**VERSTHEGEN**, (Richard) né à Anvers, florissoit sur la fin du 16$^{e}$ siècle. On a de lui : I. *Theatrum crudelitatum Hæreticorum*, Anvers, 1592, in-4$^{e}$; ouvrage rare, orné d'estampes, mêlé de prose et de très-beaux vers latins. On y voit de quelle manière ceux qui se plaignaient de la sévérité d'un duc d'*Albe*, ont traité les Catholiques ; et sur-tout les ministres de la Foi antique. II. *Antiquitates Belgicae*, Anvers, 1613, in-12. Il y soutient que *St. Willebrod* est l'apôtre de la Flandre et du Brabant. III. *Antiquitates Britannicae*, 1606, où il tâche de prouver que les Anglois tirent leur origine des Belges. **I. VERT**, (N. le) a donné au commencement du siècle passé deux mauvaises tragédies et une comédie. Les premières sont : *Aricidie* ou *le Mariage de Titus* et *Aristotime*. La dernière a pour titre : *Le Docteur amoureux*.
**II. VERT**, (Dom Claude de) religieux de l'ordre de Cluni, naquit à Paris le 4 octobre 1645. Après son cours d'étude qu'il fit à Avignon, la curiosité lui fit entreprendre le voyage d'Italie. Frappé de l'éclat avec lequel les cérémonies ecclésiastiques se font à Rome, il résolut dès-lors d'en chercher l'origine, et c'est aux réflexions qu'il fit dès ce temps-là qu'on doit son travail sur cette matière. De retour en France il acquit l'estime et la confiance des premiers supérieurs de son ordre, par une piété exemplaire, jointe à une érudition rare. Il contribua beaucoup au rétablissement des chapitres généraux, et parut avec éclat dans celui de 1676. Il y fut élu trésorier de l'abbaye de Cluni, et nommé avec Dom *Paul Rabusson* sous-chambrier de la même abbaye, pour travailler à réformer le bréviaire de leur ordre. (*Voy. RABUSSON*.) Cet ouvrage parut en 1686, et malgré les critiques de *Thiers*, il a été une source abondante où les auteurs des bréviaires postérieurs ont puisé. Les services de Dom de *Vert* lui méritèrent en 1694 le titre de vicaire général du cardinal de *Bouillon*, et l'année d'après on le nomma au prieuré de Saint-Pierre d'Abbeville. Ce savant avoit publié en 1689 la traduction de la *Règle* de Saint-Benoit, faite par *Rancé* abbé et réformateur de la Trappe ; et il y joignit une préface et des notes courtes, mais savantes. Son dessein étoit de faire un plus long commentaire. Cet ouvrage même étoit presque achevé et imprimé in-4$^{e}$, à Paris, chez *Muguet*, jusqu'à l'explication du 48$^{e}$ chapitre de la règle, lorsque l'auteur fut obligé de quitter Paris pour les affaires de son ordre. Il fut long-temps sans donner de ses nouvelles à son Libraire, qui le croyant mort, déchira les feuilles déjà imprimées, et c'est par-là que le public s'en est trouvé privé. En 1690 Dom de *Vert* publia sa lettre à *Jurieu*, où il défend les cérémonies de l'Église contre le mépris que ce ministre avoit montré pour elles. Enfin, l'ouvrage par lequel il est le plus connu, est son *Explication simple, littérale et historique des Cérémonies de l'Église*, en 4 vol. in-8. Le premier volume parut en 1697, et le second en 1698; mais les troisième et quatrième n'ont été publiés qu'après la mort de l'auteur. Quoique presque toutes ses explications soient aussi ingénieuses que naturelles, quelques-unes paroissent tirées de trop loin, et on désirerait plus d'ordre dans l'arrangement des matériaux. Son style est simple et net. Les deux premiers volumes furent réimprimés en 1720 avec des corrections. L'auteur mourut à Abbeville le premier mai 1708, à 63 ans. C'étoit un homme d'un caractère grave et d'un esprit solide. Il avoit de la douceur et de la politesse. Il n'étoit tyran ni dans le cloître, ni dans la société. Son air ouvert et ses manières polies le faisoient aimer, même de ceux qu'il étoit obligé de reprendre et de contredire. Ses ouvrages prouvent ses profondes recherches.
VERTH, (Jean de) capitaine partisan Allemand, qui fut quelque temps redoutable. *Turenne* le fit prisonnier, et il fut le sujet des *Vaudevilles* de Paris. Ces chansons l'ont rendu célèbre.
VERTOT D'AUBEUF, (René Aubert de) né au château de Bennetot en Normandie le 25 novembre 1655, d'une famille bien alliée, entra chez les Capucins malgré l'opposition de ses parens. Sa santé ayant été dérangée par les austérités de cet ordre, il passa en 1677 chez les chanoines réguliers de Prémontré. Las de vivre dans des solitudes, il vint à Paris en 1701 et prit l'habit ecclésiastique. On appelait ces différens changemens, les *Révolutions de l'abbé de Vertot*. Il fut associé en 1705 à l'académie des Belles-Lettres. Ses talens lui firent de puissans protecteurs. Il fut honoré des titres de secrétaire des commandemens de Mad. la duchesse d'*Orléans Bade-Baden*, de secrétaire des langues chez M. le duc d'*Orléans*, et il eut un logement au Palais-royal. Le grand maître de Malte le nomma en 1715 historiographe de l'ordre, l'associa à tous ses privilèges, et lui donna la permission de porter la Croix. Il fut ensuite pourvu de la commanderie de Santeny. On assure qu'il avoit été nommé pour être sous-précepteur du roi *Louis XV*; mais que des raisons particulières le privèrent de cet honneur, dont il étoit si digne par ses connoissances et son esprit. L'abbé de *Vertot* passa les dernières années de sa vie dans de grandes infirmités, au milieu desquelles il mourut, âgé de 80 ans, le 15 juin 1735. C'étoit un homme d'un caractère aimable; il avoit cette aménité que donne presque toujours le commerce des compagnies choisies et des esprits ornés. Son imagination étoit brillante dans sa conversation comme dans ses écrits. Ami fidèle, sincère, officieux, empressé à plaire, il avoit autant de chaleur dans le cœur que dans l'esprit. Ses principaux ouvrages sont : I. *L'Histoire des Révolutions de Portugal*, Paris, 1689, un vol. in-12, composée sur des Mémoires infidelles, mais bien écrite. Le Père *Bouhours* disoit 340 VER qu'il n'avoit rien vu en notre langue qui pour le style fût au-dessus de cet ouvrage et du suivant. C'est une plume taillée pour la Vie du maréchal DE TERENNE, dit un jour Bossuet au cardinal de Bouillon. II. L'Histoire des Révolutions de Suède, où l'on voit les changemens arrivés dans ce royaume au sujet de la religion et du gouvernement, 1696, en 2 vol. in-12. On ne sauroit mieux peindre que l'abbé de Vertot ne fait dans ce livre; mais quelques critiques disent que ses couleurs et ses portraits tiennent un peu du roman. Ce n'est pas ainsi que pensoit l'abbé de Mably. « Nous avons, dit-il, un morceau d'histoire qu'à bien des égards on peut comparer à ce que les anciens ont de plus beau. C'est l'Histoire des Révolutions de Suède : Quel charme ne cause pas cette lecture ! Je vois par-tout un historien qui, ayant médité sur le cœur humain, avoit acquis une grande connoissance de la marche et de la politique des passions. Tite-Live, dont l'auteur s'étoit rempli, lui avoit appris les secrets de son art. L'espèce d'embarras qu'on éprouve en lisant les Révolutions Romaines, (Voyez ci-dessous, n.º 3.) vous ne le rencontrerez point dans la lecture des Révolutions de Suède. L'historien me développe la cause des événemens; je ne perds point de vue la chaîne qui les lie, et je marche à sa suite en éprouvant toujours un nouveau plaisir. » III. L'Histoire des Révolutions Romaines, en 3 vol. in-12. C'est le chef-d'œuvre de l'auteur. La chaleur de son style n'étoit point factice comme celle de quelques historiens modernes. Il se pénétroit tellement de son sujet, que dans les lectures qu'il faisoit à l'académie des Inscriptions de quelques morceaux de son ouvrage, on l'a vu verser des larmes avec la mère de Coriolan, implorant à genoux la clémence de son fils. A l'exemple des bons historiens de l'antiquité, il peint ses personnages, non en traçant des portraits détachés, mais en les faisant agir. « Je regarde l'abbé de Vertot, dit Mably, comme celui de tous nos écrivains qui a été le plus capable d'écrire l'histoire. Il a l'ame élevée et généreuse. Son imagination ne le domine point, et ne lui sert qu'à donner aux objets qu'il traite les ornemens qui leur sont convenables. Ses peintures sont dessinées avec hardiesse, ses réflexions courtes. Sa marche est rapide. Voilà certainement les talens les plus heureux; mais soit que trompé par la facilité et les graces de son génie, il eût négligé les connoissances préliminaires; soit que content de plaire à ces lecteurs qui se croient toujours assez instruits quand ils sont amusés, il forma le dessein de nous donner une histoire Romaine dégagée des détails de Tite-Live; j'ai été obligé de suppléer à ce qu'il avoit passé sous silence. Si je n'avois pas été au fait des affaires des Romains, il m'auroit été impossible d'y rien comprendre. Une histoire est nécessairement obscure pour un esprit raisonnable, quand elle ne développe pas les causes des événemens et la liaison intime qu'ils ont entr'eux. » IV. L'Histoire de Malte, 1727, en 4 volumes in-4°, et en 7 volumes in-12. Le style en est plus languissant, moins pur, moins naturel que celui de ses autres ouvrages, et en l'a attaqué solidement sur plusieurs points qui manquent d'exactitude. (Voyez I. Bosio.) V. Traité de la Mouvance de Bretagne, plein de paralegismes et d'erreurs. VI. Histoire critique de l'établissement des Bretons dans les Gaules, 2 vol. in-12. VII. Origine de la grandeur de la Cour de Rome, in-12, 1753. VIII. Plusieurs savantes Dissertations dans les Mémoires de l'académie des Belles-Lettres. L'abbé de Vertot peut être regardé comme notre Quinte-Curée. Il a un style brillant et léger, une narration vive et ingénieuse. Il possède l'art d'attacher le lecteur et d'intéresser en faveur de ses personnages : mais il n'est pas assez profond dans la connoissance des hommes et des affaires, et il manque presque toujours du côté des recherches... Voyez Heiss.
VERTUE, (George) graveur habile de Londres, né en 1684, mort en 1757, laissa l'Histoire de la Peinture et des Peintres en Angleterre, publiée par Horace Walpole son ami, 1762, 4 vol. in-4°, et 1782, 5 vol. in-8°.
VERTUMNE, (Myth.) Dieu de l'Automne, et selon d'autres des pensées humaines et du changement. Il pouvoit prendre toutes sortes de figures. Il s'attacha fort à la Déesse Pomone et prit la figure d'une vieille, pour lui conseiller d'aimer. L'ayant persuadée il se nomma. Lorsqu'ils furent dans un âge avancé, il se rajeunit avec elle et ne viola jamais la foi qu'il lui avoit promise.
VERTUS, (Jean de) secrétaire d'état sous Charles V, est un de ceux à qui l'on attribue le Songe du Vergier, 1491, in-fol.; et dans les Libertés de l'Eglise Gallicane, 1731, 4 vol. in-fol. Mais il y a de fortes raisons de croire que Raoul de Presles en est le véritable auteur. Cet ouvrage fut enfanté contre les entreprises de la cour de Rome vers 1374, par ordre de Charles V roi de France, à qui il est dédié. On croit qu'il fut écrit en latin, ou du moins traduit en cette langue presque aussitôt qu'il parut.
VERVILLE, Voyez II. BEROALD.
VERVIN, (Couci de) Voyez BIEZ.
VERULAM, (le Baron de) Voyez BACON, n° IV.
VERULANUS, Voyez SULPITUS.
VERUS, (Lucius Célonius Commodus) empereur Romain, étoit fils d'Alius et de Domitia Lucilla. Il n'avoit que 7 ans lorsqu'Adrien qui aimoit son père, fit adopter le fils par Marc-Aurèle qui lui donna sa fille Lucille en mariage et l'associa à l'empire. Ce prince l'ayant envoyé en Orient contre les Parthes, Lucius Verus les défit l'an 163 de J. C. Six ans après il mourut d'apoplexie à Altino en 169, âgé de 39 ans selon les uns, et de 42 suivant les autres. Après sa mort Marc-Aurèle associa Commode à l'empire. Verus avoit peu des bonnes qualités de son collègue. On avoue à la vérité qu'il étoit doux, franc et bon ami; il aimoit assez la philosophie et les lettres, et avoit toujours auprès de lui quelques savans. Mais quoiqu'il affectât un air-grave et sévère et qu'il portât une barbe très-longue, il avoit cependant un penchant extrême aux plaisirs. Son respect pour Marc-Aurèle retint d'abord ce penchant dans quelques bornes; mais il éclata ensuite avec excès. Il étoit d'ailleurs gouverné par ses affranchis, dont quelques-uns étoient très-vicieux et très-méchans. Marc-Aurèle étoit chargé seul du poids des affaires, tandis que son collègue, oisif et voluptueux, ne gardoit de l'autorité que ce qu'il lui en falloit pour satisfaire ses vices. Les comédiens, les bateleurs, les joueurs d'instruments étoient sa compagnie ordinaire. Tous les jours, après avoir soupé frugalement avec son frère, il alloit faire chez lui un festin somptueux avec de jeunes débauchés. Dans un de ces repas, ce ne fut pas assez pour Verus de faire servir tout ce qu'il y avoit de plus délicieux et de plus rare en vins et en viandes; il étoit lui douzième à table, et il donna à chacun de ses convives le jeune éshanson qui avoit servi à boire, un maître d'hôtel, avec un service de vaisselle complet, les mêmes animaux vivans, soit quadrupèdes, soit oiseaux, dont les chairs avoient paru sur la table. Tous les vases dont on usa pour boire étoient précieux par la matière et par les ornemens, or, argent, cristaux, pierreries: on en changea chaque fois que l'on but, et toujours le vase fut donné à celui qui s'en étoit servi. Il leur donna des couronnes de fleurs qui n'étoient point de saison, avec des pendants tissus d'or; des vases d'or, remplis de parfums les plus exquis; et pour les ramener chez eux il leur donna des voitures toutes brillantes d'argent, avec l'attelage de mulets et le muletier pour les conduire. Ce repas coûta à Verus (ou plutôt au peuple) six millions de sesterces ou sept cent cinquante mille livres. Quelquefois on le vit imiter les indignes amusemens de Néron. La tête enfoncée dans un capuchon qui lui couvroit une partie du visage, il couroit les rues de Rome pendant la nuit, entroit dans les tavernes et dans les lieux de débauche, y prenoit querelle avec les gens de néant qu'il y trouvoit, et souvent il remportoit au palais les marques des coups qu'il avoit reçus dans ces combats indécens. Il aimoit à la fureur les spectacles de la course des chariots, et il étoit fauteur passionné de la faction Verte. Il s'intéressoit d'une façon si déclarée et si partiale pour les coureurs de cette livrée, que souvent assis aux jeux du Cirque à côté de Marc-Aurèle, il s'attira des reproches et des injures de la part des Bleus leurs adversaires. Émile des extravagances de Caligula, il affectionna follement un cheval qu'il nommoit l'Oiseau, et qu'il nourrissoit de raisins secs et de pistaches... Voyez AGACLYTUS.
VERWEY, (Jean) savant humaniste Hollandois, connu aussi sous le nom de Phorbæus, né vers le milieu du 17e siècle, fut recteur du collège de Goude, puis de l'école latine à la Haye, et professeur en langue grecque. Il mourut vers l'an 1690. Nous avons de lui: I. Medulla Aristarchi Vossiani, 1670; c'est une grammaire latine tirée principalement de Vossius. II. Nova via docendi Græca, Goude, 1684, et Amsterdam, 1710, in-8.º C'est une des meilleures grammaires grecques que nous ayons. Il y a réuni tout ce qu'il y avoit de plus utile dans les grammaires publiées avant la sienne; il est malgré cela court et méthodique. — VESAL, (André) célèbre médecin, natif de Bruxelles et originaire de Vesel, dans le duché de Clèves, fit une étude particulière de l'anatomie. Il l'enseigna avec une réputation extraordinaire à Paris, à Louvain, à Bologne, à Pise et à Padoue. L'empereur Charles-Quint et Philippe II rois d'Espagne, l'honorèrent du titre de leur médecin. Vesal ayant fait l'ouverture du corps d'un gentilhomme Espagnol que l'on croyoit mort et qui étoit encore vivant, les parens le déférèrent à l'Inquisition; mais le roi d'Espagne le délivra de ce danger, à condition que pour expier son espèce de crime, il feroit un pèlerinage à la Terresainte. Vesal passa en Chypre et de là à Jérusalem. Le sénat de Venise le rappela pour remplir la place de Fallope professeur à Padoue; mais à son retour son vaisseau ayant fait naufrage, il fut jeté dans l'isle de Zante, où il mourut de faim et de misère le 15 octobre 1564, à 58 ans. On a de lui un Cours d'Anatomie en latin, sous le titre de Corporis humani Fabrica, Basle, 1555, in-folio; et Leyde, 1725, 2 vol. in-folio. Cette dernière édition augmentée et corrigée, est due à Boerhaave... Voyez EGMONT.
VESLINGIUS, (Jean) médecin, né à Minden, mort à Padoue en 1649, a donné divers ouvrages d'anatomie et de botanique.
VESPASIEN, (Titus-Flavius) empereur Romain, né l'an 8 ou 9 de Jésus-Christ, d'une famille obscure, étoit fils de Flavius Sabinus et de Vespasia Polla qui vivoient dans une petite maison de campagne près de Riti. Il ne rougissoit point d'avouer sa naissance, et se moquoit de ceux qui pour le flatter lui donnoient des ancêtres illustres. Sa valeur et sa prudence, et surtout le crédit de Narcisse affranchi de Claude, lui procurèrent le consulat. Il suivit Néron dans son voyage de la Grèce; mais il encourut la disgrace de ce prince pour s'être endormi pendant qu'il récitoit ses vers. Les Juifs s'étant révoltés, l'empereur oublia cette prétendue faute, et lui donna une armée pour les rappeler à leur devoir. Il fit la guerre dans la Palestine avec succès, défit les rebelles en diverses rencontres, prit Ascalon, Jotapat, Joppé, Gamala, etc. Toutes les autres places de la Galilée se soumirent par force ou volontairement, et une foule de captifs furent exposés en vente. Le vainqueur se prépara à mettre le siège devant Jérusalem; mais il ne prit point cette ville; la gloire en étoit réservée à Titus son fils qui s'en rendit maître quelque temps après: (Voyez VI. JOSEPH.) Vitellius étant mort, il fut salué empereur à Alexandrie, par son armée le 1er juillet de l'an 69 de Jésus-Christ. Il commença par rétablir l'ordre parmi les gens de guerre dont les excès et les insolences désoloient les villes et les provinces. Il eut soin sur-tout de remédier à la mollesse, l'écueil de la discipline militaire. Un jeune officier qu'il avoit honoré d'un em- ploi considérable, étant venu l'en remercier tout parfumé, il lui dit d'un ton sévère : *J'aimerais mieux que vous sentissiez l'ail que l'essence*. La réforme s'étendit sur tous les ordres de l'état ; il abrégea les procédures ; il rendit inutiles les artifices de la chicane par d'excellentes lois. Après avoir travaillé lui-même à ces changements, il embellit Rome et les autres villes de l'empire. Il répara les murs, fortifia les avenues et les mit en état de défense. Il bâtit aussi quelques villes et fit des grands chemins. Il pourvut à la sûreté des provinces frontières. Mais ce qui le distinguait sur-tout des autres princes, ce fut sa clémence. Loin de faire mourir ceux qui étoient simplement soupçonnés de conspirer contre lui, il leur faisoit ressentir ses bienfaits. Ses amis lui ayant dit un jour de prendre garde à *Metius Pomposianus*, parce que le bruit courtoit que son horoscope lui promettoit l'empire, il le fit consul, et ajouta en riant : *S'il devient jamais Empereur, il se souviendra que je lui ai fait du bien... Je plains, ajouta-t-il, ceux qui conspirent contre moi et qui voudroient occuper ma place ; ce sont des fous qui aspirent à porter un fardeau bien pesant*. Ce fut par cette modération et par sa vigilance qu'il désarma les conspirateurs qui vouloient lui enlever le trône et la vie ; et le seul *SABINUS* (*Voyez* ce mot, n.º II.) eut à se plaindre de la sévérité vindicative de *Vespasien*. Il n'étoit point ambitieux de ces grands titres dont plusieurs de ses prédécesseurs étoient si jaloux. Il refusa même long-temps celui de *Père de la Patrie* qu'il méritoit à si bon droit. Le roi des Parthes lui ayant écrit avec cette inscription : *Arsace roi des rois, à Vespasien* ; au lieu de réprimer cet orgueil, il lui répondit simplement : *Flavius Vespasien à Arsace roi des rois*. Il permettoit à ses amis de railler ; et lorsqu'on affichoit des plaisanteries sur lui, il en faisoit afficher aussi pour y répondre. Son penchant à pardonner ne prit rien sur sa justice. Les usuriers, ressource cruelle de la jeunesse qui empruntoit d'eux à un intérêt exorbitant, causoient la ruine de plusieurs maisons : il ordonna que quiconque auroit prêté à un enfant de famille à un gros intérêt, ne pourroit, quand la succession séroit ouverte, répéter ni l'intérêt ni le principal. Ennemi du vice, il fut le rémunérateur de la vertu. Il fit fleurir sur-tout les arts et les sciences par ses libéralités envers ceux qui y excelloient ou qui y faisoient des progrès ; et il destina aux seuls professeurs de rhétorique cent mille sesterces, payables annuellement sur le trésor de l'empire. Il est vrai qu'il bannit de Rome divers philosophes dont l'insolence étoit extrême et les principes dangereux ; mais il n'en eut ni moins d'amour pour les lettres, ni moins de générosité à l'égard des écrivains distingués. Il donnoit des pensions ou accordoit des gratifications à ceux qui faisoient des découvertes ou qui perfectionnoient les arts mécaniques qui étoient aussi précieux à ses yeux que les arts libéraux. Un habile mathématicien ayant trouvé une manière de faire transporter à peu de frais dans le Capitole des colonnes d'une pesanteur prodigieuse, *Vespasien* paya en prince l'inventeur, sans vouloir pourtant qu'on se servit de l'invention : *Il faut*, dit-il, *que les pauvres vivent...* (Voyez VIII. DÉMÉTRIUS.) L'empire fut aussi florissant au dehors qu'au dedans. Outre la Judée et la Comagène, il assujettit encore les royaumes de Lycie et de Pamphylie en Asie qui jusqu'alors avoient eu leurs rois particuliers, et les rendit provinces de l'empire. L'Achaie et la Thrace en Europe, eurent un pareil sort. Les villes de Rhodes et de Samos, la ville de Byzance et d'autres aussi considérables, furent soumises aux Romains. Ses grandes qualités furent ternies par une économie qui tenoit de l'avarice. N'étant encore que simple particulier, il avoit marqué beaucoup d'avidité pour l'argent; il n'en témoigna pas moins sur le trône. Un esclave à qui il refusa de donner la liberté gratuitement, tout empereur qu'il étoit, lui dit : *Le Renard change de poil, mais non de caractère*. Les députés d'une ville ou d'une province étant venus lui annoncer que par délibération publique, on avoit destiné un million de sesterces (125,000 livres) à lui ériger une statue colossale : *Placez-là ici sans perdre de temps*, leur dit-il en présentant sa main formée en creux : *voici la base toute prête... Vespasien* achetoit souvent des marchandises pour les revendre plus cher. Mais il fit en sorte qu'une partie de ses extorsions fût attribuée à Céniz une de ses concubines. Cette femme avoit l'esprit d'intérêt si ordinaire aux personnes de son état. Elle vendoit les charges et les commissions à ceux qui les sollicitoient, les absolutions aux accusés innocens ou coupables, et les réponses mêmes de l'empereur. On imputoit encore à Vespasien d'employer à dessein dans les finances les hommes les plus avides, pour les condamner lorsqu'ils se seroient enrichis. Ce prince ne regardoit les financiers que comme des éponges qu'il vouloit presser après qu'elles se seroient remplies. *Titus* son fils n'approuvant point je ne sais quel impôt sur les urines, l'empereur lui présenta la première somme qu'on en avoit retirée, en lui demandant : *Cet argent sent-il mauvais ?...* La dernière maladie de Vespasien fut une douleur dans les intestins. Elle ne l'empêcha point de travailler aux affaires du gouvernement avec vivacité; et il répondoit aux représentations qu'on lui faisoit sur cela, qu'il falloit qu'un Empereur mourût debout. Comme il sentoit que sa fin approchoit : *Je crois*, dit-il gaiement, *que je vais bientôt devenir Dieu*. Il mourut âgé de 71 ans, le 24 juin de l'an 79 de Jésus-Christ, dans le même lieu où il étoit né, après un règne de dix années. L'histoire ne lui reproche que sa passion pour les femmes et pour l'argent. Il poussoit ce dernier vice jusqu'à la petitesse; mais on l'excuse en observant qu'il ne mit des impôts que pour dégager le trésor impérial, fort endetté lorsqu'il fut nommé empereur. Voyez ZENODORE.
VESPUCE, Voyez AMÉRIC.
VESTA, (Mythol.) Déesse honorée par les Grecs et les Romains, étoit fille de Saturne et d'Ops. Les anciens distinguoient deux Vesta, l'une mère et l'autre fille de Saturne; mais les poètes les confondent. La pre- mière représentoit la Terre, sous le nom de Cybèle; et la seconde le Feu, sous le nom de Vesta. On croyoit celle-ci vierge, parce que le feu ne produit rien. Il n'appartenoit qu'à des vierges de célébrer ses mystères. Leur unique soin étoit de ne jamais laisser éteindre dans ses temples le feu éternel, gage de la durée de l'empire Romain, et dont l'extinction étoit le présage des plus grands malheurs. Quand elles le laissoient éteindre ou quand elles manquoient à leur vœu de virginité, elles étoient condamnées à être enterrées toutes vives dans une caverne profonde, où on les laissoit mourir de faim. On les appeloit Vestales. Leur nombre étoit fixé à six; la plus ancienne s'appeloit la grande Vestale. On les choisissoit dans les meilleures familles de Rome, depuis l'âge de six ans jusqu'à dix. Leur vœu de chasteté ne les obligeoit que pendant trente ans; après quoi elles pouvoient se marier. Le feu qu'elles entretenoient n'étoit point sur un autel ou dans un foyer, mais dans de petits vases de terre. Lorsqu'il s'éteignoit, on ne le rallumoit pas avec d'autre feu; on en faisoit de nouveau avec deux morceaux de bois qui s'enflammaient en les frottant fortement l'un contre l'autre. Le culte de Vesta que les poètes font remonter jusqu'à Enée, fut rendu plus auguste par Numa Pompilius. On croit qu'il fut le premier qui fit bâtir à Rome un temple à cette Déesse. On la représentoit sous la figure d'une femme vêtue d'une longue robe, avec un voile sur la tête, tenant d'une main une javeline un peu penchée, et de l'autre un vase à deux anses ou une lampe, et quelquefois un palladium ou une petite victoire.
VETILLARD, (Michel-Noël-Patrice) médecin, né au Mans, mort dans cette ville en 1783, a publié quelques écrits relatifs à sa profession, tels que la Description d'une chenille rejetée vivante par un vomissement; des Mémoires sur le seigle ergoté, et les funestes effets de la vapeur du charbon; une Histoire des maladies dissentériques qui ont affligé le Maine en 1779.
VÉTRANION, général de l'armée Romaine sous Constance, né dans la Haute-Mœsie, avoit vieilli dans le métier des armes. Regardé comme le père des soldats, il fut revêtu par son armée de la pourpre impériale à Sirmich dans la Pannonie, le 1er mai 350. Magnence s'étoit révolté dans le même temps. Constance marcha contre l'un et l'autre; et ayant eu une entrevue avec Vétranion dans la Dacie, il le traita d'abord en souverain, et le détermina ensuite à quitter le trône. Vétranion obtint de grands biens, pour pouvoir mener une vie convenable au titre qu'il avoit porté. Il se retira à Pruse en Bithynie, où il vécut encore six années dans un exercice continuel de piété et de bonnes œuvres. Il avoit régné environ six mois. Son abdication prouve assez quel étoit son caractère. On remarquoit en lui cette simplicité et cette grandeur d'ame des anciens Romains dont il avoit l'air; mais il étoit si peu lettré, qu'étant parvenu à l'empire il fut obligé d'apprendre à écrire pour savoir signer son nom.
VETTORI, *Voy. I. VICTO- RIUS.*
VETURIE, mère de *Corio- lan*, fut envoyée vers son fils qui assiégoit Rome avec *Volumnie* sa femme, et ses deux enfans. Le vainqueur avoit été jusqu'alors insensible aux prières; mais dès qu'il apperçut sa mère: *O Pa- trie!* s'écria-t-il, vous m'avez vaincu et vous avez désarmé ma colère, en employant les prières de ma mère, à qui seule j'accorde le pardon de l'injure que vous m'a- vez faite; et aussitôt il cessa ses hostilités sur le territoire Ro- main.
VEUGLES, *Voyez VLEU- GHELS.*
VEZINS, (N. de) lieutenant de roi dans le Quercy, se dis- tingua dans le temps de la Saint- Barthélemi, par une action de générosité, digne d'être conser- vée dans l'histoire. Il étoit près de sortir de Paris pour s'en re- tourner dans sa province, au moment que commença cette tragédie horrible. Ayant appris qu'un gentilhomme Calviniste de son pays avec lequel il étoit très-brouillé, alloit être enve- loppé dans le massacre, il va le trouver le pistolet à la main: *Il faut obéir*, lui dit-il d'un air farouche; *suivez-moi*. Ce gen- tilhomme plus mort que vif, sui- vit jusques dans le Quercy le lieu- tenant de roi qui ne lui dit pas un mot dans tout le chemin. Alors de *Vezins* rompant le si- lence: *J'aurois pu me venger de vous*, lui dit-il, *si j'eusse voulu profiter de l'occasion; mais l'hou- neur et votre vertu m'en ont em- péché. Vivez donc par la faveur que je vous fais; mais croyez* que je serai toujours prêt à vider notre querelle par la voie reçue, comme je l'ai été à vous garantir d'une perte inévitable. Et dans le moment, sans attendre de ré- ponse, il pique et s'éloigne à toute bride, laissant au gentil- homme le cheval qu'il lui avoit fourni pour faire la route, sans vouloir le reprendre lorsqu'il lui fut renvoyé ni même en rece- voir le prix.
VEZOU, (Louis-Claude de) ingénieur, historiographe, gé- néalogiste du roi, de l'académie de Rouen, mort le 28 mai 1782, publia divers ouvrages. Le plus connu est son *Tableau généalo- gique des trois races des Rois de France*, qu'il publia en 1772. Il donna deux ans après, en 1774, le *Tableau généalogique de la Maison de Bourbon*.
VIALART, (Félix) évêque de Châlons, né à Paris en 1613, et mort saintement en 1680, fut un des plus illustres prélats du siècle de *Louis XIV*. Sa vertu étoit solide, mais sans grimace et sans amertume. La paix de *Clément XI* se fit en 1669, en partie par ses soins. On a de lui un *Rituel*, des *Mandemens* et des *Instructions Pastorales*.
VIALART, (Charles) *Voyez* CHARLES de *Saint-Paul*, n.º XXXVIII.
VIALLIER, (N.) de Lyon, curé de Saint-Etienne en Bresse, publia au milieu du siècle qui vient de finir, un *Recueil* d'orai- sous funèbres. I. VIARD ou WIARD, Char- treux à Lugny, mort au commen- cement du 13e siècle, se retira dans une solitude à quatre lieues 348 VIA de Langres. Un grand nombre de disciples auxquels il imposa une règle très-austère, approuvée par Innocent III, vinrent se ranger sous sa discipline. Ces hermites donnèrent à leur monastère le nom de Notre-Dame du VAL des Choux devenu chef-d'Ordre, et réuni depuis quelques années à l'abbaye de Sept-Fonts, maison réformée comme la Trappe.
II. VIARD, (Nicolas-André) mort en 177... Ses Vrais Principes de la lecture et de l'orthographe, 1786, in-8°, et ses Epoques les plus intéressantes de l'Histoire de France, 1771, in-douze, sont utiles à la jeunesse, à laquelle il avoit consacré ses talens.
VIAS, (Balthasar de) poète latin, né à Marseille l'an 1587, mourut dans la même ville en 1667. Il marqua dès son enfance une inclination particulière pour les Muses latines qu'il cultiva dans toutes les situations de sa vie. En 1627, il fut fait consul de la nation Françoise à Alger; emploi qu'occupoit son père et qu'il remplit avec le plus grand applaudissement. Le roi le récompensa de son zèle par les places de gentilhomme ordinaire et de conseiller d'état. Ses ouvrages sont: I. Un long Panégyrique de Henri le Grand. II. Des Vers élégiaques. III. Des pièces intitulées: Les Graces ou Charitum libri tres, Paris, 1660, in-4.° IV. Sylvæ regiae, Paris, 1623, in-4.° V. Un Poème sur le pape Urbain VIII, etc. Il y a dans ces différentes pièces de l'esprit, de la facilité; mais son style est quelquefois obscur par un usage trop fréquent de la fable, et l'auteur ne sait pas s'arrêter où il fandroit. Aussi ses poésies ne sont guère que dans les grandes bibliothèques, avec une infinité d'autres abandonnées à la poussière et aux vers. A la qualité de poète, il joignit celles de jurisconsulte et d'astronome; il avoit formé un cabinet curieux de médailles et d'antiques, qui lui donna la réputation d'amateur.
VIAUD, Voyez III. THÉOPHILE.
VIBIUS SEQUESTER, ancien auteur, adressa à son fils Virgilien un Dictionnaire géographique, où il parloit des fleuves, des fontaines, des lacs, des montagnes, des forêts et des nations. Bocace a depuis travaillé sur le même sujet; et quoique souvent il ne fasse que transcrire ce qu'a dit Vibius Sequester, il ne le cite cependant jamais. On trouve le Dictionnaire de Vibius avec Pomponius Mela; et séparément, 1575, in-12, édition donnée par Josias Simler; et enfin à Rotterdam, 1711, in-8.° I. VIC, (Henri de) le plus habile mécanicien du 14e siècle, étoit d'Allemagne. Charles V le fit venir à Paris, où il plaça sur la tour du palais une grosse horloge qui sonnoit les heures. C'est le premier ouvrage d'horlogerie qu'on ait vu en France, quoique Gerbert, dès le dixième siècle, eût commencé à décrire les horloges à roues. De Vic mourut vers l'an 1369.
II. VIC, (Énée) natif de Parme, se distingua parmi les antiquaires du 16e siècle. On a de lui les douze Césars et d'autres médailles gravées proprement, Paris, 1619, in-4.° Cet anti- quaire manquoit de discernement; il a publie plusieurs médailles fausses.
III. VIC, (Dominique de) gouverneur d'Amiens, de Calais, et vice-amiral de France, se signala par son affabilité et par son humanité, autant que par sa valeur. Il s'informoit dans tous les lieux où il commandoit, des marchands et des artisans qui jouissoient d'une bonne réputation; il les visitoit comme un ami et alloit lui-même les prier à dîner. L'Histoire rapporte de lui deux traits bien touchans. Ayant eu en 1586 le gras de la jambe droite emporté d'un coup de fauconneau et ne pouvant plus monter à cheval sans ressentir les douleurs les plus vives, il s'étoit retiré dans ses terres en Guienne. Il y vivoit depuis trois ans lorsqu'il apprit la mort de Henri III, les embarras où étoit Henri IV, et le besoin qu'il avoit de tous ses bons serviteurs. Il se fit couper la jambe, vendit une partie de son bien, alla trouver ce prince et lui rendit des services signalés à la bataille d'Ivri et dans plusieurs autres occasions. Deux jours après l'assassinat de ce bon roi, de Vic passant dans la rue de la Féronnerie et regardant l'endroit où cet horrible attentat avoit été commis, fut si saisi de douleur qu'il tomba presque mort, et il expira le surlendemain 14 août 1610. — Son frère Méri DE VIC, mort en 1622, fut gardé des sceaux sous Louis XIII. Dominique de Vic ne laissa pas de postérité.
IV. VIC, (dom Claude de) Bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, naquit à Sorèze petite ville du diocèse de Lavaur. Il professa d'abord la rhétorique dans l'abbaye de Saint-Sever en Gascogne. Ses supérieurs instruits de sa capacité, l'envoyèrent à Rome en 1701, pour y servir de compagnon au procureur général de sa congrégation. Ses connaissances, sa politesse, la douceur de son caractère et la pureté de ses mœurs lui concilièrent la bienveillance du pape Clément XI, de la reine de Pologne et de plusieurs cardinaux. On le rappela en France en 1715, et il fut choisi avec Dom Vaisette, pour travailler à l'Histoire de Languedoc. Le premier vol. de ce savant ouvrage étoit imprimé lorsqu'il mourut à Paris, le 23 janvier 1734, à 64 ans, après avoir été nommé procureur général de sa congrégation, à Rome. On a encore de lui une Traduction latine de la Vie de Dom Mabillon par Buinart. Cette version fut imprimée à Padoue en 1714.
VICAIRE, (Philippe) doyen et ancien professeur de théologie dans l'université de Caen sa patrie, curé de Saint-Pierre de la même ville, naquit le 24 décembre 1689, et mourut le 7 avril 1775. Il parut dans l'université lorsque les tristes querelles à l'occasion des matières de la Grace y étoient dans la plus grande effervescence. Son attachement à la Bulle Unigenitus ne fut pas équivoque: il donna lieu plus d'une fois au parti opposé de lui en reprocher l'excès. Il ne fit pas par contre moins de zèle pour la réunion des Protestans à l'église Catholique, et gouverna sa paroisse avec prudence. Nous avons delui: I. Discours sur la Naissance de Monseigneur le DAUPHIN, Caen, 1729, in-4.º II. *Oraison funèbre de M. le cardinal de Fleury*, 1743, in-4.º III. *Demandes d'un Protestant faites à M. le Curé de \*\*\**, avec les Réponses*, 1766, in-12. IV. *Exposition fidelle et Preuves solides de la Doctrine Catholique, adressées aux Protestans*, etc. Caen, 1770, 4 vol. in-12. Cet ouvrage, appuyé sur les témoignages de l'Écriture et des Pères, est un des meilleurs livres de controverse.
**VICECOMÈS ou VICOMTI**, (Joseph) né à Milan vers la fin du 16$^{e}$ siècle, fut choisi par le cardinal *Frédéric Borromée* pour travailler dans la fameuse *Bibliothèque Ambrosienne*, fondée à Milan par ce savant prélat. *Vicecomès*, *Rusca*, *Collius*, etc. avoient mérité par leur capacité, ses regards; et afin que sa *Bibliothèque* ne fût pas oisive, il leur distribua à chacun les matières qu'ils devoient traiter. Le premier eut pour lot les rits ecclésiastiques. Il remplit sa tâche avec érudition par un ouvrage imprimé à Milan, en 4 volum. in-4°, sous ce titre : *Observations Ecclesiasticae, de Baptismo, Confirmatione et de Missa*. Cet ouvrage rare, ainsi que tous ceux appelés *Ambrosiens*, parut en différentes années : le premier volume en 1615, le second en 1618, le troisième en 1620, et le quatrième en 1626. Le dernier contient ce qui regarde les cérémonies de la Messe. L'auteur a eu soin de rassembler dans cet ouvrage tout ce qu'on peut dire de plus curieux sur cette matière. Les anciens rits usités pendant le Sacrifice et ceux qui leur servent de préparation, y sont détaillés avec étendue. Il est au- autre de quelques autres ouvrages moins considérables.
**VICENCE**, (Jean de) Dominicain. *Voyez EZZELIN*.
**VICENTE**, (Gilles) fameux dramatiste du 16$^{e}$ siècle, qu'on regarde comme le *Plaute* de Portugal, eut la facilité du poète Latin. Il a servi de modèle à *Lopez de Vega* et à *Quévedo*. Ses Ouvrages dramatiques virent le jour à Lisbonne en 1562, in-folio, par les soins de ses enfans, héritiers des talens poétiques de leur père. Cette Collection partagée en cinq livres, comprend dans le premier, toutes les Pièces du genre pieux; dans le second, les *Comédies* dans le troisième, les *Tragi-Comédies*; dans le quatrième, les *Farces*, et dans le cinquième, les *Pantomimes... Vicente* écrivait facilement, mais sans correction et sans goût. Son sel étoit fade pour tout ce qui n'étoit pas peuple. On prétend néanmoins qu'*Erasme* apprit exprès le portugais pour lire ses ouvrages.
**VICHARD DE SAINT-RÉAL**, *Voyez RÉAL*, n.º I.
**VICHEM**, nom de plusieurs graveurs en bois qui ont perfectionné leur art dès son origine. *Christophe Vichem* commença à se distinguer au commencement du 16$^{e}$ siècle : son fils a gravé la suite des portraits des *Hommes Illustres* dessinés par *Tobie Stimer*, dans un Ouvrage latin publié à Basle en 1591, l'un des plus précieux monumens de la gravure en bois. *C. S. Vichem* fils de ce dernier, a vécu plus d'un siècle, et fut aussi l'un des plus habiles graveurs en bois de son temps. Il a beaucoup gravé d'après *Goltzius* et *Matham*.
VICOMTI, *Voyez VICE- COMÈS*.
VICQ-d'AZIR, (Félix) médecin, naquit à Valone le 28 avril 1748 : fils d'un médecin renommé, il suivit avec ardeur la profession de son père. La foiblesse de sa poitrine et de sa santé ne l'arrêta point dans ses études. Plein d'ambition, agité par le désir de se faire un nom et de percer dans le monde, il vint à Paris à l'âge de 17 ans, et s'y distingua bientôt par ses écrits sur l'anatomie et la physiologie, par son esprit méthodique et la pureté de son style. En 1775, il fut envoyé par le ministre *Turgot* en Languedoc, pour y arrêter les ravages d'une épizootie meurtrière, et y remplit sa mission avec succès. Bientôt après, il devint l'un des principaux fondateurs de la Société de médecine, dont les travaux pouvoient faire obtenir à la France la même prééminence en médecine qu'elle avoit en chirurgie. *Vicq-d'Azir* y prononça les éloges de *Haller*, *Linné*, *Bucquet*, *Licutaud*, *Duhamel*, *Pringle*, *Hunter*, *Sanchez*, *Lorry*, *Macquer*, *Bergman*, *Serrao*, *Scheele*. Ces éloges lui firent une si grande réputation qu'en 1788 l'académie Françoise l'appela dans son sein à la place de *Buffon*. Auparavant il étoit membre de l'académie des Sciences. Des travaux continus, l'impression douloureuse que faisoient sur son cœur les victimes de la révolution, altérerent sa santé ; et dans l'ardeur de la fièvre qui termina ses jours, il parla sans cesse du tribunal révolutionnaire. Il suo- comba le 20 juin 1794. *Vicq-d'Azir* avoit une taille avantageuse, une physionomie spirituelle, un langage agréable et la mémoire la plus heureuse. Son extrême ambition usa ses jours, et pour parvenir à son avancement, il employa non-seulement son mérite, mais beaucoup d'adresse pour se faire des partisans et des protecteurs. Outre les éloges cités, on lui doit : I. Ceux de *Vergennes*, *Franklin* et *Buffon*. II. Plusieurs *Mémoires* sur l'anatomie des oiseaux. III. Des *Observations* anatomiques sur trois singes, et sur plusieurs points d'anatomie comparée. Il y prouve que l'homme étant le seul être qui ait la faculté de joindre le pouce avec *Vindex*, c'est à cet avantage, si petit en apparence, que l'on doit en grande partie les prodiges de tous les arts. IV. *Description* des nerfs de la deuxième et troisième paires. V. *Mémoire* sur la voix. VI. *Autre* sur la structure et la position des testicules. VII. Quatre *Mémoires* sur la structure du cerveau, du cervelet et de la moëlle alongée. VIII. *Observations* sur la clavicule et sur les os claviculaires.
