**YRIER**, (*Saint*) né à Limoges en 517, fit de grands progrès dans les lettres, sous les yeux de *Joconde* son père, favori du roi *Théodebert*. Son fils devint chancelier de ce prince; mais, il préféra bientôt, à l'exercice de cette place importante, l'étude et la retraite. Retiré à Limoges, il y fit bâtir le monastère d'*Atane*, et mourut en 591. *Mabillon* a recueilli le testament de *S. Yrier*. C'est un monument curieux, qui fait connoître les formules usitées alors dans de pareils actes.
**YSE**, (*Alexandre de*) de Grenoble, professeur Protestant de théologie, à Die en Dauphiné, sous *Louis XIV*, fut privé de sa chaire pour avoir paru pencher vers la religion Romaine, dans un *Discours* qu'il composa pour réunir les Protestans et les Catholiques. Il se retira dans le Piémont où il mourut. On lui attribue: *Proposition pour la réu-* M m 2 nion des deux Religions en France, 1677, in-4.
YVAN, (Antoine) naquit à Rians, petite ville de Provence, en 1576, d'une famille très-obscure. Après avoir fait ses études avec beaucoup de peine à cause de sa pauvreté, il entra dans la Congrégation de l'Oratoire, et alla demeurer à Aix. C'est là qu'il connut Marie Magdeleine de la Trinité. [Voyez MARIE, n° XXIII.] Il fonda avec elle en 1637, l'Ordre des Religieuses de Notre-Dame de la Miséricorde, dont il fut le premier directeur et le premier confesseur. Cet homme apostolique joignit aux travaux d'un ministre de l'Évangile, les austérités d'un anachorète. Il contribua beaucoup à la réformation des mœurs, par ses Sermons et sur-tout par ses exemples. Sa modestie étoit telle, qu'il ne voulut jamais garder aucun bénéfice. Ce saint homme mourut en 1653. On a de lui : I. Des Lettres. II. Un livre de piété intitulé : Conduite à la perfection Chrétienne : III. Quelques autres Ouvrages qui donnent une foible idée de ses talens et de son jugement.
YVAN-BERUDA, (Dom Martin) grand-maître d'Alcantara, vers la fin du xiv°, siècle, étoit Portugais. Il prit beaucoup de part aux guerres d'Espagne, et se montra toujours zélé pour le parti de la Castille. Vers l'an 1394, trompé par un hermite visionnaire, nommé Jean Sago, il se crut destiné de Dieu pour faire la conquête de Grenade : et sur cette folle imagination, il fit une irruption dans le royaume. Il fut défait et tué sur la place, avec un grand nombre de gens de condition, trompés comme lui. Cependant les Maures permirent que le corps d'Yvan fût porté à Alcantara, où ce seigneur avoit ordonné que l'on gravât sur son tombeau, ces mots, monument de sa vanité : Cigit YVAN, dont le cœur fut exempt de crainte au milieu des dangers. On dit que Charles-Quint, ayant ouï raconter l'histoire de ce grand-maître, et réciter l'Épitaphe, dit qu'il ne croyoit pas que ce fanfaron eût jamais éteint une chandelle avec les doigts.
YVEL, (Jean) Voy. JEWEL. I. YVES, (Saint) naquit à Kermartin, à un quart de lieue de Tréguier, en 1253, d'une famille noble. Il étudia à Paris en philosophie, en théologie et en droit-canon, et alla ensuite faire ses études de droit civil à Orléans. De retour en Bretagne, il se rendit à Rennes pour se mettre sous la discipline d'un pieux et savant religieux, et devint, peu de temps après, officiel du diocèse de cette ville. Il exerça cet emploi avec tant de sagesse et de désintéressement, que l'évêque de Tréguier le rappela, le fit son officiel, et le chargea de la cure de Tresdres, puis de celle de Lohanec. S. Yves s'y montra un pasteur zélé et un bienfaiteur libéral. Il termina sa sainte carrière en 1303, à 50 ans, et fut canonisé par Clément VI en 1347. Les savans doutent qu'il ait exercé la profession d'avocat. Cependant les hommes de loi l'ont pris pour patron : « mais, dit un historien, la manière de penser de ce Saint étoit bien différente de celle de nos jurisconsultes modernes. Son but étoit d'éclaircir les causes obscures, de faire triompher la raison et l'équité. Tout cela est tellement changé, que dès le xv$^{e}$ siècle, l'illustre *Mathias Corvin* fut obligé de chasser tous les avocats de la Hongrie, pour y conserver les notions et les droits de la justice. » *Voyez sa Vie*, 1695, in-12.
II. YVES DE PARIS, né dans cette ville, y exerça d'abord la fonction d'avocat. Détrompé des vains plaisirs du siècle, il se fit capucin, et se consacra à la conversion des pécheurs et des hérétiques. Après avoir rempli pendant 60 ans cette noble et pénible carrière, il mourut en 1678, à 85 ans. Le père Yves avoit plus de zèle que de lumières. Son enthousiasme pour l'état religieux et surtout pour celui de Capucin, étoit extrême. On a de lui plusieurs Ouvrages de piété, dont le style est fort guindé, et quelques autres productions qui firent du bruit dans le temps. I. *Heureux Succès de la piété*, et *Triomphe de la vie Religieuse*: cet ouvrage, dans lequel l'auteur élève le Clergé régulier sur les débris du séculier, fut censuré. II. On lui attribue l'*Astrologie* *novæ Methodus*, sous le nom d'*Allæus*, Arabe Chrétien, Rennes, 1654, infolio. III. *Fatum Universi*, sous le même nom et même date. IV. Enfin, une *Dissertation* sur le livre du *Destin*, 1655, in-fol. Tous ces Ecrits sont pleins d'idées bizarres et extravagantes. Il prédit dans le second Traité, une grande désolation en Angleterre pour l'année 1756. Cette valne prédiction se trouve dans l'édition de 1654, qui est rare. Il y a des corrections et des retranchemens dans les éditions suivantes, faites sur les plaintes des puissances maltraitées dans cet Ouvrage.
YVES, *Voy*. SAINT-YVES.
YVES DE CHARTRES, *Voy*. IVES.
YVETAUX, *Voy*. IVELCAUX.
YVON, (Pierre) étoit de Montauban en Languedoc, où le visionnaire *Labadie* avoit été ministre de l'Eglise Prétendue-Réformée. Il le suivit en Hollande, et se trouva à Middelbourg dans le temps que cet insensé y étoit ministre. Celui-ci ayant été chassé de cette Eglise, se retira en Hollande, où Yvon le suivit. Après la mort de *Labadie*, il fut chef des *Labadistes*, et s'établit à Wiéwert en Frise. Il y précha à son petit troupeau, et devint sur la fin de ses jours seigneur de ce village. On ignore l'année de sa mort. Il laissa plusieurs Ouvrages pleins de fanatisme, et parmi lesquels aucun ne mérite d'être cité.
**ZABAGLIA**, (Nicolas) Charpentier de Rome, dont le Recueil des *Machines* a paru à Rome, 1743, in-fol. mit sur pied sous *Benoit XIV*, l'obélisque couché au champ de Mars. **I. ZABARELLA**, (François) DE ZABARELLIS, plus connu sous le nom de *Cardinal de Florence*, étudia à Bologne le Droit-canonique, qu'il professa à Padoue sa patrie. Cette ville, assiégée par les Vénitiens en 1406, députa Zabarella au roi de France, pour lui demander du secours; mais il ne put pas en obtenir. De Padoue il passa à Florence. Le succès avec lequel il professa le droit, le fit élire archevêque; mais le pape prévint cette élection, et Zabarella demeura simple particulier, jusqu'à ce que *Jean XXIII* l'appela à sa cour. Ce pontife lui donna ce même archevêché, l'honora de la pourpre, et l'envoya en 1413 vers l'empereur *Sigismond*, qui demandoit la convocation d'un concile. On convint qu'il se tiendroit à Constance. Le cardinal de Florence signala son zèle et ses lumières dans cette assemblée, dont il fut un des plus illustres membres. On croit que, s'il eût vécu jusqu'à l'élection d'un pape, on auroit jeté les yeux sur lui; mais il mourut dans le cours du concile, le 26 septembre 1417, à 78 ans, un mois et demi avant l'élection de *Martin V*. L'empereur et tout le concile assistèrent à ses funérailles, et le *Pogge* prononça son *Oraison funèbre*. On a de Zabarella: I. Des *Commentaires sur les Décrétales* et sur les *Clémentines*, en 6 vol. in-folio. II. Des *Conseils* en un volume. III. Des *Harangues* et des *Lettres* en un vol. in-fol. IV. Un *Traité de Horis canonicis*. V. De *Felicitate libri tres*. VI. *Variæ legum repetitiones*. VII. *Opuscula de Artibus liberalibus*. VIII. *De natura Berum diversarum*. IX. *Commentarii in naturalem et moralem Philosophiam*. X. *Historiae sui temporis*. XI. *Acta in Conciliis Pisano et Constantiensi*. XII. Des *Notes* sur l'Ancien et le Nouveau-Testament. XIII. Un *Traité du Schisme*, 1565, in-fol. Les Protestans ont souvent fait imprimer ce *Traité du Schisme*, parce que Zabarella y parle avec beaucoup de liberté des papes et de la cour de Rome; et c'est aussi pour cette raison que ce livre a été mis à l'*Index*. Il attribue tous les maux de l'Eglise de son temps à la cessation des Conciles, et ce dernier désordre à l'ambition des papes qui dans le gouvernement de l'Eglise, imitant plutôt la conduite des princes temporels que celle des Apôtres, ont voulu tout décider par leurs propres lumières.
**II. ZABARELLA**, (Barthélemi) neveu du précédent, professa le Droit-canon à Padoue avec beaucoup de réputation. Il fut ensuite archevêque de Florence, et référendaire de l'Eglise sous le pape *Eugène IV*. Il mourut en 1442, à 46 ans, avec une grande réputation de savoir et de piété.
III. ZABARELLA, (Jacques) fils du précédent, vit le jour à Padoue en 1533, et y mourut en octobre 1589, à 56 ans. Il acquit une connoissance profonde de la physique et de la morale d'Aristote, et devint professeur de philosophie à Padoue en 1564. Il refusa les offres que Sigismond roi de Pologne, lui fit pour l'attirer dans son royaume. On a de Zabarella des Commentaires sur Aristote, qu'on range dans l'ordre suivant: Logica, 1597, infol.; de Animá, 1606, infol.; Physica, 1601, infol.; de Rebus naturalibus, 1594, infol.; Zabarella soutient dans ces Commentaires, mais plus particulièrement dans un petit Traité De inventione æterni Motoris, qui fait partie de ses Œuvres, (Francfort 1618, infol.) que, par les principes d'Aristote on ne peut donner de preuves de l'immortalité de l'âme. Son esprit étoit capable de débrouiller les grandes difficultés, et de comprendre les questions les plus obscures; mais il donnoit souvent dans le faux, et on ne peut excuser ni sa passion pour l'astrologie, ni sa manie de tirer des horoscopes.
ZABATHEI-SCEVI, ou SABATEL-SCEVI, né à Smyrne en 1626, du courtier de la factorerie Angloise, fut élevé avec soin. La lecture de l'Écriture-sainte lui fit naître des idées singulières; il abusa de quelques passages malinterprétés, pour se persuader qu'il étoit le libérateur promis à sa nation depuis tant de siècles. Il étoit d'une figure avantageuse, savant, éloquent, affectant la modestie, recommandant la jus- tice, et citant à propos les Livres saints pour insinuer l'opinion qu'il vouloit répandre. Il alla d'abord à Constantinople, d'où il fut chassé par les Rabbins, de là il se rendit à Jérusalem, où il reçut un accueil tout contraire. Il se fit des partisans, qui l'envoyèrent dans divers pays pour recueillir les aumônes de leurs frères. En passant par Gaza, il trouva un Juif nommé Nathan, homme de quelque considération qui l'annonça comme le Rédempteur d'Israël. La populace Juive se déclara pour eux; mais ceux qui avoient quelque chose à perdre, les anathématisèrent. Le fourbe, pour échapper à l'orage, se retira dans sa patrie. Nathan Levi lui envoie aussi-tôt quatre députés, qui le reconnoissent et le saluent publiquement en qualité de Messie. Cette ambassade en imposa au peuple, et même à quelques docteurs, qui déclarèrent Zabathei roi des Hébreux, tandis que la synagogue de Smyrne portoit contre lui une sentence de mort. Une partie de la nation Hébraïque étant disposée à le reconnoître, il prit le titre de Roi des rois, et donna à Joseph Sevi son frère, celui de Roi de Juda. Ce fut alors que Zabathei et son héraut Nathan, s'avisèrent de vouloir faire des miracles. Aux prestiges, l'imposteur ajouta les prophéties. Il eut l'insolence de prédire, que dans peu le Messie paroîtroit devant le grand-seigneur, lui ôteroit la couronne, et le meneroit enchaîné comme un captif; qu'ensuite il seroit reconnu monarque de l'univers; que le saint Temple descendroit du ciel tout bâti, orné superbement, et que le peuple chéri y offriroit ses sacrifice jusqu'à la fin du monde. M m 4 Les Juifs écrivoient de toutes les parties de l'Europe et de l'Afrique, qu'ils se disposaient à venir trouver leur Messie, et que la seule Barbarie fournirait cent mille hommes. Les plus insensés, (et c'est toujours le plus grand nombre dans une nation superstiteuse) abandonnèrent le commerce, se flattant de ne manquer de rien, quand leur Messie aurait achevé ses triomphes. Afin que ses prophéties fussent plutôt accomplies, *Zabathei* partit pour Constantinople, où il devait être solennellement reconnu par ses principaux sujets. Mais, en approchant des Dardanelles, il fut arrêté et mis en prison dans un des chateaux. Le gouverneur qui l'avait sous sa garde, s'enrichit des présens que les Juifs lui prodiguèrent pour visiter leur roi. Le sultan *Mahomet* voulut le voir, frappé du bruit que faisoit l'imposture du faux Messie et l'enthousiasme de sa nation. Il le fit venir à Andrinople où il tenoit alors sa cour. Le sultan l'interrogea lui-même. Il lui dit que, pour avoir une preuve de sa mission, il alloit le faire attacher tout nu à un poteau pour servir de but à ses plus habiles archers, et que si son corps étoit impénétrable à leurs flèches, il le reconnoitroit pour le véritable Messie. *Zabathei* n'osa s'exposer à une pareille épreuve; et pour éviter la mort dont il étoit menacé, il embrassa le Mahométisme. Sa conversion n'étoit pas sincère. Le sultan ayant eu avis que malgré son changement de religion, il ne laissoit pas d'assister secrètement aux fêtes des Juifs, le fit conduire avec sa femme, au château de Dulcigno sur les confins de l'Al- banie. C'est dans cette prison qu'il mourut en 1676 à l'âge de cinquante ans, méprisé des Musulmans, et détesté des Juifs que son aventure avoit couverts de confusion. L'auteur fameux du *Dictionnaire Philosophique*, dit que *Zabathei* est le dernier faux Messie qui ait paru. Il aurait dû dire, que c'est le dernier qui ait fait un certain bruit; car on vit après lui un autre imposteur de ce genre dans le dernier siècle, et on en a vu même dans celui-ci. Cette longue chaîne d'illusions montre l'évidence des prophéties touchant un messie attendu par les Juifs, en même-temps qu'elle prouve qu'il est bien réellement venu. On peut consulter sur ce sujet l'ouvrage de l'abbé Rossi, écrit en Italien: *De l'attente vaine des Juifs concernant la venue du Messie*, Parme 1774.
ZABULON, vi$^{e}$ fils de Jacob et de Lia, naquit dans la Mésopotamie vers l'an 1748 avant J. C. Jacob, donnant au lit de la mort sa dernière bénédiction à ses enfans, dit à Zabulon, qu'il habiteroit sur les bords de la Mer et dans le port des vaisseaux, et qu'il s'étendroit jusqu'à Sidon. La Tribu de Zabulon eut en effet pour partage le pays qui s'étend depuis la Mer de Galilée à l'Orient, jusqu'à la mer Méditerranée à l'Occident.
ZACAGNI, (Laurent-Alexandre) critique et littérateur Italien, mort à Rome vers 1720, eut un goût décidé pour l'étude ecclésiastique. Il entra de bonne heure dans les ordres, qui, en le débarrassant des soins du siècle, lui laissoient plus de loisir pour vaquer à l'étude. Il regarda les langues comme un moyen pour réussir, les apprit, et ayant fait connoître son érudition par quelques Ouvrages, il fut placé en qualité de garde dans la bibliothèque Vaticane. Cet emploi le mit à portée de déterrer plusieurs anciens monumens ecclésiastiques, dont il publia le Recueil sous ce titre: *Collectanea Monumentorum veterum Ecclesiae Graecae et Latinae*, Rome, 1698.
ZACCHIAS, (Paul) médecin du pape *Innocent X*, mort à Rome, sa patrie, en 1659, à 75 ans, cultiva les belles-lettres, la poésie, la musique, la peinture, et toutes les sciences. La variété de ses connoissances ne nuisit point à son application à la médecine. On a de lui: I. Un livre intitulé: *Quæstiones Medico-Legales*, dont il y a eu plusieurs éditions, et l'une entre autres de Lyon en 1726, en 3 tom. in-fol. Cet ouvrage, trop diffus, offre beaucoup d'érudition, de jugement et de solidité; et il est nécessaire aux théologiens qui s'appliquent à l'étude des cas de conscience. II. Un Traité en italien, intitulé: *La Vie Quadragesimale*, Rome, 1673, in-8. Ce livre roule sur les dispenses de l'abstinence du Carême. III. *Trois Livres*, en Italien, sur les *Maladies hypocondriaques*, etc., Venise, 1663, in-4. I. ZACHARIE, fils de *Jéroboam II*, roi d'Israël, succéda à son père l'an 770 avant J. C.; mais son règne ne dura que six mois. S'étant rendu criminel aux yeux du Seigneur, comme ses pères, *Sellum* fils de *Jabès*, conspira contre lui, le tua à la vue du peuple et prit sa place.
II. ZACHARIE, fils de *Joiada*, grand-prêtre des Juifs, et de *Jocabed*, fille de *Jorum* roi de *Juda*, succéda à son père dans la souveraine sacrificature. Il fut imitateur du zèle que cet illustre pontife avoit pour la gloire de Dieu. Après la mort de ce saint homme qui par sa piété et safermeté, avoit contenu *Joas* dans son devoir, ce prince, séduit par les discours flatteurs de ses courtisans, consentit au rétablissement de l'Idolâtrie. *Zacharie*, rempli de l'Esprit divin, voulut s'opposer à ce culte sacrilège; mais le peuple, excité par *Joas* lui-même, l'assomma à coups de pierres.
III. ZACHARIE, l'un des douze petits Prophètes, fils de *Barachias* et petit-fils d'*Addo*, fut envoyé de Dieu en même-temps qu'*Aggée*, pour encourager les Juifs à bâtir le temple, et ce fut la xii$^{e}$ année du règne de *Darius*, fils d'*H. staspes*, l'an 520 avant J. C. On ignore le temps et le lieu de la naissance de *Zacharie*. Le silence de l'Écriture sur ces deux points, rend suspect tout ce que les commentateurs en disent. La Prophétie de *Zacharie* est divisée en xiv chapitres, et ce qu'il dit touchant le Messie est si clair, qu'il en parle en Évangéliste plutôt qu'en Prophète: *Exulta satis*, *filia Sion*; *jubila*, *filia Jerusalem*; *ECCE REX TUUS VENIET TIBI*, *justus et Salvator*: *ipse pouper*, et *ascendens super'asinam* et *super pullum filium asinae*.
IV. ZACHARIE, prêtre de la famille d'*Abia*, étoit époux de *Sainte Elisabeth*, cousine de la *Sainte Vierge*. Ils n'avoient point eu d'enfants, quoique déjà avan- 554 ZAC cés en âge ; mais un jour que Zacharie faisoit ses fonctions au temple, un ange lui apparut, et lui annonça qu'il auroit un fils. Comme il faisoit difficulté de croire à la parole de l'Ange, celui-ci lui prédit qu'en punition de son incrédulité, il alloit devenir muet, jusqu'à l'entier accomplissement de la promesse qu'il lui faisoit de la part de Dieu. L'événement s'étant accompli, au moment même sa langue se délia, et il se servit du prodige qui s'opéroit en lui, pour chanter le sublime Cantique Benedictus. Voilà tout ce que l'Évangile nous apprend du père de S. Jean-Baptiste. Les autres particularités que l'on ajoute sur sa vie et sur sa mort, sont tirées de sources trop suspectes pour mériter que l'on en fasse mention. V. ZACHARIE, (S.) Grec de naissance, monta sur la chaire de S. Pierre après Grégoire III, en 741. Il célébra divers conciles pour rétablir la discipline ecclésiastique. Il racheta beaucoup d'esclaves, que des Marchands Vénitiens vouloient mener en Afrique, pour les vendre aux Infidèles, et établit une distribution d'aumônes aux pauvres et aux malades. Son amour pour le clergé et le peuple Romain étoit si vif, qu'il exposa plusieurs fois sa vie dans les troubles qui agitoient alors l'Italie. Ce pontife mourut le 14 mars 752, et fut pleuré comme un père. Sa clémence étoit telle, qu'il combla d'honneurs ceux qui l'avoient le plus persécuté avant son pontificat. Ce fut Zacharie qui commença la bibliothèque, dite Vaticane, devenue depuis si célèbre. Nous avons de lui : I. Des Epi- tres. II. Quelques Décrets. III. Une Traduction de latin en grec, des Dialogues de S. Grégoire, dont la plus belle et la plus ample édition est celle de Canisius, avec des Notes utiles.
VI. ZACHARIE DE LISIEUX, Capucin, mort en 1661, âgé de 79 ans, est auteur de quelques Traités, moitié moraux, moitié satiriques, qui prouvent que les écrivains Latins lui étoient familiers. Trois entre autres de ces productions sont fort connues. I. Sæculi Genius, imprimé plusieurs fois. II. Gyges Gallus. Dans l'un et l'autre le père Zacharie a pris le nom de Petrus Firmianus. Le Gyges Gallus a été imprimé à Paris en 1658, in-4°, avec un autre Écrit de lui, intitulé : Somnia Sapientis. En 1739, un allemand, nommé Gabriel Leibhit, épris des beautés qu'il crut trouver dans le Gyges Gallus, le fit réimprimer avec des Notes, à Ratisbonne, in-8°. L'éditeur le regarde dans la Préface, comme un chef-d'œuvre de bon sens, de jugement et de latinité. Il ne manque à cet éloge que d'être dicté par le goût. Il y a quelques agrémens dans le style du Capucin ; mais ces livres ne sont pas des chef-d'œuvres. On a encore de lui, Relation du pays de Jansénie, Paris, 1660, in-8°. Il y a dans ce livre quelques bonnes plaisanteries ; il le publia sous le nom de Louis Fontaines. Le nom de famille du père Zacharie étoit Firmian (Pierre).
