Description des principaux lieux de France — Édition 1789 — J.A Dulaure
DESCRIPTION DES PRINCIPAUX LIEUX DE FRANCE LIMOSIN --- Page 214 --- LIMOSIN. Tableau général du Limosin. GÉOGRAPHIE. Cette province, dont Limoges est la capitale, est bornée au nord par la Marche; au sud, par le Querci; à l'est, par l'Auvergne; & à l'ouest, par le Périgord & une partie du Poitou, qui la sépare de l'Angoumois. Elle a environ vingt-huit lieues dans sa plus grande longueur, sur dix-huit ou vingt dans sa largeur moyenne; ce qui fait environ cinq cent soixante lieues carrées. Cette province se divise en haut & bas Limosin; le haut s'étend entre les rivières de Vezère & de Vienne, & contient encore à la droite de cette dernière rivière un petit district où est située la ville de Limoges; de sorte que le haut Limosin comprend à peu près toute la partie de l'élection de cette capitale qui ne dépend pas de la Marche. Le bas Limosin est composé de l'étendue des élections de Tulles & de Brives, & ces deux villes se disputent la prérogative d'être capitale de cette partie de la province. HISTOIRE. Aucun Historien, avant César, n'avait fait mention du Limosin. Ce conquérant nous apprend dans ses Commentaires que cette province s'ormoit de son temps une partie de la Gaule déjà subjuguée par les Romains. DU LIMOSIN. 215 --- Page 215 --- Euric, Roi des Vifigoths, à la faveur de la trahison de Seronat, Gouverneur des Gaules, s'empara d'une grande partie de l'Aquitaine première, & dans le même temps du Querci, du Rouergue & du Limosin. Cette conquête fut rapide, & presque sans obstacle de la part des villes romaines de la Gaule; de sorte qu'en 472 il ne reftoit aux Romains, dans la première Aquitaine, que le Berri & l'Auvergne. Sous le règne de Clovis, le gouvernement des Francs succéda dans le Limosin, comme dans plusieurs autres pays, à celui des Vifigoths. Les Ducs d'Aquitaine, qui descendaient du Roi Charibert, fils de Clotaire II, furent Souverains de ce pays, dont le Limosin fit soit partie. Ces Princes légitimes furent contraints de reconnaître l'autorité des Maires du Palais. Charles Martel gagna la fameuse bataille de Poitiers sur les Sarrafins. Cette victoire & l'autorité royale qu'il usurpoit, ne satisfirent point son ambition; il fit, pour la seconde fois, la guerre au Duc Hunold, dans l'intention de s'emparer des vastes provinces qui composaient l'Aquitaine. Ses succès, ou plutôt ses ravages ne remplirent pas ses espérances. Son fils Pepin le Bref, premier Roi de la seconde race, poursuivit avec le même acharnement la conquête de l'Aquitaine, battit, à plusieurs reprises, le Duc Waifre, qui avait succédé à Hunold son père, & s'empara de ses vastes possessions. Ce malheureux Duc se vit, dans cette extrémité, abandonné de tout le monde; son oncle même, Remifian, quitta son parti pour embrasser celui de Pepin. O iv --- Page 216 --- DESCRIPTION Quelque temps après, Remistan revint auprès de son neveu, qui lui pardonna sa désertion, & le chargea du gouvernement des troupes que l'un & l'autre purent rassembler. Ces deux Princes réunis cherchèrent d'abord à s'emparer de quelques places du Limoin & du Berri, que Pepin avait prises sans obstacles. Dans le même temps, c'est-à-dire en 767, Pepin s'avança vers l'Aquitaine, à la tête d'une forte armée, défit les troupes de Remistan & de Waifre, qui se réfugièrent dans des châteaux du Limoin ou de la haute Auvergne. Ce Roi de France, voulant mettre fin à ces guerres, chargea quatre Comtes de surprendre Remistan dans une embuscade. Ces Seigneurs se saillirent en effet de ce Prince, le conduisirent garrotté à Pepin, qui le fit pendre ignominieusement. Waifre se tenait caché dans des montagnes inaccessibles, ou dans la forêt de Ver en Périgord, & se dérobait continuellement aux poursuites violentes de ses ennemis. L'implacable Pepin, ne pouvant réussir par la force ouverte, eut recours à la trahison; il corrompit un des domestiques de Waifre, qui l'assassina pendant son sommeil; c'est ainsi que l'usurpateur Pepin parvint à se défaire d'un Prince souverain dont les droits étoient légitimes: ce fut par ces moyens criminels que l'Aquitaine fut réunie à la couronne. Tous les Ecrivains de ce temps donnèrent à ce brigandage les noms les plus glorieux; on cita même comme un homme dont la mémoire devoit être chère à la postérité, le domestique, qui, corrompu par Pepin, trahit son maître & son Souverain, & l' DU LIMOSIN. 217 --- Page 217 --- DESCRIPTION affaîsna dans son lit. Pour justifier aux yeux du peuple cette conduite violente, on chargea de crimes la réputation de Waifre. On voit encore dans l'église de Saint-Martial de Limoges un monument qui insulte à la mémoire de ce Duc, & qui fut érigé par le petit-fils de Pepin (1). Au commencement du règne féodal, le Limosin eut ses Comtes qui furent ensuite qualifiés de Vicomtes de Limoges. Charlemagne, après avoir pacifié l'Aquitaine, & en attendant que son fils Louis pût aller régler dans ce pays qu'il avait érigé en royaume, donna les Comtes ou Gouvernemens des villes & diocèses à des Seigneurs François dont il connoissait la fidélité. Roger fut alors nommé Comte du Limosin. Les Vicomtes de Limoges dépendirent longtemps des Ducs d'Aquitaine. Éléonore, fille de Guillaume IX, dernier Duc, après avoir été répudiée par Louis le jeune, épousa, en 1152, le Duc d'Anjou, qui devint Roi d'Angleterre sous le nom de Henri II, & lui porta en dot les vastes États, de son père, dont le Limosin faisait partie. Cette province resta sous la domination Angloise jusqu'en 1203, époque où Philippe Auguste y rentra sous Jean Sans-Terre, qui fut condamné par les Pairs de France à perdre toutes les terres qu'il avait dans le royaume. Vers l'an 1224, Louis VIII, surnommé le Lion, dans la guerre qu'il eut avec Henri III, Roi d'Angleterre, s'affura de cette province; ( Voyez Limoges --- Page 218 --- DESCRIPTION mais le Roi Saint-Louis, consultant plutôt sa conscience que ses intérêts, rendit, contre l'avis même de son conseil, au Roi d'Angleterre, son vassal, le Limosin & autres provinces qui dépendaient autrefois de l'Aquitaine. Le Limosin passa ensuite à la France, puis il retourna à l'Angleterre. En 1370, cette province fut constituée, & réunie à la couronne. Les Anglois s'en emparèrent encore, & la gardèrent jusqu'au règne de Charles VII, qui rentra en possession de toutes les provinces méridionales de France. Les Limosins, pendant ces révolutions, ne cessèrent d'avoir des Vicomtes. Ce titre passa dans la Maison de Bretagne par l'alliance de Marie, fille unique, héritière de Guy VI, dix-huitième Vicomte de Limoges, avec Arthur II, Duc de Bretagne. Cette Vicomté passa ensuite dans la Maison d'Albret, par le mariage de Françoise de Bretagne avec Alain d'Albret. Jeanne d'Albret, Reine de Navarre, qui tenait la Vicomté de Limoges par succession, la donna à son fils, qui devint Roi de France sous le nom d'Henri IV, & qui réunissa cette province à la couronne. Le Roi ne jouit, en Limosin, d'aucun domaine en fonds de terre, parce que tout ce qui appartenait aux Vicomtes de Limoges, aux droits desquels étoit Henri IV, fut aliéné par ce Prince, soit avant, soit après son avènement à la couronne. Ce Prince croyait que ces aliénations étoient incommutables, & en conséquence il déclara, par un édit, qu'il vouloit tenir ce domaine, aussi bien que les autres de DU LIMOSIN. 219 --- Page 219 --- DESCRIPTION son patrimoine, séparément de celui de la couronne; il confirma même ses intentions par une déclaration du 27 juillet 1602; mais elles ne purent avoir leur exécution, parce que le patrimoine de nos Rois est tellement uni de fait au domaine de la couronne, lors de leur avènement au trône, qu'il ne leur est pas permis d'en disposer autrement que suivant la loi du domaine, c'est-à-dire, avec les facultés de rachat perpétuel. On trouve dans le Limosin trois grands fiefs titrés, qui sont ceux de Ventadour, de Noailles & de Turenne. La terre de Ventadour, dont la petite ville d'Ussel est le chef-lieu, fut érigée en Duché simple l'an 1578, & en Pairie l'an 1589; les lettres furent enregistrées le 24 janvier 1594; plusieurs Seigneuries en dépendent. Le château de Ventadour est situé à quelque lieu d'Ussel. La Duché-Pairie de Noailles est composée des châtellenies d'Ayen, de Larche, de Manzat, de Terraffon, & de vingt-quatre paroisses, dont quelques-unes sont en Périgord. La châtellenie d'Ayen fut acquise, en 1581, par François de Noailles, Evêque de Dax, de Henri IV, alors Roi de Navarre; elle fut érigée en Comté, l'an 1594, en faveur de Henri de Noailles. Les trois autres châtellenies sont moins considérables; celle de Terraffon n'appartient qu'en partie au Duc de Noailles. Ces quatre châtellenies furent érigées en Duché-Pairie, sous le nom de Noailles, par lettres patentes du mois de décembre 1665. 220 --- Page 220 --- DESCRIPTION La Vicomté de Turenne est plus considérable & plus ancienne. (Voyez Turenne.) CLIMAT, SOL, &c. Dans le haut Limosin le climat est plus froid que chaud; les montagnes, quoique peu considérables, qui abondent dans ce pays, en font la cause. Le bas Limosin est plus tempéré & plus fertile; il est même des cantons dont l'air est presque aussi chaud qu'en Languedoc; tels sont les environs de Brives. Le sol du Limosin est en général maigre, léger ou fablonneux; on y recueille très peu de froment, beaucoup de feigle & de blé noir, appelé Sarrafin. Les gelées blanches & les orages mêlés de grêles, sont fréquentes dans le pays, & enlèvent souvent le peu de récolte que la stérilité du terrein faisait espérer. Cette province est en général une des plus pauvres du royaume. On trouve dans cette Province une grande quantité de bois; mais l'espèce d'arbre la plus abondante est le châtaignier, dont le fruit est une grande ressource pour la plupart des habitants, qui, au défaut de grains, en forment leur principale nourriture. Il y a peu de vignes dans le haut Limosin; dans le bas elles sont abondantes, & on y recueille d'assez bons vins; mais la quantité ne suffit pas, à beaucoup près, à l'usage de la province. Les prairies offrent une des meilleures récoltes du Limosin; le pays est fort arrosé, DU LIMOSIN. 221 --- Page 221 --- DESCRIPTION les pâturages y sont nombreux, & le foin est de très-bonne qualité. RIVIÈRES. Les principales rivières qui arrosent le Limosin, sont la Vézère, qui prend sa source dans une des montagnes de Millevaches en Limosin, passe à Treignac, à Uferche, au Saillant, puis à Terraffon dans le haut Périgord, où elle commence à porter bateau, & enfin se jette dans la Dordogne. La Vienne prend aussi sa source dans la montagne de Millevaches; elle passe à Eymoutier, à Saint-Léonard, à Limoges, à Aixe, à Saint-Junien, puis à Confolent, entre dans le Poitou, & se jette dans la Loire près de Chinon en Touraine. La Dordogne pénètre un peu dans le Limosin en passant à Argentat & à Beaulieu. Plusieurs autres rivières prennent leur source dans le Limosin; telles sont la Charente qui commence à Cheronac, l’Ile, entre Meye & Saint-Hilaire-Lastours en haut Limosin, la grande Creuse, à Pigerol, &c. MINÉRALOGIE. La généralité de Limoges contient des mines de plomb, de cuivre, d’antimoine, de fer & de charbon de terre. Les mines de plomb qui sont exploitées, existent dans les paroisses de Glanges, de Vic & de Saint-Hilaire-Bonneval, à deux lieues de Pierre-Buffière, & à cinq de Limoges; celle de Glanges est la plus considérable. On trouve aussi des mines de plomb dans le bas Limosin, proche de Ventadour. 222 --- Page 222 --- DESCRIPTION A Ségur, à deux lieues de Saint-Yriex, il y a une mine de cuivre. On en trouve aussi aux environs d'Ayen, dans le bas Limosin. Des mines d'antimoine se trouvent dans la forêt de Biais, proche du château de Biais, paroisse de Saint-Eloy, à trois lieues de Saint-Yriex : ces mines sont en exploitation. L'antimoine du Limosin a la réputation d'être d'une qualité supérieure à celui qu'on tire des autres provinces ; c'est à Saint-Yriex que se fait le commerce de cette production minérale. (Voyez Saint-Yriex.) Il y a des mines de fer au village de Plaudeix, paroisse de Saint-Bonnet-la-Rivière, & dans plusieurs autres lieux du Limosin, dont la dénomination serait ici trop longue. On trouve à Maimac, en bas Limosin, une mine de charbon de terre dont le filon est assez considérable. A Suffac, proche de Châteauneuf, & à six lieues de Limoges, il existe une masse calcaire, isolée, entourée de granit & composée de bancs inclinés. Cette espèce d'île est, suivant M. Cornu, Ingénieur-Géographe du Roi, d'une demi-lieue de diamètre ; elle se trouve éloignée de plus de dix lieues des contrées calcaires. On a observé qu'un pareil monument semble avoir été conservé pour indiquer que les montagnes actuelles du Limosin ne sont que le noyau d'une région autrefois beaucoup plus haute, formée par les dépôts de la mer, & détruite, après la retraite des eaux, DU LIMOSIN. 223 --- Page 223 --- DESCRIPTION par les mêmes causes qui rabaissent chaque jour la cime des Pyrénées. (Voyez Pyrénées, Part. III, pag. 244, &c.) Cette masse calcaire est un marbre dont on fait de la chaux fort bonne pour la bâtière; elle est divisée en petits trapézoïdes; on en peut cependant tirer des blocs d'une certaine grosseur. A la Roche-l'Abeille on trouve de la serpentine; nous en parlerons à cet article. A Travesac, près Donzenac, à trois lieues de Brives, il y a plusieurs carrières d'ardoise. Dans un village de la paroisse d'Eybouleuf, à deux lieues de Saint-Léonard, on voit une ocrière dont l'ocre est d'une bonne qualité. On tire d'auprès de la ville de Saint-Yriex, de la terre dont on fabrique la porcelaine, & dont se fournissent la manufacture de cette petite ville, celle de Limoges & celle de Sèvre près de Paris. COMMERCE. Le commerce du Limosin consiste dans le débit des étoffes de laine ou de foie, fabriquées à Limoges, dont les manufactures sont assez nombreuses. Les papeteries sont aussi fort abondantes dans cette province; quelques-unes produisent du papier bon pour l'impression; mais en général il n'est point beau. On fabrique beaucoup de papier appelé Lombard, dont la qualité est très-insérieure, & le prix très-modique. On fait dans cette province un commerce considérable de chevaux fort estimés, & de bœufs destinés à l'approvisionnement de Paris. Les villes du Limosin où le commerce est le plus en vigueur, sont, Limoges, Saint-Yriex, Saint-Léonard, Eymoutiers & Saint-Junien. ADMINISTRATION La généralité de Limoges comprend le Limosin, & la plus grande partie de l'Angoumois, qui forme l'élection d'Angoulême. Cette généralité est rédimée des gabelles, & exempte des octrois municipaux & des aides, à l'exception des droits de Courtiers-Jaugeurs & d'Inspétateurs aux boissons: le droit de la marque sur le fer n'est pas établi dans la partie de cette généralité qui est du ressort du Parlement de Bordeaux; la dépense des chemins est prise sur les fonds d'une imposition fixe & déterminée. Les grands chemins, commencés sous l'administration de M. Turgot, & achevés sous celle de M. d'Aine, sont regardés comme des plus beaux du royaume. Depuis leur confection les communications ont été plus faciles & plus fréquentes, le commerce s'est étendu, la province s'est enrichie, & les sciences y ont fait quelques progrès. IMPOSITIONS Les impositions de la généralité, y compris l'impôt des chemins, peuvent être estimées à environ huit millions neuf cent mille livres. POPULATION L'étendue de cette généralité, qui est plus grande que celle de la Provence, étant évaluée à huit cent cinquante-quatre lieues carrées, & la population étant de six cent quarante-six mille ames, c'est sept cent cinquante-sept habitants par lieue carrée, DU LIMOSIN. 225 --- Page 225 --- DESCRIPTION & environ treize livres quinze sous par têtes d'habitans. Mœurs & Caractère. La stérilité du sol a beaucoup influé sur le caractère des Limosins, & les a de tous temps forcés de recourir à l'industrie pour se procurer la subsistance la plus nécessaire. Ils s'expatrient dans la belle saison, se répandent dans les diverses provinces de France, & rapportent en hiver à leur famille une partie du prix de leurs talents & de leurs fatigues; c'est avec ces épargnes qu'ils alimentent leur ménage & payent leurs impositions. Ils sont presque tous Mâçons, & l'on peut dire qu'il est peu d'édifices en France auxquels des Limosins n'aient travaillé. On leur reproche d'agir comme ils parlent, un peu lentement; mais ils sont constants dans le travail; par leur sobriété, leur économie & leur activité, ils suppléent à l'aridité du sol qui les a vu naître. Ils ne sont ni dissipés ni vains; ils ont de l'esprit naturel; ils paroissent sur-tout très-attachés aux pratiques de la religion, & portent à cet égard leur zèle jusqu'à la superstition, & la superstition jusqu'au ridicule; on les accuse d'être dissimulés, méfiants, & d'aimer les procès; ils ont ce mal, dit un ancien Cosmographe, qu'ils fondent un procès sur rien. Le même Auteur ajoute : « Quant aux Gentilshommes, ils sont presque ordinairement en querelle les uns avec les autres; mais au reste ils sont magnifiques & généreux, & pour le regard des citoyens des villes, ils les imitent dans cette dernière partie ». Le peuple est, pour l'ordinaire, vêtu d'une Partie IV. 226 --- Page 226 --- DESCRIPTION étoffe bleue; il parle la langue romance, qui est commune à cette grande partie du royaume qui composait autrefois les provinces Romaines, & qui, depuis, fut connue sous le nom d'Aquitaine. Les Limosins y ajoutent un accent traîné, chantant & doucereux, qui semble annoncer le ton de l'humilité & de la soumission (1). Les femmes, dans cette province, sont généralement belles & d'un beau teint; il existe même une petite ville, qui, à cause de la beauté du sexe qui l'habite, est nommée Saint- ( Ceux qui ont fourni à M. l'Abbé d'Expilli des Mémoires sur cette Province, ont manqué d'exactitude en disant que l'idolome Limosin fut mis en grand honneur, en Provence, par les Troubadours, que les plus fameux Poètes de l'Italie cherchèrent à les imiter; que vers l'an 1212, cette langue fut introduite dans la Catalogne, dans les royaumes de Valence, de Majorque & de Minorque; que ce fut en langage Limosin que Raimond Lulle écrivit la philosophie d'amour, &c. c'étoit autant la langue du Limosin que celle d'Auvergne, de Provence, de Languedoc, ou de Gascogne, &c. c'étoit la langue que l'on parloit dans toutes les provinces soumises aux Romains avant la conquête de César, qu'on nommoit provinces Romaines; elles ont même conservé ce nom jusqu'au dixième siècle; de là cette langue, mêlée de celtique & de latin, & dont les terminaisons sont encore presque toutes latines, fut nommée Romane ou Romance, puis langue d'hoc, parce que ceux qui la parloient, prononçaient hoc pour oui; de même on distingua la partie septentrionale de la France du nom de langue d'oïl ou langue d'oui; ainsi il ne faut pas attribuer à la langue Limosine ce qui appartient à celles de plusieurs provinces; c'est une même langue qui est distinguée par autant de dialectes qu'il y a de cantons où on la parle. DU LIMOSIN. 227 --- Page 227 --- DESCRIPTION Germain-les-belles-filles, & aujourd'hui ce surnom est encore mérité. SAINT-JUNIEN. Petite ville située sur la route d'Angoulême à Limoges, & à six lieues de cette dernière ville. Saint-Junien, Solitaire recommandable par ses vertus religieuses, mourut vers l'an 587, & fut enterré dans un lieu autrefois nommé Comodoliac. La sainteté du défunt attiroit de toutes parts, autour de son tombeau, une foule de dévots Pèlerins; plusieurs s'y établirent, & de cette dévotion naquit une ville qui prit le nom du Saint à qui elle devait son origine. Une église avec un monastère furent construits pour honorer le tombeau de Saint-Junien. Ce monastère fut sécularisé, & l'église est aujourd'hui une collégiale composée d'un Prévôt & de dix-huit Chanoines. On conserve dans les archives de ce chapitre un monument précieux du moyen âge; c'est un manuscrit de la vie de Saint-Junien, dont les deux couvertures forment un dyptique consulaire (1) en ivoire, que le Père Mabillon ( Un dyptique est composé de deux tablettes d'ivoire que les Consuls Romains, du temps du Bas-Empire, distribuoient au commencement de leurs fonctions. Ces tablettes étoient aussi nommées fistes; elles représentaient ordinairement, en bas-relief, la figure, les noms & les dignités des anciens Consuls, & quelquefois les différentes espèces de jeux qu'ils donnoient au commencement de leur magistrature. P ij --- Page 228 --- DESCRIPTION a fait graver dans ses annales bénédictines; on y lit l'inscription suivante : FL, FELICIS. V. C. COM. AC. MAG. UTRQ. MIL. PATR. ET COS. ORD. Cette inscription est ainsi expliquée par le Père Mabillon : Flavius Felicis, vir Clarissimus, Comes ac Magister utriusque Militia, Patricius & Consul ordinarius. Il conjecture que Flavius Felix est le même que le Patrice dont parle Sidoine Apollinaire, qui, vers l'an 484, secourut, avec Rurire, Seigneur de Comodotia, Fauffe, Évêque de Riez, qui étoit en exil, & qu'il fut Consul, l'an 511, avec Seçundinus; on présume que Flavius Felix, lorsqu'il fut nommé Consul, fit présent à Saint-Junien de ce dyptique, qu'on a depuis employé pour couvrir le manuscrit de sa vie. A I X E. Petite ville murée, avec titre de Baronnie, dont M. le Comte d'Escars, Commandant de la province, est Seigneur, située à deux lieues de Limoges, sur la route de Bordeaux, qui la traverse, & sur les bords de la Vienne. Cette petite ville est ancienne, & son château fut autrefois un des plus forts du Limosin; elle est nommée en latin Aecia. M. Nadaud, qui a composé plusieurs Mémoires historiques sur le Limosin, pense que ce nom, DU LIMOSIN. 