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03.0 Dictionnaire historique — VALTURIUS – VERSTEGANUS

Nouveau Dictionnaire historique — Chaudon & Delandine — 1804 — section

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VALTURIUS, (Robert) né à Rimini dans le xv$^{e}$ siècle, a donné un livre latin sur l'*Art Militaire*, Vérone, 1472, infolio. L'édition de Bologne, 1482, moins rare que l'autre, est aussi plus correcte. La même année il en parut une traduction italienne à Vérone par *Paul Ramusio*, qui n'est pas commune.
VALVERDE, Moine Espagnol, *Voy.* l'article PIZARRO.
VALVERDI, (Barthélemi) théologien de Padoue, né vers 1540, mort en 1600, s'est fait connoître dans la république des Lettres par un ouvrage sur le Purgatoire, imprimé sous ce titre: *Ignis Purgatorius post hanc vitam, ex Graeis et Latinis Patribus assertus*; Patavii, 1581, in-4$^{o}$: livre très-rare et recherché des bibliomanes curieux. Cet ouvrage eut peu de succès lorsqu'il parut; le propriétaire voulant y donner cours, réimprima en 1590, le frontispice sous le nom de *Valgrisius* de Venise; et la plus grande partie de l'édition se débita sous ce masque.
VAN-AELST, *Voy.* AELST.
VAN-ARTOIS, *Voy.* ARTOIS.
VAN-ARUM, *Voy.* ARUM.
VANBROUCK, *Voy.* WANBROUCK.
VAN-BUYS, (N...) peintre Hollandois du xvii$^{e}$ siècle, a travaillé dans la manière de *Miéris* et de *Gerard Dow*. Sa composition est des plus spirituelles et des plus gracieuses. Il rendoit les étoffes avec une vérité frappante. Son dessin est pur, sa touche unie sans être froide. Ses tableaux ne sont guère connus qu'en Hollande.
VAN-CEULEN, (Ludolphe) mathématicien Flamand, au commencement du xvii$^{e}$ siècle, travail beaucoup pour déterminer le rapport du cercle à la circonférence. Il exprima ce rapport en 36 chiffres; de sorte que l'erreur qu'il y a entre le vrai rapport du cercle et celui qu'il trouve, est moindre qu'une fraction dont l'unité seroit le numérateur, et le dénominateur un nombre de 36 chiffres. Ce travail est sans doute étonnant; car il fallut qu'il fit des extractions jusqu'à ce qu'il trouvât dans la circonférence du cercle le nombre de chiffres rapporté. Aussi, pour en conserver la mémoire à la postérité et pour immortaliser cet homme laborieux, on a fait graver ces chiffres sur sa tombe qu'on voit à Leyde dans l'église de Saint-Pierre. On a de lui: I. *Fundamenta Geometriæ*, traduits du hollandois en latin par *Snellius*, et imprimés in-4$^{o}$ en 1615. II. *De Circulo et adscriptis*, 1619, in-4$^{o}$.
VAN-CLÉEF, nom de plusieurs peintres Flamands aux xvi$^{e}$ et xvii$^{e}$ siècles, dont les plus célèbres sont *Joseph*, *Henri*, *Martin* et *Gilles* fils de ce dernier. *Joseph* surnommé le fon parce qu'il l'étoit réellement, déchiroit ses tableaux devenus fort rares, lorsqu'on préféroit les talens du *Titien* ou de quelqu'autre peintre aux siens. Il fut reçu de l'académie d'Anvers vers 1557.
VAN-CLÈVÉ, (Joseph) sculpteur, élève d'*Anguier*, né à Paris en 1644, mort dans la même ville en 1733, embellit de ses ouvrages Paris, Versailles, Marly et Trianon. On lui doit le groupe du Lion terrassant un Loup, celui de la Loire et du Loiret aux Tuileries, les Ornemens du maître autel de l'église Saint-Paul à Paris, et le Tombeau du marquis de Louvois aux Capucins.
VAN-CRAESBE, (Joseph) peintre crapuleux, né à Bruxelles en 1608, peignit des sujets conformes à son goût. — VAN-DALE, (Antoine) né le 8 novembre 1638, fit paroître dans sa jeunesse une passion extrême pour les langues; mais ses parens lui firent laisser cette étude pour le commerce. Il quitta cette profession à l'âge de 30 ans et prit des degrés en médecine. Il pratiqua cette science avec succès, et se fit une réputation dans l'Europe par sa profonde érudition. Il mourut à Harlem, médecin de l'hôpital de cette ville, le 28 novembre 1708. On a de lui: I. De savantes Dissertations sur les Oracles des Païens. Il y soutient que ce n'étoit que des tromperies des prêtres. La meilleure édition de ces Dissertations est celle d'Amsterdam en 1700, in-4.º Fontenelle en a donné un abrégé en françois dans son Traité des Oracles. Il a eu soin d'y mettre la méthode, la clarté et les agrémens qui manquent à Van-Dale, savant profond, critique habile, mais écrivain lourd et pesant en latin et en françois. (Voy. I. BLONDEL.) II. Un Traité de l'origine et des progrès de l'Idolâtrie, 1696, in-4.º III. Dissertations sur des sujets importants, 1702 et 1743, in-4.º
IV. Dissertatio super Aristea de LXX Interpretibus, à Amsterdam, 1705, in-4.º Van-Dale étoit un homme d'un caractère doux et d'une probité exacte. Il entendait plaisanterie sur ses Ouvrages, ce qui n'est pas une petite qualité dans un érudit. Sa société étoit agréable. Il savoit beaucoup d'histoires plaisantes qu'il racontoit sans apprêt. Il parloit d'ailleurs de tout avec liberté.
VANDEN-ECKOUT, (Gerbrant) peintre, né à Amsterdam en 1621, mort dans la même ville en 1674, fut élève de Rembrant dont il a si bien saisi la manière que les curieux confondent leurs tableaux. Il a peint avec succès le portrait et des morceaux d'histoire. On distingue parmi les premiers le portrait de son père, qui fut admiré par Rembrant lui-même; parmi les seconds deux tableaux qui se voient en Hollande; l'un représente Jésus au milieu des docteurs; l'autre Jésus enfant dans les bras de Siméon. Son pinceau est ferme, sa touche spirituelle, son coloris suave et d'un grand effet.
VANDEN-HONERT, Voy. HONERT. I. VANDEN-VELDE, (Adrien) peintre, né à Amsterdam en 1639, mort en 1672, a excellé à peindre des animaux. Il réussissoit dans le paysage; son pinceau est délicat et moëlleux, son coloris suave et onctueux. Il mettoit tant de goût et d'esprit dans ses petites figures, que plusieurs bons maîtres s'adressoient à lui pour orner leurs tableaux. « Le mérite de ses 256 VAN ouvrages, dit *Descamps*, consiste en une couleur excellente, en une expression vive qui rend toujours certains effets aussi frappans qu'ingénieusement saisis dans la nature. Ses ciels pétillans brillent à travers les arbres ; sa touche est franche et termine les formes avec finesse ; son feuillé est pointu et d'un grand travail. Il règne une chaleur rare dans tous ses travaux ; et c'est peut-être dans cette partie qu'il n'a point été surpassé. Il n'y a rien à désirer pour la correction de ses chevaux, de ses chèvres, de ses moutons ; ils sont coloriés avec beaucoup de vérité. Ils répandent de la gaieté, du mouvement et de la vie dans tout ce que nous avons de lui. Des ouvrages d'un si beau fini et si nombreux, font juger par le peu de temps qu'il a vécu, de l'assiduité et de la facilité avec laquelle il travaillait. » Cet aimable artiste a encore traité quelques sujets d'histoire. On a de lui une vingtaine d'*Estampes*. — II. VANDEN-VELDE, (Isaïe) peintre Flamand, se distingua dans le xvi$^{e}$ siècle par ses *Batailles et ses Attaques de voleurs* peintes avec beaucoup de feu et d'intelligence. Toutes ses figures sont vêtues à l'espagnole. Il vivait à Harlem en 1626, et à Leyde en 1630. — *Jean VANDEN-VELDE* son frère s'est aussi rendu très-célèbre dans l'art de la gravure à l'eau-forte et au burin. On a de lui des portraits, des paysages, des bambochades, les quatre élémens et quelques petits écrits sur son art. Il rapporte dans l'un d'eux que la ville de Rotterdam pour favoriser l'art de l'écriture, donnait dans un cer- tain jour de l'année une plume d'or au maître qui présentoit la plus belle pièce.
III. VANDEN-VELDE, (Guillaume) surnommé *le Vieux*, frère d'*Isaïe* et de *Jean*, mort à Londres en 1693, excelloit à représenter des *Vues* et des *Combats de mer*. S'étant trouvé dans diverses batailles sous l'amiral *Ruyter*, il dessinoit tranquillement durant l'action tout ce qui se passait sous ses yeux. Il a beaucoup dessiné à la plume sur du papier blanc ou collé sur toile. *Charles I* roi d'Angleterre le prit à son service et le traita avec la plus grande distinction.
IV. VANDEN-VELDE, (Guillaume) *le Jeune*, né à Amsterdam en 1663, mort à Londres en 1707, étoit fils du précédent. Il apprit la peinture de son père, et le surpassa par le goût et l'art avec lequel il représentait des marines. *Charles II* et *Jacques II* rois d'Angleterre, lui accordèrent des pensions. Aucun peintre n'a su rendre avec plus de vérité que lui, la tranquillité, le transparent, les reflets et le limpide de l'onde ainsi que ses fureurs. Son talent allait jusqu'à faire sentir la légèreté de l'air et les moindres vapeurs. Il étoit aussi très-exact dans les formes et dans les agrès convenables à chaque espèce de bâtiment.
VANDEN-ZYPE, *Voyez ZYPÉUS*.
VANDER-AA, *Voyez AA*.
VANDER-BEKEN, *Voyez TERRENTIUS*.
VANDER-BERGUE, né à Orléans et mort à Versailles au mois de novembre 1783, est auteur Auteur d'un Voyage de Genève, in-8.
VANDER-DOËS, (Jacob) peintre, né à Amsterdam en 1623, mort à la Haye en 1673, excelloit dans le paysage et à représenter des animaux. Ses dessins sont d'un effet très-piquant et fort recherchés. Il représentait parfaitement les moutons et les chèvres. Ses paysages offrent une grande intelligence; mais Vander-Doës naturellement mélancolique préféroit les couleurs sombres à toute autre. Son fils Simon hérita de son talent. —Il y a eu un autre peintre d'Amsterdam nommé aussi Jacob VANDER-Doës, au commencement du XVIIIe siècle.
VANDER-DOËS, poète. Voyez DOUSA.
VANDER-HELST, (Barthélém) peintre, né à Harlem en 1631, a peint avec un égal succès le portrait, de petits sujets d'histoire, des paysages. Son coloris est séduisant, son dessin est correct, son pinceau moëlleux.
VANDER-HEYDEN, (Jean) peintre, né à Gorcúm en 1637, mourut à Amsterdam en 1712. Son talent étoit de peindre des Ruines, des Vues, des Maisons de plaisance, des Temples, des Paysages, des Lointains, etc. Il a représenté l'Hôtel de ville d'Amsterdam, la Bourse de la même ville, le Bureau des poids publics, l'Église neuve, la Bourse de Londres. Il se plaisoit à rendre les plus petits détails; on cite entre autres exemples de sa patience à cet égard, une Bible entr'ouverte de quatre pouces de hau- teur et dans laquelle on lit correctement le texte. On ne peut trop admirer l'entente et l'harmonie de son coloris, son intelligence pour la perspective et le précieux fini de ses ouvrages. Ce peintre renommé perfectionna les pompes pour les incendies, diminua leurs frottemens et rendit leur transport plus facile.
VANDER-HULST, (Pierre) peintre, né à Dort en Hollande l'an 1632, a peint avec beaucoup d'art et de goût des Fleurs et des Paysages. Sa touche est d'une vérité séduisante; il avoit coutume d'enrichir ses tableaux de plantes rares et de reptiles qui semblent être animés.
VANDER-KABEL, (Adrien) peintre et graveur, né au château de Ryswick proche la Haye, en 1631, mort à Lyon en 1695, a eu beaucoup de talent pour peindre des Marines et des Paysages qu'il ornoit de figures et d'animaux dessinés d'un bon goût. On remarque plusieurs manières dans ses ouvrages. Le Benedette, Salvator Rosa, Mola et les Carrache sont les peintres qu'il a le plus cherché à imiter. Sa manière vague est opposée à celle des peintres Flamands, qui est finie et recherchée. Il se servoit de mauvaises couleurs que le temps a entièrement noircies. Adrien a aussi gravé plusieurs estampes, sur-tout des paysages estimés. Sa conversation étoit gaie et amusante, son caractère franc et généreux; mais son goût pour la débauche l'égarait souvent. On le trouvoit toujours parmi des ivrognes; et l'amateur qui vouloit avoir de ses tableaux, étoit obligé de le suivre dans ses parties de plaisir et au cabaret 258 VAN où il passa sa vie. Un jour qu'il y fut arrêté pour ne pouvoir payer, il peignit une enseigne qui se vendit très-chèrement dans la suite. Il a gravé quelques estampes à l'eau forte où l'on admire le feuillé des arbres.
VANDER-LINDEN, (Jean-Antonides) né en 1609 à Enkhuysen dans la Nord-Hollande, professa avec succès la médecine à Franeker et à Leyde. Il mourut dans cette dernière ville le 5 mars 1664, après avoir formé de savans élèves. Ses ouvrages sont: I. *De scriptis medicis libri duo*, Amsterdam, 1662, in-8°; avec des additions et des corrections de *Mercklein*, Nuremberg, 1686, in-4°. Ce *Lindenius renovatus* est passé tout entier dans la *Bibliotheca scriptorum medicorum* de *Manget*. II. *Selecta medica*, Leyde, Elzevir, 1656, in-4°. III. Une édition des *Œuvres de Spigelius*, Amsterdam, 1645, trois vol. in-folio; de *Celve*, Leyde, 1665; *Hippocrate*, 1665, deux vol. in-8°. « *Vander-Linden*, dit le satirique *Gui-Patin*, étoit un bon homme et riche, mais qui étoit fêru de la chimie et de la pierre philosophale; n'est-ce pas là pour faire un bon médecin? Aussi haïssoit-il notre bon *Gulien*. Il louoit *Hippocrate*, *Paracelse* et *Van-Helmont*; en quoi il imitoit cet empereur qui avoit dans son cabinet les portraits de *Jésus-Christ*, de *Venus*, de *Priape* et de *Flora*. Il voyoit peu de malades, et ne faisoit jamais saigner. Il faisoit profession d'un métier qu'il n'entendoit guère... Sans l'antimoine, son *Hippocrate* eût été encore meilleur. J'en suis pourtant fâché, le connoissant plus honnête homme qu'il n'a été éclairé. » On voit dans ces paroles plutôt la prévention de *Patin* contre ceux qui n'étoient point de son sentiment en médecine, que le véritable jugement qu'on doit porter sur *Vander-Linden* qui étoit à plusieurs égards un homme estimable. I. VANDER-MEER, (Jean) peintre, né à Harlem en 1628, resta long-temps en Italie et périt dans un petit voyage de mer en 1690. Élève de *Nicolas Berghem*, il excella à peindre des *Paysages* et des *Vues de mer* qu'il ornoit de figures et d'animaux dessinés avec beaucoup de goût. Sa touche est admirable, ses compositions pleines d'esprit et pour l'ordinaire fort gaies. On lui reproche d'avoir mis trop de bleu dans les fonds de ses tableaux.
II. VANDER-MEER, (N.) frère du précédent, né à Harlem en 1650, avoit un talent supérieur pour peindre le paysage et des animaux, sur-tout des moutons dont il a représenté la laine avec un art séduisant. « On croit la manier, dit *Rigaud*; il faut que la nature ait passé toute entière à travers le pinceau de ce peintre. » Ses figures, ses ciels, ses arbres sont peints d'une excellente manière. On ne distingue point ses touches; tout est fondu et d'un accord parfait dans ses tableaux.
VANDER-MERSCH, général en chef des insurgés *Brabançons*, servit d'abord en France sous *Chevert* qui l'appeloit son *intrépide Flamand*, et passa ensuite dans les armées de l'empereur avec le titre de lieutenant colonel. Retiré à Menin sa patrie, V A N 259 il y vivoit tranquille et respecté lorsque la révolte du Brabant éclata en 1789. Appelé à Breda pour y commander les rassemblements qui s'y étoient formés, il vainquit à Hoogstraten et à Turnhout le général Autrichien Schroeder. Bientôt, les Brabançons divisés d'opinion refusèrent d'obéir à leur chef ou ne lui offrirent plus que des troupes foibles et indisciplinées. Celles-ci livrèrent Vander-Mersch au général Prussien Schonfeld qui s'avançoit contre lui. Il demanda alors à être jugé par les Etats de son pays, et se rendit lui-même à Bruxelles pour obtenir un jugement. Les Etats ne pouvant regarder comme un crime, la défense des droits du Brabant contre les innovations de Joseph II, se contentèrent d'envoyer Vander-Mersch prisonnier dans la citadelle d'Anvers. Il obtint ensuite sa liberté lorsque les troubles de son pays eurent été pacifiés, et il y mourut le 14 septembre 1792.
VANDER-MEULEN, (Antoine-François) peintre, né en 1634 à Bruxelles, mort à Paris en 1690, avoit un talent particulier pour peindre les chevaux: élève de Pierre Sneyers, il ne tarda pas à le surpasser. Son paysage est d'une fraîcheur et son feuillé d'une légèreté admirables; son coloris est suave et des plus gracieux; sa touche est pleine d'esprit, et approche beaucoup de celle de Téniers. Les sujets ordinaires de ses tableaux, sont des Chasses, des Sièges, des Combats, des Marches ou des Campemens d'armées. Le Mécène de la France, Colbert le fixa près de lui par les occupations qu'il lui donna. Ce peintre suivoit Louis XIV dans ses rapides conquêtes, et dessinoit sur les lieux les villes assiégées et leurs environs. Ce monarque consentit même à être le parrain de l'un de ses enfans. Le célèbre le Brun estimoit beaucoup cet excellent artiste; il chercha toujours les occasions de l'obliger et lui donna sa nièce en mariage. On a beaucoup gravé d'après ce maître. —Son frère, Pierre VANDER-MEULEN, s'est distingué dans la sculpture. Il passa en 1679, avec sa femme, en Angleterre. I. VANDER-MONDE, (Charles-Augustin) né à Macao dans la Chine en 1727, de Jacques-François Vander-Monde, de Landrecie, mort à Paris en 1762, d'une superpurgation, se fit une réputation par son habileté et par ses Ouvrages. Il fut censeur royal et membre de l'Institut de Bologne. Nous avons de lui: I. Un Recueil d'Observations de Médecine et de Chirurgie: ouvrage périodique, in-12, 1755. Ce fut le commencement du Journal de Médecine. II. Essai sur la manière de perfectionner l'Espèce humaine, 1756, 2 vol. in-12. III. Dictionnaire portatif de Santé, 1761, 2 vol. in-12: ouvrage qui est un Cours complet de Médecine-Pratique en abrégé. Il y en a eu plusieurs éditions, et ce livre méritait le succès qu'il a eu. On peut lui reprocher cependant d'avoir mêlé quelquefois aux meilleures observations, des principes hasardés.
II. VANDER-MONDE, (N.) membre de l'Institut, né à Paris en 1735, devint élève du géomètre Fontaine, et se consacra à l'étude des sciences mathématiques. tiques. Il avoit plus de 30 ans, lorsqu'il commença à s'y livrer. Ses ouvrages dans cette partie le firent admettre à l'académie des Sciences en 1771. Ce sont des *Mémoires* sur la résolution des équations, les problèmes de situation, une nouvelle espèce d'irrationnelles, les éliminations des inconnues dans les quantités algébriques. Ce géomètre décomposa le système musical et l'établit sur deux règles générales, la succession des accords et l'arrangement des parties. Les *Mémoires* qu'il lut sur ce sujet à l'académie eurent l'approbation des compositeurs célèbres, tels que *Philidor*, *Gluck* et *Piccini*. L'auteur est mort à Paris le premier janvier 1796. — VANDER-NEER, (Eglon) peintre, né à Amsterdam en 1643, mort à Dusseldorp en 1697. Son père, *Arnold Vander-Neer* est célèbre parmi les paysagistes, surtout par ses tableaux, où il a représenté un clair de lune. Son fils hérita de ses talens. Il rendoit la nature avec une précision étonnante. Son pinceau est moelleux, son coloris piquant, sa touche légère et spirituelle.
VANDER-PIET, *Voyez* PIET. — VANDER-SPIEGEL, conseiller pensionnaire de la province de Hollande, s'est fait estimer dans sa patrie par ses talens et ses vertus. Il y eut toujours la principale direction des affaires politiques et montra un zèle éclairé depuis 1787 jusqu'en 1795, pour modérer les voies de rigueur et repousser les agitations extérieures qui menacèrent de bouleverser son pays. Arrêté par le parti Ba- tave et ensuite relâché, il sortit de Hollande, et est mort à Lingen en Westphalie dans le cours de l'année 1800.
VANDER-ULFT, (Jacques) peintre Hollandois, né à Gorcum en 1627, s'adonna à la peinture par amusement, et ne la fit jamais servir à sa fortune qui étoit d'ailleurs considérable. Ses tableaux et ses dessins sont fort rares. On remarque beaucoup de génie et de facilité dans ses compositions. Son coloris est suave et d'un effet séduisant : son dessin forme celui des peintres Italiens. Il n'alla jamais en Italie et cependant il a rendu les vues de Rome avec une vérité étonnante. Les débris des anciens monumens sont représentés par lui avec grace et vérité. *Vander-Ulft* fut aussi savant chimiste que peintre habile : il inventa la composition de diverses couleurs propres à la peinture sur verre, et il les employa sur des vitraux à Gorcum et à Gueldre. Sa probité et ses talens le firent élire Bourgmestre de sa patrie.
VAND-WERFF, *Voyez* WERFF.
VANDRILLE, (Saint) *Vandregesilus*, naquit à Verdun, du duc de Valchise et de la princesse Dode, sœur d'Anchise, aïeul de Charles Martel. Il parut d'abord sur le théâtre du monde et se maria ; mais sa femme s'étant retirée dans un monastère, il l'imita, et choisit pour sa retraite le désert de Fontenelle, à six lieues de Rouen. Il y bâtit un monastère, et y mourut le 22 juillet avant l'an 689, à 96 ans. Le monastère de Fontenelle porte encore aujourd'hui le nom de son fondateur. I. VAN-DYCK ; ( Antoine ) peintre, naquit à Anvers en 1599 d'un père qui étoit peintre sur verre. Sa mère qui peignoit le paysage, s'amusoit à le faire dessiner dès son enfance. Il prit du goût pour cet art, et il entra dans l'école du célèbre Rubens qui l'employoit à travailler à ses tableaux. On a dit même qu'il faisoit la plus grande partie de ses ouvrages. Un soir que ce maître étoit sorti pour aller prendre l'air, Van-Dyck et ses camarades entrèrent secrètement dans le cabinet de Rubens pour y observer sa manière d'ébaucher et de finir. Comme ils s'approchoient de plus près pour mieux examiner, un d'entre eux poussé par un autre, tomba sur ce tableau. Il effaça les bras de la Magdeleine, la joue et le menton de la Ste. Vierge que Rubens venoit de finir. On craignit les suites de cette imprudence, et tous les élèves jetèrent les yeux sur Van-Dyck pour réparer ce qui étoit effacé. Van-Dyck cédant à leurs prières, et craignant lui-même la colère de Rubens, se mit à l'ouvrage. Il réussit si bien, que le lendemain Rubens en examinant son travail de la veille, dit en présence de ses élèves qui tremblaient de peur : Voilà un bras et une tête qui ne sont pas ce que j'ai fait hier de moins bien. Ce tableau qui est un des plus beaux de ce maître, est une Descente de Croix qui se voit encore aujourd'hui dans l'Eglise de Notre-Dame d'Anvers. Quelques années après que Van-Dyck fut sorti de l'école de Rubens, le chapitre de Courtrai le chargea de peindre le tableau du grand autel. Il l'exécuta à Anvers, et partit lui-même pour le placer. A son arrivée, les chanoines accoururent pour voir le tableau ; le peintre les pria d'attendre qu'il fût en place, parce qu'il n'étoit pas possible d'en juger que lorsqu'il seroit mis dans son vrai point de vue. On ne se rendit point à toutes ces raisons. Le tableau fut déroulé, et Van-Dyck ne fut pas peu surpris de voir le chapitre entier le regarder avec mepris ainsi que son ouvrage. Van-Dyck, malgré ce dédain, plaça son tableau, et le lendemain il alla de porte en porte prier ces messieurs de revenir. On ne daigna pas seulement l'écouter. Cependant quelques connoisseurs virent son ouvrage et en parlèrent avec admiration. Bientot on vint en foule pour le considérer ; les chanoines ne pouvant refuser une espèce de réparation, convoquèrent un chapitre extraordinaire, dans lequel il fut arrêté que, son premier tableau étant fort beau, on le prieroit d'en peindre deux autres pour différens autels. Mais Van-Dyck leur répondit, qu'il avoit résolu de ne peindre désormais que pour des hommes, et non pas pour des ânes... Van-Dyck s'étant fait une grande réputation, se mit à voyager. Il vint en France et n'y séjourné pas long-temps. Il passa en Angleterre, où Charles Ier le retint par ses bienfaits. Ce prince le fit chevalier du bain, lui donna son portrait enrichi de diamans avec une chaîne d'or, une pension, un logement, et une somme fixe et considérable pour chacun de ses ouvrages. Un jour qu'il faisoit le portrait de Charles, ce prince s'entretenoit avec le duc de Norsolck, et sa plaignoit assez bas de l'état de 262 VAN ses finances. Van-Dyck paroissoit attentif à cet entretien. Le roi l'ayant remarqué, lui dit en riant: « Et vous, chevalier, savez-vous ce que c'est que d'avoir besoin de cinq ou six mille guinées ? » — Oui, SIRE, répondit le peintre : un Artiste qui tient table à ses amis, et une bourse ouverte à ses maîtresses, ne sent que trop souvent le vide de son coffre-fort. On rapporte de lui une autre réponse singulière. La reine, épouse de ce monarque, se faisoit peindre ; elle avoit des mains admirables. Comme Van-Dyck s'y arrétoit long-temps, la reine qui s'en apperçut, lui demanda pourquoi il s'attachoit plus à rendre ses mains que sa tête ? C'est, dit-il, Madame, que l'espère de ces belles mains une récompense digne de celle qui les porte. On voyoit avant la révolution au château de Lucienne près de Paris, un portrait en pied de Charles I, par Van-Dyck. Le Muséum François possède plusieurs autres portraits de lui, entr'autres ceux de François de Moncade gouverneur des Pays-Bas, d'Alexandre Scaglia, du cardinal Bentivoglio, et sur-tout le beau tableau du Christ entre les Larrons qui le dispute en beauté à celui de Rubens sur le même sujet. Un amateur éclairé compare ainsi ces deux chefs-d'œuvre : « Le pinceau de Rubens brûle de tout son feu dans la figure de la Mère de douleur, dans celle de St. Jean et de la Magdeleine, dans l'imitation de cette teinte sombre et lugubre dont la nature semble se voiler au jour d'une grande injustice : son imagination impétueuse et terrible s'est exaltée pour concevoir et peindre les convulsions, les tortures des suppliciés. On ne peut se défendre d'un sentiment pénible à la vue de ce tableau ; on est fâché pour Rubens qu'il ait pu fixer si long-temps sa pensée sur ces effrayantes images que l'art lui même ne peut embellir. Van-Dyck, avec moins de verve et peut-être plus de sensibilité et de goût, exprime mieux les affections intérieures ; son Christ a plus de noblesse et de douceur que celui de Rubens ; l'agonie des Larrons, et particulièrement de celui à gauche du Christ, est dans son tableau, d'une vérité d'expression et d'un pathétique dont il n'a pas trouvé le modèle dans celui de son maître ; la figure d'un homme à pied vu par le dos, la seule qui n'appartienne point à Rubens, est posée avec une grace et une élégance que n'a point le soldat à cheval, qui occupe la même place dans le tableau de ce dernier : il faut ajouter que celui de Van-Dyck a souffert des ravages du temps ou que l'auteur n'avoit pas encore le secret des belles chairs qu'il a trouvé depuis. » Un travail trop actif et trop continuel lui causa des incommodités qui l'enlevèrent aux beaux arts en 1641. Il fut enterré avec pompe dans l'église de Saint-Paul, où on lit son épitaphe par Cowley. Van-Dyck a fait plusieurs tableaux dans le genre historique qui sont fort estimés, et il a mérité d'être nommé le Roi du Portrait. Ce peintre se fit par son art une fortune brillante. Il avoit des équipages magnifiques ; sa table étoit servie somptueusement ; il avoit à ses gages des musiciens et des alchimistes. Pour subvenir à ces dépenses, il lui fallut augmenter son gain par son travail ; la précipitation avec laquelle il peignoit alors, se fait appercevoir dans ses derniers tableaux qui ne sont pas, à beaucoup près, aussi estimés que ses premiers auxquels il donnoit plus de temps et de soin. On reconnoit dans les compositions de *Van-Dyck*, les principes par lesquels *Rubens* se conduisoit; cependant il n'étoit ni aussi universel ni aussi savant que ce grand homme. Ce peintre a quelquefois péché contre la correction du dessin; mais ses têtes et ses mains sont pour l'ordinaire parfaites. Aucun peintre n'a su mieux saisir le moment où le caractère d'une personne se développe d'une manière plus avantageuse; il choisissait des attitudes convenables. On ne peut rendre la nature avec plus de grace, d'esprit, de noblesse, et en même temps avec plus de vérité. Son pinceau est plus coulant et plus pur que celui de son maître; il a donné plus de fraîcheur à ses carnations et plus d'élégance à son dessin. *Van-Dyck* habilloit ses portraits à la mode du temps, et il entendoit très-bien l'ajustement. On dit qu'il aima passionnément la femme de *Rubens* et une paysanne du village de Salvethen près de Bruxelles. Le duc de *Buckingham* lui fit épouser à Londres la fille d'un seigneur Ecossois, douée d'une grande beauté, et qui épousa après sa mort le chevalier *Price*. — II. VAN-DYCK, (Pierre) peintre, né à Amsterdam en 1680, mort à la Haye en 1758, se distingua comme le précédent dans le portrait. Les Hollandois le regardent comme le dernier de leurs grands peintres. Il a fait les portraits du Stathouder, de sa famille, du baron d'*Imhoff* gouverneur des Indes. Celui-ci a été placé dans la salle du gou- vernement à Batavia. Il réussissait particulièrement en petit; l'ordonnance de ses sujets est exacte et bien composée.
VAN-EFFEN, (Juste) né à Utrecht d'un capitaine réformé d'infanterie mourut le 18 septembre 1735, inspecteur des magasins de Bois-le-Duc, dans un âge peu avancé. On lui avoit confié l'éducation de quelques jeunes seigneurs; et il s'en étoit acquitté avec succès. Cet auteur avoit de la facilité, assez d'imagination, mais il écrivoit trop vite et employoit quelquefois des termes recherchés et bas. Il avoit des mœurs et de l'honnêteté. *La Mothe* dont il avoit examiné les ouvrages dans son *Nouveau Spectateur François*, en parle ainsi: « Il ne se borne pas à relever ce qu'il juge répréhensible; il pèse du moins avec autant d'attention ce qu'il trouve d'heureux et d'estimable. On sent même qu'il a beaucoup plus de plaisir à louer qu'à reprendre; et ce penchant généreux lui fait tellement exagérer ce qu'il y a de bon, que je trouve bien plus à rabattre de ses éloges que de ses censures... Depuis ses réflexions sur mes ouvrages, il a un nouvel ami dont il ne se doutoit peut-être pas. » On a de lui: I. *La Traduction des Voyages de Robinson Crusoé* fameux roman anglois, en 2 vol. in-12. (*Voyez Foz.*) II. Celle du *Mentor moderne*, en 3 vol. in-12. III. Celle du conte du *Tonneau* du docteur *Swift*, en 2 vol. in-12. IV. Celle des *Pensées libres de Mandeville*, à la Haye, 1723, in-12. V. *Le Misanthrope*, 1726, deux vol. in-8°: ouvrage fait sur le modèle du *Spectateur Anglois*, mais écrit avec moins de profondeur et de justesse. L'auteur affecte de se servir de termes recherchés qui donnent quelquefois du nerf à son style et plus souvent l'air précieux. On trouve à la fin un Voyage de Suède qui n'est pas sans intérêt. VI. La Bagatelle ou Discours ironique, trois vol. in-8.° L'ironie n'y est pas toujours soutenue avec assez de finesse; elle est d'ailleurs monotone. VII. Parallèle d'Homère et de Chapelain; morceau ingénieux qu'on attribue à Fontenelle; on le trouve à la fin du Chef-d'œuvre d'un Inconnu. VIII. Il avoit beaucoup travaillé au Journal Littéraire.
VANEL, (N.) conseiller du roi de France en sa chambre des comptes de Montpellier, est connu : I. Par un Abrégé nouveau de l'Histoire des Turcs, Paris, 1697, 4 vol. in-12 : ouvrage fort défectueux, où il y a cependant des morceaux fidelles et exacts, suivant les sources qu'il a consultées ou qu'avoient consulté les auteurs qu'il a compilés. II. Abrégé nouveau de l'Histoire générale d'Espagne, depuis son origine jusqu'à présent, Paris, 1689, 3 vol. in-12 : III. Abrégé nouveau de l'Histoire générale d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande, Paris, 1689, quatre vol. in-12 : ouvrages superficiels qui ne sont point estimés et ne méritent point de l'être.
VAN-EICK, Voy. EICK.
VAN-ESPEN, Voy. ESPEN.