VICTOIRE ou NICE, (Mythol.) Déesse du Paganisme, avoit un temple à Athènes et un autre à Rome. Elle étoit fille de la Déesse *Styx* et du Géant *Pallon*. On la représente sous la figure d'une jeune fille toujours fine, avec des ailes, tenant d'une main une couronne d'olivier et de laurier, et de l'autre une branche de palmier. Les Athéniens ne donnoient point d'ailes à leur Déesse *Victoire*, comme pour l'empêcher par-la de s'éloigner 352 VIC d'eux. Les fêtes ou réjouissances qui suivoient ses faveurs, s'appelloient Niceteria.
VICTOIRE, Voyez VICTO-RINE.
VICTOIRE DE BAVIÈRE, Dauphine de France, Voy. MARIE, n.º XVII. I. VICTOR, (Saint) d'une illustre famille de Marseille, se signala dans les armées Romaines jusqu'à l'an 303 qu'il eut la tête tranchée pour la Foi de Jésus-Christ. Les fameuses abbayes de Saint-Victor à Marseille et à Paris, ont été fondées sous son invocation.
II. VICTOR I, (Saint) Africain, monta sur la chaire de Saint-Pierre après le pape Eleuthère, le 1er juin 1933. Il y eut de son temps un grand différend dans l'église pour la célébration de la fête de Pâques. Il décida qu'on devoit toujours la célébrer le dimanche après le quatorzième jour de la lune de mars. On ne regarda point comme hérétiques ni schismatiques, ceux qui observaient une pratique contraire, jusqu'à ce que la question eût été décidée par le concile de Nicée. Les Montanistes essayèrent de se mettre bien dans l'esprit de ce pape, et ils lui envoyèrent des présens accompagnés de déclarations catholiques en apparence. Trompé par l'extérieur de leurs vertus et la sévérité de leur morale, il avoit dressé les lettres de communion; mais Praxens qui dans la suite fut hérésiarque lui-même, ne l'eut pas plutôt informé du véritable état des choses, qu'il refusa leurs présens et révoqua ses lettres de paix. Ce fait est attesté par Ter- tullien (Lib. contra Praxæum) qui étoit lui-même Montaniste. Il ne nomme point le pape. Cave et quelques autres écrivains pensent que ce pape étoit Eleuthère; mais d'autres critiques soutiennent que c'est Victor I (Voyez TILLEMONT et CELLIER sur Victor.) Ce saint pontife scella de son sang la Foi de Jésus-Christ, sous l'empire de Sévère, le 28 juillet 202. Nous avons de lui quelques Epîtres; et St. Jérôme le compte le premier parmi les auteurs ecclésiastiques qui ont écrit en latin.
III. VICTOR II, appelé auparavant Gebehard évêque d'Eichstadt en Allemagne, pape après Léon IX, le 13 avril 1055, par la faveur de l'empereur Henri III, n'accepta la tiare que malgré lui; mais il l'illustra par ses vertus. Il déposa plusieurs évêques simoniaques dans un concile qu'il tint à Florence; envoya Hildebrand en France en qualité de légat; et tint un concile à Rome l'an 1057. Le zèle de Victor pour la discipline lui attira des ennemis implacables. Un sous-diacre attenta à sa vie et mit du poison dans le talice; mais le pape découvrit ce crime, les uns disent naturellement, les autres par un miracle. Victor mourut à Florence l'an 1057, laissant vacant le trône pontifical et le siège d'Eichstadt qu'il avoit aussi gardé jusqu'à sa mort.
IV. VICTOR III, appelé auparavant Didier, étoit cardinal et abbé du Mont-Cassin, lorsqu'il fut placé, malgré sa résistance, sur la chaire de Saint-Pierre le 1; mai 1086. Il assembla au mois d'août de l'année suivante suivante un concile des évêques de la Pouille et de la Calabre à Bénévent ; il y prononça la déposition de l'antipape *Guibert* qui vouloit toujours se maintenir à Rome, et renouvela le décret contre les investitures. *Victor* tomba malade pendant ce concile, et il fut obligé de retourner promptement au Mont-Cassin, où il mourut le 16 septembre 1087. *Hugues de Flavigni* très-prévenu contre ce pontife, suppose que sa mort fut une punition de Dieu. Plusieurs auteurs, dit le P. *Longueval*, ont écrit qu'il étoit mort du poison que les émissaires de l'empereur avoient fait mettre dans le calice lorsqu'il célébroit la messe. Mais ces fables n'ont d'autre fondement que la brièveté de son pontificat. *Grégoire VII* l'avoit désigné pour son successeur. *Victor* ressembloit à ce pontife par ses vertus. Il s'étoit principalement signalé par la magnifique église qu'il fit élever au Mont-Cassin. On a de lui des *Epitres*, des *Dialogues*, et un *Traité des miracles de St. Benoit*, dans la *Bibliothèque des Pères*. — Il ne faut pas le confondre avec l'antipape *VICTOR*, nommé l'an 1138, après la mort d'*Anaclet*, et qui presqu'aussitôt quitta la chaire pontificale. *Voy*. INNOCENT II. V. VICTOR DE VITE ou D'UTIQUE, étoit évêque de Vite en Afrique. Le roi *Hunneric* prince Arien alluma une persécution contre les Catholiques, pendant laquelle *Victor* eut beaucoup à souffrir. Le saint évêque écrivit vers l'an 487, l'*Histoire* de cette persécution avec plus d'exactitude que d'élégance. Son ouvrage (donné au public par le P. *Chifflet*, Dijon, 1665, in-4°, et par Dom *Ruinart*, Paris, 1694, in-4°) peut servir non-seulement pour l'Histoire de l'Eglise, mais même pour celle des Vandales. L'auteur raconte que ce tyran avoit fait couper la langue jusqu'à la racine à plusieurs Catholiques qui parlèrent encore après l'exécution. « Si quelqu'un en doute, dit le saint évêque, qu'il aille à Constantinople et il y trouvera entr'autres un sous-diacre nommé *Reparat* qui parle nettement, sans aucune peine, et qui par cette raison est singulièrement honoré dans le palais de l'empereur *Zénon* et principalement de l'impératrice. » Il n'y a pas de fait mieux prouvé dans l'histoire. *Enée de Gaze*, l'empereur *Justinien*, l'historien *Procope*, le comte *Marcellin* l'attestent également sur le témoignage de leurs yeux. *Victor* est honoré comme confesseur le 23 d'août.
VI. VICTOR DE CAPOUE, évêque de cette ville, se rendit illustre par sa doctrine et par ses vertus. Il composa un *Cycle Pascal* vers l'an 545, et une *Préface* sur l'*Harmonie* des quatre Évangélistes, par *Ammonius*. Cet ouvrage se trouve dans la *Bibliothèque des Pères*. Le vénérable *Bède* nous a conservé quelques Fragmens de son *Cycle Pascal*.
VII. VICTOR DE TUNONES, évêque de cette ville en Afrique, fut l'un des principaux défenseurs des *Trois Chapitres*. La chaleur avec laquelle il les défendit, le fit exclure en 555. Après avoir essuyé plusieurs mauvais traitements, il fut renfermé dans un monastère de Constantinople on il mourut en 566. Nous avons de lui une *Chronique* qui renferme les événements considérables arrivés dans l'Église et dans l'État. Le discernement, l'exactitude, le choix des matières n'y préside pas toujours; mais elle peut servir pour les 5$^{e}$ et 6$^{e}$ siècles de l'Église. On la trouve dans le *Thesaurus Temporum* de *Scaliger*, et dans *Canisius*.
**VIII. VICTOR-AMÉDÉE II**, duc de Savoie et premier roi de Sardaigne, naquit le 14 mai 1666, et succéda à son père *Charles-Emmannuel*, à l'âge de 11 ans, en 1675. Son mariage avec la fille punée de *Monsieur* frère de *Louis XIV*, lui assura les armes de la France. Ce fut en partie par le secours du roi qu'il chassa entièrement les Vaudois des Vallées de Luzerne et d'Angrone. Mais à peine jouissait-il de la paix que *Louis XIV* lui avoit procurée, qu'il se ligua contre ce monarque. *Catinat* le battit le 19 août 1690 à Staffarde, et lui enleva toute la Savoie. *Victor* se jeta sur le Dauphiné deux ans après et se rendit maître de Gap et d'Embrun; mais on le força d'abandonner cette province. *Catinat* le défit encore dans la plaine de la Marsaille en 1693: (*Voyez* CHAUIRU.) Obligé de faire la paix en 1696, il entra dans la guerre de 1701, malgré ses traités avec la France; et il lui en coûta la Savoie et Nice. Il étoit étonnant que ce prince, beau-père de *Philippe V*, beau-père du duc de Bourgogne et petit-fils d'une sœur de *Louis XIII*, abandonnât ses deux gendres, et même à ce qu'on croyoit ses véritables intérêts. Mais l'empereur lui promettoit tout ce que ses gendres lui avoient refusé, le Montferrat-Mantonian, Alexandrie, les pays entre le Pô et le Tanaro, et plus d'argent que la France ne lui en donnoit. S'il manquoit aux lois de l'équité, il ne croyoit pas manquer aux lois de la politique. Mais il y avoit un point essentiel qu'il oublia; ce fut de retirer ses troupes qu'il laissa à la merci des François, tandis qu'il traitoit avec l'empereur. Le duc de *Vendôme* les fit désarmer; elles n'étoient à la vérité que de cinq mille hommes; mais ce n'étoit pas un petit objet pour le duc de Savoie. Les François occupèrent une partie de ses états, et le duc de la *Feuillade* fut envoyé en 1706 pour faire le siège de Turin. Heureusement le prince *Eugène* vint dégager cette place le 7 septembre. *Victor* étant rentré dans ses états, alla mettre le siège devant Toulon qu'il fut obligé de lever. Par la paix de 1713, le roi d'Espagne lui donna le royaume de Sicile. Le duc de Savoie s'en démit depuis en faveur de l'empereur qui le déclara roi de Sardaigne. *Victor - Amédée* après avoir régné 55 ans, lassé des affaires et de lui-même, abdiqua par un caprice en 1730, à l'âge de 64 ans la couronne qu'il avoit portée le premier de sa famille, et il s'en repentit par un autre caprice. Un an après il voulut remonter sur le trône que son inquiétude lui avoit fait quitter. Son fils le lui auroit, dit-on, remis si son père seul l'avoit redemandé et si la conjoncture des temps l'eût permis; mais c'étoit une maîtresse ambitieuse qui vouloit régner, et tout le conseil fut forcé d'en prévenir les suites funestes et de faire arrêter celui qui avoit été son souverain. Ce prince mourut au château de Rivoli près de Turin, le 31 octobre 1732, âgé de 67 ans. C'étoit un habile politique et un guerrier plein de courage, conduisant lui-même ses armées, s'exposant en soldat : entendant aussi bien que personne cette guerre de chicane qui se fait sur des terrains coupés et montagneux, tels que son pays ; actif, vigilant, aimant l'ordre ; mais faisant des fautes et comme prince et comme général. Condorcet tâche de justifier ce prince dans une Note sur le Siècle de Louis XV. Il prétend que Victor n'eut point le projet de remonter sur le trône ; que cette idée ambitieuse lui fut imputée par d'Orméa qui vouloit s'emparer de l'esprit du fils, et se rendre maître de toutes les affaires sous ce nouveau roi. Il attribue à ce même ministre, la prison de Victor-Amédée et les rigueurs qu'on exerça contre lui et son épouse, la marquise de Saint-Sébastien, femme vertueuse, âgée alors de 45 ans, et qui ne pensoit qu'à couler des jours tranquilles dans la retraite de son époux et loin des orages de la cour. Voyez ORMÉA.
VICTOR, (Aurelius) Voyez AURELIUS-VICTOR.
VICTOR, Voyez III. CLAUDIUS; XI. MARTIN et I. MAXIME, à la fin.
VICTORIA, (Vincent) peintre du grand duc de Toscane et antiquaire du pape, fut élève de Carle Marate et très-recherché pour ses portraits. Il gravoit aussi et assez bien. Il étoit né à Valence en Espagne ; mais il vécut et mourut à Rome.
VICTORIA, Voyez FRANÇOIS, n.º XIII.
VICTORIA COLONNA, Voyez COLONNA.
VICTORIN, (Marcus Piquovonius VICTORINUS) fils de la célèbre Victorine, porta les armes de bonne heure, et se fit généralement estimer par ses talens politiques et militaires. Il fut associé à l'empire l'an 265 par Posthume tyran des Gaules. Victorin se maintint dans ce haut rang jusqu'en 268, qu'un grefier nomme Atticius dont il avoit violé la femme, le fit poignarder à Cologne. — VICTORIN le Jeune son fils qu'il avoit déclaré empereur, fut assassiné peu de temps après. Voyez VICTORINUS.
VICTORINE ou VICTOIRE, (Aurelia Victorina) mère du tyran Victorin, fut l'héroïne de l'Occident. S'étant mise à la tête d'un certain nombre de légions, elle leur inspira tant de confiance qu'elles lui donnèrent le titre de MÈRE des Armées. Elle les conduisoit elle-même avec cette fierté tranquille qui annonce autant de courage que d'intelligence : Gallien n'eut point d'ennemi plus redoutable. Après avoir vu périr son fils et son petit-fils Victorin, elle fit donner la pourpre impériale à Marius et ensuite au sénateur Tetricus qu'elle fit élire à Bordeaux l'an 268. Victorine ne survécut que quelques mois à la nomination de ce prince. On a prétendu que Tetricus jaloux de sa trop grande autorité, lui avoit ôté la vie, 356 VIC mais plusieurs auteurs assurent que sa mort fut naturelle.
VICTORIUS, (Marius) ancien rhéteur, dont les ouvrages se trouvent dans Antiqui Rhetures Latini, Paris, 1599, in-4°; redonnés par l'abbé Capperonnier, à Strasbourg, in-4.° Voy. VICTORI. I. VICTORIUS, mathématicien de Bordeaux dans le 5e siècle, inventa le Cycle Pascal, appelé de son nom Période Victorienne. On s'en servoit avant la réformation du calendrier par Grégoire XIII. L'ouvrage de Victorius, intitulé : Canon Paschalis, a été imprimé à Anvers en 1644, in-fol.
II. VICTORIUS, (Pierre) savant Florentin dont le nom italien est Vettori, étoit très-habile dans les belles-lettres grecques et latines. Il fut choisi par Côme de Médicis, pour être professeur en morale et en éloquence. Victorius s'acquit une grande réputation par ses leçons et par ses ouvrages. Il forma d'illustres disciples, entr'autres le cardinal Farnèse et le duc d'Urbain qui le comblerent de bienfaits. Victorius ne bornoit pas ses connaissances à la littérature, il avoit l'esprit des affaires. Côme de Médicis l'employa utilement dans plusieurs ambassades, et Jules III le fit chevalier et lui donna le titre de comte. Il mourut comblé de biens et d'honneurs en 1585, à 87 ans. Sa réputation étoit si étendue qu'on venoit exprès pour le voir à Florence, et plusieurs princes de l'Europe tentèrent de l'attirer chez eux par les offres les plus avantageuses; mais il préféra sa patrie aux vaines espérances des cours. On le regarde comme l'un des principaux restaurateurs des belles-lettres en Italie. Il avoit un talent particulier pour corriger le texte des auteurs anciens; il en est peu sur lesquels il n'ait porté le flambeau de la critique. On a de lui : I. Des Notes critiques et des Préfaces sur Cicéron, sur ce qui nous reste de Caton, de Varron et de Columelle. II. Trente-hait livres de diverses Leçons, Florence, 1582, in-folio; ouvrage dans lequel il compile ce que lui ont offert ses lectures. III. Des Commentaires sur la Politique, la Rhétorique et la Philosophie d'Aristote; le premier, imprimé à Florence, 1576, in-folio; le second, 1548, in-folio; le troisième, 1584, in-fol. IV. Un Traité de la culture des Oliviers, qu'on trouve avec l'ouvrage de Davanzati sur la Vigne, Florence, 1734, in-4.° Il est écrit en toscan. V. Un Recueil d'Epitres et de Harangues latines. VI. Une Traduction et des Commentaires en latin, sur le Traité de l'Elocution de Démétrius de Phalère.
III. VICTORIUS ou DE VICTORIUS, (Léonelle) né à Faenza, fut professeur de médecine à Bologne, où il mourut vers 1530. On a de lui : I. Un Traité des maladies des Enfans, Venise, 1557, in-8.° II. Une Pratique de la Médecine, Ingolstadt, 1545, in-4°, et Lyon 1546, in-8.° On n'y trouve que la pure doctrine des Arabes.
IV. VICTORIUS ou DE VICTORIUS, (Benoit) médecin de Faenza, né vers l'an 1481, posséda la connaissance théorique de son art, excella dans la pratique, et fut professeur de médecine à Bologne. Il vivoit encore en 1551. Ses ouvrages sont: I. *Médecine Empyrique*, in-8.º II. *La Grande Pratique*, Venise, 1562, 2 volum. in-folio. III. *Des Conseils de Médecine* sur différentes maladies, in-4.º et in-8.º IV. *De Morbo Gallico Liber*, 1551, in-8.º Il étoit neveu du précédent. L'un et l'autre tâchèrent d'éclairer la théorie incertaine, par le flambeau lumineux de la pratique.
VIDA, (Marc-Jérôme) né à Crémone en 1470, entra fort jeune dans la congrégation des Chanoines Réguliers de Saint-Marc à Mantoue; il en sortit quelque temps après, et se rendit à Rome où il fut reçu dans celle des Chanoines Réguliers de Latran. Son talent pour la poésie l'ayant fait connoître à Léon X, ce pape lui donna le prieuré de Saint-Sylvestre à Tivoli. Ce fut là qu'il travailla à sa *Christiade* que le pape lui avoit demandée. Ce pontife étant mort en 1521, Clément VII voulut aussi être son protecteur et le nomma à l'évêché d'Albe sur le Tanaro. *Vida* se retira dans son diocèse, où il se signala par sa vigilance pastorale et où il instruisit son peuple autant par son éloquence que par l'exemple de ses vertus. Ce prélat mourut le 27 septembre 1566, à 96 ans. Parmi les différens morceaux de poésie que nous lui devons, on distingue: I. *L'Art Poétique* qui parut à Rome en 1527, in-4.º, et qui a été réimprimé à Oxford dans le même format, en 1723. *Batteux* a joint sa Poétique à celles d'*Aristote*, d'*Horace* et de *Des-* *préaux*, sous le titre des *Quatre Poétiques*, 1771, 2 vol. in-8.º Une imagination riante, un style léger et facile rendent le poème de *Vida* très-agréable; on y trouve des détails pleins de justesse et de goût sur les études du poète, sur son travail, sur les modèles qu'il doit suivre. Ce qu'il dit de l'élocution poétique est rendu avec autant de force que d'élégance; mais son ouvrage ainsi que la *Poétique* de *Scaliger*, est plutôt l'art d'imiter *Virgile* que l'art d'imiter la nature. II. *Un Poème sur les Vers à soie*, imprimé à Lyon en 1537, et à Basle la même année. C'est le meilleur ouvrage de *Vida*. Il est plus correct et plus châtié que ses autres productions, et on y trouve plus de poésie. III. *Un Poème sur les Fêches*, (*Scacchia Ludus*) qui rient le second rang parmi ses poésies: on le trouve dans l'édition de sa *Poétique*, faite à Rome en 1527. IV. *Hymni de rebus Divinis*, imprimées à Louvain, in-4.º, en 1552. V. *Christiados libri sex*, Crémone, en 1535, in-4.º Ce poème a été fort applaudi; mais on a reproché à l'auteur d'avoir mêlé trop souvent le sacré avec le profane, et les fictions de la mythologie avec les oracles des prophètes. Ses écrits en prose sont: I. *Des Dialogues sur la dignité de la République*, Crémone 1556, in-8.º II. *Discours contre les Pavessans*, Paris, 1562, in-8.º; rare. III. *Des Constitutions Synodales*, des *Lettres* et quelques autres *Écrits* moins intéressants que ses vers. L'édition de ses *Poésies*, Crémone, 1550, 2 volumes in-8.º, est complète ainsi que celle d'Oxford, 1722, 25 et 33, 3 vol. in-8.º 358 V I D I. VIDAL, (Pierre et Raymond) furent l'un et l'autre de célèbres troubadours Provençaux qui fleurirent dans le 13e siècle. Il nous est resté quatre Contes d'eux qui annoncent de l'esprit et beaucoup de philosophie pour le temps. Dans l'un Pierre donna des instructions à un jongleur. «N'imitez pas, lui dit-il, ces insipides jongleurs qui affadissent tout le monde par leurs chants amoureux et plaintifs. Variez vos chansons selon le temps, les lieux et les personnes : changez à mesure que le siècle change ; proportionnez-vous à la tristesse et à la gaieté des auditeurs ; évitez sur-tout de vous rendre méprisable par des récits bas et ignobles. »
II. VIDAL, (Arnaud) né à Castelnaudary, fut le premier qui remporta le prix de la gaie Société de Toulouse en 1524. Ce prix fut une violette d'or. C'est vraisemblablement le même Vidal qui devint chef de la classe des Galliadours ou des médians du beau sexe. Il porta la peine de ses railleries : un chevalier lui fendit la langue pour avoir médit d'une dame. Dans sa vieillesse, Vidal repentant fit un ouvrage sur l'Art de retenir sa langue.
VIDEL, (Louis) né à Briançon en 1598 d'un médecin, fut secrétaire du duc de Lesdiguières, puis du duc de Créqui et enfin du maréchal de l'Hôpital. N'ayant pas su conserver les bonnes graces de ses maîtres, il se retira à Grenoble ; il fut obligé pour subsister d'y enseigner les langues latine, françoise et italienne. Il mourut l'an 1675, à 77 ans, laissant : I. L'Histoire du duc de Lesdiguières, 1638, in-fol. II. L'His- toire du chevalier Bayard, 1651; III. La Melantes, histoire amoureuse, 1624, in-8.
VIDUS-VIDIUS, Florentin, établit son séjour en France et y devint médecin de François I. Après la mort de ce prince, Cosme de Médicis le rappela dans sa patrie où il mourut en 1567. Ses ouvrages sur la médecine et l'anatomie ont été recueillis par son neveu en 3 vol. in-fol.
VIEIL, (Pierre) peintre François, né en 1708, et mort en 1772, a publié l'Art de la Peinture sur verre et de la vitrerie, 1774, in-fol.
VIEILLEVILLE, (François de Scepaux, seigneur de) maréchal de France, étoit d'une maison d'Anjon, connue dès le commencement du 15e siècle et qui subsistoit en 1789. Il fut d'abord lieutenant de la compagnie de gendarmes du maréchal de Saint-André qui le fit connoître et le produisit à la cour. Il fit ses premières armes en Italie, se trouva aux prises de Pavie et de Melphe en 1528, aux sièges de Perpignan, de Landrecie, Saint-Dizier, Hesdin et Téronane, à la bataille de Cerizoles en 1544, et eut beaucoup de part au siège et à la prise de Thionville par le duc de Guise en 1558. Il avoit obtenu en 1553 le gouvernement des Trois-Evêchés, Metz, Toul et Verdun. Celui de Bretagne ayant vaqué depuis par la mort du vicomte de Martigues, (Sébastien de Luxembourg) il y fut nommé ; mais le duc de Montpensier étant venu le demander au roi pour lui-même, ce prince ne put le lui refuser et révoqua le don qu'il en avoit fait à Vieilleville qui rendit son Brevet sans murmurer, (disent les Mémoires de sa vie) et n'accepta 13000 écus que le roi lui envoya dans cette occasion, que sur une lettre de sa main, par laquelle il lui marquoit que s'il ne les acceptoit il ne vouloit plus le voir de sa vie. Il fut honoré du bâton de maréchal de France en 1562. Vieilleville n'étoit pas moins propre pour les négociations que pour la guerre. Il fut employé par Henri II dans cinq ambassades, tant en Allemagne qu'en Angleterre et en Suisse. Il mourut empoisonné dans son château de Durretal en Anjou le 30 novembre 1571, pendant un voyage que la cour y fit pour jouir du plaisir de la chasse. Les Mémoires de sa Vie, composés par Vincent Carloix son secrétaire, qui étoient restés manuscrits dans les archives de ce château, furent publiés à Paris en 1757, en cinq vol. in-8°, par les soins du P. Griffet Jésuite. Ils contiennent des anecdotes et des particularités intéressantes pour l'histoire de son temps; mais le ton du panégyrique y domine un peu trop. Quoiqu'il fût Catholique, il étoit du parti de ceux qu'on appeloit Politiques ou indifférens; c'est-à-dire qui croyoient devoir s'en tenir à la religion du prince. Il ne laissa que des filles.
VIEIRA, (N...) Prédicateur Portugais, surnommé par ses compatriotes le Ciceron Lusitain, dut ce titre à l'ignorance et au défaut des bons modèles. Ses discours sont remplis de singularités qu'à peine peut excuser la barbarie de son siècle. Dans un de ses Sermons, après avoir fait un éloge pompeux de la Figure circulaire, il continue ainsi: « Que si le Tout-puissant étoit dans le cas d'apparoître sous une forme géométrique, ce seroit sûrement sous la circulaire préférablement à la triangulaire, à la carrée, à la pentagonale, à la duodécagonale ou à toute autre connue des géomètres, etc. etc.
VIENGET, (N.) auteur dramatique, a donné au théâtre les Aventures de Policandre et de Bassalie, tragédie imprimée à Paris chez Billaine en 1633. I. VIENNE, (Jean de) en latin de Viana, né à Baïeux d'une ancienne famille, mais différente du suivant, fut évêque d'Avranches, puis de Terouane, enfin archevêque de Rheims en 1334. C'est le premier archevêque qui soit parvenu à ce siège par les réservations papales. Il se trouva à la funeste bataille de Crécy en 1346, et accompagna fidèlement le roi Philippe de Valois dans sa retraite. Il sacra le roi Jean son fils, le 28 août 1350, et la reine Jeanne de Bourgogne son épouse le 21 septembre suivant, et mourut en 1351.
II. VIENNE, (Jean de) seigneur de Rolans, Clervaux, Monthis, etc., amiral de France et chevalier de l'ordre de l'Annonciade, d'une ancienne maison de Bourgogne connue dans le 13e siècle. Les rois Charles V et Charles VI sous lesquels il porta les armes, eurent beaucoup à se louer de sa bravoure. Il descendit en Angleterre en 1377, prit et brûla la Rye, saccagea l'isle de Wight et plusieurs autres villes avec dix lieues de pays, et y fit un très-grand butin. Il passa en Ecosse l'an 1380 avec 60 vaisseaux qui, joints à ceux des Ecosoïes, entrèrent dans la mer d'Irlande et brûlèrent la ville de Penreth. Une si puissante flotte eût pu faire beaucoup davantage, si à quelques mois de là l'amiral ne se fût brouillé avec la cour Ecosoïse. *De Vienne* amoureux jusqu'à la folie d'une parente du roi d'Ecosse, fit des présens et donna une fête à sa belle maîtresse. Cette cour peu accoutumée à de pareilles galanteries, en fut tellement offensée que l'amant eût couru de grands risques s'il ne fût retourné en France avec précipitation. La guerre contre le Turc ayant été résolue, il fut du nombre des seigneurs François qui allèrent au secours du roi de Hongrie. Il commanda l'avant-garde à la bataille de Nicopolis, et y périt les armes à la main le 26 septembre 1396, avec 2,000 gentilshommes. — *Françoise DE VIENNE* épouse de *Charles de la Vicuaille*, morte en 1669 ne fut pas le dernier rejeton de cette famille illustre; car elle subsistoit dans une autre branche en 1789.
VIERZY, *Voyez* JOSLAIN. — VIÈTE, (François) maître des requêtes de la reine *Marguerite*, né à Fontenai en Poitou l'an 1540, s'est fait un nom immortel par son talent pour les mathématiques. Il est le premier qui se servit dans l'algèbre des lettres de l'alphabet pour désigner les quantités connues. Il trouva que les solutions, de propres qu'elles étoient à un cas particulier, devenoient par sa méthode absolument générales, parce que les lettres pouvoient exprimer toutes sortes de nombres. Cet avantage étant reconnu, il s'attacha à faciliter l'opération de la comparaison des quantités inconnues avec les quantités connues, en les arrangeant d'une certaine manière et en faisant évanouir les fractions. Il inventa aussi une règle pour extraire la racine de toutes les équations arithmétiques. Cette découverte le conduisit à une autre: ce fut d'extraire la racine des équations littérales par approximation, ainsi qu'il le faisoit pour les nombres. Il fit plus: comme l'algèbre par la nouvelle forme qu'il venoit de lui donner, étoit extrêmement simplifié, en examinant les problèmes de près, il découvrit l'art de trouver des quantités ou des racines inconnues par le moyen des lignes, ce qu'on appelle *Construction géométrique*. Toutes ces inventions donnèrent une nouvelle forme à l'algèbre et l'enrichirent extrêmement. On lui doit encore la géométrie des sections angulaires, par laquelle on donne la raison des angles par la raison des côtés. Il méditoit avec tant d'application, qu'on le voyoit souvent demeurer trois jours entiers dans son cabinet sans manger et même sans dormir. *Adrien Romain* ayant proposé à tous les mathématiciens de l'Europe un problème difficile à résoudre, *Viète* en donna d'abord la solution et le lui renvoya avec des corrections et une augmentation. Il proposa à son tour un problème à *Romain* qui ne put le résoudre que mécaniquement. Le mathématicien Allemand surpris de sa sagacité, partit aussitôt de Wurtzbourg en Franconie où il demeuroit, et vint en France pour le connoître et lui demander son amitié. *Viète* ayant reconnu que dans le Calendrier Grégorien il y avoit plusieurs fautes qui avoient été déjà remarquées par d'autres, en fit un nouveau, accommodé aux fêtes et aux rits de l'Eglise Romaine. Il le mit au jour en 1600, et le présenta dans la ville de Lyon au cardinal *Aldo-brandin* qui avoit été envoyé en France par le pape pour terminer les différends mus entre le roi de France et le duc de Savoie. L'habile mathématicien se signala bientôt par des découvertes plus utiles que son Calendrier qui étoit rempli d'erreurs. Comme les états du roi d'Espagne étoient fort éloignés les uns des autres, lorsqu'il s'agissoit de communiquer des desseins secrets, on écrivoit en chiffre et en caractères inconnus pendant les désordres de la Ligue; ce chiffre étoit composé de plus de 500 caractères différens, et quoique l'on eût souvent intercepté des lettres, on ne put jamais venir à bout de les déchiffrer. Il n'y eut que *Viète* qui eut ce talent. Son habileté déconcerta d'une telle manière les Espagnols pendant deux ans, qu'ils publièrent à Rome et dans une partie de l'Europe que le roi n'avoit découvert leur chiffre que par le secours de la magie. Ce grand géomètre mourut en 1603. C'étoit un homme simple, modeste et fort appliqué: il passoit souvent plusieurs jours de suite sans sortir de son cabinet, et il falloit le contraindre à prendre des aliments; mais il ne quittoit pas pour cela ni son fauteuil ni son bureau. Un repas étoit pour lui une corvée dont il se débarrassoit le plus promptement qu'il lui étoit possible. Lorsqu'il faisoit imprimer quelques-uns de ses Écrits, il en retiroit tous les exemplaires qui étoient en petit nombre, et il les distribuoit à ses amis et à des personnes capables de les entendre. Il jugeoit inutile que le public les vit; les savans seuls les connoissoient. Il a donné le Traité de Géométrie d'*Apollonius de Perge*, avec ses Commentaires, sous le nom d'*Apollonius Gallus*, 1610, in-4°. Ses ouvrages furent réunis en 1646, en un vol. in-fol., par *François Schooten*.
VIEUSSENS, (Raymond de) — médecin, natif de Rouergue, devint médecin du roi et membre de l'académie des Sciences en 1688, il l'étoit déjà de la Société royale de Londres en 1685. On a de lui: I. *Nevrographia universalis*, Lyon, 1685, in-fol.; 1761, in-fol.; et Toulouse, 1775, in-4°. La partie anatomique de cet ouvrage est très-estimée; mais la physiologie qui comprend la moitié du volume ne l'est guère et ne mérite pas de l'être. II. *De Mixti principiis et de naturæ Fermentationis*, Lyon, 1686, in-4°: ouvrage qui a été mal accueilli et qui est aujourd'hui oublié. III. *Dissertation sur l'extraction du Sel acide du Sang*, 1688, in-12. IV. *Novum Vasorum Corporis humani Systema*, Amsterdam, 1705, in-12. V. *Traité du Cœur, de l'Orrille et des Liqueurs*, chacun in-4°. VI. *Expériences sur les Viscères*, Paris, 1755, in-12. VII. *Traité des Maladies internes*, auquel on a joint sa Névrographie et son Traité des vaisseaux du corps humain, en 4 vol. in-4°. Son petit-fils a été l'éditeur de cet ouvrage qui n'a paru qu'en 1771. Ses derniers ou- 362 VIE vrages montrent qu'il s'étoit dépouillé de l'esprit de système qui l'avoit long-temps dominé. L'auteur tourmenté par la goutte, avoit quitté Paris pour vivre à Montpellier loin du fracas de la capitale. Il y mourut en 1715.
VIEUVILLE, *Voyez* CERF. — II. ASFELD. — ALIGRE. — III. PLESSIS—RICHELIEU.
VIGAND, (Jean) né à Mansfeld en 1523, fut disciple de Luther et de Mélanchthon, ministre à Mansfeld et ensuite surintendant des Églises de Poméranie en Prusse. On a de lui un grand nombre d'ouvrages qui lui firent un nom dans son parti. On le compte parmi les auteurs des *Centuries de Magdebourg*, Basle, 1562, 13 tomes in-fol. Ce théologien mourut en 1587, à 64 ans. Il étoit savant; mais il n'avoit ni l'art de comparer les faits ni celui de peser les témoignages. — VIGENÈRE, (Blaise de) secrétaire du duc de Nevers, puis du roi Henri III, né en 1522 à Saint-Pourçain en Bourbonnois, mort à Paris le 19 février 1596, à 75 ans, est un traducteur aussi maussade qu'infidèle. Ses Versions estimées de son temps, sont méprisées aujourd'hui; on fait cas cependant des notes qui les accompagnent: elles manquent d'art et d'esprit, mais l'errudition y est prodiguée. Les ouvrages de Vigenère sont: I. Des Traductions des Commentaires de Cesar, de l'Histoire de Tite-Live, de Chalcondyle, etc., avec des notes. II. Un Traité des Chiffres ou Secrète Manière d'écrire, 1586, in-4°. III. Un autre des Comtes, in-8°. IV. Un troisième, du Feu et du Sel, in-4°. V. La suite de Philostrate, contenant les Images ou Tableaux de plate peinture du jeune Philostrate, les Héroïques de l'ancien et les Statues de Callistrate, Paris, 1596, in-4°. Cette suite avec ce qui la précède, a été revue et corrigée sur l'original, et imprimée avec les Epigrammes d'Artus-Thomas sieur d'Embry sur chaque tableau, et des figures en taille douce, Paris, 1614, in-folio; ibid., 1629 et 1637, in-fol. « Il est assez probable, dit Niceron, que Vigenère n'a fait sa Traduction que sur la version latine qui n'étant pas exacte, est cause des fautes qu'il a commises. Les figures qu'on a ajoutées dans les éditions in-folio, sont passables pour la plupart, quelques-unes même sont assez belles; mais il y a un défaut considérable qui consiste en ce qu'elles ne sont pas faites sur la seule description de Philostrate, comme elles le devoient être, mais quelquefois suivant la fantaisie de celui qui les a des sinées: ce qui fait qu'elles ne servent pas beaucoup à entendre l'original. » VI. Philostrate de la Vie d'Apollonius Thyanéen, traduit du Grec par Blaise de Vigenère, avec les Commentaires d'Artus Thomas sieur d'Embry, Paris, 1611, in-4°, 2 tomes. De toutes les traductions de Vigenère, celle d'Onosander, 1605, in-4°, est la plus recherchée.
VIGEON, (Bernard du) peintre en miniature, mort à Paris en 1760, à 77 ans, a donné en 1738 la Partie de Campagne, comédie très-médiocre en prose.
VIGEVANO, *Voyez* TRIVULCE. V I G 363 I. VIGIER, (François) Jésuite de Rouen, mort en 1647, se fit une juste réputation de savoir par ses ouvrages. On a de lui : I. Une excellente *Traduction* latine de la *Préparation* et de la *Démonstration Évangélique* d'Eusèbe, avec des notes, Paris, 1628, in-folio, 2 vol. II. Un bon traité *De Idiotismis præcipuis Linguæ græcæ*, 1632, in-12; et Leyde, 1766, in-8. Cet auteur étoit habile dans cette dernière langue.
II. VIGIER, (Jean) avocat au parlement de Paris, sorti d'une famille noble d'Angoumois, mourut fort âgé vers l'an 1648. Il laissa un *Commentaire* estimé sur les coutumes d'Angoumois, d'Aunis et du gouvernement de la Rochelle, et augmenté par *Jacques* et *François VIGIER* ses fils et petits-fils, Paris, 1720, in-folio.
III. VIGIER, (Philibert) sculpteur, mort à Moulins sa patrie en 1719, à 83 ans.
VIGILANCE, (*Vigilantius*) étoit Gaulois et natif de Calaguri petit bourg près de Cominges. Il devint curé d'une paroisse du diocèse de Barcelone dans la Catalogne. Son savoir et son esprit le lièrent avec *St. Paulin* qui le reçut bien et qui le recommanda à *St. Jérôme*. Ce père de l'Eglise étoit alors en Palestine où *Vigilance* avoit dessein d'aller pour visiter les saints lieux. Le pieux et illustre solitaire ayant appris qu'il répandoit des erreurs dangereuses, prit la plume contre lui. Voici ce qu'il en dit : « On a vu dans le monde des monstres de différentes espèces : *Isaïe* parle des *Centaures*, des *Sirènes* et d'autres semblables. *Job* fait une description mystérieuse de *Léviathan* et de *Behemoth* : les poètes content des fables de *Cerbère*, du *Sanglier* de la forêt d'Erimanthe, de la *Chimère* et de l'*Hydre* à plusieurs têtes. *Virgile* rapporte l'histoire de *Cacus* ; l'Espagne a produit *Gérion* qui avoit trois corps ; la France seule en avoit été exempte et on n'y avoit jamais vu que des hommes courageux et éloquens, quand *Vigilance* ou plutôt *Dormitance* a paru tout d'un coup, combattant avec un esprit impur contre l'esprit de Dieu. Il soutient qu'on ne doit point honorer les sépultures des martyrs ni chanter *Alleluia* qu'aux fêtes de Pâques ; il condamne les veilles, il appelle le célibat une hérésie et dit que la virginité est la source de l'impureté. » *Vigilance* affectoit le bel esprit : c'étoit un homme qui aiguisoit un trait et qui ne raisonnoit pas. Il préféroit un bon mot à une bonne raison ; il ne cherchoit que la célébrité, et il attaqua tous les objets qui pouvoient fournir à la plaisanterie. I. VIGILE, pape, et Romain de nation, n'étoit encore que diacre lorsqu'il fut envoyé à Constantinople par *Agapet*. *Théodora* femme de l'empereur *Justinien*, lui promit de le mettre sur le siège de Saint-Pierre, pourvu qu'il s'engageât de casser les actes d'un concile tenu à Constantinople contre les prélats séparés de la communion Romaine qu'elle soutenoit. *Vigile* promit tout, et fut élu pape le 22 novembre 537, du vivant même de *Sylvère* qui fut envoyé en exil. Après sa mort arrivée en 538, *Vigile* parut d'abord approuver la doctrine d'Anthime et des Acéphales pour satisfaire l'impératrice; mais peu après il alla à Constantinople, où il excommunia les hérétiques et Theodora. Sa fermeté se démentit: il assembla un concile de 70 évêques, et le rompit après quelques sessions; il aima mieux prier les évêques de donner leur avis par écrit, et envoya tous ces écrits au palais. Il en agissoit ainsi, disoit-il, pour éviter qu'on ne trouvât quelque jour dans les archives de l'Eglise Romaine ces réponses contraires au concile de Chalcédoine. On doit remarquer que le pape n'étoit pas libre à Constantinople; on le voit par une protestation qu'il fit dans une assemblée, où se voyant pressé avec la dernière violence de condamner les Trois Chapitres, il s'écria: Je vous déclare que, quoique vous me teniez captif, vous ne tenez pas Saint Pierre. On appelle les Trois Chapitres, trois fameux Écrits qui furent déférés au jugement de l'Eglise, comme remplis des blasphèmes de Nestorius. I. Les écrits de Théodore évêque de Mopsueste, le maître de Nestorius. II. La Lettre d'Ibas évêque d'Édesse, à Maris. III. Les Réponses de Théodoret évêque de Cyr, aux Écrits de St. Cyrille d'Alexandrie contre Nestorius. Vigile condamna et approuva tour-à-tour ces trois ouvrages mathématisés par le concile de Constantinople. L'empereur Justiaien mécontent de sa conduite, l'envoya en exil; il n'y fut pas long-temps: à son retour en Italie, il mourut de la pierre à Syracuse en Sicile le 15 janvier 655. On a de lui dix-huit Épitres, Paris, 1642, in-8.
II. VIGILE DE TAPSE, évêque de cette ville, dans la province de Bizacène en Afrique, fut enveloppé dans la persécution qu'Huneric roi des Vandales excitavés l'an 484 contre les Catholiques. La crainte d'aigrir les persécuteurs lui fit cacher son nom. Il emprunta ceux des Pères les plus illustres pour donner plus de cours à ses ouvrages, principalement chez les Vandales et les autres Barbares Ariens, peu savans dans la critique. « Ainsi il composa, dit Fleury, une dispute entre St. Athanase et Arius, qu'il suppose s'être passée publiquement à Laodicée, par ordre de l'empereur Constantius, en présence d'un juge nommé Probus; et il y rapporte tous leurs discours comme s'il en avoit trouvé les actes. Mais il reconnoit lui-même dans un autre ouvrage, que ce n'est qu'une fiction. Il composa de même sous le nom de St. Augustin, un Dialogue contre Felicien Arien, touchant l'unité de la Trinité; et on lui attribue avec raison la fausse dispute de St. Augustin contre Pascentius, et le Symbole qui a passé si long-temps sous le nom de St. Athanase. Cet artifice de Vigile de Tapse a produit de la confusion dans les ouvrages des Pères; car on a long-temps attribué les siens aux auteurs dont il avoit emprunté le nom, et les nouveaux critiques lui en ont attribué d'autres dont les auteurs sont moins certains. Enfin son exemple peut avoir enhardi plusieurs écrivains téméraires à supposer sous de grands noms de fausses pièces, de faux actes de martyrs et des Vies des Saints. » Après la mort de Vigile de Tapse on eut beaucoup de peine à re- connoître les Écrits qui étoient véritablement de lui. Les cinq livres contre *Eutychès* lui ont toujours été attribués. Il les composa étant à Constantinople; et comme il y jouissoit d'une liberté entière, il ne crut pas devoir déguiser son nom. Ses *Ouvrages* et ceux qu'on lui attribue, furent imprimés à Dijon, 1665, in-4.º
**VIGNACOURT**, (Adrien de la Vienville d'Orville de) grand-croix de l'ordre de Malte et grand prieur de Champagne, mort en 1774, étoit un bel esprit et un homme de bonne compagnie. On a de lui divers romans qui eurent du succès. Les principaux sont : *La Comtesse de Vergi*, in-12; *Edèle de Ponthieu*, in-12; *Mémoires de Saldaigne*, in-12; *Lideric*, in-12; *Amusemens de la Campagne*, in-12.
**VIGNAI**, (Jean de) religieux Hospitalier de *Saint-Jacques*, fut l'un des premiers en France qui cultiva les lettres dans un temps de barbarie. Il présenta au roi *Jean* père de *Charles V*, une traduction du livre de la *Moralité du Jeu des Echecs*. **I. VIGNE**, (André de la) auteur François du 15$^{e}$ siècle, se rendit recommandable sous *Charles VIII* par les armes et par les lettres. *Anne* de Bretagne femme de ce prince, le prit pour son secrétaire. Ses exploits guerriers sont moins connus que ses ouvrages. On lui doit une *Histoire* de *Charles VIII*, qu'il composa avec *Jaligni*, imprimée au Louvre, in-folio, par les soins et avec les remarques de *Denis Godefroi*. Il est aussi auteur du *Vergier d'honneur*, Paris, 1495, in-folio. C'est une Histoire de l'en- l'entreprise sur Naples par *Charles VIII*, très-détaillée et très-exacte.