229 --- Page 229 --- DESCRIPTION qui veut dire en français Scie, fut donné à cette ville, parce qu'avant qu'on y eût fait passer la grande route, elle avait la forme d'une scie; mais il est bien plus naturel de donner à Aixe la même étymologie qui convient aux lieux appelés Aix, Ax, ou d'Acqs, &c. & qui dérivent, comme celui-ci, d'aquæ, à cause des eaux qui y coulent. La Baronnie d'Aixe a long-temps appartenu aux anciens Vicomtes de Limoges. En 1496, le Duc de Nemours en étoit possesseur. Vers la fin du dernier siècle, elle appartenoit au Marquis de Saint-Abre; cette Baronnie lui fut disputée par la Maison d'Escars. Le procès intenté à ce sujet fut terminé par un accommodement, suivant lequel M. le Marquis de Saint-Abre céda à M. le Comte d'Escars tous ses droits sur cette Baronnie, moyennant la somme de cent-vingt mille livres; & ce Seigneur, le 21 juin 1778, en prit possession. HISTOIRE. Au douzième siècle cette forteresse fut le théâtre de plusieurs événements. Les vexations & l'extrême cruauté de Richard, surnommée Cœur-de-Lion, pendant qu'il n'étoit encore que Duc de Guienne, soulevoient tous les Grands du pays; ils prirent les armes contre lui. Son père, Henri II, Roi d'Angleterre; ses deux frères, Henri & Geoffroi, s'armèrent ensemble contre les révoltés, avec lesquels ils firent une paix qui ne fut pas de longue durée. Richard-Cœur-de-Lion, odieux à ses sujets, le devint aussi à ses frères. Henri & Geoffroi se liguèrent contre lui; plusieurs Seigneurs & Souverains entrèrent P iij --- Page 230 --- DESCRIPTION avec empressement dans cette ligue. Le Roi Henri II, voulant rétablir la paix parmi ses fils, s'avança en 1182, à la tête d'une armée, jusqu'à Limoges; mais les habitants tombèrent sur ses troupes, & les mirent en fuite. Ce Roi se retira dans le château d'Aix, & son fils Henri l'y suivit, lui parla la cuirasse sur le dos, & le quitta sans vouloir souper avec lui dans ce château. Le jeune Henri, toujours mécontent d'être associé au trône d'Angleterre, de porter le titre de Roi, sans avoir aucune part au gouvernement, tandis que ses deux frères puînés, Richard & Geoffroy, administrament, l'un le Duché d'Aquitaine, l'autre la Bretagne, poursuivit ses succès: ayant reçu serment de fidélité des habitants de Limoges, il se déclara ouvertement contre son père. Plusieurs Princes lui envoyèrent alors des secours, ou se joignirent à lui en personne. Le Roi de France, Philippe Auguste, se contenta de lui fournir un corps de brigands appelés Paliars, qui avaient autrefois désolé le royaume (1). Henri II ne négligea rien pour punir la rébellion de son fils; il rassembla tous les secours qu'il put se procurer, asségea & prit ( Le jeune Henri, pour entretenir ces brigands, dépouilloit les églises du Limosin, & s'emparoit de leurs trésors. Ces pilleries n'empêchèrent pas que ce Prince ne fût regardé comme doué d'excellentes qualités. Ses mœurs paroissoient vertueuses auprès de celles de son père, de ses deux frères, & des Souverains de son temps. DU LIMOSIN. 231 --- Page 231 --- DESCRIPTION Limoges. Le jeune Henri, après avoir fait une longue résistance dans le château de cette ville, en sortit, puis il prit Angoulême, tenta inutilement de reprendre Limoges, & vint le lundi avant l'Ascension de l'année 1180, assiéger Aixe. Ce château, qui ne contenoit que douze personnes, deux soldats & un Prêtre, n'opposa aucune résistance ; le Prince s'en empara sans coup férir, & y mit une forte garnison. Quelques jours après, son frère Richard-Cœur-de-Lion vint faire le siège de cette place ; il éprouva beaucoup de résistance. Sur ces entrefaites, Henri, dans le cours de ses conquêtes, tomba malade ; sa mort mit fin à la guerre. Richard, alors appelé par le Roi son père, abandonna le siège du château d'Aixe. Après la mort de Richard-Cœur-de-Lion, tué à Chalus, Jean Sans-Terre s'empara, en 1199, du château d'Aixe, qui fut quelque temps après démoli ; mais Gui III, Vicomte de Limoges, le fit reconstruire en 1206, afin de s'y défendre contre Jean Sans-Terre. On observe qu'en 1211, le même Vicomte de Limoges, Gui III, fit frapper à Aixe de la monnaie que les habitants de Limoges ne voulurent ni recevoir, ni lui donner cours dans leur ville. Quelques années après, Aixe fut encore le théâtre de guerres intestines. Les habitants de cette petite ville ne pouvant plus supporter les vexations d'Aimart de Maumont, Gouverneur du château, se soulevèrent contre lui. P iv --- Page 232 --- DESCRIPTION Marguerite de Bourgogne, veuve du Vicomte de Limoges, prit les armes pour soumettre ces habitans; après les avoir réduits, elle eut encore à soutenir, dans le même château, le siège qu'en firent, en 1273, les troupes Angloises. Enfin ce château resta aux Anglois jusqu'en 1444, qu'ils furent entièrement chassés du Limosin. Cette place fut encore souvent attaquée & défendue pendant les malheureuses guerres de la religion. En 1569, le jour de la Fête-Dieu, l'Amiral de Coligny, après la mort du Prince de Condé, s'empara de la ville & du château; mais le parti des Catholiques, commandé par le Duc d'Anjou, les reprit bientôt après. Le château fut enfin détruit, ainsi que la plupart des châteaux forts du royaume, sous le règne de Louis XIII. DESCRIPTION. Cette petite ville est traversée par la grande route & par la rivière de Vienne, qui l'embellissent & contribuent à la rendre florissante. Elle était autrefois plus considérable; une rue appelée des Argentiers semble indiquer une population plus nombreuse & des habitans plus riches. Il y avait deux monastères de l'ordre de Saint-Benoît; il ne reste plus aujourd'hui que les parties les plus solides de ces habitations monastiques; les caves & les réfectoires, que l'on a convertis en granges ou en écuries. Le château, cet ancien boulevard de la féodalité, qui fut long-temps le séjour des Vicomtes de Limoges, conserve aujourd'hui des ruines imposantes. Sur le sommet d'un rocher DU LIMOSIN. 233 --- Page 233 --- DESCRIPTION escarpe subsistent encore de fortes murailles, & une tour très-élevée; ces ruines forment, avec le paysage des environs, un tableau très-pittoresque. Au pied de ce château, qui domine toute la ville, sont cinq fiefs qui en relèvent. Quatre châteaux de ces fiefs offrent des vestiges de leurs murailles; le cinquième existe sous le nom du fief de Bary, dont jouit la maison de Saint-Aulaire, & dont étoit jadis Seigneur le sieur de la Renaudie, qui mourut victime de la conspiration d'Amboise (1). On appelle encore une ancienne porte de la ville, située près du château d'Aixe, sur la hauteur, la porte du Gentilhomme, c'est-à-dire, du Seigneur d'Aixe, dont relevoit les cinq vassaux nobles. ANECDOTE. On voyoit, il y a quelques années, sur un des pans de la cheminée d'une des chambres de ce château, un monument singulier de l'incontinence des Prélats, & de la cruauté des Seigneurs du temps passé. Ce monument, que le temps a dégradé, consistoit en une espèce de gravure, exécutée sur la pierre avec une pointe tranchante, & attestoit l'aventure suivante, que la tradition a conservée. Un Seigneur d'Aixe, que l'on croit Vicomte de Limoges, ne voyoit pas sans peine l'Évêque de cette ville faire de fréquentes visites à la Vicomtesse son épouse; il soupçonna la fidélité de cette Dame, & parvint à surprendre les deux amans dans un tête à tête, où il vit ses soupçons parfaitement éclaircis. Alors, aidé de plusieurs domestiques, il empoigne le galant Prélat, & sans avoir égard à ses cris & à son caractère, il lui fait subir l'affreuse opération qui rendit autrefois célèbre le malheureux amant d'Héloïse. ( Ce Seigneur, que l'on regarde comme un des principaux moteurs de cette conspiration, fut tué dans la forêt d'Amboise. Avant de partir pour cette ville, il vendit toutes ses terres, & fit passer ses enfants en Angleterre, afin de mettre une portion de sa fortune & sa famille à l'abri des malheurs que pourroit causer une entreprise si périlleuse, & dont le succès lui paroissoit douteux. Ses enfants ont formé en Angleterre l'illustre maison de Bary-Mor, qui tire son nom du fief de Bary dont nous venons de parler. La terre de la Renaudie, que ce Seigneur avoit en Périgord, tomba par félonie dans la maison d'Effars, à l'exception d'un petit fief, & du fief de Bary, qui, à raison de parenté, échut à la Maison de Saint-Aulaire. 224 --- Page 234 --- DESCRIPTION Ce monument représentait l'instant de cette épouvantable mutilation. La principale église d'Aixe est celle de Sainte-Croix; elle est ainsi qualifiée à cause d'un morceau de bois de la vraie croix que l'on y conserve précieusement, & qui y fut porté en 1107. Le tableau du maître-autel, qui est un portement de croix, est estimé. Outre cette église paroissiale, il existe dans le faubourg des Cazeaux, un petit hôpital, qui étoit une ancienne maladrerie, établie, dans le douzième siècle, par le Seigneur d'Aixe, à son retour des Croisades. DU LIMOSIN. 235 La chapelle du château subsiste encore; elle est occupée par des Pénitens Noirs, société de dévots, qui abonde dans le Limosin. Les environs d'Aixe produisent beaucoup de vin, & offrent le principal vignoble du haut Limosin. Cette ville est à Limoges ce que Gonesse étoit autrefois à Paris; elle est peuplée de Boulangers, & il s'y consomme au moins par année dix mille stériers de blé, dont la plus grande partie est employée à faire des riores, espèce de gâteaux ronds dont les paysans se régalent les jours de fête; on y fait aussi beaucoup d'huile de noix. SOLIGNAC. Petite ville, avec une ancienne abbaye, située à deux lieues de la ville d'Aixe, & à deux lieues de Limoges, sur la petite rivière de Biance, qui se jette à trois quarts de lieue de là dans la Vienne. Cette ville doit son origine à une abbaye d'hommes, de l'ordre de Saint-Benoît, fondée, vers le milieu du septième siècle, par Saint-Eloy, natif de Limoges, qui devint Evêque de Noyon & Ministre du Roi Dagobert. Ce saint Ministre, pour déterminer son maître à contribuer à cette pieuse fondation, lui dit : Mon Prince, je viens vous demander une grace. Donnez-moi la terre de SOLIGNAC, afin que j'en fasse une échelle par laquelle vous & moi nous méritions de monter au ciel. Dagobert, flatté de cette offre, donna à 236 --- Page 236 --- DESCRIPTION Saint-Eloy la terre de Solignac: on ne sait pas s'il en fit une échelle suffisante pour monter au ciel; mais il est certain qu'il en fit une abbaye très-riche. La dédicace de l'église de ce nouveau monastère se fit solennellement le 9 mai 631; vingt-deux Prélats y assistèrent. Saint-Eloy y rassembla cent cinquante Religieux, leur donna pour règle celle de Saint-Benoît, à laquelle il ajouta les statuts de Saint-Colomban. Ce monastère fut, dans ses commencements, recommandable par la régularité qui y régnait. Saint-Ouen étant venu le visiter, y trouva une si exacte observance de la règle, qu'il dit que la discipline y fleurissait avec plus de zèle que dans aucun monastère de France, à l'exception de celui de Luxeuil. Pendant les incursions des Sarrafins en France, ces brigands, qui s'attachaient sur-tout aux riches monastères, pour en retirer un butin plus considérable, n'épargnèrent pas celui de Solignac, il fut entièrement ravagé. L'Empereur Louis le Pieux le rétablit depuis les fondemens. Cette abbaye est de la Congrégation de Saint-Maur; elle est en commende, & l'Abbé a deux mille trois cents livres de rente; la taxe en cour de Rome est de quatre cent six florins. DU LIMOSIN. 237 --- Page 237 --- LIMOGES. Ville ancienne & avec un évêché suffragant de Bourges, une sénéchaussée, un présidial, un hôtel des monnaies, &c., située en partie sur le penchant d'une colline, & dans un vallon, sur la rive droite de la Vienne, à soixante lieues de Toulouse, à vingt-six de Poitiers, à trente de Clermont, à soixante de Lyon, sur la route de cette dernière ville à Bordeaux, dont elle est éloignée de quarante lieues, & à cent lieues environ de Paris. ORIGINE. Limoges fut nommée Lemovica, Lemovicum, urbs Lemovicina, ou plus communément Limovix ; les recherches des Savans n'ont produit sur l'étymologie de ce nom & sur l'origine de la ville, que des conjectures (1). ( M. l'Abbé de Voyon, Chanoine de l'église de Limoges, qui a fourni un Mémoire curieux & très détaillé sur cette ville, présume que Limoges est composée de deux mots grecs, de Limos qui signifie faim, & de Gq qui veut dire terre, terre de faim, pays où l'on manque de vivres. La stérilité du sol auroit pu donner lieu à cette dénomination. Limoges, suivant le même Auteur, signifie encore épargnant, qui se rapporteroit encore aux Limosins qui ne sont pas prodigues. Mais dans ces étymologies, M. l'Abbé de Voyon a sans doute voulu faire une épigramme contre ses compatriotes. M. Gautier donne à ce nom une étymologie plus raisonnable & plus satisfaisante, il pense que le nom de Lemovix ne fut attribué à la ville, que lorsqu'elle fut bâtie sur la hauteur. Plusieurs 238 --- Page 238 --- DESCRIPTION HISTOIRE. Sous les Romains cette ville fut regardée comme une des plus considérables de la Gaule, sur-tout à cause de sa situation à un point où se réunissaient plusieurs voies romaines. Auguste lui accorda plusieurs beaux privilèges. Elle fut long-temps la demeure du Proconsul d'Aquitaine. Le Proconsul Duratius y fit bâtir un palais digne de la grandeur des Romains. Il existait à la place où est aujourd'hui l'église de Sainte-Félicité; on en voit encore quelques vestiges; il fit aussi commencer la construction d'un amphithéâtre, que Lucius Capreolus, petit-fils de Duratius, fit achever, & dont l'emplacement porte encore le nom d'Arènes. Sous ce dernier Proconsul, on éleva un prétoire, ainsi que plusieurs tours & forteresses qui n'existent plus. Le nom de Monsjovis, donné à une paroisse de cette ville, annonce que sur la hauteur étoit un temple dédié à Jupiter. Ce temple fut en effet bâti par le Proconsul Lucius Capreolus, dont nous venons de parler. La ville contenait encore un autre temple consacré à ce Dieu; il existait à l'endroit où l'on a construit l'église de Saint-Etienne. Le même Proconsul fit aussi élever du côté où est actuellement le pont de villes situées de même, ont un nom à peu près semblable. Lim-Bourg, qui signifie haute ville, est bâti sur une élévation; Limoux, en Languedoc, est sur une éminence. Les habitants de Meklerbourg, pays montueux en Allemagne, s'appeloient en latin Lemo-vii. Lemo-vix signifie donc ville haute; vix est une terminaison, ou bien il signifie vic, bourg. DU LIMOSIN. 239 --- Page 239 --- DESCRIPTION Saint-Martial, un magnifique édifice qui fut appelé le palais de Lucius, & dont on voyait encore les ruines au dernier siècle. En 471, Euric, Prince Vifigoth, s'empara de Limoges, & de la province, qui fut alors pour toujours enlevée à la domination romaine. Les François, commandés par Théodebert, fils de Chilperic, prirent cette ville, & la saccagèrent; elle fit ensuite partie de l'Aquitaine, & fut soumise à ses Ducs. Le Duc Waifre, voyant que ses plus fortes places n'avaient pu résister aux armes de Pepin, prit le parti insensé de les faire toutes démanteler, & de les laisser sans fortifications; les murs de Limoges furent alors renversés. Pepin, instruit de cette action inconsidérée, regarda l'Aquitaine comme soumise à sa loi; il partit, en 766, à la tête d'une armée formidable; il s'avança d'abord dans le Limosin, s'empara de Limoges & des autres places de la province sans aucun obstacle, puis il soumit, avec la même facilité, une partie de l'Aquitaine & de la Gascogne. Cette ville fut encore, peu de temps après, ravagée par Remistan, oncle de Waifre, qui, après avoir quitté & repris le parti du Duc son neveu, chercha à reconquérir les places dont Pepin venait de s'emparer. Elle fut ensuite en proie aux ravages des Normands, aux guerres des Anglois, aux désordres des guerres civiles, & à plusieurs incendies; tous ces fléaux détruisirent successivement les édifices magnifiques que les Romains avaient élevés dans cette ville. 240 --- Page 240 --- DESCRIPTION DESCRIPTION. La Cité de Limoges étoit, du temps des Romains, placée sur les bords de la Vienne, & aux environs du pont de Saint-Martial jusqu'auprès de Beauséjour. Les brigands qui ravagèrent les Gaules pendant plusieurs siècles, obligèrent les habitants de la plupart des villes de se retirer sur les hauteurs & de s'y fortifier. La partie appelée la Ville fut alors insensiblement construite sur l'éminence de la colline, où l'on éleva depuis le château des Comtes. Bientôt la ville devint plus considérable que la cité. Les changements que les guerres firent éprouver aux deux parties de cette Capitale, ne contribuèrent point à l'embellir. Les rues en sont étroites & tortueuses, & la plupart ont une pente très-rapide. Quoique depuis une trentaine d'années on ait exécuté beaucoup de constructions, on voit encore une grande quantité de maisons bâties en bois. Les Places ou Promenades publiques ne sont pas fort multipliées à Limoges. La promenade d'Orsay, ainsi appelée du nom d'un Intendant de la province, est fort agréable; elle fut pratiquée sur l'emplacement d'un amphithéâtre, ouvrage des Romains, appelé les Arènes. Lors de la construction de cette place, on voyait encore des restes considérables de cet antique édifice; mais on acheva de le détruire, pour se servir des matériaux (1), ( Cet amphithéâtre, qui existait en grande partie avant 1553, fut alors détruit presque à rez-de-chaussée. En 1713, lorsque M. d'Orsay fit commencer la promenade qui porte son nom, il restoit encore assez de Cette DU LIMOSIN. 24F --- Page 241 --- DESCRIPTION Cette promenade communique à la place d'Aine, qu'un Intendant de ce nom fit construire pour la tenue des foires & marchés. Sur deux pilastres qui décorent les deux côtés de l'entrée de la place d'Orsay, on a gravé, depuis quelques années, deux inscriptions latines ; l'une témoigne ce que M. d'Aine a fait pour l'utilité & l'embellissement de la ville ; l'autre, les travaux exécutés par ses ordres dans la généralité. L'allée de Tourny, qui règne depuis la porte de Tourny jusqu'au couvent des Bénédictines, est une fort belle promenade ; elle porte le nom de l'Intendant qui la fit construire. La place de Fitz-James, qui porte le nom du Gouverneur de cette province, sera la plus remarquable de la ville, sur tout lorsque les bâtiments publics qui doivent l'accompagner, seront achevés. Elle fut commencée en 1786, dans l'emplacement de la terrasse appelée de la Tour branlante, qui avait été construite, en 1712, par M. d'Orsay, Intendant de Limoges, & où il avait fait placer une pyramide avec ses armes. On s'occupe, depuis 1787, à construire, sur cette nouvelle place, un nouvel hôtel-de-ville traces de cet édifice pour en lever le plan. Il avait quatorze cent seize pieds de circonférence, & était orné à l'extérieur de soixante-douze pilastres. Une inscription qui fut découverte, apprenait qu'il fut construit sous le règne de Trajan. Le faubourg même, aujourd'hui appelé des Arènes, tire son nom de cet amphithéâtre. Partie IV. 2 --- Page 242 --- DESCRIPTION & autres édifices qui comprendront la Bourse & l'Election. La place Dauphine, récemment réparée, en mémoire de la naissance de Monseigneur le Dauphin, portoit autrefois le nom de place de Montmaillé. Elle fut embellie, en 1781, sous l'administration de M. d'Aine, qui étoit alors Intendant de la province; elle est traversée par plusieurs grandes routes; au milieu est une belle fontaine, construite à la même époque, qui offre quatre dauphins placés aux quatre angles, vomissant dans quatre coquilles, de l'eau qui se reproduit ensuite par quatre tuyaux. Les eaux de sources sont abondantes à Limoges; la fontaine d'Aigoulène est remarquable par sa construction recherchée, & par la grande quantité d'eau qu'elle fournit. Treize tuyaux produisent autant de jets qui tombent dans un vaste bassin d'une seule pierre, qui a trente-six pieds de circonférence. La même source remplit, à côté du bassin, un grand abreuvoir pour les chevaux. Deux pièces d'eau, séparées par une chaussée qui sert de chemin, reçoivent l'écoulement de cette fontaine. Ces pièces d'eau, situées presque au sommet de la colline sur laquelle est bâtie la ville, peuvent, en cas d'incendie, être vidées à propos, & produire un secours prompt & abondant. Cette même eau sert également à nettoyer & à rafraîchir les rues dans des temps de sécheresse, ainsi qu'à arroser les jardins & les prairies des environs. Aigoulène est depuis long-temps célèbre dans le pays; suivant une tradition ancienne & DU LIMOSIN. 243 --- Page 243 --- DESCRIPTION fabuleuse, elle fut construite, du temps de Charlemagne, par un roi d'Afrique, appelé Aigoulan; mais cette brillante origine ne peut pas être soutenue même à Limoges. Le nom d'Aigoulène ne vient point de celui d'un Roi, mais il est évidemment composé du mot aigue, qui, en langue Limosine, comme dans tous les dialectes des provinces méridionales, signifie eau, & de goule, qui exprime dans la même langue, large bouche, ou de goulée, marquant l'action de vomir de l'eau en abondance, & qui vient du mot latin gula; ce qui se rapporte fort justement à la quantité d'eau que fournit la fontaine d'Aigoulène. Cette fontaine a souvent besoin de réparations. Dans le siècle dernier, on présenta à l'Intendant une requête en vers pour le déterminer à la rétablir. Voici comment s'expliquait le Poète, en parlant de l'ancien état de cette fontaine : Son cours, avec tranquillité, Alloit sans obstacle & sans peine, Et jamais on ne vit fontaine Pousser, par plus de vingt tuyaux, Ni tant, ni de si belles eaux : Arethuse, ainsi qu'Hipocrène, Ne valoit pas lors Aigoulène; Son eau faisoit le même effet Qu'une grande rivière eût fait, Et parmi les divers éloges Qu'on donnoit pour lors à Limoges, On parloit de sa propreté, On parloit de sa netteté, Q ij --- Page 244 --- DESCRIPTION De ses étangs, de sa fontaine, Et rien n'égaloit Aigoulène. Ses eaux, mieux que celles du Nil Et sans orage & sans péril, Après avoir lavé la ville, En rendoient le dehors fertile, Et plus agréable à nos yeux, Il en produisoit beaucoup mieux Jamais une eau plus nécessaire! Le feu, son élément contraire, Qui se fait & craindre & sentir Contre elle n'auroit su tenir Quelque part où fût l'incendie Pour en arrêter la furie, Aigoulène alloit au secours. Le Poète, après avoir longuement raconté ce qu'avoit été Aigoulène, nous peint l'état où elle se trouvait alors, & se plaint de ce que plusieurs particuliers puissans s'étoient emparés de l'eau avant qu'elle parvint à cette fontaine : Et jamais sur les grands chemins On ne fit onc tant de larcins Qu'on en fais à cette fontaine; Le peu qui reste vient à peine, Et ne fait ce dernier effort, Que pour venir plaindre son sort; Elle en est presque hors d'haleine, Et l'on voit la triste Aigoulène Verfer des larmes pour de l'eau; Du peu qui sort par un tuyau, DU LIMOSIN. 