour un esprit si haut. Il fut obligé de donner la démission de son gouvernement des trois Évêchés, d'écrire une lettre fort soumise à l'archevêque, et d'écouter à genoux la réprimande vive et sévère qu'il lui fit avant de l'absoudre, devant la grande église de Coutras où il étoit relégué. Le maire, les jurats de Bordeaux et vingt-cinq présidents ou conseillers qui étoient présents, en dressèrent procès-verbal. Il mourut à Loches le 13 janvier 1642, à 88 ans. Il étoit gouverneur de la Guienne; et comme il étoit aussi avare par goût qu'il étoit prodigue par magnificence, il retit de cette province plus d'un million de revenu. Lorsqu'en 1598, *Sully* fit donner à *Henri IV* des déclarations qui défendoient aux grands du royaume de lever des contributions sur les provinces, il se rendit au conseil où l'on devoit les proposer. Là, au défaut de raisons il eut recours aux insultes, et mit la main à la garde de son épée. *Sully* fit à l'instant le même geste; et la salle du conseil eut peut-être été ensanglantée si l'on ne se fût jeté en foule au-devant d'eux. *Henri IV* instruit de cette querelle, lona beaucoup le zèle intrépide de *Sully*, et lui écrivit pour lui offrir de lui servir de second contre d'EPERNON. Mais cette leçon vigoureuse ne mit pas la Guienne à l'abri de ses concussions. Tout chez lui étoit splendeur et faste. Sa vanité étoit sans bornes, ainsi que son ambition: mais cette ambition n'étoit point celle d'un courtisan souple et pliant; c'étoit un orgueil indomptable, une fierté féroce, un amour outré de l'indépendance, inspiré par la du- reté du cœur et la misanthropie. Il ne vouloit point obtenir les places et les dignités, il prétendoit les emporter. Sa présomption lui faisoit croire qu'il étoit au-dessus des égards et des récompenses; cependant ses talents étoient au-dessous de ses prétentions. Ses gardes étoient obligés de faire les mêmes preuves que les chevaliers de Malte. C'est le premier seigneur qui ait mis six chevaux à son carrosse. Le juge du marquisat de Bagé éprouva un trait de son extrême fierté. Ce bailli étant allé au-devant de lui pour le haranguer, commença ainsi: *Monsieur, Monseigneur le marquis de Bagé...* Le duc d'Epernon interrompit brusquement le harangueur, en lui disant: *Le Marquis de Bagé est Monsieur; je suis Monseigneur, et vous êtes un sol...* Sa postérité masculine finit dans la personne de *Bernard* son fils, mort en 1661. Celui-ci avoit épousé la fille du baron de Pontchâteau, parente du cardinal de *Richelieu*, pour débarrasser le duc son père de la fâcheuse affaire qu'il s'étoit faite avec l'archevêque de Bordeaux. Il dissipa dans la Guienne la faction des *Croquans*, et obligea les Espagnols de vider cette province. Le cardinal de *Richelieu* ayant à se plaindre de lui, résolut de s'en venger, et le rendit responsable de la levée du siège de Fontarabie en 1639. Ayant en ordre de venir rendre compte de sa conduite, il se retira en Angleterre. On lui fit faire son procès par des commissaires; le roi présida lui-même au jugement, et le président de *Bellièvre* eut le courage de lui dire: *Votre Majesté pourroit-elle soutenir la vue d'un gentil-* V A L 239 homme sur la sellette, qui ne sortiroit de sa présence que pour monter sur l'échafaud? cela est incompatible avec la majesté royale : le Prince porte par-tout les graces avec lui ; tous ceux qui paroissent en sa présence doivent se retirer joyeux. Malgré ces réflexions, Louis XIII resta, et la Valette fut condamné à mort et exécuté en effigie : sentence injuste qui fut cassée dès le commencement du règne de Louis XIV. Le duc d'Antin qui descendait d'une fille d'Hélène de Nogaret sœur du duc d'Epernon, laquelle avoit épousé Jacques de Goth marquis de Rouillac, hérita du duché d'Epernon. Bernard de la Valette n'avoit laissé qu'une fille religieuse.
III. VALETTE, (Bernard de Nogaret seigneur de la) frère aîné du duc d'Epernon chevalier des Ordres du roi, gouverneur du Dauphiné et de Provence, amiral de France, mestre de camp de la cavalerie légère, naquit en 1553. Après s'être signalé dans le Piémont en diverses occasions, il fut pourvu du gouvernement de Dauphiné en 1583. Secondé du maréchal d'Ornano, il défit au passage de l'Isère quatre cents arquebusiers François et trois cents Suisses. Devenu gouverneur de Provence en 1587, il remit l'année suivante, sous l'obéissance du roi, deux villes de cette province, Valensole et Digue qui tenoient alors pour la Ligue. Il fut blessé au siège de Valensole qu'il prit de vive force, et il pardonna aux habitants. Le duc de Savoie étant entré en Provence, il lui fit lever le siège de Barcelonette, battit son armée près d'Esparron en 1591, le mit encore en déroute à Vinon, et l'obligea de repasser les Alpes. On regardoit la Valette comme un homme qui avoit fait beaucoup et qui promettoit davantage lorsqu'il fut tué d'un coup de mousquet au siège de Roquebrune près de Fréjus, le 11 février 1592, dans sa 39e année, sans laisser de postérité. Ce général, dont de Thou dit : In periculis imperterritus, in adversis constans, in prosperis moderatus, méritoit plus d'être connu que son frère le duc d'Epernon dont il n'avoit ni la hauteur insultante, ni l'ambition effrénée. Mais les vices brillans en imposent plus au vulgaire et même à quelques historiens que les vertus modestes. On mit ces quatre vers au bas de son portrait : A l'honneur de mon Dieu, à l'état de mon Roi, Je dévouai mon ame et consacrai ma vie; Si le sort et la mort triomphèrent de moi, Mon courage et ma foi triomphent de l'envie. Voyez sa Vie par Mauroi son secrétaire, dans les Additions au Mémoire historique et critique de la Vie de Roger DE BELLEGARDE, Paris, 1667, in-12.