**II. VIGNE**, (Jacques) d'abord avocat à Bordeaux, se retira ensuite à Saintes, où il devint l'oracle de son pays par ses conseils. Il avoit laissé manuscrit un *Commentaire* latin sur la coutume de Saint-Jean-d'Angély, que son fils publia en 1637, in-4.º
**III. VIGNE**, (Anne de la) de l'académie des *Ricovrati* de Padoue, naquit d'un médecin de Vernon-sur-Seine, babile dans son art. Elle avoit un frère d'un génie assez borné; aussi son père disoit : *Quand j'ai fait ma fille, je pensais faire mon fils; et quand j'ai fait mon fils, j'ai pensé faire ma fille*. Cette ingénieuse littératrice mourut à Paris en 1684, à la fleur de son âge, des douleurs de la pierre que son application lui avoit procurée. Elle fit éclater dès sa plus tendre enfance son goût et ses talens pour la poésie. On remarque dans ses vers de la grace et des tournures agréables; mais ils manquent quelquefois d'harmonie et de coloris. Rivale de *Sapho* dans la poésie, elle eut plus de vertu qu'elle. Elle répondit à un homme d'esprit qui vouloit être aimé d'elle : Ah ! sur mon cœur cessez de rien prétendre ; Cessez de le faire souffrir. Le ciel ne l'a pas fait si sensible et si tendre Pour aimer ce qui doit périr. Ses principales pièces sont : *L'Une Ode*, intitulée : *Monseigneur le Dauphin au Roi*. Un inconnu lui envoya pour récompense une boîte de coco, où étoit une lyre 366 VIG d'or émaillée, avec des vers à sa louange. II. Une autre Ode à Mlle de Scudéry son amie. III. Une Réponse à Mlle Descartes nièce du célèbre philosophe : Mlle de la Vigne goûtoit beaucoup ses principes. IV. Quelques autres petites Pièces de vers qu'on a recueillies à Paris dans un petit in-8°, et qu'on retrouve dans le Parnasse des Dames par M. de Sauvigni.
VIGNE, (Malcrais de la) Voyez DESFORGES.
VIGNE, (Gacé de la) Voyez BIGNE, n.° I.
VIGNEROD, Voyez WIGNEROD. — VIGNES, (Pierre des) né à Capoue, s'éleva de la naissance la plus basse à la charge de chancelier de l'empereur Frédéric II. On ignore qui étoit son père ; la mère mendioit son pain pour elle et pour son fils. Il fit ses études à Bologne par le secours de quelques personnes charitables, charmées de la vivacité de son esprit. Le hasard l'ayant conduit auprès de l'empereur, il plut par son génie, obtint une place dans le palais et ne tarda pas à s'avancer. Devenu habile dans la jurisprudence et ayant l'esprit des affaires, il gagna entièrement les bonnes graces de son maître. Son élévation fut rapide ; il fut protonotaire, conseiller, chancelier, et entra dans toutes les affaires secrètes de Frédéric. Il servit avec zèle ce prince, dans les différends qu'il eut avec les papes Grégoire IX et Innocent IV ; et fut député en 1245 au concile de Lyon pour empêcher que ce prince n'y fût condamné. Il jouit long-temps d'une faveur distin- guée qui lui fit beaucoup de jaloux. Ils l'accusèrent, dit-on, d'avoir voulu empoisonner l'empereur par les mains de son médecin. Les historiens varient sur l'année de cet événement, et cette variété peut causer quelque soupçon. Quelques-uns croient que Pierre des Vignes étoit véritablement coupable. Est-il croyable que le premier des magistrats de l'Europe, vieillard vénérable, le conseil, l'ami de son maître, ait tramé un aussi abominable complot ? Et pourquoi ? Pour plaire au pape son ennemi. Où pouvoit-il espérer une plus grande fortune ? Quel meilleur poste le médecin pouvoit-il avoir que celui de médecin de l'empereur ? Quoi qu'il en soit, il est certain que Pierre des Vignes eut les yeux crevés. Frédéric après l'avoir fait promener dans plusieurs villes d'Italie, le livra aux Pisans qui le haïssolent mortellement. Plusieurs autres Italiens prétendent qu'une intrigue de cour fut la cause de sa disgrace et porta Frédéric II à cette cruauté ; ce qui est plus vraisemblable. L'infortuné chancelier las de se voir dans une dure prison, se cassa la tête en 1249 contre une colonne à laquelle on l'avoit attaché. Pierre des Vignes, dit M. Landi, peut passer pour un second Cassiodore. Il y eut une ressemblance marquée entre ces deux ministres, leur génie, leurs inclinations, leur pouvoir, leurs aventures et leurs ouvrages. Ce ne fut que leur fin qui fut très différente. Cassiodore se retira sagement de la cour, au lieu que Pierre ayant voulu faire tête à ses ennemis, sur ombraux efforts qu'ils firent pour le perdre. On a de lui : I. Epistola, dont la moins mauvaise édition est celle de Basle par *Iselin*, 1740, 2 vol. in-8°; et la plus rare celle de la même ville, 1539, in-8°. Ces Lettres écrites la plupart au nom de *Frédéric II*, sont une preuve de la mauvaise latinité de son siècle; et il faut plutôt y chercher les événements qui ont rapport à ce prince, que les graces du style et la pureté du langage. Au reste l'édition de Basle est défectueuse à plusieurs égards. Il y manque plusieurs lettres imprimées ailleurs. Il y en a d'apocryphes. On n'a pas observé l'ordre chronologique, et l'on trouve plusieurs passages si défigurés, qu'ils sont inintelligibles. II. Un Traité *De Potestate Imperiali*. III. Une autre *De Consolatione*, etc... On a attribué à *Frédéric II* et à *Pierre des Vignes*, le livre imaginaire *De tribus Impostoribus*. Ce qui a pu y donner lieu, est la lettre de *Grégoire IX* que nous avons citée (article de *Frédéric II*); mais ni cet empereur, ni son chancelier, ni aucun de ceux à qui cette production a été attribuée, n'en est l'auteur. Du moins elle a échappé à la recherche des savans. Le livre qui a paru sous la date de 1598, in-8°, composé de 46 pages sans titre, est une imposture moderne. On attribue cette fraude à *Straubius* qui fit imprimer ce livre à Vienne en Autriche en 1753. La prétendue ancienne édition sans date, d'après laquelle celle-là a été faite, n'a jamais été vue de qui que ce soit. Au reste *Grégoire IX* ne dit point que *Frédéric* ni son chancelier aient fait un livre des *trois Imposteurs*, mais seulement qu'il a mis J. C. au rang des imposteurs. V I G 367
VIGNEUL DE MARVILLE, *Voyez ARGONNE*. I. VIGNIER, (Nicolas) né en 1530 à Bar-sur-Seine, mort à Paris en 1595, s'acquit beaucoup de réputation dans la pratique de la médecine. Il s'appliqua aussi à l'histoire et devint historiographe de France. On a de lui un grand nombre d'ouvrages en latin et en françois, qu'on ne lit plus, mais que les savans consultent avec fruit. Le plus curieux est son *Traité de l'origine et demeure des anciens François*, à Troye, chez Garnier, 1582, in-4°. Le laborieux compilateur *André du Chesne* traduisit ce livre en latin, pour le mettre à la tête de sa collection des anciens historiens François. On a encore de lui : I. *Rerum Burgundionum Chronicon*, Basle, 1575, in-4°. Cette chronique de Bourgogne s'étend depuis le commencement du 5e siècle jusque vers la fin du 15e. II. *Présence entre la France et l'Espagne*, in-8°. III. *Faste des anciens Hébreux, Grecs et Romains*, 1588, in-4°. IV. *Bibliothèque historiale*, en 4 vol. in-fol. Quoique ce livre ne soit pas exempt de fautes et qu'il soit assez mal écrit, l'abbé *Lenglet* dit qu'il est assez estimé et qu'il peut tenir une place dans les bibliothèques. V. *Recueil de l'Histoire de l'Eglise*, in-folio, 1601, peu estimé, et dans lequel ses fils qui le publièrent ont fourré, dit *Nicéron*, tout ce qu'ils ont voulu.
II. VIGNIER, (Antoine) Jésuite, né à Figeac et mort à Poitiers en 1622, à l'âge de 40 ans, a publié quelques *Écrits* ascétiques et un *Panégyrique de Louis XIII*, 1620, in-4°. 368 VIG
III. VIGNIER, (Nicolas) fils du précédent, fut ministre à Blois au commencement du 16e siècle, et rentra après l'an 1631 dans l'Eglise Catholique, comme avoit fait son père avant de mourir. Il a fait plusieurs Ecrits de Controverse, entièrement oubliés.
IV. VIGNIER, (Jérôme) fils du précédent, né à Blois en 1606, fut élevé dans le Calvinisme et devint bailli de Baugenci. Ayant ensuite abjuré la religion Protestante il entra dans la congrégation de l'Oratoire, et fut supérieur de différentes maisons, où il édifia autant par sa piété qu'il étonna par la variété de ses lumières. Il excella sur-tout dans la connoissance des langues, des médailles et des antiquités, et de l'origine des maisons souveraines de l'Europe. Ce savant mourut à la maison de Saint-Magloire à Paris, le 14 novembre 1661, à 55 ans. Tout ce que nous avons de lui est plein de grandes recherches; mais le style de ses ouvrages est rebutant. Les principaux sont: I. La véritable origine de la maison d'Alsace, de Lorraine, d'Autriche, etc., Paris, 1649, in-fol. L'auteur justifie les faits par les titres et les chartres; mais il y a bien des fautes de chronologie. II. Un supplément aux Œuvres de St. Augustin, Paris, 1654, in-folio, dont il trouva des manuscrits à Clairvaux qui n'avoient point encore été imprimés. III. Une Concordance françoise des Evangiles. IV. L'Origine des Rois de Bourgogne. V. La Généalogie des Comtes de Champagne. VI. Stemma Austriacum, 1650, in-folio. On lui est encore redevable de deux volumes de l'Histoire Ec- clésiastique Gallicane; de plusieurs Pièces de Poésie; de quelques Paraphrases des Pseaumes en latin; d'une Oraison funèbre, etc.
VIGNOLE, (Jacques BAROZZIO, surnommé) savant architecte, vit le jour en 1507 à Vignola, au duché de Modène, d'un gentilhomme Modenois que les discordes civiles avoient obligé de quitter sa patrie. Il s'adonna d'abord à la peinture; ce fut cet art qui le fit subsister dans sa jeunesse. Entraîné par son inclination pour l'architecture, il alla à Rome pour y étudier les plus beaux restes de l'antiquité. Son travail et les leçons qu'il prit des meilleurs architectes de son temps et des amateurs éclairés, lui donnèrent une intelligence parfaite de l'art de bâtir. Il vint en France sous le règne de François I, où il donna des plans pour plusieurs édifices; quelques-uns même prétendent que le château de Chambord fut construit sur ses dessins. Vignole s'attacha à François Primatice architecte et peintre Bolonois qui étoit au service du roi. Il le secourut dans tous ses ouvrages, et l'aida à jeter en bronze les antiques qui sont à Fontainebleau. Le cardinal Farnèse choisit Vignole pour ordonner le bâtiment de son magnifique palais de Caprarole, à une journée de Rome. Vignole mourut dans cette ville le 7 juillet 1573, à 66 ans, après avoir reçu plusieurs marques d'estime de la part des souverains pontifes. Outre les édifices, soit publics, soit particuliers que Vignole a conduits et qui sont en très-grand nombre, il a encore composé un Traité des cinq Ordres d'Architecture, qui lui a fait beaucoup d'honneur, d'honneur, et qui a été traduit et commenté par *Daviler*, Paris, 1691, 3 vol. in-4°; et 1738, 2 vol. grand in-4°;... et un autre dans sa langue sur la *Perspective Pratique*, commenté par le *Danti*. I. VIGNOLES, (Etienne de) plus connu sous le nom de *La Hires*, étoit de l'illustre maison des barons de *Vignoles*, qui étant chassés de leurs terres par les Anglois s'établirent en Languedoc. Il fut l'un des plus fameux capitaines François du règne de *Charles VII*. Ce fut lui qui fit lever le siège de Montargis au duc de *Bedfort*, et qui accompagna la fameuse *Pucelle Jeanne d'Arc* au siège d'Orléans, où il se signala avec cette héroïne. *La Hire* finit ses jours à Montauban en 1447. Il tint un rang distingué parmi les héros qui rétablirent *Charles VII* sur le trône. *Voyez* à l'article de ce monarque une réponse généreuse de *la Hire*.
II. VIGNOLES, (Alphonse de) fils d'un maréchal de camp, d'une famille ancienne, naquit au château d'Aubais en Languedoc en 1649, dans le sein du Calvinisme. Après avoir porté les armes pendant quelque temps, il étudia à Saumur pour pouvoir exercer le ministère. Il fut d'abord ministre à Aubais, puis à Cailar, où il resta jusqu'à la révocation de l'édit de Nantes en 1685. Réfugié dans le Brandebourg il fut bien accueilli par l'électeur, et devint successivement ministre de Schweidt, de Hall et de Brandebourg près de Berlin. Son savoir profond le fit mettre dans la liste des membres de l'académie des Sciences de Berlin, *Tome XII.* lors de l'établissement de cette compagnie en 1701. Le célèbre *Leibaitz* ami de *Vignoles* dont il étoit capable de sentir le mérite, engagea le roi de Prusse à le faire venir à Berlin. Il s'y rendit en 1703, et y demeura les 40 dernières années de sa vie, aussi estimé pour les talens de l'esprit qu'aimé pour les qualités du cœur. Il fut élu directeur de l'académie royale des Sciences de Berlin en 1727; place qu'il remplit avec distinction. *Vignoles* s'étoit annoncé dans la république des lettres par plusieurs ouvrages. Le plus connu est la *Chronologie de l'Histoire Sainte* et des *Histoires étrangères qui la concernent*, depuis la sortie d'Égypte jusqu'à la captivité de *Babylone*, Berlin, 1738, en 2 vols. in-4°. Ce livre suppose une lecture prodigieuse, un travail incroyable et les plus profondes recherches. (On en trouve des extraits dans la nouvelle édition des *Tablettes* de l'abbé *Lenglet du Fresnoy*.) On a encore de *Vignoles*, un grand nombre d'Écrits et de *Dissertations* dans la *Bibliothèque Germanique*; dans les *Mémoires* de la Société royale de Berlin; dans l'*Histoire critique de la République des Lettres* par *Masson*, etc. On estime surtout son *Epistola Chronologica adversa Hardianum* et ses *Conjectures* sur la quatrième Églogue de *Virgile*, intitulée *Polition*. Cet illustre savant mourut à Berlin le 24 juillet 1744, après avoir fourni une carrière de 95 ans. Quoiqu'il n'eût que des revenus modiques, il trouva dans une sage économie le moyen de secourir les indigènes. La frugalité étoit son trésor. Le précieux don de la tranquillité d'esprit contre A a lui sans doute à prolonger ses jours. Voyez II. LENFANT.
VIGNON, (Claude) peintre, né à Tours en 1590, mort en 1670, suivit la manière de Michel-Ange de Caravaggio; mais l'imitateur étoit assez loin de son modèle. I. VIGOR, (Simon) fit ses études à Paris et fut recteur de l'université en 1540. Il devint ensuite pénitencier d'Evreux sa patrie. Il accompagna l'évêque de cette ville au concile de Trente, où il mérita l'estime des Pères par son savoir. Nommé curé de Saint-Paul à Paris, il prêcha avec tant de zèle contre les Calvinistes qu'il fut fait archevêque de Narbonne en 1570. Il continua de s'y signaler, et comme controversiste et comme prédicateur. Ses Sermons ont été imprimés en 1584, 4 vol. in-4°. Ils ne servent aujourd'hui qu'à prouver dans quel triste état se trouvoit l'éloquence Françoise au XVIe siècle. C'est lui et Claude de Saintes, qui eurent en 1566, une fameuse conférence de controverse avec les ministres de l'Espine et Surrou du Rosier. Les Actes de cette conférence parurent en 1568, in-8°. Le savant Pierre Pithou fut une des conquêtes de cet illustre prélat, qui mourut à Carcassonne le 1 novembre 1575.
II. VIGOR, (Simon) neveu du précédent, mourut le 29 février 1624, à 68 ans; conseiller au grand conseil. On lui attribue une Histoire curieuse et peu commune, imprimée sous ce titre: Historia eorum quæ acta sunt inter Philippum Pulchrum Regem Christianissimum et Boni- facium VIII, 1613, in-4°. Il se distingua par son zèle pour les libertés de l'Eglise Gallicane. Il prit la défense du docteur Richer avec beaucoup de chaleur. On a de lui quelques Ouvrages sur ces deux objets et sur l'autorité des Conciles généraux et des Papes. On les a recueillis en un vol. in-4°, 1683.
VILATE, (Joachim) prêtre apostat, né à Allun dans le département de la Creuse, et terroriste sanguinaire pendant la révolution, prit le surnom de Sempronius Gracchus et devint un des jurés du tribunal révolutionnaire de Paris qui envoya tant de victimes à l'échafaud. A la chute de Robespierre il crut en dévoilant quelques-uns des crimes projetés par les scélérats dont il étoit le complice, échapper à la mort; mais il n'y fut pas moins condamné avec Fouquier-Tinville, le 6 mai 1795, à l'âge de 26 ans. Vidate a publié quelques écrits curieux par les anecdotes et les principes qu'ils renforment. Tels sont: Causes secrètes de la révolution du 9 Thermidor, 1795, in-8°; Mystères de la mère de Dieu dévoilés, in-8°.
VILFROY, Voy. VILLEFROY.
VILLAFAGNE, (Jean Arphe de) auteur Espagnol, est connu par un livre aussi rare que recherché. Il est intitulé: Quillatador de la Plata, Oro, y Piedras, Valladolid, 1572, in-4°. L'édition de Madrid, 1598, in-8°, moins rare, est augmentée d'un livre.
VILLAIN, (Étienne-François) mort à Paris en 1784, embrassa l'état ecclésiastique et a publié une Histoire de la paroisse de St.-Jacques de la Boucherie, 1758, in-12; et une autre de Nicolas Flamel et de Pernelle sa femme, 1761, in-12. I. VILLALPANDE, (Jean-Baptiste) Jésuite de Cordoue, habile dans l'intelligence de l'Écriture-Sainte, mourut le 22 mai 1608, après avoir publié un Commentaire, aussi savant que diffus, sur Ezéchiel, en 3 tomes in-fol., Rome, 1596. La Description de la ville et du Temple de Jérusalem, est ce qu'il y a de mieux dans cet ouvrage, quoiqu'à cet égard il y ait bien des conjectures hasardées. L'auteur a épuisé sa matière; mais il est très-difficile d'être aussi patient à le lire qu'il fut constant à le composer. « De fort habiles gens, dit Calmet, croient que ce savant homme, tout rempli des idées qu'il avoit de l'architecture Grecque et Romaine, et trop prévenu en faveur d'un temple dont Dieu même avoit donné le modèle à David, s'étoit imaginé qu'il ne pouvoit le peindre ni trop grand, ni trop beau, ni trop superbe. Il y a mis plusieurs embellissemens qui ne sont pas décrits dans le texte sacré, mais qui devoient y être selon les règles de l'architecture que l'on a supposé être parfaitement connues de Salomon; comme si ces règles étoient les mêmes chez tous les peuples et dans tous les siècles, et comme si ce prince vivant long-temps avant les premiers architectes d'Athènes et de Rome, avoit dû suivre les préceptes qu'ils donnèrent depuis. De plus, Villalpande a multiplié contre l'autorité formelle de la Bible, les cours, les portiques, les pavés de porphyre, les murailles de V I L 371 marbre de Paros. » La figure du Temple ne se trouve pas dans tous les exemplaires du Commentaire de Villalpande. Au reste, ce Jésuite étoit habile architecte, et il étoit plus propre qu'un autre à donner la description d'un temple que la plupart des interprètes, presque tous fort ignorans en architecture; mais il a été entraîné au-delà du vrai par son imagination. Voy. PRADO. L'auteur publia encore à Rome en 1598, in-fol.: Explanatio Epistolarum Sancti Pauli, sous le nom de Rémi de Rheims à qui l'éditeur l'avoit vu attribué dans un manuscrit daté de 1067; mais on convient aujourd'hui que ce Commentaire est d'un autre Rémi moine de St.-Germain d'Auxerre au Xe siècle. Voyez l'Histoire littéraire de la France, tome 3, et la Bibliothèque latine de Fabricius.
II. VILLALPANDE, (Gaspar) théologien controversiste de Ségovie et docteur dans l'université d'Alcala, parut avec éclat au concile de Trente, et mit au jour divers Ouvrages de Controverse dont on ne se souvient plus.
III. VILLALPANDE, (François Torreblanca) est auteur d'un Traité rare, intitulé: Epitome Delictorum seu De invocatione Dæmonum, Hispali, 1618, infolio. Il y a à la fin, Defensa en favor de los Libros de la Magia.
VILLAMÈNE, (François) graveur, élève d'Augustin Carrache, naquit à Assise en Italie, vers l'an 1588, et mourut à Rome vers 1648. Ce maître est recommandable par la correction de son dessin et par la propreté de son travail; mais on lui repro- A 2 2 che d'être trop maniéré dans ses contours. Cela n'empêche pas que ses *Estampes* ne soient très-recherchées.
VILLANDON, *Voyez HÉRITIER*, n.º II.
VILLANI, (Jean, Matthieu et Philippe) auteurs Florentins du XIV$^{e}$ siècle. Les deux premiers étoient frères, et le dernier étoit fils de *Matthieu*. Une même profession, celle du commerce, et un même goût d'étude, celui de l'Histoire, les occupèrent tous trois et les rendirent célèbres, sur-tout les deux frères. Nous avons de *Jean* une *Chronique* en italien, en XII$^{e}$ livres, depuis la Tour de Babel jusqu'en 1348. Elle est écrite avec beaucoup de simplicité et de candeur, mais l'auteur paroît crédule. *Bemigio* de Florence y a joint des Notes marginales et des Remarques savantes. *Matthieu* la poussa jusqu'en 1364. Cette continuation est aussi divisée en XII$^{e}$ livres, que *Philippe* augmenta et corrigea. Le tout fut imprimé par les *Juntes* à Venise, en 1559, 1562, 1581, 3 vol. in-4.º Il est très-difficile de trouver ce corps d'Histoire de cette édition, et il est fort cher, même en Italie. On l'a réimprimé à Milan en 1738, en 2 vol. in-folio. Il mérite d'être consulté, sur-tout pour les évé-nemens des XIII$^{e}$ et XIV$^{e}$ siècles, qui y sont détaillés avec assez d'ordre. I. VILLARET, (Foulques de) grand maître de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem l'an 1307, entreprit d'exécuter le dessein que *Guillaume DE VILLARET* son frère et son prédécesseur avoit formé, de s'emparer de l'isle de Rhodes. A l'aide d'une croisade qu'il obtint de *Clément V*, il en vint à bout l'an 1310, chassa les Sarrasins et se rendit encore maître de plusieurs isles de l'Archipel. Le couvent de l'Ordre fut transféré à Rhodes, et les Hospitaliers furent depuis appelés *Rhodiens* ou Chevaliers de Rhodes. Les Turcs ayant assiégé cette isle en 1315, le grand maître les obligea de se retirer. Malgré les services qu'il avoit rendus à l'Ordre, il fut accusé de négliger les intérêts publics pour ne songer qu'aux siens propres. Les chevaliers indignés de son despotisme et de son luxe, l'obligèrent à se démettre l'an 1319 entre les mains du pape, pour éviter la honte d'une déposition. On lui donna pour dédommagement le prieuré de Capoue: il préféra d'aller demeurer en France auprès de sa sœur dame de *Tiran* en Languedoc, où il mourut l'an 1327.
II. VILLARET, (Claude) né à Paris en 1715 de parens honnêtes, fit de bonnes études. Les passions de la jeunesse qui l'agitèrent assez long-temps, l'empêchèrent d'abord d'en profiter. Il débuta dans le monde littéraire par un Roman très-médiocre, intitulé: *La Belle Allemande*. Il fit ensuite en société une Pièce qui fut jouée sans succès au théâtre François. Des affaires domestiques l'obligèrent en 1748, de s'éloigner de Paris et de prendre le parti du théâtre. Il alla à Rouen, où sous le nom de *Dorval* il débuta par les rôles d'amoureux; il y joua ensuite le *Glorieux*, le *Misanthrope*, l'*Enfant Prodigue*, etc. Il fut souvent applaudi à Compiegne pendant les voyages de la cour. Il sentit bientôt les dégoûts d'un état pour lequel il n'étoit pas né et qu'il n'avoit embrassé que par nécessité. En 1756, il renonça au théâtre à Liège, où il étoit à la tête d'une troupe de comédiens qui ne se soutenoient que par ses talens; et il se retira à Paris où il avoit arrangé les affaires qui l'avoient obligé de s'en éloigner. Il fut nommé premier commis de la chambre des Comptes, et contribua beaucoup à mettre de l'ordre dans cet intéressant dépôt qui avoit été la proie des flammes en 1738. Ce travail l'arracha à ses dissipations et lui fit connoître les vraies sources de l'histoire de France. L'abbé *Velly* étant mort en 1759, *Villaret* fut choisi pour continuer son Ouvrage. On le nomma presque en même temps secrétaire de la Pairie et des Pairs. Ces diverses occupations affoiblirent entièrement sa complexion, naturellement délicate. Une maladie de l'urètre dont il étoit affligé, l'emporta au mois de mars 1766. Son caractère étoit excellent. Quoiqu'il fut extrêmement timide et par conséquent un peu sombre, il étoit avec ses amis doux, honnête, poli et d'un bon commerce. Sa continuation de l'*Histoire de France*, commence au VIII$^{e}$ volume par le règne de *Philippe VI* et finit à la page 348 du XVII$^{e}$. Elle est pleine de recherches intéressantes et d'anecdotes curieuses; mais il n'est pas assez concis. On lui reproche des préfaces, des longueurs, des écarts, des détails rebattus dans toutes les histoires générales, et qui l'éloignoient de l'objet primitif, qui étoit l'histoire de la nation. Son style, élégant et plein de feu, est quelquefois trop abondant, trop poétique, et s'écarte de temps en temps de la grave simplicité de l'histoire. On a encore de lui des *Considérations sur l'art du Théâtre*, 1758, in-8$^{o}$: ouvrage où il y a peu de réflexions neuves; et l'*Esprit de Voltaire*, 1759, in-8$^{o}$. I. VILLARS, (André DE BRANCAS, seigneur de) d'une famille ancienne originaire de Naples, mais établie en France depuis 1399. S'étant laissé séduire par les partisans de la Ligue, il soutint le siège de Rouen contre *Henri IV* en 1592. Mais après l'abjuration de ce prince en 1594, il lui remit la ville. *Sully* avoit été chargé de négocier avec lui pour le détacher de la Ligue. Cette négociation étoit sur le point d'être conclue, lorsqu'on persuada à *Villars* que *Sully* avoit formé le projet de s'emparer de sa personne pour le faire assassiner. *Villars* arrache sur-le-champ le traité des mains de *Sully* et le jette au feu. La modération de l'un calma les emportemens de l'autre. Tout fut éclairci et *Villars* après avoir fait pendre l'auteur de l'imposture, signa son traité. La charge d'amiral fut le prix de sa soumission et de son courage. Ayant été battu et fait prisonnier à la bataille de Dourlens, le 24 juillet 1595, par les Espagnols, il fut tué de sang froid selon l'usage de ce peuple qui massacroit alors sans pitié ceux qui les quittoient après avoir été à leur solde. *Villars* étoit brave, désintéressé, plein d'audace, incapable de dissimulation, indigné contre tout artifice, mais fier et emporté. Il avoit plusieurs traits de ressemblance avec A a 3 Henri IV qui l'estimoit beaucoup. L'amiral n'ayant pas été marié, un de ses frères forma la branche des ducs de Villars Brancas. — II. VILLARS. (Louis-Hector, marquis, puis duc de) pair et maréchal de France, grand d'Espagne, chevalier des Ordres du roi et de la Toison d'or, gouverneur de Provence, etc. naquit à Moulins en Bourbonnois en 1653, d'une famille originaire de Lyon qui remontoit au XVIe siècle, et qui a donné cinq archevêques de suite à l'église de Vienne, et des hommes distingués dans la robe et dans l'épée. Louis-Hector étoit fils de Pierre de Villars, chevalier des Ordres du roi, qui servit l'état avec distinction et comme militaire, et comme ambassadeur dans diverses cours. Il porta les armes fort jeune; son courage et sa capacité annoncèrent dès-lors à la France un défenseur. Il fut d'abord aide de camp du maréchal de Bellefons son cousin. Il servit ensuite, l'an 1672, en Hollande et se trouva au passage du Rhin. Il se signala l'année d'après au siège de Maestricht. Louis XIV charmé de son ardeur naissante, l'honora de ses éloges. Il semble, dit ce monarque, que dès que l'on tire en quelque endroit, ce petit garçon sorte de terre pour s'y trouver. La valeur qu'il montra au combat de Senef, en 1674, où il fut blessé, lui valut un régiment de cavalerie. Après s'être trouvé à plusieurs sièges et à différens combats, il attaqua sous les ordres du maréchal de Créqui l'arrière-garde de l'armée de l'empereur dans la vallée de Quekembacq au passage de Kinche en 1678. Il fit de si belles choses dans cette campagne que Créqui lui dit devant tout le monde : Jeune homme, si Dieu te laisse vivre, tu auras ma place plutôt que personne. Il se trouva la même année au siège et à la prise du fort de Kell, où il justifia cet éloge. Honoré du titre de maréchal de camp en 1690, il se distingua l'année d'après à Leuse, où 28 de nos escadrons triomphèrent de 60; et l'année suivante à Pfortsheim, où le duc de Wittemberg fut pris et son armée défaite. Après la paix de Ryswick, il alla à Vienne en qualité d'envoyé extraordinaire; mais il en fut rappelé en 1701. On l'envoya en Italie où dès son arrivée il se signala par la défaite d'un corps de troupes qui vouloit l'enlever. De là il passa en Allemagne. A peine est-il arrivé qu'il passe le Rhin à la vue des ennemis, s'empare de Neubourg, et remporte à Fridelinghen par un mouvement habile le 14 octobre 1702, une victoire complète sur le prince de Bade qui y perdit trois mille hommes tués sur la place. L'année d'après, il gagna une bataille à Hochstet de concert avec l'électeur de Bavière. Cet électeur n'avoit pas voulu d'abord combattre; il vouloit conférer avec ses généraux et avec ses ministres. C'est moi qui suis votre ministre et votre général, lui dit Villars : vous faut-il d'autre conseil que moi quand il s'agit de donner bataille ? Il la donna en effet et fut vainqueur. De retour en France, il fut envoyé au mois de mars 1704 commander en Languedoc, où depuis deux ans les fanatiques appuyés par des puissances étrangères, avoient pris les armes et commettoient des violences extrêmes. « Je tâcherai, dit-il à Louis XIV, de terminer par la douceur, des malheurs où la sévérité me paroît non-seulement inutile, mais dangereuse. » En effet, le maréchal de Villars eut le bonheur de réduire les rebelles autant par la prudence que par la force, et sortit du Languedoc au commencement de 1705, avec la consolation d'y avoir remis le calme. Villars nécessaire en Allemagne pour résister à Marlborough victorieux, eut le commandement des troupes qui étoient sur la Moselle, où il déconcerta tous les projets des ennemis. Après les avoir obligés de lever le blocus du Fort-Louis, il remporta une victoire, en 1707, à Stolhoffen et y trouva 166 pièces de canon. Il traversa ensuite toutes les gorges des montagnes et tira de l'empire plus de dix-huit millions de contributions. Le Dauphiné fut, en 1708, le théâtre de ses exploits; l'habile général fit échouer tous les desseins du duc de Savoie. Il faut, disoit un jour ce prince éclairé, que le maréchal de Villars soit sorcier, pour savoir tout ce que je dois faire; jamais homme ne m'a donné plus de peine ni plus de chagrin. Après la campagne, Louis XIV dit à Villars: Vous m'aviez promis de défendre Lyon et le Dauphiné; vous êtes homme de parole, et je vous en sais bon gré. —SIRÉ, répondit le maréchal, j'aurois pu mieux faire si j'avois été plus fort. Rappelé en Flandre, il battoit les ennemis à Malplaquet près de Mons en 1709, lorsqu'il fut blessé assez dangereusement pour se faire administrer le Viatique. On pro- posa de faire cette cérémonie en secret. Non, dit le maréchal, puisque l'armée n'a pas pu voir mourir Villars en brave, il est bon qu'elle le voie mourir en Chrétien. On prétend que lorsqu'il partit pour rétablir les affaires de la France, Mad. la duchesse de Villars voulut le dissuader de se charger d'un fardeau si dangereux. Le maréchal rejeta ce conseil timide. Si j'ai, dit-il, le malheur d'être battu, j'aurai cela de commun avec les généraux qui ont commandé en Flandre avant moi: si je reviens vainqueur, ce sera une gloire que je ne partagerai avec personne. Il eut bientôt cette gloire si flatteuse. Il tomba inopinément le 24 juillet 1712, sur un camp de 17 bataillons retranchés à Denain sur l'Escaut pour le forcer. La chose étoit difficile; mais Villars ne désespéra pas d'en venir à bout. Messieurs, dit-il à ceux qui étoient autour de lui, les ennemis sont plus forts que nous; ils sont même retranchés. Mais nous sommes François: il y va de l'honneur de la nation: il faut aujourd'hui vaincre ou mourir, et je vais moi-même vous en donner l'exemple. Après avoir ainsi parlé, il se met à la tête des troupes qui excitées par son exemple, font des prodiges et battent les Alliés commandés par le prince Eugène. Villars sut vaincre et profiter de sa victoire. Il emporta avec la plus grande célérité Marchiennes, le fort de Scarpe, Douay, le Quesnoy, Bouchain. Ses succès hâtèrent la paix. Elle fut conclue à Rastadt le 6 mai 1714, et le maréchal y fut plénipotentiaire. Après la mort de Louis XIV, le vainqueur de Denain conserva d'abord son cré- A a 4 dit à la cour qui avoit besoin de ses talens et de ses lumières. Il fut fait président du conseil de guerre en 1715, et admis au conseil de régence en 1718. Au milieu des intrigues qui agiterent ce temps orageux, Villars garda une neutralité qui augmenta la considération dont il jouissoit et nuisit à sa faveur. Mais quand le bouleversement occasionné par le système de Law eut affligé la moitié de la France, Villars crut devoir mettre sous les yeux du régent la fortune incroyable d'une foule de traitans, la cherté affreuse des vivres, la diminution des revenus de l'état, la perte du crédit public. Law, le premier auteur de tous ces maux, avoit tâché de gagner l'esprit du maréchal et n'avoit pu y réussir. Il fut enfin renvoyé, et Villars contribua au choix de son successeur, Pelletier de la Houssaie, le septième administrateur des finances depuis Louis XIV, et dans l'espace de cinq ans. Lorsqu'après la mort du duc d'Orléans, en 1723, le gouvernement général des affaires passa entre les mains du duc de Bourbon, Villars entra dans tous les conseils. Sa fortune à cette époque sembloit ne pouvoir plus s'accroître. Maréchal de France, duc et pair, gouverneur de Provence, grand d'Espagne, chevalier de la Toison d'Or, membre des conseils et académicien; il avoit tout ce qui peut satisfaire l'ambition et irriter l'envie. Il eut part à toutes les affaires de ces temps-là, marqués principalement par les défiances semées entre la cour de France et celle d'Espagne, par les liaisons de celle-ci avec la maison d'Autriche, par les in- trigues pour l'en détacher, par les contrariétés dans le conseil. Tous ces mouvemens aboutirent en 1731, à un traité entre l'empereur, l'Angleterre et l'Espagne; et la France se trouva abandonnée de tous ses alliés. Enfin la guerre ayant été allumée en 1733, Villars fut envoyé en Italie après avoir été déclaré général des camps et armées du roi. Ce titre n'avoit point été accordé depuis le maréchal de Turenne qui paroît en avoir été honoré le premier. A 82 ans, Villars partit pour le Milanois. Il arriva au camp de Pisighitone le 11 novembre 1733, et se rendit maître de cette place par capitulation après 12 jours de tranchée ouverte. Un officier considérable lui représentant pendant ce siège, qu'il s'exposoit trop: Vous auriez raison si j'étois à votre âge, répond le maréchal; mais à l'âge où je suis j'ai si peu de jours à vivre, que je ne dois pas les ménager ni négliger les occasions qui pourroient me procurer une mort glorieuse. L'affoiblissement de ses forces ne lui permit de faire qu'une campagne: mais cette campagne fraya le chemin de la victoire. Comme il s'en retournoit en France, une maladie mortelle l'arrêta à Turin. Son confesseur l'exhortant à la mort, lui dit, à ce qu'on prétend, que Dieu lui avoit fait de plus grandes graces qu'au maréchal de Berwick qui venoit d'être tué d'un coup de canon au siège de Philipsbourg. Quoi! répondit le héros mourant, il a fini de cette manière! Je l'ai toujours dit, qu'il étoit plus heureux que moi. Il expira peu de temps après, le 17 juin 1734, à 82 ans. C'est un bruit populaire, qu'il soit né et qu'il soit mort dans la même ville et dans le même appartement. Lorsque le prince Eugène apprit cette mort, il dit : La France vient de faire une grande perte, qu'elle ne réparera pas de long-temps. Le maréchal de Villars étoit un homme plein d'audace et de confiance, et d'un génie fait pour la guerre. Il avoit été l'artisan de sa fortune, par son opiniâtreté à faire au-delà de son devoir. Il déplut quelquefois à Louis XIV, et ce qui étoit plus dangereux, à Louvois, parce qu'il leur parloit avec la même hardiesse qu'il servoit. On lui reprochoit de n'avoir pas eu une modestie digne de sa valeur. Il parloit de lui-même comme il méritoit que les autres en parlussent. Il dit un jour au roi devant toute la cour, lorsqu'il prenoit congé pour aller commander toute l'armée : « SIRE, je vais combattre les ennemis de Votre Majesté et je vous laisse au milieu des miens... » Il dit aux courtisans du duc d'Orléans régent du royaume, devenus riches par le bouleversement de l'état, appelé Système : « Pour moi, je n'ai jamais rien gagné que sur les ennemis de l'état. » Il écrivit à Chamillard : « J'apprends que le roi vient de faire dix maréchaux de France; je souhaiterois qu'il eût fait autant de bons généraux d'armée. Vous avez une tâche plus difficile que de gérer les finances, c'est d'étudier les hommes qui n'approchent jamais du roi et de vous qu'avec un masque sur le visage... Les serviteurs fidelles grondent souvent, écrivoit-il à Mad. de Maintenon; les courtisans seuls approuvent tout. » Ses discours où il mettoit le même courage que dans ses actions, rabaissoient trop les autres hommes déjà assez irrités par son bonheur. Aussi, avec de la probité et de l'esprit il n'eut jamais l'art de se faire valoir ni celui de se faire des amis. Dès son entrée au service, il s'étoit fait remarquer par une bravoure à toute épreuve. On le pressoit inutilement en 1677 de prendre une cuirasse pour une action qui selon toutes les apparences devoit être vive et meurtrière. Je ne crois pas, répondit-il tout haut en présence de son régiment, ma vie plus précieuse que celle de ces braves gens-là... Villars regarda toujours comme un devoir de se trouver aux endroits les plus dangereux, pour encourager les autres par son exemple. Il dit en 1703 à quelqu'un qui l'exhortoit à se ménager, qu'un Général devoit s'exposer autant qu'il exposoit les autres. Le maréchal de Villars étoit de l'académie Françoise, où il fut reçu en 1714 couvert des lauriers de ses victoires. Aussi la Chapelle en répondant à son discours de réception, lui dit : La fortune devoit mettre CICÉRON à ma place pour répondre à CÉSAR. Le maréchal de Villars fut presque le dernier des héros François; car dans la guerre de 1741, les victoires ne furent remportées que par des généraux étrangers; et il nous fallut un Saxon pour gagner des batailles, et un Danois pour prendre des villes. La guerre de 1756 prouva encore plus notre décadence dans l'art militaire. Le maréchal de Villars avoit été président du conseil de guerre sous la régence. On a imprimé en Hollande les Mémoires du Maréchal DE VILLARS, en 3 vol. in-12. Le pre- mier est absolument de lui ; les deux autres sont d'une autre main : ( *Voyez MARGON.* ) Mais on a quelque chose de meilleur dans la *Vie du Maréchal DE VILLARS*, écrite par lui-même et donnée au public par M. *Anquetil*, 4 vol. in-12, 1784. On trouve dans ce recueil intéressant les *Lettres*, les *souvenirs* et le *journal* même d'*Hector de Villars*, que l'habile éditeur n'a communiqué au public qu'après les avoir mis en ordre. ( *Voyez VENDÔME*, n.º II.) — Le duc DE VILLARS son fils, gouverneur de Provence, est mort sans postérité masculine.
III. VILLARS, ( *Honorat de Savoie*, marquis de ) maréchal de France en 1571 et amiral en 1572, étoit fils de *René* bâtard de *Philippe II* duc de Savoie. Il secourut Corbie et se signala aux batailles de Saint-Denis et de Montcontour. Il mourut à Paris en 1580, ne laissant qu'une fille mariée en premières noces au maréchal de *Montpesat*, et en secondes au duc de *Mayenne*.
IV. VILLARS, ( *L'abbé de Montfaucon de* ) d'une famille noble de Languedoc, étoit parent du célèbre Dom de *Montfaucon*. Il embrassa l'état ecclésiastique et vint à Paris, où son talent pour la chaire lui donnoit des espérances. Il y plut par les agrémens de son caractère et de son esprit. Il se fit sur-tout connoître par son *Comte de Gabalis*, 1742, 2 vol. in-12. *Villars* n'y a mis que la façon ; le fonds a été puisé dans le livre de *Borri*, intitulé : *La Chiaue del Gabinetto*. Cette petite production est écrite avec assez de finesse. L'auteur y dévoile agréablement les mystères de la prétendue cabale des Frères de la *Rose-Croix*. Cet ouvrage lui fit interdire la chaire. L'abbé de *Villars* fut tué d'un coup de pistolet, à l'âge d'environ 35 ans, vers la fin de l'année 1675, par un de ses parens, sur le chemin de Paris à Lyon. On a encore de lui un assez mauvais *Traité de la Délicatesse*, in-12, en faveur du Père *Bouhours*, et un roman en 3 vol. in-12, sous le titre d'*Amour sans foiblesse*, qui n'est pas grand'chose.
VILLARS, ( *Du* ) *Voyez BOIVIN*, n.º I. I. VILLE, ( *Antoine de* ) né à Toulouse en 1596, chevalier des ordres de Saint-Maurice et de Saint-Lazare, se distingua dans le génie et dans les fortifications. On a de lui : I. Un *Livre de Fortifications*, in-12, qu'il publia à l'âge de 31 ans. II. Le *Siège de Corbie*, en latin, Paris, 1637, in-folio. III. Le *Siège d'Hesdin*, 1639, in-folio, etc. Ces ouvrages étoient fort estimés avant les découvertes du maréchal de *Vauban*.
II. VILLE, ( *Jérôme-François marquis de* ) Piémontois, servit sous le duc de Savoie, où il signala son courage et ses lumières. Il avoit le grade de lieutenant général au service de France sous le prince *Thomas*, lorsqu'il fut recherché par la république de Venise pour aller commander dans Candie en 1665. Il soutint les efforts des Turcs jusqu'à ce que le duc de Savoie le rappela en 1678. Il quitta l'isle le 22 avril au grand regret des soldats et des officiers qui comptoient autant sur sa valeur que sur sa capacité. *D'Alquié* a traduit ses *Mémoires* sur le siège de Candie, Amsterdam, 1671, en deux vol. 10-12. C'est un journal intéressant de ce siège fameux.
