VOS, (Martin de) peintre, né vers l'an 1534 à Anvers, mourut dans la même ville en 1604. C'est au soin qu'il prit à Rome de copier les magnifiques ouvrages des plus célèbres maîtres, et à la liaison qu'il fit à Venise avec *le Tintoret*, que *Vos* doit la haute réputation où il est parvenu. Il a réussi également à peindre l'histoire, le paysage et le portrait. Il avoit un génie abondant; son coloris est frais, sa touche facile; mais son dessin est froid, quoique correct et assez gracieux. On a beaucoup gravé d'après ses ouvrages. I. VOSSIUS, (Gérard) d'une famille considérable des Pays-Bas, dont le nom est *Vos* prévôt de Tongres, habile dans le grec et le latin, demeura plusieurs années à Rome. Il profita de ce séjour pour fouiller dans les bibliothèques Italiennes; il fut le premier qui en tira et traduisit en latin plusieurs anciens monumens des Pères Grecs, entr'autres les ouvrages de *St. Grégoire Thaumaturge* et de *St. Ephrem*. Il mourut à Liège sa patrie en 1609, aimé et estimé.
II. VOSSIUS, (Gérard-Jean) parent du précédent, naquit en 1577 dans le Palatinat, auprès d'Heidelberg. Il se rendit très-habile dans les belles-lettres, dans l'histoire et dans l'antiquité sacrée et profane. Son mérite lui valut la direction du collège de Dordrecht, et il remplit cette place avec applaudissement. On lui confia ensuite la chaire d'éloquence et de chronologie à Leyde; et il la dut plutôt à sa réputation et à son mérite qu'à ses intrigues. Appelé en 1643 à Amsterdam pour y remplir une chaire de professeur en histoire, il s'y fit des admirateurs et des amis. Ses principaux ouvrages sont : I. *De origine Idololatriae*. II. *De Historicis Græcis... De Histor. Latinis*. III. *De Poetis Græcis, De Latinis*. IV. *De Scientiis Mathema-* 448 VOS ticis. V. De quatuor Artibus popularibus. VI. Historia Pelagia-na. VII. Institutiones Rhetorica, Grammatica, Poetica. VIII. Thæ- ses Chronologica et Theologica. IX. Etymologicon Linguæ Latinæ. X. De vitis Sermonis, etc. Tous ces écrits ont été imprimés à Amsterdam, 1695 à 1701, six vol. in-folio. La plupart sont remplis d'un savoir profond et de remarques solides. On estime surtout ce qu'il a écrit sur l'histoire, sur l'origine de l'idolâtrie et sur les historiens Latins et Grecs. On lui reproche seulement d'avoir trop compilé et de n'avoir rien voulu sacrifier de ce qu'il avoit amassé : semblable aux gens riches, mais mauvais économes, qui avant de bâtir font de grands amas de matériaux et qui aiment mieux gâter leurs édifices que de ne pas mettre en œuvre ce qu'ils ont entassé. Vossius auroit pu quelquefois se prescrire une méthode plus naturelle et plus exacte, s'il n'avoit pas voulu nous dire tout ce qu'il savoit sur les sujets qu'il traitoit. Enfin il n'a pas toujours raisonné bien juste, et a pris souvent de simples probabilités pour des raisons convaincantes et solides. Il est cependant peu de livres où l'on puisse plus apprendre que dans les siens. Ce savant mourut en 1649, à 72 ans, laissant cinq fils. On trouve le caractère de Gérard-Jean Vossius bien peint, dans le parallèle que les journalistes de Trévoux ont fait entre lui et son fils Isaac. « Rien de plus opposé, disent-ils, que les caractères du père et du fils ; rien de plus différent que leurs esprits. Dans le père le jugement dominoit ; l'imagination dominoit dans le fils. Le père travail- loit lentement ; le fils travaillait facilement. Le père se méfioit des conjectures les mieux établies ; le fils n'aimoit que les conjectures hardies. Le père formoit ses opinions sur ce qu'il lisoit : le fils prenoit une opinion et lisoit ensuite. Le père s'attachoit à pénétrer la pensée des auteurs qu'il citoit, à ne leur rien imposer, et les regardoit comme ses maîtres ; le fils s'appliquoit à donner ses propres pensées aux auteurs qu'il citoit, et ne se piquoit pas d'une fidélité exacte en les citant : il les regardoit comme des esclaves qu'il avoit droit de faire parler à son gré. Le père cherchoit à instruire ; le fils à faire du bruit. La vérité étoit le charme du père ; la nouveauté étoit le charme du fils. Dans le père on admire une érudition vaste, mais exprimée avec tant de clarté que tout s'entend, tout se retient ; on admire dans le fils un tour éblouissant, des pensées singulières, une vivacité qui se soutient toujours et qui plait toujours, même dans la plus mauvaise cause. Le père a fait de bons livres ; le fils a fait des livres curieux. Leurs cœurs ont été aussi différens que leurs esprits. Le père homme de probité, réglé dans ses mœurs, né par malheur dans la secte Calviniste, a eu toujours en vue la religion dans ses études ; il s'est détrompé de beaucoup d'erreurs, et il a approché de la foi autant que la raison seule peut en approcher. Le fils libertin de cœur et d'esprit a regardé la religion comme la matière de ses triomphes ; il ne l'a étudiée que pour en chercher le foible. (Mém. de Trévoux, janvier 1713.) » Voy. les articles suivants.
III. VOSSIUS,
III. VOSSIUS, (Denis) fils du précédent, aussi savant que son père, mort en 1633, à 22 ans, étoit un prodige d'érudition; mais son savoir lui fut funeste, car il accéléra sa mort. On a de lui de savantes *Notes* sur le livre de l'idolâtrie du rabbin *Moyse Ben-Maimon*, insérées dans l'ouvrage de son père sur la même matière.
IV. VOSSIUS, (François) frère du précédent, mourut en 1645, après avoir publié un *Poème* sur une victoire navale remportée par l'amiral *Tromp*. V. VOSSIUS, (Gérard) troisième fils de *Gérard-Jean*, fut l'un des plus savans critiques du 17$^{e}$ siècle. Il mourut en 1640. On a de lui une édition de *Velleius Paterculus*, avec des notes, à Leyde, 1639, in-16.
VI. VOSSIUS, (Matthieu) mort en 1646, frère des précédents, a donné une bonne *Chronique de Hollande et de Zélande*, en latin, Amsterdam, 1680, in-4$^{o}$.
VII. VOSSIUS, (Isaac) le dernier des enfans du célèbre *Vossius* et le premier en érudition, né à Leyde en 1618, passa en Angleterre, où il devint chaine de Windsor. Ses ouvrages répandirent son nom par toute l'Europe. *Louis XIV* instruit de son mérite, chargea *Colbert* de lui envoyer une lettre de change comme une marque de son estime et un gage de sa protection. Ce qui dut le plus flatter *Vossius*, ce fut la lettre dont ce ministre accompagna ce présent. Il lui disoit que « quoique le roi ne fût pas son souverain, il vouloit néanmoins être son bienfaiteur, en considération d'un nom que son père avoit rendu illustre, et dont il conservoit la gloire. » *Vossius* se rendit sur-tout célèbre par son zèle pour le système de la chronologie des *Septante*, qu'il renouvela et qu'il soutint avec chaleur. Il devoit donner une nouvelle édition de la version de ces célèbres *Interprètes*; mais il en fut empêché par sa mort arrivée le 21 février 1689, dans sa 71$^{e}$ année. Ce savant avoit une mémoire prodigieuse; mais il manquoit de jugement. Son penchant pour le merveilleux étoit extrême. Rempli de doutes sur les objets de la révélation, il ajoutoit foi aux contes les plus ridicules des voyageurs. Il s'entêta de la prétendue antiquité de la Chine, et mit l'histoire de ce peuple au-dessus de celle des Hébreux, sans s'embarrasser des conséquences que les incrédules en tireroient, ou plutôt pour leur fournir le moyen de tirer ces dangereuses conséquences. *Charles II* roi d'Angleterre, disoit de lui: *Ce Théologien est un homme bien étonnant ! il croit à tout, excepté à la BIBLE*. « *Mad. Mazarin*, dit des *Maizeaux* dans la *Vie de Saint-Evremond*, se plaisoit beaucoup à la conversation de ce savant homme, il mangeoit souvent chez elle. Elle lui faisoit des questions sur toutes sortes de sujets. Voici quelques traits de son caractère. Il entendoit presque toutes les langues de l'Europe et n'en parloit bien aucune. Il connoissoit à fond le génie et les coutumes des anciens, et il ignoroit les manières de son siècle. Son impolitesse se répandoit jusques dans ses expressions; il s'exprimoit dans la conversation comme il auroit fait dans un *Tome XII.* F f commentaire sur *Juvenal* ou sur *Pétrone*. Il publioit des livres pour prouver que la version des Septante est divinement inspirée, et il témoignoit par ses entretiens particuliers qu'il ne croyoit point à la révélation. La manière peu édifiante dont il est mort, ne permet pas de douter de ses sentimens... Le docteur *Hascard* doyen de Windsor, l'étant allé visiter au lit de la mort avec le docteur *Wichard* un des chanoines, ne put jamais l'engager à communier, comme c'est l'usage de l'Eglise anglicane, quoiqu'il l'en pressât fortement, jusqu'à lui dire que s'il ne le faisoit pas pour l'amour de Dieu, il le fit du moins pour l'honneur du Chapitre. » Malheureusement pour lui l'obscénité de ses remarques sur *Catulle*, et certains traits de sa conduite donnèrent trop à connoître le principe de ses impietés, et cela ne servit pas à accréditer sa façon de penser auprès des gens sages. On a de lui : I. Des *Notes* sur les géographes *Scylax* et *Pomponius-Mela... Isaac Vossius*, (dit un bon juge en cette matière, *Delisle* le géographe,) « est un de ceux qui dans ces derniers temps ont travaillé le plus utilement à la géographie; et quoique sa prétendue réforme des longitudes ne lui ait pas fait honneur, il ne laisse pas d'y avoir d'excellentes recherches dans ses ouvrages géographiques. » II. Commentaires sur *Catulle*, publiés en 1684, in-4°, pleins d'expressions libres et ordurières. On prétend même qu'il y fit entrer le traité *De Prostibulis veterum* de *Beverland*, avec lequel il étoit très-lié. III. Des *Écrits* contre *Richard Simon*. IV. *De Poématum cantu et viri-* *bus rythmi*, à Oxford, 1675, in-8° V. Plusieurs *Dissertations* philosophiques et philologiques. VI. *De motu marium et ventorum*, la Haye, 1663, in-4° VII. *De antiquâ urbis Romæ magnitudine*, dans le tome IV$^{e}$ du *Trésor des Antiquités Romaines* de Gravius. VIII. *De Triemium et Liburnicorum constructione*, dans la collection de Gravius, tom. 12. IX. *De Septuaginta interpretibus eorumque translatione et chronologid*, Londres, 1665, in-4° X. *Chronologia sacra ad mentem veterum Hebræorum*, la Haye, 1661, in-4° XI. *Dissertatio de verâ ætate mundi*, la Haye, 1659, in-4° Il veut faire le monde plus vieux que ne le fait la chronologie ordinairement reçue. *George Hornius* et *Christian Schotanus* réfutèrent son système. XII. *De Lucis naturâ et proprietate*, Amsterdam, 1662, in-4° XIII. *De Sibyllinis aliisque quæ Christi natalem præcessere Oraculis*, Leyde, 1680, in-12. XIV. *Sancti Ignatii Epistolæ, item Sancti Barnabæ Apost. Epistola, græce et latinæ cum notis*, Amsterdam, 1646. XV. *Variarum observationum liber*, Londres, 1685, in-4° Tous les ouvrages de *Vossius* depuis le n.º 9, ont été mis à l'*Index* par un décret du 2 juillet 1686. Dom *Mabillon* étant à Rome, fut invité par la congrégation de l'*Index* à donner sa résolution sur les ouvrages de *Vossius* : il la donna, et ce *Votum* que l'on trouve dans ses ouvrages posthumes, tome 2, page 59, tendoit à le décharger; mais son sentiment ne fut point suivi, comme il est prouvé par l'*Index* de *Benolt XIV*, Rome, 1770, page 282, quoique de *Boze*, *Ruinart*, le *Thuillier*, *Clémca-* èx, Goujet, Drouat, etc. aient avancé le contraire: Vossius affectoit, contre la coutume des savans, de citer fort peu, sur-tout lorsqu'il avançoit quelque nouveau paradoxe, quoique ce soit dans ces occasions qu'il faut citer ses témoins. (Voyez son caractère tracé dans l'article de Gérard-Jean Vossius son père.)
VOSTERMAN, (Lucas) graveur Hollandois, mourut à Anvers au milieu du 17e siècle. Ses Estampes sont très-recherchées et lui assignent un rang parmi les plus excellens artistes. Il a beaucoup contribué à faire connoître le mérite du célèbre Rubens et à multiplier ses belles compositions. On admire dans les ouvrages de Vosterman, une manière expressive et beaucoup d'intelligence. — Il ne faut pas le confondre avec Lucas VOSTERMAN surnommé le Jeune: c'étoit le fils du précédent; mais il fut bien inférieur à son père.
VOUET, (Simon) peintre, né à Paris en 1582, mort dans la même ville vers 1649, âgé de 59 ans, n'en avoit que 14 lorsqu'on le chargea d'aller peindre une dame qui s'étoit retirée en Angleterre. A l'âge de 20 ans, il accompagna Harlay baron de Sancy ambassadeur à Constantinople. Ce peintre vit une fois le grand seigneur Achmet I, et cela lui suffit pour le peindre de mémoire très-ressemblant. Vouet passa en Italie où il demeura plusieurs années. Il y fit une étude particulière des ouvrages de Valentin et du Caravage. Plusieurs cardinaux voulurent avoir des siens et lui procurèrent la place de peintre de l'académie de Saint-Luc à Rome. Le roi Louis XIII qui lui avoit déjà accordé une pension, le fit revenir, le nomma son premier peintre et le logea aux galeries du Louvre. Ce prince goûtoit beaucoup de plaisir à lui voir manier le crayon lorsqu'il peignoit en pastel. Il prit même des leçons de lui, et il réussit en peu de temps à faire des portraits ressemblans. Vouet s'étoit fait une manière expéditive. On a lieu d'être étonné de la prodigieuse quantité d'ouvrages qu'il a laissés. Accablé de travail, il se contentoit souvent de ne faire que les dessins sur lesquels ses élèves travailloient et qu'il retouchoit ensuite: c'est pourquoi on voit plusieurs de ses tableaux peu estimés. Ce maître inventoit facilement et consultoit la nature. On remarque dans quelques-uns de ses ouvrages un pinceau frais et moelleux; mais la trop grande activité avec laquelle il travailloit, l'a fait pour l'ordinaire tomber dans le gris. Il peut être regardé comme le fondateur de l'école Françoise. La plupart de nos meilleurs maîtres prirent de ses leçons. On compte parmi ses élèves le Surur, le Brun, Molle, Perrier, Mignard, Dorigay le père, Testelin, Dufresnoy, et plusieurs autres. — Saint-Aubin Vouet étoit son frère et son disciple. Les principaux ouvrages de Simon Vouet sont à Paris... Voy. Voet.
VOUGNY, (Louis-Valentin de) conseiller-clerc au parlement de Paris sa patrie et chanoine de Notre-Dame, mort en 1754 à 49 ans, a traduit une partie du Spaccio della Bestia de Jordano Bruni, sous ce titre: Le Ciel réformé, 1754, in-12. La traduction ne donne pas grande F f 2 envie de recourir à l'original, quoique les curieux le recherchent.
VOUWERMANS, *Voyer* WAUWERMANS. I. VOYER DE PAULMY, (René de) chevalier, seigneur d'Argenson, étoit fils de Pierre de Voyer chevalier, seigneur d'Argenson, (terre entrée dans sa maison par sa grand'mère paternelle,) gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, d'une ancienne maison originaire de Touraine. Il naquit en 1596, et alla d'abord apprendre le métier de la guerre en Hollande, alors la meilleure école militaire de l'Europe. Mais l'autorité de sa mère Elizabeth Thérault de Chiverni nièce du chancelier de ce nom, les conjonctures des affaires générales et des siennes, des espérances flatteuses et prochaines, lui firent quitter l'épée pour la robe. Il devint conseiller au parlement de Paris en 1619, puis maître des requêtes et intendant de plusieurs provinces. Les besoins de l'état le firent encore changer de poste; et on lui confia toujours les plus difficiles. Quand la Catalogne se donna à la France, il fut mis à la tête de cette nouvelle province, dont l'administration demandait un mélange singulier et presque unique de hauteur et de douceur, de hardiesse et de circonspection. Dans un grand nombre de marches d'armées, de retraites, de combats, de sièges, il servit autant de sa personne et beaucoup plus de son esprit qu'un homme de guerre ordinaire. L'enchainement des affaires l'engagea aussi dans des négociations délicates avec des puissances voisines, sur-tout avec la maison de Savoie alors divisée. Enfin après tant d'emplois et de travaux, se croyant quitte envers sa patrie, il songea à une retraite qui lui fût plus utile que tout ce qu'il avoit fait. Comme il étoit veuf il embrassa l'état ecclésiastique; mais le dessein que la cour forma de ménager la paix du Turc avec Venise, le fit nommer ambassadeur extraordinaire vers cette république. Il n'accepta cet emploi que par un motif de religion, à condition qu'il n'y seroit pas plus d'un an, et que quand il en sortiroit, son fils que l'on faisoit dès-lors conseiller d'état, lui succéderoit. A peine étoit-il arrivé à Venise le 14 juillet 1651, qu'il fut pris en disait la messe, d'une fièvre violente dont il mourut. On a de lui un *Traité de la Sagesse Chrétienne* et une traduction de l'*Imitation de J. C.*
II. VOYER DE PAULMY, (René de) fils du précédent, chevalier, seigneur d'Argenson, comte de Rouffiac, fut conseiller au parlement de Rouen, puis maître des requêtes, conseiller d'état ordinaire. Il succéda à son père dans la qualité d'ambassadeur qu'il remplit jusqu'en 1655, et mourut en 1700, âgé de 70 ans. Le sénat de Venise lui accorda et à ses descendans, la permission d'ajouter sur le tour de ses armes, celles de la république, avec le lion de St. Marc pour cimier.
III. VOYER DE PAULMY, (Marc-René de) chevalier et marquis d'Argenson, vicomte de Mouzé, etc., étoit fils du précédent. Il vit le jour à Venise en 1652. La république qui voulut être sa marraine, le fit chevalier
VOY- 453 de Saint-Marc et lui donna le nom de cet apôtre. Après avoir occupé une charge de maître des requêtes, le roi lui donna celle de lieutenant général de police de Paris. Sous lui, la propreté, la tranquillité, l'abondance, la sureté de la ville furent portées au plus haut degré. Aussi Louis XIV se reposa-t-il entièrement de sa capitale sur ses soins; il lui auroit rendu compte d'un inconnu qui s'y seroit glissé dans les ténèbres. Pendant la cherté excessive des denrées en 1709, le magistrat sut pourvoir aux besoins du peuple et calmer ses émotions passagères. Un jour étant assiégé dans une maison à laquelle une troupe nombreuse vouloit mettre le feu, il en fit ouvrir la porte, se présenta, parla et appaisa tout. Son courage et sa présence d'esprit ne paroissoient pas moins dans les incendies. S'y trouvant toujours des premiers, il donnoit des ordres pour les secours et des exemples de bravoure qui engageoient les plus timides à braver le péril. A l'embrasement des chantiers de la porte Saint-Bernard à Paris, il falloit pour prévenir un incendie général, traverser un espace de chemin occupé par les flammes. Des détachemens du régiment des gardes hésitoient à tenter ce passage, d'Argenson le franchit le premier, se fit suivre, et l'embrasement cessa. Il eut une partie de ses habits brûlés et fut plus de vingt heures dans une action continuelle. Son zèle dans l'administration de la police et son dévouement aux volontés du monarque et des ministres, furent récompensés par la dignité de conseiller d'état. Il entra ensuite dans les affaires les plus importantes; et enfin au commencement de 1718, il fut fait garde des sceaux, président du conseil des finances, et en 1720 ministre d'état. Obligé de remettre les sceaux la même année, il se consola dans la retraite de la perte de ses places, en méditant en Chrétien sur le néant de la grandeur. Il mourut l'année suivante le 8 mai, membre de l'académie Françoise et de celle des Sciences, âgé de 69 ans. Ce ministre étoit un homme d'un grand courage dans les difficultés, d'une expédition prompte, d'un travail infatigable, désintéressé, ferme; mais dur, sec et despotique. Il eut trop d'espions pour la police; il fit arrêter arbitrairement trop de citoyens. Complaisant des Jésuites, persécuteur des Jansénistes, il n'aimoit ni ne haïssoit les uns ni les autres; mais il ménageoit de préférence les hommes accrédités qui pouvoient servir son ambition. Le peuple le redoutoit et ne l'appeloit que le Damné, le Bhadamante, le Juge des Enfers; et il en avoit un peu la figure. Considéré comme homme de société, il étoit plus aimé et plus aimable. Il avoit une gaieté naturelle, une vivacité d'esprit heureuse et féconde en traits qui seuls auroient fait une réputation à un homme oisif. Il dictoit à trois ou quatre secrétaires à la fois; et souvent chaque lettre eût mérité par sa matière d'être faire à part, et sembloit l'avoir été. «Je suis obligé de convenir, dit le marquis d'Argenson son fils, que ses mœurs secrètes n'étoient pas parfaitement pures, et je l'ai vu de trop près pour croire qu'il ait été dévot. Mais il faisoit respecter la décence et la religion, F f 3 et il en donnoit l'exemple en même temps qu'il en prescrivoit la loi. Un goût particulier lui faisoit rechercher les religieuses; et l'abbaye de Tresnel, si l'on en croit les Mémoires de Riche- lieu, fut pendant quelque temps le centre de ses délassemens. Il ne faut pas pourtant ajouter une foi aveugle aux détails satiriques qu'on trouve à cet égard dans les Mémoires cités. Le maréchal de Richelieu lui attribuant sa der- nière détention à la Bastille, avoit conservé dans son cœur un vif ressentiment.
IV. VOYER DE PAULMY, (Marc-Pierre) comte d'Argen- son, fils du précédent et de Mar- guerite le Fèvre de Caumartin, naquit à Paris en 1696. Après avoir passé par différens emplois où il prouva son exactitude et son intelligence, il fut nommé lieu- tenant général de police et chef du conseil du duc d'Orléans ré- gent. (Voyez II. CORBINELLI.) Les occupations de cette dernière charge l'obligèrent de se démet- tre de la première; et le roi en acceptant sa démission, le nomma en 1724 conseiller d'état. Le chan- celier d'Aguesseau travailloit alors à la rédaction des ordonnances et des lois avec plusieurs magistrats distingués, au nombre desquels il admit d'Argenson. L'adminis- tration de la librairie lui fut con- fiée peu de temps après: et dans cette place il travailla en même temps à sa propre gloire et à celle des lettres. Il passa ensuite au ministère; il eut le départe- ment de la guerre et la surin- tendance des postes. La fa- meuse campagne de Bohème avoit anéanti pour ainsi dire l'armée Françoise. Le nouveau ministre remédia par ses soins et par son activité à tous les maux que les troupes avoient éprouvés. Il com- pléta les régimens, il en augmenta le nombre, il forma les grena- diers royaux; enfin il établit l'École militaire. Disgracié en 1757 par les menées de Mad. de Pompadour, il donna la démis- sion de sa place de secrétaire d'é- tat et de la surintendance des pos- tes. Il se retira à sa terre des Or- mes, où il oublia dans le sein de la philosophie les honneurs et les dignités qu'il avoit perdus. Il y mourut en 1764. Plusieurs gens de lettres le visitèrent dans sa re- traite. Il les recevait avec l'hon- néteté d'un homme du grand monde. Sans avoir une vaste lit- térature, il avoit l'esprit orné et une heureuse facilité de parler. Considéré comme ministre de la guerre, Duclos en rendant jus- tice à ses talens, lui reproche plusieurs fautes dans les derniers temps de son ministère. « Comme il étoit, dit-il, uniquement oc- cupé d'étendre son département, il voulut en 1757 armer toute la France sur terre et ruiner par-là le ministre de la marine. Hardi dans ses projets, timidé dans les moyens d'y tendre, il veut faire son fils officier général; et n'osant le faire passer par-dessus ses an- ciens, il fait une multitude d'of- ficiers généraux qui surchargent, embarrassent les armées, dévo- rent les provisions par le luxe, et ruinent les finances. Sans être avide d'argent pour lui-même, il a obéré l'état par les fortunes immenses qu'il a procurées dans les vivres, les hôpitaux, à mille de ses créatures, indépendam- ment du brigandage de sa famille. Avec beaucoup d'esprit, et le goût qu'il avoit inspiré pour lui au roi, il auroit pu se maintenir en place. D'ailleurs, dégagé de tout principe moral, le bien et le mal lui sont indifférens; mais par foiblesse de caractère, il obéit souvent à la passion d'autrui et s'est perdu. Il a voulu concourir avec la comtesse d'Estrades pour détruire la marquise de Pompadour, à qui la comtesse devoit tout; » et l'exil fut la suite de cette intrigue. — Son frère René-Louis marquis d'ARGENSON ministre des affaires étrangères, étoit mort en 1756. Celui-ci étoit un bon politique et un excellent citoyen. Il avoit un esprit agréable qu'il avoit perfectionné par la lecture. Comme il avoit la sagesse de ne pas le prodiguer aux yeux de quelques courtisans, ils l'appeloient aussi sottement qu'injustement d'Argenson la Bête. Nous avons de lui : I. Des Considérations sur le Gouvernement, 1765, in-8° et in-12, qui sont d'un philosophe éclairé et d'un ministre humain. On en a publié une seconde édition plus ample en 1784. II. Les Loisirs d'un Ministre ou Essais dans le goût de Montaigne, deux brochures in-8°, 1787. Ce sont des réflexions mêlées de traits historiques et d'anecdotes, la plupart peu connues et racontées avec franchise et avec vérité. — V. VOYER, (Marc-Antoine le) marquis de Paulmy, neveu du garde des sceaux, naquit en 1712 à Valenciennes où son père étoit intendant. Il fut ambassadeur en Suisse, en Pologne, à Venise, et ministre d'état. Il étoit plus fait pour les sciences et les plaisirs que pour l'administration : aussi son ministère fut-il fort court. Il mourut le 13 août 1787, laissant une fille mariée au duc de Luxembourg. Les Mélanges tirés d'une grande Bibliothèque, 65 parties in-8°, sont en partie de lui. Ce sont des extraits de plusieurs livres curieux que renfermoit sa riche bibliothèque. On y trouve des choses qu'on chercheroit vainement ailleurs; le style est quelquefois négligé, mais clair et en général assez agréable. Le marquis de Paulmy étoit de l'académie Françoise, de celle des Inscriptions et des Sciences; il fut associé de celles de Berlin et de Nancy. Plusieurs Romans de chevalerie, de gothiques qu'ils étoient, devinrent sous sa plume, françois, lisibles et intéressans.
VOYER, Voy. LIONEROLLES.
VRAC DU BUISSON, (Jean) né à Paris en 1704, d'une famille originaire d'Alsace, étudia d'abord les mathématiques dans la vue d'entrer dans le corps du génie; mais il s'attacha ensuite à l'architecture par le conseil de Boffrand premier ingénieur des ponts et chaussées de France. Assuré de la capacité et des talons de son élève, cet habile maître lui confia la conduite du fameux Puits de Bicêtre; il fut si content de son coup d'essai, qu'il le fit nommer à la place d'inspecteur, et peu de temps après à celle d'entrepreneur des bâtiments des hôpitaux. Vrac du Buisson eut alors lieu de travailler d'après lui-même. Parmi les opérations de ce génie inventif, on ne doit pas oublier la Citerne de Port-Royal, qu'on regarde comme un chef-d'œuvre en son genre, par la facilité que l'architecte a donnée aux eaux du ciel de s'y 456 VRÉ rendre, malgré les inégalités du terrain : secours d'autant plus important, qu'il seroit très-dispendieux de creuser des puits dans cet endroit le plus élevé de la capitale, et plus difficile encore d'en tirer de l'eau pour les besoins de cette abbaye et de ses jardins. Il se distingua sur-tout par la solidité de sa bâtisse et par son économie : deux parties essentielles dans l'architecture. La solidité de sa bâtisse se fait remarquer dans les vastes édifices ajoutés à l'Hôpital général, dans ceux des *Enfans-Trouvés*, au parvis *Notre-Dame* et au faubourg *Saint-Antoine*. Le goût pour l'économie dominent en lui au point, qu'avant de produire au grand jour quelques-unes de ses nouvelles inventions, il en faisoit exécuter les modèles à ses frais. C'est d'après des essais ainsi répétés, qu'il fit construire dans une forme nouvelle et plus avantageuse, les *Fours* à cuire le pain des pauvres, dans la *maison de Scipion* du faubourg Saint-Marceau, et les *Moulins* de l'Hôpital général. Cet habile architecte jouissoit de la plus brillante réputation parmi les grands maîtres de l'art lorsque la mort l'enleva en 1762, après une saignée légèrement demandée.
VRÉE, *Voyez* URÉE.
VRIEMOET, (*Emo-Lucius*) Protestant, né à Embden dans la Frise en 1699, fut ministre, puis professeur des langues orientales et des antiquités hébraïques à Franeker où il mourut en 1764. Ses principales productions sont : I. Un Recueil d'*Observations Philosophiques et Théologiques*, en latin, Leewarde, 1740, in-4.
II. *Arabismus exhibens Grammatica arabica*; *accessere monumenta arabica*, etc., Franeker, 1733, in-4. III. *Tyrocinium Hebraismi*, Franeker, 1742, in-12. IV. *Athenarum Frisiacarum libri duo*, Leewarde, 1758, in-4. C'est l'histoire de l'université de Franeker et de 136 professeurs qu'elle a eu depuis son établissement jusqu'à l'an 1758.
VRILLIÈRE, (*Louis-Phely-peaux*, connu d'abord sous le nom de comte de *Saint-Florentin* et depuis 1770 sous celui du duc de la) naquit en 1705; et quoiqu'il eut des talens et des lumières très-médiocres, il remplit la place de secrétaire d'état dès l'âge de 24 ans. La liste des détails qui lui étoient confiés paroissoit assez longue dans l'*Almanach Royal*; mais au fond rien d'important ne rouloit sur lui: il signoit et expédioit d'après les ordres du ministre dominant auquel il étoit toujours assujetti. Il signa sur-tout beaucoup de lettres de cachet; et l'humanité ainsi que la liberté, ont à cet égard des reproches graves à faire à sa mémoire. *Louis XV* attaché par habitude au comte de *Saint-Florentin*, lui donna toujours des marques de bienveillance et même d'amitié. Il le décora du titre de ministre d'état en 1751, et de celui de duc en 1770. Quand la *Villière* eut une main emportée à la chasse, ce prince lui écrivit une lettre affectueuse, et lui dit en le revoyant après cet accident; *Tu n'as perdu qu'une main et tu en trouveras toujours deux en moi pour ton service*. Dans les derniers temps de son règne, où la malignité des courtisans semoit sourdement le bruit de sa disgrace, *Louis XV* le rassura en lui disant : *Il ne faut pas que vous me quittiez ; vous avez trop besoin de moi et moi de vous*. Il n'en fut pas de même sous *Louis XVI* ; le duc de la *Vrillière* fut obligé de se démettre de ses places en 1775, et il mourut peu de temps après, le 27 février 1777, sans laisser de postérité. Dans l'éloge qu'on prononça à l'académie des Belles-Lettres dont il étoit honoraire, on fit valoir son zèle pour le progrès des arts et pour le meilleur état du jardin du roi et du collège Royal. Plusieurs gens de lettres lui durent aussi leur petite fortune ; car quoiqu'il fût prodigue distributeur d'ordres arbitraires, il étoit dans son intérieur bon, facile, et se laissoit même gouverner et subjuguer par ceux ou celles qui l'entouroient — L'un de ses aïeux, *Louis Phelypeaux de la Vrillière*, avoit été pendant 62 ans secrétaire d'état sous *Louis XIII* et *Louis XIV*; mais il eut peu d'éclat soit à la cour, soit dans le royaume. Le fameux *Particelli d'Emery* son beau-père lui laissa une riche succession. — *Balthazar Phelypeaux* son fils conseiller-clerc au parlement, quitta l'état ecclésiastique pour avoir sa place, et mourut en 1700. On l'appeloit M. de *Châteauneuf*, mais son fils reprit le nom de la *Vrillière*, et c'est peut-être le ministre qui a signé le plus d'expéditions. Le duc d'*Orléans* qui avoit renvoyé tous les ministres de *Louis XIV*, conserva celui-là, parce qu'il crut qu'il seroit entièrement dans sa dépendance. Il mourut en 1725, et fut père du duc de la *Vrillière* qui fait le sujet de cet article.
VUILLERME — D'ALLOZ (Thérèse) née à Saint-Claude en 1734, et morte au château de Serger près de cette ville en 1800, mérite une place dans les Annales de la vertu, pour le courage et la bienfaisance qu'elle montra lors de l'incendie de Saint-Claude arrivé le 20 juin 1799. Après ce funeste événement, elle s'empressa de donner asile dans sa maison de campagne à tous les malheureux dont l'habitation avoit été la proie des flammes. Plus occupée de leur infortune que des pertes considérables que l'incendie venoit de lui causer à elle-même, elle leur prodigua à tous des secours et des consolations. Pendant toute sa vie généreuse cette dame fut la mère des indigens, des orphelins, des vieillards délaissés. Les filles sans fortune qui ne demandoient que du travail, étoient assurées de trouver dans son industrieuse charité les ressources qui leur manquoient. Douée de la plus belle figure et d'une extrême affabilité, c'étoit la bonté sous l'extérieur des graces ; et l'on peut dire avec vérité que ce que Mad. de *Miramion* étoit aux pauvres de Paris sous le règne de *Louis XIV*, Mad. d'*Alloz* l'étoit aux pauvres de Saint-Claude dans ces derniers temps. Deux de ses fils, *Félix* et *Philippe d'Alloz*, officiers au régiment d'Agénois, réunissant les talens de l'esprit à la douceur du caractère, sont morts en héros dans la guerre civile des Colonies où ils avoient été envoyés en 1791, pour faire respecter les lois et les propriétés. Leur père fut l'ami de *Voltaire* ; leur mère le fut de tous les gens de bien. 458 V U L
VULCAIN ou MULCIBER, (Mythol.) dieu du Feu, fils de Jupiter et de Junon. Comme il étoit extrêmement laid et mal fait, aussitôt qu'il fut né Jupiter lui donna un coup de pied et le jeta du haut en bas du ciel. Vulcain se cassa la jambe en tombant. Cet accident le rendit boiteux; mais il ne l'empêcha pas d'épouser Vénus qui ne lui fut guères fidelle. Vulcain fut le forgeron des dieux : il fournissoit des fondres à Jupiter, des armes à Mars, et tenoit ses forges dans les isles de Lypare, de Lemnos et au fond du Mont-Etna. Les Cyclopes ses forgerons qui n'avoient qu'un œil au milieu du front, travailloient continuellement sous lui. On lui donna le nom de Mulciber, parce qu'il amollissoit le fer dans le feu. Les Vulcanales étoient des fêtes en son honneur, pendant lesquelles on couroit dans les rues avec des torches allumées, et l'on faisoit dans les places publiques de grands feux où l'on jetoit des animaux vivans pour se rendre ce dieu favorable. Voyez MARS, VÉNUS et JUNON.
VULCANIUS, (Bonaventure) né à Bruges et mort en 1614, âgé de 77 ans, à Leyde où il étoit professeur de grec, fut un assez bon littérateur pour son temps. Il se laissa entraîner par les erreurs du Luthéranisme, et il employa quelquefois sa plume contre l'Eglise Catholique. Ses principaux ouvrages sont : I. Une Version médiocre de Callimaque, de Moschus et de Bion, in-12. II. Une bonne édition d'Arrien, qui a été ensuite corrigée et augmentée par Nicolas Blanchard; c'est celle qui est connue sous le nom de Variorum. III. Une édition d'Agathias le Scolastique, sur le règne et la vie de Justinien, avec un bon Commentaire : elle a été imprimée au Louvre en 1660, in-fol.
VULSON, (Marc de) sieur de la Colombière, de la religion Prétendue-Réformée et gentilhomme de la chambre du roi, mourut en 1658. Ayant un jour surpris sa femme en adultère, il la tua elle et son galant, puis il vint en poste à Paris solliciter sa grace qu'il obtint. Cet événement arriva à Grenoble en 1618. Depuis on menaçoit dans cette ville les femmes coquettes de la Vulcanade. Ses ouvrages sont : I. La Science héroïque, traitant de la Noblesse, de l'origine des Armes, etc., in-fol., Paris, chez Cramoisy, 1644. Cet ouvrage fut augmenté et réimprimé dans la même ville en 1669. C'est la plus belle et la meilleure édition de ce livre, l'un des plus savans que nous ayons pour la science du blason. II. Recueil de plusieurs pièces et figures d'Armoiries, in-fol., Paris, 1689, III. Le Théâtre d'honneur et de Cavalerie ou le Miroir historique de la Noblesse, contenant les combats, les triomphes, les tournois, les joûtes, les armes, les carrousels, les courses de bagues, les pages des batailles, les cartels, les duels, les dégradations de Noblesse, etc., Paris, 1648, 2 vol. in-fol. : ouvrage curieux et très-utile pour connoître le cérémonial de l'ancienne chevalerie et pour l'intelligence de nos vieux Romans.
VULTURNE, (Mythol.) Vent qu'on croit être le même qu'Euras. — C'étoit aussi le nom d'un Dieu adoré à Rome, en l'honneur duquel il y avoit des fêtes nommées L'ulturales. **W**ACE ou WAICE. (Robert) poète François, de l'isle de Jersey, fut clerc de la chapelle d'*Henri II* roi d'Angleterre, et chanoine de Baïeux. Il vivoit vers le milieu du 12$^{e}$ siècle. Il est auteur du roman de *Rhou et des Ducs de Normandie*, écrit en vers françois. Ce livre est utile pour connoître les usages, la propriété et la signification de beaucoup de termes, enfin pour certains faits historiques de son temps. Il est manuscrit dans la bibliothèque du roi de France, sous le titre ci-dessus désigné; et dans celle du roi de la Grande-Bretagne, sous le titre de *Roman des Rois d'Angleterre*. (Voyez *Bibliotheca Bibliothec. Mss.* de Dom de Montfaucon, tome 1. pag. 627.)
WACHTER, (N.) savant antiquaire Allemand, a publié un *Glossaire* de sa langue dans le moyen âge; ouvrage estimé. L'auteur est mort au commencement du 18$^{e}$ siècle. I. WADING, (Pierre) naquit à Waterford en Irlande, l'an 1586, et se fit Jésuite à Tournai en 1601. Il enseigna la théologie, partie à Prague, partie à Louvain pendant 16 ans, et fut chancelier des universités de Prague et de Gratz en Stirie. Il vécut long-temps en Bohème et dans d'autres lieux des pays héréditaires de l'empereur; et par-tout son savoir et sa piété lui attirèrent une vénération singulière. Il mourut à Gratz en 1644, laissant divers ouvrages en latin.
II. WADING, (Luc de) Cordelier Irlandois, se fixa à Rome, s'y fit estimer par sa probité, et mourut dans cette ville vers l'an 1655. Il est auteur: I. Des *Annales* de son ordre, dont la meilleure édition est celle de Rome, 1731 et années suivantes, en 17 vol. in-fol. II. De la *Bibliothèque des Ecrivains qui ont été Cordeliers*, 1650, in-fol., parmi lesquels on en trouve plusieurs qui n'ont pas porté l'habit de Saint-François. Cet ouvrage est cependant utile, ainsi que ses *Annales*, quoiqu'on reproche quelques fautes à l'auteur. L'enthousiasme pour son ordre lui a fait répéter plusieurs fables dignes des siècles d'ignorance. Il avoit plus de piété que de critique. Le Père *Castel* Récollet a donné un assez bon abrégé des *Annales*, en 4 vol. Le P. François *Harold* Cordelier, avoit déjà donné une continuation et un abrégé de cet ouvrage, en deux vol. in-fol. Le même écrivain a continué et corrigé la *Bibliothèque de Wading*.
