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🧵  Périgord ✦   ✦   ✦
94.4.47.5.10 — Périgord

Description des principaux lieux de France — Édition 1789 — J.A Dulaure

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--- [Document : Description des principaux lieux de France - Périgord]
[Auteur : J.A. Dulaure]
[Année : 1789]
[Source : PDF EFERUS - BnF]
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DESCRIPTION

# PÉRIGORD.

# PÉRIGUEUX.

Cette ville étoit anciennement la capitale des peuples nommés *Petrocorii*; elle est aujourd'hui celle du Périgord, épiscopale, & située sur la rive droite de l'Ile, à vingt-une lieues de Limoges, à trente-deux de Bordeaux, & à huit & demie de Sarlat.

**ORIGINE.** Cette ville, du temps des Romains, étoit appelée *Vefunna*; sous le bas Empire elle prit le nom de *Civitas Petrocororum*, des peuples dont elle étoit la capitale; quoiqu'elle ait depuis été ruinée à plusieurs reprises, elle conserve encore les traces de sa première étendue.

**DESCRIPTION.** Cette ville est aujourd'hui divisée en deux enceintes; l'ancienne, dont on vient de parler, qui est du temps du bas Empire, est dans la plaine; on la nomme encore *Cité*.

La nouvelle enceinte est au levant de la cité, sur une éminence qui fut sans doute choisie comme plus propre à la défense dans les temps d'anarchie. Les murs de cette enceinte paroissent avoir environ quatre à cinq cents ans d'ancienneté; dès le septième siècle, il y eut une église du titre de *Saint-Front*, qui fit nommer l'éminence sur laquelle elle est bâtie, le *Puy-Saint-Front*; on regarde comme un reste de cette église, le bas d'une tour carrée, sur laquelle on

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éleva, au neuvième siècle, un clocher qui subsiste, & à la suite duquel, dans le siècle suivant, l'Évêque fit commencer la construction du vaste édifice qui forme aujourd'hui la cathédrale.

Cette Cathédrale, l'une des plus anciennes de toute l'Aquitaine, est fort curieuse par son architecture qui porte l'empreinte très-marquée du genre grec, mais altéré par la barbarie des temps. Les traces du bon goût s'étoient encore, au dixième siècle, conservées dans plusieurs cantons de la France, où l'architecture arabe n'avoit point pénétré; on pourroit citer plusieurs autres monumens du même temps, & d'une construction semblable à la cathédrale de Périgueux, notamment celle de la ville du Puy & quelques anciens monastères de Bourgogne.

Cette cathédrale offre dans sa décoration extérieure des pilastres & des colonnes d'assez bonne proportion pour le temps, & des arcades à plein cintre; on voit sur la tour qui est à la principale entrée, quatre petites colonnes antiques d'un marbre couleur d'ardoise.

Le plan de cette église présente une croix, formée par cinq dômes contigus, dont les coupoles ne sont pas d'un dessin bien pur; son étendue est à peu près la même que celle de Notre-Dame de Paris.

L'ancienne enceinte de Périgueux, qui porte encore le nom de Cité, s'étendoit fort avant dans la plaine; sa forme étoit ronde; elle n'avoit que trois portes, dont l'une se nommoit la porte de Rome. La première assise des murs de cette enceinte est formée de grosses

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# DESCRIPTION

pierres brutes, mêlées de fragmens de colonnes, de chapiteaux, de statues, &c., ainsi que sont ordinairement les restes des édifices des premiers temps du Christianisme, construits des débris des monumens Romains qu'on détruisoit alors. La seconde assise est composée de petites pierres entremêlées de quelques couches de briques; cette baissée est la même que celle du palais des Thermes à Paris, & de plusieurs autres constructions antiques : aujourd'hui cette clôture ne renferme que des maisons de Jardiniers & de Fermiers; on y trouve plusieurs restes intéressants d'antiquités.

C'est cette enceinte qui contient l'ancienne cathédrale de Périgueux, du titre de Saint-Etienne; elle a été long-temps abandonnée, on l'a réparée depuis; elle subsiste encore, & sert d'église paroissiale au quartier de la cité.