III. VILLE, (Arnold de) du pays de Liège, fit exécuter l'an 1687 la *Machine de Marly*. On prétend qu'il avoit surpris le secret de cette machine d'un de ses compatriotes nommé *Bendequin Sualem*. Ce dernier, mort en 1708, âgé de 64 ans, est qualifié seul inventeur de la machine de Marly dans son épitaphe qui se voit dans l'église de Bougival près de Marly. Il peut en avoir conçu les premières idées qui ont été perfectionnées par *Arnold de Ville*.
IV. VILLE, (André-Nicolas de) né en 1662, s'attacha au maréchal de *Vauban*, et devint un ingénieur célèbre. Il fortifia Mont-Dauphin, Embrun et Queyras. Fixé à Lyon, il y ouvrit près de cette ville le chemin de la montagne de Tarare jusqu'alors impraticable. On lui doit les casernes de Montbrison et le rétablissement du pont de la Guillotière à Lyon, où il mourut en 1741. —L'un de ses ancêtres fut le premier qui parvint, le 26 juin 1492, sur le sommet du Mont-Aiguille en Dauphiné, appelé jusqu'alors la montagne inaccessible. Ce dernier étoit gouverneur de Montélimar, et suivit *Charles VIII* dans son expédition d'Italie.
VILLE, (L'abbé de la) *Voyez* II. MALEBRANCHE, n.º X. de ses ouvrages; et III. GRAND.
VILLEBEON, (Pierre de) d'une maison illustre de France, devint chambellan par la mort de son frère aîné *Gautier DE VILLEBEON*, et fut ensuite mi- mistre d'état du roi *St. Louis*. Il rendit à ce prince les services les plus importants, le suivit dans ses voyages d'outre-mer et fut nommé l'un de ses exécuteurs testamentaires. Il fit des prodiges de valeur dans les guerres d'outre-mer, et mourut à Tunis en 1279 sans avoir été marié.
VILLEDIEU, (Alexandre de) religieux Franciscain du 13e siècle, fut auteur du *Doctrinale puerorum*, ouvrage de grammaire élémentaire qu'*Alde Manuce* imprima à Venise dès 1476.
VILLEDIEU, *Voy*. JARDINS.
VILLEFORE, (Joseph-François Bourgoin de) d'une famille noble de Paris, vit le jour le 24 décembre 1652. Pour se livrer plus librement à son goût pour la vie tranquille et pour l'étude, il passa quelques années dans la communauté des gentilshommes établie sur la paroisse de Saint-Sulpice; mais son mérite le décela, et il fut admis en 1706 dans l'académie des Inscriptions. Il s'en retira de lui-même en 1708, sous prétexte que la foibiesse de son tempérament ne lui permettait pas d'en suivre les exercices; mais réellement parce que ces exercices le génoient. Il alla ensuite se cacher dans un petit appartement du cloître de l'Eglise métropolitaine, où il passa le reste de sa vie, qu'une mort chrétienne termina le 2 septembre 1737, à 85 ans. On a de lui un grand nombre d'ouvrages historiques, de traductions, d'opuscules. Ses ouvrages du premier genre sont: I. *La Vie de St. Bernard*, in-4.º Elle est écrite avec une simplicité noble. II. *Les Vies des Sts. Pères des déserts d'Orient*, en 2 vol., puis en 3 in-12. III. Les Vies des Saints Pères des déserts d'Occident, en 3 vol. in-12. Ces deux ouvrages n'ont pas éclipsé celui d'Arnauld d'Andilly dans le même genre. IV. La Vie de Ste Thérèse, avec des Lettres choisies de la même Sainte, in-4° et en 2 vol. in-12. V. Anecdotes ou Mémoires secrets sur la Constitution Unigenitus, 3 vol. in-12. Cet ouvrage entrepris à la prière du cardinal de Noailles, est semé de portraits tracés avec assez de fidélité. Les menées du Jésuite le Tellier pour desservir ce cardinal auprès de Louis XIV, y sont bien dévoilées. Le style, quoique un peu négligé, est en général agréable et coulant. Il y a quelques faits qui paroissent hasardés, d'autres trop satiriques : aussi ces Mémoires furent-ils supprimés par arrêt du conseil, de même que la Réfutation qui en a été faite par Lofteau évêque de Sisteron. Au reste, les anecdotes de la Constitution ne sont en plusieurs endroits, qu'un abrégé du journal de l'abbé d'Orsanne. VI. La Vie d'Anne-Geneviève de Bourbon duchesse de Longueville, dont la meilleure édition est celle d'Amsterdam, 1739, en 2 vol. petit in-8°... Les traductions de Villefore sont : I. Celles de plusieurs ouvrages de St. Augustin, des Livres de la Doctrine Chrétienne, in-8°; de ceux de l'Ordre et du Libre-arbitre, in-8°; des trois Livres contre les Philosophes académiciens; du Traité de la Grace et du Libre-arbitre, in-12; et du Traité de la Vie heureuse, in-12. II. Celles de plusieurs ouvrages de St. Bernard; des Lettres, deux vol. in-8°; et des Sermons choisis, in-8°, avec des Notes qui servent à éclaircir le texte. III. Celles de plusieurs ouvrages de Cicéron; des Entretiens sur les Orateurs illustres, in-12; et de toutes les Oraisons, en huit vol. in-12. Ces différentes versions ont été bien accueillies. Elles ont presque toujours le mérite de la fidélité et quelquefois celui de l'élégance; mais on reproche au traducteur des négligences dans la diction et des périphrases languissantes.
VILLEFROY, (Guillanme de) prêtre, docteur en théologie, né en 1690, mourut professeur d'hébreu au collège royal en 1777, à 87 ans. Il avoit été secrétaire du duc d'Orléans qui lui fit donner l'abbaye de Blasi-mont en 1721. C'étoit un homme d'étude et laborieux. On a de lui : Lettres de M. l'abbé de** à ses Elèves, pour servir d'introduction à l'intelligence des saintes Ecritures, Paris, 1751, 2 vol. in-12; et d'autres Ecrits réfutés par Ladvocat et le Père Heubigant. En introduisant dans la Bible un système grammatical, on a paru craindre qu'il n'en altérât la simplicité et le sens.
VILLEGAGNON, (Nicolas Durand de) chevalier de Malte, né à Provins en Brie, se signala en 1541 à l'entreprise d'Alger. Il ne se distingua pas moins à la défense de Malte dont il a donné une Relation françoise, 1553, in-8° ou en latin in-4°. Né pour les entreprises singulières, il tenta de se former une souveraineté vers le Brésil en Amérique. Il s'établit dans l'isle de Coligny. Ayant annoncé qu'on vouloit en faire une retraite pour les prétendus Réformés, il eut d'abord beaucoup de colons; mais s'étant V I L 381 avisé de les contredire sur leur croyance, ils l'abandonnèrent. Les Portugais s'emparèrent du fort qu'il avoit fait bâtir pour protéger sa colonie. Villegagnon après avoir fait jeter dans la mer le ministre Protestant et quelques mutins, abandonna l'isle; et après une navigation fort périlleuse, aborda vers la fin de mai 1558 sur les côtes de Bretagne. Il se montra alors aussi zélé pour la religion Catholique qu'il l'avoit d'abord paru pour l'hérésie. Il mourut en décembre 1571, dans sa commanderie de Beauvais en Gatinois. On a de lui plusieurs Ecrits contre les Protestans, qui prouvent qu'il avoit plus de talent pour la guerre que pour la controverse.
VILLEGAS, Voyez QUEVEDO.
VILLEHARDOUIN, (Géofroi de) chevalier, maréchal de Champagne en 1200, porta les armes avec distinction, et cultiva les lettres dans un siècle ignorant et barbare. On a de lui l'Histoire de la prise de Constantinople par les François en 1204, dont la meilleure édition est celle de du Cange, in-folio, 1657. Les exemplaires en grand papier sont préférés au petit. Cet ouvrage est écrit avec un air de naïveté et de sincérité qui plaît; mais l'auteur n'est pas assez judicieux dans le choix des faits et des circonstances.
VILLEMOT, (Philippe) né à Châlons-sur-Saône en 1651, devint curé de la Guillotière de Lyon, et se fit connoître par son savoir en astronomie. Son Explication du mouvement des Planètes, imprimé en 1707, in-12, eut beaucoup de succès. Malezieu l'attaqua. Le médecin Rey le défendit, et il fut traduit en latin par Camille Falconet. Villemot avoit un goût si prononcé pour les mathématiques que son expression favorite à la lecture d'un morceau éloquent de prose ou de poésie étoit: Cela est beau comme une équation. Il mourut le 11 octobre 1713.
VILLENA, Voyez PACHECO. I. VILLENEUVE, (Huon de) troubadour célèbre, fut auteur de beaucoup de romans qui firent les délices de nos aïeux. On lui attribue ceux de Renaud de Montauban, de Doon de Nanteuil, d'Aïe d'Avignon. Il écrivait sous le règne de Philippe-Auguste.
II. VILLENEUVE, (Hélion de) grand maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem qui résidait alors à Rhodes, fut élu à la recommandation du pape Jean XXII qui le connoissoit également courageux et habile. Son élection se fit à Avignon en 1319. Le premier soin du nouveau grand maître fut d'assembler un chapitre général à Montpellier. On prétend que ce fut dans cette assemblée qu'on divisa le corps de l'Ordre en différentes langues ou nations, et qu'on attacha à chaque langue des dignités particulières et les commanderies de chaque nation. Villeneuve ayant terminé ce chapitre, se rendit à Rhodes vers l'an 1332, et il y vécut en prince qui sait gouverner. La ville et l'isle entière lui furent redevables d'un bastion qu'il fit élever à ses dépens à la tête d'un faubourg. A cette sage précaution, le grand maître ajouta le secours d'une garnison nombreuse qu'il entretient toujours de ses propres deniers. D'ailleurs sa présence et sur-tout ses bienfaits, attirèrent à Rhodes un grand nombre de chevaliers; cette isle devint un boulevard redoutable. Il arma ensuite six galères pour seconder la ligue des princes Chrétiens contre les Infidelles. Différens abus s'étoient glissés dans l'Ordre, et le pape Clément VI en avoit été instruit. Villeneuve fit différens réglemens pour la réforme des moeurs. Il fut défendu aux chevaliers de porter des draps qui coûtassent plus de deux florins l'aune et demie. On leur interdit la pluralité des mets et l'usage des vins délicieux. Il envoya peu de temps après des députés au pape; ils tinrent un chapitre à Avignon, où les réglemens faits par le grand maître furent confirmés. L'Ordre perdit bientôt Villeneuve; il mourut à Rhodes en 1346. « Prince recommandable, dit Vertot, par son économie, et qui pendant son magistère acquitta toutes les dettes de la Religion. » Sa prudence se signala plusieurs fois autant que sa valeur, et sur-tout lorsqu'il réduisit l'isle de Lango, révoltée contre l'Ordre. Sa sévérité le fit appeler Manlius, parce qu'il dépouilla de l'habit de chevalier Dieu-donné de Gozon qui contre sa défense, avoit combattu et terrassé un monstre qui infestoit Rhodes. Il fit éclater sa magnificence par les édifices qu'il fit élever dans l'isle: une église où il fonda deux chapelles magistrales, et un château qui portoit son nom. Il fut aussi le fondateur d'un monastère de Chartreuses dans le diocèse de Fréjus, où sa sœur Roseline de Villeneuve, morte en odeur de sainteté, fut prieure. La maison dont étoit le grand maître de Rhodes, alliée à la famille de Bourbon et distinguée par l'illustration des grandes dignités, a produit un grand nombre de personnages recommandables; tels que Romée DE VILLENEUVE premier ministre de Raimond Béranger comte de Provence, mort en 1250. C'est à lui qu'on doit le mariage de Béatrix de Provence avec Charles de France comte d'Anjou qui procura la réunion du comté de Provence à la couronne. — Guillaume-Louis DE VILLENEUVE seigneur de Sorenon, premier marquis de Trans, étoit chambellan de Charles VIII et un des généraux de ses armées navales. Sa famille subsiste encore et s'est divisée en plusieurs branches, dont les principales sont connues par les dénominations de Trans, de Bargemont, de Flayosc, d'Esclapon. Enfin, l'ordre de Malte doit à la maison de Villeneuve plus de cent chevaliers, et l'Eglise un grand nombre de prélats dont les lumières ont égalé les vertus.
III. VILLENEUVE, (Humbert de) baron de Joux près Tarare en Lyonnois, se distingua par son savoir. Il passa successivement de la place de conseiller au grand conseil, à celle de second président au parlement de Toulouse et à celle de premier président au parlement de Bourgogne. Louis XII lui confia diverses négociations importantes auprès des Suisses et de la république de Venise, et l'envoya à l'assemblée d'Orléans pour s'opposer aux entreprises de Jules II. V I L 383 Les Suisses l'ayant fait prisonnier, le duché de Bourgogne le racheta de ses propres deniers. Il mourut le 18 juillet 1515. A sa mort, le parlement de Dijon assista à ses obsèques.
IV. VILLENEUVE, (N.) maître de musique de la cathédrale d'Aix, est auteur de celle de la Princesse ÉLIDE, opéra de l'abbé Pellegrin, représenté en 1728. V. VILLENEUVE, (Gabrielle-Susanne Barbot veuve de Jean-Baptiste de Gaalou de) morte le 29 décembre 1755, avoit de l'esprit et de l'aménité. Son mari étoit lieutenant colonel d'infanterie. Elle s'exerça dans le genre romanesque et elle eut à cet égard quelques succès. On a d'elle : I. La Jeune Américaine ou les Contes Marins, quatre parties in-12. II. Le Phénix Conjugal, in-12. III. Le Juge prévenu, in-12. IV. Les Contes de cette année, in-12. V. Les Belles Solitaires, en trois parties in-12. VI. Le Beau-Frère supposé, quatre parties in-12. VII. Mesdemoiselles DE MARSANGE, in-12. VIII. Le Temps et la Patience, 2 vol. in-12. IX. La Jardinière de Vincennes, en cinq brochures in-12. Ce dernier roman est le plus lu. C'est un tableau des caprices de l'amour et de la fortune, sans force et sans coloris; mais les situations attendrissantes, la noblesse des sentimens, la justesse des réflexions rachètent le défaut de la foiblesse et de l'incorrection du style. Ses autres romans ont à peu près les mêmes qualités et les mêmes défauts. Les plans n'ont rien de neuf; les événemens n'y sont pas toujours vraisemblables, et l'auteur les chargeant de détails mi- nutieux et de réflexions longuement exprimées, affoiblit l'intérêt qu'on y trouveroit en les lisant.
VILLENEUVE, (Arnaud de) Voyez ARNAUD, n.º II.
VILLENEUVE, Voy. BRAN-CAS, n.º III. et LUCO.
VILLEPATOUR, Voy. TA-BOUREAU.
VILLER, (Michel) prêtre du diocèse de Lausanne, mort le 30 mars 1757, âgé de plus de 80 ans, est connu par des Anecdotes sur l'état de la Religion dans la Chine, 1732 et 1742, en 7 vol. in-12, où il n'a pas le mérite de la précision ni toujours celui de l'impartialité.
VILLERMOZ, médecin à Lyon, mort en 1794, exerça sa profession avec autant de succès que de bienfaisance. Habile chymiste, membre de l'académie de sa patrie, il a publié des Écrits sur les cimetières et sur les moyens de procurer la meilleure eau à la ville de Lyon, 1784, in-8°, etc.
VILLEROI, Voyez AUBES-PINE, n.º IV. — et NEUFVILLE.
VILLETHIERY, (Jean Girard de) Voyez GIRARD DE VILLETH. I. VILLETTE, (François de) né à Lyon en 1621, y construisit deux miroirs ardens remarquables par leur grandeur. L'un fut acheté par le roi et placé à l'Observatoire; l'autre a été acquis par le landgrave de Hesse-Cassel. Le portrait de cet artiste a été gravé par des Rochers.
II. VILLETTE (Charles marquis de) né à Paris, épousa la 384 V I L nièce de *Voltaire* qu'il avoit encensé toute sa vie et qu'il reçut chez lui à Paris lorsque ce dernier vint y mourir. Après l'avoir fait embaumer, il fit enfermer son cœur dans un vase de marbre, avec cette inscription : Son esprit est par-tout, et son cœur est ici. *Villette* avoit de l'esprit naturel ; mais trop d'affectation et une grande immoralité dont il se vantoit, finirent par lui obtenir plus de mépris que d'éloges. Nommé député à la Convention nationale, il mourut bientôt après, le 10 juillet 1793, et l'assemblée assista par députation à ses funérailles. On lui doit les *Eloges*, de *Charles V* et de *Henri IV*, des *Lettres* et quelques *Poésies*. Ses œuvres ont été recueillies en 1784, in-8°, imprimées avec luxe en 1786 ; il publia un supplément à ce recueil en un volume in-16, imprimé sur du papier fait avec de l'écorce de tilleul à la manufacture de Buges. A la fin du volume, on trouve plusieurs échantillons de papiers faits avec des orties, du fusain, du chien-dent, des roseaux et de la mousse. On lui doit encore depuis cet écrit des *Lettres choisies* sur les principaux événements de la révolution, 1792, in-8°. I. VILLIERS DE L'ISLE-ADAM, (Jean de) chevalier, seigneur de l'Isle-Adam, d'une des plus anciennes et des plus illustres maisons de France, s'engagea dans la faction de Bourgogne, à laquelle il fut fort utile par ses intrigues et par son courage. Il fut fait maréchal de France en 1418. Devenu suspect à *Henri V* 10, d'Angleterre, il fut renfermé à la Bastille par ordre de ce prince, et n'en sortit qu'en 1422. Il servit encore les ducs de Bourgogne et les Anglois jusqu'en 1435 ; mais peu de temps après il rentra au service du roi *Charles VII*, prit Pontoise et facilita la réduction de Paris. Ce héros se préparoit à d'autres exploits, lorsqu'il fut tué à Bruges dans une sédition populaire en 1437, honoré des regrets de son roi.
II. VILLIERS DE L'ISLE-ADAM, (Philippe de) élu en 1521 grand maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, étoit de la même maison que le précédent. Il commandoit dans l'isle de Rhodes lorsque cette isle fut assiégée par 200 mille Turcs en 1522. Les efforts de cette multitude ayant été inutiles, *Soliman* vint la commander, et pressa le siège avec tant de vivacité que le grand maître trahi d'ailleurs par d'*Amaral* chancelier de l'ordre, fut obligé de se rendre le 20 décembre de la même année. Le vainqueur plein d'estime pour le vaincu, rendit une visite au grand maître qui étoit encore dans son palais. Il le traita avec beaucoup d'honneur, jusqu'à l'appeler son père, et l'exhorta à ne se laisser point accabler par la tristesse et à supporter avec courage le changement de fortune. Quelques auteurs disent que le grand Seigneur étoit sans garde et sans escorte, et qu'en prenant congé du grand maître, il lui dit : *Quoique je sois veau seul ici, ne croyez pas que je manque de bonne escorte ; car j'ai avec moi ce que j'estime mieux qu'une armée entière : la parole et la foi d'un si illustre grand Maître, et de tant de braves Chevaliers ;* et en se retirant, il dit au au général Achmet qui l'accompagnait: Ce n'est pas sans quelque peine que j'oblige ce Chrétien, à son âge, de sortir de sa maison. On prétend qu'il lui fit les offres les plus flatteuses pour l'engager à rester avec lui; mais l'Isle-Adam préféra les intérêts de son ordre à sa fortune. Après avoir erré pendant 8 ans avec ses chevaliers sans retraite assurée, l'empereur Charles-Quint lui donna en 1530 Malte, Gozo et Tripoli de Barbatie; et le grand maître de l'Isle-Adam en prit possession au mois d'octobre de la même année. C'est depuis ce temps que les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem ont pris le nom de CHEVALIERS DE MALTE. L'Isle-Adam mourut le 21 août 1534, à 70 ans, pleuré de ses chevaliers dont il avait été le défenseur et le père. On grava sur son tombeau ce peu de mots qui renferment un éloge complet: C'EST ICI QUE REPOSE LA VERTU VICTORIEUSE DE LA FORTUNE. — Son petit-heveu Charles, mort en 1535, donna toutes ses terres à son cousin le connétable Anne de Montmorency en 1527, du consentement de son frère puiné Claude qui avait cependant plusieurs enfans.
III. VILLIERS, (N.) comédien de l'Hôtel de Bourgogne, mort vers l'an 1680, a donné au théâtre un assez grand nombre de comédies dont aucune n'est restée après lui. En voici les titres: Le Festin de Pierre, les Trois Visages, l'Apothicaire dévalisé, les Ramoneurs, la Vengeance des Marquis, les Côteaux. Elles furent imprimées dans le temps.
IV. VILLIERS, (Pierre de) né à Cognac sur la Charente en 1648, entra chez les Jésuites en 1666. Après s'y ôtre distingué et dans les collèges et dans la chaire, il en sortit en 1689 pour rentrer dans l'ordre de Cluni non réformé. Il devint prieur de Saint-Taurin, et mourut à Paris le 14 octobre 1728, à 80 ans. Cet écrivain appelé par Boileau le Matamore de Cluni, parce qu'il avait l'air audacieux et la parole impérienne, étoit d'ailleurs un homme très-estimable. On a de lui un recueil de Poésies. L'abbé de Villiers faisoit peu de cas de ses vers, et il se rendoit justice quoique poète et auteur. Sa poésie, exacte et naturelle, est trop languissante. Ses ouvrages poétiques recueillis par Colombat, 1728, in-12, sont: I. L'Art de prêcher, poème qui renferme les principales règles de l'éloquence. II. De l'Amitié. III. De l'éducation des Rois dans leur enfance. Ces trois poèmes sont sur de grands sujets, remplis de solides préceptes et de sages instructions; mais le style en est simple, dénué d'harmonie et d'images, et plein de petits détails que l'expression ne relève jamais: à peine s'élève-t-il jusqu'au rang de versificateur. IV. Deux livres d'Epttres. V. Pièces diverses, etc. L'abbé de Villiers s'est aussi distingué par plusieurs Sermons et par différens ouvrages en prose. Les principaux sont: I. Pensées et Réflexions sur les égaremens des hommes dans la voie du salut, à Paris, 1732, 3 vol. in-12. II. Nouvelles Réflexions sur les défauts d'autrui, et sur les fruits que chacun en peut retirer pour sa conduite, in-12, 4 vol. III. Vérités satiriques, en 50 Dialogues in-12. B b 386 V I L
IV. Entretiens sur les Contes des Fées et sur quelques Ouvrages de ce temps, pour servir de préservatif contre le mauvais goût, 1699, in-12. Il s'élève dans ce livre contre l'usage de ne mettre que de l'amour dans ces pièces. Ces différens ouvrages respirent une bonne morale; mais ils manquent souvent de profondeur, de chaleur et d'énergie, et offrent trop d'idées communes. Cependant sa diction pure et saine est bien préférable à l'emphase pédantesque de nos moralistes d'aujourd'hui. V. VILLIERS, (Cosme de Saint-Étienne de) né à Paris, entra chez les Carmes de la province de Tours, fut définiteur, et mourut après le milieu du 18e siècle. On a de lui Bibliotheca Carmelitana, Orléans, 1752, 2 vol. in-folio. La diction est nette et coulante; l'auteur est autant réservé dans ses éloges qu'on peut l'attendre d'un frère qui loue ses frères. Cet ouvrage plein de recherches, est défiguré par un grand nombre de fautes typographiques ou peut-être d'inadvertances de la part du compilateur, distrait par la grande variété des choses qui sont l'objet de ces sortes de collections. Il y a à la tête: Dissertatio praevia de vitæ monasticæ origine. Il fait remonter la vie monastique au temps de St. Elie, et prétend prouver de siècle en siècle que l'ordre des Carmes tire son origine de ce saint prophète.
VI. VILLIERS, (Marc-Albert de) avocat, a publié une Apologie du céhbat Chrétien, 1761, in-12; une Vie de Louis IX, 1769, in-12; un autre ouvrage, intitulé: Dignité de la Nature humaine, considérée en vrai philosophe et en Chrétien, 1778, in-12. On lui doit encore: Instructions de St. Louis roi de France, à sa famille, aux personnes de la Cour et autres, 1766, in-12. Cet auteur est mort le 30 juin 1778.
VILLIERS, Voyez BUCKINGHAM, ROUSSEVILLE et TRUAUMONT.
VILLIC, Voyez WILLIC.
VILLON, Voyez CORBURIL.
VILLOTTE, (Jacques) né à Bar-le-Duc le 1er novembre 1656, se fit Jésuite, et fut envoyé par ses supérieurs dans l'Arménie pour y travailler à la propagation de la Foi. Il revint en Europe en 1709, gouverna plusieurs collèges de la Lorraine, et mourut à Saint-Nicolas près de Nanci, le 14 juin 1743. Il a donné en langue arménienne plusieurs ouvrages qui ont été imprimés à Rome à l'imprimerie de la Propagande. I. Une Explication de la Foi Catholique, 1711, in-12. II. L'Arménie Chrétienne ou Catalogue des Patriarches et Rois Arméniens, depuis J. C. jusqu'à l'an 1712, Rome, 1714, in-fol. III. Abrégé de la Doctrine Chrétienne, Rome, 1713, in-12. IV. Commentaires sur les Evangiles, 1714, in-4. V. Dictionnaire Latin-Arménien, où on trouve bien des choses sur l'histoire, la théologie, la physique, les mathématiques, 1714, in-folio. Le même auteur a donné en françois, Voyage en Turquie, Arménie, Arabie et Barbarie, Paris, 1714, in-folio.
VINCART, (Jean) Jésuite, né à Lille en 1593, mort le 5 fé- vrier 1679, s'est fait connoître par des poésies latines. I. Sacrarum Hercidum Epistolae, Tournai, 1639, réimprimées à Maïence, 1737. II. De Cultu Deiparae, Lille, 1648, in-12. Ce sont des élégies sur le culte de la Sainte Vierge, où l'on retrouve l'excessive fécondité d'Ovide; ce qui donna lieu à cette anagramme: Joannes Vincartius: NASONI ARTE VICINUS. III. Vita Sancti Joannis Chrysostomi, Tournai, 1639. IV. Vita Sancti Joannis Eleemosynarii, Climaci et Damascenii, 1650. I. VINCENT, (Saint) diacre de Saragosse, reçut la couronne du martyre à Valence en 305.
II. VINCENT DE LÉRINS, célèbre religieux du monastère de ce nom, étoit natif de Toul, selon la plus commune opinion. Après avoir passé une partie de sa vie dans les agitations du siècle, il se retira au monastère de Lérins, où il ne s'occupa que de la grande affaire du salut. Il composa en 434 son Commonitorium, dans lequel il donne des principes pour réfuter toutes les erreurs, quoique son but principal soit d'y combattre l'hérésie de Nestorius que l'on venoit de condamner. Sa règle est «de s'en tenir à ce qui a été enseigné par tous, dans tous les lieux et dans tous les temps.» Ce Mémoire, plein d'excellentes choses et de principes rendus avec netteté, étoit divisé en deux parties, dont la seconde traitoit du coucile d'Éphèse. Cette partie lui fut volée, et il ne lui resta que l'Abrégé qu'il en avoit fait et qu'il a mis à la fin de son Mémoire. Cet illustre solitaire mourut en 450. La meilleure édition de son ex- cellent ouvrage est celle que Baluze en a donnée avec Salvien, 1684, in-8. Cette édition enrichie de notes a reparu augmentée à Rome, 1731, in-4. Nous avons une traduction françoise du Commonitorium, in-12. Quelques critiques lui ont attribué des objections contre la doctrine de St. Augustin sur la Grace, auxquelles St. Prosper a répondu; mais elles sont d'un autre VINCENT qui vivoit au même temps dans les Gaules, comme l'a prouvé Baronius dans ses notes sur le Martyrologe Romain, au 24 mai. Voy. aussi la Vie et l'Apologie de St. Vincent, par le P. Papebroch, dans les Acta Sanctorum; D. Cellier, le cardinal Orsi et le cardinal Gotti, dans un ouvrage qu'il a fait contre Jean le Clerc.
III. VINCENT DE BEAUVAIS, Dominicain, ainsi appelé du lieu de sa naissance, s'acquit l'estime du roi St. Louis et des princes de sa cour. Ce monarque l'honora du titre de son lecteur et lui donna inspection sur les études des princes ses enfans. Vincent ayant fort aisément des livres par la libéralité du roi, entreprit: I. L'ouvrage qui a pour titre: Speculum majus, à Douay, 1624, 10 tom. en 4 vol. in-fol. C'est un ample recueil contenant des extraits d'écrivains sacrés et profanes, où l'on trouve rassemblé dans un seul corps tout ce qui a paru de plus utile à l'auteur. Cette collection, assez mal choisie et aussi mal digérée, est pleine d'erreurs les plus grossières. L'auteur l'a divisée en quatre parties. La première est intitulée: Speculum naturale; la seconde, Speculum doctrinale; la troisième, Specu- lum morale ; et la quatrième, *Speculum historiale*. L'Abrégé de cet ouvrage est attribué à *Dorink* : (*Voyez* ce mot.) II. Une *Lettre* à *St. Louis* sur la mort de son fils aîné. III. Un traité de l'*Education des Princes*, et d'autres *Traités* en latin, écrits d'un style barbare. Ce savant religieux mourut en 1264.
IV. VINCENT FERRIER, (Saint) religieux de l'Ordre de Saint-Dominique, né à Valence en Espagne le 23 janvier 1357, fut reçu docteur de Lérida en 1384. Ses missions en Espagne, en France, en Italie, en Angleterre, en Écosse, firent éclater son zèle dans une partie de l'Europe. Il l'exerça sur-tout pendant le schisme qui déchiroit l'Église. Il fit un grand nombre de voyages pour engager les princes et les prélats à travailler à la réunion. Il fut pendant plusieurs années confesseur de *Benoit XIII* et son plus ardent défenseur. Mais rebuté par l'opiniâtreté de ce schismatique, ennemi déclaré de la paix et de l'union de l'Église, il disposa le roi d'Espagne et les autres souverains à soustraire tous leurs états à son obéissance; il s'attacha au concile de Constance, et abandonna son pénitent. En 1417, il alla prêcher en Bretagne, et mourut à Vannes en 1419, âgé de 62 ans et quelques mois, après avoir porté grand nombre de pécheurs à la pénitence. Nous avons de lui plusieurs ouvrages publiés à Valence en Espagne, 1491, in-folio. On trouve dans ce recueil : I. Un *Traité de la Vie spirituelle* ou de l'*Homme intérieur*. II. Celui de la *Fin du Monde* ou de la *ruine de la dignité Ecclésiastique* et de la Foi Catholique. III. Un *Traité intitulé : Des deux avénemens de l'Antechrist*. IV. Une *Explication de l'Oraison Dominicale*. V. Des *Sermons* pleins de faux miracles et d'inepties : on doute qu'ils soient de lui. V. VINCENT DE PAULE, (Saint) né à Poy au diocèse d'Acqs le 24 avril 1576 de parens obscurs, fut d'abord employé à la garde de leur petit troupeau ; mais la pénétration et l'intelligence qu'on remarqua en lui, engagèrent ses parens à l'envoyer à Toulouse. Après avoir fini ses études, il fut élevé au sacerdoce en 1600. Un modique héritage l'ayant appelé à Marseille, le bâtiment sur lequel il s'en revenoit à Narbonne, tomba entre les mains des Turcs. Il fut esclave à Tunis sous trois maîtres différens dont il convertit le dernier qui étoit renégat et Savoyard. S'étant sauvés tous les deux sur un esquif, ils abordèrent heureusement à Aigues-Mortes en 1607. Le Vice-Légat d'Avignon, *Pierre Montorio*, instruit de son mérite, l'emmena à Rome. L'estime avec laquelle il parloit du jeune prêtre François, l'ayant fait connoître à un ministre d'*Henri IV*, il fut chargé d'une affaire importante auprès de ce prince en 1608. *Louis XIII* récompensa dans la suite ce service par l'abbaye de Saint-Léonard de Chaulme. Après avoir été quelque temps anmonier de la reine *Marguerite de Valois*, il se retira auprès de *Bérulle* son directeur qui le fit entrer en qualité de précepteur dans la maison d'*Emmanuel de Gondy*, général des galères. Mad. de Gondy mère de ses élèves avoit beaucoup de plété, Ce fut elle qui lui inspira le dessein de fonder une Congrégation de Prêtres qui iroient faire des Missions à la campagne. Vincent, connu à la cour pour ce qu'il étoit, obtint par son seul mérite la place d'aumônier général des galères en 1619. Le ministère de zèle et de charité qu'il y exerça, fut long-temps célèbre à Marseille, où il étoit déjà connu par de belles actions. Ayant vu un jour un malheureux forçat inconsolable d'avoir laissé sa femme et ses enfans dans la plus extrême misère, Vincent de Paule avoit offert de se mettre à sa place; ce qu'on aura peine sans doute à concevoir, et ce qui est peu vraisemblable, l'échange fut accepté. Cet homme vertueux fut enchaîné dans la chiourme des galériens, et ses pieds restèrent enflés pendant le reste de sa vie du poids des fers honorables qu'il avoit portés. St. François de Sales qui ne connoissoit pas dans l'Eglise un plus digne prêtre que lui, le chargea en 1620 de la supériorité des filles de la Visitation. Après la mort de Mad. de Gondy, il se retira au collège des Bons-Enfans dont il étoit principal, et d'où il ne sortoit que pour faire des Missions avec quelques prêtres qu'il avoit associés à ce travail. Quelques années après, il accepta la maison de Saint-Lazare qui devint le chef-lieu de sa Congrégation. « Sa vie ne fut plus qu'un tissu de bonnes œuvres, dit l'abbé Ladvocat. Missions dans toutes les parties du royaume, aussi bien qu'en Italie, en Ecosse, en Barbarie, à Madagascar, etc. : Conférences Ecclésiastiques où se trouvoient les plus grands évêques du royaume : Retraites spi- rituelles, et en même temps gratuites : Établissemens pour les Enfans-Trouvés, à qui par un discours de six lignes il procura 40,000 livres de rente : Fondation des Filles de la Charité pour le service des pauvres malades. Ce n'est là qu'une esquisse des services qu'il a rendus à l'Eglise et à l'État. Les Hôpitaux de Bicêtre, de la Salpêtrière, de la Pitié; ceux de Marseille pour les forçats, de Sainte-Reine pour les pèlerins, du Saint Nom de Jésus pour les vieillards, lui doivent la plus grande partie de ce qu'ils sont. Il envoya en Lorraine, dans les temps les plus fâcheux, jusqu'à deux millions en argent et en effets. » Avant l'établissement pour les Enfans-Trouvés, on vendoit ces innocentes créatures dans la rue Saint-Landri, 20 sous la pièce, et on les donnoit par charité, disoit-on, aux femmes malades qui en avoient besoin pour leur faire sûcer un lait corrompu. Vincent de Paule fournit d'abord des fonds pour nourrir douze de ces enfans : bientôt sa charité soulagea tons ceux qu'on trouvoit exposés aux portes des Eglises; mais les secours lui ayant manqué, il convoqua une assemblée extraordinaire de dames charitables. Il fit placer dans l'église un grand nombre de ces malheureux enfans; et ce spectacle, joint à une exhortation aussi courte que pathétique, arracha des larmes; et le même jour, dans la même église, au même instant, l'Hôpital des Enfans-Trouvés fut fondé et doté. Pendant dix années qu'il fut à la tête du conseil de conscience sous Anne d'Autriche, il ne fit nommer aux bénéfices que ceux qui en étoient B b 3 les plus dignes. (Voyez III. HAR-LAY). L'attention qu'il eut d'é-carter les partisans de Jansénius, l'a fait peindre par les historiens de Port-Royal comme un homme d'un génie borné; mais ils n'ont pu lui refuser une vertu peu commune. Il travailla effi-cacement à la Réforme de Gram-mont, de Prémontré, de l'abbaye de Sainte-Geneviève, aussi bien qu'à l'Etablissement des grands Séminaires. Vincent accablé d'an-nées, de travaux, de mortifica-tions, finit sa sainte carrière le 27 septembre 1660, âgé de près de 85 ans. Benoît XIII le mit au nombre des bienheureux le 13 août 1729, et Clément XII au nombre des Saints le 16 juin 1737. Ceux qui voudront con-noître plus particulièrement St. Vincent de Paule, peuvent lire la Vie que Collet en a donnée en deux vol. in-4.º On ne peut qu'estimer Vincent en lisant cet ouvrage, et quoique ce soit le portrait d'un père fait par un enfant, il n'est que très-peu flatté. Sa Congrégation possé-doit environ 84 maisons, divi-sées en neuf provinces. Elle ne s'est pas illustrée comme d'au-tres dans la littérature: ce n'étoit pas le but de son fondateur, homme plus pieux que savant; mais elle a servi utilement l'E-glise dans les Séminaires et dans les Missions. L'éditeur de Lad-vocat cite à la suite de l'article de Vincent de Paule, l'Avocat du Diable, 3 vol. in-12; mais il auroit dû avertir que ce livre est un libelle, où le fondateur des Lazaristes est traité d'infame dé-lateur et d'exécrable boute-feu. Il y a tant d'emportement dans cet ouvrage, que l'auteur paroît réellement avoir été inspiré par celui dont il se dit l'avocat. M. le cardinal Maury a publié un pa-négyrique de ce Saint plein de feu et d'éloquence; et d'après son discours Louis XVI ordonna qu'on érigeât une statue à St. Vincent de Paule comme à l'un des plus illustres bienfaiteurs de l'humanité.
VI. VINCENT, (Jacques) né au Mans, se fit imprimeur à Paris et y mourut en 1760, après avoir publié plusieurs éditions importantes qui lui ont mérité de la réputation parmi les typo-graphes. On distingue parmi elles le St. Cyrille en grec et en latin, 1720, in-folio; les Œuvres d'Origène, grec et latin, 4 vol. in-folio; l'Histoire du Languedoc par Vaissette, 5 vol. in-folio; le Dictionnaire italien d'Anto-nini; une jolie Bible en 7 vol. in-24, remarquable par la net-teté des caractères.
VINCENTINI, Voyez THO-MASSIN, n.º IV, et VALERIO, n.º II.
VINCI, (Léonard de) pein-tre, vit le jour de parens nobles, dans le château de Vinci près de Florence en 1445. Les sciences et les arts étoient familiers à ce peintre; il avoit inventé une sorte de lyre dont il touchoit par-faitement. Il connoissoit l'archi-tecture et l'hydraulique. Peu de temps après avoir commencé à étudier la peinture, Verrochio son maître le crut en état de tra-vailler à un Ange qui restoit à peindre dans un de ses ta-bleaux dont le sujet étoit le Bap-tême de Notre-Seigneur. Le jeune Léonard le fit avec tant d'art que cette figure effaçoit toutes les autres. Verrochio pl- qué de se voir ainsi surpassé, ne voulut plus manier le pinceau. Un des plus magnifiques ouvrages de *Léonard* est la Représentation de la Cène de Notre-Seigneur, qu'il peignit dans le réfectoire des Dominicains à Milan, ville où il fonda l'*Ecole* de peinture qui y fleurit. Il avoit commencé par les Apôtres; mais s'étant épuisé par l'expression qu'il leur donna dans les airs de tête, il ne trouva rien d'assez beau pour le Christ et le laissa ébauché. Cependant le prieur du couvent, homme inquiet, le tourmentoit sans cesse. *Léonard* pour se venger de ce moine impatient, le peignit à la place de *Judas* dont la figure restoit aussi à finir. Ce fut avec ce peintre que *Michel-Ange* travailla, par l'ordre du Sénat, à orner la grand-salle du conseil de Florence; et ils firent ensemble ces Cartons qui sont devenus depuis si fameux. Il est rare que la jalousie ne détruise point l'union qui sembleroit devoir régner entre les personnes à talent. Cette cruelle passion força *Léonard* de quitter l'Italie, où *Michel-Ange* partageoit avec lui l'admiration publique. Il vint donc en France à la cour de *François premier*, mais étant déjà vieux et infirme, il n'y fit que très-peu d'ouvrages. Il mourut vers l'an 1520 à Fontainebleau entre les bras du roi qui l'étoit venu visiter dans sa dernière maladie. Sensible à cette faveur, il se souleva pour témoigner sa reconnaissance au monarque; mais il lui prit une foiblesse et il expira à l'âge de 75 ans. On dit que *François premier* voyant les courtisans étonnés des marques d'intérêt qu'il donnoit à ce grand artiste, n'hésita pas de leur dire: *Dieu seul peut faire un homme tel que lui; les rois peuvent faire des hommes tels que vous*. Aux graces de la figure, aux charmes de l'esprit, *Léonard* sut allier tous les talens agréables qu'il possédoit à un degré supérieur. Doué d'une force de corps prodigieuse, il fit dans ce genre des choses qui auroient même étonné le maréchal de *Saxe*. Si nous le considérons comme peintre, son coloris est foible, ses carnations sont d'un rouge de lie. Il finissoit tellement ce qu'il faisoit, que souvent son ouvrage en devenoit sec. Il avoit aussi une exactitude trop servile à suivre la nature jusque dans ses minuties; mais ce peintre a excellé à donner à chaque chose le caractère qui lui convenoit. Il avoit fait une étude particulière des mouvemens produits par les passions. Il y a une correction et un goût exquis dans son dessin. On remarque aussi beaucoup de noblesse, d'esprit et de sagesse dans ses compositions. *Le Traité de la Peinture* en italien, Paris, 1651, infolio, que ce peintre a laissé, est estimé. Nous en avons une Traduction françoise, donnée par *Chambray*, Paris, 1651, infolio; et une de 1716, in-12. Nous avons encore de lui, *Des Têtes et des Charges*, 1730, in-4.
VINDING, (Erasme) savant Danois, célèbre par sa profonde connoissance de la langue grecque, vivoit à la fin du dernier siècle. On lui doit plusieurs éditions et entr'autres celle de la paraphrase du sophiste Grec *Eutemius* sur un poème d'*Oppien*, intitulé: *La Chasse aux Oiseaux* qui s'est perdu. Cette paraphrase a été imprimée sur le manuscrit du Vatican, revu par *Holsten* à Copenhague en 1702, in-8.º Il renferme une savante préface sur les termes de chasse usités chez les Grecs.
VINET, (Elie) naquit d'un simple cultivateur du village des Vinets près de Barbezieux en Saintonge. *André Govea*, principal du collège de Bordeaux, l'appela dans cette ville, où il lui succéda. Après avoir fait un voyage en Portugal, il remplit cette place avec un succès distingué. Il fut pour Bordeaux ce que *Rollin* a été depuis pour Paris. C'est lui qui forma cette pépinière de Savans qui se distinguèrent soit au barreau, soit dans le parlement. Sa réputation attira dans le collège de Guienne presque toute la jeunesse de la province. C'étoit un homme grave, infatigable au travail, et aimant tellement l'étude que dans sa dernière maladie il ne cessa de lire et de faire des observations sur ce qu'il lisoit. Son affabilité et la candeur de ses mœurs égaloient son ardeur laborieuse. Il mourut à Bordeaux en 1587, à 78 ans, regardé dans la république des lettres comme un savant profond et un critique habile. Ses principaux ouvrages sont : I. *L'Antiquité de Bordeaux et de Bourg*, 1574, in-4.º II. *Celle de Saintes et de Barbezieux*, 1571, in-4.º Ces deux livres sont estimés à cause des recherches. III. *La Manière de faire des Solaires ou Cadrans*, in-4.º IV. *L'Arpenterie*, in-4.º V. *Des Traductions Françaises de la Sphère de Proclus*, et de la *Vie de Charlemagne* écrite par *Eginard*. VI. De bonnes édi- ditions de *Théognis*, de *Sidonius Apollinaris*, du livre de *Suétone*, sur les Grammairiens et les Rhôteurs, de *Perse*, d'*Eutrope* d'*Ausone*, de *Florus*, etc., avec des notes et des commentaires pleins d'érudition.
VINGBOONS, (N...) architecte Hollandois du XVIIe siècle, s'est rendu célèbre par le grand nombre de beaux édifices qu'il a fait construire dans sa patrie. Ses *Ouvrages* ont été imprimés à la Haye, 1736, infolio.
