Description des principaux lieux de France — Édition 1789 — J.A Dulaure
DESCRIPTION DES PRINCIPAUX LIEUX DE FRANCE BOURBONNOIS --- Page 1 --- DESCRIPTION DES PRINCIPAUX LIEUX DE FRANCE. BOURBONNOIS. Tableau général du Bourbonnois. LE Bourbonnois, dont Moulins est la capitale, est borné au nord par le Nivernois & le Berri; au sud, par l'Auvergne & le Forez; à l'est, par la Bourgogne; & à l'ouest, par le Berri. Cette province a vingt-huit lieues dans la direction de l'est à l'ouest, & quinze dans la direction du sud au nord. Si l'on multiplioit un de ces nombres par l'autre, on auroit une surface beaucoup trop grande; en multipliant quinze lieues par vingt, on aura un produit qui s'approchera d'assez près de la superficie réelle, & qui formera trois cents lieues carrées. La généralité de Moulins est beaucoup plus considérable que la province; elle comprend en outre presque tout le Nivernois, le pays de Combrailles, & une petite partie de l'Auvergne. Nous parlerons de l'étendue de sa superficie en parlant de sa population. Partie VI. A --- Page 2 --- DESCRIPTION HISTOIRE. Le Bourbonnois n'est point une province ancienne, & ses habitans ne descendent point d'un peuple particulier portant une même dénomination; le pays qu'ils occupent aujourd'hui est formé assez récemment de plusieurs démembrements des provinces voisines, &, comme s'exprime Coquille, « c'est une province nouvellement composée, comme en marqueterie ou mosaïque, de plusieurs pièces rapportées, acquises des Seigneurs voisins »; en conséquence cette province, jusqu'à ce jour, n'a jamais contenu de siège épiscopal; mais elle a dépendu de cinq diocèses voisines, qui sont ceux d'Autun, de Clermont, de Bourges, de Nevers & de Limoges. Une partie de cette province a été longtemps occupée par les Eduens, aujourd'hui Autunois ou Bourguignons; l'autre par les habitants du Berri; une autre partie, qui était la plus considérable, dépendait de l'Auvergne. On croit même qu'au quatorzième siècle, la ville de Moulins était encore renfermée dans les limites de cette province; il est certain que le diocèse de Clermont s'est toujours étendu dans le Bourbonnois jusqu'aux environs de Moulins; ainsi l'Histoire ancienne du Bourbonnois doit être celle des Eduens, des Berrichons & des Auvergnats: en conséquence nous renvoyons les Lecteurs à la Description de l'Auvergne, du Berri & de la Bourgogne. Cependant il est un canton dans le Bourbonnois, entre l'Allier & la Loire, qui appartenait à un peuple particulier, fort célèbre dans l'antiquité par ses conquêtes, ses émigrations & ses établissements dans différentes parties de l'Europe; c'étoient les Boyens. DU BOURBONNOIS. 3 --- Page 3 --- On convient généralement que ces peuples étoient, dans l'origine, une nation Celtique, qui se répandit en Italie, dans la Germanie, où elle fonda le royaume de Bohème. Une Colonie de ces peuples vint s'établir dans la Norique, une partie se joignit aux Helvétiens : l'an de Rome 695, César, les ayant vaincus, les chassa du pays des Helvétiens, & permit aux Eduens de recevoir une colonie de ces Boyens vaincus parmi eux, & de leur accorder un asile. Les Eduens les reçurent, & leur donnèrent des terres aux mêmes droits de franchises qu'ils les tenoient eux-mêmes des Romains; leur capitale, à l'exemple de celle des Auvergnats, étoit nommée Gergovia. César distingue fort bien cette forteresse de celle de l'Auvergne, qui portoit le même nom, en la nommant Gergovia des Boyens. Leur pays étoit situé entre la Loire & l'Allier, & comprenait la partie du Bourbonnois qui étoit du diocèse d'Autun. Quant à ce Gergovia des Boyens, on n'est point d'accord aujourd'hui sur son ancienne position. Le nom de Bourbonnois ne vient point de Boyens, comme l'ont prétendu, sans aucune certitude, quelques Ecrivains plus zélés pour l'illustration de leur pays que pour la vérité; mais il dérive de Bourbon-l'Archambaud, nom A ij --- Page 4 --- DESCRIPTION d'une petite ville, autrefois chef-lieu du Duché de Bourbon. (Voyez Bourbon-l'Archambaud page 21.) Ce pays, après avoir subi successivement le joug des Vifigoths & des Francs, fut soumis à la domination des Ducs d'Aquitaine. En 932, Charles le Simple démembra du Berri un petit canton, dont Bourbon l'Archambaud étoit le chef-lieu, & le