IV. VALETTE, (Louis de Nogaret de la) fils du duc d'Epernon, naquit avec une forte inclination pour les armes ; mais ses parens le destinèrent à l'Église, et lui obtinrent l'abbaye de Saint-Victor de Marseille et l'archevêché de Toulouse. Paul V l'honora de la pourpre en 1621, sans que cette dignité pût lui faire perdre ses inclinations guerrières. Il contribuait à l'enlèvement de la reine *Marie de Médecis*, du château de Blois; mais il abandonna ensuite son parti pour se livrer entièrement au cardinal de *Richelieu*. Ce ministre lui donna les premiers emplois de la guerre, le pourvut du gouvernement d'Anjou, de celui de Metz, et l'envoya commander en Allemagne avec le duc de *Weimar*, puis en Franche-Comté contre le général *Galas*, ensuite en Picardie et en Italie, où il mourut à Rivoli près de Turin, le 28 septembre 1639, à l'âge de 47 ans. Ainsi on vit un archevêque, un prince de l'Eglise Romaine, mourir les armes à la main. En vain le pape *Urbain VIII* l'avoit menacé de le dépouiller du cardinalat s'il ne quittoit ce métier de sang; il fut insensible à tout. Sa promotion au cardinalat avoit fait naître un différend entre lui et son père qui ne vouloit pas lui céder la main comme cardinal. Après une longue contestation, le père se voyant forcé de se conformer à l'ancien usage, s'avisa de donner la main à son fils avec une chaise à dos simplement et de s'asseoir, lui duc dans une chaise à bras, pour conserver ainsi dans une visite publique une marque de la puissance paternelle. Le cardinal de *Richelieu*, après la perte de la Capelle, du Catelet et de Corbie, effrayé par les clameurs du peuple, vouloit abandonner le gouvernement de l'état; mais le cardinal de la *Valette* qui lui étoit entièrement dévoué et le Père *Joseph*, ranimèrent son courage et l'empêchèrent d'exécuter ce dessein. On a peint le cardinal de la *Valette*, des mêmes traits dont on peint son père. Il en avoit tous les vices, la fierté, la cupidité, la prodigalité, l'amour des plaisirs. Il aimoit éperdument la princesse de Condé, *Charlotte de Montmorency* et lui faisoit des présens considérables. *Jacques Talon* son secrétaire nous a donné des *Mémoires* intéressans sur la vie de ce cardinal, imprimés à Paris chez *Pierres*, 1772, deux vol. in-12. V. VALETTE, (Siméon) né près de Montauban, commença à faire des vers dans sa jeunesse, avant de se livrer à l'étude des sciences exactes dans lesquelles il obtint des succès. *Valette* se rendit à Ferney près de *Voltaire*, et il enseigua à céderner les élémens des mathématiques. On lui doit un petit poème sur l'*Astronomie*, et un savant *Traité* de trigonométrie sphérique, approuvé par l'académie des Sciences. *Valette* est mort des suites d'une apoplexie, dans sa campagne près de Montauban, le 8 nivose de l'an 10, à l'âge de près de 83 ans.
VALETTE, *Voyez* XI. THOMAS.
VALGULIO, (Charles) natif de Bresse en Italie, publia en 1507 dans cette ville, chez *Angelus Britannicus*, une Traduction latine qu'il avoit faite du *Traité de la Musique* de *Plutarque*, petit in-4°, à la tête duquel se lit une espèce de préambule presque aussi long que l'ouvrage, et qui est adressé à un *Titus Pyrrhinus*. Ce traducteur latin a échappé à l'exact *Fabricius* qui dans sa *Bibliothèque grecque* fait passer en revue tous ceux qui se sont acquis le titre d'interprètes de *Plutarque*, par la version latine de quelqu'un de ses écrits. V A L 241 écrits. Il a traduit encore en la même langue l'ouvrage de *Plutarque*, des *Opinions des Philosophes*, recueillies avec d'autres morceaux du même auteur grec, et imprimées à Paris en 1514. *Gesner* dans sa *Bibliothèque* et *Simler* son abréviateur, parlent de *Valgalio*, sans nous apprendre autre chose sinon qu'il avoit traduit du grec de *Plutarque* les *Préceptes conjugaux*, le livre de la *Vertu morale* et celui de la *Musique*, auquel il avoit joint des remarques : toutes ces versions ont été imprimées conjointement avec le reste de ses *Opuscules*, à Basle, chez *Cratander*.
VALIDÉ, (la Sultane) *Voy*. II. KARA... et II. MUSTAPHA.
VALIÈRE, *Voy*. VALLIÈRE.
VALIN, (René-Josué) Rochellois, avocat, procureur du roi de l'amirauté et de l'hôtel de ville, membre de l'académie de sa patrie, se distingua par son savoir et sa probité. On a de lui : I. Un *Commentaire* sur la *Couture de la Rochelle*, 1768, imprimé en cette ville, 3 vol. in-4.º II. L'*Ordonnance de la Marine* de 1681, 2 volum. in-4.º, 1760. III. *Traité des Prises*, 1763, 2 vol. in-8.º Cet estimable écrivain mourut en 1765.
VALINCOUR, (Jean-Baptiste-Henri du Trousset de) naquit en 1653, d'une famille noble, originaire de Saint-Quentin en Picardie. Il fut secrétaire général de la marine, académicien de la Crusca, honoraire de l'académie des Sciences, et reçu à l'académie Françoise en 1699. Il fit ses études chez les Jésuites de Paris avec assez peu de succès ; mais ses humanités finies, son génie se développa et sa pénétration parut avec éclat. *Bossuet* le fit entrer en 1685 chez le comte de *Toulouse*, amiral de France. Il étoit secrétaire général de ses commandemens, et même secrétaire de la marine, lorsqu'en 1704 ce prince gagna la bataille de Malaga contre les flottes Angloise et Hollandoise. *Valincour* fut toujours à ses côtés et y reçut une blessure. *Louis XIV* l'avoit nommé son historien à la place de *Racine* son ami. Il travailla avec *Bolleau* à l'histoire de ce prince, qui fut souvent commencée et jamais finie ; mais l'incendie qui consuma sa maison de Saint-Cloud la nuit du 13 au 14 janvier 1725, fit périr les fragmens de cet ouvrage, ainsi que plusieurs autres manuscrits. Il supporta cette perte avec la résignation d'un Chrétien et d'un Philosophe. *Je n'aurois guère profité de mes livres*, disoit-il, si je ne savais pas les perdre. Cet homme estimable mourut à Paris le 5 janvier 1730, à 77 ans, regretté de tous les gens de lettres. Ami passionné du mérite et des talens, encore plus ami de la paix entre les savans, *Valincour* étoit le sonnclateur de ceux qu'avoit pu désunir la diversité d'opinions. La candeur, la probité formoient son caractère ; et quoiqu'il eût été à la cour, il ne savoit ni feindre ni flatter. Lorsque les princes légitimés furent élevés au rang de princes du sang, *Valincour* qui prévoyait que cet avantage leur seroit enlevé après la mort du roi, dit au comte de *Toulouse* pour tout compliment : *Voilà, Monseigneur, une couronne de roses qui pourroit devenir une couronne d'épines, quand les fleurs en sa-* 242 VAL ront tombées. On s'appercevoit aisément dans son commerce ordinaire qu'il étoit plein de bonnes lectures. Il en ornoit volontiers sa conversation et ses lettres, mais à propos et avec agrément. Un certain sel qu'il avoit dans l'esprit l'eût rendu fort propre à la raillerie; mais il sut dompter un talent dangereux pour soi, injuste à l'égard des autres. Il eut des amis dans les premiers administrateurs de l'état, qui le recherchoient non - seulement comme un homme agréable, mais comme un homme d'un grand sens. On a de lui : I. Lettre à Mod. la Marquise de... sur la Princesse DE CLEVES, à Paris, 1678, in-12. Cette critique est le modèle d'une censure raisonnable; l'auteur blâme avec modération et loue avec plaisir. II. La Vie de François de Lorraine le Balafré, duc de Guise, 1681, in-12 : elle est écrite avec assez d'impartialité. III. Des Observations critiques sur l'Œdipe de Sophocle, in-4.º Valincour malgré ses occupations sérieuses, s'est fait quelquefois un amusement de la poésie, pour laquelle il avoit du goût et quelque talent. On a de lui des Traductions en vers de quelques Odes d'Horace, des Stances et plusieurs Contes, où l'on remarque une imagination enjouée. I. VALLA, ( George ) né à Plaisance, médecin et professeur de belles-lettres à Venise, fut emprisonné pour la cause des Trivulces. Ayant été mis en liberté, il mourut vers l'an 1460. Son livre, De expetendis et fugendis relus, Venise, 1501, 2 vol. in-folio, est curieux et peu commun.