VAN-EVERDINGEN, (Albert) peintre et graveur Hollandois, né à Alcmaer en 1621, mort en 1675, est un des meilleurs paysagistes de ce pays. Il peignoit avec un égal succès les marines et le fracas des tempêtes. Aucun peintre n'a si bien saisi la surface des ondes agitées. Dans ses paysages on admire sur-tout les sapiens et les chutes d'eau. Un voyage qu'il fit sur la mer Baltique lui donna l'occasion de représenter plusieurs vues des mers du Nord. Ses tableaux ont la plupart un effet très-piquant. L'art, le goût et une touche libre et aisée les rendent précieux. Ils ne sont guère connus qu'en Hollande. — Ses frères César et Jean VAN-EVERDINGEN, morts en 1679, se firent aussi connoître avantageusement dans la peinture. Le premier réussit dans le portrait et dans l'histoire. La ville d'Alcmaer offre aux curieux plusieurs de ses ouvrages. Il fut encore renommé pour ses connoissances en architecture. L'hôtel de Van-Campen fut bâti sur ses dessins. Le second n'a peint que des objets inanimés: il a peu travaillé; mais ses ouvrages sont recherchés.
VAN-GALEN, Voy. GALEN.
VAN-HEIL, (Daniel) peintre, né à Bruxelles en 1604, excelloit dans les tableaux d'incendies. Houbraken cite de ce peintre comme des chefs-d'œuvre ses tableaux de l'embrasement de Sodome et de l'incendie de Troye. Le cabinet du prince Charles à Bruxelles renfermoit un paysage de Van-Heil représentant un Hiver qui attristoit l'âme et donnoit la sensation du froid.
VAN-HELMONT, Voyez HELMONT.
VAN-HEURN, VAN-HOOST, Voyez HOOST et HEURNIUS.
VAN-HUYSUM, (Jean) peintre, né à Amsterdam en V A N 169 1682, mourut dans la même ville en 1749. Le goût le plus délicat, le coloris le plus brillant, le pinceau le plus moëlleux, joints à une imitation parfaite de la nature dans les beaux jardins de la Hollande, ont rendu les ouvrages de cet ingénieux artiste d'un prix infini. Il s'étoit d'abord adonné au paysage avec beaucoup de succès; et dans ce genre on peut l'égaler aux grands maîtres qui s'y sont distingués; mais il n'a point eu de rival dans l'art de représenter des fleurs et des fruits. Le velouté des fruits, l'éclat des fleurs, le transparent de la rosée, le mouvement qu'il savoit donner aux insectes, tout enchante dans les tableaux de ce peintre admirable. *Van-Huysum* n'ignoroit point la supériorité de ses talens. Il usoit plus que tout autre du privilège que les personnes d'un mérite distingué semblent s'arroger trop communément, d'être fantasques et d'une humeur difficile. Il excita l'envie; et malgré la supériorité de ses talens, il n'en fut pas exempt. Ses dessins sont recherchés; pour ses tableaux, il n'y a que les princes ou des particuliers très-opulens qui puissent les acquérir. — *Van-Huysum* eut trois frères qui se sont distingués aussi dans la peinture. *Juste* mort à 22 ans, a peint avec succès et chaleur des batailles en grand et en petit. *Jacques* mort à Londres, a fait beaucoup de copies estimées des tableaux de son frère *Jean*. — VANIÈRE, (Jacques) Jésuite, naquit à Caussesbourg du diocèse de Beziers, le 9 mars 1664, de parens qui faisoient leurs délices des occupations de la campagne: il hérita de leur goût. Cet homme célèbre étudia sous le P. *Joubert* qui ne lui trouva d'abord aucun goût pour les vers; et l'élève lui-même prioit son régent de l'exempter d'un travail qui le rebutoit. Enfin son génie se développa et il approfondit en peu de temps l'art des Muses. Les Jésuites le requirent dans leur congrégation et le destinèrent à professer les humanités. Son talent s'annonça par deux Poèmes, l'un intitulé *Stagna*, et l'autre *Columba*, qu'il incrusta par la suite dans son grand poème. *Santeuil* ayant eu occasion de les voir, dit que «ce nouveau venu les avoit tous dérangés sur le Parnasse.» Mais ce qui mit le comble à la réputation du P. *Vanière*, ce fut son *Prædium Rusticum*, poème en 16 chants, dans le goût des Géorgiques de *Virgile*. La peinture que le P. *Vanière* y fait des amusemens champêtres, est relevée par l'harmonie de sa poésie, par le choix et la pureté de ses expressions. On lui reproche cependant des détails petits et inutiles, des récits hors d'œuvre, des digressions peu intéressantes, des images mal choisies, etc. Le P. *Vanière* a trop oublié que dans nos poèmes didactiques les plus courts, on trouve un long ennui, suivant l'expression de la *Fontaine*. Il auroit dû comme *Virgile* et le P. *Rapin*, ne choisir dans son sujet que ce qu'il offroit de gracieux et d'intéressant, et y répandre plus de chaleur et d'imagination. Peut-on espérer beaucoup de lecteurs quand on explique en 16 livres fort étendus d'un poème en langue étrangère, tout le détail des occupations de la campagne? On n'exige pas 266 VAN d'un poète qu'il mette en vers la *Maison Rustique*; il falloit donc se borner, et c'est ce que le Père *Vanière* d'ailleurs si estimable, n'a pas su faire : la précision a presque toujours été l'écueil des versificateurs méridionaux. La meilleure édition du *Prædium Rusticum* est celle de M. *Berland de Bordelet*, à Paris en 1756, in-12. Nous avons encore du P. *Vanière* un Recueil de Vers latins, in-12 : on y trouve des *Eglogues*, des *Epitres*, des *Epigrammes*, des *Hymnes*, etc. Il a aussi donné un *Dictionnaire poétique*, latin, in-4°, et il en avoit entrepris un françois et latin qui devoit avoir 6 volumes in-folio. Le P. *Vanière* mourut à Toulouse le 22 août 1739, à 76 ans; et plusieurs poètes ornerent de fleurs son tombeau. Son caractere méritoit leurs éloges autant que ses talens. M. *Berland de Rennes* a publié en 1756 une traduction du *Prædium Rusticum*, en 2 vol. in-12, sous le titre d'*Economie Rurale*. — Le P. *Vanière* eut un neveu, né à Caux diocèse de Beziers, mort à Paris en 1768, dont nous avons un *Cours de latinité*, 1759, deux vol. in-8°, qui peut faciliter l'étude de la langue latine; et une traduction des *Odes d'Horace*, 1761, in-8°, dont on a plus loué la fidélité que la chaleur et le coloris.
VANINA D'ORNANO, *Voyez* SAN-PIETRO.
VANINI, (Lucilio) né à Taurozano dans la terre d'Otrante en 1585, s'appliqua avec ardeur à la philosophie, à la médecine, à la théologie et à l'astrologie judiciaire dont il adopta les rêveries. Après qu'il eut achevé ses études à Padoue, il fut ordonné prêtre et se mit à prêcher. Mais il quitta bientôt la prédication, à laquelle il n'étoit point appelé, pour se livrer de nouveau à l'étude. Ses auteurs favoris étoient *Aristote*, *Averroës*, *Cardan* et *Pomponace*. Il abusa des idées de ces philosophes, et après avoir roulé d'incertitudes en incertitudes, il finit par conclure qu'il n'y avoit point de Dieu. De retour à Naples, il y forma selon le P. *Mersenne*, le bizarre projet d'aller prêcher l'athéisme dans le monde avec douze compagnons de ses impiétés. Mais cet étrange dessein paroît une chimère, d'autant plus que le président *Gramond* qui étoit à Toulouse lorsque *Vanini* fut jugé, ne dit point qu'il ait fait cet aveu à ses juges. La manière dont *Vanini* se conduisit dans ses premiers voyages, s'accorde bien peu avec l'anecdote racontée par *Mersenne*. Il disputa presque par-tout en Catholique zèle. En quittant l'Allemagne où il étoit allé d'abord, il se rendit en Bohème et s'y signala contre les Anabaptistes. Il passa de là en Hollande et n'y montra pas moins d'attachement à la foi catholique. Pendant le séjour qu'il fit ensuite à Genève, il y trouva un homme qui soutenoit que les mariages qu'on nomme incestueux n'étoient défendus que par les lois politiques : il appuyoit son sentiment sur l'exemple de *Loth* et sur le peu de scrupule que se faisoient les Païens de contracter de pareilles unions. *Vanini* répliqua que *Moyse* n'avoit permis des mariages qui sont défendus aujourd'hui, qu'afin de prévenir les divorces si communs entre les Juifs. Il prouva que les Païens avoient regardé l'inceste comme un très-grand crime. *Vanini* auroit dû ne parler jamais que sur ce ton-là; mais livré à une bizarrerie d'esprit inconcevable, il attaqua à Genève même où il affectoit une façon de penser si sage, les lois civiles et ecclésiastiques qu'il regardoit comme les fruits de l'hypocrisie et de l'orgueil. Ses discours téméraires et insolens lui auroient mérité un châtiment exemplaire s'il ne se fût sauvé à Lyon. Ce fut alors qu'il commença à tirer le voile qui couvroit son caractère hypocrite. Il laissa échapper des propos impies qui excitèrent le zèle de plusieurs gens de bien. Craignant d'être arrêté, il passa à Londres où il se fit de nouveaux ennemis. *Vanini* se montra en Angleterre ce qu'il avoit paru en Allemagne et en Hollande : il prit l'aumônier de l'ambassadeur de Venise pour son confesseur, et il argumenta si vivement contre les théologiens Anglicans qu'il fut mis en prison en 1614 et traité avec rigueur. Après une détention de 49 jours, on le relâcha comme un cerveau foible. Il repassa la mer et alla à Gênes où il se montra enfin tel qu'il étoit, esprit égaré et cœur corrompu. Il tâcha d'infecter la jeunesse de ses détestables principes; et cette nouvelle imprudence le fit repasser à Lyon en 1615. Il y joua le bon Catholique et écrivit son *Amphitheatrum* contre *Cardan*. Quelques erreurs semées adroitement dans cette production alloient exciter un nouvel orage contre lui, lorsqu'il retourna en Italie. Cet athée errant ensuite, revint en France où il se fit moine dans la Guienne, on ne sait de quel ordre. Le dérèglement de ses V A N 267 mœurs le fit chasser de son monastère, et il se sauva à Paris. Peu de temps après en 1616, il fit imprimer dans cette ville ses Dialogues, *De admirandis Naturæ Arcanis*; il les dédia au maréchal de *Bassompierre* qui l'avoit pris pour son aumônier. La censure que la Sorbonne fit de cet ouvrage, l'obligea bientôt d'abandonner la capitale. Après avoir promené son inconstance et son impiété de ville en ville, il s'arrêta à Toulouse où il prit des écoliers pour la médecine, la philosophie et la théologie. Il fut même assez adroit pour s'introduire chez le premier président qui le chargea de donner quelques leçons à ses enfans. *Vanini* profita de la confiance qu'on avoit en lui pour répandre son athéisme. Sa fureur dogmatique lui ayant été prouvée, il fut livré aux flammes le 19 février 1619, âgé seulement de 34 ans, après avoir eu la langue coupée. Lorsqu'on lui ordonna de demander pardon à Dieu, au Roi et à la Justice, on prétend qu'il répondit : *Qu'il ne croyoit point en DIEU; qu'il n'avoit jamais offensé le Roi; et qu'il donnoit la JUSTICE au Diable*; mais s'il tint un discours si insensé il étoit plus fou que méchant; et dans ce cas il falloit plutôt l'enfermer que le brûler. On a de *Vanini* : I. *Amphitheatrum æternæ Providentiæ*, in-8°, Lyon, 1615. Cet ouvrage condamné par la Sorbonne, en avoit d'abord été approuvé, parce que en apparence l'auteur y combatoit ceux qui nioient Dieu et sa Providence; mais on ne tarda pas à s'apercevoir que *Vanini* y proposoit les objections dans toute leur force, et qu'il se plai- soit à y répondre avec foiblesse. II. De admirandis Naturæ, re- ginæ deaque mortalium, arca- nis, Paris 1616, in-8°. Cet écrit fut pareillement condamné. Il est pré-que inintelligible, et il est devenu très-rare, parce qu'on le supprima dès sa naissance. III. Un T'aité d'Astronomie, qui n'a pas été imprimé. Plusieurs sa- va-s ont tâché de justifier Va- nini sur son athéisme. On pré- tend même qu'au premier inter- rogatoire qui lui fut fait, on lui demanda s'il croyait l'existence d'un Dieu? et que s'étant baissé, il l'va de terre un brin de paille, en disant : Je n'ai besoin que de ce f. tu pour me prouver l'exis- tence d'un Etre Créateur; et fit, dit-on, un long discours sur la Providence. Le président Gra- mond qui parle de ce discours, dit qu'il le prononça plutôt par crainte que par persuasion; mais quand il se vit condamné, il leva le masque et mourut comme il avait vécu. « Je le vis dans le tombercan, ajoute cet historien, lorsqu'on le menoit au supplice, se moquant du Cordeber qu'on lui avoit donne pour l'exhorter à la repentance, et insultant à notre Sauveur par ces paroles impies ; Il sua de crainte et de foiblesse, et moi je meurs intre- pide. Ce scélérat n'avoit pas rai- son de dire qu'il mouroit sans frayeur; je le vis fort abattu et faisant très-mauvais usage de la philosophie dont il faisoit pro- fession. » Quoi qu'il en soit de ses derniers sentimens, il est certain que ses ouvrages sont pleins d'in- famies et d'impiétés. Cependant ce qui surprend, c'est que son Am- phitheatrum æternæ Providentiæ passa d'abord à la censure et ne fut supprimé exactement qu'a- près une révision plus sérieuse. On fut plus en garde lorsqu'il donna ses Dialogues, De admi- randis, etc. in-8°, qu'on arrêta dès leur naissance, ce qui a rendu ce dernier ouvrage bien plus rare que le premier. Les libertins et les impies trouvent également à se satisfaire dans la lecture de ces Dialogues. L'athée qu'il y fait parler insulte à tout moment nos mystères, détruit la Providence, anéantit la spiritualité de l'ame. Toutes les objections sont beau- coup plus fortes que les réponses; et la dérision se mêlant au rai- sonnement, elles ne pouvoient faire que des impressions très- funestes. Ces Dialogues prouvent encore contre Bayle que Vanini étoit aussi licencieux dans ses mœurs que dans ses écrits. Le 39° sur les devoirs du mariage, est écrit avec une obscénité ré- voltante. Il y a certains morceaux que l'Arêta auroit craint d'a- vouer. La folie de Vanini s'y montre autant que son impiété. Il dit qu'il souhaitoit d'être né d'un commerce illégitime, parce que les bâtards ont plus d'esprit et de courage que les autres. Il y a une foule d'autres idées non moins insensées, qui prouvent que s'il n'avoit pas péri dans un bücher, il seroit mort vraisemblablement aux Petites-Maisons. Ceux qui ont comparé les Dia- logues de Vanini aux Colloques d'Erasme, ont fait trop d'hon- neur au premier et n'en ont pas assez fait à l'autre. Durand a donné sa Vie, Rotterdam 1717, in-12. Frédéric Arpe a fait im- primer son inutile Apologie, en latin, ibid., 1712, in-8° Voy. encore les Mémoires de Niceron, tome 26°; et le Dictionnaire Anti-Philosophique, tom. 2°.
VAN-KEULEN, (Jean) savant Hollandois, s'est fait coïnoître dans le monde littéraire par son édition du fameux Flambeau de la Mer, Amsterdam, 1687, 5 vol. in-fol. Il a donné depuis une espèce de Supplément de ce livre utile, sous le titre du Grand nouvel Atlas de la Mer ou le Monde Aquatique, 1699, in-folio, 160 cartes. Ce recueil est recherché et peu commun. I. VANLOO, (Jean-Baptiste) peintre, d'une famille noble, originaire de Flandre et qui avoit déjà produit des peintres renommés, entr'autres Jacques Vanloo, reçu à l'académie de peinture en 1663, naquit à Aix en 1684, et mourut dans la même ville en 1745, jouissant de la plus grande réputation. Plusieurs princes de l'Europe se le disputèrent; mais Vanloo aima mieux se fixer à Paris où le prince de Carignan le logea dans son hôtel. Le duc d'Orléans régent occupa aussi son pinceau et lui fit réparer les cartons en détrempe de Jules Romain, représentant les amours de Jupiter. Cet illustre artiste réussissait très-bien à peindre l'histoire; mais il est sur-tout recommandable par ses portraits. On y remarque une touche savante, hardie, un beau choix, une composition d'un style noble et élevé, et un coloris onctueux. Il a peint Louis XV ainsi que le roi Stanislas et la reine son épouse, le prince et la princesse de Galles et les princesses ses sœurs. Ce maître joignoit à l'excellence de ses talens une figure avantageuse et un caractère doux et bienfaisant; s'étoit l'obliger que de lui procurer l'occasion de rendre service. Il travaillait avec une facilité et une assiduité prodigieuses; il n'étoit point rare de lui voir terminer trois têtes en un jour. On a plusieurs morceaux gravés d'après lui. On voyoit ses tableaux à Paris aux Augustins, dans l'église de Saint-Martin-des-Champs et dans celle de Saint-Germain-des-Prés, à Toulon, à Aix, à Turin, à Rome et à Londres. — Louis-Michel et Charles-Amédée-Philippe VANLOO sont ses fils et ses élèves; celui-là premier peintre du roi d'Espagne, et celui-ci du roi de Prusse, ont fait revivre avec distinction les talens de leur père et leur maître.
II. VANLOO, (Charles-André) frère et élève du précédent, naquit à Nice en 1705, et montra de bonne heure un talent supérieur pour la peinture. Après avoir fait le voyage d'Italie où il étudia sous la direction de Lutti et de le Gros les chefs-d'œuvre des peintres anciens et modernes, il vint se fixer à Paris. Ses talens y furent accueillis comme ils méritoient. Il devint peintre du roi, gouverneur des élèves protégés par ce monarque, professeur de l'académie de Peinture et chercher de l'ordre de Saint-Michel. Ses tableaux sont recommandables par l'exactitude du dessin, la suavité, la fraîcheur et le brillant du coloris. Quelques artistes assurent que quant à cette dernière partie, ses peintures ne pourront se soutenir, et qu'on en voit qui déjà ont perdu de leur lustre. Ses principaux ouvrages sont: I. Un Boiteux guéri par St. Pierre. II. Le Lavement des pieds. III. Thésée vainqueur du taureau de Marathon, pour les Gobelins. I V. Les quatre tableaux de la chapelle de la Vierge, à Saint-Sulpice. V. Un tableau à l'Hôtel de ville. VI. La Vie de St. Augustin, dans le chœur des Petits-Pères. Le tableau qui représente la dispute de ce saint docteur contre les Donatistes, est le plus remarquable. VII. Deux tableaux à Saint-Méderic, l'un représentant la Vierge et son Fils; l'autre Saint Charles-Borromée. VIII. Le tableau de Ste Clotilde, dans la chapelle du Grand-Commun à Choisy. IX. Le Sacrifice d'Iphigénie que le roi de Prusse a acheté. X. Les Graces. XI. Le magnifique plafond de l'église Saint-Isidore à Rome. XII. Saint François et Ste Marthe, pour l'église des Cordeliers de Tarascon. XIII. Les trumeaux du cabinet du roi de Sardaigne, dans lesquels il peignit onze sujets tirés de la Jerusalem délivrée. Ce peintre étoit chargé de travailler aux nouvelles peintures de la coupole des Invalides, et il en avoit déjà fait les esquisses lorsque la mort l'enleva le 15 février 1765, à 61 ans. Ce peintre étoit d'une figure intéressante et d'une humeur enjouée. Laborieux, dur à lui-même, il travaillait toujours debout et sans feu, même durant les plus grands froids. Une bonté naturelle qui corrigeoit ordinairement les saillies de sa vivacité, formoit le caractère de son cœur. Il étoit sincère, ingénu, liant, affectueux; il vivoit avec ses élèves comme avec ses enfans, et avec ses enfans comme avec ses amis: aussi le chérissoient-ils les uns et les autres comme leur ami et leur père. L'idée qu'il avoit de la perfection de son art, le rendoit extrêmement difficile à satisfaire. Cependant il avoit une facilité extrême; bien peindre étoit un jeu pour lui. Il avoit un soin particulier de bien arrondir, de terminer, de rendre tous les détails de ses ouvrages et d'y rechercher toutes les finesses de la nature. On l'a vu quelquefois se livrer à une manière moins caressée, contrefaire le style libre et heurté de Rembrant; mais à l'imitation de ce maître, il ne s'abandonnoit à l'enthousiasme des touches que lorsque les dessous bien empâtés étoient peints à fond et pouvoient recevoir dans la couleur toute la fougue du pinceau. Voyez sa Vie imprimée à Paris, in-8°, peu de temps après sa mort. L'auteur Daudré Bardon artiste lui-même, connu par divers écrits sur l'art de la peinture, a rendu cette Vie intéressante par l'histoire très-cir-constanciée des travaux, des progrès, des peintures et des succès de ce peintre. C'est le marquis de Marigni qui le fit nommer premier peintre du roi en 1762; lorsqu'il fut présenté au dauphin sous le titre de premier peintre, le prince répondit: Il y a long-temps qu'il l'est. — L'épouse de Vanloo, fille de Somnis célèbre chanteur Italien, possédoit aussi une très-belle voix, et elle fut la première qui commença à faire goûter à ceux qui l'entendirent les charmes de la musique italienne.
VANLOOM, (Gérard) a traduit du hollandois l'Histoire Métallique de Pays-Bas, la Haye, 1732 et années suivantes, 5 vol. in-folio, figures: ouvrage recherché par les curieux.
VANLOON, (Jean) est l'un des auteurs du Flambeau de la Mer. Voyez VAN-KEULEN.
VANNES ou VENNES, (Saint) évêque de Verdun vers l'an 498, gouverna cette église avec zèle et mourut saintement le 9 septembre 525. Il a donné son nom à une réforme de Bénédictins. Voyez COUR.
VANNI, (Jean-Baptiste) peintre et graveur, né à Pise en 1599, mort à Florence en 1660, se perfectionna à Rome. On lui doit le St. Laurent de la sacristie de Saint-Pierre à Rome. Il a gravé la coupole du Corrège, les noces de Cana de Paul Véronèse. Il étoit spirituel, gai et bon. I. VANNIUS, (Valentin) naquit dans la Souabe vers 1530, et mourut à la fin du même siècle. Il étoit Luthérien, pasteur de Constadt; et pour se rendre recommandable dans son parti, il composa quelques Traités contre l'Eglise Romaine. Le plus connu est son Judicium de Missa, Tubinge, 1557, in-8.º Il s'efforce d'y prouver par l'Evangile, les apôtres et les pères, la nouveauté prétendue de cet auguste sacrifice. Cet Ouvrage est peu commun, et le fiel que l'auteur y a distillé, l'a fait rechercher de quelques curieux. Vannius ayant mérité par cet ouvrage le suffrage de ceux de sa communion, il en composa un autre sur la même matière, sous ce titre: Missa Historia integra, 1563, in-4.º L'auteur y suit la même méthode que dans le précédent. Ce Traité est aussi peu commun que le premier et aussi recherché.
II. VANNIUS, (François) peintre, né à Sienne en 1563, mort à Rome en 1609, s'est attaché à la manière de Frédéric Baroche. C'est à l'étude de ses ouvrages et de ceux de Corrège qu'il est redevable de ce coloris vigoureux et de cette touche gracieuse qu'on remarque dans ses tableaux. Il inventoit facilement et mettoit beaucoup de correction dans ses dessins. Les sujets de dévotion étoient ceux qui lui plaisoient le plus et dans lesquels il réussissoit davantage. Le cardinal Baronius faisoit un cas singulier de ce peintre; et ce fut par les mains de cette éminence que le pape Clément VIII lui donna l'Ordre de Christ. Vannius eut encore l'honneur d'être le parrain de Fabio Chigi qui fut dans la suite le pape Alexandre VII et qui le combla de biens. Ce peintre avoit lié une étroite amitié avec le Guide. Il joignit à l'excellence de ses talens beaucoup de connaissances dans l'architecture et dans la mécanique. Ses dessins sont dans le goût de Baroche; il y en a à la plume, à l'encre de la Chine et au crayon rouge. Vannius en a gravé quelques morceaux à l'eau forte.
VAN-OBSTAL, (Gérard) sculpteur natif d'Anvers, mourut en 1668, âgé de 73 ans, dans l'exercice de la charge de recteur, dont il avoit été pourvu à l'académie royale de Peinture et de Sculpture de Paris. Cet excellent artiste ayant eu contestation avec une personne qui lui opposoit la prescription pour ne point lui payer son ouvrage, Lamoignon avocat général soutint avec beaucoup d'éloquence que 272 VAN les arts libéraux n'étoient pas as- servis à la rigueur de cette loi. Van-Obstal avoit un talent su- périeur pour les bas-reliefs; il travailloit admirablement bien l'ivoire. La statue de Louis XIV qu'on a vue sur la porte Saint- Antoine à Paris, étoit de lui. — VAN-OORT, (Adam) pein- tre né à Anvers en 1557, mort dans la même ville en 1641, a peint des sujets d'Histoire, le Portrait et le Paysage. On remar- que du génie dans ses compo- sitions. Il étoit grand coloriste, et donnoit à ses figures de beaux caractères et une expression vive. Ses tableaux sont recherchés. — VAN-OOST, (Jacques) pein- tre de Bruges, né en 1600, mort en 1671, copioit avec tant de fi- délité les tableaux de Rubens et de Van-Dyck, que les copies sont vendues quelquefois pour les ori- ginaux.
VAN-OOSLERVICK, (Ma- rie) née à Delft en 1630 d'un ministre Protestant, morte à Eutdam en 1693, excelloit à peindre les fleurs. Ses tableaux sont rares. — VAN-ORLAY, (Bernard) peintre, natif de Bruxelles, mort en 1550, eut pour maître le cé- lèbre Raphaël. Ce peintre a fait beaucoup de tableaux qui or- nent les églises de son pays. L'empereur Charles-Quint lui fit faire plusieurs dessins de tapis- serie; et c'étoit lui que le pape et plusieurs autres souverains chargeoient du soin des tapisse- ries qui s'exécutoient sur les des- sins de Raphaël et d'autres grands maîtres. Lorsque ce peintre avoit quelque tableau de conséquen- ce, il couchoit des feuilles d'or sur l'impression de la toile et pel- gnoit dessus; ce qui n'a pas peu contribué à conserver ses cou- leurs fraîches et à leur donner en certains endroits beaucoup d'é- clat. Il a sur-tout excellé à re- présenter des Chasses. I. VAN-OSTADE, (Adrien) peintre et graveur, né à Lubeck en 1610, mort à Amsterdam en 1685. On l'appelle communément le Bon Ostade, pour le distinguer de son frère. Ses tableaux re- présentent ordinairement des In- térieurs de Cabarets, de Taver- nes, d'Hôtelleries, d'Habitations rustiques et d'Feuries. Cet artiste avoit une parfaite intelligence du clair-obscur: sa touche est légère et très-spirituelle. Il a rendu la nature avec une vérité piquante; mais son goût de dessin est lourd et ses figures sont un peu courtes.
II. VAN-OSTADE, (Isaac) frère du précédent et son élève, travailla dans le même genre que son maître; mais ses tableaux sont bien inférieurs et de moin- dre prix.
VAN-OUDENARDE, (Ro- bert) né à Gand en 1663, mort en 1743, étoit peintre et gra- veur. Il excelloit dans le portrait.
VAN-RYN, Voyez REM- BRANT.
VAN-SWIETEN, (Gerard) né à Leyde le 7 mai 1700 de pa- rens Catholiques, fut l'élève de Boerhaave et un élève distingué. Reçu docteur en médecine, il en donna des leçons que l'envie fit cesser en alléguant sa reli- gion au magistrat. Les Anglois lui offrirent alors un asile; mais il aima mieux se rendre à Vienne où l'impératrice-reine l'appela en en 1745. Il ne s'y rendit qu'à condition qu'il ne changeroit rien à son genre de vie, ni même à ses habillements. Il parut longtemps à la cour avec les cheveux plats et sans manchettes; et pour lui faire porter ce petit ornement, il fallut que l'impératrice lui en fit présent d'une paire brodée de sa propre main. *Van-Swieten* professa la médecine à Vienne jusqu'en 1753, avec un succès peu commun. Les étrangers courroient en foule à ses leçons; et l'exactitude avec laquelle il examinoit les preuves des aspirans, n'en faisoit qu'augmenter le nombre. Il pratiquoit en même temps qu'il enseignoit. L'impératrice l'avoit nommé son premier médecin: place qui lui donnoit celle de bibliothécaire et de directeur général des études des Pays héréditaires. Dans ces deux places, il montra la fierté, la roideur et l'inflexibilité qui formoient son caractère. Mais c'est à ces défauts qu'accompagnent un grand zèle et une grande activité, que l'Autriche doit le bon état de la médecine et de la chirurgie dans cette contrée. C'est par ses soins que furent formés les grands médecins qui fleurissent à présent à Vienne. Tous les abus furent extirpés, les mauvais sujets proscrits, les gens de mérite tirés de l'obscurité. Il fut pendant longtemps contraire à l'inoculation; mais un examen plus réfléchi lui inspira des sentimens plus favorables pour cette pratique salutaire avec des précautions, et qui n'est nuisible que par la négligence de ceux qui administrent la petite vérole. *Van-Swieten* montra autant de sagacité dans la médecine de l'âme que dans la médecine corporelle. Sa place Tome XII, de bibliothécaire lui donnant le censure des livres, il proscrivit impitoyablement les mauvais: aussi quelques philosophes François le traitèrent de *Tyran des esprits* et d'*Assassin des corps*. Mais ce qu'il y a de vrai, c'est que *Van-Swieten* inaccessible à tout motif étranger à celui du bien, la fit avec discernement et proscrivit le mal, sans aucun ménagement pour les noms et les talens. Il ne se servit de son crédit à la cour que pour procurer aux savans et à ceux qui vouloient le devenir, tous les secours nécessaires. Attaché principalement à l'art de guérir, il montra en ce genre une supériorité décidée. Une de ses cures les plus étonnantes; fut celle de l'impératrice en 1770. Cette princesse eut la petite vérole à la suite de plusieurs infirmités et se trouva dans le plus grand danger: Il falloit les secours de l'art et d'un art supérieur: *Van-Swieten* les employés et la guérison de la princesse fut regardée comme un miracle. Cet habile praticien recula les bornes de la médecine par ses savans *Commentaria in Hermami Boerhaave Aphorismos de cognoscendis et curandis morbis*, Paris, 5 vol. in-4°, 1771 et 1773. Différentes parties de ce grand Ouvrage ont été traduites en françois: M. Paul en 2 traduit les *Fièvres intermittentes*, 1766, in-12; les *Maladies des Enfant*, 1769, in-12; le *Traité de la Pleurésie*, in-12; et M. Louis, les *Aphorismes de Chirurgie*, 1748, 7 vol. in-12. On avoit aussi commencé une Traduction des *Aphorismes de Médecine*, 1766, 2 vol. in-12; qui n'a pas été continuée. *Van-Swieten* a encore donné un *Traité de la Médecine des armées*, in-12: *Van-Swieten* mourut le 18 juin 1772, dans de grands sentimens de piété et avec la fermeté d'un héros chrétien, comme il est dit dans son épitaphe : *Heroïcé et christiané*. A la cour, il fut toujours vrai. Il n'abusa pas du pouvoir que lui assuroit la grande confiance de sa souveraine ; mais son zèle peut avoir embrassé des vues trop multipliées et trop variées pour les poursuivre avec une attention soutenue et assurer leur succès. Il a laissé deux fils, l'un employé dans les ambassades, et l'autre auditeur des comptes à Bruxelles. — VAN-TULDEN, (Théodore) peintre et graveur, élève de *Rubens*, né à Bois-le-Duc vers l'an 1620, a peint l'Histoire avec succès. Mais son goût le portoit à représenter des *Foires*, des *Marchés*, des *Fêtes de village*, etc. Il donnoit dans ces sujets divertissans beaucoup d'action à ses figures. On admire aussi la belle disposition de ses tableaux d'histoire, la correction de son dessin, et son intelligence du clair-obscur. Ces morceaux ont été depuis entièrement retouchés. Ce peintre étoit d'un caractère complaisant, et avoit un génie fertile : qualités qui faisoient souvent recourir à lui pour avoir de ses dessins. *Van-Tulden* a gravé à l'eau forte les *Travaux d'Hercule*, peints par *Nicolo* dans la galerie de Fontainebleau, et quelques morceaux d'après *Rubens* son maître. Le plus considérable est l'entrée du cardinal *Ferdinand* à Anvers.
VAN-TYL, *Voyez* TYL. — VAN-UDEN, (Lucas) peintre, né à Anvers en 1595, mort vers l'an 1660, est au rang des plus célèbres paysagistes. Il se promenoit chaque jour le pinceau à la main au lever de l'aurore, pour saisir les effets de la lumière et de l'ombre, et tous les rejets des couleurs. Une touche légère, élégante et précise caractérise sa manière. Il donnoit beaucoup d'éclat à ses ciels ; les sites de ses paysages sont agréables et variés. La vue se perd dans des lointains qu'il a su représenter ; on croit voir les arbres agités par le vent. Des figures parfaitement dessinées, donnent un nouveau prix à ses ouvrages. Le célèbre *Rubens* l'employoit souvent à peindre ses fonds et les paysages de ses tableaux : alors *Van-Uden* prenoit le goût et le ton de couleur de ce peintre, en sorte que tout paroissoit être du même pinceau. Il a gravé quelques-uns de ses tableaux et plusieurs de ceux du *Titien*.