VINIUS, favori de *GALBA*: *Voyez* l'article de cet empereur, vers le milieu.
VINNIUS, (Arnold) célèbre professeur de droit à Leyde, né en Hollande l'an 1588, mourut en 1657. On a de lui un Commentaire sur les Institutes de *Justinien*, *Elzevir*, 1665, in-4°, réimprimé sous ce titre : *Arnoldi Vinni Jurisconsults in quatuor libros Institutionum Imperialium, Commentarius academicus et forensis*, etc. *Cui accedunt ejusdem Vinni Questiones Juris selecta*, Lyon, 1761, Paris, 1778, 2 vol. in-4°; un autre *Commentaire* sur les anciens jurisconsultes, Leyde, 1677, in-8°, qui fait suite aux auteurs *cum notis Variorum*; et plusieurs autres ouvrages sur la jurisprudence. On remarque dans les Œuvres de *Vinnius* un esprit pénétrant, un jugement solide et impartial, beaucoup de lecture et une grande connoissance des langues grecque et latine, ainsi que du droit et des antiquités Romaines. Son style est élégant et fleuri; aussi se fait-il lire avec plus de plaisir qu'aucun autre jurisconsulte.
VINOT, (Modeste) prêtre de l'Oratoire, né à Nogent-sur-Aube d'un avocat, professa la rhétorique à Marseille, où il se distingua par ses harangues et par ses poésies latines. La littérature n'étoit pas son seul talent. Ses supérieurs l'ayant envoyé à Tours pour y faire des conférences publiques sur l'Histoire ecclésiastique, il mérita que d'Hervaux archevêque de Tours le nommât chanoine de Saint-Gatien. Le P. Vinot conserva ce canonicat le reste de ses jours sans sortir de la Congrégation qui le regarda toujours comme un de ses plus illustres membres. On a de lui : I. Une Traduction en beaux vers latins des Fables choisies de la Fontaine, conjointement avec le P. Tissard; et d'autres Poésies latines imprimées à Troyes en deux petits volumes in-12, et réimprimées à Rouen sous le nom d'Anvers, par les soins de l'abbé Saas, en 1738, in-12. II. Une Dénonciation raisonnée d'une Thèse de Théologie soutenue à Tours le 10 mai 1717. Le Père Vinot mourut à Tours le 20 décembre 1731, à 59 ans. Il avoit de l'esprit, de l'imagination et le génie de la satire. Quelques écrivains lui ont faussement attribué le Philotanus, (Voyez GRÉCOURT et JOUIN.)
VINTIMILLE, (Charles-Gaspar-Guillaume de) d'une des plus anciennes familles du royaume, fut successivement évêque de Marseille, archevêque d'Aix en 1708, et de Paris en 1729. Il mourut le 13 mars 1746, à 91 ans. L'amour de la paix fut son principal mérite. Les disputes du Jansénisme qui trou- blèrent son diocèse, n'altèrent point la tranquillité de son caractère. Il fut le premier à rire des satires que les partisans du diacré Paris publièrent contre lui. Son frère le comte du Luc, mort en 1740, à 87 ans, laissa des enfans.
VIO, (Thomas de) célèbre cardinal, plus connu sous le nom de CAJETAN, naquit à Gaïète dans le royaume de Naples, le 20 février 1469. L'ordre de Saint-Dominique le reçut dans son soin en 1484. Il y brilla par son esprit et par son savoir, devint docteur et professeur en théologie, puis procureur général de son Ordre, et enfin général en 1508. Il rendit des services importants au pape Jules II et à Léon X qui l'honora de la pourpre en 1517, et le fit l'année suivante son légat en Allemagne. Le cardinal Cajetan eut plusieurs conférences avec Luther; mais son zèle et son éloquence ne purent ramener dans le bercail cette brebis égarée. Elevé en 1519 à l'évêché de Gaïète, il fut envoyé légat en Hongrie l'an 1523. Après y avoir fait beaucoup de bien, il retourna à Rome où il mourut le 9 août 1534, à 67 ans. Malgré les affaires importantes dont il étoit chargé, il s'étoit fait un devoir de ne laisser passer aucun jour sans donner quelques heures à l'étude. C'est ce qui lui fit composer un si grand nombre d'ouvrages. Les principaux sont : I. Des Commentaires sus l'Écriture-Sainte, imprimés à Lyon en 1639, en 5 vol. infolio. II. De auctoritate Papa et Concilii, sive Ecclesiae, comparata, en vingt-huit chapitres : livre où domine l'Ultramontanisme. III. Des *Traités* sur diverses matières. IV. Des *Commentaires* sur la Somme de *St. Thomas*, qu'on trouve dans les éditions de cette Somme, de 1541 et 1612. Ces différens ouvrages sont une source d'érudition. Le cardinal *Cajetan* avoit beaucoup lu et beaucoup compilé; mais ses livres sont trop volumineux pour croire qu'il l'eût toujours fait avec discernement.
VIOLE, (Le) peintre Italien, mourut à Rome en 1622, âgé de 50 ans. *Annibal Carache* lui donna des leçons et perfectionna ses talens pour le paysage, dans lequel ce maître a excellé. Le pape *Grégoire XV* charmé de son mérite, l'attacha à son service; mais les bienfaits de sa Sainteté, loin de l'animer au travail, lui firent embrasser une vie oisive. — On doit le distinguer de *VIOLE ZANINI* qui cultiva l'architecture et qui écrivit sur cet art.
VIOLENTE, (N.) célèbre danseuse de corde, étoit d'Italie. Elle débuta à la Foire Saint-Laurent à Paris en 1717, et on la vit danser les *Folies d'Espagne* sur une planche en équilibre de huit pouces de largeur, avec autant de grace que de justesse.
VIOLETTE, (La) *Voyez CHESNE*, n.º III.
VIONNET, (Georges) Jésuite de Lyon, né en 1712, fut d'un caractère aimable, étoit un bon littérateur et un poète foible. Nous avons de lui une Tragédie de *Xercès*, en cinq actes et en vers, 1749; et quelques *Poésies latines* sur différens sujets. Il termina sa carrière en 1754, à 42 ans.
VIOT, (Marie-Anne-Henriette Payan de l'Estang) née à Dresde en 1746, se fit d'abord connoître sous le nom d'*Antremont*, ensuite sous celui de *Bourdic*, et les rendit tous les trois célèbres. Douée d'une imagination active qui n'excluoit pas le goût, elle apprit l'allemand, l'anglois, le latin et l'italien. Mariée à douze ans, elle devint à seize veuve de son premier époux. La poésie, la musique, la culture de tous les arts agréables contribuèrent à la consoler de cette perte; et quelque temps après elle contracta un nouvel hymn avec M. de *Bourdic* major de la ville de Nîmes, officier aussi estimé pour son esprit que pour sa probité. Reçue à l'académie de cette ville, elle composa pour son discours de réception un Eloge de *Montaigne* son auteur favori, qu'elle lisoit sans cesse et que dans son écrit elle a su bien apprécier; mais c'est principalement par ses *Poésies* légères que Mad. *Viot* s'est distinguée. On y trouve la saillie de l'esprit, souvent les graces du sentiment. Son expression est facile et toujours bien choisie. On peut citer d'elle une *Ode au Silence*, l'*Été*, la Romance de la *Fauvette*, l'*Épître* à M. de la *Tremblaye* sur son voyage en Grèce. On lui doit encore un opéra reçu, mais non représenté, intitulé : *La Forêt de Brama*. Bonne, modeste, enjouée, Mad. *Viot* fit les délices des sociétés où elle se trouva. Elle aimoit beaucoup la parure et les jeux de son enfance. Avec une taille élégante, elle n'étoit pas jolie; aussi disoit — elle qu'en elle la nature avoit manqué la façade. Une femme fatiguée de la voir se regarder souvent dans une glace, lui en fit le reproche. « Je veux savoir par expérience, lui répondit Mad. *Viot*, si on peut s'a coutumer à la laideur. » Son penchant à la coquetterie et au bel esprit ne fut point un ridicule, parce qu'elle plaisoit sans effort et amusait par son esprit. Elle faisoit les honneurs de sa maison avec aisance, et y recevait plusieurs hommes de lettres distingués. Son ton étoit naturel, et si elle prenoit quelquefois un peu d'emphase, c'étoit par l'enthousiasme que lui inspiroient les talens ou quelques objets rares. Tel est le portrait qu'elle a tracé d'elle-même à une amie. « J'ai le front étroit, de très-petits yeux, assez expressifs lorsque quelque sentiment agréable agite mon ame; vous les trouverez donc tels quand ils se fixeront sur les vôtres; la face aplatie, les joues arrondies, la bouche assez gracieuse, le teint blanc, mais marqué de petite vérole; ma taille a été belle, elle se gâte depuis que je prends de l'embonpoint. Sous cette enveloppe la nature a placé un cœur droit et sensible, et cette sensibilité a été long-temps voilée par un vernis de légèreté qui ne m'a pas nui aux yeux de mes amis, mais qui m'a dérobée à ceux du public. L'étourderie tient à la franchise; j'en ai eu infiniment et il m'en reste encore: minutieuse à l'excès sur tout ce qui est sentiment, je passe légèrement sur tout ce qui est étiquette. J'ai beaucoup d'égalité dans l'humeur, mais beaucoup de variété dans tout ce qui s'appelle goût. Avec la candeur d'un enfant j'ai rarement de l'esprit, quelquefois de l'imagination... » Mad. *Viot* fut l'amie de Mad. *du Bocage*, et contribua à lui faire obtenir une pension du gouvernement. Elles se suivirent de près au tombeau. Mad. *Viot* est morte le 19 thermidor an X, d'une fièvre inflammatoire, dans une maison de campagne près de Bagnols dans le département du Gard.
VIPERANI, (Jean-Antoine) chanoine de Girgenti, puis évêque de Giovenazzo en 1588, est auteur d'une *Poétique*, de *Poésies latines*, et d'autres *Ouvrages*, Naples, 1606, 3 vol. in-folio. Ils eurent du succès. L'auteur mourut en 1610.
VIRET, (Pierre) ministre-Calviniste, né à Orbe en Suisse l'an 1511, s'unit avec *Farel* pour aller prêcher à Genève les erreurs de *Calvin*. Les Genevois les ayant écoutés avec avidité, chassèrent les Catholiques de la ville en 1536. *Viret* fut ensuite ministre à Lausanne et dans plusieurs autres villes. Il mourut à Pau en 1571, à 60 ans. Le zèle lui avoit donné une espèce d'éloquence; mais elle brille peu dans les ouvrages que nous avons de lui en latin et en francois: I. *Opuscula*, 1553, in-folio. II. *Disputations sur l'état des Trépassés*, 1552, in-8.º III. La *Physique Papale*, 1552, in-8.º, que les esprits, amis de la satire, recherchent, ainsi que sa *Nécromance Papale*, Genève, 1553, in-8.º IV. Le *Requiescat in pace* du Purgatoire. Les écrivains de son parti ont peint *Viret* comme un homme d'un savoir profond, dont les mœurs étoient douces et polies, et qui se faisoit écouter avec plaisir soit lorsqu'il parloit, soit lorsqu'il écrivoit. C'étoit moins à cause de son éloquence que 396 VIR parce qu'il mêlait à ses discours comme à ses écrits, des bouffonneries qui amusoient la multitude, toujours plus entraînée par les grosses plaisanteries que par les raisonnemens et les autorités. I. VIRGILE. (*Publius Virgilius Maro*) surnommé le *Prince des Poètes Latins*, naquit à Andès village près de Mantoue, le 15 octobre de l'an 70 avant Jésus-Christ, d'un potier de terre. Les Ides d'octobre qui étoient le 15 de ce mois, devinrent à jamais fameuses par sa naissance. Il passa les premières années de sa vie à Crémone, où il commença ses études à l'âge de 17 ans. Après avoir pris la robe virile, il alla à Naples pour cultiver les lettres grecques et latines. Il s'appliqua ensuite aux mathématiques et à la médecine qu'il sacrifia bientôt aux charmes de la poésie. Ayant été chassé de sa maison et dépouillé d'un petit champ, son seul bien, par la distribution faite aux soldats vétérans des terres du Mantouan et du Crémonois, il vint à Rome pour exposer ses malheurs. Il s'adressa à *Mécène* et à *Pollion* qui lui firent rendre son patrimoine par *Auguste*. Ce fut pour remercier ce prince qu'il composa sa première *Eglogue*. Cette pièce fit connoître son grand talent pour la poésie, et devint la source de sa fortune. Il finit ses *Bacoliques* au bout de trois ans : ouvrages précieux par les graces simples et naturelles, par l'élégance et la délicatesse, et par la pureté de langage qui y règnent. Peu de temps après, *Virgile* entreprit les *Géorgiques* à la prière de *Mécène*. Il paroît que pour que sa muse fût moins distraite, il se retira à Naples. C'est lui-même qui nous apprend cette particularité à la fin de ce Poème, le plus travaillé de tous ceux qu'il nous a laissés, et qu'on peut appeler le chef-d'œuvre de la poésie latine. « Aucun poète, à mon avis, dit M. *Roucher*, n'a eu au même degré que *Virgile*, le talent d'intéresser. J'éprouve en lisant certains morceaux de ses *Eglogues* et de ses *Géorgiques*, un attentivement qui ne se manifeste point, il est vrai, par des larmes, mais qui peut-être en est plus doux parce qu'il me fait tomber comme dans une rêverie amoureuse. *Lucrèce* avoit plus que lui de cette profondeur de génie qui donne beaucoup à penser; *Horace*, de cette philosophie pratique qui rend tous les jours de notre vie également heureux : mais ni l'un ni l'autre ne pénètrent l'âme de cette sensibilité du moment qui ressemble aux émotions de l'amour. Les deux premiers ont vanté le bonheur de la vie champêtre; mais il me semble toujours que ce sentiment est en eux le fruit de la réflexion : dans *Virgile*, c'est un mouvement involontaire de son âme, une espèce d'instinct, le cri de la nature. Il fait aimer ce qu'il chante, parce qu'il l'a aimé le premier. » Les *Géorgiques* lui coûteront sept ans de travail. Après les avoir lues à *Auguste*, il commença l'*Enéide*. Ses différents ouvrages lui acquièrent les suffrages et l'amitié de l'empereur, de *Mécène*, de *Tucca*, de *Pollion*, d'*Horace*, de *Gallus*. La vénération qu'on avoit pour lui à Rome étoit telle qu'un jour s'étant rendu au théâtre, après qu'on y eut récité quelques-uns de ses vers ; tout le peuple s'éleva avec des acclamations : honneur qu'on ne rendoit alors qu'à l'empereur. Tant de gloire lui fit des jaloux, à la tête desquels étoient Bovius et Mævius. On attaqua sa naissance, on déchira ses ouvrages, on ne respecta pas même ses mœurs ; on lui prêta des goûts infames, ainsi qu'à Socrate, Platon, etc. Il encourageoit les critiques par une grande modestie qui dégénéroit en timidité. Sa gloire l'embarrassoit en bien des occasions : quand la multitude accouroit pour le voir, il se déroboit en rougissant. Il négligeoit ses habillemens et sa personne. Cette simplicité cachoit beaucoup de génie ; mais ce n'étoit pas aux sois à le voir. Un certain Filistus bel esprit de cour, prenoit plaisir, dit-on, à l'agacer continuellement, même en présence d'Auguste... Vous êtes muet, lui dit-il un jour, et quand vous auriez une langue, vous ne vous défendriez pas mieux... Virgile piqué se contenta de répondre : Mes ouvrages parlent pour moi. — Auguste applaudit à la repartie, et dit à Filistus : Si vous connoissiez l'avantage du silence, vous le garderiez toujours... Cornificius, autre Zoile, déchiroit Virgile. On en avertit le poète qui répondit simplement : Cornificius m'étonne. Je ne l'ai jamais offensé, je ne le hais point ; mais il faut que l'Artiste porte envie à l'Artiste, et le Poète au Poète. Je ne me venge de mes ennemis qu'en m'éclairant par leur critique. Un de ceux dont il fut le moins blessé, c'est Bathille ; Virgile avoit attaché pendant la nuit à la porte du palais d'Auguste, ce Distique où il le fait égal à Jupiter : Nocte plait totâ ; redeune spectacult manâ ; Divisum imperium cum Iovæ Cæstæ habet. L'empereur voulut connoître l'auteur de cette ingénieuse bagatelle ; personne ne se déclara. Bathille profitant de ce silence, se fait honneur du Distique et en reçoit la récompense. Le dépit de Virgile lui suggéra une idée heureuse : ce fut de mettre au bas du Distique ce vers : Hos ego versiculos feel, tulit alter honores ; Et le commencement du suivant : Sic vos non vobis, répété 4 fois. L'empereur demanda qu'on en achevât le sens ; mais personne ne put le faire que celui qui avoit enfanté le Distique. Bathille devint la fable de Rome, et Virgile fut au comble de sa gloire, sur-tout lorsqu'on eut vu quelques échantillons de son Encide. Quand Auguste fut de retour de la guerre contre les Cantabres, Virgile lui fit la lecture des second, quatrième et sixième livres de ce Poème, en présence d'Octavie sa sœur qui venoit de perdre M. Claudius Marcellus son fils unique. Le poète avoit placé l'éloge de ce jeune prince à la fin du sixième, avec tant d'art, et l'avoit tourné d'une manière si touchante que ce morceau fit fondre en larmes l'empereur et Octavie. On dit que cette princesse récompensa Virgile en lui faisant compter dix grands sesterces pour chaque vers : ce qui 398 VIR faisoit une somme de près de 32,500 livres. On ajoute même qu'elle s'étoit évanouie à ces mots : *TU MARCELLUS ERIS*. *Virgile* après avoir achevé son *Enéide*, se proposoit de se retirer pendant trois ans dans une solitude pour la revoir et la polir. Il partit dans ce dessein pour la Grèce ; mais ayant rencontré à Athènes *Auguste* qui revenoit de l'Orient, il prit le parti de le suivre à Rome. Il fut attaqué en chemin de la maladie dont il mourut. Il avoit employé onze ans à la composition de l'*Enéide* ; mais voyant approcher sa fin sans avoir pu y faire les changemens qu'il méditoit, il ordonna par son testament qu'on la jetât au feu. Ses amis *Tusca* et *Varius* lui dirent qu'*Auguste* ne permettrait pas qu'on exécutât un ordre si rigoureux. Alors il leur légua son Poème, à condition qu'on le laisseroit tel qu'il étoit : de là vient qu'on y trouve tant de vers imparfaits. L'auteur de cet ouvrage unique mourut à Brindes en Calabre, où il s'étoit arrêté, le 22 septembre de l'an 19 de Jésus-Christ, à 51 ans. Quoique *Virgile* ne soit venu qu'après *Homère*, qu'il l'ait imité dans le plan de son Poème, et qu'il n'ait pu mettre la dernière main à son ouvrage, cependant c'est une question indécise et qui le sera vraisemblablement toujours, de savoir lequel des deux poètes a le mieux réussi dans la Poésie épique : on a inséré dans l'article d'*HOMÈRE* le Parallèle de ces deux grands hommes. Ce Parallèle nous dispense de tracer ici le caractère de l'*Enéide* et de son auteur. Comme les talens sont bornés, *Virgile* n'étoit plus le même lors qu'il écrivoit en prose. *Sénèque* le philosophe nous apprend qu'il n'ait pas mieux réussi en prose que *Cicéron* en vers. La santé de ce poète avoit toujours été foible et chancelante ; il étoit sujet aux maux d'estomac, et de tête, et aux crachemens de sang : aussi mourut-il d'une colique à laquelle il étoit fort sujet, au milieu de sa carrière. Il laissa des sommes considérables à *Tucca*, à *Varius*, à *Mécène*, à l'empereur même. On assure qu'il avoit reçu de ce prince et de ses amis plus de 1200 mille livres. Peu de poètes ont fait une pareille fortune. Son corps fut porté près de Naples ; et l'on mit sur son tombeau ces vers qu'il avoit faits en mourant : *Mentua me genuis, Calabri rapuère, tenet nunc* *Parthenope : cecini Pascua, Rura, Duces.* *Andès m'a donné la naissance,* *J'ai vécu chez les Calabrois ;* *Parthenope à présent me tient sous sa puissance...* *J'ai chandé les Bergers, la Campagne et les Rois.* Un éloge qu'on ne peut refuser à *Virgile*, c'est que si l'on excepte quelques galanteries de ses bergers, et la seconde églogue qui porte les traits d'un vice monstrueux, mais devenu très-commun chez les Romains, on ne peut que le regarder comme un des poètes de l'antiquité le plus ami des bonnes mœurs ; encore dans ces endroits là-même est-il décent et réservé dans ses expressions. Et quant au dernier article, il paroît que c'étoit une folle passagère que lui-même se reproche comme telle : O Coridon, Coridon, que se dementia capit ! Les éditions les plus recherchées des Ouvrages de Virgile, sont celles de 1470, 1471, 1472, in-folio; — du P. la Cerda, Lyon, 1619, 3 vol. in-folio; — de Sédan, 1625, in-32; — d'Elzévir, 1636, in-12; — du Louvre, 1641, in-folio; — de Londres, 1663, in-folio, donnée par Ogilbi, avec 102 figures et une carte; — Cum notis Variorum, 1680, 3 vol. in-8°; — Ad usum Delphini, Paris, 1682, in-4°; — de Leewarde, 1717, in-4°; — Florence, 1741, in-4°; — Amsterdam, 1746, 4 vol. in-4°; — Rome, 1741, in-folio, faite sur un ancien manuscrit dont on a figuré l'écriture; — Ibid. 1763, en trois vol. in-folio avec figures, italien et latin; — de Londres, Sandby, 1750, 2 vol. in-8°, figures; — Birmingham, Baskerville, 1757, in-4°. La plupart de ces éditions, et sur-tout la dernière, sont superbes; mais ceux qui ne cherchent dans les livres que la commodité du format et l'exactitude de l'impression, peuvent se borner à l'édition d'Elzévir, en observant que dans l'édition originale, les Bucoliques et l'Énéide sont précédées d'une page dont les capitales sont en rouge; ou à l'édition de Coustelier, 1745, en 3 vol. in-12, que M. Philippe dirigea. Il la revit exactement sur celle de Florence, donnée en 1741, sur un manuscrit de 1300 ans. Quant aux nombreuses Traductions françois-s, dont on a surchargé notre littérature, il n'y a que celle de l'abbé des Fontaines qui soit supportable. Voyez son article, et celui d'Annibal Caro à qui nous devons une bonne Traduction italienne. Voyez aussi dans ce Dictionnaire les articles CATROU; MALLEMANS; MAROLLE; XV. MARTIN; GRESSET; III. RICHER; SCARRON, etc. etc.
VIRGILE, Voyez POLYDORE.
II. VIRGILE, né en Irlande, passa par la France en allant en Allemagne. Le roi Pepin le goûta tellement qu'il le retint pendant quelque temps auprès de lui, et lui donna des lettres de recommandation pour Odillon duc de Bavière : Virgile fut élevé à la prétrise et se fixa à Saltzbourg. St. Boniface apôtre d'Allemagne, le déféra au pape Zacharie comme enseignant des erreurs; entre autres « qu'il y avoit un autre monde, d'autres hommes sous la terre, un autre soleil, une autre lune. » Quòd alius mundus, et alii homines sub terrá sint, seu alius sol et luna. (Bibliothèque des Pères, dans les lettres de St. Boniface, et lettr. 10 du tom. 6e des conciles.) Zacharie répondit qu'il falloit le déposer s'il persistoit à enseigner de semblables erreurs, ordonna à Virgile de venir à Rome afin qu'on y examinât sa doctrine. Quelques auteurs modernes, entre autres d'Alembert, ont conclu de là, mais très-mal à propos, que Zacharie condamnoit le sentiment de ceux qui admettent les antipodes; car il ne s'agissoit point d'antipodes dans l'imputation de St. Boniface, mais des hommes d'un autre monde, qui ne descendent point d'Adam et qui n'avoient point été rachetés par J. C.; et voilà ce qui pouvoit être condamné.
VIRGINIE, jeune fille Romaine, dont *Appius Claudius* l'un des décemvirs devint passionnément amoureux. Pour en jouir plus facilement, il ordonna qu'elle seroit remise à *Marcus Claudius* avec lequel il s'entendoit, jusqu'à ce que *Virginius* son père fût de retour de l'armée. Ce vénérable vieillard ayant été averti de la violence qu'on vouloit faire à sa fille, vint à la hâte à Rome et demanda à la voir. On le lui permit; alors ayant tiré *Virginie* à part, il prit un couteau qu'il rencontra sur la boutique d'un boucher : *Ma chère VIRGINIE*, lui dit-il, *voilà enfin tout ce qui me reste pour te conserver l'honneur et la liberté*. Il lui porte à l'instant le couteau dans le cœur et la laisse expirante. Il s'échappe de la multitude et vole dans le camp avec 400 hommes qui l'avoient suivi. Les troupes plus indignées contre le ravisseur que contre le père, prirent les armes et marchèrent à Rome, où elles se saisirent du mont Aventin. Tout le peuple soulevé contre *Appius* le fit mettre en prison, où il se tua pour prévenir l'arrêt de sa mort. *Spartius Opius*, autre décemvir qui étoit à Rome et qui avoit souffert le jugement tyrannique de son collègue, se donna la mort; et *Marcus Claudius* confident d'*Appius*, fut condamné au dernier supplice. Ce crime fit abolir les décemvirs l'an 449 avant Jésus-Christ. La mort de *Virginie* est le sujet d'un trèsbeau tableau de *Doyen*, qui a été son morceau de réception à l'académie.
VIRGINIUS, (André) savant théologien Luthérien, né à Schwessin, d'une famille noble de Poméranie, mort en 1664, évêque d'Esthon, à 68 ans, laissa divers *Ecrits Théologiques*.
VIRIATE, aventurier de Lusitanie, aujourd'hui le Portugal; de berger devint chasseur, et de chasseur brigand. S'étant mis à la tête d'une armée il s'empara de la Lusitanie, fit prisonnier le préteur *Vintidius* et mit ses troupes en fuite. Le préteur *Plancius* eut peu de temps après le même sort. Les Romains envoyèrent contre lui le consul *Servilius Cepion*, qui ne pouvant le réduire avec une armée, le fit assassiner par trahison l'an 140 avant J. C. Ses troupes dont il étoit adoré lui firent des funérailles magnifiques.
VIRINGUS ou VAN VIERINGEN, (Jean Wautier) né à Louvain en 1539, reçut le bonnet de docteur dans sa patrie en 1571, et obtint ensuite la première chaire de médecine qu'il remplit avec la plus grande exactitude pendant 22 ans. Devenu veuf en 1578, il embrassa l'état ecclésiastique, mais il ne reçut l'ordre de prêtrise qu'en 1593; il devint ensuite chanoine d'Arras. Sa piété, son zèle pour les anciens usages de l'Église et ses tuiles lui méritèrent la confiance et l'estime des archiducs *Albert* et *Isabelle*, dont il fut chapelain. On a de lui : I. Un *Abrégé* du *Théâtre Anatomique* de *Vesal*, en flamand, Bruges, 1569, in-4°. II. *De jejunio et abstinencia medico-ecclesiastici libri quinque*, Arras, 1597, in-4°, avec cette double épigraphe : *Qui abstinens est, adjiciet vitam*, Decl. 37; *Non satiari cibis saluberrimum*, Hippocr.
**VIRIPLACA**, (Myth.) Déesse ainsi appelée du mot *vir*, homme, et de *placare*, appaiser. Elle présidait au raccommodement des maris avec leurs femmes, quand il y avait des brouilleries dans le ménage. Cette divinité avait un temple à Rome sur le Mont-Palatin, où se rendoient ceux qui avaient quelque différend entre eux; et après s'être expliqués en présence de la Déesse, ils s'en retournoient bons amis.
**VIRLOIS**, (Charles-François Roland de) architecte de Paris, mort en 1772, fit élever en 1751 le théâtre de Metz dont il publia le plan. On lui doit quelques ouvrages : I. *Traduction des Elémens de Physique* de s'Gravesande, 1747, 2 vol. in-8. II. *Dictionnaire d'architecture*, 1770, 3 vol. in-4. III. Une nouvelle édition de *Vitruve* avec une *Dissertation* sur les divers commentateurs de cet écrivain.
**VIROTTE**, *Voyez* LAVIROTTE.
**VIRSUNGUS**, *Voyez* WIRSUNG.
**VIRUÈS**, (Alphonse) fut l'un des premiers poètes Espagnols qui fit sortir la tragédie de la barbarie où elle avait jusqu'alors été plongée dans son pays. Il a précédé *Lopez de Vega* et a vécu au commencement du 16$^{e}$ siècle.
**VISCA**, (Charles de) écrivain Flamand de l'ordre de Cîteaux dans le 17$^{e}$ siècle, a laissé une *Bibliothèque* des auteurs de son ordre, Cologne, 1656, in-4$^{o}$, assez exacte; mais écrite dans *Tome XII.* un latin barbare, et pleine de jugemens faux et d'éloges emphatiques.
**VISCELLINUS**, *Voy.* I. CASSIUS.
**VISCLÈDE**, (Antoine-Louis Chalamont de la) naquit à Tarascon en Provence en 1692, d'une famille noble, et mourut à Marseille en 1760, à 68 ans. Il remplit avec distinction pendant plusieurs années la place de secrétaire perpétuel de l'académie de cette ville. Il en avait été pour ainsi dire le fondateur, et c'est à ses soins et à son zèle qu'elle dut une partie de sa gloire. *La Visclède* étoit le *Fontenelle* de Provence par ses talens autant que par son caractère. Doux, poli, affable, officieux, sensible à l'amitié, il eut beaucoup d'amis et ne mérita aucun ennemi. Les traits qu'on lui lança ne parvinrent pas jusqu'à lui; il profita de la critique et sut oublier l'insulte. Son goût n'étoit pas aussi sûr que son esprit étoit fin; et il auroit volontiers préféré les fables de la *Mothe* à celles de la *Fontaine*. Avec beaucoup de finesse dans l'esprit il en avoit très peu dans le caractère : et peu d'hommes de lettres ont eu une simplicité de mœurs plus aimable. Sa conversation ne brilloit pas par les saillies; mais son commerce étoit sûr et utile à ceux qui en jouissoient. Les jeunes gens avaient en lui un ami, un conseil et un consolateur. *La Visclède* est principalement connu par le grand nombre de prix littéraires qu'il remporta. L'académie Françoise et les autres compagnies du royaume le couronnèrent plusieurs fois; et, suivant l'expression d'un homme d'esprit, il auroit eu de quoi former un Médaillier des différens prix qui lui furent adjugés. Ses ouvrages sont : I. Des Discours Académiques, répandus dans les différens recueils des Sociétés littéraires de la France. Ils sont bien pensés et bien écrits; mais il y a plus d'esprit que d'imagination, ainsi que dans ses autres productions. II. Des Odes morales, dignes d'un poète philosophe. Les plus estimées sont celles qui ont pour sujet l'Immortalité de l'Ame; les Passions; les Contradictions de l'Homme; le Chagrin. III. Diverses Pièces de Poésie manuscrites, et quelques autres imprimées dans ses Œuvres diverses, publiées en 1727, en 2 vol. in-12. Ce recueil essuya beaucoup de critiques.
VISCONTI, (Azzo) Voyez Actius, n.º II.
VISCONTI, (Matthieu) deuxième du nom, souverain de Milan, étant mort sans enfans mâles en 1355; ses deux frères, (et non ses fils, comme le dit le continuateur de Ladvocat,) partagèrent sa succession. Bernabo régnoit dans Milan tandis que Galeas régnoit à Pavie. Celui-ci mourut en 1378, laissant pour fils Jean Galeas qui lui succéda. Bernabo, génie ambitieux et homme perfide, voulut se rendre maître de tout le duché en mariant Catherine sa fille à son neveu, veuf d'Isabelle de France, et en l'attirant à sa cour où il espéroit s'en défaire aisément. Jean Galeas de son côté formoit le projet de s'emparer de la succession de son oncle, qu'il égaloit en ambition et qu'il surpassoit en ruses et en artifices. Il avoit toujours le masque de la religion sur le visage, et ses actions n'eurent jamais un dehors plus pieux que lorsqu'il méditoit quelque crime. Un jour il alla en pèlerinage à une chapelle dédiée à la Vierge auprès de Milan, avec sa garde ordinaire de 2000 hommes: Bernabo qui ne se méfioit de rien, va au-devant de lui; mais on l'arrêta à l'instant avec ses deux fils qui finirent leurs jours dans la prison avec leur père. Jean Galeas par cette perfidie étendit sa domination sur tout le Milanois. L'un 1395 il obtint de Wenceslas roi des Romains, le titre de duc de Milan. Ce fut alors qu'il quitta le titre de comte de Vertus qu'il avoit porté jusque-là du chef d'Isabelle de France sa première femme, de laquelle sortit une fille unique, Valchtine, mariée à Louis duc d'Orléans qui devoit succéder au duché de Milan après l'extinction de la postérité masculine des Visconti. Il termina sa carrière en 1402, laissant de sa seconde femme Jean-Marie et Philippe-Marie. Le premier gouverna Milan comme Néron gouvernoit Rome. Il faisoit dévorer par des chiens les malheureux qui lui avoient déplu. Ses peuples l'assassinèrent en 1412. Philippe-Marie qui régnoit à Pavie, devenu souverain de tout le Milanès, (Voyez CARMAGNOLE) laissa à sa mort arrivée en 1447, une fille, Blanche-Marie, qu'il maria à Sforce. Celui-ci s'empara du duché de Milan au préjudice du duc d'Orléans, qui le réclama comme l'héritage de sa mère. Telle fut la source des guerres du Milanès qui fut pendant long-temps le tombeau des François.
VISDELOU, (Claude de) né en Bretagne au mois d'août 1656, d'une famille ancienne, entra fort jeune dans la société des Jésuites. Sa vertu et ses connaissances littéraires, mathématiques et théologiques, le firent choisir en 1685 par Louis XIV, pour aller en qualité de Missionnaire à la Chine avec cinq autres Jésuites. Arrivé à Macao en 1687, il apprit avec une facilité surprenante l'écriture et les caractères Chinois. Ses progrès furent si étonnans et si rapides, que le fils du grand empereur Cam-Hi héritier présomptif du trône, surpris de l'aisance singulière avec laquelle le Père Visdelou expliquait les livres les plus obscurs des Chinois, lui en donna de lui-même une attestation des plus authentiques et des plus flatteuses. Pendant plus de vingt ans que le Père Visdelou séjourna dans le vaste empire de la Chine, il y travailla sans relâche à la propagation de l'Évangile. Le cardinal de Tournon légat du saint Siège, le déclara en 1708 vicaire apostolique, administrateur de plusieurs provinces, et le nomma à l'évêché de Claudiopolis. Le nouvel évêque fut le disciple, l'ami, le coopérateur de ce célèbre cardinal, partagea ses disgraces et s'unit avec lui contre les Jésuites ses confrères pour former des Chrétiens, non suivant la politique mondaine, mais selon l'Évangile. Son zèle déplut à son ordre, et on obtint de Louis XIV une lettre de cachet pour le tirer de Pondichery, où le cardinal de Tournon l'avoit placé : Visdelou ne crut pas devoir obéir à cet ordre extorqué par la vengeance ; et le régent auprès de qui il se justifia après la mort de Louis XIV, approuva sa conduite. Cet homme apostolique mourut saintement à Pondichery le 11 novembre 1737. On a de lui plusieurs ouvrages manuscrits qui mériteraient d'être imprimés. Les principaux sont : I. Une Histoire de la Chine, en latin. II. La Vie de Confucius. III. Les Eloges des sept philosophes Chinois. IV. Une Traduction latine du Rituel Chinois. V. Un ouvrage sur les Cérémonies et sur les Sacrifices des Chinois. VI. Une Chronologie Chinoise. VII. Une Histoire abrégée du Japon.
VISÉ, (Jean Donneau, sieur de) poète François, né à Paris en 1640, étoit cadet d'une famille noble. Ses parens le destinèrent à l'état ecclésiastique. Il en prit l'habit et obtint quelques bénéfices ; mais l'amour lui fit quitter cet état : il se maria à la fille d'un peintre malgré l'opposition de ses parens. Des nouvelles galantes et des comédies l'occupèrent dès l'âge de 18 ans. Il commença en 1672 et continua jusqu'au mois de mai 1710, un ouvrage périodique, sous le titre de Mercure Galant, 488 volumes. Journal qui lui fit quelques admirateurs en province, et qu'on a bien perfectionné depuis. Si la Bruyère eût vécu de nos jours, il ne se seroit certainement pas avisé de mettre cet ouvrage au-dessous du rien. Le théâtre fut encore une des ressources de Visé. Il donna plusieurs comédies, Zélinde, la Mère coquette, la Veuve à la mode, Délie, les Amours de Vénus, les Intrigues de la Loterie, le Mariage d'Ariane, les Amours du Soleil, les Dames vengées, le C c 2 *Vieillard couru*, le *Gentilhomme campagnard*. La première fois qu'on représenta sa comédie intitulée, le *Gentilhomme Guespin* ou le *Campagnard*, il y avoit sur le théâtre beaucoup de gens de condition amis de l'auteur, qui rioient à chaque endroit. Le parterre ne fut pas de leur avis et siffla de toute sa force. Un des rieurs s'avança sur le bord du théâtre, et dit: *Messieurs, si vous n'êtes pas content ou vous rendra votre argent à la porte; mais ne nous empêchez point d'entendre des choses qui nous font plaisir*. Un plaisant lui répondit: Prince, n'avez-vous rien à nous dire de plus? Et un autre ajouta: Non; d'en avoir tant dit, il est même confus. *Visé* composa aussi des *Mémoires* sur le règne de *Louis XIV*, depuis 1638 jusqu'en 1688, en 10 vol. in-folio, qui ne sont presque que des extraits de son *Mercure*. Enfin il embrassa plusieurs genres, toujours avec des talens médiocres. Cet auteur perdit la vue quatre ans avant sa mort, arrivée à Paris en 1710. Il avoit de l'esprit, de la politesse; il connoissoit le monde et savoit plaire par les agrémens de son caractère.
VITAKER, ou WHITAKER, (Guillaume) professeur en théologie dans l'université de Cambridge, naquit à Holme en Angleterre, dans le comté de Lancastre, et mourut à Cambridge ent 1595, à 47 ans. Son principal ouvrage est la *Réfutation de Bellarmin*. On y remarque beaucoup d'érudition, mais trop d'a- nimosité contre les Catholiques et contre l'auteur qu'il réfute. Ses *Œuvres* furent imprimées à Genève, 1610, en 2 vol. in-folio. On y trouve une *Réponse* aux 18 *Baisons de Campien*.
VITAL, né à Tierceville en Normandie, se rendit célèbre à la fin du XIIIe siècle par sa piété et le succès de ses prédications. Ayant quitté un canonicat qu'il avoit dans la collégiale de Mortain, il se retira en un lieu peu fréquenté. Mais la sainteté de sa vie lui ayant attiré un grand nombre de disciples, il fonda l'abbaye de Savigny l'an 1112, et un nouvel ordre de religieux nommé, à ce qu'on croit, de la *Sainte-Trinité*. Cet ordre se donna depuis à St. Bernard; (Voy. SERLON) et c'est ainsi qu'il a passé dans la filiation de Cîteaux, où il se trouve aujourd'hui. *Vital* mourut en odeur de sainteté l'an 1119.
VITAL, *Voyez* ORDRIC. I. VITALIEN, Scythe de nation et petit-fils du célèbre général *Aspar*, eut le rang de maître de la milice sous l'empereur *Anastase*. Ce prince rejetoit le concile de Chalcédoine, et persécuta ceux qui l'admettoient. *Vitalien* prit le parti des Orthodoxes, et s'étant rendu maître de la Thrace, de la Scythe et de la Mœsie, il vint jusqu'aux portes de Constantinople avec une armée formidable qui ravageoit tout sur son passage. *Anastase* dépourvu de secours et détesté de son peuple, eut recours à la négociation. Il promit de rappeler les évêques exilés, et de ne pas inquiéter les Catholiques. Ce fut à ces conditions que Vitalien renvoya son armée, et vécut tranquille à la cour. Il jouit d'un grand crédit sous Justin; mais Justinien neveu de ce prince craignant que son pouvoir ne l'empêchât de parvenir à l'empire, prévint son oncle contre lui. L'empereur redoutant le pouvoir qu'il avoit sur les troupes, ne crut pas devoir le faire arrêter avec éclat. Il lui écrivit en Thrace où il étoit retiré, de venir à Constantinople recevoir ses instructions pour aller négocier une affaire importante dans une cour étrangère. Vitalien se rendit promptement auprès du prince qui le combla de caresses et le désigna consul pour l'année suivante, afin de pouvoir éclairer sa conduite. Mais ayant reconnu que cette dignité lui donnoit plus de crédit et le rendoit plus dangereux, il le fit mourir en juillet 520, le septième mois de son consulat. Le prétexte de ce meurtre, fut l'extrême ambition de Vitalien qui l'avoit engagé tantôt de prendre la défense des Catholiques opprimés pour se faire un parti; tantôt de se mettre à la tête des Eutychiens qu'il disposoit, dit-on, secrètement à prendre les armes au premier signal.
II. VITALIEN, de Ségni en Campanie, pape après St. Eugène I, le 30 juillet 657, envoya des missionnaires en Angleterre, s'employa avec zèle à procurer le bien de l'Eglise, et mourut en odeur de sainteté le 27 janvier 672. On a de lui quelques Epîtres. On célébra divers conelles sous ce pontife, aussi savant que pieux. C'est aussi de son temps que commença l'usage des orgues dans les églises.
VITEL, (Jean de-) poète François, né à Avranches, fut orphelin de bonne heure. Deux frères lui restaient qu'il eut encore le malheur de perdre. Le premier, après avoir parcouru l'Italie, l'Allemagne, l'Espagne, vint mourir à Paris. Le second, qui étoit le plus jeune et dont les talens donnoient des espérances, fut enlevé à la fleur de son âge à Rennes en Bretagne. La contagion s'étant répandue dans cette ville où Vitel se trouvoit, il fut obligé de se retirer à Condac. Ses amis lui conseillèrent d'embrasser l'étude du droit; mais séduit par les charmes de la poésie, toute autre occupation lui paroisseit sèche, stérile et rebutante. Il vint à Paris, où il versifia l'an 1575. Dutouchet, gentilhomme Protestant de Normandie, ayant su que la garnison et les habitans du Mont-Saint-Michel devoient faire le jour de la Magdeleine un pèlerinage, y fit glisser trente soldats déguisés en pèlerins. Ils pénétrèrent dans la ville et dans le château où est l'abbaye, tuèrent le prêtre qui avoit célébré la Messe en leur présence, et se saisirent du gouverneur de la place. L'alarme se mit aussitôt dans la basse ville. M. de Viques, lieutenant du maréchal de Matignon, se hâta de secourir les assiégés. Les Protestans furent obligés de se rendre, et on leur accorda la vie à l'exception de trois des principaux que M. de Matignon fit perdre. Notre versificateur fit de cet événement le sujet d'un Poème qui ne manque ni de feu ni d'invention. C'est ce qu'il y a de mieux dans ses Exercices Poétiques, Paris, 1588, in-80. Nous ignorons l'année de sa mort. C c 3 406 V I T
VITELLI, (Clapin) marquis de Cetone, étoit un brave capitaine Italien qui avoit d'abord porté les armes pour *Côme* grand duc de Toscane. Étant entré au service de l'Espagne, *Philippe II* le fit maréchal de camp de l'armée des Pays-Bas sous le duc d'Albe. Il seconda puissamment ce général, et mourut quelque temps après lui. Il étoit si gros et si gras qu'il falloit échancrer la table où il mangeoit. Les Protestans de Flandre qui n'avoient pas à se louer de *Vitelli*, lui firent cette Épîtaphe satirique : D. *Deits émanipolens*, crass! miscrere Vitelli, Quem mors pravenient non sinit esse bovem. Vôrytis la *Iroliâ est* ; tenet intestina Brabantui. Ast anmam, nemo. Cur ? quia non habuit.