donna, dit-on, sous la mouvance immédiate de la couronne, à Aymard, qui est regardé comme le premier Sire de Bourbon; ses successeurs agrandirent beaucoup leurs possessions. En 1271, Robert, Comte de Clermont en Beauvoisils, cinquième fils de Saint-Louis, épousa Béatrix de Bourgogne, fille & héritière d'Agnès de Bourbon, qui l'étoit d'Archambaud IX, Seigneur de Bourbon. Robert, fut, par ce mariage, chef de la branche de Bourbon, dont descendit Henri IV, qui, le premier de cette Maison, monta, en 1589, sur le trône de France, où règne encore sa postérité. En 1327, le Roi Charles IV érigea le Bourbonnois en Duché-Pairie, en faveur de Louis premier, Duc de Bourbon & de la Marche, fils de Robert de France & de Béatrix de Bourbon; c'est à peu près à cette époque que le Bourbonnois commença à former une petite province particulière. François Ier, après la mort du Connétable de Bourbon, tué au siège de Rome, confisqua DU BOURBONNOIS. --- Page 5 --- DESCRIPTION le Duché de Bourbonnois, & le réunit, en 1523, à la Couronne. Ce Roi le donna, en 1527, à sa mère Louise de Savoye, dont les fureurs jalouses avaient été la principale cause de la ruine & de la défection de ce Connétable. Cette Princesse étant morte, en 1531, ce pays fut de nouveau réuni à la Couronne. Charles IX, en 1562, céda la jouissance du Bourbonnois à Catherine de Médicis, pour faire partie de son douair. En 1577, Henri III le donna pour douaire à Elisabeth d'Autriche. Marie de Médicis & Anne d'Autriche le possédaient aussi, à ce même titre. Cette province resta à la Couronne jusqu'en 1661. Par contrat du 26 février de la même année, Louis XIV, en échange du Duché d'Albret, céda le Duché de Bourbonnois à Louis II de Bourbon-Condé, à titre d'engagement, sous la réserve des bois de haute futaie; depuis, ce Duché a resté dans cette branche de la Maison de Bourbon. CLIMAT, SOL & PRODUCTIONS. Le climat est tempéré dans cette province; le sol est presque tout en plaines, si l'on excepte quelques montagnes du côté du Forez, de l'Auvergne & du Berri. Les terres qui sont dans le bassin de l'Allier sont fortes & fécondes, & produisent en abondance du beau froment, du feigle & de l'avoine; celles qui avoisinent les bois étant argileuses & humides, sont d'un moindre rapport. Dans plusieurs cantons on recueille du maïs, du farrafin, & on cultive assez généralement la pomme de terre, ainsi que la rave. Il y a plusieurs vignobles dont A lij --- Page 6 --- DESCRIPTION quelques-uns sont renommés ; mais le vin en général en est peu estimé (1). Ce pays étoit autrefois aussi abondant en bois que le sont les provinces du Berri, du Nivernois & de la Bourgogne qui l'avoîsinent. Depuis dix ans on a détruit une grande quantité de forêts, & les combustibles commencent à devenir rares dans cette province. Le poisson y est abondant, les rivières & les étangs, qui sont assez nombreux, en produisent beaucoup. Cette province a des eaux minérales qui jouissent d'une grande réputation : telles sont celles de Bourbon-l'Archambaud, de Neris, de Vichi, de Châteldon ; il y a aussi des mines de fer, d'antimoine & de charbon de terre qui sont exploitées. La forge la plus considérable est celle qu'on trouve sur la route de Limoges, à trois lieues de Moulins. On trouve à quatre lieues de cette capitale, près du bourg de Bunnay, une carrière d'antimoine exploitée au profit de deux communautés de Moines. A Feins & Noyant, à trois lieues de Souvigny, & à six lieues de Moulins, on exploite des mines de charbon qui se trouvent par couches interposées dans le granit ; ce charbon de terre est un des meilleurs de France. ( Il y a une quarantaine d'années qu'un Intendant introduisit dans la province la culture des mûriers blancs & des vers à soie ; malgré l'avantage évident de cet établissement, il a été presque entièrement abandonné dans ce pays. DU BOURBONNOIS. 