VAN-VELDE, *Voy*. VELDE. I. VAN-VIANE, (François) né à Bruxelles en 1615, prit à Louvain le bonnet de docteur, et devint président du collège du pape *Adrien VI*, qu'il fit briller d'un nouvel éclat. L'université le députa à Rome en 1677 avec le P. *Lupus* Augustin, pour y poursuivre la condamnation de plusieurs propositions de morale relâchée. Ils obtinrent au mois de mars 1679, un décret de l'Inquisition, qui condamna 65 de ces propositions. A peine furent-ils de retour, qu'on les accusa à la cour de Madrid d'enseigner eux-mêmes des propositions contraires à l'état et à la Religion. Mais le pape *Innocent XI* fit écrire à la cour d'Espagne en leur faveur, en 1680 et 1681, V A R 275 par son nonce; et le coup qu'on vouloit lui porter fut détourné. Ce docteur, le premier de l'université de Louvain qui se soit opposé aux sentimens de la Probabilité, mourut en 1693, regardé comme un modèle de vertu. Ses Ouvrages sont : I. Tractatus triplex de ordine Amoris, in-8.º Un Traité de Gratia Christi, qui n'a point été imprimé.
II. VAN-VIANE, (Matthieu) frère du précédent, licencié de la faculté de Louvain, mort dans cette ville en 1663, à 40 ans, eut la confiance de l'archevêque de Malines. On ne connoit de lui que deux écrits. L'un est la Défense (Prohibitio) des livres de Caramuel, faite par l'archevêque de Malines en 1655. L'autre, intitulé : Juris naturalis ignorantiæ Notitia. Cet ouvrage a été traduit en françois par Nicole, qui y a mis une Préface et des Notes.
VAN-UTRECHT, (Adrien) peintre Flamand, né à Anvers en 1599, mort en 1651, excella dans la représentation des fleurs, des fruits, et particulièrement des oiseaux dont il rendoit parfaitement le port et la variété du plumage. Le roi d'Espagne achetoit presque tous ses tableaux, et procura à cet artiste une grande aisance.
VARANANES, Voyez I. PROBUS.
VARANES, Voyez II. HORMISDAS.
VARCHI, (Benoit) natif de Fiésole, et mort à Florence le 18 décembre 1566, à 63 ans, fut un des principaux membres de l'académie des Inflammati à Padoue, où il professa la morale. Côme de Médicis son souverain l'appela auprès de lui; et les offres du pape Paul III qui vouloit lui confier l'éducation de ses neveux, ne purent l'arracher à sa patrie. « Varchi, dit Niceron, a été un des soutiens de la langue italienne; et la parloit avec tant de grace et d'agrément que les Italiens ont dit : Que si Jupiter eût voulu parler italien, il se seroit servi de celui de Varchi. Il avoit d'ailleurs l'air grand et la voix si agréable qu'il charmoit ses auditeurs lorsqu'il parloit en public. Au reste, c'étoit un ami tendre qui ne possédoit rien dont ses amis ne pussent disposer aussi bien que lui. Sa libéralité à leur égard l'a mis souvent à l'étroit, et il n'a pas toujours eu le plaisir de les trouver dans ses temps de besoin aussi reconnoissans qu'il l'auroit souhaité. Scipion Ammirato, et Lorenzo Crasso après lui, ont prétendu que ses bonnes qualités ont été obscurcies par de grands défauts. La grossièreté dont ils l'accusent, est avouée par Bazzi. Pour ce qui est de l'attachement opiniâtre à ses opinions, et des débauches infames qu'ils lui reprochent, ils ont apparemment trop ajouté foi à ce qu'en ont dit ses envieux et ses ennemis. On peut du moins y opposer les louanges que plusieurs auteurs lui ont données. » On a de lui des Poésies latines et italiennes; mais le plus rare et le plus important de ses Ouvrages, est une Histoire des choses les plus remarquables arrivées de son temps, principalement en Italie et à Florence, Cologne, 1721, in-folio, et Leyde, 1723, in-folio. Elle renferme des parti- 276 VAR cularités curieuses sur la révolution qui conduisit *Alexandre de Médicis* au trône de Florence, et sur le règne de ce prince. L'auteur écrit avec une liberté qui tient de la licence; et quoiqu'il eût pris la plume par ordre de *Côme de Médicis*, il ne ménage point cette maison. Ses Poésies appelées *Capitoli*, furent imprimées avec celles du *Berni*, du *Mauro*, et supprimées à cause de leur obscénité. On réimprima cependant ce recueil à Florence en 1548 et 1555, en deux vol. in-8°. Les sonnets du *Varchi*, qui sont très-estimés, furent imprimés à part, 1555 et 1557, aussi en deux vol. in-8°.
VARDES, (François René du Bec, marquis de) étoit fils du marquis de *Vardes* gouverneur de la Capelle, et de *Jacqueline de Bueil* comtesse de Moret, maîtresse de *Henri IV*. Admis de bonne heure à la cour de *Louis XIV*, il fut gouverneur d'Aigues-Mortes, chevalier des ordres en 1661, et ce qui assuroit sa faveur, confidant du roi pour *Mad. de la Vallière*. On sait qu'entraîné par des intrigues de cour, il osa en 1662 de concert avec le comte de *Guiche* et la comtesse de *Soissons*, écrire à la reine régnante, au nom de la reine d'Espagne sa mère, une lettre supposée où on lui dévoiloit les galanteries du roi son époux. Il ajouta à cette perfidie la méchanceté de faire tomber les soupçons sur le duc et la duchesse de *Navailles*, bientôt sacrifiés au ressentiment de *Louis XIV*. Une brouillerie survenue entre la comtesse de *Soissons*, *Guiche* et *Vardes*, apprirent au roi quel étoit le véritable auteur de la lettre. *Vardes* fut exilé; mais en 1682 il obtint la permission de reparoître à la cour. Comme il revint avec un habit qui n'étoit point à la mode, *Louis XIV* l'en plaisanta; et il répondit: *SIRÉ, quand on a été éloigné de V. M., on est non-seulement malheureux, mais ridicule*. Il mourut à Paris en 1688, emportant au tombeau le seul mérite (si c'en est un) d'avoir été un vieux intrigant et un courtisan assidu. Sa fille épousa le duc de *Rohan Chabot*. I. VARENIUS, (Auguste) théologien Luthérien, né dans le duché de Lunebourg en 1620, mort en 1684, se rendit habile dans la langue hébraïque. On le regarde en Allemagne, après les *Buxtors*, comme celui de tous les Protestans qui a porté le plus loin l'étude de la science de l'hébreu et des accens hébraïques. Il savoit par cœur tout le texte hébreu de la Bible, et il parloit plus facilement, dit-on, cette langue que la sienne propre. On a de lui un *Commentaire* sur *Isaïe*, réimprimé à Leipzig en 1708, in-4°, et d'autres Ouvrages.
II. VARENIUS, (Bernard) Hollandois, et habile médecin, dont on a une *Description du Japon et du royaume de Siam*, Cambridge, 1673, in-8°. Mais il est plus connu par sa géographie qui a pour titre: *Geographia Universalis in qua affectiones generales Telluris explicantur*, à Cambridge, 1672, in-8°. Son livre renferme beaucoup de problèmes géographiques; il est cependant moins utile dans ce qui concerne la pratique de cette science. *Newton* la jugea digne d'être transportée dans sa langue, et de l'orner de notes de sa façon, auxquelles *Jurin* ajouta ensuite les siennes. C'est sur cette traduction angloise qu'a été faite par M. de *Puisieux* celle que nous avons en françois, Paris, 1755, en 4 vol. in-12; c'est une bonne géographie générale physique.
VARENNE DE FENILLE, (P. C.) né en Bresse, s'occupa avec zèle et intelligence d'agriculture, et publia le fruit de ses travaux dans plusieurs ouvrages. On lui doit des *Observations* sur les causes de la mortalité du poisson dans les étangs, des *Réflexions* sur le cadastre, des *Mémoires* sur l'aménagement des forêts, l'administration forestière, les qualités des bois indigènes et la description des bois exotiques que nous fournit le commerce. Ces derniers ont été recueillis en 1792, 2 vol. in-12. *Varenne* traduit devant les juges révolutionnaires de Lyon, y fut condamné à mort comme fédéraliste, et périt en 1794, justement regretté pour ses connaissances et ses vertus.
VARENNE, (La) *Voyea* FOUQUET.
VARENNES, (Jacques-Philippe de) licencié de Sorbonne et chapelain du roi, est auteur du livre intitulé : *Les Hommes*, 2 vol. in-12, dont il y a eu trois ou quatre éditions. On y trouve des vérités bien exprimées, des moralités solides, un grand nombre de traits d'esprit; mais beaucoup de trivialités et de lieux communs.
VARET, (Alexandre) naquit à Paris en 1631. Après avoir fait ses études de théologie dans les écoles de Sorbonne, il voyagea en Italie. De retour en France, il s'appliqua à l'étude de l'Écriture-Sainte et à la lecture de St. Augustin. Son mérite le fit choisir par *Gondrin* archevêque de Sens, pour son grand-vicaire. Il n'accepta cette place qu'avec peine et refusa tous les bénéfices que son illustre bien-faiteur voulut lui conférer. Après la mort de ce prélat il se retira dans la solitude de Port-Royal-des-Champs, où il mourut en 1676, à 43 ans. On a de lui : I. *Traité de la première Éducation des Enfans*, in-12. II. *Défense de la Relation de la paix de Clément IX*, 2 vol. III. *Lettres spirituelles*, en 3 volumes, pleines d'onction. IV. *Défense de la Discipline de Sens, sur la Pénitence publique*, in-8. V. Préface de la *Théologie morale des Jésuites*, imprimée à Mons en 1666, et celle qui est au commencement du premier volume de leur *Morale pratique*. — Il ne faut pas le confondre avec François. VARET son frère, auteur d'une traduction françoise du *Catechisme du Concile de Trente*.
VARGAS, *Voy*. II. PÉREZ. I. VARGAS, (Alphonse) religieux Augustin, natif de Tolède et docteur de Paris, fut fait évêque d'Osma, puis de Badajoz, et enfin archevêque de Séville, où il mourut vers l'an 1366. On a de lui des *Commentaires* sur le premier livre du Maître des Sentences, qu'il avait dictés à Paris en 1345, Venise, 1490, in-folio.
II. VARGAS, (François) jurisconsulte Espagnol, posséda plusieurs charges de judicature S. 3. 278 V A R sous les règnes de Charles-Quint et de Philippe II. Envoyé à Bologne en 1548, il protesta, au nom de l'empereur, contre la translation du concile de Trente en cette ville; deux ans après il assista à ce concile en qualité d'ambassadeur de Charles-Quint. Philippe II l'envoya résider à Rome à la place de l'ambassadeur. De retour en Espagne, il fut nommé conseiller d'état. Dérompé des plaisirs du monde et des espérances de la cour, il se retira au Monastère de Cissos près de Tolède. On a de lui: I. Un Traité en latin, De la Juridiction du Pape et des Évêques, in-4.º II. Des Lettres et des Mémoires concernant le concile de Trente, que le Vassor donna en françois en 1700, in-8.º On y trouve plusieurs traits contre cette sainte assemblée et contre ceux qui la composaient. Il mourut vers 1560. — Il ne faut pas le confondre avec un autre jurisconsulte JEAN DE VARGAS l'un des membres du conseil des tumultes, établi par le duc d'Albe en 1568, dans les Pays-Bas, pour réprimer les Protestans. Cet étrange légiste s'annonça dans le public, dit l'abbé Plaquet, par ce raisonnement: « Tous les habitans de ces provinces méritent d'être pendus; les hérétiques pour avoir pillé les églises, et les Catholiques pour ne les avoir pas défendues. »
III. VARGAS, (Louis de) peintre, né à Séville en 1528, mort dans cette ville en 1590, fit en Italie les études nécessaires à son art. Après sept années d'un travail assidu, il retourna dans sa patrie; mais Antoine Florès et Pierre Campana peintres Fla- mands, lui étoient si supérieurs en mérite qu'ils l'obligèrent de retourner en Italie pour faire de nouvelles études pendant sept autres années. Les ouvrages de Percin del Vague devinrent surtout ses modèles. Au bout de ce temps, Vargas n'eut plus de concurrens à craindre; il força à son tour Perez de Alzio peintre célèbre, d'éviter le parallèle avec lui. Il se trouva dès-lors en possession à Séville des plus grands ouvrages. On distingue parmi eux le tableau du tabernacle de la grande église, celui de Jésus portant sa croix, celui sur-tout d'Adam et Eve, dont la jambe qui se voit en raccourci passe pour un chef — d'œuvre. Cet artiste n'exceltoit pas moins dans le portrait que dans l'histoire. Celui de la duchesse d'Alcana le dispute en beauté à ceux de Raphaël. Il joignit aux plus heureux talens les vertus les plus austères du Christianisme; il s'enfermoit souvent dans un cercueil, et exerçoit sur lui des austérités qui hâtèrent la fin de ses jours.
VARICOURT, (N. de) garde du corps de Louis XVI, étoit le 6 octobre 1789 en sentinelle à la porte de l'appartement de Marie-Antoinette, lorsque les séditieux de Paris s'y présentèrent. Il n'eut que le temps d'entrer dans l'antichambre et de crier: Sauvez la reine. Il reçut alors un coup de sabre sur le bras et fut massacré quelques minutes après. Ce fut la première victime de cette journée désastreuse. A l'instant où il succomba, Miomandre aussi garde du corps, prit froidement le mousqueton du mort et se mit à sa place où il fut criblé de blessures.
VARIGNON, (Pierre) prêtre, naquit à Caen en 1654 d'un architecte entrepreneur. Son goût pour les hautes sciences se développa en voyant tracer des cadrans à son père. Les Ouvrages de Descartes lui étant ensuite tombés entre les mains, il fut frappé de cette nouvelle lumière qui se répandait alors dans le monde pensant. Il le lut avec avidité, et conçut une passion extrême pour les mathématiques. L'abbé de Saint-Pierre eut occasion de le connoître; il le goûta, lui fit une pension de 300 livres, l'amena avec lui à Paris en 1686, et le logea dans sa maison. Varignon se livra tout entier à l'étude des mathématiques. Ses succès en ce genre le rendirent membre de l'académie des Sciences et professeur de mathématiques au collège Mazarin. Il avoit été admis à l'académie de Berlin en 1711 sur sa grande réputation. Il mourut subitement le 22 décembre 1722. Son caractère étoit aussi simple que la supériorité de ses connaissances pouvoit le demander. Ses manières d'agir, nettes, franches, même dans la bonne opinion qu'il avoit de lui, exemptes de tout soupçon d'intérêt indirect et caché, auroient seules suffi pour justifier la province d'où il étoit des reproches qu'elle a d'ordinaire à essuyer. Il n'en conservoit qu'une extrême crainte de se commettre, qu'une grande circonspection à traiter avec les hommes, dont effectivement le commerce est toujours redoutable. Je n'ai jamais vu, dit Fontenelle, personne qui eût plus de conscience : je veux dire qui fût plus appliqué à satisfaire exactement au sentiment intérieur de ses devoirs, et qui se contentât moins d'avoir satisfait aux apparences. La philosophie n'avoit pas affoibli sa foi; il cherchoit même dans cette philosophie de quoi l'affermir. Dans un Recueil sur l'Eucharistie, Genève, 1730, in-8°, on trouve un Ouvrage de Varignon, pour prouver qu'une ame peut animer plusieurs corps, et qu'un être matériel, quelque petit qu'il soit, peut contenir un corps humain. Il possédoit la vertu de reconnoissance au plus haut degré. Il faisoit le récit d'un bienfait reçu avec plus de plaisir que le bienfaiteur le plus vain n'en eût senti à le détailler. On a de lui: I. Un Projet d'une nouvelle Mécanique, 1687, in-4.° II. Nouvelle Mécanique, 1725, 2 vol. in-4.° C'est l'exécution du projet précédent; et, selon Savérien, elle ne vaut pas le projet. III. De Nouvelles Conjectures sur la Pesantræ, 1692, in-12. IV. Elémens de Mathématiques, 1731, in-4.° V. Plusieurs autres Ecrits dans les Mémoires de l'académie des Sciences. Dans ses Ouvrages, dit Fontenelle, il s'étudie à mettre tout dans le plus grand jour. Il ne s'épargne point, comme le font quelquefois de grands écrivains, la peine de l'arrangement; il ne recherche point par des sous-entendus hardis la gloire de paroître profond. Il possédoit fort bien l'histoire de la géométrie; et cette connoissance historique servit encore à le rendre plus clair et plus exact dans ses Ecrits. Ces deux qualités étoient celles qui dominoient le plus dans Varignon; mais le génie d'invention qui se fraie de nouvelles routes ou qui applanit les anciennes, lui manquoit un peu. 380 V A R
VARILLAS, (Antoine) né à Gueret dans la haute Marche en 1624, fut chargé de l'éducation du marquis de Carmain, et s'en acquitta avec applaudissement. Il vint ensuite à Paris, où il se livra tout entier à l'étude de l'histoire. Gaston de France duc d'Orléans, l'honora du titre de son historiographe, et lui procura une place dans la bibliothèque du roi en 1655. Il y travailla avec beaucoup d'assiduité jusqu'en 1662, qu'il obtint une pension de douze cents livres, dont Colbert depuis le fit priver. Harlay archevêque de Paris, lui en procura une autre de la part du clergé de France. Cet auteur mourut le 9 juin 1696, laissant plusieurs legs pieux, dont un a servi à fonder le collège que les Barnabites ont à Gueret. Il vécut toujours en philosophe, simple dans ses habits et dans ses meubles, quoiqu'il fût d'ailleurs à son aise. La solitude dans laquelle il vécut, le jeta dans quelques bizarreries. Il déshérita un de ses neveux parce qu'il ne savait pas l'orthographe. Tous ses ouvrages regardent l'Histoire de France et d'Espagne, et celle des hérésies des derniers siècles. Son Histoire de France comprend, en 15 vol. in-4°, une suite de 176 ans, depuis la naissance de Louis XI en 1423, jusqu'à la mort de Henri III en 1589; et comprend de plus la Minorité de St. Louis, qui forme un volume. Son Histoire des Révolutions arrivées en Europe en matière de Religion, parut à Paris in-4°, 6 volumes, 1686-1690; et 12 vol. in-12, 1687-1690. De quatre-vingt-quinze livres dont cet ouvrage devoit être composé, Varillas ne publia que les trente premiers. Il commence son récit en 1374; et ce qui est imprimé finit en 1590. Mais il l'avoit poussée jusqu'à la mort du comte de Montrose, décapité en Angleterre l'an 1650, de manière que ce qui reste à imprimer composeroit deux fois autant de volumes qu'il y en a d'imprimés. Voici ce que l'auteur dit de cette Histoire dans l'Avertissement qui est à la tête du premier volume. « J'ai tiré cet ouvrage indifféremment des livres manuscrits et imprimés des auteurs Catholiques et des Protestans. Je me suis servi des propres termes de ceux-ci, lorsque je les ai trouvés assez sincères, pour ne pas supprimer ou déguiser les plus importantes vérités; et ce n'a été qu'à leur défaut que j'ai été contraint de recourir aux Catholiques. » Malgré cette protestation, Larroque un de ses critiques, assure qu'il ne voit dans son Histoire que noms propres défigurés, que des faits évidemment faux, qu'une chronologie renversée, enfin qu'idées romanesques. Il ajoute que ceux qui voudront se donner la peine de confronter l'Histoire des Hussites de Cochlée et la sienne, n'y trouveront aucune différence, excepté quelques noms propres estropiés qu'il tronque à son ordinaire, et quelques faussetés sur lesquelles il renchérit pour embellir son roman. Lorsque cet ouvrage parut, on y trouva des fautes sans nombre. Ménage ayant rencontré l'auteur, lui dit: « Vous avez donné une Histoire des Hérésies pleines d'hérésies. » On a encore de lui: I. La Pratique de l'éducation des Princes ou l'Histoire de Guillaume de Croy, Paris, 1684, in-4°. II. La Politique de Ferdinand le Catholique, Pa- V A R 381 ris, 1688, in-4.º III. La Politique de la Maison d'Autriche, in-4.º et in-12. IV. Les Anecdotes de Florence, in-12. (Voyez Yves de Chartres, à la fin...) Varillas avoit tant lu dans sa jeunesse qu'il affaiblit beaucoup sa vue. On la lui rétablit à forme de remèdes; mais il l'avoit si tendre qu'il ne pouvoit lire qu'au grand jour. Ainsi, dès que le soleil baissoit, il fermoit ses livres et s'abandonnoit à la composition de ses ouvrages. Quelque bonne que fût sa mémoire, il étoit difficile qu'elle ne le trompât pas souvent; et c'est là une des raisons qu'on peut rendre du nombre prodigieux de fautes qu'il a faites : noms propres défigurés, faits évidemment faux, chronologie inexacte. Il y en a encore une autre qui n'est pas si aisée à pardonner : c'est que, plus attentif à donner de l'agrément à ses Histoires qu'à exposer la vérité, il a souvent avancé des choses capables de surprendre le lecteur; mais la fausseté en a été reconnue depuis. Il a même assez peu de bonne foi pour citer des Mémoires qui n'ont jamais existé, pour accréditer des anecdotes inconnues aux autres historiens : il disoit, que de dix choses qu'il savoit, il en avoit appris neuf dans la conversation. Il étoit cependant très-solitaire; et il se vantoit d'avoir été trente-quatre ans sans avoir mangé une seule fois hors de chez lui.
VARIN, Voyez WARIN.
VARIUS, poète Latin, ami de Virgile et d'Horace, eut beaucoup de part à l'amitié de ces deux illustres écrivains, et aux bontés de l'empereur Auguste. Il fut l'un des gens de lettres que ce prince chargea de revoir l'Énéide, en lui défendant d'y rien ajouter. Varius qui cultivoit avec succès la poésie épique et dramatique, laissa des tragédies qui ne sont pas parvenues jusqu'à nous. On trouve quelques fragments de ses poésies dans le Corpus Poëtarum de Maittaire. I. VARLET, (Dominique-Marie) né à Paris en 1678, devint docteur de Sorbonne en 1706, et se consacra aux missions étrangères. Il travailla avec zèle pendant six ans en qualité de missionnaire dans la Louisiane. Clément XI le nomma en 1718 évêque d'Ascalon, et coadjuteur de Pidou de Saint-Olon évêque de Babylone, qui mourut peu de temps après. À peine fut-il arrivé dans le lieu de sa destination, que la cour de Rome mécontente de ce qu'il avoit donné la confirmation aux Jansénistes de Hollande, le suspendit de tout exercice de son ministère. Varlet se voyant inutile en Perse, se retira en Hollande, où il vécut avec le petit troupeau des Catholiques de ce pays-là, les édifiant et les instruisant. Il travailla à se justifier auprès d'Innocent XIII; mais n'ayant pas pu être écouté, il appela au futur concile général, le 15 février 1723, de ce déni de justice, et de la bulle Unigenitus qui en étoit le prétexte. Dans ces circonstances, le chapitre métropolitain d'Utrecht élut un archevêque; et n'ayant pu engager les évêques voisins à le sacrer, il s'adressa à l'évêque de Babylone qui, après avoir fait toutes les démarches de bienséance envers le pape et envers les évêques voisins, sacra ce prélat. Ce fut encore lui qui 282 V A R imposa les mains à trois de ses successeurs. Cette conduite essuya des censures. *Varlet* se justifia par deux savantes *Apologies* qui, avec les pièces justificatives, forment un gros vol. in - 4.º Il mourut à Rhynwick près d'Utrecht, le 14 mai 1742, regardé comme un rebelle par les Molinistes, et comme un *Chrysostome* par les Jansénistes.
II. VARLET, (Jacques) chanoine de St-Amé de Douay, mourut en 1736. On a de lui des *Lettres* sous le nom d'un *Ecclésiastique de Flandre*, adressées à *Languet* évêque de Soissons.
VARNERY, général major au service du roi de Pologne, est mort à Varsovie en 1787, à 67 ans, après s'être distingué autant par ses actions d'éclat que par d'excellens écrits sur l'art militaire.
VAROLI, (Constance) habile chirurgien et médecin de Bologne, où il naquit en 1543, mourut à Rome à l'âge de 32 ans, médecin de *Grégoire XIII*, et professeur d'anatomie. Quoique mort à la fleur de son âge, il s'est immortalisé parmi les anatomistes par sa découverte des *Nerfs optiques*.
VARRÈGE, V. POLEMBURG. I. VARRON, (*Marcus-Terentius*) consul Romain, étoit fils d'un boucher, et avoit exercé lui-même cette profession sous son père. Se sentant du talent pour quelque chose de plus élevé, il s'attacha au barreau et y réussit. Ses succès lui frayèrent la carrière des honneurs. Il obtint successivement la questure, les deux édilités, la prêtre, et en- fin le consulat l'an 216 avant Jésus-Christ. Il eut pour collègue *Paul Emile*. Mais *Varron*, aussi téméraire que son confrère étoit prudent, perdit par sa faute la bataille de Cannes contre *Annibal*, l'an 216 avant Jésus-Christ. Lorsqu'il retourna à Rome, le peuple loin de lui demander compte de cette défaite, lui rendit des actions de graces, de ce qu'il n'avoit pas désespéré du salut de la République après une si grande perte.
II. VARRON, (*Marcus-Terentius*) né l'an 118 avant Jésus-Christ, fut lieutenant de *Pompe* dans la guerre contre les Pirates, et mérita une couronne navale. Moins heureux en Espagne, il fut obligé de se rendre à *César*. Ce malheur le fit proscrire; mais il reparut ensuite. Il mourut l'an 29 avant J. C. Sa vie fut de près de cent ans, et il la passa dans les travaux de l'étude. *Quintilien* le met non-seulement au nombre des meilleurs poètes satiriques, mais il le regarde comme le plus docte des Romains. Il assure lui-même qu'il avoit composé plus de cinq cents volumes sur différentes matières. *St. Augustin* qui fut un des plus ardens admirateurs du savoir de *Varron*, nous a conservé le plan de son grand ouvrage sur les *Antiquités Romaines*, composé de quarante-un livres. C'est de cet ouvrage que parle *Cicéron*, en s'adressant à *Varron* même. « Nous étions, lui dit-il, auparavant comme étrangers, et en quelque sorte égarés dans notre propre ville. Vos livres nous ont, pour ainsi dire, ramenés chez nous, en nous faisant connoître qui nous étions. » Après le détail V A R 283 que fait Cicéron des nombreux écrits de Varron, St. Augustin plein d'admiration, s'écrie : « Varron a lu un si grand nombre de livres, qu'on est étonné comment il a pu trouver le temps d'en composer lui-même ; et il en a composé néanmoins un si grand nombre qu'à peine conçoit - on qu'un seul homme en ait pu lire autant. » Il étoit difficile que tant d'ouvrages fussent écrits d'un style élégant et poli. Aussi le même St. Augustin remarque-t-il que Cicéron loue Varron comme un homme d'un esprit pénétrant et d'un savoir profond, non comme un homme fort disert et fort éloquent. Varron dédia son Traité de la langue Latine à cet orateur. Il en composa un autre de la Vie rustique, De re Rustica qui est fort estimé. Ces deux derniers ouvrages sont parvenus jusqu'à nous. Les meilleures éditions du premier sont de Venise, 1474, in-folio, rare ; et de Rome, 1557, in-8°, avec les Notes d'Antoine Augustin. Le Traité De re Rustica parut à Venise, 1472, in-folio, et avec les autres auteurs rustiques dont l'édition la plus estimée est de Leipzig, 1735, 2 vol. in-4° M. Saboureux de la Bonneterie en a donné une traduction françoise, à Paris, 1771, in-8°, qui fait le second vol. de l'Economie rurale, 6 vol. in-8°
III. VARRON, (le GAULOIS, Terentius) poète Latin sous Jules-César, né à Atace sur la rivière d'Aude dans la province de Narbonne, composa un poème, De Bello Sequanico. Il mit aussi en vers latins le poème des Argonautes d'Apollonius de Rhodes. On trouve de lui quelques Fragmens dans le Corpus Poëtarum.
VARVICK, Voy. WARWICK. I. VARUS, (Quintilius) proconsul Romain, d'une famille plus distinguée par ses places que par sa noblesse, fut d'abord gouverneur de la Syrie, ensuite de la Germanie. Il imagina qu'il pourroit gagner les Germains par la douceur et la justice : il les traita plutôt en magistrat équitable qu'en général vigilant. Arminius chef des Chérusques, saisit cette occasion de donner la liberté à sa patrie. Il tomba inopinément sur les troupes Romaines, les défit complètement : trois légions entières, quelque cavalerie et six cohortes furent taillées en pièces, l'an 9 de J. C. Varus blessé, ne voulut pas survivre à sa défaite et se perça de son épée. Le peu de soldats qui tombèrent au pouvoir d'Arminius périrent par le dernier supplice. Auguste cruellement affligé de ce malheur, laissa croître pendant plusieurs mois sa barbe et ses cheveux ; et dans les transports de sa douleur, il cria plus d'une fois en se frappant la tête : Varus, rends moi mes Légions... Varus, né avec un caractère doux et un tempérament indolent, étoit plus propre au repos d'un camp qu'aux fatigues de la guerre. Il aimoit l'argent ; il entra pauvre dans le gouvernement de la Syrie, et en sortit riche. Il gouverna d'ailleurs avec sagesse. — Il est différent d'un autre Quint. Varus qui remporta une victoire signalée sur Magon frère d'Annibal, l'an 203 avant J. C.
II. VARUS, (Alfenus) étoit d'abord cordonnier à Crémone. 284 V A S Dégoûté de son métier, il alla à Rome, et se mit à l'école de *Servius Severus* célèbre jurisconsulte. Il y fit en peu de temps de si grands progrès dans le droit qu'il mérita d'être élevé aux plus grandes dignités de la république, sans excepter le consulat. C'étoit un intime ami de *Virgile* qui le chante dans sa neuvième Églogue sous le nom de *Varus*. Il l'étoit aussi de *Catulle*. L'estime qu'il s'étoit acquise lui fit décerner par les Romains des funérailles somptueuses aux frais du trésor public. Dans le recueil des médailles des *Familles Romaines* publié par *Vaillant*, on en voit une qui lui est consacrée, où il est appelé *Alphinius*.
VASARI, (George) peintre, né à Arezzo en Toscane, l'an 1512, mort à Florence en 1574, ne s'est fait qu'une réputation médiocre dans la peinture. Il n'avoit aucun goût décidé; la nécessité fut le principal motif qui l'engagea dans l'exercice de ce bel art. Cependant son assiduité au travail, les avis d'*André del Sarte* et de *Michel-Ange* sous qui il étudie et l'étude qu'il fit d'après les plus beaux morceaux antiques, lui donnèrent de la facilité et du goût pour le dessin; mais il a trop négligé la partie du coloris. Il entendait sur-tout les ornemens, et il avoit du talent pour l'architecture. La maison de *Medicis* l'employa longtemps, et lui procura une fortune honnête. Ce peintre avoit plusieurs bonnes qualités qui le faisoient rechercher. Sa mémoire étoit si heureuse qu'a l'âge de neuf ans il savoit par cœur toute l'*Écride* de *Virgile*. On a de lui les *Vies des meilleurs Peintres*, *Sculpteurs et Architectes Italiens*, à Florence, 1568, 3 vols. in-4°, et Rome, 1759, même format et même nombre de volumes. Elles sont écrites en italien avec assez de politesse; mais l'auteur n'est pas exact; il a fait plusieurs méprises. Comme il écrivoit dans un temps où plusieurs peintres dont il parle, étoient encore vivans, il a plus pensé à les louer qu'à faire connoître leur véritable mérite. Il affecte d'élever toujours ceux de son pays et de les préférer aux étrangers, suivant la coutume des Ultramontains. *Bottari* qui a dirigé l'édition de Rome, y a ajouté beaucoup du sien et a corrigé plusieurs inexactitudes de *Vasari*. Le *Traité de Peinture*, publié à Florence en 1619, in-4°, est de *George VASARI* neveu du précédent, quoique plus d'un bibliographe l'ait attribué à l'oncle.
VASCO DE GAMA, *Voyez GAMA*.
VASCONCELLOS, (Michel) Portugais, secrétaire d'état auprès de la vice-reine de Portugal, *Marguerite de Savoye* du-chesse de Mantoue, étoit un ministre absolu et indépendant. Il recevait directement les ordres du comte duc d'*Oluarès* premier ministre de *Philippe IV* roi d'Espagne dont il étoit créature. C'étoit un homme né avec beaucoup de génie pour les affaires, d'un travail inconcevable, habile à inventer de nouvelles manières de tirer de l'argent du peuple; au reste impitoyable, indoluble et dur jusqu'à la cruauté; sans parens, sans amis et sans égards; insensible même aux plaisirs, et incapable d'être touché par aucun mouvement de ten- Presse. La conspiration des principaux seigneurs de Portugal, pour mettre le duc de Bragance sur le trône, termina son bonheur et sa vie. Le jour de l'exécution de ce dessein fut fixé au 1$^{er}$ décembre de l'an 1640. Les conjurés s'étant saisis du palais, entrèrent dans la chambre de Vasconcellos. Ils le trouvèrent dans une armoire ménagée dans l'épaisseur de la muraille, couvert de papiers. Ce malheureux ayant été percé de plusieurs coups d'épée, les conjurés le jetèrent par la fenêtre, en criant : *Le Tyran est mort ! Vive la Liberté et Dom Juan Roi de Portugal !*
VASCOSAN, (Michel de) imprimeur de Paris, né à Amiens, épousa une des filles de *Badius*, et devint ainsi allié de *Robert Etienne* qui avoit épousé l'autre. *Vascosan* passe avec raison pour l'un des premiers maîtres de son art. Presque tous les livres qui sont sortis de sa presse sont estimés, non-seulement pour la beauté du caractère, la bonté du papier, la grandeur des marges, l'exactitude de l'impression, mais aussi parce qu'ils ont été composés par de savans hommes. Les curieux recherchent particulièrement : 1.$^{o}$ Les *Vies des Hommes Illustres*, et les *Œuvres morales de Plutarque*, traduites du grec par *Amyot*, que cet imprimeur donna au public en 1967, en 13 vol. in-8.$^{o}$ 2.$^{o}$ Les *Œuvres de Cicéron* qu'il publia par parties, et qui seroient bien difficilement rassemblées. 3.$^{o}$ Le *Diodore* de Sicile qui parut en 1530. 4.$^{o}$ Le *Quintilien*, in-fol., 1542 ; édition très-rare et d'un grand prix. *Vascosan* parloit avec facilité la langue latine ; il eut pour gendre *Frédéric Morel*, et mourut vers l'an 1576.
