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94.4.47.5.7 — Languedoc

Description des principaux lieux de France — Édition 1789 — J.A Dulaure

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LANGUEDOC.
Tableau général du Languedoc.

GÉOGRAPHIE. Cette province, dont Toulouse est la Capitale, est bornée au nord, en partie par le Forez, au nord & à l'ouest, par l'Auvergne, le Rouergue, le Quercy ; plus bas, par le pays de Rivière-Verdun, par le Comminges, le Couserans & le pays de Foix ; à l'est, par le Rhône qui la sépare du Dauphiné, du Comté Venaissin & de la Provence ; & au sud, par le Roussillon & la Méditerranée. Sa plus grande longueur, depuis les confins du Vivarais, sur le bord du Rhône, jusqu'à l'extrémité la plus occidentale du diocèse de Rieux, est de 68 lieues ; elle a 34 lieues de largeur, à la prendre depuis la grande digue nouvelle, auprès de Narbonne, jusqu'au confluent
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de la Garonne & du Tarn. Vers le milieu, cette province est si resserrée d'un côté par la province de Rouergue, & de l'autre par la mer Méditerranée, qu'en cet endroit sa largeur n'a pas plus de onze grandes lieues.
Le Languedoc est une des plus commerçantes, des plus fertiles provinces du royaume. Ses productions en tout genre, le grand nombre de ses villes, ses ports sur la Méditerranée, son canal, contribuent surtout à sa richesse & à sa population.
HISTOIRE. Du temps de César, le Languedoc faisoit partie de la Gaule Braccata, & étoit habité par les Volces Tectosages & Arécomiques ; les premiers occupoient la partie du Languedoc où est située Toulouse, & les Volces Arécomiques habitoient le bas Languedoc, où est la ville de Nîmes, leur chef-lieu. Dans cette étendue cependant n'étoit point compris l'Albigeois, non plus que le Vivarais, le Velay & le Gévaudan ; ces quatre pays étoient alors habités par autant de peuples différents.
Sous les Romains, la Narbonnoise fut gouvernée par des Proconsuls, jusques vers la fin du quatrième siècle ; cette province se maintint alors, à ce qu'on croit, dans l'usage de tenir tous les ans ses assemblées provinciales ; usage que l'irruption des barbares, l'indifférence des tyrans qui usurpèrent l'autorité impériale dans les Gaules, ou divers autres accidents, interrompirent pendant quelque temps, mais qui fut rétabli l'an 418, par l'Empereur Honorius, lequel ordonna la tenue annuelle de l'assemblée
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des sept provinces, dont la Narbonnoise étoit une des principales.
Les Goths qui, dans le cinquième siècle, désoloient l'Empire Romain, ravagèrent cette province. « Depuis dix ans, dit un contemporain (Saint-Prosper), les Vandales & les Goths font de nous une cruelle boucherie ; les châteaux bâtis sur les rochers, les villes les plus fortes, les bourgs situés sur les plus hautes montagnes, n'ont pu garantir leurs habitants de la fureur de ces barbares ; & l'on a été partout exposé aux dernières calamités : ils n'ont épargné ni le sacré ni le profane, ni la foiblesse de l'âge, ni celle du sexe ; les hommes, les enfants, les gens de la lie du peuple, & les personnes les plus considérables, tous ont été, sans distinction, les victimes de leur glaive. Ils ont brûlé les temples dont ils ont pillé les vases sacrés, & n'ont respecté ni la sainteté des vierges, ni la piété des veuves. Les solitaires n'ont pas éprouvé un meilleur sort ; c'est une tempête, qui a emporté les bons & les mauvais, les innocents & les coupables... &c. ».
Ces Goths passèrent ensuite en Espagne, puis revinrent dans la Gaule sous la conduite de Wallia, leur Roi ; l'Empereur Honorius leur céda l'Aquitaine, depuis Toulouse, jusqu'à l'Océan. La ville de Toulouse devint alors la capitale du royaume des Visigoths ; & eut, sans interruption, ce titre pendant quatre-vingt-huit ans.
Dans le siècle suivant, d'autres brigands appelés Francs, vinrent à leur tour piller & ravager ce pays. Clovis étoit à leur tête, & dans
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la fameuse bataille de Vouillé, il tua de sa main le Roi des Visigoths, & s'empara de la ville de Toulouse.
Les différentes irruptions que les barbares, Vandales, Goths, ou François, avoient faites dans cette province, l'une des plus florissantes de la Gaule, sous l'empire Romain, causèrent la décadence des Lettres. Les écoles furent abandonnées, les monuments renversés ou consumés par les flammes. Le goût des Beaux-Arts, de la Littérature, fut oublié ; des mœurs sauvages & cruelles, une affreuse superstition, remplacèrent la politesse, l'urbanité, & les Sciences ; des opinions bizarres & honteuses succédèrent à la raison, à la justice ; les ténèbres de l'ignorance couvrirent dans peu de temps, pour plusieurs siècles, l'empire d'Occident ; & ce fut l'ouvrage de quelques chefs de brigands (1).

(1) Les écoles, si fameuses du temps des Empereurs, comme celles de Narbonne & de Toulouse, dans lesquelles s'étoient formés de si grands personnages, furent abandonnées sous le règne des Visigoths. Cependant ces barbares ne bannirent pas tout à fait l'étude de la Jurisprudence & de la Médecine. Une même personne exerçoit à la fois les professions de Médecin, de Chirurgien & d'Apothicaire, & convenoit d'un certain prix avant que d'entreprendre la cure des malades. Ceux-ci ne payoient rien qu'après leur guérison ; & s'ils venoient à mourir pendant leur maladie, le Médecin perdoit son salaire ; s'il estropioit une personne libre en la saignant, il payoit cent sous d'or d'amende ; & si cette personne venoit à mourir d'abord après la saignée, le Médecin perdoit la liberté, & étoit livré entre les mains des parents du mort, pour être puni à leur gré ; mais si c'étoit un serf que le Médecin eût estropié, ou fait mourir en le saignant, il en étoit quitte en donnant un autre serf à sa place.
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En 719, une armée formidable de Sarrasins, commandée par Zama, descendit des Pyrénées, s'avança dans la Gaule Narbonnoise, dévastant, brûlant, massacrant tout sur son passage. Narbonne fut assiégée ; & après un siège vigoureux, cette ville fut prise : tous les hommes furent égorgés, les femmes & les enfants furent conduits esclaves en Espagne ; ce féroce vainqueur fut battu & tué à Toulouse par le Duc Eudes. Les Sarrasins prirent la fuite ; mais ils revinrent bientôt, avec de nouvelles forces, commettre de nouveaux excès. Charles Martel entreprit, mais sans succès, de chasser ces brigands de la province. Pépin le Bref fut plus heureux ; après de grandes difficultés, il parvint à les défaire, & fut le premier Roi François qui régna pleinement sur ce pays.
Charlemagne, en 778, rétablit l'ancien royaume d'Aquitaine, en faveur de Louis son fils, & la ville de Toulouse en fut la capitale.
À la mort de Charles le Chauve, arrivée l'an 877, les pays qui composent aujourd'hui le Languedoc, étoient divisés en quinze Comtés, qui dépendoient de différents duchés ou gouvernements généraux.
Insensiblement ces Gouverneurs particuliers, connus sous les noms de Ducs, Comtes, Vicomtes, Marquis &c., usurpèrent les droits régaliens. Leurs charges, qui n'étoient que des commissions, devinrent héréditaires. Bientôt ils se rendirent pleinement souverains des pays dont ils n'étoient que Gouverneurs. Cette usurpation commença à avoir lieu
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sous Charles le Simple, & arriva à son dernier période, lorsque Hugues Capet fut monté sur le trône. Voilà l'origine des Seigneurs particuliers qui, dans le temps de l'anarchie, établirent & fortifièrent leur puissance aux dépens de la puissance monarchique (1).
La ville de Toulouse avoit le titre de Comté & de Marquisat ; ses Comtes, en qualité de Marquis, avoient une espèce de suzeraineté sur les Comtés de Carcassonne, de Razès, qui comprenoient tout le diocèse de Carcassonne & une partie de celui de Narbonne ; ils possédoient encore les Comtés d'Albigeois, de Rouergue & de Querci : ainsi, dès le commencement du dixième siècle, la maison de Toulouse dominoit, ou médiatement ou immédiatement, sur tout le Languedoc.
Le temps accrut la puissance & étendit les domaines des Comtes de Toulouse. On disoit d'un de ces Comtes nommé Raimond VI, que nulle puissance sur la terre n'auroit été capable de déposséder ce Prince de ses États, si l'Église ne s'en fût pas mêlée ; en effet il n'y avoit aucun Prince de France, pas même le Roi, qui pût le lui disputer pour l'étendue de ses domaines.
Ce fut contre Raimond VI qu'on employa les armes temporelles, & les spirituelles, plus redoutables encore, pour le dépouiller de ses grands biens. Quelques Prélats mécontents déterminèrent le Pape à l'excommunier, sous le prétexte qu'il favorisoit les hérétiques Albigeois, & le forcèrent de recevoir le fouet des

(1) Usurpations, violences, brigandages, voilà les titres primordiaux des puissances de la terre.
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mains d'un Prêtre, & d'abjurer de prétendues fautes sur lesquelles on avoit constamment refusé d'écouter sa justification. On convoqua une armée de Croisés pour le combattre. Simon de Montfort, homme avare & féroce, à qui le Pape avoit promis de donner tous les biens qu'il pourroit conquérir sur le Comte Raimond, n'épargna ni violence ni ruses pour y parvenir. Les Moines de ce temps-là préconisoient jusqu'à ses fourberies ; tous ses crimes furent sanctifiés. Ainsi autorisé par l'église, soutenu par l'opinion religieuse, & fortifié par des secours considérables, il s'empara de presque tous les domaines du Comte de Toulouse. Ce malheureux Comte, excommunié, fouetté, battu, dépouillé de tous ses biens, se réfugia en Espagne ; mais ses peuples, indignés d'une pareille injustice, se soulevèrent contre l'usurpateur Simon de Montfort, & rappelèrent Raimond, qui vint avec de nouvelles forces combattre son ennemi, & recouvra bientôt la plus grande partie de ses domaines.
La petite-fille de ce Comte épousa, en 1237, Alphonse, frère du Roi Saint-Louis, & tout le Languedoc fut, après sa mort, réuni à la couronne.
Depuis l'époque de cette réunion jusqu'au dix-huitième siècle, cette province a éprouvé bien des désastres ; les guerres des Anglois, les guerres civiles des règnes de Charles VI & Charles VII, enfin les guerres allumées par le fanatisme des peuples y entretenues & prolongées par l'ambition des chefs de parti, remplirent presque sans interruption cet intervalle par des malheurs de tous les genres.
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CLIMAT. Dans le haut Languedoc, le climat est doux & tempéré ; les fréquentes pluies qui y tombent empêchent que les chaleurs n'y soient excessives, & contribuent beaucoup aux récoltes qu'on y fait de toutes sortes de fruits.
Le bas Languedoc ne jouit pas d'une température si heureuse ; le climat est très-chaud en été, & il le seroit encore plus sans un petit vent, appelé le Garbin, qui vient de la mer, & qui rafraîchit beaucoup depuis les dix heures du matin jusqu'à quatre heures après midi. Les hivers ne laissent pas que d'être souvent froids, à cause du voisinage des montagnes couvertes de neige. Lorsque le vent vient de ce côté-là, il jette dans la plaine un froid très-vif & très-perçant ; il n'y a presque pas de printemps ni d'automne ; aussitôt que les neiges ont disparu, par un certain vent qu'on appelle Auverouffé, on passe tout à coup du froid aux chaleurs.
RIVIÈRES. Les rivières les plus considérables du Languedoc sont le Rhône & la Garonne, qui arrosent cette province à ses deux extrémités.
CANAL royal. Il y a plusieurs petits canaux en Languedoc, dont nous ferons mention aux articles des lieux où ils communiquent ; nous ne parlerons ici que de l'ensemble du canal royal, nous réservant de décrire les différentes écluses & autres ouvrages, aux articles des lieux qui les avoisinent.
C'est à la protection de Louis XIV, au ministère de Colbert, & au génie de Riquet, que l'on doit la jonction des deux mers par le canal du Languedoc. En 1664, ce Roi nomma
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des Commissaires pour la vérification de ce projet, qui fut approuvé en 1666. Le sieur Riquet se chargea de l'exécution des travaux, sur les plans & devis du sieur Andreossy. En 1680, ce canal fut achevé, & l'année suivante, on y fit le premier essai de navigation.
Ce canal a coûté près de quatorze millions, somme bien modique pour une entreprise de cette nature ! Il se divise en deux branches au point du partage ; l'une se dirige vers la Méditerranée jusqu'à l'étang de Thau, où elle a son embouchure ; l'autre se dirige vers la Garonne, où elle a son embouchure un peu au-dessous de Toulouse.
La longueur totale du canal est de cent vingt-deux mille quatre cent quarante-six toises, sa largeur est assez régulièrement de dix à douze toises à la surface de l'eau, revenant à cinq de largeur de lit, sur six à neuf pieds de profondeur ; on évalue l'eau qu'il contient à sept cent quarante-sept mille toises cubes.
Sa principale maçonnerie est composée de cent trois écluses, dont vingt-huit pour l'Océan & soixante-quinze pour la Méditerranée ; de cinquante-huit aqueducs, dont treize pour l'Océan, & quarante-cinq pour la Méditerranée ; de soixante-onze ponts, dont seize pour l'Océan, & cinquante-cinq pour la Méditerranée.
Les francs bords ont six toises de chaque côté du canal ; ils sont aujourd'hui d'une figure régulière ; on les cultive selon la nature du sol, ce qui fut commencé en 1767. Il y a un chemin de tirage à chaque bord ; l'un à neuf
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pieds, & l'autre six pieds de largeur.
PORTS de mer. Le Languedoc est une province maritime ; ses côtes sur la Méditerranée ont plus de vingt-cinq lieues d'étendue, & cependant n'ont qu'un petit nombre de ports. À l'exception de quelques endroits, la côte est partout d'un abord difficile, & il n'y a point de gros vaisseaux qui en approchent sans courir le danger d'échouer dans les sables que le Rhône charrie, ou qui sont amenés par les flots, du fond de la mer.
Ce sont ces sables qui ont comblé le port d'Aigues-Mortes, & ont mis une grande distance entre la mer & cette ville.
Ce sont aussi ces sables qui combleroient infailliblement le port d'Agde, si on ne veilloit sans cesse à son déblayement, & si, par des travaux récents, on n'avoit pas obvié à de nouveaux obstacles. (Voyez Agde.)
Le port de Cette est le plus sûr & le plus constamment fréquenté du Languedoc.
ADMINISTRATION. Le Languedoc est régi par l'assemblée des États de cette province, dont la durée est de trois mois ; ces assemblées sont composées des trois ordres ; du Clergé, de la Noblesse, & du Tiers-État. Ils sont toujours présidés par l'Archevêque de Narbonne. Les travaux nécessaires au commerce & à l'agriculture de cette province, la juste répartition des impôts & autres charges, sont les principaux objets qui occupent ces États.
DÉNOMBREMENT & Impositions. On croit que le Languedoc contient en surface deux mille cent quarante & un quart de lieues car-
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rées ; la population est évaluée à un million six cent quatre-vingt-dix-neuf mille deux cents âmes ; c'est sept cent quatre-vingt-quatorze habitants par lieue carrée.
Les contributions peuvent être estimées environ à trente-sept millions cinq cent mille livres ; c'est vingt-deux livres un sou par tête d'habitant.
PRODUCTIONS & Commerce. Le Languedoc semble réunir presque tous les avantages ; & il doit les uns à son sol & à sa situation, les autres à l'industrie de ses habitants. Les récoltes de blé & d'autres grains, prises dans un certain nombre d'années, sont équivalentes à la consommation ; mais tantôt cette province a du superflu qu'elle fait passer à Marseille, tantôt elle tire des secours de la Bourgogne & de l'Étranger. Les vins & les eaux-de-vie sont un objet de commerce important pour le Languedoc ; la laine de ses troupeaux concourt, avec celle d'Espagne, à alimenter les nombreuses manufactures de draps, établies à Lodève, à Carcassonne, & dans d'autres villes. Ces draps composent la majeure partie des exportations de la France au levant ; on en envoie aussi à la Chine en temps de paix, & l'on vend ceux d'une qualité inférieure aux fournisseurs préposés pour l'habillement des troupes.
Le Languedoc est encore la province du royaume où la culture des mûriers est la plus étendue, & par conséquent la récolte des soies forme une des ressources importantes du pays.
Cette province contient aussi des eaux minérales, dont les plus connues sont celles de
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Bagnols & de Balaruc ; enfin les marais salants de Peccais, de Sigean & de Marseillan, d'où l'on approvisionne de sel une partie de la France, sont situés dans le bas Languedoc.
On voit par le tableau succinct des avantages de cette province, qu'elle est une des plus importantes du royaume : mais ces avantages ne sont pas également répartis ; le Vivarais, les Cévennes & le Gévaudan, comme la plupart des pays montagneux, sont étroitement circonscrits dans leurs productions & dans leurs ressources.
CARACTÈRE & Mœurs. Je ne ferai que rapprocher ici le sentiment de deux Écrivains, l'un du commencement du dix-septième siècle, l'autre de la fin du dix-huitième. « Les Toulousains nés aux lettres, & de bons esprits, mais subjects à s'esmouvoir au moindre bruit ; peu courtois à l'endroit des étrangers ; au reste dévots & bons catholiques, fort civilisés, mais qui vivent assez mal chez eux. Ceux des environs de Carcassonne, Béziers, Montpellier & Nîmes, sont tous soudains, grands parleurs & grands vanteurs d'eux-mesmes, peu secrets & peu considérés, mais assez pleins de franchise & de naïveté, & pareillement de courage ».
Cet Auteur parle ensuite du luxe extraordinaire des femmes, qui sont, à son avis, insupportablement braves ; & il ajoute : « Les femmes travaillent ordinairement toute la semaine en divers ouvrages de soie, & se nourrissent fort mal, afin de pouvoir avoir, du gain, quelque chose de gentil pour les dimanches &
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fêtes, & principalement depuis Béziers jusqu'au Pont-Saint-Esprit ; car cela ne se pratique guère à Carcassonne ni à Narbonne ».
Voici maintenant le portrait que fait des Languedociens un Observateur plus moderne, aussi habile que désintéressé (1).
« Toulouse l'intéressa vivement, il y trouva des hommes, en dépit du luxe & des plaisirs... On se privoit de la nourriture pour porter des habits brodés & pour fournir à des jeux ruineux, comme si la grandeur pouvoit sympathiser avec une aussi ridicule économie. On donnoit dans le Bel esprit, & bien des personnes se contentoient d'être savantes par extrait.
L'Observateur dit qu'on ne l'invita point à manger. « Dès qu'on se met à table, les maisons se ferment hermétiquement. Deux estomacs ne suffiroient pas dans la Touraine & dans l'Angoumois : c'en est trop d'un dans le Languedoc ».

ANNONAY.
Ville capitale du haut Vivarais, située dans un fond, sur le penchant d'une montagne rapide, à deux lieues de la rive droite du Rhône, à sept lieues de Vienne, & à douze lieues de Lyon, près le confluent de deux rivières, la Cance & le Deûme, qui donnent leurs noms à deux faubourgs considérables, & qui les séparent de la ville.

(1) Voyage de la Raison.
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HISTOIRE. Cette ville, aujourd'hui si fameuse par ses manufactures de papier, fut, dans le seizième siècle, le théâtre des guerres du fanatisme. Le massacre de Vassy, où les Catholiques signalèrent d'une manière horrible leur fureur contre ceux de la nouvelle religion, excita le courage & l'indignation des Protestants. La religion des Réformés avoit fait en peu de temps des progrès étonnants dans Annonay & dans des lieux voisins. Les Réformés étant de beaucoup supérieurs en nombre aux catholiques, avoient déjà renversé les autels, brisé ou brûlé les images, & prêché publiquement la prétendue réforme ; à la nouvelle du massacre de Vassy, exécuté le premier mars 1562, « ils s'emparèrent des villes de Lyon, de Tournon, de Romans, de Valence & d'Annonay, sans trouble ni sédition, dit un Historien du temps ; le sacrifice de la messe fut suspendu, & comme interdit ; on bâtit des temples ; on appela les Ministres Pierre Railhet & Pierre Boullod. Quoique la ville d'Annonay fût sous les ordres des Consuls, Pierre Gueron, sieur de Prost, y fut appelé de Lyon pour en prendre le commandement ».
Annonay, après avoir été sept à huit fois prise, brûlée, saccagée par les Protestants ou les Catholiques ; après que ceux des deux partis y eurent commis tour à tour des cruautés, des profanations de tous les genres ; le fanatisme s'éteignit, & les habitants furent plus tranquilles & plus heureux. Il existe encore aujourd'hui dans cette ville beaucoup de Protestants qui vivent en paix avec les Catholiques ; les
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uns & les autres ont oublié leurs anciennes fureurs : ils ne vivent plus ensemble comme des sectateurs d'une religion différente, mais comme des citoyens d'une même ville & des sujets du même Roi.
Une paix salutaire a fait refleurir cette ville ; les habitants ont mis à profit les moyens que leur offroit la nature, pour introduire le commerce, & répandre, dans toutes les classes de citoyens, l'aisance & l'activité.
COMMERCE. Le principal commerce d'Annonay consiste dans les Fabriques de papier, qui est aujourd'hui un des plus beaux de France : « Douze cuves, dit M. l'Abbé Soulavie, fabriquent chacune cinquante milliers pesant de papier, tandis que les cuves ordinaires n'en donnent que vingt-cinq ; de sorte que l'industrieuse activité des Fabricants de papier de cette ville, donne à l'État six cents milliers pesant de papier par année, dont un tiers pour l'écriture. Les chiffons viennent principalement de Bourgogne & du Bugey, & il faut un million de livres pesant de chiffons pour les six cents milliers de papier fabriqué, d'après les calculs de M. Desmarest qui a observé ces manufactures en 1780 ».
Le degré de perfection auquel MM. Montgolfier & Mathieu Johannot ont porté les papeteries d'Annonay, laisse peu de chose à désirer. L'activité de ces Fabricants célèbres qui président & veillent en Savants aux progrès de leurs manufactures ; la supériorité des papiers à l'Hollandoise, & surtout des papiers vélins
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qui en sortent, font croire que sous peu de temps les papeteries françoises seront en état de fournir, dans tous les genres, d'aussi beaux papiers qu'aucune manufacture étrangère : le papier François, pour l'Imprimerie, est déjà celui qu'on préfère, même en Angleterre.
MM. Johannot & Montgolfier, beaucoup plus instruits que le commun des Fabricants, ont apporté, dans le régime & la manipulation des papeteries, des changements fort heureux ; l'émulation a depuis réveillé le génie de chaque fabrique ; & cette révolution deviendra utile à la France, en faisant oublier les papiers de Hollande.
La nature semble s'être réunie à l'industrie des habitants, pour concourir à la beauté du papier. Les eaux vives de la rivière de Deûme ont une propriété particulière qui y contribue ; elles roulent sur un sol granitique ou quartzeux, qui les maintient claires & limpides, tandis que les eaux qui passent par un sol calcaire sont presque toujours sélénieuses : cette pureté dans les eaux fait que les pâtes se divisent mieux, qu'elles sont plutôt dégagées des parties grasses & oléagineuses, qu'elles se réduisent en une substance plus homogène ; le bleu qu'on y jette s'étend plus également dans la matière.
L'industrie des habitants d'Annonay ne se borne pas aux papeteries ; on y fabrique aussi des cuirs, des pelleteries, &c ; la culture des vers à soie y est aussi fort en vigueur.
HOMMES illustres. Annonay est la patrie de Pierre Bertrand, Cardinal ; ce fut lui qui, en
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l'an 1329, en présence du Roi Philippe de Valois & de toute la Cour, défendit la juridiction & les privilèges de l'église ; il mourut en 1348. Ses richesses abondantes feroient soupçonner qu'il avoit quelque intérêt à défendre vivement les immunités du Clergé ; ce qu'il y a de certain, c'est qu'il employa ses biens en bonnes œuvres. Il fonda & dota plusieurs chapelles, prieurés & abbayes ; & ce qui vaut mieux, il établit à Annonay un hôpital sous le titre de Notre-Dame la Belle, à qui il ne manque, pour être plus utile, que des revenus plus considérables.
Il est aussi le fondateur du collège d'Autun, situé rue Saint-André-des-Arcs, à Paris, en face de l'église : ce collège fut établi, en 1342, en faveur des jeunes gens d'Annonay ; il a été, avec plusieurs autres, réformé & réuni à celui de Louis-le-Grand ; mais on lit encore sur le portail du bâtiment qu'il occupoit : Collège du Cardinal Pierre-Bertrand d'Annonay.
DÉCOUVERTE. La découverte des ballons ou machines aérostatiques, a fait une sensation trop vive en Europe pour que nous omettions ici quelques détails sur la première expérience qui en a été faite à Annonay.
MM. de Montgolfier, frères, propriétaires d'une des belles manufactures de cette ville, employoient leurs loisirs à l'étude de la Physique : après avoir médité sur l'ascension des vapeurs dans l'atmosphère, où elles se réunissent pour former des nuages qui, malgré leur masse & leur pesanteur, se soutiennent à de grandes
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hauteurs, & voyagent au gré des vents, imaginèrent de former un nuage factice, & de le renfermer dans une vaste enveloppe ; ce nuage & cette enveloppe plus légers ensemble que le volume d'air atmosphérique qu'ils déplaçoient, devoit s'élever vers le ciel. Cette idée ingénieuse & simple fut exécutée en petit avec un succès satisfaisant.
MM. de Montgolfier songèrent alors à faire une expérience en grand qui pût attester le succès de cette découverte.
« Le 5 juin 1783, dit M. Faujas de Saint-Fond, l'assemblée des états particuliers du Vivarais se trouvant à Annonay, fut invitée, par les Auteurs de la machine aérostatique, à assister à l'expérience qu'ils se proposoient de faire en public.
» Quelle fut la surprise des Députés ! quelle fut celle des spectateurs, lorsqu'on vit, sur la place publique, une espèce de ballon de cent dix pieds de circonférence, retenu par son pôle inférieur sur un châssis en bois de seize pieds de surface ! Cette vaste enveloppe & son châssis pesoient cinq cents livres ; elle pouvoit contenir vingt-deux mille pieds cubes de vapeurs ».
Malgré l'extrême confiance qu'avoient les spectateurs aux lumières & à la prudence de MM. de Montgolfier, ils doutoient du succès de leur expérience.
Enfin des spectateurs, impatients, voient la vapeur s'introduire dans la vaste enveloppe de toile doublée en papier, la grossir à vue d'œil, la remplir complètement, & s'élever avec efforts ; enfin le signal est donné, la ma-
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chine, retenue avec peine, est lâchée ; elle s'élance alors dans l'air, & dans moins de dix minutes ce ballon colossal de trente-cinq pieds de hauteur, se trouve à mille toises d'élévation.
Bientôt le bruit de cette expérience se répandit dans toute l'Europe. Deux mois après, le 27 août 1783, on en fit à Paris, au Champ de Mars, une seconde qui fut suivie d'une infinité d'autres plus brillantes & plus curieuses ; il y eut peu de villes en France où, pour se procurer un spectacle aussi nouveau, cette expérience ne fût répétée. Aujourd'hui l'importance de cette découverte n'est pas encore bien reconnue, mais elle ne doit pas être dédaignée : elle a étendu les connoissances physiques ; elle a fixé l'opinion sur l'état de l'atmosphère ; elle peut dans la suite être appliquée à des objets d'utilité ; enfin, comme l'a dit le sage Docteur Franklin, C'est un enfant qui vient de naître, il faut, pour le connoître, attendre qu'il soit plus âgé.

SAINT-AGRÈVE.
Petite ville du Vivarais, située à sept lieues de Valence, à huit du Puy, & à six d'Annonay.
HISTOIRE. Saint-Agrève fut, en 1579, une des places de sûreté accordées aux Protestants qui s'y fortifièrent. L'année suivante, le Capitaine Saint-Vidal eut ordre de s'en emparer, accompagné de Tournon, qui venoit de prendre le bourg de Désaignes ; il arriva le 16 septembre 1580 aux pieds des murs de cette ville,
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& l'investit avec une armée considérable, & la battit avec douze pièces de canon : on remarque qu'Antoine de Senneterre, Évêque du Puy, assistoit à ce siège avec plusieurs autres seigneurs des environs.
Chambaud, Gouverneur de Saint-Agrève, qui en étoit sorti quelques jours avant le siège, parut à la tête de quatre-vingts chevaux, & de douze Arquebusiers, pour se jeter dans la place ; mais on le força de se retirer. Le 24, les Catholiques prirent, par assaut, un ouvrage extérieur, qui leur coûta bien du monde, & où plusieurs Officiers principaux furent blessés ; le lendemain ils s'emparèrent encore d'une autre partie ; enfin les assiégés, désespérant de pouvoir tenir plus longtemps la place, se sauvèrent après avoir mis le feu à la ville & au château ; ils furent poursuivis & taillés en pièces, ainsi que ceux qui étoient restés dans la ville : le feu consuma tout, & les murailles furent rasées.
DÉSAIGNES. Le bourg de Désaignes, dont nous avons parlé, est situé à deux lieues de Saint-Agrève, dans la vallée du Doux, qui est très-profonde ; le site en est pittoresque ; le bourg & le château se montrent avec avantage. Ce qu'il y a de plus remarquable, est un monument antique que l'on trouve gravé & décrit dans l'Histoire Naturelle de la France méridionale, par M. l'Abbé Giraud de Soulavie.
La tradition & les plus anciens titres s'accordent à donner à cette construction le nom de Temple de Diane.
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Ce monument vaste & imposant, & qu'on aperçoit de loin, a son plan formé par un carré long ; il est entouré d'un fossé peut-être plus moderne que l'édifice. Ce qui a fait présumer qu'on ne pouvoit y arriver que par un pont de bois ou un pont-levis, c'est qu'on ne voit aucun vestige d'escalier pour entrer à la porte, qui se trouve un peu élevée.
Ce bâtiment a quatre étages, en comptant un étage souterrain dans lequel on descendoit par la voûte, dont le milieu est aujourd'hui un peu écroulé. La porte d'entrée, qui est la principale, a sept pieds & demi de haut sur sept pieds de large ; elle est simple, & la partie supérieure offre un arc à plein cintre ; elle se fermoit avec une poutre traversière. La moitié de la salle est couverte d'une voûte, l'autre moitié paroît l'avoir été par un plancher ; car on observe des pierres saillantes qui servoient de supports.
De cet étage on monte à un autre, qui est le troisième, par un escalier pratiqué dans l'épaisseur du mur. On y voit une cheminée dont le tuyau, engagé à moitié dans le principal mur, offre la forme d'un cône parfait.
On arrive à l'étage supérieur par un autre escalier pratiqué dans le mur, & l'on se trouve sur une plate-forme découverte, entourée de meurtrières & de défenses, terminée d'un côté par un petit appartement carré où l'on remarque les appuis d'une voûte qui couvroit ce quatrième étage. Une ouverture carrée se continue en ligne perpendiculaire depuis la hauteur jusqu'au bas de cet édifice.
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Une partie de l'extérieur de ce monument offre des portiques qui en occupent presque toute la hauteur ; ils paroissent formés de grêles piliers & d'arcades à plein cintre ; les ouvertures & la porte principale sont aussi à plein cintre, ce qui annonce l'architecture romaine, dans des temps un peu bas où le bon goût commençoit à être infecté par les formes élégantes & maigres du genre arabe. Une autre partie de l'extérieur porte un caractère différent ; la construction en semble beaucoup plus moderne ; elle paroît être du septième ou huitième siècle : on y reconnoît le goût Sarrasin ; ce qui feroit croire que ce monument, consacré à Diane dans les derniers temps du paganisme, fut restauré & converti ensuite, du temps des guerres du septième siècle, en forteresse.
Près de là est le château seigneurial, remarquable par sa construction ancienne.

LE PUY.
Cette ville épiscopale, & capitale du Velay, est située dans le Languedoc, proche les frontières de la haute Auvergne, sur la petite rivière de Borne, à une demi-lieue de la Loire, & à douze lieues de Mende ; son nom qui, dans le Velay ainsi que dans l'Auvergne, est commun à beaucoup de montagnes, vient du mot latin Podium, qui signifie montagne.
ORIGINE. Du temps de Grégoire de Tours, le Puy n'existoit pas, & la principale ville des peuples du Velay, appelés en latin Pellavi ou Velauni, étoit Revessio ou Ruessio, qui fut
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ensuite nommée Vellava, civitas Vellavorum, ou civitas Vetula : on ne doute pas que cette ancienne capitale ne fût située au lieu où est aujourd'hui Saint-Paulien, sur les frontières du Velay & de l'Auvergne, à trois lieues du Puy ; les distances de l'itinéraire de Théodose, mais plus encore les inscriptions & autres antiquités qu'on y découvre tous les jours, en sont des preuves incontestables.
Le siège épiscopal, d'abord établi à Ruessio, fut transféré à une montagne voisine de ce lieu, appelée Anis ou Anicium, où fut bâtie la ville du Puy ; cette translation arriva vers la fin du neuvième siècle.
Par une charte de l'an 924, qui est le titre primordial des Évêques pour leur seigneurie sur la ville & le pays du Velay, on voit qu'alors le Puy n'étoit encore qu'un bourg, que la célèbre église de Notre-Dame du Puy étoit construite (1), que le Comte Raoul accorda à Adalard, Évêque du Velay, le droit de faire battre monnoie, droit qu'à cette époque les Comtes possédoient, & qu'ils avoient usurpé sur la royauté depuis la mort de Charles le Chauve.
La fertilité du sol où les villes sont bâties, ou plutôt leur situation heureuse par rapport au commerce, contribuent pour l'ordinaire à leur accroissement. Ce n'est point à ces deux causes que la ville du Puy doit sa célébrité, mais aux

(1) Cette charte rapportée dans le tome 2 de l'Histoire générale du Languedoc, est le plus ancien monument où il soit fait mention de cette église.
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Pèlerins distingués, & autrefois très-nombreux, qu'y attiroit & qu'y attire encore aujourd'hui une figure de la Sainte-Vierge religieusement conservée dans la cathédrale.
DÉVOTION à Notre-Dame du Puy. Les Papes Urbain II, Gélase II, Calixte II, Innocent II, & Alexandre III, sont venus rendre hommage à cette statue de la Vierge. Bernard, Comte de Bigorre, entreprit, en 1062, avec sa femme Clémence, un pèlerinage à l'église de Notre-Dame du Puy, où, après avoir convoqué l'Évêque & les Chanoines, il voua sa personne & son Comté à cette église, & s'engagea à lui payer la somme de soixante sous Morlanais de rente perpétuelle, pour marque de son dévouement. Le Roi de France Louis le Jeune y séjourna deux fois. Dans son dernier voyage, fait en 1138, il célébra la fête de l'Annonciation de la Vierge ; Pierre le Vénérable, dans une lettre qu'il écrivit cette année à Saint-Bernard, parle du voyage de ce Roi.
Philippe Auguste, vers la fin d'octobre 1188, vint en pèlerinage à Notre-Dame du Puy, afin d'implorer le secours de cette Vierge pour le succès du voyage de la Terre-Sainte, qu'il alloit entreprendre. L'Évêque du Puy profita de cet acte de dévotion du Roi, pour en obtenir la confirmation des privilèges que son père Louis VII avoit accordés à cette église.
Saint-Louis y fit, à ce qu'on croit, deux voyages.
Philippe le Hardi, en 1271, fit un vœu à Notre-Dame du Puy, dans le temps de son
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passage d'Afrique en France ; mais ne pouvant lui-même remplir ce vœu, il envoya au Puy deux Gentilshommes qui s'en acquittèrent au nom du Roi. En 1283, ce Prince vint en personne au Puy, & fit présent, dit-on, à la cathédrale d'une grande croix, enrichie d'une partie du bois de la vraie croix, & d'une partie de la sainte éponge.
En 1285, Philippe le Bel vint aussi visiter l'église du Puy.
Charles VI y vint en 1389, & y séjourna trois jours. Pendant sa fatale maladie, ce Roi fit plusieurs pèlerinages pour obtenir de Dieu sa guérison. Il revint au Puy en 1394, avec grande cérémonie, accompagné des Ducs de Berri & de Bourgogne, ses oncles. À son départ, les habitants lui firent présent d'une statue d'or de Notre-Dame, du prix de cinq cent cinquante livres ; ils en donnèrent deux autres, du prix de cent vingt livres chacune, aux Ducs de Berri & de Bourgogne : le Roi, pour récompenser ces habitants de leur bonne réception, les exempta de tailles pendant trois ans.
Charles VII fit le voyage du Puy en 1433, & assista à l'office, dans la cathédrale, en habit de Chanoine : il en fit un second en 1439, où il assembla les États Généraux du Languedoc. Il séjourna longtemps dans le château d'Espaly, qui est à un quart de lieue du Puy ; c'est là qu'il fut proclamé Roi après la mort de son père Charles VI.
Le dévot, l'hypocrite Louis XI vint, au mois de février 1476, faire une neuvaine à Notre-Dame du Puy. Les Députés du chapitre, en
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l'absence de l'Évêque, furent au-devant de lui à trois lieues de la ville ; ils le haranguèrent, & lui présentèrent les clefs de leur cloître. Le Roi, après les avoir écoutés favorablement, leur ordonna de s'en retourner, & leur fit entendre qu'il vouloit paroître en Pèlerin, & non pas en Roi. Malgré les représentations de ses courtisans, il voulut cheminer à pied dans l'espace de trois lieues ; & étant arrivé sous le portique de Saint-Jean, le Doyen le revêtit d'un surplis & d'une chape canoniale. Comme ce Roi étoit fatigué, il demanda aux Chanoines la dispense d'entrer dans l'église les pieds nus, suivant le vœu qu'il en avoit fait ; ce qui lui fut accordé sans peine. Il entra ensuite dans l'église, fit une courte prière, puis laissa sur l'autel une bourse de trois cents écus d'or ; le lendemain, il entendit trois messes, & offrit à chacune trente-un écus d'or, ce qu'il continua les deux jours suivants ; le quatrième jour, il fit d'autres présents à l'église du Puy, confirma les privilèges du Chapitre, lui en accorda de nouveaux, & fit plusieurs libéralités aux autres églises de la ville.
Charles VIII, à la fin du mois d'octobre 1495, vint, de Lyon, en pèlerinage à Notre-Dame du Puy.
François Ier entreprit aussi un voyage au Puy par dévotion ; le 18 juillet 1533, il fit son entrée dans cette ville, accompagné de la Reine Éléonore sa femme, des Princes ses fils, du Grand-Maître de Montmorency, Gouverneur de la province, des principaux Seigneurs de la Cour, & de plusieurs Évêques. On rangea sur le
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passage du Roi quinze cents jeunes enfants, tous vêtus des couleurs de sa livrée.
Le Roi descendit à l'église de Notre-Dame, dont le Doyen, à la tête du Chapitre, lui donna l'eau bénite, puis lui présenta la croix à baiser, le surplis & l'aumusse.
François Ier logea à l'évêché ; le Dauphin & les autres Princes prirent leur logement dans la maison du Bailli du Velay, où le Grand-Maître de Montmorency avoit aussi le sien.
Le lendemain, le Bailli, assisté des Consuls, offrit au Roi, au nom de la ville, une image d'or représentant celle de Notre-Dame du Puy, enrichie d'un saphir ; elle avoit appartenu à René, Roi de Sicile. En récompense, le Roi, quelque temps après, fit présent à l'église de Notre-Dame du Puy, de deux chandeliers d'argent, pesant plus de cent marcs.
Depuis François Ier, je ne trouve point d'autres Rois de France qui soient venus en pèlerinage visiter Notre-Dame du Puy. Outre les personnes illustres que j'ai citées, il en est plusieurs autres, soit de France ou des pays étrangers, qui ont, par dévotion, fait ce voyage : mais il seroit trop long d'en offrir ici l'énumération ; ce que j'en ai rapporté suffit pour prouver combien étoit grande la réputation de cette image de la Vierge.
Cette figure de la Vierge, si révérée autrefois, & qui attire aujourd'hui un grand concours de pèlerins, fut, dit-on, apportée d'Égypte, du temps des premières Croisades. La forme singulière de cette image, le pays éloigné d'où on l'avoit tirée, durent contribuer beaucoup, dans le
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principe, à exciter la dévotion des Fidèles. L'église même, dont la construction est, je crois, sans exemple, dut offrir un nouvel attrait à cette dévotion : on sait combien les objets qui frappent les sens d'une manière nouvelle ou singulière, ont de pouvoir sur l'esprit du peuple.
Cette première impulsion de zèle une fois donnée, voici ce qui en produisit par la suite l'accroissement universel :
CAUSE de la dévotion à Notre-Dame. Un Charpentier de la ville du Puy, que les uns nomment Pierre, les autres Durand, homme simple & pieux, alla trouver l'Évêque de cette ville vers le temps de la fête de Saint-André, l'an 1182, & l'assura que Dieu lui avoit ordonné de rétablir la paix dans le royaume, qu'une infinité de brigands, qui couroient de toutes parts, & la guerre allumée entre le Roi d'Aragon & le Comte de Toulouse, avoient mis dans la dernière désolation. Il lui présenta un papier qu'il prétendoit avoir reçu du ciel, & sur lequel étoit peinte l'image de la Vierge qui tenoit entre ses bras l'Enfant Jésus, avec cette inscription autour : Agnus Dei qui tollis peccata mundi, dona nobis pacem, & l'exhorta à concourir, de toutes ses forces, à l'établissement de cette paix. L'Évêque du Puy ne fit d'abord aucun cas de cette prétendue révélation, & ce Charpentier fut alors traité de visionnaire. Cependant comme ce temps n'étoit pas celui de l'incrédulité, plusieurs particuliers crurent à l'inspiré ; le nombre de ses prosélytes s'augmenta insensiblement, si bien qu'au bout de quelque temps ils formèrent une asso-
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ciation ou confrérie, dont le but étoit le rétablissement de la paix ; ils dressèrent, pour leur nouvelle société, des statuts particuliers, se vêtirent d'habits monacaux, & portèrent sur la poitrine une plaque d'étain sur laquelle étoit l'image de la Vierge, avec l'inscription dont nous avons parlé.
Cette association nouvelle fit beaucoup de bruit, & surtout attira dans la ville du Puy une grande quantité de dévots ; plusieurs Princes, Évêques, Abbés, Chanoines & autres Ecclésiastiques s'y rendirent.
L'Évêque du Puy sentit bientôt quel avantage il résulteroit, pour son église, d'entretenir le peuple dans cette croyance. Il ne chercha plus à la détruire ; au contraire, il accueillit le Charpentier visionnaire, qu'il avoit d'abord rebuté : un jour de la fête de l'église, il le conduisit dans la cathédrale, le fit monter sur un échafaud dressé exprès ; & là, il exposa aux regards avides du peuple assemblé, le prétendu inspiré, qui, pour preuve de sa mission, offroit à tous les yeux le papier qu'il disoit avoir reçu du ciel. L'Évêque ensuite parla avec tant d'éloquence, que les Auditeurs, fondant en larmes, promirent, par serment, de garder la paix, demandèrent avec empressement à être agrégés à la nouvelle société, & ils en prirent bientôt l'habit & la décoration.
Ces confrères, dont le nombre se multiplia prodigieusement, furent, dit-on, cause que le Roi d'Aragon & le Comte de Toulouse firent la paix, on ajoute que leur zèle extermina
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tous ceux qui étoient en guerre, produisit de bons effets ; mais ce qui est bien plus certain, c'est que cette association ranima la dévotion des François pour Notre-Dame du Puy, y attira un concours de pèlerins qui s'augmentoit toujours, & qui établit si avantageusement la réputation miraculeuse de cette image, dont nous donnerons la description (1).
La ville du Puy fut non seulement troublée par des guerres particulières, par des guerres communes à toute la France, mais encore par des dissensions intestines des habitants avec leur Évêque. L'Histoire de cette ville en offre plusieurs exemples ; souvent le Prélat, n'ayant plus d'armes temporelles à opposer à ses ennemis, employoit sans risque ses armes spirituelles ; l'excommunication lancée sur tous les habitants le vengeoit de sa défaite.
La ville du Puy, au seizième siècle, embrassa le parti de la Ligue, & ne fut pas la première à reconnoître Henri IV pour son souverain.
DESCRIPTION. Lorsqu'on arrive au Puy, du côté de la croix Saint-Benoît, on est étonné de la richesse & de la beauté du tableau qui

(1) Quelques Historiens ont prétendu que ce fut une supercherie de la part d'un Chanoine du Puy, qui, voyant que le pèlerinage de Notre-Dame étoit interrompu par les courses continuelles des brigands & des militaires que produisoient les guerres, imagina de poster un jeune homme déguisé en Vierge, qui se montra au Charpentier, homme simple & crédule, & lui persuada ce qu'il voulut. Voyez à ce sujet Histoire générale du Languedoc, tom. 3, pag. 33.
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s'offre à la vue : qu'on se représente un vaste bassin bien cultivé, entouré de hautes montagnes volcaniques, dont le bas fond est décoré par plusieurs pics escarpés & isolés, qui paroissent être subitement sortis de la terre, & dont plusieurs, en effet, dit un savant Observateur (1), ont été élevés par l'effort des explosions volcaniques. La principale de ces buttes est couverte par une multitude de maisons en amphithéâtre, qui forment une ville d'environ vingt mille habitants. La cathédrale, très-vaste & très-majestueuse, est placée dans une des parties les plus élevées du tableau. Des faubourgs considérables entourent le pic sur lequel la ville est bâtie ; du milieu d'un de ces faubourgs, s'élève une masse isolée & conique de deux cents pieds de hauteur, sur la pointe de laquelle existe une chapelle surmontée d'un clocher gothique & pittoresque ; près de là s'élèvent les buttes d'Espaly & de Polignac, sur lesquelles sont des restes antiques de tours & de châteaux ruinés, & célèbres dans l'Histoire ; le bassin où ces buttes & cette ville sont situés, se nomme le Creux du Puy.
La ville, d'une belle apparence, comme toutes celles bâties en amphithéâtre, est sur le rocher appelé de Saint-Corneille, dont la cime s'élève au-dessus de l'église de vingt toises au moins ; elle est entièrement construite en lave, dont le voisinage abonde ; on y voit de belles rues, mais on y monte & on y descend

(1) M. Faujas de Saint-Fond, dans ses recherches sur les volcans éteints du Vivarais & du Velay.
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trop souvent pour avoir du plaisir à s'y promener.
La cathédrale est le monument le plus curieux de la ville, & peut-être l'église la plus singulièrement construite de toutes celles qui existent : elle est avantageusement placée ; sa façade, qui n'a point de caractère déterminé, & qui tient également du genre antique & du gothique, offre quatre ordonnances de colonnes, & des portiques dont tous les arcs sont à plein cintre (1).
Le vaste & beau portique qui se présente au milieu de la façade, sert d'entrée à cette église ; on monte vers ce portique, & l'on parvient à l'église par cinq paliers qui, dans la même direction, forment cent dix-huit marches ; deux piliers butants soutiennent la façade. En suivant directement ces rampes, on arrive sous la vaste voûte à plein cintre qui sert d'entrée ; à gauche, au troisième palier, est l'entrée de l'église du Saint-Esprit ; & du quatrième palier, du même côté, est l'entrée de l'Hôtel-Dieu. Le palais épiscopal est à droite ; on y remarque une espèce de petit péristyle en colonnes cannelées d'un granit fort dur, mais non oriental ; on peut, malgré la grosseur de leur calibre, les regarder comme antiques ; enfin, en montant toujours en droite ligne, on arrive à la porte principale, appelée la Porte dorée ; cette porte à deux battants, est couverte de bronze ciselé, & ornée de deux colonnes de porphyre rouge oriental, qui ont été probablement tirées de quelques monuments antiques : on entre, & l'on se trouve au centre de l'église.

(1) Cette porte est gravée dans le cinquième volume de l'Histoire générale du Languedoc.
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Cette singularité se comprendra facilement, si l'on fait attention que la moitié de cette église étant bâtie en avant & au-dessus d'une pente rapide, le niveau de son pavé s'est trouvé trop élevé pour pratiquer, à une de ses extrémités, une porte accessible ; il a fallu laisser, sous une partie de cette église, une avenue qui, par une pente facile, conduisît au milieu de l'édifice.
L'église a trois nefs ; celle du milieu est partagée en deux chœurs, l'un en face de la porte d'entrée, au fond duquel est la Sainte-Chapelle, l'autre placé à l'opposite, sur la voûte même qui couvre le grand escalier.
L'intérieur de cette église est rempli d'objets intéressants ou curieux, & des monuments de la dévotion des souverains Pontifes, des Rois & des Princes. On est frappé à la vue d'une grande quantité d'Ex-voto, & surtout des chaînes, des menottes d'un poids énorme, qui pendent d'une poutre au-dessus de l'entrée du grand escalier.
On montre dans l'église une urne antique en albâtre gypseuse, très-grande, & d'une assez belle forme ; elle est inscrite dans la liste nombreuse des reliques de cette église, sous l'étiquette suivante : Hydrie ou cruche des noces de Cana en Galilée, où l'eau fut changée en vin (1). M. Faujas de Saint-Fond, qui l'a

(1) À l'abbaye de Saint-Denis, chez les Religieuses
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vue, assure que c'est simplement une urne sépulcraire avec son couvercle qui est endommagé (1).
Au milieu de l'église sont gravés, sur une grande pierre de basalte, les vers suivants :

Celui qui dort sur cette pierre,
D'être guéri ne tarde guère ;
Si le pourquoi tu veux savoir,
C'est que la pierre a ce pouvoir.