245 --- Page 245 --- DESCRIPTION Toutes les gouttes sont des larmes; Elle n'a que ces foibles armes; Et pour pleurer tous ses malheurs, Elle n'a de voix que ses pleurs. Pour engager l'Intendant à faire les réparations nécessaires à cette fontaine, il lui cite l'exemple de Louis XIV, qui, comme on sait, prodigua les finances de son royaume pour faire venir de l'eau à Marly & à Versailles. Le Poète Limotin en parle d'une manière qui sembleroit épigrammatique, si l'on n'étoit pas persuadé de la naïveté de son intention. Ce grand & sage Potentat, Lui seul l'âme de son État, Qui, par une prudence extrême, Conduit & fait tout par lui-même, Ne respire qu'après des eaux; Ces profonds & larges canaux Qu'on fait pour embellir Versailles, Ce monde d'ouvriers qui travaille, Tout cela n'est que pour de l'eau. Mais c'est trop s'arrêter sur cette fontaine; il est un monument plus intéressant encore pour les Limotins, c'est l'ancienne abbaye de Saint-Martial. Cette abbaye de Saint-Martial, aujourd'hui collégiale royale, est célèbre par le Saint dont elle porte le nom; ce Saint fit le Q iii --- Page 246 --- DESCRIPTION premier briller le flambeau de la foi dans la province, & mérita la qualité d’Apôtre, qui lui a été fort disputée (1); elle est encore célèbre par son ancienneté & par les bienfaits des Comtes, des Vicomtes & des Evêques de Limoges. Elle fut d’abord occupée par des Chanoines, auxquels, vers l’an 848, succédèrent des Religieux de l’ordre de Saint-Benoît; elle reçut alors le titre de Saint-Sauveur, puis celui de Saint-Martial, même quelque temps avant la levée du corps de ce Saint, qui fut faite en la présence de l’Empereur Louis le Débonnaire. Cette abbaye, comblée de biens, de beaux privilèges, éprouva le sort de tous les monastères riches. Le relâchement & le désordre s’y étant introduis, on fut obligé d'y placer des moines de Cluny, qui y firent revivre l’ancienne régularité. En 1537, cette ( En qualifiant Saint-Martial d’Apôtre, on a prétendu qu’il avait existé du temps des douze Apôtres de Jésus, & qu’il étoit venu prêcher. L’Evangile en Limosin & en Poitou, à la fin du premier siècle. On dit même que ce Saint avait été baptisé par Saint-Pierre, & qu’il avait reçu le Saint-Esprit avec les autres Apôtres le jour de la Pentecôte. Trois Conciles, deux de Limoges des années 1029 & 1031, & un de Bourges, décidèrent que Saint-Martial étoit Apôtre. Cependant Grégoire de Tours ne place l’arrivée de ce Saint qu’en 250. Depuis, plusieurs autorités aussi respectables ont démontré que ces Conciles s’étoient trompés, & que les actes de Saint-Martial, sur lesquels les Pères fondaient son apostolat, étoient apocryphes, & avoient été fabriqués dans le dixième siècle; les Historiens les plus reculés n’osent plus soutenir ce pieux anachronisme. DU LIMOSIN. 247 --- Page 247 --- DESCRIPTION maison fut sécularisée & érigée en collégiale, qualifiée de royale, dont la première dignité est un Abbé, qui a le titre & les prérogatives d’Abbé commendataire. L’église de Saint-Martial est une des plus anciennes églises des Gaules. Quelques Savans attribuent la fondation à Louis le Débonnaire ; d’autres à Waifre, Duc d’Aquitaine, qui vivait vers le milieu du huitième siècle, & cette dernière opinion semble plus probable. Il est à présumer que cet édifice ayant souffert quelques dégradations pendant les guerres entre les Rois de France & les Ducs d’Aquitaine, Louis le Débonnaire, fort enclin à la vie monastique, connu pour avoir doté & rétabli plusieurs églises & monastères, fit restaurer celle-ci, & en fut regardé comme le fondateur. Il paroît que les Moines de ce temps, par une ingrate flatterie, n’osèrent point, en cette occasion, rappeler la mémoire de leur fondateur ; ils renièrent le Duc Waifre, parce qu’il avait été l’ennemi de la famille de Louis le Débonnaire, & qu’il avait été dépouillé & affaibli par Pepin, aïeul de ce dévot Empereur. Ce qui appuie cette conjecture & atteste l’ingratitude de ces Moines pour leur fondateur, c’est un monument de ce temps-là qu’on voit encore sur la face méridionale de cette église, à côté de sa principale porte ; ce monument, érigé en 833 par Louis le Débonnaire, ou plutôt par les moines de Saint-Martial, est placé dans une niche ; il représente en relief un groupe composé d’une lionne, ayant sous elle deux lionceaux qu’elle paroît vouloir étouffer de son poids; un de ces lionceaux, qui s’efforce de donner un coup de griffe à sa mère, est presque entièrement détruit. Au bas de ce groupe, que le peuple de Limoges appelle la Chiche, étoit l'inscription suivante, gravée sur une plaque de cuivre qui fut enlevée au commencement du seizième siècle : Alma leona Duces fœvos parit atque coronat ; Opprimit hanc natus WAIFFER malè fanus alumnam ; Sed pressus gravitate, luit sub pondere panas. La lionne nourricière représente la puissance monarchique, qui semble écraser Waifre, son nourrisson. Ce Duc est ici représenté comme un enfant qui s'efforce d'attaquer celle qui le nourrit, c'est-à-dire, comme un vassal révolté contre la puissance dont il dépend. Louis le Débonnaire crut sans doute, ou on lui fit croire que l'érection de ce monument pourrait faire oublier les bienfaits de ce malheureux Waifre envers cette abbaye, & qu'il effaceroit de la mémoire des peuples les cruautés & les usurpations de son aïeul Pepin, en représentant Waifre comme sujet audacieux, juste puni. Dom de Vienne, dans les notes de son Histoire de Bordeaux, dit que l'église de Saint-Martial a été fondée par Waifre, & que ce Duc y fut inhumé (1); il est probable qu'au ( Il est certain que Waifre n'a point été inhumé proche Bordeaux, comme on l'a cru long-temps, dans l'endroit appelé autrefois la tombe de Caïphas. Le Père DU LIMOSIN. 249 --- Page 249 --- DESCRIPTION moins l'un ou l'autre de ces cas est véritable, & que Louis le Débonnaire n'auroit pas pensé à placer en cet endroit un monument relatif à Waifre, près d'un siècle après sa mort, si l'église dans laquelle il est érigé, n'avait pas alors rappelé le souvenir de ce Duc. Ainsi, on est autorisé à croire que cet édifice fut construit avant le temps où vivait Louis le Débonnaire, & que ce Prince, à cause des dons qu'il fit à cette abbaye, ou des réparations qu'il y fit exécuter, reçut le titre de fondateur aux dépens de la mémoire du malheureux Duc, dont la postérité était sans pouvoir. L'Histoire monastique offre de fréquents & semblables exemples. Cette église fut dévastée & réparée à plusieurs reprises. Louis le Débonnaire l'ayant fait rétablir de son temps, elle fut encore restaurée au commencement du onzième siècle; & Pierre, Evêque de Gironne & Comte de Carcassonne, le 17 novembre 1028, en fit la dédicace; dix évêques, les Ducs d'Aquitaine & de Gascogne, & plusieurs autres Seigneurs assistèrent à cette cérémonie. Le même Prélat leva de terre, en cette occasion, le corps de Saint-Martial, pour l'exposer à la vénération des fidèles. Cent Fronton Duduc, & l'Abbé Venuti se sont élevés avec fondement contre cette erreur populaire; mais s'en suit-il de là que le monument qui est dans l'église de Saint-Martial, soit le tombeau de Waifre? Rien n'annonce ici un tombeau; il me semble qu'il est plus satisfaisant de croire que ce monument injurieux fut placé long-temps après la mort de ce Duc, dans l'unique intention de rendre sa mémoire odieuse à la postérité. 250 --- Page 250 --- DESCRIPTION cinquante ans après, un incendie causa beaucoup de dommage à cet édifice; il fut réparé & consacré de nouveau par le Pape Urbain II. En 1419, cette église éprouva encore de nouvelles réparations, qui, ainsi que les précédentes, étant exécutées d'après différens dessins, nuisent à l'unité de l'ensemble de son architecture; mais il reste encore plusieurs parties du bâtiment primitif. Cette église a deux cent trente-sept pieds dans sa plus grande longueur, & cent douze dans sa plus grande largeur; le clocher semble avoir fait partie de la première construction, il est de forme carrée, & placé à l'entrée de la nef; sa hauteur est divisée en plusieurs étages, ornés de colonnes carrées ou cylindriques, fort grossières; au quatrième étage, quatre frontons fort aigus couronnent ses quatre faces; au dessus est un étage octogone, terminé par une construction moderne qui sert d'amortissement à ce singulier & pittoresque obélisque. Tout autour de la nef, du chœur & de la croisée, règnent deux ordonnances de piliers; la première forme les bas-côtés; la seconde, en achevant l'élévation de l'intérieur de l'église, accompagne les galeries qui dominent sur toute la largeur des bas côtés; on remarque ensuite un ordre colossal qui embrasse ces deux ordonnances. A l'extrémité de la croisée à gauche, est un escalier par lequel on descend dans deux grandes chapelles souterraines & parallèles au grand édifice de la collégiale; dans la première est placé le tombeau de Saint-Martial. DU LIMOSIN. 251 --- Page 251 --- DESCRIPTION Derrière l'autel de ce lieu souterrain, est, dans un réduit enfoncé, le tombeau d'un ancien gouverneur de cette province (1); le retable de l'autel est orné de petites plaques de cuivre émaillées & relevées en bosse, qui paroissent fort anciennes. Le tombeau de Saint-Martial est d'une architecture gothique très moderne. L'entrée de cette crypte est décorée de petites colonnes & de placages de serpentine de la carrière de la Roche-l'Abeille. On trouve une masse de même serpentine engagée dans le mur, au dehors de l'église, à l'extrémité de la croisée à droite. La seconde chapelle se prolonge jusqu'au ancien cloître, dont elle faisait partie lorsque cette collégiale était un monastère de l'ordre de Saint-Benoît. On voit encore des restes de ce cloître & du chapitre; on y a trouvé des tombeaux en granit, recouverts d'une tombe en serpentine. Ces tombeaux étaient ceux des Abbés de cette maison. L'église de Saint-Martial offre encore des objets intéressants. Dans la chapelle de la Vierge, construite à l'extrémité de l'église, ( Bouchet, dans ses annales d'Aquitaine, assure que ce tombeau est celui d'un Roi de Limoges, appelé Étienne, qui, après avoir été converti, par les miracles de Saint-Martial, à la foi chrétienne, fut à Rome demander l'absolution à Saint-Pierre, & revint faire pénitence à Limoges; il ajoute qu'on doit faire brûler devant son tombeau un cierge ou une autre lumière, & que lorsqu'on cesse d'éclairer ce lieu, on entend un merveilleux bruit dans l'église. 252 --- Page 252 --- DESCRIPTION on voit plusieurs peintures; le devant d'autel représente l'ensevelissement de Notre-Seigneur; trois dessus de portes ont pour sujets la naissance de la Vierge, la Salutation Angélique, & la Visitation; entre les portes & les croisées sont quatre grands tableaux qui offrent la Circoncision, la Purification, l'Adoration des Mages, & une fuite en Égypte; ce dernier tableau est le mieux conservé. Le plafond de cette chapelle est aussi décoré de peintures, au milieu est une Assomption d'après le tableau du Corrège; aux quatre angles sont les Evangélistes, d'après Raphaël; la figure de Saint-Mathieu & celle de Saint-Jean sont bien peintes; on admire sur-tout le raccourci du pied de Saint-Jean, savamment traité, & qui semble sortir du plafond. Dans la seconde chapelle du rondpoint, à droite, on voit dix-huit cadres en émail qui renferment les plus brillants événements de la légende de Saint-Martial; cette peinture est exécutée en camayeu bleu. Ces petits tableaux, curieux par la singularité de leurs sujets, sont assez bien composés, & les figures ont de la correction & du mouvement. Les Limosins ont été long-temps célèbres par leur talent à peindre en émail (1). Proche du sanctuaire est le tombeau, autrefois magnifique, du Cardinal de Chanac. En ( Les Émailleurs de Limoges étaient autrefois les plus renommés de France; nous en parlerons à la fin de cet article. DU LIMOSIN. 253 --- Page 253 --- DESCRIPTION 1753, les Chanoines, en faisant réparer le chœur, ne balancèrent pas à détruire ce monument; les pierres furent dispersées, & la plupart ont été employées au pavé de l'église; la tête même du défunt rouloit dans un coin de l'édifice; il ne refoit plus de ce tombeau que la statue du Prélat, la grille de fer qui l'entouroit, son épitaphe & ses armes, peintes en émail, sur une lame de cuivre; & ces restes furent pendant dix-neuf ans abandonnés dans la poussière du chapitre. Enfin, en 1772, un Chanoine nommé M. Hugon, pensa qu'on ne pouvait, sans la plus coupable ingratitude, laisser dans le mépris le tombeau d'un bienfaiteur; il engagea ses confrères à le rétablir. On éleva une espèce de sarcophage fort simple, & de la hauteur d'environ deux pieds, où sont renfermés les ossemens du Cardinal; on posa dessus sa figure, & on replaça la grille de fer, les armes & l'épitaphe dans laquelle on lit qu'il donna beaucoup de biens au monastère de Saint Martial, & qu'il mourut à Avignon l'an 1384. L'Horloge de Saint-Martial est encore une de ces anciennes curiosités d'église, qui attestent, en ce genre, le talent & le génie de nos Pères. On y voit la figure de la mort en squelette, qui tourne la tête à droite, ouvre la mâchoire inférieure, & lève de ses deux mains une faux dont elle frappe un timbre placé dans un globe, sur lequel elle est appuyée; cette figure est encore assise sur un panier de fleurs, d'où s'élance un serpent. La dévotion à Saint-Martial attiroit autrefois un grand concours de dévots illustres qui ve- 254 --- Page 254 --- DESCRIPTION noient à cette abbaye offrir des trésors de ce monde, afin d'obtenir ceux de l'autre. Le 30 juin 1137, jour de la fête de Saint-Martial, Alphonfe, Comte de Toulouse, étoit venu à Limoges célébrer cette fête. Le même jour arriva dans cette ville le Roi Louis le Jeune, qui, après la mort de Guillaume X, Duc d'Aquitaine, venoit, accompagné d'un cortège nombreux & magnifique, épouser Eléonore, fille unique & héritière de ce Duc, & prendre possession des vastes provinces qui composoient l'Aquitaine; il s'arrêta à Limoges, à l'occasion de la fête, & y vit le Comte de Toulouse. La rencontre imprévue de ces deux Princes remplit la ville de Limoges de magnificence. La Cathédrale, dédiée à Saint-Etienne, est située dans la cité, presque à l'extrémité de la plate-forme qui domine le canal de la rivière de Vienne. Cet édifice, le plus considérable de Limoges, est d'un beau gothique; il n'est point fini, & ses beautés, quoique d'un genre abandonné, font défier que l'ouvrage soit achevé: le portail est admirable. Cette église a cent soixante-dix-neuf pieds & six pouces de longueur; suivant le projet du plan, elle devoit avoir de plus quatre-vingt-huit pieds, c'est-à-dire, en total, deux cent soixante-sept pieds six pouces; sa largeur, dans la croisée, en y comprenant des chapelles hors d'œuvre, qui sont aux extrémités, est de cent vingt-sept pieds; dans la nef cette largeur est de cent trois pieds; la hauteur de la voûte est de quatre-vingt-quatre pieds; une partie considérable de la nef de cette église reste à finir: DU LIMOSIN. 255 --- Page 255 --- DESCRIPTION il devoit y avoir en longueur quatre travées de plus; le rondpoint est beau, & d'un architecture très-déliée. Le clocher, qui semble d'une construction plus ancienne que l'église, a cent quatre-vingt-quatorze pieds de hauteur. Le jubé est un morceau d'architecture curieux. M. de Langeac, Evêque de Limoges, le fit construire sous le règne de François Ier, dans le temps de la renaissance de Beaux-Arts : on s'aperçoit qu'il porte l'empreinte du genre grec, mais altéré par le genre arabesque qui dominoit encore. L'ensemble de ce jubé présente une multitude d'objets qui ne doit pas plaire aux personnes accoutumées aux formes belles & simples ; on y voit des colonnes & des statues dans des niches, le tout couronné d'une balustrade composée de petits balustres d'un travail précieux. A l'entrée du chœur, sont des colonnes arabesques, des pilastres, des statues & des bas-reliefs qui représentent des rainceaux & autres ornements dans le genre mauresque, remarquables par la grâce des contours & la délicatesse de l'exécution ; mais on voit avec peine ces ouvrages dans un mauvais état. On doit sur-tout observer au-dessous des statues & dans des panneaux, des bas-reliefs dont les sujets sont tirés de la Fable ; ils représentent les travaux d'Hercule : on y voit le lion de la forêt de Nemée, Gerion, l'Hydre, les Colonnes, les Centaures, le géant Cacus ; &c. ; sur les colonnes placées au dessus 256 --- Page 256 --- DESCRIPTION on lit cette devise qui paroît faire allusion aux travaux du Demi-Dieu : Marceffit in otio virtus. Tel étoit l'usage des premiers temps, où les ouvrages des anciens commençoient à être plus connus, & les lumières à se répandre dans l'Europe. On étoit si flatté d'étaler alors de l'érudition, qu'en dépit des convenances, on méloit le sacré & le profane : les Architectes ne furent pas les seuls qui adoptèrent ce mélange scientifique & bizarre; au barreau, dans les chaires on entendoit citer à chaque phrase alternativement, Virgile & les Pères de l'Église, Ovide & la Bible. La pierre qui a servi à cette construction est d'un fort beau grain; elle a été tirée d'une carrière des environs d'Ayen. Les changements que l'on se propose de faire au chœur de cette église, pourront causer le déplacement ou peut-être la ruine de ce curieux jubé. Le chœur est orné de six tapisseries qui sont divisées en dix-sept tableaux, & dont le travail semble être du même temps que le jubé; elles sont également un présent de M. de Langeac. Le tableau de la mort de la Vierge est remarquable par ses anachronismes. Cette Sainte paroît étendue sur un lit, entourée d'Apôtres; à ses côtés sont deux Prêtres revêtus des habits sacerdotaux; l'un porte une croix épiscopale, & l'autre, un goupillon en main, jette de l'eau bénite. Au pied du lit est un Apôtre qui récite dévotement son chapelet. La DU LIMOSIN. 257 --- Page 257 --- DESCRIPTION Le tombeau de M. de Langheac se voit dans la deuxième chapelle du rondpoint à gauche. C'est ici que se manifeste l'infouciance qu'enfant l'ignorance & le mauvais goût. Ce monument curieux méritoit une conservation particulière, par la manière dont il est exécuté, par l'époque de sa construction, & sans doute par considération pour la mémoire du Prélat dont il couvre les cendres; tant de motifs n'ont pu le préserver des mutilations nombreuses qui défigurent les parties les plus saillantes; une lourde tapisserie le cache aux yeux, & semble ne l'envelopper que pour le détruire. Voici cependant ce qu'on y voit encore: Quatre colonnes cannelées, d'ordre corinthien, placées sur des piédestaux (fort élevés, soutiennent un entablement du même ordre, & un attique qui termine l'ordonnance; au milieu de ces quatre colonnes, & sur un massif qui est à la hauteur de leurs piédestaux, est la figure à genoux de M. de Langheac, qui mourut en 1543.; cette figure est de bronze en pièces de rapport; les trois faces du massif qui la porte, sont ornées de bas-reliefs dont les sujets sont tirés de l'Apocalypse; les faces des piédestaux des colonnes offrent chacune une figure de Chanoine chaperonnée, suivant l'ancien costume du chœur. Les bas-reliefs de l'entablement sont mieux conservés; au-dessus de la corniche s'élèvent deux génies qui soutiennent l'écuflon de la Maison de Langheac. Dans le même endroit on aperçoit un petit Partie IV. R --- Page 258 --- DESCRIPTION monument avec le buste en bronze de M. de l'Aubespine, Evêque de Limoges. Dans la seconde chapelle & dans le collatéral à droite, on voit, sur l'autel, un tableau qui représente Jésus-Christ dans le tombeau; ce tableau a de l'effet, & rappelle le genre du Guerchin; il a été peint par un Artiste de Limoges, nommé Maisonade. Du même côté, dans une grande niche, on voit le tombeau de Notre-Seigneur, accompagné de plusieurs figures qui ont du mérite: on nomme ce tombeau le Monument. L'Abbaye de Saint-Augustin de Limoges, de l'ordre de Saint-Benoît, est située dans un des faubourgs de la ville. On assure qu'elle a servi de sépulture commune dès le commencement du Christianisme; on croit que Saint-Martial fit la bénédiction de l'église: suivant l'opinion générale des Savans, elle est la première église de France qui ait été dédiée à Saint-Augustin. Saint-Michel des lions est ainsi appelé à cause de deux lions en pierre que l'on voit à l'entrée de cet édifice. Ces figures de lion témoignent l'ancien droit de juridiction d'une église; elles servoient autrefois, suivant l'abbé Lebœuf, à supporter le siège du Juge ecclésiastique, soit Official, soit Archiprêtre, dans les siècles où leurs jugemens se prononçaient aux portes des églises. On trouve plusieurs de ces jugemens qui se terminent en effet par cette formule: Datum intra duos leones. A la DU LIMOSIN. 259 --- Page 259 --- DESCRIPTION porte de Saint-Martial, on voit aussi un lion qui étoit destiné au même usage. Cette église de Saint-Michel des lions est paroissiale; sa construction gothique étonne par sa hardiesse; le clocher est sur-tout d'une forme remarquable & pittoresque; sa base est carrée, & comprend dans cette forme deux étages; puis il s'élève en diminuant, & n'offre qu'une forme octogone, percée de fenêtres de tous côtés; cet octogone a trois étages; au dessus est une grosse pyramide qui termine cette construction; elle est accompagnée de quatre tourelles qui font partie de la base, & qui s'élèvent en se détachant & changeant de forme, jusqu'à la pyramide du clocher; elles se terminent de même, chacune par une lanterne évidée & surmontée d'une pyramide à huit pans. Cette tour, qui ressemble à celle de la cathédrale & à celle de l'église paroissiale de Saint-Pierre de cette ville, a deux cent dix pieds d'élévation. Comme l'église est située sur un des endroits les plus élevés de la ville, le clocher s'aperçoit de très-loin; il a en conséquence servi de point pour la levée de la Carte générale de France. Cette inscription en vers qu'on lit dans l'église, contient l'Histoire de sa fondation : A l'honneur souverain & la vive mémoire Du grand Dieu tout-puissant en son règne éternel, De sa mère sacrée & du bon Saint-Michel, Et des bienheureux Saints de Paradis en gloire; L'an que l'on comptoit mil CCC LXIII, Le vint-cinquième mai, du premier fondement, R ij --- Page 260 --- DESCRIPTION Le pied de cette église a pris commencement, Que l'injure du temps jamais ne puisse abattre; XIX ans après, pour embellir ce temple, En l'an mil CCC, & quatre-vingt & trois, Par les dons du commun & libéraux octrois, Fut bâti ce clocher que chef-d'œuvre on contemple; Louez donc ce bon Dieu qui a toute puissance, Le premier s'employant à cet œuvre si beau; Qu'il le conserve à soy, & son divin flambeau, Sur tous les bienfaiteurs, laïfe pour récompense. Cette inscription fut relevée, en 1584, par Jean Verger & Jean Merfin. L'épitaphe suivante, qu'on lit dessous le clocher de cette église, mérite aussi d'être rapportée, parce qu'elle fait connaître l'origine & les motifs de la fondation de quelques Vicairies, & parce qu'elle contient des choses singulières dans les expressions comme dans les pensées : Cy gist maître Jordin Penot, Homme discret & bien dévot; Aussi Geraud Penot, son fils, Lequel fonda, par son avis, Une chapelle ou vicairie, A l'honneur de Dieu & Marie; Et pour ses parents tréspassés, Il la dota de biens assés, Et voulut céans estre servio, Et de ornements bien garnis, A l'autel de Sainte-Croix; Aussi ordonna Messrs trois, DU LIMOSIN. 