VASQUEZ, (Gabriel) Jésuite Espagnol, enseigna la théologie à Alcala avec réputation, et y termina sa carrière le 23 septembre 1604. Ses ouvrages ont été imprimés à Lyon en 1620, en dix tomes in-folio. Ses confrères l'ont appelé le *St. Augustin de l'Espagne* ; mais les savans ont jugé que ce *St. Augustin* ne valoit pas celui de l'Afrique. Ses gros livres sont pleins de propositions pernicieuses. Il y enseigne que le pape comme souverain juge de la foi, peut déposer un roi qui est tombé en faute ou dans l'erreur, le priver de ses états, les donner à un autre, et l'en mettre en possession s'il est besoin par la force des armes. Il soutient aussi que les ecclésiastiques ne sont pas sujets du roi.
VASQUEZ, (Luc) *Voyez* AYLON.
VASQUEZ-GAMA, *Voyez* GAMA.
VASSÉ, (Antoine-François de) sculpteur du roi, membre de l'académie royale de Peinture et de Sculpture de Paris, étoit né à Toulon et mourut à Paris en 1736, âgé de 53 ans. Il a décoré plusieurs églises par ses ouvrages. On peut en voir le détail dans le *Mercure de France*, 1736.
VASSÉE, (Jean) *Vasseus*, de Bruges, mort à Salamanque en 1560, est auteur d'une *Histoire d'Espagne* en latin, Salamanque, 1552, in-folio, qui a très-peu de lecteurs. On la trouve aussi dans l'*Hispania illustrata* du P. Schott. 286 V A S
VASSELIER, (Joseph) né en Alsace, fut envoyé à Lyon comme employé dans l'administration des postes, devint membre de l'académie de cette ville et y mourut en 1800. Il s'étoit fait un grand nombre d'amis par son envie d'obliger, sa franchise et une gaieté inaltérable qui ne l'abandonna ni dans les douleurs de la goutte dont il fut longtemps tourmenté, ni dans ses derniers instans. Avec une imagination riante et un goût décidé pour la poésie, celle-ci servit de distraction à ses travaux et à ses douleurs. Plusieurs des pièces de Vasselier furent attribuées à Voltaire qui ne réclama pas contre cette paternité. Il est fâcheux que la Muse de Vasselier soit souvent plutôt une courti-sane qu'une vierge chaste. On a recueilli après sa mort en trois petits vol. in-12, la plupart de ses vers, et ce recueil eût mérité plus d'estime et de succès s'il eût pu être mis entre les mains de tous les lecteurs.
VASSOR, (Michel le) né à Orléans, entra dans la congrégation de l'Oratoire, où il se distingua par son savoir et par la singularité de son caractère. Ses opinions lui ayant attiré quelques désagréments, il quitta cette Congrégation en 1690, se retira en Hollande l'an 1695, puis en Angleterre où il embrassa la communion anglicane et obtint une pension du prince d'Orange, à la sollicitation de Burnet évêque de Salisbury. Cet apostat mourut en 1718, âgé de plus de 70 ans. Il avoit été méprisé pendant sa vie, et il fut peu regretté après sa mort. On a de lui un Traité de la manière d'exa- miner les différends de Religion in-12. Mais il est principalement connu par une Histoire de Louis XIII, pleine de faits singuliers et d'anecdotes curieuses qui parut en 20 vol. in-12, depuis 1710 jusqu'en 1721, à Amsterdam. On l'a réimprimée en 1756, en 7 vol. in-4. L'auteur étoit chez milord Portland lorsqu'il en composa le premier volume. Avant que de le publier, il le communiqua à Jacques Basnage son ami, qui lui conseilla de ne point faire paroître cet ouvrage qui est plutôt une satire violente contre les vivans et les morts qu'une histoire; et qui est d'ailleurs extrêmement diffus, pesant et plein de maximes dangereuses. Le Vassor méprisa cet avis et publia son livre. Milord Portland indigné le chassa de sa maison, et Basnage rompit entièrement avec lui. Ainsi pour un mauvais ouvrage, il perdit sa fortune, ses protecteurs et ses amis. Boyle disoit qu'il auroit mieux fait de rester où il étoit. Les productions qu'il avoit enfantées étant Catholique, sont : Un Traité de la véritable Religion, Paris, 1688, in-4°, dans lequel on trouve quelques opinions singulières; et des Paraphrases sur St. Matthieu, sur St. Jean, sur les Épitres de St. Paul. On lui doit aussi une Traduction en françois, avec des Remarques, des Lettres et des Mémoires de Vargas, de Malvenda et de quelques évêques d'Espagne, touchant le concile de Trente, in-8°
VASSOULT, (Jean-Baptiste) aumônier de Madame la Dauphine, né au village de Bagnolet près Paris, se distingua V A T 187 par son savoir et sa piété. Il mourut à Versailles en 1745, âgé de 78 ans. On a de lui une Traduction de l'Apologétique de Tertullien, imprimée en 1714 et 1715, in-4° et in-12. Elle est estimée pour sa fidélité. Il est encore auteur des Pseaumes de David, en forme de prières, dont la seconde édition est de Paris, 1733, in-12.
VAST, (Saint) Voy. WAST.
VASTHI, femme d'Assuérus roi de Perse, le même que Darius fils d'Hystaspes. Ce prince ayant fait à tout son peuple un grand festin pendant sept jours, ordonna dans la chaleur du vin, de faire venir devant lui la reine Vasthi avec le diadème sur la tête pour faire voir sa rare beauté à tous les convives. Mais la reine croyant qu'il n'étoit, ni de sa dignité, ni de sa modestie de se donner en spectacle sur la fin du repas à une multitude prodigieuse de gens dont plusieurs avoient la tête échauffée par le vin, refusa d'obéir. Assuérus irrité la répudia pour épouser Esther. Il est difficile de déterminer par l'histoire profane quelle étoit cette Vasthi. Les uns veulent que ce soit la même qu'Athosse fille de Cyrus, qui épousa d'abord Cambyse son propre frère, puis le Mage, et ensuite Darius. D'autres croient que Vasthi étoit la propre sœur d'Assuérus. Mais on ne trouve rien qui puisse favoriser l'une ou l'autre conjecture. Les Hébreux prétendent, dit Dom Calmet, que ce qui porta Vasthi à désobéir au roi son époux, fut que ce prince vouloit qu'elle parût toute nue devant le peuple, et qu'elle ne put jamais se résoudre à cette turpitude. Mais ce fait paroît un conte, à moins qu'on ne suppose qu'Assuérus ne donnoit ses ordres que lorsqu'il étoit plongé dans le vin.
VATABLE ou plutôt WATEBLED ou GASTEBLED, (François) professeur en langue hébraïque, étoit natif non pas d'Amiens comme l'a cru le président de Thou, mais d'une petite ville de Picardie nommée Gammache. François Ier le fit en 1530 ou 1531, professeur en hébreu au collège royal qu'il venoit d'établir. Il avoit une si grande connoissance de cette langue, que les Juifs même assistoient souvent à ses leçons publiques: Le grec n'étoit pas moins familier à Vatable. Il s'adonna à l'étude de l'Écriture-Sainte, et l'expliqua avec beaucoup de succès. Robert Etienne ayant recueilli les Notes qu'il avoit faites sur l'Écriture dans ses leçons publiques, les imprima l'an 1545, dans son Édition de la Bible de Léon de Juda, en 2 vol. in-8°; mais ces Notes ayant été altérées comme on le croit par cet imprimeur, elles furent condamnées par la faculté de théologie de Paris. Les docteurs de Salamanque leur furent plus favorables, et les firent imprimer en Espagne avec approbation. Robert Etienne les défendit contre les théologiens de Paris qui ne les avoient censurées qu'à cause de l'endroit d'où elles sortoient. Il est certain que malgré leurs anathèmes, les Explications de Vatable ont été très-estimées; elles sont claires, précises et naturelles. La dernière édition est de 1729, 2 vol. in-folio. On la doit aux soins de Michel Henry 188 V A T professeur d'hébreu au collège royal. Cet illustre savant mourut en 1547, laissant vacante l'abbaye de Bellozane qui fut donnée au célèbre Amyot. Sa piété égaloit son érudition. On a encore de lui une Traduction latine de quelques livres d'Aristote, qu'on trouve dans l'édition de ce philosophe donnée par Duval. Ce fut Vatable qui conseilla à Marot de traduire les Pseaumes en vers. Il l'aida même dans ce travail qui ne fait guère d'honneur aujourd'hui ni à l'un ni à l'autre. Vatable laissa deux disciples fameux, Jean de Salignac gentilhomme de Périgord, et Jean Mercier d'Usez. Voyez GUALTERUS.
VATACE, Voyez JEAN DUCAS, n.º II.
VATEAU, Voy. WATTEAU.
VATELET, Voyez WATELET.
VATER, (Abraham) né en 1684, devint par son mérite professeur d'anatomie, de botanique, et de médecine à Wittemberg sa patrie. Il avoit voyagé en Allemagne, en Angleterre et en Hollande, où le célèbre Ruysch professeur à Amsterdam lui donna des instructions particulières sur l'anatomie. Il lui apprit sur-tout l'art de ces belles injections qui étoit son grand talent. Vater profita si bien des leçons de Ruysch, qu'après avoir été son disciple il devint son émule. Cet habile homme mourut dans sa patrie en 1751, membre de l'académie des Curieux de la Nature, de la Société royale de Londres et de celle de Prusse. On a de lui un grand nombre de Dissertations académiques, et quelques traités particuliers écrits en latin, entre lesquels on distingue : I. De l'Utilité de l'Anatomie. II. Joannis Curvi Semmedi Pugillus rerum Indica-rum, Wittemberg, 1722, in-4.º III. Catalogue des Plantes exotiques du Jardin de Wittemberg, 1738. IV. Description du Cabinet de Ruysch et des principaux Cabinets d'Histoire naturelle de l'Allemagne. Il a laissé des Préparations anatomiques qui ne cèdent en rien à celles de Ruysch, et qui composent un cabinet magnifique. On en a donné la description sous ce titre : Vateri Musæum Anatomicum proprium, in-4.º
VATRY, (Jean) né à Rheims le 21 octobre 1697, vint faire ses études à Paris et y embrassa l'état ecclésiastique. Sa profonde connoissance de la littérature et de la langue grecque le fit nommer professeur au collège royal et membre de l'académie des Inscriptions en 1727. Les Mémoires de cette savante compagnie en renferment seize de Vatry, parmi lesquels on distingue ceux sur les progrès de la tragédie et de la comédie chez les Grecs, la Fable de l'Enéide, le Poème épique, Isocrate et Eschine. Admirateur enthousiaste d'Homère et de Virgile, Vatry prit toujours dans leurs ouvrages le sujet de ses leçons. Il travailla aussi au Journal des Savains, jusqu'au moment où il perdit toutes ses idées sous une attaque d'apoplexie, après laquelle il se survécut long-temps à lui-même, ayant oublié jusqu'à sa langue. Il est mort dans ce triste état le 16 décembre 1769.
VATTEL,
VATTEL, Voy. WATTEL.
VATTEVILLE, (l'abbé de) d'une famille illustre de Berne, dont une branche s'établit en Franche-Comté du temps de la réformation, fut d'abord colonel du régiment de Bourgogne pour le roi d'Espagne Philippe IV, et se distingua par plusieurs ac- tions d'éclat. Un passe-droit qu'on lui fit l'obligea de prendre l'habit de Chartreux. Mécontent bientôt de son nouvel état, il s'évada de son monastère après avoir tué le prieur. Il eut en- suite diverses aventures, et fi- nit par se retirer dans les états du grand Seigneur où il prit le turban. Etant entré dans le ser- vice il montra sa valeur dans quelques occasions, devint ba- cha et obtint le gouvernement de quelques places dans la Mo- rée, pendant la guerre de la ré- publique de Venise contre la Porte Ottomane. Cette circons- tance lui fit naître l'idée de ren- trer dans sa patrie. Il négocia secrètement avec les Vénitiens qui obtinrent de Rome l'abso- lution de son apostasie, sa sé- cularisation et un bénéfice con- sidérable en Franche-Comté. Ce fut à ces conditions qu'il leur livra les places dont il étoit le maître. De retour dans sa pro- vince au moment où Louis XIV cherchoit à l'envahir, il servit assez utilement la France pour obtenir deux riches abbayes et le haut doyenné du chapitre de Besançon. Il y vivoit en grand seigneur, ayant un équipage de chasse, une table somptueuse, craint et respecté, du moins à l'extérieur. Il mourut en 1710, âgé de plus de 90 ans. Pellisson le peint ainsi dans son Histoire de la Conquête de la Franche- Comté en 1668 : « Un tempé- rament froid et paisible en ap- parence, ardent et violent en effet; beaucoup d'esprit, de viva- cité, d'impétuosité au dedans; beaucoup de dissimulation et de retenue au dehors; des flammes couvertes de neige et de glace; un grand silence ou un torrent de paroles propres à persuader; renfermé en lui-même, mais comme pour en sortir au besoin avec plus de force; le tout exercé par une vie plaine d'agi- tations et de tempêtes propres à donner plus de fermeté et de souplesse à l'esprit. » —Le baron de Vatteville qui fut ambassa- deur à Londres, étoit son frère: c'étoit un homme adroit et ha- bile; mais sa vie ne fut pas agitée comme celle du doyen de Besançon, dont il avoit le génie sans en avoir l'emportement.
VATTEVILLE, Voy. MONT- CHRESTIEN.
VATTIER, (Pierre) naquit à Lisieux dans le 17e siècle, se fit médecin, devint conseiller de Gaston duc d'Orléans, et aban- donna la médecine pour cultiver la langue arabe. Nous lui devons une Traduction françoise du Ti- mur, et celle des Califes Maho- métans d'Elmacinus. Cette Ver- sion parut à Paris en 1657.
VAU, (Louis le) architecte François, mort à Paris en 1670, âgé de 58 ans, apportoit au tra- vail une assiduité et un génie actif qui lui firent entreprendre et exécuter de grandes choses. Il remplit avec distinction la place de premier architecte du roi. Ce fut sur ses dessins qu'on éleva une partie des Tuileries, la porte 290 V A V de l'entrée du Louvre et les deux grands corps de bâtiffens qui sont du côté du parc de Vincennes. Il donna les plans de l'hôtel de Colbert, de l'hôtel de Lionne, du château de Vaux-le-Vicomte et les dessins du collège des Quatre-Nations, exécutés par Dorbay son élève, etc.
VAVASSEUR, Voy. MASSEVILLE. — VAVASSEUR, (François) Jésuite, né en 1605, à Paray dans le diocèse d'Autun, devint interprète de l'Écriture-Sainte dans le collège des Jésuites à Paris, où il finit ses jours le 14 décembre 1681, à 76 ans, avec la réputation d'un religieux plein d'une piété solide et sans grimace. Le P. Vavasseur plein de la lecture des auteurs du siècle d'Auguste, s'est principalement distingué sur le Parnasse latin; mais il est plus recommandable par l'élégance et la pureté du style que par la vivacité des images et l'élévation des pensées. Le Père Lucas son confrère publia le recueil de ses Poésies, 1683, in-8.º On y trouve: I. Le Poème héroïque de Job. II. Plusieurs Poésies saintes. III. Le Theurgicon en quatre livres, ou les Miracles de Jésus-Christ. IV. Un recueil d'Éligies. V. Un de Pièces Épiques. VI. Trois livres d'Épigrammes, dont plusieurs manquent de sel. Ce qui rend ses Épigrammes fades, c'est qu'elles гонent sur des louanges; et la satire est plus propre pour l'épigramme. Elle plaît sur-tout davantage au lecteur malin. Les bons critiques reprochent à ses autres poésies une exactitude trop scrupuleuse, qui est plus d'un grammairien que d'un poète. Ses vers sentent quelquefois la contrainte. Ses autres ouvrages ont été recueillis à Amsterdam, 1705, in-folio. Ils renferment: I. Un Commentaire sur Job. II. Une Dissertation sur la beauté de Jésus-Christ, où l'on trouve quelques puérilités: il prétend que J. C. tenoit un milieu entre la laideur et la beauté. III. Un Traité De ludicrá dictione ou du style burlesque, contre lequel il s'éleva avec force. Il y montre qu'aucun auteur ni grec, ni latin, ne s'est servi de ce style. Il passe en revue tous les écrivains anciens dont les ouvrages sont semés de plaisanteries, et il en juge avec beaucoup de sagacité. IV. Un Traité de l'Épigramme qui offre quelques bonnes réflexions. V. Une Critique de la Poétique du P. Rapin, pleine d'humeur et même de mauvaise foi. Elle est en françois, et ce langage-là ne lui étoit pas aussi familier que le latin: autant celui-ci est pur et élégant, autant l'autre est désagréable.
VAUBAN, Voyez PRESTRE.
VAUBERNIER, (Marie-Jeanne Gomart de) née à Vaucouleurs en 1744 d'un simple commis, fut d'abord marchande de modes, puis favorite de Louis XV, qu'elle captiva longtemps par les graces de sa figure et la gaieté de son caractère. Celui-ci lui fit épouser le comte du Barri qui la quitta aussitôt, et elle devint à la cour la source des faveurs, des distinctions et des places. Elle n'abusa point de son pouvoir pour nuire, et se retira à Lucienne après la mort du monarque. Elle y vivait presque oubliée, lorsque les agents de Robespierre vinrent l'y arrêter. Traduite au tribunal révolu- V A U 291 tionnaire de Paris, elle fut condamnée à mort le 17 frim. an 2. Arrivée au pied de l'échafaud, elle jeta un cri d'effroi et s'écria : M. le bourreau, encore un moment ! Elle a été la seule femme qui, à cette époque désastreuse, n'ait pas subi la mort avec courage.
VAUCANSON, (Jacques de) de l'académie des Sciences de Paris, mort le 21 novembre 1782, étoit né à Grenoble en 1709. Le hasard développa son talent pour la mécanique. Ayant été enfermé encore enfant dans une chambre, il se mit à examiner la pendule avec tant d'attention qu'il parvint à en concevoir le mécanisme. Dès-lors il s'exerça à faire de petites machines qui toutes supposaient du génie. Mais ce qui fonda sa réputation en ce genre, fut son Flâteur. Cet automate introduit réellement dans sa flûte un souffle que le mouvement des doigts modifie avec justesse, et il exécute dix airs avec précision. C'est en 1738 que l'auteur parut à Paris avec cet étonnant androïde, dont il donna la description dans un mémoire imprimé et approuvé avec éloge par l'académie des Sciences. Si ce mémoire, au lieu d'être l'exposition d'une machine exécutée, avoit été le projet d'une machine à faire, combien de gens l'auroient regardé comme chimérique ! Vaucanson animé par les éloges encourageans du public, exposa en 1741 d'autres automates qui ne furent pas moins applaudis. 1.º Un Canard qui prend le grain, le digère et le rend. 2.º Un Joueur de Tambourin habillé en berger danseur, qui joue une singtaine d'airs, menuets, rigo- dons ou contre-danses. L'habile mécanicien ne se borna pas à des automates; il dirigea ses talens vers l'utilité publique. Il construisit des Moulins pour la soie, qui en simplifiant la main-d'œuvre, donnent aux organsins une préparation plus parfaite et beaucoup moins dispendieuse. Il perfectionna aussi les Tours à tirer la soie, et inventa un Métier sur lequel un enfant pouvoit faire les plus belles étoffes connues. Mais quelques-unes de ses inventions économiques et ingénieuses furent rejetées par l'esprit de routine, et par la crainte de rendre inutile une foule de bras. L'auteur de tant d'ouvrages curieux et intéressans, ajoutoit au don d'invention, un caractère doux, une ame sensible, et une simplicité de mœurs qui lui ont mérité les regrets de sa famille et de ses amis. Il fut bon maître, bon père, bon citoyen. En 1740 il fut appelé par le roi de Prusse; mais il refusa les offres que lui faisoit ce prince, juge éclairé du mérite. Peu de temps après, le cardinal de Fleuri lui concha l'inspection des manufactures de soie, l'une des branches les plus importantes de notre commerce. Vaucanson attaqué dans ses dernières années d'une maladie douloureuse, conserva toute son activité. Il s'occupoit encore peu de jours avant sa mort, d'une machine pour composer une chaîne sans fin. Pressez-vous, disoit-il aux ouvriers, je ne vivrai peut-être pas assez pour expliquer mon idée en entier.
VAUCEL. (Louis-Paul du) fils d'un conseiller d'Evreux, avoit été avocat avant que d'embrasser l'état ecclésiastique. Ses connoissances dans les langues, dans le droit et dans les affaires, lui firent un nom. *Pavillon* évêque d'Aleth, voulut l'avoir auprès de lui en qualité de chanoine et de théologal de sa cathédrale. *Du Vaucel* fut d'un grand secours à ce prélat et lui servit comme de secrétaire; mais tandis qu'il l'aidoit dans ses dépêches et dans les mémoires touchant l'affaire de la Régale, il reçut une lettre de cachet qui le reléguait à Saint-Pourçain dans l'extrémité de l'Auvergne. Après quatre années de captivité il passa en Hollande l'an 1681, auprès d'*Arnauld* qui l'envoya à Rome, où il fut fort utile à ce docteur et à ses amis. Le pape le chargea en 1694 des affaires de la mission de Hollande. *Du Vaucel* quitta Rome après y avoir demeuré près de dix ans. Il parcourut la plupart des villes d'Italie, et alla mourir à Maestricht le 22 juillet 1715. On a de lui: I. *Un Traité de la Régale*, qu'il envoya à *Favoriti* qui le fit traduire en italien, puis en latin, sous ce titre: *Tractatus generalis de Regalia, è gallico latinè redditus, auctior et emendatior*, 1689, in-4.º II. *Breves Considerationes in doctrinam Michaëlis* de Molinos, in-12. III. *Plusieurs Lettres, Mémoires*, etc. sous le nom de *Pavillon* évêque d'Aleth dans le temps qu'il servoit de secrétaire à ce prélat. IV. *Plusieurs Ecrits* sous des noms supposés, dans des recueils d'autres auteurs, etc.
VAUCELLES, (Macé ou Matthieu de) poète et imprimeur au Mans, se distingua tout à la fois par ses éditions et ses poésies. Il existoit en 1539.
VAUDEMONT, (Antoine) *Voyez* I. GUISE; et RENÉ, *initio*.
VAUGE, (Gilles) prêtre de l'Oratoire, natif de Beric au diocèse de Vannes, enseigna les humanités et la rhétorique avec distinction, puis la théologie au séminaire de Grenoble. Le cardinal *le Camus* évêque de cette ville, et *Mont-Martin* son successeur, firent un cas particulier de ses lumières et de ses vertus. Le Père *Vauge* accablé par le travail et les années, se retira en la maison de l'Oratoire de Lyon, où il mourut dans un âge avancé en 1739. Ses ouvrages sont: I. *Le Catéchisme de Grenoble*. II. *Le Directeur des Ames Pénitentes*, 2 vol. in-12. III. *Deux Dialogues* sur les affaires du temps. IV. *Un Traité de l'Espérance Chrétienne*, contre l'esprit de pusillanimité et de défiance, et contre la crainte excessive, in-12. Cet ouvrage profond et solide a été traduit en italien par *Louis Riccoboni*.
VAUGELAS, *Voyez* II. FAVRE.
VAUGIMOIS, (Claude Fyot de) supérieur du séminaire de Saint-Irenée de Lyon, de la société littéraire-militaire, mort en 1759, étoit d'une bonne famille de Bourgogne. On a de lui quelques *Ouvrages de piété* qui ont assez de cours. C'étoit un homme d'un caractère doux et d'une piété solide.
VAUGONDY, *Voyez* ROBERT.
VAUPLAISANT, *Voy*. DUPRÉ, n.º I.
VAUMORIÈRE, (Pierre-Dortigue, sieur de) gentilhomme V A U 293 d'Apt en Provence, vint à Paris, où son esprit lui mérita la place de sous-directeur d'une académie ou plutôt d'un tripot littéraire formé par l'abbé d'Aubignac. Il mourut en 1693, fort pauvre. Sa probité, sa politesse et son enjouement lui firent plus de partisans que ses livres. Mlle de Scudéri en a fait un portrait qui ressemble un peu à celui des héros de ses romans. « Sa moindre qualité, dit-elle, étoit son bel esprit. Il brilloit par-tout ; mais il étoit encore plus honnête homme qu'il n'étoit homme de lettres. Il avoit l'esprit vif, les sentimens naturels et nobles, les idées justes et distinctes, les expressions gaies et hardies, les manières douces et engageantes, le cœur au-dessus de son pouvoir et de son état. Généreux, empressé, noble, prévenant, ne connoissant d'autre intérêt que celui de ses amis, et d'autre plaisir que celui d'en faire, il n'avoit rien à lui ; tous ceux qui le connoissoient étoient plus maîtres de son bien que lui-même. Il disoit toujours que l'argent et le cœur ne sont bons que lorsqu'on les donne ; à quoi il ajoutoit, que c'étoit un moindre mal d'être dupé que de craindre toujours d'être dupé... Dans un âge fort avancé il conservoit tout le feu d'une belle jeunesse ; il étoit enjoué et galant dans la société, modeste avec les gens d'esprit, réjouissant et solide avec les jeunes gens. Toujours doux, toujours poli, toujours agréable en toutes sortes de sociétés, il portoit la joie et le plaisir avec lui. Sa seule présence avoit l'art de réveiller une conversation assoupie. » On a de lui : I. L'Art de plaire dans la Conversation, in-12, assez bon. II. Un recueil assez mal choisi, en 4 vol. in-12, de Harangues sur toutes sortes de sujets, avec l'Art de les composer. III. Un recueil de Lettres avec la Manière de les écrire, 2 vol. in-12. IV. Un grand nombre de Romans, verbeux et sans vraisemblance. Le Grand Scipion, 4 vol. in-8° ; les cinq derniers volumes du Pharamond qui en a douze in-8° ; Diane de France, in-12 ; La Galanterie des Anciens, deux vol. in-12 ; Adélaïde de Champagne, 2 vol. in-12 ; Agatis, 2 vol. in-12. Ce rival du fécond Scudéri dont il étoit l'admira-teur et l'ami, n'a pas eu autant de réputation que lui. Il avoit dessein de mettre l'histoire de France en dialogues, et de faire parler chaque personnage suivant son caractère ; mais pour un tel projet il falloit un écrivain au-dessus de la médiocrité de Vaumorière.
VAUQUELIN, Voy. FRESNAYE (la) et IVETEAUX.
VAUQUER, (Robert) de Blois, célèbre peintre en émail, mort en 1670, eut peu de rivaux par l'excellence de son dessin et la beauté des couleurs qu'il employa dans ses ouvrages.
VAURE, (N. du) a donné au théâtre François en 1728, la comédie du Faux savant, dont la représentation fait encore plaisir. Elle a été reprise en 1769. Le rôle de Préville en assura alors le succès.
VAUVENARGUES, (Luc Clapier de) d'une famille noble de Provence, servit de bonne heure et fut long-temps capitaine au régiment du roi. La retraite de Prague pendant trente lieues de glaces, lui causa des maladies 394 V A U cruelles qui l'obligèrent de quitter le service. Il fut très-regretté par ses compagnons d'armes qui l'appeloient leur père. Il se destinoit aux négociations lorsque la petite vérole accrut ses infirmités et le priva presque entièrement de la vue. Un petit nombre d'amis et l'étude de la morale furent ses consolations dans ses souffrances. Ami des hommes et de la vertu, il mettait le vice au rang des malheurs; mais sans s'emporter contre les vicieux, il tâchoit de les ramener par l'honnêteté des manières et la douceur de la persuasion. Lorsqu'il se vit près de son terme, il se prépara à cette dernière scène de la vie par les sentimens d'un chrétien et la confiance d'un philosophe. Il mourut en 1747, à l'âge de 35 ans. Dès celui de 25 il possédoit la vraie philosophie et la vraie éloquence, sans autre étude que le secours de quelques bons livres. Nous avons de lui une *Introduction à la connaissance de l'Esprit humain, suivie de réflexions et de maximes*: ouvrage qui vit le jour en 1746, in-12, à Paris. La solidité et la profondeur sont le caractère de ce livre. Il est plein d'excellentes choses, à quelques réflexions près qui tiennent du paradoxe ou qui mal-entendues pourroient être contraires à la religion. Ce n'étoit pas l'intention de l'auteur, qui pensoit du moins sur la fin de ses jours plutôt comme *Fénélon* dont il étoit l'admirateur, que comme *Voltaire* dont il étoit l'ami. Au milieu de ses infirmités il éleva son cœur vers le Dieu qui le frappoit, et lui adressa une prière éloquente, digne de *Bossuet* et de *Pascal*. On la trouve dans son livre. *Vauvenargues* n'avoit jamais appris le latin. On a recueilli plusieurs de ses mots, tels que ceux-ci: La raison nous trompe souvent plus que la nature. —La haine des foibles est bien moins dangereuse que leur amitié. —Les grandes pensées viennent du cœur. —Le courage est la lumière de l'adversité. —Le terme de l'habileté est de gouverner sans la force. En 1797 M. de *Fortia* a publié une édition des *Œuvres de Vauvenargues*, en 2 vol. in-12, dans lesquels on trouve plusieurs opuscules de l'auteur qui n'avoient jamais été publiés, et sur-tout des *Réflexions* sur quelques écrivains François qui sont pleines de justesse et de goût.
VAUVILLIERS, (Jean-François) né d'une famille originaire de Bourgogne, fit d'assez bonnes études pour pouvoir suppléer son père, professeur d'éloquence à l'université de Paris, dans un âge voisin de l'enfance. En 1767, il fut nommé adjoint à *Vatry* qui professoit le grec au collège royal de France, et il remplit pendant plus de vingt ans la même fonction. La révolution Françoise vint interrompre ses travaux, et Paris le nomma lieutenant de maire et le chargea en cette qualité de son approvisionnement. La tâche étoit difficile; les grains avoient été resserrés par la cupidité et la crainte. *Vauvilliers* risqua plusieurs fois sa vie pour appaiser le peuple et empêcher ses attentats. Son dévouement fut mal récompensé: les démocrates lui reprochèrent ses opinions trop favorables, disoient-ils, à l'ancien régime et à la religion Romaine. *Vauvilliers* donna sa démission ; mais il fut bientôt arrêté et traduit devant divers tribunaux, où il eut le bonheur d'être acquitté. Nommé membre du conseil des cinq-cents, il fut proscrit au 18 fructidor et obligé de fuir sa patrie. Paul Ier lui écrivit en Suisse une lettre flattense pour l'engager à se rendre à Pétersbourg, où il l'avoit nommé membre de l'académie. Vauvilliers s'y rendit ; mais la température d'un climat rigoureux joint à ses chagrins intérieurs, abrégèrent ses jours qui finirent le 23 juillet 1800. Il avoit alors 64 ans. Vauvilliers parloit avec intérêt, sur-tout en improvisant. Il joignoit à la simplicité des mœurs une piété tolérante, éclairée, et le mépris de la fortune. Tous ses biens saisis à Paris ne rendirent que 1800 liv. ; et il a laissé à peine en Russie de quoi fournir à ses obsèques. On lui doit : I. Un Essai sur Pindare, 1772, in-12. C'est la meilleure traduction que nous ayons de ce poète. Il est fâcheux qu'elle ne soit pas entière. Les notes grammaticales prouvent une très-grande érudition. II. Extraits de divers auteurs grecs à l'usage de l'école militaire, 1788, 6 vol. in-12. III. Lettres sur Horace, 1767, in-12. IV. Continuation de l'Abrégé de l'Histoire universelle. V. Examen historique du gouvernement de Sparte, 1769, in-12. Cet écrit le fit recevoir en 1782 à l'académie des Inscriptions. VI. Il a fourni des notes à l'édition de Plutarque par Brotier, et a travaillé aux Notices des manuscrits de la bibliothèque nationale. Il doit avoir laissé en manuscrit un travail considérable sur les Sociétés politiques.
VAU. 295
VAUX, ( Noël de Jourda, de ) né en 1705 d'une famille noble du Gévaudan, passa par tous les grades militaires, et parvint par son courage, son amour de la discipline et son activité militaire, au bâton de maréchal de France en 1783, et à la place de commandant de la Franche-Comté. Envoyé en 1788 dans le Dauphiné, où les changemens dans la magistrature avoient fait naître des troubles, il s'y conduisit avec autant de prudence que de fermeté. Il mourut à Grenoble le 14 septembre de la même année, laissant deux filles et un neveu qui porte son nom. Il s'étoit trouvé à dix-neuf sièges, dix combats et quatre batailles. La France lui dut la conquête de la Corse en 1769. La sévérité qu'il déploya dans cette isle fut taxée de cruauté par plusieurs de ses habitants ; mais la plupart de ceux qui se plaignirent avoient donné lieu par des atrocités à de tristes représailles. Les soldats François ne voyoient en lui qu'un homme juste, distribuant les peines et les récompenses avec une équité impartiale.
VAUX, Voyez DEVAUX.
VAUX-CERNAY, ( Pierre de ) religieux de l'ordre de Cîteaux, dans l'abbaye de Vaux-Cernay près de Chevreuse, écrivit vers l'an 1216 l'Histoire des Albigeois. Nicolas Camusat chanoine de Troye, donna une bonne édition en 1615 de cet ouvrage qui ne donne pas une grande idée de l'historien. Il peut cependant être utile pour les évé-nemens du 13e siècle.
VAUXELLES, Voy. BOURLET DE VAUXELLES. 296 V A U
VAUZELLE, (Pierre) Voy. HONORÉ de Sainte-Marie, n° III.
VAUZELLES, (Jean de) attaché à l'église de Lyon, composa une Histoire évangélique et un livre sur l'humanité de J. C., qu'il dédia à la reine de Navarre sœur de François I. Il mettoit à la tête de ses écrits cette devise: « Crainte de Dieu vaut zèle, » par allusion à son nom. Il mourut vers l'an 1557. — Son neveu Matthieu de VAUZELLES, avocat général au parlement de Dombes, publia un Traité sur les péages, plein, dit la Croix du Maine, de belles et doctes recherches, et des Notes sur la déclaration des secondes noces. Papyre Masson a fait son éloge en prose et en vers. Matthieu de Vauzelles fut l'un des bienfaiteurs de l'hôpital de Lyon, et mourut dans cette ville en 1562.