En conséquence les femmes du pays sont en usage de s'étendre sur cette pierre, afin d'y dormir & de guérir.
DESCRIPTION de la figure de la Vierge. L'objet le plus intéressant & le plus respecté de cette église est sans contredit la figure de la Vierge. J'ai parlé de sa grande célébrité, du concours de Pèlerins qu'elle attiroit autrefois, qu'elle attire encore, & des moyens employés pour exciter la dévotion des Chrétiens : maintenant, je vais décrire cette figure d'après M. Faujas de Saint-Fond, Observateur exact & instruit, qui le premier est parvenu, après bien des difficultés, à voir de près cet ancien monument, & à l'examiner en curieux.
Ce Naturaliste ayant entendu dire par quel-

de Port-Royal à Paris, on conserve aussi des cruches qui ont, tout comme celle-ci, servi aux noces de Cana.
(1) Duchesne, dans ses antiquités des villes de France, raconte que parmi les reliques de cette église, on conserve la mître du grand Prêtre Aaron, & le saint prépuce de Notre-Seigneur, que plusieurs autres églises prétendoient posséder aussi.
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ques Savants, que cette statue étoit de basalte, voulut s'en assurer, & savoir si on avoit connu en France la manière de travailler cette pierre dure ; dans cette intention, il s'approcha de très-près de cette figure : « Je reconnus, dit-il, qu'au lieu d'être en basalte, elle étoit en bois de cèdre ; qu'elle portoit des caractères d'ancienneté qui méritoient d'être connus ; c'est incontestablement la statue la plus ancienne de la Vierge, que nous ayons dans nos églises : elle me parut si digne d'attention, que je la considérai avec le plus grand soin pendant quatre séances consécutives ; je la fis dessiner avec la plus scrupuleuse exactitude (1) », &c.
Après avoir rapporté l'opinion de plusieurs Historiens sur cette figure, & la description qu'ils en donnent, M. Faujas de Saint-Fond la décrit de cette manière, ainsi qu'il l'a vue aux mois d'octobre & de novembre 1777.
« Lorsqu'on est entré dans le chœur de l'église cathédrale du Puy, séparée de la nef à la manière de plusieurs anciennes églises, on voit un autel assez moderne, à la romaine, fait en marbre de différentes couleurs, surmonté par une espèce de petit baldaquin sous lequel est placée la statue établie sur un piédestal en marbre, assez élevé ; comme le jour qui l'éclaire vient dans un sens contraire, on ne la voit pas d'une manière bien distincte ; il faut

(1) La gravure de ce dessin, & le Mémoire sur cette figure, se trouvent à la fin de l'ouvrage in-folio, intitulé, Recherches sur les Volcans éteints du Vivarais & du Velai, par M. Faujas de Saint-Fond.
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donc monter sur l'autel, lorsqu'on veut la contempler de près.
» Elle est couverte d'un grand manteau d'étoffe d'or, qui l'enveloppe depuis le cou jusqu'aux pieds, & qui, se trouvant fort resserré par le haut & d'une vaste capacité par le bas, donne à la Vierge une forme conique qui manifeste le goût le plus barbare ; l'Enfant Jésus, qui paroît de loin collé sur l'estomac de sa mère, montre sa petite tête noire par une ouverture faite au manteau ; des souliers d'étoffe d'or se voient aux pieds de la statue, dont la tête est ornée d'une couronne en manière de casque, d'une forme singulière ; une seconde couronne, d'un style un peu plus moderne, est suspendue sur la première ; divers rangs de très-petites perles pendent derrière la tête en guise de cheveux.
» Le manteau dont j'ai parlé est surchargé d'une multitude de différents reliquaires qui y sont attachés, parmi lesquels on en voit quelques-uns enrichis de diamants ; d'autres sont encore émaillés de diverses couleurs ; plusieurs sont en cristal de roche ou en pierre fausse ; on y remarque encore divers bijoux, tels que des bagues, des cœurs d'or & d'argent ; mais j'eus le plaisir surtout d'y découvrir une cornaline orientale antique fort belle : cette pierre, gravée en creux, représente un Apollon nu, d'une très-bonne proportion, tenant une branche de laurier dans la main droite, tandis que l'autre est appuyée contre un fût de colonne sur lequel repose une lyre. Cette pièce garnie d'un entourage d'or émaillé, est montée en
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forme de médaille ; quelque âme pieuse l'avoit peut-être anciennement portée suspendue à son chapelet ou à son cou ».
M. Faujas de Saint-Fond, après avoir fait descendre la statue de sa niche, l'avoir dépouillée du manteau moderne dont il vient de parler, & après l'avoir, à plusieurs reprises, examinée au grand jour, continue sa description.
« La statue a deux pieds trois pouces de hauteur ; elle est dessinée d'une manière dure & roide ; son attitude est celle d'une personne assise sur un siège, à la manière de certaines Divinités égyptiennes ; elle tient sur son giron un enfant dont la tête vient correspondre à l'estomac de la statue qui est en bois de cèdre, & qui en a la couleur & la qualité : cette statue paroît être d'une seule pièce, & peser environ vingt-cinq livres ; le fauteuil sur lequel elle repose est détaché, je le crois d'un travail moderne.
» Mais voici ce qu'il y a de remarquable & de bien digne d'attention : toute la statue est entièrement enveloppée, depuis la tête jusqu'aux pieds, de plusieurs bandes d'une toile assez fine, très-soigneusement & très-solidement collée sur le bois, à la manière des momies égyptiennes (1) ; ces toiles

(1) Pour s'assurer de la qualité de ce bois, l'Observateur coupa avec la pointe d'un canif, dans un endroit qui ne pouvoit point nuire à la statue, un morceau du bois, qu'il reconnut pour du cèdre ; il vit en même temps que la toile collée formoit une double enveloppe.
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sont appliquées sur le visage de la mère & de l'enfant, les pieds en sont également entourés ; ce qui est cause qu'on ne peut distinguer aucun vestige des doigts ; de pareilles bandelettes recouvrent aussi la main, mais les doigts sont caractérisés ; ils sont d'une roideur extrême, & du plus mauvais dessin.
» C'est sur ces toiles, fortement collées sur toute l'étendue du bois, qu'on a d'abord jeté une couche de blanc à gouache, sur laquelle on a peint, à la détrempe, les draperies accompagnées d'ornements de différentes couleurs.
» La face de la mère & celle du petit Jésus sont d'un noir foncé qui imite le poli de l'ébène ; en examinant de très-près leur visage... j'y remarquai quelques espèces d'égratignures où la couleur n'a ni le même ton ni la même solidité que les autres parties qui sont conservées ; ce qui me fit présumer que c'étoit des dégradations réparées après coup ; la toile se montroit sensiblement sur les petites défectuosités mal réparées, particulièrement sur le visage de l'enfant, qui avoit été plus endommagé (1).
» La forme du visage présente un ovale extrêmement allongé, & contre toutes les règles du dessin... Le nez est d'une grosseur & d'une longueur démesurées, & d'une tournure cho-

(1) M. Faujas fut confirmé dans cette opinion par la déclaration d'un Portier, qui lui dit que le frottement des chapelets & des reliquaires à la statue, avoit causé ces dégradations sur les visages des deux figures, & qu'on avoit, de son temps, chargé un Peintre de mettre du noir où il en manquoit.
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quante ; la bouche est petite, le menton raccourci & rond, la partie osseuse supérieure de l'œil fort saillante, & l'œil, malgré cela, très-petit. Ces yeux, que les Historiens ont appelés ces deux beaux yeux, ces deux perles, ne sont que deux portions demi-sphériques d'un verre très-commun. Ces deux portions de verre sont concaves d'un côté & convexes de l'autre : la face convexe se présente extérieurement, & imite le globe de l'œil, tandis que la partie concave étant appliquée sur un plan intérieur, peint avec les couleurs de l'œil, en imite l'iris. Cette espèce d'œil artificiel, fait dans un temps où l'on ignoroit la manière de façonner des yeux d'émail, se trouve assez ingénieusement exécutée ; mais comme ceux-ci ont été mal assortis à la grandeur du visage, & qu'ils sont fort tranchants, malgré leur petitesse, sur une face noire, on ne peut dissimuler que cette figure n'ait un air hagard, & en même temps étonné, qui inspire de la surprise, & même de l'effroi (1) ».
Après avoir dit que la crainte de porter trop loin la liberté qu'on lui accordoit, ne lui permit pas d'examiner suffisamment les oreilles & les cheveux ; l'Observateur décrit la première couronne qui n'est que de cuivre doré, mais qui est ornée de plusieurs camées antiques fort curieux ; il parle ensuite des draperies qui sont sculptées en bois sans aucuns plis, & recouvertes de toiles peintes, non à la manière de nos

(1) C'étoit un usage commun dans l'Inde, comme en Égypte, de représenter les Divinités avec des yeux en verre, ou en pierres précieuses, ou en métal.
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indiennes, mais avec des couleurs épaisses & solides, qui imitent celles des momies égyptiennes. L'habillement est une espèce de tunique qui est censée se fermer par devant, & qui prend depuis le cou jusqu'aux pieds ; elle est fort étroite & fort resserrée dans la partie qui forme la taille, tandis qu'en descendant elle s'élargit en manière de jupe ; les manches n'excèdent pas le coude, où elles se terminent en manchettes évasées ; de secondes manches, qui enveloppent étroitement le bras, se prolongent jusqu'au poignet. Depuis le cou jusqu'à la ceinture, la couleur de la robe est d'un vert tirant sur le bleu ; les espèces de fleurons qu'on y distingue sont d'un blanc jaunâtre. La jupe est peinte d'un rouge ocreux ; les losanges & les autres ornements dont on l'a décorée, sont d'un blanc terne ; les bordures de la robe, ainsi que des franges représentées au bas de la jupe, sont de couleur jaune.
Sur la bordure de la manche gauche, sont des caractères que M. Faujas de Saint-Fond a fait dessiner exactement ; s'ils pouvoient être déchiffrés, ils jetteroient un grand jour sur la nature de cette statue. Ce Naturaliste est porté à croire qu'elle représente une Divinité égyptienne : cette opinion paroîtra étrange à bien du monde ; voici sur quelle raison elle est fondée. La croyance générale est que cette figure vient d'Égypte ; la chronique & les Historiens sont d'accord sur ce point...
« Les différentes enveloppes de toile, fortement adaptées sur le bois, & sur lesquelles on a appliqué des couleurs épaisses, annoncent un
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procédé, une manière usitée chez les Égyptiens. Les petites croix grecques qu'on voit sur la tunique de l'enfant, pourroient, à la rigueur, n'être pas envisagées comme un signe chrétien ; car la table isiaque, l'obélisque hiéroglyphique de Rome, ont des espèces de petites croix à peu près semblables (1) ; ces signes étoient relatifs aux mesures du Nil. Le temple de Diane, qu'on fait voir au pied du rocher Saint-Michel d'Aiguilhe au Puy, pourroit faire croire encore que la bonne Déesse, qu'Isis a été en vénération au Puy dans le temps des Romains, & en conséquence les amateurs de la haute antiquité se croiroient fondés à tirer des inductions profanes sur ce monument, & voudroient le regarder peut-être comme une statue d'Isis & d'Osiris, qu'on auroit métamorphosée en Vierge, parce que la bonne intention fait tout (2) ».
La face maigre & allongée de cette figure, caractère qui ne se trouve point dans les statues égyptiennes qui nous restent, embarrasse un peu M. Faujas ; mais le bois de cèdre dont cette figure est composée, les bandes de toile qui la couvrent, &c., lui font présumer qu'elle a été ainsi façonnée par les premiers Chrétiens du Mont-Liban, sur le modèle des statues égyptiennes qu'ils avoient sans cesse devant les yeux, & qu'elle a pu être apportée par Aimar de

(1) La figure d'Osiris étoit souvent représentée avec une croix ou un T attaché à sa main par un anneau.
(2) Dans plusieurs anciens monuments, Isis ou Io, Divinité égyptienne, est représentée avec un enfant qu'elle tient sur ses genoux.
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Monteil, Évêque du Puy, un des plus célèbres Croisés, & qui fut Légat du Pape à la Terre-Sainte. « Cette conjecture, dont aucun Auteur n'a parlé, dit-il, paroît d'autant plus vraisemblable, que ce fut à peu près à cette époque que la première statue qu'on honoroit au Puy, fut remplacée par celle qu'on y voit à présent ; au reste, continue-t-il, si cette dernière idée ne satisfait pas, rien n'empêche qu'on ne recoure à la première (1) ».

(1) Quand même il seroit démontré que cette figure a été autrefois celle d'Isis, cette vérité ne devroit point révolter un Chrétien raisonnable. Il faudroit être superstitieux jusqu'à l'idolâtrie, pour croire que telle figure, fabriquée par la main d'un homme, a des vertus occultes que n'a pas telle autre figure fabriquée de même. Le Sculpteur étant maître de sa matière, il peut, à son gré, en former une figure profane ou sacrée : tout comme ce Statuaire de la fable qui avoit fait emplette d'un beau bloc de marbre :

Qu'en fera, dit-il, mon ciseau ?
Sera-t-il Dieu, table ou cuvette ?
Il sera Dieu.

Ce n'est donc absolument que l'intention des dévots, la dénomination & les attributs qu'on donne à une figure, qui la font respecter. L'intention & le titre une fois changés, une statue d'Isis peut être honorée comme celle de la Vierge ; il n'est pas nécessaire que la matière change, puisqu'elle est indifférente au culte ; il suffit qu'on la croie la Vierge Marie, pour qu'elle cesse d'être la Déesse Isis. D'ailleurs de semblables métamorphoses ne sont pas nouvelles dans le christianisme. À Rome, le Panthéon étoit le temple de tous les Dieux du paganisme ; on en a fait une église dédiée à Notre-Dame. La Maison Carrée de Nîmes étoit un temple dédié
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Le clocher de cette église est remarquable par son élévation, qui est d'environ deux cents pieds ; il est isolé, carré, & noir jusqu'aux deux tiers de sa hauteur : de ce point il s'élève & finit en forme de pyramide terminée par un coq ; la partie inférieure est toute construite de pierres volcanisées ; la partie supérieure est enduite d'un ciment rouge qui se fait distinguer de fort loin.
Le rocher de Saint-Michel, qui n'est qu'à quatre cents pas de celui de Saint-Corneille, sans être aussi considérable & aussi élevé, n'en est pas moins curieux ; il est isolé dans tous les sens, d'une forme parfaitement conique, & très-pittoresque ; il a environ cent soixante-dix pieds de diamètre dans sa plus grande base, sur deux cents pieds d'élévation. À la cime est bâtie une très-jolie église gothique, dédiée à Saint-Michel, dont le clocher, fort élevé & terminé en aiguille, forme, avec le rocher, le sommet d'un grand obélisque rustique & naturel ; ce rocher escarpé a été rendu accessible par des escaliers en rampes, avec des murs de soutien, composés de plus de deux cent cinquante marches taillées dans le rocher même.

à de fausses Divinités, & on l'a converti en une église d'Augustins. Ces exemples sont multipliés, & n'ont pas, je crois, excité de réclamations. L'ancien état & l'ancien nom d'une statue est bien indifférent à la croyance d'un bon Chrétien ; mais il n'en est pas de même pour l'Artiste, l'Antiquaire, & le Savant : de semblables monuments les intéressent vivement. Leurs recherches, leurs conjectures & leurs découvertes ne se rapportent point à la religion.
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À côté du portique, très-ancien, qui sert d'entrée à cet escalier, est un petit bâtiment en rotonde d'une belle conservation, qu'on nomme le temple de Diane ; la forme en est bonne ; mais les pilastres intérieurs sont si maigres, que si ce monument est antique, il est d'un mauvais temps.
L'église de Saint-Michel paroît très-ancienne ; la façade est supportée par de petites colonnes d'une mauvaise proportion. On remarque au-dessus de la porte d'entrée une espèce de mosaïque formée par des losanges de lave très-noire, & d'autres losanges d'une pierre blanche & éclatante ; ces placages en pierre sont encore coupés par des listes de marbre & de porphyre rouge.
L'irrégularité de cette église, nécessitée par la figure du local, quoiqu'offrant une forme bizarre, n'est pas désagréable à la vue ; d'ailleurs cet édifice est intéressant par les marbres, porphyres & mosaïques dont il offre partout des débris ; le clocher est surtout curieux par sa construction, & par les matières précieuses dont il est composé.
Il y a plusieurs autres églises au Puy, dont il seroit trop long de parler. Le pays du Velai étant très-riche en Histoire Naturelle, & les travaux récents d'un habile Observateur me fournissant des matériaux exacts & précieux, je me bornerai à décrire rapidement les objets les plus intéressants qui se trouvent dans les environs de cette ville.
ENVIRONS du Puy. Brives est un petit bourg situé sur les bords de la Loire, à une
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demi-lieue du Puy ; on traverse cette rivière sur un pont nouvellement construit : c'est immédiatement après le pont que se présentent des montagnes volcaniques fort élevées & très-curieuses ; il faut voir dans l'ouvrage de M. Faujas de Saint-Fond le résultat des observations qu'il y a faites pendant son séjour au Puy.
Espaly, village situé à un quart de lieue de la ville du Puy, est célèbre par son ancien château, dont il est souvent fait mention dans l'Histoire. Charles VII étoit au château d'Espaly, lorsque le Roi Charles VI, son père, mourut ; il fit célébrer ses obsèques dans la chapelle de ce château ; quelques jours après, le 27 octobre 1422, il quitta le deuil, & dans cette même chapelle fut proclamé Roi de France par les Seigneurs de sa suite (1).
Au mois de décembre 1424, & au commencement de l'année suivante, ce même Roi tint des États du Languedoc à Espaly.
Trois objets principaux doivent fixer, dans ce lieu, l'attention des Naturalistes. Le premier est un beau rocher volcanique, au pied duquel est le village ; le second est le ruisseau de Riou-Pezoulier, dont le sable contient des

(1) On rapporte qu'un des Chapelains, après avoir crié, comme toute la compagnie, vive le Roi ! ajouta, & que son père Charles VI repose en paix. Quelques courtisans reprirent vivement ce Prêtre ; mais le Roi les blâma sévèrement de cette réprimande, & dit au Chapelain : Je vous suis bien obligé de ce que, dans ce jour de réjouissance, vous me faites souvenir avec liberté que je dois mourir un jour comme le Roi, mon seigneur & mon père, sont morts !
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grenats, des hyacinthes d'un jaune tirant sur le rouge, & même des saphirs, &c.
Le troisième objet, connu sous le nom des Orgues d'Espaly, est le plus beau pavé basaltique de tout le Velay. C'est un assemblage de hautes & magnifiques colonnes d'un beau diamètre, dressées verticalement, & faisant un effet d'autant plus admirable, que ce grand pavé a plus de trente toises de hauteur, & se trouve adossé contre un rocher de lave trois fois plus élevé.
Polignac, ou montagne d'Anis, ou d'Anice ; l'ancien château de Polignac, dont on voit encore de grandes & superbes ruines, fut célèbre dans l'Histoire par le séjour des anciens Vicomtes de ce nom.
Le 17 juillet 1533, François Ier vint coucher à ce château, & y fut reçu par Armand, Vicomte de Polignac, qui, à la tête de deux cents Gentilshommes de ses vassaux, étoit allé jusqu'à Brioude au-devant de ce Prince. Au mois de décembre 1435, ce château fut pris par les Royalistes ; mais bientôt après les habitants du Puy, qui étoient Ligueurs, le reprirent.
Le rocher de Polignac, éloigné d'une petite lieue du Puy, mérite d'être visité ; tant parce qu'il est entièrement volcanique, que parce qu'on y trouve quelques restes curieux d'antiquités.
Ce rocher est formé d'une brèche volcanique, mêlée de fragments de lave noire, poreuse, très-dure, luisante, & à demi vitrifiée, liés & agglutinés par une lave moins calcinée.
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Il est entièrement isolé dans un petit vallon, & n'est accessible que par un seul endroit, où l'on a pratiqué un chemin rapide qui conduit du village, bâti sur la croupe de la butte, au château, construit sur une assez grande plate-forme qui couronne le rocher.
On fait voir aux étrangers un vieux bâtiment qu'on nomme le Temple d'Apollon ; c'est une espèce de chapelle abandonnée, voûtée assez solidement en pierre de taille, mais qui n'a aucun caractère d'antiquité ; les fenêtres en sont gothiques & de mauvais goût. On voit dans l'intérieur un puits avec sa margelle en granit, assez solidement fait ; ce puits n'a que sept pieds de profondeur. On ne conçoit pas quel pouvoit en être l'usage, attendu qu'il porte à nu sur le rocher, & qu'il paroît n'avoir jamais contenu une goutte d'eau.
Un monument voisin de ce temple porte des caractères bien plus marqués d'antiquité ; c'est une chapelle chrétienne abandonnée, où l'on trouve cette inscription en beau style :

TI. CLAUDIUS CAESAR AUGV.
GERMANICUS. PONT. MAX. TRI.
POTEST. V. IMP. XI. PP. COS. IIII.

Près de là, sur une espèce de plate-forme située entre deux bâtiments, est une grande ouverture circulaire pratiquée avec soin dans le rocher de lave, & nommée dans le pays le précipice ; elle a quarante-deux pieds de circonférence ; tout autour est une espèce de parapet de trois pieds d'élévation, qui paroît plus moderne que
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...le trou a aujourd'hui plus de quatre-vingts pieds de profondeur, malgré la quantité de pierres qu'on y a jetées ; il a été ouvert à grand frais, taillé avec justesse et proportion, dans une forme qui imite un cône très régulier et parfait. « Il est probable, dit M. Faujas de Saint-Fond, que cette espèce d'abîme servait aux fourberies des Prêtres d'Apollon, qui rendaient des Oracles à Polignac, ainsi que le témoigne Sidoine Apollinaire et plusieurs autres Historiens ; d'ailleurs il existe des preuves de cette assertion puisqu'on voit encore, dans une espèce de cour du château, une tête colossale en granit, représentant un Apollon avec une bouche béante, telle qu'elle doit être celle d'une Divinité qui rend des oracles ».

Cette cavité pourrait bien être prise pour une citerne, comme on en voit encore dans plusieurs châteaux anciens et élevés, et cette tête d'Apollon à bouche béante pourrait bien être regardée comme un mascaron de fontaine, si cette assertion n'était pas appuyée sur l'histoire.

Voici ce que dit de cette tête colossale Gabriel Siméon, dans sa description de la Limagne d'Auvergne, qui contient plusieurs choses mémorables, non moins plaisantes que profitables. « Une certaine bonne femme des Dames du château la fit tirer dehors et mettre en évidence. Voyant l'encore quelques gens simples y avoir telle querelle de dévotion, tellement qu'à feus peine à la faire découvrir, étant toute ensevelie en la neige ; elle a quatre à cinq pieds de hauteur, d'une pierre blanche toute ronde, offertement faite, qui déclare encore mieux sa grande antiquité, environnée de rayons, lesquels frappés du soleil, le Châtelain me dit qu'ils montraient avoir été autrefois dorés ».

Scipioni a donné la gravure de cette tête ; mais elle est beaucoup plus exactement gravée dans l'ouvrage de M. Faujas de Saint-Fond. Comme cette pierre est d'un granit très-dur, elle a été rongée par les injures de l'air ; une partie de la barbe, de la chevelure et les yeux l'ont encore bien conservés ; le nez a été endommagé exprès. Sa hauteur est de trois pieds quatre pouces, largeur de trois pieds neuf pouces.

Quelques Auteurs ont prétendu que le nom de Polignac dérivait du Fano sacrum (lieu sacré) ; mais dans les anciens Historiens, ce lieu est appelé Podomniaeus. M. Faujas de Saint-Fond présume avec beaucoup de raison que ce mot peut se décomposer ainsi : Pod-omniaeus ; Podium ou Pod qui signifie Puits ; Omniaeus peut bien venir d'Omniazacus qui signifie présage, oracle, etc. ; de cette manière le mot entier exprimerait puits de présages ou d'oracles, ce qui s'accorderait avec les monuments des Arts et de l'Histoire, qui attestent que Polignac fut un lieu où les Prêtres d'Apollon rendaient des oracles.

Les amateurs d'Histoire Naturelle doivent voir, dans les environs de Polignac, un rocher basalte où les laves entrent en décomposition ; on trouve la gravure et la description de ce morceau curieux dans l'ouvrage de M. Faujas de Saint-Fond. Ils peuvent aller aussi à la Chartreuse de Bonneval, située à cinq lieues du Puy, sur la montagne de Mézine, dont le sol est couvert de laves et d'autres productions volcaniques.

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On peut voir aussi sur le chemin un rocher basaltique appelé le Rocher rouge. M. Faujas croit que ce rocher est sorti par l'effort d'une pression volcanique, de l'intérieur de la terre, qui a fait jour à travers l'épaisseur des granits, et s'est maintenu sur lui-même en s'élevant majestueusement hors de terre sur une hauteur de plus de cent pieds, sur un diamètre d'environ soixante.

Les bornes que l'on s'est prescrites dans cet ouvrage ne permettant pas de donner de plus longs détails sur l'Histoire Naturelle du Velay, on renvoie les curieux à l'ouvrage déjà cité.

COMMERCE. On fabrique au Puy une quantité de dentelles qui contribuent beaucoup à vivifier le commerce de cette ville, d'ailleurs bien pourvue de communications.

POPULATION. On évalue sa population à environ dix-sept mille âmes.

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MENDES.

Ville ancienne, capitale du Gévaudan, avec un évêché suffragant d'Alby, située à une petite distance de la rivière du Lot, douze lieues du Puy, à seize et demie de Viviers, dix-neuf de Montpellier, et trente-quatre de Toulouse.

ORIGINES. Au quatrième siècle, le siège épiscopal du Gévaudan fut transféré d'une ancienne ville appelée Gabalum, qui n'est plus aujourd'hui qu'un village nommé Javoulx, à Mendes, connue sous le nom de Minimus ou Matensium. Cette translation fut faite après que les Vandales, les Alains, etc., qui, sous l'empire d'Honorius, ravagèrent la Gaule, eurent détruit la ville de Gabalum.

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HISTOIRE. L'Évêque du Gévaudan était alors Privé, qui, épouvanté ainsi que les autres habitants du pays, se réfugia dans une grotte de la montagne de Mendes. Lorsque les barbares eurent détruit Gabalum ou Javoulx, ils s'avancèrent vers cette montagne de Mendes et, ayant découvert l'Évêque Privé, ils lui demandèrent dans quel lieu étaient cachés ses trésors ecclésiastiques. Il refusa avec la même fermeté de les découvrir et de sacrifier aux idoles ; ce qui lui attira une grêle de coups dont il mourut quelque temps après. Son corps fut inhumé dans le lieu même de son martyre, par ses disciples qui, après la retraite des barbares, vinrent, mais trop tard, à son recours. Dans la suite, son tombeau devint célèbre par plusieurs miracles qui contribuèrent beaucoup à faire transférer dans ce lieu le siège épiscopal du Gévaudan.

Aldebert III, Évêque du Gévaudan, élu en 1151, après avoir été Prévôt de la cathédrale de Mendes, ambitieux et intrigant, chercha à augmenter le temporel de son église. Dans ces vues, il fit un voyage à la Cour en 1161 et parvint à obtenir du Roi Louis le Jeune un diplôme qu'on conserve encore dans les archives de l'évêché, et qu'on appelle la Bulle d'or parce qu'il fut scellé en or. Le Roi déclara dans cette charte qu'on n'avait vu, de mémoire d'homme, aucun Évêque du Gévaudan venir à la cour des Rois de France avant ses prédécesseurs, pour leur jurer fidélité ; cause que ce pays, de difficile accès, avait toujours été au pouvoir des Évêques, qui s'attribuaient non seulement l'autorité spirituelle, mais la temporelle. Le Roi reconnut que ce Prélat, sachant que la justice appartenait à l'autorité royale, était venu reconnaître, en présence des principaux Barons du royaume, que son évêché dépendait de la couronne de France, et qu'en se soumettant à sa personne, il lui avait prêté serment de fidélité. Le Roi déclara enfin que cet acte ne préjudicerait en rien aux droits dont le même Prélat avait joui jusqu'alors ; il accorda à lui et à ses successeurs tout le diocèse du Gévaudan, avec les droits régaliens, et voulut que son église fut libre et exempte de toute exaction.

On regarde cette charte comme le premier et le principal fondement de l'autorité temporelle que les Évêques actuels, qualifiés Comtes du Gévaudan, jouent aujourd'hui dans leur diocèse.

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Cet Évêque, après son élection, trouva bien des obstacles ; les Seigneurs du pays lui disputèrent son autorité. Dans les plaintes qu'il adressait au Roi, il dit qu'un de ses frères, mais qui n'était pas né légitimement, s'était joint à ses ennemis pour lui faire la guerre, et qu'il s'était déjà emparé de deux châteaux de l'évêché.

On croit que cet Évêque fit le premier entourer de murailles la ville de Mendes, qui auparavant n'était qu'un bourg.

Mendes, ainsi que les autres villes du Gévaudan, devint le théâtre des guerres civiles et éprouva toute la vicissitude du sort des armes. Cette ville fut, dans l'espace de trente-cinq ans, six fois prise, reprise ou saccagée par les Religionnaires et les Catholiques.

À la fin du mois de juillet 1562, les Protestants l'assiégèrent et la prirent par composition. N'y ayant qu'une faible garnison, quelques jours après le Capitaine Freslon, à la tête d'un corps de Catholiques, la reprit.

Les Protestants rassemblèrent leurs forces pour s'emparer une seconde fois de Mendes. Ils arrivèrent au nombre de quinze cents, commandés par Gizeillac ; mais Appchier, qui était dans cette ville avec plusieurs Gentilshommes, fit si bonne contenance qu'ils n'osèrent tenter le siège.

Pendant les guerres de la religion, la France n'était pas seulement dévastée par la fureur des deux partis ; plusieurs brigands, c'est-à-dire des hommes qui n'avaient d'autre religion que la passion de piller et de détruire, profitaient de ces temps de troubles et de confusion pour être tour à tour préjudiciables aux deux partis, pour accroître leurs richesses et les malheurs des peuples. Le Capitaine Mathieu Merle, qui devint Baron de Salavas, était de ce nombre.

S'étant ménagé une intelligence dans Mendes, il arriva avec sa troupe devant cette ville, et la nuit de Noël 1579, il l'escalada et força les gardes des murailles, pendant que le bruit de la grosse cloche de la cathédrale empêchait d'entendre le bruit de son entrée. Il s'empara de la grande place avant que les habitants, que le service de minuit avait attirés dans les églises, pussent se rassembler. Le Gouverneur voulut se défendre, mais il fut tué, et quelques soldats qui s'étaient réfugiés dans une tour furent obligés de se rendre. Les églises et la ville furent mises au pillage ; ce qui s'exécuta de la manière la plus barbare. Plusieurs édifices furent renversés ou incendiés, et un grand nombre d'habitants massacrés.

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Enfin, plusieurs Gentilshommes du Velay, du Gévaudan et d'Auvergne, fatigués des excursions fréquentes que faisait le Capitaine Merle sur ces différents pays, s'assemblèrent pour le chasser de la ville de Mendes. Ils lui envoyèrent un Trompette pour le sommer de rendre cette place, sinon lui annoncer qu'ils étaient résolus de l'y forcer et de tailler en pièces lui et sa troupe. Merle fit réponse qu'il lui tardait fort de voir ces Seigneurs avec leur belle armée, et que s'ils ne venaient pas bientôt, il serait le premier à aller au-devant d'eux. Il le fit comme il le disait. Il fut trouver ces Gentilshommes à Chanac, ville située à deux lieues de Mendes, à la faveur de la nuit. Avec un pétard, il fit sauter la porte et, après avoir pillé le faubourg pendant quelques heures, il revint à Mendes.

Ce Capitaine Merle était courageux. Ne pouvant avec succès employer contre lui la force, on eut recours à la ruse. Un Gentilhomme de son parti, nommé Châtillon, se chargea de le trahir. Il fit sortir ce Capitaine de Mendes, sous prétexte qu'il avait besoin de lui pour quelque expédition dans le voisinage. Merle, sans méfiance, y vint avec une partie de ses troupes. À peine fut-il éloigné de cette ville que Châtillon y entra, y mit une nouvelle garnison et ordonna de refuser l'entrée à Merle lorsqu'il se présenterait. Ce Capitaine, à son retour, indigné de se voir trahi de la sorte, s'empara du château du Bois, qui servit de retraite à lui et à ses soldats. Quelques jours après, pendant que Châtillon était hors de Mendes, Merle passa avec sa troupe devant les portes de cette ville, demanda un Maréchal pour son cheval qui avait été déferré exprès, et des vivres pour lui et ses soldats. Comme on ouvrait la porte pour lui apporter ce dont il avait besoin, ceux qui l'accompagnaient et qui étaient au nombre de quinze ou vingt à cheval se saisirent de cette porte et firent entrer leur Capitaine.

Il y avait dans la ville plusieurs soldats qui lui étaient favorables, et qui se joignirent à lui en criant : « Vive le Merle ! » Ce Capitaine se maintint long-temps dans cette ville et n'en sortit qu'après avoir tiré une somme considérable des habitants qu'il avait chassés.

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En 1591, le Duc de Joyeuse s'empara de Mendes et y fit construire une citadelle. Plusieurs villes épiscopales du Languedoc avaient reconnu Henri IV pour Roi. Foltreuré, qui commandait dans Mendes, ayant refusé de congédier la garnison et de démolir la citadelle, ce Roi ordonna au Duc de Ventadour d'aller assiéger cette ville. Quelque temps après cet ordre, ce Duc vint, en 1597, mettre le siège devant Mendes. Sur ces entrefaites, le Duc de Bouillon étant survenu à la tête de deux cents chevaux et de huit cents Arquebusiers, dans le dessein de secourir Foltreuré, il s'entrémit pour pacifier le Gévaudan. Moyennant cent mille livres que ce pays promit de lui donner, et dont on lui passa l'obligation, il se retira au commencement d'octobre 1597 et abandonna la ville de Mendes, qui se soumit au Roi. La citadelle fut dès lors détruite.

DESCRIPTION. La ville de Mendes offre de loin une vue très-pittoresque. Elle est située au milieu d'une agréable et petite plaine où se jettent tous les ruisseaux du voisinage. On remarque partout un magnifique clocher de la cathédrale, dans le genre gothique, construit avec une légèreté surprenante. Les pierres en sont d'un grès fin. La ville est arrosée par plusieurs belles fontaines.

La cathédrale de Mendes, connue sous le titre de Saint-Privé, possédait plusieurs objets précieux, comme reliques, vases sacrés, dont les Protestants s'emparèrent. Raimond I, comte de Rouergue, par son testament de l'an 961, avait légué à dix-huit cathédrales, presque toutes soumises à sa domination médiate ou immédiate, des biens considérables. Celle de Mendes reçut une grande part de ses dévotes libéralités.

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Près de la ville est un hermitage avec une chapelle taillée dans le roc, très fréquentée par les dévots des environs. On croit que ce fut dans cette grotte que se retira Saint-Privé, pour fuir, comme nous l'avons dit, la persécution des Vandales.

Plusieurs Évêques de Mendes devinrent Cardinaux. Julien de la Rouvre, qui fut Pape sous le nom de Jules II, était Évêque de cette ville et se démit de son évêché en faveur de Clément de la Rouvre, son neveu.

ANECDOTE. En 1607, il se commit dans la cathédrale de Mendes un meurtre remarquable. Cette année, les États particuliers du Gévaudan se tenaient dans cette ville. Villefranche, frère du Vicomte de Polignac, en qualité de Baron de Randon, se trouvait à cette assemblée où il rencontra le Comte d'Anais, qui lui disputait la préféance et l'obtint. Villefranche, outré de cette décision, vint le lendemain avec plusieurs Gentilshommes et domestiques attaquer Appchier dans l'église de Mendes, où il entendait la messe. Frappé au moment où celui-ci s'y attendait le moins, il lui porta un coup mortel. Aussitôt les amis d'Appchier tirèrent leurs épées pour le défendre et tuèrent trois Gentilshommes et deux domestiques de Villefranche, qui fut arrêté, conduit à Toulouse, et condamné par le Parlement de cette ville à être décapité ; ce qui fut exécuté dans la place Saint-Georges.

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PRIVAS.

Cette petite ville, qui, dans les douzième et treizième siècles, n'était qu'un château, est située sur un ruisseau qui va tomber dans le Rhône à deux lieues de là, à deux lieues et demie de Lavoute et à cinq de Viviers.

Cette ville fut au nombre de celles qui, en 1562, embrassèrent le parti du Prince de Condé contre leur Souverain.

En 1574, l'armée du Roi, qui était d'environ douze mille hommes, commandée par le Duc de Montpensier, Dauphin d'Auvergne, descendit le long du Rhône. Après avoir commis une infinité de ravages, elle mit le siège devant le Pouzin, situé sur les bords de cette rivière. Les habitants, ne pouvant plus tenir cette place, en sortirent pendant la nuit sans être aperçus de l'armée royale et se réfugièrent à Privas. Les troupes du Dauphin entrèrent le lendemain dans le Pouzin et, ayant trouvé [...suite aux pages suivantes]

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...cette ville déserte, ils la pillèrent et y mirent le feu.

L'armée royale reprit ensuite la plupart des places que les Religionnaires occupaient dans le Vivarais, mais elle ne put jamais s'emparer de Privas. Le Capitaine Saint-Romain défendit cette ville avec tant de valeur que le Dauphin fut obligé de lever le siège.

Les Religionnaires, en 1612, tinrent à Privas un synode national des églises réformées. Ce fut en cette occasion qu'ils destitituèrent du ministère le Ministre du Ferrier, qui, à l'assemblée de Saumur, s'était déclaré pour le parti de la Cour. Dans la suite, cette ville fut prise par les Catholiques, et bientôt après reprise par les Religionnaires, puis elle se rendit à Louis XIII, qui fit détruire les fortifications.

Enfin, en 1629, ce même Roi vint assiéger Privas avec une armée considérable. Le 21 mai, il somma Saint-André-Montbrun, qui commandait dans la place avec douze cents hommes, de se remettre à sa miséricorde. Sur le refus de cet officier, il fit battre en brèche et donna l'assaut le 26. L'attaque fut opiniâtre, et le combat dura depuis huit heures du soir jusqu'à dix ; mais les troupes du Roi furent repoussées et obligées d'abandonner l'assaut, après avoir perdu cinq cents hommes. Le lendemain 27, Saint-André, sollicité par les habitants de Privas, demanda à capituler. Le Roi refusa de recevoir les habitants autrement qu'à discrétion.

Les alliés, effrayés, voulurent sortir de la ville et se sauver à la faveur des montagnes ; mais ils furent poursuivis et la plupart massacrés. Saint-André s'étant réfugié, avec plusieurs habitants, dans le fort nommé Taullon, situé sur une montagne voisine de la place, oublia, par l'ordre de cette retraite, d'y porter ces vivres.

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Ce Capitaine, ne pouvant plus se soutenir lui-même, accompagné de plusieurs autres Gentilshommes, se rendit au camp du Roi pour implorer sa miséricorde. Ce Prince aussitôt les fit tous arrêter prisonniers et les fit pendre quelques jours après.

Le successeur du bon Henri IV aurait sans doute signalé sa clémence en cette occasion, s'il eût agi d'après son cœur ; mais ce n'était pas lui qui dirigeait. Le Cardinal de Richelieu était présent à ce siège et faisait tout aller.

Par malheur, le feu prit à un sac de poudre. On raconte même que les troupes du Roi y mirent le feu exprès, afin d'avoir un motif d'accuser les habitants et de piller leur ville. On fit entendre au Roi que c'était une mine qu'on avait fait jouer pour faire périr ses troupes. Alors les soldats de l'armée royale, entrant dans le fort et dans Privas, massacrèrent cruellement tous les habitants, pillèrent et brûlèrent cette malheureuse ville qui fut entièrement consumée. De deux cents officiers faits prisonniers, le Roi en fit pendre la moitié, et l'autre fut condamnée aux galères.

Après tant de désastres, cette ville n'a pu devenir bien considérable. Ses environs offrent au Naturaliste guide bien des objets de curiosité.

SITE NATUREL. Dans les environs de Lavoute, qui est à deux lieues de Privas, sur les bords du Rhône, on a fait la découverte bien remarquable d'un squelette d'éléphant presque entier. Ses os gigantesques furent employés par le propriétaire d'une vigne à la construction d'une muraille pour soutenir le terrain, disposé en pente. M. l'Abbé Soulavie rapporte ce fait, et ajoute : « M. Raif, Chevalier de Saint-Louis, m'ayant fait part de cette découverte, j'observai que le sol était composé de terre et de pierres détachées des montagnes plus élevées, et que le lieu où le squelette avait dû être fouillé, est de formation récente ».

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ROCHEMANURE.

C'est un bourg avec un ancien château ruiné, situé proche la rive droite du Rhône. Ce bourg est bâti en amphithéâtre. Les ruines du château et le rocher sur lequel il est élevé offrent un site très-pittoresque. Dans ce bourg il existe une butte considérable de basalte qui a percé dans les matières calcaires. Sur la sommité de cette butte, on voit encore les débris d'une espèce de fort. On passe tout auprès, par un chemin rapide et escarpé, pour monter à l'ancien château situé sur la montagne supérieure. En y suivant du côté droit du rempart, dans le voisinage des maisons les plus élevées, au-dessus de l'église, on aperçoit un courant de lave basaltique qui s'est fait jour en descendant à travers des lits de cailloux roulés, mêlés d'agates grossières et de filons de la perlite des pierres.

Dès qu'on est parvenu aux maisons qui sont à la droite du château et sur la même ligne, on trouve plusieurs murs en talus d'un basalte noir, configuré en très-petits fragments irréguliers et imparfaits. Le schorl noir abonde ici.

Rien n'est plus singulier que cette suite de maisons dont les unes ont pour escalier et pour perron de petites colonnades de basalte, tandis que les autres sont adossées contre les pentes inclinées des laves. Les fenêtres et les portes sont encadrées dans de gros fragments réguliers de basalte. La lave en table y est employée pour figurer des espèces d'avant-toits pittoresques. Enfin, toutes ces maisons, placées en amphithéâtre dans des débris de ruines volcaniques, présentent à l'oeil un tableau tout nouveau et piquant.

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Le château est à trente pas de ces maisons. Il devait être immense. Il est fortifié par des pentes escarpées de basalte, par des murs fort élevés et d'une épaisseur considérable. On y entre par plusieurs grandes avant-cours ; mais tout n'est que ruines, confusion, et n'offre que de vastes appartements rentrés ou découverts. On voit en plusieurs endroits d'anciennes peintures à fresque qui ont conservé toute leur couleur. Ce sont des chiffres, des écussons, restes des monuments de l'empire féodal. Là, ce sont les débris d'une immense Salle d'armes, d'une église détruite. D'une part on voit des citernes, des souterrains, des cachots, une espèce d'antre où l'on frappait la monnaie. De l'autre, des fours, des appareils de cuisine, une suite de chambres spacieuses. Tout est grand ici ; tout est vide. Mais tout y porte l'empreinte du désordre et de la dévastation.

On voit avec admiration dans une des cours de grands murs naturels de basalte en colonnes disposées en plusieurs sens, dont on a su profiter adroitement pour y élever dessus des parapets et des murs avec d'autres colonnes transportées. Les premiers présentent de lourds murs qui étonnent par leur couleur l'ombre et par leur organisation. Les seconds annoncent la hardiesse des hommes et contrastent merveilleusement avec les boulevards que la puissance des feux souterrains a élevés. Mais le temps a tout altéré. On voit avec surprise et admiration les colonnes de la nature parmi les ruines de l'art.

Lorsqu'on parvient à la dernière tour, on est frappé du spectacle qui s'y présente. C'est une butte basaltique prodigieusement élevée. On reste stupéfait et on cherche d'où a pu venir une masse aussi étonnante, aussi isolée et perchée sur un plateau volcanique.

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Ce donjon, placé comme dernier retranchement sur la sommité de la butte, présidait sans doute à la conservation du château. On y monte par un escalier de quatre-vingts marches très-adroitement pratiqué dans une fissure de la lave. Lorsqu'on est parvenu au plus haut de ce donjon où il est permis de monter, on est saisi d'étonnement et d'une espèce d'horreur de se trouver sur un mont isolé d'une élévation prodigieuse, taillé à pic et escarpé de toutes parts.

La partie qui fait face au Rhône est absolument inaccessible et à plus de deux cents pieds d'élévation. Du côté du sud, la vue se précipite dans une ravine volcanique escarpée, d'une largeur et d'une profondeur considérables. On y découvre des chutes et des coulées d'anciennes laves qui descendent par ondulations jusqu'à dans la plaine. Un torrent d'eau coule avec fracas là où jadis une rivière de feu y formait une cascade bruyante. D'autre part, si on se tourne du côté de l'ouest, on aperçoit une vaste et profonde déchirure, espèce d'abîme d'autant plus effrayant que la terre est ici d'une couleur noire et brûlée, et qu'on ne peut pas douter que ce soit une ancienne bouche de feu.

Les amateurs d'Histoire Naturelle, curieux de parcourir les montagnes volcaniques qui entourent Rochemanure, pourront passer à la ferme des Creusets, située à une demi-lieue de ce château, pour arriver à la montagne de Chenatevire, volcan intéressant par ses colonnes basaltiques et autres productions volcaniques.

Le Rocher de Maillai, qui est proche du village de Saint-Sernin-le-Noir, offre des accidents fort singuliers.

De Maillai, on rejoint le grand chemin praticable, à grands frais, sur une montagne fort escarpée, présentant des rampes dues à l'art pour adoucir la montée. On peut suivre les différentes coupures qu'on a été obligé de faire dans la montagne pour l'exécution du chemin. Ces coupures forment cinq grandes rampes qui offrent le tableau curieux de la composition de cette montagne, à la cime de laquelle est le hameau et le cratère de Montbrul.

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C'est un abîme vaste et profond, situé sur la partie gauche de la dernière rampe, ce qu'on appelle les Balmes de Montbrul. Cet abîme a quatre-vingts toises de profondeur sur cinquante toises de diamètre. Il est de forme circulaire, fait en entonnoir, avec une large déchirure dans la partie qui est entre le midi et le couchant.

L'entrée de cet abîme offre le spectacle le plus étrange et le plus nouveau. On ne voit ici que des pierres calcinées de toutes les formes et de toutes les couleurs. Les parois sont taillées à pic et coupées dans certaines parties comme des murs de maçonnerie. Dans d'autres, la matière, entièrement poreuse et réduite en scories, forme des espèces de tours, de bastions et de demi-lunes qui imitent des ouvrages de fortifications. On voit en plusieurs endroits des crevasses et des enfoncements qui paraissent avoir été autant de bouches de feu. Mais tout est brûlé ici d'un tel point qu'on croirait que le feu s'y est éteint depuis peu, quoique ce cratère soit de l'antiquité la plus reculée.

Cet ancien soupirail du feu le plus ardent a été long-temps habité par des hommes qui, profitant des crevasses faites par le cours de la lave, ou trouvant que ces rochers de lave étaient tendres et faciles à couper, ont pratiqué un grand nombre d'habitations dans ces espèces de grottes.

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On se rendait dans ces maisons souterraines, placées les unes au-dessus des autres, sur des plates-formes ou des rampes taillées dans la matière calcinée. Il existe encore plus de cinquante de ces habitations qui ont été délaisées à cause des accidents que les pluies et les fortes gelées occasionnaient en détachant de grandes parties considérables de cette montagne volcanique, ce qui a mis à découvert l'intérieur de plusieurs de ces logements et rend ce tableau extrêmement piquant. Il existait encore, il y a quelques années, deux Familles logées avec leurs enfants dans ces affreux repaires.

On voit sur une des saillies les plus élevées du cratère les ruines d'un ancien château et d'une chapelle en partie creusée dans la matière volcanique. On montre encore la prison qui dépendait de ce château. Elle est souterraine, et on y remarque les anneaux de fer qui servaient à attacher les prisonniers.

FONTAINE INTERMITTENTE DE BOULAIGUE.

En allant de Rochemanure à la ville d'Yssingeaux, proche le village de Fraissinet, à deux petites lieues de Villeneuve-de-Berg, dans les montagnes du Coiron, on trouve la fontaine intermittente de Boulaigue. Voici la description qu'en donne, en style fort négligé, M. l'Abbé Roux, Prieur de Fraissinet.

« Cette demeure fontaine, qui donnerait l'eau presque de la grosseur de deux hommes, si tous ses différents conduits étaient réunis en un, coule rarement. Elle reste sans couler quelquefois vingt, quelquefois vingt-cinq ans, d'autres fois dix, d'autres fois quinze, plus ou moins. Le temps que dure son cours n'est pas non plus réglé. Elle ne coule guère jamais au-delà d'une année, et toujours par des intervalles séparés, coulant pendant l'espace d'environ une heure, après laquelle elle ceffe pendant une autre heure, et ainsi de même pendant tout son cours.... Elle coule environ dix ou douze fois pendant l'espace de vingt-quatre heures.

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« Le rocher d'où elle part a différents tuyaux de figure ronde et de matière calcaire, environnés de toutes parts de matière volcanique, dans laquelle il est emboîté. Au couchant coule un ruisseau du nord au midi, plus bas que le rocher d'environ deux pieds. Du côté de l'orient, il est couvert, de même que la moitié de ses tuyaux, d'un tas de pierres entremêlé de sables de la hauteur de quatre ou cinq pieds.

« À travers ce tas de pierres passe le canal d'un moulin, de façon que cette fontaine passe en partie et même en plus grande partie dans ce canal et fournit seule de l'eau pour le faire tourner... »

Cette fontaine croît pendant une demi-heure, et dès qu'elle est parvenue dans sa force, elle décroît tout de suite d'une manière sensible pendant un quart d'heure. Elle balance ensuite tour à tour, paraissant et disparaissant, jusqu'à ce qu'elle disparaisse tout à fait pour une heure.

M. l'Abbé Roux répond aux systèmes invraisemblables de plusieurs Savants qui ont tenté d'expliquer la cause de l'intermittence de cette fontaine. Il prétend que le mécanisme du siphon, que l'on attribue ordinairement aux fontaines intermittentes, ne peut point être appliqué à celle-ci. « Si c'est un siphon, dit-il, pourquoi ne coule-t-elle pas aussi fort, et même plus au commencement que vers le milieu de son cours ? Pourquoi ne cesse-t-elle pas tout d'un coup, sans balancer pendant un quart d'heure ? Pourquoi ce siphon reste-t-il quelquefois vingt ans sans couler ? » etc. etc.

Quelle que soit la théorie de ces écoulements qu'on ne peut facilement démontrer, voici l'opinion singulière qu'autrefois les gens du pays avaient de l'intermittence de cette fontaine. Dans un manuscrit intitulé « Les commentaires d'un soldat du Vivarais sur les guerres civiles », on lit que cette fontaine est nommée « la source de la paix lorsque la paix est, et la source de la guerre lorsque la guerre est », pour les différents effets qu'elle fait paraître en l'un et l'autre temps.

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« Étant manifeste à toute cette contrée que de tout temps, environ quinze jours ou trois semaines avant que la guerre soit venue, cette source s'est changée de plus de quatre cents pas et de l'autre côté d'un ruisseau qu'il y a entre deux, ne restant aucune apparence d'eau à sa première source. Et ce qui est encore de merveilleux, c'est que durant la guerre elle fait un bruit très-grand, et qu'à la paix s'étant rentrée en son premier lieu, elle y est fort calme. Mais lorsque quelque grand massacre doit arriver environ quinze jours devant, la source se partage en... »

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[texte continue — section supplémentaire du manuscrit sur la fontaine]
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...une rivière et dans l'autre, comme on l'a vu arriver aux troubles de la Ligue, lorsque M. de Montréal prit et perdit Montélimar. Quinze cents hommes d'un parti ou d'autres y périrent, et certainement lorsque le Roi vint assiéger Privas (Voyez Privas). De sorte que les paysans d'alentour ont tellement en tirage cette prédiction qu'ils se moquent quand on parle de la guerre, si la fontaine n'a pas bougé. Que si elle a changé, sans autre connaissance de cause, ils débagagent des maisons, pour se retirer aux lieux fermés, et prennent assurence certaine de la guerre. Et au contraire, lorsque la paix doit arriver, et plutôt qu'elle, ils s'en réjouissent.

C'était ainsi que pensaient les paysans et quelques Historiens du bon vieux temps.

AUBENAS.