II. VALLA ou VALLE, ( Laurent ) né à Plaisance en 1415, fut l'un de ceux qui contribuèrent le plus à renouveler la beauté de la langue latine, et à chasser la barbarie gothique. Son séjour à Rome lui valut le droit de citoyen; mais son humeur caustique l'obligea de quitter cette ville. Il se retira à la cour d'Alphonse roi de Naples, protecteur des lettres, qui voulut bien apprendre de lui le latin à l'âge de 50 ans. Valla ne fut pas plus retenu à Naples qu'il n'avoit été à Rome; il s'avisa de censurer le clergé et de dogmatiser sur le mystère de la Trinité, sur le Libre-Arbitre, sur les Vœux de continence et sur plusieurs autres points importans. Ses ennemis le déférèrent à l'Inquisition, qui le condamna à être brûlé vif; mais le roi Alphonse modéra la rigueur de cette sentence. Les Inquisiteurs se contentèrent de fouetter le coupable autour du cloître des Jacobins. C'est du moins ce que rapporte le Pogge son ennemi personnel; et le témoignage d'un adversaire doit paroitre suspect. Valla ne pouvant demeurer à Naples après cet outrage, retourna à Rome où le pape Nicolas V lui fit un accueil favorable. Il fut honoré d'une pension et il enseigna publiquement : ce qu'on ne lui auroit pas sans doute permis s'il avoit été puni comme hérétique à Naples. Quoi qu'il en soit Valla vécut avec plus de prudence qu'auparavant; mais il ne se défit pas entièrement de ce caractère de méchanceté dont le Pogge l'accusa à la face de l'Europe. Ces deux savans, la lumière de leur siècle, se déchirèrent comme les plus vils des hommes. Ils s'impu- tèrent mutuellement un caractère vain, inquiet, satirique; ils avoient tous deux raison, et c'est bien en vain que l'abbé Vigerini a cherché à justifier Valla. Cet auteur mourut à Rome le premier août 1465, à 50 ans, après avoir enseigné les belles-lettres et la rhétorique avec réputation à Gênes, à Pavie, à Milan, à Naples et dans les autres principales villes d'Italie. Il fut enterré dans l'église de Saint-Jean de Latran, dont on dit qu'il étoit chanoine. On fit les vers suivants sur sa mort : Nunc postquam manes defunctus Valla petivit, Non audet Plato verba latina loqui. Jupiter hunc cali dignatus parte fuisse, Centuram lingua sed simet ille sua. On a de lui : I. Six livres des Elégances de la Langue Latine, ouvrage estimable, imprimé à Venise en 1471, in-folio; à Paris en 1575, in-4°, et à Cambridge, in-8°. On l'accusa faussement de l'avoir volé. II. Un Traité contre la fausse Donation de Constantin. III. L'Histoire du règne de Ferdinand roi d'Aragon, 1521, in-4°. Cette histoire prouve que Laurent Valla étoit plus propre à donner aux autres des préceptes pour écrire qu'à les pratiquer; il écrit en rhéteur. IV. Des Traductions de Thucydide, d'Hérodote et de l'Iliade d'Homère. Ces traductions sont des paraphrases infidelles. Valla n'entendoit pas si bien le grec que le latin. V. Des Notes sur le nouveau Testament, qui valent un peu mieux que ses versions. VI. Des Fables traduites en françois et imprimées sans date, en lettres gothiques, in-folio. VII. Des Facéties avec celles du Pogge, in-4°, sans date. VIII. Un Traité Du Faux et du Vrai, qui offre quelques bonnes réflexions. L'auteur partisan d'Epicure, fut l'ennemi déclaré d'Iristote. Ses ouvrages furent recueillis à Basle, 1540, in-folio.
VALLADIER, (André) né près de Montbrison en Forez, passa 23 ans chez les Jésuites: des tracasseries le forcément de quitter leur ordre. Il fut ensuite abbé de St-Arnoul de Metz, où il introduisit la réforme, non sans des traverses qu'il a décrites dans sa Tyrannomanie étrangère, 1626, in-4°. On a encore de lui cinq volumes in-8° de Sermons; et une Vie de Dom Bernard de Montgaillard abbé d'Orval, in-4°. Valladier mourut en 1638, à 68 ans.