VAYER, Voyez MOTHE-VAYER.
VAYRAC, (l'abbé Jean de) né en Auvergne, est auteur d'une bonne Traduction des Lettres et Mémoires du cardinal Bentivoglio, 1713, in-12; et d'une Description de l'Etat présent de l'Espagne, Amsterdam, 1719, 4 vol. in-12: ouvrage exact, où il prouve que ce que Mad. d'Aunoy a écrit sur l'Espagne, est trop mêlé de fables, de railleries piquantes pour tourner les Espagnols en ridicule. Peu d'auteurs François ont parlé de l'inquisition d'après des informations aussi sûres et aussi impartiales que l'abbé de Vayrac. On a encore de lui les Révolutions d'Espagne, 1718, 4 vol. in-12.
VECCHIETTI, (Jérôme) savant Florentin du 17e siècle, embrassa l'état ecclésiastique, étudia la théologie avec ardeur, et en prit les degrés; la chronologie l'occupa ensuite. Il est principalement connu dans la république des lettres par un livre dont voici le titre: Opus de anno primitivo, in-folio. Cet ouvrage rare et plein de recherches savantes, fut imprimé à Augsbourg en 1621: il est divisé en huit livres. L'auteur tâche d'accorder la chronologie Sainte avec la période Julienne. Il mourut à l'âge de 80 ans, dans les prisons de l'Inquisition, pour n'avoir pas voulu se rétracter de ce qu'il avoit avancé dans son ouvrage, que Jésus-Christ ne fit pas la Pâque la dernière année de sa vie.
VECCUS, (Jean) Cariophylax, c'est-à-dire garde du trésor des chartes de Sainte-Sophie, fut envoyé par l'empereur Michel Paléologue au concile de Lyon, où la réunion de l'Eglise grecque et de l'Eglise romaine fut terminée en 1274. Il contribua beaucoup à la conclusion de ce grand ouvrage, par son éloquence et son esprit conciliant. Joseph patriarche de Constantinople, qui fomentoit le schisme ayant été déposé, Veccus fut élevé sur le siège patriarcal en 1275. Son zèle pour le maintien de la réunion lui attira la haine des schismatiques Grecs, qui intentèrent contre lui des accusations calomnieuses. Cette persécution le porta en 1279, à envoyer la démission de son patriarcat à l'empereur et à se retirer dans un monastère; mais ce prince le rappela peu après. Michel Paléologue étant mort, Andronic qui lui succéda se laissant conduire par la princesse Eulogia sa tante, s'opposa à l'union, fit déposer *Veeus*, et le fit enfermer dans une étroite prison, où ce grand prélat mourut de misère en 1298. Il avoit composé plusieurs *Ecrits* pour la défense de la vérité; et il inséra dans son testament une déclaration de sa croyance sur l'article du *Saint-Esprit*, conforme à la doctrine de l'Église Latine. *Voy*, le recueil d'*Allatius* sur la procession du *Saint-Esprit*, Rome, 1652 et 1659, 2 vol. in-4.$^{o}$ I. VECELLI, (François) frère du *Titien*, peintre, né à Cador, mourut dans un âge fort avancé, mais avant son frère. *François Vecelli* s'adonna d'abord à la profession des armes; il vint ensuite à Venise où il apprit la peinture sous son frère. Il y fit des progrès rapides. *Le Titien* craignant en lui un rival qui le surpassât ou du moins qu'il égalât, tâcha de le dégoûter de ce bel art et lui persuada d'embrasser le commerce. *François Vecelli* s'appliqua à faire des cabinets d'ébène ornés de figures et d'architecture. Il peignoit cependant encore pour ses amis. Plusieurs de ses ouvrages ont été attribués au *Giorgion*.
II. VECELLI, (Horace) fils du *Titien*, peintre, mort fort jeune de la peste en 1576, faisoit des portraits qu'il étoit souvent difficile de ne pas confondre avec ceux de son père. Mais l'état d'opulence où il étoit et surtout sa folle passion pour l'alchimie, lui firent négliger la peinture.
VECELLI, *Voyez* TITIEN.
VEDELIUS, (Nicolas) du Palatinat, enseigna la philosophie à Genève, puis la théologie V E E 297 gie et l'hébreu à Deventer et à Franeker, et fut enlevé à ces sciences en 1642, laissant un fils ministre comme lui, mort en 1705. On a de lui un *Traité* contre les Arminiens, intitulé: *De Arcanis Arminianismi*, 1632 et 1634, 4 parties in-4.$^{o}$
VEDIUS, *Voyez* POLLION au milieu de l'article.
VEENHUSEN, (Jean) littérateur Hollandois, vivoit sur la fin du XVII$^{e}$ siècle. Il professa les belles-lettres avec succès et travailla sur divers auteurs classiques. Les principales éditions que nous lui devons, sont celles de *Stace* et de *Pline la Jeune* dites de *Variorum*. *Le Stace* fut imprimé à Leyde, in-8$^{o}$, en 1661; et le *Pline* en 1669, ibid., aussi in-8.$^{o}$
VEENINX, (Jean-Baptiste) peintre, né à Amsterdam en 1621, mort près d'Utrecht en 1660, avoit une facilité étonnante. Élève d'*Abraham Bloemaert*, il voulut voyager en Italie et promit de n'y rester que quatre mois; mais entraîné par la vue des chefs-d'œuvre et par son goût pour son art, il y resta quatre ans souvent occupé par le cardinal *Pamphile* qui devint son protecteur. Son pinceau suivoit en quelque sorte la rapidité de son génie. Il s'adonna à tous les genres, histoire, portrait, paysage, marines, fleurs, animaux. Il réussissoit principalement dans les grands tableaux: cependant il en a fait de petits avec la patience et le talent de *Gérard-Dow* et de *Mieris*. Dans un défi qui lui fut fait par *Van-Alt*, si renommé pour peindre les animaux morts, *Veeninx* pei- 298 V E G gnit si parfaitement des canards que les juges du combat ne purent décider entre ces deux illustres rivaux. On desireroit plus d'élégance dans ses figures et de correction dans son dessin. I. VEGA, ( André ) théologien scolastique Espagnol de l'ordre de Saint-Dominique, mourut en 1570 après avoir assisté au concile de Trente. On a de lui les traités, *De justificatione* ; *de Gratié* ; *de Fide*, *Operibus et Meritis* ; *Compluti*, 1564, in-folio. Ces ouvrages sont peu lus.
II. VEGA, ( Lopez de ) poète Espagnol, appelé aussi *Lope Felix de Vega Carpio*, naquit à Madrid en 1562 d'une famille noble. Ses talens lui méritèrent des places et des distinctions. Il fut secrétaire de l'évêque d'Avila, puis du comte de Lemos, du duc d'Albe, etc. Après la mort de sa seconde femme, il embrassa l'état ecclésiastique et entra comme prêtre dans l'ordre de Malte. Ce poète se fit rechercher à cause de la douceur de ses mœurs et de l'enjouement de son esprit. Jamais génie ne fut plus fécond pour composer des *Comédies*. Celles qu'on a rassemblées, composent 25 volumes dont chacun renferme 12 pièces de théâtre. L'on assure même que ce poète avoit fait jusqu'à 1800 pièces en vers. Voici comme il excuse cette inconcevable fécondité dans son épître sur le *Nouvel Art de faire des Comédies* : L'abus règne, l'art tombe, et la raison s'enfuit. Qui veut écrire avec décence, Avec art, avec goût, n'en recueille aucun fruit ; Il vit dans le mépris et meurt dans l'indigence. Je me vois obligé de servir l'ignorance, Penferme sous quatre verrous *Sephole*, *Euripide* et *Tirence* ; Pécris en insensé, mais j'écris pour des foux. Le Public est mon maître, il faut bien le servir ; Il faut pour son argent lui donner ce qu'il aime : Pécris pour lui, non pour moi-même, Et cherche des succès dont je n'ai qu'à rougir. Il étoit alors à sa 483e pièce de théâtre. On a encore de cet auteur d'autres ouvrages, comme *Vega del Parnasso* ; un poème intitulé : *Jérusalem conquise* ; diverses nouvelles ; *Laure del Apollo*. Un auteur si fécond n'a pas dû donner toujours de l'excellent. Aussi ses pièces dramatiques ont plusieurs défauts, mais on y trouve de l'invention, et elles ont été fort utiles à plusieurs de nos poètes François. *Lopez de Vega* mourut le 27 août 1635, à 73 ans.
VEGA, Voyez II. GARCIA.
VÉGÈCE, ( *Flavius-Vegetius Renatus* ) auteur qui vivoit dans le IVe siècle du temps de l'empereur *Valentinien* à qui il dédia ses *Institutions Militaires* ; ouvrage où il traite d'une manière fort méthodique et fort exacte de ce qui concernoit la milice Romaine. Cet ouvrage est d'une latinité pure. M. *Bourdon* qui l'a traduit, dit que plusieurs manuscrits donnent à l'auteur la qualité de *Comte*, et que *Raphaël de Volterre* le fait *Comte* de Constantinople ; mais le même traducteur ajoute qu'il ne sait sur quel fondement. Sa version a paru en un vol. in-12 en 1743 à Paris, avec une préface et des remarques ; et a été réimprimée à Amsterdam, in-8°, en 1744. Le comte Turpin a donné un bon Commentaire sur les Institutions Militaires de Végée, Paris 1783, 2 vol. in-4°. Végée a donné aussi un Art vétérinaire dans *Rei Rustica Scriptores*, Leipzig, 1735, deux vol. in-4°, qui a été traduit par *Saboureux de la Bonneterie*, Paris, 1775, in-8°, et qui forme le tome VI° de l'Économie Rurale, 6 vol. in-8°. On a imprimé ses Institutions Militaires avec les autres Ecrivains de l'art militaire, *cum notis Variorum*, Vesel, 1670, deux vol. in-8° ; et séparément à Paris, 1762, in-12.
VEGIO, Voyez I. MAFFÉE. — VEIL, ( Charles-Marie de ) fils d'un Juif de Metz, fut converti par Bossuet. Il entra dans l'ordre des Augustins, et ensuite chez les Chanoines réguliers de Sainte-Geneviève. On l'envoya à Angers, où il prit le bonnet de docteur et où il professa la théologie dans les écoles publiques. Il quitta ensuite sa chaire pour la cure de Saint-Ambroise de Melun, et cette cure pour le séjour de l'Angleterre où il abjura la religion Catholique vers l'an 1679. Il se maria bientôt après avec la fille d'un Anabaptiste, et se fit connoître par plusieurs écrits. On a de lui de savans Commentaires sur St. Matthieu et St. Marc, Paris, 1674, in-4° ; sur les actes des Apôtres, 1684, in-8° ; sur Joël, 1676, in-12 ; sur le *Cantique des Can-* V E L 299 tiques, Londres, 1679, in-8° ; et sur les XII Petits Prophètes, Londres, 1680, in-12. Cet apostat mourut à la fin du XVIIe siècle.
VEINS, ( Aymard de ) vivait à la fin du 16e siècle. Il donna à cette époque une tragédie de *Clorinde* ; sujet tiré de la *Jérusalem délivrée*. I. VELASQUEZ, ( Jean-Antoine ) Jésuite, né à Madrid en Espagne l'an 1585, mourut en 1669. Après avoir été plusieurs fois recteur, il fut fait provincial. Le roi Philippe IV le fit venir à sa cour et le fit conseiller de la congrégation de la Conception Immaculée. On a de lui : I. Un Commentaire latin sur l'Epître aux Philippiens, en deux vol. in-folio, aussi diffus que savant. II. Divers Ecrits en faveur de l'Immaculée Conception de la Ste Vierge.
II. VELASQUEZ, ( Don Diego de Silva ) peintre, né à Séville en 1594, d'une famille noble et originaire de Portugal, mourut à Madrid en 1660. Élève de Herrera et ensuite de Pacheco, il s'attacha d'abord à peindre des animaux, des légumes, des poissons. L'un des ouvrages les plus marquants de sa jeunesse, fut la représentation d'un porteur d'eau la poitrine découverte et donnant à boire à un petit garçon. Ce tableau fit tant de bruit que le roi le fit acquérir. Un génie hardi et pénétrant, un pinceau fier, un coloris vigoureux, une touche énergique, ont fait de Velasquez un artiste célèbre. Les tableaux de Caravage le frappèrent vivement. Il tâcha de l'imiter, et put lui être comparé pour son art à peindre le portrait. Il se rendit à Madrid, où ses talens furent pour lui une puissante protection auprès de la famille royale. Le roi d'Espagne Philippe IV le nomma son premier peintre, lui accorda le logement et les pensions attachées à ce titre, le décora de plusieurs charges et lui fit présent de la Clef d'or : distinction considérable qui donne à toutes heures les entrées dans le palais. Velasquez voyagea en Italie. L'ambassadeur du roi d'Espagne le reçut à Venise dans son hôtel, et lui donna des gens pour l'escorter. Le roi l'ayant chargé d'acheter des tableaux de prix et des antiques pour orner son cabinet, cette commission lui fit entreprendre un second voyage en Italie où tous les princes lui firent un grand accueil. C'étoit faire sa cour au roi d'Espagne que d'honorer Velasquez. Ce prince l'aimait, il se plaisoit à sa compagnie et prenoit un plaisir singulier à le voir peindre. Il ajouta aux honneurs dont il l'avoit comblé, la dignité de chevalier de Saint-Jacques et lui fit faire à sa mort de magnifiques funérailles. Velasquez a son tombeau dans l'église de Saint-Jean de Madrid, où l'on voit son épitaphe. Dans la salle des bains au Louvre, on a placé des portraits de lui. La collection d'Orléans possédoit de cet habile maître un Moyse sauvé des eaux.
VELD, ( Jacques ) savant religieux Augustin de Bruges en Flandre, mort à Saint-Omer en 1583 ou 1588, a composé un Commentaire sur le prophète Daniel auquel il a joint une chronologie qui sert à faire entendre les prophéties de Jérémie, d'Ézéchiel et de Daniel. Cet ouvrage prouve que son auteur ne manquoit ni d'érudition ni de sagacité.
VELDE, Voyez VANDEN-VELDE.
VELEZ, Voy. GUEVARA.
VELLANO, (N°) sculpteur et architecte Italien, né à Padoue dans le 15e siècle, devint élève de Donatello de Florence; il décora le palais de Saint-Marc à Rome, fit à Pérouse la statue du pape Paul II, et à Padoue les bas-reliefs du chœur de l'église de Saint-Antoine.
VELLE, Voy. DEVELLE.
VELLEIUS-PATERCULUS, né d'une famille illustre originaire de Naples, fut tribun des soldats, puis prêteur l'année de la mort d'Auguste sous lequel il avoit servi. Il fit des campagnes dans différens pays, et suivit Tibère dans toutes ses expéditions : il fut son lieutenant en Allemagne. Nous avons de lui un Abrégé de l'histoire de la Grèce, de l'Orient, de Rome et de l'Occident. Cet ouvrage ne nous est pas parvenu tout entier. Nous n'avons qu'un fragment de l'ancienne histoire Grecque avec l'histoire Romaine, depuis la défaite de Persée jusqu'à la sixième année de Tibère. On doit regretter la perte du reste. Paterculus est exact à marquer les dates des événements. Il remonte à l'origine des villes et des nouveaux établissements. Il fait l'éloge en peu de mots des hommes célèbres dans la guerre, dans le gouvernement ou dans la littérature. Cet auteur est inimitable dans ses portraits; il peint d'un seul trait. Il a écrit avec une finesse et un agrément qu'il est difficile d'égaler. Mais on lui reproche d'avoir trop flatté *Tibère* et *Séjan* : il ne voyait en eux que les bienfaiteurs de *Paterculus*, tandis que le reste du genre humain y voyait des monstres : *Rhenanus* publia cet auteur en 1520, et depuis ce temps il y en a en grand nombre d'éditions : *Elzevir*, 1639, in-12. — *Ad usum Delphini*, 1675, in-4. — *Cum notis Varior*. Leyde, 1668, 1719, 1744, in-8. — Oxford, 1711, in-8. ( *Voyez* LACARRY.) La jolie édition de *Barbou* qui parut en 1746 in-12, est due aux soins de M. *Philippe* qui l'enrichit d'une table géographique et d'un catalogue des éditions précédentes, et d'autres ornemens littéraires. *Doujat* le traduisit en françois, avec des Supplémens qui n'ont pas satisfait les gens de goût. On préfère à sa version celle de l'abbé *Paul*, publiée à Avignon en 1768, in-8 et in-12.
VELLERON, *Voy*. CAMBIS.
VELLUTELLO, ( *Alexandre* ) naquit à Lucques vers l'an 1519 et mourut dans la même ville sur la fin du XVI$^{e}$ siècle. Il composa sur les poésies du *Dante*, des *Commentaires* dont on fait cas en Italie et qui sont utiles pour en pénétrer le sens. On les imprima avec ceux de *Christophe Landini* à Venise, in-folio, en 1578. Il lui ensuite les ouvrages de *Pétrarque* et tout ce qu'on avait écrit sur cet auteur célèbre. Il crut que le comté d'Avignon lui fournirait des mémoires pour éclaircir l'histoire de sa vie et de ses ouvrages. C'est sur des recherches superficielles et sur des ouï-dire, qu'il composa la vie de *Pétrarque* et des V E L 301 Commentaires sur ses poésies. Ils ont été imprimés plusieurs fois. *Vellutello* est fort inéxact, mais moins que ceux qui l'avoient précédé dans la même carrière. L'édition qu'on estime le plus de ses *Commentaires*, est celle de Venise, in-4$^{e}$, 1545. On lui doit quelques autres ouvrages dans le même genre.
VELLY, ( *Paul-François* ) né près de Fismes en Champagne, entra dans la Société des Jésuites, et en étant sorti onze ans après, il se livra tout entier aux recherches historiques. Son *Histoire de France*, dont il n'a pu donner que 8 vol. publiés par *Dessaint* et *Saillant*, lui assigna un rang parmi nos historiens. Il s'est principalement proposé de remarquer les commencements de certains usages, les principes de nos libertés, les vraies sources et les divers fondemens de notre droit public, l'origine des grandes dignités, l'institution des Parlemens, l'établissement des Universités, la fondation des Ordres Religieux ou Militaires; enfin, les découvertes utiles à la société. Son style, sans être d'une force et d'une élégance à se faire remarquer, est en général aisé, simple, naturel et assez correct. Il respire un air de candeur et de vérité qui plaît dans le genre historique. L'auteur commença à écrire dans le temps où l'on exigeait du Clergé la déclaration de ses biens. « Il nous semble, dit *Palissot*, qu'entraîné par les circonstances, l'abbé *Velly* dissimule souvent les privilèges de ce corps avec une affectation trop marquée, et qu'en général il ne laisse échapper aucune occasion de leur porter quelque atteinte. Il étoit cependant trop éclairé, pour ne pas sentir que ces anciens privilèges des grands corps dont l'origine se confond avec la monarchie, doivent être d'autant plus respectés, qu'ils sont en quelque sorte le dernier asile de nos libertés mourantes. » Un autre reproche qu'on peut lui faire, c'est d'avoir souvent copié l'Essai sur l'Histoire générale de Voltaire, non-seulement sans le citer, mais sans le soumettre, avant que de se servir de ce qu'il en empruntait, à une critique exacte et judicieuse. L'abbé Nonotte dit que l'abbé Velly écrivit une fois à ce poète historien, pour savoir en quel endroit il avoit puisé une anecdote curieuse, mais hasardée. — Qu'importe, lui répondit VOLTAIRE, que l'anecdote soit vraie ou fausse ? Quand on écrit pour amuser le Public, faut-il être si scrupuleux à ne dire que la vérité ? Cette réponse citée par l'abbé Nonotte, est assez conforme à la façon dont Voltaire a rendu certains faits. Ce poète a prouvé cependant qu'il n'avoit jamais eu aucune correspondance ni directe ni indirecte avec l'abbé Velly. Mais si cet historien n'avoit pas reçu de ses lettres, il avoit beaucoup lu ses livres, et ils l'ont quelquefois égaré. Villaret a continué avec succès l'ouvrage de l'abbé Velly jusqu'au seizième volume : (Voy. VILLARET.) L'abbé Velly mourut d'un coup de sang le 4 septembre 1759, à 48 ans. C'étoit un homme réglé dans sa conduite, sincère et solide dans l'amitié, ferme dans les vrais principes de la religion et de la morale, aimable dans le commerce de la vie. Il étoit même d'une gaieté singulière, présent que la nature fait rarement : il rioit presque toujours et de bon cœur. Cet écrivain s'étoit annoncé dans la littérature par une Traduction françoise de la Satire du docteur Swift, intitulée : John Bull ou le Procès sans fin, in-12. Elle roule sur la guerre terminée par le traité d'Utrecht.
VELSEN, (Gérard) Voyez FLORENT V comte de Hollande, n.º I.
VELSER, (Marc) Voyez WELSER.
VELTHUYSEN, (Lambert) Velthuysius, né à Utrecht en 1622, se fit recevoir docteur en médecine ; mais il n'exerça jamais cette profession. Livré à l'étude de la philosophie et de la théologie, il défendit avec zèle les opinions de Descartes contre Voëtius, ridicule ennemi de ce grand philosophe. Velthuysen fut pendant quelques années dans la magistrature d'Utrecht ; mais la chaleur avec laquelle il défendit les droits des magistrats aux assemblées ecclésiastiques, lui fit des ennemis qui trouvèrent le moyen de le déposséder. Il vécut depuis dans la retraite jusqu'à sa mort, arrivée en 1685, à 63 ans. Ses ouvrages ont été réunis en 2 vol. in-4.º Le premier contient plusieurs Traités théologiques ; le second volume renferme différens écrits de philosophie, d'astronomie, de physique et de médecine.
VENANCE-FORTUNAT, (Venantius Honorius Clementianus Fortunatus) évêque de Poitiers, étoit né en Italie près de Tréviso. C'étoit un homme d'un esprit vif, d'une politesse agréable, d'un caractère doux et d'une piété qui n'avoit rien de rebutant. Après avoir étudié à Ravenne, il alla à Tours. Ses talens et ses vertus le lièrent d'une étroite amitié avec Grégoire évêque de cette ville. La reine Radegonde l'ayant pris à son service en qualité de secrétaire, il donna des préceptes de politique à Sigebert qui en faisoit beaucoup de cas. Fortunat finit saintement ses jours vers 609, et l'on célèbre sa fête à Poitiers le 14 décembre. Nous ne parlerons pas des indignes soupçons que la méchanceté forma dans le temps au sujet de ses liaisons avec Radegonde. Baillet n'en fait mention dans la Vie de cette Sainte, que comme de bruits répandus par les ministres de Satan. Les monumens de la liaison de Fortunat avec Radegonde subsistent dans ses poésies. Il faut être bien injuste pour y voir autre chose que les preuves d'une société vertueuse et aimable, dont la religion et une confiance entière faisoient le lien. Radegonde faisoit de petits présens à Fortunat; il lui en envoyoit de son côté: c'étoit des fleurs, des fruits, du lait, de la crème, des pruneaux, des marrons. Ces présens qui font honneur à la frugalité Chrétienne de ce temps-là, étoient accompagnés par Fortunat de petites pièces de vers. Agnès abbesse de Sainte-Croix, monastère dans lequel Radegonde s'étoit retirée, entroit presque toujours dans ces amusemens. Fortunat avoit quelquefois l'honneur de manger avec la princesse et l'abbesse, qui avoient l'une et l'autre de l'esprit: elles l'engageoient à composer quelques petites Pièces, des Impromptu dont il reste quelques-uns dans les écrits du poète. Prétendre autoriser les bruits que la malignité inventa dans le temps sur les pensées ingénieuses, sur les expressions vives et recherchées de deux ou trois pièces qu'on peut regarder comme de très-jolis Madrigaux, c'est ignorer, dit M. du Radier, jusqu'où la sécurité de l'Innocence peut aller. D'ailleurs ces pièces sont accompagnées de beaucoup d'autres, où respirent le Christianisme le plus pur et la piété la plus consommée. Ajoutons que le mot d'Amor qu'emploie quelquefois Fortunat, offre un tout autre sens en françois qu'en latin, où cette expression ne désigne que l'amitié et la charité chrétienne. On a de lui un Poème en quatre livres de la Vie de St. Martin, et d'autres ouvrages que le Père Brower publia en 1616, in-4.º Venance-Fortunat dit qu'il composa ce poème, (qu'on trouve aussi dans le Corpus Poëtarum) pour remercier St. Martin de ce qu'il avoit été guéri d'un mal d'yeux par son intercession. Quoi-que cet ouvrage fasse plus d'honneur à sa piété qu'à son esprit, il y a, comme dans ses autres écrits, quelques pensées délicates et même quelques vers heureux; et dans les caractères qu'il trace, il sait dire beaucoup de choses en peu de mots. Ses Lettres en prose sont beaucoup plus obscures que ses vers. Fortunat semblable à quelques égards aux poètes de tous les temps, encensa Brunehaud et Childeric. Il seroit difficile, dit l'abbé Millot, de citer un plus grand abus de la poésie.
VENCE, (Henri-François de) prêtre, docteur de Sorbonne, prévôt de l'église primatiale de 304 V E N Nancy, conseiller d'état de Léopold duc de Lorraine et précepteur de ses enfans, se fit un nom par l'édition qu'il donna des Commentaires du P. de Carrières, à Nancy, 1738-1743. L'abbé de Vence y ajouta six vol. d'Analyses et Dissertations sur l'ancien Testament, et 2 vol. d'une Analyse ou Explication des Pseumes. Dom Calmet estimoit beaucoup ces Dissertations. Elles sont savantes, solides et écrites avec netteté. L'auteur avoit bien médité les livres saints, et ses lumières s'étendoient à plusieurs sciences. Il mourut à Nancy le 1er novembre 1749. Rondet a inséré la plupart de ces Dissertations dans l'édition qu'il a donnée de la Bible, en latin et en françois, Avignon, 1767-1773, 17 vol. in-4°; ce qui a donné lieu de désigner quelquefois cette Bible sous le nom de la Bible de l'abbé de Vence, aujourd'hui plus connue sous le nom de Bible d'Avignon.
VENCESLAS, Voyez WENCESLAS. I. VENDÔME, (César duc de) fils de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, mort en 1665, fut gouverneur de Bretagne, chef et surintendant de la navigation. Le duché de Vendôme, ancien apanage d'une branche de la maison de Bourbon, ayant été réuni à la couronne dans la personne de Henri IV, ce prince le donna à son fils qu'il chérissoit, et comme le fruit de ses amours, et comme l'héritier de son courage. Voici la suite généalogique de la famille ducale de Vendôme. César eut trois enfans de son mariage avec la fille de Philippe-Emmanuel de Lorraine duc de Mer- cœur : I. Louis, mort en 1669, qui épousa Laure Mancini, morte en 1657, après lui avoir donné deux fils, Louis-Joseph et Philippe qui suivent, morts l'un et l'autre sans postérité. II. François duc DE BEAUFORT, dont nous avons parlé sous ce dernier mot, dans un article particulier. III. Isabelle, mariée à Charles-Amédée duc de Nemours, mort en 1664.
II. VENDÔME, (Louis-Joseph duc de) arrière-petit-fils de Henri IV, étoit fils de Louis duc de Vendôme, et de Laure Mancini nièce du cardinal Mazarin. Après la mort de son épouse il obtint la pourpre Romaine, et devint légat à latere. Louis-Joseph son fils, né le 1er juillet 1654, fit sa première campagne à dix-huit ans en Hollande, où il suivit Louis XIV en qualité de volontaire. Il se signala à la prise de Luxembourg en 1684, de Mons en 1691, de Namur l'année suivante, au combat de Steinkerque et à la bataille de la Marsaille. Après avoir passé par tous les grades comme un soldat de fortune, il parvint au généralat et fut envoyé en Catalogne, où il gagna un combat et prit Barcelone en 1697. Le roi le nomma en 1702 pour aller commander en Italie, à la place de Villeroy qui n'avoit essuyé que des échecs. Vendôme parut, et nous eûmes des avantages. Il remporta deux victoires sur les Impériaux à Santa-Vittoria et à Luzara, fit lever le blocus de Mantoue, chassa les Impériaux de Seraglio, s'avança dans le Trentin et y prit plusieurs places. La défection du duc de Savoie l'ayant obligé de marcher vers le Piémont, il se rendit maître d'Ast, de Verceil, d'Ivrée, d'Ivrée, de Verrue, après avoir défait l'arrière-garde du duc près de Turin, le 7 mai 1704. Il bat- tit le prince Eugène à Cessano en 1705, et le comte de Revent- lau à Calcinito en 1706. Il étoit sur le point de se rendre maître de Turin, lorsqu'on l'envoya en Flandre pour réparer les pertes de Villeroy. Après avoir tenté vainement de rétablir les affai- res, il passa en Espagne, et y porta son courage et son bonheur. Les grands délibérèrent sur le rang qu'ils lui donneroient. Tout rang m'est bon, leur dit-il : je ne viens pas vous disputer le pas, je viens sauver votre Roi. Il le sauva effectivement. Philippe V n'avoit plus ni troupes ni gé- néral : la présence de Vendôme lui valut une armée : son nom seul lui attira une foule de volon- taires. On n'avoit point d'argent ; les communautés des villes, des villages, des religieux, en four- nirent. Un esprit d'enthousiasme saisit la nation. Le Vendôme profitant de l'Extrême, poursuit les ennemis, même le roi à Madrid, obligeait vain- quants de se retirer vers le Por- tugal, passe le Tage à la nage, fait prisonnier Stanhope avec cinq mille Anglois, atteint le gé- néral Stahremberg, et le lende- main (10 décembre 1710) rem- porte sur lui la célèbre victoire de Villaviciosa. Cette journée af- fermit pour jamais la couronne d'Espagne sur la tête de Phi- lippe V. On prétend qu'après la bataille, ce roi n'ayant point de lit, le duc de Vendôme lui dit : Je vais vous faire donner le plus beau lit sur lequel jamais Sou- verain ait couché ; et il fit faire un matelas des étendards et des drapeaux pris sur les ennemis. Vendôme eut, pour prix de ses victoires, les honneurs de prince du Sang. Philippe V lui dit : Je vous dois la couronne !... Ven- dôme qui avoit des jaloux, quoi- qu'il ne méritât que des amis, lui répondit : Votre Majesté a vaincu ses ennemis, j'ai vaincu les miens... Louis XIV s'écria en apprenant la nouvelle de cette victoire : Voilà ce que c'est qu'un homme de plus ! Il écrivit tout de suite au général victorieux, une lettre remplie des expres- sions les plus honorables. Un officier général eut la lâche im- prudence de dire que de tels ser- vices doivent être récompensés d'une autre manière. Vous vous trompez, réplique vivement VEN- DÔME, les hommes comme moi ne se payent qu'en paroles et en papiers. Philippe V combla Ven- dôme des marques de sa recon- noissance. Il le déclara premier prince de son Sang, et préleva 500 mille livres sur ses trésors arrivés récemment de l'Améri- que, pour les lui offrir. SIRE, dit VENDÔME, je suis sensible à votre générosité ; mais je vous sup- plie de faire distribuer cet or à ces braves Espagnols dont la va- leur vous a conservé en un jour tant de royaumes. Philippe le traita en ami. Il lui parloit de même. Il lui disoit un jour : Il est surprenant qu'étant le fils d'un père dont le genie étoit borné, vous ayez d'aussi grands talens militaires. — Mon esprit, ré- pondit VENDÔME, vient de plus loin. Il vouloit dire de Henri IV. Ce grand général continuoit de chasser les Impériaux de plusieurs postes qu'ils occupoient encore en Catalogne, lorsqu'il mourut le 11 juin 1712, à Tignaros, d'une indigestion, à 58 ans. Phi- lippe V voulut que la nation Espagnole prit le deuil : distinction qui étoit encore au-dessous de ce qu'il méritoit. Il fut enterré au monastère de l'Escurial, dans le tombeau des infans et infantes d'Espagne. Le duc de Vendôme, arrière-petit-fils de Henri IV, étoit, dit l'auteur du Siècle de Louis XIV, intrépide comme lui, doux, bienfaisant, sans faste ; ne connoissant ni la haine, ni l'envie, ni la vengeance. Il n'étoit fier qu'avec des princes ; il se rendoit l'égal de tout le reste. Père des soldats, ils auroient donné leur vie pour le tirer d'un mauvais pas, lorsque son génie ardent l'y précipitoit. A Cassano, ayant remarqué un soldat d'une bravoure extraordinaire, il fut après le combat le trouver dans sa tente et lui donna cinquante louis. Il ne méditoit point ses desseins avec assez de profondeur, il négligeoit trop les détails, et laissoit périr la discipline militaire. Il comptoit trop peut-être sur cette voix secrète qui nous avertit souvent à propos de ce que nous devons faire ou tenter. Il disoit plaisamment, que dans la marche des armées il avoit souvent examiné les querelles entre les mulets et les muletiers, et qu'à la honte de l'humanité la raison étoit presque toujours du côté des mulets. Sa mollesse le mit plus d'une fois en danger d'être enlevé ; mais un jour d'action il réparoit tout par une présence d'esprit et par des lumières que le péril rendoit plus vives. Ce désordre et cette négligence qu'il portoit dans les armées, il l'avoit à un excès surprenant dans sa maison et sur sa personne même. A force de haïr le faste, il en vint à une mal- propreté cynique dont il n'y a point d'exemple. Tous ses gens étoient en possession de le voler. Il répondit à un de ses domestiques fidelles qui lui dénonçoit les friponneries d'un de ses camarades : Eh bien ! laisse-le faire, et vole-moi comme lui. Son désintéressement, la plus noble des vertus, devint en lui un défaut qui lui fit perdre par son dérangement beaucoup plus qu'il n'eût dépensé en bienfaits. Cependant il fut bienfaisant. La Provence dont il obtint le gouvernement, lui offrit une bourse de mille louis. Non, dit-il, les Gouverneurs sont faits pour représenter aux Rois la misère des peuples. Je ne puis accepter un présent qui, quoique volontaire, seroit onereux au pays. Le maréchal de Villars auquel on fit la même offre, ne jugea pas à propos de la refuser ; et lorsqu'on lui rappela la générosité de Vendôme dans la même occasion. Ah ! dit-il, M. DE VENDÔME étoit un homme indolable. Le duc de Vendôme avait épousé en 1710 une des filles de prince de Condé dont il n'eut point d'enfants, et qui mourut en 1718. Le chevalier de Bellerive a donné l'Histoire de ses Campagnes, Paris, 1714, in-12.