Petite ville de Vivarais, située sur la rivière d'Ardèche, à quatre lieues et demie de Viviers et à sept du Saint-Esprit.

Du temps des Croisades contre le malheureux Comte Raimond VI, Aubenas était un château considérable. En 1756, le sieur de l'Estrange, Capitaine des Catholiques du Vivarais, entreprit d'assiéger cette place ; mais le Capitaine Baudiné marcha contre l'Estrange, qui, sur l'avis de sa venue, décampa aussitôt et leva le siège. Suivant l'édit de pacification, Aubenas fut accordé aux Religionnaires pour y faire le libre exercice de leur religion. Pendant les troubles du Languedoc, en 1574, les Religionnaires de Villeneuve-de-Berg, après avoir
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taillé en pièces quelques troupes catholiques, prirent la ville d'Aubenas, dont ils passèrent la garnison au fil de l'épée. Au mois de février 1587, le Capitaine Montlaur, à la tête des Catholiques du Vivarais, surprit cette ville et la saccagea. Les habitants furent forcés de se retirer dans le château, puis de capituler et de se rendre. Chambaud, Capitaine des Religionnaires, le représentait la veille de Pâques pour reprendre cette ville ; mais cette fois son entreprise ne réussit point. Il fut plus heureux quelque temps après. Il la surprit par escalade, et ayant assiégé le château, il parvint bientôt à s'en rendre maître, presque sous les yeux de Montlaur et de Montréal, deux Capitaines catholiques qui s'étaient mis en marche pour secourir cette place.

Cette ville fut, quelque temps après, prise, perdue et reprise par les Royalistes.

DESCRIPTION. Le Collège d'Aubenas a commencé par un petit hospice que les Jésuites y établirent eux-mêmes et où ils logèrent quelques-uns de leurs Missionnaires. Ces Missionnaires employèrent beaucoup de zèle, mais peut-être pas assez de prudence, pour convertir les habitants de cette ville à la foi catholique et leur faire abandonner la religion de leurs pères pour embrasser celle de leurs ennemis.

Dans le cours d'une mission que firent ces Religieux, la contrariété des opinions causa une émeute, au milieu de laquelle le Père Jacques de Sales, natif de Lezoux en Auvergne, et le Frère Sautemouche furent massacrés le 7 février 1580. Cet hospice ne fut cependant point
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- DU LANGUEDOC.

détruit ; il prit dans la suite une meilleure consistance. Marie de Raimond, Comtesse de Montlaur, le dota et y fut enterrée avec son mari, Jean-Baptiste d'Ornano, Maréchal de France, qui mourut prisonnier au château de Vincennes et dont le corps fut transporté en cette ville.

Aubenas est une assez jolie petite ville, bâtie sur une montagne calcaire où l'on trouve des corps marins, entre autres des cornes d'ammonites et de très-grandes bélemnites. Les environs d'Aubenas sont bien plus curieux par les productions de la nature que l'intérieur de cette ville ne l'est par les productions des Arts. C'est pourquoi je vais donner ici un court détail des lieux voisins qui peuvent intéresser les amateurs d'Histoire Naturelle.

PONT de Bridon. À quelque distance d'Aubenas et près le village de Yès, est le pont de Bridon, sur la rivière Volant. C'est qu'on voit des basaltes prismatiques qui servent, pour ainsi dire, de digue à ce torrent. C'est que commence la plus belle suite de chaussées qui existe dans tout le Vivarais. Les colonnes basaltiques, assez grandes sans être colossales, sont d'une forme agréable, disposées dans un bel ordre et placées auprès du grand chemin, d'où l'on peut les observer sans gêne. De loin on croirait que c'est un ouvrage de l'art ; mais à mesure qu'on approche, on voit les prismes se développer, former une belle mosaïque qui s'exhausse en talus et, par gradation, jette-au pied d'un grand rocher de granit. Tous ces pentes sont perpendiculairement placés, les uns à côté des autres.
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DESCRIPTION'

et imitent un buffet d'orgues. Leur superficie est à découvert et on peut aisément se promener sur le plateau qu'ils forment.

PONT de Rigaudel. La chaussée du pont de Rigaudel est placée dans le voisinage et sur les bords de la même rivière. Ici, la plupart des prismes sont articulés, mais leur emboîtement n'est pas en général toujours égal, et les articulations ressemblent quelquefois plutôt à des cassures qu'à des disjonctions. Ces panes sont d'ailleurs d'une grande beauté et bien proportionnés. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que plusieurs renferment des noyaux de granit d'un fond blanc, d'une conservation parfaite. On y trouve aussi quelquefois des fragments de schorl noir et quelques petits points de chrysolite.

COL D'AÏSA. À deux lieues d'Aubenas, proche le village d'Entraigues, on voit la montagne appelée la coupe ou col d'Aïsa. Elle offre le cratère le plus curieux, le mieux caractérisé et le plus remarquable de tout le Vivarais. Cette montagne, de forme conique et d'une grande hauteur, est entièrement volcanique, depuis sa base jusqu'à sa sommité.

On arrive avec peine vers les bords du cratère, qui sont rapides et contournés en manière d'entonnoir, dont le plus grand diamètre est d'environ cent quarante ou cent cinquante toises sur cent de profondeur. Les laves ont été tellement calcinées en cet endroit qu'elles sont en partie converties en une espèce de pouzzolane graveleuse, légère et calcinée, mêlée de golfes molles de scories noires et tranchantes.
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- DU LANGUEDOC.

On descend qu'avec beaucoup de peine dans le cratère et on entre dans la pouzzolane jusqu'à mi-jambe. Dans le fond, on voit une plantation de grands et magnifiques châtaigniers qui ont très-bien prospéré dans cette ancienne bouche de volcan, n'ayant pour toute terre et pour tout engrais qu'une pouzzolane sèche et friable, mais très-propre à la végétation.

Dès qu'on est au-dessus du cratère, on aperçoit une coupure dans la partie qui fait face aux maisons du Col d'Aïsa. L'aire totale du fond du creuset incline vers cette grande ouverture qui peut servir de sortie. Dès qu'on est parvenu vers cette issue, on remarque un beau ruisseau de lave qui part de l'intérieur et prend son cours sur le penchant de la montagne. On y descend par ondulation parmi les laves poreuses. Sa largeur apparente est de six ou sept pieds dans sa naissance, du moins on ne peut en voir que cela, les scories et les autres déjections volcaniques cachant le reste qui doit être dix fois plus considérable. Cette lave est un vrai basalte noir et compact, de la nature de celui des prismes.

Dès qu'on est parvenu, en suivant ce courant, jusqu'au chemin qui est au pied de la montagne et jusqu'au torrent qui est un peu plus loin, on jouit du spectacle le plus satisfaisant pour un Naturaliste. On voit d'une manière distincte et non équivoque que la lave, dans une pente encore rapide et avant d'avoir coulé sur un terrain égal, a affecté la forme prismatique ; que cette même lave, en descendant dans le bas-fond, a formé

une belle colonnade avec laquelle elle est adhérente.
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rente. En effet, on trouve ici que la lave, avant d'être arrivée sur la partie horizontale du fond, est configurée en prismes sur la partie en talus qui joint le pavé. La nature donne ici une démonstration bien curieuse et bien simple de ses propres opérations, et il serait difficile de la trouver ailleurs.

PONT de la Beaume. Les amateurs d'Histoire Naturelle doivent aller voir la chaussée du pont de la Beaume, ou de Port-à-Loup, située sur les bords de l'Ardèche. Le pavé est un des plus curieux qui puisse exister, tant par la différente configuration de ses prismes, par leur disposition et leur arrangement, que par la grandeur et l'ensemble de cette belle masse.

On y voit une belle grotte volcanique qui imite parfaitement un ouvrage de l'art. Cette voûte naturelle présente dans l'intérieur les extrémités des colonnes basaltiques qui, jointes et adhérentes, offrent l'effet d'une espèce de mosaïque.

Le basalte de cette chaussée est tain et de la plus grande dureté. C'en une superbe coulée de lave qui se prolonge au moins à deux mille toises et qui paraît produite par le volcan la Grapenne ou par celui qui est au-dessus.

VOLCAN de Neyrac. Sur la montagne de Sounot, qui est située presque au confluent de l'Ardèche et de [blank], entre Jaujac et Neyras, on voit un volcan bien caractérisé ; mais celui de Neyrac ou de Saint-Léger, situé au bas de cette montagne, proche l'Ardèche, est bien plus intéressant. Il semble n'être pas éteint.
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!

IDU LANGUEDOC.

Les environs de son cratère offrent d'un côté des amas de lave triturée, mélangée avec des blocs de granit, des cailloux roulés et agglutinés par une matière lapidifique, et des courants de basalte. D'un autre côté, sort un torrent d'eaux minérales chaudes qui exhalent une vapeur abondante et gazéuse. Ces émanations vaporeuses et méphitiques se font jour à travers un terrain sec, se répandent dans l'air et donnent la mort à tout être vivant qui les respire. Les bains de Saint-Léger sont très-salutaires pour les maladies de la peau.

Nous ne finirions pas si nous voulions entrer dans tous les détails des curiosités volcaniques dont ce pays abonde. Nous invitons les voyageurs à les parcourir et à lire l'ouvrage de M. Faujas de Saint-Fond, où nous avons puisé ces détails. (Voyez Viviers.)

BURHET. En allant d'Aubenas à la ville du Puy, on trouve le bourg de Burhet, curieux par les mouvements considérables qu'éprouve le clocher lorsqu'on en forme les cloches.

Quand c'est la cloche supérieure qu'on met en brante, le mur éprouve deux mouvements : l'un le frémissement, par lequel toutes ses parties semblent trembler comme la main d'un vieillard. Et l'autre de translation, par lequel le haut du mur change essentiellement de place de telle manière que depuis la flèche du clocher jusqu'à ses fondements, ce mur imite les allées et les venues du balancier renversé d'une horloge. Le changement est même si considérable que lorsqu'on considère ce clocher en profil avec sa girouette supérieure, lorsqu'on observe leur correspondance à un point fixe de la montagne.
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S carPTio N

on juge que le Comet du clocher s'écarte, dans chaque allée et dans chaque venue, de sept à huit pouces, à droite à gauche de son aplomb.

Lorsqu'on sonne les cloches inférieures, le mouvement de translation est moins considérable ; mais le mouvement de frémissement est double.

Les habitants ont cru diminuer ou faire cesser l'ébranlement du clocher en substituant un joug plus léger à la docile. Mais cet expédient, loin de diminuer les oscillations, n'a contribué qu'à les accroître. On a fait à cet égard de curieuses observations. (Voyez Histoire Naturelle de la France méridionale, tom. 7.)

L'ARGENTIÈRE.

Petite ville, une des baronnies du Vivarais, située au milieu d'une profonde vallée, sur les bords de la petite rivière de Ligne, à deux lieues et un quart d'Aubenas, à cinq et un quart de Viviers.

ORIGINES. « La ville d'Argentière doit son origine à la cupidité des Évêques de Viviers, des Comtes de Toulouse et de plusieurs coseigneurs. Avant que ses mines d'argent entrent aiguillonné ces chefs spirituels et temporels de la province, elle portait le nom peu significatif de Segnaiières. Mais quand son minéral eut occasionné des établissements et que la jalousie des propriétaires eut fait bâtir maintes forteresses, maintes tours et bastions, l'humble village ou hameau de Segnaiières s'appela la Ville. Et la ville d'Argentière fut la capitale, pendant quelque temps, d'un pays flottant et riche en mines, appelé pays d'Argentière.
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DU LANGUEDOC. 77

Ce pays d'Argentière a joué un rôle important dans les guerres contre les Albigeois. Un Évêque de Viviers, nommé Burnon, homme ambitieux, qui, ayant épousé les querelles de ses prédécesseurs sur les mines du pays, contre les Comtes de Toulouse, parvint par force de cabales, de persécutions et d'excommunications à dépouiller ces Comtes de leur propriété. Le Pape, qui, en fulminant contre les hérétiques Albigeois, ne perdait pas de vue les mines d'Argentière. Après avoir menacé, excommunié, soulevé les princes voisins contre le Comte Raimond VI, le dépouilla de ses biens, le fit conduire dans l'église à demi nu par son notaire, le fouetta à coup de verges et donna l'absolution.

Le Pape s'empara de l'Argentière. Le fougueux Évêque Burnon obligea, par serment, les habitants de cette ville, le 30 juillet 1209, d'obéir aux ordres de l'église et de ne donner aucun recours à Raimond, qui, dépouillé, fouetté et absous, fut encore forcé de venir faire hommage à la cathédrale de Viviers, une chaîne au cou, dont Burnon tenait un bout pendant que ce Comte baissait.

Enfin, après bien des désastres éprouvés par nos Comtes de Toulouse, des violences exercées par le Pape, par son Légat ou par des Évêques, après que cette ville eut changé de gouvernement à un Comte de Toulouse, à un Évêque, à un Pape, à un Général de Croisés, elle fut soumise au Roi de France, sous l'autorité duquel elle est restée.

En 1562, l'Argentière, comme plusieurs autres lieux, fut livrée aux fureurs des Religionnaires qui brûlèrent les statues des Saints, les reliques, les ornements et le couvent des Cordeliers qui avait autrefois contenu mille cent cinquante Religieux.
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cées par le Pape, par son Légat ou par des Évêques. Après que cette ville eut changé de gouvernement à un Comte de Toulouse, à un Évêque, à un Pape, à un Général de Croisés, elle fut soumise au Roi de France, sous l'autorité duquel elle est restée.

DESCRIPTION. L'église paroissiale de l'Argentière est construite d'une pierre de grès dure, compacte et tirée des mines d'argent. Cette église est gothique. On y remarque toute l'élégance et la légèreté qui sont les qualités supérieures de ce genre d'architecture. Les trois nefs sont soutenues par six piliers et dix demi-piliers taillés avec goût. Le clocher, les chapelles, excepté celles de l'Évangile et de l'Épître, et la voûte du chœur sont beaucoup plus modernes que la primitive construction et en cachent la beauté.

« On y voit les armes de France avant la réduction des fleurs de lis au nombre de trois. Elles sont dans cet ordre : trois, deux et une. Cette église gothique, cachée dans un pays montagneux, est la plus belle du Vivarais. Elle serait curieuse à Paris même. C'est avec la même pierre qu'ont été bâties les fortifications qui environnent la ville et qui lui donnent un air si pittoresque en la voyant de quelque hauteur.

« Un anonyme, citoyen d'Argentière, a établi... »
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...en 1784 une bibliothèque en cette ville que l'Histoire Naturelle du Vivarais rendait nécessaire dans ce pays, si fameux depuis quelque temps par ses découvertes, et qui a donné naissance à plusieurs personnes illustres. Cette collection contient quatre mille volumes, contenant en livres de l'Imprimerie royale, dont Sa Majesté a gratifié le fondateur, ou provenant du Contrôle général, etc.

Cette bibliothèque sera publique en faveur des étrangers, voyageurs et habitants du Vivarais. Elle ne renfermera, pour l'histoire, rien de bien rare ni de bien curieux, puisqu'on n'y admettra jamais aucun livre contre la religion nationale ou contre les Rois de France. Elle restera permanente à Argentière, de préférence à toutes autres villes du Vivarais, parce que celle-ci est située au centre du pays et se trouve entourée de plusieurs autres villes.

En reconnaissance des dons que Louis XVI a faits à cette bibliothèque, son buste y doit être placé dans un lieu apparent et élevé, avec cette inscription :

Louis XVI, le meilleur des Rois et le père des Français, a donné en 1784 des ouvrages de son Imprimerie royale, qui ont été les premiers fondements de cette bibliothèque, la première qui ait été établie dans ces pays agrestes et montagneux.

Sur la porte d'entrée doit être gravée cette autre inscription :

Bibliothèque publique du Vivarais fondée en 1784, la dixième année du règne de Louis XVI.
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Le clocher de l'église des Pénitents éprouve des oscillations lorsqu'on sonne fortement, mais elles sont imperceptibles et on voit que la partie la plus élevée du clocher ne devance ou ne recule à chaque allée et venue de la cloche que d'environ un pouce et demi. Ce mouvement n'est pas comparable à celui qu'éprouve le clocher du bourg de Burhet. (Voyez Aubenas.)

USAGES. « L'Argentière est remarquable par quelques usages particuliers. Le jour du mardi gras, après les divertissements auxquels ce jour est consacré, la jeunesse de la ville passe pendant la nuit devant la porte de chaque fille nubile. On trace en gros caractères romains le nombre de ses années. On continue ainsi tous les ans, jusqu'à ce que la fille soit mariée. Mais on observe que plusieurs d'entre elles, en vieillissant, ont soin d'effacer, le matin du mercredi des Cendres, la double ou la triple X qui occupe toute la porte.

« À Montreul, les garçons peignent quelquefois ces chiffres avec de la lie des tonneaux. Le lendemain, les filles viennent jeter à leurs portes la graine du foin qu'on trouve au fond du grenier.

« À Laurac, Montréal et autres paroisses voisines, un étranger qui emmène une fille de la paroisse pour l'épouser doit payer vingt ou trente sous à chaque jeune homme ou marié de cette paroisse.
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Enfin, la première nuit des noces, tous les camarades portent vers minuit aux jeunes mariés une salade de poivre long ou de céleri, les obligent d'en manger. On a vu la jeunesse, à qui on refuserait cette prérogative, escalader une maison et enlever une cloison pour servir la salade. » (1) — Histoire Naturelle de la France méridionale, par M. Géraud de Soulavie.

L'air qu'on respire à l'Argentière est pur, quoique cette ville soit située dans un fond. Sa partie orientale ne jouit en hiver des rayons du soleil que vers trois heures du soir, encore n'est-ce que pour peu d'heures, parce que la montagne de la Croixette s'élève bientôt le soleil couchant. La partie occidentale, plus élevée, en profite quelque temps le matin.

ÉVÉNEMENTS. En 1768, vers la fin de décembre, de fortes pluies firent enfler la rivière de la Ligne qui borde les remparts. Le 3 janvier suivant, on vit jaillir de plusieurs caves des sources d'eau vive et claire. On vit sortir encore du lit de la rivière d'autres jets également limpides. Toutes ces sources étaient nouvelles dans le pays, et jamais on n'avait ouï dire qu'il eût paru dans ces lieux aucun filet d'eau. Ces écoulements, qui durèrent trois jours, firent juger qu'il était sorti 43 100 toises cubes d'eau. La plupart des sources étaient fumantes, cause de la froide température de l'air et de la chaleur fixe des concavités d'où elles sortaient. Ce phénomène, qui n'a plus reparu, excita dans le temps les recherches des curieux.

(1) Ces deux derniers usages à quelques différences près sont communs à d'autres parties de la France méridionale.
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DESCRIPTION'

MINES d'Argentière. Sur les hauteurs qui environnent cette ville s'élèvent de tous côtés des tours qui attestent le grand nombre de propriétaires des mines. On voit encore une infinité d'excavations faites anciennement dans des rochers de grès. L'argent n'y est pas pur, mais seulement mélangé avec le plomb en petite quantité. Aujourd'hui l'extraction ne payerait peut-être pas la moitié des travaux. Sans doute qu'autrefois il n'était pas plus abondant, mais l'argent avait en Europe une plus grande valeur. On ne trouve pas la mine en filons. Elle y existe par nodosités répandues rarement dans la masse.

VIVIERS. Ville épiscopale et capitale du Vivarais, située sur la rive droite du Rhône, à deux lieues de Montélimar.

La ville d'Albe, capitale des Helviens, connue sous les noms d'Alba Helviorunt ou Helvia, ayant été entièrement ruinée par Crocus, Roi des Allemands et des Vandales, le siège épiscopal fut transféré d'Albe à Viviers, qui devint alors la principale ville du pays.

(1) On croit que cette ville était située dans l'endroit où est aujourd'hui le bourg d'Aps, situé à deux lieues nord-ouest de Viviers. On a trouvé dans ce bourg plusieurs antiquités qui ont confirmé cette opinion.
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En 1561, la ville de Viviers fut une des premières qui se déclarèrent contre le Roi pour le parti du Prince de Condé et des Protestants. En 1567, tandis que la plupart des villes du Languedoc embrassèrent pour la seconde fois le parti de la révolte, celle de Viviers fut de ce nombre. Les Religionnaires s'en assurèrent. Après l'édit de pacification, plusieurs villes révoltées se soumirent au Roi. Le sieur Saint-Auban, qui commandait alors à Viviers pour le parti Protestant, refusa de rendre cette place. Mais elle fut prise le 17 mai 1568. Saint-Auban fut fait prisonnier et condamné à quarante mille livres d'amende pour être appliquées aux réparations de l'église de Viviers, qu'il avait pillée à plusieurs reprises. Ensuite le Parlement de Toulouse lui fit couper la tête.

C'était par force que la ville de Viviers s'était soumise à la puissance du Roi. Les massacres affreux de la Saint-Barthélemy, exercés contre les Protestants à Paris, à Toulouse, Gaillac, à Rabastens et dans une infinité d'autres villes du royaume, devinrent un motif puissant pour faire secouer un joug aussi odieux. La plupart des villes du Vivarais et principalement Viviers ne balancèrent point à s'élever contre un Prince qui violait ses serments et le rendait si indigne de son titre de Roi. Ces massacres furent le signal de la quatrième guerre civile. Enfin on se trouva dans la nécessité de négocier la paix. Et pendant cette négociation, le Maréchal Damville et le Duc d'Anjou, en dépit du traité qui établissait une suspension d'armes, continuèrent les hostilités dans le Languedoc.
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Par leur ordre ou de son autorité, le Capitaine Gueidon tenta de surprendre, à la fin de février 1576, la ville de Viviers, qui n'était alors défendue que par les habitants. Il s'empara du château en y entrant par les latrines — entrée digne d'un tel conquérant !

Montault, Gouverneur de Viviers, rassembla bien vite quelques troupes dans les environs et força Gueidon à se retirer.

En 1577, Viviers fut forcée de se rendre au Roi.

DESCRIPTION. Cette ville, située entre des rochers, est, comme presque toutes les anciennes villes, mal bâtie et les rues en sont étroites. Son enceinte est fort circonscrite.

La cathédrale est assez belle. Le chœur mérite quelque attention. Elle fut consacrée solennellement sous le titre de Saint-Vincent au mois de février 1141 ou 1120, par le Pape Callixte II. Il est connu par l'Histoire des Évêques de Viviers et de leurs prétentions à l'indépendance des Rois de France. Ce fut dans cette cathédrale que le malheureux Raymond, Comte de Toulouse, après avoir été dépouillé de ses biens, fouetté par des Prêtres, vint faire hommage à l'Évêque de Viviers pour un fief qu'il fut contraint de reconnaître tenir de cette église. Il est marqué dans l'acte que tandis que Raymond baisait l'autel, l'Évêque tenait la chaîne qui était pendue du cou de ce Prince.

USAGES. Parmi les églises de France qui avaient adopté et pratiqué pendant les âges d'ignorance des cérémonies ridicules et impies, celle de Viviers s'est sur-tout distinguée dans la célébration de la féte des Fous pendant le temps de Noël.
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Les jeunes Chanoines, les Clercs, les Enfants de chœur, etc., commençaient la fête par l'élection d'un Abbé du clergé. Après la création, on chantait le Te Deum et on portait le nouvel élu sur les épaules. Quand le chapitre était assemblé, aussitôt que l'Abbé du Clergé entrait, tous les Chanoines et le Prêtre lui-même, s'il s'y trouvait, se tenaient debout par respect.

Après une collation copieuse et de longue durée, le haut-chœur d'un côté, le bas-chœur de l'autre, entonaient et chantaient, sans mesure et sans accord, des paroles dépourvues de liaisons et de sens. Une partie des Chantres cherchait à surpasser l'autre par des voix plus fortes, par des cris plus aigus ou plus éclatants. Ceux qui restaient victorieux de ce singulier combat célébraient leur triomphe par des clameurs, des éclats de rire, des sifflements, des hurlement, des claquements de mains et moquaient les vaincus par des gestes et des bouffonneries dans lesquelles chacun s'efforçait de prouver ses talents. Ce tapage était terminé par une procession qui se continuait tous les jours de l'octave.

Le jour de Saint-Étienne, on procédait à l'élection de l'Évêque des Fous, personnage différent de celui de l'Abbé du Clergé. Cet Évêque, pendant les trois jours de Saint-Étienne, Saint-Jean et des Innocents, était assisté avec les habits pontificaux, tels que la chappe, la mitre et la croix, et, suivi de son Aumônier aussi en chappe, il s'asseyait dans la chaire épiscopale et recevait les mêmes honneurs que le véritable Évêque.
[Page 993]

À la fin de l'office, l'Aumônier criait à pleine voix : « Silencium silentiunt hac », le chœur répondait : « Deo gratias. » L'Évêque des Fous, après avoir dit : « Adjutorium meum », donnait solennellement au peuple sa bénédiction, qui était suivie des indulgences suivantes, qu'accordait ce Prélat postiche et que son Aumônier prononçait avec un sérieux doctoral :

« De par Monseigneur l'Évêque,
Que Dieu vous donne mal au verre,
Avec un plein panier de pannes,
Et des dés de racla de solennent ! »

De par Monseigneur l'Évêque,
Que Dieu vous donne mal à la rate,
Avec un grand panier plein de pardon,
Et deux doigts de vache au menton.

Les jours suivants, la cérémonie était à peu près la même, mais l'indulgence que cet Évêque accordait était différente.

« Monseigneur qui est prisen,
Vous donne vingt paniers de mal de dents,
Et à tous vous autres autres aussi.
Deux une cous de Rousfi. »
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« Monseigneur qui est ki peau,
Vous donne vingt paniers de maux de dents,
Et à tous vous autres aussi,
Un vous donne une queue de Romain. »

Nous aurons plus d'une fois occasion de parler de semblables fêtes. En les comparant, on verra que celle-ci est une des plus décentes.

BARJAC, etc.

Petite ville avec le titre de baronnie, située sur le ruisseau de Molinez, à quatre lieues et un quart d'Aubenas, à cinq de Viviers.

HISTOIRE. En 1567, les Religionnaires la prirent avec les autres places des environs. Louis XIII, en 1619, partit le 4 juin du camp de Privas, alla coucher à Villeneuve-de-Berg. Le lendemain, il passa la rivière d'Ardèche à Vallon et reçut la soumission de la tour de Salavas et du pont d'Arc, dont nous allons parler dans cet article. Saint-Florent était alors Gouverneur de Barjac. Il vint trouver Louis XIII et lui porta les clefs de cette ville. Ce Roi y fut coucher le même jour, y séjourna le 6 et n'en partit que pour entrer à Saint-Ambroix, qui venait de se soumettre, ainsi que plusieurs autres places du Vivarais.

Cette ville est renommée dans le pays par une pierre blanche tendre, appelée pierre de Barjac. Son tissu est fort serré. La scie la partage néanmoins fort gentiment. Lorsqu'elle est sèche, elle devient sonore, ce qui annonce la continuité de ses parties. Le temps la durcit et elle est propre à la sculpture.
[Page 995]

ENVIRONS de Barjac. Les environs de cette ville renferment plusieurs curiosités intéressantes, telles que la tour de Salavas, le pont d'Arc, le gouffre de la Goule, etc.

TOUR de Salavas. Cette tour, après avoir été prise en 1573 par les Religionnaires, fut rendue, comme nous l'avons dit, à Louis XIII en 1629. Ce monument curieux des guerres de la religion et le village qui l'avoisine ont appartenu à Jean, Baron d'Archer. Il vendit cette terre au Capitaine Mathieu Merle, qui prit alors le titre de Baron de Salavas. Ce Capitaine Merle fut célèbre pendant les guerres civiles par son courage féroce. On a une relation de ses exploits militaires dressée par le Capitaine Gandin et imprimée dans les pièces fugitives de l'Histoire de France.

La rivière d'Ardèche passe au pied de cette tour. Dans le siècle dernier, cette rivière se divisait et formait une île où s'élevait le rocher sur lequel est bâtie la tour, qui se trouvait fortifiée par l'art et la nature. Sa forme est carrée. Elle est fort élevée et entourée d'une enceinte. On y arrivait par un pont qui n'existe plus. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que le bras du ruisseau qui passait sous ce pont a raidi son lit ailleurs, et que à lit ne situe maintenant à cinq toises au-dessous du niveau des eaux moyennes du lit antérieur. Ainsi, dans l'espace d'environ un siècle, la rivière d'Ardèche a...
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...la rivière Ardèche a creusé son lit de cinq toises de profondeur.

LE PONT D'ARC, situé sur la rivière d'Ardèche, près de la Gorge, dans la paroisse de Vallon, est un phénomène digne de curiosité des Voyageurs et de l'attention des Physiciens.

Voici la description qu'en fait M. l'Abbé Géraud de Soulavie :

« Pour avoir une idée nette de ce pont, il faut se représenter deux hautes montagnes coupées à pic qui resserrent à droite et à gauche la rivière d'Ardèche. Ces deux montagnes servent de fondement et de fortes culées à cet édifice, ouvrage majestueux qui s'élève au-dessus des eaux près de deux cents pieds et qui est formé d'une seule roche.

« Cette élévation en perpendiculaire dans la façade qui est du côté de Vallon est opposée. Est un peu inclinée. La largeur du pont est de soixante-six pieds.

« L'ouverture du pont d'Arc offre une voûte la plus hardie peut-être qui existe dans le monde. Elle est haute de quatre-vingt-dix pieds depuis la clef jusqu'au niveau moyen de la rivière.

« La largeur prise d'une rive à l'autre vers le fondement est de cent soixante-trois pieds.

(1) M. Géraud — Docteur en Médecine — dans les Notes du Journal de Monsieur du 1er août et du 15 juin, donne la description de ce pont.
[Page 997]

« Toutes ces dimensions forment un ouvrage superbe et très imposant. Et quoique cette voûte soutienne une énorme montagne, ses proportions géométriques portent en l'air tout ce fardeau qu'elles ont conservé jusqu'à nos jours pour l'étonnement des Naturalistes. »

Un angle de terre saillant et fort aigu qui s'avançait dans cette rivière, heurté dans les crues d'eau par les flots et les cailloux roulés, a été insensiblement miné au point que les eaux se sont fait une ouverture à travers cet obstacle et ont enfin abandonné leur ancien lit.

Cet ancien lit est aujourd'hui fort remarquable. Dans les fortes crues, l'eau y reflue encore.

Des colonnes milliaires romaines, trouvées dans le voisinage, font conjecturer que les Romains avaient fait passer sur ce pont la voie qui partait de Nîmes et qui aboutissait à Albe, ancienne capitale des peuples appelés Helvii, dont il ne reste que des ruines et le bourg nommé Aps. Il en est fait mention ci-dessus au commencement de l'article Viviers, page 83.

Ce pont, étant passage d'une province à une autre, était du temps des guerres civiles une forteresse importante. Il fut tour à tour occupé par les Religionnaires et les Catholiques qui faisaient leur logement des sombres cavités de ce rocher. Lorsque les troupes de l'un ou de l'autre parti s'étaient emparées de ce fort, les vainqueurs s'amusaient à faire sauter leurs prisonniers du haut de ce rocher dans la rivière d'Ardèche. Il fut soumis, comme nous l'avons dit, à Louis XIII.
[Page 998]

LE GOUFFRE DE LA GOULE, peu éloigné du pont d'Arc, est situé entre ce pont et Jaujac. La montagne sur laquelle est ce gouffre semble composée d'une seule roche vive et calcaire. Au milieu du plateau que forme cette montagne et dans le vallon appelé renfoncement de la Goule, on voit le lit de la Goule, creusé dans la roche vive, coupé à pic ou en pente rapide, depuis les lieux les plus élevés des montagnes environnantes jusqu'au fond du bassin. Les montagnes qui environnent ce bassin ont huit lieues de tour en parcourant leurs sommets, d'où partent les eaux qui vont se jeter dans le gouffre. Ces eaux, dit M. l'Abbé de Soulavie, « sont amassées vers le gouffre dans un petit bassin creusé par leur chute, tombent en forme de cataracte dans le précipice qui est de figure ovale. Elles tombent ensuite d'un ben dans un autre. Une cataracte souterraine succède à la première, et une troisième à la seconde, jusqu'à ce qu'on perde les eaux de vue. On n'entend plus alors, dans ces concavités, qu'un bruit sourd qui annonce des cataractes plus profondes encore.

« Après avoir circulé dans l'intérieur de la montagne, les eaux de la Goule viennent refaire jour dans le voisinage du pont d'Arc et rodent par deux ou trois conduits souterrains. » (Voyez Histoire Naturelle de la France méridionale, tom. 7, pag. 207.)

GROTTE DE VALLON. Au-delà de l'Ardèche, presque en face de Salamis, est le château de Vallon, fameux par les grottes qui se trouvent dans le voisinage. Voici les détails du voyage et des expériences faits par M. l'Abbé Géraud de Soulavie, qui, après une heure de trajet, parti du château de Vallon, arriva au pied de la montagne où se trouvent ces fumantes grottes.
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« On parvient, dit-il, au sommet avec beaucoup de difficultés et de peines, à cause de la rapidité du penchant. Mais lorsqu'on est arrivé à l'entrée des grottes, située à près de cinquante toises au-dessus du niveau de la rivière ou de la base de la montagne, on observe au-dessus de l'entrée une roche coupée à pic. C'est l'énorme carrière horizontale de pierres calcaires grisâtres qui fait de toit à la grotte souterraine, dans laquelle nous pénétrâmes de cette sorte.

« Couchés sur le ventre, nous nous y introduisîmes d'abord avec quelques difficultés, à cause du passage étroit. On nous dit même qu'une dame Valois, de beaucoup d'embonpoint, ayant voulu y entrer, s'était tellement embarrassée qu'il avait fallu enlever des pierrailles pour la délivrer, ce qui nous facilita beaucoup le passage. Nous rampâmes néanmoins l'espace de quelques toises.

« L'ouverture étroite s'agrandit ensuite tout à coup. Un majestueux corridor s'offrit à nos regards. À la lueur des bougies et nous jugeâmes qu'il s'étendait à perte de vue.

« Mille espèces d'insectes avaient choisi ce vestibule pour y passer le reste de l'automne. On sait qu'il est plusieurs familles de ces animaux qui viennent jouir de la chaleur bénéfique de la terre pendant les frimas.
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« Nous observâmes des chauves-souris engourdies, suspendues sur leurs petites griffes. Et nos conducteurs nous avertirent de prendre garde aux serpents qui viennent en foule passer l'hiver dans ces lieux.

« Il faut remarquer au reste que tous ces animaux fixent leur demeure vers la porte des cavités. On ne les trouve jamais à des profondeurs totalement privées de lumière.

« Après avoir fait quelques pas dans les grottes, nous observâmes de loin plusieurs stalactites gigantesques en forme de pyramides qui nous parurent flotter au loin dans ces lieux obscurs. Quelques-uns crurent apercevoir alors une suite de fantômes — illusion nocturne qui provenait de ce que ces stalactites, éclairées et placées entre les yeux de l'observateur et un lointain ténébreux, n'avaient dans leur voisinage aucun autre corps éclairé pour que les comparer et juger de leur grandeur et de leur nature. De là ces images fantastiques, créées par l'imagination dans une pareille circonstance. Aussi ne fus-je point surpris d'apprendre que les femmes du village et même des hommes peureux ou pusillanimes étaient souvent épouvantés des objets illusoires et inopinés qui s'offrent dans ces souterrains.

« Un bon villageois nous avoua qu'il avait cru voir des diables. L'un des domestiques crut apercevoir un Jacobin. Un bon dévot enfin crut reconnaître des revenants.

« Ce beau corridor, d'une largeur variée depuis dix jusqu'à trente pas, se subdivise en plusieurs autres petites avenues latérales qui pour la plupart sont creusées en pente et vont aboutir à des tribunes supérieures, semblables aux chaires des églises.
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« Ces allées sont ornées d'une tapisserie de stalactites les plus blanches, sculptées la plupart en relief et remarquables par leurs formes singulières qui offrent à l'imagination mille objets divers dont elles semblent porter l'empreinte.

« En nous enfonçant toujours dans cet antre spacieux et longitudinal, nous trouvâmes les revenants et les diables que l'on avait vus de loin. C'était un amusement bien singulier de voir nos gens revenir de leur erreur les uns après les autres. Je les observai palper avec un certain contentement ces diables et ces revenants, rectifiant par le toucher leur jugement antérieur.

« Ces stalactites pyramidales méritent réellement une place distinguée parmi les plus magnifiques productions de la nature. Elles ont plus de six pieds d'élévation sur quatre à cinq de diamètre pris sur la base. Les unes et les autres ont une stalactite correspondant, suspendue à la voûte, de manière que leurs aiguilles pointent l'une contre l'autre.

« D'autres fois une colonne de la hauteur de la grotte est attachée à la voûte et au sol, ne laissant qu'une seule ouverture, offrant de petites colonnes secondaires juxtaposées comme les piliers des églises gothiques.

« Souvent la partie inférieure de ces colonnes se finit en une pente qui s'élargit considérablement, formant tout autour un plan incliné. La matière spathique est égale, ce forme...
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...une nappe d'eau agitée de quelques petites ondulations.

« Mais j'ai admiré davantage des stalactites ramifiées, partant d'un tronc commun. D'autres, attachées à un petit pédicule, représentaient des espèces de melons gigantesques qui semblaient menacer la tête des observateurs.

« Quelques stalactites creuses étaient suspendues aux toit et laissaient suinter de leur centre quelques gouttes d'eau la plus limpide, qui, n'ayant pas eu encore le temps de se convertir en stalactite inférieure et correspondante, formait sur le sol de petits creux et découvrait des amas de cailloux roulés. J'en observai de basaltiques, de calcaires et de granitiques.

« Le thermomètre de Réaumur était au-dessus du tempéré en entrant dans la grotte. Il s'y soutint d'abord quelque temps. Mais il se fixa ensuite au tempéré où il s'arrêta une demi-heure.

« Arrivé au centre de la grotte, situé à bien près d'un demi-quart de lieu de l'entrée, le thermomètre monta à une ligne et demie au-dessus du tempéré.

« Craignant que la chaleur naturelle de celui qui le portait ne fût la cause de cette singulière augmentation de chaleur au-dessus de la température ordinaire des souterrains, je pris le thermomètre et je le plongeai dans un petit bassin d'eau de la grotte qui, sans erreur, pouvait donner dans l'instant le degré de température des grottes. Mais l'esprit de vin se soutint toujours au même degré.

« Avant d'arriver à la sortie des grottes, la liqueur du thermomètre passa au même degré où elle se fixe dans les caves de l'Observatoire de Paris.
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« Mais un demi-quart d'heure après être sorti des grottes, la liqueur du thermomètre s'était rendue au degré où elle était avant d'y entrer, c'est-à-dire à deux degrés de chaleur au-dessus de la température des caves de l'Observatoire de Paris. »

Il paraît par ces expériences que l'air atmosphérique était plus chaud que celui de la grotte, que cette température de l'intérieur des grottes était égale à celle des caves de l'Observatoire et de tous les souterrains considérables.

BOURG-SAINT-ANDEOL.

Petite ville, autrefois nommée Centilève, située sur la rive droite du Rhône, presque vis-à-vis Pierrelatte, à une lieue et deux tiers de Viviers.

ORIGINE. L'Empereur Sévère vint pour la seconde fois dans les Gaules, afin d'apaiser les troubles de la Bretagne. On croit que ce fut alors que ce Prince fit souffrir le martyre à Saint-Andeol, le premier qui ait arrosé de son sang cette partie de la Gaule Narbonnaise. L'an 855, on découvrit les reliques de ce Saint dans ce village, qui alors était appelé Centilève, et qui depuis prit le nom du Saint Martyr. Voilà ce qu'une tradition fort incertaine a conservé sur l'origine de cette ville commune.
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En 1562, le Baron des Adrets, à la tête des troupes du parti Protestant, s'empara de Bourg-Saint-Andeol. Les Catholiques reprirent cette ville dans la même année. Les Protestants, en 1577, s'en emparèrent pour la seconde fois.

DESCRIPTION. Cette ville fort agréable est le séjour ordinaire des Évêques de Viviers. 

Dans la principale église, on remarque le tombeau de Saint-Andeol, orné de menuiserie.

À cent pas de la ville, près la fontaine de Tournes, est une grotte taillée dans le tuf vif, située entre deux fontaines ou plutôt deux gouffres, un des plus rares profonds. Cette grotte offre remarquables manuelles des Gaulois. C'est un temple au dieu Mithra. On y voit encore l'autel. Et sont sculptées d'aimables figures en bas-relief.

Ce bas-relief représente un jeune homme vêtu d'une draperie légère. Sa tête est couverte d'un bonnet que les Perses appelaient Tiare. Il saisit avec les mains un taureau qu'il semble chercher à dompter et auquel il a déjà fait plier les deux jarrets de devant. Un chien s'élance et se dresse sur le cou du taureau entre les pieds duquel on voit un scorpion ou quelque autre animal semblable. Dessous est un grand serpent qui rampe.

Au-dedans et à droite de la figure du jeune homme est une tête entourée de neuf rayons, représentant le soleil. Et à gauche est une autre tête déformée par le temps. Laquelle on distingue encore de grandes cornes.

Au-bas de la figure est le vestiges de l'autel. À droite du cartouche se voit l'autel.
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...dont il reste peu de caractères distincts. On juge seulement que cette inscription avait deux lignes.

Dans les Mémoires de Trévoux du mois de février 1754, on trouve une dissertation publiée par le Père Guillemeau, Provincial des Barnabites de France, dans laquelle il est suffisamment prouvé, d'après plusieurs monuments de l'antiquité, que cet autel fut consacré au Dieu que les Perses adoraient sous le nom de Mithra et les Auvergnats, peuples limitrophes du Vivarais, sous celui de Raimu. Et que la figure du jeune homme sculptée dans le bas-relief est celle de ce Dieu. Il était toujours représenté sous l'emblème d'un jeune homme vigoureux vêtu à la phrygienne, domptant ou poignardant un taureau abattu à ses pieds.

Si l'on pouvait déchiffrer l'inscription qui est au bas de cet autel, on y trouverait peut-être ces mêmes mots qui se lisent sur un bas-relief représentant le même Dieu, conservé dans la Vigne Borghèse et sur les autres monuments qui nous restent de cette Divinité :

DEO SOLI INVICTO

C'était toujours dans la profondeur des antres que se célébraient les mystères du dieu Mithra. Ces mystères étaient impénétrables au vulgaire. Pour y être initié, il fallait subir des épreuves cruelles. L'aspirant perdait souvent la vie au milieu des tourments.

Ce Dieu était symbole du soleil, de la fécondité, de la force génératrice des êtres. C'est pourquoi ses temples étaient toujours placés...
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...sont un des principaux agents de la végétation. Quelques écrivains de l'antiquité disent qu'il était né d'une pierre et que lui-même eut un fils nommé Diorphus qui était de pierre. C'est aussi à cause de cette affinité avec les pierres qu'on choisissait des cavernes, des rochers pour servir de temples à ce Dieu.

PONT-SAINT-ESPRIT.

Ville avec une très-bonne citadelle, située sur la rive droite du Rhône, à deux lieues de Bagnols, à quatre de Viviers, à six d'Uzès, à sept d'Avignon.

ORIGINE. Géraud, Archevêque d'Aix, voulant renoncer à sa dignité pour embrasser la vie religieuse, donna, en 945, à l'abbaye de Saint-Chaffre, de grands biens et une église de Saint-Saturnin située à la droite du Rhône.

Cette église et ces biens furent employés à la fondation du prieuré de Saint-Saturnin du Port, dont la ville du Pont-Saint-Esprit, bâtie depuis au même endroit, tire son origine.

Ce prieuré subsistait déjà en 959. Quant au nom de Saint-Esprit, ce n'est que depuis la fin du treizième siècle que cette ville l'a pris d'après le célèbre pont qui y fut bâti alors sur le Rhône.

Ce pont, autrefois beaucoup plus célèbre qu'aujourd'hui, a été commencé en 1265. Ce temps-là était le règne de l'ignorance et de la superstition. Tout ce qui passait un peu les bornes étroites des convenances humaines était regardé comme surnaturel.
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...Ainsi la construction de ce pont, fort étonnante alors, ne fut attribuée qu'à un miracle. Voici comme on le raconte.

Les fréquents naufrages que causait en cet endroit l'extrême rapidité du fleuve faisait depuis long-temps désirer aux habitants du pays qu'on y pût bâtir un pont. Bientôt un Ange apparut à un Berger du voisinage, lui ordonna d'entreprendre ce travail, d'y bâtir une chapelle avec un hôpital. Et le Berger, inspiré de Dieu et aidé des aumônes des Fidèles, devint architecte, construisit le pont, la chapelle et l'hôpital.

Ce qui est plus croyable, c'est que les habitants du lieu de Saint-Saturnin du Port, appelé à cause du passage qu'il y avait en ce lieu sur le Rhône, s'étant associés, résolurent de construire un pont sous le nom du Saint-Esprit, parce qu'ils attribuèrent leur résolution à une inspiration de l'Esprit.

En conséquence, ils firent une levée dans les environs. Les habitants, intéressés au succès d'une construction aussi utile, y contribuèrent abondamment. La forme amassée était faisante. Les matériaux étaient préparés. Et on avait déjà bâti sur la rive droite du Rhône une maison pour loger les ouvriers.

(1) Le plus ancien monument qui rapporte cette fable est une Bulle du Pape Nicolas V, de l'an 1448. Il est évident que ce Pape a confondu le Pont-Saint-Esprit avec celui du Pont d'Avignon, qui doit son origine à un Berger nommé Bénézet et qui a une date plus ancienne. L'architecture s'y remarque aussi miraculeusement.
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Tout était disposé. La saison était favorable. Les eaux étaient basses. Et chacun attendait avec impatience le commencement d'un ouvrage aussi important quand un obstacle imprévu vint arrêter les travaux et jeter la consternation dans tous les esprits.

Cet obstacle n'était ni le défaut d'habileté des Architectes, ni la profondeur du fleuve, ni sa rapidité effrayante. C'était un Moine.

Ce Moine, nommé Jean de Thianges, était malheureusement Prieur de Saint-Saturnin du Port. Et malheureusement encore, le Prieur de ce monastère est Seigneur de la ville en pariage avec le Roi. En cette qualité, il s'opposa à la construction du pont sous prétexte qu'il était préjudiciable au droit du monastère. Il porta l'affaire devant le Sénéchal de Beaucaire, qui ajourna les parties et ordonna qu'en attendant les choses demeureraient au même état.

Cependant les ouvriers, les entrepreneurs et les principaux habitants du voisinage sommèrent le Prieur, le 16 août 1265, de consentir à la construction du pont, attendu que tout était prêt pour commencer, que le moment était favorable et que le moindre retard causerait un grand préjudice.

Le Moine Prieur répondit qu'il avait fait son opposition et qu'il attendait la décision du Sénéchal de Beaucaire. Enfin, sa prétention était si peu fondée et si révoltante qu'il se vit forcé de l'abandonner.

Les habitants, pour adoucir son orgueil monacal et obvier de nouvelles chicanes de sa part, flattèrent sa vanité en le priant de porter lui-même la première pierre de ce pont. Et qu'il fit solennellement le 21 septembre suivant, à la première arche de la rive gauche du fleuve.
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Depuis ce jour, les travaux furent continués sans interruption, avec des peines et des dépenses étonnantes, et durèrent pendant quarante-cinq ans. Car le pont ne fut achevé que vers la fin de l'an 1309.

Les habitants de Saint-Saturnin eurent la principale direction de ce grand ouvrage, auquel les Religieux du prieuré présidaient. Tous les trois ans, ils élisaient trois d'entre eux qui, sous le nom de Recteurs, inspectaient les travaux et rendaient compte, à la fin de l'année, de leur administration et de l'emploi des quêtes qu'ils faisaient de toutes parts.

Ces quêtes, autorisées par les bulles des Papes et par des chartes de nos Rois, furent très-abondantes. On institua même une société ou confrérie de frères Donnés ou Donnats, et de Sœurs Données. Les premiers furent employés au travail de la construction ou à quêter. Les autres à servir les ouvriers ou à les soigner dans leurs maladies.

Les Moines, pour être dédommmagés des soins qu'ils avaient donnés à la construction de ce pont, sollicitèrent auprès de Philippe le Bel le droit de percevoir un péage. Ce Roi leur accorda un droit appelé Petit blanc, qui consiste dans la levée de cinq deniers tournois sur chaque minot de sel qui remonte le Rhône. Et dont la perception produit aujourd'hui au moins douze mille francs tous les ans.
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DESCRIPTION. Ce pont, qui n'a point été bâti en droite ligne, a quatre cent vingt-cinq toises de long, depuis l'angle flanqué du bastion de Saint-Michel de la citadelle, qui fait un des pieds droits de la première arcade du côté de la ville, jusqu'au bout de la rampe qui termine la dernière arcade de l'autre côté du Rhône.

La largeur est de douze pieds dans œuvre et de dix-sept pieds hors d'œuvre, y compris l'épaisseur des parapets. Il est fort élevé et composé de vingt-six arches, dont dix-neuf grandes et sept petites qui sont aux extrémités. Les plus grandes ont dix-huit toises d'ouverture. Il y a deux cent soixante toises fondées sur le roc et cent cinquante-trois sur pilotis.

Il paraît que les Architectes, par nécessité ou par choix, ont préféré, dans cette construction, l'architecture antique à la gothique. L'on doit remarquer que rien de ce pont n'indique le temps où il a été bâti. Les arches forment une portion de cercle dont le centre serait d'environ cinq toises au-dessous de la naissance de l'arc. Le massif au-dessus des piles est percé à jour et offre un portique à plein cintre d'une bonne proportion.

La ville du Pont-Saint-Esprit est assez jolie. La citadelle, construite en 1622, offre dans son plan quatre bastions. Elle renferme l'église du Saint-Esprit. Pour la construire, on détruisit l'hôpital qui avait été bâti dans le même temps que le pont. On en construisit un nouveau en 1490 avec une petite chapelle sous l'invocation de Saint-Louis.

ANECDOTE. À la fin de l'année 1361, la
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DESCRIPTION.

...ville du Pont-Saint-Esprit fut prise par une compagnie de brigands, composée d'Anglais et de Gentilshommes Français, commandée par les Capitaines Gui Dupin et le petit Mechin. Jean Souvrain, Sénéchal de Beaucaire, la défendit quelque temps. Mais étant tombé d'un échafaud, il fut pris et la ville aussi. Froissard raconte que « ce fut pitié, car ils occirent maints prud'hommes et y violèrent maintes dames, et y conquirent si grand avoir qu'on ne le saurait nombrer, et assez grande provenance pour vivre un an ».

Ces compagnies de Gentilshommes et de vagabonds qui désolaient la France se choisirent, dans la ville de Saint-Esprit, un Capitaine souverain qui se faisait communément nommer « Ami de Dieu et ennemi de tout le monde ».

Ces brigands, qu'on appelait Routiers, s'étaient emparés du Pont-Saint-Esprit dans l'intention d'être plus à portée de ravager le Comté Venaissin et la ville d'Avignon. Le Pape Innocent VI, extrêmement inquiet de leur voisinage et de leurs entreprises, les fit sommer de se retirer. Il déclara leur association nulle et les menaça de lancer contre eux les peines spirituelles s'ils refusaient plus long-temps d'obéir. Il les excommunia même. Mais ce moyen ne fit qu'irriter les Routiers, qui s'attachèrent surtout à désoler et piller les terres papales.