VII. ZACHARIE, (Denis) gentilhomme Bordelois, chercha toute sa vie le secret du grand-œuvre, et se ruina en voulant faire de l'or. Ses Ouvrages sont recueillis par Z A G 555 les alchimistes. Ce sont : I. Un Traité de Chymico miraculo, 1583, in-8.º II. Arithmétique et Géométrie, 1628, in-8.º III. Opuscule de la vraie philosophie des Métaux, 1567, in-8.º IV. Divers autres Traités, recueillis dans le Theatrum chymicum. Zacharie est mort au commencement du 17e siècle.
ZACHÉE, prince des Publicains, demeuroit à Jéricho; il offrit à Jesus-Christ de donner la moitié de son bien aux pauvres, et de rendre le quadruple à ceux à qui il avoit fait tort : c'est à quoi les lois romaines condamnoient les Publicains, convaincus de concussion. L'Écriture ne nous apprend rien de plus sur Zachée; on ne sait s'il étoit juif ou gentil avant sa conversion.
ZACHT-LÉEVEN, (Herman) peintre, né à Rotterdam en 1609, mort à Utrecht en 1685. Ce maître, un des meilleurs paysagistes, fit des Tableaux très-piquans, par le choix agréable des sites, par son coloris enchanteur, par l'art avec lequel il y a représenté des lointains clairs et légers, qui semblent fuir et s'échapper à la vue. Ses dessins au crayon noir sont très-recherchés. Il eut pour élèves, Jean Griffier et Corneille ZACHT-Léeven son frère, mort à Rotterdam.
ZACYNTHE, Béotien, fut chargé d'une expédition maritime en Espagne. Ayant débarqué dans une île de la mer Ionienne, il y fut mordu par un serpent, et y périt. Ses compagnons lui élevèrent un tombeau dans cette île, qui prit son nom.
ZACUTUS, dit Lusitanus, parce qu'il étoit de Lisbonne en Portugal, où il naquit en 1575, fut élevé dans la religion chrétienne, étudia en médecine, et fut reçu docteur dans l'université de Siguenza. En 1625, le roi Philippe IV ayant ordonné de faire sortir tous les Juifs de Portugal, Zacut, qui avoit cependant fait profession à l'extérieur de la religion catholique, saisi de crainte, se retira à Amsterdam, où il se fit circoncire. Il mourut le 21 janvier 1641, à 67 ans. Nous avons de lui divers Ouvrages de médecine, en 2 vol. in-fol., à Lyon, en 1649. Le 1er vol. contient six livres de Medicorum principum Historid. On y trouve du savoir et plusieurs observations curieuses, dont les médecins peuvent profiter; mais il y en a quelques-unes de hasardées. Cette collection n'est pas complète; on y a omis plusieurs de ses Ouvrages intéressants, imprimés à Amsterdam en 1641 et 1642. Il étoit arrière-petit-fils d'Abraham ZACUT, né à Salamanque, qui se distingua en Portugal par son habileté dans la chronologie, dans l'histoire et dans l'astronomie, et qui est auteur du livre Juchasin, chronologie judaïque depuis la création jusqu'à l'an 5260, ou 1500 de l'Ère vulgaire.
ZAGA-CRIST, prétendu roi d'Éthiopie, étoit issu, à ce qu'il disoit, du prince Jacques, fils naturel du roi d'Éthiopie. On voit son Histoire dans le Recueil des Imposteurs du sieur de Rocoles. Il passa de l'Abyssinie en Égypte, d'Égypte à Jérusalem, de-là à Rome, et de Rome à Paris, avec M. de Créqui, qui avoit été ambassadeur de France à Rome. Il en partit après un séjour d'environ deux ans, vécut trois ans à 556 Z A L Paris, et mourut à Ruel en 1638, âgé de 28 ans, des suites de ses débauches. On fit courir ces vers à sa mort : Ci gît du Roi d'Ethiopie L'original ou la copie. Fut-il roi, ne le fut-il pas ? La mort termine les débats.
ZAHN, (Jean) prémontré, prévôt de la Celle près Wurtzbourg, s'occupoit d'expériences physiques dans ses loisirs claustraux. On a de lui : I. Specula notabilium ac mirabilium Scientiarum, Norimbergæ, 1696, 3 vol. in-fol. II. Orulus Teledioptricus, 1702, in-fol. Il rejetoit follement le système de Copernic, et étoit fort attaché aux anciennes idées. Il mourut en 1707.
ZAIB-AGA, fils de Mehemet-Effendi, qui avoit été ambassadeur de la Porte en France, fut nommé directeur de la première imprimerie établie à Constantinople. Il étoit venu à Paris à la suite de son père, en 1721. Bignon, bibliothécaire du roi, qui l'avoit connu à cette époque, entretint long-temps une correspondance suivie avec lui, pour obtenir des manuscrits orientaux ; et deux membres de l'académie des inscriptions, Fourmont et Sevin, furent envoyés pour les recueillir.
ZAL, ancien héros Persan, père de Rostam, s'illustra par ses exploits, et fut surnommé Jez, parce qu'il naquit couvert d'un poil blond et doré. Aussi, les poètes Persans appellent - ils la la lune dans son croissant, le sourcil de Zal.
ZALEUCUS, fameux législateur des Locriens, peuple d'Italie, vivoit 500 ans avant J. C. Il s'est fait un nom immortel par la sagesse de ses lois, dont il ne nous reste presque plus que le préambule. Son but étoit de conduire les hommes plutôt par l'honneur que par la crainte. Il fit aussi plusieurs réglemens fort sages au sujet des procès et des contrats. Pythagore avoit été son maître, et il avoit en lui un disciple qui enseignoit la vertu, autant par ses exemples que par ses leçons. Une de ses lois condamnoit à avoir les yeux crevés pour un adultère. Quelque temps après, son fils étant convaincu de ce crime, et le peuple voulant lui faire grace, Zaleucus s'y opposa. Mais à-la-fois bon père et législateur équitable, il se priva d'un de ses yeux, pour éviter la moitié de la peine à son fils. Cet exemple de justice fit une si forte impression dans les esprits, qu'on n'entendit plus parler de ce vice pendant le règne de ce législateur. Elien dit qu'il défendit le vin aux malades, sous peine de mort, à moins que le medecin ne l'ordonnât. Il fut, dit-on, si jaloux des lois qu'il avoit établies, qu'il ordonna que « quiconque voudroit y changer quelque chose, seroit obligé, en proposant sa nouvelle loi, d'avoir la corde au cou, afin d'être étranglé sur-le-champ, au cas que la sienne valût beaucoup mieux que l'autre. » Diodore de Sicile attribue la même chose à Charondas, législateur des Sybarites.
ZALUSKI, (André - Chrysostôme) naquit en Pologne, et parcourut les Pays-Bas, la France et l'Italie; à son retour il obtint un canonicat à Cracovie, puis l'évêché de Plockho. Quelque temps après il fut nommé ambassadeur en Portugal et en Espagne. Après avoir été employé dans plusieurs affaires aussi épineuses qu'embarrassantes, il mourut évêque de Warmie, et grand-chancelier de Pologne en 1711, à 61 ans. Ce prélat est principalement célèbre par 3 vol. in-fol. de *Lettres latines*, imprimées depuis 1709 jusqu'à 1711, dans lesquelles on trouve une infinité de faits très-intéressans sur l'Histoire de Pologne, et même sur celle de l'Europe. I. ZAMBRI, fils de *Salu*, et chef de la tribu de *Siméon*, étant entré, à la vue de tout le monde, dans une tente où étoit une femme Madianite, nommée *Cozbi*, y fut suivi par *Phinées*, fils du grand-prêtre *Eléazar*, qui perça ces deux infames d'un seul coup.
II. ZAMBRI, officier du roi *Ela*, commandoit la moitié de la cavalerie. S'étant révolté contre son maître, il l'assassina pendant qu'il buvoit à Thersa, dans la maison du gouverneur, et s'empara du royaume, l'an 928 avant J. C. Dieu, qui l'avoit choisi pour être l'instrument de sa vengeance contre les impiétés de *Baasa*, se servit de son ministère, pour exterminer tout ce qui restoit de la famille de ce roi. *Zambri*, après avoir accompli les desseins de Dieu sur des criminels que sa justice avoit condamnés, ne jouit pas long-temps du fruit de sa révolte et de sa trahison. Sept jours après son usurpation, l'armée d'Israël établit pour roi *Amri*, et vint assiéger *Zambri* dans la ville de Thersa. Cet usurpateur se voyant sur le point d'être pris, se brûla dans le palais avec toutes ses richesses, et mourut dans ses iniquités.
ZAMET, (Sébastien) riche financier sous le règne de *Henri*
*IV*, étoit de Lucques en Italie. Il fut d'abord le confident du duc de *Mayenne*; mais il se rangera ensuite du parti du roi, qui l'aima beaucoup. On prétend qu'il avoit été cordonnier de *Henri III*. Il fit une fortune rapide et prodigieuse. Dès l'an 1585, il étoit intéressé dans le sel pour 70 mille écus. Il mourut à Paris le 14 juillet 1614, âgé de 62 ans, avec les titres de conseiller du roi en ses conseils, gouverneur de Fontainebleau, surintendant de la maison de la reine-mère, baron de Murat et de Billy. Il laissa deux fils de *Magdeleine Leclerc du Tremblai*. L'aîné Jean, maréchal de camp, surnommé le grand *Mahomet* par les Huguenots qu'il persécutoit, fut tué d'un coup de canon au siège de Montpellier, le 8 septembre 1622. Le cadet *Sébastien*, mourut le 2 février 1655, évêque - duc de Langres, et premier aumônier de la Reine. Ce fut *Sébastien Zamet* leur père, qui répondit froidement au notaire qui passoit le contrat de mariage d'une de ses filles, et lui demandoit la qualité qu'il vouloit prendre au contrat? « Qu'il n'avoit qu'à lui donner celle de *Seigneur de dix-sept cent mille écus*. » Ce trait a été fort heureusement copié par *Destouches* dans sa comédie du *Glorieux*. *Zamet* faisoit un usage magnifique de ses richesses; il avoit les premiers seigneurs de la cour à sa table, et *Henri IV* même mangeoit quelquefois chez lui. Un jour qu'il montroit à ce prince une maison qu'il venoit de faire bâtir, il faisoit remarquer tous les coins et recoins. *SIEE*, disoit-il; j'ai ménagé ici ces deux salles, là ces trois cabinets que voit *Votre Majesté*; de ce côté... Oui, oui, reprit le roi, et de la rognure j'en ai fait des gants... Henri IV ne l'appeloit que Bastien. Horace et Jean-Antoine ZAMET, furent naturalisés François, et se ressentirent de sa fortune et de son crédit... Voyez IV. ESTRÉES (Gabriel).
ZAMOLXIS, esclave de Pythagore, Gête de nation, accompagna son maître en Égypte. Après avoir appris les coutumes des Égyptiens, il revint dans son pays, où il civilisa les Gêtes et les Thraces. Pour leur faire croire ce qu'il leur avoit prêché, il se bâtit une maison souterraine, dans laquelle il se cacha pendant 3 ans. On le croyoit mort; il reparut la 4$^{e}$ année. Les Thraces crurent apparemment qu'il étoit ressuscité, et ils n'osèrent douter de tout ce qu'il leur avoit dit. Hérodote fait vivre Zamolxis avant Pythagore; les auteurs se contredisent sur l'histoire de ce philosophe, qui paroît un peu fabuleuse.
ZAMORA, (Gaspard) qui a donné une bonne édition de la Concordance de la Bible, Rome, 1627, in-fol., est plus connu par cette édition que par les particularités de sa vie.
ZAMORA, Voyez ALFONSE, n° XII... et SANCIO.
ZAMOSKI, (Jean) fils de Stanislas, castelan de Chelme, ville de la Russie rouge, homme d'un grand mérite, fut élevé avec soin par son père. Envoyé à Paris et ensuite à Padoue, il y parut avec tant de distinction, qu'il fut élu recteur de l'université. Ce fut dans cette fonction honorable qu'il composa, en latin, ses Livres du *Senat Romain* et du *Sénateur Parfait*. De retour en Pologne, il fut élevé aux emplois les plus considérables de l'état, et fut l'un des ambassadeurs envoyés à Paris au duc d'Anjou, en 1573, pour porter à ce prince l'acte de son élection à la couronne de Pologne. Etienne Battori, prince de Transylvanie, étant monté sur le trône de Pologne, lui donna sa nièce en mariage, le fit grand chancelier du royaume, et peu après général de ses armées. Zamoski remplit ces emplois en grand capitaine, et en ministre habile. Il réprima l'arrogance de Basilide, czar de Moscovie; délivra la Polésie, la Volésie et la Livonie, du joug de ce redoutable voisin; lui fit une cruelle guerre, et assiégea, dans le plus fort d'un rude hiver, la ville de Pleskow, en Moscovie. Etienne Battori étant mort en 1586, un grand nombre de seigneurs Polonois voulurent déférer la couronne à Zamoski; mais il la refusa, et fit élire Sigismond, prince de Suède, qu'il établit sur le trône de Pologne. Il mourut en 1605, honoré du titre de *Défenseur de la Patrie*, et de *Protecteur des Sciences*. Il y établit plusieurs collèges, y attira par des pensions les plus savans hommes de l'Europe, et fonda lui-même une Université dans la ville qu'il fit bâtir, et qui porte son nom.
ZAMPIERI, peintre célèbre, Voyez DOMINIQUIN,
ZAMPINI, (Matthieu) jurisconsulte Italien, né à Recanati, vint en France avec Catherine de Médicis, devint le flatteur de cette princesse, et l'apologiste de la ligue; il dédia au roi Henri III, en 1581, un ouvrage in-8°, intitulé: *De Origine et Atavis Hugonis Capeti*; c'est-à-dire, des aïeux de Hugues Capet. L'auteur prétend y montrer que les rois de la IIIe race descendent en ligne masculine de saint-Arnoul, et que saint-Arnoul descendent de Clovis : idée plus belle que solide, à ce que pensent bien des savans. On a encore de lui un Traité en italien et en latin, pour exclure Henri IV du trône. Montliard le traduisit en françois, sous ce titre : De la Succession et Prérégative de premier Prince du sang, déférée au Cardinal de Bourbon, Paris, 1588, in-4.º et in-8.º I. ZANCHIUS ou ZANCUS, (Basile) de Bergame, prit l'habit de chanoine régulier. Ses connoissances dans les humanités, la philosophie et la théologie lui méritèrent la place de garde de la bibliothèque du Vatican. Après avoir exercé cet emploi avec succès, il mourut à Rome dans de grands sentimens de piété, l'an 1560. On a de lui plusieurs ouvrages. Les principaux sont : I. Des Poésies latines, qui ne sont pas dans le premier rang. On les trouve dans Deliciae Poetarum Italorum. II. Un Dictionnaire Poétique en latin. III. Des Questions latines sur les Livres des Bois et des Paralipomènes, Rome, 1553, in-4.º Ce savant, regrette après sa mort, essuya plusieurs tracasseries, qui empoisonnèrent sa vie.
II. ZANCHIUS, (Jérôme) né en 1516, à Alzano en Italie, entra dans la congrégation des chanoines-réguliers de Latran, à l'âge de 15 ans, et il s'y distingua. Mais Pierre Martyr, chanoine de la même congrégation, ayant embrassé les erreurs du Protestantisme, les communiqua à plusieurs de ses confrères. Zanchius fut du nombre : il se retira à Strasbourg en 1553, et il y enseigna l'Écriture-sainte et la philosophie d'Aristote. Quoique Apostat, il aimoit la paix, et détestoit les guerres théologiques. Il ne put néanmoins les éviter. Les Protestans l'accusèrent d'erreur. Il se vit obligé, pour avoir la paix, de quitter Strasbourg en 1563. Il exerça le ministère à Chiavène, chez les Grisons, jusqu'en 1568, qu'il alla à Heidelberg, où il fut docteur et professeur en théologie. Il mourut en cette ville, le 19 novembre 1590. On a de lui un Commentaire sur les Épîtres de saint-Pauli à Neustadt, 1595, in-fol.; et un gros ouvrage contre les Anti-Trinitaires, qu'il composa à la sollicitation de Frédéric III, électeur Palatin. Zanchius est auteur d'un grand nombre d'autres Livres, qui prouvent beaucoup d'érudition. On les a recueillis à Genève, 1613, en 8 tom. in-fol. Il n'y parle de l'Église romaine que comme de sa mère, prêt à y rentrer, lorsqu'elle aura réformé les abus qu'il croit s'y être glissés.
ZANNICHELLI, (Jean-Jérôme) médecin, né à Modène en 1662, voyagea dans une partie de l'Italie, pour s'instruire dans son art. Il se fixa à Venise, et l'y exerça avec succès jusqu'à sa mort, arrivée le 11 janvier 1729. Dans ses momens de loisir, il parcourut les environs de cette république, examina avec soin tout ce qui a rapport à l'histoire naturelle, sur tout à la botanique, et forma une riche collection en ce genre, dont il publia le catalogue sous ce titre : Catalogus Plantarum terrestrium, marinarum, etc. Venise, 1714. On a 560 ZAN encore de lui : I. *Promptuarium remidiorum chymicorum*, 1701, in 8.º II. *De Myriophillo Pelagico*. III. *Lithographia duorum montium Veronensium*, vulgo Monte di Boricolo et di Zoppica, 1721. IV. *De Rusco ejusque præparatione*, 1727, in 8.º V. *Opuscula Botanica*, Venise, 1730, in 4.º VI. *Histoire des Plantes qui naissent aux environs de Venise*, 1731, in-fol., en italien, avec des figures, qui sont fort peu exactes. Cette Histoire laisse encore beaucoup à désirer. Ces deux derniers ouvrages ont été publiés par son fils *Jean-Jacques*, qui a suivi la route que son père l'avoit tracée ; il a donné une édition augmentée du Catalogue du cabinet d'histoire naturelle de son père, Venise, 1736, in 4.º *Zannichelli* étoit un homme d'un tempérament vif et sec, d'une physionomie fine, d'une conversation agréable. Son cœur, plein de bonté et de sentimens nobles, le faisoit aimer et respecter. Ses connoissances étoient supérieures à celles des pharmaciens ordinaires, et il étoit consulté comme le plus habile médecin. Divers remèdes, qu'il inventa, étendirent sa réputation en Italie, et son savoir le mit en commerce avec les chimistes et les botanistes les plus célèbres de son pays.
ZANNONI, ( Jacques ) né à Bologne, vers le commencement du XVIIIe siècle, exerça la médecine avec succès, et fut connu pour un des plus habiles botanistes Italiens. Sa sagacité et ses observations lui firent découvrir que plusieurs plantes, décrites par divers auteurs, sous des noms différents, sont les mêmes. Il étudia les anciens et les modernes qui ont écrit sur cet art, les comparés ensemble, et les accorda sur plusieurs points. Il mourut en 1682. Les fruits principaux de ses veilles sont : I. *Historia Botanica*, à Bologne, in-fol., 1675. II. *Raviorum Stirpium Historia*, Bologne, in-fol., 1742. C'est *Cajetan Monti* qui a procuré cette édition, la plus complète de cet ouvrage.
ZANOTTI, ( Jean - Pierre ) peintre, né à Paris en 1674, travailla beaucoup à Bologne, et s'y fit admirer par son Tableau de *saint-Thomas* dans l'église de ce nom. Il étoit élève de *Pasinelli*, dont il a écrit la vie.
ZANZALE, ( Jacques ) dit *Baradée* ou *Bardai*, moine simple et ignorant du VIe siècle, fut ordonné par les évêques opposés au concile de Calcedoine, évêque d'Édesse, et nommé leur métropolitain œcuménique. Si *Jacques* avoit peu de savoir, il avoit beaucoup de zèle et d'enthousiasme. Il compensa par son activité, et par l'austérité de ses mœurs, tout ce qui lui manquoit du côté des talens. Couvert de haillons, et en imposant au peuple par cet extérieur humilié, il parcourut impunément tout l'Orient, réunit toutes les sectes des Eutychiens, ordonna des prêtres et des évêques, et fut le restaurateur de l'eutychianisme dans l'Orient. Voilà pourquoi le nom de *Jarobites* a été donné à tous les partisans de cette hérésie. Après la mort de *Sivere*, évêque d'Antiocie, *Zanzale* plaça sur ce siège, *Paul* à qui d'autres évêques ont succédé jusqu'à nos jours. Les évêques ordonnés par lui ne résidèrent point dans cette ville, mais dans Amida, tant que les empereurs sèirs Romains furent maîtres de la Syrie. Les *Jacobites*, persécutés par ces princes, se répandirent en Perso, où ils fomentèrent la haine du nom romain chez ces peuples; mais ils dominèrent surtout en Egypte et en Abyssinie. Ils ont aussi des églises dans tous les lieux où les *Nestoriens* se sont établis; et ces deux sectes qui pendant tant de siècles remplirent l'empire de troubles et de séditions, vivent en paix aujourd'hui, et communiquent ensemble. Les *Jacobites* rejêtent le concile de Calcedoine; ne reconnoissent qu'une nature et une personne en Jésus-Christ, sans croire néanmoins que la nature divine et la nature humaine soient confondues. Ils font consister toute la perfection de l'Évangile, dans l'observance des jeûnes qu'ils poussent à l'excès. Ils ont tous les sacraments de l'Église catholique, et n'en diffèrent que sur quelques pratiques dans l'administration de ces signes sacrés. Ils ont, par exemple, conservé la circoncision, et ils marquent d'un fer rouge l'enfant, après qu'il est baptisé. La prière pour les morts est en usage parmi eux. On leur a faussement imputé quelques erreurs sur la Trinité, sur l'origine des âmes, etc. M. de la *Croze* les accuse encore de croire l'impanation; mais M. l'abbé *Pluquet* pense que cette imputation n'est pas assez prouvée. Il est assez ordinaire de multiplier les erreurs de ceux qui ont des seutimens erronés sur quelques points, et qui ont soutenu leurs opinions avec une chaleur opiniâtre et un zèle odieux. I. ZAPOL. ou ZAPOLSKI, (Jean de) vaivode de Transylvanie, fut *Tome XII*. appelé par la noblesse hongroise, contre des brigands qui désoloient leur pays. *Zapol* les dissipa, et fit mourir leurs chefs dans des tourmens affreux; leurs complices ne rachetèrent leur vie qu'en buvant le sang de ces chefs. *Zapol*, devenu considérable en Hongrie, fut élu roi, en 1526, par les états, après la mort funeste du roi *Louis II*; mais son élection fut troublée par *Ferdinand d'Autriche*, qu'un parti de Hongrois proclama roi à Presbourg. *Zapol*, obligé de se retirer en Pologne, implora le secours de *Soliman II*, qui entra dans la Hongrie, et mit *Zapol* en possession de la ville de Bude. Enfin, après une guerre de plusieurs années, mêlée de succès divers, les deux contendants firent entre eux, l'an 1536, un accord qui assura à l'un et à l'autre la possession de ce que les armes leur avoient acquis. *Zapol* eut pour principal ministre le fameux *Martinusius*, auquel il confia en mourant, l'an 1540, la tutelle de son fils *Jean-Sigismond*, né peu de jours avant sa mort. Aux talens pour la guerre qu'il n'eut que trop d'occasions d'exercer, ce prince joignit les qualités nécessaires au bon gouvernement d'un état. Son fils, obligé par la maison d'Autriche de se contenter de la Transylvanie, mourut en 1571, sans avoir été marié.