WAERBEK, Voyez PERKINS.
WAESBRUCK, Voy. WANBROUK.
WAFFER, (Lionel) chirurgien de Londres, fit diverses courses en Amérique avec les armateurs *Kock* et *Lack*; ensuite 460 WAG avec *Dampierre*, enfin avec *Davis* qui exerçoit la piraterie dans la mer du Sud; il retourna en 1690 en Angleterre. Son Voyage imprimé à Londres en 1699, fut traduit en françois par M. de *Montirat*, Paris, 1706, in-12. Il passe pour exact.
WAGENSEIL, (Jean-Christophe) né à Nuremberg le 26 novembre 1633, fut choisi pour gouverneur de quelques gentilshommes. Il voyagea avec eux en France, en Espagne, dans les Pays-Bas, en Angleterre et en Allemagne, et part-tout il se fit des amis zélés. *Louis XIV* lui donna en diverses occasions des marques de son estime, et lui fit trois présens considérables. De retour en Allemagne, il devint professeur en histoire, en droit et en langues orientales à Altorf, et bibliothécaire de l'université de cette ville. On a sa *Vie*, imprimée à Nuremberg, 1719, in-4. Ses principaux ouvrages sont: I. Un *Traité* plein de recherches : *De Urbe Noribergá*, in-4. II. *Pera Librorum juvenilium*, in-12 : c'est un cours d'étude pour les enfans. II. *Tela ignea Satanæ*, Amsterdam, 1681, en 2 vol. in-4. C'est un recueil des ouvrages des Juifs contre le Christianisme, avec la réfutation; il est curieux et utile. Ce savant mourut le 9 octobre 1705, à 72 ans.
WAGNER, (Jean-Jacques) médecin Suisse, né en 1641, fut bibliothécaire de la ville de Zurich, et membre de l'académie des *Curieux de la Nature*, à laquelle il communiqua beaucoup de Mémoires. Il mourut en 1695, après avoir publié *Historia Naturalis Helvetia curiosa*, Zurich, 1680, in-12. *Tiny* en a profité dans quelques-uns de ses Écrits.
WAGSTAFF, (Thomas) chancelier de l'Église cathédrale de Lichfield, et habile médecin Anglois, né en 1645, mort en 1712, devint suffragant d'Ipswich. On a de lui plusieurs Ouvrages estimés des Anglois.
WAICE, *Voyez WACE*.
WAILLY, (Noël-François de) né à Amiens, membre de l'Institut national, s'attacha à l'étude de la grammaire Françoise et en approfondit les principes. Son opinion est devenue souvent une autorité en cette partie. On lui doit : I. Une *Grammaire* qui parut pour la première fois en 1754 in-12, et qui a été souvent réimprimée. Il en publia ensuite l'*Abrégé*. II. *Principes* de la langue latine, mis dans un ordre plus clair, in-12. Cet écrit a obtenu de même plusieurs éditions. III. De l'*Orthographe* ou moyens simples et raisonnés de diminuer ses imperfections dans la langue Françoise, 1775, in-12. IV. On lui doit la traduction des *Commentaires* de César, et des *Orasons* choisies de Cicéron, 1778, 4 vol. in-12. Il a publié encore de nouvelles éditions du Dictionnaire de la langue Françoise de *Bichelet* et l'Art de peindre à l'esprit, de *Sensaric*. *Wailly* est mort à Paris dans le cours de l'an 1801. C'étoit un homme grave et froid, et par-la même propre aux discussions grammaticales. Son esprit avoit de la netteté, et son style le même caractère. Tous ses ouvrages sont faits avec soin. On eût dû peut-être adopter quelques-unes de ses idées sur la W A L 461 réforme de l'orthographe; car le temps seul peut amener un changement total en ce genre. *Wailly* étoit estimable comme citoyen, comme époux, comme père. Il étoit attaché à tous ses devoirs et les remplissoit avec exactitude. — WAKE, (Guillaume) archevêque de Cantorbery, né en 1657, et mort à Lambeth en 1737, à 80 ans, est connu par divers *Sermons*, par plusieurs *Ecrits* de controverse contre *Bossuet*, et par l'état de l'Eglise et du clergé d'Angleterre, 1703, infolio. Cet auteur avoit du savoir et du zèle pour sa communion.
WALÆUS, (Antoine) né à Gand le 3 octobre 1573, d'une famille illustre dans la magistrature, mort le 6 juillet 1639, parcourut les principales villes de France, de Suisse et d'Allemagne. De retour en Hollande, il y fut pasteur en divers lieux. Il se déclara en faveur des *Contre-Remontrans* et obtint une chaire de professeur de théologie à Leyde. On a de lui plusieurs Ouvrages de théologie et de controverse. C'est lui qui a fait la plus grande partie de la *Traduction* flamande de la *Bible* qui fut entreprise par ordre des États et qui parut pour la première fois en 1637. Presque tout le Nouveau Testament est de la traduction de *Walæus*. On a encore de lui : *Compendium Ethica Aristotelica*, Leyde, 1636, in-12. — WALDECK, (Christian-Auguste, prince de) général Autrichien, commanda en 1789 une division de l'armée Impériale contre les Turcs, et fut employé ensuite en 1792 contre les François. Sous les murs de Thionville, il eut un bras emporté. Bientôt après il passa le Rhin, vis-à-vis Seltz, et s'empara avec *Wurmser* des lignes de Weissembourg. *Waldeck* prit ensuite le camp de Benhein et Fort-Louis; se rendit dans les Pays-Pays où il servit avec gloire; passa en 1796 dans la Bohème pour y commander les milices, et en 1797 en Portugal où la reine le mit à la tête de ses armées. Il est mort en 1798, à l'âge de 54 ans, avec la réputation d'un général brave, prudent et éclairé.
WALDEMAR, (Marguerite de) *Voyez MARGUEFITE*, n.º II.
WALDENSIS, (Thomas) *Voyez NETTER*.
WALEF, (Blaise-Henri de Corte, baron de) lieutenant général au service d'Angleterre en 1714, et quelque temps après colonel des Dragons en Hollande, né probablement à Liège en 1652, comme il l'insinue dans un de ses Ouvrages, et mort dans cette ville le 22 juillet 1734, avoit de grandes dispositions pour la poésie; mais il manquoit d'un ami ou d'un maître rigide, pour régler les écarts d'une imagination féconde et presque toujours gigantesque. Il voulut embrasser tous les genres de poésie, et ne réussit dans aucun; on trouve cependant dans ses Ouvrages de très-beaux vers; mais il ne se soutient pas, et la seule de ses poésies qu'on puisse lire entièrement, est une satire contre sa femme; encore faut-il la lire dans le recueil de ses *Œuvres choisies*: l'éditeur de ce recueil 462 WAL en a élagué quantité de vers qui le déparoient. Le baron de *Walef* savait presque toutes les langues vivantes : le latin, le grec ne lui étoient pas même inconnus. Il avoit voyagé dans presque toute l'Europe. Ses Ouvrages ont été imprimés à Liège en 1731, en 5 vol. in-8°, édition très-fautive. A ces cinq volumes il faut en ajouter deux autres in-8°, imprimés quelque temps auparavant : ces deux volumes contiennent les Poèmes des *Titans* et des *Gémeaux*. On a encore de lui un recueil de Satires qu'il fit imprimer séparément à Cologne, sous ce titre bizarre : *Catholicon de la Basse - Germanie*. M. de *Villensagne* chanoine a donné au public ses *Œuvres choisies*, avec un abrégé de la *Vie* de l'auteur, Liège, 1779, in-12.
WALEMBOURG, WALEMBURCH ou WALLEMBOURG, (les Frères *Adrien* et *Pierre de*) naquirent à Rotterdam de parens Catholiques. Après avoir pris des degrés à Paris, ils se rendirent à Dusseldorp, où ils s'appliquèrent avec ardeur à l'étude des controverses. Leur mérite les fit appeler à Cologne. *Adrien* l'aîné des deux, fut nommé chanoine de l'Église métropolitaine, puis sacé évêque d'Andrinople pour être suffragant de Cologne. A l'égard de *Pierre*, après avoir été le compagnon inséparable de son frère *Adrien*, il le quitta pour aller à Maïence où il fut fait chanoine et doyen de Saint-Pierre, et suffragant de cette ville sous le titre d'*Evêque de Mysie*. Mais dans la suite les infirmités de son frère l'obligèrent de retourner à Cologne et d'y exercer les fonctions de suffragant à sa place. *Adrien* mourut à Cologne le 11 septembre 1669, après avoir mis en ordre le premier volume de leur important Ouvrage. *Pierre* en acheva l'édition qui parut à Cologne en 1670, en deux volumes in-folio. Il se disposoit à donner au public cinq autres *Traités* importans lorsqu'il mourut le 21 décembre 1675. Ces deux frères, également illustres par leur piété exemplaire, par leur savoir et par leur union, fondèrent six bourses à Cologne pour de jeunes Hollandois qu'on jugerait capables de faire des études solides. *Les deux volumes de leurs controverses sont dignes*, dit Arnauld, d'être entre les mains de tous ceux qui étudient la théologie. Cet Ouvrage est peu commun, sur-tout avec la *Regula Fidei* qui doit se trouver à la fin du second volume et qui y manque quelquefois. On en a un excellent *Abrégé* fait par eux-mêmes, imprimé à Cologne en 1682, in-12, et réimprimé en 1768.
WALHORN, *Voyez* L. DECKER.
WALIGFORD, (Richard) abbé de Saint-Alban en Angleterre, florissoit l'an 1326. Quelques auteurs le croient l'inventeur des horloges à roues. D'autres attribuent cette invention à *Pacificus* archidiacre de Vérone vers l'an 840 : mais ce n'est que depuis *Waligford* que cette ingénieuse machine commença à être généralement connue.
WALLACE ou VALLEYS, (Guillaume) seigneur Écossois, d'une famille ancienne, mais W A L 463 pauvre, étoit également distingué par son courage et par sa force gigantesque. Il s'en servit pour délivrer sa patrie de la tyrannie d'*Edouard Ier* qui vouloit la tenir sous le joug. Il rassembla en 1298 les vagabonds, les fugitifs. S'étant mis à la tête d'une petite armée, il défit 40 mille Anglois, commandés par le comte *Warren Gressingha* trésorier et déprédateur de l'Écosse, lequel fut tué dans cette action, et écorché par les Écossois qui firent de sa peau des selles et des ceintures. *Wallace* révéré comme le sauveur de la nation, fut nommé régent du royaume pendant la captivité du roi *Jean Balliol* qui avoit usurpé la couronne d'Écosse par le secours d'*Edouard I*. Il pénétra hardiment en Angleterre, porta le fer et le feu jusqu'au voisinage de Durham, et revint chargé de gloire et de dépouilles. *Edouard* qui étoit alors en Flandre, revint promptement en Angleterre, maréha contre les Écossois à la tête d'une puissante armée qui défit celle de *Wallace*. Le héros vaincu se retira avec les débris de ses troupes derrière les marais du Nord, où il n'étoit pas possible de le poursuivre. La jalousie des seigneurs Écossois fut une des principales causes de sa défaite. *Wallace* indigné de leur ingratitude, se démit de la régence et vécut en simple particulier. Cependant l'amour de la liberté tenoit toujours les Écossois en armes, et *Edouard Ier* lui attribuoit tous leurs projets. Il aposta des traitres qui lui livrerent *Wallace* en 1303. Ce brave homme fut exécuté comme coupable de haute trahison, et les quatre quartiers de son corps fu- furent exposés dans quatre des principales villes d'Angleterre.
**WALLAFRID-STRABON**, Bénédictin du IXe siècle, fut élevé dans le monastère de Fulde, sous la discipline d'*Hincmar*. Il devint ensuite abbé de Richnoue dans le diocèse de Constance. Sa piété exemplaire et son savoir profond lui concilièrent l'estime générale. Les principaux Ouvrages qui nous restent de lui, sont : I. *De Officiis divinis*, seu *De exordiis et incrementis rerum Ecclesiasticarum*. On le trouve dans la *Bibliothèque des Pères* et autres recueils. II. *Poëmata*, dans le *Canisius de Basnage*; imprimés séparément en 1604, in-4.º Ce recueil comprend : 1.º Un long *Poëme* à la louange du martyr *St. Mammès*. 2.º Un autre *Poëme* de neuf cents vers, intitulé la *Vision*. L'auteur le composa à l'âge de 18 ans, et il y attaque souvent la mémoire de *Charlemagne*. 3.º Douze hymnes en l'honneur des Apôtres; *Basnage* a eu tort de les attribuer à *Fortunat*. 4.º Enfin, un *Poëme* qui a pour titre : *Hortulus* ou le petit *Jardin*. C'est le chef-d'ouvre du poète. Il y traite de la culture des plantes et des fleurs. De l'élégance, des images gracieuses distinguent cet opuscule qui mériteroit d'être plus connu. III. *Glossa ordinaria in sacram Scripturam*, Paris, 1590, 7 volumes in-folio, Anvers, 1634, 6 vol. in-folio. Ces Ouvrages sont fort utiles, du moins le premier, pour connoître l'ancienne discipline de l'Église. On lui doit encore une *Histoire* du monastère de Fulde, un *Commentaire* des psaumes que *Bernard Pez* a recueilli dans son quatrième tome, un Sermon sur le renversement de Jérusalem, et les Vies de St. Gal et de St. Othmar qui font partie du recueil de Goldust. Il mourut vers l'an 849, à Paris où Louis roi de Germanie l'avoit envoyé en qualité d'ambassadeur auprès de Charles le Chauve.
WALLER, (Edmond) naquit en 1605 à Coleshill, province de Hereford, d'une famille riche qui lui laissa 60.000 livres de rente. Il fut élevé à Cambridge, et fit paroître de bonne heure beaucoup de goût pour les bons écrivains d'Athènes et de Rome. Les talens que la nature lui avoit donnés pour la poésie, l'ayant fait connoître à la cour, Charles Ier lui fit un accueil favorable. Il s'attacha à ce prince, et entra en 1643 dans le dessein de réduire la ville et la tour de Londres en son pouvoir; mais ce dessein ayant été découvert, il fut mis en prison et condamné à une grosse amende. Dès qu'il eut obtenu sa liberté, il passa en France, où dans le sein des Muses et loin des orages, il coula des jours heureux pendant plusieurs années. De retour en Angleterre, il flatta le protecteur et en fut très-bien accueilli. Charles II ne lui marqua pas moins de considération. Saint-Evremont, la duchesse de Muzarin, et ce que la cour avoit alors de plus poli et de plus ingé, mieux, se firent un plaisir d'être liés avec lui. Cet Anacréon de l'Angleterre mourut en 1687, avec une grande réputation de probité. Mais s'il avoit des sentimens d'honneur, il n'avoit pas l'ame forte; dans le parlement, il s'embarrassoit fort peu du tour que prenoient les affaires, pour vu qu'elles lui donnassent l'occasion de dire de jolies choses; il changeoit de façon de penser selon les temps et les circonstances. Il est peu de poètes qui aient autant flatté leurs souverains. Ce défaut est d'autant plus remarquable en lui, qu'il n'en est peut-être point qui aient vécu sous tant de princes différens. Dans ses Ouvrages, Jacques Ier est le plus grand des rois; Charles Ier son fils lui succède à peine qu'il l'efface; Cromwel est encore plus grand qu'aucun d'eux. Charles II est-il rétabli sur le trône? il éclipse le protecteur, et est lui-même éclipsé par Jacques II son frère. Waller avoit fait un éloge funèbre de Cromwel, qui, avec ses défauts passe pour un chef-d'œuvre. Charles II, qu'il avoit loué dans une pièce faite exprès, lui reprocha qu'il avoit mieux fait pour Cromwel. Waller répondit: SIRE, nous autres Poètes, nous réussissons mieux dans les fictions que dans les vérités... Quelquefois cependant il disoit librement son sentiment à Jacques II. Ayant appelé devant ce prince Elizabeth, la plus illustre reine du monde, le roi lui dit: Je suis surpris que vous pensiez ainsi; j'avoue pourtant qu'elle avoit de bons conseillers. Mais, SIRE, répondit Waller, Votre Majesté a-t-elle jamais connu un fou qui ait choisi des conseillers sages. Les Ouvrages de Waller ne roulent presque que sur l'amour et le plaisir. Il fit cependant, sur la fin de sa vie qui fut très-longue, un Poème sur l'Amour divin, en six chants, et quelques autres poésies pieuses. Au milieu même de la cour libertine de Charles II, il s'éleva avec force W A L 465 force contre le duc de Buckingham qui prêchoit l'athéisme : Milord, lui dit-il un jour, je suis beaucoup plus âgé que vous, et je crois avoir entendu plus d'argumens en faveur de l'athéisme que vous; mais j'ai vécu assez long - temps pour reconnaître qu'ils ne signifient rien, et j'espère qu'il en arrivera autant à Votre Grandeur. Il n'a écrit qu'en anglois, il eut à peu près à Londres la même réputation que Voiture eut à Paris; et il la méritoit mieux, mais il n'étoit pas encore parfait. Ses Ouvrages galans respirent les graces, mais la négligence les fait languir, et souvent des pensées fausses les défigurent. On avoue cependant que c'est le premier des poètes Anglois qui ait consulté l'harmonie dans l'arrangement des mots, et la raison dans le choix des idées. Il laissa quatre garçons et trois filles. Ses Poésies ont été recueillies en 1730, in-12.
WALLERIUS, (N.) professeur de chimie à Upsal, mort chevalier de l'ordre de Vasa après l'année 1779, dans un âge avancé, est auteur d'une Minéralogie, traduite en françois en 2 vol. in-80, qui est estimée.
WALLEYS, Voyez WALLACE.
WALLIS, (Jean) né en 1616 à Ashford dans la province de Kent, fut d'abord ministre de l'église Saint-Martin, puis d'une autre église à Londres. Son talent pour les mathématiques lui procura en 1649, la chaire de professeur en géométrie à Oxford, et huit ans après la charge de garde des archives. Il fut l'un des premiers membres de la Société royale de Londres, à l'établissement de laquelle il contribua beaucoup. Il résolut les problèmes proposés par Pascal sur la cycloïde; et s'il n'eut pas les 40 pistoles que ce célèbre mathématicien avoit promises à celui qui les résoudroit, ce fut parce qu'il ne s'assujettit pas dans l'envoi de sa solution aux conditions prescrites. Il se signala par d'autres découvertes : il détermina la vitesse que reçoivent les corps par le choc; il détermina encore le centre d'oscillation; il donna une méthode d'approximation, et passant à des connaissances encore plus relatives à l'homme, il apprit à parler à plusieurs sourds et muets. Wallis s'appliqua aussi à l'art de déchiffrer les lettres écrites en chiffres, pour lequel il avoit un talent particulier. L'électeur de Brandebourg auquel il avoit été utile dans cet art de déchiffrer, lui envoya par reconnoissance en 1693, une chaîne d'or avec une médaille. Cet illustre mathématicien mourut à Oxford le 28 octobre 1703, à 87 ans. Il étoit petit, mais bien fait, et d'un caractère vif et enjoué. Il jouit pendant sa longue vie d'une santé vigoureuse et d'un esprit ferme que rien ne troubloit. Ses Ouvrages ont été recueillis à Oxford, 1695 à 1699, en 3 vol. in-folio. Les principaux sont : I. Arithmetica. II. De Sectionibus conicis. III. Arithmetica Infinitorum. Cette production ingénieuse a conduit aux plus belles découvertes de géométrie. IV. Plusieurs Traités de Théologie; les plus foibles de ses écrits. V. Des éditions d'Archimède, de l'Harmonie de Ptolomée, du Traité de la distance G g 466 W A L du soleil et de la lune ; par Aristarque de Samos ; des Commentaires de Porphyre sur l'harmonie, etc. VI. Une Grammaire angloise. VII. Divers Ecrits contre Hobbes. Ce savant embrassa trop d'objets, et il n'eut une réputation justement méritée que dans les mathématiques.
WALLIUS, (Jacques) Jésuite Flamand, né à Courtrai en 1599, mort vers l'an 1680, se distingua par ses poésies latines. On y remarque beaucoup de facilité, un style pur et élégant, des pensées nobles et bien exprimées. On a recueilli ses Ouvrages en un volume in-12. Il a composé des Pièces héroïques ; des Paraphrases en vers hexamètres sur Horace ; des Elégies ; des Odes, etc.
WALPOLE, (Robert) connu sous le nom de Comte d'OFFORD et pair de la Grande-Bretagne, ministre principal d'Angleterre sous les rois George I et George II, étoit né à Houghton en Norfolk en 1674. Forcé au commencement de la guerre de 1741 de se démettre de ses emplois parce qu'il avoit été pacifique, il mourut en mars 1745, à 61 ans. Ses plus grands ennemis convenoient que jamais ministre n'avoit mieux remué ces grandes compagnies de commerce qui font la base du crédit des Anglois, ni mieux ménagé les parlements. Mais ses plus grands amis étoient forcés d'avouer, que personne avant lui ne s'étoit plus servi de l'argent de la nation pour gouverner le parlement. Il ne s'en cachoit pas, et on lui a entendu dire : Il y a une drogue avec laquelle on adoucit toutes les mauvaises humeurs ; elle ne se vend ici que dans ma boutique. Ces paroles qui ne sont ni d'un esprit ni d'un style élevés, exprimoient son caractère. Il se servit souvent de petites ruses qui ne laissèrent pas d'avoir leur effet. Dans un moment où il s'agissoit de faire passer un Bill important, il s'avisa du stratagème suivant pour engager les évêques à lui être favorable. Il va trouver l'archevêque de Cantorbery et le prie de feindre une maladie sérieuse. Le prélat se prête à cette idée. Le bruit de sa mort prochaine et inévitable se répand. Les yeux de tous les évêques se fixent sur le riche siège qui va être vacant : c'est à qui fera mieux sa cour pour l'obtenir. Le Bill passe à la pluralité des voix. L'archevêque ressuscite, et le rusé Walpole rit de ses dupes. Ce ministre éprouva néanmoins que dans les temps même les plus corrompus, il est des ames fortes qui, au milieu d'une ville riche, savent résister à la tentation perpétuelle des superfluités. La cour avoit intérêt d'attirer dans son parti un seigneur Anglois distingué par ses vertus et ses lumières. Walpole alla le trouver : Je viens, lui dit-il, de la part du Roi, vous assurer de sa protection, vous marquer le regret qu'il a de n'avoir encore rien fait pour vous, et vous offrir un emploi plus convenable à votre mérite. — Milord, lui répliqua le seigneur Anglois, avant de répondre à vos offres, permettez-moi de faire apporter mon souper devant vous. On lui sert au même instant un hachis fait d'un reste de gigot dont il avoit diné. Se tournant alors vers le ministre : Milord, ajouta-t-il, pensez-vous qu'un homme qui se contente d'un pareil repas, soit un homme que la Cour puisse aisément gagner ? Dites au Roi ce que vous avez vu ; c'est la seule réponse que j'aie à vous faire. La guerre n'avoit jamais été du goût de ce ministre ; il avoit toujours pensé qu'elle seroit l'écueil de sa fortune. Je réponds, disoit-il, de gouverner un Parlement en temps de paix ; je n'en réponds pas en temps de guerre. Le cardinal de Fleury avoit souvent profité de cette crainte, et conservé la supériorité dans les négociations : c'étoit ce que le parti ennemi de Robert Walpole lui reprochoit. On ne cessoit encore de se plaindre des délais qu'il avoit mis à déclarer la guerre à l'Espagne. Le ministre Walpole qui s'étoit soutenu 20 ans contre tant d'ennemis, vit qu'il étoit temps de céder. Le roi le fit Pair de la Grande-Bretagne sous le nom de Comte d'Orford, et trois jours après il se démit de tous ses emplois. On le poursuivit alors juridiquement. On lui demanda compte d'environ trente millions de nos livres, dépensés pendant dix ans pour le service secret, parmi lesquels on comptoit 1200 mille francs donnés aux écrivains des Gazettes, ou à ceux qui avoient employé leur plume en faveur du ministre. Le roi outragé par cette accusation, l'éluda en prorogeant le parlement, c'est-à-dire en suspendant ses séances. Walpole, à l'abri de l'orage, passa ses derniers jours dans une retraite honorable, et emporta les regrets de ses amis. Ce ministre gouverna pendant 20 ans l'Angleterre avec un pouvoir très-absolu, mais dont il usa avec modération. Il connut mieux que personne le grand art de diviser et de corrompre. On disoit un jour devant lui que toutes les voix du parlement étoient vénales : Je le sais bien, répondit-il, j'en ai même le tarif. On a publié depuis peu l'Histoire de son ministère. On connoitroit mal le caractère de Walpole, si on ne le jugeoit que par cette histoire. On trouve dans les Essais de Hume un portrait de ce ministre, plein d'impartialité et de finesse. Voyez les articles de BENOIT XIV, n.º XVII; GEORGES, n.º VI, et NEUHOFF.
WALSH, (Guillaume) poète Anglois, mort âgé de 49 ans en 1708, apprit au célèbre Pope l'art de la versification. On remarque dans ses Ouvrages beaucoup d'exactitude, jointe à un air libre et négligé qui donne à sa poésie une grace et une douceur singulières. C'est le jugement qu'en porte l'abbé du Resnel dans ses notes sur le poème de l'Essai sur la Critique par Pope. Nous avons deux Odes de Walsh traduites en françois par M. l'abbé Yart dans son Idée de la Poésie Angloise, Paris, 1749, 8 vol. in-12; et un Dialogue ingénieux et philosophique intitulé : l'Hôpital des Fous traduit également en françois 1764, in-8.º On a une édition de ses Œuvres, 1749, in-12, petit format. Il y a eu un fameux Socinien Anglois, du parti des Wighs, qui portoit le même nom. I. WALSINGHAM, (Jean) théologien Anglois, mort à Avignon en 1330, entra dans l'ordre des Carmes, après avoir professé en Sorbonne. On a de lui un Traité en latin De la Puissance G g 1 468 W A L *Ecclesiastique* contre *Ockham*. Ce fut par l'ordre de *Jean XXII* qu'il le composa.
II. WALSINGHAM, (Thomas) Bénédictin Anglois du monastère de St.-Alban vers 1440, fut historiographe du roi. On a de lui l'*Histoire de Henri VI*, et d'autres ouvrages historiques dans lesquels on voit qu'il avoit recherché avec soin les antiquités de son pays. On les trouve dans le Recueil des Historiens Anglois de *Savill*, et séparément, Londres, 1574, in-folio.
III. WALSINGHAM, (François) d'une ancienne famille d'Angleterre, ajouta aux connoissances qu'on puise dans les collèges, celles qu'on acquiert par les voyages. La reine *Elizabeth* l'envoya deux fois en France en qualité d'ambassadeur. Il eut la douleur d'être témoin dans son premier voyage du massacre de la Saint-Barthélemi, et manqua lui-même de s'y trouver enveloppé. Il s'acquitta si bien de sa double ambassade, que la reine le fit secrétaire d'état. *Walsingham* servit beaucoup à affermir cette princesse sur le trône, par ses intelligences dans les cours étrangères. Il l'avertit de l'entreprise des Espagnols, deux ans avant qu'elle éclatât. Il trouva moyen de tirer du cabinet du pape la copie de la lettre par laquelle *Philippe II* roi d'Espagne lui confioit le secret de ce fameux dessein. C'étoit en un mot, dit un auteur, le cardinal de *Bicchieu* de la reine *Elizabeth*. Il entretint jusqu'à 53 agens et 18 espions dans les cours étrangères; il en fut toujours servi exactement et avec fidelité. Mais, avec de si grandes qualités, il eut le malheur d'être opposé aux Catholiques et de jeter en Angleterre les fondemens du gouvernement Protestant. Il eut aussi beaucoup de part aux guerres des Pays-Bas, et fit par ce moyen une grande diversion des forces des Espagnols. Ses services ne purent empêcher sa chute; il fut disgracié et obligé de se retirer. Lorsqu'il mourut en 1590, il étoit réduit à une telle pauvreté qu'à sa bibliothèque près, à peine se trouva-t-il de quoi faire ses funérailles. Ce ministre étoit pour la politique ce que *Cecil* étoit pour l'Histoire. Le principal de ses Ouvrages a été traduit en françois sous le titre de *Mémoires et Instructions pour les Ambassadeurs*, 4 vol. in-12, à Amsterdam, en 1725. Le traducteur *Bonfesteis de la Contie* en fait un grand éloge, et les place avec raison à côté des Lettres du cardinal d'*Ossat*. On a traduit aussi ses *Maximes politiques* ou le *Secret des Cours*, Lyon, 1695, in-12. Ce *Secret des Cours* n'en est plus un aujourd'hui, et son livre est du nombre de ceux que le temps a rendus inutiles.
WALSTEIN, (Albert) baron de Bolième, duc de Fridland, naquit en 1584 d'une ancienne maison. Son aversion pour l'étude le fit placer en qualité de page chez le marquis de *Burgow*, fils de l'archiduc *Ferdinand* d'Inspruck. Après avoir demeuré quelque temps chez ce prince, il embrassa la religion Catholique, et voyagea en Espagne, en France, en Angleterre et en Italie. Arrivé à Padoue, il y prit du goût pour l'étude et il s'y appliqua, surtout à la politique et à l'astre- W A L 469 logie. De retour dans sa patrie, il plut à l'archiduc *Ferdinand* qui le fit colonel des milices de Poméranie. Les troubles de Bohème étant survenus, il s'offrit à l'empereur avec une armée de 3000 hommes, à condition qu'il la commanderoit. Le nouveau général subjugué le diocèse d'Halberstadt et l'évêché de Hall. Il ravagea les terres de Magdebourg et d'Anhalt, défit *Mansfeld* en deux batailles, reprit toute la Silésie, vainquit le marquis d'Urlach, conquit l'archéché de Brême, se rendit maître de tout ce qui est entre l'Océan, la mer Baltique et l'Elbe, et chassa de la Poméranie le roi de Danemarck auquel il ne laissa que Glukstadt. Ses conquêtes ayant fait conclure le traité de Lubeck, l'empereur l'en récompensa par les titres et la dépouille du duc de *Meckelbourg* qui s'étoit révolté. Le premier soin de *Walstein* fut de faire rentrer dans ses états les biens ecclésiastiques enlevés par les Protestans qui, redoutant son courage, appelèrent à leur secours *Gustave-Adolphe* roi de Suède. Cette démarche intimida tellement l'empereur, qu'il accorda la déposition de *Walstein* et n'opposa à *Gustave* que le seul *Tilly*. Ce général ayant été battu par les Suédois à Leipzig, le vainqueur pénétra dans l'Allemagne comme un torrent. L'empereur alarmé rappela *Walstein* auquel il donna la qualité de généralissime. Ce héros entra alors en lice avec le roi de Suède; il le battit et en fut battu, et lui enleva presque toute la Bohème par la prise de Prague. Son courage ne put empêcher cependant la perte de la bataille de Lutzen, donnée le 15 novembre 1632. Les Suédois remportèrent une victoire complète, et *Walstein* fut obligé de se retirer en Bohème. Ce héros las de combattre pour un empereur qui étoit toujours en défiance de ses généraux, s'occupa du projet de se rendre indépendant. On prétend qu'il négocioit à la fois avec les princes Protestans, avec la Suède et la France; mais ces intrigues dont on l'accusa ne furent jamais manifestes. La conspiration de *Walstein* est au rang des histoires reçues, et on ignore absolument quelle étoit cette conspiration. Son véritable crime étoit d'attacher son armée à sa personne et de vouloir s'en rendre le maître absolu: le temps et les occasions eussent fait le reste. L'empereur qui craignoit l'exécution de ses desseins, le déclara déchu de tout son pouvoir et donna le commandement à *Galax*. *Walstein* alarmé par cette nouvelle, se fit prêter à Pilsen le serment de fidélité par les officiers de ses troupes, le 12 janvier 1634. Ce serment consistoit à promettre de défendre sa personne et de s'attacher à sa fortune. Une telle démarche devoit alarmer le conseil de Vienne. *Walstein* avoit contre lui dans cette cour le parti de l'Espagne et le parti Bavarois. *Ferdinand* prend la résolution de faire assassiner ce général et ses principaux amis. On charge de ce meurtre *Butler* Irlandois à qui *Walstein* avoit donné un régiment de dragons; un Ecossois nommé *Lasci* qui étoit le capitaine de ses gardes; et un autre Ecossois nommé *Gordon*. Ces trois étrangers ayant reçu leur commission dans Égra où *Walstein* étoit alors, font égorger d'abord dans un souper G g 3 quatre officiers qui étoient les principaux amis du duc ; et à l'instant ils montent à l'appartement de *Walstein* dont ils enfoncent la porte. Ils le trouvent en chemise, et comme la hauteur de l'étage où il étoit ne lui avoit pas permis de se jeter par la fenêtre, on le tua d'un coup de pertuisane le 15 février 1634, à l'âge de 50 ans. Ce meurtre d'un héros, le seul homme qui pût rétablir les armes et le trône de *Ferdinand*, ne fit qu'aigrit davantage les esprits en Bohème et en Silésie. Les Bohémiens ne remuèrent pas, parce qu'on sut les contenir par une armée ; mais les Silésiens se révoltèrent et s'unirent aux Suédois. « *Walstein*, a-t-on dit, avoit l'esprit grand et hardi, le corps vigoureux et haut, le visage plus majestueux que régulier. Naturellement sobre, il ne dormoit presque jamais et bravoit également le chaud, le froid et la faim. Ennemi des conversations, il parloit peu, pensoit beaucoup et régloit seul les affaires. Vaillant et judicieux à la guerre, fécond dans ses ressources, sévère à punir les soldats, prodigue à les récompenser, ferme dans le malheur, honnête et poli dans le besoin ; d'ailleurs orgueilleux et fier, ambitieux sans mesure, jaloux de la gloire d'autrui, idolâtre de la sienne, implacable dans la haine, cruel dans la vengeance, terrible dans sa colère, ami de la magnificence et de l'ostentation, extravagant en apparence ; mais ne faisant rien sans dessein, méprisant la religion et la respectant en public, adroit à cacher ses trames, habile à les conduire. *Walstein* réunissoit au suprême degré l'âme profonde et réfléchie d'un politique dangereux, l'esprit et le cœur d'un traître, la prudence et le courage d'un guerrier et toute la souplesse d'un conjurateur. » ( Hist. d'Allemagne, tome 6, p. 389 et 390.) Nous rapportons ce portrait, sans en adopter toutes les couleurs dont quelques-unes ont été fournies par des historiens favorables à la maison d'Autriche. *Voyez SA-RASIN* ( J. F. ) L'WALTHER, (N...) célèbre mathématicien qui florissoit au commencement du XVIe siècle, passe pour l'auteur de la découverte de la *Réfraction Astronomique* ; et cette découverte lui a mérité un rang parmi ceux qui ont cultivé les sciences exactes. C'étoit un riche citoyen de Nuremberg, qui n'étoit qu'amateur, mais qui devint astronome par l'exemple de *Regio-Montan*. Il fut touché de son zèle et de son ardeur pour les progrès des connaissances humaines. Il le seconda dans ses observations astronomiques, et lorsqu'il partit pour Rome il continua d'observer pendant plus de 30 ans. Les instruments dont il se servoit étoient fort beaux, et il faisoit usage pour mesurer le temps, d'une espèce d'horloge qui marquoit surtout l'heure de midi très-exactement. Ses soins et son assiduité au travail lui valurent une découverte ; ce fut la réfraction de la lumière et des astres à travers l'atmosphère. Deux mathématiciens avoient déjà écrit sur cet écart de la lumière ; mais *Walther* ne connoissoit point ces Écrits. On ne sait à quel âge mourut cet homme de mérite. Ce n'étoit point un mathématicien du premier ordre, mais personne n'a peut-être en autant de zèle que lui pour l'astronomie. Après la mort de *Regia-Montan*, il acheta tous ses papiers et ses instruments. On s'attendoit qu'il rendroit publics les Ecrits de cet illustre mathématicien; mais il en étoit si jaloux qu'il ne vouloit les faire voir à personne, et ce ne fut qu'après sa mort que ces Ecrits furent imprimés.
II. WALTHER, (Michel) né à Nuremberg en 1596, fut professeur à Heimstadt et prédicateur de la duchesse donairière de *Brunswick-Lunebourg*. Après la mort de cette princesse, le comte d'Oost-Frise l'appela à sa cour pour remplir la place de surintendant général et de premier prédicateur. Ce savant, mort en 1662, laissa plusieurs ouvrages: I. *Harmonia Biblica*, réimprimée pour la septième fois en 1654, Nuremberg, in-4.º II. *Officina Biblica*, 1668, in-4.º II. y. a traité de l'Écriture-Sainte en général, et en particulier de chaque livre canonique et apocryphe. III. *Mosaica Postilla*. IV. *Miscellanea Theologica*. V. *Commentarius in Epistolam ad Hebræos*. VI. *Exercitationes Biblicæ*, 1638, in-4.º Les différentes difficultés qui peuvent naître sur les Livres saints, sont aplanies dans ces Ouvrages où le savoir n'est pas toujours bien ménagé.
III. WALTHER, (Michel) fils du précédent, né le 3 mars 1638, docteur en théologie à Wittemberg, et professeur de mathématiques et de théologie, a composé plusieurs Ouvrages sur les matières qu'il professoit. W A L 471
IV. WALTHER, (George-Christophe) directeur de la chancellerie de Rosemberg sa patrie, né en 1601, mourut en 1656, après avoir publié une *Méthode latine pour apprendre le Droit*, et quelques autres Ouvrages peu connus. V. WALTHER, (Christophe-Théodose) né à Schildeberg en 1699, fut envoyé en qualité de missionnaire dans le Tranguebar vers l'an 1720. Il en revint en 1740. On a de lui *Doctrina temporum Indica* dans *Historia reguli Bactriani de Bayer*, Petropoli, 1738, in-4.º Il fit imprimer à Tranguebar une *Histoire Suérée* en langue malabare. Sa santé étoit très-dérangée lorsqu'il quitta ce pays. Il mourut peu de temps après à Dresde en 1741.
VI. WALTHER, (Augustin-Frédéric) médecin, fut nommé à la chaire d'anatomie de Leipzig l'an 1723, et mourut après l'an 1735. On a de lui: I. *Le Linguum Humana*, Leipzig, 1724, in-4.º Il y donne une description fort ample et très exacte des glandes salivaires. II. *De Articulis, Ligamentis et Musculis*, 1728, in-4.º; estimé. III. Description de son *Jardin botanique* avec figures, 1735, in-8.º IV. Grand nombre de *Dissertations académiques* intéressantes, mais d'un style obscur et embrouillé. — Il ne faut pas le confondre avec *Conrad-Louis WALTHER*, de qui on a *Thesaurus Medico-Chirurgicarum observationum*, Leipzig, 1715, in-8.º; *Haller* en fait peu de cas.
WALTHER, *Voy. SLUSE.*
WALTON, (Briand) évêque de Chester en Angleterre, né à Cleveland en York-shire en 1600, G g 4 mort en 1661, étoit un prélat aussi savant que modéré. Il s'est immortalisé par l'édition de la Bible en neuf langues, connue sous le nom de *Polyglotte* d'Angleterre. L'édition en fut commencée en 1653, et terminée en cinq ans, c'est-à-dire en 1657, six vol. in-folio. Quoique plusieurs autres savans y aient travaillé avec lui, on ne laisse pas de lui attribuer ce grand Ouvrage, à la tête duquel on a mis son nom et même son portrait. Outre le grand nombre de versions orientales qui sont dans ce Recueil et qui étoient déjà dans la grande Bible de *le Jay*, il y a 1.º La Vulgate, corrigée par le pape *Clément VII*; 2.º le texte grec des *Septante* tel qu'il fut imprimé à Rome par ordre de *Sixte V*; 3.º l'ancienne Vulgate, extraite des écrits des Pères par *Flaminius Nobilius*; 4.º des Dissertations sur toutes ces Bibles; c'est ce qu'on appelle ordinairement les *Prolegomènes* de *Walton*. Ils ont été imprimés séparément à Zurich en 1673. On en a donné à Lyon une *Traduction* libre et abrégée, in-8º; elle fourmille de fautes. Ces préliminaires sont plutôt l'ouvrage de *Pearson* et de quelques autres Anglois que ceux de *Walton*. Dans le choix qu'on a fait des écrivains qu'on cite, on ne suit point aveuglément le sentiment des théologiens Protestans. Les auteurs donnent cependant trop d'autorité à certaines versions de l'Écriture, et trop peu à d'autres. On a joint quelquefois à sa *Polyglotte* le *Lexicon Heptaglotton* de *Castel*, 1686, 2 vol. in-folio. On a encore de *Walton*, *Introductio ad lectionem linguarum orientalium*, 1655, in-8º.