261 --- Page 261 --- DESCRIPTION Estre dičtes la semaine, Avec l'absolution pleine, Par son Vicaire ou commis, L'une le lundi de morthis, Du Sainct-Esperit merctedy, Et de Marie le šamedy. La prêsentation appartient A son héritier plus prochain, La collation & institution, Et toute autre disposition, Au Recteur & Curé de céans. Dites tous, tant petits que grands, Pater nofter ou De profundis, Leurs ames soient en Paradis. Amen, 1545. Dans l'église paroissiale de Saint-Pierre, on voit sur le maître-autel un tableau peint par Maisonade; il a pour sujet Saint-Pierre qui reçoit le pouvoir des clefs, & paroît copié d'après Jouvenet. A gauche, dans un rétable fermé, est un tableau peint, en 1551, par un nommé Léonard, célèbre Peintre émailleur de Limoges, & Valet de chambre du Roi. C'est un monument de l'ancienne peinture; il y a de la vérité dans le dessin, mais la touche en est sèche; les quatre paneaux qui renferment ce tableau, sont peints avec assez de goût. On montre dans la même église une statue de la Vierge en albâtre, & un Saint-Christophe, figure grossière & ridicule. 261 --- Page 262 --- DESCRIPTION Devant l'autel de Notre-Dame la Joyeuse; fut enterré le sieur de Massés, Lieutenant du Comte d'Escars, Gouverneur de Limoges; ce Lieutenant fut tué en 1569, au combat de la Roche-l'Abeille. Contre un pilier on voit cette épitaphe remarquable par sa singularité; elle est gravée sur une lame de cuivre jaune : nous la donnons avec son orthographe. « Epitaphe de Messire Mérigon de Massés, » Seigneur dudit lieu, Chevalier de l'Ordre du Roi, Capitaine de cinquante hommes d'armes, & Gouverneur pour Sa Majesté à Limoges, « en l'absence de M. le Comte d'Escars ». Après que l'on eut fait Gouverneur de Limoges; Mérigon de Massés, Mars en fut irrité: Il va dire tout ault : s'il faut que tu dessoges Du camp, & moy aussi, c'est un point arrosé. Minerve, qui fut là, disait d'autre cause, Que si ferait; & lui dessus cette querelle, A Limoges s'en vint : mais, las ! la mort cruelle, Pour rompre ce débat; l'envoya tout aux cieux, Nous laissant seulement sa louange éternelle, Un regret dans les cœurs, & des larmes aux yeux. Cette épitaphe est suivie de ce quatrain : L'an mil cinq cent soixante-neuf, le jour Vingt-sixième en jung (ô ques dommage!), Feu Mérigon de Massés, preux & sage, Vola, d'ici, au céleste séjour. Requiéscat in pace. DU LIMOSIN. 263 --- Page 263 --- DESCRIPTION Dans l'église des Carmélites on voit quelques tableaux anciens, quelques statues & deux tableaux peints en 1785 par M. Taillaffon, de l'Académie de Peinture de Bordeaux & de celle de Paris. Ces deux tableaux, qui ont chacun quatre pieds deux pouces de haut, sur trois pieds huit pouces de large, représentent, l'un Sainte-Thérèse, & l'autre Saint-Jean de la Croix. Le pavé du sanctuaire de cette église est en serpentine de la Roche-l'Abeille. Aux Carmes Déchauffés, qui sont logés dans la cité, est, sur le maître-autel, un tableau fort estimé; il représente le crucifiement de Saint-André. On y voit plusieurs groupes de figures bien distribués, la composition est en général savante & d'un bel effet; le dessin est correct, la touche vigoureuse, & les figures ont beaucoup d'expression. Les Jacobins ont au maître-autel de leur église un tableau bien peint, qui représente Dominique recevant à genoux le Rosaire des mains de la Vierge. Dans cette église, est le tombeau de la Maison d'Escars; on y remarque celui de Charles d'Escars, qui légua six mille livres pour les frais d'un tombeau sur lequel serait placée sa figure à genoux, en bronze ou en marbre, tenant entre ses mains le cœur de sa femme, & sur lequel serait aussi placée la figure de sa femme, dans la même situation, tenant aussi le cœur de son mari. Il ordonna en outre qu'on représentât autour de son tombeau, en vers grecs & français, ses peines, travaux & grands frais depuis trente années, pour tâcher de R iv --- Page 264 --- DESCRIPTION conserver & relever sa pauvre & désolée maison par les femmes qui y sont entrées. Il y a deux collèges à Limoges, le collège Royal & le collège des Jacobins. Dans le premier, qui étoit autrefois dirigé par les Jésuites, & qui l’est aujourd’hui par des Ecclésiatiques séculiers, on enseigne depuis la sixième jusqu’à la théologie inclusivement ; dans le second, on ne professe que la philosophie & la théologie. Au collège Royal on voit sur le maître-autel de l’église, un tableau original de Rubens ; il représente une Assomption. La Vierge enlevée par des groupes d’Anges, occupe la partie supérieure du tableau ; la partie inférieure offre le tombeau ouvert avec des linceuls jetés sur les bords ; autour sont plusieurs groupes de figures ; au fond paroissent les Saintes Femmes. Les airs de têtes sont variés & pleins d’expression. La composition de ce tableau est digne du grand maître qui l’a peint ; mais le coloris, principale qualité des tableaux de Rubens, a un peu perdu, ce qui nuit à l’effet de cette peinture ; elle peut néanmoins être mise au rang des premières curiosités de Limoges, & les habitans doivent se glorifier de la posséder. Le Palais épiscopal est regardé comme le plus bel édifice moderne de Limoges ; M. Duplessis d’Argentré, Evêque de cette ville, l’a fait construire sur les dessins de M. Brouffeau. Les jardins sont un des principaux agrémens de cette maison ; ils se prolongent jusqu’aux bords de la Vienne, & offrent une vue magni- DU LIMOSIN. 265 --- Page 265 --- DESCRIPTION fique; on y découvre toute la ville & une grande étendue de campagne. Limoges est décoré d'un collège royal de Médecine, établi par lettres-patentes du mois de novembre 1646, avec union de la charge & titre de Conseiller-Médecin du Roi. Les assemblées se tiennent dans la salle du couvent des Pères Jacobins. La société royale d'Agriculture fut établie à Limoges en 1759, & autorisée, en 1761, par arrêt du Conseil d'état du 12 mai; l'Intendant de la Généralité est le Président né de cette société; elle est divisée en trois bureaux: le premier, composé de vingt associés, de quatre honoraires & du Président, est établi à Limoges; le second, composé de onze associés est à Angoulême; & le troisième, composé de dix, est à Brives. Ces bureaux, dont l'objet est de tirer le meilleur parti du sol de la province, correspondent entre eux, & ne font qu'un seul & même corps. A Limoges, les assemblées se tiennent dans une salle de l'intendance; mais ces séances n'ont plus lieu depuis quelques années: ce n'est pas la science, mais seulement le commerce qui excite de l'émulation dans le Limosin. La ville de Limoges est gardée par une Milice bourgeoisie, distribuée en neuf cantons qui forment autant de compagnies, dont chacune est commandée par un Capitaine, un Lieutenant & un Enseigne. Ce corps de troupes a un état-major, qui consiste en un Colonel, un Lieutenant-Colonel, un Major & deux Aides-Majors. 266 --- Page 266 --- DESCRIPTION ÉVÉNEMENTS remarquables. C'étoit à Limoges que se célébroit pour l'ordinaire la cérémonie du couronnement des anciens Souverains d'Aquitaine. Charles le Chauve y fut sacré Roi de Guienne. Bély rapporte dans son Histoire des Comtes du Poitou, le cérémonial observé en cette occasion. Voici quelques particularités de cette pièce ancienne, qui se trouve au Martyrologe de Saint-Étienne de Limoges. « L'Évêque de Limoges, revêtu de ses habits pontificaux, accompagné de ses Chanoines, se présente à la petite porte de l'église. Le Prince à qui, par la grâce de Dieu, la Duché est échue à titre héréditaire, accompagné de ses principaux Barons & Seigneurs, s'avance vers la même porte, ayant le chapeau ducal en tête. L'Évêque lui lève cette couronne, l'asperge d'eau bénite, & lui couvre les épaules d'un manteau de fine soie; puis il lui met au doigt l'anneau de Sainte-Valerie, en signe d'investiture de la Duché. » Ensuite il lui pose sur la tête le cercle d'or ou chapeau ducal qu'il lui avait ôté. » L'Évêque alors présente au Duc la bannière attachée & pendante à une lance; le Duc, la tenant à la main, entre dans l'église, va droit au chœur, suivi de la procession générale, & s'approche du maître-autel, sur lequel est posée l'épée ducale nue; l'Évêque alors la présente au Duc, qui la reçoit, & fait serment de l'employer à la défense de l'église & à l'exaltation de la foi chrétienne; le même Duc doit aussi, en DU LIMOSIN. 267 --- Page 267 --- DESCRIPTION cette occasion jurer de défendre les droits de l'église de Limoges ». Le Doyen chauffe les éperons d'or au Duc, pour faire voir qu'il doit se montrer prompt & actif à secourir ses sujets, suivant les expressions du cérémonial. La messe dite, le Duc s'approche de l'autel sur lequel il offre en grande humilité son manteau, son chapeau ducal, sa lance & la bannière. Après ces cérémonies, dont chacune est suivie d'une oraison récitée par l'Évêque, le Duc se retire dans son hôtel, où le festin & les réjouissances sont préparées, &c. On a peu écrit sur l'Histoire du Limosin, & ce que l'on a conservé de la vie des Evêques ou des Vicomtes de Limoges, n'offre qu'une suite d'événements funestes ou révoltans. Ebles, Evêque de Limoges, affectionneit beaucoup un nommé Benoit, & pour se l'attacher plus particulièrement, il l'institua son co-Évêque vers l'an 974, & le désigna son successeur; cette conduite déplut sans doute à Hélie I, Comte de Périgord; il se saisit, on ne sait comment, de l'Évêque, & lui fit crever les yeux. Cette cruauté ne demeura pas impunie. Guy, Vicomte de Limoges, se saisit à son tour du Comte Hélie, le mit prisonnier dans le château de Montignac, & le fit condamner en justice à perdre son Comté. Le Comte parvint à se sauver de sa prison, & mourut, dit-on, en allant faire un pèlerinage à Rome. Aldebere, son frère puîné, Comte de Périgord & de la Marche, étoit renfermé étroitement dans la tour de Limoges, pour avoir par- 268 --- Page 268 --- DESCRIPTION ticipé à la cruauté exercée contre l'Évêque. Pendant sa prison, ce jeune Comte eut occasion de voir Almodie, une des sœurs du Vicomte de Limoges; il en devint amoureux; sans doute il en fut aimé; car en faveur de ce réciproque attachement, il obtint sa grace, sa liberté & la main de sa maitresse. Gosbert étoit un autre frère du Comte Hélie; il avoit également été complice de l'attentat commis sur l'Évêque de Limoges. Arnaud I, dit le Bâtard, Comte d'Angoulême, lui fit la guerre, le prit & le livra au Duc de Guienne, qui, suivant la loi du talion, le punit du crime de son frère; en lui faisant crever les yeux. Quelque temps après, Guy, Vicomte de Limoges, demanda à l'Évêque d'Angoulême, nommé Grimoard, l'abbaye de Brantôme. L'Évêque refusa; alors le Vicomte se saisit de sa personne, & le fit enfermer dans la tour de Limoges. Ce Prélat n'y resta pas long-temps; à peine fut-il relâché, qu'il cita le Vicomte en cour de Rome; la cause fut plaidée le jour même de Pâques 1003; Silvestre II étoit alors sur le Saint Siège; pour réparation du crime d'avoir tenu quelque temps un Évêque en prison, ce Saint Père condamna le Vicomte de Limoges à être, trois jours après, attaché par les pieds, au cou de deux chevaux indomptés, & son corps, après avoir été déchiré, mutilé jusqu'à ce qu'il plairoit à Dieu d'arrêter la course de ces fougueux animaux, à être jeté à la voirie pour servir de pâture aux chiens & aux oiseaux. Par une formalité fort étrange, ce Pape, en attendant le jour de l'exécution, DU LIMOSIN. 269 --- Page 269 --- DESCRIPTION livra le Vicomte à la garde de l'Evêque, son accusateur (1). Cette sentence parut si rigoureuse, que le Vicomte & l'Evêque s'accommodèrent ensemble, partirent secrètement de Rome, revinrent en France, & après avoir échappé à la justice papale, ils vécurent dans la suite fort bons amis. On sait que les Evêques des onzième & douzième siècles ne se faisoient aucun scrupule de marchander & d'acheter les évêchés, de piller les trésors de leurs cathédrales pour en payer le prix, & de vendre, pour accomplir leur simonie, jusqu'aux reliques & vases sacrés de leurs églises; plusieurs Evêques de Limoges ne furent point éloignés de ces excès. Aldegaire, frère de la Duchesse de Guienne, qui succéda dans l'évêché de Limoges à Ebles, dont nous avons parlé, s'empara, dit Beffy, de plusieurs riches & précieux ornements de Saint-Martial, & les porta avec lui à Saint-Denis, près Paris; étant tombé malade, il légua à cette abbaye ces richesses usurpées, pour avoir le droit d'y être enterré. Aldouin, frère du précédent Evêque, lui succéda. Il est connu dans l'Histoire par son humeur soldat-esque; il fit bâtir la forteresse de Beaujeu, près du monastère de Saint-Junien, afin de faire, plus à son aise, des courses sur les terres. ( Ce Pape Silvestre, auparavant nommé Gosbert, était natif de Guienne, & Religieux du monastère d'Aurillac, en Auvergne. 270 --- Page 270 --- DESCRIPTION de Jourdain, Sire de Chabannois. Ce Prélat profita de la présence du Duc de Guienne, son beau-frère, pour, avec plus d'impunité, exercer ses brigandages. Cependant le Sire de Chabannois rassembla des troupes, & fondit sur celles de l'Évêque, les battit à plusieurs reprises, & resta maître du champ de bataille. Il se retiroit après cette victoire; mais dans l'instant qu'il y pensoit le moins, un soldat ennemi le saisit par derrière, & le tua. Les troupes du Sire de Chabannois, indignées de cette lâche trahison, sans doute commandée par l'Évêque, se jetèrent en désespérés sur les nombreux prisonniers qu'ils avoient faits, & les passèrent tous au fil de l'épée. On trouve dans l'Histoire un grand nombre de Prélats de cette trempe que les Annalistes qualifient souvent de Saints, & que les Généalogistes ne manquent jamais de nommer illustres. Emme, femme du Vicomte Guy, étant allée en pèlerinage à Saint-Michel en l'Herm, fut prise par les Normands, qui alors firent une descente sur les côtes de France. Ces brigands amenèrent cette Vicomtesse dans les pays du Nord, & exigèrent pour sa rançon une somme excessive. Le Vicomte, pour racheter sa dévote épouse, donna l'image de Saint-Michel, qui étoit de fin or, quantité d'or & d'argent, & plusieurs autres richesses tirées du trésor de Saint-Martial de Limoges; mais les Normands agirent en vrais brigands; ils s'emparèrent de ces trésors, & ne rendirent point la Vicomtesse; ce ne fut qu'au bout de trois ans, après bien des sollicitations, que cette dame DU LIMOSIN. 271 --- Page 271 --- DESCRIPTION fut rendue à son époux. Il faut croire que cette Vicomtesse eut, depuis, moins de dévotion pour le pèlerinage de Saint-Michel. Le même Vicomte de Limoges vendit à son frère Aldouin, Evêque de cette ville, les trésors de l'abbaye de Saint-Martial. Ce Prélat, loin de respecter les biens de cette église, loin de s'élever contre la rapacité de son frère, qui vendait des biens qui ne lui appartenaient point, des biens consacrés par la dévotion des peuples, dont il devait être le protecteur, se rendit lui-même complice de ce vol sacrilège en les achetant. Il s'empara de ces trésors, & les vendit à son tour, afin de fournir aux frais d'un voyage qu'il fit à Rome, pour accompagner le Duc de Guienne qui avait envie de visiter l'autel de la confession de Saint-Pierre. L'exemple suivant prouve combien la simonie était en usage dans le onzième siècle. L'an 1019, Giraud, Evêque de cette ville, étant mort, « les Seigneurs du pays, dit Bésy, coururent à l'envi pour se faire pourvoir de l'évêché, le marchandant à deniers comptans; car ils connoissaient l'humeur de l'Archevêque de Bourges, qui en faisait trafic. Il y eut quelque tumulte pour cela à Limoges ». Le Duc de Guienne convoqua une assemblée au monastère de Saint-Junien, pour procéder à l'élection du nouvel Evêque; tous les Seigneurs s'y rendirent; on convint d'élire Jourdain de Larons, Gentilhomme qui jouissait de la réputation d'un homme de bien; on l'investit de l'évêché avec les cérémonies ordinaires, sans qu'il lui coûtât un seul denier, dit un ancien 272 --- Page 272 --- DESCRIPTION Historien, qui, par cet aveu naïf, prouve assez le vice de son temps. Gauzelin, Archevêque de Bourges, accoutumé à retirer un prix considérable de la vente des nouveaux évêchés, devint furieux en se voyant, par cette élection, frustré de ce droit avilissant & prohibé; il assembla un synode de sept Archevêques, où le Roi présida, dans lequel il se récria fortement contre l'élection irrégulière de l'Evêque Jourdain, & fit consentir l'assemblée à ce qu'il fût excommunié. L'Evêque de Limoges se vit forcé, pour éviter un plus long scandale, d'aller, lui & son Clergé, nu-pieds, à Bourges, demander à l'Archevêque son absolution. L'avidité des Prélats fut le moindre fléau des Limosins; d'autres criminels plus vantés, plus impunis, leur causèrent bien plus de maux. Par le traité de Guerrande, la Vicomté de Limoges fut donnée à Jeanne de Penthièvre. La ville cependant obéissait encore aux Anglois, & appartenait au Prince de Galles. Cette Princesse ne pouvant recouvrer cette ville sur un ennemi aussi puissant, & désespérant de conserver même la Vicomté, prit le parti, le 9 juillet 1369, de la donner au Roi de France. Alors le Duc de Berri, en vertu de ce titre, mit le siège devant Limoges. Du Guesclin vint l'y joindre. A peine l'arrivée de ce guerrier fut elle connue des habitants de cette ville, qu'ils résolurent de ne plus opposer de résistance; l'Evêque & les citoyens ouvrirent leurs portes aux François. Lo DU LIMOSIN. 273 --- Page 273 --- DESCRIPTION Le Prince de Galles, à cette nouvelle, ne peut contenir sa colère, & jure de se venger cruellement de la prétendue trahison de l'Évêque & des habitants de Limoges; le Prélat surtout lui sembloit le plus coupable. Il étoit, dit Froiffard, son compère, son ami, son confident; si en tint moins de compte, & de tous autres gens d'église, où il ajoutoit au devant grand foi. Plein de ses projets de vengeance, il assiégea la place avec un appareil terrible; les mineurs font bientôt tomber un pan de muraille; il entre lui-même par cette brèche; ses soldats le suivent; il parcourt les rues, monté sur un char; chacun se prosterne sur son passage, & implore sa miséricorde; il entend les cris, les gémissements des vieillards, des enfants, des femmes; il y est insensible. A ses ordres, ses soldats devinrent autant d'assassins; ils égorgèrent, avec une fureur incroyable, sans distinction d'âge & de sexe, tous les habitants. Le spectacle de cette ville rougie du sang de son peuple, ne satisfit pas encore la vengeance du Prince Anglois; après avoir fait piller les maisons, il voulut qu'elles fussent toutes consumées par les flammes. L'Évêque fut arrêté & conduit devant le vainqueur, chargé de chaînes & jeté dans un noir cachot. La ville de Limoges, après ce désastre, n'en éprouva plus de pareils. Pendant les guerres civiles de la religion, elle ne participa que Part. IV. 274 --- Page 274 --- DESCRIPTION foiblement aux troubles qui désolèrent la plupart des villes de France. Dans les commencemens de ces troubles, en 1562, les Protestans de Limoges avoient joui tranquillement, jusqu'au mois d'août de cette année, de la liberté qui leur avoit été accordée par les édits; à cette époque, ils furent soupçonnés, quoiqu'en petit nombre, d'avoir projeté de s'emparer de Limoges : les Catholiques, furieux, les chassèrent de la ville, & les forcèrent de se retirer à Confolent. De Serres dit qu'il y eut alors cinq ou six Protestans exécutés à mort; M. de Thou n'en parle point, mais il rapporte que les Catholiques démolirent le lieu où les Religionnaires tenoient leurs assemblées, qui étoit situé dans un faubourg, & qu'ils mirent le feu aux bancs & à la chaire du Ministre. En 1605, Henri IV, qui avoit voyagé en Poitou pour calmer les esprits, que des impositions onéreuses avoient soulevés, vint dans le Limosin pour un objet différent. Quelques Gentilshommes du pays, de la faction du Maréchal de Biron, s'étoient saisis de plusieurs châteaux, & faisoient des démarches qui tendaient à une révolte. Le Roi y avoit envoyé une commission, qui, assistée du Président de Limoges, condamna à mort quelques Gentilshommes Limosins. Après ces exécutions, Henri IV vint lui-même dans ce pays, pour soumettre, par sa présence, les esprits séditieux; il s'y rendit promptement, & voulut faire une entrée à Limoges. Après avoir séjourné six jours dans cette ville, pendant lesquels le temps n'étoit pas fa- DU LIMOSIN. 