Cette église, dont la construction est du douzième siècle, présente un carré long qui n'a ni ailes ni piliers; au côté méridional du mur du chœur, on voit, à la hauteur d'environ deux toiles, une grande table sur laquelle est gravée, en caractères du douzième siècle, une inscription formant huit grandes lignes de cinq pieds quatre pouces & demi, & trois autres lignes plus courtes, de la longueur d'un pied & demi. Cette inscription est une table pascale où sont marqués les quantièmes & les mois où le dimanche de Pâques doit se trouver chaque année; cette table, suivant l'opinion de M. l'Abbé Le Beuf, fut faite en 1162 ou 1163, avant Pâques.

Dans un siècle où la connoissance du calendrier étoit peu répandue, où les Curés s'avoient

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a peine lire leur bréviaire; cette table qu'on venoit consulter, servoit à déterminer le temps du Carême & celui de Pâques (1).

A quelque distance de la cité, vers le midi, est une grosse tour ronde, appelée la Vésanne. Cette tour étoit autrefois fort élevée, mais le tiers environ de sa hauteur est tombé en dedans; elle est construite de petites pierres, ainsi que plusieurs autres monumens antiques; on n'y voit aucun vestige de couverture, aucune figure, aucune inscription, & elle n'est accompagnée d'aucun autre bâtiment; on aperçoit seulement dans le haut quelques ornements en-briques: dans les jardins voisins, & sur-tout dans les casernes, on trouve un grand nombre d'inscriptions & de fragmens d'antiquité. On croit que cette tour est un reste d'un ancien temple dédié à Vénus.

Les restes de l'amphithéâtre se voyent au couvent des Religieuses de la Violation, bâti dans le dernier siècle, & situé hors de la cité du côté du couchant; cet amphithéâtre ressemble assez à celui de Nîmes; il n'est construit que de petites pierres carrées de cinq à six pouces; il est ruiné en plusieurs endroits, & toute la partie

(1) Le besoin de fixer chaque année les fêtes mobiles, maintant, dans les siècles les plus barbares, la science astronomique, si l'on peut nommer ainsi une connoissance très-superficielle des cours du soleil & de la lune, & qui se bornait à ce qu'on appelle Comput. « Cette étude, dit l'Abbé Goujet, étoit expressément recommandée aux Ecclésiastiques; à commencer au règne de Charlemagne jusqu'à la fin du dixième siècle, on fit beaucoup de lois pour les obliger à s'y appliquer, & l'on en donnait des leçons dans les écoles ».

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# DESCRIPTION

supérieure est abattue. Les souterrains voûtés subsistent; les Religieuses en font des chapelles, ou les employent à d'autres usages. Dans la crainte que ces Dames ne fussent tentées de détruire ces restes d'antiquité, les Magistrats de la ville, en leur abandonnant ce terrain, convinrent que chaque année quelques Députés de leur corps iroient en faire la visite; ce qui s'exécute encore le jour de Saint-Louis. Cette attention des Magistrats de Périgueux fait honneur à leur goût, & leur mérite la reconnaissance des amateurs de l'antiquité.

On a découvert dans cette ville, en 1758 & 1759, des bains publics, dont M. Jourdain de la Fayardière a fait la description dans un Mémoire lu à l'Académie de Bordeaux, qui contient aussi une dissertation sur le Puy de Chalus, sur deux tours antiques, au lieu de Vernodes, paroisse de Douchal, & sur un camp de César, &c.

Une colonne milliaire dont il n'existe que le fût, trouvée aux environs de Périgueux, offre l'unique inscription que l'on connoisse aujourd'hui, portant le nom de l'Empereur Florien (1).

Cet Empereur, dans cette inscription, est qualifié de maître de l'univers & d'Empereur de la paix : Dominus orbis & pacis Imperator.