VALLÈ, (Pierre della) gentilhomme Romain, voyagea pendant douze ans, (depuis 1614 jusqu'en 1626,) en Turquie, en Egypte, dans la Terre-Sainte, en Perse et dans l'Inde, et se rendit habile dans les langues orientales. De retour à Rome, il publia ses Voyages, dont la relation forme une suite de 54 lettres, écrites des lieux mêmes à un médecin Napolitain son ami. Ces lettres quoique retouchées en quelques endroits lors de l'impression, sont d'un style vif, aisé et naturel, qui plaît et qui attache le lecteur; elles n'ont ni la sécheresse d'un journal, ni l'apprêt d'une relation qui auroit été rédigée sur des mémoires. Il est peu de Voyages aussi intéressans et aussi variés. Ils sont surtout très-curieux pour ce qui regarde la Perse où l'auteur (homme d'ailleurs fort instruit et rempli de connoissances) avoit fait un séjour de plus de quatre ans. Il paroît croire trop facilement au pouvoir de la magie et des enchantemens; mais il vivoit dans un temps où les tribunaux condamnoient des sorciers au feu. Pierre della Valle se maria dans le cours de ses voyages, et épousa à Bagdad une jeune Syrienne, née de parens Chrétiens et d'une famille distinguée. Il la perdit à Mina sur le golfe Persique, après cinq ans de mariage. Une circonstance singulière qui prouve son attachement pour elle, c'est qu'il fit embaumer son corps dans le dessein de le transporter à Rome et de le déposer dans la chapelle de sa famille; et en effet, après l'avoir emballé de façon à éviter les embarras que ce cadavre auroit pu lui causer, il le transporta par-tout avec lui pendant quatre ans encore que durèrent ses voyages; il eut la satisfaction de lui donner la sépulture à Rome, dans le caveau où reposoient ses ancêtres. Ce célèbre voyageur mourut en 1652, âgé de 66 ans, après avoir épousé en secondes noces malgré les oppositions de sa famille, une jeune Géorgienne qui avoit été attachée à sa première femme et qu'il avoit conduite à Rome. La meilleure édition de ses Voyages est celle de Rome, 1662, en 4 vol. in-4. Le P. Carneau Célestin, ou donna une traduction françoise, imprimée en 1663, aussi en 4 vol. in-4; peu estimée. Elle fut cependant réimprimée à Rouen, 1745, 8 vol. in-12.
VALLE, Voy. II. VALLA.
VALLÉ, (Guilbert-Joseph) né à Arras le 4 octobre 1715, quitta sa patrie dans sa jeunesse et vint à Paris, où il fut professeur de philosophie au collège du cardinal le Moine. Il mourut en 1784, après avoir publié: I. Lettre sur la nature de la matière et du mouvement, 1747, in-12. II. Réfutation du système des Monades, 1754, in-12. I. VALLÉE, (Géofroi) fameux Déiste d'Orléans, né au commencement du 16e siècle, fut brûlé en place de Grève à Paris le 8 février 1574, pour avoir publié un livre plein d'absurdités et d'implétés, en huit feuillets in-8°, sous ce titre: La Béatitude des Chrétiens ou le Fléau de la Foi. « Son erreur, dit Garasse, étoit entièrement contraire à celle des dogmatisans; car il soutenoit qu'il n'y avoit autre Dieu au monde que de maintenir son corps sans souillure: et en effet, à ce qu'on dit, il étoit vierge de la même façon que les Frères de la Croix des Roses et les Torlaquis de Turquie. Il avoit autant de chemises qu'il y avoit de jours en l'année: lesquelles il envoyoit laver à une fontaine en Flandre, renommée pour la clarté de ses eaux et le blanchissement excellent qui s'y faisoit. Il étoit ennemi de toutes les ordures et de fait et de paroles, mais encore plus de Dieu; et faisant semblant d'aimer la pureté, il haïssoit Purissimum Purissimorum; c'est ainsi que le grand Hippocrate définit la Divinité au livre De Morbo sacro... Il fut impossible à tous les docteurs de rappeler cet homme en son bon sens: il vomissoit d'étranges blasphèmes, quoiqu'il les proférât d'une bouche toute sucrée et d'une mine doucette; mais non moins dangereuse en son extrémité que celle des beaux esprits prétendus parmi les ivrogneries. Le feu qui purge tout, purifia par les flammes les pure-tés prétendues de cette impure créature. » Son ouvrage est fort rare. Géofroi Vallée étoit grand oncle du fameux des Barreaux : ainsi l'incrédulité étoit héréditaire dans cette famille.
II. VALLÉE, (Simon) graveur de Paris, vécut dans l'indigence et reçut au lit de la mort une pension de Louis XIV, dont il ne put jouir. Il mourut en disant : « Dites au roi que je le remercie, mais qu'il est trop tard. » Elève de Drevet le père, on a de lui : Vénus sur son char, d'après F. de Troy; une Fuite en Egypte, d'après Carle Maratte; St. Jean dans le désert, d'après Raphaël; la résurrection du Lazare, d'après le Mutian; Jésus portant sa croix, d'après André Sacchi. Son burin est gracieux et correct.
VALLEMONT, (Pierre le Lorrain de) prêtre, naquit à Pont-Audemer le 10 septembre 1649, et y mourut le 30 décembre 1721. Il avoit été chargé d'enseigner l'histoire à Courcillon fils du marquis de Dangeau; et c'est pour lui qu'il fit ses Elémens. L'abbé de Vallemont étoit un homme d'un esprit singulier et d'un caractère inquiet, qui se fit plusieurs affaires et qui ne sut conserver aucun emploi. On lui doit quelques livres qui ont eu du cours : I. La Physique occulte ou Traité de la Baguette divinatoire : ouvrage qui montre que l'auteur n'entendoit rien en cette matière, non plus que le P. le Brun qui l'a réfuté. II. Les Elémens de l'Histoire. La meilleure V A L 245 édition est celle de 1758, en 5 vol. in-12, avec plusieurs additions considérables. Les principes de l'histoire, de la géographie et du blason sont exposés dans cet ouvrage avec assez de clarté, de méthode et d'exactitude; mais l'auteur a fait plusieurs fautes sur la chronologie, la géographie et sur les médailles, dont il n'entendoit pas quelquefois les légendes, si l'on en croit Baudelot. Son style pourroit être plus pur et plus élégant. III. Curiosités de la Nature et de l'Art sur la Végétation des Plantes, réimprimées en 1753, in-12, deux vol. IV. Dissertations Théologiques et Historiques touchant le secret des Mystères ou l'Apologie de la République des Missels, qui ordonne de dire secrètement le Canon de la Messe, deux vol. in-12. V. Traité de la Visibilité de l'Eglise.
VALLENSIS, (André del VAULX ou) jurisconsulte, né à Andennes entre Huy et Namur, en 1569, fut professeur en droit canon à Louvain, où il mourut le 26 décembre 1636. Nous avons de lui : Une Explication des Décrétales, dont on a donné un grand nombre d'éditions; la meilleure est celle de 1759, in-4. Cet ouvrage est estimé.
VALLERIUS, (N.) Suédois, l'un des plus célèbres minéralogistes du siècle qui vient de finir, a publié de profonds ouvrages sur la science qu'il cultivoit, et est mort dans sa patrie en 1785.