275 --- Page 275 --- DESCRIPTION vorable à une cérémonie de cette espèce, le 20 novembre, il fut dîner à Montjovis, dans une maison appartenante alors à Jean Mercier, située à quatre ou cinq cents pas du faubourg. Ce fut-là que les différens corps de la ville vinrent le compliment. Le Clergé s'y rendit en procession; ensuite parurent les troupes de la ville, divisées en neuf compagnies, ayant chacune son enseigne; elles comprenaient en tout quinze cents hommes. Le Roi écouta le compliment que prononça leur Colonel, & en parut très-satisfait. Cinquante jeunes gens, de l'âge de dix-huit à vingt ans, magnifiquement vêtus, & montés sur de superbes chevaux, s'avancèrent; leur Capitaine vint prononcer son compliment. L'Auteur de la relation de cette entrée dit « que Sa Majesté vit de bon œil le généreux maintien de cette brave jeunesse, & s'enquit du nom des maisons & familles de la plupart, & de leur qualité, disant à ceux qui étoient près de sa personne, qu'il n'avoit jamais cru Limoges ce qu'il l'estimait à présent, & leur répondit : Je crois vos volontés de pareille affection que vous me les offrez, & les vous témoignerai lorsque vous m'en requerriez ». La Magistrature parut ensuite. Le Président Martin, homme respectable par son âge & par son savoir, parla au nom de toute sa compagnie; son discours fut le plus long, &, suivant le goût du temps, il y étoit fort question de mythologie: le Roi y fut comparé à Jupiter. Il répondit à ces témoignages de zèle & de fidélité par ces paroles: Je sais que vous m'avez S ij --- Page 276 --- DESCRIPTION fidèlement servi; continuez, & faites que mes sujets soient conservés, leur rendant la justice que j'ai mise entre vos mains; car ne pourriez faire chose qui me cause plus grand contentement. Les Prévôt & Consuls de la ville vinrent aussi témoigner à ce Prince leur respect & leur fidélité. C'est la vérité, répondit Henri IV, que vous m'avez toujours été fidèles; je n'oublierai jamais la connoissance que j'ai de votre fidélité. Le Roi étant descendu du théâtre sur lequel il était placé, marchait entouré des Consuls de Limoges, & accompagné des précédentes compagnies. Sur son passage, toutes les rues étaient tapissées & ornées d'emblèmes & de devises. À l'entrée de la rue des Combes, en face de la place Dauphine, était autrefois une porte de ville, nommée de Montmailler, qui fut démolie en 1765. Cette porte parut ornée d'une ordonnance d'architecture en briques, composée de plusieurs rangs de colonnes & d'arcades, surmontée d'un dôme, au dessus duquel s'élevait une statue colossale de douze pieds de proportion, qui représentait le grand Lemovix, prétendu fondateur de Limoges. Ce Lemovix portait un cimeterre à son côté; à sa droite, il tenait une clef d'argent, & à sa gauche, un cœur enflammé, & faisait contenance, dit l'Auteur de la relation, de s'incliner vers l'endroit de l'entrée de l'arrivée de Sa Majesté, pour lui offrir & les cœurs & les clefs de la ville tout ensemble. DU LIMOSIN. 277 --- Page 277 --- DESCRIPTION Ce portail étoit enrichi de devises, d'inscriptions en lettres d'or, dont il seroit trop long de parler. «A peine le Roi étoit à l'entrée de ce portail, qu'on vit descendre une nuée clairement espessée, qui s'entrouvrit au devant de Sa Majesté, & laissa voir un beau jeune enfant portant l'habit & maintien d'un Ange». Cet Ange présenta au Roi les clefs d'argent de la ville, industrieusement travaillées, & dont l'ouvrage & la matière coûtoient plus de cinq cents livres, somme considérable alors. Le petit Ange, en présentant ces clefs au Roi, lui adressa ces vers : Avec ces clefs, les biens, voire même la vie, De ce peuple est acquise à Votre Majesté; Recevez de bon œil, Sire, je vous supplie, Ce que chacun vous offre en toute humilité. Après avoir pris ces clefs, le Roi s'avança, & fut reçu sous un dais magnifique, & d'une richesse extraordinaire. Les cris de vive le Roi l'accompagnoient dans sa marche ; parmi ces acclamations d'usage, il entendit un vive Monseigneur le Dauphin. Son cœur paternel en fut vivement ému ; il témoigna à ceux qui l'environnoient, combien il étoit sensible à cette acclamation, & dit d'un ton pénétré, ce peuple m'aime. Sur le passage du Roi se présentoient toujours de nouveaux objets de magnificence. Les Limosins, en cette occasion, ne négligèrent rien pour recevoir dignement ce bon Monarque ; ils n'oublierent pas de lui faire voirDESCRIPTION DES PRINCIPAUX LIEUX DE FRANCE LIMOSIN (Complément) --- Page 278 --- DESCRIPTION le trésor & les reliques de l'église de Saint-Martial; ils lui montrèrent sur-tout le précieux reliquaire qui contient le chef du glorieux Saint-Martial; le Roi le baisa, & y fit toucher plusieurs fois son chapelet & sa croix (1). Mœurs & Caractère. Les habitans de Limoges ont toujours été industriels par besoin, & superstitieux par principe. Pendant que les Arts d'imitation, tombés dans la plus profonde barbarie en France, étoient relégués dans quelques Monastères, on les cultivait à Limoges avec un succès alors distingué. Les Peintres en émail de cette ville furent long-temps célèbres dans le royaume; leurs ouvrages étoient recherchés chez les grands & à la Cour. Léonard Limoisin, dans ce genre de peinture, s'est fait un nom parmi les Artistes. On voit de beaux morceaux de lui à Paris, dans la Sainte-Chapelle du Palais (2). Les crucifix, les coffres & les en- ( Depuis Louis XI, aucun Roi de France n'avait fait son entrée dans Limoges; c'est pourquoi Henri IV, voyant la grande affluence du peuple qui étoit accouru pour voir cette cérémonie, dit au Prévôt des Consuls qu'il y avait bien long-temps qu'on n'avait fait une pareille entrée. Sire, lui répondit le Prévôt, nous avons, de notre mémoire, reçu fort magnifiquement Antoine de Bourbon, père de Votre Majesté; il y fut reçu le 20 décembre 1556. Il est vrai, répondit le Roi; mais c'étoit seulement en qualité de Vicomte; il n'étoit pas Roi de France. ( Léonard Limoisin travaillait sous le règne de François Ier; il fut appelé à la Cour de ce Roi, qui le fit son Valet de chambre; on a de lui plusieurs portraits DU LIMOSIN. 279 --- Page 279 --- DESCRIPTION seignes de Limoges, étoient des bijoux fort recherchés. Depuis que les Beaux-Arts ont prospéré en France, ils sont déchus à Limoges; de nouveaux ouvrages d'un genre différent, accueillis & favorisés, ont fait oublier ceux des Limosins (1). Scaliger accuse les habitants de Limoges d'être superstitieux. « Celui qui parlerait mal de Saint-Martial, dit-il, serait à leurs yeux bien plus coupable que s'il avait mal parlé de Dieu ». S'ils ne pensent pas tout à fait de même en émail, de ce Monarque. On trouve, au commencement du siècle dernier, un autre Artiste du même nom qui n'a pas joui de la même réputation. ( Dans une pièce manuscrite du treizième siècle, intitulée Proverbes, rapportée par M. le Grand d'Aufly, dans la Vie privée des François, les crucifix de Limoges sont cités comme les meilleurs ouvrages qui se fabriquaient dans cette ville. Les coffres Limosins, coffri Lemovicens, étoient estimés des Grands du royaume dès le douzième siècle; c'étoient des espèces de reliquaires faits en forme de coffres plats en dos d'âne: on en voit encore; ils sont ordinairement de cuivre doré & émaillé. Les I. P. Lemovici frères, firent en 1312, dans ce genre, le magnifique mausolée du Cardinal Pierre de la Chapelle-Taillefer, dans la Marche; celui du Cardinal Hugues-Roger est semblable, mais on ignore le nom de l'Artiste. Les enseignes de Limoges étoient encore des ouvrages en émail. Palitti en parle, & dit que de son temps, en 1580, les émailleurs de cette ville donnoient pour trois sous une douzaine de ces enseignes, espèces d'agrassés qu'on partait alors au bonnet; lesquelles enseignes, ajoute-t-il, étoient si bien labourdies, & leurs émaux si bien parfordus sur le cuivre, qu'il n'y avait nulle peinture si plainte. 6 iv --- Page 280 --- DESCRIPTION aujourd'hui, ils ont conservé plusieurs pratiques de l'ancienne superstition. Il y a peu de villes qui contiennent autant de Moines, & on y compte jusqu'à six communautés de Pénitens : les Noirs, établis à Saint-Michel de Pistorie, en 1598; les Bleus, établis à peu près dans le même temps, à Saint-Paul-Saint-Laurent les Limoges; les Blancs, établis avant 1611, à Saint-Julien-Saint-Afire; les Gris, établis dans la chapelle de Saint-Antoine, au cimetière des Arènes, avant 1611; les Feuilles mortes, établis à Saint-Martial de Montjovis en 1615; les Rouges ou Poupres de la Charité, établis à Saint-Célestateur vers 1661. Ainsi, sans trop hasarder, on peut dire que cette ville est en grande partie peuplée de Pénitens de toutes couleurs : dans le Limosin ces sociétés sont malheureusement plus nombreuses que les sociétés savantes (1). Les habitants de cette Province ont de tous temps manifesté leur inclination pour les reliques; c'est pour satisfaire à ce goût dominant que tous les sept ans, chaque église du diocèse de Limoges expose les reliques qu'elle contient, à la vénération publique; cette cérémonie, toujours désirée, dure environ deux mois, & se nomme l'Ostension; pendant ce temps, le peuple visite les églises; les Prêtres, les ( Je ne connais aucune ville de France qui renferme autant de communautés de Pénitens que Limoges; la seule ville d'Avignon, qui est tout Italienne, l'emporte sur elle, d'une communauté, qui est celle des Pénitens violets. DU LIMOSIN. 281 --- Page 281 --- DESCRIPTION Moines, &c., font des processions pompeuses, où les Pénitens jouent un grand rôle. On y figure les différents mystères de la religion ; spectacle qui se rapproche beaucoup des anciens mystères, que l'on représentait autrefois dans les églises, dans les rues, lors de quelques fêtes ou réjouissances publiques. On trouve encore à Limoges des Filles dévotes, qui, sans être en communautés, portent un costume particulier : ce titre de dévote leur donne presque un état ; elles portent ordinairement, à l'exemple de certaines Religieuses, des cilices ou ceintures de fer qui se fabriquent dans cette ville à la manufacture d'Epinglerie. Si l'on a droit de reprocher aux Limosins leurs préjugés, leur peu de goût pour les Beaux-Arts & les Sciences, il faut aussi louer leur prudence, leur économie & leur exacte probité dans le commerce : les banqueroutes y sont très-rares. COMMERCE, &c. A la peinture en émail, qui formait autrefois le principal commerce de Limoges, l'industrie des habitans a substitué des manufactures de plusieurs espèces. On y trouve une manufacture de cuivre jaune, établie par le sieur Morin ; une manufacture d'épingles de fer & de laiton. On remarque sur-tout une fabrique de diverses étoffes de soie, établie en 1743 par les sieurs Laforet, & qui a le titre de Manufacture royale. Il existe encore plusieurs autres fabriques d'étoffes de soie, moins considérables. On y fait plusieurs ouvrages en corne. Le commerce de la cire est aussi une branche d'indus- 281 --- Page 282 --- DESCRIPTION trie de Limoges, ainsi que de plusieurs autres villes de la province. Depuis quelques années on a établi dans cette ville une manufacture de porcelaine, qui, ainsi que celle de Sèvre, tire en partie sa terre à pâte, de Saint-Yrieix, petite ville où il existe une semblable manufacture. Cette ville sert aussi d'entrepôt pour le commerce de Lyon, de la Rochelle, de Clermont, de Bordeaux, &c. Limoges étant située sur la grande route de Paris à Bordeaux, est une ville de passage; mais pour qu'elle devînt plus commerçante, il faudrait que la Vienne fût rendue navigable. Depuis long-temps ce projet a été formé, on en a même tenté l'exécution; les obstacles qu'offroit le lit de cette rivière, entièrement semé de rochers, l'a fait abandonner. Les raves & les châtaignes sont la principale nourriture des habitans des campagnes; c'est de là qu'ils ont été nommés Mâche-rave, surnom que François Hotman a exprimé par Raphanophagus. Rabelais, en parlant d'un Ecolier Limoisin, qui, saisi à la gorge par Pantagruel, fut frappé d'une telle frayeur, qu'il s'étoit conchié, fait dire à ce géant: Au diable le mâche-rabe, tant il pue. On sait d'ailleurs la prière des gens de la campagne à Saint-Martial. Monsieur Saint-Marsau, nostre bon fondateur, préga pour nous nostre Seignour, qu'ils nous vaielle bien garda nostra raba, nostra castaagna & nostra fama. Alleluia. DU LIMOSIN. 283 POPULATION. Cette ville est peuplée d'environ vingt-deux mille ames. --- Page 283 --- NEXON. Bourg considérable du Limosin, situé à quatre lieues de Limoges, & à trois de Pierre-Buffière. Ce bourg est célèbre par la mort de Volfang de Bavière, Duc des Deux-Ponts, qui, sur la prière du Prince de Condé, vint en France, à la tête d'une armée considérable, au secours du parti des Princes confédérés, dont le Prince de Condé & le Roi de Navarre étoient les chefs. Ce Prince Allemand traversa, avec beaucoup de peine, une partie de la France pour se rendre en Guienne. En passant sur les bords de la Loire, il prit la Charité, & de là se rendit, avec son armée, en Limosin, où le Duc d'Anjou se proposait de lui disputer le passage. Malgré les efforts des troupes royales, cette armée étrangère parvint à passer, sans péril, la rivière de Vienne, & à pénétrer jusqu'à dans le Limosin. La nouvelle de cette heureuse arrivée causa beaucoup de joie aux troupes des Princes confédérés; mais cette joie ne dura guère; le Duc des Deux-Ponts étoit atteint depuis longtemps d'une fièvre quarte, que les fatigues d'une longue & pénible marche avoient aggravée. Il s'arrêta à Nexon, & le 11 juin 1569, à l'âge de quarante-trois ans, il y expira entre les bras du Prince Louis de Nassau. 284 --- Page 284 --- DESCRIPTION Avant sa mort, il exhorta ses amis à continuer avec vigueur une guerre qu'ils avoient entreprise pour la cause commune, & pour la liberté des deux Princes qui étoient leurs alliés, & qui professoient comme eux la religion réformée. Il nomma ensuite, pour Généralissime de ses troupes, Volrad de Mansfeld, qui jusqu'alors avoit été son Lieutenant. Son corps, dont on ôta les entrailles, fut d'abord porté avec de grands honneurs à Angoulême, & ensuite en son pays, où il fut mis dans le tombeau de ses ancêtres. Quatre jours après, son armée & celle des Princes confédérés se réunirent ; & cette réunion, célébrée par des fêtes, fut suivie du combat de la Roche-l'Abeille où les troupes du Roi de France furent battues. (Voyez l'article de la Roche-l'Abeille pag. 296.) DESCRIPTION L'église de Nexon est ornée de trois tableaux de Maisonade, Peintre Limosin, dont nous avons cité quelques ouvrages à l'article de Limoges. Un de ces tableaux est celui du maître-autel, qui représente la Décolation de Saint-Jean-Baptiste, patron de la paroisse. Les deux autres tableaux sont dans une chapelle à droite ; dans l'un est une Sainte ; dans l'autre, on voit Saint-Fereol, Evêque de Limoges, donnant sa bénédiction aux enfants d'un co-Seigneur de la terre de Nexon, qui a fait faire le tableau : on pourroit penser que la piété n'a pas seule imaginé ce sujet. DU LIMOSIN. 285 Dans la chapelle correspondante on lit cette épitaphe : De Jehanne Hugon, la partie mortelle Git en ce lieu, mais l'esprit immortel Vit dans le ciel avec un renom tel, Que des vertus elle fut le modèle. --- Page 285 --- CHALUS. Petite ville avec le titre de Comté, située dans le haut Limosin, sur la route de Paris à Bordeaux, à six lieues de Limoges, & à quatre de Saint-Yrieix. ORIGINE. On attribue la fondation de cette ville à Lucius Capreolus, qui, sous le règne d'Auguste, étoit Proconsul d'Aquitaine. Il avoit embelli de superbes édifices la ville de Limoges ; il fit encore bâtir, en cet endroit, un château fortifié de tours & de remparts, ainsi qu'un palais très-vaste. Ce château fut nommé Castrum Lucii Capreoli, dont on a fait Chastus-Chabreol, nom que porte encore aujourd'hui cette ville. Ce château, dans les temps de la féodalité, fut le chef-lieu d'une Baronnie que Charlotte d'Albret, fille d'Alain, Sire d'Albret, Comte de Périgord, & de Françoise de Blois, dite de Bretagne, porta en dot à son mari César Borgia, Duc de Valentinois. Louise Borgia, leur fille unique, fut Dame de Chalus, & épousa Philippe de Bourbon, Comte de Buffet, dont la postérité possède encore cette Baronnie. DESCRIPTION. Cette ville est divisée en haute & basse ; elle contient deux paroisses ; 286 --- Page 286 --- DESCRIPTION dans la partie haute, sont les restes de l'ancien château, dont il existe encore deux tours. On y voit aussi les ruines du palais, construit, dit-on, par le Proconsul d'Aquitaine, Lucius Capreolus; ces ruines annoncent un édifice vaste & solide. COMMERCE. Cette ville est fameuse par les foires de bestiaux qui s'y tiennent à la Saint-George & à la Saint-Michel; il s'y vend surtout un grand nombre de chevaux. ÉVÉNEMENT remarquable. C'étoit une opinion ancienne, accréditée par une longue suite d'années, & appuyée par le témoignage des Chroniqueurs, que le Proconsul Lucius avait caché, dans de profonds souterrains du château de Chalus, un trésor incomparable. Un Gentilhomme, en 1199, découvrit enfin ce trésor, qui consistait en plusieurs figures d'or affiles autour d'une table; elles représentaient un homme, une femme & plusieurs enfants, tous vêtus à la romaine. Richard Cœur de Lion, Roi d'Angleterre & Duc d'Aquitaine, étoit à l'abbaye de Grandmont, lorsqu'il reçut la nouvelle de cette précieuse découverte. Aymar, Vicomte de Limoges & Seigneur de Chalus, lui fit offrir la moitié de ce trésor; mais Richard, n'écoutant que son avidité, voulut l'avoir en entier : animé par l'appât de tant de richesses, il vint aussi tôt assiéger le château de Chalus, où elles étoient renfermées. Ce château n'étoit défendu que par trente-huit hommes, qui, ne pouvant longtemps résister aux forces considérables du Roi d'Angleterre, lui offrirent de se rendre. Richard, irrité de la résistance qu'il avait déjà éprouvée, DU LIMOSIN. 287 --- Page 287 --- DESCRIPTION déclara qu'il les auroit par force, & promit au lieu de composition, de faire pendre toute la garnison. Cette menace insensée réduit les assiégés au désespoir, & les porta à une extrémité violente. Ce Prince s'étant approché de la place avec le Duc de Brabant, pour observer les endroits foibles, fut atteint au bras, d'une flèche que lui décocha un Gentilhomme nommé Bertrand de Gordon. Le fer resta dans la plaie qui n'étoit pas mortelle, mais qui le devint par l'ignorance du Chirurgien, ou, selon quelques Écrivains, par la débauche du Roi. Furieux de sa blessure, Richard commanda qu'on pressât les assauts; au bout de quelques jours la place fut prise, tous les soldats de la garnison furent massacrés. Bertrand de Gordon, qui avait blessé le Prince, fut seul épargné, & conduit devant Richard. Que t'avais-je fait malheureux, pour m'arracher la vie? lui dit ce Roi. — Ce que tu m'as fait? répondit Gordon, tu as tué, de ta propre main, mon père & mes frères; je suis content; je les ai vengés; tyran, fais-moi mourir; je brave ta colère. Richard, affoibli par sa blessure, & prêt à rendre le dernier soupir, ne peut s'empêcher d'admirer l'intrépidité de Gordon. Je te pardonne, lui dit-il; & sur le champ il commande qu'on lui ôte ses fers, & qu'on lui donne la liberté avec cent sous d'argent. Quelque temps après cet acte de générosité, le 6 avril 1299, Richard rendit le dernier soupir. A peine fut-il expiré, que le malheureux Gordon, quoiqu'absous par le Roi défunt, fut arrêté par les ordres du Duc de Brabant, qui le fit écorcher tout vif. C'est ainsi que l'avidité du Roi Richard devint funeste à lui-même, à plusieurs soldats innocents, & au brave Gordon. Les Princes puissans ne peuvent guère causer de petits maux. Environs. Entre Chalus & Limoges, & à deux lieues de cette dernière ville, est le lieu de Chalucet. Ce village est connu dans l'Histoire par son ancien château, qu'Ithiers, Evêque de Limoges, fit rebâtir en 1067, & dont on voit encore quelques mesures. DU LIMOSIN. 288 --- Page 288 --- DESCRIPTION Vers la fin du quatorzième siècle, les Anglois y tenaient une forte garnison commandée par un vaillant Chevalier Gascon, nommé Sicard de la Barde. Ce Chevalier ayant entendu vanter les exploits de Jean le Maingre, dit Boucicaut, se permit de dire que sa figure ne répondait point à sa réputation. Ce propos fut répété à Boucicaut, qui, quoique fort jeune alors, lui manda, que le connoissant pour un des meilleurs & des plus beaux Chevaliers du siècle, il se regarderait comme fort honoré d'entrer en lice avec lui, ajoutant qu'il était jeune & novice en fait d'armes, & qu'il avait besoin de prendre des leçons d'un aussi grand maître. Le Chevalier Sicard lui accorda sa demande. On assigna le jour & le lieu du combat, & l'on fixa le nombre des coups qui devaient s'y porter. Au jour marqué, le jeune Boucicaut, brûlant de faire paraitre son courage & son adresse, s'habilla 289 --- Page 289 --- DESCRIPTION s'habilla magnifiquement, partit, monté sur un beau & fort destrier, accompagné des principaux Gentilshommes de sa suite, & arriva devant le château de Chaluce, où devait se donner le combat. Le lieu étant disposé, le Chevalier Sicard porta le premier coup, & frappa avec tant de force sur l'écu de Boucicaut, que ce jeune Chevalier en fut presque désarçonné; il ne put même riposter, parce que son cheval, effrayé par un si rude coup, l'emporta malgré lui. Alors on redonna les lances aux deux Chevaliers; ils coururent de nouveau l'un sur l'autre, & se heurtèrent avec violence. Boucicaut ne fut point ébranlé du choc; au contraire, il porta son coup si juste & si vigoureusement, qu'il atteignit Sicard dans la visière, lui rompit les boucles de son casque, qui fut prêt à tomber de sa tête, & l'étourdit si fort, que si on ne l'eût soutenu, il étoit entièrement désarçonné. Pour la troisième fois, les deux Chevaliers recommencèrent la joute. Sicard brisa sa lance contre Boucicaut, en lui portant un coup qui lui fit plier les reins. Boucicaut riposta avec autant d'adresse que de force; il atteignit Sicard entre les côtes, au défaut de l'armure, lui enfonça sa lance, & le renverra par terre. La joute, dont le nombre des coups étoit fixé à vingt, fut alors terminée, & le jeune Boucicaut partit tout glorieux d'un tel avantage. Partie IV. T --- Page 290 --- SAINT-LÉONARD. Ville située sur la rive droite de la Vienne, & sur le chemin de Moulins, de Lyon, de Clermont, à Limoges, à Bordeaux, &c., à quatre lieues de Limoges. Cette ville doit son origine à Saint-Léonard, qui en est le patron, & qui, après Saint-Martial, est le Saint le plus rêvé du Limosin. Saint-Léonard fleurit soit vers l'an 1022; il opéra pendant sa vie, ainsi qu'après sa mort, des miracles qui lui valurent le titre de Saint. Une église élevée dans le lieu de son tombeau, & des Moines établis au même endroit pour la desservir, formèrent bientôt un riche monastère, auquel des Evêques de Limoges firent de grands dons; il fut, dans la suite, sécularisé, & il forme aujourd'hui une collégiale, composée d'un Prieur & de dix Chanoines. Cette ville est encore illustrée par un couvent de Récollets, établi en 1598, & par une communauté de filles de Notre-Dame, fondée en 1652. L'hôpital, fondé dès l'an 1390, est desservi par des Sœurs de Saint-Alexis. Depuis une trentaine d'années, cette ville a reçu un accroissement assez considérable, qu'elle doit sur-tout à la grande route qui y passe, dont l'exécution a coûté des travaux & des sommes considérables. On y a construit sur la Vienne un pont magnifique; ce pont, les DU LIMOSIN. 