VITELLIO ou VITELO, Polonois du XIII$^{e}$ siècle. On a de lui un *Traité d'Optique*, dont la meilleure édition est celle de Basle, 1572, in-folio. Cet ouvrage ne peut être que d'une utilité médiocre aujourd'hui, quoique l'auteur fût de son temps un homme très-estimable. Son livre n'est proprement que l'Optique d'Alhazen, mise dans un meilleur ordre. I. VITELLIUS, (*Aulus*) né l'an 15 de J. C. de *L. Vitellius*, qui avoit été trois fois consul, passa les dernières années de son enfance et les premières années de sa jeunesse à Caprèc, séjour dont le nom annonce la conduite qu'il y tint. On crut qu'il avoit acheté par ses infames complaisances, les graces que *Tibère* accorda à son père, le consulat et le gouvernement de Syrie. Toute sa vie répondit à de si honteux commencements ; et les traits les plus marqués de son caractère sont des débauches de toute espèce, et une gourmandise qu'il portoit jusqu'à l'usage habituel de se faire vomir pour se redonner le plaisir de manger. Son nom lui ouvroit les entrées à la cour, et il plut à *Caligula* par le mérite de bon cocher, et à *Claude* par sa passion pour le jeu. Ces mêmes recommandations le rendirent agréable à *Néron* ; mais sur tout un service d'un genre singulier et bien conforme au goût de ce prince, lui en acquit toute la faveur. *Néron* souhaitoit passionnément de monter comme musicien sur le théâtre, et un reste de pudeur le retenoit. Pressé par les cris du peuple qui le sollicitoit de chanter, il s'étoit même retiré du spectacle comme pour se dérober à des instances trop importunes. *Vitellius* qui présidait aux jeux où se passoit cette scène, se fit le député des spectateurs pour le prier de revenir et de se laisser fléchir ; et *Néron* lui sut très-bon gré de cette douce violence. C'est ainsi que *Vitellius*, aimé et favorisé consécutivement de trois princes, parcourut la carrière des magistratures, réunissant toutes les dignités avec tous les vices. Il commandoit les légions de la Basse-Germanie lorsque les cohortes Prétoriennes proclamèrent *Othon* empereur, l'an 69. Son armée qu'il s'étoit attachée par des présens, lui décerna en même temps l'empire et il fut obligé de marcher contre son rival. Il perdit trois batailles ; mais il fut vainqueur dans la quatrième, livrée entre Cré- moye et Mantoue près de Bé- driac. A la fin de la journée, il voulut s'arrêter sur le champ de bataille uniquement pour se re- paître de la vue des corps morts, des membres épars et déchirés, de la terre encore teinte de sang, et enfin de tout ce qui excite dans les ames sensibles l'horreur et la pitié. Le plaisir que lui causa ce spectacle l'empêcha de s'ap- percevoir de l'infection de l'air sentie vivement par ceux qui l'ac- compagnoient. Il leur dit, quand ils s'en plaignirent, que l'odeur d'un ennemi mort étoit toujours agréa- ble; et sur le champ il fit distribuer du vin aux soldats et s'enivra avec aux. Il ne croyoit être souverain que pour tenir table. Sa grande occupation étoit de déjeuner, di- ner, sonper et quelquefois d'y ajouter une collation. Il s'excitoit à vomir entre chaque repas, pour se préparer au suivant. Glouton plutôt que gourmand, il se rem- plissoit aussi bien des mets les plus grossiers que des plus déli- cats. Plusieurs de ceux qui étoient à sa cour furent ruinés par sa voracité qu'ils vouloient satis- faire, pour satisfaire à leur tour leur ambition. Lucius son frère ayant voulu lui donner un repas, on servit deux mille poissons tous exquis, et sept mille oiseaux de prix. Mais Vitellius dépensa en- core davantage pour un seul plat qu'il fit remplir de foies, de cer- valles, de langues et de laites des poissons et des oiseaux les plus rares. A force de boire et de man- ger, il devint si abruti que la facilité qu'il trouvait à satisfaire ses honteuses passions, ponvoit seule le faire souvenir qu'il étoit empereur. Sa cruauté ne fit qu'aug- menter avec sa gourmandise. Il fit tuer en sa présence sur une fauese accusation, Junius Blasus pour assouvir ses yeux de la mort d'un ennemi. Étant particulier, il avoit empoisonné un fils qu'il avoit eu de Petronia sa première femme, pour jouir de ses biens. Parvenu au trône, il fit mourir de faim sa mère Sextilia, parce qu'on lui avoit prédit qu'il règne- roit long-temps s'il lui survivoit. Cette femme infortunée le savoit sans doute capable d'une action dénaturée; car lorsqu'elle eut appris qu'il étoit proclamé em- pereur, elle ne put retenir ses larmes. Les excès de Vitellius étant montés à leur comble, le peuple et les légions se soulevè- rent et élurent Vespasien. Lors- que le monstre vit Primus lieu- tenant du nouvel empereur, mai- tre de Rome, il alla se cacher chez le portier du palais dans la loge aux chiens. On l'en tira pour le promener par la ville tout nu, les mains liées derrière le dos, une épée sous le menton pour le faire tenir droit; de là on le con- duisit au lieu des supplices où il fut tué à petits coups, l'an 69 de J. C., après un règne de huit mois. Son corps fut traîné avec un croc et jeté dans le Tibre. Lucius Vitellius son père étoit parvenu à la fortune par ses bassesses. Il fut le premier qui adora l'insensé Caligula comme un Dieu; il prodigua les mêmes hommages à Claude et obtint comme une grace particulière de l'impératrice Messalinae, l'hon- neur de la déchausser. Il avoit soin de porter sous sa robe des souliers de cette princesse, qu'il baisoit souvent. A sa mort, ar- rivée vers l'an 49, le sénat lui éleva une statue avec cette inscription. A CELUS qui étoit d'une piété inab- térable à l'égard de son Prince. C c 4
II. VITELLIUS ou TELLE, (Regnier) né à Ziriczée en Zélande vers l'an 1558, parcourut une grande partie de l'Europe; rendu à son pays, il fut recteur du collège de sa ville natale, et mourut à Amsterdam en 1618, après avoir donné : I. Une Traduction en latin de la *Description de la Germanie inférieure de Louis Guichardin, avec des additions*, Amsterdam, 1625, in-folio, et 1635, deux vol. in-12, chez Guillaume Blaeu, avec figures. Cette Version vaut mieux que l'original. Le style en est pur et coulant, et les additions curieuses et importantes. II. Un *Abrège* du *Britannia* de Cambden, Amsterdam, 1617, in-8°; bien fait. *Vitellius* a conservé autant qu'il a pu, les expressions de son auteur, et n'a retranché que des faits qui n'avoient point de rapport à la géographie. Sa Traduction en flamand du livre de la *Trinité de Michel Servet*, prouve qu'il avoit peu de religion.
VITERBE, *Voy. ANNIUS...V. GILLES...et GODEFROI de Viterbe*.
VITERIC, roi des Visigoths, se placa sur le trône après la mort de *Liuva* qu'il assassina vers l'an 603. Comme il n'étoit point du sang royal, il voulut se rendre recommandable à la nation en privant les empereurs d'Orient de ce qu'ils possédoient encore en Espagne. Après bien de mauvais succès, il eut quelque avantage sur eux dans une bataille près de Siguença. *Ememberge* sa fille avoit été destinée à *Thierri* roi de Bourgogne. Elle vint en France pour consommer ce mariage; mais *Brunehaut* s'y étant opposée, elle fut obligée de re- passer en Espagne. *Viteric* mourut en 610.
VITET, (Aymar) descendant d'*Edouard Viter* chirurgien du prince de Galles en 1356, et qui resta en France après la bataille de Poitiers, a publié deux Traités; l'un sur les bernies, et l'autre sur la génération et les accouchemens. Il ne quitta point Lyon sa patrie, où il a laissé plusieurs descendans qui ont suivi avec succès ses traces et se sont perpétués dans la profession du même art.
VITIGÈS, *Voy. BÉLISAIRE*.
VITIKIND, *Voy. VITIKIND*.
VITIZA, roi des Visigoths d'Espagne, régna cinq ans avec son père *Egica*, et gouverna seul pendant neuf autres années depuis 701 jusqu'en 710. Son naturel emporté et féroce excita de fréquens murmures. *Vitiza* craignant que des plaintes on n'en vint à une rebellion ouverte, désarma une partie de ses sujets et fit abattre les murailles de plusieurs villes. Par cette conduite il forçoit à l'obéissance; mais il se prévoit de secours et de défense contre les ennemis étrangers. Aussi fit-il fortifier en même temps quelques places; mais il intimida sans se faire aimer.
VITRÉ ou VITRAI, (Antoine) imprimeur de Paris, s'est immortalisé par le succès avec lequel il a fait rouler la presse. C'est lui qui a imprimé la *Polyglotte de le Jay*, le chef-d'œuvre de l'imprimerie de *Vitré*. Les caractères orientaux que *Savari de Brèves* avoit fait fondre, auxquels le *Jay* joignit des caractères samaritains, servirent à cette impression. Les autres éditions de Vitré soutiennent parfaitement la réputation qu'il s'étoit acquise d'être le premier homme de France pour son art. Il auroit surpassé même Robert Etienne, s'il eût été aussi savant et aussi exact que lui; mais à peine savoir-il traduire en françois les auteurs les plus faciles. Il mourut en 1674, étant imprimeur du clergé. C'étoit un homme religieux. Dans le temps qu'il étoit marguillier de la paroisse de Saint-Séverin, il fit mettre cette inscription au cimetière: Tous ces morts ont vécu; toi qui vis, tu mourras. L'instant fatal est proche, et tu n'y penses pas. Un défaut de cet excellent imprimeur, étoit de ne pas distinguer la consonne d'avec la voyelle dans les lettres J et V. Son Corps de Droit, Paris, 1628, 2 vol. in-fol.; et sa Bible Latine, infolio, 1666, in-4°, et 1652, 8 vol. in-12, sont au nombre de ses meilleures éditions. Sa devise étoit un Hercule avec ces mots: Virtus non territo monstris.
VITRINGA, (Campége) né en 1659 à Leewarde dans la Frise, fut l'ornement de l'université de Franeker où il mourut le 3 mars 1722 d'une attaque d'apoplexie. On a de lui: I. Un savant Commentaire latin sur Isaïe, 2 vol. in-folio. II. Apocalypseus anachrisis, 1719, in-4°. III. Typus Theologiæ Practicæ, in-8°. IV. Synagoga vetus, in-4°. V. Archisynagogus, in-4°. VI. De Decemviris otiosis Synagogæ, in-4°. VII. Observationes sacræ, 1711, in-4°. Ces ouvrages théo- logiques manquent de précision pour la plupart. — Campége VITRINGA son fils, né à Franeker en 1693, mort en 1723, à 3 ans, professeur en théologie, se fit aussi connoître avantageusement par un Abrégé de la Théologie naturelle, Franeker, 1720, in-4°.
VITRUVE, (M. VITRUVIUS Pollio) né à Formie aujourd'hui le Môle de Gaïète, (non à Vérone ni à Plaisance comme l'ont cru quelques historiens) fut élevé avec soin par ses parens. Il s'appliqua à toutes les sciences utiles et passa pour posséder ce qu'il appelle lui-même l'Encyclopédie, c'est-à-dire la connoissance des sept arts libéraux. Jules César le connut et l'estima. Après la mort de ce prince, Octavie le recommanda à Auguste qui lui donna l'inspection des balistes, des scorpions, des béliers et des autres machines de guerre. Les soins de Vitruve furent récompensés par une forte pension. Encouragé par les libéralités d'Auguste, il composa un Corps d'Architecture qu'il dédia à cet empereur. C'est le seul Traité en ce genre qui nous soit venu des anciens. Il donne une idée avantageuse du génie de son auteur et même de la noblesse de son caractère. La meilleure édition de ce livre est celle d'Amsterdam, 1649, in-fol. Il y en a eu une version italienne avec les Commentaires du marquis Galliani, Naples, 1758, in-fol., fig. Nous en avons une bonne traduction françoise, par Perrault, in-fol., Paris, 1684.
VITRY, Voyez HOSPITAL, (Nicolas) et JACQUES, n° XVI.
VITTEMENT, (Jean) d'une famille obscure de Dormans en Champagne, l'illustra par son esprit et par ses vertus. Il naquit en 1655, et après avoir fait ses études au collège de Beauvais à Paris, il succéda à son professeur même dans la chaire de philosophie. Il enseigna ensuite cette science à l'abbé de Louvois fils du ministre d'état, qui sut distinguer son mérite. Ayant eu l'honneur de complimenter Louis XIV, en qualité de recteur de l'université de Paris, sur la paix conclue en 1697, ce monarque en fut si satisfait qu'il dit : Jamais harangue ni orateur ne m'ont fait tant de plaisir... Louis XIV ne se borna pas à des éloges; il le nomma à la fin de la même année 1697 sous-précepteur des ducs de Bourgogne, d'Anjou et de Berri ses petits-fils. Le duc d'Anjou, devenu roi d'Espagne en 1700, l'emmena avec lui, et lui offrit l'archevêché de Burgos et une pension de 8,000 ducats pour le fixer à sa cour; mais il refusa l'un et l'autre avec la fermeté d'un philosophe Chrétien et repassa en France. Nommé sous-précepteur de Louis XV par le duc d'Orléans, il ne voulut accepter ni abbayes, ni bénéfices, ni même une place à l'académie Françoise. Ce prêtre désintéressé avoit fait vœu de ne recevoir aucun bien de l'Eglise, tant qu'il auroit de quoi subsister. La cour étoit pour lui un exil; il la quitta en 1722 et alla mourir dans sa patrie en 1731, à 77 ans. Le célèbre Coffin honora son tombeau d'une épitaphe, où il célèbre digneme-t les qualités de son ame. L'abbé Vitement a laissé plusieurs ouvrages manuscrits. Les principaux sont: Des Commentaires sur plusieurs livres de l'Ancien Testament : une Refutation du système impio de Spinosa, et quelques écrits philosophiques et théologiques.
VITTORIA, (Alexandre) né à Trente en 1525, apprit la sculpture et l'architecture à l'école de Sansovino. Il excella sur-tout dans la sculpture, et ne le cédoit de son temps qu'à l'illustre Michel-Ange Buonarroti. On voit quantité de ses ouvrages à Venise, tant dans les édifices publics que dans les palais des nobles de Padoue, Vérone, Bresse; d'autres villes d'Italie en possèdent aussi plusieurs. Cet artiste a beaucoup travaillé. Il mourut en 1608, à 83 ans. Ses ouvrages d'architecture n'ont qu'un mérite médiocre.
VITULA, (Mythol.) Déesse de la joie, selon quelques-uns. D'autres disent qu'elle présidait aux alimens qui servent à l'entretien de la vie. Il y en a qui prétendent que ce n'étoit qu'un surnom de la Victoire. I. VIVALDI, (Jean-Louis) Dominicain, natif de Mondovi en Piémont, d'une famille noble de Gênes, devint évêque d'Arbo une des Isles Adriatiques, en 1519. On a de lui : I. Un traité estimé De Veritate Contritionis ou Veræ Contritionis Præcepta, in-8.º II. Sept autres petits Traités, recueillis et imprimés sous le titre de Opus regale, Lugduni, 1508, in-4.º Ce pieux et savant prélat mourut dans son diocèse qu'il avoit édifié et éclairé.
II. VIVALDI, (Antonio) célèbre musicien Italien, mort vers 1743, étoit maître de musique de la Pieta à Venise. Son nom est célèbre parmi les *Virtuoses*, par son talent pour le violon; et parmi les compositeurs, par ses *Symphonies*, entr'autres, par ses *Quatre Saisons*.
**VIVANT**, (François) docteur de la maison et société de Sorbonne, curé de Saint-Leu, puis pénitencier, grand vicaire, chanoine, grand chantre, et chancelier de l'université de Paris sa patrie, naquit en 1688. Il contribua beaucoup à la destruction de Port-Royal et à l'établissement des Prêtres de Saint-François de Sales à Paris. On a de lui : I. Un *Traité contre la pluralité des Bénéfices*, en latin, 1710, in-12. II. Un *Traité contre la validité des Ordinations Anglicanes*. III. Il eut aussi beaucoup de part au *Bréviaire* et au *Missel* du cardinal de Noailles. Il est auteur de beaucoup de *Proses*, de *Collectes* et de quelques *Hymnes*. L'abbé *Vivant* mourut à Paris le 30 novembre 1739; à 77 ans, après avoir joui pendant sa vie d'une grande réputation de piété et de savoir.
**VIVENS**, (François de) mort à Clairée en 1780, à l'âge de 80 ans, s'attacha à la physique, à l'histoire naturelle, et a publié les écrits suivans : I. *Mémoire sur le vol des Oiseaux*, in-14. II. *Observations sur divers moyens de soutenir l'Agriculture en Guienne*, 1744, 2 vol. in-12. III. Nouvelle *Théorie du Mouvement*, 1746, in-8. IV. *Essais sur les principes de la Physique*, 1749, in-12. *Vivens* entretenoit une correspondance active avec les savans de la capitale et des pays étrangers, et réunissoit au goût des sciences la modestie et la bienfaisance.
**VIVENTIOLE**, grammairien de Lyon, eut une longue dispute avec *St. Avitus*, qui dans un poème avoit fait longue la pénultième syllabe du mot *potitur*. *Viventiole* cita *Virgile* qui la fait brève; *Avitus* soutint que *Virgile* s'étoit permis sur ce mot une licence poétique. — Il ne faut pas confondre le rhéteur *Viventiole* avec l'évêque de Lyon du même nom, qui vivoit en 517 et dont les écrits se sont perdus.
**VIVES**, (Jean-Louis) né à Valence en Espagne, en 1492, enseigna les belles-lettres à Louvain avec un applaudissement général. De là il passa en Angleterre, et eut l'honneur d'enseigner le latin à *Marie* reine d'Angleterre, fille de *Henri VIII*. Ce prince faisoit tant de cas du savant Espagnol, qu'il alloit exprès à Oxford avec la reine son épouse pour entendre ses leçons; mais malgré son estime, il le retint en prison pendant six mois, parce qu'il avoit osé désapprouver de vive voix et par écrit son divorce avec *Catherine* d'Aragon. *Vives* ayant recouvré sa liberté repassa en Espagne, se maria à Burgos et mourut à Bruges, bon *Cathofique*, le 6 mai 1540, à 48 ans. On a de lui : I. Des *Commentaires* sur les livres de la *Cité de Dieu* de *St. Augustin*, dont les docteurs de Louvain censurèrent quelques endroits trop hardis et trop libres. II. Un *Traité* judicieux et savant sur la *Corruption*, la *Décadence des Arts et des Sciences*. III. Un *Traité de la Religion*. IV. Plusieurs autres Ouvrages recueillis à Basle en 1555, en 2 vol. infolio. *Erasme*, *Budé* et *Vives* passoient pour les plus savans hommes de leur siècle, et étoient comme les triumvirs de la république des Lettres; mais *Vivès* étoit inférieur au premier en esprit, et au second en érudition. Son style est assez pur, mais dur et sec, et sa critique est souvent hasardée. Quelques-uns de ses livres ne sont qu'un amas de passages ramassés sous différens titres et de vrais lieux communs.
VIVIANI, (Vincent) né à Florence le 5 avril 1622 d'une famille noble, vécut depuis l'âge de 17 ans jusqu'à 20 avec *Galilée* qui le regarda comme un disciple digne de lui. (*Voyez GALILÉE*.) Après la mort d'un si grand maître, il consacra deux ou trois ans à l'étude de la géométrie sans aucune interruption; et ce fut en ce temps-là qu'il forma le dessein de sa *Divination sur Aristée*. Cet ancien géomètre avoit composé cinq livres sur les Sections coniques, qui se sont perdus et qu'il entreprit de faire revivre par la force de son génie. Son nom se répandit dans toute l'Europe: il reçut en 1664 une pension de *Louis XIV*, d'un prince dont il n'étoit point sujet et à qui il étoit inutile. *Viviani* résolut de dédier au roi le Traité qu'il avoit autrefois médité sur les lieux solides d'*Aristée*; mais il en fut détourné par des ouvrages publics, et même par des négociations que son souverain (*Ferdinand II* grand duc de Toscane) lui confia. En 1666, il fut honoré par ce prince du titre de premier mathématicien de son Altesse. Cet homme illustre mourut le 22 septembre 1703, à 82 ans, membre de l'académie des Sciences. « Il avoit, dit *Fontenelle*, cette innocence et cette simplicité de mœurs que l'on conserve ordinairement quand on a moins de commerce avec les hommes qu'avec les livres; et il n'avoit point cette rudesse et une certaine fierté sauvage que donne assez souvent le commerce des livres sans celui des hommes. Il étoit affable, modeste, ami sûr et fidelle; et ce qui renferme beaucoup de vertus en une seule, reconnoissant au souverain degré. » Pour s'acquitter envers *Louis XIV*, il fit rebâtir sa maison sur un dessin très-agréable et aussi magnifique qu'il pouvoit convenir à un particulier. Il appela cette maison *Ædes à Deo datus*; elle porte ce titre sur son frontispice: allusion heureuse et au premier nom qu'on avoit donné au roi et à la manière dont elle fut acquise. Ses ouvrages sont: I. Un traité intitulé: *Divination sur Aristée*, 1701, in-folio; ouvrage plein de recherches profondes sur les coniques. Ce fut sa dernière production et ce n'est pas la moins savante. II. *De Maximis et Minimis Geometrica divinatio*, in quintum *Conicorum Apollonii Pergæi adhuc desideratum*, 1659, in-fol. III. *Enodatio Problematum universis Geometris propositorum* à Claudio Commiers, 1677, in-4.º IV. Un *Traité des Proportions*, 1674, in-4.º Ce livre entrepris pour éclaircir le cinquième livre d'*Euclide* qui ne paroît pas s'être expliqué nettement sur ce sujet, est sur-tout remarquable, dit *Fontenelle*, par les sentimens de son cœur qu'il y a répandus en divers endroits.
VIVIEN, (Joseph) peintre, né à Lyon en 1657, mourut à Bonn ville d'Allemagne dans l'é- lectorat de Cologne, en 1735. Il entra dans l'école de l'illustre le Brun, qui connut en peu de temps que le talent de son disciple étoit pour le portrait. Vivien se rendit à ses conseils : cherchant à se distinguer, il peignit au pastel. Il mettoit beaucoup de vérité dans ses ouvrages ; il saisissait très-bien la ressemblance. Son art alloit jusqu'à représenter non-seulement les traits extérieurs, mais encore les impressions de l'âme qui animent le visage et caractérisent une personne. Il a peint en pastel des portraits en pied. L'on voit quelques tableaux de lui, où l'histoire, la fable et l'allégorie concourent à embellir sa composition. Il eut plusieurs fois l'honneur de représenter la famille royale. L'académie le reçut dans son corps et le roi lui donna un logement aux Gobelins. Les électeurs de Cologne et de Bavière le nommèrent leur premier peintre. Ce maître s'est souvent exercé à manier le pinceau et à peindre à l'huile des portraits historiés, où l'on admire la fécondité et la beauté de son imagination, jointes à l'excellence de son talent pour l'exécution. On a plusieurs Portraits gravés d'après lui.
VIVIEN, Voyez CHATEAU-BRUN. — VIVIER, (Jean du) né à Liège en 1687, mort à Paris en 1761, s'est rendu recommandable dans la gravure. Son goût pour cet art l'entraîna à Paris où il le perfectionna. Il s'adonna principalement à la gravure des médailles, et son mérite en ce genre lui mérita bientôt des récompenses. Il fut nommé graveur du roi, obtint un logement au Louvre, et fut reçu de l'académie de Peinture et de Sculpture. C'est le graveur qui a le mieux trouvé la ressemblance de Louis XV. La douceur et la force brillent dans ses gravures. La modération et la bonté formoient son caractère. — Un auteur dramatique de ce nom a donné en 1714 au théâtre de l'Opéra comique une pièce en trois actes intitulée : Arlequin favori de la Fortune.
VIVIER, (François du) Voyez I. MONTHOLON.
VIVIERS, (le Cardinal de) Voyez BROGNI.
VIVONNE, Voyez CHATEIGNERAY. — RAMBOUILLET. — ROCHECHOUART.
VLADERACCUS, (Christophe) savant grammairien du 16e siècle, né à Geffen près de Bois-le-Duc, enseigna le latin, le grec et l'hébreu pendant 40 ans à Bois-le-Duc, et eut autant de soin de former ses disciples à la religion qu'aux belles-lettres. Il mourut le 15 juillet 1601. Nous avons de lui : I. Polyonima Ciceroniana, Rouen, 1625. C'est un recueil de phrases tirées de Cicéron. II. Flores Plauti cum scholis. — Jean et Pierre ses fils et héritiers de ses talens, ont donné plusieurs ouvrages qui font également honneur à leur savoir et à leur piété.
VLEUGHELS, qu'on prononce VEUGLES, (Nicolas) peintre, natif de Flandre, vint en France. Ce maître n'a guère peint que de petits tableaux de chevalet. Ses compositions sont ingénieuses. Il s'est particulièrement attaché à la manière de Paul Ve- ronèse. Ses talens, son esprit et son érudition qui le mettoient en commerce avec les savans et les gens de lettres, le firent nommer par le roi directeur de l'académie Royale de Saint-Luc, établie à Rome, et chevalier de l'ordre de Saint-Michel. Il mourut dans cette ville le 10 décembre 1737, âgé de 68 ans. Il est l'auteur d'une Traduction infidelle et peu élégante du Dialogue italien sur la peinture de Lodovico Dolce, intitulé, l'Aretino; précédé d'une Préface où l'on combat les jugemens de Richardson père et fils, sur les ouvrages de Raphaël.
VLITIUS, savant Hollandois, fut professeur de grammaire à Breda. On lui doit une édition des Poèmes de Némésien et de Gratius, imprimée à Leyde chez les Elzevir, en 1645 et 1653. Il y maltraite fort dans ses notes les remarques antérieures de Barthius; mais il donna bientôt après un exemple de justice et de modération rare parmi les auteurs. Dans une édition suivante, faite à Leipzig en 1659, in-4°, il avoue s'être trompé sur Barthius et reconnoît qu'il s'est trompé dans ses jugemens.
VOEL, Voyez JUSTEL.
VOESIN, Voyez POPE-LINIÈRE. I. VOET, (Gisbert) Voëtius, né à Heusden le 3 mars 1589, exerça le ministère dans sa patrie qu'il quitta quelquefois pour suivre les armées et instruire les soldats. En 1634, il fut choisi pour enseigner à Utrecht la théologie et les langues orientales; il le fit avec succès. Après avoir professé dans cette ville pendant quarante-deux ans et y avoir exercé quelque temps les fonctions de pasteur, il mourut à l'âge de 87 ans, le 1er novembre 1677. C'étoit l'ennemi déclaré de la philosophie et de la personne de Descartes qu'il osa accuser d'athéisme dans des thèses soutenues contre lui. Les magistrats d'Utrecht approuvèrent les impertinences du théologien et condamnèrent deux Lettres apologétiques du philosophe. Ses sectateurs furent appelés Voëtiens, et ont toujours été les plus grands adversaires des Cocciens. Ses ouvrages sont: I. Exercitin et Bibliotheca studiosi theologi, Groningue, 1652. II. Politica ecclesiastica, Amsterdam, 1663, 4 volum. in-4°. III. Diatriba de cælo beatorum, etc. et quelques autres écrits aujourd'hui oubliés.
II. VOET, (Paul) fils du précédent, né à Heusden en 1619, professeur en droit à Utrecht en 1654, mort en 1667 à la fleur de son âge, s'est fait connoître par les ouvrages suivants: I. De Duellis licitis et illicitis, Utrecht, 1644, in-12, où parmi quelques assertions vraies il y en a un grand nombre de fausses. II. De usu juris civilis et canonici in Belgio unito, 1658, in-12. III. De jure militari, 1666, in-8°. IV. Commentarius in Institutiones imperiales, Gorcum, 1668, 2 vol. in-4°. V. De mobilium et immobilium naturæ, Utrecht, 1666, in-8°.
III. VOET, (Jean) fils du précédent, professeur en droit à Leyde et ensuite à Herborn, mort en 1714, a laissé: I. Un excellent Commentaire sur les Pandectes, la Haye, 1698-1704, deux volum. in-folio. Il y a peu de livres de droit, qui jouissent d'une estime plus générale et mieux méritée. II. De erciscundâ familiâ liber, Bruxelles, 1717, in-12.
VOETS, (Melchior) jurisconsulte Allemand du 17e siècle, conseiller de l'électeur Palatin Jean-Guillaume, garde des archives du duché de Juliers, a publié : I. Historia juris civilis Juliacensium et Montensium, Cologne, 1667, in-folio ; et Dusseldorp, 1694 et 1729. II. Tractatus ad Observationes feudales, Dusseldorp, 1720, in-folio, et plusieurs livres de droit en allemand.
VOGLERUS, (Valentin-Henri) professeur de médecine à Helmstadt, naquit dans cette ville l'an 1622, et y mourut en 1677, avec la réputation d'un savant profond. On a de lui : I. Une Notice des bons Ecrivains en tout genre, en latin. Ce livre est imparfait ; mais Meibomius en a donné une édition, Helmstadt, 1691 et 1700, in-4°, avec des remarques et des additions qui peuvent le rendre utile. II. Institutionum physiologicarum liber, 1661, in-4° III. Diæticorum commentarius, 1667, in-4° IV. De naturali in bonarum doctrinarum studio propensione, delectu ingeniorum, studiorum hodierorum corruptelis, earumque causis, Dissertationes quinque, 1672, in-4° V. Physiologia Historiae Passionis Jesu Christi, 1673, in-4° VI. De Valetudine hominis cognoscendâ Liber, 1674, in-4° VII. De rebus naturalibus et medicis quarum in Scripturis Sacris fit mentio Commentarius, 1682, in-4°
VOIGT, (Godefroi) théologien Luthérien, natif de Misnie, fut recteur de l'école de Gustrow, puis de celle de Hambourg, et mourut à la fleur de son âge en 1682. On a de lui un Traité sur les Autels des anciens Chrétiens, Hambourg, 1709, in-8°, et plusieurs autres ouvrages en latin. On voit qu'il n'avoit rien laissé échapper de ce qu'il avoit trouvé dans les anciens auteurs sur les matières qu'il traite.
VOISENON, (Claude-Henri de Fusée de) abbé de l'abbaye du Jard, membre de l'académie Françoise, né au château de Voisenon près de Melun, le 8 janvier 1708, mort dans le même château le 22 novembre 1775, avoit le titre de ministre plénipotentiaire de l'évêque de Spire. C'étoit un de ces esprits délicats et faciles, qui malgré quelques petits ridicules, sont les ornemens des meilleures sociétés. Il avoit commencé par être grand vicaire de l'évêché de Boulogne. Mais il abandonna bientôt les dignités ecclésiastiques, se connoissant peu propre à les bien remplir. Il étoit né plutôt pour l'état militaire, dit la Place, puisqu'ayant plaisanté un officier qui le trouva mauvais, il se battit avec lui, le blessa et le désarma. Depuis cette époque singulière dans l'histoire d'un ecclésiastique, il se livra entièrement au monde et au théâtre. Il fut souvent l'objet de la satire, et il la dédaigna. Un poète lui porta un jour une épigramme contre lui, et fut assez impudent pour lui en demander son avis. On ne nommoit point l'auteur contre qui la pièce étoit dirigée. 416 VOI L'abbé de Voisenon écrivit au haut, Contre l'abbé de Voisenon ; ensuite la rendant au satirique, il lui dit : Vous pouvez à présent faire courir votre épigramme ; les petits changemens que j'y ai faits la rendront plus piquante. Ce trait de modération déconcerta l'homme à l'épigramme qui la déchira en mille pièces, après avoir demandé beaucoup de pardons à l'abbé de Voisenon. Quoique tout entier au monde, il n'étoit pas sans religion. Il disoit son bréviaire exactement et en marquoit les renvois avec des couplets de chanson. Etant tombé malade assez sérieusement pour penser à se confesser, il envoya chercher le célèbre Père de Neuville : « Mon père, lui dit-il en le voyant près de son lit, je ne veux point aller en enfer ; c'est un logement trop incommode. — Vous avez raison, mon cher abbé ; mais si vous persistez à faire vos opéra coniques, cela pourroit bien vous arriver. Ce n'est pas le tout encore d'aller en enfer. Mon cher ami, vous y seriez hué. » Cet écrivain qui avoit reçu de la nature beaucoup d'esprit et même du talent, ne fut point tout ce qu'il pouvoit être, parce que les applaudissemens précoces qu'il reçut dans des sociétés brillantes par ses gentillesses, ses saillies, son ton badin, lui persuadèrent qu'il pouvoit s'épargner la peine de travailler ses ouvrages. Aussi la littérature n'ayant été pour lui qu'un amusement, « sa réputation littéraire ne fut pas moins fluette, dit Palissot, que sa complexion, et ressembla parfaitement à sa petite santé. » Des-mahis l'a trop loué lorsqu'il a dit de lui : Arbitre des talens qu'il cultive et possède, Son esprit est toujours d'accord avec le goût. Toujours nouveau, sans cesse à lui-même il succède ; Et sans prétendre à rien il a des droits sur tout. L'abbé de Voisenon donna au public divers romans, en quatre petits vol. in-12, dont le plus connu est une espèce de conte moral, intitulé : L'Histoire de la Félicité. Le cadre est peu de chose ; mais l'auteur conte joliment et il mêle à son récit de petites réflexions morales, finement exprimées. L'abbé de Voisenon travailla aussi pour le théâtre. Ses comédies des Mariages assortis, publiée en 1744, et de la Coquette fixée, en 1746, sont du bon genre ; c'est-à-dire de celui que Molière n'eût point désapprouvé. Le tour de ses vers est heureux. Il est fertile en tirades et en maximes, mais il a l'art de les placer et de leur donner de la saillie. La Coquette fixée prouve qu'il savoit former un plan, peindre les mœurs et tracer des caractères. On a de lui beaucoup d'autres Pièces applaudies dans leur nouveauté, et aujourd'hui peu lues et point du tout représentées. L'abbé de Voisenon se distingua encore par un grand nombre de Poésies fugitives ; productions faciles d'un homme répandu dans le grand monde dont la muse est aussi légère que piquante. Son seul défaut est de tomber quelquefois dans l'affectation, les pointes, les équivoques, en cherchant trop la finesse et la gaieté qu'on ne doit pas paroître chercher. Parmi ses pièces, quelques-unes sont chantantes : chantantes : telles que le poème lyrique des *Israélites à la montagne d'Oreb*, qui fut mis en musique en 1758 et applaudi. Ses Œuvres ont été recueillies en 1782, en cinq vol. in-8° par *Mad. de Turpin* son amie ; il y en a quatre de trop. Il falloit se borner aux Comédies que nous avons citées, à deux ou trois *Oratorio*, à une demi-douzaine de Pièces fugitives et à l'*Histoire de la Félicité* ; au lieu qu'on y a fait tout entrer jusqu'à des *Anecdotes Littéraires* et à des *Fragments Historiques* qui ne font qu'un recueil de pointes et de calembourgs. Le duc de *Choiseul* lui avoit fait donner six mille livres de pension pour s'occuper de l'Histoire de France ; et ces *Fragments Historiques* furent le fruit de son travail. « Presque toutes les bagatelles de l'auteur, dit *la Harpe*, plus ou moins médiocres, avoient paru séparément pendant la vie de l'abbé sans beaucoup d'inconvénient ; mais cinq gros tomes de futilités mettoient trop en évidence son esprit ; et il ressemble sous cette forme à un papillon écrasé sous un in-folio. Tout ce qui pouvoit se lire sans ennui pouvoit fournir un petit vol. in-18, emblème de l'écrivain, de l'homme et de l'abbé... *Voisenon*, ajoute-t-il ailleurs, qui n'a jamais été ni un homme de lettres, ni un bon écrivain, a été fort long-temps ce qu'on appelle un homme à la mode. Né de condition et reçu à ce titre dans la meilleure société, il l'auroit été encore à titre d'homme aimable. Il y portoit cet extrême enjouement qui trouve à rire et à faire rire de tout, un ton de galanterie badine plus en vogue alors qu'au- Tome XII, jourd'hui, beaucoup d'insouciance et de gaieté qui en étoit la suite, et le talent des quolibets plutôt que celui des bons mots. Avec la figure d'un singe, il sembloit en avoir la légèreté et la malice, et les femmes s'en amusoient comme d'un homme sans conséquence. On n'examinoit pas si sa manière d'être dans la société n'appartenoit pas à la frivolité d'esprit et à la foiblesse de caractère : il semble que dans le monde on ait besoin d'agrémens plus que de vertus. Les vertus servent une fois l'année, et les agrémens tous les jours. Ceux de l'abbé de *Voisenon* lui tinrent lieu de tout. « *Voltaire* lui fit cette jolie épitaphe : Ici gît ou plutôt fréille *Voisenon*, frère de *Chaulieu* : A sa muse vive et gentille Je ne prétends point dire adieu ; Car je m'en vais au même lieu, Comme cadet de la famille. I. VOISIN, (Joseph de) né à Bordeaux d'une famille noble et distinguée dans la robe, fut d'abord conseiller au parlement de cette ville. Son goût pour les exercices de piété lui fit embrasser l'état ecclésiastique. Il fut élevé au sacerdoce, et devint prédicateur et aumônier d'*Armand de Bourbon* prince de *Conti*. On a de lui : I. Une *Théologie des Juifs*, 1647, in-4°, en latin. II. Un *Traité* latin de la *Loi divine*, in-8°. III. *Traité* latin du *Jubilé* selon les Juifs, in-8°. IV. De savantes *Notes* sur le *Pugio Fidei* de *Raymond Martin*, 1651. V. Une *Défense* du *Traité* du prince de *Conti* contre la Comédie que l'abbé d'*Aubignac* avoit attaquée, 1672, in-4°. VI. Une *Traduction* fran- Dd 418 VOI çoise du Missel Romain, en quatre vol. in-12, 1660. Elle fut condamnée par l'assemblée du clergé et proscrite par un arrêt du conseil. Cette version n'en a pas moins été réimprimée depuis; et en l'anathématisant on voulut seulement condamner l'intention de l'auteur qui étoit, dit-on, de faire dire la messe en françois. C'étoit une calomnie; mais les ennemis de Voisin avoient intérêt de la faire valoir. Ce pieux écrivain mourut en 1685; c'étoit un homme d'une grande érudition et, ce qui est plus précieux, il savoit en faire usage. Les langues vivantes et les langues mortes lui étoient familières, et il connoissoit assez bien les finesses de la nôtre. Sa piété égaloit son savoir. — II. VOISIN, (Daniel-François) conseiller au parlement de Paris, étoit petit-fils d'un secrétaire du roi. Il de-dit maître des requêtes de l'Hôtel en novembre 1684, intendant des armées de Flandre en mars 1688, conseiller d'état en septembre 1694, ministre et secrétaire d'état en juin 1709, enfin garde des sceaux et chancelier de France le 15 juillet 1714. Il mourut subitement la nuit du 1er au 2 février 1718, âgé de 62 ans, avec la réputation d'un magistrat intègre et intelligent. Louis XIV ayant promis sa grace à un scélérat insigne, Voisin refusa de sceller les lettres. Le roi demanda les sceaux et les rendit au chancelier après en avoir fait usage... Ils sont pollués, dit Voisin en les repoussant sur la table; je ne les reprends plus. — Louis XIV s'écrie: Quel homme! et jette aussitôt les lettres au feu. — Je re- prends les sceaux, dit le chancelier; le feu purifie tout. Ce n'est pas la seule occasion où il résista aux volontés de ce prince. Il ne laissa que des filles.
III. VOISIN, (Catherine des Hayes venve du sieur de Mont-Voisin, et plus connue sous le nom de la) s'unit vers l'an 1677 avec la Vigoureux, un ecclésiastique nommé le Sage et d'autres scélérats obscurs pour trafiquer des poisons d'un Italien nommé Exili qui avoit fait dans ce genre de tristes découvertes. Ils cachoient leur infame commerce par des prédictions et des apparitions d'esprits dont ils amusoient les ames foibles et curieuses. Plusieurs morts subites faisant soupçonner des crimes secrets, une chambre ardente fut établie à l'Arsenal en 1680. La Voisin convaincue de divers empoisonnements, fut brûlée vive le 22 juillet de la même année. L'envie de faire une grande dépense l'avoit portée à ces attentats, autant que la perversité de son caractère. Un bon carrosse, un Suisse à sa porte et un appartement superbe qu'elle occupa pendant quelque temps, exigeoient beaucoup d'argent; elle en trouva en disant la bonne aventure, en promettant de faire voir le diable, enfin en vendant clairement des poisons. Son supplice ralentit les recherches qui furent faites dans ce temps — là contre plusieurs grands seigneurs, tels que le maréchal de Luxembourg, la duchesse de Bouillon, la comtesse de Soissons. Mais ses crimes laissèrent dans les esprits un penchant funeste à soupçonner bien des morts naturelles d'avoir été violentes.