WAMBA, *Voy. BAMBA.*
WAMÈLE, (Jean) jurisconsulte de Liège, enseigna le droit à Louvain avec réputation. Il mourut en 1590, à 66 ans. Dom *Juan d'Autriche* voulut l'attirer dans le conseil d'état; mais ce savant préféra à tout, la repos de la vie privée et les douceurs du cabinet. On a de lui des *Remarques* curieuses sur divers titres de l'un et de l'autre Droit.
WANBROUCK ou plutôt WAESBRUCK, (le chevalier Jean) poète comique Anglois, mourut vers 1705. Il y a beaucoup de plaisanteries et de saillies dans ses *Comédies*; mais il y a peu de ces traits fins et délicats qui font, s'il est permis de s'exprimer ainsi, sourire l'esprit en le surprenant agréablement. Ce poète fit en France un voyage, pendant lequel il fut mis à la Bastille. On n'a jamais su le sujet de sa disgrace. *Wanbrouck* se mêlait aussi d'architecture; mais il bâtissoit avec autant de grossièreté qu'il écrivait avec élégance. Le château de Blenheim qu'il a bâti en mémoire de la fameuse bataille d'Hochstet, ne fait point honneur à son goût. Si les appartemens étoient, a-t-on dit, aussi larges que les murailles sont épaisses, alors ce château seroit commode. Ses *Œuvres Poétiques* ont été imprimées à Londres, 1730, 2 vol. in-12.
WANDELBERT, diacre et moine de l'abbaye de Prum, sous l'empire de *Lothaire*. Son *Martyrologe* en vers héroïques, imprimé avec celui d'*Usuard*, Louvain, 1558, in-8º, offre plus de faits que de poésie.
WANLEY, ( Humfroi ) né à Cowentry en 1672, mort en 1726, à 55 ans, parcourut les différentes bibliothèques d'Angleterre pour y rechercher des livres d'anciennes langues Septentrionales. Il en a fait le Catalogue dans son *Antiqua Litteratura Septentrionalis*, Oxford, 1703 et 1705, 6 parties in-fol.
WANSLEB, ( Jean-Michel ) né à Erford en Thuringe le 1er novembre 1635 de parens Luthériens, fut disciple de Ludolf et devint habile dans la langue Ethiopienne. Le duc de Saxe-Gotha l'envoya en Egypte et en Ethiopie pour examiner les dogmes et les rifs de ces pays-là. Wansleb les ayant trouvés conformes à ceux de l'Eglise Romaine, alla à Rome en 1665, renonça à l'hérésie et se fit Dominicain. Son goût pour les voyages l'ayant amené à Paris en 1670, Colbert le renvoya en Egypte pour y faire de nouvelles découvertes. Cette course procura à la bibliothèque du roi 334 manuscrits Arabes, Turcs et Persans. De retour à Paris, il se vit réduit à être vicaire d'une paroisse près de Fontainebleau, où il mourut le 12 juin 1679. Ce savant auroit pu obtenir des chaires et la mitre même ; mais sa mauvaise conduite l'éloigna de tous les emplois que lui méritait son profond savoir. Si Ludolf fut son maître pour la langue éthiopienne, il auroit pu être son disciple pour bien d'autres choses. On a de lui : I. Une Histoire de l'Eglise d'Alexandrie, in-12. II. Une Description de l'état de l'Egypte, in-12. III. une Relation de son second voyage, in-12. Tous ces Ouvrages satisfont éga- W A R 473 lement la curiosité du lecteur ordinaire et celle du savant.
WARBECK, Voyez PERKINS.
WARBURTON, ( Guillaume ) évêque de Glocester, né à Newark sur le Trent, le 24 décembre 1698, d'un procureur de cette ville, fut quelque temps procureur lui-même. Dégoûté de la chicane, il se fit de bonne heure une réputation comme savant et comme théologien. Il parvint cependant fort tard aux honneurs et aux places, quoiqu'il fût entré dans l'état ecclésiastique en 1726. En 1754 la fortune le regarda d'un œil plus favorable. Il se vit en très-peu de temps chapelain du roi d'Angleterre et chanoine de Durham. Le doyenné de Bristol ayant vaqué, il en fut pourvu, et l'année même de sa prise de possession l'évêché de Glocester mit le comble à son avancement. Les travaux de l'épiscopat ralentirent un peu ses occupations littéraires. D'ailleurs l'âge affoiblit son esprit. Comme Swift, il tomba par degrés dans un abattement qui ne lui laissait pas même la faculté de prendre part à la conversation ; et ce n'étoit que rarement et devant un petit nombre d'amis qu'il recouvroit son énergie accoutumée. Son entretien avoit été jusqu'alors aussi instructif qu'amusant. Ayant une mémoire excellente, il étoit riche en anecdotes qu'il contoit avec feu. Autant son amitié étoit communicative, franche, active, autant sa haine étoit violente et emportée. Il est vrai que son ressentiment ne duroit pas, et la moindre avance suffisoit pour le calmer. Il étoit de haute taille, gros et fortement constitué ; en le voyant, on auroit jugé qu'une bonne table étoit pour lui un luxe nécessaire. Mais le goût de l'étude lui avoit inspiré celui de la sobriété. On a de lui un grand nombre d'ouvrages ; des Sermons, des Traités dogmatiques. Le plus connu est sa *Divine mission de Moyse*, en 5 vol. in-8. L'érudition n'y est pas toujours bien digérée ni les raisonnemens bien concluants. On y desireroit plus de méthode. A ces défauts près, les amateurs des recherches antiques liront toujours ce livre avec plaisir et même avec fruit. Dans son *Essai sur les Hérogièches*, il soutient que les inscriptions et les figures qui y étoient sculptées, n'étoient point une écriture mystérieuse désignant les cérémonies du culte, la doctrine secrète des initiés ou la tradition historique des événements publics ; mais qu'elles exposoient simplement aux yeux du peuple les choses mêmes dont on vouloit qu'il gardât le souvenir. Le président de *Brosses*, dans son ouvrage sur le *Mécanisme du langage*, a été de l'opinion de *Warburton*. *Léonard de Malpeine* a publié à Paris, en 1744, la traduction de cet ouvrage, en 2 volum. in-12. Celui intitulé : *Julien ou Discours concernant le tremblement de terre et l'éruption de feux qui firent échouer les tentatives que fit cet empereur de rebâtir le Temple de Jérusalem*, est rempli d'un savoir qui lui étoit ordinaire, et d'une modération qui malheureusement ne lui étoit pas aussi commune. Il prit avec tous ses adversaires, le langage de l'orgueil et de la supériorité. Ami de *Pope*, il avoit son caractère bilieux et caustique ; et ce caractère lui attira de la part de *Voltaire* qu'il avoit vivement attaqué, une foule de plaisanteries, d'injures et de sarcasmes. Quoique *Warburton* aimât beaucoup les matières de controverse, il n'étoit point ennemi des ouvrages de pur agrément. Il donna, en 1747, une édition de *Shakespeare* ; et il présida à l'impression de divers Écrits de *Pope*. Il mourut le 7 juin 1779, dans son évêché. Il avoit épousé la fille de *Raphallen* gentilhomme fort riche. Il en eut un fils qui donnoit les plus belles espérances et dont la mort hâta le dépérissement de l'esprit de son père. Voyez SILHOUETTE.
WARD, (Seth) habile mathématicien Anglois, né à Buntington dans le Héréfordshire en 1617, devint successivement professeur d'astronomie, chantre, doyen et évêque d'Excester ; il fut transféré l'an 1667, à l'évêché de Salisbury où il essuya quelques tracasseries. Il tomba en enfance peu de temps avant sa mort, arrivée à Knightsbridge près de Londres en 1689, dans sa 67$^{e}$ année, après avoir contribué à l'établissement de la Société royale de cette ville. La douceur de son caractère contribua beaucoup à sa fortune ; mais comme toutes les personnes douces il fut foible. Royaliste sous *Charles I*, républicain lorsque le parlement prévalut, il redevint royaliste sous *Charles II*. Il fit même vaincu ce qu'il avoit d'abord souffert pour le père, afin que le fils oubliât qu'il avoit ensuite abandonné ce prince infortuné. *Ward* étoit grand politique et théologien médiocre. W A R 475 Son goût pour les mathématiques le fit pénétrer bien avant dans cette science. Il donna une Méthode d'approximation qui fut applaudie. Il réussit moins dans ses autres études. Il est auteur : I. De quelques Écrits contre Hobbes, Oxford, 1656, in-8°, II. D'un Traité des Comètes, Oxford, 1653 in-4°, III. D'une Trigonométrie; Oxford, 1654, in-folio. IV. De Sermons en anglois, Londres, 1670, in-4° — Il ne faut pas le confondre avec Jean WARD professeur de rhétorique au collège de Gresham, né à Londres en 1679, mort en 1758, dont on a une Rhétorique, 1761, 2 vol. in-8°
WAREE, (Jacques) chevalier de la Jarretière, mort à Dublin sa patrie en 1667, aimé et estimé, laisse : I. Un Traité des Écrivains d'Irlande, en latin, imprimé à Dublin en 1639, in-4°. Ce petit livre est utile aux bibliographes; mais l'auteur peignant ses compatriotes, ne distribue pas toujours ses éloges avec économie. Il rejette cependant les écrivains fabuleux et les ouvrages supposés, et paroît en général un bon et savant critique. II. Les Annales d'Irlande, sous les règnes de Henri VIII, d'Edouard VI, et de Marie, 1658, in-8°, en latin. III. L'Histoire des Évêques d'Irlande, 1665, in-folio, etc.
WARGENTIN, (Pierre) secrétaire de l'académie des Sciences de Suède et associé de celle de Paris, mourut à Stockholm sa patrie, le 13 décembre 1783, à 66 ans. L'astronomie lui doit une découverte importante, celle des équations empiriques des satellites de Jupiter. Elles furent d'a- bord publiées en 1741 et ensuite en 1759 et 1771, dans la seconde édition de l'Astronomie de M. de Lalande. L'académie de Suède lui fit frapper une médaille et obtint une pension pour ses enfans; le père ayant été plus occupé du progrès des sciences que de l'augmentation de sa fortune. Les différens Mémoires qu'il a donnés se trouvent dans ceux de l'académie de Stockholm, dans les Transactions philosophiques et dans les Acta Societatis Upsaliensis. Ils ont pour objets, les inégalités des satellites de Jupiter par leur attraction mutuelle, la grandeur et la figure de la terre, la parallaxe des étoiles fixes, de la lune et du soleil, les comètes de 1769 et 1771, le passage de Vénus en divers lieux de la Suède, et la détermination de leur longitude par ce passage, les émanations solaires, etc.
WARHAM, (Guillaume) natif d'Oakley dans le Hampshire en Angleterre, devint docteur en droit à Oxford, puis professeur. Son talent pour les affaires le fit envoyer par le roi Henri VII, en ambassade vers Philippe duc de Bourgogne. A son retour il fut nommé évêque de Londres, ensuite chancelier d'Angleterre, et enfin archevêque de Cantorbery. Il mourut de douleur, en 1532, de voir la religion Catholique renversée dans sa patrie.
WARIN, (Jean) sculpteur et graveur, né à Liège en 1604, entra comme page au service du comte de Rochefort prince du Saint-Empire. Il fit dès sa jeunesse son amusement du dessin, et s'y rendit très-habile; il s'exerça 476 WAR aussi à la gravure et à la sculpture. Plusieurs machines très-ingénieuses qu'il inventa pour monnoyer les médailles qu'il avoit gravées, lui firent une grande réputation. Le roi Louis XIII lui donna la charge de garde des Monnoies de France. Ce fut en ce temps-là que Warin fit le sceau de l'académie Françoise, où il a représenté le cardinal de Richelieu d'une manière si frappante que cet ouvrage passe à juste titre pour un chef-d'œuvre. Ce fut encore lui qui grava les poinçons des monnoies lors de la conversion générale de toutes les espèces légères d'or et d'argent que Louis XIII fit faire dans tout le royaume. Ce travail mérita à Warin une nouvelle charge, celle de graveur général pour les monnoies. La monnoie fabriquée pendant la minorité de Louis XIV, est aussi de cet habile artiste; il a de plus travaillé à quantité de médailles estimées. On lui doit encore des éloges pour ses ouvrages de sculpture. Il a fait deux bustes en bronze de Louis XIV, et celui du cardinal de Richelieu en or, qui sont dignes d'être mis en parallèle avec ce que l'antiquité nous a laissé de mieux en ce genre. Cet artiste mourut à Paris en 1672, du poison que des scélérats à qui il avoit refusé des poinçons de monnoie, lui donnèrent. Ce fut du moins alors un bruit public; mais on ignore s'il est fondé. Warin étoit d'une avarice sordide. Ayant forcé sa fille à épouser un homme fort riche, mais boiteux, bossu et rongé par les écrouelles, elle s'empoisonna, en 1651, le dixième jour après son mariage, avec du sublimé qu'elle avala dans un œuf. Si Warin rin mourut aussi de poison, comme on le dit, on ne peut s'empêcher de reconnoître un des coups de la Providence.
WARNACHAIRE, né à Langres d'une famille noble, mort dans le 7e siècle, a rédigé les Actes de trois martyrs connus sous la dénomination des trois Jumeaux, et les dédia à Céracine évêque de Paris. Surius est le premier qui ait fait imprimer ces Actes. On attribue encore au même Warnachaire l'Histoire du martyre de St. Didier évêque de Langres, que les Bollandistes ont conservée dans leur collection.
WARNEFRIDE, Voyez XIV. PAUL qui s'appeloit ainsi de son nom de famille.
WARNER, (Ferdinand) curé de Saint-Michel à Londres, mort en 1768, est auteur de plusieurs ouvrages de morale et de théologie. On a aussi de lui l'Histoire Ecclésiastique du dix-huitième siècle, 2 vol. in-8°, et la Vie de Thomas Morus, in-8°, 1758. I. WARTHON, (Thomas) né dans le Yorkshire en 1610, mort à Londres en 1673, professeur en médecine dans le collège de Gresham, est très-connu des médecins par son Adenographia, in-8°. C'est une description très-exacte des glandes maxillaires, par lesquelles la salive passe dans la bouche. On a encore de lui: Descriptio Glandularum totius corporis, Amsterdam, 1659, in-8°.
II. WARTHON, (Henri) né à Worstead dans le comté de Norfolk vers 1664, mort en 1694, fut curé de Minster, place qu'il remplit avec zèle. Quoique très-occupé par les fonctions de son ministère, il a beaucoup écrit, et la plupart de ses ouvrages contiennent bien des recherches. Les principaux sont : I. *Anglia Sacra*, Londres, 1691, 2 vol. in-folio. C'est une savante Histoire des Archevêques d'Angleterre jusqu'en l'année 1540. La mort l'empêcha de pousser ce bon ouvrage plus loin. II. *Historia de Episcopis et Decanis Londinensibus et Assavensibus*, ad annum 1540, Londres, 1695, in-4.º III. Deux *Traités* en anglois : l'un pour défendre le mariage des *Prêtres*, Londres, 1688, in-4º; et l'autre, la pluralité des *Bénéfices*, Londres, 1694, in-8.º Il plaidoit contre sa propre cause, car il en avoit plusieurs. *Voyez* LAUD.
WARWICK, *Voy.* EDOUARD, nos VII et XI; et BEAUCHAMP.
WASA, *Voy.* I. GUSTAVE.
WASE, (Christophe) savant Anglois, a donné un Traité plein d'érudition, intitulé : *De senario, sive de legibus et licentiâ veterum Poëtarum*, imprimé à Oxford en 1687, in-4.º On lui doit encore une bonne édition de *Phèdre*, en 1668, et une Traduction angloise du Poème de *Gratius* sur la *Chasse*, Londres, 1654, in-12. I. WASER, (Gaspard) antiquaire Allemand, mort en 1625, à 60 ans, se fit connoître de son temps par quelques Ouvrages presque oubliés. Le seul dont on fasse quelque mention, quoique inexact, est intitulé : *De antiquis Nummis Hebræorum, Chalâcorum et Syrorum, quorum sancta Biblia et Rabbinorum Scripta meminerunt, in-4º, Zurich, 1613.
II. WASER, (J. H.) pasteur de l'église de Zurich, se fit connoître par ses prédications et quelques écrits. Ses opinions politiques lui firent des ennemis. Ayant fait insérer dans la *Correspondance politique* de *Schlosser* professeur à Gottingue, quelques Opuscules relatifs à l'administration de son pays, le gouvernement de Zurich le fit arrêter. On l'accusa d'avoir cherché à y exciter du trouble, et de s'être approprié un titre du 15e siècle appartenant aux archives publiques que le secrétaire de la ville lui avoit confié et qu'il n'avoit plus voulu rendre. Sur cette accusation, il fut déclaré criminel d'état, condamné à mort, et décapité le 27 juin 1780.
III. WASER, (Anne) morte en 1713, à 34 ans, étoit fille d'un sénateur de Zurich. Elle excelloit dans la peinture en miniature.
WASHINGTON, (George) général et l'un des fondateurs de la république des Etats-Unis en Amérique, naquit dans le comté de Fairfax en Virginie. Il se distingua pendant la guerre des Anglois contre les François dans le Canada. En 1754, ces derniers ayant fait quelques ravages sur les frontières de la Virginie, on envoya pour les repousser le jeune *Washington* à la tête d'une troupe qu'il commanda avec autant de courage que de prudence, et qu'il conduisit à l'endroit où se réunissent l'Allégany et le Monongahela. Il ne put tenir long-temps 478 W A S contre les François supérieurs en force, et il fut obligé de se replier. Le général Braddock s'étant imprudemment jeté dans une embuscade où il fut tué, Washington qui lui servait d'aide de camp et qui l'avoit averti de son danger, développa alors de grands talens militaires, en effectuant une retraite savante et périlleuse qui lui fit rejoindre le colonel Dunbar qui commandoit un autre corps d'armée. Il se retira après la guerre avec le grade de major. Riche propriétaire dans la Virginie, il y cultivoit lui-même son habitation de Mont-Vernon, lorsque la guerre s'étant élevée entre l'Angleterre et ses colonies, il réunit autour de lui les colons mécontens des lois arbitraires et tyranniques de la mère-patrie, et fut appelé au commandement en chef des armées Américaines qu'il conduisit presque toujours à la victoire. Lorsque le nouveau gouvernement eut été déclaré indépendant, il fut nommé président des Etats, et contribuait par ses conseils à l'établissement d'une constitution sage et propre à affermir la puissance qu'il avoit fondée. On lui a cependant reproché quelques fausses démarches dans son administration. Il n'en mérita pas moins ce legs que lui fit Franklin dans son testament. « Je lègue au général George Washington mon ami et l'ami de l'humanité, le bâton de pommier sauvage dont je me sers pour me promener; si ce bâton étoit un sceptre, il lui conviendroit de même. » La révolution Françoise suivit de près celle du nouveau Monde: mais Washington loin d'applaudir à ses excès et d'en favoriser les principes trop démocratiques, lutta avec énergie contre ceux qui cherchèrent à les propager dans les provinces Américaines; et malgré les pamphlets, les attroupemens excités en 1793, et les ennemis qui le décrioient, il maintint par sa prudence la paix intérieure et extérieure dans les contrées qu'il gouvernoit. Au mois de mars 1797, on le vit quitter sans faste comme sans orgueil la première place qu'il occupoit, pour se retirer en Virginie au milieu des champs où il étoit né. A son départ de Philadelphie, il déposa les fonds nécessaires pour l'établissement d'une université dans la ville Neuve, élevée sur les rives du Powtomack. Le respect et la reconnaissance publique le suivirent dans la retraite, où il mourut à l'âge de 67 ans, d'une esquinancie, le samedi 14 décembre 1799, à onze heures du soir. Un écrivain estimé le peint ainsi: « La sagesse fut le trait dominant du caractère de Washington dans sa vie militaire et politique. Sa patience, sa tranquillité d'esprit, son courage réfléchi dans les revers ainsi que dans la bonne fortune, furent plus utiles à sa patrie que sa bravoure et ses talens. Inférieur à d'autres hommes illustres par l'étendue des idées et la hardiesse de l'esprit, il les surpassa par la vertu, la modération, la réunion de qualités rarement associées, et par un caractère presque sans imperfection. » Washington avoit une taille élevée, une physionomie peu expressive et sans graces; il parloit rarement, écoutoit sans intérêt, et en inspiroit peu lui-même lorsqu'on l'entendoit. Le gouvernement François a fait prononcer l'éloge public de Washington, par M. de Fon- lanes, et porté son deuil.
WASSEBOURG, (Richard) né à Saint-Michel dans le duché de Bar, devint archidiacre de Verdun pendant le 16e siècle, passa la plus grande partie de sa vie à étudier l'histoire de France et à parcourir ce royaume et les pays circonvoisins. Ses étu- des et ses voyages furent mis à profit dans les Antiquités de la Gaule Belgique, in-fol. Cet ou- vrage curieux et recherché fut im- primé à Paris en 1549; il contient, outre les Antiquités de la Gaule Belgique, celles de France, d'Aus- trasie, de Lorraine; l'origine du Brabant, de la Flandre, etc. de- puis Jules-César jusqu'à Henri II. Il y soutient de même que Fran- çois de Rosières, que la maison de Lorraine descend directement des princes Carlovingiens: mais les titres dont il prétendit étayer son système, sont faux ou altérés.
WASSENAER, (Nicolas de) né à Heusden en Hollande, exerça la profession de médecin à Amsterdam, au commence- ment du 17e siècle. On a de lui: I. Ars medica ampliata, Ams- terdam, 1624. II. Histoire des choses mémorables arrivées entre les Turcs et les Princes Chré- tiens en Hongrie, Amsterdam, 1629, in-folio, en flamand.
WAST, (Saint) Vedastus, né, selon l'opinion la plus pro- bable, dans quelque province oc- cidentale de la France, se retira dans le diocèse de Toul et fut élevé au sacerdoce. Clovis pas- sant par cette ville, après la ba- taille de Tolbiac, Wast l'ins- truisit des principes de la reli- gion Chrétienne, et l'accompa- gnà jusqu'à Rheims où St. Remi acheva de l'instruire et le baptisa. St. Wast fut ordonné évêque d'Arras par St. Remi en 499. Il mourut saintement en 539, pleuré de ses ouailles qu'il avoit gouvernées avec autant de zèle que de sagesse.
WASTELAIN, (Charles) né à Maroilles dans le Hainaut en 1694, entra chez les Jésuites, et se distingua par la culture des belles-lettres dans lesquelles il exerça durant 20 ans les jeunes religieux de la Société, par son érudition, les connoissances des langues, sur-tout du grec et de l'hébreu, et plus encore par sa modestie, sa tranquillité et sa candeur. Il mourut à Lille le 24 décembre 1782, à l'âge de 88 ans, après avoir publié la Description de la Gaule Belgique, selon les trois âges de l'Histoire, avec des cartes géographiques, Lille, 1761, un vol. in-4.
WATELET, (Claude-Henri) receveur général des Finances, né en 1718; l'un des 40 de l'académie Françoise, membre de plusieurs académies étrangères, mourut à Paris sa patrie, le 13 janvier 1786. Il cultiva de bonne heure les let- tres et les arts avec avantage, parce que sa fortune lui assuroit tous les secours propres à cette culture. Ses voyages en Italie et dans les Pays-Bas étendirent ses connoissances et développè- rent son goût. Fixé dans la capi- tale, après avoir embelli son es- prit, il fit un emploi utile de ses richesses, tant que les richesses lui restèrent; car un revers qui précéda sa mort de quelques années, lui donna lieu de mon- trer une philosophie qu'on ac- quiert rarement dans l'abondance. 480 W A T Le jardin charmant de Moulin-Joli, sur les bords de la Seine, qu'il dessina lui-même, est un témoignage de son goût et de ses mœurs douces. Parmi les inscriptions dont il orna ce beau paysage, nous remarquons le quatrain suivant, qui peint à quelques égards l'esprit et le cœur du possesseur : Consacrer dans l'obscurité Ses loisirs à l'étude, à l'amitié sa vie; Voilà les jours dignes d'envie. Être chéri vaut mieux qu'être vanté. Watelet avoit acquis assez d'expérience et de lumières sur les arts pour en tracer les principes. Dans son Poème sur l'Art de peindre qui parut en 1760, in-4° et in-8°, et qui a été traduit en allemand en 1764, il a mis un ordre qui contribue autant que la netteté même du style, à éclaircir ses préceptes. « Poète et peintre comme Dufresnoy, il s'est étendu sur la partie la moins agréable, la partie technique; il a même poussé les détails beaucoup plus loin que son modèle. Mais il n'a pas su comme Dufresnoy, mêler la critique à l'instruction. Il n'a pas su jeter sur ses leçons, ce sel piquant qui les fait retenir. Aucune réflexion profonde et raisonnée, aucun trait qui reste dans l'esprit. Son style en général est foible, sans consistance. Il n'est point offusqué d'ornemens déplacés; mais il est aussi trop dénué de poésie. Nulle verve, nulle force, nulle élévation, nulle chaleur: par-tout des idées communes, revêtues de couleurs vulgaires. L'élégance même, quand elle s'y trouve, y est médiocre. Une prose soutenue et soignée, se fait lire avec plus de plaisir. » C'est ainsi qu'en juge Clément dans ses Observations critiques sur la traduction des Géorgiques par M. l'abbé de Lille. Aussi préfère-t-on généralement les observations dont Watelet a accompagné son Poème; observations qui peuvent être lues avec fruit par nos jeunes artistes. Son Essai sur les Jardins, accueilli par la plus grande partie du public, fut comme la source d'une foule d'Ecrits, les uns sages, les autres bizarres, sur la composition et l'ornement des habitations rurales. « L'auteur, dit la Harpe, amateur éclairé des arts qu'il cultive, a écrit cet ouvrage avec agrément et avec esprit. Il est d'un homme sensible à la belle nature, qui a des goûts sains et des mœurs douces. En le lisant, on se sent le désir de connoître l'auteur et d'habiter sa demeure. » On a publié en 1788 un recueil des opuscules de Watelet. Ce sont des Comédies, des Opéra qui n'ont point été joués, et une espèce de Poème en prose, tiré de l'Amynte du Tasse. On y trouve une Comédie de Zénédie sur laquelle Cahuzac paroît avoir fait la sienne. Watelet avoit entrepris de traduire en vers la Jérusalem délivrée du Tasse, et avoit lu divers Chants de sa Traduction dans les séances de l'académie. Mais des gens de lettres qui ont assisté à ces lectures, nous assurent que cet Ouvrage prouvera plus le goût de l'auteur pour le Tasse, qu'un véritable talent poétique. Le plus utile des Ouvrages posthumes de Watelet, a été un Dictionnaire de Peinture, de Sculpture et de Gravure, imprimé dans l'Encyclopédie méthodique.
WATERLAND, W A T 481 • WATERLAND, (Daniel) chanoine de Saint-Paul, archidiacre du comté de Middlesex, et chapelain ordinaire du roi d'Angleterre, s'est signalé par ses Écrits contre les ennemis de la consubstantialité du Verbe. On a de lui : I. Une Défense de l'Écriture contre le Christianisme de Tyndal. II. L'Importance du Dogme de la Trinité, défendue. III. Dissertation sur les articles fondamentaux de la Religion Chrétienne. IV. Plusieurs autres Ouvrages théologiques et moraux. Il fut enlevé à l'Église Anglicane le 1er janvier 1742.
WATEVILLE, (Alexandre-Louis de) né en 1714, mort à Berne sa patrie en 1780, commandant général du Val-Moutier, publié en 1768, en 2 vol. in-8°, l'Histoire de la Confédération Helvétique. Voyez VATTEVILLE.
WATRIN, (Henriette, Hélène et Agathe) jeunes et vertueuses sœurs, nées à Verdun, filles d'un militaire parvenu aux grades supérieurs par de longs services, furent condamnées à mort en 1793, par le tribunal révolutionnaire de Paris. Elles périrent avec d'autres jeunes filles accusées d'avoir offert des fleurs au roi de Prusse, lors de son entrée à Verdun. « Leur innocence, leur candeur et leur beauté, dit l'annotateur du Poème de la Pitié par M. l'abbé de Lille, intéressèrent les bourreaux eux-mêmes. On leur reprocha d'avoir prêté de l'argent aux émigrés. Fouquier-Tinville leur fit insinuer qu'elles n'avoient qu'à nier le fait et qu'elles obtiendraient leur liberté. Persuadées d'avoir fait une bonne action, elles refusèrent de se prêter à un dé- saveu. Leur mort fut un des crimes de cette époque révolutionnaire qui excita le plus d'indignation et qui prépara la chute des tyrans. » I. WATSON, (Jean) historien Anglois, né en 1724, mort en 1783, fut élevé à Oxford, et se distingua dans ses études par l'amour du travail et la netteté de son jugement. Il a publié plusieurs ouvrages historiques qui sont estimés, entrantes, l'Histoire d'Halifax, 1775, in 4°, et la Vie de Philippe II, 4 vol. in-12. Ce dernier ouvrage a été traduit en françois : il offre les caractères de Philippe et du duo d'Albe fortement tracés et dignes de la plume de Tacite.
II. WATSON, (Henri) chirurgien Anglois renommé, naquit à Londres en 1702 et y est mort en 1793. Après avoir professé avec distinction l'anatomie, il devint membre de la société royale ; et mérita cet honneur par un Traité estimé sur la Vessie, et un grand nombre de Mémoires sur son art, insérés dans les transactions de cette compagnie savante.
WATTEAU, (Antoine) peintre, né à Valenciennes d'un couvreur en 1684, mort au village de Nogent près Paris, en 1721, fut exhorté à la mort par le curé de ce village. Le curé lui ayant présenté un crucifix très-mal sculpté, il s'écria : Comment un artiste a-t-il pu rendre si mal les traits d'un Dieu ? Ce peintre étoit misanthrope et mélancolique ; cependant ses tableaux ne présentent pour l'ordinaire que des scènes gries et divertissantes. Ce goût si con- Hh 482 W A T tradictoire avec ses mœurs, peut venir de l'habitude qu'il avoit dans sa jeunesse, d'aller dessiner sur la place l'espèce de spectacle que les charlatans donnent au peuple, pour l'assembler autour d'eux et vendre leurs marchandises. *Watteau* entra dans plusieurs écoles médiocres, plus capables de détruire les talens que de les perfectionner. *Claude Audran*, célèbre pour les ornemens, fut son dernier maître. Il forma sur les tableaux de *Bubens* son goût et son coloris. Le désir de se perfectionner lui fit projeter un voyage en Italie. Il sollicita pour cela la pension du roi, et présenta pour l'obtenir deux de ses tableaux. On fut frappé de ses ouvrages, et on le reçut à l'académie de Peinture, sous le titre de *Peintre des Fêtes galantes*. Vers ce même temps, son inconstance le fit partir pour l'Angleterre où son mérite ne fut pas sans récompense. Il revint à Paris, et se trouvant sans occupation, pour complaire à *Gersaint* son ami, marchand sur le pont Notre-Dame, il y e prit le plafond de sa boutique. *Watteau* a suivi le goût des bambochades; il rendoit la nature avec une vérité frappante. Ses caractères de tête ont une grace merveilleuse; ses expressions sont piquantes, son pinceau est coulant, sa touche légère et spirituelle. Il mettait beaucoup d'agrément dans ses compositions; ses figures se font admirer pour la légèreté et pour la beauté des attitudes; son coloris est tendre, et il a parfaitement touché le paysage. Les dessins de son bon temps sont admirables pour la finesse, les graces, la svelte, la correction, la facilité et l'expression... *Voyez* II. PATER.
WATTEL, (N.) natif de Neuchâtel en Suisse, est auteur de quelques Traités de physique et de jurisprudence. Son principal ouvrage est le *Droit des Gens*, ou les *Principes de la Loi naturelle appliquée à la conduite des Nations et des Souverains*, 1758, 2 vol. in-4°: ouvrage plein des idées de la philosophie moderne, et où la religion est traitée comme une affaire de politique. Fier des applaudissemens, que cette production lui attira, il vint à Bruxelles vers l'an 1765, s'offrit à des gens en place de travailler à changer la législation et les notions nationales; mais *Marie-Thérèse* le renvoya peu de temps après. Nous ignorons l'année de sa mort. I. WATTS, (Guillaume) littérateur et historien Anglois, vivait dans le 17$^{e}$ siècle. Ses ouvrages de philologie ne lui ont pas fait un nom semblable à celui qu'il s'est acquis par sa belle édition de l'*Histoire de Matthieu Paris*, imprimée à Londres en 1640, en 2 vol. in-folio. Il a ajouté à cet important ouvrage une *Continuation* dont la fidélité est moindre que celle de son auteur; des *Variantes* pleines de recherches, et un *Glossaire* important pour fixer la signification des mots barbares employés par *Matthieu Paris*.
II. WATTS, (Isaac) docteur en théologie, mérita par ses talens et ses excellentes qualités, la place de pasteur ordinaire dans l'église Presbytérienne de Berrystreet à Londres. Il la remplit avec autant de zèle que de lumières. Il est principalement connu en France par un ouvrage judicieux, intitulé : *La Culture de l'Esprit*, traduit en françois en 1762, in-8°. Il en publia la première partie en 1741; mais la mort l'empêcha d'achever la seconde. Ce livre peut servir à faciliter l'acquisition des connaissances utiles; et ce n'est pas la seule production qui soit sortie de sa plume. On a publié le Recueil de ses ouvrages, en 6 vols. in-4°. On y trouve des *Traités de Morale*, de *Grammaire*, de *Géographie*, d'*Astronomie*, de *Logique* et de *Métaphysique*. Il avoit du talent pour la poésie, qu'il cultiva dès sa tendre jeunesse. On a de lui une Imitation des *Pseaumes de David*, des *Cantiques* et des *Hymnes* dont l'usage a été introduit dans l'office public de plusieurs églises Presbytériennes.
WAUWERMANS, (Philippe) peintre, né à Harlem en 1620, mort dans la même ville en 1668, excella dans les paysages. Il les ornoit ordinairement de chasses, de haltes, de campemens d'armée, d'attaques de villages, de petits combats et d'autres sujets dans lesquels il pouvoit placer des chevaux qu'il dessinoit dans la dernière perfection. Les tableaux de ce maître quoiqu'en très-grand nombre, sont remarquables par la beauté du travail, l'élégance, la correction, le tour fin et spirituel des figures; par la fonte, l'accord et la vivacité des couleurs; par un pinceau séduisant; par un beau choix, une touche délicate et moëlleuse, l'entente du clair-obscur, un coloris one- tueux; enfin par un précieux fini. Il a poussé même ce fini trop loin dans quelques-uns de ses ouvrages. Les tableaux faits dans son dernier temps donnent un peu trop dans le gris ou dans le bien. *Wauwermans* eut à se plaindre de l'oubli de la fortune. Il avoit un fils; mais il aima mieux lui donner le goût du cloître que celui de la peinture. Il fit même brûler en sa présence, étant au lit de la mort, une cassette remplie de ses études et de ses dessins. On a beaucoup gravé d'après lui. Il a aussi gravé à l'eau forte. *Jean Griffier* fut son élève. — *Pierre* et *Jean WAUWERMANS* ses frères ont peint dans son genre, mais avec moins de succès.
WECHEL, (Chrétien et André) célèbres imprimeurs de Paris et de Franckfort, dont les éditions sont correctes et fort estimées. Ils durent principalement la perfection de leur art au savant *Frédéric Sylburge* correcteur de leur imprimerie. *Chrétien* mourut en 1554; *André* son fils en 1581 à Franckfort, où il s'étoit retiré après la *Saint-Barthélemi*. On imprima dans cette ville en 1590, in-8°, le *Catalogue* des livres sortis de leurs presses. Les plus considérables sont: *La Grammaire* grecque et latine de *Gaza*, des Extraits de *Galien*, d'*Hérodote*, de *Xénophon*, de *Thucydide*, de *Tite-Live*, etc.; les *Œuvres de Tertullien*, de *Pausanias*, de *Denys d'Halicarnasse*; l'*Etymologicum Græcum*, etc.
WEDEL, (George-Wolfgang) né à Goltzen dans la Lusace en 1645, mort le 6 septembre 1721, à 76 ans, devint professeur en médecine à l'Île en 1672, puis conseiller et pre- H h 2 484 W E H mier médecin des ducs de Saxe. L'académie de Berlin et celle des Curieux de la Nature se l'asso-cièrent. On a de lui un très-grand nombre d'ouvrages qui offrent des recherches utiles. Les principaux sont : I. Physiologia medica, 1704, in-4.º II. Physiologia reformata, 1688, in-4.º III. De Sale volatili Plantarum, in-12. IV. Theoremata medica, in-12. V. Exercitationum Medica-Philologicarum Decades xx, 1686 à 1720, in-4.º VI. Theoria Suporum medica, in-4.º VII. De Morbis Infantum, in-8.º VIII. Opiologia, 1682, in-4.º IX. Pharmacia in artis formam redacta, 1693, in-4.º X. De Medicamentorum facultatibus cognoscendis et applicandis, 1696, in-4.º XI. De Medicamentorum compositione extemporanea, 1693, in-4.º
WEHLER ou WHEELER, (George) né à Breda en 1650, fit le voyage du Levant avec Spon, et se retira ensuite en Angleterre, la patrie de ses parens. Il obtint la cure de Houghton, et mourut en 1724. Son Voyage de Dalmatie, de Grèce et du Levant, se trouve avec celui de Spon, à la Haye, 1724, 2 vol. in-12; et séparément, 1689, 2 vol. in-12. Il est exact, sincère, et s'attache aux choses qui peuvent intéresser la curiosité du lecteur.
WEIMAR, (Bernard) duc de Saxe, le dernier fils de Jean, duc de Saxe-Weimar, descendait de l'ancienne branche électorale dépossédée par Charles-Quint. Sa haine pour la maison d'Autriche le fit ranger sous les drapeaux de Gustave-Adolphe. Il perdit d'abord la bataille de Nord- lingen; mais ayant été mis à la tête d'une puissante armée en Allemagne par le roi Louis XIII, (Voyez son article.) il remporta des victoires signalées. Il prit Saverne, chassa les Impériaux de Bourgogne et se rendit maître de Jonvelle dans la Franche-Comté. L'an 1638 il força Rheinsfeld, après avoir défait six mille cinq cents Impériaux qui étoient venus au secours de cette place. Il alla ensuite assiégé Brisach et ne l'assiégea pas en vain. Une victoire importante fut la suite de cette conquête. Toute l'Alsace se soumit à lui, et il eût remporté de plus grands avantages, sans la mort qui le surprit le 18 juillet 1639. Il disposa en souverain de ce qu'il crut lui appartenir, et déclara ses frères indignes de lui succéder dans l'héritage des pays conquis, s'ils ne demeuroient dans l'alliance et au service de la France. Élève de Gustave-Adolphe, il étoit aussi capable de former de grands projets que de les faire exécuter. Le pouvoir du cardinal de Richelieu ne put jamais l'engager à flatter ce ministre ni ses favoris. Un jour que le Père Joseph Capucin qui entendoit la guerre comme un homme de son état peut l'entendre, montroit sur la carte des places qu'il falloit prendre pendant la première campagne de 1636 : Tout cela seroit bien, Père JOSEPH, lui dit WEIMAR, si on prenoit les villes avec le bout du doigt.