VALLES, (François) Voyez VALESIO. I. VALLET, (Guillaume) graveur, mort à Paris en 1704, à 70 ans, a gravé la Sainte Fa- 246 V A L mille d'après le Guide ; une autre, d'après Raphaël ; l'Adoration des Rois, d'après le Poussin ; le portrait d'André Sacchi, etc. Ses dessins sont moëlleux et agréables. Il étoit membre de l'académie de Peinture.
II. VALLET, (Pierre) lieutenant général de police à Grenoble, est mort dans cette ville en 1780. On lui doit plusieurs articles de l'Encyclopédie d'Yverdon et les ouvrages suivans : I. Méthode pour faire des progrès rapides dans les sciences et les arts, 1767, in-12. II. L'Art de limiter les terres à perpétuité, 1769, in-12.
VALLETRYE, (N. de la) poète qui vivoit en 1602, a publié des Devises, des Epitaphes, diverses Poésies, et une pastorale en cinq actes, intitulée : La Chasteté repentie.
VALLETTE, Voy. VALETTE.
VALLIER, (Saint-) Voyez COCHET et POITIERS. I. VALLIÈRE, (François de la Baume le Blanc de la) chevalier de Malte, descendoit selon les uns de l'ancienne maison de la Baume originaire du Bourbonnois ; selon d'autres sa famille n'avoit acquis la noblesse que dans le 16e siècle. Il porta les armes de bonne heure et fut maréchal de bataille à 26 ans, sous le maréchal de Grammont. Il remplit cet emploi avec tant de succès que le grand maître de Malte et les Vénitiens firent tous leurs efforts pour l'attirer à leur service. Il se signala dans plusieurs sièges et combats, surtout à Lérida, où il reçut la mort en 1644. Il étoit lieutenant général des armées du roi. On a de lui : I. Un Traité intitulé : Pratiques et Maximes de la Guerre, II. Le Général d'Armée. Ces deux ouvrages prouvent qu'il étoit aussi profond dans la théorie de l'art militaire qu'habile dans la pratique. Son père Laurent, seigneur de la Vallière et de Choisi, avoit été tué au siège d'Ostende.
II. VALLIÈRE, (Gilles de la Baume le Blanc de la) naquit au château de la Vallière en Touraine en 1616. Il fut d'abord chanoine de Saint-Martin de Tours, et il fut élevé ensuite à l'évêché de Nantes, dont il se démit en 1677. Il mourut le 10 juin 1709, à 98 ans, avec une grande réputation de savoir et de vertu. On a de lui un Traité intitulé : La Lumière du Chrétien, réimprimé à Nantes en 1693, 2 vol. in-12.
III. VALLIÈRE, (Louise-Françoise de la Baume le Blanc, duchesse de la) étoit de la même maison que les précédens. Elle fut élevée fille d'honneur d'Henricite d'Angleterre, première femme de Philippe duc d'Orléans. Dès ses premières années elle se distingua par un caractère de sagesse marqué. Dans une occasion où des jeunes personnes de son âge montrèrent beaucoup de légèreté, Monsieur dit tout haut : « Pour Mlle de la Vallière, je suis assuré qu'elle n'y aura pas de part ; elle est trop sage pour cela. » Elle se fit aimer et estimer à la cour, moins encore par ses qualités extérieures que par un caractère de douceur, de bonté et de naïveté qui lui étoit comme naturel. Quoique vertueuse, elle avoit le cœur extrêmement tendre et sensible. Cette sensibilité la trahit ; elle vit Louis XIV et elle l'aima avec transport. Le roi instruit de ses sentimens, lui donna tout son amour. Elle fut pendant deux ans l'objet caché de tous les amusements galans et de toutes les fêtes que Louis XIV donnoit. Enfin lorsque leurs sentimens eurent éclaté, il érigea pour elle en mai 1667, la terre de Vaujour en duché-pairie, sous le nom de la Vallière. La nouvelle duchesse recueillie en elle-même et toute renfermée dans sa passion, ne se mêla point des intrigues de la cour ou ne s'en mêla que pour faire du bien. Elle n'oublia jamais qu'elle faisoit mal ; mais elle espéroit toujours de faire mieux. C'est ce qui lui fit recevoir avec beaucoup de joie le remerciant d'un pauvre Religieux, qui lui dit après avoir reçu d'elle l'aumône : Ah ! Madame, vous serez sauvée ; car il n'est pas possible que Dieu laisse périr une personne qui donne si libéralement pour l'amour de lui. Le célèbre Mignard l'ayant peinte dans ce temps-là, elle voulut être au milieu de ses deux enfans, Mlle de Blois et le comte de Vermandois, tenant un chalumeau à la main, d'où pend une bulle de savon autour de laquelle est écrit : Sic transit gloria mundi : image naturelle de la vanité des passions des hommes et des faveurs des cours. Dieu se servit de l'inconstance du roi pour la ramener à lui. La duchesse de la Vallière s'apperçut dès 1669 que Mad. de Montespan prenoit de l'ascendant sur le cœur de ce monarque. Elle supporta avec une tranquillité admirable le chagrin d'être témoin long-temps du triomphe de sa rivale. On lui fit dire au roi dans un sonnet, en parlant de son inconstance : Tous ces défauts, Louis, font tort à vos vertus ; Vous m'aimez autrefois et vous ne m'aimez plus ; Mes sentimens, hélas ! diffèrent bien des vôtres. Amour, à qui je dois et mon mal et mon bien, Que ne lui donnez-vous un cœur comme le mien ! Ou que n'avez-vous fait le mien comme les autres ! Enfin, en 1675 elle se fit Carmélite à Paris et persévéra. Ma Mère, dit-elle en entrant à la supérieure, j'ai fait un si mauvais usage de ma volonté ! Mais je viens la remettre entre vos mains pour ne la plus reprendre. Dans les commencements de sa conversion elle écrivit à un de ses amis : Dieu est si bon, qu'au lieu des châtimens que j'ai mérités, il m'envoie des consolations... Malgré la grandeur de mes péchés qui me sont toujours présents, je sens que son amour aura plus de part à mon sacrifice que la crainte de ses Jugemens. Se couvrir d'un cilice, marcher pieds nus, jeûner rigoureusement, chanter la nuit au chœur dans une langue inconnue ; tout cela ne rebuta point la délicatesse d'une femme accoutumée à tant de gloire, de mollesse et de plaisirs. Les grands maux de tête auxquels elle étoit sujette