III. VENDOME, (Philippe de) grand-prieur de France et frère du précédent, naquit à Paris le 23 août 1655. Il se signala d'abord sous le duc de Beaufort son oncle, qu'il accompagna à son expédition de Candie. Il suivit ensuite Louis XIV, en 1672, à la conquête de la Hollande, et se distingua au passage du Rhin, aux sièges de Maestricht, de Valencienne et de V E N 307 Cambrai, à la bataille de Fleurus, à celle de la Marseille où il fut blessé, et en plusieurs autres occasions. Elevé au poste de lieutenant général en 1693, il eut en 1695 le commandement de la Provence, à la place du duc de Vendôme son frère qui passait en Catalogne. Il le suivit quelque temps après, et il se montra un héros au siège de Barcelone en 1697, et à la défaite de Dom François de Velasco vice-roi de Catalogne. Dans la guerre de la succession il fut envoyé en Italie où il prit plusieurs places sur les Impériaux; mais après la bataille de Cassano, donnée le 16 août 1705, où il ne s'étoit point trouvé par un défaut de conduite, il fut disgracié. Il se retira à Rome après avoir remis la plupart de ses nombreux bénéfices. Le roi lui assigna une pension de 24000 livres. Après un voyage à Venise, il revint en France par les terres des Grisons. Thomas Masner conseiller de Coire le fit arrêter le 28 octobre 1710, (en représailles, disoit-il, de ce que son fils étoit retenu prisonnier en France,) et le fit passer sur les terres de l'empereur. L'ambassadeur de France en Suisse se plaignit de cette insulte faite par un particulier à un prince du Sang. Les Grisons firent le procès à Masner qui s'étoit sauvé en Allemagne; et ils le condamnèrent à mort par contumace en 1712. Le grand-prieur élargi revint en France et s'y livra à tous les plaisirs; il aimoit sur-tout ceux de l'esprit; et sa cour étoit composée de ce qu'il y avoit de plus délicat et de plus ingénieux à Paris. (Voy. CAMPISERON, CHAU-LEEU, PALAPRAT.) Les Turcs ayant menacé Malte en 1715; il vola à son secours et fut nommé généralissime des troupes de la Religion. Mais le siège de cette isle n'ayant pas eu lieu, il revint en France au mois d'octobre de la même année. Il se démit du grand-prieuré en 1719, prit le titre de Prieur de Vendôme, et mourut à Paris le 24 janvier 1727, à 72 ans. Les deux frères se ressembloient parfaitement dans leurs vertus et dans leurs défauts. En peignant l'un nous avons tracé le portrait de l'autre. En lui finit la postérité des ducs de Vendôme, descendans de Henri IV.
VENDOME, Voy. I. GEOP-ROI et MATTHIEU, n.º III. I. VENEL, (Magdeleine de Gaillard de) sœur de Gaillard de Lonjumeau évêque d'Apt, d'une ancienne famille de Provence, (Voyez GAILLARD) naquit à Marseille le 24 janvier 1620. Elle épousa à l'âge de 16 ans, Venel d'abord conseiller au parlement de Provence, ensuite maître des requêtes du palais de la reine et conseiller d'état. Ayant mérité la confiance d'Anne d'Autriche, cette princesse lui fit, en 1648, don des Glacières de Provence qui appartenoient au domaine, et lui accorda le privilège exclusif de faire débiter la glace par bureau dans toute cette province; ce qui lui voloit 20,000 livres de rente. Elle eut beaucoup de part à la rupture de Louis XIV avec Mlle Mancini qu'elle conduisit à Rome lorsqu'elle eut épousé le connétable Colonne. Elle devint ensuite dame de la reine et sous-gouvernante des ducs de Bourgogne, de Berri et d'Anjou. Elle mourut au château de Versailles le 24 novembre 1687, à 67 ans. C'étoit une femme à un caractère ferme, pleine d'esprit, de jugement et de vertu. — II. VENEL: (Gabriel-François) né à Pézenas en 1723, se distingua dans la profession de médecin et emporta au concours en 1758 une chaire de médecine à Montpellier. Dès 1753 il avoit été nommé inspecteur général des eaux minérales de France. Il travailla pendant plusieurs années à l'analyse de ces eaux avec M. Bayen artiste célèbre qui fut chargé de la partie manuelle des opérations. Venel prouva par son travail qui exigea beaucoup de courses, qu'il étoit habile observateur et chimiste éclairé. Il se préparoit à faire de nouveaux voyages pour continuer ses observations, lorsqu'il mourut à Montpellier en 1776, à 53 ans. On a de lui : I. Examen des Eaux minérales de Passi, Paris, 1755. II. Instructions sur l'usage de la Houille, Avignon, 1775, gros vol. in-8°, avec figures. Les états de la province de Languedoc l'avoient chargé d'examiner la nature, les propriétés et les usages de la houille ; ce Livre contient le résultat de ses opérations : il y prouve que la houille ne nuit pas à la santé, conformément à l'expérience de ceux qui en font un usage constant. III. Analyse des Eaux de Seltz, dans les Mémoires de l'académie des Sciences. IV. Aquarum Galliæ mineralium Analysis, manuscrit, en 2 vol. in-4° : c'est le fruit de ses recherches et de ses courses. V. Une Matière médicinale, en 2 vol. in-8° : ouvrage post- hume. VI. Les articles qu'il a fournis sur cette science, aux éditeurs de l'Encyclopédie, sont nombreux et en général fort bien faits ; mais l'auteur ne se défendoit pas assez de l'esprit systématique. C'étoit un homme d'une imagination vive, qui avoit des vues nouvelles et le coup d'œil prompt, mais pas toujours sûr. Il s'éleva plusieurs fois et avec raison, contre l'assemblage informe de remèdes qu'ont formé plusieurs pharmacopoles : assemblage qui empêche de constater la vertu de chacun en particulier. Il comparoit les médecins entichés de cette Poly-Pharmacie, à Arlequin ordonnant une charretée de foin à un malade, « dans l'espérance que sur la grande quantité des herbes qui la composent, il s'en trouvera quelqu'une appropriée à la maladie. » Voy. son Eloge Historique, Grenoble, 1777, in-8°
VENERONI, (Jean) né à Verdun, s'appeloit Vigneron : mais comme il avoit étudié l'italien et qu'il vouloit en donner des leçons à Paris, il se dit Florentin et il italianisa son nom. La clarté de ses principes lui procura beaucoup d'écoliers. Il est un des auteurs qui ont le plus contribué dans le 17e siècle, à répandre en France le goût de la littérature italienne. Ses ouvrages sont : I. Methode pour apprendre l'Italien, Paris, 1770, in-12. Cette Grammaire dont on a fait plusieurs éditions en différens formats, est claire, mais un peu prolixe. On prétend que ce livre n'est point de lui, mais du fameux Roselli dont on a imprimé les Aventures en forme de roman. A son passage en France, il alla prendre un diner chez Veneroni, qui ayant vu qu'il raisonnoit juste sur la langue italienne, l'engagea à faire une Grammaire, pour laquelle il lui donna cent francs. Veneroni ne fit qu'y ajouter quelque chose à son gré et la donna sous son nom. II. Dictionnaire Italien-François et François-Italien, 1768, in-4°. Il a été effacé par celui de M. l'abbé Alberti qui est à la fois plus clair et plus abondant. III. Fables choisies, avec la Traduction italienne de cet auteur. On en a une édition avec une Version allemande et des figures, Augsbourg, 1709, in-4°. IV. Lettres de Loredano, traduites en françois. V. Lettres du Cardinal BENTIVOLIO, traduites de même. Son style est plus facile que pur. I. VENETTE, (Jean Fillions de) né à Compiegne en Beauvois, fut Carme de la place Maubert à Paris, et publia vers l'an 1340, un Poème de quarante mille vers, intitulé : le Roman des trois Maries. Il a été imprimé en 1473, in-4°, et est devenu très-rare. Il commence avec l'origine du monde, et finit à la mort de la Vierge. C'est la production la plus singulière de ce siècle d'ignorance et de mauvais goût. — Un autre VENETTE, cité par la Curne de Sainte-Palaye, a été l'un des continuteurs de la Chronique de Guillaume de Nangis.
II. VENETTE, (Nicolas) docteur en médecine, né en 1633, mourut en 1698, âgé de 65 ans, à la Rochelle sa patrie. Il avoit étudié à Paris sous Gui Patin et Pierre Petit; et après avoir voyagé en Italie et en Portugal, il s'étoit retiré dans son pays natal, où il se consacra tout entier à l'exercice de la médecine. On a de lui divers ouvrages : I. Traité du Scorbut, la Rochelle, 1671, in-12, II. Traité des Pierres qui s'engendrent dans le corps humain, Amsterdam, 1701, in-12. III. Tableau de l'Amour Conjugal, etc. 2 vol. in-12, avec figures. Cet ouvrage est celui qui a donné le plus de renommée à son auteur; mais la lecture en est dangereuse pour les jeunes personnes, parce qu'il est rempli d'histoires indécentes, propres à porter la corruption dans les cœurs des jeunes gens. L'auteur s'étoit caché sous le nom de Salonici dans la première édition, et eût bien fait de cacher son ouvrage avec son nom. Un auteur moderne l'a pillé pour en faire un réchauffé qui ne vaut pas mieux. IV. Traité du Rossignol, Paris, 1697, in-12. Venette aimoit les matières singulières, et avoit des connaissances variées.
VENIERO, (Dominique) noble Vénitien, mort en 1581, se distingua parmi les poètes Italiens de son temps. Ses poésies ont été d'abord imprimées dans les Recueils de Dolce et de Ruscelli, et depuis à Bergame en 1750, in-8°, avec celles de Louis et Maffée Veniere ses neveux. Dominique étoit frère de Jérôme, François et Louis, connus ainsi que lui par divers ouvrages en prose et en vers. Louis déshonora sa plume par un Poème d'une licence effrénée, en trois chants, intitulé : La Puttana errante; à la suite duquel en est un autre non moins obscène, en un seul chant, qui a pour titre : Il Trent'uno; le tout imprimé à Venise en 1531. 310 VEN in-8.º Ces deux productions infames ont été mal-à-propos attribuées à l'Aretin par quelques bibliographes; et calomnieusement à *Maffée Veniero* archevêque de Corfou fils de ce même *Louis*, par un éditeur Protestant qui les fit imprimer à Lucerne en 1651: imputation aisée à détruire, car ce prélat n'étoit pas encore né en 1581, lorsque son père les mit au jour. *Louis Veniero* mourut en 1550.
VENIUS, (Othon) peintre de Leyde, naquit en 1556. Il fut envoyé à Rome avec des lettres de recommandation qui le firent bien accueillir. Il travailla dans cette ville sous *Frédéric Zuccharo*, et consulta l'antique et les tableaux des excellens peintres modernes, pendant sept ans qu'il demeura en Italie, où il fit plusieurs beaux ouvrages. L'empereur, le duc de Bavière et l'électeur de Cologne occupèrent ensuite tour-à-tour son pinceau. *Venius* s'étant retiré à Anvers, orna les églises de cette ville de plusieurs magnifiques tableaux. Enfin, ce peintre fut appelé par l'archiduc *Albert* à Bruxelles, et nommé intendant de la monnoie. *Louis XIII* roi de France voulut l'avoir à son service; mais l'amour de son pays lui fit refuser les offres de ce monarque. *Venius* avoit une grande intelligence du clair-obscur; il mettoit beaucoup de correction dans son dessin, et jetoit bien ses draperies; ses figures ont une belle expression; il est gracieux dans ses airs de tête: enfin l'on remarque dans ses tableaux une veine facile et abondante, réglée par un jugement sain et éclairé. On estime singulièrement son *Triomphe de Bacchus*, et la *Cène* qu'il peignit pour la cathédrale d'Anvers. *Venius* mourut à Bruxelles en 1634, laissant deux filles qui ont aussi excellé dans la peinture. Il a illustré sa plume aussi bien que son pinceau, par divers *Écrits* qu'il a enrichis de figures et de portraits dessinés par lui-même. Ses ouvrages sont: I. *Bellum Batavicum cum Romanis*, ex *Cornelio Tacito*, 1612, in-4°, avec 36 figures gravées par *Tempesta*. II. *Historia Hispanica Septem infantum Larae, cum iconibus. Lara* est le nom d'une illustre famille d'Espagne. III. *Conclusiones Physicae et Theologicae, notis et figuris dispositae*, Leyde. IV. *Horatii Flacci emblemata, cum notis*, 1607, in-4°, réimprimés à Bruxelles chez *Foppens* en 1683, avec des notes en latin, italien, françois et flamand. Cet ouvrage a encore été imprimé à Paris en 1646, sous le titre d'*Instruction et devoirs d'un jeune Prince*, et dédié à *Louis XIV* encore jeune, par *Tancrède de Gomberville*: ce plagiat n'ayant pas d'abord été découvert, l'éditeur reçut un beau présent. V. *Amorum emblemata*, 1608, in-4°. VI. *Vita S. Thomae Aquinatis*, 32 *iconibus illustrata*. VII. *Amoris divini emblemata*, 1615, in-4°. VIII. *Emblemata ducenta*, Bruxelles, 1624, in-4°. Le célèbre *Rubens* fut son élève. *Gilbert* et *Pierre VENIUS* ses frères s'appliquèrent, l'un à la gravure, l'autre à la peinture, et s'y distinguèrent.
VENTADOUR, *Voyez* MOTHE-HOUDANCOURT, et V. ROMAN.
VEN-TI, empereur de la Chine, étudia l'astronomie, et prédit les éclipses qu'il fit regarder comme des présages de malheur. On conserve de cet empereur une déclaration dans laquelle il reconnoit que le ciel annonce sa vengeance par l'interruption de la lumière des astres. Il ordonne en conséquence qu'on l'avertisse de toutes les fautes qu'il peut commettre, afin qu'en les évitant les astres ne souffrent aucune éclipse.
VENTIDIUS-BASSUS, Romain de basse naissance, fut d'abord mulotier. Il se retira de l'obscurité par son courage. Il brilla tellement sous Jules-César et sous Marc-Antoine, qu'il devint tribun du peuple, prêteur, pontife, et enfin consul. Il vainquit les Parthes en trois grandes batailles, et en triompha l'an 38 avant Jésus-Christ. Sa mort fut un deuil pour Rome, et ses funérailles furent faites aux dépens du public.
VENTIMIGLIA, (Marianus) Carme, de Naples, se distingua dans son ordre par ses vertus et sa science, et devint prieur général le 29 mai 1762. On a de lui: Historia Chronologica Priorum Generalium ordinis B. Mariae de Monte Carmelo, Naples, 1773, in-4°, avec figures. L'auteur y donne un Abrégé de la vie de chaque général de son ordre, depuis St. Berthold fondateur de l'ordre vers 1145, et un Précis des choses mémorables arrivées sous leur gouvernement. Il y règne beaucoup d'érudition; le style en est net et coulant. L'auteur mourut peu après la publication de cet ouvrage. V E N jii
VENTKLER, (Michel) célèbre imprimeur du 16e siècle, publia sept éditions depuis 1477 jusqu'en 1486. La dernière est Gasparini Pergamensis epistolae, in-4°, sans date, ni nom d'imprimeur.
VENTURA, (Dom) professeur d'architecture et directeur de l'École à Madrid, est mort en 1786. Il réunis soit les connaissances d'un savant aux talens d'un artiste, et a contribué beaucoup à faire fleurir l'architecture en Espagne.
VÉNUS, (Mythol.) déesse de l'Amour, des Graces et de la Beauté. Le Paganisme n'ayant point été renfermé dans une seule contrée, il n'est pas étonnant qu'il se trouve tant de variété touchant le nom, l'origine et l'histoire de cette divinité. Partout on reconnoissoit une divinité qui présidait à la propriété qu'ont presque tous les êtres, animaux, plantes, de reproduire leurs semblables. Mais les Latins l'appeloient Vénus et les Grecs Aphrodite. Ici, elle étoit née de l'écume de la mer; ailleurs, elle étoit fille de Jupiter et de Dioné. Il est même arrivé que les histoires que l'on publiait de la Vénus d'un pays, ont été attribuées aussi dans la suite à la divinité à qui on donnait ailleurs les mêmes fonctions. Cicéron (au 3e livre de la Divinité des Dieux) dit que la Vénus la plus ancienne étoit fille du Ciel et de la déesse du Jour; CŒLO ET DIE NATA, « Il y a, dit-il, en Elide un temple de cette Vénus. La seconde Vénus, poursuit-il, a été formée de l'écume de la mer; c'est d'elle et de Mercure qu'on dit que 312 V E N le second Cupidon est né. La troisième est née de Jupiter et de Dioné : c'est elle qui fut la femme de Vulcain ; et c'est d'elle et de Mars qu'est né Antéros. La quatrième Vénus est fille de la déesse Syrie et de Tyrus ; elle est appelée Astarté : c'est elle qui épousa Adonis... Il y avoit aussi une Vénus céleste, déesse de l'amour pur ; et une Vénus qu'on appelait Vénus populaire, déesse de l'amour charnel ; et enfin Vénus Apostrophia, d'un mot grec qui signifie détourner, parce qu'elle détournoit les cœurs de toute impureté. La Vénus née de la mer est appellée Vénus Marine. Hésiode dit qu'elle fut produite par le sang qui découla de la plaie que Saturne fit à son père Cælus en le frappant avec sa faux, et que ce sang mêlé avec l'écume de la mer forma cette déesse qui parut aussitôt sur une conque marine avec tout l'éclat de la beauté. C'est de l'écume de la mer que les Grecs l'appelèrent Aphrodite. Dès qu'elle fut descendue à terre, les fleurs naquirent sous ses pas, les Amours voltigèrent autour d'elle, et les Zéphyrs par leurs douces haleines rafraîchissoient l'air qu'elle respiroit. Dès qu'elle eut vu le jour, les Heures l'emportèrent avec pompe dans le ciel, où tous les dieux la trouvèrent si belle qu'ils la nommèrent Déesse de l'Amour. Vulcain l'épousa, parce qu'il avoit forgé des foudres à Jupiter contre les Géans. Cette déesse ne pouvant souffrir son mari qui étoit d'une laideur horrible, eut une infinité de courtisans, entr'autres Mercure, Mars, etc. Vulcain l'ayant surprise avec ce dernier, entoura l'endroit d'une petite grille impe, cep- tible et appela ensuite tous les dieux qui se moquèrent de lui. Elle en eut Cupidon et aima dans la suite Adonis. Elle épousa aussi Anchise prince Troyen, dont elle eut Enée pour qui elle fit faire des armes par Vulcain, lorsque ce prince alloit fonder un nouvel empire en Italie. Cette déesse avoit une ceinture qui inspiroit si infailliblement de la tendresse, que Junon la lui emprunta pour se faire aimer de Jupiter. Vénus étoit toujours accompagnée des graces, des ris, des jeux, des plaisirs et des attraits. Paris, devant qui elle se montra dans toute sa beauté, lui donna la pomme que Junon et Pallas disputoient avec elle, et que la Discorde avoit jetée sur la table aux noces de Thétis et de Pélée. Elle présidait à tous les plaisirs, et ses fêtes se célébroient par toutes sortes de débauches. On lui bâtit des temples par-tout. Les plus célèbres étoient ceux d'Amathonte, de Lesbos, de Paphos, de Gnide, de Cythère et de Chypre. Elle voulut que la colombe lui fût consacrée. (Voy. PERISTÈRE.) On la représente ordinairement avec Cupidon son fils, sur un char traîné par des pigeons ou par des cygnes ou des moineaux, et quelquefois montée sur un bouc. Ciceron prétend dans son Traité de la nature des Dieux, que le mot de Vénus est dérivé de Venire, parce que la déesse des Graces va à tout le monde. Cette étymologie paroît un peu forcée. On a donné le nom de Vénus à l'une des trois planètes inférieures désignée communément par l'étoile du matin ou l'étoile du soir ou du berger. Les Romains l'appeloient Lucifer lorsqu'elle précédoit le soleil, et Hesperus ou Vesper lorsqu'elle le suivait. La statue appelée la Vénus de Médicis, l'un des plus beaux ouvrages sortis des mains de l'art, fut embarquée à Palerme dans le courant de l'an 10 pour être transportée en France.
VENUSIUS, Voyez CARTIS-MANDA.
VÉNUSTI, (Marcel) peintre, né à Mantoue, fut élève de Perrin del Vaga et ami de Michel-Auge. Il copia pour le duc de Parme le beau tableau du Jugement dernier par celui-ci. Vénusti étoit habile dans le dessin et le coloris, et très-laborieux. On trouve beaucoup de ses ouvrages en Espagne et à Rome où il mourut vers la fin du 16e siècle. I. VÉNUTI, (Rudolfino) garde du cabinet des Antiques du Vatican, mort en 1762, étoit profondément versé dans les connaissances relatives aux médailles et aux monumens anciens. On a de lui : I. Antiqua numismata maximi moduli, Rome, 1739, 2 vol. in-fol., figures. C'est une savante notice des médailles transportées du cabinet du cardinal Albani dans la bibliothèque du Vatican. II. Collectanea Antiquitatum Romanarum, Rome, 1736, in-folio, fig. III. Numismata Imperatorum prestantiora à Martino V ad Benedictum XIV, Rome, 1744, in-4°
II. VÉNUTI, (l'abbé Philippe) fut envoyé en France par les chanoines de Saint-Jean de Latran, pour administrer les revenus de l'abbaye de Clérac donnée par Henri IV à ce chapitre. Il y plut par ses manières V E R 313 caressantes, son honnêteté, son esprit, et fut très-lié avec le président de Montesquieu. Quoiqu'il ne fût pas un poète bien distingué, il a traduit en vers italiens le Télémaque, 2 vol. in-4°; le poème de la Religion de Racine; et la Didon de Pompignan.
VERAN, Voyez SALONIUS.
VERARDO, (Charles) né à Césène dans la Romagne en 1440, mort le 13 décembre 1500, à 60 ans, fut camérier et secrétaire des Brefs des papes Paul II, Sixte IV, Innocent VIII et Alexandre VI. On a de lui un ouvrage singulier, intitulé : Historia Caroli VERARDI de urbe Granata, singulari virtute, felicibusque auspiciis Ferdinandi et Elizabeth Regis et Reginæ expugnata, Romæ, 1493, in-4°, avec des figures assez belles. Cette histoire en forme de drame, est dans un goût burlesque; ainsi elle mérite peu d'attention.
VERAZZANI, (Jean) gentilhomme Florentin, étoit au service de François I lorsqu'il découvrit en 1524 la Nouvelle France dans l'Amérique septentrionale. Il visita et examina soigneusement les côtes de cet immense pays, parvint jusqu'à Terre-Neuve et envoya au roi une relation détaillée de ses découvertes. On la trouve dans la Collection de Ramusio et dans l'Histoire générale des Voyages. Ramusio dit dans sa Préface, que Verazzani étant descendu dans son dernier voyage sur une des côtes de l'Amérique septentrionale pour observer le local, fut tué avec sa suite par les sauvages. Ces barbares firent rôtir leurs ca- davres et les mangèrent à la vue des compagnons du célèbre navigateur qui étoient restés sur le vaisseau. Comme Ramusio ne marque point la date de ce malheureux événement, quelques historiens en doutent. On conserve à Florence, dans la bibliothèque de Strozzi, une Description cosmographique de toutes les côtes et de toutes les contrées que Verazzani avoit parcourues, et l'on y voit qu'il avoit voulu chercher par le nord un passage aux Indes orientales.
VERBRUGEN, (Gaspar-Pierre) peintre, mort à Anvers sa patrie en 1720, savoit grouper et colorier les fleurs avec beaucoup d'art; mais le goût du plaisir affoiblit son talent. Sa manière se rapproche davantage de celle de Monnoyer que de Van-Huysum. Il passa la plus grande partie de sa vie à la Haye, où la Société académique le reçut au nombre de ses membres et où il unit ses travaux à ceux de Terwesten. Celui-ci composoit des bas-reliefs que Verbrugen ornoit de fruits et de fleurs.
VERCINGETORIX, célèbre général Gaulois, fut d'abord proclamé roi des Arverniens, ensuite généralissime de la ligue formée contre César dans les Gaules, l'an 53 avant J. C. Quoique fort jeune encore, son activité, sa valeur et sa prudence le rendoient digne du commandement. Mais il s'écarta malheureusement du plan suivi jusqu'alors qui étoit de harceler l'armée Romaine plutôt que de la combattre. Il perdit une bataille; et s'étant enfermé dans la ville d'Alize, il fut obligé par la disette à se rendre à discrétion avec ses soldats: ils furent tous réduits en esclavage. Vercingetorix, ce brave défenseur de la liberté de son pays, fut conduit à Rome, où, après avoir orné le triomphe du vainqueur, on le jeta dans un cachot, et on le mit à mort l'an 47 avant J. C. I. VERDIER, (Antoine du) seigneur de Vauprivas, né le 11 novembre 1544 à Montbrison en Forez, mort le 25 septembre 1600, à 56 ans, fut historiographe de France et gentilhomme ordinaire du roi. Il inonda le public de compilations, dont la moins mauvaise est sa Bibliothèque des Auteurs François, quoiqu'il n'y ait pas beaucoup de critique ni d'exactitude. Elle fut imprimée pour la première fois à Lyon en 1585. Rigoley de Juvigni en a donné une nouvelle édition, ainsi que de la Bibliothèque de la Croix du Maine, à Paris, 1772 et 1773, 5 vol. in-4. Les notes du savant éditeur rectifient les erreurs de l'original et rendent ce livre nécessaire à ceux qui veulent connoître notre ancienne littérature. Je ne sais pas cependant si Rigoley n'auroit pas mieux fait de nous donner une Bibliothèque Françoise complète, que d'imprimer le fatras de du Verdier. Je dis fatras, parce qu'il a rempli son livre d'extraits longs et mal choisis des plus mauvais auteurs. Cet écrivain manquoit absolument de goût. Son style est insoutenable; outre les vices du terroir, la lecture des livres italiens et latins lui faisoit employer des mots extraordinaires qui gâtoient encore sa misérable diction françoise. Cependant il n'entendoit que médiocrement le latin, et quoiqu'il affectât des tournures et des expressions grecques, à peine connoissoit-il cette dernière langue. Ce qui a fait donner la préférence à sa *Bibliothèque* sur celle de la *Croix du Maine*, c'est, 1.º Qu'il marque plus exactement les titres des livres, et la date et le lieu des éditions. 2.º Il indique les livres anonymes, la plupart très-rares et dont plusieurs nous au- roient été inconnus sans lui: ce qui auroit peut-être été un médiocre inconvénient; car, qu'importe de savoir qu'un auteur oublié a don- né un livre qui mérite de l'être? 3.º Il donne le Catalogue des ou- vrages latins que chaque écrivain François a composés: chose à la vérité étrangère à son livre, mais qui peut avoir son utilité. — *Claude du VERDIER* fils d'*Antoine*, avocat au parlement de Paris, chercha à se procurer du pain par sa plume. Il publia plusieurs Ou- vrages mal accueillis, et il traina une vie longue et obscure, après avoir dissipé les grands biens que son père lui avoit laissés. Il mou- rut en 1649, à 80 ans; il étoit savant, mais mauvais critique.
II. VERDIER, (N...) auteur peu connu du *Roman des flo- mans*, en 7 vol. in-8º; produc- tion aussi plate qu'insipide.
III. VERDIER, (César) chi- rurgien et démonstrateur royal à Saint-Côme à Paris, étoit né à Molières près d'Avignon. Ses le- cons et ses cours d'anatomie lui attirèrent un grand nombre d'au- diteurs; et il forma de bons dis- ciples. Cet homme estimable vé- cut dans le célibat et fut toujours animé par une piété sincère et sans affectation. Plein de probité et de politesse, il cherchoit par ses égards à ne déplaire à per- sonne. Il prononçoit volontiers ce mot qui étoit comme sa de- vise: *Ami de tout le monde*; mais cette amitié générale l'empêchoit de prendre quelquefois le parti de ses amis particuliers. *Verdier* mourut à Paris le 19 mars 1759. Il est auteur d'un excellent *Abré- gé d'Anatomie*, Paris, 1770, 2 vol. in-12; et avec les Notes de *Sabatier*, 1775, 2 vol. in-8º, et des Notes sur l'*Abrégé de l'Art des Accouchemens*, composé par Mad. *Boursier du Coudray*. On a encore de lui, dans les *Mémoi- res* de l'académie de Chirurgie, des *Recherches* sur les hernies de la vessie; des *Observations* sur une plaie au ventre et sur une autre à la gorge. I. VERDUC, (Laurent) chi- rurgien juré de Saint-Côme à Paris, étoit de Toulouse. C'é- toit un homme plein de candeur et de charité. Il employa un grand nombre d'années à professer la chirurgie, et il est sorti de son école beaucoup de disciples ha- biles qui avoient profité de ses lumières et de son expérience. Ce fut en leur faveur que *Verduc* publia à Paris en 1639, son ex- cellent traité intitulé: *La Ma- nière de guérir par le moyen des bandages, les fractures et les luxations qui arrivent au corps humain*. Il y remonte jusqu'aux principes de la chirurgie et à l'his- toire des Os. Cet ouvrage a été traduit en hollandois et imprimé à Amsterdam en 1691, in-8º *Verduc* mourut à Paris en 1695.
II. VERDUC, (Jean-Bap- tiste) fils du précédent, docteur en médecine, confirma l'idée avantageuse qu'on avoit de sa science par l'ouvrage qu'il inti- tula: *Les Opérations de Chi-* 316 VER rurgie avec une Pathologie, 1739, 3 vol. in-8. Ce livre fut traduit en allemand et imprimé à Leipzig en 1712, in-4°, quoique sa Pathologie soit pleine d'hypothèses hasardées. Il avoit entrepris aussi un traité de l'Usage des Parties, dans lequel il vouloit expliquer les fonctions du corps par les principes les plus clairs. Mais étant mort sans achever ce Traité, Laurent VERDUC son frère mort en 1703, chirurgien de la Communauté de Saint-Côme, revit ce qu'il avoit fait, suppléé à tout ce qui manquoit, en fit un excellent ouvrage et le public à Paris en 1696, en 2 vol. in-12. On a de ce dernier, le Maître en Chirurgie ou la Chirurgie de Gui de Chauliac, 1704, in-12.
VERDURE, (Nicolas-Joseph de la) né à Aire, mort à Douay en 1717, à 83 ans, étoit docteur de l'université de cette ville, premier professeur en théologie et doyen de l'église de Saint-Amé. C'étoit un homme d'un savoir profond et d'un désintéressement encore plus rare. L'illustre Fénélon l'honoroit de son amitié. On a de lui un Traité de la Pénitence en latin, dont la meilleure édition est de 1698.
VERDUSSEN, (Jean-Pierre) membre de l'académie de Peinture de Marseille, mort le 31 mars 1763, a été un des plus célèbres peintres dans le genre des batailles. Ses talens l'ayant attiré à la cour du roi de Sardaigne en 1744, il accompagna ce prince dans ses campagnes d'Italie, et immortalisa la gloire qu'il s'étoit acquise à Parme et à Guastalla. Rendu à la France depuis plus de 16 ans, après avoir parcouru diverses cours de l'Europe, il se fixa à Avignon et s'y signala par de nouveaux chefs-d'œuvre. La vivacité et le moëlleux de ses dernières productions l'emportèrent sur celles dont il avoit embelli l'Italie et l'Angleterre. — Jean-Baptiste VERDUSSEN fut un bibliographe renommé qui a travaillé à l'Histoire littéraire d'Anvers, où il étoit imprimeur au milieu du 18e siècle.
VERELIUS, (Olaüs) historien Suédois, mort vers 1680, a publié : I. *Rumographia Scandica antiqua*, Upsal, 1675, in-fol. L'auteur qui avoit parcouru toute la Suède pour y découvrir les anciennes Inscriptions, avoue qu'elles ne répandent presque point de jour sur l'histoire ancienne de ces contrées. Il attribue l'invention des *Runes* ou caractères anciens du septentrion aux *Scaldes* premiers poètes Danois. Il a observé que plus les monumens sont anciens, mieux ces caractères sont gravés. On les plaçoit tantôt de gauche à droite comme l'écriture latine, tantôt de droite à gauche comme l'hébreu, tantôt perpendiculairement. *Odin*, célèbre législateur du Nord, établit ses institutions avec les runes. L'usage s'en perdit vers l'an 1000, temps où *Olaüs* roi de Suède attribuant à ces caractères la difficulté qu'éprouvoit la religion Chrétienne à pénétrer dans ses états, assembla le sénat de son royaume pour souvenir d'abolir les runes, d'y substituer les lettres latines et de brûler tous les écrits relatifs à l'idolatrie. Ainsi disparurent ces caractères septentrionaux, et ce ne fut qu'en 1598 que *Jean Buree* savant Sué- dois, les fit connoître et les étudia sur divers monumens antiques du Danemarck et de la Norwège. *Verelius* a suivi le travail commencé par *Burée* et l'a complété. *Voyez* MAGOG. II. *Historia Gothrici et Rolfonis*, *Westrogothiæ regum*, en langue gothique, avec une Traduction suédoise et des notes en latin, Upsal, 1664, in-4.º Ce célèbre commentateur a expliqué avec beaucoup d'épidition dans ces notes tout ce qui regarde la religion des anciens peuples du Nord. III. *Historia Hervarae*, en langue gothique, avec une Version latine et de longues notes, Upsal, 1671, in-fol. IV. *Supplément* à l'Histoire précédente, Upsal, 1674, in-fol., etc.