291 --- Page 291 --- DESCRIPTION femmes & le pain sont ce que Saint-Léonard renferme de plus beau. On y trouve une manufacture considérable de papiers, on y fabrique aussi des étoffes de laine. ENVIRONS. A deux lieues de Saint-Léonard, dans un village de la paroisse d'Eybouleuf, on trouve une ocrière d'une très bonne qualité, dont l'exploitation ne devrait pas être négligée dans un pays aussi peu fertile. EYMOUTIERS. Ville située sur la rive gauche de la Vienne, près des confins de la Marche, à quatre lieues de Bourganeuf, & à sept de Limoges. Cette ville étoit anciennement nommée Antimonasterium ou Actense monasterium ad Vingennam; elle doit son origine à une abbaye qui fut sécularisée & convertie en collégiale. La collégiale, sous le titre de Saint-Étienne, est composée d'un Prévôt & de treize Chanoines. Il y a un couvent d'Ursulines, établi en 1629. On trouve aussi dans cette ville un hôpital desservi par des Hospitalières de Luzignan. Cette ville est commerçante, & l'industriense activité des habitans supplée à la stérilité du territoire. Il y a plusieurs tanneries, & on y fait un commerce assez étendu de peaux de chevreaux, qu'on envoye à Grenoble & ailleurs, pour y être préparées & employées à faire des gants. Il y a plusieurs Marchands ciriers qui fondent la cire qu'ils tirent des montagnes T ij --- Page 292 --- DESCRIPTION voisines, & en forment des pains qu'ils envoyent aux fabricans de Limoges. Des filatures de coton y occupent & font vivre un grand nombre d'habitans. L'ESCARS. Bourg avec un château fort ancien, situé à cinq lieues & au sud de Limoges. Ce château, qui a donné son nom à l'ancienne maison d'Escars, est d'une construction qui paroit du douzième siècle ; les Anglois l'assiégèrent, s'en rendirent maîtres, & en furent chassés en 1381. Ce château, qui fut long-temps regardé comme une des plus fortes places du Limosin, est situé dans un fond; il est flanqué de quatre tours qui paroissent avoir été bâties à différentes époques; une de ces tours est octogone, & fut construite au seizième siècle par Anne d'Escars, Cardinal de Giuri (1). Autour de la cour du château est une galerie que fit faire François d'Escars; elle est ornée extérieurement de tables en serpentine de la Roche-l'Abeille, sur lesquelles sont gravés des quatrains de Pibrac. Une pareille table étoit placée, il y a quelques années, au dessus de la porte du château, & portait une inscription. ( Ce Cardinal fut Evêque de Metz; il mourut en 1612 dans cette ville, & fut enterré dans la cathédrale, où il a son tombeau en marbre. DU LIMOSIN. 293 --- Page 293 --- DESCRIPTION Lion relative à la carrière de serpentine de la Roche-l'Abeille ; nous la rapportons à cet article. (Voyez ci-après page 300.) Cet ancien château renferme des choses curieuses pour les amateurs des Arts ; on y voit surtout quatre tableaux de forme ronde, peints par l'Albane & représentant les éléments. Ces tableaux, qui ont été plusieurs fois gravés, sont bien précieux s'ils sont originaux ; plusieurs circonstances portent à le croire, & on y reconnoit très-bien la touche gracieuse de l'Albane. La chapelle du château est remarquable par cette inscription que l'on y trouve fréquemment répétée : Lors aurai joie, & qui est peut-être une devise ou cri de guerre des anciens Seigneurs d'Escars ; cette devise se lit en divers autres endroits du château. Le bourg étoit autrefois beaucoup plus considérable qu'aujourd'hui. L'église, anciennement paroissiale, n'est plus à présent qu'une succursale de celle de Flavignac. On y conserve un morceau de bois de la vraie croix, qui, à ce qu'on croit, fut, du temps des Croisades, apporté, de la Terre Sainte, par un Seigneur d'Escars. Depuis environ dix ans on a découvert aux environs d'Escars, des souterrains qui paroissent avoir été habités. On présume que la fureur des guerres civiles a pu forcer les habitans des campagnes à y chercher un asile, ou qu'ils ont servi d'ateliers aux faux monnoyeurs, qui pendant long-temps ont été communs dans ce pays ; ce qui semble confirmer cette dernière opinion, T lij --- Page 294 --- DESCRIPTION c'est le charbon & autres combustibles qu'on trouve encore dans ces souterrains. Dans la forêt d'Éscars, il existe une fontaine dont l'eau est excellente; elle se nomme Bonnefons, ou plus communément la Fontaine du Rieux tari ou ruiffeau tari. Les habitants du Limosin, gens fortement attachés aux vieilles opinions, attribuent à cette eau des qualités miraculeuses. A certains jours de l'année, principalement à la fête de Saint-Fiacre, & à l'Exaltation de la Croix, on y voit arriver en affluence, de cinq à six lieues à la ronde, des dévots & des malades. Les uns & les autres commencent par se laver les pieds dans la fontaine, ils en boivent de l'eau, s'en versent dans les manches & dans le dos; après ces ablutions intérieures & extérieures, qui ont beaucoup de rapport avec d'anciennes cérémonies du Paganisme, ils coupent un morceau d'une croix de bois qui est auprès, & que l'on est obligé de renouveler tous les ans, tant leur dévotion est grande. Ils y attachent aussi les licois de leurs bestiaux malades, & de petits sacs remplis d'herbes ou de sel; puis ils jettent quelques monnoies dans la fontaine, en font trois fois le tour, & s'en retournent (1). ( L'usage de jeter dans l'eau des présens consacrés aux Divinités, est fort ancien; il fut même très-commun dans les Gaules. Les Toulousains, comme nous l'avons dit, jetoient chaque année beaucoup d'or dans des lacs consacrés à Apollon. Cette pratique superstitieuse s'étoit conservée dans le Gévaudan, jusqu'au DU LIMOSIN. 295 --- Page 295 --- DESCRIPTION fixième siècle. Les peuples de ce pays, à une certaine époque de l'année, célébrent, pendant trois jours, une fête sur les bords d'un étang, dans lequel ils jetoient, par manière de sacrifice, des habits, des linges, des toifons, du pain, du fromage & autres choses semblables, plus ou moins, chacun suivant ses facultés. Cette cérémonie fut abolie, vers l'an 570, par l'Évêque du Gévaudan. Ceux qui sont affligés de la fièvre, croyent qu'en suivant rigoureusement ce régime, ils feront guéris. On sait combien la perfraction seule peut guérir de maladies, & sur-tout celles qui, comme les fièvres, ne font qu'une habitude du corps, que l'imagination fortement frappée peut détruire tout à coup; ainsi il est possible que sans miracle plusieurs personnes aient été guéries par la foi. A deux lieues de cette fontaine miraculeuse, il en est une autre qui ne l'est pas moins; elle est située à Benac; les Pèlerins vont alternativement à ces deux fontaines, afin de trouver dans l'une le remède qu'ils ne trouvent pas dans l'autre. LA ROCHE-L'ABEILLE. Bourg avec un ancien château, situé à cinq lieues de Limoges, & à quatre de Chalus. Ce lieu est célèbre par sa carrière de serpentine, & par le combat qui s'y donna, en 1569, entre l'armée du Duc d'Anjou, frère du Roi Charles IX, & celle des Princes confédérés. Le château, ancienne forteresse, domine le Tiv --- Page 296 --- DESCRIPTION bourg. L'église renferme une image de la Vierge qui attire beaucoup de dévots. Dans le cimetière sont des tombes de quelques Officiers tués au combat dont nous allons parler. Le Duc d'Anjou étoit à Limoges avec une partie de son armée, lorsque Catherine de Médicis, accompagnée des Cardinaux de Bourbon & de Lorraine, vint l'y joindre. Ce Prince, dans le dessein de s'opposer à ce que les Allemands, conduits par le Duc des Deux-Ponts, ne joignissent en Guienne les troupes des Princes confédérés, posa d'abord un détachement auprès de Limoges, pour disputer le passage de la Vienne; mais Mouy & d'Aurricourt, envoyés avec quelques soldats par le Duc des Deux Ponts, pour chercher un gué, rencontrèrent ce détachement, le taillèrent en pièces, & par cette expédition, les troupes Allemandes ne trouvèrent plus d'obstacle au passage de la Vienne. L'Amiral de Coligny, instruit de l'approche du Duc des Deux-Ponts, joyeux de cette heureuse nouvelle, se prépara pour aller à sa rencontre; il assembla le plus de troupes qu'il lui fut possible, partit de la Guienne, s'avança vers le Limosin, prit quelques places; mais comme il étoit sur le point de joindre ce Prince étranger, il apprit que, fatigué d'un voyage long & pénible, il étoit mort à Nexon le 11 juin. Volrad de Mansfeld, son Lieutenant, lui succéda (1). Quatre jours après cette mort, l'armée des ( Voyez ci-dessus Nexon, page 287. DU LIMOSIN. 297 --- Page 297 --- DESCRIPTION Confédérés, commandée par Coligny, & où se trouvoient le Prince de Condé & le Roi de Navarre, joignit l'armée des Allemands. La joie que causa cette réunion tant déférée, & qui avait coûté tant de peines, fut très-vive; l'on frappa, à cette occasion, une médaille d'or, où d'un côté étoit l'effigie de la Reine de Navarre & de son fils Henri, & sur le revers on lisoit ces mots : Pax certa, victoria integra, mors honefsa. « Paix affurée, victoire entière, mort glorieuse » ; mais l'événement ne répondit pas entièrement à cette prophétie numismatique. Le 26 mai suivant, les deux armées réunies repasèrent une seconde fois la Vienne auprès d'Aixe; de là, après avoir mis en fuite quelques détachemens des troupes royales qui s'opposoient à leur passage, après avoir campé pendant un temps nécessaire au repos des troupes Allemandes, l'armée s'avança vers Saint-Yrieix. Le Duc d'Anjou vint, le 23 juin, à la tête de trente mille combattans, camper à la Roche-l'Abeille, & à un quart de lieue de l'armée des Princes confédérés, qui étoit composée de vingt-cinq mille hommes. L'armée des Confédérés s'étoit fort approchée de celle du Duc d'Anjou, sans que ce Prince en eût le moindre soupçon; ses troupes refoient dans la plus grande sécurité, mais bientôt l'approche imprévue de l'armée des Confédérés y répandit l'alarme & la confusion : cependant elles se raffurèrent, & réfitèrent avec quelque avantage aux premières attaques; puis 298 --- Page 298 --- DESCRIPTION accablées par le nombre, elles commencèrent, mais trop tard, à songer à la retraite. Pendant que les Royalistes lâchoient pied, arrive à leur secours Philippe de Strozzi, Colonel général de l'infanterie française, à la tête de trois cents hommes choisis. Ce Général, jaloux de la gloire de Briffac, à qui il venoit de succéder dans le commandement, cherchoit à signaler sa valeur par quelque action éclatante. Voyant l'armée royale en déroute, il ranime les uns par des paroles, donne l'exemple aux autres par des actions, parvient à rétablir le combat, & à mettre en fuite une partie de l'armée de ses ennemis. Coligny, pour réparer cet échec, envoya des troupes fraiches, destinées à soutenir celles qui commençaient à plier. Comme on n'avoit combattu que de front, il ordonna à un détachement de faire le tour du village, afin d'attaquer les Royalistes par le flanc. Ce détachement marcha le long des bords de l'étang, & donna sur les Royalistes avec beaucoup d'avantage. Cette adroite manœuvre changea le sort du combat. Les soldats de Strozzi, attaqués en flanc & en queue, furent bientôt enveloppés, & ne pouvant résister aux forces qui les accabloient de deux côtés, ils prirent la fuite sans qu'il fût possible de les rallier. Deux Officiers généraux de l'armée royale, Saint-Loup (1) & Roquelaure, ainsi que quatre ( Saint-Loup, du pays d'Anjou, Lieutenant de Strozzi, tué dans cette action, fut enterré, ainsi que DU LIMOSIN. 299 --- Page 299 --- DESCRIPTION cents hommes, périrent en cette occasion; Strozzi fut fait prisonnier: du côté des Protestans il n'y eut que cinquante hommes de tués. Le carnage auroit été plus grand si une pluie continuelle, en rendant, pour la cavalerie, les chemins impraticables, & en mouillant les armes à feu, n'eût arrêté les Protestans & favorisé la fuite des Royalistes. On voit dans les environs du bourg de la Roche-l'Abeille, & à un quart de lieue au nord de la plaine de Saint-Laurent, des fossés profonds qui paroissent avoir servi de retranchement; ces fossés sont indiqués dans les titres de 1400, sous le nom de creux de Maroc; à une demi-lieue de ceux-ci, il en est d'autres appelés creux de Bradama. Cette dénomination semble indiquer qu'ils ont été faits par les Sarrafins venus des côtes de Maroc, & qui, dans le huitième siècle, s'avancèrent en France jusqu'au bords de la Loire, commandés par Abdérame. Du nom de ce Général on a peut-être fait Bradama; mais ce n'est qu'une conjecture. On trouve d'autres fossés semblables auprès du village de la Rochette, qui n'est éloigné de la Roche-l'Abeille que d'une demi-lieue, & enfin deux autres Capitaines, dans le cimetière de la Roche-l'Abeille; on y voit leurs tombes chargées d'inscriptions effacées. Sur celle de Saint-Loup, qui est plus connue, on voit son écusson avec une épée à côté, pour marques qu'il est mort en combattant. On dit que ce brave Capitaine, pendant la déroute, crioit : Sauvet M. de Strozzi, & que se mettant au devant de son corps, il reçut le coup dont son Colonel étoit menacé, & mourut en lui sauvant la vie. 300 --- Page 300 --- DESCRIPTION il en existe encore auprès du Chalart Peyroulié. Les villageois de ce canton conservent, par tradition, le souvenir des grands événements dont cette plaine a été le théâtre; ils disent qu'elle fut rougie de tant de sang, que la terre en garda long-temps la couleur, & qu'encore le blé qu'on y seme ne peut être mangé. C'est dans la même plaine de Saint-Laurent que se trouve la carrière de serpentine, dont la découverte est attribuée à François, Comte d'Escars, suivant cette inscription qu'on voyait encore, il y a quelques années, au dessus de la porte du château d'Escars, gravée sur une table de serpentine : François, Seigneur, Comte d'Escars, Fort amateur des Arts, Fut le premier, qui, par merveille, Inventa ce beau marbre en sa Roche-l'Abeille. L'exploitation de cette carrière remonte à des temps bien plus reculés. Plusieurs monumens très-anciens, qui se voyent dans divers endroits de la province où la serpentine de la Roche-l'Abeille est employée, témoignent assez que le Comte François d'Escars n'est pas, comme il est dit dans l'inscription, l'inventeur de cette carrière. Dans l'église de Saint-Martial, & dans la crypte où se trouve le tombeau de ce Saint, on voit des ouvrages en serpentine, qui sont du temps de la première ou de la seconde race de nos Rois. Dans l'église de Royère, village situé près de la Roche-l'Abeille, DU LIMOSIN. 301 --- Page 301 --- DESCRIPTION on voit un bénitier qui a tous les caractères d'un ouvrage antique, & a la forme des cuvettes que les Romains appeloient Lal' um. Ce vase antique, qui est en serpentine de la Roche-l'Abeille, sembleroit annoncer que cette carrière étoit connue même du temps des Romains. Cette pierre est opaque, d'une couleur verte obscure, qui approche de celle de la peau du serpent, & c'est à cause de cette ressemblance qu'elle est nommée serpentine; elle prend un beau poli; elle est tendre; on peut la tourner & en faire des vases: c'est à peu près la pierre ollaire des anciens. La serpentine de la Roche-l'Abeille est très-ressemblante à la serpentine d'Allemagne; elle en a la couleur, & donne à la distillation les mêmes résultats (1). Cette carrière n'est pas la seule de son espèce dans le Limosin; on voit une masse considérable de serpentine à Perabruna, sur la route de Toulouse, à une lieue au-delà de Magnac; on croit que cette masse correspond à celle de la Roche-l'Abeille. ( M. Bayen a prouvé dans un mémoire inséré dans le Journal de Physique de l'année 1779, vol. I, p. 53, que dans le pays où cette serpentine abonde, on pourroit, en suivant le procédé analytique que ce Chimiste indique, en extraire une quantité assez considérable de sel amer, & se procurer, à très-bon compte, une substance chère que nous tirons en grande quantité de l'Étranger. 302 --- Page 302 --- SAINT-YRIEIX-LAPERCHE. Ville du haut Limosin, avec une sénéchaussée, située sur la rivière de l’Ile, à sept lieues de Limoges, & à quatre de Chalus. Cette ville doit son origine à un ancien monastère, fondé, dit-on, vers la fin du sixième siècle, par Saint-Yrieix, natif de Limoges. Ce monastère fut sécularisé, & a le titre de collégiale royale de Saint-Pierre. Le chapitre est composé d’un Doyen, d’un Grand Chantre, de onze Chanoines & de six semi-Prébendés. Cette ville contient cinq églises paroissiales, un couvent de Récollets, un autre de Religieuses Urbanistes, un Hôpital & une société de Pénitens bleus. La ville de Saint-Yrieix est fort commerçante; il y a plusieurs manufactures, dont la plus moderne & la plus remarquable est celle de porcelaine. L’argile très-blanche qu’on y employe se tire d’une carrière située aux environs de cette ville; la même carrière fournit également à la manufacture de Limoges & à celle de Sèvres près Paris. La découverte importante de cette argile fut faite par M. Villaris, Apothicaire de Bordeaux. La pâte, jusqu’alors employée dans les manufactures de porcelaine, ne pouvait servir que pour des objets d’ostentation, ce n’était qu’une terre vitrifiable qui produisait une matière très-belle, mais très-fragile, & que la moindre chaleur faisait briser. Depuis qu’on emploie l’argile de Saint-Yrieix, il se fabrique DU LIMOSIN. 303 --- Page 303 --- DESCRIPTION des porcelaines dures, & qui résistent à une chaleur assez considérable. Il se fait dans cette ville des préparations d'antimoine à l'usage des chevaux; mais le principal commerce est en antimoine cru; cette substance est tirée d'une masse située à trois lieues de Saint-Yrieix, dans la forêt de Biais, & proche du château de ce nom. Le filon qui donne de la mine, est à plus de quinze pieds de profondeur; l'antimoine s'y trouve d'abord comme en rognon, & enveloppé dans une partie de fer fort abondante; à mesure que le filon s'enfonce, il devient plus suivi & plus large. Cet antimoine est transporté à Bordeaux par Bergerac, où il est vendu aux Hollandois, qui nous le rapportent en verre ou autrement; il se débite aussi à Orléans, où on le dégage de la partie du soufre qui lui est unie, pour en faire le régule; il a la réputation d'être d'une qualité supérieure à ceux qu'on tire des autres provinces, c'est pourquoi il est un peu plus cher. Saint-Yrieix est habité par plusieurs Tanneurs qui préparent des cuirs forts de vaches en baudriers, des veaux & des basanes; les Tisserans y font des toiles ouvrées; il s'y fabrique plusieurs étoffes communes, & on y fait un commerce considérable de fil de chanvre, de droguet de Limoges & de bœufs: l'antimoine est la branche la plus importante du commerce de cette ville. ÉVÉNEMENTS remarquables. En 1591 la ville de Saint-Yrieix, qui tenoit pour le parti du Roi, étoit commandée par Louis de Pierre 304 --- Page 304 --- DESCRIPTION Buffière de Chambaret, jeune Gentilhomme, dit M. de Thou, qui possèdoit toutes les belles qualités du corps & de l'esprit, & qui joignoit, à un grand courage, beaucoup d'habileté & de politesse. Cette place fut assiégée par Louis de Pompadour, & par Henri Despres de Montpezat, qui étoient Gouverneurs pour la Ligue dans le Limosin, le Querci & le Périgord. Le jeune Chambaret, quoique dépourvu de munitions, & dans une place mal fortifiée, fit bonne contenance, & n'abandonna point la ville pour se retirer dans le château comme on le crut d'abord. Cependant Charles Turquant, que le Roi avoit envoyé à Anne de Levi de Ventadour, Gouverneur du Limosin, pour arranger les affaires de la province, instruit de la situation pressante où se trouvait le jeune Chambaret, écrivit de Limoges, où il étoit, à plusieurs Gentilshommes des environs, pour les déterminer à se réunir, & à concourir à faire lever aux Ligueurs, le siège de Saint-Yrieix. Les Barons & les Gouverneurs du voisinage assemblèrent des troupes au nombre de quatre cents chevaux & de six cents arquebusiers; mais bientôt la dissention se répandit parmi les chefs de cette petite armée. De jeunes Gentilshommes Limosins, sans expérience, & fiers de leurs titres, disputoient à d'habiles militaires blanchis sous les armes, le droit de commander; ils pensoient qu'avec de vieux chiffons en parchemin, qui attestoient que leurs aïeux avoient autrefois vécu & étoient morts, ils devoient plus habilement conduire une armée DU LIMOSIN. 305 --- Page 305 --- DESCRIPTION & remporter la victoire; ce barbare préjugé de noblesse produisit un funeste événement. L'armée des Royalistes fut inconsidérément rangée en bataille sous le canon des Ligueurs, qui profitèrent fort bien de la situation défavantageuse de leurs ennemis. Pompadour & Montpezat s'étant joints à Fourou & à Taillefer, tombèrent sur l'armée des Royalistes, & s'étant divisés ensuite en deux bandes, ils l'enveloppèrent. Étonnés d'une attaque aussi brusque, les nobles Limosins reculent, & se laissent pousser jusqu'aux supports profonds, d'où ils ne peuvent se retirer. Les Ligueurs envoyent alors des soldats & les goujats de l'armée pour les massacrer dans ces marais fangeux. Plusieurs Capitaines distingués périrent en cette malheureuse affaire, parmi lesquels on compte François, Comte de la Rochefoucauld, Gabriel de Rie, de la Cosse de Mesière, Gouverneur de la Marche, Rochefort père & fils, Château-neuf, & une infinité d'autres moins connus. Ce malheur n'abattit point le courage du jeune Chambaret ; le danger, en croissant, ne sembla donner que plus d'activité à son génie & à sa valeur ; il se hâta de faire construire de nouvelles fortifications au dedans de la ville. Les ennemis, glorieux de leur victoire, s'avancèrent pour l'assiéger, firent plusieurs tentatives, donnèrent trois assauts qui furent repoussés avec vigueur; enfin les assaillans, fatigués d'éprouver une si belle résistance, furent contraints de lever le siège vingt jours après l'avoir formé. Partie IV. V 306 --- Page 306 --- USERCHE. Ville, avec une sénéchaussée, située sur la rive gauche de la Vezerre, & sur la route de Limoges à Tulle, à Brives & à Toulouse, à onze lieues de la première ville, à cinq de la seconde, & à six de la troisième. Cette ville, nommée en latin Uferca, existait sous le règne de Louis le Débonnaire, qui séjourna dans le château, & fit réparer le monastère. Du temps que les Anglois étoient maîtres de la Guienne, elle a donné des marques de sa fidélité au Roi de France; elle ne put jamais être prise, & fut, pour cette raison, nommée Uferche la pucelle. Cette pucelle se rendit cependant, en 1575, aux troupes du Vicomte de Turenne, commandées par Langoyran. Elle est située sur le penchant d'une colline, &, comme nous l'avons dit, sur la rive gauche de la Vezerre; le faubourg de Sainte-Eulalie est sur la rive opposée. Ce faubourg ne dépend point de la sénéchaussée d'Userche, mais de celle de Limoges. La rivière entoure presque entièrement cette ville qui, de loin, se présente d'une manière assez avantageuse; mais l'intérieur n'offre rien de curieux. La grande route de Paris à Toulouse y passe, & y a été pratiquée avec de grandes dépenses & beaucoup de difficultés. La collégiale de Saint-Pierre étoit l'église d'un ancien monastère, qui existait vers l'an DU LIMOSIN. 