Il fallut d'autres armes pour les soumettre, encore n'en vint-on pas parfaitement à bout. Pour leur faire abandonner le Pont-Saint-Esprit, le Pape fut obligé de traiter avec eux, de leur accorder soixante mille florins d'or et enfin de leur donner l'absolution de tous les crimes qu'ils avaient commis.
[Page 1012]

Cette ville, mais non pas la France, fut ainsi délivrée de cette troupe de voleurs et de brigands, parmi lesquels se trouvaient plusieurs nobles du royaume.

Pendant les troubles des règnes de Charles VI et de Charles VII, la ville du Pont-Saint-Esprit se soumit volontairement aux Bourguignons. Le Dauphin Charles VII vint en faire le siège au commencement de mai 1410. Les habitants d'Avignon et de la Provence lui fournirent de l'artillerie pour battre cette place, qui fut enfin obligée de se rendre. Les soldats du parti Bourguignon qui étaient dedans furent tués ou faits prisonniers. Après y avoir laissé une garnison, ce Prince partit ensuite pour le Puy en Velay.

Pendant les guerres de la religion, la ville du Pont-Saint-Esprit partagea le sort des villes voisines et éprouva des révolutions malheureuses. D'abord elle se déclara pour le parti du Prince de Condé et pour les Religionnaires. Les Catholiques la soumirent. Elle se révolta ensuite contre Charles IX. Les Protestants alors s'en assurèrent pour la seconde fois. Les Catholiques la reprirent et l'abandonnèrent ensuite. Puis elle fut reprise par les Protestants, qui en furent chassés. Enfin, après plusieurs autres sièges ou combats, après avoir éprouvé tous les maux des guerres civiles, elle fut en proie aux ravages de la peste.

Louis XIII y vint ensuite et ce fut là que ceux qui le conduisaient signolèrent leur tyrannie en refusant les propositions que Monsieur, frère de ce Roi, faisait en faveur de plusieurs grands Seigneurs qu'il avait entraînés dans sa révolte et qui étaient moins coupables que lui.
[Page 1013]

Enfin les habitants du Pont-Saint-Esprit ne portèrent point seuls les marques des désastres de la guerre. Le pont lui-même fut, en plusieurs endroits, endommagé par le canon.

C'est proche du Pont-Saint-Esprit que la grande route qui vient de Lyon se divise en deux autres routes, dont l'une, prenant à droite, va par le Pont-Saint-Esprit en Languedoc, en Roussillon, etc., et l'autre, par la Principauté d'Orange, mène en Provence et en Italie.

ENVIRONS du Saint-Esprit. En montant du Pont-Saint-Esprit vers Saint-Renouf, on parcourt toujours des vallons ou des plaines de nature calcaire. La vue du voisinage de Bidon, village de la dépendance de Saint-Renouf, attire toute l'attention du Voyageur. C'est, dit M. l'Abbé Soulavie, une région immense, formée d'un rocher tout d'une pièce, horizontal, avec la consistance du marbre le plus dur, susceptible du plus beau poli. Fendu intérieurement en mille sens divers, de couleur de fer, très-homogène dans sa texture, n'ayant dans son sein que quelques cornes d'ammonite et des bélemnites qu'on trouve de cent en cent pas.

Ces cornes d'ammonite ne sont viciées dans aucune de leurs parties. Leur substance est absolument changée en marbre de la même nature, couleur et dureté que le marbre ambiant. De sorte qu'on ne distinguerait jamais ces anciens corps marins s'il n'y avait une séparation entre eux et le marbre qui les contient.
[Page 1014]

Or cette séparation, peu considérable ou plutôt cette ligne qui est entre le corps pétrifié et le marbre, est si petite qu'on ne peut souvent l'apercevoir sans lentille. À l'aide de cet instrument, on distingue la cassure qu'on peut comparer à celle d'un morceau de bois fendu et réuni dans le même moment.

Tel est l'état de l'immense rocher des environs de Bidon. Les eaux, les gelées, l'air et tous les agents destructeurs de la nature en ont altéré le sommet, qui est plus tendre que les parties inférieures. L'énorme rocher se montre néanmoins à nu. Il est élevé de telle manière qu'il forme une véritable plaine en montagne, sur laquelle il n'y a aucune couche de terre végétale. 

Les habitants de Bidon, les plus misérables des environs, ne tirent leur subsistance que de quelques champs qu'on trouve dans deux ou trois petits ravins où la terre s'arrête, et où ils sèment du blé. Ils ont d'ailleurs quelques bestiaux se nourrissant de l'herbe qui vient fortuitement sur leur rocher pelé, qui offre quelques petits creux où la terre et l'humidité produisent des plantes et des buis.

Mais outre ces creux, le rocher de Bidon présente encore, de part et d'autre, des précipices affreux, des fentes longitudinales qui s'étendent depuis son sommet jusqu'aux sans doute vers son fondement. Ce qui étonne davantage, c'a de voir que ces fentes sont de véritables scissions du rocher qui étaient auparavant réunies. Chaque partie scindée de marbre s'avance vers la partie enfoncée qui est vis-à-vis et offre une véritable retraite de la matière par l'effet d'une force quelconque qui a condensé cette masse énorme de marbre.
[Page 1015]

DESCRIPTION'

Ces fentes perpendiculaires sont d'une profondeur étonnante. On compte jusqu'à huit battements de pouls avant qu'une pierre soit arrivée au fond. Elle tombe alors dans l'eau et un bruit sourd succède à sa chute. La largeur des fentes est depuis un demi-pied jusqu'à deux. Elles sont prolongées en droite ligne et se croisent entre elles, formant des carrés, des trapèzes, des triangles de toutes les formes. De sorte que la masse totale est ainsi divisée en colonnes comme des basaltes énormes.

Toutes ces fentes ne sont pas de la même profondeur. Quelques-unes sont remplies de débris calcaires, granitiques et même volcaniques. D'autres ne sont pas exactement perpendiculaires.

M. l'Abbé Soulavie a fait tirer de l'eau qui est au fond, pour savoir si elle était minérale et quel était son degré de chaleur ou de froid. Il l'a trouvée très-pure et très-fraîche. L'ayant observée en hiver, il a vu ces fentes laisser exhaler des vapeurs humides que la chaleur souterraine de la terre volatilisait.

Tel est l'histoire du rocher immense de marbre de Bidon. Il s'étend du midi au nord près de trois quarts de lieue de largeur, et de l'orient au couchant, il forme une étendue de deux lieues de distance. En suivant la même ligne du couchant au levant, des rochers de la même nature, sans couches et sans divisions horizontales, succèdent ensuite à ces masses juxtaposées.
[Page 1016]

...ruants d'un bourg situé au côté gauche de l'Ardèche. Ses landes sont entre cette rivière et la montagne des Bulliens. Elles offrent dans le désordre le plus singulier des rochers et des pics qui s'observent sur un terrain en forme de zénure longitudinale d'accident en orient, parallèle avec le niveau de la mer et d'environ demi-lieue de large.

De tous côtés on ne voit que des masses énormes de rochers coupés, mutilés, séparés les uns d'avec les autres. Et comme partout ailleurs le système général des pierres de nature calcaire se présente en forme de couches ordinairement inclinées ou horizontales, on est très-étonné de voir cette singulière séparation verticale des rochers, les uns d'avec les autres.

On admire encore davantage des espèces d'auges creusées dans le rocher fondamental qui rapporte toutes ces matières. Ces auges, qu'on rencontre de toutes parts, ont une sorte de régularité qui attire surtout l'attention. Ce sont de grandes sphères concaves, des creux gravés dans le marbre en ovale, des enfoncements de quatre, six et huit pieds de profondeur.

Rien n'est ici l'ouvrage de l'art. Nulle part on ne voit les traces du travail ni de l'industrie humaine. Tout est présenté avec tant de soin par la nature, et ces enfoncements sont si polis. Qu'on ne saurait croire que les antiques aient jamais laissé leur temps opérer ces merveilles dans des déserts.

Or, on ne peut pas même imaginer que cet système ait été ainsi formé par la présence de torrs étrangers qui auraient pu servir de moules après la pétrification de la matière.
[Page 1017]

...Car on trouve dans plusieurs creux des enfoncements qui ont plus de capacité que leur bouche. Jamais ces couches n'eussent pu extraire des corps étrangers qui auraient eu des dimensions plus larges que l'ouverture.

Les matières cubiques du même canton ne sont pas moins que tous ces objets. Ici la régularité et l'ordre succèdent à la confusion précédente. De toutes parts on voit des blocs de marbre s'élever au-dessus de l'horizon d'une figure quadrilatère et quelquefois pentagone. Ils sont attachés au grand rocher de même nature qui est leur fondement et ne font qu'un seul et même corps avec lui.

On voit des cubes d'une hauteur de vingt à trente pieds. D'autres de quatre à cinq. Quelques-uns ont vingt pieds de diamètre. D'autres en ont plus encore.

Leur distance est aussi variable que leur grandeur et leur grosseur. Tantôt ils sont éloignés les uns des autres d'environ trois pieds, tantôt de douze, tantôt de quinze à vingt et au-delà.

On considère quelquefois de lourdes matières posées sur un très-petit piédestal de même nature, mais rongé vers son fondement.

D'autres fois on voit quelques cubes renversés. Un de leurs angles les soutient sur le grand rocher fondamental inférieur. Le reste de la matière est appuyé sur l'autre partie du cube. Elle est maintenue en place sans se détacher du grand rocher fondamental.

La vue générale de toutes ces régularités et de toutes les irrégularités voisines les peint tableaux très-expressifs de quelque ville ruinée, incendiée ou renversée par des tremblements de terre. Mais dans la réalité, ce ne sont que des ruines de la nature.
[Page 1018]

L'étonnement augmente encore si l'on fait attention que des chênes fort élevés et majestueux minent parmi ces matières. On voit ces arbres se cramponner entre les rochers, étendre leurs racines fort loin tout le long des sillons gravés dans le roc. Et quelquefois, lorsqu'ils ne peuvent point les envoyer d'un côté, on voit dans ces arbres un surcroît de substance ligneuse munie de son écorce qui embrasse très-étroitement le roc fondamental et qui se glisse dans les parties enfoncées en entourant celles qui font saillantes. (Voyez l'Histoire Naturelle de la France méridionale, par M. l'Abbé Géraud de Soulavie.)

FALBONNE. À quelques lieues du Pont-Saint-Esprit est la Chartreuse de Falbonne, fondée par Guillaume de Penejan, Évêque d'Uzès, qui échangea, au commencement de 1304, l'église d'Ornas contre celle de Boudinons, dans son diocèse, avec l'Abbé d'Anniane et le Prieur du monastère de Gourdan, dépendant de cette abbaye, pour en gratifier les Chartreux qui y établirent une maison de leur ordre et lui donnèrent le nom de Falbonne.

Les environs de cette Chartreuse sont fort intéressants pour l'Histoire Naturelle. Mais l'intérieur contient quelques objets capables de satisfaire l'amateur des Beaux-Arts. On y voit enfin des grands tableaux dont les plus modernes représentent Jésus-Christ chez le Pharisien et l'Extrême-Onction, par M. Bardin, de l'Académie de Peinture, etc. de Paris.
[Page 1019]

DESCRIPTION'

UZÈS.

Ville épiscopale et chef-lieu d'un pays appelé l'Albigeois, située entre des montagnes, sur la rivière d'Elzas, à sept lieues du Pont-Saint-Esprit et à huit lieues de Nîmes.

ORIGINE. On conjectre que l'ancienne ville appelée Finciontagus, située au milieu du pays des Volces arécomiques et qui tenait le second rang parmi les villes de ces peuples, est la même que la ville d'Uzès. Quoi qu'il en soit, cette ville n'est connue que par les anciennes notices qui lui donnent le nom d'Ucecia et de Castrum Uceciensum. Sous les Romains, elle était un colite de Severus euguitales.

Sous le règne de Théodebert, la ville d'Uzès vit une monnaie. Ce qui est prouvé par une petite pièce trouvée à Genève et par une dissertation faite à ce sujet, qui est recueillie dans le tome V de l'Histoire du Languedoc, page 662.

Narbonne avait élevé des autels à cet Empereur trois ans avant sa mort. Les villes de Nîmes, Béziers et Uzès avaient suivi cet exemple de la raison. Cependant Uzès en était quelque sorte justifié par sa religion du gouvernement, ensuite rayée par l'archéologie.
[Page 1020]

Le protestantisme fit de grands progrès dans cette ville. Un ministre de Genève le 20 septembre 1560 y vint prêcher publiquement les nouvelles opinions. Les gens de l'Évêque et du Comte de Crussol, Seigneur de la ville, en étant avertis, se présentèrent pour se saisir de sa personne. Ils n'y parvinrent point, à cause du grand nombre de ceux qui l'accompagnaient. Mais ils réussirent à faire prendre la fuite au Prédicant.

En 1561, le Prince de Condé, ayant perdu l'espérance de soumettre la ville de Toulouse, en fut dédommagé d'un autre côté par un grand nombre de villes qui embrassèrent son parti ouvertement. De ce nombre fut Uzès.

Les malheurs des guerres civiles produisirent un fléau presque aussi destructeur qu'elles. La peste en 1564 se répandit dans le Languedoc et se manifesta surtout à Uzès et dans les villes voisines, et causa beaucoup de ravages.

Après les massacres de la Saint-Barthélemy, les Protestans voyant que la rébellion était le seul moyen qui leur restait pour défendre leur fortune et leur existence, se soulevèrent partout dans le Languedoc contre une autorité perfide.

Le Roi, instruit de ces troubles, fit partir bien tôt le Maréchal de Damville pour y remédier. Quelque temps après son arrivée dans le Languedoc, il envoya sommer les habitants d'Uzès de se soumettre au Roi. Mais au lieu d'obéir, ils surprirent la ville d'Uzès le 16 octobre 1572, tuèrent les Prêtres et poignardèrent les autres habitants Catholiques.
[Page 1021]

Après la mort d'Henri IV, des collègues, ambitieux, plus jaloux de leur fortune que de la gloire de l'État et du bonheur des peuples, rompirent une paix qui avait coûté tant de peines à établir et rallumèrent le feu de la sédition.

Les Protestans, poursuivis de tous côtés, songèrent à se défendre vigoureusement contre les Catholiques. Indignés de voir qu'à leur égard on violait des traités, ils s'abandonnèrent à plusieurs excès. Ils ne massacrèrent pas leurs ennemis, mais ils pillèrent et détruisirent leurs églises.

C'est en cette occasion, au mois de décembre 1621, que la cathédrale d'Uzès fut détruite. Et les Protestans qui formaient le plus grand nombre des habitants de cette ville obligèrent les Catholiques qui y restaient d'en sortir et d'aller aux prêches.

Après le siège de Montpellier et la pacification des troubles du royaume, le Roi ordonna la démolition de plusieurs places des Protestans. Et quoique, par des brevets particuliers, il eût promis à la ville d'Uzès que ses fortifications ne seraient détruites qu'à moitié, il en fit démolir les deux tiers.

Pendant la fin des guerres que les Ministres de Louis XIII firent aux Réformés, Uzès se déclara pour le parti du Duc de Rohan. Le traité étant intervenu avec les troupes du Roi, en ravagea les environs. Enfin, la paix étant faite, Louis XIII, le ler juillet, entra dans cette ville à la prière des habitants, y séjourna jusqu'au 14 et en partit pour se rendre à Nîmes.

Il est possible que la destinée de la ville entraînait constamment vers le parti de la rébellion.
[Page 1022]

Elle embrassa, en 1632, celui de Monsieur et du Duc de Montmorenci. Mais dans cette occasion, elle fut déterminée par les sollicitations insidieuses de Pauld Antoine de Perraud, qui en était Évêque et qui se trouvait un des chefs de la conspiration. Enfin, la mort tragique du Duc de Montmorenci ayant changé la face des affaires, les habitants d'Uzès s'empressèrent de se remettre sous l'obéissance du Roi.

L'Évêque, qui les avait portés à la révolte, fut obligé de quitter la ville. Il se réfugia au château de Beaucaire, d'où les troupes du Roi voulurent bien lui permettre de sortir avec ses équipages.

DESCRIPTION. La ville d'Uzès, quoique petite et mal bâtie, est assez riante. Les faubourgs contiennent presque autant d'habitants que la ville.

La Cathédrale, dédiée à Saint-Thierry, ayant été détruite, comme nous l'avons dit, est moderne. Il ne reste de l'ancienne qu'une grande tour ou clocher qui est un beau morceau d'architecture gothique. La terrasse voisine de cette église offre une assez belle vue.

Le Château ducal est un gros bâtiment dont les tours rondes, à l'antique, sont hautes et fort élevées.

ANTIQUITÉ. On a trouvé dans ce château, ainsi que dans plusieurs autres édifices de cette ville, des inscriptions antiques dont plusieurs sont rapportées dans le tome 1 du Voyage Littéraire, par deux Bénédictins. On a découvert aussi en ce siècle une ancienne crypte ou souterrain dans lequel on croit que les premiers Chrétiens allaient s'assembler pour célébrer les mystères de leur religion.
[Page 1023]

DESCRIPTION.

Le lieu est fort petit. Et l'on y voit un crucifix en relief couronné, avec des clous aux mains et aux pieds. Cette découverte a été faite chez les Jésuites. Et ce qu'il y a de plus surprenant, disent les Auteurs du Voyage Littéraire, c'est que cet endroit servait de lieu commun à un Huguenot avant que les Jésuites en fussent les maîtres.

Au-dessous de la maison épiscopale on voit la fontaine cristalline qui fournirait l'eau à l'aqueduc du pont du Gard.

La ville d'Uzès avait depuis long-temps le titre de Vicomté. Charles IX, au mois de mai 1565, l'érigea en duché en faveur d'Antoine, Comte de Crussol, etc. de l'arrière-Baron de Lévis, à titre pour le récompenser de ses services, avec la clause de réversion à la couronne par défaut d'héritiers mâles de lui et de ses frères, comme les terres données en apanage.

Au mois de janvier 1615, le même Roi érigea ce duché en pairie en faveur du même Antoine de Crussol, avec la même clause et attribution au Parlement de Paris de toutes les causes dépendantes de ladite pairie. Mais il déclara que les appellations des Juges de la même pairie ressortissent au Parlement de Toulouse pour les affaires ordinaires.
[Page 1024]

BEAUCAIRE.

Ville fameuse autrefois par l'étape de sa garrocherie et aujourd'hui par une des plus belles foires de l'Europe, située sur la rive droite du Rhône, vis-à-vis Tarascon, à quatre lieues d'Avignon, à deux et deux tiers d'Arles et à quatre et un tiers de Nîmes.

ORIGINE. Beaucaire était l'ancien Ugernum dont Pline, Strabon et autres Auteurs font mention et qu'ils placent au rang des vingt-quatre villes ou bourgades qui dépendaient de Nîmes.

Berenger, Vicomte de Narbonne, reçut en 1112 l'hommage et le serment de fidélité de Pierre, fils de Blimode, et de Bermond, fils de Garfinde, pour le château Igerno, qui est aujourd'hui Beaucaire. Il conserva son nom d'Ugernum jusqu'au onzième siècle. En 1076, il commença à être appelé Bellcatrum ou Bellcadrum ou Belcairo. Ce château, bâti sur un rocher, était d'une forme carrée. On croit que cette forme lui donna son nom, qu'à la bourgade qui se construisit au bas, de beau carré, on a fait Beaucaire.

Ce château, qui était une place importante, ne fut démoli qu'en 1632 sous le règne de Louis XIII.

Beaucaire fut long-temps possédé par les Comtes de Toulouse, sous la mouvance de l'église d'Arles.

Après le Concile de Montpellier où le malheureux Comte de Toulouse fut religieusement dépouillé de ses biens, Michel de Thérèse, Archevêque d'Arles et son Chapitre donnèrent le 30 janvier 1214, en fief à Simon Montfort et à ses héritiers, la ville de Beaucaire et la terre d'Argence. Mais les domaines du Comte de Toulouse, usurpés par des Prêtres et par Simon de Montfort, revinrent bientôt à leur légitime Seigneur.
[Page 1025]

Le fils de Raimond, Comte de Toulouse, passa le Rhône à Avignon. Dors les habitants de Beaucaire invitèrent ce jeune Prince à se rendre dans leur ville avec offre de la leur livrer. Il entra en effet dans Beaucaire aux acclamations du peuple qui lui prêta serment de fidélité.

Mais le château de cette ville, où Simon de Montfort avait laissé une forte garnison commandée par Lambert de Limoux, ne se rendit point. Au contraire, ce Lambert n'attendit pas l'attaque et fit bientôt une sortie sur les troupes du jeune Raimond. Ce Prince le reçut avec courage et l'obligea à rentrer, après lui avoir tué bien du monde.

Ce siège dura long-temps. Le jeune Comte, ayant refusé de capituler, eut lieu de s'en repentir par la défense opiniâtre de ceux qui défendaient le château. Sur ces entrefaites, Simon de Montfort arriva avec plusieurs troupes pour reprendre la ville de Beaucaire et pour apporter du secours au château. Les combats furent fréquents et animés. Les tentatives de Simon furent inutiles. Il se vit obligé de lever le siège et de renoncer à la proie de secourir le château qui se rendit.

Le Pape Honoré III, qui favorisait toujours l'usurpateur Simon de Montfort, écrivit à la fin de décembre 1217 aux habitants de Beaucaire pour leur défendre de faire la guerre à ce Général, avec promesse, s'ils obéissaient, de lever la sentence d'excommunication, d'interdit et de damnation de leurs biens au premier occupant.
[Page 1026]

Le Cardinal Bertrand, son Légat, avait lancé contre eux.

Pendant les différents troubles qui agitèrent le Languedoc lors des guerres des Maures et celles de la religion, Beaucaire fut toujours regardé comme une place importante. Elle soutint plusieurs sièges et plusieurs Souverains y séjournèrent. Sa sénéchaussée, dont le siège fut depuis transféré à Nîmes, son château, sa situation sur les bords du Rhône et sa foire causèrent sa célébrité, qui devint coutume, aux habitants de cette ville, plus funeste qu'avantageuse.

Le 21 juin 1567, les Religionnaires de Beaucaire se saisirent des portes de la ville et y firent entrer quelques Capitaines de leur parti qui s'en rendirent maîtres, ainsi que du château. Ils n'ôtèrent la vie qu'à peu de Catholiques, dirent les Auteurs de l'Histoire du Languedoc. Mais ils renversèrent les autels, brûlèrent les images et dispersèrent les reliques.

Les Catholiques de Tarascon, au nombre de mille ou douze cents, vinrent la nuit suivante au secours de ceux de Beaucaire, avec lesquels ils étaient d'intelligence, et ils reprirent la ville par escalade. Mais au lieu de s'assurer du château où commandait le Sieur de Meillane, ils s'amusèrent à piller les maisons des Religionnaires qui, ayant reçu du recours de Nîmes et des environs, firent main basse sur une partie des habitants de Tarascon. Les autres passèrent par-dessus les murs de la ville et se jetèrent dans le Rhône. Mille d'eux furent noyés. Alors les gens de Tarascon irrités saccagèrent les maisons des Catholiques de Beaucaire et en firent périr un grand nombre.
[Page 1027]

DESCRIPTION'

Ainsi cette ville fut prise par les Catholiques et reprise le même jour avant midi par les Protestants. Et dans cet intervalle il y eut plus de deux cents hommes de tués.

Après les troubles excités par Monsieur, frère de Louis XIII, le château de Beaucaire, dont les rebelles s'étaient rendus maîtres, fut démoli en 1632 par ordre de ce Roi. Pour récompenser la fidélité des habitants de la ville, Louis XIII leur accorda la confirmation de leurs privilèges, entre autres la franchise des deux foires qui s'y tiennent tous les ans.

FOIRE. La foire de Beaucaire est une des plus célèbres que l'on connaisse. On peut la considérer comme un point de réunion des principaux marchands de l'Europe, du Levant et de l'Afrique. La franchise dont jouit cette foire, en vertu du privilège accordé, dit-on, par Raimond VI, Comte de Toulouse, privilège qui a été confirmé depuis par plusieurs Rois de France, excite les négociants à y faire transporter autant de marchandises qu'ils peuvent. Le numéraire y est très-abondant en espèces ou en échanges. Le commerce qui s'y fait chaque année en cette occasion monte à dix-huit ou vingt millions.

Cette foire, qui se tient tous les ans le 21 juillet, doit durer trois jours francs, sans compter les fêtes.

(1) On trouve bien dans l'Histoire la charte accordée à Beaucaire du 20 mai 1217 par laquelle Raimond accorde plusieurs privilèges aux Consuls habitants de cette ville. Mais on ne couvre point elle gaie cette foire suite.
[Page 1028]

...les fêtes. Mais la fête de la Madeleine, celle de Saint-Jacques et celle de Sainte-Anne font cause qu'elle dure six jours.

La foire se tient hors de la ville, dont l'étendue ne serait pas suffisante pour loger et contenir tous les marchands et leurs marchandises. On construit en conséquence un grand nombre de baraques appelées cabanes, faites en planches. L'on érige également plusieurs tentes qui forment des rues et une nouvelle ville beaucoup plus étendue que la première.

Quoique cette foire soit appelée franche, elle n'est cependant pas exempte d'impositions. Lorsqu'en 1632, Louis XIII confirma les privilèges de Beaucaire et en fit démolir le château, l'esprit fiscal qui commençait à faire des progrès en France, détermina ce Prince à établir, sur toutes les marchandises, un droit appelé l'appréciation. Outre ce droit, les Fermiers en ont établi un autre qu'ils nomment abonnement, qui consiste en douze sous par chaque balle de marchandises qui ne sont point déballées à la foire.

La peste qui, en 1721, ravagea la Provence et une partie du Languedoc, détermina le Gouvernement à suspendre cette foire par arrêt du 17 mai 1721. Elle fut rétablie deux ans après, le 23 février 1723, « avec les mêmes privilèges et franchises dont la ville de Beaucaire a accoutumé de jouir pendant la foire ».

DESCRIPTION. Cette ville est petite, mais dans une riante situation. Une de ses portes, appelée la porte du Chêne, est remarquable par sa construction. Le pont qui communique de cette ville à celle de Tarascon l'est bien davantage.
[Page 1029]

Ce pont, qui en forme deux, parce que vers le milieu du Rhône il y a une île qui le sépare, est soutenu par des bateaux. Il est bordé de garde-fous, de banquettes et offre une promenade singulière et agréable.

(1) Voyez Tarascon en Provence.

CANAL. Depuis long-temps on avait projeté un canal de navigation qui prendrait sa naissance à Beaucaire et qui communiquerait à Cette et à Montpellier par Saint-Gilles et Aigues-Mortes. Enfin ce canal, très-avantageux pour le commerce et dont l'exécution n'offrait pas de grandes difficultés, s'est construit depuis quelques années par les soins de l'administration de la province, qui ne néglige rien de ce qui concerne la communication publique. Le 17 octobre 1786, la communication en était déjà libre. Le jour où ce canal fut ouvert pour la première fois fut un jour de fête pour les habitants.

En 1750, le Roi, conjointement avec la province, fit construire à Beaucaire un quai magnifique qui forme un port commode sur le Rhône.

ANTIQUITÉS. Pendant cette construction, M. Vergile de la Bride découvrit un grand chemin romain qui conduisait de Beaucaire à Nîmes et qui est le moins dégradé de toutes les voies-romaines que l'on connaisse en France. On y voit encore dans l'espace de quatre lieues de Languedoc douze colonnes milliaires, dont six ne peut-être sept, n'ont point été déplacées.
[Page 1030]

Il y a même apparence qu'aucune ne l'aurait été. Cossinus, Général, ensuite beau-père de l'Empereur Honorius, n'en avait pris quelques-unes pour marquer les tombeaux des personnes de distinction qui furent tuées dans une sanglante bataille que gagna ce Général dans cette contrée, l'an 411.

On lit sur ces colonnes des inscriptions gravées sous trois Empereurs. Une d'Auguste qui est la seule de cet Empereur qui se trouve dans la province, et les autres de Tibère et de Claude.

On peut remarquer, dans tout cet ouvrage, l'attention des Romains à construire, autant qu'il était possible, leurs grands chemins sur un même alignement et leur procurer de la solidité par des encaissements de pierre. Un des plus grands avantages qui résultent de la découverte de ce chemin pour l'Histoire et pour la Géographie c'est la mesure précise du mille romain qui s'y trouve nettement déterminée par deux pierres non déplacées, lesquelles marquent un espace de sept cent cinquante-deux toises quatre pieds.

Ainsi M. Cassini, qui avait évalué le mille romain à sept cent soixante-trois toises, s'était un peu écarté de la vérité.

M. de la Bride, qui a publié sur cette découverte une dissertation fort curieuse, dans laquelle il rapporte les inscriptions des colonnes milliaires, croit que ce chemin était autrefois une partie de la voie aurelienne qui commençait à la ville de Rome et allait aboutir aux extrémités de l'Espagne. Ce chemin passait à la rive droite du Rhône et à la tête d'un pont de pierre, appelé leonitae oriate ou Pont du trésor, dont il reste encore des vestiges sur la rive de ce fleuve.
[Page 1031]

Aujourd'hui on ne peut apercevoir ce chemin qu'à trois ou quatre cents pas de Beaucaire, à l'endroit appelé les Cinq Coins, derrière le château de Gajac. C'est là qu'on distingue son alignement et sa largeur et en suivant dans la plaine de Saint-Romains, on voit deux pierres milliaires.

Beaucaire fut plusieurs fois le lieu où tinrent pendant les guerres civiles les assemblées de la province. Le réfectoire ou l'église des Cordeliers fut presque toujours le lieu des séances. Il s'agissait ordinairement, dans ces assemblées, d'accorder des subsides que le Roi demandait et de lui proposer quelque réforme. Mais l'assemblée la plus remarquable qu'il y ait eue à Beaucaire c'est celle qu'y tint, en 1174, le Comte de Toulouse.

ANECDOTE. Cette assemblée, qu'on nommait dans le temps cour plenière, avait été convoquée par le Roi d'Angleterre pour y négocier la paix entre le Comte de Toulouse et le Roi d'Aragon. Ce dernier Roi et le Roi d'Angleterre ne s'y trouvèrent point. Ainsi, on ne put conférer sur l'objet principal de cette assemblée. En conséquence, on ne s'occupa que de fêtes où la magnificence ridicule et barbare de nos bons aïeux parut dans tout son éclat.

La Comtesse d'Urgel envoya à cette assemblée brillante et nombreuse une couronne estimée quarante mille sous, ce qui valait alors environ quarante-huit mille livres de nouvelle monnaie.
[Page 1032]

On aurait procédé Guillaume...Roi des Bateleurs. Sans doute cette précieuse couronne lui était réservée. Mais par malheur il fut absent.

Le Comte de Toulouse, pour donner des marques de sa grandeur, fit présent à un Chevalier nommé Raimond Selguel de cent mille sous. Mais ce Chevalier, excité par tant de générosité, voulut en montrer à son tour. Il distribua sur le champ ces cent mille sous à dix mille Chevaliers qui assistaient à cette Cour.

Un Seigneur nommé Guillaume Gros de Martel, pour prouver combien il était digne de considération, régala trois cents Chevaliers de sa suite et voulut que tous les mets ne fussent apprêtés qu'à la flamme de plusieurs flambeaux de cire.

Bertrand Rimbault parut et fit admirer par un trait de profusion et de singularité qui, dans ce siècle-ci, aurait peut-être conduit ce magnifique Seigneur aux Petites-Maisons. Il fit labourer tous les environs du château de Beaucaire et y sema glorieusement trente mille sous en deniers. Ce qui peut faire aujourd'hui environ trente-six mille livres de notre monnaie.

Un autre Seigneur nommé Raimond Belgel voulut encore renchérir sur ces nobles extravagances. Il fit attacher les dépouilles de ses plus beaux chevaux sur un vassal devant toute l'assemblée il s'écourragea à y mettre le feu et de faire périr ces animaux au milieu des flammes.
[Page 1033]

Voilà quels étaient les faits, voilà quelles étaient les mœurs et voilà quelle était la raison des nobles Chevaliers du bon vieux temps.

GANGES.

Petite ville située sur la rivière de Hérault, à sept lieues et demie de Montpellier.

Cette ville, connue par sa tannerie, n'a rien de remarquable. Dans les environs on trouve plusieurs grottesnfort intéressantes pour les amateurs d'Histoire Naturelle. La grotte des Demoiselles ou des Fées est une des plus curieuses. M. Marsolier, qui, après de grandes difficultés, a pénétré dans les réduits les plus profonds de ces cavernes, en a publié une description dont nous allons donner un extrait.

Cette grotte est située à trois quarts de lieue de Ganges, près de Saint-Bauzile, dans un bois placé sur la cime d'une montagne fort escarpée appelée le Roc de Thaurath. Le peuple raconte plusieurs choses merveilleuses sur cette grotte qu'il nomme la Palme de la Demoiselle.

Les Voyageurs munis d'échelles de corde, de vivres, etc., partirent le 7 juin 1780 pour cette expédition souterraine et arrivèrent à la cime du roc escarpé.

L'ouverture, en forme d'entonnoir, a environ vingt pieds de diamètre et trente de profondeur. Cette ouverture est ombrages de plantes d'arbres et de vigne sauvage. « Une corde taillée, accrochée à un rochet nous permit
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...de descendre, disent ces Voyageurs, en nous y tenant fortement jusqu'à l'endroit où l'on fit tomber une échelle de bois qui se trouva assez solidement établie. Cette difficulté vaincue, nous nous sommes trouvés à l'entrée de la première salle. Cette entrée va en descendant. Elle est couverte de capillaires. À droite est une espèce d'antre qui les mène pas loin. »

En face se voyent quatre magnifiques piliers ayant la figure de palmiers alignés et formant galerie. Ces piliers peuvent avoir trente pieds de haut et sont déjà des stalactites. Ce qu'ils offrent de plus singulier c'est qu'ils ne touchent point à la voûte qui est parfaitement unie et qu'ils sont plus larges par en haut que par en bas, ce qui n'a pas la forme ordinaire des stalactites qui tiennent à la terre.

Dans cette première salle, séparée en deux par ces piliers, les Voyageurs allumèrent leurs flambeaux, renoncèrent à la clarté du jour pour long-temps et entrèrent dans une seconde salle. On y pénètre en descendant par un passage fort étroit où le corps ne peut aller que de côté. Cette descente est d'environ vingt pieds.

Cette seconde salle est immense. À gauche en entrant on voit un rideau de congélation d'une hauteur qu'on ne peut mesurer par l'étendue des brillons, plissé avec grâce et touchant la terre de sa pointe comme s'il avait été drapé par un habile artiste. Des cascades pétrifiées blanches, brillantes, d'autres jaunâtres, qui semblent tomber en vagues amoncelées. Plusieurs colonnes, les unes tronquées, d'autres entièrement minées, la voûte chargée de cônes et d'aiguilles.
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DESCRIPTION.

...les unes transparentes comme du verre, les autres blanches comme de l'albâtre, etc.

« L'assemblage de ces objets nouveaux, le silence, l'obscurité de cette vaste caverne remplirent nos Voyageurs d'effroi et d'admiration.

« En continuant sur la gauche on trouve une troisième salle assez large et surtout fort longue. Sa forme est celle d'une galerie tournante. On y marche assez longtemps et on s'arrête pour entrer sous une petite voûte écrasée où l'on ne peut marcher que courbé. On appelle cette voûte le four, à cause de la forme ronde et basse.

« Ce four a deux urnes. Les congélations y sont blanches, grainues et ressemblent à s'y reprendre à des dragées de toutes les formes.

« On laisse sur la droite un second four moins curieux et on entre dans une salle assez grande où l'on ne voit autre chose que des rochers renversés, brisés, roulés, suspendus qui annoncent des convulsions violentes dans le sein de la terre. Tout est triste, lugubre dans cette caverne, et on en sort promptement dans la crainte de voir se détacher une de ces énormes pierres qui souvent semblent menacer votre tête.

« Ces salles souterraines étaient connues dans le pays. Nos Voyageurs voulurent pousser plus loin leurs découvertes. Ils arrivèrent enfin à un passage étroit où l'on ne peut avancer qu'en rampant. Ce trou conduit à une petite pièce où peuvent tenir une douzaine de personnes. Derrière trois petits piliers se trouve un réservoir dont l'eau était sale et bourbeuse. Des chauves-souris habitaient ce réduit où l'on voit des congelations en forme de plantes, blanches
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...brillantes et qui contrastaient avec le fond noir sur lequel elles étaient appliquées. Cette salle s'ouvrait par le côté opposé à son entrée.

« Par cette ouverture on apercevait un espace dont l'œil ne pouvait faire l'étendue. Et pour pénétrer dans cette profondeur un rocher taillé à pic de cinquante pieds formait le premier escalier à descendre. Une pierre jetée dans ce précipice horrible mettait un temps assez considérable dans sa chute. On l'entendait sauter, rouler de rochers en rochers, puis on ne l'entendait plus.

« Nos Voyageurs, d'abord intimidés par l'horreur de cet abîme, puis encouragés par l'espoir d'une découverte, affrontèrent le danger et tentèrent de s'y laisser couler par une échelle de corde. Leurs tentatives furent longues, pénibles et très-périlleuses. Mais sentant que les moyens leur manquaient, que leurs machines étaient insuffisantes, ils abandonnèrent leur expédition et la remirent à un autre voyage.

« Le 15 juillet suivant, ils vinrent en plus grand nombre, munis de tous les outils, instruments, vivres dont le premier voyage leur avait fait sentir la nécessité. Enfin, arrivés au lieu où ils avaient été arrêtés dans le premier voyage, après avoir marché long-temps sur un plan incliné, le pied tout à fait en dehors, les genoux gênés par le rocher et ayant derrière eux un précipice, après s'être laissé glisser le long d'une pièce de bois et le long des cordes, enfin après des travaux et des dangers considérables, ils se trouvèrent dans une salle sèche dont le sol était affermi.
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...À chaque pas des stalactites nouvelles, des congélations bizarres ou régulières blanches comme la neige, dures comme le marbre, les étonnent et les ravissent en admiration. D'abord c'est un autel blanc comme la plus belle porcelaine, haut de trois pieds d'un ovale parfait, avec des marches régulières. Plus loin quatre colonnes torsés jaunâtres mais transparentes en plusieurs endroits. Leur épaisseur est telle que quatre hommes ne peuvent les embrasser. Leur hauteur ne peut s'apprécier. « Nous avons supposé, dirent les Voyageurs, qu'elles touchaient la voûte cependant nous n'avons pu nous en assurer. »

« Cette salle est ronde. On pourrait la comparer à une vaste basilique entourée de chapelles plus ou moins élevées. Les Voyageurs l'ont jugée grande à peu près comme la moitié de la ville de Ganges. Le milieu est un dôme dont l'élévation est d'environ cinquante toises. Dans plusieurs autres petites salles qui sont adjacentes, la terre est noire et l'on y enfonce. Il en est une remarquable qui, ayant un pilier au milieu, ressemble parfaitement à une salle de manège.

« « Nous étions entourés, dit l'Auteur de la relation, d'une quantité si prodigieuse d'objets qu'elle nous plongeait dans une admiration muette et stupide. Entre autres un obélisque qu'un clocher, terminé en aiguille, parfaitement rond, de couleur brunette, ciselé dans les proportions les plus exigées. Des autres aussi grosses que des églises, tantôt en forme de façades, tantôt imitant des nues. Des piliers brisés en toutes directions, des choux-fleurs, des dragées, tout ce que le hasard peut offrir de combinaisons variées...
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...Une tête de mort fut le seul objet qui troubla notre ivresse. Nous fûmes très-embarrassés de concevoir par où cet être malheureux aurait pu pénétrer dans cette grotte puisque nous n'y étions entrés qu'en faisant jouer des mines. Nous conclûmes que l'eau qui inonde ce souterrain tous les hivers avait apporté avec elle cette tête.

« « Une des merveilles de cette grotte est une statue colossale, posée sur un piédestal, représentant une femme qui tient deux enfants. Ce morceau serait digne du plus grand Souverain de l'Europe. Hors de la place où il est, il conservait la forme que nous lui avons trouvée très-distinctement et sans nous faire la moindre difficulté.

« Cette statue de femme, ajoute le même Auteur, se voyait de plusieurs endroits. Ce n'était point un effet de l'imagination. La ressemblance frappa les paysans qui nous accompagnaient. Ce ne fut qu'un même cri, qu'une même admiration. Un entre autres, s'écria, réduit par tout ce qui l'entourait : « Qu'on m'apporte du pain. Je reste ici un mois. »

« « Par-tout dans ce vaste souterrain on voit des franges, des rideaux, des baldaquins, du cristal, des dentelles, des enduits crénelés, des rubans si délicatement travaillés qu'il faut savoir que jamais l'homme n'a pénétré en ces profondeurs pour croire que ce ne sont pas des ouvrages d'un artiste. Le spath calcaire qui se trouve dans cette grotte est de la plus belle espèce et doit produire un albâtre précieux. »
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Les Voyageurs y admirèrent aussi un portique qui leur parut avoir environ pieds de haut sur vingt de large. Derrière on apercevait deux files de stalactites alignées qui forment une galerie dont ce portique est l'entrée. Ce fut près de ce lieu et au plus profond de la grotte que les Voyageurs, après avoir dîné, placèrent une bouteille bien scellée qui renfermait le procès-verbal de leur descente et une boîte de fer-blanc qui contenait leurs noms. Près du portique ils attachèrent aussi une plaque de plomb où les mêmes noms étaient gravés.

Enfin après douze lieues et demie de terrain, parcourues tant dans cette salle que dans celles qui sont adjacentes, nos Voyageurs, avertis surtout par les flambeaux qui s'unifiaient, pensèrent à sortir de ces antres profonds. Le chemin en montant leur parut moins difficile et moins dangereux. D'ailleurs les fiches de fer qu'ils avaient posées et les autres travaux qu'ils avaient exécutés pour leur descente facilitèrent leur sortie et rendront à l'avenir l'accès de ces souterrains plus commode.

D'après cette description on voit que celle de la grotte d'Antiparas, qu'on a cru fameuse dans M. Tournefort, qui n'était qu'exagérée suivant le récit qu'en a fait M. le Comte de Gouffier, n'a rien de plus merveilleux que la grotte de Ganges.

Il y a encore quelques grottes curieuses dans les environs de Ganges mais qui le sont bien moins que la grotte des Demoiselles. On remarque celle qui se trouve sur le chemin même de Saint-Bauzile à Ganges dans une vigne au pied d'un olivier. Tout y est blanc, transparent, cristallin, parfemé de brillants. Elle n'est point humidifiée. On y voit des morceaux délicatement travaillés un vaste puits et un précipice qui la termine. Cependant elle n'offre rien de particulier. C'en n'offre qu'une grande pièce d'eau qui se précipite avec bruit dans un gouffre profond.
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NÎMES.

Ville ancienne, grande et commercante, avec un Gouvernement particulier militaire, un Évêché suffragant de Narbonne, une Académie des Sciences & Belles-Lettres, etc., située dans une plaine fertile et agréable, à quatre lieues de Beaucaire, à trois de Saint-Gilles, cinq d'Arles, sept d'Avignon, quarante-deux et un quart de Toulouse et à cent cinquante lieues de Paris.

ORIGINE. Nîmes, appelée du temps des Romains Nemausus des Arécomiques, était la capitale du pays des Volces Arécomiques et l'une des plus célèbres des Gaules. L'époque de sa fondation et le nom de son fondateur sont également ignorés. Quelques anciens Auteurs et la plupart des modernes prétendent qu'elle fut fondée par un des enfants ou descendants d'Hercule qu'ils appellent Nemausus. Mais il est plus vraisemblable de croire, avec le célèbre Hais, Évêque de Nîmes qui a composé une dissertation sur cette ville, qu'elle dut son origine à celle de Marseille. Que les Phocéens s'étant établis dans cette ville, Nîmes devint par leur moyen une espèce de colonie grecque.

On remarque en effet qu'elle eut même langage, même religion, mêmes coutumes et mêmes armes que les Grecs ou les Marseillois. Ses habitants qui prirent le nom d'Arécomiques dont l'étymologie est grecque le donnèrent en même temps à vingt-quatre bourgs ou villages de leur dépendance qui composaient une petite république dont Nîmes était le chef-lieu.
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Cette ville devint par la suite colonie romaine et porta le nom d'Augusta Colonia Nemausus ou Augusta Nemausensis. Elle eut le privilège des villes latines celui de faire battre monnaie et d'avoir un Intendant des trésor. Il n'y avait que quatre autres villes des Gaules qui jouissaient de ce dernier privilège.

Cette colonie obtint une grande célébrité. Selon les anciennes inscriptions elle fut en petit ce que Rome était en grand. Elle eut comme cette capitale du monde sept collines dans son enceinte les mêmes Magistrats et les mêmes Pontifes.

Un grand nombre d'Italiens Romains attirés par la beauté de son climat et la fertilité de son terroir vinrent s'y établir. Elle eut alors tout l'éclat des villes les plus florissantes. Ces temples superbes ses aqueducs magnifiques conservés malgré le temps l'ignorance et les convulsions attestent encore son antique splendeur.

Les Vandales commandés par leur Roi Gundéric conquirent la Gaule en 408 et s'emparèrent de Nîmes. Soixante-trois ans après d'autres barbares appelés Goths commirent les mêmes ravages et se rendirent maîtres de cette ville. Enfin après avoir été plusieurs fois assiégée prise et ravagée par les Sarrasins elle fut en 751 réunie à la couronne de France sous le règne de Pépin.

Au neuvième siècle cette ville fut encore en proie aux pillages des Normands. Si à tant de ravages on joint ceux qu'elle a éprouvés pendant les Croisades contre les Albigeois pendant les guerres contre les Anglais contre le parti des Bourguignons enfin pendant les dernières guerres de la religion on sera surpris d'y voir les monuments de son antique magnificence si nombreux et si bien conservés.
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DESCRIPTION. On prétend que l'enceinte de cette ville dont les murs étaient très-forts fut sous les Romains onze fois plus grande et plus étendue qu'elle n'est aujourd'hui. Que son circuit était pour lors de quatre mille cinq cents toises et ses murs fortifiés de quatre-vingt-dix tours avec dix portes et que cette ville subsista ainsi jusqu'au temps de Charles Martel qui en fit détruire presque toutes les fortifications. De sorte que de ce grand nombre de tours il ne reste qu'une partie de celle qu'on appelle la Tourmagne dont les ruines font encore l'admiration des curieux.

La Tourmagne qui était bâtie sur les anciens murs se trouve aujourd'hui hors de la ville sur une éminence assez considérable. Elle offre des ruines qui indiquent suffisamment l'ancienne magnificence de son architecture. On y remarque une espèce de soubassement dont la circonférence est de quarante-trois pieds la hauteur de cinq toises deux pieds qui se liait avec les murs de la ville. Sur ce soubassement s'élève la tour dont le plan est octogone. Un escalier à repos pratiqué dans l'intérieur était éclairé par neuf fenêtres. Il portait dix pieds de large et avait vingt-deux montées de trente marches chacune ce qui faisait cent trente marches.
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La hauteur de cette tour y compris celle du soubassement avait dix-neuf toises trois pieds. Cette hauteur était divisée par trois ordonnances. La partie au-dessus du soubassement offre encore un massif de maçonnerie revêtu de pierres de taille à assises égales couronné d'une corniche. Au-dessus de cette corniche était une ordonnance plus riche composée de pilastres doriques avec l'entablement du même ordre dont on voit encore une grande partie bien conservée. La partie supérieure offrait des pilastres doriques d'une plus petite proportion accompagnés d'entablement et d'un attique. Mais cette partie est ruinée ou absolument déformée.

Cette tour s'élevait en pyramidant. Et au-dessus de chaque corniche la maçonnerie avait deux pieds de retraite vers son centre. Elle s'est conservée malgré le temps et les ordres de Charles Martel dans l'état où on la voit. Elle est de cinq à six toises moins haute qu'autrefois. Sa démolition et son soubassement est encore comblé de ses ruines d'environ une deux toises.

On conjeciture avec assez de fondement que cette tour, fort élevée au-dedans de la ville et éminente au-dedans des autres tours était destinée pour donner des signaux ou pour découvrir de loin les démarches des ennemis. On croit aussi que du temps des Romains elle fut le dépôt des finances de l'Empire.
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Ces deux opinions sur la destination de cet édifice ne sont pas les seules. On a prétendu encore qu'il était un mausolée des anciens Rois du pays qu'il servait de phare pour l'embouchure du Rhône en supposant que la mer venait jusqu'à Nîmes d'où elle est aujourd'hui éloignée de cinq grandes lieues. Qu'il fut consacré à l'apothéose de Plotine. Enfin que c'était le temple des Volces.

La Fontaine de Nîmes est située au bas de l'éminence sur laquelle est bâtie la Tourmagne. C'est une magnifique promenade qui renferme plusieurs objets intéressants et antiques qui ont été découverts lors du rétablissement de ce local.

En 1741 les États généraux de la province de Languedoc s'étant assemblés à Nîmes les Négocians de cette ville présentèrent un mémoire sur la nécessité de conserver les eaux de la fontaine qui commençaient à se perdre. On sentit l'importance de cette demande. On travailla à déblayer l'antique fontaine de Nîmes détruite par les barbares et qui était munie ensevelie sous ses ruines pendant l'espace de treize siècles.

En creusant dans les environs de la source on trouva des vestiges de bains antiques. Alors le zèle des citoyens s'échauffa. Ils songèrent à rétablir les monuments de l'ancienne gloire de leur ville. Chacun s'empressa de présenter des plans. La Cour décida et M. Maréchal fut en 1744 chargé de la direction des travaux qui furent aussitôt commencés.
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On découvrit d'abord le puits de la source. Ensuite au bout du bassin un temple taillé dans le roc revêtu de pierres de taille où l'on trouva plusieurs débris d'architecture. On découvrit ensuite un pont formé de trois petites arches et une infinité de choses curieuses. Des anneaux d'or d'acier tels que les portaient les Chevaliers romains. Des vases brisés de toutes matières surtout de terre sigillée ou de Leen Fos si estimée chez les Romains. On y trouva aussi des autels des inscriptions sans nombre des statues de marbre de pierre et quelques-unes de bronze. Enfin une infinité de médailles très-précieuses en bronze en argent et deux coins romains à battre monnaie dont l'un est au cabinet du Roi etc. etc.

(1) On trouva un si grand nombre de médailles qu'il s'en établit sur les lieux un commerce où chacun contentait avec jugement son goût ou son intérêt selon l'abondance des curieux et la connaissance des vendeurs. Un seul paysan qui trouva trois cent soixante livres pesant de médailles renfermées dans une urne et qui les vendit quoique très-belles et très-rares à raison de quinze sous la livre fit considérablement baisser la valeur de ces antiquités.