**VERELST**, (Mlle) née à Anvers vers l'année 1680, reçut une éducation brillante. Elle parloit avec facilité plusieurs langues et jouoit de divers instruments; mais ce fut sur-tout la peinture qu'elle cultiva avec plus de succès. Établie à Londres, elle a orné cette ville de ses ouvrages. Elle peignoit également bien le portrait et l'histoire, et dessinoit sur-tout avec beaucoup de correction les figures. La pureté de ses mœurs égala la beauté de son talent.
**VEREMOND**, *Voyez* BERMUDE.
**VERGÈCE**, (Ange) écrivit si supérieurement le grec que *François Ier* l'appela en France pour lui copier plusieurs livres et lui écrire sur-tout un catalogue par ordre alphabétique de 540 volumes grecs. *Henri II* employa le talent de *Vergèce* à écrire le *Cynegeticon* ou poème de la Chasse par *Oppien*, dont il fit présent à *Diane* de Poitiers. Ce beau manuscrit se trouve à la bibliothèque nationale. On dit que *Robert-Etienne* en fit imiter les caractères pour les superbes éditions qu'il publia.
**VERGENNES**, (Charles-Gravier comte de) commandeur de l'ordre du Saint-Esprit, chef du conseil royal des finances, ministre des affaires étrangères, mort à Versailles le 13 février 1787, à 68 ans, étoit d'une famille noble de Bourgogne. Sans avoir montré des talens éminens, il passoit pour honnête et grand travailleur. Son esprit actif et conciliant l'ayant fait connoître à la cour, il fut nommé en 1755 ambassadeur à Constantinople. Il trouva dans cette place importante de nombreuses difficultés à vaincre; mais il eut la gloire de les surmonter, et se concilia l'estime et la bienveillance non-seulement du roi et du grand Seigneur, mais encore des deux impératrices *Marie-Thérèse* et *Catherine II*. Il avoit le coup d'œil si juste que lorsque le duc de *Choiseul* lui écrivit pour le presser de faire déclarer la Porte contre la Russie, il lui répondit: *Je ferai armer les Turcs quand vous voudrez; mais je vous préviens qu'ils seront battus, et cette guerre aura une issue contraire à vos intentions, puisqu'elle rendra la Russie plus glorieuse et plus puissante*. Revenu à Paris, il fut envoyé en 1771 ambassadeur en Suède, et eut beaucoup de part à la révolution dont les monarques Suédois ont recueilli les fruits. Dès que *Louis XVI* fut sur le trône, il s'empressa de l'appeler auprès de lui en le plaçant en 1774 à la tête 318 VER du département des affaires étrangères, et en lui accordant la plus grande confiance pour le gouvernement intérieur du royaume. Sous son ministère, la France reprit dans les pays étrangers une considération politique d'autant plus solide, qu'elle étoit fondée sur les vertus et l'esprit de bienfaisance du comte de Vergennes. Son désir le plus vif et son zèle le plus ardent furent toujours de prévenir l'effusion du sang humain et d'accommoder les différends qui auroient pu amener la guerre. C'est à ce pacificateur des nations que l'Europe dut la paix de Teschen, celle de 1783 et l'accommodement des disputes entre l'empereur et la Hollande. C'est à lui que la France fut redevable du traité de commerce avec la Russie, fruit d'une sage politique. Celui qu'il avoit fait avec l'Angleterre et qui paroissoit d'abord si avantageux, n'a pas eu des suites aussi heureuses. Considéré comme ministre de l'intérieur du royaume, le comte de Vergennes joignit toujours à la sévérité pour lui-même de l'indulgence pour les autres; à l'opiniâtreté d'un travail souvent sec et fatigant, l'attention d'écrire de sa main des lettres pour consoler des amis ou secourir des malheureux. Donnant un accès libre et facile à tout le monde, il écoutoit favorablement tous ceux qui cherchoient à l'approcher. Il se montra toujours père tendre, bon époux, fidelle ami; et il ne chercha à se délasser de ses pénibles travaux qu'au sein d'une famille chérie ou avec des amis vertueux. Si sa vie fut à certains égards un modèle pour les hommes publics, sa mort leur offrit encore des leçons. Lorsqu'il eut reçu la Viatique, un de ses confrères s'étant approché de son lit, il lui dit: Je viens de remplir un devoir que nous devons tous remplir, mais que nous devrions répéter plus souvent. Plein du véritable esprit du christianisme, il avoit eu malgré ses talens la vertu qu'on appelle modestie dans le monde, et que la religion nomme humilite. Aussi avoit-il demandé, pour la pratiquer même après sa mort, d'être inhumé dans le cimetière de la paroisse sur laquelle il mourroit. Ses obsèques ne furent pas aussi modestes qu'il auroit voulu; une partie des ministres et des grands seigneurs de la cour assistèrent à son convoi les larmes aux yeux. Les divertissemens furent défendus à Versailles, et le roi le pleura. La France auroit partagé ses regrets, si le comte de Vergennes président du conseil des finances avoit mis plus d'ordre dans ce département. Mais les affaires étrangères et celles de l'intérieur du royaume, ne lui permirent pas de donner comme il le devoit toute son attention au trésor public, sans lequel cependant il n'y a point de bonne administration. On lui a reproché encore d'avoir fait une fortune qui prouveroit que le service du roi ne lui fut point inutile; mais ses richesses ont été un peu exagérées; et elles n'égaloient pas à beaucoup près celles de certains publicains qui en paroissant servir l'état n'ont contribué qu'à le dépouiller. On a publié l'an 10 un Mémoire historique et politique sur la Louisiane, un vol. in-80, attribué à M. de Vergennes. Il a cherché à y prouver aux Espagnols que leur intérêt bien entendu exigeoit qu'ils ren- dissent cette colonie à la France son ancienne métropole. Cet ou- vrage est divisé en trois parties; et on a mis quelque doute que la dernière fût de ce ministre. Ce mémoire sur la Louisiane est suivi de quatre autres moins con- sidérables sur la Corse, la Guyane, Saint-Domingue et l'Indostan.
VERGER DE HAURANE, (Jean du) naquit à Baïonne en 1581 d'une famille noble. Après avoir fait ses études avec le plus grand succès en France et à Louvain, il fut pourvu en 1620 de l'ab- baye de Saint-Cyran (ou plutôt St-Siran, Sirigannus, selon l'abbé Châtelain) par la résignation de Henri-Louis Châtaignier de la Roche-Posay évêque de Poi- tiers dont il étoit grand vicaire. L'abbé de Saint-Cyran s'appli- qua à la lecture des Pères et des Conciles, et crut y trouver le germe d'un nouveau système sûr la Grace qu'il s'efforça d'inspirer à Jansénius et à un grand nom- bre de théologiens. Ce système n'étoit point de lui; il croyoit pouvoir après Baïus assigner un fil dans le labyrinthe de la Toute- puissance divine et de la liberté. Après la mort de Jansénius, l'abbé de Saint-Cyran inconso- lable de la perte de son ami, tâcha de répandre sa doctrine ou plutôt ce qu'il croyoit être la doc- trine des Pères. Paris lui parut le théâtre le plus convenable à son zèle. Il y fit usage de ses ta- lens pour accréditer l'Augustin de l'évêque d'Ypres. Son air sim- ple et mortifié, ses paroles dou- ces et insinuantes, son savoir, ses vertus, lui firent beaucoup de partisans. Des prêtres, des laïques, des femmes de la ville et de la cour, des religieux et sur-tout des religieuses, adop- tèrent ses idées. Voici quelles étoient ces idées, suivant Mo- renas qui n'est que l'écho du P. d'Avrigni, d'Abelli, de Col- let, qui ont tous écrit avec trop de passion sur l'abbé de Saint-Cy- ran pour que leur témoignage ne paroisse pas suspect. « Sui- vant la déposition de l'abbé de Prières, il disoit pouvoir mar- quer clairement l'époque de la destruction de l'Église dont Dieu même étoit l'auteur. Selon lui, il étoit aussi inutile de s'accuser des péchés véniels que la pra- tique en étoit nouvelle; que c'é- toit un acte d'humilité qui pou- voit se faire à tout laïque. Il n'é- toit pas plus nécessaire de mar- quer le nombre des péchés mor- tels ou les circonstances qui mar- quent l'espèce. La Confession n'é- toit qu'une œuvre de suréroga- tion. L'absolution n'étant qu'un signe qu'ils sont pardonnés, ne remettoit point les péchés. Il exi- geoit, comme une disposition es- sentielle à la Confession, une contrition parfaite, et il vouloit que la satisfaction précédât l'ab- solution. Il trouvoit la Commu- nion beaucoup plus propre à ef- face les péchés que la Confes- sion; et l'invocation du Saint- Nom de Jésus aussi efficace pour cet effet que la Communion. De tous les Sacremens, la Confir- mation étoit celui dont il avoit la plus haute idée. Il la préféroit au Baptême, jugeoit ses effets plus vifs et plus prompts. Ce sa- crement n'exigeoit point d'autre disposition, selon lui, que le Baptême: il vouloit qu'on pût le recevoir en demandant seulement pardon à Dieu des péchés mor- tels dont on s'étoit rendu cou- pable. Il débitoit une infinité d'autres maximes qu'il croyoit également fondées sur l'antiquité; et méprisant souverainement les sentimens des théologiens qui lui étoient opposés, il disoit en savoir plus qu'eux. Il n'avoit pas plus de respect pour St. Thomas et pour le saint concile de Trente. Cependant il ne développoit ses sentimens qu'avec précaution; et pour fermer la bouche aux délateurs, il disoit qu'il nieroit tout: c'est ce que déposa l'abbé de Prières à qui il en fit confidence en 1635. Comme il exigeoit le secret de ceux à qui il parloit de vive voix, il ne le recommandoit pas moins dans ses lettres; et on le voit par quelques-unes qui sont restées. » Mais on n'y voit pas les erreurs que Morenas lui attribue ici, d'après l'odieuse déposition d'un homme qui avoit dévoilé les secrets ou les prétendus secrets qu'on lui avoit confiés. Cependant on fit passer l'abbé de Saint-Cyran pour un homme dangereux; et le cardinal de Richelieu fâché, dit-on, d'ailleurs de ce qu'il ne vouloit pas se déclarer pour la nullité du mariage de Gaston d'Orléans avec Marguerite de Lorraine, le fit renfermer en 1638. On dit que St. Vincent de Paule ne se contenta pas de partager la douleur de sa détention; ce saint prêtre interrogé par Laubardemont sur la conduite d'un homme que le cardinal premier ministre vouloit perdre, rendit un témoignage authentique à l'innocence de l'abbé de Saint-Cyran. C'est ce qu'assure D. Clémence dans son Histoire de Port-Royal, tom. 2, pag. 19; et c'est ce que nie Collet dans ses Lettres critiques, publiées sous le nom du prieur de Saint- Edme, page 23. « Il est faux, que St. Vincent ait jamais comparu devant le magistrat. J'ai une copie authentique de sa procédure; il n'y manque rien de ce qui peut être à la décharge de Saint-Cyran. Les témoignages de Mrs le Maître, Séricourt, Singlia, etc. y sont tout au long. Il ne s'y trouve pas un seul mot de Vincent de Paule. » Collet ajoute qu'il fit demander le témoignage authentique à Colbert évêque de Montpellier qui l'avoit cité le premier en 1630. Ce prélat répondit qu'il étoit à Paris. Collet le demanda à Paris; on lui dit qu'il étoit à Montpellier. Quoi qu'il en soit, Saint-Cyran sortit de prison après la mort du cardinal de Richelieu; mais il ne jouit pas long-temps de sa liberté, étant mort à Paris le 11 octobre 1643, à 62 ans. On a de lui: I. La Somme des fautes et faussées capitales contenues en la Somme Théologique du P. François Garasse. Il devoit y avoir quatre volumes; mais il n'en a paru que les deux premiers et l'abrégé du quatrième, 1626, trois vol. in-4° II. Des Lettres spirituelles, deux vol. in-4° ou in-8°; réimprimées à Lyon en 1679, en trois vol. in-12. On y ajouta un quatrième volume qui renferme plusieurs petits Traités de M. de Saint-Cyran, imprimés séparément: savoir, la Théologie familière ou Brève Explication des principaux Mystères de la Foi: les Pensées Chrétiennes sur la Pauvreté. Wallon de Beaupuis a extrait de ces Lettres les Maximes principales, qu'il a fait imprimer in-12. Arnauld d'Andilly a augmenté ce Recueil et l'a publié in-8° et in-12, sous le titre d'Instructions tirées des Lettres V E R 321 Lettres de M. de Saint-Cyran. III. Apologie pour M. de la Roche-Posay contre ceux qui disent qu'il n'est pas permis aux Ecclésiastiques d'avoir recours aux armes en cas de nécessité, imprimée en 1615, in-8.º Les ennemis de Saint-Cyran ont appelé cet ouvrage l'Alcoran de Poitiers. Il tâche d'y prouver qu'un évêque a pu prendre les armes, parce que St. Michel les prit contre Lucifer; et qu'Abraham tua plus d'hommes pour défendre son neveu Loth qu'il ne tua de victimes pour les sacrifier à Dieu. Voilà d'étranges preuves. IV. Un petit Traité publié en 1609, sous le titre de Question Royale, où l'on examine en quelle extrémité le Sujet pourroit être obligé de conserver la vie du Prince aux dépens de la sienne, 1609, in-12, contrefait sous la même date. Ces deux ouvrages firent grand bruit, le dernier surtout. Les Jésuites l'annoncèrent par-tout comme un apôtre du suicide, et d'Avrigni donna un extrait fort malin de ce livre dans ses Mémoires. Mais il est évident que Saint-Cyran veut prouver seulement qu'il est des occasions où l'on peut sacrifier sa vie à ses amis ou à sa patrie. V. Un gros volume in-folio, imprimé aux dépens du Clergé de France sous le nom de Petrus Aurelius, L'Assemblée de 1641 en fit faire une édition en 1642, que les Jésuites firent saisir, mais qui n'a pas laissé d'être distribuée sur les remoutrances du Clergé. On a dans cette édition deux Écrits : Confutatio collectionis Locorum quos Jesuitæ compilarunt, et Convitia petulantiae, qui ne se trouvent pas dans la troisième édition, laquelle parut aussi aux frais du Clergé en 1646. Mais à la tête de cette même édition, on lit l'Éloge que Godeau évêque de Vence a fait de l'auteur par ordre du Clergé. Ce livre d'ailleurs auroit pu être meilleur et mieux fait... A son talent près pour la parole et la direction, l'abbé de Saint-Cyran étoit un homme ordinaire; Écrivain foible et diffus, en latin comme en françois, sans agrément, sans correction et sans clarté : il avoit quelque chaleur dans l'imagination; mais cette chaleur n'étant pas dirigée par le goût le jetoit quelquefois dans le phébus. Il y en a beaucoup dans ses Lettres. La plupart de ceux qui les louent tant aujourd'hui ne voudroient pas être condamnés à les lire. Le P. Bouhours les a traitées sans détour de modèles du plus pur et du plus parfait galimatias. Sa critique a été adoptée par tous les littérateurs impartiaux. La plus grande gloire de Saint-Cyran est d'avoir fait du monastère de Port-Royal une de ses conquêtes; et d'avoir eu les Arnauld, les Nicole et les Pascal pour disciples... Voyez II. LANCELOY.
VERGÉRA, (Jean) savant professeur Espagnol en langue hébraïque, fut employé par le cardinal Ximenès à la composition de la Polyglotte qui porte son nom. Il se rendit à Alcala où elle s'imprimoit, et travailla à cet immense ouvrage pendant 15 ans. Il traduisit plusieurs livres dans lesquels il restitua beaucoup d'endroits du texte qui étoient entièrement inintelligibles dans la Valgate. I. VERGERIO, (Pierre-Paul) philosophe, jurisconsulte et orateur, né à Capo-d'Istria sur le golfe de Venise, assista au concile de Constance. Les qualités de son cœur et de son esprit le firent aimer et estimer de l'empereur Sigismond, à la cour duquel il mourut vers 1431, a l'âge d'environ 80 ans. Muratori a publié dans sa grande Collection des Ecrivains de l'histoire d'Italie, tome XVI, in-folio, l'Histoire des Princes de la Maison de Carrari, écrite par Vergerio, avec plusieurs Discours et Lettres du même savant. Il a composé d'autres Ouvrages dont quelques-uns sont encore manuscrits. On a donné des éloges à son Traité, De ingenuis moribus et liberalibus Adolescentiae studiis, 1493, in-4°; et il les mérite à quelques égards.
II. VERGERIO, (Pierre-Paul) parent du précédent, fut envoyé en Allemagne par les papes Clément VII et Paul III au sujet de la tenue d'un concile général. Il eut pour récompense l'évêché de Capo-d'Istria sa patrie, isle située à l'extrémité du golfe de Venise. Comme il avoit eu de fréquentes conférences avec les Hérotiques et avec Luther même, leur commerce fut dangereux pour un homme amateur de nouveautés. Il se remplit d'idées peu favorables au saint Siège; il appuya les plaintes des novateurs. La cour de Rome auroit voulu l'éloigner des affaires; mais il se ménagea des partisans à celle de France qui l'envoya avec le titre d'ambassadeur à la diète de l'Empire en 1540. Il s'y donna pour l'agent du pape ainsi que du roi; et il ne servit ni l'un ni l'autre. Enfin, abandonné par la France et inquiété par le pape, il apostasia ouvertement et se retira chez les Grisons, où il écrivit en vrai Luthérien. Cet apostat finit ses jours à Tubinge en 1565. Il est auteur de plusieurs Ouvrages que les Protestans mêmes méprisent. Le fiel qu'il y a répandu contre l'église Romaine, les fait rechercher des malins. La suppression qui en fut faite, les rend précieux aux bibliomanes qui courent après les raretés. Les principaux sont : I. Ordo eligendi Pontificis, 1556, in-4°. II. Quomodo Concilium Christianum debeat esse liberum, 1537, in-8°. L'édition de 1557 n'est pas recherchée. III. Operum adversus Papatum, tomus I, 1563, in-4°. IV. De natura Sacramentorum, 1559, in-4°. V. Et d'autres Ecrits en italien, moins connus... (Voy. NEGRO.) — J. B. VERGERIO son frère, évêque de Pola dans l'Istrie, embrassa comme lui le protestantisme. L'un et l'autre s'étoient flattés pendant quelque temps d'obtenir le chapeau de cardinal. I. VERGI, (Alix de) issue d'une des plus illustres maisons de Bourgogne, épousa en 1199 Eudes III duc de Bourgogne, et mourut le 3 mai 1251. C'est à la cour de ce prince que l'auteur du Roman de la comtesse de Vergi, suppose que ses aventures se sont passées. L'héroïne du Roman est Laure, fille de Matthieu II duc de Lorraine, qui avoit été mariée à Guillaume de Vergi sénéchal de Bourgogne, mort après 1272 sans postérité; mais l'auteur n'étoit guère au fait des époques, puisqu'il suppose cette dame veuve avant son mariage.
II. VERGI, ( Antoine de ) comte de Dammartin, fut très-attaché à Jean duc de Bourgogne et aux Anglois. Il étoit avec ce prince, quand il contraignit le Dauphin et les partisans du duc d'Orléans à sortir de Montereau-Faut-Yonne, où ce même prince fut assassiné en 1419. Créé l'année suivante maréchal de France par le roi d'Angleterre se disant régent du royaume, il défit les troupes Françoises à la journée de Crevant près d'Auxerre. Il fut fait chevalier de la Toison d'or, et mourut en 1439 sans laisser de postérité de ses femmes Jeanne de Rignel et Guillemette de Vienne.
III. VERGI, ( N. de ) né à Aix, a publié diverses traductions de l'italien, entr'autres celles d'une Lettre de Vallisnieri sur la génération des vers, 1727, in-12; des Réflexions militaires de Santa Cruce, 1735; 12 vol. in-12; du Traité de Muratori sur la charité, 1745, deux vol. in-12. On lui doit encore les Aventures de Lancastel, 1728, in-12; et une nouvelle édition du Dictionnaire étymologique de Ménage. Vergi est mort en 1752.
VERGI, ( Gabrielle de ) Voy. FAÏEL. - VERGIER, ( Jacques ) né à Lyon en 1657, vint fort jeune à Paris où son esprit agréable et ses manières polies le firent rechercher. Il portoit alors l'habit ecclésiastique; mais cet état étant peu conforme à son génie et à son inclination pour les plaisirs, il le quitta pour prendre l'épée. Le marquis de Seignelai (Colbert) secrétaire d'état de la marine, lui donna en 1690 une place de commissaire ordonnateur qu'il remplit pendant plusieurs années. Il fut ensuite président du Conseil de commerce à Dunkerque; mais cette voluptueuse nonchalance qui fit toujours ses délices, l'empêcha de monter à de plus hauts emplois et lui fit négliger même d'amasser de grands biens. Loin de s'occuper des affaires, il ne s'occupoit pas même à la poésie qu'il aimoit beaucoup, de peur que ses divertissements ne devinsent une occupation. Il menoit une vie libre et tranquille, lorsqu'il fut assassiné d'un coup de pistolet dans la rue du Bout-du-Monde à Paris sur le minuit, en revenant de souper chez un de ses amis: c'étoit le 23 août 1720. Il étoit âgé de 63 ans. L'auteur de cet assassinat étoit un voleur connu sous le nom du Chevalier le Craqueur, avec deux autres complices, tous camarades du fameux Cartouche. Le chevalier le Craqueur fut rompu à Paris le 10 juin 1722, et avoua ce meurtre avec plusieurs autres. Son dessein étoit de voler Vergier; mais il en fut empêché par un carrosse. C'est donc sans fondement qu'on a attribué cette mort à un prince qui vouloit se venger d'une satire que le poète avoit enfantée contre lui. Vergier n'étoit pas capable de faire des vers contre personne. « C'étoit un philosophe, homme de société, ayant beaucoup d'agrément dans l'esprit, sans aucun mélange de misanthropie ni d'amertume. » Rousseau qui parle ainsi de ce poète qu'il avoit fort connu, ajoute: « Nous n'avons peut-être rien dans notre langue où il y ait plus de naiveté, de noblesse et d'élégance que ses Chansons de table, qui pourroient le faire passer à bon droit pour l'Anacréon François. » A l'égard de ses autres Ouvrages, la poésie en est négligée, et son style trop souvent prosaïque. Il a fait des *Odes*, des *Sonnets*, des *Madrigaux*, des *Epithalames*, des *Epigrammes*, des *Fables*, des *Epitres*, des *Cantates*, des *Parodies*. La meilleure édition de ces différens ouvrages est celle de 1750, en deux vol. in-12. « *Vergier*, dit *Voltaire*, est à l'égard de la *Fontaine* ce que *Campi-troa* est à *Racine*, imitateur foible, mais naturel. » En général la narration de ses Contes est un peu décousue. Il est moins obscène que *Grécourt*, mais il l'est plus que la *Fontaine*. On a encore de lui, *Zeila* ou l'*Africaine*, en vers; et une Historiette en prose et en vers, intitulée : *Dom Juan*; et *Isabelle*, *Nouvelle Portugaise*. — I. VERGNE, (Pierre de Tressan de la) né en 1618 d'une ancienne maison de Languedoc, fut élevé dans la religion Prétendue-réformée qu'il abjera à l'âge de 20 ans. Après avoir passé quelques années à la cour, il se retira auprès de *Pavillon* évêque d'Alet. Il fit avec l'agrément de ce prélat un voyage dans la Palestine. Les missions et la direction des ames l'occupèrent entièrement à son retour. La part qu'il prit au Livre de la *Théologie Morale*, le fit exiler; mais peu de temps après le roi lui rendit la liberté dont il ne jouit pas long-temps. Il se noya près du château de Terargues, en venant à Paris, le 5 avril 1684. Son principal ouvrage est intitulé : *Exarien général de tous les états et conditions, et des péchés qu'on y peut commettre*, 2 vol. in-12, 1670, sous le nom du sieur de Saint-Germain, avec un 3$^{e}$ vol. concernant les marchands et les artisans. Ce livre, fort utile à ceux qui se consacrent à la direction des ames, eut beaucoup de succès.
II. VERGNE, (Louis-Elizabeth de la) comte de Tressan, lieutenant général des armées de France et membre de l'académie Françoise, naquit au Mans le 4 novembre 1705 d'une famille illustre, originaire de Languedoc. Venu jeune à Paris, il y connut *Fontenelle*, *Voltaire*, s'attacha à leur société et y acquit le goût des lettres. Ce goût ne lui fit pas négliger les fonctions auxquelles sa naissance l'appeloit. En 1741, il fit toutes les campagnes de Flandre avec *Louis XV* dont il fut aide de camp à la bataille de Fontenoy. Il passa ensuite à la petite cour du roi de Pologne *Stanislas* établie à Luneville, et en fit le charme par les agrémens de son esprit. Le *Jésuite Menou* confesseur de ce dernier, redoutant l'influence de *Tressan*, l'accusoit souvent d'afficher des sentimens trop philosophiques, et le roi lui en fit des reproches. « Sire, répondit le réprimandé, je vous supplie de vous ressonvenir qu'il y a trois mille moines à la procession de la Ligue et pas un philosophe. » Ce mot, comme on le pense, plut à *Voltaire* qui ne cessa plus de louer *Tressan*. Celui-ci, dans sa jeunesse fit des vers et surtout des épigrammes mordantes et très-bien tournées qui lui attirèrent quelques ennemis. A la mort du roi *Stanislas*, il se retira dans la solitude et employa les dernières années de sa vie à la composition de divers ouvrages et de plusieurs romans qui ont eu du succès. Attaqué de la goutte depuis longtemps, cette maladie l'emporta le 31 octobre 1782, à l'âge de 77 ans. Il conserva jusqu'à ses derniers instans le goût des arts et de la poésie. On peut en juger par une jolie pièce de vers insérée par la Harpe dans sa Correspondance Littéraire, tom. 3, où Tressan célèbre sa retraite de Franconville dans la vallée de Montmorency, et qui offre autant de facilité que de douceur, et par celle-ci adressée à ses enfans : Les fleurs nouvellement écloses Ont encor pour moi des appas. Éloignez ces cyprès, approchez-moi ces roses, Disoit le vieillard Philléras. Chers enfans, conduisez mes pas Aux treilles de Bacchus, aux rives du Permesse, Quelquefois même aux bosquets de Paphos. La vieillesse est un doux repos ; Mais il faut l'animer : les jeux de la jeunesse, Ses plaisirs, ses riants propos, Émousseront pour moi le ciseau d'A- tropos. Je jouirai d'un jour de fête ; Des lilas de Tempé, des pampres de Naxos, On y couronnera ma tête. Vieillards, fuyez les tranquilles pavots ; Chantes Bacchus, l'Amour, et le dieu de Délos. Songez que sur le temps et sa faux qui s'apprête, Un jour heureux de plus est un jour de conquête, Et le prix des plus longs travaux. Ses écrits sont : I. Discours sur la statue de Louis XV érigée à Nancy, 1755, in-4.º II. Mé- moire sur un nain, envoyé à l'a- cademie des Sciences, 1760. III. Eloge de Maupertuis, in-8.º. IV. Portrait du roi Stanislas, 1767, in-8.º V. Œuvres diverses, 1770, in-8.º VI. Eloge du Ma- réchal du Muy, 1778, in-8.º VII. Réflexions sur l'Esprit, in-8.º L'auteur consacra cet on- vrage à l'instruction de ses en- fans. VIII. Amedis de Gaule, 1779, deux vol. in-12. C'est un abrégé agréable et bien écrit de l'ancien roman de ce nom. IX. Histoire du Chevalier du Soleil, 1780, deux vol. in-12. C'est aussi un abrégé d'un ancien roman Espagnol. X. Traduction du Roland Furiux de l'Arioste, 5 vol. in-12. L'auteur là publié à l'âge de 75 ans. On n'y retrouve point l'aisance et l'agrément de son abrégé d'Amadis ; le style en est foible, embarrassé et trop souvent incorrect. XI. Roland Amoureux, 1780, in-8.º XII. Discours de réception à l'acadé- mie Françoise, 1781, in-4.º L'auteur y fut reçu à l'âge de 75 ans, et parut infiniment sen- sible à cette distinction littéraire dont il ne devoit pas jouir long- temps. XIII. Corps d'extraits de Romans de Chevalerie, 1782, 4 vol. in-12. On y distingue l'His- toire du petit Jehan de Saintré, roman agréablement rajeum et dont les peintures sont aussi naïves que tendres. XIV. Eloge de Fontenelle. Dans la préface de cet opuscule, Tressan prévoyant sa fin prochaine se hâte de rendre un dernier hommage à la mé- moire de celui qui fut son guide et son appui dans ses jeunes ans. XV. On a publié après la mort de l'auteur un Essai sur le fluide électrique considéré comme agent universel, deux volumes in-8º; et l'Histoire du Chevalier Robert, 326 VER surnommé le Brave, in-8.º Toutes les œuvres de Tressan ont été réunies en 1791, et forment 12 vol. in-8.º
VERGNE, Voy. FAYETTE.
VERGNIAUD, (Pierre Victorin) né à Limoges en 1759, se fit avocat à Bordeaux, et fut député du département de la Gironde à la Législature et à la Convention. Sa hardiesse et ses talens le firent bientôt regarder comme le chef de cette députation qui crut, après avoir écarté les modérés et les indifférens, s'emparer du pouvoir et le conserver. *Vergniaud* fut un des premiers qui provoquèrent des voies de rigueur contre les émigrés et la guerre contre l'Autriche. Défenseur des massacres d'Avignon, il contribua ainsi que tous les Girondins à ces lois dites *révolutionnaires* qui amenèrent le régime de la terreur et dont ils devinrent ensuite les victimes. *Vergniaud* après la journée du 10 août, proposa la suspension du pouvoir monarchique et l'appel de la Convention. Lorsque cette dernière assemblée fut formée, il s'y montra plus modéré que dans la précédente, soit en s'opposant à la déportation générale des prêtres, soit en dénonçant la commune de Paris comme ayant favorisé les massacres des prisons, soit en demandant qu'on poursuivit *Marat* pour ses écrits incendiaires, soit enfin en luttant avec énergie contre l'érection du tribunal révolutionnaire. « Pourquoi, s'écria-t-il avec noblesse, présenter sans cesse la liberté et l'égalité sous la forme de deux tigres qui se dévorent, tandis qu'on devroit les offrir sous celle de deux frères qui s'embrassent? Si l'on repousse la liberté, c'est qu'on ne l'apperçoit que sous un voile ensanglanté. Quand pour la première fois les peuples se prosternèrent devant le soleil qu'ils appelèrent le père de la nature, croyez-vous qu'il s'enveloppa des nuages qui portent la tempête. » *Vergniaud* se trompa, ainsi que ses collègues de la Gironde, dans l'espérance qu'ils avoient de dominer. En se séparant de *Robespierre* et de ses adhérents, le champ de bataille devoit rester à ceux qui avoient le plus d'artifice et d'audace, et *Robespierre* l'emporta. Accusé le 31 mai et ensuite le 2 juin 1793, *Vergniaud* ne chercha point à repousser le décret d'arrestation qui fut rendu contre lui. Traduit devant le tribunal révolutionnaire, il y fut condamné à mort le 30 octobre de la même année, et décapité le lendemain à l'âge de 35 ans. Mad. *Roland* passionnée pour le parti de la Gironde, dit que *Vergniaud* fut l'orateur le plus éloquent des deux législatures, mais elle ajoute qu'elle ne l'aime point parce qu'il nourrit dans son cœur le plus profond mépris pour l'espèce humaine. Porté naturellement à la paresse, insouciant et égoïste, il abandonnait ses idées plus qu'il ne les mûrissait, et son sort à la destinée plutôt que d'en triompher. Après avoir entendu sa condamnation, il jeta le poison qu'il avoit toujours conservé sur lui, et préféra mourir de la main d'un autre. Il improvisoit avec peu de succès, mais ses discours préparés avec soin et prononcés avec une séduisante flexibilité d'organe et une grande énergie, produisirent presque toujours un grand effet. Son éloquence fut plus en images qu'en raisonnemens, toujours moins dirigée à convaincre qu'à émouvoir : aussi cessant quelquefois d'être concis et pur dans son style, ce député devint-il trop souvent emphatique et déclamateur. Il faisoit assez agréablement les vers, et l'on trouve dans un Mercure de septembre 1782 une jolie épître de lui, adressée aux astronomes.
VERHEYEN, (Philippe) fils d'un laboureur du village de Verrebrouck au pays de Waes, vit le jour en 1648. Il travailla à la terre avec ses parens jusqu'à l'âge de 22 ans, que le curé du lieu lui trouvant beaucoup d'esprit, lui apprit le rudiment et lui procura une place dans un collège de la Trinité à Louvain. Le jeune laboureur y fit tant de progrès qu'il fut déclaré le premier de ses condisciples. Après avoir reçu le bonnet de docteur en médecine, il obtint la chaire de professeur. On a de lui : I. Un excellent Traité, De Corporis humani Anatomia, à Bruxelles, 1710, deux vol. in-4°, et Amsterdam, 1731, 2 vol. in-8°. Cet ouvrage fut traduit en allemand. II. Un Traité De Febribus et d'autres savantes productions. Cet habile homme mourut à Louvain le 18 février 1710, à 62 ans, après avoir rempli durant le cours de sa vie tous les devoirs du Chrétien, de l'honnête homme et du médecin. Il ne laissa guère d'autre bien aux quatre enfans qu'il avoit eus de sa seconde femme, que sa réputation. Il voulut être enterré dans le cimetière de sa paroisse, nè Templum dehonestaret, aut nocivis halitibus infi- ceret, comme il le dit dans son épitaphe. I. VERIN, (Ugolin) né à Florence en 1442, mort vers l'an 1505, poète Latin, a composé différens ouvrages qui ne lui ont acquis qu'une réputation médiocre. Nous avons de ce poète : les Expéditions de Charlemagne, la Prise de Grenade, une Sylve en l'honneur de Philippe Benita. Les trois Livres qu'il a faits à la louange de sa patrie, De Illustration Florentiæ, Paris 1583, in-4°, sont parmi ses ouvrages ce qu'il y a de plus estimé.