307 --- Page 307 --- DESCRIPTION Saint-Rorice, Evêque de Limoges, en parle dans ses lettres, & dit qu'il y avait alors une église. En 1028, un incendie confirma ce monastère; deux ans après, Richard, qui en était Abbé, le fit rétablir. Vers l'an 1037, Hildegaire, Evêque de Limoges, le fit de nouveau rétablir, & y introduit la règle de Saint-Benoît. Cette maison était le chef-lieu de la congrégation des Exempts. Elle fut sécularisée en 1740, & érigée en collégiale, composée d'un Abbé qui est Seigneur de la ville, d'un Doyen, & de treize Chanoines. Dans cette église ont été enterrés plusieurs Vicomtes de Comborn. Suivant Duchêne, on y conservait la nappe sur laquelle Jésus célébra la Cène avec ses Disciples, ainsi que les corps de Saint-Léon & de Saint-Coronat, qui avaient, selon le même Ecrivain, la vertu bien précieuse de donner de la raison aux insensés, & de l'esprit à ceux qui en manquaient; ces reliques ont été enlevées pendant les guerres de la Ligue. Userche contient trois paroisses, Saint-Nicolas, Notre-Dame & Sainte-Eulalie, ainsi qu'un Hôpital royal : elle est le siège d'une sénéchaussée, qui est une des plus anciennes du Limosin ; la justice y fut établie, en 760, par Pepin le Bref. Les maisons y sont couvertes d'ardoises; leur solidité, leur propreté, & peut-être la situation naturellement forte & avantageuse de la ville, ont donné lieu à ce proverbe : Qui a maison à Userche, a château en Limosin. V ij --- Page 308 --- DESCRIPTION ENVIROUS. A trois petites lieues, & à l'ouest d'Userche, & à neuf lieues de Limoges, est le bourg de Pompadour, dont la seigneurie a titre d'ancienne baronnie. Guy de Laffours, surnommé le Noir, homme très-pieux, fit bâtir, vers l'an 1026, l'ancien château, afin de s'y défendre contre le Vicomte de Ségur. La seigneurie, après avoir été long-temps possédée par une ancienne famille de ce nom, fut réunie au domaine du Roi. Louis XV en fit don à Jeanne-Antoinette Poisson sa favorite, qui fut depuis connue sous le nom fameux de Marquise de Pompadour. Vers l'an 1756, lorsque cette Dame fit l'acquisition de la terre de Ménars, elle céda celle de Pompadour au Roi, qui a établi dans ce lieu un haras très-considérable, qui porte le titre de haras royal de Pompadour. Près de Pompadour est le village du Mont, paroisse de Beffac, où naquit, vers la fin du treizième siècle, Etienne Aubert, qui fut le Pape Innocent VI; ce Pontife dut sa fortune à ses talens; il se distingua d'abord au Barreau de Limoges; il fut ensuite attiré à Toulouse pour y professer le droit; bientôt on le nomma Juge-Mage de cette ville; ensuite, ayant embrassé l'état ecclésiastique, il obtint l'évêché de Noyon, puis celui de Clermont. Le Pape Clément VI lui donna l'évêché d'Ostie & le chapeau de Cardinal; enfin, en 1352, il parvint à la Papauté. Plus éclairé & plus raisonnable que la plupart de ceux qui l'avaient précédé, & qui le suivirent, il se montra sur le saint siège avec une modération qui lui fit d'autant DU LIMOSIN. 309 --- Page 309 --- DESCRIPTION plus d'honneur, qu'alors elle étoit plus rare. Il réforma le luxe excessif qui régnait à la cour de Rome, fit plusieurs constitutions utiles, & protégea les Gens de Lettres. Il mourut en 1362, après avoir enrichi ses parens, & élevé à la pourpre un de ses neveux nommé Pierre de Selve, qui fut depuis appelé Cardinal de Pampelune, à cause qu'il étoit Evêque de cette ville. TULLE. Ville épiscopale & capitale du bas Limosin, chef-lieu d'une sénéchaussée, d'un présidial & d'une élection, avec le titre de Vicomté, située dans la Vicomté de Turenne, au confluent des deux petites rivières de Corrèze & de Solan, à cinq lieues de Brives, à la même distance d'Userche, & à quinze lieues de Limoges. Cette ville, nommée autrefois Tutela Lemovicum, & depuis en français Tuelle, n'est pas fort ancienne; au neuvième siècle ce n'étoit qu'un monastère de l'ordre de Saint-Benoît, qui fut détruit en 846, & rétabli vers l'an 930. Ce lieu s'accrut insensiblement, & forma une ville qui devint plus florissante lorsque le monastère fut érigé en siège épiscopal. En 1585, cette ville fut assiégée par Henri de la Tour, Vicomte de Turenne. Après beaucoup de résistance de la part des habitants, les assiégeants appliquèrent deux pétards à la porte du faubourg d'en haut, dont l'explosion produisit une rupture à cette porte, & une brèche à la muraille qui étoit derrière. Les habitants V iij --- Page 310 --- DESCRIPTION se présentèrent pour défendre cette brèche, plusieurs y furent tués; enfin ne pouvant plus opposer de résistance, & redoutant le sort des villes prises d'assaut, ils acceptèrent les conditions que leur imposa le Capitaine Lamauri, auquel ils se rendirent. Le Vicomte de Turenne exigea des habitants des sommes considérables, & y laissa pour Gouverneur Lamauri, qui y exerça, envers le peuple, des brigandages & des cruautés excessives (1). Quelques mois après, en 1586, Lamauri abandonna Tulle, & se retira à Turenne; il fut tué, près de cette ville, d'un coup d'arquebuse, dans un combat que lui livra Sacremore de Birague, qui étoit campé dans le voisinage avec son régiment. DESCRIPTION. La ville de Tulle, dont l'Evêque est Seigneur, n'est ni grande ni bien bâtie; une partie est située dans un vallon, & l'autre partie est élevée sur une colline dont la cime est hérissée de rochers; le séjour en est triste & désagréable. ( Le célèbre Baluze, natif de Tulle, dit dans l'Histoire latine qu'il a publiée de cette ville, que son bisaïeul étant alors Consul, fut plongé dans un affreux cachot au mois de décembre 1585. Ce Magistrat avait quatre vingt-quatorze ans, Malgré son grand âge & la rigueur de la saison, il resta cinq jours sans seu, couchant sur la terre, dans un souterrain humide, & il n'en sortit qu'après avoir payé pour rançon deux cents écus d'or. DU LIMOSIN. 311 --- Page 311 --- DESCRIPTION Symphorien Champier, qui vivait au commencement du seizième siècle, composa un de ses ouvrages intitulé, la nef des Princes, dans la ville de Tulle; en y parlant de cette circonstance, il ne donne pas de la ville une idée bien avantageuse : Ce petit livre a été composé En la cité de Tulle Limosine : Qui est cité close comme une tinne, Tout à l'entour de très hautes montagnes, Fuyant l'ennui qui illec domine, Auprès du feu rôtissant des châtaignes. La Cathédrale étoit l'église d'un ancien monastère de l'ordre de Saint-Benoît; à qui la ville doit son origine. Le Pape Jean XXII érigea au commencement du quatorzième siècle ce monastère en évêché, & Arnaud de Saint-Aftier, qui en étoit alors Abbé, fut élevé à la dignité épiscopale, & devint le premier Evêque de ce petit diocèse. Cette érection n'empêcha point que la maison ne fût toujours occupée par des Bénédictins; ces Religieux se maintinrent dans leur règle jusqu'en 1516, qu'ils sollicitèrent & obtinrent leur sécularisation. On sait qu'à peu près à la même époque la plupart des monastères de France, entraînés par la licence qui régnait alors, s'empressèrent de secouer le joug d'une règle qu'ils ne pouvoient plus supporter. V iv --- Page 312 --- DESCRIPTION Cette église avoit été détruite au neuvième siècle par les Normands ; elle fut rétablie quelque temps après. Guillaume, Abbé du monastère, la fit de nouveau réparer en 1103. La façade présente une tour carrée d'une construction admirable par sa hauteur, sa solidité, & son élégance ; elle a deux cent trente pieds d'élévation ; le rez de chaussée, ouvert en dehors de trois côtés, forme le porche de l'église ; à une certaine hauteur, les quatre angles de cette tour sont occupés par quatre tourelles rondes qui se terminent en aiguille ; la tour se termine elle-même par une construction pyramidale. Sous cette tour, & dans un angle du porche qu'elle forme, on voyait autrefois le tombeau de plusieurs Vicomtes de Turenne ; ce monument génoit l'entrée, & tombait de vétusté. En 1698, le Cardinal de Bouillon le fit détruire & mettre en la place une table qui porte cette inscription : Sub hoc fornice condita sunt olim corpora Vice-comitum Turennenfium, quorum monumentis vetustate ferme collapsis & ob faciliorem aditum ad ecclesiam, anno 1698 dirutis, serenissimus Princeps Emmanuel Theodosius, Cardinalis Bullionius, hunc titulum ad conservandam majorum suorum memoriam, p. f. L'église est d'une construction solide, mais sa longueur est fort disproportionnée à sa largeur ; elle est en forme de croix ; la croisée DU LIMOSIN. 313 --- Page 313 --- DESCRIPTION ne se trouve point, comme c'est l'ordinaire, entre la nef & le chœur, mais directement entre le chœur & le sanctuaire. Dans un endroit obscur, proche la chapelle de Saint-Eloy, on voit le tombeau en pierre d'Adamare d'Escal, abbé du monastère. A droite de la croisée est la chapelle du chapitre, qui semble séparée de l'église; elle fut construite l'an 1116; elle servait de chapitre aux anciens Moines: on voit encore, du même côté, les restes du cloître. Le Palais, où l'on rend la justice, est proche l'église, & formait le réfectoire de l'ancien monastère. C'est le siège d'une sénéchaussée autrefois beaucoup plus étendue, mais dont l'établissement fut long-temps disputé par les habitants de Brives. Pour faire cesser de longs débats, & mettre d'accord les deux villes concurrentes, il fut enfin convenu, en 1556, qu'elles partageroient entre elles l'étendue du ressort, & auraient chacune leur sénéchaussée. Les Récollets occupent l'ancienne maison des Cordeliers, fondée en 1491; ces Récollets parvinrent, en 1601, après bien du manège, à en faire expulser leurs antagonistes, qui, à la vérité, ne menaient pas une vie fort exemplaire. Ces Récollets ont la prétention de croire que cette maison est la première de leur ordre établie en France; cette inscription qu'on lit sur la porte le témoigne: PRIMUS CONVENTUS RECOLLECTORUM IN FRANCIA. 314 --- Page 314 --- DESCRIPTION Les Feuillans furent appelés à Tulle par quelques pieux personnages qui leur fournirent des fonds pour s'y établir; leur église est une des mieux construites de la ville. La ville de Tulle est encore décorée de plusieurs maisons monacales d'hommes ou de filles, dont je ne parlerai pas; on distingue parmi ces communautés celle qui est de l'ordre de Cîteaux, dont le monastère fut bâti dans le siècle dernier, par les soins de Marie de Pompadour, qui en étoit Prieure. L'Hôpital général est situé hors de la ville, au-delà de la rivière de Corrèze; il fut bâti en 1670, sur l'emplacement d'un ancien monastère habité par des moines de Cluni. Le Séminaire fut bâti en 1688, il est professé par des Sulpiciens. Le collège de Tulle, situé dans le vallon, sur les bords de la Corrèze, est professé par des Théatins, & c'est la seconde Maison en France de cette société, après celle de Paris. La manufacture de canons de fusils, établie depuis long-temps à Souleac, à un quart de lieue de cette ville, a reçu, en 1778, le titre de Manufacture royale; elle entretient continuellement, dans la ville ou dans le lieu de son établissement, près de deux mille ouvriers. Les mines de fer d'Userche, & celles de charbon des environs de Tulle, favorisent beaucoup les travaux de cette manufacture. Il existe encore plusieurs papereries dans les environs, & dans la ville, des fabriques d'étoffes de laine. ANTIQUITÉS. A trois quarts de lieue de DU LIMOSIN. 315 --- Page 315 --- DESCRIPTION Tulle, dans la paroisse de Naves (1), & dans un champ nommé Tintiniac, se trouvent de foibles ruines de quelques édifices antiques; on y remarquoit sur-tout les restes d'un amphithéâtre de forme elliptique; le plus grand diamètre de l'arène étoit de deux cents pieds, & le petit de cent cinquante. On y a trouvé des médailles des Empereurs Romains, des urnes en pierre, en terre & en verre; des vases propres aux sacrifices; deux têtes d'hommes en pierre, couronnées de lauriers, & une tête de femme en marbre blanc. On y a découvert aussi plusieurs tuyaux en terre, qui sembloient appartenir à un aqueduc, & un puits très-profond. Tous ces objets antiques, dont la plupart sont conservés chez les héritiers de M. de Fenis de la Feuillade, annoncent qu'il existait dans ce lieu, qui porte encore le nom des arènes de Tintiniac, une ville considérable; cependant les Géographes ne font mention d'aucun lieu important placé en cet endroit; les plus anciennes archives n'en conservent aucun monument; sans doute cette ville étoit nommée Tintiniac (2); ( On présume que plusieurs villages de cette paroisse, dont les noms approchent de ceux des anciennes Divinités, ont été décorés de plusieurs temples antiques. ( Au quatorzième siècle il existait une Maison de Tintiniac; à la bataille d'Auray, où fut tué Charles de Blois, & où commandait Bertrand du Guesclin, assistait un Sire de Tintiniac, qui étoit au rang des Seigneurs les plus distingués. Bertrand du Guesclin épousa lui-même en secondes noces Jeanne de Laval, Dame de Tintiniac. 316 --- Page 316 --- DESCRIPTION ce n'étoit pas le Ratiafum dont parle Ptolémée, qu'on a cru long-temps être l'ancien Limoges, & que l'on place avec aussi peu de fondement, au lieu de Rafais en Limosin: M. l'abbé Belley croit qu'il étoit situé dans le duché de Retz. Tintiniac est peut-être Tutela elle-même. ÉVÉNEMENT remarquable. L'an 1111, les environs de la ville de Tulle furent le théâtre d'une suite de crimes si communs dans les temps de féodalité, parmi ces grands Seigneurs pour lesquels les Généalogistes ont tant de respect. Archambaud III, Vicomte de Comborn, mourut en 1086, & laissa pour héritier son fils Ebles; mais comme il étoit encore trop jeune, Archambaud, avant de mourir, chargea son frère Bernard de l'éducation de ce fils, & l'institua tuteur des biens considérables qu'il lui laissoit, à la charge de les lui remettre lorsque l'enfant seroit en âge d'être fait Chevalier & de recevoir la ceinture militaire. Ebles, ayant atteint l'âge convenu, demanda à son oncle Bernard son patrimoine; mais ce tuteur, accoutumé à la jouissance des biens de son neveu, se trouva peu disposé à les lui restituer; il sacrifica sans peine son devoir & ses engagements à son avarice, rejeta la demande du jeune Ebles, & finit par le chasser de chez lui. Ebles, furieux contre son oncle, jure d'en tirer une vengeance complète; il rassemble plusieurs Seigneurs de son âge, & avec leur secours il assiége & prend le château de Comborn, qui étoit le chef-lieu de son patrimoine; DU LIMOSIN. 317 --- Page 317 --- DESCRIPTION & pour punir son oncle d'une manière bien outrageante, il imagine un moyen aussi singulier que criminel. Sa tante étoit dans ce château lorsqu'il l'asségea ; il se satisfait de cette Dame, & sans respecter ni l'âge ni la parenté, il eut assez d'audace & de brutalité pour la violer en présence de tous ceux qui l'accompagnaient : il fallait être bien en colère pour en agir ainsi avec sa tante. Il se mit ensuite à table avec ceux qui l'avaient assisté dans cette violence ; le vin avait déjà échauffé les têtes de cette jeunesse effrénée, lorsque Bernard, accompagné d'un petit nombre de serviteurs, se présenta aux portes du château de Comborn. Le jeune Ebles, à démêlure, se lève aussi-tôt de table, sort du château, & poursuit inconsidérément son oncle jusqu'à l'église de Saint-Martial d'Estival. Bernard, alors profitant de l'ivresse de son neveu, l'égorgea près de cette église. Le corps d'Ebles fut transporté à Tulle, & fut enfeveli, avec les cérémonies ordinaires, dans le monastère de cette ville. On rapporte que Bernard, à la fin de ses jours, craignant dans l'autre monde le châtiment de ses crimes, donna quelques biens au monastère d'Userche, où son frère Archambaud étoit enterré ; & dans l'acte de donation, il avoue que c'est pour l'âme de son frère, Vicomte de Comborn, dont il a volontairement assassiné le fils. Baluze, qui rapporte cette suite de crimes dans son Histoire latine de Tulle, dit ailleurs 318 --- Page 318 --- DESCRIPTION que le Vicomte Bernard se fit moine à Cluni, où il fit pénitence de ses crimes passés (1). Le frère de l'usurpateur Bernard, nommé Ebles, fut le premier Vicomte de Ventadour, dont la postérité se fondit, par défaut de mâle, en la Maison de Levis. Ce Vicomte de Ventadour eut un fils appelé Ebles le Chanteur, parce qu'il aima beaucoup les chansons provençales, qui étoient alors fort à la mode; il plaça au rang de ses amis, & combla de biens le fils d'un pauvre homme de Ventadour, parce qu'il composoit des poésies à sa louange. HOMME célèbre. Tulle a produit Etienne Baluze; il naquit en cette ville l'an 1630: ses talents le firent connaître du célèbre Marca, qui l'attira à Paris, & ensuite du Ministre Colbert, qui le fit son Bibliothécaire. En 1670, le Roi érigea en sa faveur une chaire de droit canon au collège royal; il fut ensuite inspecteur du même collège, & obtint une pension. Le Cardinal de Bouillon, l'ayant chargé de faire l'Histoire généalogique de la Maison d'Auvergne, cet ouvrage causa sa disgrace; il perdit ses pensions, fut exilé successivement à Rouen, à Tours & à Orléans, & ne put obtenir son rappel qu'après la paix d'Utrecht; enfin, après avoir publié plusieurs savants ouvrages, & avoir ramassé, jugé, préparé un très-grand nombre de matériaux pour l'Histoire (1), il mourut à Paris en 1718, à quatre-vingt-huit ans, regretté des Savans & de ses amis; il avait beaucoup de mémoire & d'érudition. CARACTÈRE & Mœurs. Les habitans de Tulle sont laborieux, mais méfiants & intéressés. Ils ont, comme dans la plupart des villes où le savoir & la raison n'ont pas bien pénétré, un respect superstitieux pour les Gentils-hommes. Les ouvriers que les manufactures y entretiennent, contribuent beaucoup à la population & à la richesse de cette ville. Ces habitans conservent contre ceux de la ville de Brives une ancienne animosité que le temps n'a pas encore affaiblie. Les deux villes se sont longtemps disputé le titre de capitale du bas Limosin, & le siège de la sénéchaussée dont on a divisé l'étendue du ressort en deux parties, pour les mettre d'accord. Brives est plus ancienne & plus agréable. Tulle est plus peuplée & plus triste. La première ville a le sur- ( Les manuscrits de Baluze, conservés à la Bibliothèque du Roi, sont très précieux, & presque tous relatifs à l'Histoire de France; ils sont au nombre de mille, sans compter une très-grande quantité de chartes originales, bulles & plusieurs pièces détachées. 320 --- Page 320 --- DESCRIPTION nom de Gaillarde, & la seconde, celui de Paillarde. BRIVES LA GAILLARDE. Jolie ville du bas Limosin, située près du confluent de la Corrèze & de la Vezère, à dix-huit lieues de Limoges, & à cinq de Tulle. ORIGINE. Cette ville est fort ancienne, son nom seul suffirait pour le témoigner; il vient de Briva, qui, en ancien celtique, signifie pont: on peut dire que Brives, ainsi que plusieurs autres lieux de France, qui portent le même nom, exiftoit du temps des anciens Gaulois. Brives devait être assez considérable au commencement de la monarchie, puisque le Prince Gondebaud s'y fit proclamer Roi de France. Grégoire de Tours, qui raconte cet événement, appelle ce lieu Briva Curretia, Brives fur Corrèze, à cause de la rivière de ce nom, qui arrose cette ville. Gondebaud étoit fils naturel de Clotaire I, Roi de France, & de la femme d'un Boulanger. Sa mère l'éleva conformément à sa naissance, & pour indiquer son illustre origine, elle lui laissa croître sa chevelure, suivant l'usage particulier, adopté alors par la Famille Royale. Clotaire refusa de le reconnoître pour son fils. Childebert, son frère, Roi de Paris, qui n'avoit point d'enfants, prit auprès de lui le jeune Gondebaud, & l'adopta pour son neveu. Clotaire, piqué du procédé de Childebert, parvint à se saisir de cet enfant, & lui fit couper les cheveux; mais ce Roi de France étant mort, DU LIMOSIN. 321 --- Page 321 --- DESCRIPTION son fils Charibert, Roi de Paris, accueillit comme son frère le jeune Gondebaud, lui laiffa recroître ses cheveux, & prit soin de son éducation. Sigebert, Roi d'Austrasie, frère de Charibert, jaloux de ces marques d'amitié, attira Gondebaud à sa cour, le fit raser une seconde fois, & l'envoya ensuite à Cologne, d'où, s'étant évadé peu de temps après, il passa en Italie, puis à Constantinople, où il s'établit. Ce Prince, qui avait tour à tour perdu & recouvert ses droits avec ses cheveux, fut attiré en France par le Duc Gontran Boson, un des principaux Seigneurs d'Austrasie, qui, exprès, fit, à ce qu'on croit, un voyage à Constantinople, pour lui persuader que la Famille Royale étant sur le point de s'éteindre, la Couronne de France lui appartenait, & que les Seigneurs d'Austrasie, qui connaissaient sa naissance, l'invitoient à venir lui-même réclamer les droits qu'elle lui donnait. Gondebaud, flatté de ces espérances, consulta l'Empereur Tibère, qui lui conseilla de partir pour la France, & lui fit des présens considérables. Arrivé en ce pays, il fut trahi par Gontrand Boson, celui même qui l'avait déterminé à ce voyage. Enfin, après s'être fait beaucoup de partisans, & après la mort du Roi de France Chilpéric, il partit d'Avignon, & se rendit à Brives, accompagné des Ducs Mommole & Didier, qui soutenaient son parti. Résolu de s'emparer du Limosin, & de faire déclarer les autres provinces en sa faveur, il Partie IV. 322 --- Page 322 --- DESCRIPTION s'arrêta dans cette ville pour s'y faire proclamer Roi. L'inauguration fut, en 584, célébrée suivant l'ancien usage établi par les peuples du nord. Le Prince, au milieu de ses troupes & du peuple, fut élevé sur un grand bouclier appelé Parme. Ceux qui le portoient firent trois tours mais au troisième tour, le Prince, dans cette situation difficile, sans doute ébranlé par le mouvement du bouclier, perdit l'aplomb & tomba. Cette chute fut jugée de très-mauvais augure, & l'événement sembla justifier ces présages superstitieux (1). Ce Roi, après quelques succès, se vit, forcé ( Les Germains & les peuples septentrionaux portoient sur un bouclier celui qu'ils vouloient proclamer Roi. Les soldats & le peuple, voyant leur Prince ainsi élevé, lui témoignaient leur joie par leurs acclamations, & lui souhaitaient de longues années. C'est ainsi que, suivant Tacite, les Bataves proclamèrent Brinion pour leur Roi. Julien, déclaré Auguste à Paris, fut élevé sur le bouclier d'un piéton, afin d'être vu de plus loin. Vitiges, Roi des Goths, se soumit à la même inauguration. Suivant Grégoire de Tours, Clovis, après avoir fait tuer Cloderic, fut reçu par le peuple avec de grands applaudissemens; on l'éleva sur un bouclier, & on le proclama Roi. Sigebert, fils de Clotaire I, ayant conquis le pays où régnait son oncle Childebert, fut élu Roi avec la même cérémonie. L'usage de proclamer ainsi les Souverains passa à Constantinople, où plusieurs Empereurs furent élevés sur des boucliers; mais on remarque qu'au lieu de s'y tenir debout, ils se contentaient d'y être affils. La difficulté de se tenir droit sur un bouclier mobile, ou la crainte d'un accident semblable à celui de Gondebaud, causèrent sans doute ce changement dans l'étiquette DU LIMOSIN. 