WEINMANN, (Jean-Jacques-Guillaume) apothicaire de Ratisbonne, mort en 1734, a donné un ouvrage considérable sur les plantes, intitulé : Phytantoza Iconographica, sive Cons- pectus aliquot millium plantarum, Ratisbonne, 1735-1745, 4 vol. in-folio, avec 1025 planches en-luminées, mais qui ne le sont pas également bien dans tous les exemplaires.
WEISS, Voyez I. ALBIN et H. ALBINUS.
WEISSENBORN, (Isaïe-Frédéric) théologien Luthérien, né à Smalkald en 1674, fut professeur en théologie et sur-intendant à l'ène, où il mourut en 1750. On a de lui : I. Mu-zæum Philosophiæ, in-4.º II. Pa-radoxorum Logicorum Decades, in-4.º III. Character veræ Reli-gionis in doctrinæ de Fide in CHRISTUM, justificante. IV. Des Sermons en allemand.
WEITZIUS, (Jean) mort en 1642, est connu par des Commentaires sur Térence, sur les Tristes d'Ovide, sur Verrius-Flaccus et sur Prudence. 1 y trouve plus de savoir que de goût.
WELLENS, (Jacques-Thomas-Joseph) évêque d'Anvers, docteur en théologie dans l'université de Louvain, né à An-vers en 1726, et mort dans cette ville en 1784, s'est distingué par sa charité, son zèle, ses lu-mières, son désintéressement; par des vues vraiment patriotiques, constamment dirigées vers le soulagement et le bien-être de ses diocésains. On a de lui un Livre très-utile aux Ecclésiastiques, publié sous ce titre : Exhortu-tiones familiares de vocatione sa-crorum Miulstrorum et variis eo-rum officiis, Anvers, 1777 et 1783, in-8.º I. WELLER, (Jérôme) théo-logien Protestant, né à Freyberg en Misnie l'an 1499, fut très-attaché à Luther qui le garda huit ans dans sa maison. Weller devint ensuite professeur de théo-logie à Freyberg, où il mourut en 1572, à 73 ans. On a de lui : I. Commentaria in libros Samuel et Regum. II. Consilium de stu-dio Theologiæ rectè instituendo. III. Commentaria in Epistolas ad Ephesios; et d'autres Ouvrages imprimés à Leipzig, en 2 vol. in-folio.
II. WELLER, (Jacques) théologien Allemand, naquit à Neukirk dans le Voigtland, en 1602. Après avoir professé quel-ques années la théologie et les langues orientales à Wittemberg, il fut appelé par l'électeur de Saxe pour être son prédicateur aulique. Ses principaux ouvrages sont : Spicilegium quæstionum Hebræo-Syrarum; et une bonne Grammaire grecque. Il mourut en 1664.
WELLS, (Edmond) littéra-teur Anglois, savant dans la lan-gue grecque qu'il professa à Ox-ford, mourut vers 1730. Il est connu principalement par une bonne édition de Xenophon, re-vue sur plusieurs manuscrits, ornée de cartes géographiques et chronologiques, imprimée à Ox-ford en 5 vol in-8.º
WELSER, (Marc) né à Augsbourg en 1558 de parens nobles, mourut le 13 juin 1614. Il fut élevé à Rome sous le cé-lèbre Muret qui lui inspira un goût vif pour l'étude des belles-lettres latines et grecques, et pour les antiquités. De retour dans sa patrie, il parut avec éclat dans le barreau. Ses succès lui méritèrent les places de prêteur 486 WEN et de sénateur d'Augsbourg. *Welser* se fit un nom, non-seulement par la protection qu'il accorda aux savans, mais encore par les ouvrages dont il enrichit le monde littéraire. On a de lui : I. *Rerum Augusto-Vindelicarum libri VIII*, à Venise, 1594, infolio : ouvrage plein de recherches et écrit avec assez de goût. II. *Rerum Boicarum libri v*, in 4°, à Augsbourg, 1602. On lui attribue encore le *Squittinio della liberta Veneta*, que d'autres donnent à *Alfonse de la Cueva marquis de Bedmar*; (Voy. CUEVA, n.º 1.) Tous les ouvrages de ce savant écrivain furent recueillis à Nuremberg en 1682, in-fol.
WENCESLAS, fils de *Charles IV*, empereur d'Allemagne, eut le trône impérial après la mort de ce prince en 1378, à l'âge de quinze ans. Son père avoit réglé par la *Bulle d'or*, l'âge nécessaire au roi des Romains ; il fut le premier à violer ce règlement en faveur de ce fils qui fut un monstre de cruauté et de débauches. Comme *Néron*, il donna d'abord de grandes espérances. Mais la peste l'ayant chassé de Bohème, il se retira à Aix-la-Chapelle. C'est dans cette ville que les affaires commencèrent à lui peser. Le goût d'un faste ruineux, le commerce des femmes et les prodigalités qu'il entraîne, lui firent bientôt perdre de vue au milieu d'une troupe de jeunes débauchés des deux sexes, les devoirs et la majesté du trône. Amolli par la volupté, il devint lâche et cruel. Ayant voulu défendre les Juifs contre ses sujets de Bohème et s'étant signalé par des actes de fureur, les Bohémiens l'enfer- mèrent dans une étroite prison l'an 1394. Dans un de ses accès de frénésie, il avoit fait jeter dans la Moldaw, *St. Jean Népomucène*, parce qu'il n'avoit pas voulu lui révéler la confession de la reine son épouse. On dit qu'il marchoit quelquefois dans les rues, accompagné d'un bourreau, et qu'il faisoit exécuter sur-le-champ ceux qui lui déplaisoient. Ce furent toutes ces raisons qui forcèrent les magistrats de Prague de le détenir dans un cachot, d'où il se sauva quatre mois après. Un pêcheur lui fournit une corde avec laquelle il s'échappa, accompagné d'une servante dont il fit sa maîtresse. Dès qu'il fut en liberté, un parti se forma en sa faveur dans Prague. Les magistrats de cette capitale le traitant toujours comme un prince insensé et furieux, l'obligèrent de s'enfuir de la ville. C'étoit une occasion pour *Sigismond* son frère roi de Hongrie, de se faire reconnoître roi de Bohème : il ne la manqua point, mais il ne put que se faire déclarer régent. Il fit enfermer son frère dans une tour à Vienne en Autriche. *Wenceslas* s'échappe encore de sa prison, et de retour à Prague il se fait des partisans, condamne au dernier supplice ceux qui l'avoient mis en prison, et anoblit le pêcheur qui lui avoit donné le moyen de se sauver. Cependant les traverses qu'il essuya le forcèrent d'aliéner le reste des domaines de l'Empire en Italie. Les électeurs en prirent occasion de le déposer en 1400, pour les griefs suivans : « Il a vendu à la France Gênes et son territoire, malgré l'opposition des états de l'Empire ; il a livré à *Galeas Visconti*, le Milanès et la Lombardie ; il a aliéné plusieurs domaines qui par la mort des propriétaires étoient dévolus à l'empire ; il a accordé aux voleurs et aux brigands l'impunité de leurs crimes ; il a massacré, noyé, brûlé des préfaits, des prêtres et plusieurs personnes de distinction, etc. Nous donc, ayant invoqué le Saint Nom de Dieu, et étant assis dans notre tribunal de Justice, mus par les griefs ici mentionnés, avons déposé par notre présente Sentence, le seigneur *Wenceslas* comme dissipateur du corps Germanique, comme membre inutile et comme chef indigne de gouverner ; et comme tel, l'avons privé des dignités et des honneurs qui lui appartiennent. Nous faisons savoir aux princes, potentats, chevaliers, villes, terres et peuples du St-Empire, qu'ils sont absous du serment de fidélité et de l'hommage qu'ils lui devoient en sa qualité d'empereur. » On dit que quand on lui annonça sa déposition, il écrivit aux villes impériales d'Allemagne, qu'il n'exigeoit d'elles d'autres preuves de leur fidélité, que quelques tonneaux de leur meilleur vin. Il ne renonça toutefois au sceptre impérial qu'en 1410, et il mourut roi de Bohème en 1419, âgé de 58 ans. Il ne laissa point d'enfans, quoiqu'il eût été marié deux fois. Sa première femme fut Jeanne, fille d'Albert de Bavière comte de Hollande ; sa seconde, Sophie, fille d'Etienne le Frisé duc de Bavière. « Il semblait que la nature en formant *Wenceslas*, dit M. de Montigny, se fût épuisée à rassembler dans sa personne l'excessive prodigalité d'Antoine, l'infame lâcheté d'Héliogabale et l'ame cruelle de *Tibère*. Tout lui devenoit permis pour satisfaire ses passions ; nulle d'équité dans ses jugemens, point de retenue dans ses vexations, point de ménagement dans ses débauches. Fier dans la bonne fortune, il rampoit dans l'adversité. Malheur à quiconque l'offensoit ; il n'accordoit de pardon qu'à ceux qui pouvoient l'acheter à prix d'argent, ne rougissant jamais de mettre sa clémence à l'enchère, et de faire un honteux trafic de la plus belle vertu des rois. »
WENDELIN, (Godefroi) naquit dans le Brabant en 1580, voyagea en France, professa la philosophie à Digne, et mourut à Tournai où il étoit chanoine, en 1660. La philosophie et la jurisprudence partagèrent ses soins ; et l'une et l'autre lui firent un nom célèbre. Il donna au public plusieurs ouvrages, parmi lesquels on distingue une édition des *Lois Saliques*, imprimée à Anvers, 1649, in-folio. Cette édition est enrichie de savantes Notes et d'un Glossaire très-utile pour l'intelligence de ces lois. Jacques Chifflet en a orné son *Recueil Politico-historique*.
WEPPER, (Jean-Jacques) né à Schaffouse le 23 décembre 1620, médecin du duc de Wittemberg, du marquis de *Dourlac* et de l'électeur Palatin, mourut en 1695, à 74 ans. On a de lui : *L'Historia Apoplecticorum*, 1710, in-8. Il *Cicutæ aquaticæ Historia*, 1716, in-4. Il *Observationes*, 1717, in-4. Sa *Vie* est à la tête de ce dernier Livre qui est estimé, ainsi que les précédens.
WERDMULLER, (Jean-Rodolphe) habile peintre d'his- 488 W E R' toire et de paysage, se noya en 1668, à 27 ans, en passant une rivière près de Zurich sa patrie. I. WERENFELS, (Jean-Jacques) pasteur de Basle sa patrie, mourut en 1655 après avoir publié des Sermons en allemand et des Homélies en latin sur l'Ecclésiaste. Elles offrent plus de savoir que d'éloquence.
II. WERENFELS, (Pierre) fils du précédent, archidiacre de Basle, né à Liechtal en 1627, signala son zèle pendant la peste qui désola cette ville en 1667 et 1668. Son mérite lui procura la chaire de professeur de théologie en 1675 qu'il remplit avec applaudissement. Il mourut le 23 mai 1703, à 76 ans, avec une réputation de piété et de savoir justement méritée. On a de lui un grand nombre de Dissertations, des Sermons, et quelques autres ouvrages pleins d'érudition.
III. WERENFELS, (Samuel) fils du précédent, naquit à Basle en 1657, et fut professeur de différentes sciences dans sa patrie. Il voyagea en Hollande, en Allemagne et en France. Pendant trois mois de séjour qu'il fit à Paris, il eut de fréquentes conversations avec les Pères Malebranche et de Montfaucon, et avec Varignon. Il retourna à Basle en 1702, et l'année suivante il succéda à son père dans la chaire de théologie. Il fut agrégé en 1706 à la société Angloise de la Propagation de la Foi, et en 1708 à la société royale des Sciences de Berlin. Sa réputation qui croissoit de jour en jour lui procura la correspondance des plus illustres savans de l'Eu- rope, et attira à Basle une multitude d'étudiants à l'instruction desquels il s'appliqua avec zèle. Il conversoit familièrement avec eux, et s'attachoit à leur cultiver le jugement beaucoup plus que la mémoire. Son soin principal étoit de leur inspirer les sentimens de douceur, de tolérance et de modération dont il étoit pénétré, et de les conduire dans les routes de la vertu et de la probité qu'il suivit lui-même toute sa vie. Il mourut à Basle le 1er juin 1740. Tous ses ouvrages ont été recueillis en 2 vol. in-4. La plus ample édition est celle de Genève et de Lausanne en 1739. Ils roulent sur la philologie, la philosophie et la théologie. Son livre le plus connu est celui De Logomachis Eruditorum, 1702, in-8. Le Clerc dit, dans sa Bibliothèque universelle, que ce Traité sera lu avec plaisir par les savans, si ce n'est par ces savans refrognés et de mauvaise humeur, qui semblables à certains malades, loin de vouloir qu'on les guérisse, ne veulent pas même qu'on connoisse leur maladie. Le Recueil de ses ouvrages renferme diverses Poésies qui montrent que l'auteur n'étoit pas aussi bon poète qu'habile philosophe et savant théologien. On a encore de lui un vol. in-8° de Sermons.
WERFF, (Adrien Vander-) peintre, né à Rotterdam en 1659, mourut dans cette ville en l'année 1727. Le fini de ses ouvrages et leur rareté les rendent très-chers. L'électeur Palatin qui goûta beaucoup sa manière, le créa chevalier ainsi que ses descendants. Il lui permit d'ajouter à ses armes une partie des électorales, et lui fit présent de son portrait enrichi de diamans. Tous les princes qui yenoient à Rotterdam lui rendoient visite et payoient chèrement son pinceau. *Vander-Weff* terminait ses ouvrages avec un soin étonnant. Son dessin est assez correct, sa touche ferme et précieuse. Ses figures ont beaucoup de relief, mais ses carnations approchent de l'ivoire, et ne sont pas assez vives. Ses compositions manquent aussi de ce feu qu'on préfère au grand fini. Il a peint des portraits et des sujets d'histoire. Ses principaux ouvrages sont à Dusseldorf dans la riche collection de l'électeur Palatin. On y admire ses quinze *Tableaux* sur les mystères de notre Religion. La collection d'*Orléans* possédoit de ce peintre le *Jugement de Paris*, une vendeuse de marron et un marchand d'œufs, tous sur bois. — Son frère *Pierre VANDER-WEBER* fut son élève et suivit de près ses traces. Il peignit quelques sujets d'histoire, mais plus souvent des sujets privés. Sur la fin de ses jours, il devint hypocondriaque et croyoit sans cesse qu'on vouloit l'empoisonner. Il mourut en 1718, à l'âge de 53 ans.
WERNER, (Joseph) habile peintre en miniature, mort à Berne sa patrie en 1710, à 73 ans, excelloit dans le portrait. Il exerça son talent avec succès à Paris, à Rome et à Berlin.
WERNERUS, *Voyez* IRNE-RIUS et ROLLWINCK. I. WESEL, VAN HALDREN ou ARNOLDUS VESALIENSIS, (Arnold) né à Wesel vers 1480, se rendit habile dans les langues la- latine, grecque et hébraïque, fut chanoine de la métropole de Cologne où il mourut le 30 octobre 1534. Il reste de lui : I. *Macrobius, auctario locupletatus, annotationibus illustratus*, Cologne 1527, in-12. II. *Procopii Orationes de Justiniani Augusti artificiis latinè redditæ*, Basle 1531, in-folio ; et plusieurs ouvrages de controverse.
II. WESEL, (Jean Hermans) poète Danois, a fait plusieurs comédies et travaillé avec succès pour le théâtre de son pays. Il est mort en 1787.
WESENBEC, (Matthieu) né à Anvers en 1531, fut reçu docteur en droit à Louvain à 19 ans : honneur que personne n'avoit eu à cet âge. Il enseigna la jurisprudence avec réputation à l'ène, puis à Wittemberg, où il mourut en 1586, à 55 ans, après avoir embrassé la religion Protestante. On a de lui un grand nombre d'Outrages. On estime sur-tout ses *Observations sur les Pandectes*, Amsterdam, 1665, in-4° ; en latin, Cologne, 1675, deux vol. in-folio ; et ses *Paratites*, dans lesquelles il explique avec brièveté et clarté ce qu'il y a de plus difficile dans les IX livres du *Digeste*.
WESSELUS, (Jean) né à Groningue vers 1419, étudia d'abord à Zwool et ensuite à Cologne. Il traversoit souvent le Rhin pour aller lire les Ouvrages de l'abbé *Rupert* dans le monastère de Duyts. De Cologne il passa à Paris, où il trouva les disputes de philosophie très échauffées entre les *Béaux*, les *Formaux* et les *Nominaux*. Comme il falloit opter entre ces insensés, il se déclara pour ceux-ci. *Sixte IV* qui l'avoit connu lorsqu'il étoit général des Cordeliers, lui fit, dit-on, les offres les plus flatteuses dès qu'il eut obtenu la tiare. *Wesselus* se borna à demander un exemplaire de la Bible en hébreu et en grec. *Pourquoi*, lui dit le pape, *ne demandez-vous pas plutôt une mitre ou quelque chose de semblable ? — Parce que je n'en ai pas besoin*, répondit le désintéressé *Wesselus*. De retour dans sa patrie, il y mourut le 4 octobre 1489. Ce savant eut des opinions particulières qui approchoient beaucoup de celles de *Luther* dont on le regarde comme le précurseur. La plupart de ses Ouvrages furent livrés aux flammes, à l'exception de quelques Traités qui parurent à Leipzig en 1522, et à Groningue en 1614, in-4°, sous le titre de *Farrago rerum Theologicarum*. Ce Recueil prouve que l'auteur ne méritoit guère le titre de *Lumière du monde*, qu'on lui avoit donné si libéralement.
WEST, (Thomas) mort le 10 juillet 1779, à Ulwerston en Angleterre, parcourut une partie de l'Europe pour en examiner les lacs dont il vouloit donner une description. On a de lui les *Antiquités* de Furness, 1774, in-4°.
WESTPHALE, (Joachim) théologien Luthérien, né à Hambourg en 1510, mort dans la même ville en 1574, se signala par ses écrits contre les deux patriarches d'une des branches de la prétendue Réformée, *Calvin* et *Bèze*. On a de lui : *Epistolæ de Religionis perniciosis muta-* *tionibus*, et plusieurs autres ouvrages. I. WETSTEIN, (Jean-Rodolphe) né à Basle en 1647, d'une famille fertile en gens de lettres, succéda à son père de même nom que lui dans la chaire de professeur en grec, puis dans celle de théologie, et mourut dans sa patrie l'an 1711. On a de lui plusieurs ouvrages de littérature, et le *Dialogue d'Origène* contre les Marcionites, qu'il publia en 1673, avec l'*Exhortation au Martyre*, etc.
II. WETSTEIN, (Jean-Henri) frère du précédent, se fit aussi un nom parmi les savans, par ses connoissances des langues grecque et latine. Il alla s'établir en Hollande, où il devint imprimeur célèbre. Il y mourut en 1726, à 77 ans. Les savantes préfaces dont il orna différencie ouvrages, prouvent qu'il étoit aussi propre à composer de bons livres qu'à les imprimer. Il étoit aimé et estimé des grands, et il entretient une correspondance suivie avec plusieurs gens de lettres. Ses descendants subsistent en Hollande, où leurs presses sont en honneur et où ils ne se sont pas bornés à trafiquer des pensées des hommes. C'est à son fils *Jacques* qu'on doit une suite nombreuse d'auteurs classiques en petit format in-32, imprimés avec autant d'exactitude que de netteté.
III. WETSTEIN, (Jean-Jacques) vit le jour à Basle en 1693, de la même famille que les précédents. Il parcourut la Suisse, la France, l'Angleterre et l'Allemagne, recherchant et examinant partout les manuscrits du Nouveau Testament, pour en W H I 491 donner une nouvelle édition avec les Variantes. Revenu dans sa patrie, il fut fait diacre de l'église de Saint-Léonard; et publia en 1730 les *Prolegomènes* du Nouveau Testament qu'il préparait. Cet essai fut vivement attaqué. On dénonça l'auteur au conseil de Basle comme un Socinien, comme un novateur; et il fut déposé la même année par l'assemblée ecclesiastique et contraint de passer en Hollande. Les *Remontrans* lui firent un accueil distingué et le nommèrent à la chaire de philosophie de *le Clerc*, à condition néanmoins qu'il se justifierait. On le vit bientôt à Basle où il obtint la cassation du décret porté contre lui; et il revint à Amsterdam prendre possession de sa chaire, qu'il remplit avec distinction jusqu'à sa mort, arrivée en 1754, à 61 ans. Son *Édition* du Nouveau Testament grec, avec les Variantes et des remarques critiques, a paru en 1751 et 1752, en 2 vol. infolio. Il y a inséré deux *Epitres* de *St. Clément* Romain, qui n'avoient pas encore paru et dont il prétend démontrer l'authenticité. Elles sont en syriaque avec la version latine de l'auteur. Elles ont été traduites en français par M. de *Prémagny* de l'académie de Rouen, et imprimées en 1763, in-8.º Ce travail lui mérita une place dans les académies de Berlin et de Londres.
WEYMAR, *Voy.* WEIMAR.
WHARTON, *Voyez* WARTHON.
WHEAR, (*Degoreus*) né à Jacobstow, dans la province de Cornouaille, fut le premier professeur de la chaire d'Histoire, fondée à Oxford par le célèbre *Cambden*. Ce savant, mort en 1647, est auteur des *Relectiones hyemales de modo legendi Historias civiles et ecclesiasticas*: ouvrage qui fut bien reçu, quoiqu'il manque de précision. On l'a réimprimé plusieurs fois, et la meilleure édition est celle qu'en donna *New* à Tubinge, 1700 à 1708, 3 vol. in-8.º
WHELER, *Voy.* VEHLER.
WHICHCOT, (*Benjamin*) né dans le Shropshire en 1609, fit ses études à Cambridge, et fut ensuite préfet du collège du roi à la place du docteur *Collins* qui avait été déposé et avec lequel il partagea volontairement le revenu de sa charge. Il s'acquit beaucoup de réputation à Cambridge par son talent pour instruire la jeunesse, et à Londres par ses prédications. Ce double mérite lui procura la cure de Mitthon. Ce savant mourut à Cambridge en 1683. C'étoit un homme désintéressé, charitable, modeste, d'un jugement solide, d'une conversation douce et agréable. Il se signala sur-tout par sa modération qui le portait à admettre la liberté de conscience. Ses *Sermons* et ses autres *Discours* ont été recueillis en 4 vol. in-8.º
WHISTON, (*Guillaume*) né à Northon dans le comté de Leicester en 1667, montra dès sa jeunesse beaucoup de goût pour la philosophie et pour la théologie. Les progrès qu'il y fit ne tardèrent pas à lui acquérir une grande réputation, sur-tout lorsqu'il eut publié en 1696 sa nouvelle *Théorie de la Terre*. *Newton* dont il avait adopté les prin- cipes, conçut tant d'estime pour lui qu'il le choisit pour son substitut, et qu'il le recommanda ensuite pour son successeur dans la place de professeur des mathématiques à Cambridge. *Whiston* se démit alors d'un bénéfice qu'il avoit possédé pendant deux ans et il ne s'occupa plus que des sciences. Il se montra digne du choix et de la chaire de *Newton*; non pour s'être associé au projet insensé de DITTON, (*Voyez* ce mot.) mais par ses *Lettres Astronomiques* qu'il publia en 1701, et qui trois ans après furent suivies de ses *Leçons Physico-Mathematiques*. Ses occupations philosophiques ne lui firent pas négliger la théologie. En 1702 il publia un volume in-4° sur la *Chronologie* et sur l'*Harmonie* des quatre Evangiles. On lui fit l'honneur en 1707 de le choisir pour prêcher les Sermons de la fondation de *Boyle*. Il prit pour son sujet l'*Accomplissement des Prophéties*, et son livre fut imprimé la même année en un volume in-8°. La gloire de *Whiston* fut sans tache jusqu'en 1708, qu'il commença à avoir des doutes sur le dogme de la Trinité. Il crut voir de la différence entre la doctrine de l'Église des trois premiers siècles, et celle de l'église Anglicane sur la Trinité. Il sentit combien ce point étoit important, et résolut d'approfondir tout ce que l'antiquité divine et ecclésiastique fournissoit de lumière sur ce sujet. Il lut deux fois le Nouveau Testament, tous les auteurs Ecclésiastiques et tous les fragmens jusqu'à la fin du deuxième siècle; il en tira tout ce qui avoit rapport à la Trinité. *Whiston* avant de commencer son examen avoit jugé; il avoit cru voir de la différence entre la doctrine des premiers siècles et celle de l'église Anglicane sur la Trinité. Sans qu'il s'en apperçût tout se présentoit à lui sous la face qui favorisoit ce premier jugement; et le résultat de toutes ses lectures fut l'Arianisme qu'il enseigna dans son *Christianisme primitif rétabli*. À peine eut-il embrassé le parti qui paroissoit le plus ancien à son esprit fasciné, qu'il résolut d'en être le restaurateur ou le martyr. Son enthousiasme se répandit bientôt au dehors. Il écrivit aux archevêques de Cantorbery et d'Yorck, qu'il croyoit devoir s'écarter de l'église Anglicane sur le dogme de la Trinité. Il soutint cette démarche par une multitude de livres qu'il ne cessa de publier en faveur de son système. Son entêtement et la fureur qu'il avoit de vouloir faire des prosélytes, le firent chasser de l'université. On le poursuivit à Londres devant la cour ecclésiastique du haut et du bas clergé. Ses livres furent condamnés, et l'on vouloit le punir d'une manière exemplaire; mais quelques amis puissans firent en sorte qu'après cinq ans de procédures, on laissa tomber toute cette affaire. *Whiston* ne discontinua pas de soutenir l'Arianisme de vive voix et par écrit. Ce n'étoit pas la seule opinion hétérodoxe qu'il eût embrassée. Il n'étoit pas plus orthodoxe sur l'*Éternité des Peines* et sur le *Baptême des petits Enfans*. Il embrassa aussi l'opinion des *Millénaires*, et s'avisa même de fixer l'époque du retour des Juifs, du rétablissement de leur temple et du règne de mille ans au 14 mars 1714. L'événement ayant été contraire à sa prédiction, il marqua W H I 493 l'année 1736; et se voyant encore trompé, il fit de nouveaux calculs et prétendit que la grande révolution devoit se faire infailliblement en 1766. Toutes ces rêveries ne l'empêchèrent pas de publier sans interruption, un grand nombre d'excellens ouvrages de philosophie, de critique et de théologie. On peut en voir les titres dans les Mémoires qu'il fit lui-même en 1749 de sa vie et de ses écrits. Quoique ces mémoires se ressentent de la vieillesse de leur auteur, ils ne laissent pas d'être curieux, et ils renferment des particularités souvent assez hardies sur plusieurs grands hommes qu'il avoit connus. Il mourut dans la pauvreté en 1755. Il s'étoit joint cinq ans auparavant aux Anabaptistes, et avoit montré dans tout le cours de sa vie des vertus dignes d'un meilleur esprit.
WHITAKER, Voy. VITAKER.
WHITBY, (Daniel) né à Rusden dans le Northampton, vers l'an 1638, devint docteur en théologie et recteur de Saint-Edmond de Salisbury. Son esprit plein d'idées singulières, le jeta dans une haine furieuse contre l'église Romaine. Il se déclara avec la même chaleur contre les Sociniens; mais son zèle se démentit et il fut sur la fin de ses jours un des apôtres de l'Ariauisme. Il le soutint de vive voix et par écrit jusqu'à sa mort, arrivée en 1726, à 88 ans. Cet écrivain dangereux ne connoissoit presque que son cabinet. Il avoit cette simplicité de mœurs, que l'éloignement des affaires du monde et du commerce de la vie civile inspire, presque toujours. Ses nombreux ouvrages sont pleins d'érudition et de réflexions judicieuses. Il faut pourtant en excepter ses Traités en faveur des Ariens et ses Écrits contre l'église Romaine. On a de lui: I. Un Traité de la certitude de la Religion Chrétienne en général, et de la Résurrection de Jésus-Christ en particulier, 1671, in-8.º II. Discours sur la vérité et la certitude de la Foi Chrétienne. III. Paraphrases et Commentaires sur le Nouveau Testament, en 2 vol. in-folio. IV. Discours de la nécessité et de l'utilité de la Révélation Chrétienne, en anglois. V. Examen variantium lectionum Joannis Milli in Novum Testamentum, Londres, 1710, in-fol. VI. Dissertatio de Sanctarum Scripturarum interpretatione secundum Patrum commentarios, Londres, 1714, in-8.º Il est vraisemblable que l'auteur se proposoit de tourner les Pères en ridicule; car il a ramassé dans ce livre tout ce que leurs ouvrages offrent de plus singulier et de plus foible. VII. Sermons où l'on prouve que la Raison doit être notre guide dans le choix d'une Religion, et qu'on ne doit rien admettre comme article de Foi qui répugne aux principes communs de la Raison, in-8º; discours dont les raisonnemens ont été copiés par plusieurs incrédules modernes. VIII. Dernières pensées de Whitby, contenant différentes corrections de divers endroits de ses Commentaires sur le Nouveau Testament, avec cinq Discours. Cet auteur impie y rétracte tout ce qu'il avoit dit de sensé dans ses premiers ouvrages, en faveur du mystère de la sainte Trinité.
WHITELOKE, (Bulstrode) né à Londres en 1605, mort en 1676, se signala dans le parlement d'Angleterre, fut garde de la bibliothèque et des médailles du roi en 1649, ambassadeur en Suède en 1653, et président du conseil d'état en 1659. On a de lui : I. Des Harangues. II. Des Mémoires sur les affaires d'Angleterre, 1732, in-fol. III. Plusieurs autres Ecrits qu'on ne lit plus.
WHITGIFT, (Jean) né à Grimsby dans la province de Lincoln en 1530, étoit Protestant et Protestant fanatique. Il ne garda aucune mesure dans ses leçons ni dans ses thèses. Son zèle lui fraya le chemin de la fortune ; il fut successivement principal du collège de Pembrok et de celui de la Trinité, professeur royal en théologie, prébendaire d'Ély, doyen de Lincoln, puis évêque de Worcester, et enfin archevêque de Cantorbery en 1583. Il soutint avec chaleur les droits du clergé contre la cour d'Angleterre. Ce prélat ennemi ardent des Puritains et des Catholiques, mourut en 1604, après avoir poussé le fanatisme jusqu'à l'emportement. On a de lui : I. Une longue Lettre à Bèze. II. Plusieurs autres Ecrits, dans lesquels il traite le pape d'Antechrist, et l'église Romaine de Prostituée. Avec ces deux mots on opéroit alors de grandes choses sur les fanatiques du parti Protestant.
WIARD, Voyez VIARD.
WIBALDE ou WIBOLDE, évêque de Cambrai, mort en 966, inventa dans le dessein de guérir son clergé de la passion du jeu des dés, un jeu composé de 56 vertus, toutes relatives à la cha- rité. On trouve ce jeu dans Baudry, avec les notes de Colvenarius.
WICBERT, évêque d'Hildesheim en 880, a laissé plusieurs ouvrages sur la médecine qui sont conservés, suivant Brusch, dans la bibliothèque de cette ville.
WICELIUS, (George) dit Major ou Senior, pour le distinguer de son fils, naquit à Fulde en 1501, et se fit religieux fort jeune ; mais à l'âge de trente ans il quitta la vie monastique pour embrasser les erreurs de Luther. Rentré dans la communion de l'Eglise, il fut pourvu d'une cure et devint conseiller des empereurs Ferdinand et Maximilien. Il travailla toute sa vie avec zèle, mais en vain, pour réunir les Catholiques et les Protestans. On a de lui : I. Via Regia, Helmstadt, 1550. II. Methodus Concordia, Leipzig, 1537, in-12. III. Un très-grand nombre d'autres Livres, la plupart en allemand, qu'on a traduits en latin et imprimés plusieurs fois. Wicelius mourut à Maïence en 1573. George WICELIUS son fils donna aussi quelques ouvrages au public, tels que l'Histoire de St. Boniface, en vers latins, Cologne, 1553, in-4.
WICHCOT, Voyez WHICHCOT.
WICHERLEI, Voyez WYCHERLEI.
WICKAM, (Guillaume) naquit au village de Wickam, dans le comté de Southampton en 1324. Son esprit cultivé par les belles-lettres, lui donna la facilité de parler et d'écrire avec au- tant de pureté que d'élégance. Edouard III le prit à son ser- vice et l'honora de l'intendance des bâtiments et de la charge de grand forestier. Ce fut lui qui dirigea la construction du palais de Windsor. Quelque temps après il devint premier secrétaire d'é- tat, évêque de Winchester, grand chancelier, puis président du conseil privé. Il veilla autant sur la pureté des mœurs que sur l'administration de la justice. Sa sévérité lui fit des ennemis et son crédit des jaloux. Edouard pré- venu contre lui par le duc de Lancastre, le disgracia. Après la mort de ce prince il fut rappelé à la cour en 1389. De nouvelles tracasseries l'obligèrent de se re- tirer trois ans après. Rendu à son diocèse et à l'abri des agitations qui seconoient alors l'Angleterre, il travailla à perfectionner les deux collèges qu'il avoit fondés, l'un à Oxford et l'autre à Winchester. Une cathédrale presque aussi su- perbe que celle de Saint-Paul de Londres fut élevée à grands frais. Il fonda des retraites pour les pauvres et pour les orphelins; enfin il ne s'occupoit que du bien de l'humanité, lorsque ses enne- mis l'accusèrent de crime d'état en plein parlement l'an 1397; mais il se lava de cette imputa- tion odieuse. Cet illustre prélat accablé d'années et épuisé par ses immenses travaux, termina en paix une carrière trop long- temps agitée, en 1404. Il mon- tra un zèle ardent contre Wiclef qu'il fit chasser de l'université d'Oxford. On a publié dans cette dernière ville en 1690, in-4°, la Vie de ce digne évêque.
WICLEF, (Jean) ou DE WI- CLIF, naquit à Wiclif, dans la province d'Yorck vers l'an 1324. Il étudia au collège de la Reine à Oxford, et y fit de grands pro- grès dans l'étude de la philoso- phie et de la théologie. Il occu- poit dans cette université une petite place, qu'on ôta à des moines pour la lut donner, et qu'on lui enleva à son tour pour la rendre à ceux à qui on l'avoit prise. Wiclef en appela au pape qui décida en faveur des reli- gieux. Il se déchaîna dès-lors contre la cour de Rome, dont il attaqua d'abord le pouvoir tem- porel et ensuite le spirituel. Les démêlés vifs et fréquens des pon- tifes Romains et des rois d'An- gleterre depuis Jean Sans-Terre, avoient indisposé les esprits con- tre la première cour. On ne se rappeloit qu'avec beaucoup de peine l'excommunication et la déposition de ce prince; sa cou- ronne mise aux pieds du légat et remise par ce ministre sur la tête du roi; la cession de l'Angleterre au pape et le tribut imposé par le pape sur ce royaume. Enfin les Anglois voyoient avec cha- grin les bénéfices de leur isle don- nés par les pontifes aux étran- gers. Comme dans ces démêlés le clergé avoit orlinairement pris le parti de la cour de Rome, il s'étoit attiré la haine d'une partie du peuple qui d'ailleurs regar- doit avec envie les richesses des ecclésiastiques. Wiclef trouva donc dans les esprits des disposi- tions favorables; mais les évê- ques le dénoncèrent à Rome. L'archevêque de Cantorbery le cita à un concile qu'il tint à Londres en 1377. L'hérésiarque y vint accompagné du duc de Lancastre qui avoit alors la plâs grande part au gouvernement du royaume; il s'y défendit et fut renvoyé absous. *Grégoire IX* averti de la protection que *Wiclef* avoit trouvée en Angleterre, écrivit aux évêques de le faire arrêter. On le cita à un concile tenu à Lambeth ; il y comparut et évita encore d'être condamné. Les évêques intimidés par les seigneurs et le peuple, se contentèrent de lui imposer silence. Les troubles qui arrivèrent en Angleterre sous la minorité de *Richard II*, donnèrent occasion à *Wiclef* de semer ses erreurs. Il prêcha, il écrivit. Ses livres quoique grossiers et obscurs, se répandirent par la seule curiosité qu'inspiroit et le sujet de la querelle et la hardiesse de l'auteur, dont les mœurs irrépréhensibles donnoient du poids à ses opinions. C'étoit dans ce temps-là qu'*Urbain VI* et *Clément VII* se disputoient le siège de Rome. L'Europe étoit partagée entre ces deux pontifes ; l'un étoit reconnu par les Anglois, et l'autre par les François. *Urbain* fit prêcher en Angleterre une Croisade contre la France, et accorda aux croisés les mêmes indulgences que l'on avoit accordées pour les guerres de la Terre-Sainte. *Wiclef* saisit cette occasion pour soulever les esprits contre l'autorité du pape, et composa contre cette Croisade un ouvrage plein d'emportement et de force. « Il est honteux, dit-il, que la croix de Jésus-Christ qui est un monument de paix, de miséricorde et de charité, serve d'étendard et de signal à tous les Chrétiens pour les intérêts de deux faux prêtres qui sont manifestement des Antechrists, afin de les conserver dans la grandeur mondaine en opprimant la Chrétienté plus que les Juifs n'opprimèrent Jésus-Christ lui-même et ses Apôtres. Pourquoi est-ce que l'orgueilleux Prêtre de Rome ne veut pas accorder à tous les hommes *Indulgence plénière* à condition qu'ils vivent en paix et en charité, pendant qu'il la leur accorde pour se battre et pour se détruire ? » *Guillaume de Courtenay* archevêque de Cantorbery voulant arrêter ce désordre, assembla à Londres, en 1382, un concile qui condamna vingt-quatre propositions, les unes comme absolument hérétiques, les autres comme erronées et contraires aux décisions de l'Église. Voici celles qui furent jugées hérétiques. « La substance du pain et du vin demeure au sacrement de l'autel après la consécration ; et les accidens n'y demeurent point sans substance. *Jésus-Christ* n'est point dans ce sacrement vraiment et réellement... Si un évêque ou un prêtre est en péché mortel, il n'ordonne, ne consacre ni ne baptise point... La confession extérieure est inutile à un homme suffisamment contrit... On ne trouve point dans l'Évangile que *Jésus-Christ* ait ordonné la messe... Dieu doit obéir au diable... Si le pape est un imposteur et un méchant, et par conséquent membre du diable, il n'a aucun pouvoir sur les fidelles, si ce n'est peut-être qu'il l'ait reçu de l'empereur... Après *Urbain VI* on ne doit point reconnoître de pape, mais vivre comme les Grecs, chacun sous ses propres lois... Il est contraire à l'Écriture-Sainte que les ecclésiastiques aient des biens temporels. » L'auteur de ces erreurs mourut peu de temps après le 2 décembre 1384 d'une apoplexie, à Lutterworth où il se tenoit tenoit caché. Il laissa un grand nombre d'écrits en latin et en anglois. Le principal ouvrage, parmi ceux du premier genre, est celui qu'il nomma *Trialogue* ou *Dialogue*, en quatre livres, in-4°, 1525, sans nom de ville ni d'imprimeur, et réimprimé en 1753, in-4°. Dans cet ouvrage qui est fort rare, il fait parler trois personnages : la *Vérité*, le *Menzonge* et la *Prudence*. C'est comme un corps de théologie qui contient tout le venin de sa doctrine, dont le fond consiste à admettre une *Nécessité absolue* en toutes choses, même dans les actions de Dieu. *Wiclef* soutient cependant que Dieu est libre, et qu'il eût pu faire autrement s'il eût voulu ; mais il soutient en même temps qu'il est de son essence de ne pouvoir vouloir autrement. Les livres de cet hérésiarque furent portés en Allemagne et pénétrèrent en Bohème. *Jean Hus* adopta une partie de ses erreurs et s'en servit pour soulever les peuples contre le clergé. Lorsqu'on eut abattu la secte des Hussites, on n'anéantit pas dans les esprits la doctrine de *Wiclef* ; et cette doctrine produisit ces différentes sectes d'Anabaptistes qui désolèrent l'Allemagne, lorsque *Luther* eut donné le signal de la révolte contre l'Eglise. Une des principales erreurs de *Wiclef* et de ses enthousiastes, étoit de vouloir établir l'égalité et l'indépendance entre les hommes. Cette prétention excita en 1379 et en 1380 un soulèvement général de tous les paysans et des gens de la campagne qui suivant les lois d'Angleterre, étoient obligés de cultiver les terres de leurs maîtres. Ils prirent les armes au nombre de plus de cent mille hommes, et commirent une infinité de désordres, en criant par-tout : *LIBERTÉ*, *LIBERTÉ* ! Voyez la *Vie* de *Wiclef*, Nuremberg, 1546, in-8° ; ou Oxford, 1612. I. WICQUEFORT, (Abraham) écrivain Hollandois, naquit à Amsterdam en 1598. Il plut par son esprit à l'électeur de Brandebourg qui l'envoya à la cour de France, où il fut son résident pendant 32 ans. Le cardinal *Mazarin* lui marqua d'abord une considération distinguée. Mais ses ennemis l'ayant accusé auprès de ce ministre d'avoir écrit en Hollande plusieurs historiettes de la cour, il le fit mettre à la Bastille en 1658. Son plus grand crime étoit son attachement à la maison de Condé que le cardinal n'aimoit pas. *Wicquefort* ne sortit de sa prison que sous la promesse qu'il quitteroit le royaume. Mais *Mazarin* ayant eu besoin de lui, le rappela trois mois après et lui accorda une pension de mille écus. La guerre qui s'alluma entre la France et la Hollande l'obligea de retourner dans sa patrie où il fut utile au ministère François. Accusé d'une correspondance secrète avec les Anglois, il fut condamné à une prison perpétuelle en 1675. Il soulagea l'ennui de sa solitude en composant l'*Histoire des Provinces-Unies*, dont il n'a paru que le premier vol. in-folio, 1719. Irrité contre les auteurs de sa disgrace et contre le prince d'*Orange* qui y avoit beaucoup de part, *Wicquefort* sema son ouvrage de traits satiriques contre ce prince et ses partisans. Il demeura en prison jusqu'en 1679, qu'une de ses filles le délivra en lui donnant ses habits et prenant les sions. *Wicquefort* se réfugia 498 W I G alors à la cour du duc de Zell, qu'il quitta en 1681 pour retourner en Hollande. Il y vécut libre, mais privé des postes qu'il occupoit auparavant. Ces places étoient celles de résident des ducs de Brunswick-Lünebourg et de secrétaire-interprète des États généraux. *Wicquefort* avoit de l'activité dans le génie; mais sa conduite souvent équivoque, prouve qu'il n'avoit pas autant de prudence dans le caractère. On a de lui: I. *Ambassadeur et ses Fonctions*, dont la meilleure édition est celle de la Haye, 1724, 2 vol. in-4°: ouvrage intéressant par le grand nombre de faits qu'il renferme; mais confus, peu méthodique, mal digéré, et qui doit être lu avec discernement. L'auteur ayant peu de profondeur et de justesse dans l'esprit, ne fait qu'entrevoir les principes et les développe assez mal. II. *Traduction* françoise du *Voyage de Moscovice et de Perse*, écrit en allemand par *Adam Olearius*, dont la meilleure édition est celle de Hollande, 1727, en 2 vol. in-folio. III. *Traduction* françoise de la *Relation* allemande du *Voyage de Jean Albert de Mandeslo*, aux *Indes Orientales*. On la trouve à la suite de l'ouvrage précédent, dont elle compose le deuxième volume. IV. Celle du *Voyage de Perse et des Indes Orientales*, par *Thomas Herbert*, 1663, in-4°. *Herbert* mort en 1682 à Yorck, étoit valet de chambre de l'infortuné *Charles I* et parent du comte de Pembrock qui lui donna le moyen de voyager en Asie et en Afrique. Ses *Relations* sont curieuses et en général exactes. V. Enfin, celle de l'*Ambassade* de Dom *Garcias de Silva-Figueroa* en Perse, 1667, in-4°.