Quoique la plupart de ces objets précieux devinrent la proie du premier venu et que la ville ne recueillit pas tout ce qui lui appartenait dans les découvertes, elle a néanmoins tiré un parti considérable des matériaux nombreux et de toute espèce dont elle s'est servie pour l'établissement de cette fontaine. Mais cela ne lui suffisait pas.
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Elle obtint de la Cour un droit de subvention pour fournir aux dépenses nécessaires. En conséquence les travaux n'éprouvèrent plus aucun retard. On conserva dans cette construction beaucoup de choses antiques et on y en ajouta beaucoup de moderne.

La Cour de la fontaine est enfermée par une muraille faite sur la ligne de l'ancienne. Les escaliers demi-circulaires par lesquels on y descend sont faits sur l'antique. L'escalier à deux rampes qui est au-dessus de ces premiers est un ouvrage moderne. Le pont par où les eaux de la fontaine s'écoulent dans le premier bain n'a aujourd'hui que deux arches. L'antique lorsqu'on le découvrit à la même place en avait trois.

Le premier bain que l'on nomme improprement le Nymphée était la place destinée aux bains. C'est au même lieu de l'antique qu'est construit le stylobate ou grand piédestal qui porte la statue. La frise de ce stylobate est exactement copiée d'après celle de l'antique.

Les chambres des anciens bains y ont été conservées et l'on a mis au devant d'elles une nouvelle file de colonnes qui soutiennent une corniche en saillie. Ce bain qui du temps des Romains n'avait sans doute de l'eau que dans ces rigoles demi-circulaires qui servaient autrefois à placer des cuves pour les bains ne sert plus à rien aujourd'hui. De manière dit un Anonyme qui a publié un ouvrage sur cette ville qu'un homme qui voit pour la première fois la fontaine et demande le but de ce bain dans toutes ses parties est étonné qu'on lui réponde qu'il est l'ornement d'une chose dont les anciens se servaient et que cependant il n'a pas praticable pour le même usage.
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Ce bassin verse ses eaux dans un grand bassin que l'on nomme communément le bain des Romains qui autrefois servait de réservoir. Il est carré et a six arceaux de chaque côté. Ceux du midi sont feints. Ceux du nord servent à l'entrée des eaux qui découlent du premier bassin. Ceux de l'orient et de l'occident donnent issue aux mêmes eaux qui vont remplir les deux canaux latéraux de la fontaine.

Le Parterre entouré d'eau forme une île de figure elliptique qui peut avoir environ cent vingt toises dans son plus grand diamètre. On y arrive par trois ponts. Ce parterre est bordé de trois terrasses chacune de huit toises de largeur. La première est terminée à ses deux extrémités par deux grands escaliers garnis de leurs balustrades. L'on monte par ces escaliers pour arriver aux deux autres terrasses plus élevées.

De la première terrasse qui est au milieu de l'ovale on descend par trois escaliers dans trois belles allées de cinquante toises de longueur. Elles coupent par le milieu le parterre dont chaque partie offre des broderies et des fleurs. Huit grands vases de marbre et quatre statues avec leurs piédestaux complètent l'ornement de cette promenade.

Le Cours qui mène de la ville à ce parterre a trente-trois toises de largeur sur plus de trois cents de longueur. Il est planté de quatre rangées d'arbres qui forment trois belles allées couvertes.

Il y a plusieurs projets d'embellissements relatifs à ce cours à la partie de la ville qui y aboutit et mène à la fontaine qui ne sont pas exécutés et qui ne le seront peut-être pas de long-temps.
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Le Temple de Diane est situé près de la fontaine dont nous venons de parler. On n'est pas plus autorisé à attribuer ce temple à Diane qu'à quelques autres Divinités auxquelles plusieurs Savants ont prétendu qu'il était consacré. On a même dit peut-être avec plus de raison que c'était un Panthéon.

Le plan de cet édifice a la figure d'un carré long. Il forme un vaisseau de neuf toises de longueur de sept et demie de largeur et de seize pied six pouces de hauteur dans œuvre. Il est voûté en tonne plein cintre et couvert de dalles. Dans l'intérieur la voûte était supportée par seize colonnes corinthiennes avec un entablement dont la corniche est à denticules.

Douze niches sont pratiquées dans les murs. Cinq à chacun des deux murs latéraux et deux aux deux côtés de la porte. Dans ces niches étaient placées douze statues qui représentaient sans doute les douze grands Dieux. C'est ce qui a fait conjecturer que cet édifice était plutôt un Panthéon qu'un temple consacré à une seule Divinité.

La principale table était placée au fond du temple vis-à-vis la porte d'entrée dans un réduit ou renfoncement assez semblable aux chapelles de nos églises orné de six pilastres dont quatre étaient de face et deux en arrière dans l'enfoncement.

À chaque côté de ce réduit étaient deux ouvertures carrées profondes d'une toile pied trois pouces au fond desquelles on avait pratiqué un soupirail qui pouvait servir ou à exhaler la fumée de victimes ou à rendre des oracles. Les plafonds de ces réduits étaient sculptés avec délicatesse.
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Ce temple était éclairé par une fenêtre pratiquée au-dessus de la porte d'entrée. Son ouverture avait de hauteur cinq pieds et quinze de largeur. Le pavé était en mosaïque.

La porte d'entrée à plein cintre avait trois toises deux pieds trois pouces de haut sur une toile cinq pieds trois pouces de large.

À chaque côté du temple régnait une galerie couverte de neuf toises dix pouces de long sur une toile un pied un pouce de large. On accédait à ces deux galeries par deux perrons placés aux deux côtés de la porte du temple. L'une et l'autre aboutissaient au réduit du sanctuaire dont nous venons de parler. Une cour était jointe à chacune de ces galeries. L'une servait sans doute de retraite aux victimes destinées aux sacrifices et l'autre communiquait du temple à l'appartement des Prêtres.

Ce temple est fort dégradé mais ce qu'il en reste est assez précieux et suffit pour faire juger de ce qu'il était.
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La Maison carrée est située dans la ville entre la porte de la Madeleine et celle de la Boucherie.

Cet édifice est un des plus beaux des plus élégants et des mieux conservés de tous ceux qui nous restent des anciens Romains. Pendant long-temps les sentiments étaient fort partagés sur sa destination. On l'a successivement qualifié de Capitole de maison consulaire de Prétoire et de Basilique consacrée à Plotine. Feu M. Ségnier fixa enfin les opinions par un moyen aussi nouveau qu'ingénieux. Il découvrit que ce temple avait été consacré à Cajus et à Lucius deux fils adoptifs d'Auguste et Princes de la jeunesse l'un étant Consul l'autre Consul désigné de ligne.

C'est ce qu'exprimait l'inscription gravée dans la frise et dans l'architrave de la principale façade de ce temple que M. Ségnier est parvenu à déchiffrer quoique les caractères en bronze qui la composaient eussent été enlevés par les barbares. Il a reporté sur du papier les trous dans lesquels étaient fichés les crampons qui attachaient les lettres de métal.
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DESCRIPTION'

...indications de ces trous et quelques traces de lettres qui étaient restées sur le mur lui ont fait découvrir l'inscription suivante:

C. MAKI. AUGUSTI.F. COS. L.
AUGUSTI F. COS. DESIGNATO.
PRINCIPIBUS. JUVENTUTIS.

On a placé sur la porte une nouvelle inscription latine qui annonce que l'an 1689, par les soins et par le zèle de Nicolas Lamoignon, Intendant en Languedoc, Louis XIV fit réparer cet ancien temple et de profane qu'il était autrefois le rendit un temple consacré au vrai Dieu.

Ce temple offre à ses faces extérieures un portique de trente colonnes cannelées d'ordre corinthien dont les chapiteaux sont à feuilles d'olivier sculptées dans la plus grande perfection. Excepté les colonnes du porche les autres sont engagées d'un demi-diamètre dans la maçonnerie. La frise est chargée de rinceaux d'un travail précieux. Un soubassement qui règne tout autour porte cette ordonnance.

Le plan de l'édifice composé du porche est un parallélogramme de quatorze toises de long sur huit de large et six de hauteur. La façade offre un porche formé par six colonnes couronnées d'un fronton et de la même ordonnance que le reste de l'édifice. Au fond de ce porche est la porte principale. Elle a une toile quatre pieds de largeur trois toises quatre pieds de hauteur. Elle est accompagnée de deux beaux pilastres.
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Le comble de cet édifice n'était point soutenu par une voûte mais par une charpente recouverte de dalles. Au-dessous du porche était un souterrain voûté qui avait son ouverture du côté de l'orient.

En 670 les Religieux Augustins firent l'acquisition de cet ancien temple et l'adoptèrent pour leur église. Ils en sont encore en possession et c'est à eux que l'on doit en grande partie le bon état où l'on voit encore ce superbe édifice.

L'ARÈNE ou L'AMPHITHÉÂTRE. Cet édifice que l'on croit le plus ancien de tous ceux antérieurs à cette époque en ce genre est situé entre la porte de Saint-Gilles et celle de Saint-Antoine. Sa forme est une ellipse parfait dont le grand axe se trouve dans la direction de l'orient à l'occident. Sa longueur est de soixante-six toises trois pieds hors d'œuvre. Le petit axe a cinquante-une toises aussi hors d'œuvre. La hauteur est de dix toises quatre pieds six pouces. Cette hauteur est divisée par deux rangs de portiques au nombre de soixante chacun.

Au rez de chaussée les portiques forment une galerie couverte qui règne au pourtour de l'édifice. Aux quatre points cardinaux sont quatre portes principales par lesquelles on entre dans l'amphithéâtre. L'étage supérieur composé du même nombre d'arcades entre lesquelles sont des colonnes torsées se termine par un attique.
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Dans l'intérieur de cet amphithéâtre trente-deux rangs de sièges régnaient tout autour et servaient à placer les spectateurs. Il n'en reste plus aujourd'hui que dix-sept dans les endroits les moins délabrés. On y voyait à ces sièges par trois rangs de préfoires espèces de corridors liés aux extrémités des escaliers qui partaient des portiques.

Suivant le calcul fait en donnant à chaque personne vingt pouces de place les sièges de cet amphithéâtre devaient contenir environ dix-sept mille spectateurs.

Au-dessus de l'attique on trouve à égale distance des consoles au nombre de cent vingt qui font saillie de dix-huit pouces. Chacune de ces consoles a dans le milieu une ouverture par ces ouvertures on plaçait les poteaux qui soutenaient des tentes destinées à mettre les spectateurs à l'abri des injures de l'air.

La principale partie de cet édifice est bâtie sans mortier et sans ciment. Les pierres ont trois toises de long.

On a formé plusieurs conjectures sur l'époque de la construction et sur le fondateur de ce monument. La plus raisonnable établit qu'il a été bâti pendant le règne d'Antonin.

Sous les Français cet amphithéâtre ne fut plus employé à des jeux publics. On le traverstit en forteresse. Charles Martel qui en 737 avait détruit les murailles et fait baller les portes de Nîmes mit aussi le feu à cet édifice qui était déjà un château fort. Mais il ne put réussir à sa destruction.
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Cet amphithéâtre devint ensuite le chef-lieu de la Vicomté de Nîmes. Il y a eu même une juridiction particulière et des avoués des hauteurs de la ville. Sous le règne de Charles VI cette juridiction fut réunie à celle de Nîmes.

Dans l'intérieur de cet amphithéâtre on a trouvé plusieurs bas-reliefs qui ont beaucoup exercé les antiquaires.

Celui de Remus et Romulus allaités par une louve se voit sur la face d'un des pilastres qui sont près de la porte septentrionale. On est emblemai d'Antonin Pie dont l'excellent gouvernement le fit regarder comme un second fondateur de Rome. On a découvert plusieurs médailles de cet Empereur qui portent au revers le même sujet.

Le bas-relief des Gladiateurs est entre la porte de l'amphithéâtre dont le fronton est orné de taureaux et le pilastre de la louve sur un garde-fou du portique supérieur. Ce bas-relief marque la destination de cet édifice. On en voyait un autre semblable que le temps a détruit.

DES PRIAPES. On voit dans l'amphithéâtre trois de ces figures. La première est près du palais après avoir passé le pilastre de la louve. Ce Priape est d'une forme singulière. Il est triple a des pattes et des ailes. Deux de ces parties sont bequetées par des oiseaux. À la troisième est attachée une sonnette mais cette dernière partie a été dégradée.

Le second Priape est semblable au premier avec la différence qu'on n'y voit ni sonnette ni oiseaux qui bequetent et qu'il est monté par une femme qui tient les deux grandes parties avec des rênes et semble vouloir les conduire.
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Le troisième Priape se trouve dans le linteau d'un vomitoire du portique du second rang d'arcades vis-à-vis du jeu de paume. Il est double seulement et n'a ni pattes ni ailes.

Plusieurs Auteurs pensent que ces Priapes formaient des emblèmes moraux dont le sens n'était connu qu'aux initiés. Ce ne serait pas aujourd'hui avec de pareilles figures qu'on réussirait à inculquer la morale aux modernes. Quelques savants conjecturent avec plus de vraisemblance que ces Priapes sont des symboles de la population et le symbolisme énergique.

Depuis long-temps l'intérieur de cet amphithéâtre était rempli déshonoré et obstrué par plusieurs masures. Les habitants de la ville de Nîmes obtinrent le 28 mai 1736 un arrêt de la Cour d'État qui ordonne la restauration de l'amphithéâtre et la démolition des maisons qui sont tant dans l'intérieur que dans le pourtour extérieur de cet antique monument.

On lit dans le préambule de cet arrêt: « Sa Majesté a jugé digne de l'accueil le plus favorable une entreprise qui doit rendre aux Arts et à l'admiration publique un édifice célèbre échappé aux ravages des guerres et du temps etc. »
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Nîmes contenait encore plusieurs autres monuments des Romains qui n'ont pu échapper au temps et aux barbares et sur l'existence de la plupart desquels on n'a que des conjectures. Tels sont le temple de Florin qui était à ce qu'on croit dans l'emplacement qu'occupe aujourd'hui le palais du Grenier le temple des Sérapis le temple de Diane le temple d'Apollon etc.

On a découvert aussi à différentes époques un grand nombre d'antiquités telles que des fragments d'inscriptions de colonnes de statues. Parmi les fragments de statues on distingue une tête colossale d'Apollon. On a également trouvé dans les ruines des anciens bains dont nous avons parlé une autre statue d'Apollon toute tronquée mais dont les fragments annoncent qu'elle avait sept pieds quatre pouces de proportion et qu'elle était d'une grande perfection.

On a découvert des aigles des termes des statues de Mirions une déesse Salés des dieux Pénates des pavés en mosaïques et surtout de belles médailles entre lesquelles il en est de très-anciennes frappées du temps que Nîmes était colonie et qui représentent un crocodile attaché à un palmier. Emblème qui sert aujourd'hui de blason à la ville.

L'Hôtel de ville situé entre la cathédrale et la maison carrée n'est guère remarquable que par son horloge. Dans la grande salle on voit un crocodile que la ville se procura en 1597 et plusieurs autres qu'elle fit venir dans la suite.

Le crocodile comme nous venons de le dire est le type d'une médaille frappée du temps que Nîmes était colonie. Les habitants l'ont au seizième siècle adopté pour leur blason.

La citadelle qui consiste en quatre bastions est au nord à l'extrémité supérieure de la ville. Elle a été bâtie en 1687 par ordre du Roi Louis XIV et a servi à prévenir plusieurs désordres.
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La Place de la Salamandre située du côté de la porte de la Couronne est remarquable par un obélisque élevé en mémoire du séjour que fit à Nîmes en 1515 François Ier. Ce monument offre une colonne surmontée d'une salamandre que ce Roi s'était choisi pour devise. On y voit cette inscription:

FRAN[C]. F. REX. P.P. M.P.Q. NEMAUSII DD.

Francisci Francorum Regi Patri Patriae Magestatus Populusque Nemausii dedicaverunt.

L'Église Cathédrale située entre l'Hôtel de ville et la porte des Carmes était autrefois connue sous le nom de Sainte-Marie et de Notre-Dame. Elle porte aujourd'hui celui de Callor que l'on prétend avoir été le premier Évêque du diocèse.

Le 5 juillet 1096 le Pape Urbain II arriva à Nîmes y assembla le Concile qu'il avait indiqué à Arles et le lendemain il dédia la cathédrale en présence de Raimond de Saint-Gilles qui s'était rendu dans cette ville pour recevoir ce Pontife.

Ce Comte Raimond afin de donner au Pape en cette occurrence preuve de son amour pour l'Église voulut absolument éteindre la Cathédrale de Nîmes. Il l'épousait en effet il la dota considérablement et fit expres dresser un acte pour conserver la mémoire de ce religieux mariage.
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Ceux que le souvenir des vertus intéressera ne doivent pas publier d'aller voir le tombeau de Fléchière Évêque de Nîmes. Plus important encore par son humanité que par son éloquence.

Ce tombeau se voit dans la cathédrale et dans la chapelle paroissiale à droite du chœur avec une épitaphe latine qui est fort belle. Quelque temps avant sa mort ce prélat ordonna lui-même la construction de ce simple monument dans la crainte que ses neveux ne lui en élèveraient un plus magnifique.

Le nom de Fléchier est encore gravé dans le cœur de tous les habitants de Nîmes et c'est moins son talent que ses bienfaits qui lui ont valu cette vénération. Il légua à l'Hôtel-Dieu de cette ville huit mille livres. À l'hôpital général vingt mille et trois mille à la maison du refuge qu'il avait fondée. Il fit encore plusieurs autres établissements utiles tels que ceux des Mirions des Filles de la Charité et de la Providence destinées à recevoir les pauvres orphelins.

Pendant l'affreux hiver de 1709 il ouvrit ses greniers aux malheureux. Les Protestants comme les Catholiques eurent une part égale à ses bienfaits. Il ne considérait pas leur croyance mais leurs besoins.
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Il refusa d'employer à la construction d'une église des fonds destinés à des aumônes. « Quels cantiques vaudraient les bénédictions du pauvre ? Qu'y a-t-il de plus digne des regards de Dieu que les larmes des indigents essuyées par ses ministères ? Quand on lui parlait des excès de son zèle et de ses charités Sommes-nous Évêques pour rien ? »

Cet prélat modèle des vertus épiscopales malheureusement trop rares aujourd'hui digne rival des Fénelon et des Maillons mourut le 16 février 1720 regretté des Catholiques et des Protestants dont il avait été avec distinction le bienfaiteur.

Dans un autre siècle on l'aurait canonisé. Dans celui-ci ses talents et ses vertus l'ont placé au rang des hommes immortels de la France. Il n'était pas né de parents nobles. Mais quelle noblesse quelle illustration peut égaler la tienne ? Quels titres en parchemin acquis par l'argent ou par succession peuvent être mis en parallèle avec les titres que lui valurent son éloquence et ses vertus ?
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Il semble que les Évêques de Nîmes soient dans ce siècle-ci des modèles à offrir à tous les Évêques du royaume. M. Becdelièvre que la mort a enlevé en 1787 digne par ses vertus et par ses bienfaits d'être un successeur de Fléchier fut pendant cinquante années constamment vertueux tolérant et constamment aimé des Protestants et des Catholiques. Chose rare si vous m'en croyez. Aujourd'hui dans un si long espace de temps il ne sortit jamais de son diocèse et n'abandonna jamais ses ouailles pour venir participer aux jouissances commodes de la capitale.

Cette église cathédrale fut en 1567 abattue par les Protestants. La façade et le clocher qui y est attenant furent épargnés et subsistent encore dans leur ancienne forme. Elle fut réédifiée en 1190 détruite encore en 1621 enfin rebâtie en 1646 telle qu'on la voit aujourd'hui.

Dans l'ancienne église des Jésuites occupée maintenant par des Doctrinaires est un tableau curieux peint par un Italien qui représente Jésus portant sa croix et Saint-Ignace que par anachronisme l'Artiste a placé là en contemplation.

L'ACADÉMIE ROYALE de Nîmes fut établie en 1682. L'Évêque Fléchier obtint son association avec l'Académie Française et après quelques interruptions cette société tint et a toujours depuis tenu ses séances avec beaucoup de régularité.

En 1786 on a proposé l'établissement d'un Musée et d'une Bibliothèque publique mais ce projet n'étant fondé que sur des bases incertaines pourrait bien n'être pas bientôt exécuté.
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HOMMES ILLUSTRES. Du temps des Romains Nîmes a produit Domitius Ajax qui né de parents obscurs fréquenta à Rome le barreau y parut avec succès. Mais sa basse flatterie s'y fit encore plus remarquer que son éloquence. Ce fut cependant lui qui sous les Empereurs Tibère et Caligula ramena dans Rome le goût de la véritable éloquence.

T. Aurelius Futvius se rendit recommandable par ses vertus militaires. Il fut deux fois Consul sous l'Empereur Domitien. Il eut un fils né à Nîmes qui illustra sa patrie en recevant les honneurs consulaires qu'il méritait. De lui naquit l'Empereur Antonin.

Sous les Français Jean Nicot Médecin se distingua parmi ses compatriotes. Par ses intrigues et ses talents il s'introduisit à la Cour et devint Ambassadeur en Portugal. À son retour il apporta en France la plante qui fut appelée de son nom Nicotiane. Cette plante fut présentée à la Reine Catherine de Médicis. Elle reçut alors le nom d'herbe à la Reine et puis celui de tabac de Tolugo d'où elle fut tirée d'abord. Ainsi c'est à Jean Nicot que la France doit cette superfluité à la fois nuisible et propre.

M. Ségnier de plusieurs Académies devina pour ainsi dire l'inscription détruite du monument de la Maison Carrée et qui après avoir formé un cabinet précieux composé d'antiques presque toutes découvertes à Nîmes en refusa un prix considérable de l'impératrice de Russie et préféra en faire présent à l'Académie dont il fut l'organe. Cet homme justement célèbre par ses vertus et son érudition est mort en 1784 regretté des Savants et de ses amis.
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ÉVÉNEMENTS REMARQUABLES. Nîmes a éprouvé bien des désastres. Pendant les guerres contre les Albigeois elle fut souvent en butte aux violences des parties belligérantes. Dans le temps des guerres de la religion cette ville dont le plus grand nombre des habitants était de la religion prétendue réformée devint presque continuellement le théâtre des sièges des combats des révoltes et des massacres.

Dès l'an 1541 les nouvelles opinions religieuses avaient fait bien des progrès dans le Languedoc et surtout dans la ville de Nîmes. Mais cette réformation était cachée sous le voile du mystère. Peut-être aurait-elle long-temps mûri dans cet état d'obscurité si la persécution et le fanatisme ne l'en eussent tirée.

Au lieu de chercher à convertir ces dévoyés par des exemples et par des sermons on les faisait périr dans les flammes. Le Parlement de Toulouse dans la même année en condamna un très-grand nombre à être talés vifs. Les exécutions affreuses se firent à Nîmes au mois d'août 1551 et leurs biens furent confisqués. On travailla ensuite à la recherche de ceux qui avaient échappé et l'année suivante on vit encore des bûchers s'allumer pour consumer de nouvelles victimes.

La persécution ne fait qu'accroître ce qu'elle s'acharne à détruire. Les martyres des premiers Chrétiens ne servirent qu'à accélérer les progrès du Christianisme. De même les martyres de la nouvelle secte ne firent qu'augmenter le nombre des Sectaires. Nîmes comme presque tout le Languedoc fut bientôt peuplée d'Huguenots.
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La Conjuration d'Amboise contre les Guises causa le massacre de douze cents Protestants. Il fut suivi de plusieurs autres et notamment de celui de Naucres. Ces massacres déterminèrent tous les Protestants du royaume à se mettre en sûreté et à se venger de leurs persécuteurs.

Le fanatisme le plus acharné animait les deux races. Les Protestants de Nîmes qui composaient la partie la plus considérable et plus distinguée des habitants ne gardèrent plus aucuns ménagements avec leurs ennemis.

Le 9 septembre 1560 le Ministre Guillaume Baudoget vint à la tête de nombreux Auditeurs s'emparer de l'église paroissiale de Saint-Étienne du Capitole. Ils en chassèrent le Curé et les Prêtres brisèrent les images et renversèrent les autels. Le faisceau et surtout du couvent des Cordeliers et voulurent quelque temps après célébrer publiquement la Cène.

Le Vicomte de Joyeuse qui commandait dans la province vint à Nîmes pour s'opposer à ce projet. Il fit sortir de cette ville plusieurs Protestants étrangers au nombre de cinq cents. Plusieurs habitants éprouvèrent le même sort. Il fit aussi mettre en prison les principaux auteurs du tumulte. Mais le Vicomte de Joyeuse n'avait pas assez de force et les Religionnaires étaient trop nombreux.
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Les exercices de la nouvelle religion se continuèrent bientôt publiquement à Nîmes. Les Consuls de cette ville semblent faire l'apologie de ces pratiques dans une lettre où ils rendent compte à Monsieur de Joyeuse de ce qui se passait dans la ville. « Il se fait de jour des assemblées en maisons privées sans armes avec un Ministre qui prêche à grande troupe de gens de toute sorte de la ville que des étrangers faisant prières et chantant les psaumes de David sans aucune insulte sédition et trouble y. »

L'espèce de liberté dont jouissaient les Religionnaires à Nîmes était que précaire. Mais comme leur nombre croissait de jour en jour et que leur parti prenait de la confiance ils devinrent plus fiers et plus exigeants.

Ayant appris que leurs frères de Villeneuve avaient été attaqués et maltraités par les Catholiques ils attendirent l'occasion favorable pour les venger.

Le 21 décembre 1561 trouvant le lieu où ils tenaient leur prêche trop circonscrit pour contenir tous les Auditeurs ils entrèrent au nombre de deux mille par force dans la cathédrale pendant que l'Évêque y célébrait la grand-messe.
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Le Prélat fut obligé de s'enfuir ainsi que les Chanoines et les Catholiques. Les Protestants maîtres de cette église la pillèrent en renversèrent les images et statues firent les mêmes profanations chez les Carmes chez les Jacobins et dans l'abbaye des Filles de Saint-Sauveur de la Font dans celle de Sainte-Claire et dans toutes les autres églises.

L'après-midi ils rassemblèrent les statues des Saints les titres des maisons religieuses les ornements ecclésiastiques les reliques etc. etc. Ils en allumèrent un grand feu devant la cathédrale. On ajoute qu'ils dansèrent autour de ce feu en criant qu'ils ne voulaient ni tées ni idoles ni idolâtres.

Le 24 décembre suivant le Ministre Viret prêcha dans la cathédrale et y attira un grand concours de peuple.

Quelques années après ils embrassèrent le parti du Prince de Condé et le 30 septembre 1567 conformément aux ordres de ce Prince ils se livrèrent à de cruels excès. Ils tuèrent les principaux Catholiques de la ville.
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Les Grands-Vicaires les Évêques ne furent point épargnés. Dans une nuit soixante-douze Catholiques furent massacrés dans la cour de l'évêché et jetés dans le puits. L'Évêque échappa à la mort en payant cent vingt écus de rançon.

On aurait encore plusieurs événements à raconter de cette nature. Mais ils révoltent il faut les taire et s'applaudir de ne les plus voir se renouveler de nos jours. Il faut dire que de toutes les villes du Languedoc Nîmes est celle où les Protestants devinrent les plus nombreux se rendirent les plus puissants et les plus redoutables.

COMMERCE. Nîmes est une des villes les plus commerçantes du Languedoc. Elle contient plusieurs manufactures et particulièrement celle de bas de soie qui est connue dans toute l'Europe.
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POPULATION. On compte environ quatorze mille âmes dans cette ville. M. Necker dans son ouvrage sur l'Administration des finances fait monter cette population à cinquante mille âmes.

PONT-DU-GARD.

Ce monument situé entre Uzès et Nîmes sur la rivière nommée le Gardon à trois lieues de chacune de ces villes à quatre lieues d'Avignon entre deux montagnes dont il forme la jonction fait partie d'un aquéduc destiné à conduire autrefois les eaux de la fontaine d'Eurei qui prend sa source un peu au-dessous d'Uzès jusqu'à la ville de Nîmes.

HISTOIRE. Les Romains pour construire un aquéduc qui devait conduire les eaux de la fontaine d'Eurei à Nîmes ne furent point rebutés par les nombreux obstacles qui s'opposaient à cette entreprise. Il semble que ces vainqueurs du monde se plaisaient à triompher de tous les objets de la nature. Les rochers nombreux les aspérités les vallons n'arrêtèrent point l'exécution de ce grand projet.

Les contours que par la forme ingrate du terrain on a été obligé de donner à cet aquéduc forment en étendue une construction de près de neuf lieues.

La rivière du Gardon qui descend des montagnes des Cévennes et va se précipiter dans le Rhône un peu au-dessous de Valbrègue forme dans l'endroit où travers l'aquéduc un profond gouffre. Ce fut pour continuer la même pente au-dessus de cette profondeur qu'on éleva entre deux montagnes ce colosse de maçonnerie qui a près de cent cinquante pieds de hauteur.
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DESCRIPTION. Ce monument que l'on regarde comme une des plus belles antiquités qui existent est composé de trois ponts l'un au-dessus de l'autre ou bien de trois rangs d'arcades à plein cintre d'un ordre toscan.

Le premier rang d'en bas forme un pont de six arches sous une desquelles coule la rivière du Gardon. Ces arches sont de différentes grandeurs. Mais leur ouverture est à peu près de soixante pieds chacune. Leur élévation est d'un peu plus de soixante pieds.

Le second rang d'arcades est composé de onze arches qui ont à peu près la même ouverture et la même hauteur que celles du premier rang auxquelles elles correspondent perpendiculairement.

Le troisième rang offre trente-cinq petites arcades dont chacune a environ dix-huit pieds de hauteur et quatorze d'ouverture. Au-dessus de ces arches est l'aquéduc qui fait le couronnement de toute la construction. Cet aquéduc est large de quatre pieds haut de quatre pieds et demi. Il est couvert de pierres plates et jointes avec du ciment.

Ce qui reste de cet aquéduc hors du Pont-du-Gard est encore assez considérable. On y voit une suite de murs et d'arcades qui font juger de la magnificence de tout l'ouvrage.
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Le Pont-du-Gard a des avant-becs et point d'arrière-becs. Il est fondé sur un rocher vif.

Autrefois on circulait sur le premier pont avec des voitures. Et du côté où venait la lenteur on avait échancrure les piles du second pont et on y avait pratiqué des émoussements afin d'en élargir un peu plus le passage. Mais cette échancrure ayant ébranié ce grand édifice M. de Bliville Intendant du Languedoc fit réparer ces piles de même que les voussoirs qui manquaient à des arcs doubleaux.

Cet ouvrage est maintenant dans un état de solidité durable. M. de Bliville cependant a laissé au même endroit un petit chemin où un homme à pied et un cheval peuvent passer aisément.

On n'a rien de certain sur le fondateur de cet aquéduc. On croit qu'il fut bâti par l'Empereur Adrien. Les trois lettres A.E.A. qui forment la seule inscription qu'on ait trouvée sur le Pont-du-Gard doivent dans cette supposition s'expliquer par Aquaeductus Adriani. Cette opinion est la plus généralement adoptée.

On a trouvé sur ce monument plusieurs figures en bas-reliefs telles sont une déesse Iris voilée et un Priape qu'on croit être l'image d'Osiris son époux.

On y voit encore un Priape qu'on a appelé Lièvre parce que étant formé de trois Priapes il imite la forme d'un lièvre courant. On le trouve au côté de l'odant contre le haut du pilier de la troisième arche du second pont et au-dessus du côté du midi du pont.

On trouve aussi un autre Priape sous la voûte du plus bas pont où passe l'eau de la rivière du Gardon.
[Page 1070]

Les Goths et autres barbares ennemis de la gloire des Romains après avoir inondé la province s'efforcèrent de détruire cet édifice. Mais ils ne purent réussir qu'à démolir les deux extrémités.

SAINT-GILLES.

Petite ville située sur le nouveau canal d'Aigues-Mortes à six lieues de Beaucaire à cinq de Nîmes et à six et demie d'Aigues-Mortes.

Au commencement du sixième siècle Sainte-Gilles Athénien de naissance vint se retirer dans un désert proche la rive droite du Rhône et vers l'embouchure de ce fleuve dans la mer.

Des Officiers de Théodoric étant à la chasse dans ce canton poursuivirent une biche qui se réfugia dans la grotte de l'Hermite. Ces Officiers admirèrent la vie pénitente de Saint-Gilles et en informèrent Théodoric qui quoique Arien touché des vertus du Saint lui accorda la propriété du lieu qu'il avait choisi et défendit qu'on troublât son isolitude.

Saint-Gilles ayant attiré un grand nombre de disciples bâtit dans le même endroit un monastère dont il fut le premier Abbé. Après sa mort le monastère prit son nom et devint ensuite fort célèbre par les miracles que Dieu opéra dit-on sur son tombeau et par le concours des Pèlerins.

Vers le milieu du neuvième siècle l'Abbé de Saint-Gilles éprouva bien des tracasseries de la part de l'Évêque de Nîmes. Ce Prélat d'une humeur ambitieuse et tyrannique s'empara du monastère chassa l'Abbé et ses Moines sans autre motif que son avidité.
[Page 1071]

Le Pape Jean VIII qui vivait alors en France se déclara en faveur de l'Abbé. Mais à peine ce Pontife fut-il sorti du Royaume que l'Évêque envahit de nouveau l'abbaye de Saint-Gilles en chassa les Moines et l'Abbé et s'empara de leurs biens. Cette affaire eut des suites orageuses. L'Évêque fut obligé de restituer les biens usurpés.

Dans les onzième et douzième siècles les Comtes de Toulouse se firent honneur de porter le titre de Seigneurs de Saint-Gilles ou de le faire prendre à leurs fils aînés.

Cette abbaye fut dans la suite habitée par des Religieux de Saint-Benoît jusqu'au temps de sa sécularisation ou de son changement en régalie qui est son dernier état.

La réputation de ce monastère occasionna la construction d'une ville qui prit le nom de Saint-Gilles. Quelques Auteurs prétendent mais sans fondement qu'elle fut bâtie sur les ruines d'une ancienne ville nommée Héraclée.

Saint-Gilles contient le premier prieuré des anciens hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Il y avait dans cette ville avant l'établissement de ce grand prieuré un hôpital pour la réception des Pèlerins qui s'y embarquaient pour aller dans la Terre-Sainte.
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ÉVÉNEMENTS REMARQUABLES. Ce fut à Saint-Gilles que l'infortuné Raimond VI Comte de Toulouse Prince souverain d'une grande partie de la France accusé d'avoir favorisé quelques-uns de ses sujets qui ne pensaient pas tout à fait comme les autres et d'avoir commis quelques crimes dont on ne l'avait point convaincu reçut l'absolution.

La scène fut traitée par un Prêtre comme pourrait l'être par son Magistère un Écolier indocile.

Milon Légat du Pape accompagné d'une douzaine de Prélats de France conduisit Raimond sous le vestibule de l'église de l'abbaye où l'on avait dressé un autel sur lequel était placé le Saint-Sacrement et les reliques des Saints.

Ce Prince était nu jusqu'à la ceinture et en cet état humiliant on lui fit faire devant toute l'assemblée un serment dont voici quelques expressions:

« L'an XII du pontificat du seigneur Pape Innocent III le 18 de juin (1205) Je Raimond Duc de Narbonne jure sur les saints Evangiles en présence des saintes Reliques de l'Eucharistie et du bois de la vraie-Croix que j'obéirai à tous les ordres du Pape et aux vôtres Maître Milon Notaire du seigneur Pape...
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DESCRIPTION'

Sur ce que les autres ayant fait serment d'observer la paix on dit que j'ai refusé de la signer. En ce qu'on dit que je n'ai pas gardé les serments que j'ai faits pour l'expulsion des Hérétiques et de leurs fauteurs. Sur ce qu'on dit que j'ai toujours favorisé les Hérétiques. Sur ce qu'on me regarde comme suspect dans la foi. Sur ce qu'on dit que je n'ai pas voulu rendre justice à mes ennemis lorsqu'ils m'offraient la paix. Pour avoir confié à des Juifs les offices publics...

En ce que j'ai fortifié les églises et que je m'en sers comme des forteresses &c...

Si j'enfreins ces articles et les autres qu'on pourra me prescrire je consens que sept de mes châteaux (qu'il indique) soient confisqués au profit de l'église Romaine qu'elle rentre dans le droit que j'ai sur le Comté de Meleuil. Je veux et j'accorde de plus en cas que je sois excommunié qu'on jette l'interdit sur tous mes domaines &c. »

Le Légat Milon en vertu de ce serment lui commanda d'exécuter dans la suite une multitude d'articles que l'intérêt du Pape et des Ecclésiastiques ses ennemis exigeait. Le Comte pénitent promit d'obéir à tout.

Et pour expier les prétendus crimes qui n'étaient prouvés que par des on dit ce Légat mit au cou du Prince une étoile dont il prit les deux bouts et le fouettant avec une poignée de verges il l'introduisit dans l'église.
[Page 1074]

Après cette humiliante cérémonie faite aux yeux d'une foule immense le Prêtre Milon lui donna l'absolution.

Pendant que le Pape et Philippe le Bel excités par les Prélats de son royaume s'acharnaient à détruire l'ordre des Templiers Bernard de Salaives Chevalier et Commandeur de Saint-Gilles se trouva en proie au fanatisme aveugle et cruel de deux Chanoines de deux Cordeliers et de deux Dominicains.

Ce Commandeur fut même le premier de l'Ordre exposé à la torture. L'excès de la douleur lui fit dire tout ce que ces bourreaux encapuchonnés croyaient qu'il avouât.

Ainsi il dit qu'il avait assisté à plusieurs fois aux chapitres tenus à Montpellier que dans une de ces assemblées nocturnes on avait exposé un chef ou une tête et qu'aussitôt le diable avait apparu sous la figure d'un chat. Que cette tête parlait aux uns et aux autres et qu'elle avait promis aux assistants des richesses considérables.

Il avait adoré cette tête avec tous les autres Templiers. Qu'aussitôt après cette adoration une foule de diables était apparu sous des figures de femmes dont plusieurs usaient à leur gré. Mais qu'il ne fut pas de ce nombre. Il ajouta ensuite que cette tête répondait à toutes les questions du maître de l'Ordre qui était présent &c.
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On s'empara de tous leurs biens. La plupart furent brûlés et déclarèrent en mourant qu'ils étaient innocents. Que la violence de la torture leur avait arraché l'aveu de crimes dont ils n'étaient point coupables.

Mais c'était moins leur innocence que leurs richesses que l'on recherchait.

L'abbaye de Saint-Gilles fut sécularisée en 1338 dans le même-temps que plusieurs autres maisons régulières de France entraînées par la corruption du siècle et fatiguées de porter le joug de la règle voulurent le secouer pour suivre une vie plus commode et moins dépendante.

L'église de cette ancienne abbaye était fort belle. Les Protestants en 1614 en firent une citadelle et d'après les ordres de Gautier Bertichères un de leurs chefs de parti ils la détruisirent. Mais ce qui reste encore de cet ancien édifice suffit pour faire regretter la destruction de ses autres parties.

La ville de Saint-Gilles est dans une agréable situation. Le magnifique canal que la province vient de faire construire qui s'ouvre à Beaucaire passe à Saint-Gilles et va à Aigues-Mortes la rendra bien plus vivante.

Le 19 octobre 1786 la communication de ce canal fut libre. La barque nommée la Terrible conduite par le capitaine Pierre Cherpet fut la première qui aborda. Elle l'alma par une décharge de mousqueterie la ville qui rendit ce salut de la même manière. Cet événement fut célébré par une fête où assistirent les principaux habitants de Saint-Gilles.

AIGUES-MORTES.

Petite ville située dans un lend à quatre lieues et un quart de Montpellier à cinq lieues deux tiers de Nîmes et à huit lieues de Beaucaire.

Saint-Louis sentit le besoin d'avoir un port sur les côtes de la Méditerranée. Il n'eut pas plutôt acquis le bas Languedoc par le traité de Paris qu'il voulut pour attirer le commerce maritime et pour mettre ses sujets à l'abri des caprices de l'Empereur Frédéric d'établir un port sur les côtes de cette province. Aigues-Mortes fut choisi.

Ce Roi y fit tracer en même temps l'enceinte d'une ville. Il paraît que l'un et l'autre étaient déjà commencés dès l'an 1240.

Louis IX voulant s'y embarquer donna des ordres pour avancer ces ouvrages. Il fit entourer de murailles la ville et le port d'Aigues-Mortes et élever auprès une tour qu'on nomma Constance pour servir de citadelle et de phare aux vaisseaux qui entreraient dans ce port.

Il établit dans cette tour un Gouverneur avec une garnison. Tous ces ouvrages étaient presque achevés en 1246 époque où ce Roi y fit quelque séjour et pour la première fois s'y embarqua afin de se rendre à la Terre-Sainte.

Pour favoriser la population de cette ville ce Roi...
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...y donna lui accorda plusieurs privilèges et des coutumes.

(1) Dans presque toutes les coutumes du pays on punissait l'adultère en faisant courir les deux coupables nus dans les rues pendant qu'on les fustigeait. Dans la coutume que Saint-Louis établit en 1246 dans la nouvelle ville d'Aigues-Mortes il est porté qu'on ne fera aucune information sur ce crime d'adultère. Mais que si on surprend quelqu'un en flagrant délit il pourra compacter avec la Cour royale. Sinon qu'on le fera courir tout nu mais sans fustigation. C'est seulement la nudité des femmes.

Dans une lettre que Clément IV écrivit en 1266 à Saint-Louis ce Pape le félicite d'avoir fait construire un port à Aigues-Mortes le seul du royaume sur la Méditerranée y est-il dit propre aux embarquements pour le passage de la Terre-Sainte. Il y parle également de la tour de Constance qui servait à la fois de phare pour diriger les Navigateurs et de forteresse pour résister aux ennemis.

Louis IX avait consulté ce Pape pour savoir s'il pouvait mettre une imposition sur les Prélats de la province de Narbonne et sur les peuples du voisinage etc. dont la somme devait être employée à entourer de murailles la ville d'Aigues-Mortes.

Dans cette même lettre Clément IV lui permit cette imposition à condition qu'il convoquerait les contribuables et prendrait leurs avis.

Ces murailles furent bâties avec magnificence et solidité. On employa presque ex-tout des pierres taillées en bossages et en pointes de diamant.
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Elles furent couronnées d'une corniche et flanquées de seize belles tours.

La seconde fois que Saint-Louis partit pour la Terre-Sainte il se rendit à Aigues-Mortes y séjourna deux mois et le premier juillet 1270 il s'embarqua dans le port de cette ville avec le Prince Philippe son fils aîné deux autres de ses fils et un grand nombre de Seigneurs les plus illustres de la Noblesse Française.

La mer baignait alors les murs d'Aigues-Mortes. Mais bientôt les sables du Rhône amoncelés par les flots comblèrent insensiblement ce port et en éloignèrent les eaux maritimes.

Un siècle s'était à peine écoulé depuis sa fondation que les obstacles s'y manifestèrent tellement qu'ils déterminèrent les gens de la province à demander en 1359 la permission de transférer les prérogatives de ce port à Leucates. Ce qui fut refusé.

Cependant le commerce et la population diminuaient dans cette ville à mesure que les atterrissements croissaient dans le port. Charles V le 29 juillet 1372 accorda aux habitants d'Aigues-Mortes le droit de Bourgeoisie afin de repeupler cette ville qui de plus en plus devenait déserte tant à cause des guerres et des mortalités que parce que la mer achevant de remplir de sables son port le rendait inaccessible aux plus petits vaisseaux.
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DESCRIPTION. Si ce droit de bourgeoisie augmenta la population il est certain qu'il ne rendit ni le commerce meilleur ni le port plus commode. Ce port devint entièrement obstrué.

Il s'éloigne aujourd'hui de la mer d'environ deux lieues. Cet éloignement ferait douter de l'ancienne destination de cette ville si la vérité de l'Histoire ne concourait avec l'état actuel des lieux à prouver qu'elle était construite sur les bords de la mer. On voit encore l'emplacement du port et les anneaux destinés à attacher les vaisseaux.

La Tour de Constance qui servait de phare est au-dessous de cette tour les chaussées d'un grand canal qui aboutit à l'étang du Repausset. Elles sont d'une épaisseur fort considérable et fortifiées de grosses pierres dont on a enlevé une grande partie pour les employer à la construction du château qui servait autrefois à la résidence du Gouverneur et qui est aujourd'hui celle du Lieutenant de Roi. L'on juge qu'en cet endroit était le port.

Cette ville renferme plusieurs communautés religieuses et surtout deux confréries de Pénitents une de gris l'autre de blancs.

La province vient de faire construire un magnifique canal projeté depuis longtemps et qui doit contribuer beaucoup à vivifier la ville d'Aigues-Mortes. Il commence à Beaucaire où l'on a pratiqué une écluse qui donne entrée dans le Rhône. Il continue à Saint-Gilles jusqu'à Aigues-Mortes où il communique ensuite à travers les nombreux étangs qui bordent la côte à la mer et aux villes maritimes du Languedoc.
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ANECDOTE. Au commencement du règne de Charles VII Jean de Châlon Prince d'Orange allié du Duc de Bourgogne qui était du parti des Anglais contre la France s'empara de la ville d'Aigues-Mortes et y mit garnison Bourguignonne. Mais les habitants qui préféraient la domination de leur légitime Souverain à celle des Anglais résolurent de se défaire de cette garnison sans attendre le recours que le Roi de France leur envoyait.

Ils massacrèrent tous les Bourguignons jetèrent leurs corps morts dans une fosse et afin d'éviter les émanations meurtrières qu'auraient pu produire ces cadavres ils répandirent dessus une grande quantité de sel.

C'est de là dit-on que racontent les gens du pays qu'est venu ce dicton Bourguignon salé l'épée au côté la barbe au menton. Faute Bourguignon.

MONTPELLIER.

Ville la plus considérable du Languedoc après Toulouse avec une citadelle un évêché suffragant de Narbonne une Université fameuse par sa Faculté de Médecine une Société royale des Sciences une Cour des Aides et des Comptes une Cour des Monnaies etc. située sur une colline dont la rivière de Lez arrose le pied à une lieue de l'Étang de Maguelonne qui communique avec la mer Méditerranée. À huit lieues de Nîmes à quatorze deux tiers d'Avignon à quinze de Narbonne trente-cinq de Toulouse et à cent soixante lieues de Paris.

HISTOIRE. La ville de Montpellier n'est pas ancienne. Vers la fin du dixième siècle elle n'était encore qu'un village appelé dans le premier titre qui en fait mention Monipislei-larita et conserva ce nom jusqu'à la fin du onzième siècle.
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...depuis on l'a différemment nommé. Montpessulanius ou Montpeslutus. Ceux qui font monter plus haut l'origine de ce lieu n'en apportent aucune preuve solide. Et surtout ceux qui font dériver le nom Montpellier de Mons puellarum par allusion aux deux Cœurs de Saint-Fulcran qui consacrèrent à Dieu leur virginité dans l'abbaye de Saint-Geniez ne sont pas mieux fondés dans leurs conjectures.

Au reste ce village à cause de sa heureuse situation eut un si prompt accroissement que dans l'espace d'un siècle et demi il devint une des plus amples villes de l'Europe.

Montpellier fut d'abord gouverné par des Seigneurs particuliers. Guinaume VI qui était seigneur de cette ville voulut attenter aux droits d'un particulier puissant et exiger des habitants un nouvel hommage et serment de fidélité. Ces habitants se révoltèrent contre ce Seigneur le chassèrent honteusement de Montpellier. Il se réfugia au château de Lattes et dépêcha savoir au Pape Innocent la rébellion de ses sujets.

Le Pape ne lui envoya point de troupes pour soumettre les révoltés. Mais dans une lettre il lui témoigna beaucoup d'affection l'exhorta à prendre patience et excommunia tous les habitants de Montpellier et particulièrement ceux qu'on appelait Consuls.

Deux ans après les habitants de cette ville las de vivre dans l'anathème eurent recours à Guillaume Évêque d'Arles qui leur donna l'absolution à condition qu'ils se présenteraient à lui à un certain jour qu'il leur indiqua pour écouter leurs raisons.
[Page 1081]

Les habitants promirent. Mais sitôt qu'ils furent une fois munis de l'absolution jurée ils oublièrent leur promesse.

Guillaume VI en informa aussitôt le Pape qui écrivit à l'Archevêque d'Arles le premier janvier 1139 et lui ordonna d'excommunier de nouveau les Consuls et les habitants de Montpellier de remettre cette ville en interdit de défendre ses diocésains de communiquer avec eux et de leur donner aucuns secours.

Guillaume voyant que les excommunications n'avançaient pas ses affaires eut enfin pour soumettre les rebelles le bon sens de préférer les armes temporelles aux armes spirituelles. Il implora le secours du Comte de Barcelone son allié des Génois et de plusieurs Seigneurs de la province. Il assiégea Montpellier dont les habitants se défendirent long temps avec beaucoup de vigueur. Mais enfin manquant de vivres et souffrant une cruelle famine ils furent obligés de se rendre.

En 1204 les coutumes de Montpellier que Pierre Roi d'Aragon et Marie fille de Guillaume VIII Seigneur de Montpellier avaient fait rédiger furent confirmées conjointement par ce Prince et cette Princesse.

Cette ville était alors divisée en sept quartiers qu'on appelait Échelles. L'on continuait à l'entourer de murailles aux dépens des habitants entreprise que Guillaume VIII avait fait commencer deux ans avant.

Cette ville était gouvernée par douze Consuls qu'on élisait tous les ans et qui s'occupaient de la police.
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Les successeurs de ce Roi d'Aragon possédèrent la seigneurie de Montpellier jusqu'à Jean en 1349 qui la vendit au Roi de Majorque et au Roi de France Philippe de Valois.

Enfin cette ville a plusieurs fois tenté de secouer le joug de ses différents Seigneurs qui l'opprimaient. S'est opposée à l'établissement des Gabelles et à cause des subsides s'est souvent révoltée contre les Rois de France.

Pendant les guerres civiles elle a eu une grande part aux malheurs et aux désastres dont la province fut affligée. Et après avoir joué un grand rôle dans l'histoire des troubles du Languedoc elle est encore aujourd'hui célèbre par sa richesse et son Université.

DESCRIPTION. Cette ville est située sur le penchant d'une montagne et cette situation a sans doute nui à la disposition de ses rues qui à l'exception de la grande rue sont étroites et mal percées. C'est pourquoi on n'y fait usage que de chaises à porteurs. On y arrive par sept portes parmi lesquelles on distingue celle qui conduit à la place appelée le Peyrou.

Cette porte est un arc de triomphe orné d'architecture et de quatre bas-reliefs. Le premier des deux qui sont du côté de la ville représente la Religion qui renverse et détruit l'hérésie. On y lit cette inscription Extinarii[?]. L'autre fait voir l'union des deux mers par le moyen du canal royal avec ces mots Juncti Oceano Mediterraneo mare.

D'autres bas-reliefs sont du côté de la promenade. L'un représente Hercule qui terrasse un lion et épouvante une aigle. On y lit cette inscription Fecis te regi mortale conium gratis pridem.
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Dans l'autre on voit des trophées des villes et des provinces qui se soumettent à la France avec cette inscription Belearcibus jecepisatis.