323 --- Page 323 --- DESCRIPTION de se retirer à Comminge, où il fut assiégé, en 585, par Gontrand, & trahi par ses propres Généraux. Etant sorti pour parlementer, Ollon, Comte de Berri, lui donna une secousse pour le faire tomber dans un précipice, en criant aux habitants, Voilà votre prétendu Roi; en même temps il lui porta un coup de lance; mais les anneaux de sa cuirasse en arrêtèrent l'effet Condebaud, se releva aussi tôt; comme il s'efforçait de grimper la montagne pour regagner sa forteresse, il fut atteint par une grosse pierre que lui lança Bofon, & dont il eut la tête écrasée. Après cet attentat, on se permit mille insultes sur son cadavre, & on le priva de la sépulture. DESCRIPTION. Brives est regardée comme la plus jolie ville du bas Limosin, & c'est à sa riante situation qu'elle doit le surnom de Gaillarde. Elle est bâtie dans un vallon dont les côteaux sont couverts de vignes & de châtaigniers. Les rues n'y sont pas très-bien percées, mais on y trouve plusieurs maisons bien construites pour le pays. Le Présidial de Brives, un des sièges les plus anciens de la province du Limosin, a été l'objet de plusieurs discussions entre les habitants & ceux de Tulles. Il relève du Parlement de Bordeaux, & par arrêt de la Cour, du 18 mars 1785, il a été mis au rang des grandes sénéchaussées. Le Collège est un des bâtiments les plus remarquables de la ville; le frontispice est orné de plusieurs sculptures. Ce collège, établi en Xij --- Page 324 --- DESCRIPTION 1707, est occupé par des Doctrinaires qui y enseignent les Humanités, la Rhétorique, & la Philosophie. L'église de Saint-Martin est une collégiale composée d'un Prieur, de dix Chanoines, & de huit Titulaires. Il y a à Brives une Communauté de Récollets, établie dans cette ville en 1613; des Jacobins, fondés en 1261, & des Cordeliers fondés en 1227: ces derniers ont une maison bien construite; leur église contenait plusieurs objets précieux qui furent enlevés, en juin 1735, par des voleurs. Cette église renferme les tombeaux de plusieurs Vicomtes de Turenne. Agne ou Annet de la Tour, quatrième du nom, Seigneur d'Oliergues, Comte de Beaufort, Vicomte de Turenne, mort le 26 janvier 1489, & Anne de Beaufort sa femme, y furent aussi enterrés dans le même tombeau, ainsi que quelques-uns de leurs enfants & autres descendants. François de la Tour, deuxième du nom, vicomte du Turenne, Chevalier de l'ordre du Roi, Capitaine de cent Gentilshommes de sa Maison, &c., mort en 1532 à Villocher, près de Châteaubriant, fut enterré dans cette église avec la pompe la plus magnifique. Il se trouva à l'enterrement plusieurs Evêques, un très-grand nombre de Noblesse & de troupes, mille neuf cents Prêtres qu'on avait fait venir de toutes parts, & quatre mille neuf cent soixante-six pauvres, qui assistèrent au convoi, & furent numonés; enfin on observa à peu près le même DU LIMOSIN. 325 --- Page 325 --- DESCRIPTION cérémonial employé aux obsèques des Souverains (1). Cette ville a des promenades agréables; tels sont les remparts, la chaussée qui borde la rivière, & l'île qui est plantée d'arbres. Brives dispute à la ville de Tulles le titre de capitale du bas Limosin, & contient environ quatre ou cinq mille habitants. Cette petite ville est la patrie de Guillaume Dubois, fils d'un Apothicaire, qui fut d'abord Lecteur, puis Précepteur du Duc d'Orléans, & Intendant des plaisirs de ce Prince. Par les voies les plus basses, il parvint au grade le plus éminent; ce fut à force de crimes qu'il devint Archevêque de Cambray, Cardinal & premier Ministre d'État: les mêmes forfaits qui mènent beaucoup de gens à Bicêtre, l'élevèrent à côté du trône. Nous ne parlerons point ici de sa vie, qui n'offre, dans tout son cours, que le funeste exemple du crime & de la débauche couronnés des plus brillants succès, & de l'opprobre, revêtu des plus respectables dignités. Nous raconterons seulement à son sujet une anecdote peu connue, qui se trouve dans les Mémoires manuscrits de M. le Duc de Saint-Simon. ( Antoine de la Tour, fils d'Annet IV, & père de François II dont nous parlons, fut aussi enterré dans le même lieu. Ses parents l'avaient d'abord destiné à l'état ecclésiastique, mais il parut par la suite que ce Prince n'étoit guère propre au célibat. Son incontinence obligea sa femme à l'abandonner. Par son testament il fait des legs à quatorze bâtards qu'il avait eus de ses servantes. X lij --- Page 326 --- DESCRIPTION ANECDOTE. Dubois étoit marié dans un village près de Brives; il quitta sa femme pour venir à Paris tenter la fortune. Ses premiers succès lui offrant l’espoir de posséder des bénéfices, il prit aussi tôt la livrée ecclésiastique, & eut soin de cacher son état d’homme marié. Devenu riche des biens de l’église, il paya bien sa femme, afin qu’elle gardât un silence si nécessaire à sa fortune; mais lorsqu’il fut parvenu au comble des grandeurs & nommé à l’archevêché de Cambray, il craignit plus que jamais l’indiscrétion de cette épouse. Il confia ses inquiétudes à B. . . & le chargea d’enlever lui-même tous les titres qui pouvoient constater cet embarraissant mariage. « B. . . vit les cieux ouverts s’il réussissait, dit le Duc de Saint-Simon. Il avait de l’esprit. Il part diligemment pour Limoges, &, sous prétexte d’une légère tournée pour affaires subites, s’en alla, suivi de deux ou trois valets seulement ». Il arriva dans le village où le mariage s’étoit célébré, descend chez le Curé, lui demande l’hospitalité en prétextant le défaut d’auberge, soupe avec lui, le fait boire, le questionne sur ses registres, & sur le lieu où il les tenoit, & pendant le sommeil profond de ce Pasteur, il ouvre l’armoire, cherche l’article du mariage de Dubois, & déchire proprement le feuillet où il se trouvait inscrit, replace le registre, & va se coucher. Le lendemain il se leve de bonne heure, laisse quelques pistoles à la servante, & sans voir le Curé qui dormoit encore, il part pour Brives, où habitait le Notaire possesseur de DU LIMOSIN. 327 --- Page 327 --- DESCRIPTION l'étude & des minutes de celui qui avoit passé le contrat. Il arrive chez lui, demande à lui parler en particulier, & là, profitant du tête à tête, il employe tour à tour la violence & la séduction pour lui arracher la minute dont l'expédition étoit entre les mains de Dubois. Muni de cette pièce, B. . . va chez la femme de l'Archevêque, la menace des cachots si elle parle, lui promet des monts d'or si elle se tait, & lui déclare d'ailleurs qu'il s'est emparé des principales pièces qu'elle pourroit faire valoir contre lui. Après cette expédition, B. . . revint à Paris porter les témoignages de ses succès, & en recevoir la récompense. Les mêmes Mémoires ajoutent, qu'après la mort de Dubois, sa femme eut une grande part à sa succession, & vécut à son aise, quoique dans l'obscurité; elle mourut à Paris vingt ans après son mari. Le frère du Cardinal, qui étoit Secrétaire du cabinet, fut toujours bien avec elle, & ne cessa jamais de la regarder comme sa belle-sœur. ENVIRONS. Les environs de cette ville produisent de bons vins, d'excellens fruits & beaucoup de blé. Dans les paroisses de Mansfac & de Saint-Pantaléon, à deux lieues de Brives, il existe des mines de charbon de terre, qui est, dit-on, comparable au meilleur charbon d'Angleterre. A trois lieues de Brives, dans le territoire de Travesac, près de Donzenac, il y a plu Xiv --- Page 328 --- DESCRIPTION fieurs carrières d'ardoises ; on en voit une masse correspondante au faillant, sur les bords escarpés de la Vezerre ; cette carrière s'exploite à Travesac ; l'ardoise y résiste aux injures de l'air, mais elle ne se fend point en tranches nettes, ni en lames d'une grande étendue. A l'ouest de Brives, entre cette ville & le bourg d'Ayen, on voit sur une vaste montagne trois tours élevées, séparées l'une de l'autre par des espaces égaux & assez considérables ; ces tours que l'on croit, dans le pays, être d'anciens fanaux, sont nommées les tours d'Issandon. TURENNE. Ville avec un château, chef-lieu de la Vicomté de ce nom, célèbre par l'illustration de ses Seigneurs, située dans le bas Limosin, proche les limites du Querci, à deux lieues de Brives, & à vingt-une lieues de Limoges. Turenne, en latin Torrina Castrum, Torrena ou Turena, étoit un ancien château qui existoit dès les commencemens de la Monarchie ; il dépendoit des premiers Ducs d'Aquitaine. Le château de Turenne étoit au nombre des forteresses presque inaccessibles, où le malheureux Waifre, Duc d'Aquitaine, se cachoit alternativement pour se soustraire aux poursuites de Pepin. Cet usurpateur, après s'être rendu maître des châteaux d'Escorailles & de Peyrusse, vint, en 767, assiéger le château de Turenne, & parvint à le prendre. DU LIMOSIN. 329 --- Page 329 --- DESCRIPTION Louis le Débonnaire, en 839, à son retour d'Auvergne, où il avait fait reconnaître le jeune Charles, son fils, Roi d'Aquitaine, & après s'être emparé du château de Carlat, vint assiéger Turenne, qui tenait encore pour Pepin II; à son approche, les partisans de ce Prince révolté, abandonnèrent le château, & le laissèrent sans défense. L'Empereur s'en rendit maître, &, par cette action, termina sa campagne. Le château de Turenne était alors regardé comme une forteresse presque aussi difficile à prendre que celle de Carlat, qui passait pour une des plus fortes de l'Aquitaine. On croit, & c'est le sentiment de Baluze, que Louis le Débonnaire donna, après cette conquête, le gouvernement du château de Turenne & des pays en dépendans, à Rodolphe ou Raoul, Abbé laïque de Saint-Martin de Tulles; on croit aussi que ces terres appartenait à ce Seigneur avant que Louis le Débonnaire l'en eût établi Gouverneur ou Comte. Rodolphe étant mort, Godefroy, son fils aîné, lui succéda dans le gouvernement de Turenne (1). Ces terres demeurèrent dans la même Maison jusqu'aux le milieu du dixième siècle. Aymar ou Ademar, le dernier de cette race, qualifié Vicomte de Turenne, mourut sans postérité. ( Ce Godefroi de Turenne garda pendant environ neuf mois, dans son château, le corps de Saint-Martial qu'on y avait transporté pour le mettre à l'abri des incursions des Normands. Pénétré de respect pour ce corps saint, il lui fit hommage de sa Comte de Turenne. 330 --- Page 330 --- DESCRIPTION Sa sœur, nommée Sulpicie, épousa Archambaud de Comborn, qui devint, par ce mariage, Vicomte de Turenne ; il n'en prit cependant jamais la qualité (1). Guillaume, fils d'Eble I, & petit-fils, d'Archambaud, fut le premier de cette Maison qui porta le titre de Vicomte de Turenne. Raimond VII, Vicomte de Turenne depuis l'an 1285, n'eut pour héritier que Marguerite sa fille, qui par son mariage avec Bernard, sixième du nom, Comte de Comminge, porta la Vicomté de Turenne dans la Maison de Comminge. Jean, Comte de Comminge & Vicomte de Turenne, succéda à son père Bernard en 1335, & mourut peu de temps après sans postérité. Cecile de Comminge fut Vicomtesse de Turenne après la mort de Jean son frère, & fut mariée, vers l'an 1336, à Jacques d'Arragon, Comte d'Urgel. Aliénor de Comminge, sa sœur cadette, épousa, en 1349, Guillaume Roger, Comte de Beaufort, lequel acquit la Vicomté de Turenne du Comte Urgel son beau-frère. La petite fille de Raimond Roger, nommée Antoinette de Beaufort, épousa, vers l'an 1493, Jean le Maingre, dit Boucicaut, Maréchal de France, & lui porta la Vicomté de Turenne. Ce Seigneur étant mort sans postérité, cette terre revint à la Maison de Beaufort. Pierre de Beaufort, Vicomte de Turenne, épousa, l'an 1431, Blanche de Gimel. Il n'eut que deux filles de ce mariage. Anne, sa fille aînée, fut mariée à Anne de la Tour d'Oliergues, &, comme héritière de son père, elle apporta à son mari le Comté de Beaufort & le Vicomté de Turenne. ( Baluze rapporte que ce Seigneur ayant mis le pied sur le seuil de la porte du château de Turenne, les deux battans se fermèrent avec tant de violence, qu'il en fut grièvement blessé au pied, & en devint boiteux ; cette blessure le fit surnommer Jambe pourrie. DU LIMOSIN. 331 --- Page 331 --- DESCRIPTION Depuis cette époque, c'est-à-dire, depuis 1454, la Vicomté de Turenne resta dans la Maison de la Tour d'Auvergne jusqu'en 1752, que le Duc de Bouillon la vendit au Roi. Les Vicomtes de Turenne possédaient autrefois cette terre en toute souveraineté ; ils levoient la taille, faisaient battre monnaie, & jouissaient de tous les droits de Souverains; droits qu'ils ne prétendaient tenir que de Dieu & du corps de Saint-Marcel, qui est dans la chapelle du château de Turenne (1). ( Sur un défi envoyé, en 1393, par Jean de Vienne, Amiral de France, à Raymond Roger, Vicomte de Turenne, celui-ci répondit par une lettre où il parle de ses droits & privilèges; on y lit les expressions suivantes... « Quant à ce que vous dites que le Roi Louis (Roi de Jérusalem) est Monseigneur, je dis que vous ne dites pas vrai, car il n'est point Monseigneur quant à présent..., & quant à ce que vous dites que les besognes du Roi de France & du Roi Louis sont toutes unes, je ne le crois pas; car pour ce que je suis home du Roy de France, pour ce ne suis-je pas tenu de fer- 332 --- Page 332 --- DESCRIPTION DESCRIPTION. La ville, peu considérable & mal percée, est dominée par le château bâti sur la hauteur. Ce château étoit fort étendu; il en existe plusieurs parties; on en voit encore l'enceinte qui est fort vaste, & dans laquelle est une tour carrée très-élevée, qu'on appelle dans le pays la tour de César. La Collégiale royale de Notre-Dame & de Saint-Pantaléon étoit la Sainte-Chapelle du château; elle fut fondée en 1459, & confirmée dans tous ses droits & privilèges par arrêt du Parlement du 30 juin 1786; elle est composée de cinq Chanoines & d'un Dignitaire qui prend le titre de Prieur. On trouve aussi dans cette ville, des Capucins établis en 1643 par les Vicomtes de Turenne, & des Pénitens blancs, fondés en 1711. L'Hôtel-Dieu est un ancien hôpital fondé, dès l'an 1100, par la communauté des habitans de Turenne, & confirmé sous ce titre par lettres patentes de Sa Majesté, en 1754. Le Château & la Vicomté forment un gouvernement militaire. LA VICOMTÉ DE TURENNE a environ huit lieues de long & sept de large; elle s'étend dans le bas Limosin, dans le Querci & dans le Périgord. Outre la ville capitale, on y compte cinq autres villes, & quatre-vingt-dix bourgs ou paroisses. Le château de Noailles, qui a donné son nom à une Maison célèbre, étoit situé dans l'étendue de cette Vicomté; c'est pourquoi le titre de Duché-Pairie fut attribué à la terre & châtellenie d'Ayen, qui, depuis 1593, avoit été érigée en Comté. Louis XIV, en 1663, l'érigea en Duché-Pairie sous le nom de Noailles; il la composa de quatre châtellenies. (Voyez Tableau général du Limosin, pag. 219.) vir son lignage, si je ne veux; ne s'ils m'ont tort, que je ne puisse bien demander le mien; ne s'ils me acommencent guerre, que je ne me doye défendre & ne leur courre sus. Sur l'assignation que Jean de Vienne avait donnée à ce Vicomte de comparaître devant le Roi de France pour se défendre, il lui répond..., « Et quant à ce que vous me donné jor à la Saint-Michel, à ce vous réponds que je ne feray rien pour vous, car je suis en ces pays chef de guerre, & vous n'êtes qu'un Lieutenant & un Foudoir, & la guerre me touche plus que ne fait à vous ». Dans une lettre que le Duc de Berri, frère du Roi, adressait, en 1384, aux habitants de Villeneuve d'Avignon, il qualifie ce Vicomte de Turenne de son ami & féal compagnon. DU LIMOSIN. 333 --- Page 333 --- DESCRIPTION tans de Turenne, & confirmé sous ce titre par lettres patentes de Sa Majesté, en 1754. Le Château & la Vicomté forment un gouvernement militaire. LA VICOMTÉ DE TURENNE a environ huit lieues de long & sept de large; elle s'étend dans le bas Limosin, dans le Querci & dans le Périgord. Outre la ville capitale, on y compte cinq autres villes, & quatre-vingt-dix bourgs ou paroisses. Le château de Noailles, qui a donné son nom à une Maison célèbre, étoit situé dans l'étendue de cette Vicomté; c'est pourquoi le titre de Duché-Pairie fut attribué à la terre & châtellenie d'Ayen, qui, depuis 1593, avoit été érigée en Comté. Louis XIV, en 1663, l'érigea en Duché-Pairie sous le nom de Noailles; il la composa de quatre châtellenies. (Voyez Tableau général du Limosin, pag. 219.) BEAULIEU. Petite ville du bas Limosin, située sur la rive droite de la Dordogne, à quatre lieues de Turenne, à six de Brives, à sept de Tulles, à vingt de Limoges, & près des limites du Querci. Cette ville doit son origine à une abbaye d'hommes de l'ordre de Saint-Benoît, fondée par Rodolphe ou Raoul de Turenne, Archevêque de Bourges, qui donna à Charibert, Abbé de Solignac, la terre de Beaulieu, pour y établir des Religieux. Les Historiens du Lan- 334 --- Page 334 --- DESCRIPTION guedoc qui ont à ce sujet, fait une longue dissertation, pensent que cette fondation eut lieu l'an 860. Dix ans après, Frotaire, Archevêque de Bourges, donna à cette abbaye naissante le village d'Orbaffac, situé dans le même pays, sur la rivière de Vezère, & qu'il avait acquis du Comte Eudes. Ce Prélat fit cette donation pour le repos de l'âme de Raimond, Comte de Toulouse, & de ses enfants. Les Comtes de Toulouse furent d'abord les bienfaiteurs de cette abbaye. En 960, Raimond I, Comte de Rouergue, lui donna la terre de Présques en Querci, & cette donation fut faite d'une manière assez singulière pour être rapportée. Deux frères, l'un appelé Bernard, l'autre Gerbert, prétendioient chacun avoir droit sur cette terre. L'affaire fut portée devant le Comte Raimond, qui, pour décider la querelle & connaître la valeur des prétentions de l'un ou de l'autre, ordonna, le 13 juillet de la même année, que les deux plaideurs choisisseroient chacun un Avocat qui se battroit en duel pour eux. C'était alors l'usage; on était persuadé que Dieu devait opérer tout exprès un miracle, en faisant triompher celui qui avait le bon droit; le vaincu avait toujours tort, & la jurisprudence de ce temps-là consistait dans la force des muscles. Les champions des deux frères se présentèrent dans la lice, en présence du Comte & de plusieurs autres vénérables affistans rangés tout autour. Ils commencèrent le combat à la deuxième heure du jour, & le continuèrent jusqu'au soleil couché avec un même acharnement & un DU LIMOSIN. 335 --- Page 335 --- DESCRIPTION même avantage. Le Comte ne pouvoit prononcer un jugement entre deux parties qui, ayant des forces égales, lui sembloient avoir un égale droit au gain de la cause. On croiroit qu'il va, par un jugement conciliateur, réunir les deux frères, & accorder à chacun une égale portion des terrains contestés. Ce ne fut point là l'opinion du Comte Raimond : il falloit bien que le jugement répondit à la procédure. Ce Juge, lassé d'attendre que Dieu manifestât le bon droit de l'une ou de l'autre partie, se détermina à donner les biens contestés à Dieu Créateur de tout, est-il dit dans le jugement, à S.-Pierre de Beaulieu, Prince des Apôtres, & aux Moines de ce monastère. Ainsi les deux frères furent dépouillés de leur patrimoine, & les Moines de Beaulieu en profitèrent. Guillaume, surnommé Taillefer, Comte de Toulouse, dominoit sur le Querci & sur le bas Limosin ; il s'empara, en 983, de l'abbaye de Beaulieu, & la donna en fief au Comte de Périgord, qui lui-même la donna à son tour au Vicomte de Comborn. Ce dernier Seigneur y plaça, pour Abbé, un Laïque nommé Hugues de Comborn, qui exerça dans le monastère plusieurs vexations dont les Moines se plaignirent au Concile tenu, en 1031, à Limoges ; ils demandèrent en même temps qu'on chassât l'Abbé féculier qui avoit été placé malgré eux, & qu'on leur nommât un Abbé régulier. L'Abbé laïque, Hugues de Comborn, étant cité par les Pères du Concile, se présenta à l'assemblée, & s'étant mis à genoux pour être jugé suivant les canons, il s'avoua coupable, 336 --- Page 336 --- DESCRIPTION & donna volontiers sa démission; cependant les Pères du Concile lui conservèrent la charge de défenseur ou d'avoué de l'abbaye de Beaulieu. En 1586, pendant les guerres de la Ligue, la ville de Beaulieu étoit défendue par Chavagnac; ce Capitaine avait toujours amusé, par différentes propositions, le Duc de Mayenne. Celui-ci, ennuyé de ce retard, envoya contre cette place, Hautefort avec le régiment de Sacremore de Birague & deux pièces de canon. Hautefort prit dans sa marche plusieurs forteresses, & sur-tout Astaliac, qui n'est pas éloigné de Beaulieu, & Mayenne vint s'y loger avec ses forces. A cette nouvelle, Chavagnac, voyant qu'il ne pouvait plus reculer sans se perdre, proposa de se rendre, à condition qu'on lui accorderoit vie & bagues sauves : ces conditions furent acceptées; il remit la place & son drapeau à Hautefort. Cette ville, située dans le district de la Vicomté de Turenne, n'offre rien d'intéressant à voir. L'abbaye de Beaulieu est aujourd'hui en commande. Les Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur y furent introduits en 1663. Il y a une église paroissiale & quelques maisons religieuses; telles sont des Ursulines, établies en 1632, & des Sœurs Hospitalières de Saint-Alexis; il y a aussi un hôpital. Les vins des environs sont renommés. S iij