II. WICQUEFORT, (Joschim de) chevalier de l'Ordre de Saint-Michel, conseiller du land-grave de Hesse, et son résident auprès des États généraux des Provinces-Unies, est connu par sa *Correspondance* avec *Gaspar Barlée*, c'est-à-dire par un recueil de leurs *Lettres* réciproques, imprimées à Amsterdam en 1696, in-12.
WIDMANSTADIUS, surnom donné à *Jean Alberti*, célèbre juisconsulte Allemand. Voy. III. ALBERTI (Jean).
WIER, (Jean) dit *Piscinarius*, né en 1515 à Grave sur la Meuse dans le duché de Brabant, fit divers voyages, et poussé même jusqu'en Afrique. De retour en Europe, il devint médecin du duc de Clèves: place qu'il exerça avec beaucoup de succès pendant trente ans. Son tempérament étoit si robuste que, quoiqu'il passât souvent trois ou quatre jours sans boire ni manger, il n'en étoit nullement incommodé. Il mourut subitement en 1588 à Tecklembourg. Ses Œuvres ont été imprimées à Amsterdam en 1660 en un volume in-4°. On y trouve son *Traité de Præstigiis et Incantationibus*, traduit en françois par *Jacques Grevin*, Paris, 1577, in-8°. Il y prétend que ceux qu'on accusoit de sortilège, étoient des personnes à qui la mélancolie avoit troublé le cerveau; mais en rejetant les opinions populaires sur les sorciers, il adopte plusieurs autres contes indignes d'un philosophe.
WIGAND KAHLER, *Voyes* ce dernier mot.
WIGBODE, ancien poète Gaulois, fut admis à la cour de Charlemagne qu'il célébra dans ses vers. On lui doit encore une interprétation modeste et érudite de l'Octateugue. Les anciens comprenent sous ce nom les cinq livres de Moyse et les trois autres qui forment le corps de l'Écriture. C'est par l'autorité des Pères de l'Église que l'auteur explique le texte. Son commentaire est écrit en dialogues et se trouve manuscrit dans la bibliothèque de Saint-Maximin à Trèves. Dom Materne a inséré dans sa Collection des anciens monumens, les questions de Wigbode qui servent d'éclaircissement aux trois premiers chapitres de la Genèse.
WIGGERS, (Jean) docteur de Louvain, né à Diest en 1571, professa la philosophie dans le collège du Lys à Louvain. Il fut appelé à Liège pour présider au séminaire de cette ville et pour y enseigner la théologie. Il se fit tant d'honneur dans ce double emploi qu'il fut rappelé à Louvain, où il fut d'abord président du collège d'Arras, puis second président du séminaire au collège de Liège, fondé à Louvain. Wiggers fit fleurir la science et la vertu, et finit par une mort sainte, une vie laborieuse, en 1635, à 68 ans. On a de lui des Commentaires latins sur la Somme de St. Thomas; quatre volumes In-folio. Les éditeurs y ont corrigé quelques opinions faussés sur la probabilité. Ces Commentaires sont écrits avec plus de solidité que d'agrément; l'auteur se contente de mettre dans son style, de la clarté et de la netteté. I. WIGNEROD ou VIGNEROD, (François de) marquis de Pont-Courlai en Poitou et gou- verneur du Havre-de-Grace, étoit fils de René de Wignerod, seigneur de Pont-Courlai et de Glainai, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, mort en 1625, et de Françoise du Plessis sœur du cardinal de Richelieu. Le crédit de ce ministre servit autant à sa fortune, que son mérite personnel. Il devint chevalier des Ordres du roi en 1633, et général des galères de France en 1635. Il remporta une victoire sur la flotte d'Espagne, près de Gênes, le premier septembre 1638. Ce seigneur mourut à Paris en 1646, à 37 ans, laissant de Marie-Françoise de Guemadeuc son épouse, Armand-Jean de Wignerod qui fit imprimer à ses frais la Bible latine dite de Richelieu, 1656, in-12. Cet Armand fut substitué au nom et aux armes de Plessis-Richelieu, par le cardinal de Richelieu son grand-oncle, et mourut cinq mois avant Louis XIV, à 86 ans. Il fut père de Louis-François-Armand du Plessis duc de Richelieu, maréchal de France. Voyez PLESSIS-RICHELIEU.
II. WIGNEROD, (Marie-Magdeleine de) duchesse d'Aiguillon, sœur du précédent, fut produite à la cour par son oncle le cardinal de Richelieu. Elle devint dame d'atour de la reine Marie de Médicis, et fut mariée à Antoine de Beauvoir du Roure de Combalet dont elle n'eut point d'enfants. Mais son oncle s'étant brouillé avec la reine Marie de Médicis, elle perdit en 1630 ses places et sa faveur auprès de cette princesse vindicative. Pour perdre le cardinal et sa nièce, elle tâcha de per- 500 W I G suader au roi que le cardinal vouloit lui lui ôter sa couronne, pour la donner au comte de Sois- sons qui épouseroit Med. de Com- balet. Louis XIII n'en voulut rien croire et se livra entière- ment aux insinuations du cardi- nal. Il fut toujours persuadé au contraire, que sa mère même avait voulu faire passer sa cou- ronne sur la tête de Gaston son frère, en faisant épouser Anne d'Autriche à ce dernier, préfé- rablement à lui-même à qui sa main étoit destinée. Le cardinal aimoit beaucoup sa nièce, parce qu'elle avoit comme lui de la hauteur, de la générosité, la goût des plaisirs et des arts. Ayant tenté en vain de la ma- rier au frère du duc de Lor- raine, il lui acheta le duché d'Aiguillon, et l'en fit recevoir duchesse et paire en 1638. Après la mort de son oncle, elle se mit sous la direction de Saint Vincent de Paule, et seconda toutes ses bonnes œuvres. Elle répandit des biens immenses pour doter des hôpitaux, pour racheter des es- claves, pour entretenir des mis- sionnaires dans les pays lointains et en France même. Dans un seul jour elle engagea par contrat cent quatre-vingt mille livres de fonds, parce qu'on l'avoit assurée que dix mille livres de rente feroient revenir à l'Eglise Catho- lique la moitié des ministres Pro- testans du royaume. Cette dame illustre par son esprit, ses vertus et ses bienfaits, mourut en 1675, et légua son duché d'Aiguillon à sa nièce Marie-Thérèse, sœur du duc de Richelieu, qui mourut religieuse en 1704, à 68 ans, sans alliance. Elle substitua à Marie-Thérèse, son neveu Louis marquis de Richelieu, dont le fils fut déclaré duc d'Aiguillon par un arrêt du parlement en 1731. Ainsi ce duché passa dans la branche cadette des ducs de Richelieu.
WILDENS, (Jean) peintre, né à Anvers en 1600, mort vers 1644, est un des plus fameux paysagistes. Rubens employoit souvent son pinceau. Ses Paysages sont précieux par les sites agréa- bles, les belles fabriques, les ani- maux et les figures dont ils sont la plupart ornés. Il a représenté les XII Mois de l'année d'une manière ingénieuse et élégante. Ces sujets ont été gravés par plusieurs artistes. On estime aussi beaucoup ses dessins faits ordi- nairement à la pierre noire, en- suite arrêtés à la plume et lavés à l'encre de la Chine.
WILKES, (Jean) célèbre al- derman de Londres, fut élu mem- bré de la chambre des Communes en 1761 et s'y montra pendant lon- gues années l'adversaire le plus re- doutable du lord Bute, du minis- tère Anglois et de l'autorité royale. Ayant été mis à la Tour par ordre du Gouvernement, il ob- tint des dédommagements pour sa détention. Sur la fin de sa carrière, Wilkes qui avoit été le personnage d'Angleterre dont on avoit parlé le plus, retomba dans l'obscurité. Il est mort en 1797. La Harpe dans sa Cor- respondance a inséré un très- long portrait de cet alderman fait par un Anglois et dont le frag- ment suivant est extrait. « L'his- toire a fait souvent justice des fa- voris des rois; il est bon de faire connoître un homme qui est devenu l'idole du peuple Anglois. Chez lui, l'enthousiasme est plus triste et plus dangereux que dans un autre pays, et un homme y a plus de liberté pour devenir méchant et factieux. *Wilkes* le sait et convient souvent qu'il n'eût osé être ce qu'il est s'il n'eût connu son pays. Sa naissance est obscure et sa laideur célèbre : ses portraits qui sont en grand nombre en donnent une foible idée. Il est louche ; ses dents sont mêlées et crochues ; son rire a quelque chose d'infernal ; toutes ses passions se peignent avec énergie sur son visage, mais sa physionomie fait pardonner ses traits. Il aime beaucoup les femmes et se sent, dit-il, capable de les aimer toutes, excepté la sienne. Il a employé avec succès les moyens ordinaires de se ruiner vite : la nécessité l'a fait écrire, et son goût l'a rendu écrivain factieux. Il parle beaucoup de la gloire et prétend que *Plutarque* élève son ame... Il est âgé de quarante-deux ans ; il a renoncé avec éclat aux graces publiques de la cour, pour être plus sûrement le pensionnaire du peuple ; d'ailleurs, il est trop odieux au roi et trop avili pour qu'on puisse se résoudre à l'élever. Il disoit un jour à *Marmontel* qu'il se contenteroit du gouvernement de la Jamaïque ; il a imprimé depuis qu'il vouloit rester toute sa vie simple citoyen. Son esprit est inventif en petites ressources pour animer sans cesse le zèle inconstant du peuple ; il supplée par ses écrits au talent de parler en public que la nature lui a refusé. Son style est clair, énergique et pur, quoique figuré à l'excès. Il a publié une *Introduction* à l'Histoire d'Angleterre. On dit que la logique de l'intérêt est courte ; c'est la sienne : mais son intrépidité brave tous les événemens. Il s'est montré avec courage dans quelques affaires d'honneur ; et qui osera l'attaquer, doit le tuer ou être déshonoré par lui. Un pareil homme doit compter pour rien le repos des autres ; aussi parle-t-il tranquillement d'une guerre civile. Comme le cardinal de *Retz*, il s'est fait factieux sans objet. C'est un hypocrite politique qui se rit de sa cause, de ses principes, qui avoue qu'il ne se soucie ni de l'Angleterre ni des Anglois, et qui se moque du peuple dont il s'est fait l'idole. Il m'a paru capable d'amitié ; il a cette partie de la politesse qui consiste à vouloir plaire et être utile. Sa conversation est vive et spirituelle ; mais il y mêle sans cesse des propos audacieux et des bouffonneries messéantes. Il a osé faire mettre dans les papiers publics un parallèle de lui avec *Brutus* libérateur de Rome ; et un autre de son histoire avec celle de *Hume*. Il a souvent insulté ce grand écrivain qui le méprise et qui le compare non pas à *Brutus*, mais à *Maza-niello*. I. WILKINS, (Jean) fils d'un orfevre d'Oxford, naquit à Fawley dans le Northampton, en 1614. Il se rendit habile dans les mathématiques et dans la théologie. Sa réputation lui mérita la place de principal du collège de la Trinité à Cambridge. Il devint ensuite membre de la Société royale de Londres, puis évêque de Chester. Ce prélat avoit épousé une sœur de *Cromwell*. Il mourut en 1672, à 58 ans. Ses ouvrages principaux sont : I. *La Lune habitable*, Londres, 1638, in-4°, livre très-médiocre.
II. Plusieurs Sermons. III. Deux livres sur les Devoirs et les Principes de la Religion naturelle. IV. Essai sur le Langage philosophique, 1668, in-fol., avec un Dictionnaire conforme à cet Essai. L'idée de l'auteur étoit de former une langue universelle; Leibnitz eut le même projet, ainsi que Bécher. Tous ces ouvrages ont été imprimés à Londres, en anglois, en 1708, in-8°; et ils ne renferment guère, suivant Nicéron, que des choses communes. On y trouve cependant quelques opinions singulières.
II. WILKINS, (David) chanoine de Cantorbery et archi-diacre de Suffolk, mort en 1740, à 62 ans, étoit un savant profondément versé dans les antiquités profanes et ecclésiastiques. On a de lui: I. Les Conciles de la Grande-Bretagne, Londres, 1737, 4 vol. in-folio. II. Leges Anglo-Saxonica, Londres, 1721, in-fol. Ces deux Collections sont estimées. III. Novum Testamentum Copticum, Oxford, 1716, in-4° IV. Pentateuchus Copticus, Londres, 1731, in-4° V. Le Catalogue de la Bibliothèque de Lambeth, dont il étoit bibliothécaire.
WILLEMANN, Voy. GUIL-LIMAN.
WILLEMET, (Rémi-Pierre-François) fils d'un médecin renommé, naquit à Nancy le 2 du mois d'avril 1762. Après avoir étudié avec succès les principes de l'art de guérir sous son père, il s'embarqua pour l'Inde, et y devint premier médecin de Tippo-Saib. Il est mort à Seringapatnam en 1790. On lui doit quelques Dissertations latines relatives à la physiologie, à la botanique et à l'usage du froid en médecine. On a imprimé à Leipzig, après sa mort, un petit ouvrage de lui, intitulé: Herbarium Mauritianum, 1796, in-8°.
WILLIAMS, (Filtz) fit paroître une ame grande et reconnoissante lors de la disgrace du cardinal de Wolsey son bienfaiteur: (Voyez WOLSEY.) — WILLIAMS étoit aussi le nom de la famille Angloise qui produisit dans le 17e siècle, l'assassin de son roi, avant que ce scélérat illustre l'eût échangé contre celui de CROMWEL: Voyez ce dernier mot.
WILLIBROD, (Saint) apôtre des Frisons et premier évêque d'Utrecht, quitta son siège dans sa vieillesse, pour se retirer dans l'abbaye d'Epternach dans le duché de Luxembourg, qu'il avoit fondée des biens que Ste. Irmine fille de Dagobert, lui avoit offerts. Alcuin, précepteur de Charlemagne, composa sa Vie en prose et en vers. Cet évêque étoit né dans le Northumberland en Angleterre, et il mourut le 7 novembre 740, à l'âge de 83 ans. On lui attribue des Épitres, des Homélies et quelques Canons ecclésiastiques. Son zèle pour la propagation de la foi l'avoit conduit jusqu'en Danemarck.
WILLIS, (Thomas) médecin, né en 1662, à Great-Bedwin dans le comté de Wilt, fit ses études à Oxford, où il prit les armes avec plusieurs autres écoliers en faveur du roi. Il se livra ensuite tout entier à l'étude de la médecine. Charles II étant monté sur le trône en 1660, lui procura la place de professeur de philosophie naturelle dans la chaire fondée par Guillaume Sedley. Willis fut l'un des premiers membres de la Société royale de Londres. Il quitta Oxford en 1666, et vint exercer son art dans la capitale, où il donna la santé et excita l'envie. Les tracasseries que ses ennemis lui suscitèrent, abrégèrent ses jours. Il mourut à Londres le 21 novembre 1675, à 54 ans. On a de lui : Un Traité anglois, intitulé : Moyen sur et facile pour préserver et guérir de la peste et de toute maladie contagieuse ; ouvrage posthume, composé en 1666 et imprimé en 1690. Il ne se trouve pas dans la Collection de ses Œuvres en latin, recueillies et imprimées à Amsterdam en 1682, en 2 vol. in-4°, dont les médecins font cas. Elles embrassent presque tous les objets de l'art.
WILLUGHBY, (François) naturaliste Anglois, mort en 1672, à 37 ans, s'est fait connoître par deux bons Ouvrages d'histoire naturelle en latin. Le premier est intitulé : Ornithologiae Libri tres, Londres, 1676, in-fol.; le second : De Historia Piscium Libri quatuor, Oxford, 1686, in-fol. Ces deux Traités, qui sont peu communs et ornés de figures bien exécutées, ont été publiés par Ray qui les revit et qui y corrigea quelques fautes échappées à l'auteur.
WILMONT, Voyez ROCHESTER.
WIMPHELINGE, (Jacques) né à Schlestat en 1450, précha à Spire en 1494 avec réputation. Il se retira ensuite à Heidelberg, où il s'appliqua à étudier les Livres saints et à instruire des jeunes clercs. L'envie l'y poursuivit. Les Augustins fâchés de ce qu'il avoit dit que St. Augustin n'avoit jamais été Moine ou Frère Mendiant, le citèrent à Rome. Il se défendit par une apologie, et la pape Jules II assoupit ce différend ridicule. Trithème lui avoit conseillé, dit le continuateur de Fleury, de ne point s'ingérer dans ces sortes de disputes, parce qu'il importoit peu, lui disoit-il, que St. Augustin eût été en robe ou en capuchon. Wimphelinge étoit un esprit libre qui rejetoit les préjugés, et qui censuroit les vices sans respect humain. Il fit une mort sainte à Schlestat en 1528, à 79 ans. On a de lui : I. Catalogus Episcoporum Argentinensium, 1651, in-4.° II. Des Poésies latines, 1492 et 1494, in-4.° III. Un Traité sur l'éducation de la Jeunesse, Argentor, 1500, in-4.° IV. Libellus Grammaticalis, 1497, in-4.° V. Rhetorica, 1515, in-4.° VI. Un Traité sur les Hymnes, in-4.° VII. Un excellent Traité De Integritate, ou de la Pureté, 1503, in-4.° C'est le plus éloquent et le plus utile de ses Ouvrages : il l'adresse à Sturmius, et s'y justifie du reproche qu'on lui fait de ne s'être élevé contre les Bénéficiers que parce qu'il n'avoit pu avoir de bénéfice. Il dit qu'il avoit refusé deux prébendes que Berthole archevêque de Maïence lui avoit offertes ; qu'il déteste-roit toute sa vie ces abus, d'avoir trois ou quatre Eglises dans la même ville, plusieurs prébendes, dignités ou personnats, et quelquefois d'en posséder d'autres sous le nom de personnes interposées. Il ajoute, qu'il a connu des ecclésiastiques qui avoient jusqu'à vingt-trois et vingt-quatre bénéfices. Il se défend ensuite contre ceux qui l'accusoient d'être l'ennemi des Ordres Religieux. Il proteste qu'il aime et qu'il estime tous les bons religieux; mais qu'il ne peut avoir les mêmes sentimens pour certains moines qui n'ont de leur état que le capuchon et la couronne; qui sont pleins d'orgueil et d'ambition; qui séduisent le peuple en prêchant une voie facile pour aller au Ciel; qui enseignent qu'on ne doit faire qu'une légère pénitence pour les grands péchés; qui flattent les riches; qui abusent les religieuses; qui médisent de tous les théologiens séculiers, etc. etc. VIII. Un grand nombre d'autres Ouvrages, qui contiennent des réflexions judicieuses, appuyées sur les autorités les plus respectables.
WIMPINA pu WYMPNA, (Conrad) natif de Buchen. Son mérite lui procura un canonicat dans l'église cathédrale de Brandebourg. L'électeur le nomma à la chaire de premier professeur de théologie en l'université qu'il avoit fondée à Franckfort, l'an 1506. Wimpina donna beaucoup d'éclat à cette école. Lorsque l'hérésiarque Luther eut publié ses erreurs, on le choisit pour les réfuter. Ce savant théologien mourut en 1531. On a de lui : I. Différens Traités théologiques dont les plus connus sont ceux, De Sectis, Erroribus ac Schismatibus, Franckfort, 1528, 3 tom. in-folio; et le Divinatione, Coloniae, 1531, folio. II. Diverses Harangues ne disent rien. III. Des Poésies plates. IV. Des Epières intéressent fort peu.
WINANTS, Voyez WINANTS.
WINCHELSEA, (Anne Kingsmill, épouse en secondes noces de Heneage comte de) dame d'honneur de la duchesse d'Yorck seconde femme de Jacques II, mourut sans postérité en 1720. Elle eut quelque réputation sur le Parnasse Anglois, où elle peut occuper une place au second ou au troisième rang. On estime sur-tout son Poème sur la Rate qu'on trouve dans le Recueil de ses Poésies, publié à Londres en 1713.
WINCHESTER, (Le cardinal de) Voyez I. BEAUFORT. I. WINCKELMANN, (Jean) né à Homberg en Hesse, mort en 1626, est auteur de différens ouvrages polémiques qu'on trouve aujourd'hui dans la poudre des bibliothèques. On a encore de lui : I. Un Commentaire, in-fol., sur les Evangiles de St. Marc et de St. Luc. II. Un Commentaire sur les petits Prophètes; et d'autres Ouvrages.
II. WINCKELMANN, (L'abbé Jean) né à Stendal dans la vieille Marche de Brandebourg en 1718 de parens Luthériens, fut pendant sept ans professeur de belles-lettres au collège de Sechansen près de Salzwedel; il passa de là en Saxe, où il fut bibliothécaire du comte de Bunau à Nothnitz près de Dresde, et y acquit de grandes connoissances en divers genres de littérature. En 1754, il se rendit à Dresde où il se fit catholique; après y avoir demeuré pendant un an, il partit pour Rome et devint président des antiquités de cette ville, membre de la So- 1 D. in- qui sics qui A côté royale et des Antiquités de Londres, de l'académie de Peinture de Saint-Luc à Rome, de l'académie Étrusque de Cortone. *Winckelmann* étoit un amateur plein de goût, de sentiment et de chaleur. Il revenoit de Vienne où l'empereur et l'impératrice-reine l'avoient accueilli d'une manière distinguée lorsqu'il fut assassiné le 8 juin 1768 à Trieste, par un scélérat nommé *Arcangeli* qui se disoit connoisseur, et auquel il avoit montré imprudemment diverses médailles d'or et d'argent; il lui resta encore assez de force pour demander et recevoir les secours spirituels et pour dicter son testament, par lequel il nomma le cardinal *Alexandre Albani* son légataire universel. Nous avons de lui : *L'Histoire de l'Art chez les Anciens*, traduite de l'allemand en françois par M. Huber, Dresde, 1782, 3 vol. in-4°. On en a donné aussi une Traduction en italien à Milan et une en anglois. Ce livre, l'un des meilleurs qu'on ait écrits depuis long-temps sur les arts, a été reçu avec un égal empressement en Allemagne, en Angleterre et en Hollande par les eurieux et les artistes. La Traduction françoise a été faite d'après l'édition très-augmentée de l'original, donnée à Vienne, 1776, sur un manuscrit laissé par l'auteur. Ce qu'il y a de touchant, c'est que ce manuscrit est teint de son sang. L'auteur étoit occupé à le revoir, lorsque son assassin lui porta le coup mortel. MM. Heyne, *Bracci, Falconet*, en ont critiqué plusieurs endroits. II. *Éclaircissemens des points difficiles de la Mythologie*, en italien, in-folio, avec nombre de figures. III. *Allégorie pour* les *Artistes*, Dresde, 1766, in-4°; ouvrage purement didactique. IV. *Remarques sur l'Architecture des Anciens*. L'auteur qui étoit d'un tempérament bouillant, a donné souvent dans les extrêmes; porté naturellement à l'enthousiasme, il s'est laissé entraîner à une admiration outrée. Par la trempe de son esprit et la négligence de son éducation, la réserve et la circonspection étoient des qualités qu'il connoissoit peu. S'il est hardi dans ses jugemens, la plume à la main, il l'étoit bien davantage dans les disputes de vive voix, où ses amis ont tremblé plus d'une fois pour lui. Trop épris du genre d'étude qu'il cultivoit, il ne songeoit pas à réprimer les saillies de son amour propre qui étoit extrême. « Je suis, dit-il lui-même, comme une plante sauvage : j'ai pris ma croissance, abandonné à mon propre instinct. J'aurais été capable de sacrifier ma vie, si j'avais su qu'on érigeoit des statues aux meurtriers des tyrans. » Il étoit d'ailleurs franc, sincère, d'un commerce sûr, bon ami et honnête homme. On a publié ses *Lettres familières*, Paris, 1782, 2 vol. in-8°. On voit à la tête l'*Eloge de Winckelmann* par M. Heyne.
WINSEMIUS, (Pierre) historien Hollandois, né à Leewarde vers 1585, après avoir fait ses études dans son pays, parcourut l'Allemagne, la Suède et la France. De retour dans sa patrie il cultiva les muses, retiré à la campagne. En 1616, il fut fait historiographe des états de Frise, et choisi en 1636 pour être professeur d'histoire et d'éloquence à Franeker. Il y mourut 906 W I N en 1644. Nous avons de lui : I. Chronique ou Histoire de la Frise, depuis l'an du monde 3635 jusqu'à l'an 1622 de l'ère vulgaire, en flamand, Franeker, 1622, in-fol. L'auteur la prend de trop haut pour ne pas raconter bien des fables. II. Vita illustrissimi Mauritii, Principis Auriaci, Franeker, 1625, in-4.º III. Rerum sub Philippo II, per Frisiam Gestarum, ab anno 1555 ad annum 1581, libri septem, Leewarde, 1646, in-folio. Malgré tous les éloges que Grotius, Heinsius, Pontanus, Scriverius et Nicolas Blancard ont donnés à cette histoire, elle est mal écrite : l'auteur a cru bien écrire en se servant de mots pompeux et peu usités et de phrases embrouillées. L'impartialité qu'il affecte, ne l'empêche pas de maltraiter les Catholiques et leur religion. Winsemius a encore donné plusieurs Dissertations, des Harangues, des Eloges funèbres et quantité de Pièves de poésie. — Menelas WINSEMIUS son frère, né à Leewarde vers 1591, professeur en médecine à Franeker, mourut le 15 mai 1639. On a de lui, Compendium Anatomiae, Franeker, 1625, in-4.º
WINSLOW, (Jacques-Bénigne) Danois, et petit-neveu du célèbre Stenon, soutint la réputation de son oncle. Il vit le jour en 1669, à Odenzee dans la Fionie, d'un ministre Luthérien. L'envie de se perfectionner le conduisit à Paris, où il étudia sous le célèbre du Verney, maître habile qui trouva dans ce jeune homme un disciple digne de lui. Winslow avoit le malheur d'être Protestant, et il dut au grand Bossuet sa conversion. Sa réputation se répandant de plus en plus, il devint médecin de la faculté de Paris, démonstrateur au jardin du roi, interprète de la langue teutonique à la bibliothèque du roi, et membre de l'académie des Sciences. Ses ouvrages sont : I. Un Cours d'anatomie, sous ce titre : Exposition anatomique du corps humain, in-4º et 4 vol. in-12 : livre élémentaire qui est très-recherché. II. Une Dissertation sur l'incertitude des signes de la mort, 1742, deux vol. in-12. Ce livre est très-bien raisonné. III. Une Lettre sur un Traité des maladies des os. IV. Des Remarques sur la mâchoire. V. Plusieurs Ecrits dans les Mémoires de l'académie des Sciences. Winslow mourut en 1760, à 91 ans avec la réputation d'un des plus honnêtes hommes et d'un des plus habiles anatomistes de la France.
WINTER, (George-Simon) écuyer Allemand du 17e siècle, fit une étude profonde de son art. Il en donna des leçons à divers seigneurs et princes d'Allemagne, et en publia deux Traités estimés et peu communs en France. Le premier parut à Nuremberg en 1672, in-folio, en latin, en allemand et en françois, sous ce titre : Tractatio nova de re Equaria. L'auteur y traite en détail des écuries, du régime, de l'âge, du pays, des qualités et des marques des chevaux : de la manière de les dresser, de les élever et de les dompter : de leurs haras, de leurs maladies et des remèdes qui leur sont propres ; des devoirs et des qualités des palefreniers et des écuyers. Le second, imprimé dans la même ville en 1678, deux vol. in-folio, en latin et en allemand, ne traite que de l'art de monter à cheval; il est intitulé; *Eques peritus, et Hippiator expertus*.
WINWOOD, (Rodolphe) secrétaire d'état sous *Jacques I*, dont les *Mémoires d'état* publiés en 1725, 3 vol. in-folio, sont intéressans, mourut à Londres en 1617.
WION, (Arnould) Bénédictin, né à Douay en 1554, prit l'habit dans l'abbaye d'Ardembourg au diocèse de Bruges. Pendant les guerres civiles de religion il se retira en Italie, et fut reçu parmi les Bénédictins de Sainte-Justine de Padoue dits du Mont-Cassin. Il s'y signala par quelques ouvrages, où les absurdités et les fables sont entassées. Les principaux sont : I. La *Généalogie* de la famille des *Anices*, d'où il faisoit descendre *St. Benoit* et la maison d'*Autriche*. (*Voyez* STREIN.) II. Une *Histoire* des Hommes illustres de son Ordre, sous le titre de *Lignum vitæ*. C'est dans ce second ouvrage, imprimé à Venise en 1595, 2 volum. in-4°, qu'on trouve les impertinentes prédictions sur les élections des papes attribuées à *St. Malachie* évêque d'Irlande. L'oubli du sens commun s'y fait sentir à quelques pages.
WIRLEM-BAUR, *Voyez* BAUR.
WIRSUNGUS ou WIRSUNGUS, (Jean-George) Bavarois, professeur d'anatomie à Padoue, découvrit en 1642 le conduit *pancreatique*. Son mérite lui suscita des envieux qui, à ce que l'on croit, gagnèrent par argent un Italien pour l'assassiner. *Wirsungus* gus fut tué dans son étude par ce scélérat d'un coup de pistolet, avant que d'avoir fait imprimer aucun de ses ouvrages.
WISCHER ou WISSECHER, (Corneille) dessinateur et graveur Hollandois du 17$^{e}$ siècle, laissa des sujets et des portraits d'après des peintres Flamands. On ne peut graver avec plus de finesse, de goût, d'esprit et de vérité. Son burin est en même temps savant, pur et gracieux. Les estampes qu'il a inventées lui-même, font honneur à son goût et à son génie. M. *Basan* a donné le *Catalogue de son œuvre*. — *Jean WISCHER* son frère, ainsi que *Lambert* et *Nicolas WISCHER* de la même famille, sans avoir des talens éminens, font admirer leur goût et leur mérite dans les estampes qu'ils ont gravées d'après *Berghem* et *Wauwermans*.
WISE, (François) recteur de Rhotterfield-Grays, né en 1695, mort à Ellesfield en 1767, a donné au public : I. *Annales Elfredi Magni*, Oxford, 1738, in-4°. II. Des *Recherches* sur les premiers habitans de l'Europe, et leur langage, 1753, in-4°. III. Des *Observations* sur les temps fabuleux, 1764, in-4°. Tous ces ouvrages sont remplis d'érudition.
WISSOWATIUS, (André) né en 1608, à Philippovie dans la Lithuanie d'une famille noble, étoit petit-fils, par sa mère, de *Fauste Socin*. Il hérita des erreurs de son grand-père et les répandit en Hollande, en France et en Angleterre. De retour en Pologne, il fut l'un des principaux chefs des Sociniens et sou- 508 W I S tint les intérêts de cette secte au péril de sa vie. Enfin, contraint de se retirer en Hollande par l'arrêt qui proscrivit, en 1658, les Unitaires, il y travailla à l'édition de la Bibliothèque des Frères Polonais qu'il mit au jour peu de temps après, en 9 vol. in-fol. On a encore de lui un Traité intitulé : Religio rationalis seu De Rationis judicio, in Controversias etiam theologicis ac religiosis adhibendo, Tractatus, 1685, in-16, et plusieurs autres ouvrages très-dangereux qu'il fit pour ses prosélytes. Ce sectaire mourut en Hollande en 1668.
WISTON, Voy. WHISTON. — WIT, (Jean de) fils de Jacob de Wit, bourgmestre de Dordrecht, naquit en 1625 d'une famille noble et ancienne. Après s'être perfectionné dans la jurisprudence, les mathématiques et la théologie, la curiosité le porta à voyager dans les cours étrangères. Il s'y fit des amis par les qualités de son cœur et de son esprit. De retour dans sa patrie, il s'éleva de grade en grade jusqu'à celui de pensionnaire de Hollande : emploi qu'il exerça dans des temps très-difficiles. La guerre avec les Anglois, qui ne fut pas toujours heureuse pour la république, exerça son habileté. On admira sur-tout avec quelle promptitude il travailla au rétablissement de la flotte, presque ruinée dans un combat contre les Anglois ; et la résolution qu'il prit et qu'il exécuta, de se mettre lui-même sur la flotte avec d'autres députés de l'état. Cependant les malheurs de la patrie en faisoient soupirer plusieurs après un Stathouder. Quoique Guil- laume III fût encore enfant, on faisoit de grands efforts pour l'élever à cette charge. Jean de Wit s'opposoit de tout son pouvoir à cette élection, contraire selon lui à la liberté de son pays. Ce zèle pour la patrie fut la source de ses malheurs. Soupçonné d'être d'intelligence avec l'ennemi, il fut attaqué par quatre assassins qui manquèrent leur coup, et dont l'un fut puni de mort. La crainte d'un pareil danger lui fit demander sa retraite et il l'obtint. Le parti du prince d'Orange ayant prévalu en 1672, dans le temps que la France pressoit la Hollande, on accusa Corneille de Wit frère de Jean, d'avoir voulu faire assassiner ce prince, et on le mit en prison à la Haye. Faute de preuves, il ne put être condamné qu'au bannissement ; mais comme le pensionnaire le faisoit sortir de prison pour satisfaire à la sentence de bannissement, la populace effrénée les massacra tous deux, parce qu'ils avoient voulu la paix. Ainsi périrent deux frères, dont l'un avoit gouverné l'état pendant 19 ans avec vertu, et l'autre l'avoit servi de son épée. On exerça sur leurs corps sanglans toutes les fureurs dont le peuple est capable. Jean de Wit s'étoit signalé autant par ses talens que par sa modération. Assujetti à la frugalité et à la modestie de sa république, il n'avoit qu'un laquais et une servante. Il alloit à pied dans la Haye, tandis que dans les négociations de l'Europe, son nom étoit compté avec les noms des plus puissans rois : homme infatigable dans le travail, plein d'ordre, de sagesse, d'industrie dans les affaires, excellent citoyen, grand politique W I T 509 et digne d'un meilleur sort. « Personne, dit Burnet, n'employa jamais mieux que lui l'algèbre à toutes les affaires du commerce. Il possédoit à fond l'état de la Hollande, ses revenus, les sommes qu'on y pouvoit lever pour les besoins publics, et la méthode dont il s'y falloit prendre. Tout cela étoit digéré dans un petit livre de poche, où par le moyen de quelques tables, il trouvoit d'un coup d'œil tout l'argent que la république pouvoit fournir. Franc et sincère, il ne connoissoit d'autre finesse que celle du silence; et on ne pouvoit pas aisément savoir quand il se taisoit, s'il le faisoit à dessein ou par coutume. D'une intelligence prompte et nette quand on lui proposoit quelque chose de nouveau, après vous avoir écouté patiemment et fait quelques questions incidentes, il avoit compris l'affaire avec autant de justesse que le pouvoit faire la personne même qui lui en faisoit l'ouverture. Ne connoissant en aucune façon l'histoire moderne ni l'état des cours étrangères, il faisoit les plus grossières fautes sur le cérémonial. Sa grande maxime étoit, que tous les Princes et que tous les Etats se règlent sur leurs intérêts, et que dès que l'on sait en quoi leurs vrais intérêts consistent, on peut savoir quels en sont les projets. Il ne vouloit pas que l'on recourût au soldat étranger, à moins que la conservation du sujet ne le rendit nécessaire. Quant à l'administration de la justice, au soutien du commerce, à l'entretien des flottes, la république n'eut jamais de plus habile ministre. Quoiqu'il fût fort opposé à la maison d'Orange, il prit un grand soin des biens du jeune Guillaume III. Il veilla sur son éducation et lui donna de justes notions de tout ce qui concernoit l'état, croyant que l'intérêt public demandoit qu'on le rendit propre à gouverner. » On a de lui : I. Des Négociations, Amsterdam, 1725, 5 vol. in-12. II. Des Mémoires, Ratisbonne, 1709, in-12. Ces ouvrages renferment des faits intéressants et méritent d'être lus. Voyez sa Vie en 2 vol. in-12, Utrecht, 1709.