(1) La rareté des monuments de cet Empereur vient de la brièveté de son règne qui ne dura qu'environ deux mois & demi; il ne fut même reconnu que dans une partie de l'Empire, le reste étant soumis à Probus, son concurrent.

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Au treizième siècle on fabriquait à Périgueux des couteaux qui étoient en réputation, puisqu'ils se trouvent cités dans une pièce qui contient les proverbes du temps. Cette ville jouit maintenant d'un autre genre de célébrité; ses poulardes, ses dindes aux truffes, &c. sont très-estimées; en hiver on en fait des envois considérables dans toutes les villes du royaume; les truffes du Périgord sont aujourd'hui préférées à celles que l'on recueille en Franche-Comté, en Saintonges, en Dauphiné, en Bourgogne, &c. (1)

**CARACTÈRE.** Les habitans de Périgueux aiment leurs devoirs, ils sont vifs & affables pour les étrangers. L'estimable Auteur du Voyage de la raison en Europe, dit que lorsqu'il passa à Périgueux, « Cette ville rassembla ce qu'elle » avait de plus instruit & de plus lettré parmi les habitans, & cela passait la douzaine.

» La Noblesse du pays, très-ancienne & fort empressée à s'avancer, vint le visiter; on tira des coffres de vieux habits galonnés, & c'est » alors qu'on parla de vieilles guerres & du bon » vin; il n'y a qu'un pédant qui eut pu s'en » fâcher ».

(1) Les truffes sont cachées sous terre, & leur végétation ne paraît jamais à l'extérieur; pour les découvrir, on conduit dans les champs où l'on pense en trouver, des cochons muselés, qui, attiré par le parfum de ces fruits, les déterrent avec le museau; alors on les ramasse: on croit que ce moyen simple & adroit a étoit point connu avant le seizième siècle.

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# DESCRIPTION

Le sol des environs de Périgueux est très-aride, les pâturages, comme dans la plus grande partie de la Guienne, y sont très-rares; c'est ce qui fait que les habitants des campagnes s'offrent vivement lorsque par dérision les étrangers leur demandent combien vaut le beurre : cette question a souvent été fatale à l'indiscret qui l'a faite.

# MONTAGNE.

Vieux château, situé dans la paroisse de Saint-Michel de Montagne, à deux ou trois cents pas du Bourg, à une demi-lieue de la Dordogue, à deux lieues de la petite ville de Sainte-Foi, & à environ dix lieues de Périgueux.

Ce château étoit celui de l'illustre Michel de Montaigne, qui, dans un temps de fureur, de déraison, de scélératesse, resta maître de lui, & s'éleva, par sa philosophie, fort au dessus de son siècle.

Cet ancien château, bâti sur une éminence en bon air, est vaste, solidement construit, & entouré de tours & de pavillons : au milieu est une grande cour.

Ce fut dans ce château qu'on trouva, il y a une trentaine d'années, dans un vieux coffre, le manuscrit de la relation des Voyages de Montaigne, jusqu'alors inconnue, & qui a été publiée en 1774 par M. de Querlon. On trouva aussi dans la tour que Montaigne appelait sa librairie, son portrait qui a été gravé à la tête de cette relation.

Ce château appartient à M. le Comte de

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Segur de la Roquette, qui descend, à la sixième génération, d'Eléonore de Montaigne, fille unique de l'Auteur des Essais.

S A R L A T.

Seconde ville du Périgord avec un évêché, située dans un fond, à huit lieues & demie de Périgueux, à onze de Bergerac & de Cahors, & à vingt-sept de Bordeaux.

Cette ville, dans une situation défavantageuse, n'a rien de bien remarquable.

La cathédrale étoit autrefois le siège d'une ancienne abbaye de l'ordre de Saint-Benoît, sous le titre de Saint-Sauveur, qui donna lieu à la formation de cette ville; cette abbaye fut érigée en évêché par le Pape Jean XXII, & le chapitre resta régulier jusqu'au règne de François II, qu'il fut sécularisé par le Pape Pie IV.