II. ZAPOL, (Barbe) fille d'*Étienne Zapol*, vaivode de Transylvanie, épousa *Sigismond*, roi de Pologne, qui l'aima tendrement. Elle fit le bonheur des Polonois, qui la surnommèrent *Esther*, pour sa chasteté et ses vertus.
ZAPPI, (Jean-Baptiste Félix) né à Imola en 1667, fit naître, N a au milieu des épines de la jurisprudence, les fleurs de la poésie, art pour lequel il avoit beaucoup de talent. Il se rendit à Rome, pour y exercer la fonction d'avocat dans laquelle il s'acquit quelque réputation. Il fit connoissance en cette ville avec le fameux *Carlo Maratte*; et l'analogie de leurs talens unit le peintre et le poète. Celui-ci découvrit dans *Faustine*, fille du peintre, un talent marqué pour la poésie : il l'épousa. Ensuite il s'unit avec plusieurs beaux esprits de Rome, et ils fondèrent ensemble l'académie *degli Arcadi*. Il mourut à Rome en 1719. On trouve ses *Vers* dans divers recueils.
ZARA, roi d'Ethiopie et d'une partie de l'Égypte, fit la guerre à *Asa*, roi de Juda, 741 ans avant J. C. Il conduisit contre ce monarque un million d'hommes et trois-cents chariots armés; *Asa* n'en fut pas moins vainqueur.
ZARATE, (Augustin de) Espagnol, fut envoyé au Pérou, en 1543, en qualité de trésorier général des Indes. A son retour il fut employé aux Pays-Bas, dans les affaires de la Monnoie. Pendant son séjour aux Indes, il récuellit des Mémoires pour l'*Histoire de la Découverte et de la Conquête du Pérou*, dont la meilleure édition, en espagnol, est celle d'Anvers, en 1555, in 8.º Cette Histoire a été traduite en françois, et imprimée à Amsterdam et à Paris, en 2 vol. in 12, 1700. Quoiqu'on ne puisse pas toujours compter sur l'exactitude de cet auteur Espagnol, son ouvrage peut être utile.
ZARINE, monta sur le trône des Scythes Sacs après la mort de *Marmarès*, que *Cyaxare*, roi des Mèdes, fit égorger dans un festin, pour secouer le joug sous lequel les Scythes tenoient les Mèdes asservis depuis 28 ans. Cette reine commanda son armée en personne contre celle de *Cyaxare*, conduite par le genre de ce prince, nommé *Stryangée*, jeune seigneur Mède, bien fait, généreux et bon capitaine. Après deux années d'une guerre contre-balancée, *Zarine* fut vaincue; et son vainqueur, devenu amoureux d'elle, se tua de désespoir, n'ayant jamais pu corrompre sa vertu, quoiqu'il eût touché son cœur. Cette princesse, rendue à ses sujets, se conduisit en grand homme. Elle fit défricher des terres, civilisaides nations sauvages, fit bâtir un grand nombre de villes, en embellit d'autres, se fit craindre au dehors, en se faisant aimer et respecter au dedans.
ZARLINO, (Joseph) de Chioggia, dans l'état de Venise, s'est rendu célèbre par la connoissance qu'il avoit de la musique. Au jugement du père *Mersenne* et d'*Albert Bannus*, *Zarlino* est le plus savant de tous les auteurs qui ont écrit sur cet art; mais on ne connoissoit alors ni les *Rameau*, ni les *Rousseau*. Toutes ses Œuvres ont été imprimées en 4 vol. in-fol., 1589 et 1602; à Venise, où il mourut en 1599.
ZAZIUS, (Hulric) né à Constance en 1461, fit des progrès si rapides dans le Droit, qu'en peu de temps il fut jugé capable d'en donner des leçons en public, et de remplacer son maître. Il mourut en 1559, à Fribourg, où il professoit, âgé de 74 ans. On a de lui : I. *Epitome in usus Faudales*.
II. *Intellectus Legum singulares*, et d'autres ouvrages recueillis à Francfort en 1590, en 6 tom. infol.—*Jean-Hulric ZAZUS* son fils, mort en 1565, professa à Bâle la jurisprudence, sur laquelle il laissa quelques ouvrages.
ZEB, prince des Madianites, ayant été vaincu par *Gédéon*, fut trouvé dans un pressoir où il se cachoit. Les Ephraimites lui ayant coupé la tête, la portèrent au vainqueur.
ZÉBEIDA, épouse du célèbre calife *Aaron al Raschid*, en fut tendrement aimée, et profita de son influence pour assurer le bonheur de ses sujets. En 791, elle fonda la ville de Tauris en Perse.
ZÉBINA, *Voy*. IV ALEXANDRE.
ZÉGÉDIN, ou SZEGEDIN, (Etienne de) né en 1505, à Zégédin, ville de la basse Hongrie, mort à Keven en 1572, âgé de 67 ans, fut un des premiers disciples de *Luther*. Il prêcha le luthéranisme dans plusieurs villes de Hongrie, et fut fait prisonnier par les Turcs qui le traitèrent avec inhumanité. Ayant recouvré sa liberté, il devint ministre à Bude et en diverses autres villes. On a de lui : I. *Speculum Romanorum Pontificum historicum*, 1602, in-8.º; ouvrage rempli de fanatisme et de contes absurdes. II. *Tabulae Analyticae in Prophetas, Psalmos et Novum Testamentum*, etc., 1592, in-fol. III. *Assertio de Trinitate*, 1573, in-8.º
ZEGERS, (Tacite-Nicolas) cordelier de Bruxelles, compilateur maussade et mauvais critique, mourut à Louvain en 1559. On a de lui : I. *Des Corrections sur la* *Vulgate*, 1555, in-8.º II. *Des Notes ou Scholies* sur les endroits les plus difficiles du Nouveau Testament. On les trouve dans les *Critici sacri de Pearson*. III. *Une Concordance du Nouveau Testament*.—Il ne faut pas le confondre avec *Hercule Zegers*, peintre et graveur du XVIIe siècle.
ZEIDLER, (Charles-Sébastien) secrétaire du conseil, et syndic de la ville de Nuremberg, y est mort en 1787, après avoir publié un Ouvrage historique, assez considérable : ce sont les vies de plusieurs jurisconsultes Allemands.
ZEILLER, (Martin) natif de Styrie, d'un ministre à Ulm, devint inspecteur des écoles d'Allemagne, et mourut à Ulm en 1661, à 73 ans. Quoiqu'il fût borgne, il composa un très-grand nombre d'Ouvrages. Les plus estimés sont ceux qu'il a fait sur la Géographie moderne d'Allemagne : I. *L'Itinéraire d'Allemagne*. II. *La Topographie de Bavière*. III. *Celle de la Souabe*, qui passe pour très-exacte. IV. *Celle d'Alsace*. V. *Celle des Etats de Brunswick et du pays de Hambourg*. Tous ces ouvrages sont en latin, in-fol., et les difficultés principales y sont bien discutées. On les a rassemblées dans la *Topographie de Merian*, 31 vol. in-fol.
ZEINAB, femme Arabe, désespérée de la mort de son beau frère *Mazhab*, tué par *Ali*, lieutenant de *Mahomet*, unit du poison dans une épaule de mouton, que l'on servit à ce dernier. A peine un de ses compagnons, nommé *Basha*, en eût-il mangé, qu'il expira dans de violentes convulsions. *Mahomet* eracha aussitôt le morceau N n 2 qu'il avoit déjà dans la bouche, et en resta cependant incommodé. Ayant fait paroître *Zeinab* devant lui, il l'interrogea sur les raisons qui l'avoient portée à cet attentat. « *J'ai pensé*, lui répondit-elle, *que si vous étiez véritablement un prophète, vous connoîtriez le danger; et que dans le cas contraire, nous serions délivrés de votre tyrannie.* » On dit que *Mahomet*, surpris de son courage, lui pardonna.
**ZEINER**, (Jem) frère d'un imprimeur d'Ausbourg, étoit né à Reutlingen, et vint porter la connoissance de l'imprimerie dans la ville d'Ulm. De 1473 à 1484, il publia neuf éditions, dont deux sont une Bible latine, in-fol.; et l'*Helvorius Pelagius de planctu Ecclesiae*, 1473, 2 vol. in-fol.: ouvrage très-rare.
**ZELL**, (Ulric) né à Hanau, d'abord enlumineur, porta le premier l'art de l'imprimerie de Mayence à Cologne, et y donna, en 1477, la première édition des deux Traités de *saint-Augustin*, de *Vild christiand* et de *Singularitate Clericorum*, in 4$^{o}$. Un exemplaire de ce dernier ouvrage a été acheté 850 liv. à la vente de la bibliothèque de *la Vallière*. *Mérman* a donné l'épreuve des caractères employés par *Zell*.
**ZELOTTI**, (Jean-Baptiste) peintre Véronois, né en 1532, mort en 1592, fut l'un des meilleurs disciples du *Tition*, et se distingua, comme ce dernier, par la beauté du coloris et la pureté du dessin.
**ZENCHI**, *Voy*. EMADEDDIN. **I. ZENO**, (Carlo) célèbre Vénitien, d'une famille ancienne, entra d'abord dans l'état ecclésias- tique, qu'il quitta pour porter les armes. Il signala sa valeur dans diverses expéditions; on récompensa ses services par le gouvernement du Milanois. Propre à la guerre de mer comme à celle de terre, il eut plusieurs fois le commandement de la flotte des Vénitiens, et remporta sur les Turcs des avantages considérables. Malgré ses victoires, il fut accusé d'avoir violé les lois de la république, qui défendent à ses sujets de recevoir ni pension ni gratification d'un prince étranger. On le mit en prison; mais son innocence et les murmures des principaux citoyens, lui firent rendre la liberté deux ans après. *Zeno* continua de servir sa patrie avec le même zèle. Il sacrifica souvent sa fortune, pour payer les soldats et les ramener à leur devoir. Il auroit été élevé à la place de Doge, si l'on avoit pu le remplacer à la tête des armées. Résolu enfin de consacrer le reste de sa vie au repos, il passa ses derniers jours à Venise, dévoué entièrement à l'étude, à la méditation, recherchant avec empressement la société des gens de lettres, et les aidant de ses conseils et de son crédit. Il mourut le 8 mai 1418, à 84 ans. *Léonard Justiniani*, orateur de la république, prononça son *Eloge funebre*, Venise, 1731. Il avoit été marié deux fois.
**II. ZENO**, (Apostolo) né en 1669, descendait d'une illustre maison de Venise, mais d'une branche établie depuis long temps dans l'île de Caudle. Il s'adonna dès sa jeunesse à la poésie et à l'histoire, et devint un homme illustre dans la république des Lettres. Il établit à Venise l'académie *de ti Animesi* en 1690, et le *Giornale de' Litterati*, en 1710. Il en publia 30 vol. qui vont jusqu'en 1719 exclusivement. Comme il étoit aussi alors très-célèbre par ses *Poésies* dramatiques, il fut appelé à Vienne par l'empereur *Charles VI*. Il y reçut d'abord le titre de Poète, et ensuite celui d'Historiographe de la cour impériale: deux emplois qui lui procurèrent des pensions, et beaucoup de crédit auprès de l'empereur qui l'aimait. *Zeno* passa onze ans dans cette cour, tout occupé de la composition de ses Pièces. Chaque année il en donnoit au moins une. Ce n'étoient pas toujours des Tragédies profanes, il publiait de temps en temps des Drames ou Dialogues sur des sujets sacrés, connus sous les noms d'*Azioni sacre*, ou d'*Oratorià*. *Apostolo Zeno* revint à Venise en 1729, et fut remplacé, peut-être même effacé à la cour de l'empereur, par l'admirable *Métastase*. Quand nous disons effacé, nous ne voulons pas faire entendre que *Métastase* obscurcit toute la gloire de *Zeno*; mais seulement que le style enchanteur du premier lui attira plus de partisans, que l'autre n'en avoit jamais eu. On a comparé *Zeno* à *Corneille*, et *Métastase* à *Racine*; et l'un et l'autre ont imité, et quelquefois copié nos deux tragiques François. Quoique les Opéra de *Zeno* soient en général un amas confus d'intrigues entassées, d'événements multipliés, d'épisodes singuliers, il attache l'esprit par son invention, par sa fécondité, par la vérité de ses tableaux, par l'intelligence de l'art dramatique, par la force du dialogue, par la vigueur du pinceau. Mais il a bien moins de grace, de douceur et d'harmonie que *Métastase*, vers lequel tous les cœurs sensibles de la cour de Vienne se tournèrent. L'empereur continua néanmoins d'honorer *Zeno* de ses bonnes graces, et de lui faire payer les pensions dont il jouissoit à titre de Poète et d'Historiographe Impérial. *Zeno* passa les 21 dernières années de sa vie à Venise, d'où il entretint un commerce avec tous les savans d'Italie et des pays étrangers. Il étoit grand connoisseur en fait d'antiquités, bon critique, excellent compilateur d'anecdotes littéraires, d'un commerce fort aisé, d'une candeur d'ame qui rendoit sa société très-agréable. Cet homme si estimable mourut le 11 novembre 1750. On a donné en 1758 une *Traduction française des Œuvres dramatiques d'Apostolo Zeno*, en 2 vol. in-12. Ces 2 volumes ne contiennent que 8 pièces. *Zeno* en a fait un bien plus grand nombre, imprimées en 10 vol. in-8°, en italien, Venise, 1744. Ce recueil contient 63 Poèmes tragiques, comiques, ou dans le genre pastoral. Le premier est de 1695, et le dernier de 1737. On a encore de *Zeno* un grand nombre d'Écrits sur les Antiquités, des *Dissertations* sur *Vossius*, 3 volumes in-8°; des *Lettres*, Venise, 1752; des *Dissertations* sur les *Historiens Italiens*, 2 vol. in-4°, 1752. *Zeno* est le premier poète Italien, qui ait appris à ses compatriotes, à ne regarder la musique que comme l'accessoire de la tragédie lyrique, et qui leur ait donné dans les *Opéra* une image de nos bonnes Tragédies. I. ZÉNOBIE, femme de *Bhadamiste*, roi d'Ibérie, suivit son N n 3 mari chassé de ses états par les Arméniens; mais comme l'état de grossesse où elle étoit alors, la forçoit de rester en chemin, son mari la poignarda à sa prière, et la jeta dans la rivière d'Araxe. Quelques-uns disent qu'elle en mourut; d'autres, que sa blessure n'étant pas mortelle, et que ses habits l'ayant soutenue quelque temps sur l'eau, des bergers qui l'apperçurent, la retirèrent de la rivière et pansèrent la plaie. Lorsqu'ils eurent appris son nom et sa triste aventure, ils la menèrent à *Tiridate*, qui la traita en reine. Ce fait, qui paroît un peu fabuleux, quoique rapporté par *Tassite*, est de l'an 51 de J. C.
II. ZÉNOBIE, reine de Palmyre, femme d'*Odenat*, se disoit issue d'un des *Ptolomée* et de *Cléopâtre*. Si elle ne leur dut pas son origine, elle hérita de leur courage. Après la mort de son mari, en 267, dont on l'accusa d'être l'auteur, [*Voyez HÉRODIEN*] elle prit le titre d'Auguste, et posséda plusieurs années l'empire d'Orient, du vivant de *Gallien*, et de *Claude II* son successeur. Elle soutint d'un côté avec gloire la guerre contre les Perses, et se défendit de l'autre contre les forces des Romains. Tous les historiens de son temps ont célébré ses vertus, sur-tout sa chasteté admirable, et son goût pour les sciences et pour les beaux arts. Le philosophe *Longin* fut son maître, et il lui apprit à placer la philosophie sur le trône. Elle savoit parfaitement l'histoire Orientale, et en avoit fait elle-même un *Abrégé* avec l'histoire de la ville d'Alexandrie. L'empereur *Aurélien*, ayant résolu de la réduire, marcha jusqu'à Antioche, où Zénobie s'étoit rendue avec la plus grande partie de ses forces, qui montoient à 600 mille hommes. Cette princesse se mit à la tête de ses troupes, allant à pied lorsqu'il étoit besoin, comme un simple soldat. Les deux armées se rencontrèrent; on combattit avec fureur de part et d'autre. *Aurélien* eut d'abord du désavantage, et fut sur le point de perdre la bataille; mais la cavalerie des Palmyréniens s'étant trop avancée, l'infanterie Romaine tomba sur l'infanterie Palmyrénienne, l'enfonça et remporta la victoire. *Zénobie*, après avoir perdu une grande partie de ses troupes dans cette bataille, alla se renfermer dans la ville de Palmyre. Le vainqueur l'assiégen, et elle se défendit avec le courage d'un homme et la fureur d'une femme. *Aurélien* commençant à se lasser des fatigues du siège, écrivit à *Zénobie* pour lui proposer de se remettre entre ses mains, en lui offrant la vie, une retraite agréable et la conservation des privilèges des Palmyréniens. *Zénobie* lui fit cette célèbre réponse. « *Zénobie*, reine de l'Orient à l'empereur *Aurélien*. Avant toi, personne ne m'a fait une demande pareille à la tienne. C'est la vertu qui doit tout faire à la guerre; et tu m'ordonnes de me remettre entre tes mains, comme si tu ignorois que *Cléopâtre* aima mieux mourir en reine, que de vivre avec toute autre qualité. Nous attendons les secours des Perses; les Sarrasins et les Arméniens arment pour nous. Une troupe de brigands a défait ton armée dans la Syrie. Que sera-ce donc quand toutes ces forces seront réunies? Tu rabattras de cet orgueil avec lequel, comme maître absolu, tu me commandes de me rendre. » *Aurélien*, ayant reçu cette lettre, n'en pressa le siège qu'avec plus de vigueur. Il alla au-devant des Perses, les défit et engagea par promesses ou par menaces les Arméniens et les Sarrasins à se joindré à lui. Enfin, *Zénobie* se voyant sans ressource, sortit pendant la nuit, de la ville qui se rendit en 273, et monta sur ses chameaux pour se sauver en Perse. *Aurélien* fit courir après elle; on l'atteignit au moment qu'elle alloit passer l'Euphrate. *Aurélien* ne se crut véritablement maître de l'Orient, que lorsque cette princesse fut entre ses mains. Il lui demanda ce qui lui avoit inspiré la hardiesse d'attaquer les empereurs Romains. *Je n'ai point vu d'empereurs*, lui répondit-elle, dans Gallien et dans ses semblables; mais tu sais comment il faut vaincre, et je te reconnois véritablement digne du nom d'empereur. Les soldats demandèrent sa mort; mais le vainqueur la réserva pour son triomphe qui fut superbe. *Zénobie* y parut liée avec des chaînes d'or que des esclaves soutenoient, et si chargée de perles, que ne pouvant les porter, elle étoit souvent obligée de s'arrêter pour se reposer. On blâma *Aurélien* d'avoir triomphé avec tant de faste d'une femme; mais cette femme valoit un héros, et il répara cet outrage par la manière dont il la traita. Il lui donna une terre magnifique à Tivoli, près du palais *Adrien*, où elle passa le reste de ses jours, honorée et chérie. Ses vertus furent ternies par sa passion pour le vin, par son faste et par sa cruauté. Quelques auteurs ont cru qu'elle avoit embrassé la religion des Juifs; mais il est plus probable que sa religion étoit une espèce de Déisme. On ignore ce que devinrent les fils de *Zénobie*. Les histo- riens ne disent pas s'ils moururent de maladie, ou si *Aurélien* les fit périr. Ce qu'il y a de sûr, c'est que les Palmyréniens s'étant révoltés, il fit raser leur ville. Le père *Jouve* a publié en 1758, in - 12, une *Histoire* intéressante de *Zénobie*. [Voy. VII. PAUL.]
ZENODORE, sculpteur du temps de *Néron*, étoit natif d'Auvergne, et se distingua par une Statue colossale de *Mercure*, et ensuite par le colosse de *Néron*, d'environ 110 pieds de hauteur, qui fut consacré au Soleil. *Martial* dit de ce colosse: *Hic ubi sideræus proprior videt astre Colossus.* il étoit d'argile. *Vespasien* fit dans la suite ôter la tête de *Néron*, et poser à la place celle d'*Apollon*, ornée de sept rayons dorés. *Commode* ensuite fit encore ôter la tête d'*Apollon* pour y placer la sienne.
ZENODOTE, grammairien d'Éphèse, fut chargé par le premier *Ptolomée*, de l'éducation de son fils et de la bibliothèque d'Alexandrie. Il fut le premier qui corrigea les fautes qui s'étoient glissées dans les Poésies d'*Horace*, et qui les mit dans l'ordre où ils sont aujourd'hui.
ZÉNOIS, impératrice, devint femme de *Basilisque* qu'elle engagea à persécuter les chrétiens. Elle avoit embrassé avec enthousiasme l'hérésie d'*Eutyches*. I. ZÉNON D'ÉLÉE, autrement *Vélie*, en Italie, né vers l'an 504 avant J.C., fut disciple de *Parménide*, et même selon quelques-uns, son fils adoptif. Sa modération philosophique se démentoit quelque- N u 4 fois. On rapporte qu'il entra dans une grande colère contre un homme qui lui disoit des injures; et comme il vit qu'on trouvoit étrange son indignation, il répondit: *Si j'étois insensible aux injures, je le serois au-si aux louanges.* Il montra plus de courage dans une occasion importante. Ayant entrepris de rendre la liberté à sa patrie opprimée par le tyran *Néarque*, et cette entreprise ayant été découverte, il souffrit avec une fermeté extraordinaire, les tourmens les plus rigoureux. Il se coupa la langue avec les dents et la cracha au nez du tyran, de peur d'être forcé, par la violence des tourmens, à révéler ses complices. Quelques-uns disent qu'il fut pilé tout vif dans un mortier. *Zénon* passe pour l'inventeur de la dialectique, mais d'une dialectique destinée à soutenir le *pour* et le *contre*, et à tromper par des sophismes captieux. Il avoit à peu près les mêmes sentimens que *Xénophanes* et *Parménide* touchant l'unité, l'incompréhensibilité et l'immutabilité de toutes choses. Il n'y a cependant aucune apparence qu'il ait soutenu qu'il n'y a rien dans *l'Univers*, comme quelques auteurs le lui reprochent. Quoi qu'il en soit, il proposoit des argumens très-embarrassans sur l'existence du mouvement. Comme il vivoit long temps avant *Diogene* le Cynique, il est constant que tous ceux qui ont dit que ce philosophe avoit réfuté les argumens de *Zénon*, en se promenant, ou en faisant un ou deux tours dans son école, se sont trompés.