WITASSE, (Charles) né à Chauny dans le diocèse de Noyon le 11 novembre 1660, fut élevé à Paris où il se rendit habile dans les humanités, dans la théologie et dans les langues. Devenu prieur de Sorbonne en 1689, et docteur en 1690, il obtint tous les suffrages pour la chaire de professeur royal en théologie, à laquelle il fut nommé en 1696. Il remplissoit cette place avec autant d'exactitude que d'applaudissement, lorsque la bulle Unigenitus parut. Le refus qu'il fit de recevoir ce décret, lui attira une lettre de cachet qui l'exilait à Noyon; mais il échappa à la persécution par la fuite. Après la mort de Louis XIV, il reparut à Paris où il mourut d'apoplexie le 10 avril 1716, à 56 ans. Son caractère répondoit à ses lumières. Plein de douceur et de gravité, il eut toujours un nombreux concours de disciples qui le préféroient à la plupart des autres professeurs. Quoiqu'il pût attendre de sa réputation et de l'estime générale qu'elle lui avoit acquise, des places considérables, il borna son ambition à servir le public dans son emploi. C'est à lui qu'on doit l'établissement 510 WIT de la maison des Prêtres de Saint-François de Sales, où les pauvres curés et les prêtres invalides, sur-tout du diocèse de Paris, trouvoient une retraite et une subsistance honnête. Lorsque le cardinal de Noailles qui entra avec chaleur dans ses vues charitables, demanda à Louis XIV des lettres patentes pour cette fondation, le roi les lui accorda aussitôt, en disant: « Il est bien juste que, mes soldats ayant une retraite, ceux de Jésus-Christ n'en manquent pas. » Il étoit fort lié avec ce cardinal; et on lui attribua communément les sentimens que ce prélat fit paroître contre la Bulle. Les ouvrages de ce docteur sont: I. Plusieurs Lettres sur la Pâque. II. L'Examen de l'édition des Conciles du P. Hardouin. Il fit cet Examen à la sollicitation du parlement de Paris. III. Une partie des Traités qu'il avoit dictés en Sorbonne; savoir: ceux de la Pénitence, de l'Ordre, de l'Eucharistie, des Attributs, de la Trinité et de l'Incarnation. Celui de la Confirmation qu'on lui a attribué n'est point de lui, mais d'un Père de l'Oratoire. Chacun de ces Traités est en deux volumes in-12, excepté celui des Attributs qui est en trois. L'érudition et la netteté les caractérisent. Son style convenoit au genre didactique: pur sans affectation, simple sans barbarie, net et concis sans sécheresse, il ne lui manquoit qu'un peu plus de délicatesse dans le choix de ses preuves, et plus de soin à ne pas s'assujettir aux formes et aux questions que la tyrannie de l'usage a introduites.
WITHBI, Voyez WHITBI... etc.
WITHFIELD, (N.) fondateur de la secte nombreuse des Méthodistes en Angleterre, mort depuis quelques années, affectoit comme la plupart des chefs des sectaires une vertu sévère. Son but étant de réformer les mœurs des citoyens de tous les états, il sé mit à prêcher dans les carrefours de Londres. Il fit bientôt des prosélytes sur-tout parmi les artisans. Le clergé Anglican en fut alarmé. On le peignit comme un fanatique dangereux; et le peuple le chassa souvent à coup de pierre. La douceur qu'il opposa aux injures et aux outrages, augmenta ses adhérents; et ceux de ses disciples qui avoient de la loquacité, se remirent, à l'exemple de leur maître, à prêcher dans les rues. Withfield ayant mis dans son parti quelques personnes de distinction, établit paisiblement ses tréteaux sur la vaste place de Moorfields. Ses sermons furent soutenus par ses exemples. Sa sobriété et son désintéressement étoient extrêmes. Il distribuoit avec scrupule les nombreuses aumônes qu'on portoit à ses pieds. Enfin, ne pouvant plus suffire à la foule immense qui avoit adopté ses principes, il prit des aides ecclésiastiques et fit bâtir une église qu'il nomma le Tabernacle. Après avoir prêché une morale pure et des principes simples, mais peu d'accord avec la foi Catholique, il passa quatre fois en Amérique pour y répandre sa doctrine. Son zèle ne fut point infructueux, et sa secte fructifia dans le nouveau Monde comme à Londres. Il mourut avec la tranquillité d'un saint, emportant les regrets de ses disciples qui ne prononcent son nom qu'avec respect. La liturgie des Methodistes est presque la même que celle de la religion Anglicane. Ils ont quelques cantiques de plus dont la mélodie est très-agréable. Le sermon remplit cependant toujours la plus grande partie du service divin. Quelques-uns de leurs ministres prêchent encore dans la rue. Le prédicateur entrant communément dans un tonneau s'élève au-dessus de la foule, composée ordinairement de la lie du peuple et de quelques curieux qui viennent rire du sermon et du sermonneur. C'est dans cette chaire comique que l'énergumène étendant ses bras; gesticulant, roulant des yeux effarés, faisant mille contorsions, débite son galimathias, non en le lisant comme c'est l'usage dans les églises Anglicanes, mais en le déclamant avec enthousiasme. I. WITIKIND le Grand, duc de Saxe, étoit fils du prince Wernekin, dont la famille étoit très-considérée parmi les Saxons. Quoique Witikind ne fût pas roi de cette nation, mais seulement l'un de ses chefs, il eut le commandement général des troupes. Généreux défenseur des restes de la Germanie, il excita ses compatriotes à soutenir leur liberté contre Charlemagne qui arma pour les réduire et qui ne pouvoit en venir à bout. Enfin ce monarque las de faire la guerre aux Saxons et de répandre du sang, envoya à Witikind un de ses seigneurs pour l'exhorter à rentrer dans son devoir à des conditions très-avantageuses. Le prince Saxon s'y soumit et alla trouver l'empereur à Attigny en Champagne. Ce conquérant le reçut avec douceur, lui donné le titre de duc de Saxe avec le duché d'Engern, et l'engagea à se faire instruire de la religion Chrétienne. Witikind en fit profession l'an 807, et fut tué quatre ans après par Gerold duc de Sounbe. Sa postérité, dit Pasquier, commença de s'établir en France, et fut destinée pour la fin et clôture de celle de Charlemagne. WITIKIND II son fils, qui prit au baptême le nom de Robert, fut père de Robert le Fort marquis de France, bisain de Hugues Capet auteur de la troisième race de nos rois.
II. WITIKIND, WITUKIND ou WITEKINDE, Bénédictin de l'abbaye de Corbie sur le Weser au 10e siècle, avoit composé plusieurs écrits, dont il ne nous reste que l'Histoire des Saxons en trois livres, et la Vie d'Othon I. Ces ouvrages ont été publiés par Henri Meibomius le Vieux, avec des notes et des dissertations, dans un recueil d'ouvrages historiques du même siècle, Franckfort, 1621, in-fol., et dans Scriptores rerum Germanicarum, Helmstadt, 1688, infolio. Witikind fit fleurir la piété et les lettres dans le monastère de Corbie, et mourut après l'an 973.
WITSEN, (Nicolas) savant Hollandois du 17e siècle, embrassa le négoce, la politique et les sciences. Il réussit dans tous ces genres; car il s'enrichit par des voies honnêtes, se distingua dans la magistrature d'Amsterdam, et prouva ses progrès dans la littérature par un Traité savant et curieux sur l'Architecture navale des Anciens. 512 WIT
WITSIUS, (Herman) docteur Protestant, né à Enckhuysen dans la Nort-Hollande en 1626, devint professeur de théologie à Franeker, puis à Utrecht, et enfin à Leyde où il mourut en 1708. Ses principaux ouvrages sont: I. *Historia Hierosolymitana*. II. *Egyptiaca et Decaphylion, cum Diatribâ de Legione fulminatrice Christianorum*. Il fait voir dans cet ouvrage dont la meilleure édition est celle de 1683, in-4°, que les Juifs n'ont point emprunté des Égyptiens leurs lois et leurs cérémonies, comme l'avoient prétendu Spencer et Marsham. III. *Miscellanorum Sacrorum Libri duo*. IV. *Maletemata Leydensia*, etc. Ces différens ouvrages dénotent une érudition peu commune. On y souhaiterait plus de choix.
WITTE, (Emmanuel) peintre d'Alcmaer, né en 1607, mort en 1692, entendoit bien la perspective et l'architecture.
WITTICHIUS, (Christophe) né à Brieg dans la Basse-Silésie en 1625, fut professeur de mathématiques à Herborn, d'où il fut appelé à Duisburg pour y enseigner la théologie. De là il passa à Nimègue où il occupa une chaire de théologie pendant 16 ans. Enfin il eut le même emploi à Leyde en 1671, et il y finit sa savante carrière en 1687. Ses ouvrages sont: I. *Theologia pacifica*, Leyde, 1671, in-4° II. *Anti-Spinosa*. III. *De Deo et ejus Attributis*, Amsterdam, 1690, in-4° *Wittichius* est de tous les Protestans l'un de ceux qui a le mieux su accorder les principes philosophiques de *Descartes* avec la théologie, dans son *Consensus veritatis*, Leyde, 1682, in-4°
WLODOMIR, duc de Russie, embrassa le Christianisme en 989, et c'est là proprement l'époque de l'établissement de la foi Chrétienne dans ces vastes régions. Il est vrai que dès le siècle précédent elle y avoit pénétré par les soins de St. Ignace patriarche de Constantinople; mais elle y fit alors peu de progrès. La fille de *Boleslas* duc de Pologne, qui épousa le fils de *Wlodomir*, amena avec elle en Russie *Reimbern* évêque de Colberg. Ce missionnaire, après s'être concilié la vénération des Païens par son extrême abstinence, ses vertus, ses veilles et ses oraisons continuelles, leur fit brûler leurs temples et abolit les superstitions auxquelles ils étoient le plus attachés. Les mœurs de *Wlodomir* ne répondirent pas toujours à sa croyance. On lui reproche de grandes cruautés et beaucoup d'emportement dans sa passion pour les femmes: mais il en fit une pénitence exemplaire, et ne cessa dès-lors de racheter ses péchés par des aumônes prodigieuses jusqu'à ce qu'il mourut dans une extrême vieillesse. Il fut enterré dans la grande ville de Kiovie; on lui dressa un tombeau fort élevé dans l'église de Saint-Clément, comme un objet proposé à la vénération des peuples. Les Moscovites comptent en effet ce prince entre les Saints, et le regardent comme l'apôtre de leur nation. L'impératrice *Catherine II* a créé un ordre de chevalerie sous le nom de *Wlodomir*, en faveur de ceux qui ont bien servi l'état dans les emplois civils. Le Le cordon de cet Ordre est cra-moisi et noir.
WODVARD, Voyez WOOD-WARD.
WOIDE, savant Anglois, membre du Musée Britannique, s'appliqua à l'étude des langues orientales et sur-tout de la langue coptique. Il publia le Lexique en cette langue, que la Crôze avoit composé vers 1720, et qui étoit resté manuscrit. Woide a soutenu que le copte n'avoit aucun rapport avec le phénicien ni avec l'hébreu, comme l'avoit prétendu Bochard, et que la langue arménienne étoit la seule avec laquelle il avoit une légère ressemblance. Ce savant est mort vers 1780.
WOLDIKE, (Marc) né l'an 1699 à Sommersted en Danemark, fut ministre d'une église, puis professeur de théologie en 1731 à Copenhague où il mourut en 1750. Il s'est fait connoître par plusieurs Traductions latines: I. Des Traités de Moyse Maimonides, touchant les viandes défendues, avec des notes. II. De plusieurs chapitres du Talmud de Jérusalem et du Talmud de Babylone. On a encore de lui quelques Traités de Controverse. I. WOLFF, (J. Christiern de) WOLFIUS, né à Breslaw le 24 janvier 1679 d'un brasseur homme de lettres. Son père remarquant dans son fils les plus heureuses dispositions, les cultiva avec soin et lui donna d'habiles maîtres. L'université de Ième où il se rendit en 1699, fut le premier théâtre de ses talens. Après avoir achevé son cours dans cette ville, il alla enseigner à Leipzig en 1703, et s'y annonça par une Dissertation sur la manière d'enseigner la Philosophie. Sa méthode étoit en partie celle de Descartes, à laquelle il ajouta ses propres idées. Son nom pénétra dans les différentes parties de l'Allemagne, et les universités de Giessen et de Hall le demandèrent en même temps pour professeur de mathématiques. Cette dernière ville eut la préférence en 1707. Il y enseigna avec tant d'assiduité et d'applaudissement, qu'on l'honora du titre de conseiller de cour et on augmenta ses appointeimens. La rage de l'envie et du fanatisme vint troubler son bonheur et voulut éclipser sa gloire. Une harangue qu'il prononça en 1721, sur la morale des Chinois, dans laquelle il comparoit les principes de Confucius avec les siens, excita le faux zèle des théologiens de Hall. La faculté théologique de cette ville résolut d'examiner tous les ouvrages de notre philosophe. Wolff en porta ses plaintes au conseil académique, et obtint même un ordre portant défense à qui que ce fût d'écrire contre lui. Cette défense tyrannique ne fit qu'échauffer les esprits. On écrivit en cour : le doyen et plusieurs membres de la faculté philosophique exposèrent combien sa doctrine étoit dangereuse. Enfin après de grands flots d'encre et de vives altercations, la cour le condamna le 15 novembre 1723 à sortir de Hall et des états dans l'espace de vingt-quatre heures, sous les peines les plus rigoureuses. L'illustre opprimé se rendit à Cassel où il obtint la chaire de mathématiques et de philosophie dans l'université de Marbourg, avec le titre de conseiller aulique du landgrave de Hesse, et une bonne pension. Il K k 514 W O L se remit aussitôt à ses travaux avec une nouvelle ardeur; et c'est dans ce séjour qu'il a publié la meilleure partie de ses ouvrages. La flétrissure qu'il avoit subie n'avoit fait qu'augmenter sa réputation. Il fut déclaré en 1725 professeur honoraire de l'académie des Sciences de Pétersbourg, et en 1733 il obtint l'association de l'académie des Sciences de Paris. Le roi de Suède le déclara aussi conseiller de régence. Wolff, attaché à Marbourg par les liens du devoir et de la reconnaissance, refusa des places très-avantageuses, entr'autres celle de président de l'académie à Pétersbourg. Le roi de Prusse, revenu des préjugés qu'on lui avoit fait concevoir contre lui, voulut le rendre à l'université de Hall en 1733, et fit une seconde tentative à cet égard en 1739 qui fut aussi inutile que la première. Ce prince étant mort le 31 mai 1740, Frédéric II son fils, philosophe couronné et ami de Wolff, le rappela à Hall en 1741, avec les titres de conseiller privé, de vice-chancelier et de professeur du droit de la nature et des gens. Il l'éleva ensuite à la dignité de chancelier de l'université. L'électeur de Bavière, pendant le vicariat de l'empire qu'il exerça, le promut à celle de baron de l'empire, sans que le philosophe l'eût recherché ni prévu. Il jouissoit paisiblement de sa gloire et du fruit de ses travaux, lorsque des attaques fréquentes de goutte le conduisirent par degrés à un marasme qui lui annonçoit sa fin. Elle arriva le 9 avril 1754, dans sa 76e année. Il mourut avec l'intrépidité de la philosophie et de la religion. C'étoit un sage. Les honneurs et les disgraces, la santé et la maladie altérèrent peu la tranquillité de son ame. Il traitoit ordinairement ses ennemis avec douceur et quelquefois avec générosité. La simplicité de ses mœurs le rendoit content de ce qu'il avoit; il vivoit sobrement, mangeoit peu et ne buvoit point de vin. Il n'avoit d'autre ambition que celle de la science et de la vertu. Le roi de Suède qui en faisoit un cas infini, le pressant souvent de lui demander des graces, il répondoit toujours: Je n'ai besoin de rien; bien différent de tant d'hommes de lettres indignes de ce nom, qui font bassement et presque toujours inutilement la cour aux laquais ou à la maîtresse d'un grand, pour avoir une petite pension arrachée par l'importunité à une avarice fastueuse. Ses principaux ouvrages sont: I. Un Cours de Mathématiques en latin, d'abord en 2 vol. in-4°, puis en 5 in-4°, Genève, 1732 et 1741. C'est le Cours de Mathématiques le plus complet que nous ayons jusqu'à présent. Un Bénédictin de la congrégation de Saint-Maur l'a abrégé, en 3 vol. in-8°; et c'est un service qu'on devoit rendre à tous les ouvrages de Wolff, trop longs au moins de moitié. « Il a noyé, dit un écrivain illustre, le système de Leibnitz dans un fatras de volumes et dans un déluge de paroles, d'argumens, de corollaires et de citations. II. Une PHILOSOPHIE, en plusieurs vol. in 4°, que l'auteur divise en Théorétique et en Fratique. On trouve dans la première: 1.° La Logique, qu'il a intitulée, Philosophia rationalis, sive Logica, in-4.° On en a un Abrégé in-8°, plusieurs fois imprimé, sous le titre de Pensées sur les forces de l'En- tendement humain, traduit par M. Deschamps. 2.º La Métaphysique, dont les parties sont : Philosophia prima, sive Ontologia, 1735, in-4°; Cosmologia generalis, in-4°; Psychologia empirica, in-4°; Psychologia rationalis, in-4°; Theologia naturalis, 2 vol. in-4. 3.º La Physique, dont les parties sont : la Physique expérimentale et la Physique dogmatique... Sa PHILOSOPHIE-PRAYIQUE comprend : Philosophia practica universalis, en 2 vol. in-4°; Philosophia moralis, sive Ethica, en cinq vol. in-4. Ces nombreux volumes renferment de bonnes choses; mais il faut les chercher à travers beaucoup de choses médiocres ou alongées. On a dit qu'en beaucoup d'endroits, c'étoit du verbiage qu'il avoit donné more geometrico. III. Jus Naturæ, ou Traité du Droit naturel, en 8 vol. in-4. IV. Jus Gentium, in-4. L'auteur a abrégé les deux Ouvrages précédens, sous ce titre : Institutiones Juris Naturæ et Gentium, in-8. Nous en avons un autre Abrégé en françois par M. Formey, qui a paru en 1758, sous ce titre : Principes du Droit de la Nature et des Gens, en 3 vol. in-12. V. Horæ subscessivæ Marburgenses, en neuf parties. Ce sont des Dissertations sur diverses matières de Philosophie, de Droit naturel et de Théologie. VI. Un grand nombre d'Ecrits, dans les Acta Eruditorum de Leipzig. VII. Un Dictionnaire de Mathématiques, in-8°, en allemand. VIII. Specimen Physicæ ad Theologiam naturalem applicatæ, in-8. IX. Une foule d'autres Ecrits, dont il seroit trop long de don- ner la liste; car le baron de Wolff enfantoit de gros volumes, comme nos auteurs François d'a présent produisent des romans et des almanachs. Ce qui caractérise principalement les Ecrits philosophiques de cet homme savant, c'est sa méthode. Descartes de qui il la tenoit, s'étoit borné aux parties spéculatives de la philosophie, sans toucher à la partie pratique. Wolff se proposa de suppléer à cette omission, et de commencer, pour ainsi dire, où le philosophe François s'étoit arrêté. La méthode des géomètres qui marchent à pas comptés et ne posent un pied qu'après avoir bien affermi l'autre, lui parut la plus propre à le conduire à son but. Il a donc entrepris de faire de toutes les connoissances philosophiques, un vrai système qui procédât de principes en conséquences, et où toutes les propositions fussent déduites les unes des autres avec une évidence démonstrative; mais il démontre longuement et ennuyeusement. Son style est barbare en latin; les expressions sont ou lonches ou mal choisies; les phrases mal construites; les mêmes termes souvent répétés. On prétend qu'il écrivoit mieux en allemand, si toutefois l'on peut bien écrire dans une langue aussi rude.
II. WOLFF, (Jérôme) d'une ancienne famille du pays des Grisons, fit paroître dès son enfance une inclination singulière pour l'étude; mais son père craignant qu'elle n'altérât son tempérament naturellement délicat, l'empêcha de s'y appliquer. Le jeune Wolff s'échappa de la maison paternelle et s'en alla à 516 W O L Tubinge, où il se mit au service des écoliers. Son indigence ne l'empêcha point de se rendre habile dans les langues grecque et latine. Il les enseigna quelques années, et devint ensuite bibliothécaire et principal du collège d'Angsbourg, où il mourut de la pierre en 1581, à 64 ans. On a de lui : I. Des Traductions latines de Démosthènes, d'Isocrate, et de quelques autres auteurs, avec des Notes. II. Un Traité De vero et licito Astrologiæ usu. III. Un autre, De expedita utriusque Linguæ discendæ ratione. IV. Lectiones memorabiles, 1600, deux tomes in-folio.
III. WOLFF, (Jacques) major général Anglois, après s'être distingué dans plusieurs occasions, commandoit les troupes de sa nation à la bataille de Quebec gagnée sur les François en 1759, lorsqu'il eut le malheur d'être tué à la fleur de son âge sur le champ de bataille. Il vécut encore assez pour avoir la satisfaction d'apprendre l'heureux succès de ce combat. Les François fuient, dit-il, que Dieu soit loué; je meurs content. Le roi lui fit ériger un magnifique mausolée dans l'abbaye de Westminster. Ce qui n'a pas peu contribué à rendre son nom célèbre, c'est la magnifique estampe qui le représente mourant, environné d'un grand nombre de personnes peintes d'après nature. Cette estampe est gravée par Woollett, d'après le Tableau de West, et a été publiée en 1776.
WOLFHART, Voy. LYCOS-THÈNES.
WOLKELIUS, Voyez VOLKELIUS.
WOLLASTON, (Guillaume) — prêtre Anglican, né à Caton-Clanford dans le Staffordshire, le 26 mars 1659, d'une famille ancienne, se vit réduit par la médiocrité de sa fortune, à accepter la place de sous-maître, puis celle de second maître dans l'école publique de Birmingham. Une riche succession le mit en 1688 dans une situation opulente, dont il fit usage pour assister un grand nombre de malheureux. Peu de temps après, il alla s'établir à Londres, et il s'y maria l'année suivante. Il vécut dans la plus parfaite union avec son épouse que la mort lui enleva en 1720, après en avoir eu onze enfans, dont sept lui survécurent. Wollaston concentré dans le sein d'une famille qui le rendoit heureux, refusa constamment toutes les places considérables qu'on lui offrit, pour se livrer tout entier à l'étude des langues, de la philosophie, des mathématiques, de la philosophie naturelle, de l'histoire ancienne et moderne, et de la théologie. L'art de flatter, de dissimuler, de cacher ses sentimens lorsqu'il les croyait fondés, lui étoit inconnu. Il parloit, il pensoit en philosophe, et il agissoit de même. L'amour de la vérité qui le dominoit, lui fit préférer la retraite à une vie dissipée, et la méditation à la lecture et à un savoir d'emprunt. La solitude et la réflexion ne le rendirent pas misanthrope, il étoit au contraire extrêmement affable, et se faisoit un vrai plaisir de faire part de ses lumières. Il se récréoit dans la compagnie de quelques amis choisis. « Sa conversation vive et enjouée, son naturel franc et ouvert, joint à son profond savoir, le faisoient rechercher des personnes du premier mérite; mais il n'aimoit pas le grand monde, et il se soncioit encore moins des applaudissemens et des honneurs de son siècle. Son indifférence à cet égard alloit si loin, qu'il refusa long-temps avant sa mort, une des premières dignités de l'Eglise qu'on lui offroit et qu'on le pressoit d'accepter. Quoiqu'il lût beaucoup, il méditoit davantage; et comme il pensoit librement, aussi disoit-il librement sa pensée. Il regardoit avec horreur toute sorte de dissimulation; l'art de flatter lui étoit inconnu; et bien qu'il n'ignorât pas que sa franchise ne pouvoit manquer de lui faire des ennemis, il ne s'en départoit jamais pour quelque considération que ce fût. La douceur et la compassion se faisoient remarquer dans toute sa conduite, et lui étoient naturelles: par l'une, il souffroit tout, il s'accommodoit et se prêtoit à tout; par l'autre, il sentoit vivement les misères du prochain, et s'empressoit à y porter du remède. Il ne connoissoit ni la colère ni le ressentiment: si quelquefois il lui échappoint de parler avec un peu trop de vivacité, cela passoit dans un moment; et il étoit plus fâché contre lui-même que contre les personnes qui lui avoient donné sujet de se fâcher. » (Mém. de Nicéron, tome 42.) Son principal ouvrage est une *Ebauche de la Religion naturelle*, qui a été traduite en françois, et imprimée W O L 517 à la Haye en 1726, in-4. Le traducteur a assez bien débrouillé les nombreuses Notes de l'original; mais il fait quelquefois dire à l'auteur ce qu'il ne dit point. « Si la simplicité, la fécondité, la nouveauté des principes suffisent pour faire la fortune d'un ouvrage, (disent les auteurs de l'Histoire littéraire de l'Europe) nous répondons à celui-ci de l'approbation universelle. » Ce n'est point, ajoutent-ils, une ébauche grossière, ainsi que l'auteur l'appelle modestement, mais un cours achevé de morale. Il y a pourtant quelques principes dont les incrédules pourroient abuser. L'auteur paroît accorder aux fausses religions des avantages qui les rendroient, sinon égales, du moins peu inférieures au Christianisme. *Wollaston* jeta au feu presque tous ses autres écrits, avant sa mort, arrivée en octobre 1724, dans sa 64$^{e}$ année: la délicatesse de son goût lui fit faire ce sacrifice.
WOLMAR, (Melchior) natif de Rotweil en Suisse, apprit la langue grecque à *Calvin* et à *Bèze*, et leur inspira l'envie d'être réformateurs. *Ulric* duc de Wittemberg, l'attira dans ses états, et le fit professeur de Droit à Tubinge. Après avoir rempli ces emplois avec distinction, il se retira à Eisenach, où il mourut d'apoplexie en 1561, à 64 ans. Ce savant avoit une telle réputation de probité que quelques gens de lettres ne l'appeloient que *Melior* au lieu de *Melchior*. La Préface qu'il a mise à la tête de la *Grammaire Grecque de Démétrus Chalconayle*, a passé autrefois pour un K k ? 1518 W O L chef-d'œuvre en ce genre; mais on ne la regarde plus aujourd'hui du même œil. On a aussi de lui des *Commentaires* sur les deux premiers livres de l'*Iliade* d'*Homère*. — WOLSEY, (Thomas) fils d'un boucher d'Ipswich en Angleterre, enseigna la grammaire dans l'université d'Oxford. Ses talens lui procurèrent la place d'aumônier du roi *Henri VIII* qui le fit entrer dans le conseil et qui se déchargea sur lui du gouvernement de l'État. Après lui avoir donné successivement plusieurs évêchés, il le fit archevêque d'Yorck et grand chancelier du royaume. Le pape *Léon X* l'honora de la pourpre en 1515 et du titre de légat à *latere* dans tout le royaume. On le vit alors augmenter son faste et ses prétentions. L'archevêque de Cantorbery lui ayant écrit *Votre très-affectionné Frère*, il s'en plaignit comme d'une injure. L'archevêque informé de ses plaintes, dit froidement : « Ne voyez-vous pas que cet homme est ivre d'un excès de prospérité ? » Bientôt *Wolsey* établit une cour ecclésiastique dont l'autorité arbitraire ressemblait fort à celle de l'Inquisition; et quoique décrié par la licence de ses mœurs, il s'érigea en réformateur rigide de celles des laïques mêmes. On se plaignit hautement de ses entreprises, et *Henri VIII* lui ordonna de mettre des bornes à sa juridiction. *François Ier* et *Charles-Quint* qui regardaient *Wolsey* comme arbitre de l'Europe, le comblèrent de caresses et de présens. Le dernier le traitait tantôt de cousin et tantôt de père, et le flatta même du trône pontifical. Le saint Siège vaqua deux fois. L'empereur loin de penser à remplir ses engagements, fit agir pour d'autres. *Wolsey* rompit aussitôt le lien qu'il avoit formé entre ce prince et son maître, et il réunit les forces de l'Angleterre et de la France pour accabler, s'il étoit possible, son ennemi. Il imagina peu après une autre guerre de vengeance qu'il crut plus propre à humilier *Charles-Quint*: ce fut le divorce de *Henri* avec la reine *Catherine d'Aragon* tante de cet empereur; ou du moins s'il n'inspira pas la pensée de ce divorce, il entra dans toutes les vues du prince qui vouloit le faire. *Anne de Boulen* épouse de *Henri VIII* après *Catherine*, fut la première à agir le roi contre un ministre insolent qui avoit révolté tout le monde par son faste et par ses hauteurs. Dans le temps de sa faveur, il ne parloit qu'en despote. Pour décider les citoyens de Londres à un emprunt général fait en 1525, il leur déclara nettement « qu'il valoit mieux que quelques-uns d'entre eux souffrissent d'indigence que de laisser manquer le roi. — Prenez garde, ajoutoit-il, à ne faire aucune résistance ni aucun murmure, sans quoi il pourra en coûter quelques têtes. » *Henri VIII* ayant vu les plaintes de son épouse confirmées par celles de tous ses sujets, confisqua tous les biens de *Wolsey*, le dépouilla de ses charges et le relégua dans son archevêché d'Yorck. On lui ordonna de quitter son palais de Londres qui devint la demeure des rois sous le nom de Whitehall. On trouva chez lui un buffet de vaisselle d'or, les meubles les plus somptueux, et jusqu'à mille pièces de fine toile de Hollande. Ce favori disgracié se vit tout-à-coup méprisé des grands et baï du peuple. *Fitz William* un de ses protégés, fut le seul qui osa défendre sa cause et faire l'éloge des talens et des grandes qualités du ministre disgracié. Il fit plus; il offrit sa maison de campagne à *Wolsey*, et le conjura d'y venir du moins passer un jour. Le cardinal, sensible à ce zèle, alla chez *Fitz William* qui le reçut avec les marques les plus distinguées du respect et de la reconnoissance. Le roi instruit de l'accueil que ce particulier n'avoit pas craint de faire à un homme tel que *Wolsey*, fit venir *William*. Il lui demanda d'un air et d'un ton irrités, par quel motif il avoit eu l'audace de recevoir chez lui le cardinal accusé et déclaré coupable de haute trahison ? *Siae*, répondit WILLIAM, *ce n'est point le criminel d'état que j'ai reçu chez moi, c'est mon Protecteur, celui qui m'a donné du pain et de qui je tiens la fortune dont je jouis; j'aurois été le plus ingrat des hommes, si je l'avois abandonné*. Le roi plein d'admiration, conçut dès cet instant une haute estime pour le généreux *Fitz William*. Il le fit chevalier sur-le-champ, et peu de temps après il le nomma son conseiller privé. Cependant *Wolsey* n'ayant que cet ami dans sa disgrace, se vit accablé d'une foule d'accusations, d'opprobres et de malheurs. Le duc de *Northumberland* eut ordre de l'arrêter pour crime de lèse-majesté. On le conduisoit à la Tour de Londres pour lui faire son procès; mais il succomba à ses infortu- nes, et mourut en chemin d'une dyssenterie, à Leicester en 1533, à 60 ans. Il dit, un peu avant sa mort, ces paroles remarquables: *Hélas! si j'avois servi le roi du ciel avec la même fidélité que j'ai servi le roi mon maître sur la terre, il ne m'abandonneroit pas dans ma vieillesse, comme mon prince m'abandonne aujourd'hui*. Sa *Vie* a été donnée en anglois, in-4.º On a bien débité des faussetés sur ce fameux cardinal que l'abbé de *Longuerue* a très-bien réfutées dans ses savantes et judicieuses *Remarques* sur la *Vie* de ce prélat infortuné: (On les trouve dans le tome 8$^{e}$ des *Mémoires de Littérature* du Père *Desmolets*.) *Wolsey* étoit d'une naissance basse, mais d'un génie élevé. Si des mœurs dépravées commencèrent sa fortune, il l'augmenta par beaucoup d'audace et d'habileté. Il se servit de la confiance des grands qu'il avoit gaguée pour s'avancer, et de la connoissance qu'il avoit de leur politique pour les détruire. Heureux à pénétrer les hommes et les choses, il se rendit absolu en flattant les passions de son maître; et il auroit joui long-temps de son pouvoir si un favori pouvoit tenir contre une maîtresse. Son principal talent étoit celui de préparer les événements et de profiter de ceux que le hasard lui présentoit. Après sa mort, *Henri VIII* ne parla de lui qu'avec éloge; et la suite de ce règne moins heureuse que le commencement, paroît justifier sa mémoire d'une partie des imputations dont elle fut chargée. Son caractère ne fut pas aussi bon que sa politique. Il étoit né jaloux, inquiet, soupçonneux et vindicatif; (*Voyez* K k 4 420 W O L
PACZ et POLYDORE) et ces différens vices furent la première source de sa chute. Rien n'est plus singulier qu'un des chefs d'accusation qu'on intenta contre Wolsey : c'est qu'ayant le mal de Naples, il avait eu l'insolence de s'approcher de trop près de l'oreille du roi. Il falloit que la haine fût bien acharnée contre lui, pour lui faire un crime de cette nature. On trouve un petit recueil des Lettres de ce cardinal dans le tome 3° de la Collectio amplissima des Pères Martenne et Durand, Bénédictins. Elles peuvent servir pour l'histoire de ce temps-là.
WOLZOGUE ou WOLZOGEN, (Louis de) né à Amersfoort en 1632 de parens nobles originaires d'Autriche, ne doit pas être confondu avec un écrivain Socinien de même nom dont les ouvrages forment 2 vol. de la Bibliothèque des Frères Polonois. Après avoir été élevé sous son père, habile mathématicien et dans l'université de sa patrie, il vint en France pour s'y perfectionner dans la connoissance de notre langue. De là il alla à Genève, parcourut la Suisse et l'Allemagne en voyageur curieux et intelligent. De retour dans sa patrie, il fut successivement ministre de l'Eglise Wallone à Groningen, à Middelbourg en Zélande, à Utrecht et à Amsterdam. Il remplit tous les devoirs de ces différens postes avec autant de zèle que d'intelligence. Il mourut le 13 novembre 1690, à 58 ans, à Amsterdam, où il occupoit la chaire de professeur en Histoire ecclésiastique. Cet écrivain étoit aussi Socinien et il eut de vives querelles avec le fanatique Lobadie. Ses principaux ouvrages sont : I. Orator Sacer sive De ratione concionandi, Utrecht, 1671, in-8.° II. Dissertatio Critico-Theologica de correctione Scribarum in octodecim Scriptura dictionibus adhibita, Hardwick, 1689, in-4.° III. Une Traduction françoise du Dictionnaire hébreu de Leigh. Cet ouvrage parut à Amsterdam en 1730, in-4.° IV. De Scripturarum Interprete contra Exercitatorem paradoxum, 1668, in-12. Koy. les Lettres sur la vie et la mort de Wolzogue, Amsterdam, 1692, in-8.° I. WOOD, (Antoine de) antiquaire Anglois, naquit à Oxford en 1632, et y prit le degré de maître-es-arts. Ennemi du fanatisme et des disputes ecclésiastiques, il se renferma dans son cabinet, étudiant les antiquités, sur-tout celles de sa patrie et de l'université d'Oxford, tandis que des enthousiastes désoloient l'Angleterre. Il avoit fait paroître beaucoup de penchant pour la religion Catholique; mais il mourut zélé Anglican en 1695, à 63 ans, d'une rétention d'urine. On a de lui : I. Historia et Antiquitates Universitatis Oxoniensis : ouvrage plein de recherches profondes, écrit d'abord en anglois et que l'université fit traduire et imprimer en latin, 1674 et 1675, 2 vol. in-fol. II. Athenæ Oxonienses, 2 vol. in-fol. Wood y parle de toutes les personnes illustres qui sont sorties de l'université d'Oxford, depuis l'an 1500 jusqu'en 1690. C'est une excellente histoire littéraire de l'Angleterre ; et les bibliographes y ont beaucoup puisé.
II. WOOD, (Robert) savant Anglois, a publié un ouvrage d'érudition, plus agréable que ne le sont d'ordinaire les écrits de ce genre. Il a pour titre : Essai sur le génie d'Homère, et il a été traduit en françois par M. Démeunier. L'auteur, avec deux de ses amis nommés Dawkins et Bouvrie enthousiastes d'Homère, fit le voyage de la Grèce, visita les isles de l'Archipel et toutes les côtes de l'Asie mineure, pour vérifier la géographie et les descriptions du poète Grec. Ce voyage a confirmé la vérité et l'exactitude de ce dernier. En France, M. le Chevalier a fait son intéressant Voyage de la Troade, 3 vol. in-8°, pour le même objet. Wood devenu secrétaire d'état en 1764, est mort depuis quelques années.
WOODWARD ou WODWARD, (Jean) naquit en 1665, dans le comté de Derby en Angleterre. S'étant rendu profond dans l'anatomie et la médecine, il choisit Londres pour le théâtre de ses talens. Il devint en 1692 professeur de médecine dans le collège de Gresham, à la place du docteur Stillingfleet, fut reçu membre de la Société royale de Londres en 1693, et mourut, selon les Journalistes de Trévoux, le 25 avril 1728, dans le sein de la religion Romaine. Ses principaux ouvrages sont : I. Un Essai sur l'Histoire naturelle de la Terre, Londres, 1695, in-8°. Cet ouvrage a été traduit de l'anglais en françois par M. Nogues, sous le titre de Géographie Physique ou Essai sur l'Histoire naturelle de la Terre, Paris, 1735, in-4°; en latin par Jean-Jacques Scheuchzer, sous le titre de Specimen de Terré, Zurich, 1704, in-8°; autre version en W O O 521 latin, Rotterdam, 1714, in-8°; en allemand, Erfurt, 1745. Il y a d'excellentes observations, et en même temps quelques idées singulières et hasardées. II. L'Etat de la Médecine et des Malades, en anglais, 1718, in-8°; en latin, Zurich, 1720: c'est une satire contre les médecins de son temps. III. Traité sur les Fossiles et Méthode de les classer, Londres, 1728, in-8°. IV. Catalogue des Fossiles d'Angleterre, 1729, 2 vol.
WOOLSTON, (Thomas) né en 1660 à Northampton, étudia dans l'université de Cambridge. Il passa ensuite au collège de Sidney, où il prit des degrés en théologie et d'où il se fit exclure par ses impiétés. De Cambridge il se rendit à Londres, où il étoit connu par six Discours sur les Miracles de Jésus-Christ, 1727 à 1729, in-8°. Sous prétexte de les faire passer pour des allégories, il s'efforce de les détruire dans cet ouvrage pernicieux. « On ne peut porter plus loin, dit Niceron, l'impiété, la profanation et la mauvaise foi, que Woolston l'a portée dans ses discours. Il y soutient expressément que les quatre Évangélistes n'ont pas fait une histoire littérale de la vie de J. C.; mais que ce qu'ils en disent n'est qu'une représentation emblématique de sa vie spirituelle dans l'âme de l'homme; et que les miracles qu'ils lui attribuent ne sont que des figures de ses opérations mystérieuses sur l'église et sur les élus. Mais s'il montre autant d'emportement que Celse, que Julien l'Apostat et Porphyre, il paroît enchérir sur eux par la malignité avec laquelle il essaie de jeter du ridi- 522 W O O cule sur les miracles de JÉSUS-CHRIST et sur sa personne sacrée. » Comme cet esprit fort continuait d'écrire contre les vérités fondamentales de la foi, il fut déféré au tribunal séculier. La cour du ban du roi le condamna en 1729 à payer 25 livres sterling d'amende pour chacun de ses discours, à subir une année de prison et à donner caution pour sa bonne conduite pendant le reste de ses jours. Il mourut à Londres le 27 janvier 1733, d'un rhume épidémique qui se fit sentir cette année dans presque toute l'Europe. Demi-heure avant sa mort, il dit : Voilà un assaut qu'il faut que tout le monde soutienne. Woolston attaqua la religion autant par manie que par impiété. On trouve dans le tour de ses pensées et de ses expressions, un air de vaine joie qui décèle une inclination criminelle. On a de lui plusieurs ouvrages écrits d'un style clair, sans être élégans, et dans lesquels il abuse des passages des saints Pères, dont il paroît qu'il s'étoit nourri. Les principaux sont : I. Apologie ancienne pour la vérité de la Religion Chrétienne, renouvelée contre les Juifs et les Gentils, réimprimée à Londres en 1732, in-8.º II. Défense des Discours de M. Woolston, sur les Miracles de J. C., contre les Evêques de Saint-David et de Londres, et contre ses autres adversaires, 1730, brochure in-8.º Cette apologie d'un ouvrage qui ne pouyoit être défendu, ne fit illusion à personne. Ceux qui poussent trop loin la liberté de penser en Angleterre et en France, ont prodigué à cet écrivain les éloges les plus outrés, mais les gens de bien l'ont eu en horreur. Parmi les réfutations qu'on a faites de ses livres impies, on distingue celle qui a été traduite en françois sous ce titre : Les Témoins de la Résurrection de J. C. examinés et jugés selon les règles du barreau, in-8.º Un de ses amis a composé sa Vie, dans laquelle il le flatte beaucoup. Il l'y représente comme un homme de bonnes mœurs, et en particulier d'une extrême sobriété, d'un grand désintéressement, d'une patience et d'une douceur surprenantes. Tout ce qu'on peut dire à sa louange sur cela, dit Nicéron, c'est qu'il n'a jamais été accusé du contraire. Ayant été calomnié par un auteur, ses amis le pressèrent de mettre l'écrivain satirique en justice ; il leur répondit : Je parviendrois peut-être à le ruiner, et j'aurois beaucoup plus de chagrin de voir sa misère, que je n'aurois eu de plaisir de satisfaire ma vengeance. I. WORMIUS, (Olaüs) médecin Danois, né à Aurrhus en Jutland l'an 1588, voyagea en Allemagne, en Suisse, en Italie et en Angleterre, en homme qui ne court pas seulement pour voir, mais pour profiter des secrets des savans et de ceux de la nature. De retour à Copenhague, il obtint en 1624 la chaire de médecine après Gaspar Bartholin. Il possédoit parfaitement cette science, et son habileté lui mérita la place de médecin du roi Christiera V. Il fit de nouvelles découvertes dans l'anatomie, et mourut recteur de l'académie de Copenhague en 1654. Il s'étoit marié trois fois, et il se vit père de 18 enfans. On a de lui plusieurs ouvrages sur l'histoire de Danemarck et d'autres écrits. Les principaux sont : I. *Antiquitates Danicae*, *Litteratura Runica*, *Fasti Danici*, etc., Copenhague, 1651, in-fol. Les fastes marqués dans cet ouvrage ne regardent point la chronologie; mais seulement la manière de mesurer le temps, pratiquée par les anciens Danois. II. *Danica litteratura antiquissima*, *vulgò Gothica dicta*, Copenhague, 1651, in-folio. Il y a joint une dissertation sur la poésie ancienne des Danois. III. *Monumentorum Danicorum libri sex*, Rostock, 1643, in-folio. IV. *Duplex series antiqua regum Danicae*, et *limitum inter Daniam et Sueciam Descriptio*, Copenhague, 1643, in-fol. C'est l'édition d'un ancien ouvrage où il règne peu de critique. V. *Lexicon Runicum et appendix ad monumenta Danica*, Rostock, 1650, in-fol. VI. *De renum officio in re venered*, imprimé dans le recueil de *Bartholin*: *De usu flagrorum*, Franckfort, 1670, in-12. Ces ouvrages sont écrits avec plus d'exactitude que d'élégance.