VOITURE, (Vincent) né à Amiens en 1598, reçu à l'académie Françoise en 1634, dut le jour à un marchand de vin; et comme il avoit la petitesse de rougir de sa naissance et d'être sensible aux plaisanteries que sa vanité occasionnoit, on le badinoit souvent. Mad. Desloges lui dit un jour en jouant aux proverbes : Celui-là ne vaut rien, percéez-nous-en d'un autre. Un officier lui fit à table cet impromptu, le verre à la main : Quoi ! Voiture, vu dégénère ! Hors d'ici, maugrebl de roi ; Tu ne vaueras jamais ton père, Tu ne vends du vin ni n'en boi. Il étoit si sensible à ces plaisanteries, que Bassompierre disoit : Le vin qui fait revenir le cœur aux autres, le fait perdre à Voiture... Les agrémens singuliers de l'esprit et du caractère de ce poète lui donnèrent entrée à l'Hôtel de Rambouillet, où il brilla beaucoup par ses saillies. Gaston d'Orléans frère de Louis XIV, voulut l'avoir en qualité d'introducteur des ambassadeurs et de maître des cérémonies. Il fut aussi interprète de la reine mère. Il fit dire un jour à un ambassadeur étranger de belles choses qui n'étoient point dans son discours. On le fit remarquer à Voiture qui reprit brusquement : S'il ne le dit pas, il doit le dire. Ce bel esprit fut envoyé en Espagne pour quelques affaires, d'où il passa en Afrique pour observer les mœurs de cette partie du monde. La cour de Madrid lui donna plusieurs marques d'estime. Il y composa dès vers espagnols que tout le monde crut être de Lopez de Vega, tant la diction étoit élégante. Voiture ne fut pas moins bien accueilli à Rome dans deux voyages qu'il y fit. De retour en France, il fut maître d'hôtel chez le roi, et obtint plusieurs pensions qui l'auroient dû mettre dans l'opulence, mais qui ne servirent qu'à hâter sa mort, en fournissant des aliments à sa passion pour le jeu et pour les femmes. Il se vantoit d'avoir embrassé dans le choix de ses amours depuis le sceptre jusqu'à la houlette. Ce poète mourut le 27 mai 1648, à 50 ans, et l'académie Françoise prit le deuil : honneur qui n'a été renouvelé depuis pour aucun de ses membres, quoiqu'un grand nombre aient eu beaucoup plus de titres pour le mériter. Le commerce des grands l'avoit rendu fort vain, et en lui donnant les agrémens d'un homme de cour, lui en avoit communiqués tous les vices. Il aimoit à railler; mais il n'aimoit pas les réponses qu'on opposoit quelquefois à ses railleries. Ayant offensé un seigneur de la cour par un trait piquant, celui-ci voulut lui faire mettre l'épée à la main. « La partie n'est pas égale, lui dit Voiture ; vous êtes grand, je suis petit; vous êtes brave, je suis poltron; vous voulez me tuer : hé bien ! je me tiens pour mort. » Il fit rire son ennemi et le désarma. Voiture avoit d'ailleurs le cœur généreux. Balzac lui envoya demander quatre cents écus à emprunter : Voiture prêta galamment la somme; et prenant la promesse de Balzac que lui remit le valet qui faisoit la commission, il mit au bas de l'acte : « Je soussigné confesse devoir à M. Balzac la somme de huit cents écus, pour le plaisir qu'il m'a fait de m'en emprunter quatre cents. » Il donna en- suite cette promesse au valet, afin qu'il la portât à son maître. Il éprouva de ses amis la même générosité qu'il avoit pour eux. Ayant perdu 1,400 louis sur sa parole et n'ayant qu'un jour pour dégager son honneur, il écrivit à *Costar* avec lequel il étoit tendrement lié : « Envoyez-moi, je vous prie, promptement deux cents louis dont j'ai besoin pour achever la somme de 1,400 que je perdis hier au jeu. Vous savez que je ne joue pas moins sur votre parole que sur la mienne. Si vous ne les avez pas, empruntez-les : si vous ne trouvez personne qui veuille vous les prêter, vendez tout ce que vous avez, jusqu'à votre bon ami M. *Pauquet* ; car absolument il me faut deux cents louis. Voyez avec quel empire parle mon amitié : c'est qu'elle est forte ; la vôtre qui est encore foible, diroit : *Je vous supplie de me prêter deux cents louis si vous le pouvez sans vous incommodeur ; je vous demande pardon si j'en use si librement...* » *Costar* lui envoya les deux cents louis avec la réponse qui suit : « Je n'aurois jamais cru avoir tant de plaisir pour si peu d'argent. Puisque vous jouez sur ma parole, je garderai toujours un fonds pour la dégager. Je vous assure de plus qu'un de mes parens a toujours mille louis dont je puis disposer comme s'ils étoient dans votre cassette : je ne voudrois pourtant pas vous exposer par-là à quelque perte considérable. Un de mes amis me dit hier que feu son bien avoit été le meilleur ami qu'il eût au monde : je vous conseille de garder le vôtre. Je vous renvoie votre promesse. Je suis surpris que vous en usiez ainsi avec moi, après ce que je vous vis faire l'autre jour pour M. de *Balzac*. » Voilà un billet qui fait plus d'honneur à *Voiture* que ses plus belles Lettres. *Despréaux* disoit qu'il ne faut pas toujours juger du caractère des auteurs par leurs écrits. « La société de *Balzac*, ajoutoit-il, loin d'être guindée et épineuse comme ses Lettres, étoit remplie de douceur et d'agrémens. » *Voiture*, au contraire, faisoit le petit *Souverain* avec ses égaux. Accoutumé à fréquenter des *Altesses*, il ne se contraignoit qu'avec les grands. « La seule chose par où se ressembloient ces deux auteurs, c'est dans la composition de leurs Lettres, dont la plus courte leur coûtoit souvent quinze jours de travail. On a recueilli ses Ouvrages, à Paris, 1729, en deux vol. in-12. On y trouve des *Lettres* en prose, dans lesquelles il y en a quelques-unes d'un caractère délicat et d'un goût très-fin ; mais elles se réduisent à un très-petit nombre. La contrainte, l'affectation, les jeux de mots puérils, les plaisanteries froides, les allusions trop recherchées en déparent la plupart. Ne partant point du cœur, ne peignant ni les mœurs du temps ni les caractères des hommes, elles sont plus propres à former un bel esprit maniéré qu'un homme de goût. Ce qu'il y a de plus fâcheux, c'est que la petite et méprisable envie de montrer de l'esprit, lui fait dire des choses dont la décence et l'honnêteté même peuvent être alarmées. On peut appliquer ce même jugement à ses *Poésies* françoises, italiennes et espagnoles ; il y a de la légèreté de temps en temps ; quelques-unes même sont d'une tournure pi- quante, et n'ont pas été inutiles à *Voltaire* qui en a mis en œuvre les pensées les plus délicates : mais on remarque dans le plus grand nombre, l'abus de l'esprit, la recherche des idées et l'inobservation des règles les plus communes. Ses poésies consistent en *Epitres*, *Elégies*, *Sonnets*, *Rondeaux*, *Ballades* et *Chansons*. Son *Epitre* au prince de Condé, est pleine de noblesse et de graces. « On y remarque sur-tout avec plaisir, dit *Boileau*, cette familiarité décente et noble qu'un homme de lettres peut prendre, même avec les grands. » C'est en effet le premier, ajoute un critique moderne, qui a inventé l'art de familiariser le talent avec la grandeur, et d'assassonner d'une gaieté vive et spirituelle les fades louanges dont on repassait avant lui la beauté. Il faut bien prendre garde de distinguer l'invention de la perfection ; la première est le fruit du génie, la seconde est celui du temps. C'est une excellente observation de *Fontenelle* que lorsqu'on juge deux hommes qui ont appartenu à des siècles différens, il faut d'abord estimer et comparer les lumières du temps où ils ont vécu. Tel perfectionné par la culture générale de son siècle, a passé pour un homme de beaucoup d'esprit qui ne seroit pas sorti de la foule dans un âge inculte. Celui qui composoit une stance correcte du temps de *Malherbe*, avoit peut-être plus de génie que celui qui aujourd'hui, graces aux modèles qui l'entourent, enfante des poèmes avec un agrément et une facilité qui ne lui coûtent rien. C'est qu'il y a plus de mérite à ouvrir de nouvelles routes qu'à courir dans des routes frayées et battues. Il faut donc remarquer qu'il s'est écoulé plus d'un siècle de perfection entre *Voiture* et nous ; aussi cet écrivain inventif et original est demeuré obscurci par les défauts du langage qui n'étoit pas encore fixé. » Celui qui a rédigé en un vol. les *Lettres choisies* de *Voiture* et ses meilleures *Poésies*, a rendu un double service et au public délicat et paresseux, et à *Voiture* lui-même qui étoit déjà bien oublié. *Voy. BENSERADE, LONGUEVILLE et COSTAR.*
**VOLATERRAN, *Voyez MAPMÉE.***
**VOLCATIUS ÉPIDIUS**, grammairien de Rome, qui compta parmi ses disciples *Marc-Antoine* et *Auguste*. Il écrivit la *Vie de Pompée le Grand* et de son père : ouvrages qui ne sont pas parvenus jusqu'à nous. Ce fut le premier affranchi qui fut historien ; avant lui l'histoire avoit été l'occupation des personnes les plus illustres, selon *Cornelius Nepos*. **I. VOLCKAMER**, (Jean-George) de Nuremberg, membre de l'académie des *Curieux de la Nature*, mourut en 1693, à 77 ans. On a de lui : I. *Opobalsami examen*, 1644, in-12. II. *Flora Noribergensis*, 1718, in-4.
**II. VOLCKAMER**, (Jean-Christophe) botaniste de Nuremberg, publia en allemand *Nuremburgenses Hesperides*, 1708, in-folio, qui furent traduites en latin, 1713, deux vol. in-folio, avec figures : ouvrage estimé. C'est un traité de la culture des orangers, des citronniers, des limoniers et de leur usage. Il y parle aussi des fleurs rares que l'on cultive à Nuremberg, et de plusieurs plantes des Indes. L'auteur mourut en 1720.
VOLDER, (Burchel de) né à Amsterdam le 26 juillet 1643, devint professeur de philosophie, puis de mathématiques à Leyde, et il s'y acquit une grande réputation. Ce fut le premier qui introduisit la philosophie de Descartes dans l'université de cette ville. Il réfuta dans des thèses la Censure de cette philosophie, qu'en avoit faite Huet. Ce mathématicien mourut en 1709, avec la réputation d'un bon citoyen, d'un ami fidelle, d'un philosophe humain et généreux. Il étoit régulier dans sa conduite, doux, affable, modeste, n'ayant jamais dessein de choquer personne, circonspect dans toutes ses manières, suivant toujours le parti de la justice et de la vérité autant qu'il lui étoit connu; mais sans emportement contre ceux qui étoient d'une autre opinion ou dans d'autres principes que lui. Il instruisoit ses disciples d'une manière claire et avec un ordre très-méthodique. Plusieurs habiles gens sortirent de son école et ils honorèrent toujours leur maître. Il étoit souvent consulté sur des questions importantes; et ses réponses étoient reçues comme des oracles, parce qu'elles étoient fondées sur l'évidence. Ce fut lui qui conseilla de fonder dans l'académie de Leyde une espèce de théâtre où l'on fit toutes les expériences de physique nécessaires; et afin qu'il n'y manquât rien il eut ordre d'aller en France pour y acheter tous les instrumens qu'il jugeroit conve- nables. Il y vint pour remplir cet objet en 1681, comme il avoit été en Angleterre en 1674. On a de lui plusieurs Harangues et différentes Dissertations, in-8°, en latin, sur des sujets philosophiques. Elles sont assez bien écrites, et l'on y trouve des raisonnemens judicieux.
VOLFAND, (Saint) Voyez II. HENRI empereur.
VOLKELIUS, (Jean) ministre Socinien, natif de Grimma dans la Misnie, mourut vers 1630. Il lia amitié avec Socin, embrassa ses erreurs, et devint l'un de ses apôtres. Son principal Ouvrage est un Traité en cinq livres, qu'il a intitulé: De verd Religione. Cette production renferme le système complet de la doctrine Socinienne, avec un Précis de ce que les Sociniens ont dit de mieux pour l'établir. Il fut brûlé à Amsterdam. La meilleure édition de ce livre est celle qui est in-4°, imprimée à Cracovie en 1630, précédée du Traité de Crellius, De Deo et ejus attributis. On a encore de Volkelius une Replique à Smiglecius, intitulée: Nodi Gordi, à Martino Smiglecio nexi, Dissolutio.
VOLKIR DE SERONVILLE, (Nicolas) secrétaire d'Antoine duc de Lorraine au 16e siècle, s'est fait connoître par divers Ouvrages assez rares. I. Chronique des Rois d'Austrasie en vers, 1530, in-4.° II. Traité de la Désacration de Jean Castellan, Hérétique, 1534, in-4.° III. Histoire de la Victoire du Duc Antoine contre les Luthériens, Paris, 1526, in-folio.
**VÖLPILIÈRE**, (N... de la) docteur en théologie, étoit né près de la ville d'Allanches en Auvergne. Né avec des talens pour la chaire, il se consacra à la prédication et mourut au commencement du 18$^{e}$ siècle. On a de lui : I. Des *Sermons*, 1689, 4 vol. in-8$^{o}$ II. Des *Discours Synodaux*, 1704, 2 vol. in-12. III. *Théologie morale*, 7 vol. in-12, où il traite méthodiquement des cas de conscience et des obligations du Chrétien dans les divers états de la vie. IV. *La Vie réglée dans le Monde*. Le P. de la *Volpillière* Jésuite, son frère ou du moins son parent, a aussi publié quelques Ouvravrages de piété.
**VOLTAIRE**, (Marie-François Arouet de) gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, ancien chambellan du roi de Prusse, des académies de Paris, Rome, Florence, Boulogne, Londres, etc. naquit a Chatenay près de Paris le 20 février 1694, de François Arouet ancien notaire au Châtelet, trésorier de la Chambre des Comptes, et de Marie-Marguerite Daumart. A la naissance de cet homme célèbre qui a vécu 85 ans et quelques mois, on désespéra de sa vie ; et sa santé fut long-temps foible. Il annonça dès ses premières années la facilité de son génie et l'activité de son imagination. Il a dit lui-même, qu'au sortir du berceau il bégayoit des vers. L'Abbé de Châteauneuf son parrain lui faisoit réciter dès l'âge de trois ans les Fables de la Fontaine, et lui apprit par cœur un petit Poème assez médiocre, intitulé : *La Moisade*, qui fut vraisemblablement la première source de son incrédulité. Il fit ses études au collège de *Louis le Grand*, sous le P. *Poree* ; et elles furent brillantes. On a de lui quelques morceaux écrits à l'âge de 12 à 14 ans, qui ne se sentent point de l'enfance. La célèbre *Ninon*, à qui l'on présenta cet enfant ingénieux, lui légua une somme de 2000 livres pour se former une petite bibliothèque. Ayant été envoyé aux écoles de Droit au sortir du collège, il fut si rebute par la sécheresse de la jurisprudence qu'il se tourna entièrement du côté de la poésie. (*Voyez* JARRY.) Admis dans la société de l'abbé de *Chaulieu*, du marquis de la *Fare*, du duc de *Sully*, du grand prieur de *Vendôme*, du maréchal de *Villars*, du chevalier de *Bouillon*, il y puisa ce goût naturel et cette plaisanterie fine qui distinguoient la cour de *Louis XIV*. Mais son père le voyant livré à une société de beaux esprits et de seigneurs Epicuriens et toujours obstinés à faire des vers, pria le marquis de Châteauneuf ambassadeur de France en Hollande, de l'emmener avec lui en qualité de page. Cette espèce d'exil ne fut pas de longue durée. Mad. du *Noyer* qui s'y étoit réfugiée, avoit deux filles dont la cadette inspira une passion vive au jeune poète. La mère trouvant que le seul parti qu'elle pût tirer de cet amour étoit d'en faire du bruit, se plaignit à l'ambassadeur. Ce ministre défendit à son page de conserver des liaisons avec M$^{lle}$ du *Noyer* et le renvoya dans sa famille pour n'avoir pas suivi ses ordres. Mad. du *Noyer* ne manqua pas de faire imprimer cette petite aventure avec les lettres de l'amant novice à sa fille, espérant que le nom du jeune *Arouet*, déjà très-connu, feroit mieux vendre son livre; et elle eut soin de vanter fort à propos sa sévérité maternelle et sa délicatesse. Arrivé à Paris, le jeune homme oublia bientôt son amour; mais il n'oublia point de travailler à enlever à une mère intrigante une fille aimable et née pour la vertu. Il employa pour réussir des Jésuites et des évêques, et fut valoir avec zèle le danger que couroit la foi de M$^{lle}$ du *Noyer*. Cependant son père mécontent de sa conduite en Hollande, et le voyant toujours entraîné par le démon des vers et point du tout par celui de la chicane, l'avoit exclu de sa maison. Les lettres les plus soumises et les plus tendres ne touchèrent point son cœur. Son fils lui demandoit même de passer en Amérique, pourvu qu'avant son départ il lui fût permis d'embrasser les genoux paternels. Il fallut se résoudre non à partir pour les isles, mais à entrer chez un procureur, de *parchemins timbrés griffonneur mercenaire*. L'élève d'*Apollon* n'y resta pas long-temps. M. de *Caumartin* ami d'*Arouet* père, fut touché des dégoûts qu'éprouvoit le fils loin des beaux arts et du grand monde. Il demanda la permission de le mener à sa terre de Saint-Ange, où éloigné des compagnies alarmantes pour la tendresse paternelle, il pourroit mieux réfléchir sur le choix d'un état. *Arouet* y trouva le vieux *Caumartin*, homme respectable, passionné pour *Henri IV* et pour *Sully*, et qui sut lui inspirer son enthousiasme pour ces deux héros. Le société douce et aimable de Saint-Ange ne le corrigea pas néanmoins du penchant, à la satire qui s'étoit développé en lui de bonne heure : penchant qui lui causa bien des désagréments, des disgraces et des chargins. Les conteurs d'anecdotes disent que s'étant plaint au duc d'*Orléans* régent d'un outrage et lui ayant demandé justice, le régent lui répondit : *Elle est faite*. Mais cette réponse si énergique est vraisemblablement un impromptu fait à loisir par les ennemis du jeune *Arouet*. Quoi qu'il en soit, on l'accusa d'avoir fait une pièce intitulée : *Les J'ai vu*, et d'avoir dit des bons mots contre le gouvernement et les chefs du gouvernement. Il fut enfermé plus d'un an à la Bastille. Il avoit déjà composé sa tragédie d'*Œdipe* qui fut représentée en 1718 et qui eut le plus grand succès. Le duc d'*Orléans* ayant vu représenter cette pièce, en fut si charmé qu'il permit au poète exilé à Sulli-sur-Loire après la sortie de la Bastille, de revenir à Paris. Son premier empressement fut d'aller remercier le prince qui lui dit : *Soyez sage et j'aurai soin de vous*. — *Je vous suis infiniment obligé*, répondit le jeune homme; mais je supplie *Votre Altesse de ne plus se charger de mon logement ni de ma nourriture*. Le maréchal de *Villars* en sortant d'une des représentations, lui dit que *la nation lui avoit bien de l'obligation de ce qu'il lui consacroit ses veilles*. — *Elle m'en auroit bien davantage*, répondit vivement le jeune poète, *si je savais écrire comme vous savez agir*. Son père qui vouloit que son fils fût avocat et qui l'avoit même chassé de sa maison parce qu'il vouloit être poète, vint à une des représentations de la nouvelle tragédie. Il fut touché jusqu'aux larmes. Il embrassa son fils au milieu des félicitations des femmes de la cour; et il ne fut plus question de faire du jeune Arouet un jurisconsulte. Ce fut en 1722 qu'il fit un voyage à Bruxelles avec Mad. de Rupelmonde. Le malheureux et célèbre Rousseau étoit alors dans cette ville. Les deux poètes se virent et conçurent bientôt une assez forte aversion l'un pour l'autre. Voltaire dit un jour à Rousseau qui lui montroit une Ode à la postérité : Voilà une lettre qui ne parviendra point à son adresse; et une autre fois le célèbre lyrique lui ayant lu une Satire qu'il trouva fort mauvaise, il lui conseilla de supprimer cet ouvrage, parce qu'il passeroit pour avoir perdu son talent et conservé son venin : De telles réponses ne devoient pas rapprocher deux cœurs que la rivalité commençait à éloigner. (Voy. II. ROUSSEAU.) Voltaire de retour à Paris, donna en 1722 la tragédie de Mariamne empoisonnée par Hérode. Lorsqu'elle but la coupe, un plaisant cria : La Reine boit; c'étoit vers le temps des Rois, et ce mot fit tomber la pièce. Sa tragédie d'Artémire avoit déjà éprouvé le même sort en 1720, quoiqu'elle eût frappé les connoisseurs par des tirades brillantes et de beaux vers. En 1726 une nouvelle détention à la Bastille ajouta aux désagréments que lui procuroit quelquefois la littérature. Ayant blessé le chevalier de Rohan par ce propos indiscret : Je ne traîne pas un grand nom, mais je sais honorer celui que je porte; celui-ci le fit maltraiter en plein jour. Voltaire « au lieu de prendre la voie de la justice, disent les Mémoires de Villars, estima la vengeance plus noble par les armes. On prétend qu'il chercha son adversaire avec soin, mais trop indiscrètement. Le cardinal de Rohan demanda à M. le duc de le faire mettre à la Bastille. L'ordre en fut donné et exécuté. Le malheureux poète après avoir été battu fut encore emprisonné. » Pour obtenir plus promptement l'ordre de cet emprisonnement arbitraire, on montra à M. le duc qui étoit borgne, ces vers que Voltaire avoit adressés, dit-on, à sa maîtresse la marquise de Prie : Jo, sans avoir l'air de feindre, D'Aigus sur tromper tous les yeux; Nous n'en avons qu'un seul à craindre : Pourquoi ne nous pas rendre heureux ? Voltaire après six mois de détention, ne recouvra sa liberté qu'à condition qu'il sortiroit du royaume. Ces mortifications, jointes à celles que son génie indépendant et sa façon de penser sur la Religion lui occasionnoient, lui firent donner la préférence à l'Angleterre où il fit imprimer la Henriade. Le roi George Ier, et sur-tout la princesse de Galles qui depuis fut reine, lui accordèrent des gratifications et lui procurèrent beaucoup de souscripteurs. Ce fut le commencement de sa fortune, augmentée depuis considérablement par les rétributions de ses Ouvrages, par la faveur des princes, par le commerce, par une économie qu'on traitoit d'avarice, avant les dépenses nobles par lesquelles il signala ses dernières années. Étant revenu en France en 1728, il mit l'argent qu'il avoit rapporté d'Angleterre 426 VOL à une loterie établie par M. Desforts contrôleur général des Finances. Il s'associa pour cette opération avec une compagnie nombreuse, et fut heureux. Le fameux Paris Duverney lui ayant procuré un intérêt dans les vivres de l'armée, il en retira près de 800 mille livres. Ces divers capitaux accumulés, accrus par l'esprit d'ordre lui rapportèrent enfin 130 mille livres de rente dont la plus grande partie fut en viager. Les spéculations de finance ne l'empêchèrent pas de cultiver les belles-lettres qui étoient sa passion dominante. Il donna en 1730 son Brutus, celle de toutes ses tragédies qui est la plus fortement écrite. Cette pièce fut plus estimée par les connoisseurs que suivie par les spectateurs. Voltaire mêlant alors l'esprit du commerce à la culture des lettres, avoit envoyé en Barbarie un vaisseau appelé le Brutus pour acheter des blés. Le bruit s'étoit répandu qu'il avoit fait naufrage; il apprend un soir en sortant d'une représentation de sa nouvelle tragédie, qu'il est arrivé à Marseille. Puisque le Brutus de Barbarie est retrouvé, dit-il à Dumoulin son facteur à Paris, consolons-nous du peu d'accueil qu'on fait au Brutus de l'ancienne Rome. On lui rendra peut-être justice un jour. Ce temps n'étoit pas encore arrivé, et les beaux esprits de ce temps-là, Fontenelle, la Mothe, lui conseillèrent de renoncer au genre dramatique qui, selon eux, n'étoit pas le sien. Il répondit à ce conseil en donnant Zaïre : Zaïre, l'ouvrage le plus touchant qu'on ait vu au théâtre depuis Phèdre. Ses Lettres philosophiques pleines de traits ha- sardés et de plaisanteries contre la Religion, ayant été brûlées par arrêt du parlement de Paris et l'auteur décrété de prise de corps, Voltaire quitta la capitale. La curiosité le conduisit au siège de Philipsbourg. M. de Voltaire, lui dit le maréchal de Berwick, vous viendrez sans doute avec nous voir la tranchée. Non, non, M. le Maréchal, je me charge du soin de chanter vos exploits, sans avoir l'ambition de les partager. Virgile n'alla jamais chercher la gloire dans les combats. Voltaire son énnale pensoit de même, il aima mieux aller chercher le repos dans la retraite. Il étoit lié alors avec la marquise du Chastelet, et ils étudioient ensemble les Systèmes de Leibnitz et les Principes de Newton. Il se retira pendant plusieurs années à Cyrei, terre de cette dame célèbre, près de Vassi en Champagne, et y fit bâtir une galerie où l'on fit toutes les expériences sur la lumière et l'électricité. Il travailla en même temps à ses Elémens de Philosophie de Newton : philosophie qu'alors on ne connoissoit guère en France, et que les nombreux partisans de Descartes se soucioient très-peu de connoître. Aussi l'interprète du philosophe Anglois écrivoit-il à un de ses amis : On croit que les François aiment la nouveauté, mais c'est en fait de cuisine et de modes. Pour plaire à sa nation, il ne fit qu'effleurer les principes du philosophe Anglois. Je tâche, disoit-il, de réduire ce géant-là à la mesure des nains mes confrères. Je mets Briarée en miniature. Ce fut au milieu de ces occupations philosophiques qu'il donna en 1736 sa tragédie d'Alzire, dont le but comme celui d'un grand nombre de ses pièces, est d'adoucir les ames dures; elle réussit au-delà de ses espérances. Il étoit dans la force de son âge et de son génie, et il le prouva bien par sa tragédie de Mahomet, représentée en 1741. Cette pièce pleine de traits hardis et d'allusions qui pouvoient être dangereuses, essuya presque autant de contradictions que le héros en avoit éprouvé à la Mecque. On la dénonça au procureur général comme un ouvrage contre la Religion; et l'auteur, par le conseil du cardinal de Fleury, la retira du théâtre. Mérope, jouée deux années après, en 1743, avec presque autant de succès qu'Alzire, donna l'idée d'un genre de tragédie dont il existoit peu de modèles; elle fut cependant beaucoup critiquée lorsqu'elle eut été mise sous presse, et Fontenelle dit finement: La représentation de Mérope a fait beaucoup d'honneur à Voltaire, et l'impression à Mlle Dumesnil. C'est à cette pièce que le parterre et les loges demandèrent à voir l'auteur: honneur accordé d'abord à un grand écrivain et qui a été prodigué jusqu'à Polichinel. C'est après avoir donné Mérope qu'il sollicita une place à l'académie Françoise, moins pour la place même que pour se mettre sous l'égide de ce corps à l'abri de nouvelles traverses. Aux titres que lui offroient ses succès littéraires se joignoient la protection de Mad. de Châteauroux maîtresse de Louis XV, alors gouvernée par le duc de Richelieu. Ce seigneur se disoit l'ami de Voltaire et l'étoit autant que pouvoit le permettre la légèreté de son caractère, son humeur capricieuse, son petit despotisme sur les théâtres, ses nombreuses prétentions et son mépris pour tout ce qui n'étoit pas noble ou homme de cour. Il servit le poète anprès de Mad. de Châteauroux; mais M. de Maurepas, plein de la petite vanité de briller dans un souper et trop souvent éclipsé dans ce genre de gloire ou de gloriole par Voltaire, l'écarta de l'académie. Peu de temps après, le ministère sentit combien l'alliance du roi de Prusse étoit nécessaire à la France. Ce prince craignoit de s'engager de nouveau avec une puissance dont la politique étoit alors incertaine et timide. On imagina d'envoyer Voltaire en secret à Berlin pour le déterminer. Voltaire, eut l'adresse de saisir le véritable motif de son incertitude et de son peu de confiance: c'étoit la foiblesse qu'avoit eu le ministère François de ne pas faire la guerre à l'Angleterre, et de paroître par cette pusillanimité demander la paix quand elle auroit pu prétendre à en dicter les conditions. Cependant le roi de Prusse ne tarda pas de se déclarer pour la seconde fois contre la reine d'Hongrie, et par cette diversion utile força ses troupes d'évacuer l'Alsace. Ce service dû en partie à Voltaire, joint à celui d'avoir pénétré en passant à la Haye, les dispositions des Hollandois encore incertaines en apparence, préparèrent les voies aux récompenses qu'il demandoit. Il vouloit sur-tout quelques marques de considération qui fussent un rempart contre ses ennemis. Secondé par le marquis d'Argen-son ministre philosophe, et aidé. 428 VOL du crédit de Mad. d'Etoile, depuis marquise de Pompadour, il obtint bientôt les faveurs de la cour. On le chargea de travailler aux fêtes que l'on devoit célébrer pour le mariage du dauphin; il fit la Princesse de Navarre. Cette pièce, quoique très-peu applaudie, parce qu'on n'y trouve ni le plaisant de la comédie, ni le pathétique de la tragédie, lui attira de nouvelles récompenses. C'est à cette occasion qu'il fit cet impromptu : Mon Henri IV et ma Zaire, Et mon Américaine Aljire, Ne m'ont valu jamais un seul regard du roi. Pavois mille ennemis, avec très-peu de gloire; Les honneurs et les biens pleuvent enfin sur moi Pour une farce de la Foire. On lui donna la charge de gentilhomme ordinaire et la place d'historiographe de France. Dès qu'il eut ce dernier emploi, il ne voulut pas que ce fût un vain titre et qu'on dit de lui ce qu'un commis du trésor royal avoit dit de Boileau et de Racine : Nous n'avons encore vu de ces Messieurs que leur signature. Il écrivit sous la direction du comte d'Argenson, l'Histoire de la Guerre de 1741 qui étoit alors dans toute sa force. Ce ministre l'employa dans plusieurs affaires, considérables pendant les années 1745, 1746 et 1747. L'entreprise d'une descente en Angleterre en 1746 lui ayant été confiée, il fut chargé de faire le manifeste du roi de France en faveur du prince Charles-Edouard. Il avoit tenté plusieurs fois d'être reçu de l'académie Françoise; mais les portes ne lui furent ou- vertes que cette même année 1746. Il fut le premier qui ne se conforma point à l'usage fastidieux de ne remplir un Discours de réception, que des louanges rebattues du cardinal de Richelieu : exemple suivi et perfectionné depuis par d'autres académiciens. Les satires dont cette réception fut l'occasion l'inquiétèrent tellement qu'il se retira avec Mad. la marquise du Chastelet à Luneville, auprès du roi Stanislas. Cette dame illustre, étant morte en 1749, il revint à Paris et n'y demeura pas longtemps. Quoiqu'il eût un grand nombre d'admirateurs, il se plaignoit sans cesse d'une cabale formée pour lui enlever cette gloire dont il étoit insatiable. On parle, disoit-il, de la jalousie et des manœuvres des Cours; il y en a plus chez les Gens de lettres. En vain ses parens et ses amis tâchoient de calmer son inquiétude, en lui prodiguant des éloges et en exagérant ses succès, il crut trouver loin de sa patrie plus d'admiration, plus de tranquillité, plus de récompenses, et augmenter à la fois sa gloire et sa fortune, qui étoit pourtant déjà considérable. Le roi de Prusse qui n'avoit cessé de l'appeler à sa cour et qui auroit tout cédé pour l'avoir, hors la Silésie, l'attacha enfin à sa personne par une pension de 22,000 livres et par l'espérance de la plus haute faveur. Voltaire arriva à Potsdam au mois de juin 1750. Des attentions singulières, un appartement au-dessous de celui du roi, la permission de le voir à des heures réglées, lui firent d'abord espérer des jours agréables. « Astolphe, dit-il lui-même, ne fut pas mieux reçu dans la palais d'Alcine. Être logé dans l'appartement qu'avoit eu le maréchal de Saxe; avoir à ma disposition les cuisiniers du roi quand je voulois manger chez moi, et les cochers quand je voulois me promener; c'étoient les moindres faveurs qu'on me faisoit. Les soupers étoient très-agréables. Je ne sais si je me trompe : il me semble qu'il y avoit bien de l'esprit. Le roi en avoit et en faisoit avoir. Et ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est que je n'ai jamais fait de repas si libres. Je travaillois deux heures par jour avec sa majesté. Je corrigeois tous ses ouvrages, ne manquant jamais de louer ce qu'il y avoit de bon, lorsque je ratarois tout ce qui ne valoit rien. Je lui rendois raison par écrit de tout, ce qui composa une rhétorique et une poétique à son usage. Il en profita, et son génie le servit encore mieux que mes leçons. Je n'avois nulle cour à faire, nulle visite à rendre, nul devoir à remplir. Je m'étois fait une vie libre et je ne concevois rien de plus agréable que cet état. Alcine Frédéric qui me voyoit déjà la tête un peu tournée, redoubla ses potions enchantées pour m'enivrer tout-à-fait. La dernière séduction fut une lettre qu'il m'écrivit de son appartement au mien; une maîtresse ne s'explique pas plus tendrement. Il s'efforçoit de dissiper dans cette lettre la crainte que m'inspiroit son rang; elle portoit ces mots singuliers : Comment pourrois-je jamais causer l'infortune d'un homme que j'estime, que j'aime, et qui me sacrifie sa patrie et tout ce que l'humanité a de plus cher ? Je vous respecte comme mon maître en éloquence; je vous aime comme un ami vertueux. Quel esclavage, quel malheur, quel changement y a-t-il à craindre dans un pays où l'on vous estime autant que dans votre patrie, et chez un ami qui a un cœur reconnoissant ?... Je vous promets que vous serez heureux ici tant que je vivrai, etc. Voilà une lettre comme peu de majestés en écrivent; ce fut le dernier verre qui m'enivra. » La famille royale ne s'empressoit pas moins que Frédéric à rendre le séjour de Berlin agréable au poète François. Dans les fêtes publiques, dans les représentations que les princes et les princesses faisoient quelquefois de ses tragédies, c'est au milieu d'eux que Voltaire étoit placé. Lors du mariage du prince Henri frère du roi, avec la princesse Wilhelmine de Hesse-Cassel, il eut l'honneur de dîner avec cette famille auguste. Mais ce temps heureux ne fut pas de longue durée; et Voltaire vit avec douleur, mais trop tard, que quand on est riche et maître de son sort, il ne faut sacrifier ni sa liberté, ni sa famille, ni sa patrie, pour une pension. Nous avons raconté dans l'article de Maupertuis et de Koenig, l'histoire du fameux différend du poète François avec le président de l'académie de Berlin, suivi de la disgrace la plus complète. On a prétendu que le roi de Prusse en lui donnant son congé, l'avoit accablé de ces paroles : Je ne vous chasse point parce que je vous ai appelé; je ne vous ôte point votre pension parce que je vous l'ai donnée : je vous défends de paroître devant moi. Rien n'est plus faux. Voltaire fut toujours libre de paroître à la cour. Il est vrai que dans un premier mouvement il renvoya au roi sa clef de chambellan et la croix de son ordre, avec ces vers : Je les reçus avec rendresse ; Je vous les rends avec douleur, Comme un amant jaloux, dans sa mauvaise humeur Rend le portrait de sa maîtresse. Mais le roi lui renvoya sa clef et son ruban. Les choses changèrent de face lorsqu'il se fut rendu auprès de la duchesse de Gotha. Maupertuis profita de son absence, à ce que disoit Voltaire, pour le desservir auprès du prince; et il eut soin, ajoutoit-il, « de répandre à la cour, qu'un jour tandis que j'étois avec le général Manstein, occupé à revoir les Mémoires sur la Russie composés par cet officier, le roi de Prusse m'envoya une pièce de vers de sa façon à examiner, et que je dis au général : Mon ami, à une autre fois. Voilà le roi qui m'envoie son linge sale à blanchir, je blanchirai le vôtre ensuite. » Quoi qu'il en soit de la vérité de cette anecdote, Voltaire pensa sérieusement à rentrer en France et prit la route de Franckfort. Maupertuis qui n'avoit recueilli que des plaisanteries d'un cartel qu'il lui avoit envoyé, chercha un autre moyen de se venger de son ennemi. Voltaire emportoit avec lui un recueil des Œuvres poétiques de Frédéric, alors connues seulement des beaux esprits de sa cour. On fit craindre au roi une critique de ses ouvrages qui pouvoit être très-mortifiante, surtout pour un poète couronné. Frédéric avoit une espèce d'envoyé à Franckfort nommé Freitag; il le chargea de faire arrê- ter Voltaire et de ne le relâcher que lorsqu'il auroit rendu sa croix, sa clef, un brevet de pension, et les vers que Freitag appelait en bon allemand l'Œuvre de poestries du roi son maître. Malheureusement cette Œuvre étant restée à Leipzig où le poète François avoit laissé ses malles, il fut étroitement gardé pendant trois semaines. Mad. Denis sa nièce qui étoit venue andevant d'un oncle persécuté et malade, fut traitée avec une rigueur vandale. Des gardes veïloient à leur porte. Un satellite de Freitag restoit dans la chambre de l'un et de l'autre, et ne les perdoit pas de vue : tant on craignoit que l'Œuvre de poestries ne s'échappât. Enfin, on remit entre les mains de Freitag ce dépôt si désiré, et Voltaire fut libre. Mais en comparant sa dure détention avec les anciens transports d'enthousiasme de Frédéric, il disoit à ses amis : Il a cent fois baissé cette main qu'il vient d'enchaîner. Voltaire profita des premiers momens de sa liberté pour négocier son retour à Paris; mais n'ayant pas pu réussir parce qu'un de ses poèmes aussi obscène qu'impie commençoit à faire un bruit scandaleux, il résolut après un séjour d'environ un an à Colmar de se retirer à Genève. Il acheta une jolie maison de campagne auprès de cette ville, et y jouit des hommages des Genevois et des étrangers. Il se plut d'abord infiniment dans cette retraite. Nous avons vu une lettre à un académicien de Marseille, dans laquelle il lui marquoit en substance : « de me rendrois à vos invitations si Marseille étoit encore république Grecque; car j'aime beaucoup les Académies, mais j'aime encore plus les Républiques. Heureux les pays où nos maîtres viennent chez nous et ne se fâchent point si nous n'alons pas chez eux ! » Les querelles qui agiterent la petite république de Genève, lui firent encore perdre cet agréable asile. Il fut accusé de semer sourdement la discorde, de pencher pour le parti dominant et de ridiculiser les deux partis. Forcé de quitter les *Délices*, (c'étoit le nom de sa maison de campagne) il se fixa dans une terre à une lieue de Genève dans le pays de Gex. C'étoit un désert presque sauvage qu'il fertilisa. Le village de Ferney qui ne renfermoit qu'une cinquantaine de paysans, devint par ses soins une colonie de 1200 personnes, travaillant avec succès pour elle et pour l'Etat. Divers artistes et sur-tout des horlogers, établirent des manufactures sous les auspices de *Voltaire* qui envoyoit leurs ouvrages en Russie, en Espagne, en Allemagne, en Hollande, en Italie. Il illustra encore sa solitude en y appelant la petite nièce du grand *Corneille*, en sauvant de l'iguomnie et de l'oppression *Syrven* et la famille de *Calas*, dont il fit réhabiliter la mémoire en attaquant avec courage la condamnation du *Lally*. Dans sa retraite *Voltaire* s'érigea un tribunal où il jugea presque tout le genre humain. Les hommes puissans craignant une plume redoutable, cherchèrent à captiver son suffrage. L'*Arétin* dans le 16$^{e}$ siècle reçut autant d'outrages que de récompenses; *Voltaire* avec infiniment plus de talent et plus d'adresse, n'obtint guère que des hommages. Ces hommages et quelques actions généreuses qu'il célébra lui-même plus d'une fois soit pour les transmettre à la postérité, soit pour faire taire ses envieux, contribuèrent autant à sa réputation que les marques d'estime et de bonté qu'il obtint de plusieurs souverains. Le roi de Prusse qui avoit entretenu avec lui une correspondance suivie, fit exécuter sa statue en porcelaine et la lui envoya avec ce mot gravé sur la base : *IMMORTALI*. L'impératrice de Russie lui fit présent des plus magnifiques pelisses, d'une boîte tournée de sa main même, ornée de son portrait et de vingt diamans. Ces faveurs ne l'empêchoient point de soupirer vers Paris. Surchargé de gloire et de richesses, il n'étoit pas heureux parce qu'il ne sut jamais se contenter de ce qu'il avoit : aussi *Fontenelle* disoit-il souvent, qu'il n'auroit pas plus changé avec lui de caractère que de réputation. Enfin au commencement de février 1778 il se détermina à quitter le repos et la tranquillité de Ferney, pour l'encens et le fracas de la capitale. Il y reçut l'accueil le plus flatteur; les académies lui décernèrent des honneurs inconnus jusqu'à lui; l'académie Françoise députa le prince de *Beauvau*, *Marmontel* et *Saint-Lambert*, pour le féliciter sur son retour. Il fut couronné en plein théâtre; le public marqua le plus violent enthousiasme. Mais le philosophe octogénaire fut bientôt la victime de cet empressement indiscret : la fatigue des visites et des répétitions théâtrales, le changement dans le régime et dans la façon de vivre échaufferent son sang déjà très-altéré. Il eut en arrivant un vomissement de sang qui le laissa très-foible. Le docteur *Tronchin* aussitôt appelé le fit saigner, ce qui arrêta l'hémorragie. Quelques jours avant sa dernière maladie, l'idée de sa mort prochaine l'occupoit et le tourmentoit. Etant venu voir à table M. le marquis de *Villette* chez qui il étoit logé, il lui dit après quelques momens du recueillement le plus sombre : *Vous êtes comme ces Rois d'Egypte qui en mangeant avoient une tête de mort devant eux*. Il disoit sur son arrivée à Paris : *Je suis venu chercher la Gloire et la Mort*. Il dit à un artiste qui lui présenta le tableau de son triomphe : *C'est mon Tombeau qu'il me faut et non pas mon Triomphe*. Enfin ne pouvant recouvrer le sommeil, il prit une forte dose d'opium qui paralysa l'estomac et lui ôta presque entièrement l'usage de l'esprit. Il mourut le 30 mai 1778, à 11 heures du soir, et fut enterré par les soins de son neveu l'abbé *Mignot* à Sellières, abbaye de Bernardins entre Nogent et Troye, d'où il a été transporté en 1791 dans l'édifice de Sainte-Geneviève à Paris, d'après un décret de l'assemblée Nationale. Tous les poètes s'empressèrent de témoigner leurs regrets sur cette perte par des vers, parmi lesquels on distingue ceux-ci de *Lebrun* : O Parnasse, frémis de douleur et d'effroi ! Pleurex Muses, brises vos lyres immortelles ! Toi dont il fatigua les cent voix et les ailes, Dis que *Voltaire* est mort ; pleure et repose-toi. Tout ce qu'on a répandu dans le public sur ses derniers momens mérite peu de croyance, parce que ses parens et ses amis n'ont rien laissé transpirer de ce qu'il put dire alors pour ou contre la Religion. Lorsqu'il eut son vomissement de sang il se présenta un confesseur qu'il accueillit, il fit même une espèce de profession de foi ; mais ces démarches parurent plutôt dictées par la politique que par une intime conviction. Il répondit alors à un académicien qui venoit s'informer de ses nouvelles. « Je n'ai pas cru pouvoir mieux reconnoître les bontés de l'académie qu'en remplissant tous mes devoirs de Chrétien, afin d'être enterré en terre sainte et d'avoir un service aux Cordeliers. » Ce mot sert à faire connoître la souplesse de cet homme singulier, frondeur à Londres, courtisan à Versailles, Chrétien à Nancy, incrédule à Berlin. Dans la société, il jouoit tour-à-tour les rôles d'*Aristipe* et de *Diogène*. Il recherchoit les plaisirs, les goûtoit et les célébroit, s'en lassoit et les frondoit. Par une suite de ce caractère, il passoit de la morale à la plaisanterie, de la philosophie à l'enthousiasme, de la douceur à l'emportement, de la flatterie à la satire, de l'amour de l'argent à l'amour du luxe, de la modestie d'un sage à la vanité d'un grand seigneur. On a dit que par ses familiarités avec les grands, il se dédommageoit de la gêne qu'il éprouvoit quelquefois avec ses égaux ; qu'il étoit sensible sans attachement, voluptueux sans passion, ouvert sans franchise et libéral sans générosité. On a dit qu'avec les personnes jalouses de le connoître, il commençoit par la politesse, continuoit par la froideur et finissoit ordinairement par par le dégoût, à moins que ce ne fussent des littérateurs accrédités ou des hommes puissants, qu'il ayoit intérêt de ménager ou de conserver. On a dit qu'il ne tenoit à rien par choix et tenoit à tout par boutade. « Ces contrastes singuliers, dit M. Palissot, ne se faisoient pas moins appercevoir dans son physique que dans son moral. J'ai cru remarquer que sa physionomie participoit à celle de l'aigle et à celle du singe : et qui sait si ces contrastes ne seroient pas le principe de son goût favori pour les antithèses ?... Quelle étrange et continuelle alternative d'élévation et de petitesse, de gloire et de ridicule ! Combien de fois ne