II. ZÉNON, fondateur de la secte des *Stoiciens*: nom qui fut donné à cette secte, de celui du *Portique Stoa* où ce philosophe se plaisoit à discourir. Il vit le jour à Citium dans l'île de Chypre. Il fut d'abord commerçant. Il revenoit d'acheter de la pourpre de l'hénicie, lorsqu'il fut jeté à Athènes par un naufrage. Il regarda toute sa vie cet accident comme un grand bonheur, louant les vents de ce qu'ils l'avoient fait échouer si heureusement dans le port du Pyrée. Un jour qu'il se pomenoit, on vint lui annoncer qu'un des vaisseaux de son père venoit de périr. Pour se consoler, il entra dans la boutique d'un libraire et ouvrit le premier livre qui lui tomba sous la main. C'étoit un Traité de *Xénophon*. Cette lecture lui fit tant de plaisir, qu'il dit au libraire: *Où trouverai-je quelqu'un de ceux qui enseignent une doctrine si consolante?* Le libraire appergit alors *Crates*, et le montrant à *Zénon*, *Suivez cet homme-ci* lui répondit-il, *vous ne pouvez prendre un meilleur guide*. Il se mit donc sous sa discipline. Après avoir étudié dix ans sous *Crates* le Cynique, et dix autres sous *Stilpon*, *Xénocrate* et *Polémon*, il ouvrit une école qui fut très-fréquentée. *Zénon* étant fort vieux et fort infirme, tomba par hasard et se cassa un doigt. Comme ses amis s'empressoient à le relever, il s'écria froidement: *O mort! je suis prêt à te suivre, tu pouvois l'épargner la peine de m'en avertir.* Aussitôt il rentra dans sa chambre et prit du poison, dont il mourut vers l'an 264 avant J. C. Ses disciples suivirent souvent cet exemple de se donner la mort. *Zénon* vécut jusqu'à l'âge de 98 ans, sans avoir jamais eu aucune incommodité. Il y avoit 48 ans qu'il enseignoit sans interruption, et 68 qu'il avoit commencé des appliquer à la philosophie. Quand *Anu-* gone, roi de Macédoine, apprit la mort, il en fut sensiblement touché. Les Athéniens lui firent ériger un tombeau dans le bourg de Céramique. Par un décret pu- blic, où ils faisoient son éloge, comme d'un philosophe dont la vie avoit été conforme à ses pré- ceptes, et qui avoit perpétuelle- ment excité à la vertu les jeunes- gens mis dans son école, ils lui dé- cernèrent une couronne d'or, et lui firent rendre des honneurs ex- traordinaires: *ajin*, disoit le dé- cret, que tout le monde sache que les Athéniens ont soin d'honorer les gens d'un mérite distingué, et pendant leur vie, et après leur mort... *Zénon*, semblable à ses lé- gislateurs rigides, qui dictent pour tous les hommes, des lois qui ne peuvent convenir qu'à eux seuls, forma son Sage d'après lui-même. Un vrai Stoïcien, (dit un homme d'esprit) vit dans le monde comme s'il n'y avoit rien en propre. Il ché- rit ses semblables; il chérit même ses ennemis. Il n'a point ces petites vues de bienfaisance étroite, qui distinguent un homme d'un autre. Ses bienfaits comme ceux de la nature, s'étendent sur tous. Son étude particulière est l'étude de lui-même. Il examine le soir ce qu'il a fait dans la journée, pour s'exci- fer de plus en plus à faire mieux. Il avoue ses fautes. Le témoignage de sa conscience est le premier qu'il recherche. Comme la vertu est sa seule récompense, il fuit les louanges et les honneurs, et se plait dans l'obscurité. Les passions, les affections même, n'ont aucun empire sur lui. Tel étoit *Zénon*. Il prétendoit qu'avec la Vertu on pouvoir être heureux, au milieu même des tourmens les plus af- freux, et malgré les disgraces de la fortune. Ce philosophe avoit coutume de dire: Que si un Sage ne devoit pas aimer, comme quel- ques-uns le soutiennent, il n'y au- roit rien de plus misérable que les personnes belles et vertueuses, puis- qu'elles ne seroient aimées que des sois. Il disoit aussi, qu'une partie de la Science consiste à ignorer les choses qui ne doivent pas être sues; qu'un Ami est un autre nous- même, que peu de chose donne la perfection à un ouvrage, quoique la perfection ne soit pas peu de chose; que la Nature nous a donné deux oreilles et une seule bouche, pour nous apprendre qu'il faut plus écouter que parler. Il comparoit ceux qui parlent bien et qui vivent mal, à la monnaie d'Alexandrie, qui étoit belle, mais composée de faux métal. Il fai- soit consister le souverain bien à vivre conformément à la Nature, selon l'usage de la droite raison. Quant au système de *Zénon*, Bou- gainville l'a très-bien analysé dans son discours préliminaire de l'anti- Lucrèce. « Suivant ce philosophe et ses disciples, tout est corporel. Ils admettent deux principes dans l'univers, l'un actif, l'autre passif; mais ces principes ne sont point distingués, quant à l'essence. Ils ne sont qu'une même nature, qu'on appelle matière, lorsqu'on se la représente comme le sujet de l'action; et Dieu, lorsqu'on n'y considère que la raison et la pris- sance qui donnent la forme aux êtres particuliers. En tant que Dieu, cette nature est une suls- tance pure, simple, active, intel- ligente, quoique matérielle. Ils la nominent *Ether* ou le feu céleste. En tant que matière, c'est un com- posé d'éléments, dont les combi- naisons diverses ont produit l'uni- vers. Ainsi, Dieu est l'ame du monde, ou pour parler le langage 570 ZEN de *Sénèque*, le monde est Dieu même. Il pense ; il a du sentiment. Le feu céleste répandu dans les différentes parties de ce vaste assemblage, les pénètre toutes, les vivifie, les anime, en fait autant de portions de la divinité. Il brille dans le soleil et dans les astres ; il fait végéter les plantes, il imprime le mouvement aux animaux. Mais ce feu principe et conservateur du monde, le fera périr un jour. Un embrasement général en consumera toutes les parties. Alors la nature doit entrer dans un parfait repos ; et l'Être souverain rendu à lui-même, ne s'occupera plus que de ses propres pensées, jusqu'à ce que tout se reproduise et reparoisse sous l'ancienne forme. Ainsi l'univers doit renaître. C'est un corps qui meurt pour revivre ; c'est le *phénix* des poètes. Nos ames sont aussi des particules du feu céleste, et vont après la mort, se replonger dans cet immense Océan. Quoiqu'elles survivent à la dissolution des organes corporels, on ne doit pas les regarder comme immortelles dans le sens propre ; puisqu'aucune ne subsiste alors en qualité d'individu distinct et séparé de tout autre. On sent assez que cette opinion sur l'essence de l'âme exclut nécessairement toute crainte de peines, tout espoir de récompense après cette vie, et dès-lors renverse les fondemens de la morale. » Deux autres principes des Stoïciens n'étoient pas moins contraires à cette morale. 1.º Selon eux, tout étoit soumis aux lois de la fatalité ; et les évênemens étoient liés entre eux par une chaîne que le destin avoit formée, et que rien ne pouvoit ni déranger, ni rompre : opinion qui anéantissoit la liberté de l'homme. 2.º Les vices, selon les Stoïciens, ne contribuoient pas moins que les vertus à la beauté de l'Univers, et de ces contrastes résultout un tout parfait. *O Jupiter ! ô tout !* s'écrioit l'un de ces philosophes, vous ne pouvez vous passer de moi. *Brillant de vertus ou souillé de vices, je suis également nécessaire à la perfection de vos œuvres. Destinée suprême ! ordonnez de mon sort ; je vous obéis avec une aveugle soumission.* Le valet de *Zénon* crut pouvoir profiter de la doctrine de la *Destinée inévitable*, en volant son maître. Celui ci le châtia, et tandis qu'il le battoit, le domestique s'écria : *J'étois destiné à dérober.* — *Oui*, répondit *Zénon*, et à être battu. Sa secte a été féconde en grands hommes et en grandes vertus, dont quelques-unes furent outrées. *Plutarque* comparoit les Stoïciens à des enfans qui tâchent de sauter au delà de leur ombre. Ils font à la vérité des efforts inutiles ; mais ces efforts même augmentent leur force et leur agilité. Après la mort de *Zénon*, les Stoïciens se relâchent un peu. Il y en eut qui abandonnèrent le portique pour se livrer à une philosophie plus douce. Aussi les railleurs disoient-ils : *Les Stoïciens deviennent voluptueux, lorsque les autres hommes cessent de l'être. Ils donnent au plaisir le temps qu'on donne ordinairement au repentir.*
III. ZÉNON, philosophe Epicurien de Sidon, enseigna la philosophie à *Céréron* et à *Pomponius Atticus*. Le mérite des élèves prouve celui du maître. Il avoit des lumières, mais encore plus d'orgueil. Il traitoit ses adversaires avec beaucoup de mépris.
IV. ZÉNON, dit l'*Isaurien*, empereur, épousa en 458 *Ariade* pe, fille de Léon I, empereur d'Orient. Il en eut un fils, qui ne vécut que dix mois après avoir été déclaré Anguste. Le bruit courut que Zénon, désirant régner seul, avoit employé le poison pour s'en délivrer. Dès qu'il commença d'être maître, l'an 474, il se plongea dans toutes sortes de voluptés. Sa vie déréglée le rendit si odieux, que Vérine, sa belle-mère, et Basilisque frère de Vérine, travaillèrent à le détrôner. Zénon fut chassé en 475 par Basilisque, (Voy. son article) qui s'étant emparé du trône, en fut renversé lui-même l'année suivante par celui qu'il avoit supplanté. (Voyez MARCIEN.) Cet empereur ainsi rétabli n'en fut pas plus sage. Il devint le persécuteur des Catholiques. Sous prétexte de rétablir l'union, il publia un fameux édit sous le nom d'Hénotique, qui ne contenoit rien de contraire à la doctrine Catholique sur l'Incarnation; mais on n'y faisoit aucune mention du Concile de Calcédoine. Il employa toute son autorité pour faire recevoir son édit, et maltraita tous ceux qui étoient attachés à ce concile, qui étoit la dernière règle de la Foi orthodoxe. Sa vie dissolue le jeta dans des dépenses excessives, qui surpassoient de beaucoup les revenus de la couronne. Il fit d'aussi grandes levées d'argent, que s'il eût eu à soutenir une guerre contre toutes les Puissances de l'Europe et de l'Asie. Il établit le tribut scandaleux, nommé Chrysargyrum, qui s'étendoit sur toutes les personnes de l'empire, de tout âge, de tout sexe, de toute condition, nommant dans son édit les femmes débauchées, celles qui étoient séparées de leurs maris, les esclaves et les mendians. Il n'eut pas honte de mettre un impôt sur chaque cheval, sur les mulets, les ânes, les bœufs, les chiens et le fumier même. Par un abus encore plus criant, il rendit toutes les charges vénales. Les tribunaux ne furent remplis que par des ames intéressées et injustes, qui cherchoient à se dédommager du prix de leurs charges sur les opprimés, et vendaient la faveur de leurs jugemens à celui qui la payoit le plus cher. Zénon mourut d'une manière digne de sa vie, en 491. Zonare dit, qu'un jour qu'il étoit extrêmement assoupi après un excès de vin, Ariadne sa femme, le fit mettre dans un sépulcre, disant qu'il étoit mort. Lorsqu'il fut revenu de son assoupissement et qu'il vit son état, il cria qu'on vint le secourir. Mais tous ses courtisans furent sourds à ses cris, et ce prince, qui avoit fait mourir tant de monde pour s'enrichir, se vit réduit, en périssant, à n'avoir pour nourriture et pour breuvage que ses membres et son sang. Il avoit 65 ans, et en avoit régné 17 et 3 mois.
ZENONIDE, femme de l'empereur Basilisque, étoit d'une beauté éclatante et d'une figure pleine de charmes et de graces. Elle favorisa l'Eutychianisme, et aux erreurs elle joignit les vices. Ses amours avec Hermate, neveu de son époux, furent le scandale de Constantinople. Dangereuse dans ses amours, elle étoit implacable dans ses haines, et elle persécuta les Catholiques avec fureur. Comme elle avoit été complice des crimes de Basilisque, elle fut enveloppée dans ses malheurs. Le peuple de Constantinople s'étant révolté, elle se vit arracher du pied des autels où son mari et elle s'étoient réfugiés, par Aeuce pa- triarche de Constantinople, qui les abandonna à la vengeance de Zénon. Ce prince les envoya en exil, où ils terminèrent leurs jours en 476, par la faim et le froid.
ZÉPHIRIN, (S.) pape après Victor I, le 8 août 202, gouverna saintement l'Église, et mourut de même le 20 décembre 218. Les deux Eplères qu'on lui attribue, ont été fabriquées long-temps après lui. Ce fut sous son pontificat que commença la 5$^{e}$ persécution, qui fut si cruelle, qu'on crut que l'Antechrist étoit proche. C'est à lui qu'on attribue la première condamnation de l'hérétique Praxeas.
ZEPHYR ou ZEPHYRE, (Mith.) Dieu du Paganisme, fils de l'Aurore, et amant de la Nymphe Chloris, selon les Grecs, ou de Elore, selon les Romains, présidait à la naissance des fleurs et des fruits de la terre, raninouit la chaleur naturelle des plantes, et par un souffle doux et agréable donnoit la vie à tous les êtres. On le représentait sous la forme d'un jeune homme, d'un air fort tendre, ayant sur la tête une couronne composée de toutes sortes de fleurs. I. ZEPPER, (Guillaume) Zeperus, théologien de la religion Prétendue-Réformée, ministre à Herborn au XVII$^{e}$ siècle, publia un livre intitulé: *Legum Mosaicarum forensium Explicatio*, réimprimé en 1614, in-8.$^{o}$ Il y examine si les loix civiles des Juifs obligent encore, et quand elles ont été abolies. Ce livre prouve beaucoup d'érudition.
II. ZEPPER, (Philippe) donna les Lois civiles de Moyse comparées avec les Romaines, à Hall en 1632, in-8.$^{o}$ Ouvrage plein de profondes recherches. Ce savant étoit contemporain du précédent.
ZETHUS, frère d'Amphion, aida celui-ci à bâtir la ville de Thèbes, et passa chez les Grecs pour le plus habile chasseur.
ZETNER, (Lazare) célèbre imprimeur de Strasbourg, introduisit en 1619 dans l'imprimerie, l'usage de l'U rond et de l'J consomme à queue, dans les lettres capitales.
ZEUXIS, peintre Grec, vers l'an 400 avant J. C., étoit natif d'Héraclée; mais comme il y avoit un grand nombre de villes de ce nom, on ne sait point au juste de laquelle il étoit. Quelques savans conjecturent néanmoins qu'il étoit d'Héraclée, proche Crotone, en Italie. Zeuxis fut disciple d'Appollodore; mais il porta à un plus haut degré que son maître, l'intelligence et la pratique du coloris et du clair-obscur. Ces parties essentielles, qui font principalement la magie de l'art, firent rechercher ses ouvrages avec empressement. On l'a appelé le Titien de l'antiquité. Ses succès le mirent dans une telle opulence, «qu'il ne vendoit plus ses Tableaux, parce que (disoit-il) aucun prix n'étoit capable de les payer». Apollodore sut mauvais gré à Zeuxis de la réputation qu'il se faisoit par ses talens, et ce rival indigné ne put s'empêcher de le décrier vivement dans une satire. L'élève ne fit que rire de la colère de son maître. Ayant fait un Tableau représentant un Athlète avec la dernière vérité, il se contenta de mettre au bas: *On le critiquera plus facilement qu'on ne l'imitera*. Les anciens ont aussi beaucoup vanté le tableau d'une Hélène que ce peintre fit pour les Agrigentins. Cette nation lui avoit envoyé les plus belles filles d'Agrigente. Zeuxis en retint cinq ; et c'est en réunissant les graces et les charmes particuliers à chacune, qu'il conçut l'idée de la plus belle personne du monde, que son pinceau rendit parfaitement. Les Crotoniates, jaloux de la belle Grecque que le pinceau de *Zeuxis* avoit fait naître parmi eux, ne la firent d'abord voir que difficilement et pour de l'argent. Ce qui donna lieu à quelque mauvais plaisant, d'appeler ce Portrait *Hélène la Courtisanne...* *Nicomaque* ne pouvoit se lasser d'admirer ce chef-d'œuvre. Il passoit régulièrement une heure ou deux chaque jour à le considérer. Un de ces hommes froids, incapables d'éprouver la moindre émotion à l'aspect du beau, remarquoit des défauts dans ce fameux Tableau. *Prenez mes yeux*, dit un admirateur au censeur, *et vous verrez que c'est une Divinité*. Ce peintre saisissoit la nature dans toute sa vérité. Il avoit représenté des raisins dans une corbeille, avec un si grand art, que les oiseaux séduits venoient pour béqueter les grappes peintes. Une autre fois il fit un tableau où un jeune garçon portoit un panier aussi rempli de raisins ; les oiseaux vinrent encore pour manger ce fruit. *Zeuxis* en fut mécontent, et ne put s'empêcher d'avouer qu'il falloit que le porteur fût mal représenté, puisqu'il n'écartoit point les oiseaux. *Zeuxis* avoit des talens supérieurs, mais il n'étoit pas sans compétiteurs. *Parrhasius* en fut un dangereux pour lui. Il appela un jour ce peintre en défi. *Zeuxis* produisit son Tableau aux raisins, qui avoit trompé les oiseaux mêmes : mais *Parrhasius* ayant montré son Ouvrage, *Zeuxis* impatient s'écria : *Tirez donc ce rideau !* et ce rideau étoit le sujet de son Tableau. *Zeuxis* s'avoue vaincu, « puisqu'il n'avoit trompé que des oiseaux, et que *Parrhasius* l'avoit séduit lui-même ». On reprochoit à *Zeuxis* de ne savoir pas exprimer les passions de l'âme, de faire les extrémités de ses figures trop prononcées. Si l'on en croit *Festus*, ce peintre ayant représenté une vieille avec un air extrêmement ridicule, ce Tableau le fit tant rire qu'il en mourut : conte extraordinaire et incroyable. *Voy*, sa *Vie* par *Carlo Datti*, Florence, 1667, in-4°, avec celles de quelques autres Peintres Grecs.
ZIANI, (Sébastien) doge de Venise en 1178, s'empressa d'embellir la ville qu'il gouvernoit, et eut le goût des beaux arts dans un siècle où il ne régnoit guère. Il fit venir à Venise deux architectes dont les noms ne méritaient pas de se perdre ; on sait seulement que l'un d'eux étoit de Lombardie et l'autre de Constantinople. Le premier fit transporter de la Grèce à Venise deux colonnes de marbre d'une hauteur extraordinaire, et les fit élever sur la place *St-Marc*. Le second fit bâtir l'église de ce nom, où l'on compte plus de 500 colonnes, et qui est surchargé d'ornemens. On voit dans le portique la statue d'un vieillard tenant un doigt sur la bouche, que l'on croit celle de l'architecte. Sur une galerie élevée au-dessus du portique, on voyoit les quatre fameux chevaux de métal de Corinthe, qui ornoient autrefois l'arc de triomphe de *Néron* à Constantinople ; ils furent transportés par les Vénitiens dans leur patrie, et ils viennent de l'être par les François à Paris. I. ZIEGLER, (Bernard) théologien Luthérien, né en Mis- 574 ZIE me l'an 1496, d'une famille noble, mort en 1556, devint professeur de théologie à Leipzig. Luther et Melunchton l'estimient beaucoup, et ne l'aimient pas moins. On a de lui un Traité de la Messe, et d'autres Ouvrages latins de théologie et de controverse, qu'on laisse dans la poussière des bibliothèques.
II. ZIEGLER, (Jacques) mathématicien et théologien, natif, suivant le Ducatiana, de Lindau en Souabe, mort en 1549, enseigna longtemps à Vienne en Autriche. Il se retira ensuite auprès de l'évêque de Passau. On a de lui plusieurs Ouvrages. I. Des Notes sur quelques passages choisis de l'Écriture-sainte, Bâle, 1548, in-fol. II. Description de la Terre-sainte, Strasbourg, 1536, in-fol.; elle est assez exacte. III. De constructione solidae Spheræ, in-4.º: ouvrage estimé. IV. Il a fait un Commentaire sur le second Livre de Pline, qui n'est point à mépriser.
III. ZIEGLER, (Gaspard) né à Leipzig en 1621, devint professeur en droit à Wittemberg, puis conseiller des Appellations et du consistoire. Il mourut à Wittemberg en 1690. On a de lui: I. De Milite Episcopo. II. De Diaconis et de Diaconissis. Wittemberg, 1678, in-4.º. III. De Clero renitente. IV. De Episcopis, Nuremberg, 1686, in-4.º. V. Des Notes Critiques sur le Traité de Grotius, du Droit de la Guerre et de la Paix, et d'autres ouvrages savans. Cet auteur avoit été employé par la cour de Saxe dans des affaires importantes.
ZIETTEN, (Jean-Joachim de) général de la cavalerie Prus- sienne, place à laquelle il fut élevé, en 1760, après la bataille de Lignitz, étoit né à Worstrau dans le cercle de Rupin en 1699, et mourut à Berlin en 1786. Frédéric, qu'il avoit suivi et secondé dans toutes ses campagnes, le regretta comme un militaire aussi brave qu'intelligent.
ZIGABENUS, Voyez EUTHYMIUS, n.º II.
ZILLETTI, (François) savant jurisconsulte du XVIe siècle. Il publia le Recueil des Commentaires sur le Droit canonique, sous le titre de Tractatus Tractatum, Venetiis, 1548, 16 tomes; 1584, qui se relient quelquefois en 29 volumes. On ne les consulte guère aujourd'hui. Il se fit imprimeur à Venise vers l'an 1570. — Son parent Jordan Zilletti fut aussi renommé comme imprimeur par la beauté de ses éditions.
ZIMISCÈS, Voy. JEAN I, empereur, n.º XLIX. I. ZIMMERMANN, (Mathias) né à Éperies l'an 1625, ministre à Meissen, et surintendant, mourut en 1689, après avoir donné plusieurs Ouvrages au public: I. Amœnitates historiae ecclesiasticae, avec figures, Meissen, 1684, in-4.º Il y a des choses curieuses. II. Une Dissertation sur ces paroles de Tertulien: Fiant, non nascuntur Christiani, où ce Père fait remarquer que la Foi chrétienne étoit l'effet de la conviction, et non d'un préjugé de naissance. III. Florilegium philologico-historicum. Meissen, 1687, in-4.º, avec figures. Il y a beaucoup d'érudition; les Journaux de Leipzig en ont fait un grand éloge. Cet ouvrage par ordre alphabé- tique, traite des arts et des sciences, et l'auteur indique à chaque article les ouvrages où chaque matière est traitée au long. — II. ZIMMERMANN, (Jean-Georges) médecin du roi d'Angleterre, né à Brug, dans le canton de Berne, le 8 décembre 1728, étudia la médecine à Gottingue sous *Haller*, en Hollande sous *Gaubius*, et à Paris près de *Senac*. De retour dans sa patrie, il y contracta un peu de mélancolie et elle s'accrut, lorsqu'il vit la raison de son fils s'aliéner et sa fille périr entre ses bras d'une maladie de langueur. Il succomba à ses peines le 7 octobre 1795, à l'âge de 66 ans. On lui doit, I. Un *Poème* sur le désastre de Lisbonne, 1755. II. Une *Dissertation* physiologique sur l'irritabilité. III. Un *Essai* sur la solitude, 1756. Il a été traduit en françois. IV. Un *Traité* de l'orgueil national, 1758. Il a aussi été traduit en françois. Zimmermann avoit été marié deux fois; et sa vie a été écrite par *Tissot* son ami, et son rival en médecine.