II. WORMIUS, (Guillaume) fils aîné du précédent, né à Copenhague en 1633, exerça la médecine comme son père, et ses succès furent aussi bien récompensés. Il devint professeur de physique expérimentale, historiographe du roi et bibliothécaire royal, président du tribunal suprême de justice, conseiller d'état et conseiller des conférences. C'est lui qui publia la description des curiosités de son père, sous le titre de *Musæum Wormianum*, à Leyde en 1655, in-folio. Cet ouvrage est curieux. *Guillaume Wormius* mourut en 1724, à 71 ans.
III. WORMIUS, (Olaüs) fils aîné du précédent, professeur en éloquence, en histoire et en médecine à Copenhague, finit sa carrière en 1708, à 41 ans. On a de lui : I. *De Glossopetris*. II. *De viribus Medicamentorum specificis*; et d'autres ouvrages de physique et de littérature.
IV. WORMIUS, (Christian) 2$^{e}$ fils de *Guillaume*, docteur et professeur en théologie, puis évêque de Seeland et de Copenhague, mourut en 1737. Sa science, sa régularité, son zèle pour le bien public, lui mériterent tous les suffrages pendant sa vie, et tous les regrets après sa mort. On a de lui plusieurs savans ouvrages. Les principaux sont : I. *De corruptis Antiquitatum Hebraicorum vestigiis*, apud Tacitum et Martialem. II. *Dissertationes quatuor de veris causis cur delectatos Hominis carnibus et promæcuo concubitu Christianos calumniati sint Ethnici*. III. *Historia Sabellianismi*, in-8$^{o}$, etc. Une érudition profonde rend ces ouvrages très-recommandables.
WORTH, (Guillaume) auteur Anglois, savant dans l'antiquité ecclésiastique et dans les langues, florissoit au commencement du 18$^{e}$ siècle, et étoit archidiacre de Worcester. On a plusieurs Ouvrages de lui, entre autres une bonne édition des *Œuvres de St. Justin*, et du *Discours contre les Gentils de Tatien*, Oxford, 1700, avec des Notes et des Dissertations. I. WOTTON, (Edouard) médecin d'Oxford, mort à Londres en 1555, à 63 ans, exerça 524 W O T son art avec distinction. On a de lui un Ouvrage intitulé : *De la Différence des Animaux*. Ce livre rempli d'érudition, écrit en latin, et imprimé à Paris chez *Vascosan*, in-fol., 1552, acquit à *Wotton* une grande réputation parmi les savans. L'auteur y ramasse et y concilie avec art les passages des anciens sur la matière qu'il traite. Il avoit aussi commencé le *Theatrum Insectorum*, que *Moufet* donna à Londres en 1634, in-fol. avec fig.
II. WOTTON, (Antoine) théologien Anglois, natif de Londres, mort en 1626, avoit été nommé en 1596 professeur de théologie au collège de Gresham. Il est le premier qui ait rempli cette chaire, qu'il fut ensuite obligé de quitter, parce que, contre les réglemens du fondateur, il s'étoit marié. On a de lui quelques Ouvrages de controverse, qu'on estime, dit-on, en Angleterre et qu'on ne connoit pas en France.
III. WOTTON, (Henri) né à Bockton-Hall, dans le comté de Kent en Angleterre, en 1568, annonça de bonne heure son goût pour l'anatomie, et il le perfectionna en France, en Allemagne et en Italie. Revenu en Angleterre après neuf ans, il devint secrétaire de *Robert* comte d'Essex qui fut déclaré coupable de haute trahison quelque temps après. *Wotton* obligé de se réfugier à Florence, fut envoyé secrètement en Ecosse par le grand duc pour avertir le roi *Jacques VI* d'une conspiration tramée contre sa vie. Ce monarque affermi sur le tronc d'Angleterre, le fit chevalier, l'honora de sa confiance et l'envoya dans diverses cours pour des affaires importantes. *Wotton* mourut en 1639, prévôt d'Exton. On a de lui plusieurs Ouvrages dont l'utilité est fort médiocre, si l'on en excepte son *État de la Chrétienté*, en anglois, qui ne plut pas à tout le monde; et un Recueil d'autres Écrits, intitulé : *Reliquiæ Vottonianæ*, Londres, 1651, in-8°.
IV. WOTTON, (Guillaume) né dans le comté de Suffolk en 1666, mort en 1726, est moins connu par le projet singulier qu'il eut de traduire l'*Oraison Dominicale* dans toutes les langues connues, (projet qu'il étoit cependant, dit-on, en état d'exécuter) que par les ouvrages suivans : I. *Lois civiles et ecclésiastiques du Pays de Galles*, en anglois, avec des Notes et un Glossaire. II. *Histoire Romaine, depuis la mort d'Antonin le Pieux jusqu'à la mort d'Alexandre Sévère*, in-8°, en anglois. Les antiquaires en font cas, parce que l'auteur y fixe l'époque des événeemens considérables par l'autorité des Médailles. III. *Discours sur les traditions et les usages des Scribes et des Pharisiens*, 2 vol. in-8°, en latin.
WOUVERMANS, Voyez WAUVERMANS.
WOWER, (Jean) né à Hambourg, mort à Gottorp dont il étoit gouverneur en 1612, âgé de 38 ans, allia l'étude de la politique avec celle de la littérature sacrée et profane, et fut un guide sûr pour les littérateurs et les critiques. Il étoit Protestant. Son tempérament étoit porté à la colère. Il eut beaucoup d'envieux ou d'ennemis. Son amour pour la gloire étoit extrême. Il laissa W R E § 25 to écus à celui qui feroit son Oraison funèbre. On a de lui : I. Un Recueil savant, intitulé : Polymathia, 1603, in-4.º II. Des Notes sur Julius Firmicus, Apu- lée, Sidoine, Apollinaire, et Minutius Felix. III. Une bonne édition de Pétrone. IV. Plusieurs Lettres, Hambourg, 1609, in-8º, où l'on trouve des jugemens sur plusieurs Ouvrages, et de bonnes remarques sur diverses matières de littérature. Mais l'auteur s'y livre un peu trop à son humeur emportée. V. D'autres Ouvrages, dans lesquels on remarque, com- me dans les précédens, une grande affectation d'imiter les anciens : aussi son style, quoique élevé et orné, est souvent froid et pres- que toujours peu naturel. —Il étoit parent d'un autre Jean WOWER, ami de Lipse, mort à Anvers en 1635, à 66 ans, qui laissa aussi quelques productions.
WRANGEL, (Charles-Gus- tave) maréchal général et conné- table de Suède, mort en 1676, se signala sur mer et sur terre. Il brûla les vaisseaux de l'amiral de Danemarck en 1644, défit, près d'Augsbourg, les Impériaux et les Bavarois en 1648, et battit l'armée navale des Hollandois au passage du Sund en 1658. C'é- toit un homme de tête et de main.
WRÉE, Voyez URÉE. I. WREN, (Christophe) ma- thématicien Anglois, naquit à East-Knoyle, dans le Wiltshire, le 20 octobre 1632, fit ses études à Oxford et s'y distingua telle- ment, qu'à l'âge de 16 ans il avoit déjà fait des découvertes impor- tantes dans l'astronomie, dans la gnomonique, dans la statique et dans les mécaniques. Il devint professeur en astronomie au col- lége de Gresham à Londres, et ensuite au collège de Savilien à Oxford. Son talent pour l'archi- tecture lui mérita, en 1668, la place d'architecte du roi. Il eut la direction d'un grand nombre d'édifices publics. Le Théâtre d'Oxford, l'Eglise de Saint-Paul et celle de Saint-Etienne de Lon- dres, le palais de Hamptoncourt, le collège de Chelsea, l'Hôpital de Greenwich, sont autant de monumens qui l'immortalisent. Si l'on eût suivi son plan lors- qu'on rebâtit Londres après l'in- cendie de 1666, ç'auroit été une ville superbe. En 1680, il fut élu président de la société royale; et il y a plusieurs Pièces de lui dans les Mémoires de cette Com- pagnie. Cet habile homme n'a ja- mais rien fait imprimer; mais plusieurs de ses Ouvrages ont été publiés par d'autres, et bien re- çus du public éclairé. Il finit sa carrière le 25 février 1723, à 91 ans, honoré du titre de che- valier qu'il avoit obtenu en 1674. Les Anglois voulant récompenser d'une manière distinguée le mé- rite de cet homme célèbre, lui accordèrent le privilège exclusif, ainsi qu'à sa famille, d'être in- humés dans l'Eglise de Saint- Paul. Wren y a sa sépulture. On s'est contenté de graver son nom sur une pierre avec ces mots : « Tu cherches un monument, regarde autour de toi. » Si mo- umentum quæris, circumspice. Il commença ce superbe édifice en 1670, et il ne fut achevé que deux ans après sa mort en 1725. Excepté l'Eglise de Saint-Pierre de Rome, d'un tiers plus grande que Saint-Paul, il n'y a rien de comparable en Europe à cette 526 W R E église de Londres. Elle coûta un million 400 mille livres sterling. Sa longueur est de 550 pieds et sa circonférence de 2,292. *Wren* copia tant qu'il put le dessin de Saint-Pierre de Rome; mais Saint-Paul est d'un tiers plus petit; la largeur des bascôtés n'est pas en proportion avec le total de l'édifice; et la hauteur démesurée du dôme lui donne moins l'air d'un dôme que d'une tour.
II. WREN, (Christophe) fils du précédent, mort en 1747, à 72 ans, publia en 1708: *Numismatum antiquorum Sylloge*, in-4°: ouvrage qui lui coûta bien des recherches.
WUILLEMAINN, V. GUIL-LIMAN.
WULSON, Voyez VULSON. — WURMSER, (Dagobert-Sigismond, comte de) feld-maréchal au service d'Autriche, naquit en Alsace et servit quelque temps avec distinction en France. Après avoir passé dans l'armée impériale, sa bravoure et ses talens le portèrent successivement aux premiers grades militaires. Chargé en 1793 de couvrir le siège de Maïence, les lignes qu'il établit alors furent savamment dirigées. Le 13 octobre, il attaqua celles de Waissembourg, tandis que le duc de Brunswick ayant traversé les montagnes, combattait l'aile gauche des François, et que le prince de Waldeck passant le Rhin à Seltz, attaquait leur droite. *Wurmser* fut vainqueur, et profitant de ses avantages, il poursuivit les François qui se retirèrent en désordre dans la Haute-Alsace, il prit Hague- nau, Drusenheim, Fort-Louis; et poussa jusqu'aux environs de Strasbourg. Bientôt, la valeur françoise, toujours infatigable et ne se rebutant d'aucun obstacle, lui livra chaque jour de nouveaux combats. Le général Autrichien ayant en tête une armée qui s'aguerrissoit sans cesse, mal obéi par ses officiers subalternes, déjà vieux et très-sourd, fut forcé d'évacuer l'Alsace et fut défait à Trischweiler. Au mois de janvier 1794, *Wurmser* parut à Vienne où il fut très-bien accueilli de l'empereur. L'année suivante, il reprit le commandement de l'armée du Haut-Rhin et se rendit maître de Manheim après plusieurs jours de bombardement. En 1796, il fut repoussé à Franckendal. Appelé en Italie pour y secourir Mantoue, on vit alors ce guerrier octogénaire animer les troupes, lutter d'activité avec les plus jeunes généraux, et battre les François pendant deux jours sur les bords du lac de Guarda. Mais immédiatement après, succumbant sous le génie et la valeur de Bonaparte qui l'attaqua à Castiglione, à Montechiaro, à Lonado, il perdit dix-huit mille hommes, soixante-douze pièces de canon, et laissa son intrépide adversaire effectuer le passage du Mincio et de l'Adige. La perte des batailles de Roveredo et de la Brenta ne le firent pas désespérer de secourir encore Mantoue. En effet, après avoir échappé à deux divisions françoises qui crurent l'avoir cerné, il parvint à l'aide d'une marche hardie et savante, à faire lever le siège de cette place et à se renfermer dans ses murs. Il la garda jusqu'au 2 février 1797, jour où la famine extrême et les maladies le forcèrent à la rendre. *Wurmser* obtint des François la capitulation la plus honorable : sa personne et cinq cents hommes à son choix, ne furent point compris dans le nombre des prisonniers, et il conserva quatre canons. De retour à Vienne, ce guerrier recommandable par ses cheveux blancs et ses longs services, fut nommé commandant en Hongrie et y mourut au mois d'août 1797, avec la réputation d'un général brave, humain, expérimenté, mais malheureux.
**WYCHERLEY**, (Guillaume) poète Anglois, né en 1640 à Clive en Angleterre, passa quelques années en France dans sa première jeunesse. Il y embrassa la religion Catholique ; mais, dès qu'il fut de retour à Londres, il redevint Protestant ; et dans la suite il quitta l'hérésie pour la catholicité, ou plutôt il n'eut point de religion fixe. Après s'être appliqué à l'étude du droit, il se livra à des occupations plus conformes à son génie et à celui du temps. *Charles II* étoit sur le trône d'Angleterre ; c'étoit le règne des plaisirs et de l'esprit. Ce monarque, instruit du talent de *Wycherley* pour la poésie, lui fit un accueil distingué. Le poète lui plaisoit par la vivacité de son imagination et par les agrémens de son caractère. *Wycherley* eut le bonheur de gagner le cœur de la comtesse de *Drogheda*, qu'il épousa et qui le fit maître de tout son bien ; mais la mort la lui ayant ravie, son droit lui fut contesté, et les frais du procès joints à d'autres accidents, le mirent hors d'état de satisfaire à l'impatience de ses créanciers. Il passa sept ans en prison, et y seroit peut-être demeuré plus long-temps sans la générosité du roi *Jacques II*, qui, au sortir de la représentation d'une de ses Pièces, ordonna que ses dettes fussent payées, et accompagna cette grace d'une pension annuelle de deux cents livres sterling, qui lui fut payée jusqu'au temps de la retraite de ce prince. Ces bienfaits n'acquittèrent pas *Wycherley* ; il se maria une seconde fois, en 1715, à l'âge d'environ 80 ans, onze jours seulement avant sa mort. C'étoit un homme d'un commerce aisé, qui n'avoit rien de la misanthrope dont on auroit pu le soupçonner, si on avoit jugé de lui par l'esprit satirique et dur qui caractérise ses Pièces de théâtre. Il étoit bon ami, zélé pour ceux qu'il affectionnoit ; mais il avoit beaucoup de penchant pour le libertinage, et ses écrits ne s'en ressentent que trop. *Wycherley* vivoit dans le grand monde ; il en connoissoit parfaitement les vices et les ridicules, et les peignoit du pinceau le plus ferme et des couleurs les plus vraies. On a de lui quatre Pièces de théâtre, Londres, 1731, in-12. I. Le *Misanthrope*, qu'il a imité de *Molière*. Tous les traits de *Wycherley* sont plus forts et plus hardis que ceux de notre *Misanthrope* ; mais aussi ils ont moins de finesse. L'auteur Anglois a corrigé le seul défaut qui soit dans la Pièce de *Molière*, le manque d'intrigue et d'intérêt. La Pièce angloise est intéressante, et l'intrigue en est ingénieuse. II. Une autre Pièce non moins singulière et non moins hardie qu'il a aussi imitée du poète François, c'est une espèce d'*École des Femmes* qui est bien l'école 418 W Y E du bon comique, mais non celle de l'honnêteté et de la décence. Ses deux autres Pièces ont pour titre (en françois) l'Amour dans un bois, et le Gentilhomme maître à danser. La première fut représentée en 1672. On imprima à Londres en 1728, in-12, ses Œuvres Posthumes. On avoit publié en 1720 un volume sous le même titre. Ses vers manquent en général de douceur et d'harmonie; on n'y remarque pas assez ce tour vif, original et ingénieux, qui caractérise le vrai poète. L'auteur aime à s'exprimer avec force, et souvent il y réussit; mais souvent aussi l'expression, pour être forte, devient outrée ou trop laconique.
WYELIUS, (Alard) licencié en théologie à Cologne, s'appli- qua avec succès à l'étude de l'antiquité ecclésiastique. C'est principalement à ses soins que l'on doit la Bibliothèque des Pères, en 14 vol. in-fol., Cologne, 1618. C'est la Collection de Marguerin de la Bigne (Voyez ce nom) augmentée de plus de cent auteurs et arrangée selon l'ordre chronologique.
WYMPA, Voyez WIMPINA.
WYNANTS, (Jean) peintre Hollandois, né à Harlem en 1660, a un nom célèbre parmi les paysagistes. Il unissoit une touche ferme et vigoureuse à un pinceau délicat et moëlleux. Il auroit porté ses talens plus loin, si le jeu et la débauche ne lui avoient pas emporté la plus grande partie de son temps. On ignore l'année de sa mort.
XACCA, I. XACCA, philosophe Indien, né à Sica, mille ans avant notre Ere, est regardé par les Japonais comme leur législateur. Il leur persuada que, pour gagner le ciel, il suffisoit de prononcer souvent ces cinq mots: Nama, Mio, Foren, Qui, Quio; mais il n'y a pas eu un seul interprète, qui ait pu encore deviner le sens de ces paroles. Ce peuple, auquel Xacca apprit la métempsycose, et la théologie idolatre des Chinois, lui a donné un rang parmi les Dieux du premier ordre. Il y a même une secte de Bonzes, dans laquelle Xacca est regardé comme le premier Dieu de l'empire. L'histoire que l'on fait de sa vie, dit que sa mère étant grosse de lui, crut en songe qu'elle mettoit au monde un éléphant blanc par le côté gauche. Cette fable est le motif du respect extraordinaire qu'ont les rois de Siam, de Tonquin et de la Chine pour les éléphans de cette couleur. Les Brachmanes disent que ce philosophe a souffert quatre-vingt mille fois la métempsycose, et que son ame a passé en autant d'animaux de différentes espèces. Suivant eux, Xacca passa sa vie assis, les jambes croisées, dans une continuelle contemplation. Sa doctrine portoit que les ames des bêtes étoient immortelles comme celles des hommes, et qu'elles seroient récompensées ou punies dans une autre vie. Sa morale consis- toit dans ces cinq préceptes; Tu ne tueras point; tu ne voleras point; tu ne commettras point d'adultère; tu ne mentiras point; tu ne boiras point de liqueurs fortes. Les Japonnois ont renfermé les principaux articles de la doctrine de Xacca, tracée de sa propre main sur des feuilles d'arbre, dans le Foke-kio. C'est le livre sacré du Japon. Son nom signifie le Livre des Fleurs. Deux disciples de Xacca le formèrent; ce qui leur mérita les honneurs divins. On les voit dans le temple de leur maître à Kataïsi; l'un à sa droite et l'autre à sa gauche. La statue de ce dernier est gigantesque, dorée et assise sur une feuille de fève d'Égypte.
II. XACCA, (Erasme) Sicilien, florissoit dans le XVIIe siècle, et a donné des ouvrages qui montrent qu'il s'étoit appliqué à la littérature, à la philosophie et à la médecine; tels sont: I. Histoire de l'incendie du Mont-Étna, en 1669, en Italien. II. Poème latin didactique sur les Fièvres. III. Brevis expositio in Psalmos et in Cantica Canticorum. IV. La Jérusalem délivrée du Tasse, en vers latins.
XANTHE, (mythol.) fleuve de la Troade, s'opposa à la descente des Grecs et souleva ses flots contre Achille. Pour secourir le héros, Junon envoya à son secours Vulcain qui em- brassa le fleuve et le fit rentrer dans son lit. I. XANTIPPE, femme de *Socrate*, étoit d'un caractère aussi émporé que celui de son mari étoit doux. Ce philosophe avant de la prendre pour sa compagne, n'ignoroit pas, dit-on, sa mauvaise humour. *Xénophon* lui demandant pourquoi donc il l'avoit épousée ? *Parce qu'elle exerce ma patience*, répondit *SOCRATE*, et qu'en la souffrant, je puis supporter tout ce qui peut m'arriver de la part des autres...
II. XANTIPPE, général La-sédémonien, (différent de ce XANTIPPE qui fit condamner le vaillant *Miltiade* à être précipité,) étoit un vrai Spartiate, par l'austérité de ses mœurs et par la grandeur de son ouvrage. Il fut envoyé l'an 255 avant J. C., par ceux de son pays, au secours des Carthaginois. Les Romains, sous la conduite d'*Attilius-Begulus*, avoient déjà battu *Amilcar* et les deux *Asdrubali*. Ce brave capitaine arrêta la prospérité de leurs armes, et les défit en plusieurs rencontres. Malgré la valeur active de *Begulus*, il remit la république de Carthage sur l'offensive. Les Carthaginois le renvoyèrent, après lui avoir donné de grands témoignages de reconnoissance. Mais, par une ingratitude aussi grande que ses services, ils ordonnèrent au commandant du vaisseau sur lequel il s'étoit embarqué, de le précipiter dans la mer.
XAUPI, (Joseph) né à Perpignan le 16 mars 1688, et mort doyen de la faculté de théologie de Paris, le 7 décembre 1778, a publié : I. *Oraison fu-* nèbre de *Louis XIV*, 1745, in-4° II. *Dissertation* sur l'église de *St. André*, de Bordeaux, 1751, in-4° — III. *Autre* sur le prétendu épiscopat de *Gabriel de Grammont*, en 1529. IV. *Recherches historiques* sur les citoyens nobles de Perpignan et de Barcelone, 1763, in-12. Les vertus douces de l'abbé *Xaui* lui acquirent des amis et il en fut sincèrement regretté.
XAVIER, (Jérôme) parent de *S. François Xavier*, et jésuite comme lui, mourut en 1617, à Goa où il étoit missionnaire. Son *Histoire de J. C. et de S. Pierre* en portugais, traduite en persan par un Indien, fut traduite du persan en latin, par *Louis de Dieu*, Leyde, 1639, in-4° On y trouve quelques lettres curieuses de l'auteur pendant sa mission dans le Mogol. *Voyez FRANÇOIS-XAVIER*, n° x.
XEDORIUS, philosophe Japonais, étoit fils de l'un des rois du pays. Il fonda une secte dont les principes raisonnables attestent la justesse de son esprit. Elle admet l'immortalité de l'âme, et dès-lors, des peines pour les méchans et des récompenses pour les hommes de bien après leur mort. *Xedorius* aima beaucoup sa femme et mourut de regret de l'avoir perdue.
XENOCLÉE, (Mythol.) prêtresse du temple de Delphes, refusa de répondre à *Hercule* qui venoit consulter l'oracle, parce qu'il étoit encore souillé du sang d'*Iphitus* qu'il venoit de tuer. *Hercule* irrité enleva le trépied de la prêtresse. I. XÉNOCRATE, l'un des plus célèbres philosophes de l'antiquité, naquit à Chalcédoine. Il se mit de très-bonne heure sous la discipline de *Platon*, qui lui donna son amitié et son estime. Il l'accompagna en Sicile; et comme *Denis le Tyran* menaçoit un jour *Platon*, en lui disant que *quelqu'un lui couperait la tête*. — *Personne*, répondit *XÉNOCRATE*, ne le fera avant que d'avoir coupé la mienne. Il étudia sous *Platon* en même temps qu'*Aristote*, mais non pas avec les mêmes talens; car il avoit l'esprit lent et la conception dure, au lieu qu'*Aristote* avoit l'esprit vif et pénétrant. Cette différence dans les dispositions des deux disciples, faisoit dire au maître que le premier avoit besoin d'éperon et l'autre de bride. Ce philosophe succéda dans l'académie d'Athènes à *Speusippe*, successeur de *Platon*, l'an 339 avant J. C. Il exigeoit de ses disciples qu'ils sussent les mathématiques avant que de venir sous lui, et il renvoya un jeune homme qui ne les savoit point, en disant qu'il n'avoit pas la clef de la philosophie. Le changement qu'il opéra dans les mœurs de *Polémon*, jeune libertin, (*Voyez* I. POLÉMON) fit tant d'impression, que quand ce philosophe paroissoit dans les rues, la jeunesse débauchée s'écartoit pour éviter sa rencontre. Les Athéniens l'envoyèrent en ambassade vers *Philippe*, roi de Macédoine, et long-temps après vers *Antipater*; ces deux princes ne purent jamais le corrompre par leurs présens. *Alexandre le Grand* eut tant d'estime pour lui, qu'il lui envoya 50 talens, c'est-à-dire, plus de 50,000 écus. Les députés du conquérant Ma- Mécédonien étant arrivés, il les invita à souper. Le repas fut celui d'un philosophe sobre et austère. Le lendemain, comme ils lui demandaient à qui il vouloit qu'ils comptassent les cinquante talens? *Le souper d'hier*, leur répondit-il, ne vous a-t-il pas fait comprendre que je n'ai pas besoin d'argent? Votre maître doit le garder pour lui, parce qu'il a plus de monde à nourrir que moi. Les députés d'*Alexandre* lui firent néanmoins de si grandes instances, qu'il prit 30 mines, c'est-à-dire, 15 liv., comme un gage de la protection du monarque et du cas qu'il faisoit de ses dons. « Ainsi un grand roi, (dit *Valère-Maxime*) voulut acheter l'amitié d'un philosophe, et le philosophe refusa de vendre son amitié au roi. » *Xénocrate* mourut vers l'an 314 avant J. C., âgé de 82 ans d'une blessure qu'il s'étoit faite en heurtant contre un vase de cuivre. Il avoit composé, à la prière d'*Alexandre*: I. Un *Traité de l'art de régner*. II. Six *Livres de la Nuiture*. III. Six *Livres de la Philosophie*. IV. Un des *Richesses*. Mais ces Ouvrages ont été détruits par le temps. *Aide* a imprimé sous son nom un *Traité de la Mort*, avec *Jamblique*, Venise, 1497, in-fol. Ce philosophe ne reconnoissoit point d'autre Divinité que le *Ciel* et les VII *Planètes*. Il prit un tel ascendant sur ses passions, qu'il sembloit en quelque sorte au-dessus de l'humanité. Il étoit grave, et d'un caractère si sérieux et si éloigné de la politesse des Athéniens, que *Platon* l'exhortoit souvent à sacrifier aux *Graces*. Il souffroit très-pattement les réprimandes de ce philosophe, et lorsqu'on l'excitoit à se défendre: *Il ne me traite* L 1 2 ainsi, répondit-il, que pour mon profit... *Xénocrate* brilla surtout par sa chasteté. Il avoit acquis un tel empire sur lui-même, que *Laïs* la plus belle courtisane de la Grèce, ayant parié de le faire succomber, n'en put jamais venir à bout, quoiqu'elle eût employé tous les moyens imaginables. Comme on se moquoit d'elle, en voulant l'obliger de payer la gageure, elle répondit: *Qu'elle n'avoit point perdu, parce qu'elle avoit parié de faire succomber un Homme, et non pas une Statue...* *Xénocrate* fit paroître dans sa conduite toutes les autres parties de la tempérance. Il n'aima ni les plaisirs, ni les richesses, ni les louanges. Il falloit que son désintéressement l'eût réduit à une grande pauvreté, puisqu'il ne put payer certain tribut que les étrangers étoient tenus de payer chaque année au trésor de la ville d'Athènes. *Platarque* raconte qu'un jour, comme on le traînait en prison fante d'avoir satisfait à ce paiement, l'orateur *Lycurque* acquitta sa dette, et le tira dés mains des fermiers, ordinai-nairement peu sensibles au mérite littéraire. Quelques jours après, *Xénocrate* ayant rencontré le fils de son libérateur, lui dit: *je paye avec usure à votre père le plaisir qu'il m'a fait; car je suis cause qu'il est loué de tout le monde.* Il haïssoit souverainement la médisance. Dans une compagnie où l'on déchiroit les absens, il demeura toujours muet. Quelqu'un lui demandant raison de ce profond silence, il répondit: *C'est que je me suis souvent repenti d'avoir parlé, et jamais de m'être tu...* Il avoit une fort bonne maxime sur l'édu- cation des jeunes gens. Il vouloit que, dès leur plus tendre enfance, de sages et vertueux discours, répétés souvent en leur présence, mais sans affectation, s'emparassent pour ainsi dire, de leurs oreilles, comme d'une place encore vacante, à travers laquelle le bon et le mauvais pussent également pénétrer jusqu'au fond du cœur. Il croyoit que ces sages discours, fidelles gardiens de la vertu, en tiendroient l'entrée sévèrement fermée à toutes les paroles capables d'altérer la pureté des mœurs, jusqu'à ce que, par une longue habitude, ils eussent mis en garde leurs oreilles contre le souffle empesté des mauvaises conversations. Selon *Xénocrate*, il n'y avoit de véritables philosophes, que ceux qui faisoient de bon gré et de leur propre mouvement, ce que les autres ne faisoient que par la crainte des lois et de la punition. Sa probité étoit tellement reconnue, qu'il fut le seul citoyen que les magistrats d'Athènes dispensèrent de confirmer son témoignage par le serment.
II. XÉNOCRATE, médecin, qui vivoit dans le premier siècle, sous l'empire de *Néron*. Nous apprenons de *Galien*, qu'il étoit d'Aphrodisias en Cilicie, et qu'ayant écrit sur les médicamens, il n'avoit rempli ses Ouvrages que de remèdes pour la plupart impratcables. *Xénocrate* avoit encore rendu publiques diverses recettes, également pernicieuses et superstitieuses, pour donner de l'amour, pour faire haïr, pour envoyer des songes; etc. Ce n'est pas que ce médecin n'eût mêlé quelques bons remèdes parmi tant de mauvais; il avoit trouvé une Thériaque, et quelques autres compositions utiles. Il nous reste encore aujourd'hui un petit Livre, qui porte le nom de *Xénocrate*, et qui traite *De la nourriture des animaux aquatiques*. Cet ouvrage a été imprimé à Zurich, dès l'an 1559, in-8° avec les Notes de *Gessner*.
**XÉNOPHANES**, philosophe Grec, natif de Colophon, disciple d'*Archelaüs*, étoit contemporain de *Socrate*, suivant la plus commune opinion. Sa vie fut de près de cent ans. Il se fit connoître par plusieurs *Poèmes* sur des matières de philosophie, sur la fondation de Colophon, et sur celle de la colonie d'Elée, ville d'Italie. Ses opinions philosophiques lui firent un grand nom. Il croyoit que *la lune est un pays habité*; qu'il est impossible de prédire naturellement les choses futures, et que le bien surpasse le mal dans l'ordre de la nature. L'idolâtrie étoit à ses yeux un culte monstrueux. Se trouvant un jour aux fêtes des Égyptiens et leur voyant faire des lamentations, il leur dit en plaisantant : *Si les objets de votre culte sont des Dieux; ne les pleurez pas; s'ils sont des Hommes, ne leur offrez point de sacrifices*. La liberté avec laquelle *Xénophanes* s'exprimoit sur la Divinité l'ayant fait bannir de sa patrie, il se retira en Sicile, et demeura à *Sancle*, (aujourd'hui Messine,) et à *Catane*. Il y fonda la *Secte Eléatique*, secte qui produisit plusieurs hommes vertueux. *Xénophanes* ne leur prêcha pas toujours d'exemple. Ce philosophe se plaignoit de sa pauvreté, et disant un jour à *Hiéron*, roi de Syracuse qu'il était si pauvre, qu'il n'avoit pas le moyen d'entretenir deux serviteurs; ce prince lui répondit : *Tu devrois donc attaquer moins souvent Homère, qui, tout mort qu'il est, fait vivre plus de dix mille hommes...* Son système sur la Divinité étoit, à ce que pensent quelques auteurs, peu différent du *Spinosisme*. Les philosophes de sa secte (*l'Eléatique*) prétendoient que tous les êtres ne faisoient qu'une seule substance, et que cette substance étoit Dieu même. « Une gradation de conséquences, tirées d'un principe qu'ils croyoient incontestable, les conduisit, suivant *Bougainville*, à cette absurde opinion. Rien ne peut être fait de rien, disoient-ils; donc, ce qui est a toujours été éternel. L'éternel est infini, et l'infini est unique, immobile, invariable. L'univers est donc un seul et même être. Rien ne commence; rien ne finit; rien ne se meut dans le monde. Tant de réproductions, de métamorphoses qui semblent varier la vaste scène de l'univers, ne sont que de vaines apparence. » Il se peut faire que *Xénophanes* eut un peu modifié ce système; car *S. Clément* d'Alexandrie cite un passage de ce philosophe, qui dit que *le souverain Dieu des hommes et des habitants des cieux, est unique, et qu'il n'est semblable aux hommes ni de corps, ni d'esprit*; ce qui est un peu différent des opinions de *Spinosa*. Ce qu'on peut dire de plus certain, c'est qu'il s'éleva plusieurs fois contre ce qu'*Homère* et *Hésiode* ont dit des Dieux du Paganisme. Il n'est pas moins impie, disoit-il, de soutenir que les Dieux naissent, que de soutenir qu'ils meurent; puisqu'en l'un et l'autre de ces deux cas, il seroit également L 1 3 vrai qu'ils n'existent pas toujours. Il ajoutoit que si les bœufs et les lions avoient des mains, ils donneroient à leurs Dieux des figures de lions ou de bœufs, pour prouver combien les hommes avoient tort de peindre la divinité sous la figure humaine. Les fragmens de ses Vers furent imprimés, in-8°, en 1573, par Henri Etienne, dans un Recueil intitulé : Poesis philosophica. I. XÉNOPHON, fils de Gryllus, né à Athènes, fut quelque temps disciple de Socrate, sous lequel il apprit la philosophie et la politique. Il prit le parti des armes, et alla au secours de Cyrus le jeune, dans son expédition contre son frère Artaxercès. Ce philosophe guerrier s'immortalisa par la part qu'il eut à la fameuse retraite des dix mille Grecs venus du fond de l'Asie. De retour dans sa patrie, il se forma le cœur et l'esprit, et s'attacha ensuite à Agésilas, roi de Lacédémone, qui commandoit pour lors en Asie. Ce prince l'emmena avec lui au secours de Sparte, où il se distingua également par son esprit et par son courage. Dès que la guerre fut terminée, il se retira à Corinthe, où il passa le reste de ses jours dans les doux travaux de l'esprit. Il y mourut vers l'an 360 avant J. C. Xénophon disciple et ami de Socrate, eut les graces d'un Athénien et la force d'esprit d'un Spartiate. C'étoit un philosophe intrépide, supérieur à tous les évènemens de la vie. Il avoit un fils nommé Gryllus, qui quoique blessé à mort en combattant vaillamment à la bataille de Mantinée, 533 ans avant J. C., eut le courage, malgré sa blessure, de porter un coup mortel à Epaminondas, général des Thébains, et mourut peu de temps après. La nouvelle de cette mort ayant été portée à Xénophon, tandis qu'il sacrifioit, il ôta la couronne de fleurs qu'il avoit sur la tête. Mais, lorsqu'on eut ajouté que ce fils étoit mort en homme de cœur, il remit aussi-tôt sa couronne sur sa tête, en disant : Je savais bien que mon fils étoit mortel, et sa mort mérite des marques de joie plutôt que de deuil. Ses principaux Ouvrages sont : I. La Cyropédie. C'est l'Histoire du grand Cyrus, renfermée en VIII Livres. Quoique cet ouvrage soit pas écrit dans l'exacte vérité, [V. CYRUS,] il est digne d'un homme qui étoit à la fois bon écrivain et homme d'état; et les préceptes qu'il mêle à sa narration, peuvent être très-utiles: on y trouve des vues saines de politique : il respire l'amour des lois, des hommes et de la vertu. D'ailleurs, Xénophon fait de la vie de Cyrus, un Roman moral, à peu près semblable à notre Télémaque. Cyrus ille, dit Cicéron, à XENOPHONTE, non ad historice fidem scriptus est, sed ad effigiam justi imperii. Il commence par supposer, pour faire valoir l'éducation mâle et vigoureuse de son héros, que les Mèdes étoient des voluptueux, plongés dans la molesse; et que les habitans de l'Hyrcanie, province que les Tartares (alors nommés Scythes) avoient ravagée pendant 30 années, étoient des Sybarites; ce qui n'est guère vraisemblable. Tout ce qu'on peut assurer de Cyrus, c'est qu'il fut un grand conquérant, par conséquent un fléau de la terre. Charpentier a donné une Traduction françoise de la Cyropédie. II. L'His toire de l'expédition de *Cyrus le Jeune* contre son frère *Artaxerces*, et de cette mémorable retraite des dix mille, dont il eut presque tout l'honneur. Cette Histoire, (dit M. l'abbé *Millot*,) paroît cependant suspecte à quelques égards. Il exagère trop les qualités de *Cyrus le Jeune*, qui n'étoit qu'un ambitieux; et peut-être même trouvera-t-on qu'il vante trop les Grecs, compagnons de son expédition. *Xénophon* s'y borne d'ailleurs à raconter les faits avec simplicité et sans ornement. Cette simplicité n'exclut point la force des pensées; il fait un sublime éloge des capitaines Grecs morts pendant la retraite; en disant qu'ils moururent irréprochables dans la guerre comme dans l'amitié. *D'Ablancourt* et M. *Larcher* ont traduit cet ouvrage; mais la traduction du dernier, Paris, 1778, 2 vol. in-12, plus exacte, plus élégante, a fait oublier tout-à-fait celle de *d'Ablancourt*. III. *L'Histoire Grecque*, en VII livres. Elle commence où *Thucydide* a fini la sienne; elle a été aussi traduite en françois par *d'Ablancourt*, et elle forme le 3$^{e}$ vol. de son *Thucydide*. Quelques modernes, accoutumés au style emphatique de quelques-unes de nos Histoires, trouveront celui de *Xénophon* trop simple et trop nu. Il ne se distingue que par ce goût sévère, cette précision attique si vantée des anciens. IV. *Les Dits mémorables de Socrate*, en IV livres, traduits en françois par *Charpentier*, ainsi que les deux suivans. V. *L'Éloge d'Agésilas*. VI. *L'Apologie de Socrate*. VII. *Les économiques* dont M. *Dumas* donna une traduction françoise, 1768, in-12. VIII. Un Dialogue intitulé, *Hiéron* ou le *Tyran*, entre *Hiéron* et *Simonide*. IX. Un petit *Traité des Revenus* ou des produits de *l'Attique*. X. Un autre de l'*Art de monter et de dresser les chevaux*, et un 2$^{e}$ sur la *Manière de les nourrir*. XI. Un petit *Traité de la Chasse*. Ce *Traité* n'a jamais été publié à part. Le tableau du lièvre qu'on y fait, est un chef-d'œuvre. *Pyrame de Candole*, que *Baillet* a cru être *Claude Fauchet*, auteur des antiquités *Gauloises*, le traduisit en françois, en 1603. XII. Un excellent Dialogue, intitulé: *Le Banquet des Philosophes*, traduit en françois par *Le Fèvre*, 1666, in-12. XIII. Deux petits *Traités*, l'un du gouvernement des Lacédémoniens, et l'autre du gouvernement des Athéniens. Les *Livres des Équivoques*, qu'*Annius de Viterbe* et d'autres lui ont attribués, ne sont ni de lui, ni dignes de lui. Les meilleures éditions de ses Œuvres sont celles: De Paris, 1625, in-fol. de Leipzig, 1763, 4 vol. in-8$^{o}$ — d'Oxford, 1703, en grec et en latin, 5 vol. in-8$^{o}$; — 1727 et 1735, 2 vol. in-4$^{o}$: ces deux volumes ne contiennent que la *Cyropédie*, la *Retraite des Dix mille* et l'*Éloge d'Agésilas*; — enfin, de Glasgow, 1764, 12 vol. in-8$^{o}$. On a imprimé en 1745, en 2 vol. in-12, divers Ouvrages de *Xénophon*, en françois, la *Retraite des Dix mille*, les *Choses mémorables*, la *Vie de Socrate*, *Hiéron*...; mais il nous manque une traduction complète de ce guerrier philosophe, dont toutes les productions sont très-propres à former des hommes d'état; *Scipion* l'Africain et *Lucullus* les lisoient sans cesse. Comme *César*, L 1 4 ce philosophe fut grand capitaine et grand historien ; tous deux se sont exprimés avec autant d'élégance que de pureté, sans art et sans affectation. Le dialecte Attique qu'il emploie, respire une douceur si aimable, que suivant un rhéteur on diroit que les Graces reposoient sur ses lèvres. Les Grecs lui donnèrent le surnom d'ABEILLE Grecque et de MUSE Athénienne. Ce fut Xénophon qui publia l'Histoire de Thucydide.