l'obligeant de fermer les yeux, on lui demanda si cette situation ne génoit pas sa vue ? Point du tout, répondit-elle ; cela me la repose. Je suis si lasso des choses de la terre, que je trouve même du plaisir à ne pas les regarder. Un grand éryspèle 248 V A L à la jambe l'ayant fait beaucoup souffrir sans qu'elle en eût parlé, on lui fit des reproches de porter si loin l'esprit de pénitence : *Je ne savois ce que c'étoit*, répondit-elle ; *je n'y avois pas regardé*. Elle vécut dans ces austérités depuis 1675 jusqu'en 1710, année de sa mort, sous le nom de *Sœur LOUISE de la Miséricorde*. Elle mourut le 6 juin, âgée de 66 ans. On avoit voulu la retenir dans le monde pour l'édifier par ses exemples. *Ce seroit à moi*, répondit-elle, *une horrible présomption de me croire propre à aider le prochain. Quand on s'est perdu soi-même on n'est ni digne ni capable de servir les autres*. Lorsque le duc de *Vermandois* son fils mourut, elle répondit avec courage à ceux qui lui annoncèrent cette perte : *Qu'elle n'avoit pas trop de larmes pour soi*, et que *c'étoit sur elle-même qu'elle devoit pleurer*. Elle ajouta cette parole si souvent imprimée : *Il faut que je pleure la naissance de ce fils, encore plus que sa mort !* Ce fut avec la même constance et la même résignation qu'elle apprit depuis la mort du prince de *Conti*, qui avoit épousé *Mlle de Blois* sa fille. L'excès de ses austérités la rendit très-in-firme. Un mal de tête habituel, une sciatique douloureuse, un rhumatisme universel exercèrent sa patience sans abattre son courage. On l'exhortoit en vain de prendre quelque repos. *Il ne peut y en avoir pour moi sur la terre*, répondit-elle. *Que mon exil est long*, ajoutoit-elle quelquefois !... On a d'elle des *Réflexions sur la miséricorde de Dieu*, in-12, qui sont pleines d'onction. On sait que le tableau de la *Magdeleine* pénitente, l'un des chefs-d'œuvre vre de *le Brun*, fut peint d'après cette femme illustre, qui imita si sincèrement la péche-resse dans ses austérités, comme elle l'avoit fait dans ses foiblesses. Ce beau tableau se voit maintenant dans le *Muséum* de Versailles, sous le n.º 31. *Voyez* EDELINK, ANNAT et BENSERADE.
IV. VALLIÈRE, (Louis-César de la Baume le Blanc, duc de la) petit neveu de *Mad. de la Vallière*, né le 9 octobre 1708, mort le 16 octobre 1780, fut le dernier mâle de sa famille. Sa douceur, sa bonté, son amour pour les arts le firent généralement regretter. Il laissa l'une des plus riches bibliothèques de Paris, et dont nous avons un catalogue très-recherché. Celui-ci est divisé en deux parties; la première publiée par *Debure* aîné, en 3 vol. in-8°, renferme les livres rares : elle contient 5668 articles, qui ont rapporté 454,677 livres 8 sous en 1784. La seconde partie publiée par *Nyon* l'aîné, en 6 gros vol. in-8°, renferme 26,537 articles; ils furent vendus au marquis de *Paulmy*, qui les réunit à sa bibliothèque déjà très-considerable. Le duc de la *Vallière* est principalement connu dans la littérature, par sa *Bibliothèque du théâtre François depuis son origine*, Paris, sous le nom de *Dresde*, 3 vol. in-8°, 1768. Cet ouvrage contient un extrait de toutes les pièces composées pour ce théâtre depuis les *Mystères* jusqu'à *Pierre Corneille*, et une liste chronologique des pièces composées depuis celui-ci jusqu'en 1768. Enfin, on y trouve un catalogue et une analyse des ouvrages prétendus dramatiques, fruits d'une animosité personnelle ou enfantés par la passion dans les factions politiques; cette partie n'est pas la moins piquante de la collection. Celle-ci peut être utile aux jeunes auteurs qui ont envie de travailler pour la scène dramatique. Il eût été à desirer que l'auteur en donnant l'analyse des anciennes pièces, y eût mis plus de précision, plus d'élégance, qu'il y eût joint des observations critiques, et qu'il n'eût pas ramassé trop indistinctement toutes les ordures de nos vieilles farces et de nos anciennes comédies. † V. VALLIÈRE, (Jean-Florent de) lieutenant général des armées du roi, de l'académie des Sciences, né à Paris le 7 septembre 1667, mort en 1759, à 92 ans, avoit acquis une telle expérience dans l'artillerie qu'il en étoit regardé comme le meilleur officier. Le premier, il calcula les effets de la poudre dans les mines; auparavant on regardoit son action comme sujette à des bizarreries qui échappaient à toutes les règles et ne pouvoient être assujetties à aucune théorie. En 1713, au siège du Quesnoy, il commanda en chef l'artillerie, et avec 38 pièces de canon, il en démonta 84 à l'ennemi en vingt-quatre heures. Dans la société, ce guerrier qui s'étoit trouvé à plus de soixante sièges et de dix batailles, étoit le plus simple et le plus doux des hommes: c'est ce qui lui mérita ces vers de Fontenelle: De rares talens pour la guerre En lui furent unis au cœur le plus humain. Jupiter le chargea du soin de son ronnerre, Minerve conduisit sa main. V A L 249 Cet homme si doux étoit ferme dans l'occasion. Le maréchal de Bellisle ayant envie de séparer l'artillerie du génie, le pria d'être favorable à ce projet si le roi lui en parloit, et lui offrit le cordon rouge et la grand'croix; Vallière lui répondit « que cette désunion lui paroissant contraire au service du roi, il ne sauroit dissimuler à ce prince sa façon de penser. » — Son fils Joseph-Florent DE VALLIÈRE marcha dignement sur ses traces, et mourut au commencement de 1776, à 59 ans, directeur général de l'artillerie, et associé libre de l'académie des Sciences. Au siège de Berg-op-zoom, il ruina les batteries ennemies, et il assura la victoire à Hastembeck. Il fut également regretté de cette société et de la patrie qui chérissoient en lui un savant modeste et un excellent citoyen.
VALLIS, Voyez WALLIS.