ZINGHA, reine d'Angola, étoit sœur de *Gola-Bendi*, souverain de ce royaume dans le dernier siècle. Ce despote Africain avoit immolé à sa défiance presque toute sa famille. *Zingha*, dont il avoit fait massacrer le fils, et une autre de ses sœurs, furent les seules qu'il épargua. *Gola-Bendi* ayant été entièrement défait par les Portugais, qui ont des établissements voisins d'Angola, s'empoisonna, ou fut empoisonné par *Zingha*. Quoi qu'il en soit, l'ambitieuse princesse s'empara du trône après la mort de son frère; et pour mieux s'y affermir, elle poignarda son neveu, fils de *Bendi*, qui auroit pu le lui disputer. Bientôt détrônée elle même par les Portugais, elle se vit obligée de fuir, et de s'enfoncer seule dans des déserts horribles. Après y avoir resté quelque temps, elle pénétra jusque dans l'intérieur de l'Afrique méridionale, chez une nation féroce et antropophage, appelée les *Giagues* ou *Jagas*, dont elle adopta les usages barbares, dans la vue de s'en faire reconnoître souveraine, et de les employer à ses projets de vengeance. En effet, elle parvint à se faire déférer l'autorité suprême par les *Giagues*, en se dépouillent comme eux de tout sentiment d'humanité, en se nourrissant de la chair de ses sujets, et en égorgeant elle-même les victimes humaines qu'ils offroient à leurs idoles. Après les avoir gouvernés ainsi pendant 30 ans, cette princesse, plus que septuagénaire, se repentit des atrocités auxquelles le désir de se venger et de régner, l'avoient entraînée comme malgré elle. Elle résolut d'abolir les coutumes affreuses, et sur-tout le culte abominable des *Giagues*, et de retourner sincèrement au christianisme, qu'elle avoit autrefois embrassé par politique. Le viceroi Portugais de Loando, informé de son changement, lui envoya un *Capucin*, nommé le Père *Antoine de Gaïtte*. Ce Missionnaire reçut son abjuration, et la détermina à céder au roi de Portugal ses prétentions sur le royaume d'Angola. *Zingha* publia ensuite des édits pour l'abolition des victimes humaines et des autres superstitions des *Giagues*, et s'appliqua avec ardeur à étendre le christianisme dans ses états. Mais son grand âge ne lui laissa pas le temps d'achever son ouvrage. Elle 5-6 ZIN mourut avec de grands sentimens de pénitence, à 82 ans, le 17 décembre 1664, laissant sa nation à demi policée, et inconsolable de sa perte. Tel est le précis d'un Ouvrage, moitié historique et moitié romanesque, traduit en partie de l'anglois, et publié en 1769, par M. Castilhon, sous ce titre : ZINGHA, Reine d'Angola, Nouvelle africaine. Les principaux sont puisés dans des Mémoires qu'a laissés le capucin Antoine de Gaïette. En frémissant des forfaits que la vengeance et la barbarie de sa nation lui firent commettre, on admire dans Zingha un courage invincible, une fermeté au-dessus des revers, une certaine empreinte de grandeur et d'héroïsme qui règne dans toute sa conduite. Nous terminerons cet article par un trait qui la caractérise. Bendi son frère, roi d'Angola, ayant essuyé plusieurs échecs contre les Portugais, se vit réduit à désirer la paix. Zingha fut chargée de la négociation auprès du viceroi Portugais. Celui-ci lui donna audience, suivant l'usage, assis sur une espèce de trône, dans une salle où il n'y avoit point d'autre siège pour elle qu'un cousin sur un tapis qui couvroit le parquet. La fière princesse d'Angola ordonna à une de ses femmes de se poser sur les genoux et les mains, et se fit un siège de son dos. C'est à l'occasion de cette ambassade que, pour se concilier la nation portugaise, Zingha avoit feint de l'inclination pour le christianisme, et qu'elle s'étoit fait baptiser. On trouve dans le Moréri l'article de cette reine Africaine, sous le nom défiguré de Xinga; il a été composé sur les Relations fabuleuses de Dapper et de Ludoff.
ZINZENDORF, ( Nicolas-Louis, comte de ) d'une famille originaire d'Autriche, étoit fils de Georges-Louis de Zinzendorf, chambellan du roi de Pologne, électeur de Saxe. Il s'est rendu fameux dans ce siècle, par la fondation de la secte des Hernuters ou Hernhuters, qui commença à se former à Bartelsdorf, dans la haute Lusace, en 1722. Il bâtit pour eux une maison dans une forêt voisine, et à la fin de 1732; il y eut assez d'habitations pour faire un village considérable, qu'on nomma Hernuth ou Hernhuth. La rapidité avec laquelle cette secte ridicule dans ses dogmes, et suspecte, dit-on, dans ses mœurs, s'est répandue en Bohême et sur-tout en Moravie, l'a fait considérer comme un reste des Adamites. Coyer, Büsching, et sur-tout Hegner, Hernhuter lui-même, ont donné de grands éloges à cette secte: mais ceux qui l'ont étudiée à fond, en ont porté un jugement un peu opposé. On a fait voir par l'extrait des Sermons même du comte de Zinzendorf, qu'il exigeoit de ses disciples plus de respect et de confiance en son jugement qu'à l'autorité de l'Écriture, ou ce qui revient au même, il vouloit qu'ils ne prissent point d'autre guide que lui pour son interprétation. Parmi ses dogmes on trouvoit ceux-ci: « Que l'on doit un respect religieux à Christ, à l'exclusion du Père; que Christ peut changer la vertu en vice, et le vice en vertu: que toutes les idées et toutes les actions, qui sont généralement considérées comme sensuelles et impures, changent de nature parmi les frères, et deviennent des symboles mystiques et spirituels. » C'est en J. C. que la la Trinité est concentrée selon les Hernuthes. « Il est (dit un auteur qui paroît avoir connu leurs dogmes) le principal objet de leur culte. Ils lui donnent les noms les plus tendres. Jesus est l'époux de toutes les sœurs ; et leurs maris sont à proprement parler, ses procureurs. Un époux n'est que pour un temps, et par interim. Les sœurs sont conduites à Jesus par le ministère de leurs maris, qu'elles regardent comme leurs sauveurs dans ce monde ; car, quand il se fait un mariage, la raison de cette union est qu'il y avoit une sœur qui devoit être amenée au véritable époux, par le ministère de tel procureur. Ce sont les anciens qui font les mariages. Nulle promesse d'épouser n'est valide sans leur consentement. Les filles se dévouent au Sauveur, non pour ne jamais se marier, mais pour ne se marier qu'à un homme à l'égard duquel Dieu leur aura fait connoître avec certitude qu'il est régénéré. La régénération naît d'elle-même, sans qu'il soit besoin de rien faire pour y coopérer. Dès qu'on est régénéré, on devient un être libre. Cependant, c'est le Sauveur du monde qui agit toujours dans le régénéré, et qui le guide dans toutes ses actions. Les Hernuthes croient n'avoir d'autre morale que les plus pures maximes de l'Évangile. Il y a à Hernuth des personnes de l'un et de l'autre sexe, chargées à leur tour de prier Dieu, pour la société ; et ce qui est très-remarquable, c'est que sans horloge, ils sont avertis par un sentiment intérieur de l'heure où ils doivent s'acquitter de ce devoir. Si les frères de Hernuth remarquent que le relâchement se glisse dans leur société, ils raniment leur rôle, en célébrant des agapes ; » et ces repas de charité ont donné lieu à des soupçons injurieux, que les Hernuthes tâchent de repousser. En 1775, il a paru un ouvrage anglois, intitulé : Détail historique sur la Constitution présente de la société des Frères Évangéliques. L'auteur est un Hernuhte qui tâche de justifier sa secte, mais il ne réussit pas : la vérité parce à travers ses artifices, dit le Journaliste Anglois qui rend compte de cet Ouvrage. M. Crevenna, si connu par sa riche bibliothèque, dont on a publié le Catalogue raisonné, Amsterdam, 1775, 1776, 6 vol. in-4°, possède un manuscrit, intitulé : Fides Hernuhtorum, et Religio ex variis contra eos editis scriptis compendiosæ descripta, manuscrit in-4°. M. Crevenna ajoute : « Ce manuscrit est très-curieux ; et si ce que l'auteur anonyme rapporte de la croyance et de la religion des Hernuthes est vrai, il faut convenir que c'est la plus détestable secte qui ait jamais pu exister, et qu'elle est remplie des plus horribles abominations, qui surpassent même toute croyance ; » Catalogue raisonné, etc. tom. 1. pag. 124. Crevenna a fait allusion, sans doute, au vagus Concubitus, dont les Hérétiques du XIIe siècle et des siècles précédens furent accusés, et dont les premiers Chrétiens furent faussement soupçonnés par les Païens. La même imputation avoit été faite aux Juifs : Projectissima ad libidinem Gens, alienarum concubitu abstinent ; inter se nihil illicitum. ( Tacit. Hist. lib. 5. ) Mais des soupçons répandus par la haine ou la prévention, n'ont jamais été des preuves. Il faut donc at- 578 ZIN tendre d'en avoir de plus décisives contre les *Hernuthes*. L'objet favori du culte extérieur des *Hernuthes*, est la plaie que Notre-Seigneur reçut au côté, sur la croix. « La figure de cette plaie, répandue dans leurs livres et dans tous les lieux où ils s'assemblent, entre pour quelque chose, dit M. Grosley, dans les imputations scandaleuses dont on les charge. » Le comte de *Dolina* a succédé au comte de *Zinzendorf*, dans la primatie de la secte. On a la *Vie* de ce fameux fondateur, écrite en allemand par *Auguste Spangenberg*, imprimée à Barby, 1777, 8 vol. in 8. L'enthousiasme de l'historien égale celui du héros, qui mourut à *Hernuth* en 1660, à 60 ans.
**ZINZERLING**, (Juste) savant archéographe Hollandais, écrivait au commencement du XVIIe siècle. Il a laissé des livres de jurisprudence et de littérature qui annoncent un homme rempli de bons principes, et un observateur éclairé. Son voyage en France, publié sous le nom de *Jodocus sincerus*, est curieux et purement écrit. Il eut de la vogue en son temps, à en juger du moins par les diverses éditions qui en ont été données : il méritait d'être traduit en françois. L'*Appendice* qu'il y a joint sur Bordeaux, est précieux par ses recherches sur cette ville, dont il a le premier décrit les Antiquités. Les biographes n'ont pas encore parlé de cet Auteur. Ses écrits sont intitulés : I. *Criticorum Juvenilium promulsis*, Lyon, 1610, in 12. II. *Opinationes variorum de vero intellectu Legis 5, ff. de naut. Fœnore*, Lyon, 1614, in 8. III. *Jodoci sinceri Itinerarium* *Galliae, cum Appendice de Burdegala*, Lyon, 1626, in 12. La dernière édition est d'Amsterdam, 1656, in 12, avec le plan des principales villes de France.
**ZIPÉ**, (Vanden) *Voyez ZISKA*.
**ZISKA**, (Jean de Trocznou, surnommé) gentilhomme Bohémien, fut élevé à la cour de Bohème, du temps de *Wenceslas*. Ayant pris le parti des armes fort jeune, il se signala en diverses occasions, et perdit un œil dans un combat; ce qui le fit appeler *Ziska*, c'est-à-dire borgne. Les Hussites, outrés de la mort de *Jean Hus*, le mirent à leur tête pour la venger. Il assembla une armée de paysans, et il les exerça si bien, qu'en peu de temps il eut des troupes aussi bien disciplinées que courageuses. *Wenceslas* étant mort en 1414, il s'opposa à l'empereur *Sigismond*, à qui appartenoit le royaume de Bohème. Il assiégea la ville de Rabi, où il perdit son autre œil d'un coup de flèche, et ne laissa pas néanmoins de faire la guerre. Il se donna un grand combat devant Aussig sur l'Elbe, que *Ziska* assiégeait, où neuf mille Catholiques demeurèrent sur la place. Cette victoire le rendit maître de la Bohème; il mit tout à feu et à sang, ruina les monastères, et brûla les campagnes. Son armée grossissait tous les jours. Pour éprouver la valeur de ses troupes, il les mena à la petite ville de Rkickan, qui avoit une forteresse; il emporta l'une et l'autre, et condamna aux flammes sept prêtres. De là il se rendit à Prachatice, la somma de se rendre, et de chasser tous les Catholiques. Les habitans rejetèrent ces conditions avec mépris; *Ziska* fit donner l'assaut, prit la ville, et la réduisit en cendres. *Sigismond*, alarmé de ses progrès, lui envoya des ambassadeurs, lui offrit le gouvernement de la Bohème, avec des conditions les plus honorables et les plus lucratives, s'il vouloit ramener les rebelles à l'obéissance. La peste fit échouer ces négociations; *Ziska* en fut attaqué, et en mourut l'an 1424. C'est une fable, que l'ordre qu'en raconte qu'il donna en mourant, de faire un tambour de sa peau. *Théobalde* témoigne qu'on lisoit encore, au temps où il écrivoit, cette épitaphe sur son tombeau : « Ci gît Jean ZISKA, qui ne le céda à aucun général dans l'art militaire. Rigoureux vengeur de l'orgueil et de l'avarice des ecclésiastiques, et ardent défenseur de la patrie : ce que fit en faveur de la République romaine, *Appius Claudius* l'aveugle, par ses conseils, et *Marcus Furius Camillus*, par sa valeur, je l'ai fait en faveur de ma patrie. Je n'ai jamais manqué à la fortune, et elle ne m'a jamais manqué; tout aveugle que j'étois, j'ai toujours bien vu les occasions d'agir. J'ai vaincu onze fois en bataille rangée; j'ai pris en main la cause des malheureux et celle des indigents, contre des prêtres sensuels et chargés de graisse, et j'ai éprouvé le secours de Dieu dans cette entreprise. Si leur haine et leur envie ne m'en avoient empêché, j'aurois été mis au rang des plus illustres personnages; cependant, malgré le pape, mes os reposent dans ce lieu sacré. » Les soldats de *Ferdinand II* effacèrent cette épitaphe en 1619. *Voyez les articles PROCOPE*, n° IV et V.
ZIZIM ou ZEM, suivant la prononciation turque, nom qui signifie AMOUR en cette langue, fils de *Mahomet II*, empereur des Turcs et frère de *Bajazet II*, est l'un des princes Ottomans, dont nos historiens ont le plus parlé. *Mahomet II* craignoit que l'amitié de ces deux frères ne les réunit contre lui, ou que la jalousie ne mit de la division entreux. Il donna à *Zizim* le gouvernement de la Lycaonie, dans l'Asie mineure, et à *Bajazet* celui de la Paphlagonie, et les tint toujours si éloignés l'un de l'autre, qu'ils ne s'étoient vus qu'une seule fois, lorsqu'il mourut le 3 mai 1481. Après sa mort, *Bajazet* qui étoit l'aîné, devoit naturellement lui succéder, et fut en effet déclaré empereur le premier. Mais *Zizim* prétendit que l'empire lui appartenoit, parce qu'il étoit né depuis que son père avoit pris le sceptre, au lieu que *Bajazet* étoit venu au monde dans le temps que *Mahomet* n'étoit encore qu'un homme privé. Il s'empara de Pruse, ancienne demeure des empereurs Ottomans, et se fit un parti considérable. Mais ayant été défait par *Achmet-Geduc*, général de l'armée de *Bajazet*, il se retira en Egypte, puis en Cilicie, et de-là en Lycie. Ne trouvant aucun asyle assuré, il demanda une retraite au grand-maître de Rhodes, où il fut reçu magnifiquement au mois de juillet 1482. (*Voyez AUBUSSON.*) Il en partit le 1er de septembre suivant, pour venir en France. Il demeura pendant six ans dans la commanderie de Bourgneuf, sur les confins du Poitou et de la Marche, O 0 2 toujours gardé à vue, traité néanmoins avec honneur, mais ne voulant pas se faire Chrétien, quoiqu'on l'en pressât beaucoup. Le pape *Innocent VIII* le demanda à *Charles VIII*, qui l'accorda très aisément, malgré les offres avantageuses que *Bajazet* lui avoit faites, pour se désaisir d'un prisonnier de cette importance. Outre des reliques précieuses et des présens considérables, il promettoit de remettre les Chrétiens en possession de Jérusalem, envahie par les Sarrasins d'Égypte. Mais *Charles VIII* avoit donné sa parole au pape, il voulut la garder. L'infortuné *Zizim* fut donc livré aux députés du pape, et conduit à Rome. *Charles VIII* s'étant rendu dans cette capitale, en 1497, le redemanda à *Alexandre*, qui, après beaucoup de difficultés, le rendit au roi. *Zizim* mourut peu de jours après. *Comines*, auteur contemporain, et attaché au service du roi de France, assure que ce prince étoit déjà empoisonné, quand il fut remis entre les mains de *Charles VIII*. Mais les historiens se partagent sur les auteurs de cet empoisonnement. Les uns veulent que ce soit le pape *Alexandre VI*, à qui *Bajazet* devoit 300 mille ducats, qui fit mêler du poison dans le sucre que *Zizim* employoit dans tous ses repas; les autres accusent les Vénitiens. Ce qui fait soupçonner que ceux-ci n'étoient pas entièrement innocents, c'est une circonstance rapportée par *Comines*: « Que le jour que les Vénitiens surent la mort du frère du Turc, que le pape avoit baillé entre les mains du roi, ils délibérèrent de la faire savoir au Turc par un de leurs secrétaires, et commandèrent qu'aucun navire ne passât la nuit entre deux châteaux qui font l'entrée du golfe de Venise, et ils firent faire guet. » Cet empressement à informer *Bajazet* de la mort de son frère, et ces précautions pour n'être pas prévenus, ne donnent-elles pas quelque lieu de soupçonner les Vénitiens d'avoir eu part à l'empoisonnement de *Zizim*?... *Mézerai* met cette action au nombre de celles dont quelques historiens ont accusé ces républicains; il l'impute en même temps au pape. « La jalousie des Vénitiens et du pape, dit-il, fit avorter ses belles espérances: ils avoient empoisonné ce prince, avant que de le mettre entre les mains des François. » Le témoignage de *Mézerai*, historien bilieux et misantrope, qui croyoit trop facilement les crimes, n'est pas d'un grand poids; et malgré tout ce que nous avons dit, il faut avouer qu'il en est de cet événement comme de tant d'autres, sur lesquels les sages suspendent leur jugement. Il se peut que *Venise* et *Alexandre VI* se soient souillés par le meurtre de *Zizim*; mais il se peut très bien faire aussi que l'envie et la haine que l'on portoit à ce pontife et à cette république, leur ait fait attribuer une foule de crimes qu'ils n'ont point commis. Quoiqu'il en soit, *Zizim* laissa un fils, nommé *Amurat*, qui se réfugia à Rhodes. Après la prise de la place, ce prince infortuné s'étoit caché, dans l'espérance de se sauver dans le vaisseau du grand-maître. Il fut découvert et mené à l'empereur *Soliman*, qui le fit aussitôt étrangler en présence de toute son armée, avec ses deux enfans mâles. Deux filles qu'il avoit, furent conduites au sérail à Constantinople. *Zizim* avoit l'esprit vif, l'ame noble et généreuse, de la passion pour les lettres, aussi bien que pour les armes; et quoique zélé Musulman, il aimoit les chevaliers de Rhodes, que son père détestoit.
ZIZIME, fut élu l'an 824, par la noblesse romaine, pour succéder au pape *Paschal I*, tandis que le clergé et le peuple nommoient *Eugène II*: ce qui auroit causé un schisme, si l'empereur *Lothaire* n'étoit venu à Rome, où il appuya l'élection d'*Eugène*, et obligea *Zizime* à se retirer. I. ZOÉ CARBONOPSINE, 4$^{e}$ femme de l'empereur *Léon VI*, avoit une vertu mâle, un esprit élevé, un discernement juste, et la connoissance des affaires. Elle accoucha en 905, de *Constantin Porphyrogenète*. Ce prince étant devenu empereur en 912, *Zoé*, chargée de la tutelle de son fils et de l'administration de l'état, choisit des ministres et des généraux capables de la seconder. Après avoir dissipé la révolte de *Constantin Ducas*, elle fit la paix avec les Sarrasins, et força les Bulgares, par des victoires, à rentrer dans leur pays. Elle ne fut pas aussi heureuse contre les cabales des courtisans; elle fut exilée de la cour par son fils, et elle mourut dans sa retraite.
II. ZOÉ, fille de *Constantin XI*, née en 978, fut également ambitieuse, débauchée et cruelle. On la donna en mariage à *Argyre*, qui obtint le trône impérial après la mort de son beau-père, en 1028. *Zoé* s'étant dégoûtée de son époux, le fit étrangler dans le bain, et mit sur le trône un orfèvre, nommé *Michel Paphta-* *gonien*, qu'elle avoit épousé. Ce prince abandonna le gouvernement de l'empire à son frère *Jean*, qui le détrôna, et le fit enfermer dans un monastère. *Zoé* eut le même sort. Mais en 1042, elle fut tirée de sa retraite, pour régner avec sa sœur *Théodora*. Elle partagea sa couronne avec *Constantin Monomaque*, son ancien amant, l'homme le plus scélérat et le plus débauché de sa cour, et l'épousa en troisièmes noces, à l'âge de 64 ans. Elle mourut 8 ans après, en 1050, après avoir travaillé de concert avec *Monomaque* à ruiner l'empire. Elle égala dans le crime la mère de *Néron*, et n'essuya point ses malheurs. — Il y a eu quelques autres princesses de ce nom. Nous ne parlerons que de *Zoé*, que l'empereur *Léon* le Philosophe épousa, et conronna impératrice, pendant la vie de *Théophane* son épouse. Elle étoit veuve de *Théodore*, qui avoit été empoisonné, et fille du général *Stylien*, qui profita du crédit de sa fille, pour gouverner l'empire à son gré. *Zoé* ne jouit pas long-temps de sa faveur. Elle mourut le 21$^{e}$ mois de son mariage, en 893; et son corps fut mis dans un cercueil qui se trouva par hasard, sur lequel étoient gravées ces paroles d'un Pseaume: *Malheureuse Fille de Babylone!* Ces mots marquaient le caractère de sa vie.