7 --- Page 7 --- DESCRIPTION RIVIÈRES. Les principales sont : l'Allier, qui sort de l'Auvergne, passe à Vichi, à Moulins, & après avoir traversé le Bourbonnois, dans une direction à peu près du sud au nord, entre dans le Nivernois, & va se réunir à la Loire au dessous de Nevers. La Loire, qui sépare le Bourbonnois du Charollois & de l'Autunnois. Le Cher, qui vient d'Auvergne, passe à Montluçon & entre dans le Berri. La Sioule, qui traverse une petite partie du Bourbonnois, & va se jeter dans l'Allier au dessous de Saint-Pourcain. La Bèbre, qui passe à la Palice, à Jalligny, & se jette dans la Loire au dessous de Sept-fonds, &c. COMMERCE. Le commerce du Bourbonnois ne s'étend guère au-delà des limites de la province; il consiste en blé, en vins, en chanvre, en bois de construction, en charbons de terre, & en fer; ces trois derniers articles sont à peu près les seuls qui sont exportés. (Voyez Moulins.) ADMINISTRATION. La Généralité de Moulins, comme nous l'avons annoncé, est beaucoup plus étendue que la province du Bourbonnois; elle comprend la plus grande partie du Bourbonnois, la haute Marche, le pays de Combrailles en Auvergne, & plusieurs autres cantons, qui sont au nord de l'Auvergne. Elle est assujettie à toutes les impositions du royaume, & fait partie des grandes gabelles, à la réserve d'une portion de la Marche, qui est comprise dans le pays rédimé de l'impôt du A iv --- Page 8 --- DESCRIPTION sel; les travaux des chemins s'y font principalement par corvées. Les contributions de cette généralité peuvent être estimées à environ neuf millions huit cent mille livres. POPULATION La population de cette généralité étant évaluée à cinq cent soixante-quatre mille quatre cents ames, la somme des contributions étant également répartie, cela fait dix-sept livres sept sous par tête d'habitants. L'étendue de cette généralité étant évaluée à huit cent quatre-vingt-dix lieues carrées, c'est six cent vingt-neuf habitants par lieue carrée. CARACTÈRE & MŒURS Les habitants du Bourbonnois, suivant un ancien Ecrivain, « sont doux & gracieux, ont l'esprit subtil & accort, sont bons messagers & adonnés à leur profit ; mais au reste courtois aux Etrangers ». Ce portrait est presque généralement vrai ; les Bourbonnois ou Bourbonnichons, comme on les nomme dans le pays, sont d'un caractère fort tempéré, doux, paisibles, joyeux, affables & polis envers les Etrangers. Ils se montrent presque toujours indifférents pour la célébrité ; ils aimeraient la fortune & la réputation, mais ils n'ont pas l'énergie nécessaire pour vaincre les obstacles qui les procurent ; ils se dédommagent des jouissances de la vraie gloire, par celles qu'offrent la gloriole & la vanité ; ils parlent sans cesse de leurs alliances, de leurs dignités, de leurs possessions & de leurs plaisirs : c'est une foibleuse commune, il est vrai, à bien des pays, mais on la trouve en Bourbonnois DU BOURBONNOIS. 9 --- Page 9 --- DESCRIPTION fortement caractérisée; c'est ce qui a donné lieu à ce proverbe ancien & populaire, mais qui est encore un peu vrai : Bourbonnichon, habits de velours & ventre de fon. Ce qui doit être remarqué, & ce qui résulte sans doute du caractère indolent & tranquille des habitans du Bourbonnois, c'est qu'il n'est sorti de ce pays aucun homme distingué dans les Sciences, dans la Littérature, dans le ministère ni dans les armes. Ceux qui se sont un peu élevés au dessus de leurs concitoyens, sont rares, peu connus, & aucun ne mérite aujourd'hui le nom de grand. Cependant nous devons à la vérité, de dire que ce caractère d'indolence ne s'étend pas jusqu'aux affaires qui concernent le bien général de la patrie. Les habitans du Bourbonnois, dans la révolution actuelle, se sont honorablement distingués par leur constance, leur généreux désintéressement, & leur fidélité aux vrais principes. Les Bourbonnois diffèrent, à plusieurs égards, des Auvergnats, leurs voisins; ceux-ci sont actifs, laborieux, entreprenans, poussent quelquefois la franchise jusqu'à la brusquerie. Les Bourbonnois sont tranquilles, paresseux, insoucians, cajoleurs, & même ils prétendent être agréables. Les Auvergnats parlent la langue d'oc, ou l'idiome des provinces méridionales. Les Bourbonnois parlent la langue d'oui ou l'idiome Picard, qui est le français du peuple de Paris; ainsi la ligne de démarcation qui divisait la France en langue d'oui & en langue d'oc, passe entre l'Auvergne & le Bourbonnois, 10 --- Page 10 --- DESCRIPTION & le passage d'un peuple à l'autre est brusque, & devient très-sensible pour les voyageurs. MONTLUÇON. Ville, chef-lieu d'une élection, située sur la rive droite du Cher, & sur la route de Guéret à