Le Peyrou situé hors des portes de la ville et sur le sommet de la montagne est une des plus belles places du royaume et peut-être de l'Europe par son heureuse situation par la vue étendue et magnifique qu'il présente.

Au milieu de cette place est une statue équestre en bronze que la ville de Montpellier fit ériger à Louis XIV. Cette statue fut modelée et jetée en fonte à Paris par un Sculpteur nommé Jay. Elle pèse quatre cent cinquante quintaux.

Le piédestal de marbre blanc veiné a dix-huit pieds de hauteur. On y lit l'inscription suivante composée par le sieur Ismaël Oger Maire d'Alais et de l'Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres de Paris:

LUDOVICO MAGNO COMITIA CICCONXIT LUCOLIBIS VOLONTATE EX OCULIS SUBLATO EXOLUERE.
1712.

On y voit aussi cette autre inscription française qui en peu de mots contient un grand éloge:

A LOUIS XIV après sa mort.

(1) Ce Sculpteur de Troyes en Champagne eut peu de réputation et travailla avec Girardon. On voit dans les jardins de Versailles d'autres têtes de Lous.
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Cette statue est entourée à une certaine distance de douze piédestaux d'un beau genre faits pour recevoir les figures des hommes illustres du siècle de Louis XIV. Mais les statues n'y sont pas encore posées.

Cette place est décorée de belles grilles à droite et à gauche de balustrades. En face est un aqueduc qu'on aurait pu rendre superbe. Des considérations particulières qui ne devraient point avoir lieu à l'égard des monuments publics n'eurent empêché qu'il ne fût en droite ligne.

Un château d'eau en forme de pavillon hexagone s'élève en face de la place royale. Il est percé de portiques. Au milieu est un réservoir dont l'eau va par cascades remplir un bassin qui est au-dessous et d'où elle se distribue dans divers quartiers de la ville. On monte par deux escaliers à ce pavillon derrière lequel est une plate-forme qui domine sur toute la place et où l'on voit la tête de l'aqueduc et les bassins.

Par d'autres escaliers on descend dans des promenades basses qui entourent la place royale et qui sont soutenues par des murs de terrasse. En s'y promenant tout autour ou passe sous une voûte arcade de l'aqueduc. Cet arcade ornée de courons à sa clef étant très-surbaissée a souvent fait craindre sa chute.
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La vue dont on jouit de cette magnifique promenade est étonnante. On y voit à la fois la ville sur laquelle on domine l'arc de triomphe dont nous avons parlé qui est en face une plaine charmante la mer sur laquelle on distingue des barques de Pêcheurs qui offre un horizon immense que l'œil confond avec le ciel. Enfin les Pyrénées dont on aperçoit quand le temps est serein les pointes aigues et couvertes de neiges.

...[lengthy architectural commentary]... On voit aussi dans les jardins de Versailles d'autres têtes de Louis.
[Page 1086]

Le Jardin royal des plantes est proche la place du Peyrou. Il sert aussi de promenade publique. Il fut établi en 1198 à la sollicitation d'André Dumaurens Chancelier de la Faculté de Médecine de Montpellier alors premier Médecin d'Henri IV. Ce Roi en donna la direction à Pierre Richier Vice-Chancelier de cette Acuité.

Ce jardin est divisé en deux parties. L'une consacrée aux plantes est fermée. Il y a de distance en distance de petits robinets qui fournissent de l'eau destinée à l'irrigation de cette partie du jardin.

L'autre partie est une promenade publique qui n'en guère fréquentée excepté au Printemps. Le défaut d'air produit par l'inégalité du terrain par la quantité d'arbres et par la petitesse des allées en est la cause.

L'Intendance est une fort belle maison située sur une petite place triangulaire au milieu de laquelle est une belle fontaine que l'on doit à M. de Saint-Prie Intendant du Languedoc et où l'on voit ses armes.

Au milieu de la place que forme l'église de Notre-Dame et l'hôtel de ville est une fontaine qui offre un monument élevé à la mémoire de M. le Maréchal de Castries Gouverneur de Montpellier. On y voit un bas-relief qui représente le combat donné le 15 octobre 1760 à Clostercamps où M. de Castries montra beaucoup de valeur et de fermeté en forçant les ennemis après une perte considérable de retraverser le Rhin et de lever entièrement le siège de Wessel. Ce bas-relief est accompagné d'une inscription en vers latins.
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L'Hôtel des Trésoriers est un beau bâtiment. On y admire surtout la construction de l'escalier.

La Salle de spectacles ayant été incendiée on s'occupe de projets pour en construire une plus magnifique que l'ancienne.

La citadelle bâtie dans la plaine commande la ville et la campagne. Louis XIII la fit construire en 1633 après avoir fait démolir les fortifications de la ville. C'est un carré parfait composé de quatre grands bastions. Au pourtour règne un fossé plein d'eau dans lequel sont trois demi-lunes dont le fossé est sec parce qu'elles sont plus élevées que le reste de la place.

La Place d'armes est fort grande occupe presque tout l'intérieur de la citadelle.

LA CATHÉDRALE. Le siège épiscopal de ce diocèse était autrefois établi à Maguelone et est resté dans cette ville jusques sous le règne de François Ier.

En 1561 pendant les guerres de la religion le service divin fut suspendu dans cette église. Et en 1612 après le siège de Montpellier Louis XIII y rétablit le culte catholique et voulut y faire rebâtir une cathédrale l'ancienne ayant été détruite par les Protestants.

En conséquence il assigna sur les gabelles des fonds à prendre pour le prix de cette construction qui devait être exécutée sur la place appelée la Canonviante. Une petite animosité du Cardinal de Richelieu qui alors se trouvait à Montpellier mit obstacle à ce projet. Ce fut ainsi que ce grand Cardinal se vengea de l'Évêque de cette ville.

On fit agrandir l'ancienne église de Saint-Pierre à laquelle on a depuis ajouté plusieurs décorations.
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Cette église qui n'avait qu'une nef a été fort agrandie depuis quelques années d'un chœur. Elle est sans bas-côtés. Le chœur est orné d'une tapisserie en haute lisse qui représente la vie de Saint-Pierre. Cette tapisserie fut faite en 1634 aux frais du chapitre.

Dans l'Annuaire on voit de beaux et grands tableaux que M. Pradel Évêque de cette ville fit placer.

Le maître-autel est à la romaine composé de beaux marbres d'Italie et orné de bronze doré.

L'horloge de cette église est un présent de M. le Cardinal de Fleury premier Ministre que l'église de Montpellier se glorifie d'avoir possédé au nombre de ses Chanoines.

On trouve à Montpellier une infinité d'autres églises peu curieuses. On indique cependant comme un objet intéressant à voir les catacombes des Carmes.

UNIVERSITÉ DE MONTPELLIER est un des plus anciens établissements de ce genre en France. En 1190 on commença à y enseigner la Médecine qu'on appelait alors Physique.

Elle fut professée par divers Médecins Arabes ou Sarrasins chassés d'Espagne par les Goths ou attirés par la réputation d'une ville qui commençait à être très-florissante.

En 1230 le Roi accorda à l'Évêque de Maguelone le privilège de recevoir le serment de ceux qui pourraient être élevés au grade du Docteur de droit canon et de droit civil dans l'étude de la ville de Montpellier.

En 1289 cet établissement fut confirmé par le Pape Nicolas IV.
[Page 1089]

La Faculté de droit à Montpellier a été autrefois très-florissante. On y a compté jusqu'à quatre mille écoliers. Les Papes et les Rois furent obligés d'enjoindre aux Consuls de la ville de pourvoir à leur logement.

On prétend que dans une seule émeute il en fut tué huit cents par les habitants.

Placentin mort à Montpellier en 1192 fut le premier qui passa en France pour expliquer le droit romain compris dans la compilation de Justinien. Ce Placentin était élève de Warnerius et fut le maître d'Azo Porcius.

L'Université de Montpellier pour conserver la mémoire de Placentin et de son élève a fait graver leurs effigies sur des plaques d'argent que portent les Bedeaux.

Depuis l'augmentation de deux chaires de médecine sous le règne de Louis XIV le nombre des Professeurs est de huit.

Les Médecins célèbres qui ont illustré cette Faculté sont en grand nombre. Nous ne citerons que le savant Rabelais. Rabelais qui lui rendit un service essentiel en obtenant du Chancelier du Prat le rétablissement de ses privilèges auxquels on avait porté atteinte.

En reconnaissance son portrait fut mis dans la Salle des écoles où on le voit encore parmi plusieurs autres grands Médecins. On fait même endosser à tous ceux qui sont reçus Docteurs en Médecine une très-ancienne robe qu'on dit être celle de Rabelais.
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Les écoles de chirurgie de Montpellier ont pour le moins autant de droit à la célébrité que les écoles de médecine de la même ville. Plusieurs Professeurs s'y sont distingués par l'étendue de leurs connaissances et par leurs découvertes intéressantes.

Le bâtiment destiné à ces écoles appelé Saint-Côme est magnifique. L'amphithéâtre circulaire peut contenir deux mille personnes. Il est couvert d'une voûte sphérique au milieu de laquelle est une lanterne qui laisse pénétrer le jour. On admire la façade de cet édifice et on regrette qu'elle ne soit pas située plus avantageusement.

ÉVÉNEMENTS REMARQUABLES. La ville de Montpellier fut une des premières du Languedoc qui adoptèrent les nouvelles opinions religieuses. Le Parlement de Toulouse qui pour convertir les Réformés les condamnait au feu ne fit qu'accroître le nombre des prosélytes.

En 1560 la plus grande partie des habitants de Montpellier avait embrassé la nouvelle religion. On commença à la prêcher publiquement et les Catholiques ne s'y étaient qu'en très-petit nombre.

Comme Catherine de Médicis avait accordé aux Protestants la liberté de conscience et la permission d'avoir des temples ils se crurent autorisés de ne point souffrir impunément les insultes que leur faisaient journellement les Catholiques.

Un Auteur contemporain témoin oculaire impartial raconte que les catholiques de Montpellier s'assemblaient pendant cinq ou six dimanches consécutifs des mois d'août et septembre à[?] de distribuer le pain bénit dans
[Page 1091]

...les maisons avec une enseigne de guerre déployée une grande croix de bois une croix le tout porté par des femmes et des filles dissolues suivies d'hommes armés de dagues et de fusils pleins de cailloux sous leurs manteaux.

Qu'en cet équipage ils marchaient dans les rues au son des hautbois des trompettes et des tambours et criaient Nous danserons en dépit des Huguenots. Qu'en même temps ils juraient les Religionnaires et leur faisaient diverses menaces lorsqu'ils passaient devant leurs portes.

L'Évêque le Gouverneur le Juge-mage et les Chanoines au lieu de s'opposer à ces désordres les encourageaient au contraire en faisant boire ceux qui formaient cette cérémonie injurieuse et en leur donnant de l'argent pour payer leurs trompettes et leurs tambours.

Le même Auteur ajoute que l'Évêque abusant de sa supériorité et de ses forces vint brutaliser les Religionnaires pendant qu'ils étaient assemblés chez un Avocat pour entendre le prêche de leur Ministre.

Les Religionnaires le 24 septembre suivant prirent leur revanche et s'emparèrent de l'église Notre-Dame. Le principal Consul de la ville qui leur était favorable fit l'inventaire des ornements des reliquaires et les fit transporter à l'hôtel de ville. Ils chassèrent les Prêtres de cette église et le même soir ils y firent leur prêche.

Les autres églises de Montpellier craignant le même sort firent transporter leurs richesses dans la cathédrale de Saint-Pierre dont le vestibule et les hautes murailles formaient une espèce de forteresse dont les Chanoines avaient mis une garnison.
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Les Protestants voyant ces préparatifs le 19 octobre suivant s'attroupèrent au nombre de 200 commandés par deux Jeunes gens de la ville. Ils vinrent attaquer cette forteresse et une grosse tour voisine située à la porte des Carmes.

Après une vigoureuse résistance ils s'en rendirent aisément ainsi que de la tour du Colombier proche la porte du Peyrou qui était la plus haute de la ville.

Les Catholiques capitulèrent le lendemain. Il fut convenu que la garnison du fort Saint-Pierre sortirait avec ses armes pour se retirer où elle voudrait. Que l'artillerie qui était dans le fort serait conduite à l'hôtel de ville. Que les Chanoines et les Catholiques pourraient demeurer dans leurs églises pour y faire l'office divin mais sans armes.

Ces conventions arrêtées les Protestants se retirèrent pour laisser sortir la garnison. Mais les Catholiques ayant tiré dans cette occasion deux coups d'arquebuze qui tuèrent deux Religionnaires cette trahison anima tellement ceux de ce parti qu'ils entrèrent dans l'église et firent main-basse sur tout ce qu'ils rencontraient.

Les Capitaines Protestants s'opposèrent de toutes leurs forces à cette violence et tâchèrent de sauver plusieurs personnes du carnage. Mais ils ne purent empêcher que le Père Retard Gardien des Cordeliers qui avait prêché dans la cathédrale avec beaucoup d'amertume contre les Religionnaires ne fût tué.

On compta parmi les morts deux Chanoines qui étaient armés. De sorte que suivant le dit du Président Montaigne témoin oculaire il y eut seize ou dix-sept hommes de tués.
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...Suivant un autre Historien le nombre des morts se monta à près de quarante. L'église fut pillée les statues brisées.

Le peuple huguenot continua les mêmes violences dans les autres églises. Les Religieuses furent forcées d'abandonner leurs cloîtres et de se retirer chez leurs parents.

Le 12 novembre suivant il se tint dans Montpellier un colloque général de toutes leurs églises protestantes.

Quelque temps après le Comte de Joyeuse envoya dans cette ville un édit du Roi qui enjoignait aux chefs des Religionnaires de laisser les églises aux Catholiques et de les remettre dans leur premier état.

Cependant les Protestants obtinrent pour leur prêche qui attirait une très-grande affluence de peuple trois églises celles de Notre-Dame de Saint-Paul et de Saint-Mathieu.

Les Protestants toujours plus nombreux et plus puissants forcèrent les Religieuses à quitter l'habit de leur ordre et à assister au prêche. Ils établirent même tous les gens de robe qui portaient comme les Prêtres catholiques des bonnets carrés à prendre des chapeaux ou des bonnets ronds afin de ne conserver aucune conformité avec les ecclésiastiques romains.

Montpellier éprouva même pendant près d'un siècle des troubles de cette nature qui font gémir sur les excès du fanatisme et dont l'expérience prouve que la modération est bien plus efficace que la violence.

Aujourd'hui la moitié des habitants et l'on peut dire même les plus riches familles de Montpellier sont de la religion prétendue réformée.

La raison servie du commerce ont entièrement étouffé les haines et le fanatisme qui divisaient autrefois les deux sectes. De sorte qu'on ne remarque plus entre elles aucune distinction bien apparente.
[Page 1094]

ANECDOTE. On trouve dans les additions du tome V de l'Histoire du Languedoc un fait assez remarquable tiré d'une ancienne chronique en langue du pays dont voici la traduction:

L'an 1387 le 6 septembre une femme mit au jour deux enfants mâles formés comme ceux que pourrait enfanter une femme. Ils naquirent dans le château de Montpellier.

On demanda au Pape si on devait les baptiser. Cette question causa de grands débats. Le Pape chargea le Cardinal Saint-Ange d'examiner si ces enfants devaient recevoir le baptême. Il décida qu'ils pouvaient être baptisés et ils le furent.

Les environs de Montpellier offrent plusieurs jolies maisons de campagne. Des plaines fertiles où l'olivier et la vigne plantés régulièrement forment un vrai jardin de tout le canton. Mais ces campagnes monotones sont en beautés bien inférieures à celles qu'offrent les bords de la Loire la Touraine et la Limagne d'Auvergne.

COMMERCE. Il y a plusieurs manufactures à Montpellier. Le verdet ou vert-de-gris qu'on y fabrique d'une manière particulière est une branche de son commerce.

...[detailed notes on verdet production]...

Les liqueurs les parfums les eaux spiritueuses sont les objets les plus considérables de l'industrie des habitants.

Les Négociants de cette ville font la plupart des affaires du port de Cette. Plusieurs y ont des maisons de commerce. Le canal de Grave qui est navigable jusqu'à Montpellier communique par la rivière de Lez de cette ville aux étangs et à la mer.

POPULATION. L'air de Montpellier est très-sain. Les écoles les académies et le commerce y attirent beaucoup de monde. Néanmoins on n'y compte qu'environ trente-deux mille âmes.
[Page 1095]

MAGUELONE.

Petite ville autrefois épiscopale située dans une île entourée des eaux d'un étang qui porte son nom et autrefois entourée de la Méditerranée avant que cette mer se retirât pour faire place aux atterrissements du Rhône. Elle fut bâtie par une colonie de Phocéens.

Elle est située à quatre lieues de Cette et à deux de Montpellier.

Le commerce de cette ville devint si considérable qu'elle fut l'entrepôt des marchandises de l'Europe de l'Asie et de l'Afrique.

Charles Martel la fit ruiner en 737 sous prétexte qu'elle favoriserait les courses des infidèles. Le siège épiscopal fut alors transféré à un lieu nommé Substituantion proche Montpellier.

Vers l'an 1000 Arnaud Évêque de Maguelone à peine élu forma le projet de rétablir cette ville. Il obtint du Pape une Bulle et des fidèles des recours pécuniaires avec lesquels il parvint à rebâtir rétablir et fortifier Maguelone. Il fit ouvrir le port dans lequel l'Abbé Suger et Alexandre III chassés de l'Italie par l'anti-Pape Victor IV vinrent aborder.

Bernard de Trevies donna de la célébrité à cette ville en composant le Roman de la belle Maguelone. Ce lieu en est le principal théâtre des aventures de ce Roman.

Cette ville n'a plus de son ancienne célébrité que le souvenir. Elle consiste aujourd'hui en masures qui sont la retraite des pêcheurs.

ANECDOTE. Dans le treizième siècle la ville et le diocèse de Maguelone étaient remplis de Juifs dont le costume approchait beaucoup de celui des Prêtres chrétiens. Innocent IV ordonna le 7 juillet 1248 à l'Évêque de Maguelone de l'ordre des Prêcheurs nommé Frère Raynier conformément aux remontrances de ce Prélat de défendre à ces Juifs de porter des chapes rondes et larges comme les Clercs et les Prêtres.
[Page 1096]

Il leur enjoigna au contraire de s'habiller d'une manière différente des ecclésiastiques et même des laïques afin qu'ils n'eussent rien de commun avec les Chrétiens.

La discipline ecclésiastique était dans ce temps fort relâchée. Ce même Évêque de Maguelone voulant rétablir le bon ordre et les mœurs dépravées de son clergé se fit des ennemis violents parmi les Prêtres qui l'empoisonnèrent dans une hostie consacrée.

Cet attentat donna lieu au Chapitre de Maguelone de faire un statut pour ordonner que dans la suite le Diacre et le Sous-diacre partageraient l'hostie avec le Célébrant et qu'ils prendraient aussi avec lui une partie du vin consacré.

BALARUC.

Bourg situé sur le bord de l'étang de Thau à trois quarts de lieue de Frontignan à une lieue et demie de Cette et à quatre lieues de Montpellier.

Ce lieu est fameux par ses eaux minérales dont la source se trouve à un quart de lieue du bourg et proche le bord de l'étang de Thau. Elle sort à travers un sol situé à trois ou quatre pieds au-dessous de la surface et du niveau des eaux de l'étang.

Ainsi dit un Naturaliste le foyer du feu qui échauffe cette forme y est situé sous le niveau des eaux de la Méditerranée et même que le terrain submergé. Sans que la froideur des eaux maritimes ou de l'étang puisse jamais refroidir ni les eaux ni le sol sous-jacent. C'est pourquoi l'eau en sortie est toujours chaude et ne se refroidit qu'à mesure qu'elle s'éloigne.
[Page 1097]

...étant situé sous le niveau de l'étang il arrive quelquefois que la tempête fait entrer les eaux de la Méditerranée dans l'étang. On a pratiqué des portes qui ferment aux eaux de l'étang le passage dans les salles de bains.

On distingue trois bains. Le vieux qui est voûté et abandonné le bain ordinaire où est la source et le bain des pauvres. Ce dernier est un écoulement du précédent.

Les propriétaires de ces bains ont prouvé que depuis plus de deux cents ans les eaux de Balaruc jouissent de leur célébrité. Ils eurent aussi qu'on en buvait avant qu'on s'avisât de s'y baigner.

En été dans un temps chaud et sec leur chaleur est de quarante-deux et même de quarante-trois degrés. Mais cette température varie pendant les gelées ou même quand il pleut en hiver. L'état de la chaleur est alors de trente-sept à trente-huit degrés.

L'expérience a appris que ces eaux sont excellentes contre la débilité des fibres et contre les pâles couleurs. Les personnes atteintes de cette dernière maladie par chagrin ou par amour trouvent dans ces eaux un remède salutaire. Elles ouvrent tous les conduits obstrués font cesser les tremblements et le vertige.

On peut même en faire usage avec succès dans la paralysie dans les rhumatismes sciatiques etc. Elles adoucissent les douleurs invétérées. Le Docteur Chirac Médecin de Philippe d'Orléans Régent de France parvint par le moyen des eaux de Balaruc à calmer les douleurs de ce Prince affecté en 1714 du etc. men[?].
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ABYMES. À une très petite distance de la source des eaux de Balaruc dans l'étang de Thau il existe un abîme qui rejette en haut une grande quantité d'eau non point salée mais fraîche et douce quoique l'eau salée de l'étang inonde entièrement ce gouffre de tous côtés.

La force expulsive souterraine empêche les eaux de cette source de se mélanger avec les eaux salées pendant leur expulsion.

Ces forces comme le dit l'Auteur dont nous empruntons ces détails qui font sortir cette eau de bas en haut sont souvent si considérables qu'elles forment des monticules fluides. Alors il est dangereux de s'avancer vers cet endroit avec des bateaux. L'eau expulsée du souterrain rejette avec force tout ce qui s'oppose à sa force.

Et si les vents se déchaînent contre cette partie de l'étang s'ils excitent la tourmente l'abîme ouvert occasionnant lui-même des vagues particulières s'oppose à l'impétuosité du vent. Et cette partie de l'étang n'obéit qu'à l'impulsion particulière de la force souterraine qui fait sortir ces eaux.

L'eau de cet abyme est pour la température différente de celle de l'étang. Toujours égale à celle de l'atmosphère elle a constamment la même chaleur qui est de dix degrés. Et cette chaleur peut faire connaître celle dont jouissent sous le fond de la mer les entrailles du globe.

Lorsque l'étang gèle il se forme autour de l'abîme un espace circulaire qui ne gèle point.

Dans les environs de Balaruc fouilles côteaux de Frontignan fameuses par l'excellent vin qu'ils produisent.
[Page 1099]

CETTE.

Ville avec un port de mer située sur la Méditerranée à trois lieues et demie d'Agde à deux de Frontignan et à cinq de Montpellier.

Cette ville n'est point ancienne et son port n'a été construit que vers le milieu du dix-septième siècle. Elle a pris son nom d'un petit hameau nommé Cète éloigné de la ville d'un quart de lieue.

Le port de Cette offre un bassin formé par deux mâles. Le plus long qui s'avance dans la mer dans une direction de l'ouest à l'est a environ deux cent quatre-vingt-dix toises. À son extrémité est une batterie de canons et une tour sur laquelle s'élève un grand fanal qu'on allume la nuit pour les vaisseaux qui abordent.

Un autre mâle moins prolongé s'avance proche l'extrémité du grand mâle et laisse entre eux un espace qui forme l'entrée. Ce port n'a été entièrement achevé qu'en 1678 sous la direction de M. Clerville.

À son entrée et proche le fanal il y a plus de trois cents pieds d'eau. Mais un peu au dehors de cette entrée est un banc de sable sur lequel on ne trouve que trois brasses d'eau.

Les sables que transporte le Rhône sur la côte du Languedoc nuisent beaucoup à la commodité de ce port. Mais comme il est d'une grande importance pour le commerce de la province et est le seul qui serve d'aide aux bâtiments de la côte on ne néglige rien pour l'entretenir.

Les habitants payent annuellement des sommes con[?]...
[Page 1101]

...considérables pour le creusage de son port dont les deux tiers sont depuis longtemps comblés par les atterrissements.

La plage qui sépare la Méditerranée des étangs est fort étroite et fort basse. Le terrain est formé de sables et de quelques dunes.

Le canal royal aboutit à l'étang de Thau communique ensuite dans le port de Cette.

La ville de Cette est bâtie sur le penchant d'une montagne située entre la mer et l'étang de Thau. Cette montagne cultivée partout disposée en amphithéâtre est formée de roche calcaire. Du sommet on voit la ville la Méditerranée et de l'autre côté les vastes étangs qui bordent la côte.

L'Évêque d'Agde en Prieur et Seigneur de Cette. Comme Prieur il perçoit la dîme. Comme Seigneur des droits de taxe. Mais ce qui produit davantage à ce Prélat c'est la dîme de la pêche de l'étang de Thau dans la partie de Cette et surtout celle des oiseaux aquatiques que l'on prend au filet dont le nombre est très-considérable.
[Page 1102]

AGDE.

Ville assez considérable capitale du pays Tri-Gadès avec un évêché suffragant de Narbonne etc. située sur la rive gauche de l'Hérault une demi-lieue de la Méditerranée à une lieue du fort de Brescou et à vingt-neuf de Toulouse.

ORIGINE. Entre les colonies que les Phocéens ou Marseillais établirent sur la côte du pays des Volces pour les opposer aux habitus du voisinage du Rhône qui les inquiétaient celle d'Agde fut une des premières et des plus considérables.

Strabon lui donne le nom de Roètt-ilgatha et semble confondre par-là deux villes que les Critiques regardent comme différentes. Son nom ilgatha qui en grec signifie bonne désigne assez son étymologie.

Cette ville fut incorporée dans la province Narbonnoise ensuite elle fut prise par les Vandales. Charles Martel en fit raser les murailles et brûler ses faubourgs. Enfin elle fut réunie à la couronne vers le milieu du huitième siècle.

DESCRIPTION. Il y avait autrefois à Agde une célèbre abbaye dont Saint-Sévère fut Abbé et qui souvent était composée de trois cents Religieux.

À un quart de lieue est un Couvent de Capucins fort renommé. Les bâtiments sont beaux pour les bâtiments d'une capucinière. Le Général de l'ordre passant au commencement de ce siècle à Agde fut ravi en admiration en voyant cette magnificence anti-séraphique. « N'est-ce là une maison de notre Père Saint-François ? » s'écria-t-il.

Cette église a quelques tableaux remarquables. On y voit le tombeau d'Henri Ier Duc de Montmorenci Maréchal et Connétable de France mort le premier avril 1674.

Près de ce Couvent on trouve une chapelle sous le titre de Notre-Dame de Grâce ou Bernadette. Elle attire une grande quantité de pélerins et d'offrandes.
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FORT. Agde avait un port du temps des Visigoths. Le Roi Chilpéric ayant envoyé en 580 des Ambassadeurs à Constantinople auprès de l'Empereur Tibère à leur retour ils n'osèrent débarquer au port de Marseille qui appartenait alors à Gontran et à Childebert. Ils firent voile vers le port d'Agde dans les États des Visigoths. Mais leurs vaisseaux ayant été jetés par un coup de vent sur la côte voisine ils furent brisés. Quelques personnes gagnèrent le rivage quelques autres furent noyées.

Ce port fut sans doute comblé par les sables. Le Cardinal de Richelieu voulut en établir un nouveau dans la rade d'Agde près de Brescou. Deux mâles furent construits en peu de temps et formèrent un grand bassin défendu par les fortifications des roches de Brescou. Mais cette entreprise fut bientôt abandonnée les flots de la mer y entraînèrent des sables qui le comblèrent bientôt.

Les États du Languedoc considérant l'importance de ce port relativement au canal royal ont chargé en 1784 M. Groignard connu par ses travaux du port de Toulon de vérifier quelles seraient les constructions nécessaires au port d'Agde. Cet Ingénieur a décidé qu'il fallait prolonger les jetées de l'est et de l'ouest.
[Page 1104]

En conséquence on a fait une caisse large de quatre toises à sa base de trois dans sa partie supérieure de douze pieds de hauteur et que l'Évêque d'Agde est venu bénir. La jetée doit s'étendre en mer jusqu'à deux cents toises. Ces travaux procureront à l'embouchure du port dix-sept à dix-huit pieds d'eau de profondeur. Et lors de l'entière exécution cette embouchure sera avancée six cents toises dans la mer et à la ligne parallèle du cap d'Agde. Ce qui donnera un fond invariable de vingt-huit pieds d'eau. L'on espère que ces travaux garantiront le port des atterrissements dont il a toujours été comblé.

ÉCLUSE RONDE. À environ trois cent cinquante toises de la ville est une écluse du canal royal appelée l'Écluse ronde. Elle forme un double bassin qui réunit trois branches de canal de différents niveaux.

Le grand bassin extérieur est de figure circulaire et a quatre-vingt-six pieds de diamètre. Les trois ouvertures ont six pieds chacune. Leurs portes sont busquées et d'une force combinée à l'effort de l'eau.

L'ouverture à l'orient reçoit la branche du canal dite Canalet haut qui aboutit la rivière d'Héraud dont le niveau est le plus élevé. L'ouverture à l'occident reçoit le canal de Beziers qui aboutit la rivière d'Orbe un peu au-dessous de cette ville et dont le niveau est plus bas que le précédent. C'est à cette ouverture qu'on a fait des doubles ventaux contrebusqués pour soutenir les eaux venant du Canalet haut.

L'ouverture au midi donne communication à la branche du canal dite Canalbas qui aboutit ainsi que le Canalet haut à la rivière d'Héraud.
[Page 1105]

...mais du côté d'Agde. C'est le plus bas des trois niveaux à cause de la pente de cette rivière.

On a pratiqué diamétralement au fond du bassin circulaire un autre bassin pour recevoir les barques qui passent par la branche du canalet bas.

À un demi-quart de lieue d'Agde est la montagne de Cremade ancien volcan qui a produit vraisemblablement les laves sur lesquelles cette ville est bâtie et dont la cathédrale et autres édifices sont construits.

Du haut de la montagne où est placé le cratère de ce volcan on découvre les marécageuses plaines du diocèse d'Agde la Méditerranée et au milieu des eaux la butte ou fort de Brescou.

FORT DE BRESCOU. On croit que la butte de Brescou est un ancien volcan dégradé par l'action des vagues de la mer. En 1775 on voulut pratiquer une excavation dans le centre de ce fort pour y construire une citerne. On trouva à la profondeur de quinze pieds un vide dans l'intérieur d'où partaient plusieurs conduits inégaux dont les directions étaient différentes. L'intérieur de ces conduits d'une matière vitrifiée. Cette découverte a été décrite par M. Faujas Naturaliste d'Agde.

CONCIILES. L'église d'Agde est fort ancienne. Il s'y tint différents Conciles. Le plus remarquable est celui de l'an 506 dont les canons sont relatifs à la discipline de l'église.

Dans le deuxième on y abolit ce qu'on appelait le for des Saints. Tirage superstitieux par lequel en ouvrant un livre de Matin Sainte on regardait comme un présage certain les premières paroles que le hasard faisait rencontrer au commencement de la page de l'endroit ouvert.
[Page 1106]

CASTRES.

Ville épiscopale située près du confluent des rivières d'Agout et de Thorel à vingt trois lieues et demie de Montpellier à onze de Toulouse et à huit de Carcassonne.

Ce lieu n'est pas fort ancien. Dans le neuvième siècle il n'était connu que par une abbaye du titre de Saint-Benoît et Saint-Vincent.

En 1114 Louis le jeune vint de Toulouse à Castres qui commençait à avoir le titre de ville pour y honorer les reliques de Saint-Vincent. Pendant son séjour le Seigneur de Caprendu Chevalier que le Roi honorait de sa bienveillance fut assassiné par trois de ses ennemis devant la maison où était logé le Monarque. On intercéda promptement la clémence pour obtenir la grâce des meurtriers.

Louis le jeune l'accorda enfin. Mais à condition que par pénitence ces assassins se feraient Moines et qu'ils en prendraient aussitôt l'habit dans le monastère de Castres.

DESCRIPTION. L'ancienne Cathédrale était l'église de l'ancienne abbaye de Castres détruite par les Religionnaires fut reconstruite dans un genre moderne.

Le palais épiscopal est un très-bel édifice. Il a été bâti sur les dessins de Jules Hardouin Mansart. Les jardins qui ont beaucoup contribué à faire disparaître l'irrégularité du terrain sont beaux et bien allés. On y voit aussi l'audits autres bâtiments publics et particuliers qui sont remarquables par leur construction.
[Page 1107]

Il y a surtout plusieurs manufactures de toiles de laine comme étamines burat ratines etc. On y fabrique aussi des bas et des bonnets. Ces manufactures rendent cette ville très-vivante très-riche et la font regarder comme une des plus commerçantes du Languedoc.

On établit à Castres en 1579 une chambre mi-partie ou chambre de l'édit. Ce tribunal supérieur composé d'un nombre égal de juges Catholiques et de juges Protestants fut ensuite supprimé. Mais à la sollicitation de Jean de Fossé Évêque de Castres on l'y rétablit. Il exista dans cette ville jusqu'en 1635 que le Roi Louis XIII le transféra à Beziers. Il fut de nouveau rétabli à Castres en 1629 où il demeura jusqu'en 1670 qu'il fut transféré à Castelnaudary et ensuite incorporé au Parlement de Toulouse jusqu'à la révocation de l'édit de Nantes qui proscrivit et abolit toutes les charges de Magistrature qui jusqu'alors avaient été remplies par des personnes de la religion.

ÉVÉNEMENTS REMARQUABLES. En 1561 le 14 décembre un Cordelier prêchant dans la cathédrale de Castres se permit plusieurs injures contre les Protestants. Un Écolier religionnaire qui l'entendait se leva et lui donna un démenti. Les Huguenots qui composaient la plus grande partie des habitants firent arrêter le Prédicateur et le firent mettre en prison.
[Page 1108]

Le lendemain le consistoire de la nouvelle religion conclut que le Capitaine de la ville obligerait tous ceux qu'il rencontrerait dans les rues Prêtres ou autres à assister au prêche.

Le dernier du mois de décembre et le premier janvier suivant les Religionnaires détruisirent les images et les autels dans la cathédrale de Saint-Benoît et dans les autres églises de la ville. Il fut aussi fait défense aux Catholiques de faire aucun exercice de leur religion.

Le 4 janvier 1562 les Consuls de la ville qui étaient tous Protestants firent sortir vingt Religieuses du couvent de Sainte-Claire les conduisirent aux prêches à la cathédrale qui avait été convertie en temple et les dispersèrent ensuite chez leurs parents.

Un Religieux Mathurin ayant été surpris disant la Messe devant quelques Catholiques on le prit on le monta sur un âne le tenait d'un côté puis le côté de la queue d'une main. Ainsi monté et vêtu des habits sacerdotaux il arriva à la place publique. Là on lui rasa la tête on le força de renoncer au papisme et on brûla en sa présence tous ses ornements le ciel et les haïes.

L'année suivante les habitants démolirent le couvent et l'église des Jacobins de Saint-Vincent de Castres qui était un des plus beaux du royaume.

Les Protestants dans ces violences n'usaient que de représailles. Ils se ressouvenaien des cruautés atroces que les Catholiques avaient exercées contre eux parmi lesquelles on cite le fanatisme d'un bourreau qui après avoir écorché vifs cinq Religionnaires leur mangeait le foie.
[Page 1109]

DESCRIPTION'

CURIOSITÉ NATURELLE. À une lieue au nord de Castres près d'un lieu nommé la Roquette on voit le Rocher qui tremble. Ce rocher placé parmi plusieurs autres est d'une figure irrégulière approchant beaucoup de celle d'un œuf aplati qui pose sur le petit bout.

Sa plus grande circonférence qui se trouve vers les deux tiers de sa hauteur est de vingt-six pieds. Sa plus petite qui est à sa base est de douze pieds. Ce qui fait un solide d'environ trois cent soixante pieds cubes dont le poids est de plus de six cents quintaux. Il est placé à un des côtés du rocher qui lui sert de base. Et cette position qui semble mal assurée fait à chaque instant appréhender sa chute.

Le peuple croit que ce rocher remue au moindre vent. Mais cela n'a pas été remarqué par des personnes instruites que le Régent en 1718 y envoya pour l'examiner et en prendre les dimensions. Ce qu'il y a de plus étonnant c'est de voir qu'une telle masse puisse se soutenir dans un point d'appui imperceptible.

CASTELNAUDARY.

Ville capitale du pays de Lauraguais située sur une petite éminence au pied de laquelle est un bassin du canal royal à neuf lieues de Toulouse à une et un tiers de Saint-Papoul et à six et un quart de Carcassonne.

Cette ville n'est point ancienne. Au commencement du douzième siècle ce n'était qu'un château. Raimond VI ne pouvant le défendre contre l'armée de Croisés qui en 1212 ravageait le Lauraguais prit le parti d'y mettre le feu dans la crainte que les Croisés s'en emparassent.
[Page 1110]

Néanmoins Simon de Montfort le prit et le fit rétablir. Raimond VI l'assiégea ensuite. Mais il fut obligé d'en lever le siège.

Son fils Raimond VII reprit ce château sur Arnaud de Montfort fils de Simon. Il en fit détruire les fortifications et le remit au Roi pour le garder pendant dix ans. Castelnaudary fut ensuite réuni à la couronne avec les autres villes du Languedoc. En 1336 les Anglais prirent cette place et la brûlèrent.

Cette ville ne renferme rien de curieux. Elle est fameuse dans l'histoire par les événements suivants.

ÉVÉNEMENTS REMARQUABLES. Le 18 mars 1562 les Religionnaires étaient assemblés pour leur prêche dans une maison écartée hors de la ville conformément à l'édit de janvier de la même année. Les Chanoines de la collégiale attroupèrent quelques scélérats de la ville et des environs les rangèrent en procession se joignirent à eux tous munis d'armes et de pierres ils allèrent investir la maison en laquelle se faisait le prêche.

Ces Catholiques Chanoines ou Laïques commencèrent à mettre le feu aux quatre coins du bâtiment. Et à mesure que les Protestants sortaient pour se sauver des flammes ils les assommaient. En sorte qu'il y en eut soixante de tués ou de brûlés. Parmi les morts distingués on compte le Contrôleur Marion trois Conseillers et un Président.
[Page 1111]

Après la conférence de Nérac où Catherine de Médicis accompagnée de Marguerite de Valois sa fille eut une entrevue avec Henri Roi de Navarre Catherine vint à Castelnaudary chef-lieu du pays du Lauraguais dont cette Reine était Comtesse. Un historien de Toulouse rapporte que pendant le séjour de ces deux Reines dans cette ville Catherine toujours adonnée à l'Astrologie consulta une femme célèbre dans le pays par son talent à lire dans l'avenir.

Il s'agissait de savoir si la Princesse Marguerite sa fille et femme du Roi de Navarre aurait des enfants. La vieille Sorcière exigea de la jeune Reine de Navarre de se montrer entièrement nue. Et après avoir examiné avec une sérieuse attention toutes les parties de son corps elle prononça cet oracle:

« Madame votre fille est d'une très-bonne constitution et le breuvage que je lui ferai prendre sera merveille. À pourvu toutefois qu'elle puisse gagner sur elle de se tenir chaste pendant le temps que je lui prescrirai. Car j'apprends par mon art que vous êtes mère et fille de grandes coureuses. »

La Reine Marguerite trouva le régime trop difficile à observer et comme on sait elle n'eut point d'enfant au moins du Roi Henri IV.
[Page 1112]

Castelnaudary est encore célèbre par la malheureuse bataille donnée à un quart de lieue de cette ville le premier septembre 1632 entre les troupes de Monsieur et celles du parti des Royalistes.

Après plusieurs escarmouches le Duc de Montmorenci s'avança à la tête d'un escadron de cent Maîtres vers l'armée royaliste. Ce Duc ne portait alors qu'un simple corps de cuirasse avec son pot en tête. Il montait un cheval gris pommele tout couvert de plumes incarnates bleues et isabelles. Il était à trente pas des ennemis lorsqu'il essuya une violente décharge de mousqueterie qui fit tomber morts sur la place douze des siens. Plusieurs autres furent mis hors de combat ou prirent la fuite et lui-même fut blessé d'un coup de feu à la gorge.

Alors entrant en fureur le Duc pousse son cheval franchit un large fossé et suivi seulement de cinq ou six Gentilshommes il se précipite au milieu des Royalistes renverse tout ce qui se présente et à travers une grêle de coups de mousquets pénètre jusqu'au septième rang.

Gadagnes Seigneur de Beauregrard et le Baron de Lauridres veulent l'arrêter. Le Duc lâche au premier son pistolet et lui casse le bras gauche. Celui-ci de sa main droite tire sur le Duc un autre coup de pistolet chargé de deux balles.
[Page 1113]

DESCRIPTION.

Le coup lui entre par la bouche lui perce la joue droite proche de l'oreille lui rompt quelques dents. Tout blessé là le Duc de Montmorenci renverse le Baron de Lauridres décharge un furieux coup d'épée sur la tête de Bourdet fils du Baron et le fait chanceler. Mais presque aussitôt son cheval couvert de blessures bronche se relève et va tomber mort à trente pas de là.

Le Duc ainsi renversé fut pris et conduit à Castelnaudary de là à Lectoure puis à Toulouse.

BASSIN DE SAINT-FERRÉOL. Ce bassin qui sert de réservoir au canal royal au nord de Castelnaudary et à sept-mille toises de cette ville en ligne droite est un bassin ou réservoir d'une figure irrégulière et a huit cents toises dans sa plus grande longueur et à peu près quatre cents dans sa plus grande largeur.

Du côté de l'occident il est formé par une chaussée en maçonnerie de quatre cents toises de longueur. On dit qu'il contient neuf cent mille toises cubes d'eau ou environ un sixième plus que le canal.

Ce bassin est le point de réunion des eaux de différents ruisseaux joints ensemble par deux rigoles l'une appelée de la Montagne l'autre de Plaine. Cette dernière est celle qui conduit les eaux au bassin de Naurousse dont nous allons parler.

Au-dessous du bassin de Saint-Ferréol et au droit de la chaussée on a construit des voûtes pour la direction des eaux destinées à la dépense du canal. Elles sont parfaitement liées au mur colonnial de chaussée qui leur sert de point d'appui. Toute la maçonnerie est fondée sur le roc.
[Page 1114]

BASSIN DE NAUROUSSE. Ce bassin est situé six mille toises de Castelnaudary sur le canal royal en allant de cette ville à Toulouse. Il est placé au point le plus élevé du canal et forme le point de partage des eaux qui à l'Occident coulent vers l'Océan et à l'Orient vers la Méditerranée.

La certitude de conduire les eaux à cette hauteur assura le succès de l'entreprise du canal. Les Ingénieurs envoyés pour vérifier le projet du sieur Riquet firent l'épreuve de tracer une petite rigole de deux toises qui fut ensuite élargie jusqu'à cinq d'un pointeau au-dessus de Revel à celui où devait être le bassin de Naurousse. Ce qui résultat parfaitement.

Ce bassin revêtu en pierres de taille était dans les commencements toujours plein d'eau parce que les barques le traversaient. Mais cette disposition causait des inconvénients. On le mit à sec on y pratiqua des rigoles pour recevoir les eaux venant du grand réservoir de Saint-Ferréol afin d'être conduites aux écluses qui les distribuent à l'Océan et à la Méditerranée.

Ce bassin est d'une figure octégone de deux cents toises de longueur de cent cinquante et un peu plus de largeur et de sept à huit pieds de profondeur. À son centre est un petit bassin de même figure d'où partent comme des rayons huit rigoles qui communiquent chacune avec la rigole qui règne au pourtour.

On avait formé le projet d'élever au milieu de ce bassin un piédestal au-dessus duquel on devait placer la figure de Louis XIV tenant un pied sur un globe le sceptre à la main dans un char traîné par quatre chevaux marins et accompagnés de plusieurs autres ornements magnifiques.
[Page 1115]

...Mais ces objets fastueux n'auraient rien ajouté à l'utilité du canal. On voulait encore faire construire tout autour de ce bassin une ville dont le plan était superbe. Mais les projets sont plus faciles à former qu'à exécuter.

CARCASSONNE.

Ville épiscopale siège d'un présidial d'une sénéchaussée etc. située sur la rivière d'Aude à une demi-lieue du canal royal à dix lieues de Narbonne et à quinze de Toulouse.

ORIGINE. Cette ville était anciennement connue sous les noms de Carcasso ou Carcaffion ou Carcaffo. Du temps de César elle était déjà une ville considérable puisqu'elle fournit à ce Général des troupes auxiliaires pour la conquête des Gaules.

Pline la met en effet au nombre des villes qui jouissaient du droit latin c'est-à-dire qui se gouvernaient par elles-mêmes.

Elle fut soumise par les Visigoths qui en firent une cité et y établirent un Évêque. Puis elle fut assiégée successivement par Clovis qui fut obligé d'enlever le siège. Par Gontran Roi de Bourgogne et par Didier Duc de Toulouse. Elle se soumit aux Français et retourna sous la dépendance des Visigoths. Elle fut ensuite prise par les Sarrasins puis ramifiée à Pepin le Bref qui l'unit à la couronne vers le milieu du huitième siècle.

Cette ville située dans un beau pays est divisée en haute et basse par la petite rivière d'Aude.
[Page 1116]

La partie haute est ancienne et s'appelle la cité. On y voit le château ou citadelle qui domine la ville et qui tombe en ruine.

La partie basse plus moderne est bien percée. Les rues y sont alignées les maisons bien bâties. En général cette ville est fort marchande fort peuplée pour sa grandeur et l'une des plus régulièrement construites du Languedoc.

On y voit une place formant un grand carré long ornée d'une fontaine construite en rocaille au-dessus de laquelle est la figure de Neptune avec quatre chevaux marins sortant demi-corps d'une espèce de rocher.

La maison de ville est d'une assez bonne architecture. Les allées d'arbres qui mènent jusqu'au quai offrent une promenade agréable.

LA CATHÉDRALE dédiée à Saint-Nazaire est dans la cité. Elle fut construite à la fin du onzième siècle. Le Pape Urbain II arriva à Carcassonne le 11 juin 1096. Le lendemain il officia pontificalement dans la cathédrale et y bénit les matériaux qu'on avait rassemblés pour la construction de cette église déjà commencée depuis longtemps.

Le 13 ce Pontife alla célébrer la Messe dans l'abbaye de Sainte-Marie où il prêcha et dont il bénit le cimetière.

La cathédrale est petite mais assez jolie. Le chœur et la croisée sont soutenus par des piliers fort délié. Proche l'autel du Saint-Sacrement est la sépulture de Simon de Montfort fort célébré par les Prêtres de son temps. Mais dont les cruautés sans nombre les moyens ignobles et gracieux qu'il mettait souvent en usage ont entièrement effacé la gloire soldatesque acquise par son courage.

Il n'a aucun monument dans cette église. On y fait seulement brûler une lampe sur le lieu de son tombeau.
[Page 1117]

ANTIQUITÉS. En 1729 on trouva à deux lieues de la ville dans un champ de la paroisse d'Illeyrac une colonne antique d'une espèce de marbre bâtard et grisâtre. Elle était cassée et la partie inférieure manquait. Ce qui en restait avoir encore plus de cinq pieds de hauteur.

Sur cette colonne on lisait l'inscription suivante:

PRINCIPI• JUVENTUTIS• NUMERIO•
NUMERIANO• NOBILISS:M4I CAESARI

L'explication de ces mots a occasionné dans le temps beaucoup de débats parmi les Savants. Le Père Montfaucon croit que ce monument fut érigé à la gloire de Numériens avant qu'il fût parvenu à l'Empire et après que son père Carus l'eut dédaigné César. Ce qui arriva l'an 282. Depuis cet événement Numériens prit la qualité de Prince de la jeunesse Princeps Juventütis.

MANUFACTURES. La manufacture de draps dont les bâtiments sont situés au-delà du pont est l'objet qui contribue le plus à la richesse du pays. Elle fit une des douze fondées par Colbert. Vivre mille ouvriers. Les draps qu'on y fabrique sont aimés par leur finesse et leur bonté. Il s'en fait un commerce très-considérable et surtout au Levant dont les Négociants en tirent une très-grande quantité pour l'habillement des Turcs.
[Page 1118]

ÉVÉNEMENTS REMARQUABLES. L'armée de Croisés commandée par le Légat du Pape et autres Prêtres ou Moines après avoir massacré sans exception tous les habitants de Béziers au nombre de soixante mille après avoir pillé et incendié la ville vint en 1209 mettre le siège devant Carcassonne dans l'intention de faire éprouver le même sort à cette ville et à ses habitants.

Carcassonne une des plus fortes places du Languedoc consistait alors dans la partie élevée qu'on nomme la cité. La garnison était très nombreuse et le Vicomte Raimond-Roger était venu pour la défendre.

Les Croisés assiégèrent le premier faubourg. Et malgré la défense vigoureuse de Raimond-Roger qui fit en cette occasion des prodiges de valeur ce faubourg fut pris et brûlé. Le second faubourg fut pris ensuite mais après beaucoup plus de difficultés et de temps.

Le Roi d'Aragon Suzerain de Carcassonne ami et allié du jeune Vicomte Raimond-Roger négocia la paix auprès du Légat. Mais ses démarches son zèle et ses prières ne touchèrent point ce Prêtre fanatique. Il consentit seulement permettre au Vicomte de sortir lui treizième avec chevaux armes et bagages à condition qu'il livrerait tous les habitants à la discrétion des Croisés.

Le Roi d'Aragon porta cette proposition au Vicomte qui répondit énergiquement: « J'aimerais mieux me laisser écorcher tout vif que de commettre une si grande lâcheté. »
[Page 1119]

DESCRIPTION'

Les Croisés impatients de ces retards s'approchèrent bientôt de la ville tentèrent de combler les fossés et d'escalader les murailles. Alors les assiégés se défendirent et les repoussèrent vivement. Les Croisés commençaient à désespérer de prendre cette place. Mais la saison combattit pour eux.

Les chaleurs devinrent excessives. Tous les puits de Carcassonne étaient taris. Les habitants dentés par la faim demandèrent à capituler.

Un Auteur contemporain raconte que le Légat dépêcha un Chevalier pour faire des propositions à Raimond-Roger. Ce Vicomte se présenta à la barrière à la tête de trois cents hommes et touché par cet émissaire qui était son parent et plus encore par le besoin où était la ville il consentit d'aller trouver le Légat et les chefs de l'armée pourvu qu'on lui donne des sûretés suffisantes.

« Je vous jure foi de gentilhomme lui répondit le Chevalier que si vous voulez me suivre je vous ramènerai sans qu'il vous soit fait aucun mal. »

Le Vicomte sur cette assurance se rendit dans le camp de ses ennemis où il fut d'abord accueilli par les principaux Seigneurs. Il parla au Légat se justifia pleinement des soupçons qu'on avait sur sa fidélité à l'église et promit de s'y soumettre entièrement.