ZOILE, rhéteur, natif d'Amphipolis, ville de Thrace, se rendit fameux par ses Critiques des Ouvrages d'*Isocrate*, et des Vers d'*Homère*, dont il se faisoit appeler le *Fléau*. Il vint de Macédoine à Alexandrie, où il distribua ses Censures de l'*Iliade*, vers l'an 270 avant J. C. II les O o 3 présenta à *Ptolomée*, qui en fut indigné. *Zoïle* lui ayant demandé le prix de ses impertinences, parce qu'il mouroit de faim, ce prince lui répondit à peu-près comme *Hiéron* avoit fait au philosophe *Xénophanes* : Que puisque *Homère*, qui étoit mort depuis mille ans, nourrissoit plusieurs milliers de personnes ; *Zoïle* qui se vantoit d'avoir plus d'esprit qu'*Homère*, devoit bien avoir l'industrie de se nourrir lui-même. La mort de ce misérable etaitrique est racontée diversement. Les uns disent que *Ptolomée* le fit mettre en croix; d'autres, qu'il fut lapidé; et d'autres, qu'il fut brûlé tout vif à Smyrne. Le nom de *Zoïle* a resté aux mauvais critiques ; mais les Ouvrages de cet auteur ont disparu, tandis qu'*Homère* subsistera éternellement.
ZONARE, ( Jean ) historien Grec, exerça des emplois considérables à la cour des empereurs de Constantinople. Lassé des travers du monde, il se fit moine dans l'Ordre de saint-Basile, et mourut avant le milieu du XIIe siècle. On a de lui des *Annales* qui vont jusqu'à la mort d'*Alexis Comnene*, en 1118 ; c'est une compilation indigeste, telle qu'on pouvoit l'attendre d'un moine Grec, aussi crédule qu'ignorant. Il est insupportable lorsqu'il ne copie pas *Dion* ; cependant, il peut être utile pour l'histoire de son temps. La meilleure édition de son Ouvrage est celle du Louvre, 1686 et 1687, 2 vol. infol. Le président *Cousin* en a traduit en françois ce qui regarde l'Histoire romaine. On a encore de *Zonare* des *Commentaires* sur les *Canons des Apôtres* et des *Conciles*, Paris, 1618, infol.; et quelques *Traites* peu estimés.
ZONCA, ( Victor ) habile mathématicien d'Italie, du XVIIe siècle, se livra particulièrement à la mécanique et à l'architecture, et y réussit. Il avoit un talent singulier pour inventer de nouvelles machines. On dit que la lecture des ouvrages de *Rumelli* lui inspira ce goût. Il publia ses inventions dans un ouvrage imprimé à Padoue, 1621, infol., sous ce titre : *Novo Teatro di Machine ed Edificii*. I. ZOPYRE, l'un des courtisans de *Darius*, fils d'*Hytaspe*, vers l'an 520 avant J. C., se rendit fameux par le stratagème dont il se servit, pour soumettre la ville de Babylone, assiégée par ce monarque. S'étant coupé le nez et les oreilles, il se présenta en cet état aux Babyloniens, en leur disant, « que c'étoit son prince qui l'avoit si cruellement maltraité. » Les Babyloniens ne doutant point qu'il se vengeât, lui confièrent entièrement la défense de Babylone, dont il ouvrit ensuite les portes à *Darius*, après un siège de 20 mois. Ce prince lui donna en récompense le revenu de la province de Babylone, pour en jouir pendant toute sa vie ; ce ne fut pas assez des récompenses, il y ajouta des distinctions et des caresses. Il dit souvent qu'il aimeroit mieux avoir Zopyre non mutilé, que vingt Babylone.
II. ZOPYRE, médecin qui communiqua à *Mithridate*, roi de Pont, la composition d'un antidote, comme un remède assuré contre toutes sortes de poisons. Ce prince en fit faire diverses expériences sur des criminels cou- damnés à mort, qui réussirent toutes. *Celse* parle d'un antidote appelé *Ambrosia*, composé par un médecin du même nom, pour un roi *Ptolomée*. Quoique cet antidote soit un peu différent du premier, il pourrait être du même médecin, qui l'auroit présenté à un des premiers *Ptolomées*, contemporain de *Mithridate*. On trouve un autre *ZOPYRE*, aussi médecin, qui vivait dans le II$^{e}$ siècle, du temps de *Plutarque*.
**ZOROASTRE**, philosophe de l'antiquité, fut, dit-on, roi des Bactriens, il s'acquit une grande réputation parmi les Perses, auxquels il donna des lois sur la religion. Quelques auteurs le font plus ancien qu'*Abraham*, et d'autres le reculent jusqu'à *Darius* qui succéda à *Cambyse*; enfin, d'autres distinguent plusieurs *Zoroastres*. Quoiqu'il en soit de ces différentes opinions, on ne peut guère douter qu'il n'y ait eu dans la Perse, long-temps avant *Platon*, un fameux philosophe nommé *Zoroastre*, qui devint le chef des *Mages*, c'est-à-dire, de ces philosophes qui joignaient à l'étude de la religion celle de la métaphysique, de la physique et de la science naturelle. Après avoir établi sa doctrine dans la Bactriane et dans la Médie, *Zoroastre* alla à Suze, sur la fin du règne de *Darius*, dont il fit un prosélite de sa religion. Il se retira ensuite dans une caverne, et y vécut long-temps en reclus. Les sectateurs de *Zoroastre* subsistent encore en Asie, et principalement dans la Perse et dans les Indes. Ils ont pour cet ancien philosophe la plus profonde vénération, et le regardent comme le grand Prophète que Dieu leur avait envoyé, pour leur communiquer sa loi. Ils lui attribuent même un Livre qui renferme sa doctrine. Cet Ouvrage, apporté en France par l'infatigable et savant M. *Anquetil*, a été traduit par le même, dans le Recueil qu'il a publié en 1770, sous le titre de *Zend-Avesta*, 2 vol. in-4.$^{o}$ L'original a été déposé à la Bibliothèque royale. Ce livre est divisé en cent articles; voici les principaux. « 1. Le décret du très-juste Dieu est, que les hommes soient jugés par le bien et le mal qu'ils auront fait. Leurs actions seront pesées dans les balances de l'équité. Les bons habiteront la lumière: la foi les délivrera de *Satan*. 2. Si les vertus l'emportent sur les péchés, le Ciel est ton partage; si les péchés l'emportent, l'Enfer est ton châtiment. 3. Qui donne l'aumône, est véritablement un homme. 4. Estime ton père et ta mère, si tu veux vivre à jamais. 5. Quelque chose qu'on te présente, bénis Dieu. 6. Marie-toi dans ta jeunesse; ce monde n'est qu'un passage: il faut que ton fils te suive, et que la chaîne des êtres ne soit point interrompue. 7. Il est certain que Dieu a dit à *Zoroastre*: Quand on sera dans la doute si une action est bonne ou mauvaise, qu'on ne la fasse pas. 8. Que les grandes libéralités ne soient répandues que sur les plus dignes: ce qui est confié aux indignes, est perdu. 9. Mais s'il s'agit du nécessaire, quand tu manges, donne aussi à manger aux chiens. 10. Quiconque exhorte les hommes à la pénitence, doit être sans péché; qu'il ait du zèle, et que le zèle ne soit point trompeur; qu'il ne mente jamais; que son caractère soit bon, son ami O o 4 sensible à l'amitié, son cœur et sa langue toujours d'intelligence ; qu'il soit éloigné de toute débauche, de toute injustice, de tout péché ; qu'il soit un exemple de bonté, de justice devant le peuple de Dieu. 11. Ne mens jamais : cela est infâme, quand même le mensonge seroit utile. 12. Point de familiarité avec les courtisanes ; ne cherche à séduire la femme de personne. 13. Qu'on s'abstienne de tout vol, de toute rapine. 14. Que ta main, ta langue, et ta pensée soient pures de tout péché. 15. Dans les afflictions, otire à Dieu ta patience ; dans le bonheur, rends-lui des actions de graces. 16. Jour et nuit pense à faire du bien, la vie est courte. Si, devant servir aujourd'hui ton prochain, tu attends à demain, fais pénitence. » Ces préceptes de morale sont mêlés d'observances, les unes raisonnables, les autres ridicules, et de dogmes plus absurdes encore ; nous ne nous sommes arrêtés qu'aux réglemens sur les mœurs, comme plus importans et plus faciles à entendre. Le nom de *Gaure* ou *Guèbre*, que portent les sectateurs de *Zoroastre*, est odieux en Perse : il signifie en arabe, *Infidelle*, et on le donne à ceux de cette secte comme un nom de nation. Ils ont à Ispahan un faubourg appelé *Gaurabard*, ou la *Ville des Gaures*, et ils y sont employés aux plus basses et aux plus viles occupations. Les *Gaures* sont ignorans, pauvres, simples, patiens, superstitieux, d'une morale rigide, d'un procédé franc et sincère, et très-zélés pour leurs rits. Ils croient la résurrection des morts, le jugement dernier, et n'adorent que Dieu seul. Quoiqu'ils pratiquent leur culte en présence du feu, en se tournant vers le soleil, ils protestent n'adorer ni l'un l'autre. Le feu et le soleil étant les symboles les plus frappans de la divinité, ils lui rendent hommage en se tournant vers eux. Les Persans et les autres Mahométans les persécutent par-tout, et les traitent à peu près comme les Chrétiens traitent les Juifs. Les *Guebres* ne se marient qu'à des femmes élevées et qui persévèrent dans leur religion. Si dans les neuf premiers mois de mariage elles sont stériles, ils peuvent en prendre une seconde. Ils ont enfin un goût particulier pour les mariages incestueux. On a sous le nom de *Zoroastre* des Oracles magiques, *Louis Tiletanus* les publia à Paris en 1563, avec les Commentaires de *Pléthon Gémistus. François Patrice*, savant vénitien, en donna une édition en latin, 1593, in-8°, sous le titre de *Magia philosophica*, *hoc est, Zoroaster et ejus cccxx oracula chaldaica*. On les trouve aussi dans le *Tirnum magicum* de *César Longinus*, Franckfort, 1673, in-12, *Thomas Stanley* les publia à la suite de son *Histoire de la Philosophie Orientale* en anglais, *Jean le Clerc* fit reparoire les Oracles en grec, avec une version latine, accompagnée de notes savantes à la fin de ses *Œuvres philosophiques*, 5$^{e}$ édition, Amsterdam 1722, 4 vol. in-12. On attribue encore à *Zoroastre l'Izeschne*, ouvrage composé de 72 *Has* ou chapitres. Le nom d'*Izeschne* signifie *prière* sur la grandeur de l'Être suprême.
ZOROBABEL, de la famille des rois de Juda, fils ou petit-fils de *Salathiel*, joua un rôle à Babylone, où ses frères étoient en cap- tivité. *Cyrus*, pénétré d'estime pour *Zorobabel*, lui remit les vases sacrés du Temple, qu'il renvoyait à Jérusalem, et ce vertueux Israélite fut le chef des Juifs qui retournèrent en leur pays. Quand ils furent arrivés, *Zorobabel* commença à jeter les fondemens du Temple, l'an 535 avant J. C.; mais les Samaritains firent tant par leurs intrigues auprès des ministres de la cour de Perse, qu'ils vinrent à bout d'interrompre l'ouvrage. Le zèle des Juifs s'étant ralenti, ils furent punis de leur indifférence, par plusieurs fléaux dont Dieu les frappa. La seconde année du règne de *Darius*, fils d'*Hystaspes*, il leur envoya les prophètes *Aggée* et *Zacharie*, pour leur reprocher le mépris qu'ils faisoient de son culte, et leur négligence à bâtir son Temple. *Zorobabel* et tout le peuple reprirent, avec une ardeur incroyable, ce travail, interrompu depuis 14 ans. *Zorobabel* présidait à l'ouvrage, qui fut achevé l'an 515 avant J. C. La dédicace s'en fit solennellement la même année. I. ZOZIME, (S.) Grec de naissance, monta sur la chaire de St-Pierre, après *Innocent I*, le 18 Mars 417. *Célestius*, disciple de *Pélage*, lui en imposa d'abord; mais dans la suite, ce pape ayant été détrompé par les évêques d'Afrique, il confirma le jugement rendu par son prédécesseur contre cet hérétique, et contre *Pélage* son maître. Il obtint de l'empereur un Rescrit pour chasser les Pelagiens de Rome: [*Voy. ce mot.*] *Zosime* décida le différent qui étoit entre les Eglises d'Arles et de Vienne, touchant le droit de métropole sur les provinces Viennoise et Narbonnoise, et se déclara en faveur de *Patrocle*, évêque d'Arles. Ce pontife également savant et zélé, mourut le 26 décembre 418. On a de lui *XVI Epîtres*, écrites avec chaleur et avec force. Elles se trouvent dans le recueil des *Epistolæ Romanorum Pontificum*, de Dom *Constant* sin-fol.
II. ZOSIME, comte et avocat du Fisc, sous l'empereur *Théodose le Jeune*, vers l'an 410, composa une *Histoire des Empereurs*, en VI livres, depuis *Auguste* jusqu'au V$^{e}$ siècle, dont il ne nous reste que les V$^{e}$ premiers livres et le commencement du VI$^{e}$. La plus belle édition est celle d'Oxford, 1679, in-8$^{o}$. *Cellarius* en donna une bonne en 1696, en grec et en latin, et le président *Cousin* en françois. *Zosime* zélé Païen, peint avec des couleurs fort noires l'empereur *Constantin*. Il ne laisse échapper aucune occasion de se décliner contre les Chrétiens. Son ouvrage est écrit avec plus d'élégance que de vérité.
III. ZOSIME, supérieur et abbé d'un monastère situé au bord du Jourdain, vers l'an 437, porta l'Eucharistie dans le désert à *Ste. Marie* l'Égyptienne.
ZOUCH, (Richard) de la paroisse d'Anfley, dans le Wilshire, d'une famille ancienne, mort en 1660, devint docteur et professeur en droit, et exerça plusieurs autres emplois importants. On a de lui un grand nombre de savans Ouvrages, dont la plupart sont en latin. On ne les lit presque plus.
ZINNI, *Voyez* SERINI. C'est le même nom, que nos historiens ont adouci. I. ZUCCHARO, (Thaddée) peintre, né à San-Aguolo-in-vado, dans le duché d'Urbin, en 1529, mort en 1566. Les Ouvrages du célèbre Raphaël firent de Thaddée un excellent artiste. Le cardinal Farnese, qui l'occupa long-temps, lui faisoit une pension considérable. Cet état d'opulence entraîna ce peintre dans des parties de debauche, qui jointes à ses pénibles travaux, avancèrent sa mort. Cet artiste étoit maniéré. Il a peint de pratique; mais il entendoit parfaitement à disposer ses sujets; il avoit des idées nobles, et son pinceau étoit assez moëlleux. Il a mis de l'esprit dans ses dessins arrêtés à la plume et lavés au bistre; mais il y a peu de noblesse dans ses airs de tête; trop de ressemblance entre elles, et de singularité dans les extrémités des pieds et des mains de ses figures.
II. ZUCCHARO, (Frédéric) peintre, né dans le duché d'Urbin en 1543, mort à Ancône en 1609, fut élève de Thaddée Zuccharo, son frère qui lui procura bientôt les occasions de se distinguer. Il se fixa à Rome, par ordre du pape Grégoire XIII. Frédéric eut alors quelques différens avec les officiers de ce pontife. Il emprunta de son art les traits de sa vengeance. Il fit un tableau de la Calomnie, où il représenta ses ennemis avec des oreilles d'âne, et alla exposer cette peinture sur le portail de St. Luc, le jour de la fête de ce Saint. Ce trait irrita le pape, qui obligea Frédéric de quitter Rome; mais il y retourna quelque temps après. Frédéric vint en France, et passa aussi en Hollande, en Angleterre et en Espagne. Les Ouvrages qu'il fit dans la salle du grand-conseil, à Venise, lui méritèrent des éloges du sénat qui, voulant marquer à Frédéric son estime, le créa chevalier. Enfin il entreprit d'établir à Rome une académie de peinture, dont il fut élu chef, sous le nom de Prince. Frédéric a composé des Livres sur la peinture. Cet artiste avoit beaucoup de facilité pour inventer; il étoit bon coloriste, et auroit été parfait dessinateur, s'il eût été moins maniéré. Il a coiffé ses têtes d'une manière singulière; ses figures sont roides, elles ont les yeux pochés; ses draperies sont mal jetées.
ZUCCHUS, Voy. ACCIUS.
ZUERIUS BOXHORN, Voy. BOXHORN.
ZUINGLE, (Ulric) né à Wildhausen, en Suisse, le 1er janvier 1487, apprit les langues à Berne, et continua ses études à Rome, à Vienne et à Bâle. Après avoir fait son cours de théologie, il fut curé à Glaris, en 1506, et ensuite dans un gros bourg, nommé Notre-Dame des Hermites. C'étoit un lieu de dévotion fort fameux, où les pèlerins venoient en foule et faisoient beaucoup d'offrandes. Zuingle y découvrit d'étranges abus, et vit que le peuple étoit dans des erreurs grossières, sur l'efficacité des pèlerinages et sur une foule d'autres pratiques; il se déchaîna contre ces abus. Tandis qu'il s'occupoit de cette réforme, Léon X faisoit publier en Allemagne, des indulgences par les Dominicains; et en Suisse par un Cordelier Milanois. Zuin- gle, fâché que ce moine lui eût été préféré, commença à déchirer le voile qui couvroit quelques partiques superstitieuses. Il attaqua ensuite, non-seulement l'autorité du pape, le sacrement de Pénitence, le mérite de la Foi, le péché Originel, l'effet des bonnes œuvres; mais encore l'invocation des Saints, le sacrifice de la Messe, les Lois ecclésiastiques, les vœux, le célibat des Prêtres et l'abstinence des viandes. Zuingle s'attira les invectives du clergé de son pays par ces nouveautés; mais il avoit pour lui la magistrature. Il engagea le sénat de Zurich à s'assembler, le 29 janvier 1623, pour conférer touchant la Religion. On alla aux voix; la pluralité fut pour la réformation. On attendoit en foule la sentence du sénat; lorsque le greffier vint annoncer que Zuingle avoit gagné sa cause. Tout le peuple fut, dans le moment, de la religion du sénat. Ce changement fut confirmé dans plusieurs autres assemblées. Les magistrats abolirent successivement la Messe et toutes les cérémonies de l'Eglise Romaine. Ils ouvrirent les cloîtres; les moines rompirent leurs vœux; les curés se marierent, et Zuingle lui-même épousa une riche veuve. Voilà le premier effet que produisit, dans le canton de Zurich, la réforme de Zuingle. Il étoit fort occupé de la difficulté de concilier le sentiment de Carlostad sur l'Eucharistie, avec les paroles de Jesus-Christ, qui dit expressément: CECI EST NON CORPS. Il eut un songe, dans lequel il croyoit disputer avec le secrétaire de Zurich, qui le pressoit vivement sur les paroles de l'institution. Il vit paraître tout coup un fantôme blanc ou noir, qui lui dit ces mots: Idche, que ne répond-tu ce qui est écrit dans l'Exode: L'AGNEAU EST LA PAQUE, pour dire qu'il en est la signe. Cette réponse du fantôme fut un triomphe, et Zuingle n'eut plus de difficulté sur l'Eucharistie. Il enseigna qu'elle n'étoit que la figure du Corps et du Sarg de J. C. Il trouva dans l'Écriture d'autres exemples, où le mot EST s'employoit pour le mot SIGNIFIE: tout lui parut alors facile dans le sentiment de Carlostad. L'explication de Zuingle, favorable aux sens et à l'imagination, se répandit en Allemagne, en Pologne, en Suisse, en France, dans les Pays-Bas, et forma la secte des Sacramentaires. Plusieurs Cantons restèrent constamment attachés à la Religion Romaine, et la guerre fut sur le point d'éclater plus d'une fois entre les Catholiques et les Protestans. Enfin les Cantons de Zurich, de Schaffouse, de Berne et de Bâle, défendirent de transporter des vivres dans les cinq Cantons Catholique, et on arma de part et d'autre. Zuingle fit tous ses efforts pour éteindre le feu qu'il avoit allumé. Il n'étoit pas brave, et il falloit qu'en qualité de premier pasteur de Zurich, il allât à l'armée. Il sentoit qu'il ne pouvoit s'en dispenser, et il ne doutoit pas qu'il n'y périt. Une comète qui parut alors, le confirma dans la persuasion qu'il seroit tué. Il s'en plaignit d'une manière lamentable, et publia que la comète annonçoit sa mort et de grands malheurs sur Zurich. Malgré les plaintes de Zuingle, la guerre fut résolue, et il fut obligé d'accompagner une armée de vingt mille hommes. Les Catholiques se 588 ZUI postèrent à Cappel, derrière un défilé, par où les ennemis ne pouvoient passer que l'un après l'autre. La plus grande partie de l'armée des Zuinghens périt les armes à la main, et l'autre fut mise en fuite. Zuingle fut du nombre des morts; ce fut le 11 octobre 1531, il avoit environ 44 ans. Les Catholiques brûlèrent son corps, tandis que son parti le regarda comme un martyr. Ce réformateur n'étoit ni savant ni grand théologien, ni bon philosophe, ni excellent littérateur; il avoit l'esprit juste, mais borné: il exposoit avec assez d'ordre ses pensées; mais il pensoit peu profondément, si l'on en juge par ses Ouvrages, recueillis, à Zurich, 1581, 3 vol. in-folio. Zuingle adressa, quelque temps avant sa mort, une Confession de Foi à François I. En expliquant l'article de la vie éternelle, il dit à ce prince qu'il doit espérer de voir l'assemblée de tout ce qu'il y a eu d'hommes saints, courageux et vertueux, depuis le commencement du monde: « Là, vous verrez, dit-il, les deux Adams, le racheté et le rédempteur; vous verrez un Abel, un Enoch; vous y verrez un Hercule, un Thésée, un Socrate, un Aristide, un Antigonus, etc. » La Réforme introduite en Suisse par Zuingle, fut adoptée dans plusieurs autres pays; on seconda ses efforts à Berne, à Bâle, à Constance, etc. Genève la reçut en partie, et la différence qu'il y avoit entre les dogmes de Zuingle et ceux de Calvin, n'altéra jamais la communion de leurs partisans.
ZUINSKI, Voy. DEMETRIUS, n° x.