Moulins, à une distance presque égale de ces deux villes, & à douze lieues de l'une & de l'autre. L'origine de cette ville n'est pas fort connue. Vigenaire, dans sa traduction des Commentaires de César, croit qu'elle était l'ancien Gergovia des Boyens; mais cette opinion n'est pas plus fondée que celle de ceux qui placent cette ancienne forteresse à Moulins; d'autres croient qu'elle doit son origine à un château bâti par Lucius, qui, sous le règne d'Auguste, était Proconsul d'Aquitaine, & que de son nom on a fait Monslucii, Montluçon; mais il n'y a rien de certain à cet égard. DESCRIPTION. Cette ville, qui depuis long-temps appartient aux Ducs de Bourbon, est avantageusement située, sur le penchant d'un côteau, au bas duquel coule le Cher; elle était autrefois bien fortifiée, & l'on y voit encore quelques restes de ses anciennes murailles; les fossés ont été comblés ou convertis en jardins, & tout autour règne un boulevard qui est en partie planté d'arbres. Sur la hauteur est le vaste & ancien château DU BOURBONNOIS. II --- Page 11 --- DESCRIPTION de Montluçon, qui domine la ville. Louis XI, en 1465, pendant la guerre du bien public, à son retour d'Auvergne, & après y avoir pris la ville de Riom que tenaient plusieurs Princes révoltés, se retira au château de Montluçon; il y étoit le 6 juillet de la même année: ce fut dix jours après que se donna la fameuse bataille de Montlhéri. Cette ville, contient plusieurs sièges de juridiction; on y voit une église collégiale, appelée Saint-Nicolas, dont le chapitre a été fondé, vers la fin du quatorzième siècle, par Louis, Duc du Bourbonnois, Comte de Clermont & de Forez; on y trouve aussi deux paroisses, des Religieuses de l'ordre de Cîteaux, un autre couvent d'Urfulines, des Capucins, des Cordeliers, & un Hôtel-Dieu desservi par des Sœurs grises. Les Cordeliers furent fondés, en 1446, par le Duc de Bourbon, à l'instigation d'un Gentilhomme de la Cour de Charles VII, nommé Foucaud. Les Religieux du prieuré de Saint-Pierre s'agitaient beaucoup pour s'opposer à l'établissement de ces Moines; après avoir employé les voies juridiques, ils en vinrent aux voies de fait; assistés de leurs domestiques, ils démolirent, à la faveur de l'obscurité, les murs du couvent qui étoient déjà élevés; les Cordeliers réparoient le jour ce que les Moines de Saint-Pierre détruisoient chaque nuit: c'étoit vraiment l'ouvrage de Pénélope. Dans cette situation embarrassante, les Cordeliers mirent dans leurs intérêts les Bouchers de Montluçon, qui, pendant la nuit, montèrent la garde devant les nouvelles constructions, chassèrent les Moines de S.-Pierre, & leur ôtèrent l'envie de venir encore abattre les murs du couvent. Depuis ce temps, les Bouchers de la ville ont été regardés comme les protecteurs des Cordeliers. 12 --- Page 12 --- DESCRIPTION L'église, dont la construction fut achevée en 1453, renferme la principale curiosité du pays; c'est un grand tableau, placé au dessus du maître-autel, qui représente l'adoration des Rois. Le même sujet est traité de la même manière aux Cordeliers de Clermont, & l'on rapporte que ces deux tableaux sont du même Maître. On diffère beaucoup sur son nom; les renseignements que je me suis procurés à cet égard, me font croire que ces deux tableaux ont été peints par un nommé Rome, Artiste peu connu, & qui a mérité de l'être davantage; on le dit natif de Brioude en Auvergne. Ses compositions sont grandes, ses groupes bien disposés, l'ensemble d'un bel effet, & généralement bien exécuté. On voit dans ce tableau le même anachronisme que dans celui de Clermont; c'est un Cordelier qui assiste à l'adoration des Mages. Cette ville, bien bâtie, est habitée par beaucoup de Nobles. Sur le Cher est un pont assez considérable, qui a cinq arches. Les bords de cette rivière offrent des promenades ombragées qui sont fort agréables, & qu'on nomme, dans le pays, Auberies. Cette ville est commerçante; il s'y tient deux marchés par semaine, & sept foires dans l'année. Droits singuliers. Dans l'aveu de la terre du Breuil, rendu par Marguerite de Montluçon, le 27 septembre 1498, on voit que le DU BOURBONNOIS. 