VALLISNIERI, (Antoine) né en 1661, dans le château de Tresilico près de Reggio, fut reçu docteur en médecine dans sa patrie. La république de Venise l'appela pour remplir une première chaire extraordinaire de professeur en médecine-pratique dans l'université de Padoue. Les académies d'Italie et la Société royale de Londres se l'associerent, et le duc de Modène le créa, de son propre mouvement, chevalier lui et tous ses descendants aînés à perpétuité. Cet illustre savant mourut le 28 janvier 1730, à 69 ans, regretté de plusieurs savans de l'Europe, avec lesquels il étoit en commerce. C'étoit un homme d'une constitution robuste, d'une taille avantageuse, d'une physionomie prévenante et d'une conversation agréable. Son fils a recueilli ses ouvrages en 3 vol. in-folio, dont le premier parut à Venise en 1733. Les principaux sont : I. Dialogues sur l'origine de plusieurs Insectes, in-8°, Venise, 1700. II. Considérations et Expériences sur la génération des vers ordinaires dans le corps humain, contre Andry médecin de Paris, qui a écrit sur la même matière. III. Un Traité sur l'origine des Fontaines. IV. Histoire de la génération de l'Homme et des Animaux, à Venise, 1721, in-4°. Le mystère de la génération a exercé les plus habiles physiciens : les œufs des animaux vivipares, et des femmes même d'un côté, et les vers spermatiques de l'autre, ont partagé la plupart des philosophes qui ont tâché de l'éclaircir. Vallisieri s'appliqua avec beaucoup de soin, pendant plusieurs années, à faire des observations sur des ovaires de différentes femelles fécondées depuis un temps plus ou moins considérable, et se déclara d'abord pour les vers séminaux. Mais après avoir pesé avec attention les arguments des partisans des animalcules spermatiques dans la génération, il se détermina enfin à suivre ceux qui pensent que le principe de la génération est dans l'œuf. Il dédia cet ouvrage à l'empereur qui lui donna un collier d'or et une patente où il le déclarait son médecin honoraire. V. De' Corpi marini che si Monti si trovano, Venise, 1728, in-4°; ouvrage où il examine cette question : Comment la mer avoit pu porter tous ces corps dans les endroits où on les trouve. Comme elle lui paroissoit très-épineuse, il s'est contenté de rapporter fidèlement les systèmes qui lui étoient connus. Il y ajouta les objections qui lui étoient venues dans l'esprit pendant qu'il méditoit sur cette matière, sans cependant se déterminer pour aucune opinion. Tous ses ouvrages sont en italien.
VALLIUS, Voy. WALLIUS.
VALMONT, Voyez VALLEMONT.
VALOIS, (Comtes de) Voy. CHARLES DE VALOIS.—DIANE, n.° III... et I. MARIGNY.
VALOIS, (Félix de) Voyez VERMANDOIS et XLIX. JEAN.
VALOIS, (Marguerite de) reine de Navarre, Voyez MARGUERITE, n.° VII. I. VALOIS, (Henri de) né à Paris en 1603, d'une famille noble originaire de Normandie, s'appliqua de bonne heure à la lecture des bons auteurs, des poètes grecs et latins, des orateurs et des historiens. Il fut envoyé à Bourges en 1622, pour y apprendre le droit civil. A son retour il se fit recevoir avocat au parlement de Paris, plutôt par complaisance pour son père que par inclination. Après avoir fréquenté sept ans le palais, il reprit l'étude des belles-lettres et travailla assidûment sur les auteurs grecs et latins, ecclésiastiques et profanes. Sa grande application à la lecture lui affoiblit si fort la vue qu'il perdit l'œil droit, et qu'il ne voyoit presque point de l'autre. Les récompenses que son mérite lui procura, le dédommagèrent un V A L 251 peu de cette perte. Elle ne l'empêchoit pas de composer, parce que sa mémoire lui rappelait les passages de tous les livres qu'il avoit lus. En 1633 le président de Mesmes lui donna une pension de 2000 livres, à condition qu'il lui céderoit ses Collections et ses Remarques; et le Clergé de France une de 600, qui fut depuis augmentée. En 1658, il en obtint une de 1500 du cardinal Mazarin. Deux ans après, il fut honoré du titre d'Historiographe de Sa Majesté, avec une pension considérable. Ce savant finit sa carrière en 1676, à 73 ans. Ses principaux ouvrages sont : I. Une Edition de l'Histoire Ecclésiastique d'Eusebe, en grec, avec une bonne Traduction latine et de savantes Notes. II. L'Histoire de Socrate et de Sozomène, en grec et en latin, avec des Observations dans lesquelles l'érudition est répandue à pleines mains. III. L'Histoire de Théodoret, et celle d'Evagre le Scolastique, aussi en grec et en latin, avec des Notes savantes. IV. Une nouvelle édition d'Ammien Marcellin, avec d'excellentes Remarques. (Voyez l'article suivant.) V. Des Remarques aussi estimées sur Harpocration. VI. Emendationum Libri quinque, à Amsterdam, 1740, in-4.º Valois excelloit dans l'art d'éclaircir ce que les anciens ont de plus obscur. La saine critique, le savoir éclairé brillent dans ses ouvrages; mais l'auteur sent trop les avantages qu'il avoit sur les sevans qui l'avoient précédés. Comme les livres de sa bibliothèque ne lui suffisoient pas, il en empruntoit de toutes parts. Il avoit coutume de dire à ce sujet, que les Livres prêtés étoient ceux dont il tiroit le plus de profit, parce qu'il les lisoit avec plus de soin, et qu'il en faisoit des extraits, dans la crainte de ne pouvoir plus les revoir. Il ne se bornoit pas à faire des recherches dans les livres, il consultoit aussi des gens de lettres; mais il ne faisoit pas toujours assez de cas des soins qu'ils prenoient pour l'instruire. Ayant lu dans un ancien auteur quelque chose sur le port de la ville de Smyrne, qu'il n'étoit guère possible de comprendre sans avoir vu la disposition des lieux mêmes, il écrivit au savant Peiresc sa difficulté; ce généreux protecteur des sciences fit aussitôt partir un peintre sur un vaisseau de Marseille qui alloit à Smyrne, pour prendre le plan et la vue de son port. Il envoya le fruit de ses recherches à Valois qui le remercia de ses soins; mais qui lui manda en même temps qu'il n'étoit pas entièrement éclairci sur ce qu'il souhaitoit... Peiresc fâché d'avoir fait inutilement une dépense considérable, lui écrivit qu'il avoit tâché de le satisfaire, et que si cela ne suffisoit pas, il ne devoit s'en prendre ni à lui ni à son Peintre, mais à son propre esprit qui n'étoit jamais content de rien... « Valois, dit Niceron, n'étoit pas prodigue de louanges, et peu