II. XÉNOPHON LE JEUNE, écrivain d'Ephèse, vivoit, selon quelques-uns, avant Héliodore, c'est-à-dire, au plus tard vers le commencement du IVe siècle. Il n'est connu que par ses Ephésiaques, Roman grec en v livres, qui contient les amours d'Abrocôme et d'Anthia. Ce Roman a été imprimé en grec et en latin, à Londres, en 1726, in-4°, édition de Cocchi ; et M. Jourdan de Marseille en a donné une Traduction françoise, en 1748, in-12. Il fut long-temps inconnu, et on le découvrit enfin chez les Bénédictins de Florence. Le sentiment y est assez bien rendu ; mais le tissu des aventures n'est pas toujours bien ourdi.
III. XÉNOPHON, médecin de l'empereur Claude, natif de l'île de Cos, se disoit de la race des Asclépiades. Il fut si avant dans la faveur de ce prince, que Claude après avoir fait en plein sénat l'éloge d'Esculape et de ses descendans, dit que « le savoir et la naissance de Xénophon méritoient que les habitans de Cos fussent, en sa considération, exempts de tous les impôts » ; ce qui leur fut ac- cordé. Xénophon, par une horrible ingratitude, se laissa gagner par Agrippine, et hâta (dit-on) la mort de l'empereur, en lui mettant dans le gosier, comme pour le faire vomir, une plume enduite d'un poison très-subtil. I. XERCÈS I., 5e roi de Perse, et second fils de Darius, succéda à ce prince l'an 485 avant J. C. Il fut préféré à Artabazane, son aîné, parce que celui-ci avoit vu le jour dans le temps que Darius n'étoit qu'un homme privé, au lieu que Xercès fut mis au monde par sa mère Atossa, petite-fille de Cyrus, lorsque Darius étoit roi. Son premier soin fut de continuer les préparatifs que son père avoit faits contre l'Égypte. Il la réduisit sous sa puissance, et y laissa son frère Achemènes pour gouverneur. Encouragé par ce premier succès, il marcha contre les Grecs avec une armée de 800,000 hommes, et une flotte de 1000 voiles. (Voyez THARGE-LIE.) Rollin d'après Hérodote, dit l'abbé Millot, fait monter l'armée de Xercès à plus de cinq millions deux cent mille hommes, en y comprenant les gens de mer et toute la suite de l'armée. Diodore de Sicile diminue beaucoup le nombre de ces troupes, ainsi que Pline, Elien et beaucoup d'autres auteurs. Quelque absurde que soit évidemment le calcul d'Hérodote, c'est, dit-on, l'historien le plus croyable, parce qu'il vivoit dans le siècle de l'expédition. « Mais il ne faut qu'examiner son récit, les discours, les songes, les circonstances qu'il y ajoute, pour se défier de son témoignage. Il semblait avoir plutôt imité Homère que cherché à écrire en historien. Il fait de Xercès, tantôt un philosophe qui verse des larmes à la vue de cette multitude infinie dont il ne restera pas un homme dans l'espace de cent ans; tantôt un furieux et un insensé qui ordonne de fouetter la mer, parce que la tempête a rompu le pont de bateaux sur lequel ses troupes devoient passer l'Hellespont. (aujourd'hui, les Dardanelles.) Tous les entrepreneurs de l'ouvrage sont condamnés au supplice, comme s'ils avoient pu enchaîner les vents et les vagues. Selon le même *Hérodote*, *Xercès* fit percer le mont Athos, pour ouvrir un passage à sa flotte; cependant les voyageurs modernes attestent que le mont Athos n'a jamais été percé. » Quoi qu'il en soit de ces fables ou de ces vérités historiques, *Xercès*, avec sa puissante armée, arrive au détroit des Thermophiles, défilé fort étroit entre la Thessalie et la Phocide, où l'attendoient quatre mille hommes sous les ordres de *Léonidas* roi de Sparte. Ce prince, réduit bientôt à 300 soldats, lui en disputa long-temps le passage, et s'y fit tuer avec les siens, après avoir fait un horrible carnage d'une multitude de Perses. Les Athéniens gagnèrent ensuite sur *Xercès*, la fameuse bataille navale de Salamine; et cette perte fut suivie de divers naufrages des Perses. *Xercès* contraint de se retirer honteusement dans ses états, laissa dans la Grèce *Mardonius* son général, avec le reste de l'armée. Dégoûté de la guerre par les fatigues qu'il avoit essuyées dans les différentes expéditions, il s'abandonna aux charmes du luxe et de la mollesse. *Artaban*, Hircanien de naissance et capi- caiptaine de ses gardes, conspira contre sa vie, et ayant gagné son grand chambellan, le tua pendant son sommeil, l'an 465 avant J. C. *Xercès* n'avoit que l'extérieur et l'appareil de la puissance; il manquoit de ces qualités personnelles qui rendent les rois vraiment puissans. Maître du plus vaste empire qui fut alors sur la terre, chef d'armées innombrables, il se regardoit comme le souverain de la nature. Il prétendoit maîtriser et punir les élémens; mais il vit ses forces et son orgueil se briser contre une poignée d'hommes dirigés par un général habile, et finit honteusement une carrière qu'il avoit commencée avec gloire. Il ressentit de temps en temps quelques sentimens d'humanité. Un jour, considérant la grande armée qu'il avoit préparée contre les Grecs, il se mit à pleurer. *Artaban*, l'un de ses favoris, s'en apperçut et lui en demanda la raison. En examinant tant de milliers de soldats, répondit *Xercès*, j'ai pensé que dans cent ans il n'en resteroit pas un seul: et cette réflexion m'a fait répandre des larmes. — Hé bien, lui répliqua *Artaban*, puisqu'il n'est pas en votre pouvoir de prolonger leur vie, tâchez au moins de la leur rendre supportable.
II. XERCÈS II, roi de Perse après son père *Artaxercès Longuemain*, l'an 425 avant J. C., fut assassiné un an après par son frère *Sogdien*, qui s'empara du trône. *Xercès* n'avoit tenu le sceptre que d'une main foible.
XI, *Voy. CHING*, n.º II.
XILANDER, *Voyez XILANDER*, I. XIMENÈS, (Roderic) Navarrois, archevêque de Tolède, vint en 1247 à Lyon, pour défendre devant le pape *Innocent IX*, au concile général, les droits et les privilèges de son église, contre l'archevêque de Compostelle, qui prétendoit la primatie, parce que son église conserve le corps de *S. Jacques*, apôtre des Espagnes; elle fut adjugée à l'archevêque de Tolède. Il mourut sur le Rhône, en s'en retournant. On lui doit une *Histoire d'Espagne*, divisée en neuf livres, que nous avons dans le Recueil des historiens de ce royaume, avec des Remarques du P. André Schott. Elle manque à la fois d'exactitude et de critique.
II. XIMENÈS, (François) né à Torrelaguna dans la vieille Castille, en 1437, fit ses études à Alcala et à Salamanque. On ne lui apprit qu'une Scolastique aussi sèche qu'insipide. Dégoûté de ce fatras, il se rendit à Rome; mais ayant été volé dans son voyage, il n'en remporta qu'une Bulle pour la première prébende qui vaqueroit. L'archevêque de Tolède la lui refusa, et le fit mettre en prison dans la tour d'Uzeda. Un prêtre qui y étoit détenu, et qui se mêloit de prophétiser, lui prédit qu'il seroit un jour archevêque de Tolède. Ayant été mis en liberté, il obtint un bénéfice dans le diocèse de Siguenza; et le cardinal *Gonzalez de Mendoza*, qui en étoit évêque, le fit son grand-vicaire. *Ximenès*, dégoûté du monde, entra quelque-temps après chez les Cordeliers de Tolède, et fit ses vœux. Ses talons lui procurant une foule de visites, il se retira dans une solitude nommée *Castanel*, et s'y livra à l'étude des langues orientales et de la théologie. Ses supérieurs l'en tirèrent pour le consacrer à la direction et à la chaire. La reine *Isabelle* qui l'avoit choisi pour son confesseur, le nomma à l'archevêché de Tolède en 1495. *Ximenès* n'accepta qu'après un ordre exprès du pape, en 1498. Sa vie ne fut plus dès ce moment qu'un tissu de bonnes œuvres. Les portes de son palais furent toujours ouvertes aux indigènes; il les écoutoit avec bonté, lisoit leurs requêtes, et les soulageoit avec une charité libérale. Il visita les Eglises, les Collèges, les Hôpitaux, et employa ses revenus à les réparer et à les orner. Il purgea son diocèse des usuriers et des lieux de débauches; cassa les juges qui remplissoient mal leurs charges, et mit en leur place des personnes dont il connoissoit l'intégrité et le désintéressement. Il tint un Synode à Alcala, et un autre à Talavera, où il fit des règlements très-sages pour le clergé régulier et séculier. *Ferdinand* et *Isabelle* lui confèrent le soin de réformer les Ordres Religieux dont le désordre étoit extrême. Les Cordeliers eurent recours à toutes sortes de moyens pour perdre le réformateur, jusqu'à mettre un poignard entre les mains de son propre frère pour le faire périr. Leur général vint de Rome, pour détruire *Ximenès* dans l'esprit de la reine. Ce moine fougueux, dans une audience qu'il obtint d'*Isabelle*, parla avec tant d'imprudence, que la princesse lui répondit: *Savez-vous qui vous êtes et à qui vous parlez?* — *Oui, Madame*, répliqua l'insolent Cor- delier : *Je sais que je parle à ISABELLE*, qui comme moi n'est que cendre et poussière. Malgré les traverses qu'on suscita à *Ximenès*, il vint à bout de la réforme, et son zèle ne tarda pas d'être récompensé. Le pape *Jules II* l'honora de la pourpre Romaine en 1507, et le roi *Ferdinand le Catholique* lui confia l'administration des affaires d'état. Son premier soin fut de décharger le peuple du subside onéreux, nommé *Acavale*. Ses vues se tournèrent ensuite du côté des Mahométans, qu'il voulut ramener à la religion Chrétienne. Il en baptisa plus de 3000 dans une place spacieuse, où il fit brûler tous les livres de l'*Alcoran*. L'ambition entroit pour beaucoup dans son zèle ; il voulait étendre la domination d'Espagne chez les Maures : il le fit en effet par la conquête de la ville d'Oran dans le royaume d'Alger, qu'il entreprit en 1509. Comme l'archevêché de Tolède et les emplois qu'il avoit à la cour, produisoient de grands revenus, il résolut de faire lui-même cette conquête à ses dépens ; mais il eut plus d'un obstacle à surmonter. Les officiers, mécontens d'avoir pour chef un général qui portoit la soutane sous sa cuirasse, refusèrent de s'embarquer. Les esprits étoient disposés à la révolte : *Ximenès* sort de sa tente pour les ramener ; mais à peine a-t-il commencé de parler aux rebelles, qu'un soldat l'interrompit insolent, en criant : *De l'argent, point de harangue ! Ximenès* s'arrête pour le chercher des yeux. L'ayant reconnu, il le fait arrêter et pendre sur le champ, en sa présence ; puis il continua à parler. La rébellion étant cal- calmée par cet exemple de sévérité, sa flotte, composée de 80 vaisseaux, sortit de Carthagène le 16 mai, et débarqua heureusement sur les côtes d'Afrique. Le jour de l'ouverture du siège étant arrivé, le cardinal guerrier monta à cheval, revêtu de ses ornemens pontificaux, et accompagné des ecclésiastiques et des religieux qui l'avoient suivi. Il étoit précédé d'un cordellier, qui portoit devant lui la croix archiépiscopale, et qui avoit l'épée au côté, de même que tous les autres prêtres séculiers et réguliers. Il y eut un combat, soutenu de part et d'autre avec fureur. *Allons, mes enfans*, dit-il aux soldats, *je marcherai à votre tête*. Un *Prêtre doit se faire honneur d'exposer sa vie pour sa religion* : *j'en ai reçu l'exemple de plusieurs Archevêques de Tolède, mes prédécesseurs*. La cavalerie des ennemis qui étoit fort supérieure, attaqua plus d'une fois l'infanterie espagnole, et ne put jamais l'entamer. Enfin, les deux mille chevaux qui étoient demeurés sur les vaisseaux, et qui n'avoient pu débarquer d'abord auprès d'Oran, arrivent, mettent en fuite la cavalerie des Maures, et taillent en pièces toute leur infanterie. Alors toute l'armée marche à Oran, et y entre presque sans résistance. Un Juif et deux Maures, avec qui *Ximenès* avoit intelligence, ouvrirent une porte ; le soldat furieux massacra tout, hommes, femmes et enfans, et pilla une des plus riches villes de l'Afrique. Le cardinal y fit son entrée le lendemain, en disant : *Ce n'est pas à nous, Seigneur, ce n'est pas à nous, mais à votre nom qu'il faut rendre gloire*. Tant de morts qu'il trouva sur son chemin, lui firent verser des larmes : *C'étoit des infidelles, il est vrai, dit-il; mais c'étoit des hommes qu'on auroit pu faire Chrétiens : leur mort me ravit le principal avantage de la victoire.* Il veilla ensuite à la police de la ville, dont il traça les nouvelles fortifications, changea les mosquées en églises, et dédia lui-même la plus grande à Notre-Dame de la Victoire. Ayant ensuite fait distribuer aux officiers et aux soldats tout l'or et l'argent que les généraux avoient fait mettre à part, pour les dédommager des frais de l'entreprise, il ne s'en réserva que la gloire. De retour en Espagne, le roi *Ferdinand* alla à sa rencontre jusqu'à quatre lieues de Séville, et mit pied à terre pour l'embrasser. Ces marques d'amitié n'étoient guère sincères : *Ferdinand* craignoit le pouvoir de *Ximenès*; il lui avoit refusé *Gonsalve* pour son général. Le cardinal choisit *Pierre Navarre*, à qui le monarque espagnol écrivoit : *Empêchez le bonhomme de repasser si tôt en Espagne: il faut user, autant qu'on le pourra, sa personne et son argent.* Le conquérant d'Oran rendit des services plus essentiels à sa nation. Prévoyant une stérilité extraordinaire, il fit faire des greniers publics à Tolède, à Alcala et à Torrelaguna, et les fit remplir de blé à ses dépens. Ce bienfait fit une telle impression sur les cœurs, que pour en conserver la mémoire, on en fit graver l'éloge dans la salle du sénat de Tolède, et dans la place publique. Le roi *Ferdinand*, malgré la haine secrète qu'il avoit pour son ministre, le nomma en mourant, régent de la Castille, en 1516. *Ximenès* pressa la guerre de Navarre; mais il se déshonora, en ordonnant à *Villalva*, général Espagnol, de mettre le feu dans ce royaume en cas de malheur, et d'en faire un vaste désert. Doit-on être surpris, qu'avec un caractère si cruel, il s'opposât à la réforme de l'Inquisition; qu'il fit faire de temps en temps, des exécutions sanglantes des Juifs et des Mahométans qui renonçoient à la religion chrétienne, qu'ils avoient embrassée par force? Son despotisme étoit extrême. Il se vantoit de ranger avec son cordon, tous les Grands à leur devoir, et d'écraser leur fierté sous ses sandales. Les premiers seigneurs d'Espagne, révoltés d'une telle conduite, se liguant contre lui, demandèrent hautement, « de quel droit il gouvernoit le royaume? » *En vertu du pouvoir qui m'a été confié* (répondit-il), par le *Testament du roi mort*, et qui a été confirmé par le roi régnant : [c'étoit Charles-Quint...] « Mais *Ferdinand*, lui dirent-ils, simple administrateur du royaume, pouvoit-il conférer la qualité de régent? La reine seul a ce droit. » — *Eh bien*, dit *Ximenès*, en les faisant approcher d'un balcon d'où on voyoit une batterie de canons, dont il fit faire une furieuse décharge : *Voilà les pouvoirs avec lesquels je gouverne et je gouvernerai : HAG EST ULTIMA RATIO REGUM...* Les mécontents députèrent en Flandres, pour se plaindre du régent. *Ximenès*, pour toute justification, demande au roi des pouvoirs sans bornes, et les obtient. Il s'en servit, et commanda avec plus de fierté et de hauteur qu'auparavant. L'usage d'Espagne n'étoit point d'entretenir des troupes en temps de paix. *Ximenès* pour humilier les grands et la noblesse, permit à la bourgeoisie de porter les armes, de faire des compagnies, et l'exercice les jours de fête, et lui accorda de grands privilèges. Ainsi, sans tirer un seul laboureur de la charrue, il eut une armée de 30000 hommes. Il retrancha les pensions et les officiers inutiles, retira tout ce qui avoit été usurpé ou aliéné du domaine royal, et fit rendre compte aux financiers. On tira d'eux des sommes immenses, avec lesquelles il acquitta les dettes de l'état, et fit des établissemens utiles. Tandis qu'il travailloit pour la gloire de sa patrie, il fut empoisonné, à ce qu'on croit, en mangeant un pâté de truites. On soupçonna les ministres Flamands d'avoir fait le coup. Il est certain que le régent avoit écrit au roi, contr'eux avec beaucoup de force, et sur-tout contre Chièvre, qui étoit détesté en Espagne. Ximenès traîna pendant deux mois une vie languissante, et mourut le 8 novembre 1517, disgracié, à l'âge de 81 ans, avec la réputation du plus grand homme et du meilleur citoyen qu'eût produit l'Espagne. Le fameux Leibnitz a dit de lui, « que si les grands hommes pouvoient s'acheter; l'Espagne n'eut pas acquis Ximenès trop chèrement par le don d'un de ses royaumes. » Son tombeau, qui est au collège de St - Ildefonse d'Alcala qu'il avoit fait bâtir, fut orné de cette épistaphe : Condideram Music Franciscus grande Lyceum; Condor in exiguo nunc ego Sarcophago. Prætextam junxi sacco, galeamque galero, Frater, Dux, Præsul, Cardineusque Pater. Quia virtute med junctum est diadema cucu'le, Cum mihi regnanti paruit Hesperia Aussi habile que le roi Ferdinand dans l'art de gouverner les hommes, Ximenes le surpassa par les qualités du cœur. On vit en sa personne un simple particulier faire plus de bien à sa patrie, que tous les rois qui avoient gouverné. Noble, magnifique, grand, généreux, protecteur de l'innocence, de la vertu et du mérite, il ne conçut et n'exécuta que des projets utiles à l'humanité. Pendant 22 ans qu'il fut archevêque de Tolède, il employa près de 20 millions pour les besoins de l'Etat et du peuple. Personne n'ignore qu'il forma dans sa ville archiépiscopale, en faveur des filles de condition, un établissement que Louis XIV a imité depuis pour le soulagement de la pauvre noblesse. Il nomma cette Maison le Monastère d'Isabelle, en mémoire de la reine sa bien-faitrice, et lui laissa de grands biens par son testament. Par les arrangemens qu'il prit, cette Maison devoit avoir toujours une année de revenu d'avance; et c'est sur ce fonds qu'étoient dotées tous les ans un certain nombre de Demoiselles, qui y avoient été élevées. Philippe II, entrant dans les vues généreuses du cardinal, y fonda cinquante places de plus pour les filles de la première noblesse d'Espagne. Ximenes fut encore le fondateur de l'université d'Alcala, et publia dans cette ville la Bible Polyglotte, qui a servi de modèle à tant d'autres. (Voy. JAR et WALTON.) L'impression en fut commencée en 1514, et achevée en 1517, en 6 vol. in-fol., et en 4 langues; elle est fort rare. On y trouve le texte hébreu, tels que les Juifs le lisent; la Version grecque des Septante; la Version latine de Saint-Jérôme, que nous appelons Vulgate; et la Paraphrase Chaldaïque d'Onkelos sur les 5 livres de Moïse seulement. Il y a dans le dernier volume, un Vocabulaire de phrases et de mots hébreux, qui a fait l'admiration des savans; mais il manque dans la plupart des exemplaires, par la négligence de ceux qui les firent relier. On travailla à cette Polyglotte pendant plus de 12 ans, car elle fut commencée dès l'an 1502; Ximenès s'y appliqua lui-même avec beaucoup de soin, et en fit la dépense. Il acheta sept exemplaires en hébreu, 4000 écus (4500 liv. de France), et donna tout ce qu'on voulut pour des anciens manuscrits grecs et latins. Après la Polyglotte, Ximenès fit encore imprimer le Missel et le Bréviaire mosarabe, dirigés par Ortiz; et pour conserver la mémoire de ce rit, il fit bâtir une chapelle auprès de l'église métropolitaine de Tolède, et y fonda des chanoines et des clercs, qui célébroient journellement l'office en cette langue. (Voy. ORTIZ.) Quoique Ximenès écrasit l'orgueil des grands, il savait fermer les oreilles à leurs murmures. Il répondit à des personnes qui vouloient qu'on recherchât les auteurs de quelques discours qui avoient été tenus contre lui: que lorsqu'on étoit élevé en dignité, et qu'on n'avoit rien à se reprocher, on devoit laisser aux inférieurs la misérable consolation de venger leurs chagrins par des paroles. L'éclat de tant de qualités brillantes fut un peu terni par quelques défauts. Ce prélat fut fier, dur, opiniâtre, ambitieux, et d'une mélancolie si profonde; qu'il étoit presque toujours insupportable dans la société, et assez souvent à charge à lui-même. Cette tristesse pouvoit, a-t-on dit, venir de la conformation de son crâne, composé d'un seul os sans suture. D. Alvaro Gomez a écrit sa Vie en espagnol, in-fol. Fléchier en a donné une autre en françois.
III. XIMENÈS, (Sébastien) habile jurisconsulte Espagnol, mort vers 1600, s'est fait un nom par un bon ouvrage sur l'un et sur l'autre Droit, sous ce titre: Concordantiæ utriusque Juris, à Tolède, 1596 et 1619, en 2 vol. in-fol. Cet Ouvrage est estimé. Le second vol., qui n'est pas de Ximenès, est le moins commun.
IV. XIMENÈS, (Joseph-Albert) Espagnol, né en 1719 d'une famille noble, se fit carme en 1734, enseigna dans son ordre la théologie, et fut fait docteur en 1760. Il ne se distingua pas moins par ses talens pour la chaire. Il fut ensuite nommé théologien du nonce en Espagne. Ayant rempli différens emplois distingués dans son Ordre, il en fut nommé prier-général en 1768, et mourut dans l'exercice de cette charge, l'an 1774. On lui doit les deux derniers volumes du Bullaire des Carmes, in-fol. Dans l'un, il a recueilli les Bulles et les anciens monumens omis dans les volumes, précédens; dans l'autre, il a inséré les Brefs, Bulles, etc. depuis 1718 jusqu'en 1768. V. XIMENÈS, (François) habile peintre Espagnol, né à Tarazone, mort à Saragosse en 1666, à 78 ans, avoit du goût et du génie.
VI. XIMENÈS, ( Léonard ) célèbre mathématicien de Toscane, a inséré de nombreux Opuscules dans les journaux d'Italie. Il est mort en 1787.
XISITHRUS, ou XISUTHRUS, ayant été averti par Saturne, d'un déluge qui devoit inonder toute la terre, il construisit un grand vaisseau, par le moyen duquel il en fut garanti avec sa famille. Quand il sortit de ce vaisseau, il disparut et fut mis au rang des Dieux. C'est l'histoire de Noé, de Deucalion, sous d'autres noms.
XISTE, Voyez SIXTE.
XIUS, empereur Chinois, vivoit environ 200 ans avant J. C. Il ordonna que tous les livres de son empire seroient brûlés, à l'exception de ceux qui traitoient de la médecine, de l'agriculture et de la divination. Une femme sauva les Ouvrages de Confucius, dont elle colla les feuilles contre les murs de sa maison, où elles restèrent jusqu'à la mort de Xius. Depuis cette époque, ces Ouvrages sont devenus les plus anciens livres des Chinois. I. XOGUNSAMA I, empereur du Japon, usurpa le trône en 1617, et soumit à son pouvoir la plupart des gouverneurs des îles, qui s'étoient rendus indépendans. Il persécuta les Chrétiens, et s'efforça d'expulser les Européens de ses états. Il abdiqua la couronne en 1622, et mourut neuf ans après.
II. XOGUNSAMA II, succéda à son père dans sa puissance, sa valeur et sa barbarie. Il fit tran- cher la tête à quatre ambassadeurs Portugais, et relégua ceux de Hollande dans la petite île de Désima, avec défense, sous peine de la vie, d'entrer dans son empire. Sous lui, le Christianisme disparut de ses états, et nul missionnaire n'échappa à la mort. Il mourut sans enfans, en 1650.
XUTHUS, fils d'Hellen, naquit en Achaïe, et vint au secours des Athéniens, qui furent vainqueurs par son secours. Le roi d'Athènes, Erechthe, lui donna par reconnoissance sa fille Creuse en mariage, et il lui succéda dans le royaume d'Attique. Xuthus, se trouvant sans enfans, consulta l'Oracle, qui lui conseilla de choisir pour son successeur, le premier qu'il rencontreroit en sortant du Temple. Ce fut Ion qui a fourni à Euripide le sujet de la Tragédie de son nom.
XYLANDER, ( Guillaume ) né à Ausbourg en 1532, se fit une réputation par son savoir. Il obtint une chaire de professeur en grec à Heidelberg. Son extrême pauvreté, et sa grande application à l'étude lui firent contracter une maladie, dont il mourut à Heidelberg, en 1576, à 44 ans. On a de lui une Traduction latine de Dion Cassius, de Marc-Aurèle, etc... et un grand nombre d'autres Ouvrages fort inexacts, parce qu'il écrivoit pour vivre.
XYPHILIN, ( Jean ) de Trebizonde, fut élevé dans un monastère. Sa piété et son savoir lui obtinrent le patriarchat de Constantinople en 1064. Il mourut en 1075, et laissa un neveu qui portoit son nom. C'est de ce dernier que nous avons un Abrégé de 544 YAO l'Histoire de Dion Cassius, en grec, Paris, 1592, in-fol., traduit en françois par le président Cousin. Cet Abrégé commence au 34$^{e}$ livre, et au temps de Pompée. Il est assez bien fait; mais le style manque de pureté et d'élégance, et l'auteur, quoique Chrétien, copie tous les prodiges que rapporte son auteur. Il semble même qu'il donne la préférence à ces puérilités : ce qui ne donne pas une grande idée de la justesse de son esprit. *Xyphilin* l'oncle, n'a laissé qu'un *Sermon*, dans la *Bibliothèque des Pères*. **Y**ACOUTI, géographe Arabe, nous est connu par la Traduction de l'un de ses Ecrits, faite par le savant *De Guignes*, et insérée dans le Recueil des *Notices* des manuscrits de la bibliothèque nationale. Il vivait dans le xiv$^{e}$ siècle. **Y**ALDEN, (Thomas) poète Anglois, né à Exeter, en 1671, mort en 1736, fut ami du docteur *Atterbury*, et a publié un *Recueil* de poésies où l'on trouve de l'esprit et du naturel. **Y**AO, empereur de la Chine, monta, dit-on, sur le trône, l'an 2357 avant Jesus-Christ, et eut *Chun* pour son successeur. Les Chinois le regardent comme leur législateur, et le modèle des princes et des hommes. On prétend que c'est à *Yao* que l'Histoire de la Chine commence à être certaine, et que tout ce qui précède ce prince, est rempli de fables ou de faits incertains. Mais c'est encore trop dire; car il n'y a de certain dans l'Histoire, que ce qui nous est transmis par des Ecrits et par des monumens. Or les Ecrits et les monumens Chinois ne remontent, tout au plus, qu'à l'an 800 avant J. C. Cependant *Mairan* et d'autres savans placent la première observation astronomique des Chinois sous le règne d'*Yao*. *Freret* veut que ce règne ait été, non en 2357 avant J. C.; mais en 2145: incertitude sur incertitude. Les Chinois attribuent à *Yao* le livre appelé *Chan-haikling*, qui contient une description imaginaire de l'univers, et place au milieu de la terre le grand mont *Kouenlun*. Les poètes de cette nation ont puisé dans cet ouvrage leurs expressions et les sujets de plusieurs de leurs poésies. **Y**ART, (Antoine) né à Rouen, en 1709, embrassa l'état ecclésiastique et devint curé de Saussay, dans le Vexin. Il réunit aux fonctions utiles de son état, le goût des lettres et les soins de l'amitié. Il fut lié étroitement avec *Cideville* ami de *Voltaire* et l'abbé du *Hesnel*. L'ouvrage le plus connu d'*Yart* est intitulé: *Idée de la poésie Angloise*, 1756, 8 vol. in-12. L'auteur y fait connoître un grand nombre de poètes Anglois, dont la France ignorait les productions. Les observations qui accompagnent la traduction de chaque morceau offrent autant distant de savoir que de goût. Yart faisoit des vers, et réussis- soit particulièrement dans l'Epi- gramme : on peut en juger par les deux suivantes ; la première sur le Paradis perdu de Mad° du Bocage ; la seconde, sur le livre intitulé, Histoire secrète : Sur cet écrit, charmante Dubocage, Voun-tu savoir quel est mon sentiment ? Je compte pour perdes, en lisant ton ouvrage, Le paradis, mon temps, la peine et mon argent. Ce livre est l'histoire secrète, Si secrète, que pour le lecteur Elle n'eut que son imprimeur, Et monsieur Dubois qui l'a faite. L'abbé Yart a laissé un neveu, M. Aubert, secrétaire de l'acadé- mie de Rouen, qui suit avec distinction la carrière littéraire.
YON, (N.) a donné quelques pièces de théâtre : la Métempsy- cose, comédie, l'Amour et la Folie, les Deux Sœurs, autres comédies, dont la dernière a été représentée en 1755. L'auteur est mort quelques années après.
YOTO, femme maure, célé- bre par sa beauté et son courage, épousa Abenchamot, chef Arabe, qui combattit vaillamment les Portugais. Faite prisonnière par ces derniers, elle profita de la permission qu'on lui donna, pour parler à son mari, et l'engager à vaincre ou à mourir. Abencha- mot profita de ses conseils pour attaquer les Portugais. Il tua leur chef de ses mains, et fut assez heureux pour délivrer son épou- se ; mais bientôt après, emporté par sa valeur dans une embuscade, il fut tué d'un coup de javelot en 1524. On porta son corps à Yoto, qui se laissa mourir de faim et fut ensévelie avec lui dans la même tombe.
YOUNG, (Edouard) poète Anglois, naquit en 1684, à Upham dans le comté de Hampt. Son père, mort en 1707 à 62 ans, et auteur de deux volumes de Sermons, étoit recteur de cette église. Après avoir étudié en Droit, science pour laquelle il avoit très-peu de goût, Edouard se tourna du côté de la théologie et de la morale, et réussit beaucoup mieux. Il prit les Ordres, fut nommé chapelain du roi, et ensuite curé de Wet- tewin dans le Herfordshire. Sa vie fut fort occupée et assez triste. Il se maria en 1731 avec la fille du comte de Litchfield, veuve du colonel Lee, dont elle avoit eu deux enfans. Son épouse étoit vertueuse et tendre, et il trouva dans ses deux fils deux véritables amis. Deux maladies inattendues les lui enlevèrent. Young avoit passé en France, espérant de rétablir la santé du dernier par la douceur du climat ; mais ce voyage fut inutile. Young repas- sa la mer, le désespoir dans le cœur. Il n'arriva chez lui que pour fermer les yeux à son épou- se qui ne survécut pas à ses en- fans. Ainsi dans l'espace de trois mois, Young perdit tout ce qu'il avoit de plus cher sur la terre. Un fils unique consola un peu Young de ses pertes, mais ne le retira pas de cette profonde mé- lancolie, dont les accès nous ont valu son poème des Nuits, tra- duit en françois avec tant de force et d'élégance, par le Tour- neur, à Paris, chez le Ja, 2 vol. in-8.° et in-12, 1769, et dont M m on a quelques imitations en françois par *Colardeau*. Cet Ouvrage est le plus original de ceux qui sont sortis de sa plume. On y admire le sombre, le terrible d'une partie de ses tableaux, la hardiesse de son pinceau, la marche rapide de ses idées : *Seul confidens de ma mélancolie, Le sombre Young est l'autre qui me luit. Parmi les morts, pensif et soli- la re, J'erre avec lui; tandis qu'au haut des ciens Phébe répand sa tremblante lumière; Paine les pleurs qui remplissent mes yeux: Eh : d'où vient donc ce charme que J'éprouve ? Avec Young hitas : je me retrouve, Faible, sensible, et sur-tout malheu- reum.* Le faux bol-esprit, le gigantesque, le trivial, gâtent trop souvent les beautés que ce génie original a répandues dans ses *Nuits*. Le *Tourneur* a corrigé une partie des défauts de son original. Il a élagué le texte et rassemblé à la fin de chaque *Nuit*, sous le titre de *Notes*, tout ce qui lui a paru superflu, bizarre, bas, mauvais et déjà présenté sous des images beaucoup plus belles. Il a réparé un défaut plus important : le peu d'ordre qui se trouvoit dans l'assemblage des différens morceaux dont chaque *Nuit* est composée. [ *Voyez v. REMI.* ] On a de lui d'autres productions poétiques : trois drames, *Busiris*, la *Vengeance*, et les *Frères* (*Demetrius* et *Persée*) ; des Satires, des Poésies morales, dont le *Tourneur* nous a donné également la traduction, (Paris, 1770, 2 vol. in-8° et in-12,) sous le titre d'*Œuvres diverses* du docteur *Young*, qui font la suite de ses *Nuits*. L'auteur des *Nuits* mourut en 1765, au mois d'avril, dans sa maison presbytériale de Wettewin. Comme chrétien et comme ecclésiastique, il se montra toujours sous un jour propre à inspirer le respect. Il fut un modèle de piété. Il aimoit les hommes et les soulageoit ; il ne haïssoit que leurs vices. Il les reprenoit avec force, et prêchoit la vertu par son exemple. On ne plaisantoit point impunément devant lui sur les mœurs ou sur la religion ; et l'on connoit une *Epigramme* sanglante contre un poète François très-célèbre (*Voltaire*) qui avoit pris avec lui ce ton de raillerie impie qu'il a dans tous ses Ouvrages. *Young* fut enterré dans l'église de sa paroisse, sous l'autel, à côté de sa femme. Son tombeau est un des plus singuliers qu'il y ait dans toute l'Angleterre. Il est couvert et orné d'une très-belle pièce de broderie, travaillée des propres mains de sa femme. Au milieu de l'étoffe, on lit en lettres capitales, la sentence suivante : *Je suis le Pain de vie*. Au côté septentrional on a gravé cette inscription : AUX VIERGES : *Croissez en esprit et en sagesse* ; et au côté méridional, cette autre : AUX JEUNES-GENS : *Croissez en grace devant Dieu et devant les Hommes*. On dit que c'est *Young* lui-même qui ordonna qu'on gravât ces maximes sur son tombeau. Il arriva à ce poète, ce qui arrive ordinairement à tous ceux qui passent du grand monde dans la solitude ; on l'oublia aussi parfaitement que s'il n'avoit jamais existé. *Le plus long souvenir s'use et cède à l'oubli.* Ce vers, qui est de *Young* pour le sens, renferme, en douze syllabes, sa propre histoire. On cessa de parler de lui, dès qu'il cessa de vivre dans la capitale. Il fut négligé jusque dans sa retraite même. Les muses ne le pleurèrent point; un silence, tel que l'humilité et la dévotion l'eussent exigé, le suivit jusqu'au sein de la terre qui devoit le couvrir. La cloche, pour son enferrement, ne commença à sonner qu'au moment où son corps fut transporté hors de la maison presbytériale, et quoique son zèle pastoral ait fondé et doté une maison de Charité dans sa paroisse, ni le maître, ni les enfans de cette maison n'assistèrent à ses funérailles. Quelque temps avant sa mort, il donna ordre que tous ses manuscrits fussent brûlés. On ne doutera pas que ce ne soit là une perte, quand on saura qu'il n'écrivoit jamais sur des sujets frivoles, et qu'il serroit extrêmement ses idées dans ses moindres compositions. Mais ce qui ajoute à la gloire de l'auteur, presque autant que ce trait de modestie, c'est qu'il fut l'ami intime d'*Addisson*, et qu'il travailla au *Spectateur*... (*Voy. HEDERIC.*) *Cuzin* a publié ses *Œuvres*, *Paris*, in-12.
**YPRES**, (*Charles*) peintre, ainsi nommé du lieu de sa naissance, se tua d'un coup de couteau, en 1564.
**YRIARTE**, (*Dom Jean de*) né à l'île Ténériffe en 1702, vint faire ses études à Paris et à Rouen, et les fit avec succès. Après s'être nourri des fruits de la littérature ancienne et moderne; il se retira à Madrid, y fut bibliothécaire du roi, membre de l'académie royale de la langue espagnole, et interprète de la première secrétaire d'état. Ses principaux Ouvrages sont I. Une *Paleographie Grecque*, in-4.$^{o}$ II. Des *Œuvres diverses*, en espagnol, Madrid, 1774, 2 vol. in-4.$^{o}$ On y trouve des Poésies latines, qui ne sont pas la partie principale de ce Recueil, ni la plus distinguée. III. Le 1$^{er}$ vol. in-fol. du *Catalogue des Manuscrits Grecs de la Bibliothèque royale*. IV. Le *Catalogue des Manuscrits Arabes de l'Escurial*; 2 volumes in-fol. Il mourut en 1771, regretté des savans et de ses amis.