13 --- Page 13 --- DESCRIPTION Seigneur de cette ville percevoit une rétribution sur chaque femme qui battait son mari. Il avoit aussi le droit, plus étrange, de percevoir, sur chaque fille débauchée qui arrivait pour la première fois à Montluçon dans le dessein de s'y prostituer, la somme de quatre deniers une fois pour toutes : la fille pouvoit aussi s'acquitter d'une autre manière ; elle avoit le choix de payer le Seigneur en argent, ou bien de venir sur le pont du château de Montluçon, & d'y faire un pet (1). D'après cette impertinence féodale, d'après un droit aussi absurde, un témoignage aussi honteux de la sottise & de la barbarie des anciens Seigneurs, je crois qu'il est permis de dire que l'ignoble tribut, payé par la fille prostituée, étoit bien digne des Nobles qui le percevoient, & que c'étoit l'hommage que méritioient de tels Seigneurs. NERIS est situé à une forte lieue, & au sud de Montluçon; c'est un bourg célèbre du temps des Romains, par ses eaux minérales; il y avoit des bains dont on a découvert plusieurs restes; quelques Modernes ont, sans aucunes preuves, avancé qu'ils avoient été bâtis par les ordres de ( Voici les propres expressions de cet aveu : Item, in & super qualibet uxore maritum finum verberente, unum tripodem. Item, in & super filia communi, sexus videlicet viriles quoscumque cognoscente, de novo in villa Montislucii eveniente, quatuor denarios femel, aut UNUM BOMBUM, sive vulgariter PET, super pontem de Castro Montislucii solvendum. 14 --- Page 14 --- DESCRIPTION Néron; ils se fondent seulement sur la ressemblance du nom de cet Empereur à celui de Neris. Dans la table Théodosienne, ce lieu est indiqué sous le nom de Aquæ Neri, qu'il serait peut-être plus convenable d'écrire Aquæ Neræ. Grégoire de Tours le nomme Vicus Nerenfis. Ces eaux sont encore très-estimées, & elles seroient aussi fréquentées que celles de Bourbon & de Vichi, si elles étoient aussi accessibles; elles jaillissent d'une roche granitique, & sont alkalines, mais contiennent moins d'alkali minéral que celles de Bourbon-l'Archambaut. CHANTELLE-LE-CHATEAU. Petite ville ancienne, avec les ruines d'un ancien château, située à trois lieues & demie de Gannat, à huit lieues de Moulins, & près des limites de l'Auvergne. On distinguait autrefois, & on distingue encore aujourd'hui, deux positions appelées Chantelle. La première existait du temps des Romains; elle est appelée Cantilia dans la table Théodosienne, & par les distances qui y sont indiquées, entre Neris & Clermont, elle paraît convenir au lieu connu aujourd'hui sous le nom de Chantelle la-Vieille. La seconde position est aussi ancienne, mais elle est bien plus considérable; dans les annales de Pepin elle est nommée Cantella-Castellum. Elle est aussi indiquée par Eginhard, en 761, entre Bourbon & Clermont, sous le nom de Cantilla. Depuis, elle a toujours conservé DU BOURBONNOIS. 35 --- Page 15 --- DESCRIPTION le nom de Chantelle-le-Chastel ou le château, pour être distinguée de Chantelle-la-Vieille. Chantelle-le-château fut, en 761, affligé par Pepin, qui prit cette place sur Waifre, Duc d'Aquitaine. Depuis long-temps ce lieu est du patrimoine de la Maison de Bourbon. Le célèbre Connétable de Bourbon fit bâtir, sur les ruines de l'ancienne forteresse, un château magnifique, & sur-tout très-bien fortifié par la nature & par l'art; un Ecrivain du quinzième siècle dit qu'il étoit une des plus fortes places d'Aquitaine (1). Le Connétable de Bourbon, victime des fureurs jalouses de Louise de Savoie, mère de François Ier, & de l'injustice la plus manifeste du premier Président du Prat, digne protégé de cette méchante femme (2), avait perdu une très-grande partie de ses biens; sollicité par le ( Mémoires de Louis de la Trémouille, chap. 19. ( Cette princelle ne fut pas toujours contente de son protégé Duprat, comme nous l'avons observé T. V, p. 91; elle n'étoit pas non plus fort satisfaite du clergé, comme on le voit dans le journal qu'elle a composé, « Frère François de Paule, y dit-elle, fut par moi canonisé; à tout le moins j'en ai payé la taxe... Longues patenôtres & oraisons murmuratives ne sont bonnes, car c'est une marchandise pesante, qui ne sert de guerre, sinon à gens qui ne savent que faire ». Voici comme elle parle ensuite des moines : « L'an 1522, en décembre, mon fils & moi..., commençâmes à connaître les hypocrites blanes, noirs, gris, enfonés, de toutes couleurs; defaunée Dieu... nous veuille préserver & défendre... Il n'est point de plus dangereuse génération en toute la nature humaine. » On croit entendre un incrédule du dix-huitième siècle. 