ZUMBO, (Gaston-Jean) sculpteur, né à Syracuse en 1656, mort à Paris en 1701, demeura longtemps à Rome, et passa de là à Florence, où le grand duc de Toscane le reçut avec des marques de distinction. Il s'arrêta aussi à Gênes, et y donna des preuves de son rare mérite. Une Nativité du Sauveur et une Descente de Croix, qu'il fit dans cette ville, passent pour des chef-d'œuvres de l'art. La France fut le terme de ses voyages; il travailla à plusieurs pièces d'anatomie. Philippe, duc d'Orléans, qui avoit un goût si grand et si éclairé, honora plusieurs fois Zumbo de ses visites. On parle d'un sujet exécuté par ce sculpteur, appelé la Corruzione, ouvrage admirable pour la vérité, l'intelligence et les connaissances qui s'y font remarquer. Ce sont cinq figures coloriées au naturel. La première représente un Homme mourant; la seconde, un Corps mort; la troisième, un Corps qui commence à se corrompre; la quatrième, un Corps qui est corrompu; la cinquième, un Cadavre plein de pourriture et mangé des vers.
ZUMEL, (François) de Palencia en Espagne, mort en 1607, fut professeur de théologie à Salamanque, et général des Religieux de la Merci. Il composa contre Molina, qui avoit attaqué sa doctrine, plusieurs Ecrits Apologétiques, que Bannez s'engagea à défendre devant l'Inquisition.
ZUNCA, Voyez ZONCA.
ZURITA, — SURITA. I. ZUR-LAUBEN, (Béat de) de l'ancienne maison de la Tour Châtillon, en Valais, mort à Zug en 1663, âgé de 66 ans, fut le chef du Canton de Zug et capitaine au régiment des Gardes-Suisses sous Louis XIII. Il fut en 1634, l'un des trois ambassadeurs Catholiques envoyés à ce monarque. Le Canton de Lucerne reconnut ses services en accordant, à lui et à sa postérité, le droit perpétuel de bourgeoisie dans sa ville capitale. Les Cantons Catholiques lui avoient donné les titres de Père de la Patrie, et de Colonne de la Religion. On a de lui le détail de toutes ses Négociations, depuis 1629 jusqu'en 1659.
II. ZUR-LAUBEN, (Béat Jacques de) fils aîné du précédent, chef du Canton de Zug, et capitaine général de la province libre de l'Argow, servit en France avec distinction. Il occupa les principales charges de sa patrie, et contribua beaucoup, par ses expéditions, à soumettre les paysans révoltés du Canton de Lucerne, en 1653. Ce Canton et ses confédérés lui durent en 1656, la victoire de Vilmergen contre les Bernois, sur lesquels il prit lui-même deux drapeaux et trois pièces de canon. Il mourut à Zug en 1690, à 74 ans, avec une réputation bien méritée de valeur et de prudence.
III. ZUR-LAUBEN, (Béat Jacques de) neveu du précédent, fut élevé au grade de lieutenant-général des armées du roi de France. Il s'acquit beaucoup de gloire en Catalogne, en Irlande, en Flandres et en Italie. Il contribua à fixer la victoire de Nerwinde; fit, avec le comte de Tessé, lever au prince Eugène, le long blocus de Mantoue; et fut le seul des officiers généraux, qui repoussa les ennemis, à la fameuse bataille de Hochstet, en 1704. Il reçut sept blessures dont il mourut à Ulm en Souabe, le 21 septembre, à 48 ans. Le roi l'avoit gratifié, en 1687, de la Baronnie de Ville en haute-Alsace, réversible à la couronne après la mort de Conrad, baron de Zur-Lauben, inspecteur général de l'infanterie dans le département de la Catalogne et du Roussillon.
IV. ZUR-LAUBEN, (Placide de) cousin germain du précédent, fut élu abbé de l'abbaye de Muri, ordre de S. Benoit, en Suisse, l'an 1683. Il mérita par ses travaux et ses acquisitions, le titre de Second Fondateur de cette abbaye. Il la rebâtit avec magnificence, en accrut considérablement les revenus, et obtint en 1701, de l'empereur Léopold, pour lui et les abbés ses successeurs, le rang et le titre de Prince de l'Empire. Il mourut à Sandegg, l'un de ses châteaux, en Turgovie, l'an 1723, dans sa 78e année. On a de lui: I. Spiritus duplex Humilitatis et Obedientiae. II. Conciones Panegyrico-Morales. V. ZUR-LAUBEN (Beat Fidèle Antoine-Jean Dominique de la Tour-Châtillon de) neveu de Beat Jacques, né à Zug en 1720, a été brigadier des armées du roi, capitaine au régiment des Gardes-Suisses, et de l'académie des inscriptions et belles-lettres. Il est mort en 1770. Ses Ouvrages sont l'Histoire Militaire des Suisses, 8 vol. in-12. : Mémoires et Lettres du Duc de Rohan sur la Valto- line, 3 vol. in-12; *Bibliothèque Militaire*, 3 vol. in-12; *Code Militaire des Suisses*, 4 vol. in-12; *Histoire de Guillaume Tell*, in-12.
ZUSTRUS, (Lambert) peintre Flamand. On ne sait précisément ni le temps de sa naissance, ni celui de sa mort. Il étoit élève de *Christophe Schwartz*, peintre du duc de Bavière, et le *Titien* lui donna des leçons de son art. Ce peintre peignoit avec beaucoup de facilité. Il traitoit assez bien l'Histoire, et excelloit dans le paysage qu'il touchoit d'une grande manière. L'*Enlèvement de Proserpine*, qu'on admire au Palais-royal, est un des fruits de son pinceau.
ZWICKER, (Daniel) Socinien du XVIIe siècle, après s'être attaché fortement aux erreurs des Frères Polonois, se rapprocha insensiblement des Remontrans, qui, en attaquant plusieurs dogmes principaux de la religion, empruntoient le voile de la conciliation et de la paix. Un fonds d'humanité et de douceur, dit-on, jeta *Zwicker* dans le système de la tolérance, tant célébré par les Arméniens. Il crut que la *Raison*, l'*Écriture-sainte* et la *Tradition* devoient être le point de réunion des Chrétiens de tous les partis. Il proposa son système dans son *Irenicon Irenicorum*, qu'il publia en 1658, in-8°. Cet ouvrage souleva tous les Protestans. L'auteur défendit son sentiment dans un autre in-8°, publié en 1661, sous ce titre: *Irenicomastix victus et constrictus... Comenius, Hoornbeck* et les autres à qui il répondoit dans ce dernier ouvrage, ne se crurent pas vaincus, et répliquèrent. Il crut les réduire au silence par un 3e volume, qu'il publia en 1677, et qu'il intitula: *Irenicomastix victus et constrictus, imò obmutescens*, in-8°. Ses adversaires se turent en effet, ennuyés apparemment du combat. Ces trois Pièces réunies sont regardées comme le corps de doctrine des conciliateurs. Elles sont peu communes, sur-tout la dernière. Elles forment étant rassemblées, 2 vol. in-8°. I. ZWINGER, (Théodore) savant médecin, naquit à Bichoffszell dans le Turgow, d'une sœur de *Jean Oporin*, fameux imprimeur. Il enseigna dans sa patrie le grec, la morale, la politique et la médecine. Son nom a été longtemps célèbre par une énorme compilation intitulée: *Le Théâtre de la Vie humaine*, Lyon, 1656, 8 vol. in-fol. Elle avoit été commencée par *Conrard Lycosthène*, son beau-père; et elle fut augmentée par *Jacques* SWINGER son fils. Ce savant mourut en 1588, à 54 ans, et son fils en 1610.
II. ZWINGER, (Théodore) fils de *Jacques*, né en 1597, eut d'abord du goût pour la médecine; mais après être revenu d'une grande maladie, il se détermina à la théologie. En 1627, il fut fait pasteur de Saint-Théodore. Il eut occasion d'allier ces fonctions avec celles de médecin, durant la peste qui affligea la ville de Bâle en 1629. Ce savant mourut en 1651, après avoir publié plusieurs ouvrages de controverse, qu'on ne lit plus. Son fils *Jean* ZWINGER, professeur en grec et bibliothécaire de Bâle, mort en 1696, marcha sur les traces de son père.
III. ZWINGER, ( Théodore ) fils de Jean, fut professeur d'éloquence, de physique et de médecine à Bâle, où il finit sa carrière en 1724. On a de lui : I. *Theatrum Botanicum*, Basilee, 1690, in-fol. en allemand. II. *Fasciculus Dissertationum*, 1710, in-4.º III. *Triga Dissertationum*, 1616, in-4.º IV. *Le Théâtre de la Pratique Médicinale*. V. Un *Dictionnaire* latin et allemand. VI. Une *Physique* expérimentale. VII. Un *Abrégé* de la Médecine d'Etudier. VIII. Un *Traité des Maladies des Enfans*. Ces ouvrages sont en latin.
IV. ZWINGER, ( Jean-Rodolphe ) frère du précédent, né à Bâle en 1660, mort en 1708, professa long-temps la théologie. Il étoit fort versé dans l'histoire, et assez habile théologien, mais très-prévenu en faveur des opinions de sa secte. Outre quelques *Thèses* et quelques *Sermons*, on a de lui un *Traité* allemand, intitulé : *L'Espoir d'Israël*.
ZUYLIGHEM, ( Constantin Huyghens, seigneur de ) mort en 1687. *Voy*. HUYGHENS, n° 1.
ZUYREN ( Jean de ) imprimeur à Harlem en 1661, mérita par ses lumières et sa probité d'être nommé échevin et consul de sa patrie. On lui doit une *Dissertation* sur l'origine de l'imprimerie.
ZYLIUS, ( Otho ) jésuite, né à Utrecht en 1568, mort à Malines le 15 août 1656. On lui attribue des conversions éclatantes, entr'autres celle d'un prince de la maison des Deux-Ponts, qu'il ramena à l'Eglise catholique. Ce Père étoit bon poète, et très- versé dans les langues grecque et latine. On a de lui : I. *Des Vies* de plusieurs Saints, qu'il a traduites de divers manuscrits grecs, et qui ont été insérées dans les *Acta Sanctorum*. II. *Hist. Miraculorum B. M. Sylvaducensis*, Anvers, 1632, in-4.º III. *Cameracum obsidione liberatum*, poème imprimé à Anvers, 1650, in-4.º, et à la suite des Poésies du P. *Hoschius*, de l'édition de 1656. I. ZYPŒUS, ou VANDEN-ZYPE, ( François ) naquit à Malines en 1580. Ses succès dans l'étude du Droit, le firent appeler par *Jean le Mire*, évêque d'Anvers, qui le fit son secrétaire particulier, ensuite chanoine, official, et archidiacre de sa cathédrale. C'étoit un homme d'esprit, de mœurs douces, et très-profond dans la connoissance du Droit civil et canonique. Il a composé sur ces matières plusieurs Ouvrages latins estimés, que l'on a recueillis en 2 volumes in-fol. à Anvers, chez Jérôme et *Jean-Baptiste Verdussen*, en 1645. *Zypæus* mourut en 1650, à 7 ans.
II. ZYPŒUS, ( Henri ) frère du précédent, né à Malines en 1577, embrassa la Règle de Saint-Benoit dans le monastère de Saint-Jean, à Ypres. En 1616, il fut fait abbé de Saint-André, près de Bruges, avec le droit de porter la mitre, qu'il obtint le premier en 1623. *Zypæus* rétablit la discipline dans son monastère, et répara les désordres que les hérétiques y avoient causés. Sa mort, arrivée en 1659, dans la 83e année de son âge, fut digne d'un Chrétien et d'un Re- ligieux. Son principal Ouvrage est intitulé : *Sanctus GREGORIUS Magnus, Ecclesiae Doctor, primus ejus nominis Pontifex Romanus, ex nobilissima et antiquissima in Ecclesia Dei familia Benedicta oriundus*, à Ypres, 1611, in-8.° Ce livre, en faveur du monachisme de *S. Grégoire*, est contre *Baronius*. Il y a de l'érudition ; mais ses preuves ne sont pas toujours concluantes. L'auteur s'échauffe autant sur cette question inutile, qu'un gentilhomme campagnard sur les illustrations de sa race. Il importe assez peu que *S. Grégoire* ait été Bénédictin, ou non, pourvu qu'il ait servi l'Église avec zèle, et soulagé l'indigence avec ardeur. Les hommes sont recommandables aux yeux du Sage, non par l'habit qu'ils portent, mais par les vertus qu'ils pratiquent. ( 593 )
**BENEZECH**, (N.) né à Montpellier de parens aisés, reçut une bonne éducation, et sut en profiter. Il étoit à Versailles au commencement de la révolution, à laquelle il prit part avec la modération d'un homme froid, mais fin, qui veut mettre à profit les circonstances et non les accélérer par des manœuvres précipitées ou mal-honnêtes. D'abord administrateur du département de Seine et Oise en 1791, ensuite commissaire général des armes et poudres, il fut nommé ministre de l'intérieur le 11 novembre 1795. Paris étoit sans pain; il fit re- naître la confiance, et la disette cessa. Les injures de quelques journaux l'avoient déterminé à donner sa démission qu'on ne voulut point accepter. Immédiatement après, il publia une proclamation très-bien écrite, dans laquelle il engagea les administrations centrales à réprimer les déprédations qui se commettoient dans les campagnes, et il se rendit à Bruxelles pour rétablir le commerce et la marine dans la Belgique. A son retour en 1797, il quitta le ministère; mais *Bonaparte* employa ses talens, après le 18 brumaire an 8, et l'envoya en qualité de préfet colonial, à St-Domingue. Il avoit fait déjà beaucoup de bien, lorsqu'une maladie causée par ses travaux et le climat, l'enleva en l'an 10. Quoiqu'il eût occupé des places lucratives, il ne laissa qu'une fortune médiocre. Pendant son ministère, il ren- *Tome XII.* voya plusieurs fois au trésor public les sommes que lui présentoient les spéculateurs en affaires et en finances. Un arrêté du gouvernement du 14 fructidor an 11, a accordé une pension de 900 fr. à chacune des deux filles de ce ministre.
**BICHAT**, (Marie-François-Xavier) professeur et médecin de l'hôtel-Dieu de Paris, commença ses études dans l'hôpital de Lyon; et y suivit les leçons de M. *Petit*, chirurgien aussi distingué par ses talens que par l'aménité de son caractère. Après le siège de cette ville, *Bichat* craignant d'être enveloppé dans la proscription des vaincus; se réfugia à Paris, et eut le bonheur d'y trouver un homme digne de l'apprécier, dans le célèbre *Desault* dont il devint bientôt le collaborateur et l'ami. Celui-ci, renommé dans l'art de l'enseignement, faisoit ses leçons d'abondance et sans en écrire aucune; il pria *Bichat* de le suivre dans tous ses cours, auprès du lit de ses malades, et de rédiger ses observations. Ce travail ne fut pas le seul dont *Bichat* s'occupa: il a publié successivement, I. Six *Mémoires* sur des objets intéressans dans le *Recueil* de la Société médicale. II. Un *Traité des membranes* qui, dès qu'il parut, mérita par sa précision et sa clarté d'être regardé comme un ouvrage classique. III. Des *Recherches physiolo-* P p 594 BOU giques sur la vie et la mort, 1799, in-8.º L'auteur y réduisit en doctrine les principes qu'il développait dans son cours de physiologie, toujours suivi par un grand nombre d'auditeurs. IV. L'Eloge de *Desault*, inséré dans le IVe volume du Journal de chirurgie. C'est un juste hommage rendu par l'amitié au savoir. *Bichat* suivit de près dans le tombeau celui qu'il venait de célébrer. Il est mort le 3 thermidor an 10, à l'âge de 31 ans. Son convoi fut suivi par tous les professeurs et les élèves de l'école de Médecine, au nombre de plus de cinq cents. Aussitôt *Bonaparte* écrivit au ministre de l'intérieur cette lettre si honorable pour ceux qui en furent l'objet : « Je vous prie de faire placer à l'hôtel-Dieu un marbre dédié à la mémoire des Cité. *Desault* et *Bichat*, qui atteste la reconnaissance de leurs contemporains pour les services qu'ils ont rendus, l'un à la chirurgie Françoise dont il est le restaurateur; l'autre à la médecine qu'il a enrichie de plusieurs ouvrages utiles. *Bichat* eût agrandi le domaine de cette science. » En effet, comme l'a dit M. *Corvisar*, nul plus que ce dernier n'avoit donné de si grandes espérances et des gages moins équivoques de ce qu'il pouvoit et devoit faire.
BOUCHAUD, (Matthieu-Antoine) né à Paris le 16 avril 1719, se fit recevoir avocat au parlement. Il suivit pendant quelques années son état avec distinction et quitta la plaidoirie pour professer le droit de la nature et des gens au collège de France, et suivre avec plus de loisir ses travaux sur l'histoire de la jurisprudence des peuples anciens. Après avoir débuté dans la littérature par quelques articles insérés dans les tomes III et IV de l'*Encyclopédie*, et par la traduction de quelques pièces dramatiques d'*Apostolo-Zeno*, il publia en 1763 un *Essai* sur l'ancienne poésie rythmique, et en 1770 de savantes *Recherches* sur l'impôt du vingtième et celui sur les marchandises chez les Romains. Ces écrits firent recevoir l'auteur à l'académie des Inscriptions, d'où il passa ensuite à l'Institut national. Il est mort au commencement de l'an 12, justement regretté de ceux qui suivent ses leçons et de ses collègues. Outre les écrits que nous venons de citer; on lui doit encore, I. La Traduction du roman anglois de *Julie Mandeville*, 1764, in-12, et deux *Essais historiques* sur les Lois. II. *Théorie* des traités de commerce entre les nations, 1777, in-12. III. *Commentaire* sur la loi des douze Tables, 1785, in-4.º Il est précis, savant, enrichi de notes curieuses. IV. *Antiquités poétiques*, in-8.º V. L'auteur a laissé un manuscrit prêt à être publié, et intitulé: *Antiquités* de la Législation Romaine.
BOUILLÉ, (N. de) né en Auvergne d'une famille distinguée par ses services militaires, entra d'abord dans les dragons, devint ensuite colonel du régiment de Vexin et gouverneur des Isles Françoises sous le vent en Amérique. Dans la guerre faite par la France à l'Angleterre pour assurer l'indépendance des États-Unis, il montra autant de courage que d'intelligence. Dès 1778, il s'empara de la Dominique par un coup de main audacieux; cette Isle, située à égale distance de la Martinique et de la Guade- loupe, les menace également en temps de guerre; il devenoit donc très-important pour la France d'en faire la conquête. Aussi, dès que Bouillé fut informé que les hostilités avoient com- mencé en Europe, il prit sur- le-champ la résolution de s'en emparer. Sans se laisser effrayer par la supériorité des forces na- vales Angloises dans ces parages, il rassemble 1800 hommes avec autant de promptitude que de secret, s'embarque avec eux, met pied à terre auprès des deux prin- cipaux forts de la Dominique dont il se rend maître l'épée à la main, sans perdre un seul homme; et par le succès de cette attaque imprévue, force le gou- verneur Anglois à capituler et à évacuer l'isle. En 1781, le gé- néral François instruit de la sé- curité de l'ennemi à Saint-Eus- tache et de la négligence de la garnison, s'embarque encore avec 1200 hommes, aborde de nuit dans l'isle avec quatre cents, ayant été séparé du reste de ses troupes par un coup de vent. Dans cette position, privé de tout moyen de retraite, il ne songea point à se retrancher en cas d'attaque; mais devenant agresseur, il fait une marche rapide de deux lieues, entre dans les casernes, surprend les sol- dats, fait prisonnier le gouver- neur Cockburn, et s'empare de l'isle que les Anglois avoient mise dans le meilleur état de défense. Après avoir déployé dans cette attaque beaucoup de présence d'esprit, il eut la générosité de faire rendre aux Hollandois un million qu'ils y avoient mis en dépôt, et 274 mille livres que Cockburn réclama comme sa seule propriété. Cette conquête fut suivie de celle des isles de Saba, de Saint-Martin et de Saint- Christophe. En récompense de ces exploits, Bouillé fut nommé lieutenant général des armées Françoises, et il commandoit en Lorraine en cette qualité au com- mencement de la révolution. La garnison de Metz entra en in- surrection, il la calma et sauva la vie à M. de Pont intendant de la province. En 1790, celle de Nancy se souleva contre ses chefs, Bouillé s'avança contre elle et la fit rentrer dans son devoir. Choisi bientôt après par Louis XVI, pour favoriser son évasion de Paris, il fut trompé par de faux avis et ne parut point; son fils qui commandoit un corps de troupes destiné à protéger la marche du monarque fugitif, s'é- gara dans les bois. Bouillé cou- rut de grands dangers pour sortir de France. Décrété d'arrestation par l'Assemblée, il se réfugia en Angleterre où il est mort depuis peu de temps. Il est auteur de Mémoires sur la Révolution Fran- çoise, publiés en 1797, deux vol. in-8°; ils sont écrits avec cha- leur et se font lire avec intérêt. L'auteur y paroit même plus mo- déré et plus impartial qu'on ne s'y attend d'après sa conduite, son opinion connue et le malheur de son exil.