s'est-il pas permis d'allier à la gravité de Platon les lazzi d'Arlequin ! » Aussi le nom de MICROMEGAS qui signifie Petit-Grand et qui est le titre d'une de ses brochures, lui a-t-il été appliqué par un de ses critiques (la Beaumelle), et confirmé par une partie du public. « Né avec des passions violentes, dit Condorcet, elles l'entrainèrent trop loin quelquefois, et la mobilité de son caractère le priva des avantages ordinaires aux ames passionnées ; la fermeté dans la conduite et ce courage que la crainte ne peut arrêter quand il faut agir et qui ne s'ébranle point par la présence du danger qu'il a prévu. Ses alternatives d'audace et de foiblesse, d'écrits téméraires et de désaveux humilians affligèrent souvent ses amis et fournirent des armes à ses ennemis. » Le portrait que nous venons de tracer est celui d'un homme extraordinaire ; Voltaire l'étoit ; et comme tous les personnages qui sont hors du commun, il a fait des enthousiastes ardens et des critiques outrés. Chef d'une secte nouvelle, ayant survécu à tous ses rivaux et éclipsé sur la fin de sa carrière tous les poètes ses contemporains, il a eu par tous ces moyens réunis la plus grande influence sur son siècle, et a produit une triste révolution dans l'esprit et dans les mœurs : car s'il s'est servi quelquefois de ses talens pour faire aimer l'humanité et la raison, pour inspirer aux princes l'indulgence et l'horreur de la guerre, il en a abusé, bien plus souvent pour répandre des principes d'irréligion et d'indépendance. Cette sensibilité vive, et prompte qui anime tous ses ouvrages, l'a dominé dans sa conduite, et il n'a presque jamais résisté aux impressions de son esprit vif et bouillant et aux ressentimens de son cœur. « Il est très-vrai, dit la Harpe, qu'il ne put jamais commander à ses saillies et à son humeur ; et l'on sait trop que ce fut une plaisanterie un peu amère qui le perdit à Berlin. » Comme homme de lettres, il occupera sans contredit une des premières places dans l'estime de la postérité, par son imagination brillante, par sa facilité prodigieuse, par son goût exquis, par la diversité de ses talens, par la variété de ses connoissances ; et nous ferons encore mieux connoître à quel degré il mérite cette estime en détaillant ses productions. Commençons par les ouvrages en vers ; les principaux sont : I. La Heurinde en dix chants : poème rempli de beaux et de très-beaux morceaux, de vers très-bien faits, très-harmonieux, de descriptions touchantes, de portraits brillants. La mort de Coligni est admirable ; E e 454 VOL la narration de l'assassinat de Henri III, vraiment épique; la bataille de Coutras est racontée avec l'exactitude de la prose et toute la noblesse de la poésie; le tableau de Rome et de la puissance pontificale est digne du pinceau d'un grand maître; la bataille d'Ivri mérite le même éloge; l'esquisse du siècle de Louis XIV, dans le septième chant est d'un peintre exarcé; le neuvième respire les graces tendres et touchantes: c'est le pinceau du Corrège et de l'Albane. Mais malgré ces beautés, on ne mettra jamais Voltaire à côté de Virgile. Un Poème françois en vers Alexandriens qui tombent presque toujours deux à deux; un Poème surchargé d'antithèses et de portraits monotones; un Poème sans fiction, peuplé d'êtres moraux que l'auteur n'a pas personnifiés; un Poème dont la Discorde est la courrière éternelle; un Poème privé presque entièrement du pathétique; un Poème qui a des morceaux supérieurement versifiés, mais qui pêche par l'invention et par l'ensemble; enfin un Poème de pièces rapportées, et écrit dans une langue peu favorable à la poésie épique, ne sera comparé à l'Iliade et à l'Enéide que par ceux qui sont hors d'état de lire Homère et Virgile. La Beaumelle qui étoit loin de regarder la Henriade comme le chef-d'œuvre de notre poésie, en préparoit une édition lorsque la mort le surprit. Cette édition où l'on trouve des remarques pleines de justesse, mais trop de minuties et de chicanes, a paru en 1775, en 2 vol. in-8. On trouve dans le second volume un plan de la Henriade qui au- roit plus de chaleur, plus de justesse, plus d'intérêt que celui de Voltaire; mais il seroit difficile de remplacer les détails brillans de celui-ci. (Voy. MONBRON.) II. Un grand nombre de Tragédies, distinguées par un plus grand appareil de représentation, par le tableau des mœurs de différentes nations qui n'avoient pas encore été mises sur la scène, par des situations neuves et frappantes qui remuent le cœur en frappant les yeux, par de grandes vues morales, et par les sentimens d'humanité mêlés habilement à l'intérêt du spectacle. On trouve dans le style de Brutus et de la Mort de César, la manière de Corneille perfectionnée. Celle de Racine ne pouvoit qu'être imitée et non égalée. La Muse tragique n'inspira, rien à Crébillon de plus mâle et de plus terrible que le quatrième acte de Mahomet. Semblable à cet ordre d'architecture qui emprunte les beautés de tous les ordres, et qui est lui-même un ordre à part, Voltaire s'approprie les genres différens des poètes ses prédécesseurs; mais il ne doit qu'à lui (dit M. Palissot qui nous fournit cette comparaison,) ses belles Tragédies de Mahomet et d'Alzire; et dans les Pièces même où il profite de l'esprit des autres, il conserve la marque particulière du sien. Les critiques lui reprochent cependant que ses personnages montrent, trop de penchant à débiter des sentences et des maximes qui font illusion, mais qui nuisent quelquefois à l'intérêt: qu'il parle trop souvent par leur bouche, comme dans Œdipe où la vieille Jocaste déclame contre les prêtres et les oracles; dans Zaire V O L 435 qui débute par une tirade sur l'indifférence des Religions; dans *Alzire*, où cette jeune Américaine étale un stoïcisme digne du Portique, etc. Les mêmes censeurs disent que ses plans manquent souvent de justesse: qu'il amène la catastrophe par de petits moyens; que le pathétique n'est point fondu ordinairement par des nuances ni conduit par gradation dans ses Tragédies; que plusieurs de ses ressorts tragiques sont fondés sur des invraisemblances, comme dans *Zaire*; que le style, quoiqu'imposant par le coloris et par des tirades brillantes, est non-seulement trop coupé, mais l'est presque toujours de la même manière; que plusieurs de ses vers ne sont que des contrefaçons de ceux de *Corneille* et sur-tout de *Racine*. Mais si ces défauts ne rendent pas *Voltaire* supérieur à ces deux grands hommes, il jouit à la représentation d'un plus grand nombre de spectateurs. On joue presque toutes ses Tragédies; les principales sont: *Œdipe*, représentée en 1718; *Hérode* et *Marianne*, 1723; *Brutus*, 1730; *Zaire*, 1733; *Adélaïde du Guéclin*, 1734; *Alzire*, 1736; *Zulime*, 1740; la *Mort de César*, 1742; le *Fanatisme* ou *Mahomet le Prophète*, 1742; *Mérope*, 1743; *Sémiramis*, 1748; *Oreste*, 1750; *Rome sauvée*, 1750; l'*Orphelin de la Chine*, 1755; *Tancrède*, 1760; les *Scythes*, 1767; *Irène*, 1778. L'auteur étoit malade lors de la seconde représentation de cette dernière pièce. Le public s'adressa à l'acteur *Monvel* pour lui demander: *Comment se porte M. de Voltaire*. L'acteur répondit: *Pas aussi bien, Messieurs, que nous le voudrions* pour nos intérêts et pour vos plaisirs. Les autres Tragédies, fruits de la vieillesse de l'auteur, méritent à peine d'être lues. *Olympie*, les *Pélopides*, les *Guèbres*, les *Triumvirs*, les *Lois de Minos*, *Agathocle* et *Dom Pèdre*, n'offrent plus que de foibles étincelles de son génie. III. Plusieurs Comédies, dont les meilleures sont l'*Indiscret*, l'*Enfant Prodigue* et *Manine*. Les autres sont presque oubliées: car *Voltaire* ne chaussa pas le brodequin avec le même succès que le cothurne. Il ne travaille presque jamais que sur le canevas d'autrui; il tombe dans le bas et le trivial. Quelques-uns de ses rôles sont insipides ou maussadement plaisants, comme la baronne de *Croupillac* dans l'*Enfant Prodigue*. Parmi d'excellentes plaisanteries, des détails heureux, des vers très-bien tournés, des scènes d'un pathétique touchant, on trouve des choses d'un mauvais ton, des railleries forcées, des maximes hors, d'œuvre ou mal amenées. L'auteur mettoit trop peu de temps à ses Comédies pour qu'elles fussent bonnes. Impatient et fougueux, il vouloit achever aussitôt qu'il avoit conçu, concevoir ensemble plusieurs ouvrages; et remplissoit encore les intervalles de l'un à l'autre par des productions différentes. Il compôsoit avec enthousiasme et corrigeoit avec vitesse. Cette méthode n'étoit guère propre à le faire exceller dans des ouvrages tels que les Comédies qui exigent une étude profonde et suivie des ridicules et des caractères. Il est d'ailleurs bien plus plaisant dans ses Ouvrages satiriques que dans les Pièces comiques, où la raillerie demande à être amenée avec E e x 436 VOL plus d'art et de finesse. IV. Des Opéra qui ne brillent pas par l'invention et sont d'un style qui n'est pas celui de Quinault. Samson, Pandore, le Temple de la Gloire, dont l'architecture, dit-il, ne parut guère agréable, ne lui ont pas même mérité la troisième place dans le genre Lyrique : aussi en convenoit-il lui-même. « J'ai fait, (écrivoit-il à un de mes amis,) j'ai fait une grande sottise de faire un Opéra ; mais l'envie de travailler pour un homme comme M. Rameau, m'avoit emporté : je ne songeois qu'à son génie, et je ne m'appercevois pas que le mien n'est point fait du tout pour le genre Lyrique... » Ces Poèmes lui causoient cependant au moment de leur naissance, une espèce d'enthousiasme inspiré par l'amour paternel. Lorsqu'on représenta le Temple de la Gloire où Louis XV étoit désigné sous le nom de Trajan, il ne put tenir à son ravissement ; et sur la fin de la pièce saisissant le monarque par le bras, il lui dit : He bien ! Trajan, vous reconnoissez-vous-là. V. Un grand nombre de Pièces Fugitives en vers, d'une poésie supérieure à celle des Chapelle, des Chaulieu et des Hamilton. Aucun poète n'a donné une tournure plus ingénieuse à des bagatelles, n'a employé avec autant de grace, de finesse, de légèreté, les agrémens d'une Muse toujours naturelle et toujours brillante. Également propre à louer et à médire, il donne à ses éloges et à ses satires un tour original qui n'appartient qu'à lui. Nous parlons ici de ses Épîtres légères, de ses Diatribes en vers : (Voyez l'article de
VOITURE.) Quant à ses Odes, il suffit de les lire pour voir combien il est au-dessous de Rousseau dans ce genre. Mais dans les Épîtres philosophiques et morales, il lui est certainement supérieur. « La Mothe, (écrivoit Voltaire en 1718 à M. de la Faie) pense beaucoup et ne travaille pas assez ses vers. Rousseau ne pense guère, mais il travaille ses vers beaucoup mieux. Le point seroit de trouver un poète qui pensât comme la Mothe et qui écrivit comme Rousseau. » Ce que Voltaire cherchoit est tout trouvé dans quelques-unes de ses premières Épîtres ; car dans les dernières où l'on rencontre cependant plusieurs vers heureux, il a pris une manière trop leste et un peu trop négligée, mais toujours pleine de facilité et de graces. Nous n'en citerons aucune. Nous passerons aussi rapidement sur quelques autres Poèmes, tels que la Guerre de Genève, où il paroit souvent détremper du vermillon dans la boue pour peindre ses tableaux. Quoiqu'ils offrent des détails piquans, nous croyons servir la gloire de l'auteur, en passant rapidement sur des ouvrages enfantés par le délire de l'irréligion et de la débauche, ou par la fureur de la vengeance et de la satire. Le célèbre citoyen de Genève est traité dans le Poème sur la guerre de sa patrie, d'une manière atroce. L'auteur lui reproche jusqu'à cette maladie de la strangurie dont lui-même est mort ou du moins qui a avancé sa mort. Quant à un autre Poème que quelques admirateurs regardent comme le plus beau fleuron de sa couronne poétique, nous n'en rapporte- rons pas même le titre. Ce Poème devoit avoir un grand succès dans un siècle corrompu. « Beaucoup d'esprit, des morceaux de poésie d'un coloris très-vif, des détails agréables et voluptueux, des peintures lascives et libertines, assaisonnées de tirades impies; » voilà sans contredit, dit Fréron le fils, son plus grand mérite. D'ailleurs, c'est un ouvrage qui n'a ni plan ni ensemble. C'est un tissu de contes détachés, sans aucune espèce de liaison avec le sujet du Poème qui n'a ni commencement, ni milieu, ni fin. Presque tous les héros y sont avilis, couverts de turpitude; et les gens de goût ainsi que les ames honnêtes, ne peuvent regarder cette production cynique que comme un ouvrage scandaleux et bizarre, où l'héroïsme est dégradé par le mélange continuel du bouffon et du burlesque, où la vertu est diffamée, l'amour souillé de débauches; et les graces prostituées par une imagination aussi sale que brillante. Voilà les productions poétiques de Voltaire; ses Ouvrages en prose sont encore plus nombreux : I. Essai sur l'Histoire Générale qui, avec les Siècles de Louis XIV et de Louis XV, forme 10 vol. in-8. Cette Histoire ou plutôt cet Essai d'Histoire est une galerie dont plusieurs tableaux sont peints d'un pinceau léger, rapide et brillant. Sans détailler tous les événements, l'auteur offre le résumé général des principaux, et rend ce résumé intéressant par les réflexions qu'il y joint et par les couleurs dont il les embellit. L'amour de l'humanité et la haine de l'oppression, donnent encore de la vivacité à ses couleurs. Mais on s'est plaint qu'il ramène trop souvent les faits à son système; qu'il ne présente la Religion que comme le fléau des peuples; qu'il s'attache trop à montrer la vertu malheureuse et le vice triomphant; qu'il y a entassé un grand nombre d'erreurs, d'inexactitudes et de méprises; qu'il est trop souvent amer dans ses censures, injuste dans ses jugemens, (Voy. I. ST. PIERRE et I. SALOMON,) sur-tout lorsqu'il est question de l'Eglise et de ses ministres. Descritiques d'un goût sévère auroient encore souhaité qu'il n'eût pas adopté la division par chapitres, qui ne sert qu'à isoler les faits; qu'il eût mieux lié, mieux préparé les événements; qu'il n'eût pas quelquefois fatigué l'esprit du lecteur en passant rapidement d'un objet à un autre; qu'il eût moins coupé la narration par des maximes et des digressions, etc. etc. etc. (Voyez SLEIDAN et VELLY.) Le Siècle de Louis XIV offre les mêmes beautés et les mêmes défauts. C'est une esquisse, et non un tableau en grand. L'Ouvrage n'est qu'une suite de petits chapitres. L'auteur vole successivement en Allemagne, en Espagne, en Hollande, en Suède, pour raconter quelques traits qui n'ont souvent qu'un rapport éloigné au sujet principal. Il présente aux yeux du lecteur avec une rapidité incroyable, plusieurs événements importants qu'on voudroit connoître à fond, et sur lesquels il ne fait que glisser. L'historien est content pourvu qu'il parvienne à placer une maxime ou une saillie. C'est une foule d'éclairs qui éblouissent et qui laissent dans les ténèbres. Ce ne sont point les Mémoires qui ont manqué à Éc 3 438 VOL l'historien ni l'art de les employer; car il y a plusieurs chapitres qui sont des chefs-d'œuvre d'élégance : c'est l'esprit de discussion, nécessaire dans un travail si long et si pénible. (*Voyez BEAUMELLE.*) Son *Siècle de Louis XV* moins intéressant que celui de *Louis XIV*, est écrit avec négligence et souvent avec partialité. Si quelques événements y sont bien détaillés, plusieurs autres y sont présentés sous un faux jour. L'auteur rend ses peintures infidelles, en voulant les ajuster à sa façon de penser particulière ou au besoin qu'il a de flatter des grands et de se ménager des protecteurs. Quelquefois même il altère la vérité, par la manie qu'il avoit dans sa vieillesse de mêler des plaisanteries à ses ouvrages les plus sérieux. Il se faisoit dans sa solitude une gaieté artificielle, lorsque la naturelle lui manquoit; et cette nécessité de charmer l'ennui d'une retraite qui n'étoit pas toujours agréable, a rempli ses Histoires de bons mots déplacés, comme elle a procuré des injures à plus d'un écrivain. Le fonds de l'*Histoire du Parlement de Paris* est presque tout entier dans l'*Histoire Générale* et dans les *Siècles de Louis XIV* et de *Louis XV*. L'auteur désavoua cet Ouvrage comme un *énorme fatras de dates*, auquel il n'avoit pu ni voulu travailler. Il y a cependant des chapitres qui offrent des discussions bien faites sur des points d'histoire assez embrouillés; mais ces chapitres sont en petit nombre. *Voltaire* dit dans ses désaveux que le commencement est superficiel et la fin indécente. L'ouvrage lui paroissoit informe et l'auteur peu instruit : le sujet, ajoute-t-il, méritoit d'être approfondi par une très-longue étude et avec une grande sagesse. On peut lui reprocher encore que son style qu'il veut trop souvent rendre épigrammatique, s'éloigne quelquefois de la gravité de l'histoire. Ce défaut s'est glissé jusque dans ses *Annales de l'Empire*, dans lesquelles on cherche vainement, dit M. de *Luchet*, la vigueur de son pinceau et la fraîcheur de son coloris, et qui offrent trop de faits étrangers, tandis qu'il en a omis un très-grand nombre de nécessaires. II. L'*Histoire de Charles XII*, bien faite et bien écrite, qui a mérité à l'auteur le titre de *Quinte-Curce* François. On s'est plaint cependant, que la conduite du héros est souvent, dans cette Histoire, d'une folie entrée par la faute de l'auteur qui ne remonte pas à la source des faits, qui ne les lie pas toujours et qui ne se donne presque jamais la peine d'expliquer les causes et les motifs qui font agir ses personnages. III. L'*Histoire du Czar Pierre I*: double emploi de celle de *Charles XII*; mais moins élégante et plus infidelle, parce que c'est une production de sa vieillesse et un ouvrage de commande. La préface est plus digne d'un bouffon que d'un historien; l'introduction a paru fort sèche; la division par chapitres a déplu; les batailles sont racontées avec négligence. Si l'on vouloit examiner avec sévérité les détails de cet Ouvrage, la critique trouveroit encore de quoi s'exercer. L'auteur s'étoit fait, à l'égard des circonstances des événements, des principes commodes. Pourvu que les grandes figures du tableau fussent peintes avec vérité, peu lui importoit que les petites figures fussent dessinées incorrectement. A l'égard des petites circonstances, dit-il quelque part, je les abandonne à qui voudra; je ne m'en soucie pas plus que de l'Histoire des Quatre fils Aimon. Mais quand on néglige les menus faits, on peut faire penser qu'on a porté la même inexactitude dans les faits importans. Cependant les chapitres sur les révolutions que le czas Pierre a produites dans les arts et dans les mœurs, sont aussi vrais qu'intéressans, ainsi que le récit des voyages qu'il fit pour perfectionner son génie...
IV. Mélanges de Littérature, en plusieurs volumes. On parlera d'abord de ses Romans. Personne n'a eu comme Voltaire, l'art de cacher une philosophie souvent profonde sous des fictions ingénieuses et riantes : à cet égard il étoit intarissable. Zadig, Memnon, le Monde comme il va, imités de l'anglais, ont l'air original par la finesse des critiques, par la légèreté de la narration, par les agrémens d'un style clair, élégant, ingénieux et naturel. Candide, la Princesse de Babylone et quelques autres fictions de ce genre, n'approchent pas à beaucoup près de Memnon ni de Zadig. Elles ne présentent qu'une suite d'événements invraisemblables, trop souvent racontés avec indécence et semés de plaisanteries dont plusieurs ne sont pas du meilleur ton. On y desircroit moins de caricatures, moins d'imaginations folles et bizarres et plus de véritable gaieté. Il faut cependant excepter un petit nombre de chapitres, où il y a de bonnes vues morales, des pein- fures originales et saillantes de la cour et de Paris, des travers et des ridicules de tous les hommes et de tous les états. Les autres Ouvrages qui composent les Mélanges, sont de petites Dissertations sur différentes matières, presque toutes écrites avec intérêt et avec goût : des Critiques de différens écrivains la plupart plaisantes, mais souillées d'épithètes injurieuses, de sarcasmes révoltans. Energamène, fanatique, cuistre, croquant, polisson, gueux, escroc, etc. : elles sont les expressions que le philosophe de Ferney avoit au bout de la plume, toutes les fois qu'on s'avisoit de toucher à ses lauriers ou même qu'on paroissoit y toucher. Souvent même des écrivains sages et modérés ont excité sa colère sans avoir cherché à blesser son amour propre; tout leur crime à ses yeux étoit de ne pas penser comme lui : Quiconque fait la guerre à son audace impie, Est bientôt le martyr de la philosophie. Son esprit, ses vertus, ses talens, tout n'est rien; C'est un sot à ses yeux, si-tôt qu'il est Chrétien. ( Voyez dans ce Dictionnaire les articles BERTHIER ; COGER ; FRÉRON ; des FONTAINES ; H. GUYOT ; MERVILLE ; MAUPERTUIS ; II. et III. ROUSSEAU ; TRUBLET. ) On trouve encore dans les Mélanges, des traités particuliers sur certaines matières, comme la Tolérance, les Lois Criminelles, etc.; mais en général il lui manquoit pour approfondir ces sortes de sujets, ce caractère ferme et conséquent pour qui la vérité reste toujours E e 4 à la même place; cet esprit de méditation qui nous applique tout entier sur un objet; cette logique qui ne se dément jamais. Il se bornoit au premier coup d'œil, et dès qu'il avoit apperçu quelques raisons plausibles, il s'attachoit non à les creuser mais à les embellir et à les reproduire sous toutes sortes de faces, qui leur donnoient quelquefois plus d'éclat que de solidité. C'est en partie ce qu'avoue un de ses plus grands partisans, en ajoutant, « qu'il a été médiocre dans tous les travaux qui exigent une ame recueillie, un jugement que rien ne peut ni séduire ni corrompre, et l'habitude d'une discussion exacte et profonde. » Cependant les différens petits Traités de Voltaire ont été et sont encore beaucoup lus. « Les gens du monde, dit l'abbé de Radon-villiers, veulent enrichir leur esprit et ne se donner aucune peine. Les Écrits de M. de Voltaire leur offrent des richesses, dont l'acquisition est facile et agréable... Mille traits pétillans d'esprit, des anecdotes curieuses, des réflexions piquantes, des maximes d'indulgence mutuelle, de générosité, de bienfaisance et des autres vertus humaines qui embellissent le commerce de la vie. Le soin continuel de mêler l'utilité à l'agrément, le badinage à la morale, a été un des secrets de M. de Voltaire et peut-être la source principale de ses grands succès. » Ajoutons qu'il publioit à propos ses différentes Brochures, et qu'il saisissoit habilement le moment de l'enthousiasme ou de la curiosité du public. V. Dictionnaire Philosophique; Philosophie de l'Histoire, etc. et beaucoup d'autres Ouvrages impies. La fureur anti-chrétienne étoit devenue chez lui une véritable manie; car l'incrédulité a ses fanatiques comme la dévotion. Je suis las, disoit-il, d'entendre dire que douze hommes ont suffi pour établir le règne du Christ. Je veux leur prouver qu'il n'en faut qu'un pour le détruire. Sa vieillesse n'a presque été occupée qu'à détruire. Il est difficile de bien caractériser ses Ouvrages contre la religion. L'éloquence et le ridicule sont les armes qu'il y emploie. Il prend tantôt le ton de Pasquin et tantôt celui de Pascal; mais il revient plus souvent au premier parce qu'il lui est plus naturel. C'est une éternelle dérision des prêtres et de leurs fonctions, des mystères et de leur profondeur, des conciles et de leurs décisions. Il tourne en ridicule les mœurs des patriarches, les visions des prophètes, la physique de Moyse; les histoires, le style, les expressions de l'Écriture, enfin toute la Religion. Non-seulement il attaque le Christianisme: il sape les fondemens de la morale en insinuant les principes du matérialisme; en vantant le luxe comme le plus grand bien d'un état, malgré la corruption dont il est la source, en traitant avec mépris l'innocence des premiers temps et les mœurs antiques, etc. etc. Saillies ingénieuses, bons mots piquans, peintures rantes, réflexions hardies, expressions énergiques: il emploie toutes les graces du style et toutes les ressources du bel esprit. Ce qu'il y a de plus blâmable dans ses productions anti-chrétiennes, c'est qu'il altère souvent les faits, tronque les passages, suppose des erreurs, imagine des contradictions pour donner plus de sel à ses plaisanteries et plus de force à ses raisonnemens. Cependant, malgré les infidélités qui défigurent ses Écrits, ils ont fait des plaies profondes à la religion Chrétienne. Doué d'une facilité prodigieuse à saisir tous les tons et à parler à tous les esprits, il séduisait quelquefois les gens graves par des raisons spécieuses, et presque toujours les hommes frivoles par ses plaisanteries. Ceux-ci n'ont pas examiné si en citant l'Écriture-Sainte, il ne l'a pas corrompue; et ils ont oublié ce mot du président de Montesquieu : Lorsque Voltaire lit un livre, il le fait; puis il écrit contre ce qu'il a fait. Ils vouloient être amusés, et ils l'ont été. VI. Théâtre de Pierre et Thomas Corneille, avec des morceaux intéressants, 8 vol. in-4° et 10 vol. in-12. Ce Commentaire entrepris pour doter la petite-nièce du grand Corneille, est un service rendu à la littérature. On peut y trouver quelques remarques plus subtiles que justes, quelques analyses infidèles, des critiques minutieuses, des observations grammaticales trop sévères, un fonds de mauvaise humeur contre Corneille; mais la plus grande partie de l'Ouvrage est dirigée par le jugement et le goût. Il est écrit d'ailleurs d'un style convenable; et le commentateur n'a pas la ridicule manie de nos écrivains modernes, celle d'employer de grands mots pour exprimer de petites choses. Un éloge qu'on ne peut lui refuser, c'est que jusqu'à son extrême vieillesse, il a conservé la clarté, la précision et le naturel dans les matières qui n'exigeient pas d'autres ornemens : exemple bien peu suivi aujourd'hui où l'on dénature tous les genres, et où l'on mêle tous les styles. VII. Commentaire historique sur les Œuvres de l'Auteur de la Henriade, avec les pièces originales et les preuves, in-8°. Monument élevé à Voltaire, par Voltaire lui-même. Il est à la fois le sacrificateur et le Dieu. Il s'étoit déjà, mis au-dessus de tous les écrivains François, dans sa Connoissance des beautés et des défauts de la poésie et de l'éloquence, 1749, in-12; brochure qu'on lui a vainement contestée puisqu'elle a été entièrement fondue, dans sa Poétique, in-8°, faite avec son agrément, et que d'ailleurs il est impossible d'y méconnoître son style. C'est ici qu'il faut appliquer ce qu'a dit un critique célèbre. « Après avoir lu Homère, disoit Bouchardon, tous les hommes semblent des géans; mais après avoir lu la brochure de l'Homère François, tous les grands hommes de la littérature paroissent des nains. » Quant au Commentaire Historique, c'est le détail des hommages accordés à l'auteur; c'est le tableau des actions généreuses et même des charités qu'il a faites; (car il en faisoit et de secrètes même) c'est un Mémoire historique, écrit avec simplicité et avec grace. On y voit les faits; mais on n'en voit pas les ressorts; ce sera aux historiens de Voltaire à expliquer ses motifs. A la suite du Commentaire, on trouve quelques Lettres dont la plupart méritoient d'être conservées. On en a recueilli un bien plus grand nombre dans l'édition de Kell; car l'auteur en a beaucoup écrit, et il avoit un talent marqué pour ce genre. Le ton piquant et original de son style 442 VOL épistolaire, étoit à peu près celui de sa conversation, sur-tout quand il étoit animé par l'envie de plaire ou par le désir de satisfaire son animosité; et quand il prenoit la plume pour répondre à ses amis, il écrivoit comme il avoit parlé. « Il n'est point d'écrivain, dit M. Palissot, qui ne se fût acquis par les Lettres seules de Voltaire une réputation distinguée... » Il faut pourtant excepter une partie de ses Lettres secrètes, publiées en Hollande, in-8°, 1765. Ce recueil est très-peu de chose; et puisque c'étoient des Lettres secrètes, il y avoit de la malhonnêteté à les rendre publiques. Voltaire, fâché avec raison de l'impression de ces Chiffons, c'est ainsi qu'il s'exprime, parodia cette ancienne épigramme : Voilà donc mes Lettres secrètes, Si secrètes, que pour lecteur Elles n'ont que leur imprimeur Et les Messieurs qui les ont faites. Ce qui diminue le plaisir qu'on auroit à lire les autres Lettres de Voltaire, c'est qu'on y voit rarement sa véritable façon de penser sur les princes, les ministres ou les écrivains à qui elles sont adressées. S'il louoit beaucoup les Saints du jour, comme on l'en a accusé, il se moquoit souvent lui-même des brevets d'immortalité qu'il distribuoit. Dans la société même, un regard malin et un sourire amer désavouoient souvent ce que la flatterie lui inspiroit : voilà pourquoi il ne réussit pas long-temps ni à la cour de Versailles, ni à celle de Luneville, ni à celle de Berlin. Dès qu'il eut quitté cette dernière ville, il peignit le monarque Prussien qu'il avoit tant loué, sous ces traits odieux. Assemblage éclatant de qualités contraires, Écrasant les mortels et les nommant ses frères; Misantrope farouche avec un air humain; Souvent impétueux et quelquefois trop fin; Modeste avec orgueil, colère avec foiblesse; Pétris de passions et cherchant la sagesse; Dangereux politique et dangereux auteur; Mon patron, mon disciple et mon persécuteur. Personne n'exalta plus de son vivant du Belloi; mais dès qu'il fut mort, il écrivit que le SIEGE de Calais n'étoit plus estimé qu'à Calais. (Lettre à M. Walpole.) Palissot lui a reproché la même contradiction à l'égard d'Helvétius qu'il avoit flatté à outrance, et dont le livre de l'Esprit ne lui parut plus, après la mort de l'auteur, qu'un Ouvrage plein d'erreurs et de vérités triviales, débitées avec emphase. Il distribua quelquefois aux écrivains les plus médiocres, les éloges les plus exagérés; et on étoit assez bon pour se repaître d'un encens qui n'étoit que la reconnaissance d'un amour propre adroit et intéressé. Avouons cependant, que parmi les auteurs que Voltaire a célébrés, il y en a plusieurs qui méritoient ses louanges; mais ce sont ceux-là même qui doivent être les plus fâchés qu'il en ait affoibli le prix en les accordant plus d'une fois à la médiocrité. Il a paru en 1802, à Paris, in-8° et in-12, des Pensées, Remarques et Observations de Voltaire, ouvrage posthume. « On pourroit lui contester, dit le Publi- ciste, cette qualification de post-humé. Du moins, dans le nombre de ces *Pensées*, y en a-t-il beaucoup qui ne sont pas nouvelles assurément. On en retrouveroit plusieurs dans les œuvres même de *Voltaire*, sans parler de celles qui sont par-tout et dont on pourroit dire, tant elles ont été répétées, qu'elles sont usées. Quant à ce qui méritoit d'être recueilli et conservé, nous croyons qu'à bien peu de chose près, on pouvoit le réduire à quelques pages; mais on vouloit faire un volume. Beaucoup de traits sur ou plutôt contre la religion et les gouvernements, seront trouvés bien indiscrets, pour ne rien dire de plus. Enfin on savois trop que *Voltaire* dans son vieil âge se permettoit une liberté ou plutôt un *cynisme* d'expressions qui, de sa conversation est passé même quelquefois dans les ouvrages qu'il a composés loin de Paris et hors de France. Mais on s'étonne et on doute même qu'il ait pu mettre par écrit tous les traits de ce genre qu'on trouve fréquemment dans ce recueil et qui révoltent autant le goût qu'ils blessent l'honnêteté. Par quel oubli de toutes les convenances, en y comprenant ce qu'on devoit à la mémoire même de *Voltaire*, a-t-on pu les recueillir avec soin et les publier avec son nom, comme on le fait dans cette brochure? C'est le cas, sans doute, de l'application d'une des pensées que nous en avons rapportées: *Les maladies honteuses sont à présent effrontées*; à moins qu'il ne faille attribuer un pareil écart à une imbécille superstition, semblable à celle des adorateurs du grand *Lama*, si souvent vouée au ridicule et au mépris par *Voltaire* lui-même qui, pour employer les expressions qu'il s'est plu souvent à répéter, *font des reliques de ses excréments*. On a publié la même année 1802, in-8° et in-12, des *Lettres inédites de Voltaire à Frédéric le Grand roi de Prusse*, dont plusieurs méritoient d'être conservées parce qu'elles font connoître l'homme et l'auteur. Nous avons différentes collections des Ouvrages de *Voltaire*, in-4°, in-8° et in-12; mais presque toutes mal rédigées, toutes surchargées d'Écrits qui sont peut-être de lui, mais indignes de lui, pleines de répétitions continuelles et de doubles emplois. Ce défaut vient moins des libraires que de l'auteur, qui dans ses derniers jours reproduisoit sans cesse les mêmes choses et retournoit continuellement ses vieux habits. Cette facilité à produire flattoit son orgueil. Il disoit quelquefois: « il y a vingt ans que je n'ai vu Paris; mais aussi il y a vingt ans que je fais rouler quatre presses, le jour et la nuit » La plus belle édition des Œuvres de *Voltaire* est celle de Genève, 30 vol. in-4°, et la plus ample est celle de Basle, chez *Thurnesen*, 71 vol. in-8°, d'après l'édition de Kell en 70 vol., mais avec quelques additions. Cette volumineuse collection est divisée de la manière suivante; *Poésie dramatique*, 9 vol.; *Poésie épique, héroïque, lyrique, satirique*, 6 vol.; *Histoire générale* et *Siècles de Louis XIV et de Louis XV*, 7 vol.; *Histoires particulières*, 4 vol.; *Mélanges historiques*, 2 vol.; *Politique et Législation*, 2 vol.; *Philosophie de Newton*, 1 vol.; *Philosophie générale*, Métaphysique, Morale et Théologie, 4 vol.; Dialogues, 1 vol.; Dictionnaire philosophique, sept vol.; Romans, 2 vol.; Facéties, un vol.; Mélanges littéraires, 3 vol.; Commentaires sur Corneille, 2 vol.; Correspondance du roi de Prusse, 3 vol.; —de l'Impératrice de Russie, 1 vol.; Correspondance générale depuis 1715 jusqu'en 1778, 13 vol.; Correspondance de d'Alembert, 2 vol.; Vie de Voltaire par Condorcet, et Mémoires écrits par lui-même, 1 vol. La Société littéraire typographique de Kell a fait imprimer séparément en 2 vol. in-4° sur papier velin, la Henriade et l'élite des autres Poèmes de Voltaire, suivis des Contes et des Satires, etc. Il seroit à désirer, pour plusieurs raisons, qu'on fit de même un choix de ceux de ses Ouvrages qui méritent d'être conservés, en écartant ceux qui n'en sont qu'une répétition, et sur-tout les productions impies ou indécentes. «Espérons, dit l'abbé de Radon-villiers, que bientôt une main amie, en retranchant des Écrits publiés sous son nom tout ce qui blesse la religion, les mœurs et les lois, effacera la tache qui terniroit sa gloire. Alors, au lieu d'une collection trop volumineuse, nous aurons un Recueil d'Œuvres choisies, dont la sagesse pourra faire usage sans inquiétude et sans danger. On prétend que l'on n'a trouvé à Rome, dans la nouvelle invasion de cette ville par les François, qu'un seul exemplaire des Œuvres de Voltaire. Le marquis de Luchet a publié son Histoire Littéraire, 1781, 6 vol. in-8° Nous avons encore sa Vie par l'abbé Duvernet, in-8°; et des Mémoires pour servir à son Histoire, avec un grand nombre d'anecdotes et une notice critique de ses Pièces de théâtre, Amsterdam (Caen), 1765, 2 parties in-12. C'est, selon M. d'Aquin, le plus curieux des recueils sur Voltaire. «Il y règne même assez souvent, dit-il, un ton d'impartialité qui plaît.»
VOLTERRE, (Daniel RICCAVELLI de) peintre et sculpteur, né en 1609 à Volterre, ville de la Toscane, mourut à Rome en 1666. Il fut destiné par ses parens à la peinture. Balthazar Peruzzi et Michel-Ange lui montrèrent les secrets de leur art. Un travail long et opiniâtre acquit à Daniel des connaissances et de la réputation. Ce peintre fut très-employé à Rome et pour la peinture et pour la sculpture. Le cheval qui porte la statue de Louis XIII dans la Place Royale à Paris, fut fondu d'un seul jet par Daniel. Il a dessiné dans la manière de Michel-Ange. On a gravé sa Descente de Croix, peinte à la Trinité du Mont; c'est son chef-d'œuvre et un des plus beaux Tableaux qui soient à Rome.
VOLTERRE, (Raphaël de) Voyez VOLATERRAN.
VOLUMNIE, Voy. CORIOLAN.
VOLUMNIUS, (Titus) chevalier Romain, se signala par son amitié héroïque pour Marcus Lucullus. Le triumvir Antoine ayant fait mettre à mort celui-ci parce qu'il avoit suivi le parti de Cassius et de Brutus, Volumnius ne voulut point quitter son ami, quoiqu'il pût éviter le même sort par la fuite. Il se livra à tant de regrets et de larmes, que ses plaintes furent cause qu'on le traina aux pieds d'Antoine. « Ordonnez que je sois conduit sur-le-champ vers le corps de Lucullus, lui dit-il, et que j'y sois égorgé; car je ne peux pas survivre à sa mort, étant moi-même la cause de ce qu'il a pris malheureusement les armes contre vous. » Il n'eut pas de peine à obtenir cette grace de ce tyran sanguinaire. Lorsqu'il fut arrivé à la place du supplice, il baisa avec empressement la main de Lucullus, et appliqua sa tête qu'il ramassa par terre, sur sa poitrine, puis présenta la sienne au bourreau.
VOLUSIEN, ( Caïus Vibius Volusianus ) associé à l'empire par son père Gallus, fut tué par les soldats, comme nous l'avons raconté dans l'article de Vibius Trebonianus GALLUS : Voy. ce dernier mot, et ÉMILIE.
VONDEL, ( Juste ou Josse du ) poète Hollandois, né le 17 novembre 1587, de parens Anabaptistes, quitta cette secte, et mourut dans le sein de l'Eglise Catholique, le 5 février 1679, à 91 ans. Il dressa à Amsterdam une boutique de bas; mais il en laissa le soin à sa femme, pour ne s'occuper presque que de la poésie. La nature lui avoit donné beaucoup de talent. Vondel n'eut pour maitre que son génie. Il avoit déjà enfanté plusieurs Pièces en vers, non-seulement sans suivre aucune règle, mais même sans soupçonner qu'il y en eût d'autres que celles de la versification et de la rime. Instruit, à l'âge de 30 ans, de l'avantage qu'on peut retirer des anciens, il apprit le latin pour pouvoir les lire. Ensuite il s'adonna à la lecture des écrivains François. Les fruits de sa muse offrent dans quelques endroits tant de génie et une imagination si noble et si poétique, qu'on souffre de le voir tomber si souvent dans l'enfure et dans la bassesse. Toutes ses Poésies ont été imprimées en 9 vol. in-4°. Celles qui ornent le plus ce recueil, sont : I. Le Héros de Dieu. II. Le Parc des Animaux. III. La Destruction de Jérusalem, Tragédie. IV. La Prise d'Amsterdam par Florent V comte de Hollande. Cette pièce est dans le goût de celle de Shakespeare : c'est une bigarrure brillante. On y voit des anges, des évêques, des abbés, des moines, des religieuses, qui disent tous de fort belles choses, mais déplacées. V. La Magnificence de Salomon. VI. Palamède ou l'Ianocence opprimée. C'est la mort de Barneveldt, sous le nom de Palamède faussement accusé par Ulysse. Cette Pièce irrita le prince Maurice instigateur de ce meurtre. On voulut faire le procès à l'auteur; mais il en fut quitte pour une amende de 300 l. Toutes ces Tragédies péchent, et du côté du plan et du côté des règles. L'auteur ne méritoit pas d'être mis en parallèle avec Sénèque le Tragique, auquel on l'a comparé, et encore moins avec Virgile. VII. Des Sutires, pleines de fiel, contre les ministres de la religion Prétendue-réformée. VIII. Un Poème en faveur de l'Eglise Catholique, intitulé : Les Mystères ou les Secrets de l'Autel. IX. Des Chansons, etc. Ce poète négligea sa fortune pour les "Innes qui lui causèrent plus de chagrin que de gloire. 446 V O P
VOPISCUS, (*Flavius*) historien Latin, né à Syracuse, sous *Dioclétien*, se retira à Rome vers l'an 304. Il y compose l'Histoire d'Aurélien, de *Tacum* de Florien, de *Probe*, de *Firmes* de *Carus*, de *Carin* et de *Numérien*, etc. etc. Quoique ce ne soit pas un bon auteur, il est cependant moins mauvais que tous les autres dont on a fait une compilation pour composer l'*Historia Augusta Scriptores*, Leyde, 1671, 2 vol. in-8°, avec les remarques *Variorum*. Voyez l'article *AVICENNE*.
VORAGINE, *Voyez JACQUES de Voragine*, n.º XVI. I. VORSTIUS, (*Conrad*) ha- quit à Cologne le 19 juillet 1569, d'un teinturier. Après avoir étu- dié dans les universités d'Alle- magne et voyagé en France, il s'arrêta à Genève, où *Théodore* de *Bèze* lui offrit une chaire de professeur qu'il ne voulut point accepter. Il succéda en 1610 à *Arminius* professeur dans l'uni- versité de Leyde; mais les mi- nistres Anti-Arminiens employè- rent le crédit de *Jacques I* roi d'Angleterre, et demandèrent son exclusion à la république. *Vorsius* obligé de céder à leurs pers- sécutions, se retira à Gouda ou Tergow, où il demeura depuis 1612 jusqu'en 1619, uniquement occupé de ses affaires et de ses études. Le synode de Dordrecht le déclara indigne de professer la théologie; et cet anathème prononcé par des fanatiques, engagea les états de la province à le bannir à perpétuité. Il fut obligé de se cacher comme un malfaiteur; enfin il chercha un asile dans les états du duc de *Holstein*, en 1622, où il mou- rut le 29 septembre de la même année. On a dé lui un grand nombre d'Ouvrages, tant contre les Catholiques Romains que contre les adversaires qu'il eut dans le parti Protestant. Les plus recherchés sont celui, *De Dzo*, Steinfort, 1616, in-4°, que le roi *Jacques* fit brûler par la main du bourreau; et son *Amica Col- latio cum J. Piscatore*, à Gouda, 1613, in-4°. Sa conduite et quel- ques-uns de ses Écrits prouvent qu'il penchoit pour le Soci- nianisme, et si ses adversaires n'avoient fait valoir que cette raison, on n'aurôit pas pu les accuser d'injustice.
II. VORSTIUS, (*Guillaume* Henri) fils du précédent, minis- tre des Arminiens, à Warmond dans la Hollande, composa plu- sieurs livres. Les plus considé- rables sont: I. Sa *Traduction* la- tine de la *Chronologie* de *David* *Ganz*. II. Celle du *Pirke Avoth*, du Rabbin *Eliezer*, 1644, in-4°. III. Celle du livre de *Maimo- nides*, *Des Fondemens de la Foi*, 1638, in-4°, avec des remarques savantes.
III. VORSTIUS, (*Ælius* Éverhard) né à Ruremonde en 1565, mort en 1624, à Leyde où il occupoit une chaire de pro- fesseur de médecine, laissa divers Ouvrages de littérature, de mé- decine et d'histoire naturelle qui furent recherchés pour leur éru- dition. Les principaux sont: I. Un Commentaire *De Annulorum ori- gine*, dans un Recueil de *Gor- liras* sur cette matière, 1599, in-4°. II. Un *Voyage historique* et physique de la grande Grèce, de la *Japigie*, *Lucanie*, des Bru- tions et des peuples voisins, en latin. III. *Des Poissons de la* **Hollande.** IV. Des Remarques latines sur le livre *De re medica*, de *Celæ*.
IV. VORSTIUS, (Adolphe) fils du précédent, fut aussi professeur en médecine à Leyde, où il mourut en 1663, à 66 ans. Il a donné un *Catalogue des Plantes* du Jardin Botanique de Leyde, et de celles qui naissent aux environs de cette ville. Cet Ouvrage, imprimé à Leyde, 1636, in-4°, est assez bien fait. V. VORSTIUS, (Jean) né dans le Dithmarsen, embrassa le Calvinisme, fut bibliothécaire de l'électeur de Brandebourg, et mourut en 1676. On a de lui : I. Une *Philologie sacrée*, où il traite des *Hébraïsmes du Nouveau Testament*. II. Une Dissertation de *Synedriis Hebræorum*, Rostock, 1658 et 1665, 2 vol. in-4°. III. Un Recueil intitulé : *Fasciculus Opusculorum historicorum et philologicorum*, Rotterdam, 1693, 8 vol. in-8°. On trouve dans cette collection les Ouvrages suivans : *De Adagiis Novi Testamenti*; *De voce Sesach*, *Jerem. xxv*; des *Dissertations* latines sur les 70 ans de la captivité des Hébreux, sur les 70 semaines de *Daniel*, sur la Prophétie de *Jacob*, etc. etc. Tous ces Ouvrages prouvent une grande érudition, sacrée et profane. *Vorstius* étoit très-versé dans la connoissance des langues, et surtout de l'hébreu.