16 --- Page 16 --- DESCRIPTION désir de se venger & de réparer les pertes de sa fortune, il avoit écouté les propositions de l'Empereur, & n'attendoit, pour les accepter & pour tourner ses armes contre sa patrie, que le refus de la restitution de ses biens, & une occasion favorable. François Ier partoit pour la guerre d'Italie; il passa à Moulins où le Connétable, tous prétexte d'une maladie, refusa de le suivre, & promit de joindre bientôt ce Roi à Lyon. (Voyez Moulins.) Il partit en effet de Moulins vers la fin d'août 1523; mais après avoir resté plusieurs jours pour aller de cette ville à la Pacaudière, il discontinua sa marche, & retourna dans ses terres; il passa l'Allier à Varrenne, & se rendit avec beaucoup de promptitude à Chantelle, où il se croyait plus en sûreté qu'à Moulins. Warty, espion placé auprès du Connétable, avertissoit le Roi de toutes ses démarches. Ce seigneur, ayant feint à la Palice un redoublement de maladie qui l'empêchoit, disoit-il, de continuer sa route, dépêcha aussi-tôt Warty à Lyon, pour en donner avis au Roi. Cet espion étant de retour, & ne trouvant point le Connétable à la Palice, fut bien étonné d'apprendre sa retraite à Chantelle; il s'y rendit promptement. Le Connétable, en le voyant arriver, conçut quelques soupçons contre sa fidélité. Warty, lui dit-il, vous me chaussez les éperons de bien près. Warty lui répondit en riant: Monsieur, vous avez de meilleurs éperons que je ne pensois; vous ne veniez pas avec cette diligence. Plusieurs personnes de la suite du Connétable reconnoissoient DU BOURBONNOIS. 17 --- Page 17 --- DESCRIPTION reconnoissoient Warty pour un espion, & opinoient à le faire pendre aux créneaux du château. Le Prince s'en débarrassa en le chargeant de porter des lettres au bâtard de Savoie & au Maréchal de Chabanne. Il s'occupa ensuite à mettre son château en état de défense, & y fit transporter des provisions pour trois ans. Le 7 septembre suivant, il écrivit une lettre au Roi, qui étoit à Lyon, dont il chargea l'Évêque d'Autun, avec une instruction particulière, par laquelle, si le Roi vouloit consentir à lui faire rendre les biens dont on l'avoit dépouillé, il promettoit de le bien & loyalement servir de bon cœur, sans lui faire faute, &c. Le Roi, averti que le Duc de Bourbon avoit abandonné la route de Lyon pour se retirer à Chantelle, venoit d'envoyer le bâtard de Savoie, Grand-Maître de sa Maison, & le Maréchal de Chabanne, avec chacun cent hommes d'armes pour se saisir de la personne du Duc, & même pour l'assiéger à Chantelle. Ils rencontrèrent à la Pacaudière l'Évêque d'Autun qui alloit remplir sa mission, le fouillèrent, & le conduisirent prisonnier à Lyon (1). ( L'Évêque d'Autun & celui du Puy étoient les deux conseillers du Connétable. Il paroît que le premier avoit conseillé au Prince de sortir de France, & que le second n'étoit pas de cet avis. Ces deux Prélats ne s'aimoient guère. Un jour ils prirent dispute devant le Connétable ; l'Évêque d'Autun se leva tout en colère, & se mit à jurer : Vos fièvres quartaines. --- Que vous puissiez serrer, maître Vaillant, répondit vivement l'Évêque du Puy en se jetant sur l'Évêque d'Autun. Partie VI. 18 --- Page 18 --- DESCRIPTION Le Connétable voyant cette députation manquée, & informé que ses tentatives en Normandie pour s'y faire un parti, afin de faciliter l'entrée des Anglois, étoient découvertes, défespéra de jamais rentrer en grace auprès du Roi, & résolut de se sauver hors du royaume. Il partit aussi-tôt de Chantelle avec toute sa Maison, se rendit à Herment en Auvergne; là, il se déguisa, il abandonna sa suite, se déroba pendant la nuit avec quatre ou cinq personnes seulement, & se rendit dans la maison de Pomperant, un de ses Gentilhomme. Les domestiques du Prince, ignorant sa fuite, se disposoient, avant le jour, à partir d'Herment, comme ils en avoient reçu l'ordre. Un des Officiers, nommé Montagnac-Tau- sannes, prend les habits & le cheval de son maître, marche long-temps par une route opposée à celle qu'avoit prise le Connétable & se fait suivre par tous les domestiques, qui croyent suivre leur maître. Le jour ayant éclairé le déguisement, Montagnac leur déclare la fuite du Connétable, les remercie de sa part, & les congédie. La troupe se dispersa, & Montagnac resta six semaines cachée dans un château, & n'en sortit qu'à la faveur d'un nouveau déguisement. Le Connétable étoit parti de la maison de Pomperant, accompagné de ce seul Gentil- pour lui donner un soufflet: mais le Connétable s'étant mis entre deux, empêcha ces deux grandeurs de se prendre aux cheveux. DU BOURBONNOIS. 