Le Légat délibéra en particulier et recoivent fort peu de commettre une trahison malgré l'assurance qu'on avait jurée au Vicomte le fit prisonnier avec sa suite.
[Page 1120]

[Page 1120 is still describing Carcassonne]

Pour les habitants de Carcassonne il est bien difficile de déterminer quel fut leur sort. Un Historien dit qu'on leur permit d'évacuer la ville à condition qu'ils n'emportent que le ciel la chemise et les braies (culottes) qu'ils avaient chacun sur le corps. Un autre dit qu'ils sortirent sans chemises l'un après l'autre par une porte fort étroite et que la Vicomtesse jeune et belle ne fut pas exempte de cette condamnation rigoreuse et humiliante.

Un troisième Historien rapporte que ces malheureux faibles décharnés et à demi morts de faim déclarèrent tous qu'ils voulaient embrasser la foi catholique. Et que de quatre cent cinquante d'entre eux qui ne voulurent pas changer de religion quatre cents furent brûlés vifs et cinquante pendus.

Enfin un Auteur qui a écrit l'Histoire de la Croisade dit que les habitants de Carcassonne l'ayant appris la trahison dont le Légat avait usé envers leur Vicomte sortirent tous de la ville pendant la nuit par un souterrain qui communiquait aux tours de Cabardez trois lieues de Carcassonne. Et le lendemain les Croisés voulant escalader les murailles furent fort surpris de ne trouver aucun obstacle et de voir la ville dépeuplée.

Il est certain que Raimond-Roger fut trahi par le Légat et les autres Prêtres de l'armée de la manière la plus odieuse. Ce Légat offrit les biens de ce Vicomte prisonnier au Duc de Bourgogne qui répondit « J'ai assez de domaines sans m'usurper ceux de Raimond-Roger. »

Il les offrit ensuite au Comte de Nevers qui fit la même réponse puis au Comte de Toulouse qui indigné aussi que les deux autres de la lâche tromperie du Légat rejeta son offre avec dédain. Enfin il les offrit à Simon de Montfort qui après ces louables refus eut la bassesse d'accepter ces biens extorqués et de se faire élire seigneur de tous les domaines du Vicomte qu'on venait de dépouiller.
[Page 1121]

Les chefs de l'armée empressés de partager les richesses que renfermait cette ville furent fort courroucés en apprenant qu'une partie avait été volée par quelques-uns d'entre eux.

En massacrant les Albigeois les Croisés gagnaient des indulgences. Mais en volant leurs biens sans permission ils étaient condamnables. Et c'est pour cette raison que ces voleurs furent bien punis car le Légat les excommunia.

MÉTÉORE. En 1776 il s'en passa à Carcassonne un événement d'une autre genre. Un météore appelé trombe terrestre ou tromba tourbillon etc. produisit de grands ravages.

La colonne qui formait cette tromba s'avançait entre les villages de Caprendu et de Barbeyrac déracinant et faisant voler devant elle les arbres qui se trouvaient sur son passage. Sa base touchait à terre et ressemblait à une espèce de tonneau dont la grosseur croissait jusqu'à la moitié de sa hauteur où elle diminuait et semblait se perdre dans les cieux. Sa couleur était fondu foncée depuis le bas jusqu'à la moitié et le surplus s'évanouissait dans la bleuâtre.

Le bruit que faisait cet météore en avançant ressemblait à l'accélération et aux hennissements de plaintes de boeufs réunis dans la tempête. Bientôt on le vit se partager en deux. Et dans le moment où un nuage épais se forma d'une des parties tandis que l'autre tournant avec rapidité autour de sa tige rectiligne alla se précipiter avec un bruit affreux dans la rivière d'Aude.

La décharge de poussière et de débris alla lever un grand tourbillon. Les pierres et les cendres de la poussière s'élevèrent en cet instant parurent d'un rouge de feu.
[Page 1122]

Ensuite une petite partie de la trombe s'éleva de la rivière abattit plusieurs peupliers fort grands et fort gros près desquels elle creusa un puits d'environ douze pieds de diamètre. La trombe prit sa direction vers des bois voisins qui en furent fort endommagés.

La grêle suivie d'une pluie abondante termina l'effet de cet effrayant météore.

BEZIERS.

Ville épiscopale située très-avantageusement à une petite distance du canal royal sur la rive gauche de la rivière d'Orbe à six lieues et demie de la Méditerranée à quatre et un quart d'Agde et à vingt six et un quart de Toulouse.

Béziers est une ville ancienne que l'on prétend avoir été fort considérable du temps des Visigoths. Dans la suite les Romains y établirent une colonie qui fut appelée dans les notices: Civitas Biturrensum Béteire Julia Biterra etc.

Cette colonie fut renouvelée sous l'empire de Tibère et la ville mérita alors deux temples l'un dédié à Athéna l'autre à Julia sa femme d'après une ancienne inscription trouvée à Béziers.

Il est constant que les habitants instituèrent des Prêtresses pour célébrer cette Princesse.

ÉVÊQUES. Narbonne-Saint-Paul premier Évêque de Narbonne est celui qui commença à prêcher l'Évangile à Béziers. Ce Saint quitta cette ville ci il avait déjà fait construire une église avant de partir et remit à Jaffé à Béziers son disciple dérosille et son donna premier Évêque de cette ville. Il existe encore une abbaye du nom de ce Saint Aphrodise dans laquelle les reliques sont conservées.
[Page 1123]

En 759 un Seigneur Visigoth nommé Anilmond qui s'était rendu maître des villes de Béziers Nîmes Agde et Maguelone dont il avait pendant les divisions des Sarrasins composé un petit État livra ces quatre villes à Pepin le Bref. C'est la première époque de l'union de Béziers à la couronne de France.

ÉVÉNEMENTS REMARQUABLES. Le Vicomte Roger Trencavel assiégea en 1168 la ville de Béziers avec des troupes du Roi d'Aragon pour punir les habitants de ce qu'ils avaient assassiné en 1167 son père dans l'église de la Madeleine.

Désespérant de prendre cette place dont les habitants étaient déterminés à se défendre jusqu'à l'extrémité il composa avec eux. Suivant le traité il leur pardonna à certaines conditions qu'ils promirent d'observer.

Il était bien résolu d'oublier le crime des habitants de Béziers lorsqu'un de ses courtisans lui reprocha de leur avoir vendu le sang de son père. Le Vicomte animé par ce reproche serait renaître sa fureur avec le désir de se venger même aux dépens de sa promesse.

Et pour y réussir d'une manière plus certaine et ne point donner de soupçon de son projet aux habitants de Béziers il se rendit en cette ville vers la fin de l'été et pria les Bourgeois de loger des troupes du Roi d'Aragon qui étaient venues à son secours d'Urbel contre le Comte de Toulouse.
[Page 1124]

Ces particuliers sans méfiance logèrent ces soldats. Et lorsque ceux-ci furent arrivés en assez grand nombre ils s'armèrent à un certain signal convenu massacrèrent une partie des habitants et pendirent les autres à des potences. On ne fit quartier qu'aux Juifs qui apparemment n'avaient pas été complices du meurtre de Trencavel.

Les femmes et les filles ne furent point massacrées mais elles furent forcées d'énoncer les soldats qui venaient d'égorger leurs pères leurs frères ou leurs maris. Ces mariages contribuèrent entièrement à repeupler la ville.

Après cette sanglante expédition le Vicomte Roger fit son entrée dans Béziers avec Bernard qui en était Évêque. Il imposa de concert avec ce Prélat sur tous les nouveaux habitants une redevance annuelle de trois livres de poivre par famille pour se dédommager des grandes dépenses que lui avait occasionnées la prise de cette ville et le massacre de ses habitants.

Vers les commencements du treizième siècle les opinions des Albigeois firent des progrès à Béziers. L'Abbé de Citeaux et Milon tous deux Légats du Pape s'avancèrent alors à la tête d'une forte armée de Croisés pour combattre les Albigeois.

Le Vicomte de Béziers épouvanté alla au devant de ces Légats fit tous ses efforts pour se justifier. Il leur déclara que si quelques-uns de ses Officiers avaient favorisé les Hérétiques c'était contre son intention. Toutes ces protestations furent inutiles. Les Légats loin de se laisser toucher marchèrent bientôt avec leur armée nombreuse et vinrent camper le 22 juillet 1209 devant Béziers dans le dessein d'en faire le siège.
[Page 1125]

Plusieurs autres troupes commandées par des Seigneurs ou des Évêques vinrent encore joindre cette armée. On députa aux habitants pour les déterminer à aider à la ville leurs concitoyens Albigeois et à les livrer au fanatisme des Croisés. Cette députation n'eut aucun succès.

Les habitants de Béziers refusèrent énergiquement ces indignes propositions et résolurent de se défendre jusqu'à la dernière goutte de leur sang.

Dans le premier feu de leur courage ils font une sortie sur les Croisés. Les Goujats et les Ribauds de cette armée trouvant maltraités repoussent les habitants de Béziers et les poursuivent jusques dans leur ville.

Les Croisés arrivent pour les soutenir ils font tous leurs efforts pour franchir les fossés escalader les murs. Les assiégés opposent une vive résistance mais au bout de deux ou trois heures ils cèdent aux efforts des nombreux assaillants.

Les Croisés entrent dans la ville égorgent sans distinction de sexe d'âge ni de religion. Les habitants effrayés se rassemblent en foule dans les églises comme dans un asile sacré. La plupart vont dans la cathédrale et s'y mettent sous la protection des Chanoines lesquels revêtus de leurs habits sacerdotaux font sonner les cloches pour implorer la miséricorde des vainqueurs.

Les autres se retirent dans l'église de la Madeleine. Mais ces églises dans ce temps-là si respectées n'arrêtent point la fureur des Croisés. Ils font partout un carnage horrible. Ces mille habitants furent...
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...égorgés dans la seule église de Sainte-Madeleine et on évalue à soixante mille le nombre de personnes massacrées dans toute la ville.

Un Historien contemporain assure que les Croisés ayant demandé à l'Abbé de Citeaux comment ils pourraient distinguer les Catholiques des Albigeois ce Moine répondit: « Tuez-les tous car Dieu connaît ceux qui sont à lui. » Ainsi on ne fit quartier à personne.

Enfin les dévots Croisés ne trouvant plus d'habitants à massacrer d'effets à piller mirent le feu à la ville et allèrent porter plus loin leur zèle exterminateur afin de se rendre plus dignes des indulgences que le Pape leur accordait pour de pareils exploits. Ces exploits qui dans un temps de lumière et de justice auraient conduit ces religieux brigands sur l'échafaud.

Ainsi fut détruite de fond en comble le 21 juillet 1209 la ville de Béziers célèbre par l'agrément de sa situation et le nombre de ses habitants. Elle était bien fortifiée pourvue de toutes munitions et aurait pu sans l'inconséquence des habitants opposer une plus longue résistance.

Béziers fut insensiblement rétabli et repeuplé. Les nouveaux habitants de cette ville ne pouvant supporter les vexations des Croisés de Simon de Montfort qui en était le chef se soulevèrent bientôt contre ces défenseurs de la religion.
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...Ils commencèrent par chasser de leur ville en 1210 le Légat du Pape qui voulut y séjourner. Ce Légat sourit promptement et se contenta l'année suivante d'excommunier la ville de Béziers et plusieurs autres par la même occasion.

Cette ville éprouva encore bien des calamités pendant les guerres des Anglais. Ses fortifications furent plusieurs fois rebâties et détruites. Du temps de la Ligue le Duc de Montmorenci fils du Connétable s'en empara et y fit bâtir en 1581 une citadelle à l'endroit où était le Couvent des Dominicains.

Deux ans après Douzon Juge-Mage avec quelques Gentilshommes ayant voulu remettre cette ville sous l'obéissance du Roi le Duc en fut averti fit étrangler ce Magistrat dans une des tours de la cathédrale et fit exposer son corps pendu à une potence.

Sous le règne de Louis XIII les habitants ayant embrassé le parti de Monsieur frère du Roi leur citadelle fut rasée.

DESCRIPTION. Cette ville est située dans une contrée délicieuse et c'est de cette heureuse situation qu'est venu le proverbe: « Si Dieu voulait habiter la terre il choisirait Béziers. »

À ce vers latin les plaisants ajoutent: « Mais les Croisés y vinrent pour y être de nouveau crucifiés. »

En revenant de Narbonne à Béziers on passe la rivière d'Orbe sur un pont de pierre au bout duquel est un hôpital attenant à une abbaye de filles. Ensuite on monte à la ville par deux routes dont le chemin neuf est le plus agréable.

Dans la ville au devant de l'église cathédrale est une terrasse d'où l'on découvre une vue magnifique.

La Cathédrale sous le titre de Saint-Nazaire n'a rien de bien intéressant. Le buffet d'orgue a des figures remarquables par leur singularité. En 1562 les Protestants pillèrent cette église et enlevèrent surtout un beau rétable d'argent.
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La maison de l'Évêque est plus régulière que belle.

...[detailed footnotes about Guillaume Bishop of Béziers abolishing a barbaric custom in 1592 regarding Jews and also about Guillaume de Frédole refusing oath to the King Henry IV]...

L'église de Saint-Félix est remarquable par la hardiesse des arcades qui soutiennent la couverture de la nef.

Au bas de la rue Française est une petite statue de pierre appelée Peperle que la ville a accoutumé de faire peindre et orner tous les ans le jour de l'Ascension. Suivant la tradition cette statue est la figure d'un vaillant Capitaine nommé Pierre Féerie qui lors de la prise de Béziers par les Anglais les empêcha lui seul d'entrer dans la plus belle rue de la ville. On ajoute que c'est à cette occasion que cette rue fut nommée Française.

L'enceinte de Béziers est assez considérable. Cette ville est une fois plus longue que large. Depuis qu'on a cessé d'enterrer dans les cimetières de la Madeleine et de Saint-Félix et que ces deux emplacements ont été transformés en promenades dont l'une plantée de tilleuls l'air en est devenu plus sain et l'aspect plus riant.
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Il reste encore à Béziers quelques rues d'un amphithéâtre et quelques Inscriptions qui sont les seuls témoignages physiques de l'ancienne splendeur de cette ville.

CANAL ROYAL. Les écluses de Foncerranne sur le canal royal du Languedoc situées à cinq cent vingt toises de Béziers sont composées de huit bassins accolés et dominant en amphithéâtre sur une ligne droite qui a soixante-six pieds de pente. On a divisé la différence du niveau entre ces deux points extrêmes en huit chutes de huit pieds trois pouces chacune. Et par le moyen de la retenue de chaque écluse les barques s'élèvent jusqu'au haut de la colline.

L'ensemble de ces écluses forme une très-belle cascade sur une longueur de cent vingt-cinq toises. Les éperons disposés en amphithéâtre produisent des effets très-variés.

L'ensemble de la retenue a cent quarante-trois toises deux pieds de longueur depuis l'angle flanqué de l'éperon d'amont jusqu'à celui d'aval. La longueur totale de la maçonnerie est de cent cinquante-deux toises quatre pieds.

À trois lieues de Béziers en suivant le canal du côté de Toulouse on trouve la fameuse voûte du Malpas. Elle est au pied de la montagne d'Ancérune que le canal royal traverse par une voûte souterraine à plus de cinquante pieds de profondeur en mesurant perpendiculairement depuis la surface du terrain.
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Le canal règne sous cette partie de montagne l'espace de quatre-vingt-quatre toises. C'est la longueur totale de la voûte qui est en partie en maçonnerie sur cinquante-neuf toises du côté de la sortie des eaux et en partie taillée dans la matière sur vingt-cinq toises trois pieds du côté de la venue des eaux.

L'intérieur de cette montagne offre une espèce de pierre tuffière compacte et mêlée de graviers ne formant qu'un seul corps coloré d'un ton argileux.

On eut d'abord intention de couper la montagne à ciel ouvert. Mais des considérations firent abandonner ce projet pour celui de la percer en forme de voûte gothique. Un petit aquéduc qui passe au-dessous de cette montagne et que l'on croit être du temps des Romains fit naître l'idée du percé. Mais la matière de la montagne se désunissait le canal se comblait. On fit un cintre qui ne subsista pas longtemps et on se détermina à voûter en maçonnerie ce qui annonçait le plus de danger.

Si la partie non voûtée que l'on voit encore aujourd'hui dans son premier état s'est soutenue même c'est que la matière plus compacte dans toute son étendue s'est constamment refusée aux grandes filtrations et qu'en général les filtrations ne sauraient être fréquentes dans cette partie de la voûte à cause de sa superficie convexe qui est au-dessus sur laquelle les eaux glissent sans pénétrer sensiblement le terrain.

Au bourg de Gabiat à quatre lieues de Béziers sont des eaux minérales salutaires pour les personnes qui ont des obstructions. De l'autre côté de la colline est une fontaine d'huile de Pétrole sur laquelle M. de la Fite Docteur en Médecine de la Faculté de Montpellier et M. de Quillet Secrétaire de l'Académie...
[Page 1131]

...des Sciences et Belles-Lettres de Béziers ont donné des Mémoires très détaillés.

On présume qu'il y a eu autrefois un volcan dans le voisinage du bourg de Gabia. On y trouve plusieurs matières volcaniques.

Le vin de Béziers est célèbre depuis longtemps. Pline en parle avec éloge.

Cette ville est la patrie de Paul Pellisson un des Quarante de l'Académie Française et de M. Jacques Dortous de Mairan Membre de la même Académie.

POPULATION. Le nombre des habitants y est environ à dix-huit mille.

NARBONNE.

Ville ancienne et considérable siège d'un Archevêque qui prend le titre de Primat et préside aux États de la province du Languedoc. Située dans un foss à sur un canal qui vient de la rivière d'Aude et qui communique avec la mer à deux lieues de la Méditerranée à quinze de Montpellier à vingt-quatre de Toulouse et à quatre de Béziers.

ORIGINE. Narbonne fut la première colonie établie par les Romains dans la Gaule connue sous le nom de Narbo Martius qu'elle reprit en 764. La non pas de Martius le gouverneur duquel elle fut établie contrairement à de vieilles questions auxquelles on croit ne pas à propos. Mais soit du Dieu Mars ou de Vétérans de la légion qui peuvent y avoir été envoyés dans la suite pour l'augmenter.

Les Anciens et les vieilles inscriptions contredisent l'histoire. Elle fut appelée Nerbo non pas Marius. Elle portait déjà ce nom longtemps avant l'entrée de César dans les Gaules.
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Cette ville suivant le témoignage de Strabon avait un port qui rendait florissante et riche la Gaule Narbonnaise et qu'on regarde comme le plus ancien de la côte de la Méditerranée.

Ce port existe encore à peu près dans le même lieu. C'est la Crau de la nouvelle ou Fort Saint-Charles. Mais les sables entraînés par la rivière d'Aude l'ont bien dégradé. On a été longtemps obligé pour éviter de plus grands atterrissements et faciliter l'entrée aux bateaux médiocres de creuser chaque année à l'aide des pontons dans les fonds de cette rivière.

Aujourd'hui un nouveau canal qui vient de s'exécuter promet une navigation plus commode et plus utile au commerce de cette ville.

Narbonne fut la métropole de la Province appelée Narbonnaise la plus ancienne des colonies romaines. Sous les Romains cette ville était fort considérable. Elle avait un capitole qui exigeait encore en 1232 des temples des écoles célèbres. Les neveux de l'Empereur Constantin y étudièrent la rhétorique. Les Romains y établirent encore la Teinturerie de l'Empire.

Narbonne éprouva plusieurs événements extraordinaires. L'Empereur Sévère céda cette ville et après la prise par Clovis elle devint la capitale des royaumes Ostrogoths et des États de peuples.

Les Sarrasins s'en emparèrent. Et en 759 ils furent chassés dans la suite par les Visigoths qui la rendirent à Pepin le Bref le 14 juillet 759. Elle fut encore ravagée par les Sarrasins et prise par les Normands. Elle devint ensuite capitale du Marquisat de Gothie et du royaume de Septimanie.
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Cette ville ainsi que le duché de Narbonne dont elle était le chef-lieu fit partie du domaine des Comtes de Toulouse fut usurpée par Simon de Montfort et enfin fut réunie à la couronne sous le règne de Louis VIII.

DESCRIPTION. On entre à Narbonne par quatre portes dont la Royale et la Connétable sont les plus anciennes. Cette ville n'a rien qui atteste son antique magnificence. Rien n'annonce cette cité célèbre avant la conquête des Romains plus célèbre encore sous la domination de ces vainqueurs du monde et successivement capitale de deux royaumes. Elle est pauvre dépeuplée et mal bâtie. Sans les églises et le siège archiépiscopal qui y attirent et y font vivre un grand nombre d'Ecclésiastiques elle pourrait être mise par son état actuel au rang des moindres villes de France.

La Cathédrale ou église primatiale est le monument le plus curieux de la ville. Ayant été consumée par les flammes elle fut reconstruite au cinquième siècle par les soins de l'Évêque Réquin. Ce bâtiment fut commencé le 13 octobre de l'an 441 et achevé quatre ans après l'an 445.

Cette cathédrale fut rebâtie ensuite par Charlemagne. Enfin l'Archevêque de Narbonne appelé Maurin à son retour d'Asie où il avait accompagné Saint-Louis fit recommencer la construction de cette église qui était tombée en ruine depuis longtemps parce que le célèbre Gui Fulcedi son prédécesseur alors Pape sous le nom de Clément IV avait projeté de rebâtir.

Ce Pape conformément aux intentions de Maurin lui envoya de Rome la pierre fondamentale toute bénie et ornée d'une croix d'or. L'Archevêque ayant reçu cette pierre fit jeter les fondements de la nouvelle église le 3 avril 1272.
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La construction du chœur des chapelles qui forment le chevet et des deux grosses tours fut achevée en 1332. Mais la nef ne fut point bâtie. L'édifice a demeuré ainsi imparfait jusqu'au commencement de ce siècle que M. de Berdere Archevêque de Narbonne résolut de le continuer. Il posa avec grande cérémonie la première pierre de cette nef le 17 juin 1708. L'ouvrage ayant été suspendu M. de Beauvau Archevêque de Narbonne son successeur le 11 continua en 1722.

Le chœur de cette église est regardé comme un des plus beaux du royaume. On admire surtout la hauteur et la hardiesse des voûtes et une architecture gothique d'un bon genre.

Au milieu du chœur est le tombeau de Philippe le Hardi. Ce Prince revenant de Catalogne assiégée avec les débris de son armée manquant de tout repassant les Pyrénées et vint à Perpignan où il fut attaqué d'une fière chaude dont il mourut le 7 octobre 1285. Ses dépouilles furent mises dans ce tombeau. Ses os transportés à l'église ensuite inhumés dans la chapelle de Paris et son cœur dans l'abbaye de la Nativité de Notre-Dame de cette dernière fois.
[Page 1135]

Ce tombeau de Philippe le Hardi qui était dans l'ancienne cathédrale fut transféré dans la nouvelle église primatiale.

Jean Duc de Normandie fils aîné du Roi Philippe de Valois qui commandait alors dans la province du Languedoc donna en cette occasion deux cents livres tournois à l'église de Narbonne.

Sur ce tombeau on voit la figure couchée de Philippe le Hardi en marbre blanc. Il est représenté vêtu de ses habits royaux. De la main droite il tient un lion. De l'autre ses gants. Un lion est à ses pieds. Sa tête appuyée sur un chevet feuilleté de fleurs de lis est ceinte d'une couronne dont les fleurons sont des fleurs de lis. Il a de la barbe contre le visage de son temps peut-être l'avait-il laissé croître pendant sa déroute et pendant sa maladie ou peut-être est-ce un caprice du Sculpteur.

Derrière la partie élevée qui est la tête de ce tombeau on lit cette inscription en caractère gothique:

« Sepultura bonæ memoriæ Philippi quondam Francorum regis filii beati Ludovici qui Perpiniani eglesiæ ab hac anno Domini M.CC.LXXXV. Non. »

Le convoi qui eit aux quatre faces du tombeau offre des Chanoines en aumuces des Princesses et le Roi Philippe le Bel entre ses deux Gardes.

On voit aussi dans cette église un tableau qui représente la Résurrection de Lazare. C'est une copie d'un autre tableau du même sujet qui avait été donné à cette cathédrale par le Cardinal Jules de Médicis Archevêque de Narbonne.

Le tableau original peint par Sébastien del Piombo ou Majlien de Venise élève du Giorgion et rival de Michel-Ange...
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...resta dans cette église jusqu'en 1512 que le Duc d'Orléans Régent le fit demander. Les Chanoines ne crurent pas devoir le lui refuser. Pour les dédommager ce Prince leur envoya vingt mille livres afin de continuer le bâtiment de leur église et une copie du même tableau faite par un bon maître qui est celle qu'on voit aujourd'hui.

La sacristie renferme beaucoup d'argenterie et un soleil si grand et si lourd qu'il faut huit Prêtres pour le porter.

Cette église a quarante-trois toises de longueur dans œuvre et vingt-trois de largeur.

On doit admirer un portail gothique qui sert de porte d'entrée après la montée et qui est d'un excellent goût.

Le palais archiépiscopal situé près du canal est une espèce de forteresse composée de plusieurs corps de logis et environnée de plusieurs tours carrées. À l'extrémité du jardin on voit un piédestal antique assez bien conservé. Le piédestal et les inscriptions qu'il porte se trouvent gravés ainsi que plusieurs autres antiquités de Narbonne dans le premier Volume de l'Histoire du Languedoc.

On trouve aussi dans la cour de l'évêché un fronton circulaire rompu une frise avec une corniche et un autel etc. chargés d'inscriptions.

Dans l'église de Saint-Loup hors la ville on voit un petit tombeau antique mais dont le style et les caractères de l'inscription annoncent qu'il fut élevé dans des temps bas.
[Page 1137]

Narbonne est depuis longtemps divisée en deux parties le bourg et la ville. Cette ville a la réputation d'être mal-propre. Les Voyageurs Bachaumont et Chapelle en parlent avec beaucoup d'humeur.

« Dans cette ville de Narbonne
Toujours il pleut toujours il tonne »

Ailleurs ils apostrophent:

« Digne objet de notre courroux
Vieille ville toute de fange
Qui n'est que tuyaux et qu'égouts »

Narbonne est en effet dans une situation peu avantageuse. Une branche du canal du Languedoc y passe traverse l'étang de Sigean et va aboutir dans la Méditerranée.

ÉVÉNEMENTS REMARQUABLES. Pendant les guerres contre les Albigeois le Cardinal Pierre de Benevent Légat du Pape séjourna quelque temps à Narbonne. Ce fut dans ce lieu qu'il attira les Députés de différentes villes et plusieurs Seigneurs qui avaient suivi le parti du Comte Raimond VI afin d'y recevoir leur filiation et les réconcilier à l'église.

Ce malheureux Comte s'y rendit. Après avoir été fouetté excommunié sonné par des Prêtres battu et dépouillé de ses États par des Évêques et des brigands il vint se soumettre au Légat lui jurer aux pieds ses domaines comme il est marqué dans l'acte du serment puis se croyant absous il retourna à Toulouse vivant non pas dans son palais qui était occupé par les gens de l'usurpateur Simon de Montfort mais dans la maison d'un particulier.
[Page 1138]

Les Députés des villes les Seigneurs le Comte Raimond et son fils enfin tous ceux qui étaient venus se soumettre au Légat dans l'espérance d'avoir la paix eurent bientôt lieu de se repentir de cette démarche. Le Pape leur avait tendu un piège et sous le prétexte de les réconcilier à l'église il les trahissait de la manière la plus odieuse.

Pierre Moine de l'abbaye de Vaux-Cernai missionnaire pour la conversion des Albigeois et qui a écrit l'Histoire des guerres contre ces sectaires et qui se montre toujours l'apologiste des Croisés et de Simon de Montfort ne doit pas être soupçonné en cette occasion. Voici comme il rapporte la fourberie du Cardinal:

« Le Légat séjournait et retenait Narbonne par une fraude pieuse contre les ennemis de la foi afin que le Comte de Montfort puisse par un chemin dérobé passer avec les troupes envoyées de France dans le Querci et l'Agenois et venir combattre avec ses liens. »

Tellement aveuglé par le fanatisme s'écrie le Moine qu'il croit faire honneur à ce Cardinal en convenant qu'il s'est rendu coupable d'une telle trahison. Dans ce temps-là pourvu que le prétexte fût religieux les fourberies étaient prônées comme des vertus.
[Page 1139]

En 1234 un Moine Jacobin de ceux qui couraient après les hérétiques pour les brûler crut enfin en avoir découvert un. Il assembla aussitôt une troupe de Sergents se met à leur tête va chez un habitant du bourg de Narbonne nommé Raimond d'Argens qu'il prétendait suspect d'hérésie et sans autre forme de procès le fait conduire en prison. Cette violence excita une rumeur parmi les habitants du bourg qui depuis longtemps avaient formé entre eux une confédération sous le nom de l'assurance ou de l'amitié dont le but était de défendre réciproquement leurs biens et leurs personnes.

En conséquence ces habitants du bourg vinrent par force tirer le prisonnier de son cachot et le ramenèrent chez lui. Le lendemain le Vicomte Aymeri ayant assemblé les Chanoines et les Religieux de la ville pour délibérer sur cette affaire le Moine inquisiteur se leva comme un furieux et en pleine assemblée excommunia Raimond d'Argens et tous ceux qui l'avaient retiré de prison.

L'Archevêque ayant déterminé qu'il fallait aller se saisir du coupable et le remettre pour la seconde fois en prison vint lui-même avec main-forte pour l'enlever. Mais ceux du bourg qui avaient prévu cette violence s'étaient assemblés à la porte de Raimond d'Argens.

Lorsqu'ils virent arriver l'Archevêque avec sa troupe ils jettent leurs armes crient de toute leur force: « Tue tue donne! » Ils foncent aussitôt sur le Prélat et ses satellites les obligent de fuir après avoir maltraité le Prieur des Jacobins qui se trouvait mal à propos à cette expédition.
[Page 1140]

L'Archevêque dut recours aux armes spirituelles. Il excommunia tous les habitants du bourg. Le mois suivant il excommunia encore tous ceux qui communiquaient avec eux.

Ces habitants qui ne pouvaient pas excommunier l'Archevêque s'emparèrent de ses domaines et le chassèrent de la ville.

Ce Prélat cependant fut bientôt de retour. La paix se rétablit. Mais les incursions et les violences des Inquisiteurs causèrent de nouveaux désordres. Les habitants de la ville ayant embrassé le parti de l'Archevêque et des Moines firent la guerre à ceux du bourg qui composaient alors la moitié de Narbonne. Il y eut plusieurs combats et beaucoup de sang répandu.

Enfin le 4 avril les habitants des deux parties de cette ville traitèrent ensemble et signèrent une paix. C'est le fanatisme qui était seul capable d'allumer entre concitoyens une guerre si sanglante.
[Page 1141]

Pendant que les Prélats du Languedoc travaillaient avec tant de zèle pour extirper l'hérésie des Albigeois ils manifestaient leur avarice en retirant des droits considérables sur ceux qu'ils excommuniaient. L'Archevêque de Narbonne était dans ce cas. Il percevait des droits excessifs sur ceux qui voulaient se marier sans faire publier leurs bans. Et au lieu d'une livre de cire que dans l'origine les excommuniés payaient tous les ans et qui était évaluée à deux sous l'Archevêque en 1350 exigeait cinq sous tous les mois ce qui faisait une somme trente fois plus grande.

Le Roi Jean par des lettres patentes du mois de janvier 1350 défend à l'Archevêque de recevoir des sommes si exorbitantes. Ces droits procuraient un grand revenu aux Prélats de ce temps parce qu'ils excommuniaient une ville entière pour le moindre sujet et qu'ils usaient très-fréquemment de ce pouvoir. Le Pape Benoît XII se plaint de ces abus trop multipliés. Dans une lettre écrite au mois d'avril 1350 aux Chanoines de Narbonne.

ALBI.

Ville archiépiscopale située sur la rive gauche du Tarn à vingt-cinq lieues de Montpellier et à douze de Toulouse.

ORIGINE. Cette ville fort ancienne capitale du pays appelé Albigeois était au douzième siècle frontière des Gaules. Les plus anciennes des Notices qui en font mention la nomment Civitas Albensium d'autres Alda ou Albe. Albi comme plusieurs autres villes du Languedoc avait adopté les erreurs des Henriciens.
[Page 1142]

Saint-Bernard y vint en 1147. Le Légat qui l'avait précédé de deux jours fut très-mal reçu des habitants qui par dérision étaient venus au devant de lui montés sur des ânes et au bruit des tambours. Le saint Abbé eut une meilleure réception. Mais il était si prévenu contre ces habitants qu'il fut sur le point de refuser l'accueil qu'ils lui faisaient.

Le lendemain jour de la Saint-Pierre Bernard prêcha dans la cathédrale. Elle fut si remplie d'Auditeurs qu'elle pouvait à peine les contenir.

« J'étais venu pour soigner mais j'ai trouvé le champ rempli d'une mauvaise semence. Cependant vous êtes raisonnables. Je vais vous montrer l'une et l'autre semence afin que vous sachiez à quoi vous en tenir. »

Enfin le Saint prêcha avec tant de passion que les habitants renoncèrent à leurs erreurs.

« Faites donc pénitence s'écria alors Bernard vous tous qui avez été infectés de l'hérésie et soumettez-vous à l'Église levez au-dessus main droite pour marque de votre conversion. »

Ils levèrent tous la main droite et le Saint finit son sermon.

Pendant les guerres des Albigeois cette ville fut prise par Simon de Montfort en 1212. Elle rentrira en la possession de Raimond VII Comte de Toulouse. Enfin elle fut réunie à la couronne par le Roi Louis VIII à qui les habitants prêtèrent serment de fidélité.
[Page 1143]

DESCRIPTION. Cette ville peu remarquable par des objets de curiosité est construite sur une éminence. La petite ville de Castelvieux lieu de faubourg à Albi du côté de Gaillac et de Montauban.

La Cathédrale dédiée à Sainte-Cécile est une des plus grandes et des plus singulières du royaume. La construction fut commencée en 1282 par l'Évêque Bernard de Castalnet qui assigna pour les dépenses un vingtième de ses revenus. Le Chapitre en fit de même. Ce Prélat fit contribuer plusieurs autres Bénéficiers de son diocèse.

L'église ne fut achevée et consacrée qu'en 1480. Ainsi sa construction dura deux cent trois ans.

Cette église extraordinairement longue a cinquante-huit toises de longueur hors d'œuvre sur dix-sept de largeur. Son portail offre au milieu une tour carrée fort élevée flanquée de deux autres tours rondes qui le sont moins. Elle n'a pas de bas-côtés et n'a point la forme de croix.

On voit dans la nef un buffet d'orgue magnifique dont l'Évêque Armand de la Croix de Castries fit présent en 1377 à cette église. Cet orgue a été fabriqué par Christophe Moucheret Facteur célèbre.

Si le buffet n'est pas d'un goût bien pur il est au moins un des plus recherchés qui existe. On y voit une infinité de figures et surtout en plusieurs endroits une sculpture fort nourrie.
[Page 1144]

L'intérieur de cette église est d'un gothique assez simple qui présente des espèces de pilastres à pans. On y remarque l'architecture du jubé ouvrage d'un genre agréable. Les voûtes sont à arêtes à tiers-point et toutes peintes en azur rehaussé d'or.

La chapelle de Saint-Clair est fort enrichie de peintures.

On conserve dans le trésor une châsse d'argent d'un travail précieux qui contient les reliques de Saint-Clair premier Évêque de la Cité Apostolique des Albigeois.

PROMENADE. L'église jolie promenade sur les bords de la ville. Elle forme une terrasse bordée de deux rangs d'arbres. On y jouit d'une vue agréable. Au bout est le couvent des Dominicains.

Saint-Salvy était une ancienne abbaye fondée vers la fin du sixième siècle. Elle fut sécularisée en 1512. Saint-Serin Évêque y fut enterré. On l'estime encore aujourd'hui avec reliques renfermées dans cette église dans une chasse qui est un Monument de la piété d'un Comte de Toulouse nommé Raimond. Mais on ignore lequel.

ÉVÉNEMENTS REMARQUABLES. La sévérité extrême dont usaient les Inquisiteurs établis pour rechercher les sectaires appelés Albigeois et le grand nombre qu'ils en faisaient périr dans les flammes excitaient de toutes parts l'indignation des peuples. En 1234 deux Dominicains nommés Frère Guillaume exerçaient à Albi le métier de persécuteurs.
[Page 1145]

Par une de leurs sentences ils condamnèrent huit habitants de cette ville à être brûlés vifs et douze autres à aller servir outre-mer pendant quelques années.

Dans le même temps Frère Arnaud voulut exhumer les corps de plusieurs personnes mortes dans des sentiments erronés. Il choisit le jeudi d'après la Pentecôte jour auquel l'Évêque tenait son synode pour faire exécuter son jugement.

Et il ordonna au Bailli et aux Officiers de ce diocèse de faire déterrer entre autres une femme inhumée dans le cimetière de l'église de Saint-Étienne. Ces officiers craignant d'exciter une émeute populaire refusèrent d'obéir.

Le Moine Inquisiteur se rendit alors lui-même sur les lieux suivi de quelques Ecclésiastiques et ayant pris un hoyau il donna les premiers coups pour déterrer le corps puis laissant le reste à faire aux gens de l'Évêque il se rendit au synode.

À peine fut-il entré dans la cathédrale que les gens chargés de déterrer le cadavre viennent l'avertir qu'ils avaient été chassés par le peuple attroupé.

À cette nouvelle le Moine entre en fureur il retourne sur les lieux pour se faire obéir. Mais bientôt il est environné de deux ou trois cents personnes qui sans respect pour son caole se jettent sur lui en criant: « C'est une trahison c'est une trahison dans la forteresse et ici, qu'il meure! Il n'est pas permis de le laisser vivre! »

On l'entraîne. Mais il parvient à s'échapper et se réfugier dans la cathédrale à peine y est-il arrivé qu'en présence de l'Évêque et du Clergé il excommunia les misérables de toute la ville.
[Page 1146]

Le peuple et l'Évêque le prièrent pour calmer la colère comminatoire du Dominicain. Il se fit un peu prier puis consentit à retirer son dangereux anathème.

Les Moines Inquisiteurs fiers de posséder un moyen si commode pour eux et si terrible pour les peuples continuèrent d'en abuser. Les bûchers se rallumèrent bientôt à Albi. La cendre des morts fut troublée et leur mémoire outragée. Plus qu'auparavant chacun craignant l'arme spirituelle souffrit en silence.

Ces Inquisiteurs continuaient d'exercer des violences inouies. « Ils faisaient souffrir dit Dom Bezette les tourments horribles à ceux qu'ils avaient fait emprisonner sous prétexte d'hérésie pour leur faire avouer des crimes dont ils n'étaient pas coupables subornoaient les témoins etc. En sorte que tous les peuples paraissaient disposés à la révolte. »

Enfin malgré le temps et les préjugés l'indignation des peuples ne put se contenir. On porta de toutes parts contre ces religieux bourreaux des plaintes au Roi.

Les habitants de la ville et du diocèse d'Albi se plaignaient surtout de leur Évêque Bernard de Castalnet qu'ils accusaient d'avoir de concert avec les Inquisiteurs condamné beaucoup d'innocents. Ces plaintes produisirent d'abord peu d'effet.

Mais étant réitérées elles décidèrent le Roi à envoyer deux Commissaires pour faire justice. Les prisons furent ouvertes. Les habitants d'Albi pouvant enfin donner l'essor à leur indignation chassèrent plusieurs Jacobins de la cité en criant: « Aux traitres! Aux traitres! »

Ceux qui restaient dans le couvent dosaient à peine s'y montrer. Ils y furent livrés au peuple qui s'y était introduit pour se venger un peu de ces furieux Dominicains. Ils les abandonnèrent et ne leur portèrent plus aucune aumônes.
[Page 1147]

Une chose remarquable c'est qu'un Jacobin nommé Frère Bernard Délicieux avait embrassé le parti du peuple et dans ses sermons l'excitait contre ses confrères les Inquisiteurs.

Ces Moines n'avaient qu'un parti à prendre parti toujours victorieux alors c'était l'excommunication qu'ils lancèrent contre les Commissaires du Roi. Mais ceux-ci en appelèrent au Pape et de longtemps l'affaire ne put être jugée.

TOULOUSE.

Ville capitale du Languedoc située sur les bords de la Garonne proche l'embouchure du canal royal dans ce fleuve à cent soixante-dix lieues de Paris.

ORIGINE. Cette ville est si ancienne qu'on en ignore l'origine. On sait qu'elle fut le chef-lieu du pays habité par les Volces Tectosages.

M. l'Abbé Guilbert qui a sur ce sujet fait une savante dissertation d'après divers témoignages et divers monuments découverts dans le lieu appelé Vieille-Toulouse conjecture contre le sentiment du plus grand nombre des historiens que cette ville a commencé d'exister dans l'endroit qui porte ce nom et qui est éloigné d'une forte lieue de la ville actuelle.

Il prouve ensuite que Toulouse était une ancienne colonie fondée par les Grecs de Marseille.

Les Romains après avoir conquis le pays des Volces mirent d'abord Toulouse qui en était la capitale au nombre des villes alliées de leur République. Ils y établirent dans la suite une colonie romaine qui devint riche et puissante.
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Cette ville était déjà célèbre avant la conquête des Romains par deux temples. C'est peut-être ce dernier qui lui fit donner le nom de Palladienne.

Les Romains embellirent Toulouse d'un Capitole d'un palais d'un amphithéâtre et de plusieurs autres édifices publics dont on voit encore quelques vestiges.

Les habitants de Toulouse séduits ou épouventés par les Cimbres victorieux embrassèrent le parti de ces barbares et arrêtèrent prisonniers les soldats Romains qui étaient dans leur ville. Le Consul C. Servilius Cepio que la République avait envoyé depuis peu pour remédier à la province à cause des intelligences qu'on s'y était ménagées entra pendant la nuit dans Toulouse avec les troupes Romaines s'en rendit maître et sous prétexte de punir la trahison des Toulousains abandonna leur ville au pillage.

Toulouse était très-riche. Ses temples contenaient des offrandes précieuses. Les lacs voisins du temple d'Apollon étaient remplis d'or et d'argent que par superstition les peuples jetaient comme un présent dans un lac ou mine or que le peuple en partie.

Cepio emporta en cette occasion à cent trente millions de notre monnaie.

Ce gouverneur après avoir mis garnison Romaine dans Toulouse fit voiturer vers Marseille les richesses dont il voulait se rendre maître. Cependant le convoi fut arrêté en chemin par des brigands dit-on secrètement envoyés par Cepio qui feraient par ce moyen s'approprier ces trésors afin de n'en point rendre compte à la République. Ce qu'il y a de certain c'est que Cepio et tous ses complices furent dans la suite accusés de péculat.
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On prétend même que le Dieu dont ils avaient profané et pillé le trésor punit d'une manière exemplaire tous ceux qui avaient eu part à ces richesses en les faisant vivre et mourir misérablement.

C'est de cette punition à bien dire que l'or de Toulouse d'où venu dit-on ce proverbe pour exprimer le sort d'un homme constamment malheureux.

On croit que ce fut après ce pillage que les Toulousains abandonnèrent insensiblement leur ancienne ville profanée et jetèrent les fondements de la nouvelle.

Bientôt son commerce ses écoles la rendirent célèbre. Au commencement du cinquième siècle les Vandales inondèrent tout le pays. Mais Toulouse fut préservée de ce fléau par les prières et les mérites de Saint-Exupère qui en était Évêque.

Les Visigoths l'assiégèrent s'en rendirent maîtres et l'abandonnèrent pour passer en Espagne.

En 419 l'Empereur Honorius ayant cédé Toulouse aux Visigoths ces peuples y établirent le siège de leur empire et Toulouse devint la capitale du royaume des Visigoths. Prérogative dont elle jouit sans interruption pendant quatre-vingt-huit ans.

En 508 après avoir soumis une grande partie de l'Aquitaine le Francs entra sans aucune...
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...existence dans cette ville. Le royaume de Toulouse ne fut plus depuis cette conquête et Narbonne fut alors le chef-lieu du pays qui appartenait encore aux Visigoths. Toulouse devint ensuite la capitale de l'Aquitaine mérovinienne.

Charlemagne ayant érigé ce pays en royaume Toulouse eut pour la deuxième fois le titre de capitale d'un royaume.

Cette ville passa ensuite sous la domination des Comtes et ne fut réunie à la couronne que sous le règne de Saint-Louis. Alfonse frère de ce Roi épousa Jeanne fille unique de Raimond VII et héritière des domaines des Comtes de Toulouse.

DESCRIPTION. Cette ville capitale d'une des plus grandes provinces de France qui fut successivement capitale du royaume des Visigoths de celui d'Aquitaine et des vastes domaines de ses Comtes célèbre par une infinité de grands événements ne conserve que peu de témoignages de son ancien lustre. Elle n'est ni bien percée ni bien bâtie. C'est un vrai labyrinthe composé de rues sales étroites et tortueuses. On y voit peu de places. Les maisons y sont pour la plupart bâties en briques.

Cette ville est dans une situation avantageuse pour le commerce et cependant elle est peu commerçante. Un objet bien moins utile fixe toute l'ambition des habitants. C'est la noblesse qui s'acquiert par le capitoulat. Cette fièvre de noblesse tourmente bien des bourgeois de Toulouse et leur donne plus de maux que de vanité frivole.
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Il y a huit charges de Capitouls. On les élit tous les ans. Leur fonction est la même que celle des Échevins dans les autres villes. Ils ont de plus l'administration de la justice criminelle et de la police. Mais ils ne peuvent rien résoudre sans convoquer le conseil de bourgeoisie composé d'habitants qui ont déjà été Capitouls.

Le capitoulat donne tous les ans la noblesse à huit roturiers qui prennent le titre de Gouverneurs de la ville et de Chefs des Nobles.

Ces roturiers qui par cette élection peuvent tout à coup devenir nobles à perpétuité sont en conséquence fort empressés de se procurer cette illustration. C'est ce qui a donné lieu à ce proverbe ancien et ironique:

« Celui de noblesse à grand titoul
Qui de Toulouse est Capitoul. »

Toulouse a huit portes quelques places publiques et une seule fontaine. La difficulté qu'on a toujours éprouvée pour conduire des eaux dans cette ville est cause qu'on n'y trouve pas d'autre monument de ce genre. On supplée à ce défaut en faisant voiturer dans la ville des tonneaux pleins d'eau pour le besoin des habitants.
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Cette fontaine unique est de forme ronde. Elle est surmontée d'un obélisque. Ses quatre faces offrent quatre figures dedans qui jettent l'eau dans un bassin d'où elle découle par plusieurs robinets.

Les places les plus remarquables de Toulouse sont: la place Royale la place Mage où est la statue équestre de Louis XIII etc.

LE PONT NEUF sur la Garonne fut bâti sous le règne de Louis XIII d'après les dessins du plus célèbre architecte de la France François Mansart. On le regarde comme un des plus beaux ponts de l'Europe.

Les arches sont de différentes grandeurs à plein cintre et au nombre de sept. La maçonnerie est en briques. Les bandeaux des arches sont en pierres de taille ainsi que des chaînes qui lient la maçonnerie des voûtes.

Ce pont a douze toises de largeur et cent trente-cinq de longueur. Au-dessus des piles et entre les arches sont des ouvertures elliptiques percées dans la construction qui peuvent donner passage à l'eau lorsque la Garonne est débordée.

L'HÔTEL DE VILLE est qualifié de Capitole. On lit en effet sur la porte en très grands caractères dorés CAPITOLIUM. Cet édifice est un des plus remarquables de Toulouse. Mais son extérieur par son architecture ne répondent guère à l'idée de grandeur que ce antique nom semble annoncer.

En entrant on trouve sous la porte un grand corps de garde où l'on voit des armes et des boucliers ronds. Ces anciens Toulousains. On y lit une inscription où l'hyperbole familière aux gens du pays est étalée avec profusion:
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« DEO CIVIB. ET PRINCIPIB. ATQ. DICTAT. MAXIM. REDD. AD DEUM.
Capitaini P. Q. TAOS. ob restitutain Libertatem Magno valetudinem & conservant Ecclesiæ defensorem Nobilitati Principem Magistratibus Legislatorem populo Patrem ORBI PERPETUUM MIRACULUM. »

Un peu plus bas est un soleil d'or au-dessous duquel sont huit fleurs appelées tournesols inclinées de son côté. On y lit ce vers:

« Nous regardons toujours celui qui nous a faites. »

Le soleil d'or est la devise de Louis XIV. Les huit fleurs sont allusion aux huit Capitouls de ce temps-là dont les armes sont à côté.

Le premier tableau que l'on trouve sur la gauche du grand escalier représente un feu d'artifice tiré à l'occasion de la convalescence de Louis XV après sa maladie de Metz fait par Carmas Peintre Toulousain.

À droite en montant on voit un autre grand tableau représentant les Capitouls harangvant les Princes petits-fils de Louis XIV lors de leur passage à Toulouse en 1700.

Au-dessus dans un tableau de même grandeur on voit l'entrée de Louis XIII dans Toulouse en 1621.

Le troisième tableau qui est vis-à-vis offre l'entrée de Louis XI encore Dauphin. Ce Prince instruit des difficultés que les Capitouls feraient d'accorder le dais à la Reine sa mère se détermina à le placer en-dessous. C'est un ouvrage de Jean-Pierre Rivais.
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Le quatrième qui est sur le dernier palier représente Louis XIV faisant son entrée en 1659. Les Capitouls sont humblement prosternés aux genoux de ce Prince lui présentent les saints Evangiles pour lui faire jurer de conserver les privilèges de la ville. Ce tableau est peint par Durand.

La première salle est ornée de plusieurs grands portraits de Capitouls. Au-dessus de la première porte est un tableau curieux où l'on voit Clémence Isaure tenant dans ses mains des fleurs qui représentent les prix que le 3 mai de chaque année l'Académie des Jeux Floraux distribue.

La seconde salle connue sous le nom de Salle des Rhées contient les bustes des Toulousains qui se sont rendus recommandables par leurs talents ou leurs vertus. C'est un spectacle bien satisfaisant pour le Philosophe de voir sur la même ligne l'Artiste l'homme d'État l'Historien le Guerrier. C'est une leçon bien encourageante pour les jeunes citoyens que cet assemble d'hommes illustres de tous états à qui leur patrie rend dans ce temple de mémoire un hommage égal.

Dans le fond de cette salle on voit le buste de Louis XIV doré accompagné de trophées et d'une inscription latine. Au-dessous est un tableau peint par Jean Rivais qui représente la naissance du Duc de Bourgogne. Aux deux côtés sont quatre bustes: celui de Théodoric Ier Roi de Toulouse de Théodoric II de Bertrand et de Raymond de Saint-Gilles ainsi que les deux Comtes de Toulouse.