II. VERIN, (Michel) fils de Hugolin, natif de Florence, mourut l'an 1487, âgé d'environ 19 ans. On dit que ce jeune homme ne voulut point suivre le conseil des médecins qui lui ordonnoient de se marier s'il vouloit recouvrer sa santé ; sacrifiant ainsi sa vie à l'amour de la chasteté. Ce poète s'est rendu célèbre par ses Distiques moraux dans lesquels il a su renfermer les plus belles sentences des philosophes Grecs et Latins, et particulièrement celles de Salomon. Sa versification est facile et élégante. Ses Distiques (Florence, 1487) ont été réimprimés en France, in-8°, et traduits en vers françois et en prose.
VÉRINE, (Ælia VERINA) sœur de Basilique et épouse de l'empereur Léon, ne s'occupa que de ses devoirs tant que son mari vécut ; mais après sa mort elle se livra à l'ambition et à l'amour. Ayant fait élire en 474 son gendre Zénon empereur, elle conspira ensuite contre lui pour mettre le patrice Léon son amant à sa place. (V. IV. LÉON) Elle ne put réussir. Zénon à la vérité perdit l'empire; mais Basilisque frère de Vérine, qui fut élu, fit donner la mort à Léon. Alors cette princesse intrigante se vengea de la mort de son amant en faisant exiler Basilisque et remplacer Zénon sur le trône. Celui-ci la laissa d'abord gouverner; mais Vérine ayant cabalé de nouveau, il l'exila dans le fond de la Thrace. C'est là qu'elle mourut en 485, après avoir tenté plusieurs fois de jouer quelque nouveau rôle.
VERKOLIE, (Jean) peintre et graveur Hollandois, fils d'un serrurier, né à Amsterdam en 1550, mort à Delft en 1693, dut en grande partie ses talens à un accident qui lui survint dans sa jeunesse. Une aiguille l'ayant piqué au tendon d'Achille, cette blessure légère faillit à lui faire perdre la vie, et il fut forcé de rester pendant trois ans au lit. Dans ce long intervalle, il ne trouva moyen de charmer son ennui qu'en copiant des estampes et en apprenant sans maître le dessin. Verkolie aimoit à peindre des assemblées, des festins, des sujets galans. On lui doit plusieurs tableaux renommés en Hollande, entr'autres Venus et Adonis, une Tempête, une Pénitente à genoux, éclairée par une lampe. Lui-même les a gravés. Il a été sur-tout très-célèbre pour ses morceaux en manière noire. Il fut heureux, parce qu'il fut sage et qu'il sut profiter d'un grand talent. Son fils Nicolas hérita de ses talens et les surpassa.
VERMANDER, (Charles) peintre et poète, né à Meulebeck en Flandre près de Cour- trai l'an 1548, mort en 1607, a fait beaucoup de tableaux dont les sujets sont la plupart tirés de l'Histoire-Sainte. Il a peint aussi à fresque et à l'huile des Paysages et des Grotesques. On lui a même attribué l'invention de ce dernier genre. Les guerres des Pays-Bas lui ravirent toute sa fortune; il n'en travailla qu'avec plus d'ardeur à réparer ses pertes qu'il célébra dans de beaux vers. C'est lui qu'on chargea à Vienne de faire les arcs de triomphe pour l'entrée de l'empereur Rodolphe. Ce peintre a composé un poème sur la Peinture, auquel on a joint du même auteur: I. Explication des Métamorphoses d'Ovide. II.—des Figures de l'antiquité. III. Les Vies des plus célèbres Peintres de l'antiquité. IV.—des Peintres modernes, Amsterdam, 1618, in-4.º Il a encore donné des traductions de quelques poètes anciens. Tous ces ouvrages sont en flamand. On lui reproche le défaut d'exactitude. Un de ses fils nommé aussi Charles a hérité de l'habileté de son père dans la peinture qu'il alla pratiquer à Copenhague. I. VERMANDOIS, (Herbert II, comte de) arrière-petit-fils de Bernard roi d'Italie, fut un prince distingué par son courage. Il fit Charles le Simpla prisonnier à Saint-Quentin, et l'envoya à Péronne où il finit ses jours. Herbert mourut en 943. La branche de Vermandois dont il étuit la tige, finit par Adèle qui épousa Hugues de France, troisième fils de Henri premier qui se signala dans les Croisades, et mourut de ses blessures à Tarse l'an 1102. — Son fils fut Raoul DE VERMANDOIS, séné- chal de France, qui eut la régence du royaume pendant le voyage d'Outremer de Louis VII en 1147, et mourut en 1152. Il avoit été excommunié en 1142 pour avoir répudié Alienor de Champagne sa première femme, dont il avoit eu Hugues qui fonda l'ordre de la Trinité de la Rédemption des Captifs sous le nom de Félix de Valois. De son second mariage avec Alix de Guienne, naquirent des filles et un fils mort sans postérité.
VERMANDOIS, (Louis de Bourbon, comte de) Voyez MASQUE DE FER, et III. VALLIÈRE.
VERMEULEN, (Corneille) habile graveur d'Anvers, mort sur la fin du 17e siècle, a gravé d'après le Guide, Rubens, et a excellé dans les portraits. On distingue ceux de Mezzetia, de Marie de Tassis, du maréchal de Luxembourg et de la duchesse de Moulpensier. On admire encore de lui quelques estampes dans le genre de l'histoire, Marie de Medicis fuyant de la ville de Blois, Erigone, etc.
VERMEYEN, (Jean-Corneille) peintre, né dans un village près d'Harlem, mort à Bruxelles en 1559, âgé de 59 ans. Cet artiste avoit une barbe si longue qu'elle traînoit à terre lors même qu'il étoit debout, ce qui l'a fait surnommer Charles le Barbu. L'empereur Charles-Quint l'aimoit, et il le prit à sa suite dans plusieurs voyages, entr'autres lors de son expédition de Tunis que Vermey en a peinte en plusieurs tableaux, depuis exécutés en tapisseries qu'on voit encore en Portugal. On voit quelques-uns de ses tableaux à Bruxelles et à Arras.
VERMIGLI, Voyez XXV. PIERRE MARTIR.
VERMOND, Voyez II. COLIN.
VERNAGE, (Michel-Louis) né à Paris en 1697, et mort dans cette ville le 11 avril 1773, se fit médecin et a publié sur son art un recueil de Dissertations latines et des Observations sur la petite vérole naturelle et artificielle, 1763, in-12.
VERNANSAL, (N.) peintre, né à Fontainebleau, mort en 1729, eut de l'invention et du génie.
VERNASSAL, (François de) né près de Cahors, est auteur d'un roman de chevalerie qui eut de la célébrité dans le 16e siècle, et qui est tombé dans l'oubli. Cet ouvrage est intitulé : Histoire de Primaléon de Grèce, 1550, infolio. Il a été réimprimé en 1600 en 4 vol. in-12.
VERNÈGUE, (Pierre de) gentilhomme et poète Provençal du 12e siècle, passa ses premières années au service du Dauphin d'Auvergne. L'envie de revoir sa patrie l'obligea de se retirer sur la fin de ses jours en Provence, auprès de la comtesse femme d'Alphonse fils de Raimond qui lui fit dresser un superbe mausolée après sa mort. Vernègue a fait un Poème en rimes provençales sur la prise de Jérusalem par Saladin. C'est une production très-médiocre.
VERNERIN, (N**) fille d'un peintre, née à Dantzig, et morte au milieu du siècle qui vient de finir, a été renommée par la beauté de ses dessins et de ses tableaux au pastel. On croit qu'elle fut la première qui employa cette manière de peindre dans de grandes compositions et dans les paysages.
VERNES, (Jacob) né en Languedoc en 1728, devint ministre à Genève où il est mort en 1788. Unissant les lumières aux vertus, il mérita comme écrivain l'estime publique, et comme pasteur le respect de ceux qu'il dirigea dans l'exercice du bien. Après la mort de son épouse, il consacra à sa mémoire le chef-d'œuvre des romances, qui commence par ce vers : N'est-il, Amour, sous ton empire, etc. On lui doit : I. *Lettres sur le Christianisme* de J. J. Rousseau, 1763, in-8.º II. *Catéchisme à l'usage des jeunes gens*, 1774, in-8.º C'est le même pour le fonds que celui d'Osterwald. III. *La Confidence. Philosophique*, 1776, deux vol. in-8.º Elle a obtenu d'autres éditions. IV. *Choix littéraire*, 24 vol. in-8.º On y trouve des morceaux intéressants. *Vernes* avoit commencé à travailler à une *Histoire de Genève* lorsque la mort interrompit ce travail. On a mis au bas de son buste ces deux vers : Ses vertus, ses talens, et leur sublime usage Prouvent que l'Éternel fit l'homme à son image. On a imprimé en 1797 à Paris, des *Mémoires historiques* sur la Vie et les Ouvrages de *Vernes*. — Il a laissé un fils qui suit avec succès la carrière des lettres.
VERNET, (Joseph) peintre célèbre, né à Avignon en 1712 d'un charron, fit connoître son talent en peignant des chaises à porteur. La province n'étoit pas digne de le posséder ; il vint à Paris, et fut bientôt connu pour le premier peintre de marine de l'Europe. Il peignit les différens ports de mer de France ; et c'est une des plus belles suites de tableaux qui existent. Personne n'a représenté avec plus de chaleur et de vérité le calme et la tempête, les agitations de la mer et les reflets de la lumière sur une onde tranquille. Peu de peintres ont mis plus de fraîcheur dans leurs teintes et exprimé avec plus d'art les différentes heures du jour. Un habitant de la campagne à qui l'on montroit un lever du soleil, et un paysage éclairé par cet astre à son coucher, tels que *Vernet* les réalisoit avec le pinceau, dit sans surprise et par le pur instinct du sentiment : *Eh ! c'est ce que nous voyons tous les jours dans nos campagnes. Vernet* avoit aidé ses talens supérieurs par une étude constante de la nature. Pendant son séjour à Rome, il examina tous les sites de l'Italie, et s'attacha sur-tout à saisir les différens effets de lumière et de clair-obscur que les vapeurs de l'atmosphère et les accidens des nuages occasionnent dans les différentes parties du jour et de la nuit. Il s'étoit exposé dans sa jeunesse aux plus grands dangers pour observer la nature. Dans un voyage de mer, il se fit attacher au mât du vaisseau pour contempler le ciel fulminant, la mer mugissante, les mâts brisés, et l'épouvante de l'équipage. Dans son enthousiasme, il s'écria : « *Quel sublime spectacle ! Laissez-moi peindre promptement, et avant que je meure, ces effets superbes.* » Ses tableaux faisoient chaque année le plus précieux ornement de l'exposition du sallon du Louvre. La reine de France étant allée voir cette exposition, lui dit : M. Vernet, je vois bien que c'est toujours vous qui faites ici la pluie et le beau temps. Cet habile artiste mourut à Paris en décembre 1789. On a dit avec raison de lui que son génie n'avoit point eu d'enfance ni de vieillesse. Il a laissé un fils qui se distingue aussi dans la peinture.
VERNEUIL, (Catherine-Henriette de Balzac-d'Entragues, marquise de) fille de François de Balzac-d'Entragues gouverneur d'Orléans, et de Marie Touchet qui avoit été maîtresse de Charles IX. La fille ressembla à la mère. Elle avoit des graces, de l'esprit et une coquetterie adroite. Après la mort de la duchesse de Beaufort, Henri IV en devint éperdument amoureux. Elle irrita sa passion par des refus, et déclara qu'elle ne pouvoit la satisfaire sans une promesse de mariage. La promesse fut signée; mais le duc de Sully à qui Henri IV la montra, prit ce papier et le déchira pour toute réponse. Le roi dominé par son amour, eut la foiblesse de faire une autre promesse de mariage et d'acheter à sa maîtresse le marquisat de Verneuil. Cependant il épousa Marie de Médicis. La marquise en fut si irritée que par le conseil du duc d'Angoulême son frère utérin et du comte d'Entragues son père, elle se ligua avec le roi d'Espagne pour détrôner Henri IV, et faire proclamer roi le fils que la marquise avoit eu de lui, qu'ils traitoient de Dauphin. Ce fils fut dans la suite duc de Verneuil, et mourut sans enfans en 1682. Sa mère fut condamnée à être conduite à l'abbaye de Beaumont-les-Tours pour y passer le reste de sa vie. Le duc d'Angoulême et le comte d'Entragues devoient avoir la tête tranchée; mais le roi changea la peine en une prison perpétuelle. On prétend que la marquise avoit dit pendant le cours du procès criminel contr'elle et ses parens, qu'elle ne demandoit au roi qu'un pardon pour son père, une corde pour son frère, et justice pour elle. Elle rentra, dit-on, en grace, au point qu'elle ne sortit du cœur de Henri IV que par l'amour qu'il prit pour la princesse de Condé. La conspiration dans laquelle elle étoit entrée, fut conduite, suivant le président Hénault, par un Capucin son confesseur. La marquise lui avoit persuadé qu'elle ne s'étoit livrée aux desirs du roi qu'en considération de sa promesse de mariage; et ce bon homme croyoit que son salut étoit intéressé à la faire tenir. Cette femme intrigante et hautaine mourut en 1633, à 54 ans, peu estimée et peu regrettée. Voici comme M. du Radier l'a peinte d'après les auteurs contemporains. « Son esprit étoit vif; sa conversation légère et amusante ne permettoit pas qu'on s'ennuyât un moment avec elle. Elle avoit même de ces saillies qui sympathisoient avec le goût de Henri IV; ce Bec effilé, disent les Mémoires de Sully, qui par ses bonnes rencontres lui rendoit sa compagnie des plus agréables; cette critique fine et maligne qui ne manque jamais d'amuser ceux qui n'en sont pas les objets, et qui fait ce qu'on appelle le génie de la Cour. L'Histoire littéraire de son temps nous apprend qu'elle n'a- 332 VER voit pas négligé les avantages de l'érudition et d'une lecture solide. Avec tous ces talens naturels et acquis, elle étoit méchante, emportée et peu délicate, coquette et bien plus ambitieuse que tendre; rien ne prouve que Henri en ait été jamais aimé: elle n'aima jamais que le roi: et ce prince, l'amant le plus passionné et le plus honnête homme de son royaume, eut lieu de se repentir plus d'une fois de sa foiblesse. Pour la figure, Mlle d'Entragues n'étoit pas si belle que la duchesse de Beaufort. Avec des traits moins réguliers, une bouche plus grande, moins d'éclat dans les yeux, une tête moins belle, moins de blancheur, elle l'emportoit par la jeunesse, l'enjouement et un air vif qui animoit tous ses traits et en fuisoit disparaître ses imperfections. » Il en coûta une fois cent mille écus à Henri IV pour un repentir; aussi, dit-il à Sully: Ventre-saint-gris, voilà une nuit qui me coûte bien cher! Ce ministre citoyen ne la ménageoit guère. Un jour qu'il travailloit dans son cabinet aux affaires les plus importantes, un de ses gens lui annonça la marquise de Verneuil. Sully répondit: Il n'y a que trop de maîtresses et parens du roi; s'il y en avoit moins, tout n'en iroit que mieux. On ne sait si cette réponse fut rendue à l'impérieuse maîtresse; mais ce qui est certain, c'est qu'elle chercha plus d'une fois l'occasion de nuire au digne ami de son auguste amant. Certains prédicateurs ne l'épargnèrent pas plus que les ministres. Le P. Gonthier Jésuite prêchant un jour à Saint-Gervais, le roi s'y rendit avec sa maîtresse et plusieurs dames de la cour. La marquise fit pendant le sermon divers signes au roi pour le faire rire. Le prédicateur indigné du peu de respect qu'on marquoit pour la maison de Dieu et pour sa parole, se tourne vers le roi et lui dit: Sire, ne vous lasserez-vous jamais de venir avec un sérail entendre la parole de Dieu, et de donner un si grand scandale dans ce lieu saint? La marquise de Verneuil voulut en vain que le roi punit le zèle indiscret du prédicateur. Henri IV au lieu de se rendre à ses prières, retourna le lendemain au sermon; et ayant rencontré le P. Gonthier comme il alloit monter en chaire, il lui dit: Mon Père, ne craignez rien; je vous remercie de votre correction, mais je vous prie de ne plus me la faire désormais en public. I. VERNEY, (André et Claude) procureurs à Lyon leur patrie, y publièrent en 1656 un livre de jurisprudence, intitulé: Style ordinaire de la Sénéchaussée et Conservation.
II. VERNEY, (Guichard-Joseph du) membre de l'académie, professeur d'anatomie au Jardin royal, naquit à Feurs en Forez le 5 août 1648, d'un médecin. Son fils vint de bonne heure à Paris, et fut produit à la cour où il donna des leçons d'anatomie au grand Dauphin. Ses protecteurs lui procurèrent des places qu'il remplit avec soin et avec succès. Lorsqu'il parloit d'anatomie, ce n'étoit pas seulement de la clarté, de la justesse, de l'ordre, c'étoit un feu dans les expressions, dans les tours et jusque dans sa prononciation qui auroit presque suffi à un orateur. Les étrangers rapportoient la plus grande idée de lui dans leur patrie. Très-illustre
DU VERNEY, lui écrivit le fameux Pitcarn en 1712; Voici ce que l'écrit un homme qui te doit beaucoup, et qui te rend graces des discours qu'il a entendus de toi il y a trente ans, il te recommande Thompson son ami, etc. Il mourut à Paris le 10 septembre 1730, à 82 ans. On a de lui un excellent Traité de l'organe de l'Oue, réimprimé à Leyde en 1731, in-12. C'étoit un homme très-vif, mais très-bon. Il étoit passionné pour son art. Quelque temps avant sa mort il avoit entrepris un Ouvrage sur les Insectes qui l'obligeoit à des soins très-pénibles. Malgré son grand âge, il passoit des nuits dans les endroits les plus humides du jardin, couché sur le ventre, sans oser faire aucun mouvement pour découvrir les allures et la conduite des limaçons. Sa santé en souffroit; mais il auroit encore plus souffert de rien négliger. Sa religion alloit jusqu'à la piété la plus fervente; et il se reprochoit d'être trop occupé de sa profession, de crainte de ne l'être pas assez de l'Auteur de la nature. On a imprimé à Paris chez Jombert, le Recueil de tous ses Ouvrages, sous le titre d'Œuvres Anatomiques de M. DU VERNEY, 1762, 2 vol. in-4. On a fait entrer dans cette collection tous les Mémoires de ce célèbre anatomiste répandus dans la nombreuse suite des Mémoires de l'académie. On y trouve aussi un Traité de la Génération. Il y établit le système des Œufs comme le plus probable.
VERNULÆUS, (Nicolas) né dans le duché de Luxembourg en 1570, mort à Louvain vers 1649, obtint une place de professeur en l'université de cette dernière ville. Il y fit fleurir le goût des belles-lettres pour lesquelles il en avoit assez lui-même. Il a laissé beaucoup d'Ouvrages dont la plupart ne respirent guère ni la délicatesse ni l'exactitude. Les principaux sont : Une Histoire latine de l'Université de Louvain, 1667, in-4°, où l'on trouve bien des recherches. Elle vaut mieux que son Historia Austriaca, in-8°, qui manque de méthode et d'ordre. Ses Tragédies latines, 1635, in-8°, offrent assez de pureté, mais presque point de génie. Ses Institutiones Politicae, 1647, in-folio, renferment beaucoup d'idées communes.
VERON, (François) Missionnaire de Paris, entra chez les Jésuites et en sortit quelque temps après. Il se consacra aux missions, et fut l'instrument du salut de plusieurs pécheurs. Il mourut saintement en 1649 curé de Charenton. On rapporte qu'après la fameuse conférence qu'il eut à Caen sur la religion avec le ministre Bochart, (l'un et l'autre ayant un second bien inférieur en force) un Catholique qui étoit présent fit cette réponse à des Huguenots qui lui en demandaient des nouvelles : Pour vous dire la vérité, on ne peut pas assurer que votre Savant soit plus savant que notre Savant; mais en récompense, notre Ignorant est dix fois plus ignorant que votre Ignorant. On a de lui une excellente Méthode de Controverse, et sur-tout une Règle de la Foi Catholique, et d'autres Ouvrages dont la plupart ont été imprimés en deux vol. in-folio. Le but principal de sa *Règle de Foi*, est de mettre un espace bien marqué entre les dogmes et les explications que les théologiens en ont données, ou les additions qu'ils ont osé y faire; et d'écarter ainsi le genre de confusion que la curiosité ou la suffisance des hommes ont produit dans la science des Chrétiens. Il a paru une traduction latine de cet ouvrage à Cologne, 1779, un vol. in-8.º *Véron* s'étoit d'abord annoncé par un Livre singulier, intitulé : *Le Baillon des Jansénistes*; Ouvrage qui fit dire à un mauvais plaisant, que « l'auteur méritoit le baillon qu'il vouloit mettre aux autres. »
VÉRON DE FORBONNAIS, *Voyez* FORBONNAIS. I. VÉRONÈSE, (Paul) peintre célèbre, *Voyez* I. CALIARI.
II. VÉRONÈSE, (Alexandre *Turchi*, surnommé) autre peintre, naquit à Vérone en 1600, et mourut à Rome en 1670, laissant une fortune délabrée. Il avoit épousé une demoiselle Romaine qui le ruina en profusion de l'axe. Ses principaux tableaux sont à Vérone et à Rome. Quoique sa manière fût foible et lâche, elle étoit néanmoins agréable. Il excelloit plus par le coloris que par le dessin. Sa femme et ses filles étoient ses modèles; et il peignit toutes ses figures dans le naturel; mais ses tableaux faits souvent à la hâte, ne peuvent entrer en comparaison avec ceux des grands maîtres.
III. VÉRONÈSE, (Carlo) né à Venise, acteur et auteur, débuta à Paris au théâtre Italien en 1744 dans le rôle de *Pantalon*, et y obtint beaucoup de succès. Il a donné à ce théâtre un grand nombre de *Canevas* qui firent long-temps les plaisirs de ce spectacle. Ceux qu'on ne se lasse pas de voir, furent : *Coraline esprit follet*, *La Prison désirée et les vingt-six infortunes d'Arlequin*. Il mourut à Paris en 1760, à 58 ans. — Sa fille *Anna VÉRONÈSE* enchanta le public par ses graces, sa gaieté et son jeu naïf dans les rôles de *Coraline* ou de *Soubrette*. Elle fut encore une très-bonne danseuse. *Panard* mit ces vers au bas de son portrait, gravé par *Vicepré* : Cet objet enchanteur qu'on doit à l'Italie, De trois Divinités réunit les attraies; *Coraline* offre sous ses traits *Hibé*, *Terpsichore* et *Thalie*.
VÉRONIQUE : C'est le nom qu'on donne ordinairement à *Bérénice* femme Juive qui, selon une tradition populaire, jeta un mouchoir sur le visage de Jésus-Christ montant au Calvaire, pour essuyer le sang et la sueur dont il étoit couvert. L'impression de ces traits sacrés du Sauveur resta empreinte sur ce mouchoir que l'on appela *Vera Icon* : d'où l'on a fait par corruption *Véronique*, c'est-à-dire véritable image. *Tillemont* a détruit cette tradition fabuleuse. Selon ce judicieux écrivain, il n'y a rien de la *Véronique* dans l'antiquité, soit qu'on la prenne pour une femme, soit qu'on la prenne pour une image; et ce n'est que dans le XIe siècle que l'on a commencé à parler du Suaire sur lequel on suppose que la face de *JESUS-CHRIST* étoit imprimée. *Marianus Scotus* qui vivoit alors, est le premier qui ait rapporté cette histoire sur la foi d'un je ne sais quel *Methodius* dont la narration est pleine de fables. Ce n'est que dans les derniers temps que l'on a fait de la *Véronique* une Sainte, dont quelques-uns ont mis la fête au 4 février; mais elle n'est ni dans les anciens Martyrologes, ni même dans le Romain. Cependant la fête de la Véronique a été instituée dans quelques églises pour honorer le Sauveur à l'occasion d'une image de sa sainte face. *Voyez* PAPERROCK. (*Act. Sanct. mai*, tom. 7, pag. 356, et les Notes de *Chastelain* sur le Martyrologe Romain, pag. 201.)
**VERRAT**, (Jean-Marie) Carme, natif de Ferrare, et mort en 1563, a composé une *Concorde des Evangiles*, et d'autres Écrits latins, recueillis en 2 vol. in-folio.
**VERRÈS**, (*C. Licinius*) citoyen Romain, après avoir exercé la charge de préteur en Sicile avec autant de violence que d'injustice, fut accusé de concussion par les Siciliens l'an 82 avant J. C. *Cicéron* fit contre lui les belles harangues que nous avons et qui sont nommées *Verrines*. Il s'exila lui-même sans attendre sa condamnation, et conserva de grandes richesses quoiqu'il eût fait de magnifiques présens à tous ceux qu'il croyait pouvoir s'intéresser pour lui.
**VERRIER DE LA CONTERIE**, (N.) né en Normandie, publia l'*École de la Chasse aux chiens courants*, 1763, in-8. Cet écrit est précédé d'une *Bibliothèque historique des Theuroticographes*, ou *Auteurs qui ont traité de la Chasse*. Elle est savante et curieuse.
**VERRIÈRE**, (Jules-Claude *Grandvoinet* de) originaire de Franche-Comté, né à Paris en 1610, mourut dans cette ville en 1745 âgé de 36 ans. Il avoit fait une tragédie de *Démétrus* qu'il n'eut pas le temps de faire représenter et qui s'est perdue; et l'*Amour et l'Innocence*, ballet mêlé de scènes, joué sur le théâtre de l'Opéra-Comique l'année de la mort de l'auteur.
**VERRIUS-FLACCUS**, *Voy. Festus*, n.º 1.
**VERROCHIO**, (André) — peintre, mort en 1488, âgé de 56 ans, réunissoit en lui plus d'une sorte de talens. Il étoit très-habile dans l'orfévrerie, la géométrie, la perspective, la musique, la peinture, la sculpture et la gravure. Il avoit aussi l'art de fondre et de couler les métaux. Il saisissoit fort bien la ressemblance des choses, et il mit en vogue l'usage de mouler avec du plâtre les visages des personnes mortes et vivantes pour en faire les portraits. Ce fut à lui que les Vénitiens s'adressèrent pour ériger une statue équestre de bronze à *Barthélemi de Bergame* qui leur avoit fait remporter plusieurs avantages dans une guerre. *Verrochio* en fit le modèle en cire; mais comme on lui préféra un autre artiste pour fondre l'ouvrage, il gâta son modèle et s'enfuit. Ses principaux ouvrages en sculpture sont deux *Têtes* en bronze de *Darius* et d'*Alexandre le Grand*, dont le grand duc de Toscane fit présent à *Matthias Corvin* roi de Hongrie; une *Danse* d'enfants autour 336 VER d'un vase d'argent, ouvrage très-fini et acheté par le pape; les *Tombeaux de Jean*, de *Pierre* et de *Côme de Médicis* dans l'Église de Saint-Laurent à Florence. Ce sont autant de chefs-d'œuvre. Le pinceau de *Verrochio* étoit dur, et il entendoit très-mal le coloris; mais ce peintre possédoit parfaitement la partie du dessin. Il y mit une grande correction, et donna à ses airs de tête beaucoup de grace et d'élégance. *Léonard de Vinci* fut son élève. — VERRUE, (N. Mad. de) née à Paris, morte au commencement du 18$^{e}$ siècle, rassembla chez elle la meilleure compagnie de son temps, et y brilla par ses graces et son esprit. Amie intime du poète *la Faye* dont *Voltaire* a dit qu'il réunissoit le mérite d'*Horace* à celui de *Pollion*, elle le conseilla dans ses productions et répandit beaucoup de charmes sur ses jours. Son goût pour les arts et les plaisirs la fit surnommer *Dame de Volupté*, et elle se fit elle-même cette épitaphe : Ci-gît dans une paix profonde Cette *Dame de volupté*, Qui pour plus grande sureté, Fit son paradis dans ce monde.
VERSCHURING, (Henri) peintre, né à Gorcum en 1627, étudia sous *Jean Bols* d'Utrecht, passa ensuite à Rome pour y faire une étude sérieuse de son art. Son goût le portoit à peindre des animaux, des chasses, des batailles. Il réussissoit dans le paysage, et savoit l'orner de belles fabriques. *Henri* suivit l'armée des États en 1672, et y fit une étude de tous ses divers campemens, de ce qui se passe dans les armées, dans les déroutes, dans les retraites, dans les combats; et il tira de ces connoissances les sujets ordinaires de ses tableaux. Son génie étoit vif et facile; il mettoit un grand feu dans ses compositions; il varioit à l'infini les objets; ses figures ont du mouvement et de l'expression; et il a rendu très-bien la nature. Ce peintre étoit recommandable non-seulement pour ses talens, mais encore pour son esprit et pour ses mœurs. On lui proposa d'occuper une place de magistrature dans sa patrie; honneur qu'il n'accepta qu'après s'être assuré que cela ne l'oblige-roit point de quitter la peinture. *Verschuring* périt sur mer d'un coup de vent à deux lieues de Dortrecht en 1690. Il a gravé plusieurs estampes.
VERSÉ, (Noël Aubert de) né au Mans de parens Catholiques, se fit Calviniste et fut quelque temps ministre de la religion Prétendue-réformée à Amsterdam. De Protestant il devint Socinien; mais il rentra enfin dans l'Église Catholique vers 1690. Le clergé de France lui donna une pension pour le récompenser de ses Ouvrages qui sont très-médicores. On a de lui : I. Le *Protestant pacifique* du *Traité de l'Église*, dans lequel on fait voir par les principes des Réformés, que *la Foi de l'Église Catholique ne choque point les fondemens du salut, et qu'ils doivent tolérer dans leur communion tous les Chrétiens du monde, les Sociniens et les Quakers même*, in-12. II. Un *Manifeste* contre *Jurieu* qui avoit attaqué par un *Factum* l'Ouvrage précédent, publié en 1687, in-4$^{o}$, et qui est le le meilleur livre qu'ait fait *Aubert de Versé*. III. *L'Impie convaincu* ou *Dissertation contre Spinosa*, Amsterdam, 1684, in-8.º IV. *La Clef de l'Apocalypse de St. Jean*, 2 vol. in-12. Cette clef n'a pas pu ouvrir ce livre mystérieux. V. *L'Anti-Socinien* ou *Nouvelle Apologie de la Foi Catholique contre les Sociniens*. VI. *Le Tombeau du Socinianisme*; etc. *Versé* mourut en 1714 avec la réputation d'un esprit ardent, sujet à prendre des travers. Quelques-uns lui attribuent un livre impie, imprimé à Cologne en 1700, in-8º, sous ce titre : *Le Platonisme dévoilé* ou *Essai touchant le Verbe Platonicien*; mais cet ouvrage est plus vraisemblablement de *Souverain*; *Voyez SOUVERAIN*. I. VERSORIS ou VERSOIS, (Jourdain Faure, dit) religieux Dauphinois, abbé de Saint-Jean d'Angéli, fit périr *Charles* de France duc de Guienne dont il étoit aumônier et confesseur, avec la dame de Monzoreau maîtresse de ce prince. (*Voyez Louis XI*; n.º XVI.) On assure que ce fut par une pêche empoisonnée qu'il leur présenta; mais on pourroit douter, (dit l'Historien moderne de Languedoc) s'il y avoit alors des pêches en France. Quoi qu'il en soit, *Versois* cité par *Artur de Montauban* archevêque de Bordeaux et commissaire de *Sixte IV*, refusa de comparoitre et fut déposé par contumace. Il mourut en prison à Nantes l'an 1472 avec tous les symptômes du poison, la veille du jour où il devoit être jugé. « *Louis XI* qu'on soupçonna, dit d'Argentré, d'être l'auteur de la mort de son frère, *Tome XII*. fit périr ainsi l'instrument de son crime pour en assurer le secret. Ce qu'il y a de certain, c'est que *Versois* avoit entretenu avec ce prince un commerce épistolaire qui paroît très-suspect. Nous l'apprenons d'une lettre que le monarque écrivit au comte de *Dammartin*. « M. le grand Maître, depuis les dernières que vous ai écrites, j'ai eu nouvelles que M. de Guienne se meurt et qu'il n'y a point de remède en son fait; et me le fait savoir un de ses plus privés qu'il ait avec lui, par homme exprès; et ne crois pas, ainsi qu'il dit, qu'il soit vif à quinze jours d'ici... Et afin que vous soyez assuré de celui qui m'a fait savoir les nouvelles, c'est le moine qui dit ses Heures avec M. de Guienne; dont je me suis fort ébahi, et m'en suis signé depuis la tête jusqu'aux pieds. » *Voyez Hist. de France* de M$^{rs}$ Villaret et Garnier, tome 17.
II. VERSORIS, (Pierre) avocat de Paris, dont le vrai nom étoit le *Tourneur*, plaide en 1565 pour les Jésuites contre l'Université qui vouloit leur défendre l'enseignement : il gagna sa cause. Il mourut en 1588. Son plaidoyer qui est imprimé ne donne pas une grande idée de son éloquence.
VERSOSÀ, (Jean) né à Saragosse en 1528, professa la langue grecque à Paris, et parut avec éclat au concile de Trente. Il fut ensuite envoyé à Rome pour faire la recherche des pièces et des principes qui établissaient les droits du roi d'Espagne sur les divers royaumes dont ce prince étoit en possession. Il mourut dans cette ville en 1574, à 46 338 VER ans. Il avoit du goût et du talent pour la poésie latine. On a de lui des *Vers héroïques* et des *Vers lyriques*, dans lesquels on ne voit rien de fort extraordinaire. Ses *Epitres* ont été plus estimées ; mais il ne faut pas les comparer, comme on a fait, à celles d'*Horace* qui laisse loin derrière lui tous nos versificateurs modernes.
**VERSTEGANUS** ou