19 --- Page 19 --- DESCRIPTION homme, dont il se faisoit passer pour Valet-de-chambre. On dit que, pour dérouter ceux qui étoient à leur poursuite, ils avoient fait ferrer leur chevaux à l'envers (1). Le Duc se rendit au Puy en Vélai, & après avoir couru les plus grands dangers sur sa route, il arriva en Franche-Comté, qui appartenoit alors à l'Empereur. François Ier lui ayant fait demander l'épée de Connétable & le collier de l'ordre de Saint-Michel, il répondit : « Quant à l'épée, il me l'ôta à Valenciennes, lorsqu'il donna à mener à M. d'Alençon l'avant-garde qui m'appartenoit ; quant à l'ordre, je l'ai laissée derrière mon chevet à Chantelle ». On sait qu'un très-grand nombre de complices furent victimes de la défection du Connétable, que ce Prince porta ses armes contre sa patrie, & qu'il fut tué au siège de Rome le 5 mai 1527. Le Chancelier du Prat, pour servir l'animosité de la mère du Roi, avait fait perdre le procès du Connétable de Bourbon; pour servir son animosité particulière, il avait fait bâtir près de Chantelle le château de Verrière, afin de narguer le Connétable, & de disputer ( Pomperant, Gentilhomme du Bourbonnois, par sa prudence, devint très-utile au célèbre révolté, dont il suivit le parti; ce fut lui qui, quoiqu'armé contre sa patrie à la bataille de Pavie, sauva la vie à François Ier, que deux Gentilshommes Espagnols étoient sur le point de massacrer. En reconnaissance de ce service, le Roi lui pardonna sa désertion, & dans la suite se servit de lui avec succès. B ij --- Page 20 --- DESCRIPTION avec lui de magnificence. Lorsque ce Prince fut parti, tous ses biens furent confisqués, & le Chancelier eut la baissesse de s'en faire donner une partie; il fit même raser le château de Chantelle, s'empara de tous les meubles magnifiques de la Maison de Bourbon, que le Connétable y avait rassemblés, & en décora sa maison de Verrières. DESCRIPTION. La ville de Chantelle est située dans une plaine qui domine le vallon profond où coule la rivière de Bouble. Sur la partie la plus éminente, sont les ruines énormes du château. De très-grands & solides fragments de murailles, renversés & placés çà & là, prouvent évidemment que cette destruction n'a pas été l'ouvrage du temps. Les vides que laissent entre eux ces fragments, sont occupés aujourd'hui par quelques malheureux qui s'y logent: c'est un contraste piquant de voir la pauvreté habiter sous les ruines de cette forteresse, jadis l'asile de la magnificence féodale. Il existe encore, sous ces débris, des souterrains voûtés, qui communiquent, dit-on, à quelques autres châteaux du voisinage, & qui se prolongent fort loin sous terre. Au bas du château est une maison fort riche de Chanoines Réguliers de l'ordre de Sainte-Geneviève. La ville est le chef-lieu d'une Châtellenie royale; elle est petite & mal peuplée, il ne s'y fait aucun commerce. Il existe encore plusieurs fragments de la voie Romaine, indiquée dans les Itinéraires, qui conduisit de Chantelle-la-Vieille à Chantelle. DU BOURBONNOIS. 21 --- Page 21 --- DESCRIPTION le-Château; ces fragmens sont curieux par leur solidité, & par les pierres quartzues qui les composent. Une découverte faite, il y a une trentaine d'années, dans ce lieu, concourt à prouver son antiquité, & à donner des éclaircissemens sur les Arts chez les Anciens. Cette découverte consiste en un plateau de cuivre, doublé en argent; sa forme est d'un très-bon style; la bordure offre des bas-reliefs qui représentent des animaux & des attributs des fêtes de Bacchus. M. Beaumé le présenta à l'Académie des Sciences, comme une preuve que l'art de doubler le cuivre en argent étoit connu chez les Anciens; mais nous avions d'autres témoignages à cet égard