d'ouvrages avoient l'avantage de lui plaire. Il réservoit toute son estime et sa complaisance pour les siens. Hardi à blâmer ceux des autres, il ne souffroit pas patiemment qu'on reprit quelque chose dans ce qui venoit de lui. Ceux qui s'avisoient de le faire, passioient dans son esprit pour des ignorans. Quand il se portoit bien, il 252 VAL traitoit de paresseux et de gens aimant le lit, ceux de ses parens que la maladie ou les infirmités obligeoient d'y rester. Mais quand il étoit lui-même malade, il falloit des précautions infinies pour ne point l'incommoder. Il ne vouloit voir personne; il ne pouvoit même souffrir la lumière. Il pleuroit, crioit, se lamentoit comme un enfant. La maladie passée, il diroit que son mal avoit été peu de chose; et il falloit pour lui complaire ne lui en parler en aucune manière; mais le féliciter au contraire sur sa bonne santé. A l'âge de 70 ans il vouloit encore passer pour jeune. Jacques Gronovius lui ayant en ce temps-là écrit une lettre où il lui souhaitoit une longue et heureuse vieillesse, il en fut choqué, et rejeta la lettre avec indignation, en disant que c'étoit un jeune étourdi. Il avoua depuis, qu'avant cela il n'avoit jamais pensé qu'il fût vieux. » — II. VALOIS, (Adrien de) frère puiné du précédent, suivit l'exemple de son frère, avec lequel il fut uni par les liens du cœur et de l'esprit. Il se consacra à l'Histoire de France, dans laquelle il se rendit très-habile. Le roi l'honora du titre de son Historiographe, et lui donna une gratification en 1664. Cet auteur mourut le 2 juillet 1692, à 80 ans. Il laissa un fils qui a publié le *Valesiana*, Paris, 1694, in-12. *Valois* employa plusieurs années à rechercher les monumens les plus certains de notre Histoire, et à en éclaircir les difficultés les plus épineuses. Il n'étoit pas aussi habile que son frère dans la langue grec- que, et n'avoit pas la même beauté d'esprit; mais il étoit laborieux, écrivoit purement en latin, et étoit bon critique. Ses ouvrages les plus estimés sont: I. *Gesta Francorum*, 1658, trois vol. in-folio. L'exactitude et l'érudition caractérisent cette Histoire de France; mais elle ne va que jusqu'à la déposition de *Childeric*. Elle est écrite, selon le P. *le Cointe*, avec tant de soin qu'elle peut servir d'un excellent Commentaire sur ce que *Grégoire de Tours*, *Frédegaire* et d'autres anciens auteurs avoient écrit de notre Histoire d'un style rude et tout-à-fait barbare. L'abbé *Lenglet* en porte le même jugement, de même que l'abbé *le Gendre* qui ajoute que «c'est moins une Histoire qu'un ouvrage de critique rempli d'une grande érudition; et que l'auteur l'a écrite en savant, ce qui fait qu'elle n'est goûtée que des savans.» *Vigneul - Marville* dit, à l'occasion de cet ouvrage, que *Valois* étoit d'une humeur difficile, et qu'il sembloit qu'on lui arrachât les entrailles quand on le prioit de produire quelque chose de nouveau. «Il falloit le laisser faire, ajoute-t-il. M. *Colbert* le sollicitant un jour avec honnêteté de vouloir continuer son *Histoire* latine de France, le bon homme tout effrayé, se retirant en arrière, comme si on vouloit l'assommer, s'écria: *Eh! Monsieur, que me demandez-vous, à l'âge où je suis? Me demander ce pénible travail, c'est me demander la vie!* » II. *Notitia Galliarum*, Paris, 1675, in-folio: livre très-utile pour connoître la France sous les deux premières races. L'auteur est si exact qu'on diroit V A L 253 qu'il a vécu dans ces temps-là. III. Une édition in-8° de deux anciens Poèmes; le premier est le Panégyrique de Béranger roi d'Italie; et le second une espèce de Satire, composée par Adalberon évêque de Laon, contre les vices des Religieux et des Courtisans. IV. Une seconde et nouvelle Edition d'Ammien Marcellin, Paris, 1681, in-folio. Son frère avoit publié la première en 1636. La seconde est plus correcte, quoiqu'il s'y trouve encore quelques fautes que Jacques Gronovius a relevées et corrigées dans la nouvelle édition qu'il en donna à Leyde en 1693. V. Et d'autres Ecrits excellens en leur genre.
III. VALOIS, (Louis le) Jésuite, né à Melun en 1639, devint confesseur des princes petits-fils de Louis XIV, et mourut à Paris en 1700, regardé comme un homme de Dieu. On a de lui des Œuvres spirituelles, recueillies à Paris en 1758, en 3 vol in-12, et un petit Livre contre les sentimens de Descartes. Ses ouvrages mystiques sont pleins de lumière et d'onction. Voyez MALEBRANCHE, n.º x. de ses ouvrages.
IV. VALOIS, (Yves de) né à Bordeaux le 2 novembre 1694, se fit Jésuite et fut professeur d'hydrographie à la Rochelle, où il donna des preuves de sa science et de ses lumieres. On a de lui : I. La science et la pratique du Pilotage, 1735, in-4.º II. Conjectures physiques sur le Selmarin, 1752, in-8.º III. Entretiens sur les vérités fondamentales de la Religion, 1747, in-12. IV. Observations sur les Auteurs qui cachent leurs noms par de mauvais motifs, 1749, in-4.º V. Entretiens sur les vérités-pratiques de la Religion, 1751, 4 vol. in-12. VI. Observations curieuses sur ce que la Religion a à craindre ou à espérer des Académies Littéraires, 1756, in-12. VII. Lettres d'un Père à son Fils sur l'Incrédulité, 1756, in-12. VIII. Lectures de piété à l'usage des Maisons Religieuses, 1764, in-12. IX. Avis sur l'Incrédulité moderne. X. Recueil de Dissertations Littéraires, 1776, in-12. Tous ces ouvrages sont estimés; on découvre par-tout l'auteur honnête homme qui ne cherche point à faire illusion, qui saisit facilement et sûrement la vérité et la dit avec franchise. On ignore l'année de sa mort.
VALLOMBREUSE, Voy. GUALBERT qui est le fondateur des Religieux; et HUMILITÉ qui a fondé les Religieuses.
VALSALVA, (Antoine-Marie) médecin, né à Imola en 1666, mort en 1723, âgé de 57 ans, fut disciple de Malpighi et enseigna l'anatomie à Bologne avec une réputation peu commune. On a de lui des Dissertations anatomiques en latin, publiées à Venise, 1740, deux vol. in-4°, par Morgagni qui les a commentées et critiquées avec beaucoup d'érudition. Il en a rehaussé les beautés avec la même impartialité qu'il en a blâmé et corrigé les défauts. Les anatomistes estiment sur-tout le traité De aure humand, à Bologne, 1707, in-4.º Cet écrit, selon le témoignage de Morgagni, a coûté seize ans de travail à l'auteur. 254 VAL
VALSTEIN, *Voy.* WALS-TEIN.