À droite du buste de Louis XIV on remarque celui d'Arnaud Ferrier qui assista au Concile de Trente en qualité d'Ambassadeur. Puis viennent les bustes des personnes suivantes:
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Cujatius un des plus célèbres Jurisconsultes. Aue Ferrier Médecin fameux. Jean Pins Évêque de Rieux Ambassadeur à la Cour de Rome. Antoine Tolofini Général et Réformateur de l'Ordre de Saint-Antoine de Vienne. Jean Nogaret de la Valette que Charles IX nomma Vice-Roi d'Aquitaine. Antoine Paulo Grand-Maître de Malte. Dufaur Pibrac Avocat Général au Parlement de Paris Chancelier d'Henri III lorsqu'il était Roi de Pologne connu par des poésies et surtout par des quatrains. Guillaume Irieubel et Philippe Bertier Présidents au Parlement de Toulouse. Antoine Rivais Peintre de Toulouse. Ancée Calenieu et Jean dit Flanc-aleu Germain la Faille Auteur des Annales de Toulouse.

Au-dessus de la porte de la salle destinée à l'exposition publique des tableaux qui se fait tous les ans au mois de mai on voit un grand tableau allégorique fort ancien qui représente une Toulouse sous la figure de Pallas. Et aux deux côtés de ce tableau les bustes d'Antonius Prima Sénateur d'Emilius Magnus Arbornus de Luces-Stella ou Urfulus et de Flacinus Rhéteurs de Toulouse. De Jean-Galbert de Campisgron Poète dramatique. De François Regnard Poète. De Pierre Goudelin célèbre par ses poésies Languedociennes pleines de grâces et de naïveté.

Le portrait d'Henri III qui n'est que la copie de celui qui fut enlevé par la populace pendant la Ligue.

On voit ensuite les bustes de M. Ballard doyen du Parlement d'Emmanuel Magnan Mathématicien Minime de Pierre Bunel Érudit de Guillaume Catel Auteur d'une Histoire du Languedoc de Guillaume Maran Jurisconsulte de Jean Etienne Duranty Premier Président de Pierre Dufaur de Saint-Jory Premier Président de Guillaume de Nogaret Ambassadeur de Philippe-le-Bel à Rome pendant les démêlés de ce Roi avec le Pape Boniface de Benoît XII Pape né à Toulouse de Bachelier fameux Sculpteur élève de Michel-Ange.
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Tous ces bustes ont été sculptés par Darcis.

Derrière cette salle est celle des quarante Mainteneurs ou Académiciens des Jeux Floraux. Elle est ornée du portrait de Louis XIV et de celui de Monsieur frère du Roi. Ces bustes furent envoyés à l'Académie des Jeux Floraux par ces Princes après leur séjour à Toulouse.

On voit aussi le buste du Chancelier Bacon et ceux de Mademoiselle de Catalan de Madame de Montaigu l'une et l'autre maîtresses des Jeux Floraux.

En sortant de cette salle à droite on entre dans celle de peinture et l'on remarque sur la porte un petit portrait de Louis XV.

Le premier tableau à droite représente les Huguenots chassés de Toulouse en 1562. Le second offre la défaite d'Henri II Roi d'Angleterre à l'époque où ce Prince vint faire le siège de Toulouse avec une armée formidable dont une partie avait été fournie par le Roi d'Écosse par le Comte de Barcelone etc.

Le troisième tableau montre le Vicomte de Saint-Gilles Comte de Toulouse recevant la croix des mains du Pape Urbain II.

Dans le quatrième on voit Litorius Général des Romains fait prisonnier par Théodoric Roi des Visigoths au moment où ce Général allait faire le siège de Toulouse.

Le grand tableau qui occupe le fond de la salle représente la fondation de la ville d'Ancyre connue sous le nom d'Ankara capitale de la Galatie. Ce beau tableau est peint par Antoine Rivais ainsi que les quatre précédents.

À droite en entrant le premier tableau a pour sujet la défaite de Sifias Roi de Macédoine et fait prisonnier par les Tectosages. Peint par...
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Dans le second on voit le fameux temple de Delphes pillé par les Tectosages. Des soldats emportent la statue d'Apollon. Ce tableau est de Coypel.

Le sujet du troisième est la conquête des Tectosages qui après avoir soumis une des plus fertiles contrées de la Germanie bâtirent une ville près de la forêt d'Hercynie. Ce tableau est du célèbre Jouvenet.

Le quatrième tableau est peint par Boulogne l'aîné. Il représente les Tectosages illustrés par leurs victoires allant chercher une nouvelle patrie.

On voit dans une autre pièce appelée le Grand Consistoire la statue en marbre blanc de Clémence l'Aure qui est encore représentée dans un tableau dont nous avons parlé. Cette statue est dans une niche au-dessus d'une des portes et sous ses pieds est une inscription ou épitaphe latine qui atteste la restauration des Jeux Floraux par cette femme célèbre.

Ce fut dans la cour de cet hôtel de ville que l'illustre et infortuné Duc de Montmorenci eut la tête tranchée le 30 octobre 1632. Son crime était de s'être soulevé contre la tyrannie de Richelieu et d'avoir embrassé le parti du frère du Roi.

Ce Prince envoya au Roi son frère un Gentilhomme qui se jeta trois fois à ses pieds pour solliciter le pardon du Duc de Montmorenci. Le Roi poussé par Richelieu répondit que ce Duc était entre les mains du Parlement.
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La Reine voulut aussi demander la grâce de Montmorenci mais Richelieu l'en détourna. La Princesse de Condé sœur de ce malheureux Duc était venue exprès en Languedoc pour tâcher de sauver son frère. Mais le Cardinal de Richelieu lui défendit d'entrer dans Toulouse et lui fit entendre qu'en s'éloignant de cette ville elle réussirait beaucoup mieux à obtenir ce qu'elle attendait du Roi.

On rapporte même que cette Princesse poussa ses supplications jusqu'à se mettre à genoux devant ce Cardinal. Mais il était inflexible.

Ce qui détermina le Cardinal à ne point faire exécuter en place publique le Duc de Montmorenci ce ne fut point une considération pour lui mais la crainte d'une révolte. Ce Duc était adoré à Toulouse. Le spectacle de son supplice aurait pu allumer l'indignation du peuple le porter à une émeute qui aurait alors pu échapper à la fureur du Ministre.

Le Duc étant monté sur l'échafaud l'exécution fut retardée jusqu'à ce que Launay Lieutenant des Gardes qui avait été trouver le Roi fût de retour. On eut alors quelque espérance de grâce. Plusieurs Seigneurs de la Cour renouvelèrent leurs prières pour l'obtenir.

Le Maréchal de Châtillon dit alors au Roi: « Que le visage et les yeux de ceux qu'il voyait lui faisait assez connaître que Sa Majesté ferait du tort à beaucoup de personnes si elle pardonnait au Duc de Montmorenci. »

Inspiré par le Cardinal Louis XIII répondit: « Je ne serais pas Roi si j'avais les sentiments des particuliers. » Réponse bonne pour le temps.
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Ce malheureux Duc voyant qu'il n'y avait plus d'espoir subit courageusement son sort. Il pencha sa tête sur le billot. Et après qu'il eut prononcé ces mots: « Domine Jesu accipe spiritum meum » d'un seul coup l'Exécuteur lui sépara la tête du corps. Le sang rejaillit sur la muraille et l'on montre encore à main droite en entrant à la hauteur du premier étage quelques marques qu'on dit être du sang du Duc de Montmorenci.

Le peuple qui fondait en larmes pendant cette exécution vint en foule dès que les portes de l'hôtel de ville furent ouvertes recueillir son sang. Les Chirurgiens qui ouvrirent son corps lui trouvèrent cinq balles et quinze ou seize blessures reçues au combat de Castelnaudary où ce Duc avait été pris.

Aucune de ces blessures n'était mortelle. Son corps fut recousu à sa tête embaumé et traîné porté à Moulins où sa veuve qui le pleura jusqu'à la mort dans un couvent lui érigea un magnifique mausolée. Son cœur fut porté dans l'église de la Maison Professe de Toulouse.
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L'ÉGLISE CATHÉDRALE dite de Saint-Étienne fut en grande partie consumée au mois de décembre 1505. Le grand autel les reliquaires l'argenterie et tous les livres furent la proie des flammes. Cette perte fut estimée dans le temps à plus de cinquante mille écus.

Le Cardinal de Joyeuse Archevêque de Toulouse les États et la Ville contribuèrent à bâtir le chœur qui est d'une belle architecture gothique.

Le pavé de cette église offre plusieurs marbres sur lesquels on a trouvé quelques inscriptions antiques.

Le maître-autel fut exécuté en 1670 d'après les dessins de Gervais Drouer qui a sculptés les figures de la lapidation de Saint-Étienne. Cet autel est orné de colonnes corinthiennes de marbre de Languedoc.

Au-dessous du maître-autel sont des cryptes décorées de plusieurs petites colonnes qu'on présume avoir été portées de l'amphithéâtre bâti par les Romains et dont on voit encore des restes aux environs de Toulouse. Les chapiteaux ont été faits dans des temps plus bas. Ils sont de très-mauvais goût.

La nef beaucoup plus ancienne et qui n'est point aussi belle que le chœur fut bâtie par Raimond VI. On y voit la chaire où Saint-Bernard et Saint-Dominique ont prêché. Le chef d'argent de Saint-Étienne est fort riche fort grand et d'un travail précieux. Il est le plus ordinairement exposé sur le maître-autel.
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La cloche de cette église appelée la Cardaillac est d'une grosseur extraordinaire. Elle fut donnée par Jean de Cardaillac Patriarche d'Alexandrie et Administrateur perpétuel de l'archevêché de Toulouse qui mourut le 7 octobre 1510 et fut enterré dans cette église. Cette cloche pèse cinquante mille livres.

Sur la porte de cette église les amateurs d'antiquités verront avec intérêt une frise de marbre blanc ornée de figures en demi-relief. Ces figures vêtues de la toge tiennent chacune un rouleau et sont séparées par de petites colonnes.

Aux deux côtés de la porte on voit deux autres frises adossées au mur en forme de pilastres et qui soutiennent les deux extrémités de la première. Celle de la gauche paraît avoir fait suite avec celle-ci et lui est entièrement semblable. L'autre est de pierre et présente en beau feuillage.

Parmi les reliques de cette église on conserve l'inscription de la vraie croix. L'église de Sainte-Croix à Rome prétend aussi en voir.
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SAINT-SATURNIN est une église fort ancienne nommée par corruption Saint-Sernin. L'église est vaste et majestueux mais sombre. Cette église est fameuse par la grande quantité de corps saints qu'on conserve dans des chapelles qui font le pourtour du chœur. On y montre aussi plusieurs châsses remplies de reliques et une infinité de sépultures et inscriptions.

Au-dessus du maître-autel on voit le mausolée de Saint-Saturnin. On y monte par deux escaliers qui sont de chaque côté des collatéraux. Ce mausolée est gothique. Les six côtés offrent des ouvertures avec des grilles à travers lesquelles on distingue la châsse placée au milieu qui a la forme d'une église. Elle est couverte de lames d'argent.

Aux six angles du mausolée qui renferme cette châsse sont six statues d'Évêques.

On a prétendu que dans le nombre des corps saints déposés dans cette église il s'y trouvait sept corps d'Apôtres à savoir des deux Saints-Jacques de Saint-Philippe de Saint-Barthélemy de Saint-Simon de Saint-Jude et de Saint-Barnabé.

Dans le trésor on remarque la châsse de Saint-George qui est d'un travail beaucoup plus précieux. Elle forme un temple d'ordre corinthien avec huit figures en ronde bosse représentant les quatre Évangélistes placées entre les colonnes. Cette châsse est le chef-d'œuvre de Bachelier Orfèvre habile dont le frère était un Sculpteur célèbre que les Toulousains ont placé à l'hôtel de ville au rang de leurs illustres.
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Dans une espèce de chapelle qu'on a pratiquée à droite de la croisée de l'église sont des tombeaux de trois Comtes de Toulouse. Les murailles sont ornées en dedans de peintures à fresque fort dégradées. On y trouve trois mausolées dont le plus remarquable qui est celui de Ponce II est orné de bas-reliefs. Cette chapelle longtemps abandonnée a été réparée en 1648 par ordre des Capitouls qui étaient alors en charge.

Cette église qui fut rebâtie vers la fin du onzième siècle a des collatéraux. Devant le portail on voit la figure de Saint-Saturnin qui baptise une femme plongée dans les fonts avec cette inscription rapportée par l'Historien Catel:

« Jure novo legis signatur Pia regio
Dum baptisatur. »

LA DAURADE église anciennement nommée Santa Maria Factata dont les Historiens font mention dans le sixième siècle fut surtout célèbre par l'aventure suivante:

Rigonthe fille de Frédégonde et de Chilpéric en allant en Espagne pour épouser le Prince Reccaride avec un cortège magnifique riche et nombreux s'arrêta à Toulouse pour se dégager des fatigues du voyage faire reposer ses équipages et se préparer à paraître dignement dans les États du Roi d'Espagne.
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Pendant ce séjour Chilpéric vint à mourir. Ce cri changea toute la face des affaires. Didier Duc de Toulouse s'empara des richesses qui restaient encore à cette Princesse et la fit garder à vue. Rigonthe craignant un plus mauvais traitement de la part de Didier se déroba à la vigilance de ses gardes et se réfugia dans l'église de Notre-Dame de la Daurade comme dans un asile inviolable.

Mais bientôt sans respect pour cette Princesse et pour la sainteté de son asile elle fut tirée de cette église et envoyée en exil. Ainsi cette fille du Roi de France eut le chagrin de perdre dans le même temps son père un époux futur les trésors qui composaient sa dot sa liberté et de se voir abandonnée de ses propres domestiques qui embrassèrent lâchement le parti de son persécuteur.

La Daurade est une paroisse desservie par des Religieux Bénédictins. L'église est détruite. On la reconstruit. Le sanctuaire était remarquable par des incrustations d'un ouvrage singulier de mosaïque. On présume que cette mosaïque ornait autrefois un temple de Minerve bâti à Toulouse par les Romains dont les Visigoths tirèrent des matériaux pour construire le sanctuaire de cette église. On y voyait la statue de la Vierge. Elle était dorée et c'est de là que vient le nom de la Daurade.

C'est dans cette église que fut enterrée la célèbre Clémence Isaure bienfaitrice et seconde institutrice des Jeux Floraux. Sa statue en marbre est placée dans une des salles de l'hôtel de ville comme nous l'avons remarqué.

Dans le cimetière on voyait des tombeaux de quelques Comtes de Toulouse.
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L'ÉGLISE DES CARMES est vaste et la chapelle du Mont-Carmel fort ornée.

Sur la muraille du cloître de ces Religieux est une peinture ancienne qui représente Charles VI accompagné de plusieurs Seigneurs de sa suite accomplissant un vœu devant l'image de la Vierge.

On raconte que ce Roi pendant son séjour à Toulouse étant allé à la chasse dans la forêt de Bouconne fut surpris par une nuit fort obscure et s'égara. Enfin ne pouvant plus connaître le chemin qu'il devait prendre et désespérant de sortir de la forêt il fit vœu si la providence venait à le tirer de cette situation embarrassante et dangereuse d'offrir le prix de son cheval à la chapelle de Notre-Dame d'Espérance de l'église des Carmes.

À peine ce vœu fut-il formé que les ténèbres à ce qu'on prétend se dissipèrent. Le Roi vit son chemin et sortit heureusement du bois. Le lendemain ce Prince s'acquitta de sa promesse. On dit même qu'il fonda à cette occasion un ordre de Chevalerie sous le nom de Notre-Dame d'Espérance.

Cette peinture représente Charles VI en génufléchissant devant la Vierge Marie. Derrière lui sept Seigneurs à pied. Le premier le plus proche de Charles VI est le Duc de Touraine frère de ce Roi. Le second est le Duc de Bourgogne. Le troisième Pierre de Navarre Comte d'Évreux. Le quatrième Henri de Bar. Le cinquième Philippe d'Artois Comte d'Eu. Le sixième Olivier de Coeti Connétable de France et le septième Enguerrand Sire de Coucy.

Au-dessus de chacune de ces figures est un Ange qui porte une banderole sur laquelle on lit plusieurs fois le mot espérance. On croit que ces banderoles représentent le cordon de l'Ordre qu'avait alors institué Charles VI.
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LES DOMINICAINS ont une église vaste où l'on voit le tombeau de Saint-Thomas d'Aquin qui est disposé de manière que quatre Prêtres y peuvent à la fois dire la messe devant les reliques du Saint.

Ce couvent est le premier que Saint-Dominique fonda de son Ordre en 1216. Ce fut le premier foyer de ces tribunaux sanglants et religieux fameux par leurs excès et connus sous le nom d'Inquisition. Les Frères Dominicains couraient et recherchaient partout dans les villes villages et maisons pour découvrir des sectaires et les faire brûler.

Le Pape Grégoire IX fut obligé de modérer un peu leur sainte fureur. Mais la modération n'était pas la vertu des Dominicains. Ils recommencèrent bien vite leurs recherches. Ils ne se contentaient pas de brûler les hommes et de confisquer leurs biens. Ils poussaient le fanatisme jusqu'à déterrer les morts soupçonnés d'hérésie et à traîner leurs ossements dans les rues en criant au son de la trompette: « Qui fera ainsi périra ainsi! »

Ils faisaient ensuite consumer au milieu des flammes ces objets insensibles de leur vengeance.

Les Magistrats de Toulouse révoltés de ces excès chassèrent le plus enragé des Inquisiteurs. Mais l'esprit de l'Ordre n'était pas dans une seule tête. La persécution prit de nouvelles forces. Jour après jour on brûlait des vivants on déterrait les morts et on les traînait à demi-pourris dans les rues de Toulouse.
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Les Consuls de cette ville ne pouvant supporter un spectacle aussi horrible et des fureurs si éloignées de l'esprit de l'Évangile prirent la défense de leurs concitoyens et ordonnèrent de nouveau à l'Inquisiteur de discontinuer ses poursuites et de sortir de la ville.

Le Moine méprisa cet ordre et continua ses procédures. Les Consuls chassèrent alors les Ecclésiastiques dont l'Inquisiteur s'était servi et défendirent aux habitants de porter aucunes provisions aux Dominicains. Pour cet effet ils firent mettre des gardes aux portes du couvent. Enfin comme rien n'arrêtait les poursuites de l'Inquisiteur on le chassa de la ville.

Deux ans après ils furent rappelés. Les bûchers se rallumèrent. Les morts furent déterrés et consumés ainsi que les vivants au milieu des flammes.

Suivant les informations le crime des Albigeois était de lire l'Évangile en langue vulgaire de s'abstenir de viande et d'admettre les deux principes des Manichéens. On accusait aussi leurs femmes de dogmatiser et celles qui étaient hérétiques parfaites de s'introduire dans les fonctions du ministère et de bénir le pain.

Dans ce même temps les Inquisiteurs rencontrèrent un obstacle qui suspendit encore quelque temps le cours de leurs terribles exécutions.

Ayant condamné six habitants de Toulouse à être brûlés le Viguier et les Consuls se refusèrent de nouveau à faire exécuter leur sentence. Ce refus irrita les dévots boute-feux et le 14 juillet 1237 ils excommunièrent le Viguier et les Consuls. Enfin des ordres de la Cour arrêtèrent un peu les ravages de la sainte colère des Dominicains.

Voilà les premiers fruits que produisit l'ordre fondé par Saint-Dominique à Toulouse.
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LES CORDELIERS ont une église très-vaste. Au milieu du chœur est le tombeau d'un Comte de Toulouse et au côté droit du maître-autel est celui d'Étienne Durand Premier Président au Parlement qui fut tué en 1589 dans une émotion populaire dont nous parlerons à la fin de cet article.

Le maître-autel est orné de colonnes de marbre de Languedoc d'ordre corinthien.

Un caveau qu'on appelle le CHARNIER est célèbre par sa faculté de conserver les corps morts. On y voit appuyés contre la muraille une centaine de cadavres d'hommes et de femmes desséchés n'offrant que des squelettes recouverts d'un parchemin noir.

Au milieu de ces objets effrayants on vous montre avec empressement le cadavre de la belle Paule dont la beauté était si extraordinaire que le peuple courait en foule pour l'admirer ce qui l'obligea à ne point sortir de sa maison.

Le Parlement de Toulouse rendit dit-on un arrêt qui contraignait cette belle de se montrer en public une fois la semaine dans un lieu commode pour elle et pour la multitude afin de satisfaire la grande curiosité du peuple. Cette fille dont l'histoire n'est pas trop connue mourut à la fleur de son âge. Il est des amateurs qui en regardant son cadavre lui trouvent encore quelques traits de beauté.

On dit que le caveau des Jacobins a la même propriété. Le Père Labat dans le second Volume de ses Voyages donne des détails qui prouveraient qu'il ne diffère point pour cette propriété de celui des Cordeliers.
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Ces Moines ont dans leur maison deux bibliothèques une publique et l'autre particulière dont nous parlerons ci-après.

Il y a encore à Toulouse plusieurs autres églises dont les plus curieuses sont celles des Dames Hospitalières de Saint-Jean où fut enterré le malheureux Raimond VI de la Palisse dont le clocher est le plus élevé de la ville et qui est desservie par des Prêtres de l'Oratoire de Saint-Georges qui a été construite récemment et dont la bénédiction fut faite le 14 mai 1786 etc.

On trouve aussi plusieurs collèges. Celui qu'occupaient les Jésuites est le plus remarquable. On y conserve un morceau rare de Bachelier élève de Michel-Ange qui représente Hercule enfant lorsqu'il étouffe dans son berceau deux serpents. Ce morceau est justement admiré.

LA BAZACLE moulin établi sur la Garonne est un bâtiment ancien et curieux. Seize meules tournent continuellement et chacune d'elles peut moudre quarante ou cinquante setiers de grains par jour.

Il y a un autre moulin auprès du château qui est semblable à celui de la Bazacle mais qui n'est pas si considérable.

La chaussée du moulin de la Bazacle s'étant rompue en 1621 et le lit de la rivière s'étant rétréci laissa à découvert des corniches de colonnes et des figures en bas-relief le tout de marbre blanc.

Ces figures étaient représentées vêtues à la romaine. On y voyait aussi des chouettes ce qui indiquait les débris d'un temple bâti par les Romains en l'honneur de Minerve. Il est constant que Toulouse a porté le nom de Palladia et qu'il y avait un temple consacré à cette Divinité.
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UNIVERSITÉ. L'Université de Toulouse fondée vers le commencement du treizième siècle fut florissante dès son origine. Quelques-uns des Professeurs de Paris qui à cause des troubles avaient abandonné l'Université de cette capitale avec leurs Écoliers se retirèrent à Toulouse en 1229 et donnèrent de la vigueur à cette école naissante qui fut confirmée par le Pape Grégoire IX dans une lettre du dernier avril 1233 adressée au Comte Raimond VII.

Pie XXII fit réformer cette Université...
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...en 1334. Suivant les nouveaux statuts les danses les banquets les Comédiens les Histrions etc. sont interdits aux Écoliers qui prennent leurs degrés. Le repas qu'ils donnent en cette occasion est réglé à quinze francs de monnaie courante. Il leur est défendu de tenir des enfants sur les fonts. Et en même temps on leur enjoint de porter des habits uniformes et d'un certain prix à savoir des chapes à manches comme à Paris et non des habits ronds courts et non redondantes curos.

Dans cette Université les Professeurs en droit acquirent la qualité de comtes és-lois après avoir enseigné pendant vingt ans.

ACADÉMIES. L'Académie des Jeux Floraux prit naissance vers le commencement du quatorzième siècle. Quelques Littérateurs de ce temps s'assemblèrent et publièrent le désir qu'ils avaient formé de donner une violette d'or à celui dont l'ouvrage réunirait le plus de suffrages. Ils écrivirent au mois de novembre 1323 une lettre circulaire en vers provençaux dans laquelle ils se qualifiaient de la gaie société des sept Trobadors de Toulouse et invitaient tous les Poètes de différents pays du Languedoc de se rendre à Toulouse le premier mai suivant pour y faire la lecture de leur ouvrage.
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L'assemblée fut nombreuse et brillante. Arnaud Vidal de Castelnaudary remporta le premier le prix qui consistait en une violette d'or appelée la Joya de la violetta. Son ouvrage était un Poème en l'honneur de la Vierge.

On dressa en 1356 des statuts qui furent intitulés Lois d'amour et dans lesquels on promettait à celui qui aurait remporté un des principaux prix des lettres de Bachelier en la gaye science et dans le gay savoir.

Les sept associés furent nommés les sept Seigneurs Mainteneurs. Ils tenaient leur assemblée dans un des faubourgs de Toulouse. Mais ce faubourg ayant été détruit en 1356 pendant la guerre des Anglais le lieu d'assemblée fut transféré dans l'hôtel de ville où cette Académie a toujours depuis tenu ses séances.

Vers la fin du quatorzième siècle ou au commencement du suivant une dame de Toulouse nommée Clémence Isaure donna un nouveau lustre à cette Académie. Elle aimait passionnément les Lettres et par son testament elle lègua de grands biens à l'hôtel de ville pour fournir aux frais des prix distribués tous les ans.
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Par reconnaissance les Capitouls et les habitants de Toulouse voulurent faire élever une statue de marbre sur le tombeau de cette bienfaitrice. Mais cette statue étant faite on décida en 1551 qu'il vaudrait mieux la placer dans une des salles de l'hôtel de ville où on la voit encore. Nous en avons parlé.

Tous les ans le 3 mai jour de la distribution des prix on couronne cette statue de fleurs.

Sous Louis XIV cette Académie éprouva des changements. Le nombre des Mainteneurs fut fort augmenté et Louis XV par des lettres patentes du mois de juillet 1779 en fixa le nombre à quarante. Cette Académie est la première de France par son ancienneté.

L'ACADÉMIE DES SCIENCES DE TOULOUSE fut fondée en 1729 et le Roi l'érigea en Académie royale en 1746. Le Corps Municipal a fondé un prix qui se distribue à la séance publique du 25 août et des secours annuels pour l'entretien d'un observatoire et d'un jardin de botanique dans lequel l'Académie fait faire tous les ans un cours gratuit. Le premier Volume des Mémoires de cette Académie a paru en 1781.

L'ACADÉMIE ROYALE DE PEINTURE SCULPTURE ET ARCHITECTURE doit sa fondation au zèle de M. Dupuis du Grel qui établit à Toulouse une École publique de dessin fit à ses frais exposer un modèle et distribua des prix aux jeunes Élèves qui feraient des progrès.

Des Artistes célèbres du pays continuèrent ce que M. du Grel avait commencé. Les Capitouls encouragèrent cet établissement en 1726 en se chargeant de fournir aux dépenses nécessaires et en donnant un logement vaste et commode pour les différentes écoles de cette Académie.
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Tous les ans on distribue plusieurs prix et fait pendant huit jours dans le mois de mai de chaque année une exposition publique des meilleurs tableaux des Professeurs et des Élèves. Pour rendre cette exposition plus complète les amateurs placent au salon les tableaux et dessins qu'ils possèdent ou qu'ils peuvent se procurer dans la ville.

Il existe aussi à Toulouse une Académie royale des armes et une Académie d'équitation dont nous ne parlerons pas.

BIBLIOTHÈQUES. La Bibliothèque du Clergé fondée depuis quelques années par M. l'Abbé d'Hessy est ouverte les lundis mercredis et vendredis.

La Bibliothèque des Cordeliers fut fondée en 1684 par le sieur Garaner de Limonville ancien à mortier qui légua ses livres et 100 livres de rente pour l'entretenir. Elle est ouverte les mardis jeudis et samedis.

Il y a dans le même couvent une autre bibliothèque qui n'est point publique mais que l'on peut voir aux curieux. Par une singularité qui a peu d'exemples les livres sont tous placés sur des pupitres où ils sont attachés avec des chaînes de fer. Au devant de ces pupitres sont les bancs pour la commodité des Lecteurs.

Ces livres étaient autrefois beaucoup plus rares qu'aujourd'hui. Les Moines qui aimaient à ne les perdre surtout ce qui était rare prirent le soin prudent d'enchainer chaque volume de leur bibliothèque. D'ailleurs une Bulle du Pape Innocent X que les Pères ont sans doute sollicitée enjoint au Supérieur de la maison d'empêcher sous peine d'excommunication qu'on ne détache et qu'on n'emporte aucun de leurs livres sur quelque prétexte que ce soit. Elle leur défend en outre d'y laisser entrer plus de quatre personnes à la fois. Cette Bulle datée de l'août 1649 est fixée à la porte de la bibliothèque.
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La Bibliothèque de Saint-Rome fondée au IXe siècle fut donnée aux Pères Dominicains par M. Perthier Évêque de Silex.

MÉDECINE. Les leçons de médecine sont fort anciennes à Toulouse. On voit dans la salle des assemblées les portraits de leurs célèbres Professeurs parmi lesquels on distingue celui de Louis Piérier Médecin de Raimond VII de Raimond de Sebonde d'Augier Ferrau dont le buste en marbre est dans la galerie des Maires et du célèbre Sanche nommé le Sceptique. Ces quatre portraits sont aux quatre angles de la salle.

L'AMPHITHÉÂTRE d'anatomie fut érigé il y a peu d'années. On y démontre l'anatomie et l'obstétrique. Il y a aussi une bibliothèque oblique destinée surtout aux Étudiants.

L'ÉCOLE DE CHIRURGIE. L'amphithéâtre est beau. On y voit sur une table de marbre noir cinq vers écrits en lettres d'or tirés du Prædium rusticum du Père Vannière. Voici le premier qui paraît indiquer suffisamment la destination de cet édifice:

« Est agi mors gaudet succurrere vitæ. »

PROMENADES. La promenade du rempart domine en partie la ville et la campagne.

Le Cours les bords du nouveau canal et les dehors de la ville depuis la porte de la Madeleine jusqu'à celle de Saint-Jean forment des promenades assez agréables. Un jardin royal les quais de la Daurade et de Saint-Pierre réunissent l'agrément à l'utilité.

La nouvelle promenade que l'on vient de construire hors la porte Saint-Cyprien qui aboutit à la patte d'oie doit être bientôt une magnifique et est la plus belle promenade de Toulouse. Elle offre en ce moment une entrée imposante.
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ANTIQUITÉS. Dans la paroisse appelée Vieille-Toulouse dont nous avons parlé au commencement de cet article et qui est située au sommet d'un coteau à une lieue au midi de Toulouse sur la rive droite de la Garonne on a trouvé plusieurs antiquités précieuses et l'on y voit encore plusieurs débris d'urnes cinéraires. Des fosses trouvées à deux cents pas de l'église a fait présumer que c'étaient là des tombeaux antiques rassemblés sous ce monticule de terre.

Les dehors du quartier Saint-Cyprien offrent les piles d'un ancien aquéduc qui devait être magnifique. On peut en juger par sa longueur qui est d'une demi-lieue depuis la Ciperre jusqu'à la porte Saint-Cyprien.

L'amphithéâtre éloigné de Toulouse de trois quarts d'heure de chemin offre des restes bien apparents. Sa construction était en briques. Sa forme elliptique. Son aire qu'on distingue assez bien a environ cent cinquante pieds de longueur sur quatre-vingts de largeur.

On croit que cet édifice n'a pas été entièrement construit. On doute même s'il a été démoli. On aperçoit encore en quelques endroits des portes qui conduisaient aux vomitoires dont l'arc ne sort de terre que d'environ un pied et demi.

Le talus qui règne au pourtour de l'intérieur semble indiquer une partie des lièges inférieurs. Les piles désignent l'enceinte de l'amphithéâtre. Elles sont construites de cailloux bien cimentés. Tout cet espace est aujourd'hui couvert d'un bois.
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ÉVÉNEMENTS REMARQUABLES. Les habitants de Toulouse après avoir été assiégés pillés par Foulques leur Évêque et par Simon de Montfort leur usurpateur se virent pendant longtemps en butte aux déprédations aux fureurs et aux supercheries de ces deux brigands. Ils étaient soutenus par quelques Archevêques et par un Légat du Pape qui avaient chassé fait excommunier le Comte Raimond souverain légitime pour pouvoir plus à leur aise lui enlever ses grands biens.

Après s'être soumis par force à ces tyrans et avoir vu leur ville démantelée les Toulousains éprouvèrent de nouveaux dégâts. Simon de Montfort soupçonnant leur fidélité marcha avec une armée formidable contre leur ville. Pour éviter les maux qu'on leur préparait les habitants envoyèrent au devant de ce Général des Députés pour l'apaiser et faire leurs soumissions.

Simon n'écoutant que son inhumanité et les conseils sanguinaires de Foulques Évêque de Toulouse fit arrêter et lier ces Députés et les envoya prisonniers dans le château Narbonnois. Son frère Guy et les Barons qui accompagnaient Simon de Montfort employèrent les prières et toutes les raisons propres à le détourner de cette injustice. Mais il fut insensible.
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L'Évêque Foulques voyant cette conduite contraire à l'équité voulut faire voir qu'il savait joindre la fourberie à la cruauté. Ce Prélat offrit à Simon d'aller lui-même dans la ville de Toulouse et de déterminer les habitants à venir lui demander grâce afin qu'étant tous en sa disposition il puisse s'en venger sans coup férir.

Montfort accepta l'offre. L'Évêque entra aussi dans Toulouse mit tout en usage pour persuader les habitants d'aller incessamment se jeter aux pieds de ce Général en leur promettant qu'ils seraient pardonnés. Trompés par cet espoir et se confiant en la parole de leur pasteur les Toulousains le suivirent de bon cœur en arrivaient de bonne foi. Mais à mesure qu'ils venaient devant Montfort ils étaient arrêtés et chargés de fer.

Une si noire trahison jeta l'épouvante parmi ceux qui venaient les derniers. Ils retournent en fuyant rentrent dans leur ville et annoncent à ceux de leurs concitoyens qui y étaient restés cette malheureuse nouvelle. La désolation se répand dans tous les esprits.

L'indigne Prélat arrive aussi-tôt fait mettre la ville au pillage et par ses ordres les troupes dépouillent les maisons violent les filles les femmes et laissent partout dans peu d'heures des traces de leurs brutalités et de leurs brigandages.
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Le peuple indigné de cette trahison de ces violences mais fier de défendre ses biens sa vie et sa liberté. Tous les citoyens courent aux portes s'attroupent dans les rues et se barricadent.

Les soldats de Montfort s'avancent contre les Toulousains. Mais ceux-ci animés par tant de motifs vont à leur rencontre et les chargent avec toute l'ardeur que peut inspirer le désespoir de leur situation. Comme des lions en furie ils tuent les premiers forcent les autres à sortir de la ville et à se réfugier dans le château Narbonnois.

Sur le champ arrive Simon de Montfort lui-même à la tête de nouvelles troupes. Mais il est également repoussé et contraint de prendre la fuite.

Simon de Montfort piqué de tant de distance ordonna à ses troupes de mettre le feu à la ville.

Les Toulousains assemblés voyant briller leurs maisons font un nouvel effort. Ils se précipitent sur les soldats incendiaires les forcent à se réfugier dans la cathédrale dans la tour de Nésairon ou dans le palais épiscopal. Ils éteignent ensuite l'incendie puis ils poursuivent de rue en rue les partisans de Montfort jusques dans la maison du Comté de Cominges où ils les attaquent vivement.

Simon effrayé du danger où se trouvaient ses troupes tâche de les rallier vient lui-même à la charge. Il se donna alors un combat très-sanglant. Les Toulousains toujours emportés par ce courage désespéré raillent avec une ardeur incroyable et font reculer les troupes du tyran qui sont obligées de fuir et de se réfugier encore dans la cathédrale.
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Montfort revient de nouveau à la charge mais il est toujours battu et les Toulousains sont toujours victorieux. Enfin ce Général voyant que ses forces étaient inutiles a recours à sa cruauté. Il se fait amener les Toulousains prisonniers et leur déclare que s'ils n'engagent leurs compatriotes à lui rendre la ville il leur fera couper la tête.

Dans le feu de la colère il allait exécuter cette barbare résolution lorsque l'Évêque Foulques l'en détourna et lui proposa de substituer à cette violence une trahison dont l'effet serait aussi meurtrier et lui semblait plus sûr.

Alors ce Prélat de concert avec l'Abbé de Saint-Sernin qui l'accompagnait alla dans les rues de la ville publier que Simon de Montfort s'était enfin rendu aux remontrances de son conseil. Qu'il se repentait de sa conduite passée et qu'il était déterminé à donner la liberté aux prisonniers pourvu que les habitants voulussent rentrer chez eux et lui remettre leurs armes et les tours de leurs maisons.

Ajoutant que ce Général leur promettait de leur rendre ce qu'on leur avait pillé et à l'avenir de vivre avec eux en bonne amitié. Ces deux Prêtres se rendirent garants de l'exécution de ces promesses et assurèrent que si le peuple refusait des conditions si raisonnables Simon était résolu à faire mourir tous les prisonniers qui étaient en son pouvoir entre lesquels se trouvaient les plus distingués de la ville.
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Les Toulousains si souvent trompés par leur Évêque balancèrent longtemps à accepter cette proposition. Enfin le désir de faire la paix et de sauver la vie de leurs concitoyens prisonniers les y détermina.

Simon de Montfort instruit de ces intentions pacifiques fit déclarer aux habitants par les deux mêmes Pères que pour rendre la paix plus authentique il viendrait le lendemain lui-même suivi de ses Barons la signer dans l'hôtel de ville et qu'ils n'avaient qu'à s'y trouver à l'heure marquée avec leurs armes.

Cependant Simon de Montfort fait secrètement armer toutes ses troupes. Le lendemain matin il se met à leur tête se rend à l'hôtel de ville et entre dans l'assemblée où était déjà les habitants avec leurs armes.

L'Abbé de Saint-Sernin dit: « Messieurs le Comte vous a fait assembler pour faire la paix avec vous. L'Évêque Foulques a pris beaucoup de peine pour conclure l'accord. Il faut que vous décidiez si vous l'approuvez. »

Tout le peuple répondit par une acclamation qu'il l'approuvait. On fait déposer les armes des habitants. On se saisit des tours de leurs maisons. On y met des soldats en garnison. Puis par la plus noire des perfidies on fait arrêter et mettre dans les fers les principaux citoyens qui attendaient à cette convention.
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Le fougueux Simon assembla alors un conseil proposa de mettre la ville au pillage et de la détruire entièrement. Guy son frère lui représenta combien cette conduite était blâmée. Un Baron nommé Farcins appuya cette représentation et dit: « Seigneur vous savez que la plupart des habitants de Toulouse sont Gentilshommes. Ainsi par honneur vous ne devez point exécuter une telle résolution. »

L'Évêque de Toulouse et quelques autres Conseillers déterminèrent Simon de Montfort à retenir les prisonniers et à exiger des habitants trente mille marcs d'argent. Somme exorbitante pour une ville épuisée. Il les menaça ensuite de les faire tous périr si dans l'espace d'un mois et demi au premier décembre 1216 cette somme ne lui était entièrement payée.

Les prisonniers furent dispersés dans différentes prisons. On se plaisait à les battre en les y transférant. Plusieurs furent tellement maltraités qu'ils moururent en chemin.

Le Comte Simon de Montfort après avoir par des violences innombrables retiré la Comté qu'il avait exigée partit de Toulouse et laissa les habitants dans la plus affreuse désolation.

Le détail de cet événement qui ne fut pas le seul de cette espèce qu'éprouvèrent les habitants de Toulouse suffit pour donner une idée des mœurs du douzième siècle du caractère de l'Évêque Foulques de l'Abbé de Saint-Sernin et de Simon de Montfort.
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Pendant les guerres de la Ligue Toulouse se révolta contre son légitime Souverain pour embrasser le parti des Ligueurs. Après que Henri III eut fait périr le Duc de Guise et le Cardinal son frère au château de Blois les Ligueurs de Toulouse signalèrent leur fureur avec plus d'audace. L'Évêque de Comminges l'Avocat Tournier tous deux zélés Ligueurs de concert avec François Richard Provincial des Minimes l'Odoart Moté Jésuite le Curé de Cugnaux et autres auteurs autres boute-feux excitaient contre le Roi tous les esprits par des sermons et des intrigues.

Les factieux en voulaient surtout au Président Duranty qui était constamment resté fidèle à Henri III. Tous les jours on répandait des libelles satyriques contre ce Magistrat. On tenait à l'hôtel de ville des assemblées tumultueuses où les Ligueurs toujours les plus nombreux emportaient les suffrages.

Malgré le danger que courait le Premier Président Duranty dans ces assemblées il eut le courage de s'y rendre pendant trois jours. Il y mit tout en usage pour apaiser les séditieux et défendre les droits du Souverain.
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Le troisième jour on proposa s'il fallait obéir au Roi et s'il ne convenait pas d'emprisonner ou d'exiler tous ceux qu'on appelait Politiques et persistaient à être fidèles à ce Prince. Cette proposition excita de grandes altercations. Chapellier se tournant vers le portrait du Roi dit « faut-il le tuer? »

Jacques Des Avocat Général au Parlement et le Président Durand son beau-frère s'élevèrent courageusement contre cette violence. Durand fit enfin consentir l'assemblée de s'en rapporter à la décision du Parlement.

Mais Baffis désespérant de son côté de faire entendre la raison à ce peuple prit le parti de se retirer à sa maison de campagne située à une demi-lieue de Toulouse.

Le Parlement fut en effet assemblé mais les avis furent tellement partagés que Durand força fut sans avoir décider. Un grand nombre de gens armés avait entouré le palais en attendant le résultat de la délibération.

Comme ce Magistrat montait en carrosse il fut assailli de coups d'épées et de hallebardes qui percèrent la voiture en divers endroits. Mais ayant eu la précaution de s'accroupir aucun coup ne put l'atteindre. Le cocher poussa les chevaux à toute bride. Le carrosse était sur le point d'arriver à la maison du Président qu'il heurta la margelle d'un puits avec tant de force qu'il versa.
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Durand étant de descendre se retira librement à l'hôtel de ville tandis que les Ligueurs s'occupèrent en prison un de ses laquais qui avait tenté de se défendre contre leurs attaques.

Durand demeura trois jours à l'hôtel de ville où peu d'amis osaient le visiter. On ordonna ensuite qu'il serait transféré du cet hôtel au couvent des Jacobins. Ce Magistrat fit quelques difficultés d'obéir dans la crainte d'être insulté par la populace. Mais les Évêques de Comminges et de Castres lui ayant promis par serment qu'on ne lui ferait aucun mal il se mit en marche avec une contenance grave au milieu de ces deux Prélats suivi de deux Capitouls et environné de gardes. Étant arrivé aux Jacobins il fut mis en prison. Sa femme et deux domestiques furent les seuls qu'on permit de s'y renfermer avec lui.

L'Avocat Général Daffis qui était à sa maison de campagne écrivit à Bordeaux au Maréchal Matignon et à son père Premier Président de cette ville ce qui se passait à Toulouse et les priait de venir sur le champ au secours de ceux qui étaient restés fidèles au Roi.

Ces lettres furent malheureusement interceptées et à cette nouvelle la fureur des Ligueurs redoubla. Daffis fut enlevé de sa maison de campagne et conduit aux prisons de la concièrgerie.
[Page 1191]

Cependant des assassins suivis d'une vile populace au nombre de deux mille hommes ou femmes se rendent aux Jacobins dans le dessein de se défaire de Durand. Ils mettent le feu à une porte qu'ils ne pouvaient enfoncer. Ils entrent dans le Couvent sans que les gardes qui étaient de concert avec eux fissent aucune résistance.

Chapellier l'un des Chefs de la foule vient trouver le Premier Président et lui dit que le peuple le demande. Ce Magistrat dont le ciel l'ame à Dieu embrasse sa femme en lui disant qu'il est innocent et que Dieu en est seul juge.

Chapellier l'entraîne avec violence hors du couvent et dit au peuple: « Voici l'homme. »

« Oui » ajouta Durand qui ôta sa robe et qui parut avec un visage tranquille « me voici mais quel est donc le crime que j'ai commis qui puisse m'attirer une si grande haine? »

Ces paroles prononcées avec fermeté suspendent la fureur du peuple. Un ascendant d'autorité répandu sur le visage du Magistrat contenu par le témoignage de sa conscience fait taire les Ligueurs interdits. Un profond silence règne parmi eux lorsqu'un coup de mousquet tiré par un des séditieux atteint Durand dans la poitrine et le renverse.

Ce Magistrat dit-on levait alors les mains au ciel et priait Dieu pour ses meurtriers. Aussitôt le peuple excité se jette sur lui le perce de mille coups. Chacun de ces furieux se dispute le barbare honneur de lui plonger son épée dans le sein.
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Leur rage n'était pas encore assouvie. Ils attachent une corde aux pieds du corps de ce Président et le traînent tout ensanglanté par les rues jusque au pied de la place Saint-Georges. Au bas de l'échafaud de pierre où l'on avait coutume d'exécuter les criminels: comme il n'y avait pas de potence d'escalée on le met sur ses pieds et on l'attache au pilori à côté d'une grille de fer où il demeure exposé toute la nuit.

On place derrière lui le portrait d'Henri III qui était à l'hôtel de ville. Son corps est en proie aux outrages de cette populace effrénée. Les uns lui arrachent la barbe le cheveu par la chute. D'autres lui crient: « Le Roi! Jésus! Te voilà maintenant avec celui! »

Ce peuple transpacté de la même fureur accourut à la concièrgerie en tira l'Avocat Général Daffis le maltraita impitoyablement.

Il restait encore une victime à immoler. Le laquais de Durand était dans la prison de l'archevêché. Ces furieux vont l'en arracher et le pendent sans autre forme de procès.

Dans le même temps l'Avocat Deffis se rendit dans la maison de Durand la mit au pillage. On regretta surtout d'une riche bibliothèque que ce Premier Président avait formée avec beaucoup de soins et de dépenses et dans laquelle étaient plusieurs manuscrits. Tout fut dispersé.
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Le peuple traîna ensuite les rues cinq fois le portrait d'Henri III en criant: « Le Roi! Tyran! Pouvez-lui acheter un licou! »

Le lendemain un des Capitouls fit mettre le Corps de Durand avec le portrait du Roi dans un drap les fit enterrer sans cérémonie dans l'église du grand couvent des Cordeliers. Là ses parents lui firent ériger un magnifique tombeau.

Daffis fut également inhumé dans l'église des Cordeliers de Saint-Antoine.

Ainsi périt un Magistrat éclairé vertueux et zélé Catholique qui les dévots Catholiques avaient immolé sur le prétexte de religion. Périt ce zélé citoyen qui l'année précédente pendant les ravages de la peste avait exposé souvent sa propre vie pour sauver celle de ses concitoyens qui devinrent ses bourreaux.

Quels étaient les instigateurs de tant de fureurs? Un Évêque ambitieux nommé Comminges. Quels étaient les instruments qu'il mettait en usage pour soulever les peuples et allumer le fanatisme? Des Prédicateurs.

L'AFFAIRE DES CALAS est un événement remarquable dans l'Histoire des opinions. Calas Négociant de Toulouse de la religion réformée homme depuis longtemps recommandable par sa probité et la simplicité de ses mœurs fut accusé d'avoir étranglé son fils. Ce fils d'un caractère sombre inquiet paraissait rapidement du libertinage à la dévotion et avait dit-on voulu quitter la religion de son père pour embrasser le Catholicisme. Ce fils fut trouvé pendu.
[Page 1194]

Le Parlement de Toulouse jugea qu'un père Protestant était bien capable de pendre son fils. Et ce malheureux vieillard fut rompu vif le 9 mars 1762. La femme de Calas son fils puîné un jeune étrangère furent seulement bannis ou mis hors de cour. Et cependant les uns et les autres qui n'avaient pas quitté le père de Calas dans l'instant du délit devaient être punis comme complices ou Calas avec toute sa maison devait être déclaré innocent.

Cette malheureuse famille vint se jeter aux pieds du Roi. On revit le procès. On pensa qu'un père âgé de soixante-trois ans n'aurait jamais pu avoir assez de force pour pendre seul un jeune homme de vingt-neuf ans. On remarqua qu'aucun témoin oculaire n'avait déposé contre Calas etc.

Cinquante Magistrats assemblés pour cette grande affaire décidèrent que Calas était innocent. Les Mémoires que le Père Elie de Beaumont et Loielet Loielet composèrent pour cette affaire importante et si fiéliement plaidés furent des modèles d'éloquence de conviction et d'intérêt.

Ce qu'il est triste de remarquer ici c'est que si l'Europe entière reconnaît aujourd'hui l'innocence des Calas plusieurs familles de Toulouse ont encore la prévention de les croire coupables.

COMMERCE. Les principales manufactures de Toulouse sont les manufactures de soieries de calandre de couvertures en coton.

POPULATION. On l'évalue à cinquante mille âmes.
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RIEUX.

Ville épiscopale située sur la rive gauche de la Rize à trois quarts de lieue de la Garonne à huit lieues de Toulouse et à sept de Pamiers.

Le plus ancien monument que l'on connaisse sur la ville de Rieux est une déclaration faite au mois de mai 1238 par Gentile de Gensac fille de feu Aimar à Raimond Comte de Toulouse en présence de personnes notables. Par cet acte elle déclare que tout ce qu'elle avait pu prétendre par succession de son père de sa mère et de sa sœur sur le château de Rieux en Sévenne etc. est tombé en commise dans l'an et pour n'en avoir été reçu ni jouet et qu'ainsi elle l'abandonne à ce Prince.

Ce château d'ailleurs n'était encore qu'un petit bourg lorsque le Pape Jean XXII l'érigea en ville et en siège d'un évêché et y nomma pour premier Évêque Guillaume de la Brosel Doyen de Bourges et Conseiller du Roi.

DESCRIPTION. Le clocher de la cathédrale est un des plus beaux du royaume par sa hauteur sa construction et ses sculptures gothiques. Il renferme un carillon curieux par son harmonie et par la variété des airs qu'on y joue.

Le sieur Barthe organiste de la cathédrale bien qu'aveugle de naissance dirigea l'emplacement des cloches et fit le merveilleux arrangement des petites chaînes de fil d'archal qui sont attachées à leurs battants et qui vont aboutir au clavier placé vers le milieu de la hauteur du clocher.
[Page 1196]

PALAIS ÉPISCOPAL. On lit au-dessus de la porte en dedans les noms et l'on voit aussi les armes des Évêques de Rieux.

La porte de l'orangerie est ornée de huit têtes antiques de Divinités payennes qui furent découvertes à la fin du XVIe siècle dans un champ près de la ville de Martres et placées en cet endroit par M. Berthier Évêque de Rieux comme l'expriment les inscriptions suivantes qu'on y a gravées. La première est:

« Hic sunt Dii in quales habebant fideles gentes
Giratur artifex circa quam stat Christus. »

DESCRIPTION

Plus bas on lit :

Has idolatriæ reliquias, & ignotæ famæ delubri mutilata fragmenta in agro de Martris Tolofani reperta, ad ornatum episcopalis aulæ Ant. Franc. BERTORIUS Episcopus Rivorum P. ann. 1699.

ENVIRONS. A Montjoy il y a des eaux minérales.

On voit à Alren, un pont naturel, formé dans le roc creusé par un ruisseau nommé Lairole, dont les eaux, à quelque distance de là, tombent en cascade dans un précipice affreux; tout auprès est une grotte étonnante par son étendue & par sa hauteur.

Berat est un village où l’on trouve une fontaine intermittente.

Saint-Elix. On y voit un château magnifique, qui fut, dit-on, bâti par ordre de François Ier; le parc est beau; on y admire aussi une orangerie considérable.