BRONGNIART, (Auguste- Louis) vint jeune à Paris où son application à l'étude de la chimie et ses connoissances dans cette science, le firent choisir pour la professer; il s'en acquitta avec autant de clarté que d'intérêt. Il est mort à Paris le 4 ventôcé P p 2 596 BRU de l'an 12, après avoir publié plusieurs Mémoires dans les Journaux et un Tableau analytique des combinaisons et des décompositions de différentes substances par les procédés de la chimie, 1778, in-8.º — BRUNCK, (Richard-Philippe-Fréderic) né en 1719, mort en prairial de l'an 11, fut nommé commissaire ordonnateur des guerres et résida à Strasbourg. Sa profonde connaissance de la langue grecque, les superbes éditions qu'il publia à ses frais, les ouvrages savans dont il fut auteur, le firent recevoir associé de l'académie des Inscriptions, et ensuite de l'Institut national. On lui doit les éditions d'Anacréon, d'Eschyle, d'Apollonius de Rhodes, d'Aristophane, de Sophocle, de Virgile : toutes sont corrigées d'après la vérification des plus anciens manuscrits et les notes des plus célèbres érudits. Brunck a publié encore : I. Analecta veterum Poëtarum Græcorum, 4 vol. in-8.º Ce recueil a obtenu plusieurs éditions dont la dernière est de 1785. II. Gnomici Poæta Græci, 1784, in-8.º L'auteur réunissait à l'érudition les vertus sociales, la franchise, la bienfaisance et la probité. — CALONNE, (Charles-Alexandre de) fit ses études dans l'Université de Paris et fut destiné par sa famille à la magistrature. Après avoir suivi pendant quelque temps le barreau comme avocat, il devint successivement procureur général du parlement de Douay, maître des requêtes, intendant de Metz et contrôleur général des finances. Il succéda à M. Necker dans cette dernière place, et commença sa carrière administrative par des règlements qui, sans grèver le trésor public, annoncèrent de la bienfaisance. Une première déclaration réduisit d'un dixième les droits imposés sur le sucre, le café et la cire; une autre accéléra le paiement des rentes. Le ministre fit alors tous ses efforts pour engager les Hollands à retirer leurs fonds de la banque d'Angleterre et à les verser dans les emprunts ouverts en France; mais il ne put les y décider. Les dépenses extraordinaires de la cour, les revenus consommés par anticipation, l'abus des pensions exhorbitantes, une guerre coûteuse pour soutenir les Américains, des emprunts trop onéreux, avoient avant son entrée au ministère produit de la gêne dans les payemens du trésor public, et commencé le déficit de la recette de l'Etat; Calonne l'accrut par sa prodigalité personnelle, son envie d'obliger, sa facilité à se prêter à des dépenses que devait réprouver l'économie la plus sévère. Le contrôleur général provoqua la première assemblée des Notables qui ne servit qu'à découvrir le mal sans y apporter de remède, à inspirer les craintes d'une banqueroute plus qu'à les calmer, et à faire naître le discrédit et l'inquiétude générale. Louis XVI dès-lors retira sa confiance au ministre et l'exila en Lorraine: ce dernier se retira en Angleterre en 1790. Là il s'occupa plus que jamais d'écrits politiques sur le gouvernement François, les finances de l'Angleterre et celles de sa patrie. De retour à Paris après les orages révolutionnaires, il y est mort le 8 brumaire an 11 à l'âge de 67 ans. Ses écrits ont pour titre, I. *Essai* sur l'Agriculture, 1768, in-12. II. *Observations* sur plusieurs matières du droit civil et coutumier, 1784, in-4.º III. *Correspondance* de M. *Necker* avec M. de *Calonne*; *Réponse* de ce dernier, 1787 et 1788, deux vol. in-8.º IV. De l'État de la France présent et à venir, 1790, in-8.º; c'est l'un des meilleurs ouvrages de l'auteur : il s'y montre publiciste éclairé et il prédit nos désastres. V. De l'État de la France, tel qu'il peut et qu'il doit être, 1790, in-8.º VI. *Observations* sur les finances, in-4.º VII. *Tableau* de l'Europe au mois de novembre 1795, in-8.º VIII. Des *Finances publiques* de la France, 1797, in-8.º IX. *Lettre* à l'auteur des *Considérations* sur l'état des affaires publiques, 1798, in-8.º En général, quelle que soit la sécheresse des objets traités par l'auteur, il les embellit par les charmes d'un style élégant et facile, et attache à leur développement par la clarté de la discussion, la modération dans les reproches qu'il croit devoir faire, et la bonne foi qui semble le guider dans toutes les vues qu'il présente. Lors même que le lecteur et l'homme d'état ne les adoptent pas, ils ne peuvent s'empêcher de reconnoître dans *Calonne* l'un des meilleurs écrivains en finance et en économie politique du siècle qui vient de finir.
CAMBACÉRÈS, (N.) archidiacre et chanoine du chapitre de Montpellier, naquit dans cette ville en 1722. Des talens distingués pour la chaire le firent nommer prédicateur du roi, et dans ses dernières années archevêque de Rouen. Il est mort le 6 novembre 1802, après avoir publié : I. *Panégyrique de Saint Louis*, 1768, in-4.º II. Des *Sermons*, 1781, 3 vol. in-12. On y trouve les vérités de la Religion et les maximes de l'Évangile développées avec autant de clarté que d'éloquence. L'autorité des Livres saints s'y réunit aux lumières de la raison ; et l'orateur est supérieur à beaucoup d'autres lorsqu'il cite les Chrétiens à ce tribunal de sentiment et de conviction que nous portons tous au dedans de nous. Les vertus de *Cambacérès* éga-loient ses talens ; il étoit enclé du second consul de la République.
CARACCIOLI, (Louis-Antoine) né à Paris, embrassa la profession militaire et devint colonel au service de Pologne. Après l'avoir quitté, il voyagea en Italie et revint ensuite dans sa patrie, où il ne s'occupa plus que de littérature ; il y est mort à 80 ans le 9 prairial an 11. Ses écrits sont très-nombreux, et ont la plupart la morale ou l'histoire pour objet. Les premiers sont intitulés : *Caractères de l'Amitié*, in-12 ; *Conversation avec soi-même*, in-12 ; *Jouissance de soi-même*, in-12 ; le *Véritable Mentor*, in-12 ; de la *Grandeur d'Ame*, in-12 ; *Tableau* de la Mort ; de la *Gaité* ; *Langage* de la Raison ; *Langage* de la Religion ; *Religion* de l'honnête homme ; l'*Année Sainte* ; *Diogène à Paris* ; de la *Vraie manière d'élever les princes*, 1788, 2 vol. in-12. Les seconds sont : les *Vies* du cardinal de *Berulle*, du Père de *Condern* de l'Oratoire, P p 3 de *Benott XIV*, de *Clément XIV*, de *Mad. de Maintenon*, d'*Young*, de *Suger*, d'*Erasme*, de l'Empereur *Joseph II*. Chacune de ces Vies forme un volume in-12. *Caraccioli* a publié encore les écrits suivans : I. *Inoculation* du bon Sens. II. *Gazette* de l'*Olympe*. III. *L'Empire de Zaziris*. IV. *Lettres recréatives et morales*, 1767, 4 vol. in-12 ; on les lit avec plaisir et elles ne manquent ni de goût, ni d'intérêt. V. *Dictionnaire pittoresque et sententieux*, 1768, trois vol. in-12. VI. *L'Agriculture simplifiée* selon les règles des Anciens, 1769, in-12. VII. *Voyage de la Raison en Europe*, 1770, in-12. VIII. *Paris modèle des Nations*, 1776, in-12. IX. *Les Nuits Clémentines*, 1778, in-12 ; c'est la traduction d'un poème italien sur la mort de *Clément XIV*. X. *Entretiens* du Palais-Royal, 1788, 4 vol. in-12. XI. *Lettres* du Palais-Royal, in-12. XII. *Confessions des années 1786 et 1787*, in-12. XIII. *Almanach* de la Samaritaine. XIV. *Les Adieux* du quai de Gèvres. XV. *La petite Lutèce* devenue grande fille, deux vol. in-12. XVI. *La Négresse couronnée*, in-12. XVII. *Victorine*, in-12. XVIII. *Lettres* d'un Indien, deux vol. in-12 ; ces trois derniers écrits sont des romans. XIX. *L'ouvrage* le plus remarquable de *Caraccioli* a pour titre : *Lettres Intéressantes du pape Clément XIV*, (*Ganganelli*) traduites de l'italien et du latin, 4 vol. in-12. Elles sont pleines de finesse, d'agrément, d'une douce philosophie qui n'exclud point les préceptes de la morale et de la religion. Les meilleures sont écrites à un jeune homme pour le ramener de ses égaremens, à un nouvel évêque sur les devoirs de l'épiscopat, à un orateur sur l'Oraison funèbre de *Benott XIV* et le Panégyrique de *St. Paul*. Ces Lettres parurent si supérieures aux autres écrits de *Caraccioli*, que l'on a soupçonné long-temps qu'elles étoient véritablement de *Ganganelli* ; mais plusieurs objections s'opposent à cette opinion : 1.º Ce dernier y dit qu'en entrant au conclave, il a pris un conclaviste François ; ce qui est faux ; 2.º Dans une lettre datée de 1752, il invite un voyageur à visiter les ruines d'Herculanum qui n'ont commencé à être découvertes qu'en 1758 ; 3.º Dans une autre, datée de 1756, il cite avec éloge les poésies de *Gessner*, et celui-ci n'avoit encore rien publié à cette époque ; 4.º En comparant le style des Brefs du pape avec celui des Lettres, le premier est très inférieur à l'autre ; 5.º Enfin, on a vainement prié *Caraccioli* de déposer dans un lieu public les originaux de ces lettres, il n'a jamais pu se rendre à cette invitation publique. Il est étonnant cependant que cet auteur ait constamment voulu se départir en faveur d'un autre de son plus beau titre à la réputation littéraire.
CLAIRON, (Claire-Josèphe-Hippolyte Leyris de la Tude, connue sous le nom de) naquit à Paris en 1724, de parens pauvres. En voyant de sa croisée Mlle *Dangeville* de la comédie Françoise répéter ses rôles dans son appartement, elle prit du goût pour le théâtre et débuta aux Italiens le 8 janvier 1736, par le rôle de soubrette dans l'*Isle des Esclaves*. Ce n'e fut qu'en 1743 qu'elle parut au théâtre D U M 599 François, où elle joua *Phèdre* avec tant de noblesse et de succès que depuis ce temps, nulle autre actrice ne l'égala dans les rôles de *Reine*. La majesté de sa figure, la beauté de son organe et la perfection de son jeu captivèrent l'admiration. Ses relations avec *Voltaire* contribuèrent aussi à accroître sa célébrité. C'est à elle que l'on doit l'observance exacte du costume, suivant les personnages et les siècles, et d'avoir débarrassé la scène d'une foule de spectateurs incommodes qui la remplissaient. Elle fit réussir la tragédie des *Troyennes* de *Châteaubrun*, par la manière supérieure dont elle débitoit les prophéties de *Cassandre* dans le rôle de ce nom. Depuis, on a vainement tenté de remettre cette pièce au théâtre, elle n'a eu aucun succès, parce qu'on n'a pu lui rendre l'actrice qui lui donnoit tant d'intérêts. Ce fut en 1765 et dans le cours des premières représentations du *Siège de Calais* qu'elle quitta le théâtre, n'ayant pas voulu jouer avec le comédien *Dubois*, malgré la demande réitérée du parterre et l'indignation qu'il témoigna de son refus. Mlle *Clairon* prévoyant une punition, alla chercher un asile chez Mad. de *Sauvigni*, intendant de Paris, qui avoit beaucoup d'amitié pour elle, et chez laquelle en effet elle fut arrêtée et conduite au Fort-l'Évêque. « La captivité de Mlle *Clairon*, suivant M. *Guérin*, dura quelques mois, pendant lesquels on s'étoit occupé des moyens de la mettre en liberté : on y étoit parvenu, mais à la condition qu'elle demanderoit pardon au public. Son orgueil qui ne supportoit pas une telle humi- liation, ne lui laissa d'autre moyen pour sortir de prison, que la demande de son congé *Apostolique* qui, ne pouvant lui être refusé sous aucun prétexte, suivant les lois, lui fut accordé sans délai. Les comédiens qui dans les cas ordinaires ne pouvoient obtenir leur retraite que trois ans après l'avoir demandée, afin que durant ce temps on pût former des sujets capables de les remplacer, n'éprouvoient jamais de retard dès que le congé avoit pour cause l'affaire du salut. Mais après une retraite ainsi motivée, il n'étoit plus permis à l'acteur de reparoire sur aucun théâtre. » Aussi Mlle *Clairon*, malgré le désir du public, ne s'y montra-t-elle jamais ; elle est morte le 11 pluviose de l'an 11 (31 janvier 1803) d'une chute qu'elle fit de son lit, après avoir publié des *Mémoires* sur sa vie très-bien écrits, où l'on trouve des anecdotes piquantes, jointes aux préceptes les plus utiles et les mieux raisonnés sur son art. Ce qui surprend, c'est que l'auteur malgré son esprit paroît y croire aux apparitions et aux revenans.
DUMESNIL. (Marie-Françoise) actrice célèbre dans la tragédie, fut la rivale de Mlle *Clairon*, et parut avec éclat sur le théâtre de Paris dans les rôles d'énergie et de fureur. Elle excelloit sur - tout dans ceux de *Cléopâtre* et de *Phèdre*. En admirant son jeu, elle fit oublier et les ravages de la vieillesse et des traits peu agréables. Elle quitta le théâtre dans un âge très-avancé, et survécut à son talent. Le dernier rôle où elle en ait fait briller encore des étincelles 600 FRÉ a été celui de *Marguerite* dans la tragédie de *Warwick*, en 1763. Depuis ce temps, on lui a souvent appliqué ce vers : *Simiromis* n'est plus que l'ombre d'elle-même. Cette actrice, a-t-on dit, fit voir ce que peut le pathétique et combien il peut excuser de défauts ou suppléer de qualités. Elle n'avoit jamais eu ni voix, ni figure; mais dans les mouvements de l'âme elle avoit une vérité qui enlevoit tous les suffrages. Elle est morte à Paris au mois de février 1803. On lui a attribué des *Mémoires* en réponse à ceux d'*Hippolyte Clairon*, 1799, in-8°; ils sont inférieurs à ceux-ci : cependant leur lecture intéresse soit par les principes de l'art dramatique qu'ils développent, soit par les anecdotes qu'ils renferment.
FRÉRON, (Stanislas) fils d'*Elie - Catherine Fréron*, eut pour parrain *Stanislas* roi de Pologne, et fut élevé à Paris au collège de Louis-le-Grand, où se trouvoit aussi *Robespierre* dont il devint successivement le collègue, l'admirateur et l'ennemi. Après la mort de son père, il continua avec son oncle l'abbé *Royou* le Journal de l'*Année littéraire*, et en 1789 il rédigea celui intitulé l'*Orateur du Peuple*. Par ses principes anti-monarchiques et ses désirs exagérés d'une liberté indéfinie, il obtint le dangereux honneur de siéger à la Convention. Envoyé en mission dans les départements du midi et près des armées, il s'y montra cruel et sanguinaire; Toulon et Marseille garderont long-temps le souvenir des vic- times dont il favorisa le meurtre, et les traces des démolitions qu'il y ordonna. De retour à la Convention, *Fréron* devint suspect à *Robespierre*, et se déclara dès-lors contre lui avec une énergie remarquable et qui contribua beaucoup à la chute de ce dernier. Après la session, le Directoire l'envoya en qualité de sous-préfet à Saint-Domingue, où il est mort après une maladie de six jours, dans le cours de l'an 11. *Fréron* écrivoit avec pureté et force. Outre les Journaux dont il fut le rédacteur, on a de lui plusieurs pièces fugitives insérées dans l'*Almanach des Muses*, et un *Mémoire historique* sur la réaction et les massacres du midi, 1796, in-8°.
GUÉNÉE, (Antoine) né dans les environs de Sens, embrassa l'état ecclésiastique, et vint professer à Paris avec distinction la rhétorique au collège du Plessis. Ses profondes connoissances en histoire et dans les langues anciennes firent bientôt remarquer les écrits qu'il publia. Il est mort dans ces derniers temps, regretté des pauvres qu'il soulageoit et des hommes de lettres dont il fut le guide et l'ami. Ses principaux ouvrages sont : I. *La Religion Chrétienne démontrée par la conversion et l'apostolat de St. Paul*, 1754, in-12. C'est une traduction de l'ouvrage anglois de *Littleton*, suivie de deux *Dissertations* sur l'excellence de l'Écriture Sainte, traduites de *Jer-Séedi*. II. *Lettres* de quelques Juifs Portugais à M. de *Voltaire*, 1776, 3 vol. in-12. Cet écrit a eu trois éditions antérieures; *Guénée* y venge les Juifs des reproches que M A L 601 lui fait trop souvent à tort l'auteur de la *Henriade*. « Nul peuple, dit *Palissot*, n'est méprisable aux yeux de la vraie philosophie, et la nation Juive porte plus qu'aucune autre un caractère qui la rend digne d'être observée; c'est l'avantage d'être incontestablement la mère de deux religions qui couvrent la face du globe: la Chrétienne et la Musulmane. Dans l'état même d'abaissement où ce peuple est descendu, il a encore des droits, non-seulement aux égards de la philosophie, mais à la reconnaissance des nations par la découverte des lettres de change: jamais l'industrie ne tira de l'oppression une ressource plus heureuse; car on sait que les lettres de change sont au commerce ce que la boussole est à la navigation. » De la solidité dans le raisonnement, un rapprochement heureux dans les preuves, de la sagesse dans la discussion, de l'élégance dans le style, et sur-tout un ton de modestie et d'honnêteté qui feroit pardonner à l'erreur et qui sied si bien lorsqu'on a raison, distinguent la production de l'abbé *Guénée*: celle-ci a fait également honneur à ses lumières, à son talent et à son caractère. — LASALLE, (Philippe de) né à Seyssel, vint très-jeune à Lyon, où il suivit l'école de *Sarrabat*. Envoyé à Paris pour s'y perfectionner dans l'étude du dessin, il acquit l'amitié de *Boucher* qui le plaça dans le nombre de ses élèves de prédilection. Le jeune *Lasalle* de retour à Lyon, appliqua son génie aux manufactures de soie et à l'art qui en nuance les couleurs; il devint bientôt l'assouié et le gendre du négociant chez lequel il s'étoit placé. « Là, dit un Rapport fait au Conseil de commerce de Lyon, il sut le premier répandre avec une noble profusion et un choix plein de goût l'émail de nos fleurs sur nos étoffes; les plantes sembloient y conserver le mouvement de la végétation, par l'élégance du jet et par la pureté des formes; les oiseaux, les insectes animoient ses compositions; de frais paysages signaloient sous sa main la puissance de l'art; et l'on vit les tissus embellis par ses dessins, recherchés par les souverains de l'Europe pour l'ornement de leurs palais. » Un métier ingénieux qui facilite la main d'œuvre et offre les moyens d'exécuter toutes les conceptions du dessinateur et d'autres inventions utiles en mécanique, lui obtinrent en 1773, le prix des artistes; c'étoit alors le cordon de *Saint-Michel*. La révolution vint altérer le bonheur et la fortune de *Lasalle*; il se retira dans une maison de campagne près de Lyon, d'où il ne sortit, dans les derniers jours de sa vieillesse, que pour venir donner à cette ville qu'il avoit adoptée pour patrie les matrices de ses machines, les modèles d'un métier propre à mieux fabriquer la soie, ceux d'un tour et d'un moulin pour l'ouvrir, d'un hamac ingénieux qu'il fit exécuter et qui offre le moyen de présenter tous les mouvements et toutes les situations que le chirurgien peut désirer pour le pansement des estropiés.
MALKIN, (Thomas-Guillaume) né en Angleterre, fut un enfant précoce. A l'âge de six ans et demi, il possédoit sa langue et l'écrivoit; il expliquait 602 MOR tous les ouvrages de *Cicéron*, et savoir assez parfaitement la géographie pour faire de mémoire et à la main, des cartes remarquables par leur netteté et leur précision. Il dessinoit avec goût, et a écrit un petit Roman politique ayant pour objet la description d'une contrée imaginaire, à laquelle il a donné un gouvernement et des lois. *Malkin* est mort dans le cours de l'an 11, à Hackney, âgé de 7 ans. Sa tête a été ouverte après sa mort, et on a trouvé sa cervelle plus volumineuse que celle des autres enfans.
MOREAU, (Jacob-Nicolas) né à Saint-Florentin le 20 décembre 1717, fut reçu avocat et ensuite conseiller à la cour des aides de Provence. Il quitta jeune les fonctions de la magistrature pour suivre avec plus de liberté son goût pour les lettres. Venu à Paris, il s'y fit bientôt connoître par ses écrits, fut nommé historiographe de France, et chargé de rassembler près du contrôle général les chartres, les monumens historiques, les édits et déclarations qui avoient formé successivement la législation françoise, depuis *Charlemagne* jusqu'à nos jours. Cette collection immense et bien faite fut confiée à sa garde, sous le titre de *Dépôt des Chartres et de Législation*. Il est mort, non pas décapité pendant la révolution comme l'a annoncé un biographe, mais naturellement à Chambouci près de Saint-Germain-en-Laye, le 10 messidor de l'an 11. Ses écrits ont été nombreux. Les plus remarquables sont : I. *L'Observateur Hollandois*. C'est une espèce de jour- nal politique contre l'Angleterre, divisé en quarante-cinq lettres écrites avec sagesse et beaucoup de connaissances dans la politique de l'Europe. II. *Mémoire* pour servir à l'histoire des *Cacouacs*, 1757, in-12. Cet écrit piquant et rempli d'une ironie fine et agréable, attira à son auteur quelques ennemis parmi les philosophes anti-religieux. III. *Mémoires* pour servir à l'histoire de notre temps, 1757, 2 vol. in-12. IV. *Examen* des effets que doit produire dans le commerce l'usage et la fabrication des toiles peintes, 1759, in-8. V. *Le Moniteur François*, 1760, in-12. VI. *Les Devoirs d'un Prince* réduits à un seul principe, 1775, in-8. Cet ouvrage a été réimprimé en 1782, et méritoit de l'être. Il fit honneur à l'éloquence et au courage de l'auteur. « On vit, dit un écrivain, un simple particulier opposer noblement la liberté de ses leçons aux flatteries des courtisans, et la sévérité de ses principes à ce torrent de corruption qui commençoit dès-lors à déborder de toutes parts, et devoit bientôt engloutir à la fois et les flatteurs et les flattés. » VII. *Exposé* historique des administrations provinciales, 1789, in-8. VIII. *Exposition* de la monarchie françoise, 1789, 2 volum. in-8. IX. *Principes de Morale politique et du Droit public ou Discours* sur l'histoire de France, 21 vol. in-8. Ils ont été publiés de 1777 à 1789, et présentent des tableaux de notre histoire depuis *Clovis* jusqu'à *Louis IX*. « L'auteur, ajoute l'écrivain déjà cité, comparant les siècles les uns aux autres, N O O 603 démontre par les faits que la morale doit être la loi fondamentale des états ; qu'avec elle ils s'élèvent et prospèrent, comme sans elle ils périssent et s'affaissent sans retour ; que l'iniquité est le fléau de celui qui la commet, ainsi que la ruine de celui qui la sert ; politique sublime qui garantit tout à la fois et l'autorité de ceux qui gouvernent et la sureté de ceux qui sont gouvernés. *Moreau* ne sépare jamais dans cet ouvrage la cause des peuples de celle des princes. En défendant d'une main le pouvoir unique, il repoussoit de l'autre toute idée d'oppression. Son principe étoit que tout devoit être fait pour *le peuple*, et *rien par le peuple*, parce que son premier besoin est d'être gouverné, et que le plus heureux emploi qu'il puisse faire de sa force, c'est de s'en dessaisir. » Malgré cet éloge, *Moreau* fut vivement accusé dans le temps de n'avoir écrit que sous l'influence ministérielle, et pour favoriser par ses recherches l'accroissement du pouvoir arbitraire, de n'avoir vu comme état heureux pour les François que celui d'être esclaves, en son mettant leurs propriétés et leurs lois à la volonté absolue du chef. Il faut l'avouer ; ce reproche qui empêcha l'auteur d'être reçu à l'académie Françoise, fut sans doute trop sévère, mais il n'est pas dépourvu de fondement ; et la lecture de ses Discours, quoique écrits avec pureté et élégance, fait naître cette opinion, et laisse dans l'âme un sentiment de tristesse et de découragement. *Moreau* eut des vertus sociales ; il aimoit à obliger, et il oublioit facilement l'injustice, quand elle le concernoit seul. Il fut bon père, bon époux, ami de la paix, de la religion et de son pays.
NOOMSZ, (N.) poète Holandois, a traduit avec succès un grand nombre de pièces françaises et angloises, et les a appropriées au théâtre de sa nation. Il est lui-même auteur de quelques-unes qui ne sont dépourvues ni d'intérêt ni de talent. En faisant les plaisirs du public, *Noomsz* ne fut point heureux. Il est mort en l'an 11, à l'hôpital d'Amsterdam, dans la plus extrême misère.