Les miracles nombreux qu'opéroient dans cet endroit les reliques de Saint-Partoux, y attiroient une si grande affluence de Pélérins, que les Moines, dans la crainte que ce concours ne nuisît à la régularité de leur maison & n'y introduisît le relâchement, prirent le parti de transférer ces reliques dans l'église de Saint-Jean, hors de leur monastère, & les miracles furent moins fréquents.

ÉVÉNEMENS remarquables. Le Vicomte de Turenne, à cause d'une querelle particulière, élevée entre lui & l'Évêque de Sarlat, vint en 1587, avec des forces considérables, affiéger cette ville, dont les fortifications étoient très-foibles, & qui n'étoit défendue que par ses habitants, & un très-petit nombre de mi-

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# DESCRIPTION

litaires que l'Evêque de la Motte Fénelon avoit attirés. Cependant cette place résista vingt-un jours, sans artillerie, aux forces du Vicomte de Turenne, qui fut obligé enfin de lever le siège. La prudence & le zèle de l'Évêque, le courage des Gentilshommes ses parens, qui défendoient Sarlat, sur-tout de la Motte Fénelon qui en fut nommé Gouverneur, sauvèrent les habitans des malheurs dont ils étoient menacés. Le Vicomte de Turenne avoit promis de ne rien négliger pour s'emparer de la ville, & les citoyens avoient fait serment de plutôt mourir que d'écouter la moindre composition.

L'Ecrivain qui nous a laissé la relation de ce siège, dit que les habitans de Sarlat, fidèles à ce serment, ne répondoient ni aux injures ni aux propositions honnêtes que leur adressoient leurs ennemis du bas des remparts. « Nous répondions seulement à leurs injures, dit-il, avec le son des violons & des luths, & autres musiques : ce qui les fâchoit merveilleusement de ne voir en nous aucun signe de crainte : & advint une nuit qu'un principal homme, appelé le Meny, ayant haussé la tête par dessus une barricade pour mieux ouïr notre dite musique, fut frappé d'une arquebusade, & s'écria en mourant : Ah ! vous êtes courtois & cruels tout ensemble ».

Le premier jour de l'an 1653, Sarlat fut pris par les troupes du parti des Princes. Le Comte de Marchin, qui commandoit cette expédition, y établit son principal quartier d'hiver, y laissa son régiment & celui d'Enguien, & confia le gouvernement de cette ville à Chavagnac.

Faujan

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Faujan, Major du régiment de Marchin, trama pendant l'hiver une conspiration dont l'effet excite l'horreur; de concert avec quelques officiers, vendus comme lui au parti de la Cour, il fit révolter, dans le voisinage, quelques régimens du parti des Princes. Ces secrètes manœuvres exécutées, Faujan vint lui-même à Bordeaux annoncer, comme un malheur, cette nouvelle au Comte de Marchin & au Prince de Conti. Marchin, comptant toujours sur sa fidélité, le renvoya à Sarlat, en lui recommandant de veiller à la sûreté de cette place. Loin de remplir l'intention de ses maîtres, Faujan, arrivé dans cette ville, s'occupa d'abord à séduire tous ceux de son régiment; soit par argent, soit par promesse, il détermina soldats & Officiers à commettre une action atroce.

Deux mois s'étoient écoulés depuis la prise de Sarlat, lorsque les Officiers des deux régimens d'Enguien & de Marchin soupèrent ensemble; après le repas, tous ceux du régiment de Marchin profitèrent du sommeil, ou de l'ivresse, ou de la sécurité de leurs camarades du régiment d'Enguien, & les égorgèrent tous.

Ces lâches affaissins avaient prévenu Marin Castellior de se rendre avec ses troupes à Sarlat pendant la nuit, pour s'emparer de cette ville. Ce Capitaine, avec ses soldats, arriva à point nommé; quoique complice de la trahison de Faujan, il ne put, lui & ses Officiers, s'empêcher de frémir d'horreur en apprenant le carnage qui venait de se faire.

Rassurés par ce secours, les meurtriers mirent le comble à leurs trahisons; ils furent assis

Part. III.