dans les médailles doublées des Empereurs. BOURBON L'ARCHAMBAUD. Ville, avec le titre de Duché, une Justice & Châtellenie royale, une Sénéchaussée, &c., située à cinq lieues de Saint-Pierre-le-Moutier, à peu près à la même distance de Moulins, & à deux lieues de Souvigni. Dans la table Théodosienne, cette position est figurée par un bâtiment carré qui semble indiquer des thermes, & qui distingue les lieux où coulent des sources minérales. Elle y est nommée Aquæ Bormonis: on doit sans doute lire Borvonis, qui est le mot employé par les Romains pour désigner Bourbon, & dont ils se sont servis dans une inscription antique, en nommant le lieu de Bourbonne-les-Bains. La boue ou bourbe de la fontaine minérale a donné le nom de Bourbon à ce lieu, qui, à son tour, l'a donné à la plus illustre Maison de France, & à la province du Bourbonnois (1); à ce nom on a joint celui de l'Archambaud, qui a été commun à neuf ou dix premiers Seigneurs de Bourbon, de la même Maison, afin de distinguer cette ville de celle de Bourbon-Lanci. Le château eut le titre de Baronnie; il fut une des trois plus anciennes Baronnies de France (2); cette seigneurie, qui, en 1327, fut érigée en Duché-Pairie, est la souche de la province du Bourbonnois, qui depuis a été formée de divers démembremens des provinces voisines, & dont Bourbon-l'Archambaud étoit la première capitale. Le château de Bourbon étoit, au huitième siècle, un poste important, qui dépendoit du Duché d'Aquitaine, & qui étoit compris dans la province du Berri. Pepin, résolu de poursuivre Waifre, Duc d'Aquitaine, jusqu'à la dernière extrémité, après avoir ravagé le diocèse ( Cette étymologie est d'autant plus fondée, que tous les anciens lieux qui portent les noms de Bourbe ou de Bourbon, ont tous des fontaines minérales. Bourbe rouge, en Normandie, est une fontaine minérale. Bourbon-Lanci en Bourgogne, a des eaux minérales. Bourbonne-les-Bains en Champagne, est célèbre par sa fontaine thermale, qui étoit connue des Romains. Bourboule en Auvergne, où coule plusieurs sources thermales. Il paroît que ce nom est Celtique. ( Les deux autres Baronnies étoient Couci & Beaujeu. DU BOURBONNOIS. 23 --- Page 22 --- DESCRIPTION d'Autun, passa la Loire pres de Nevers, & vint, en 761, assiéger le château de Bourbon; il s'en rendit maître, fit prisonniers tous les soldats qui le défendoient, & y mit le feu. Après cet exploit, il fut ravager l'Auvergne & assiéger Clermont. Bourbon, & les terres qui en dépendoient, furent réunis à la Couronne, vers l'an 932, & alors elles relevoient immédiatement du Roi de France. Aimard fut, à cette époque, nommé Comte de Bourbon, &, par usurpation, il rendit cette charge héréditaire dans sa famille. Son fils, Aimon Ier, lui succéda, vers l'an 953, & il fut à son tour remplacé par son fils Archambaud Ier. Archambaud VII, dixième Sire de Bourbon, mort en 1169, ne laissa qu'une fille nommée Mahaud, en laquelle s'éteignit la première race des Seigneurs de Bourbon. Elle épousa en secondes noces, Gui, Seigneur de Dampierre; par ce mariage, les terres des Sires de Bourbon passèrent dans la Maison de Dampierre, & bientôt après dans celle de Bourgogne, par le mariage d'Agnès, Dame de Bourbon, avec Jean II de Bourgogne. De ce mariage naquit Béatrix, héritière de la Maison de Bourbon, qui épousa Robert, fils de Saint-Louis, chef de la Maison de Bourbon, aujourd'hui régnante. Ce fut en faveur de Louis, fils de Robert, que la terre de Bourbon-l'Archambaud fut, en 1327, érigée en Duché-Pairie. (Voyez Tableau général du Bourbonnois, page 4.) DESCRIPTION. Cette ville, célèbre à plusieurs titres, n'intéresse ni par sa situation ni B iv --- Page 23 --- DESCRIPTION par sa construction; elle est bâtie dans une gorge étroite & profonde, formée par quatre collines très-escarpées; les maisons en couvrent le fond, & s'élevent sur le terrain très-incliné jusqu'à une certaine hauteur, où elles paroissent être placées les unes sur les autres. Au fond du vallon, & au centre de la ville, est la place où sourde la célèbre fontaine minérale. Une rivière, qui coule de l'ouest à l'est, baigne les murs de cette ville, & y forme un vaste étang. Au dessus de cet étang, & sur un rocher élevé presque verticalement, est l'ancien château qui domine toute la ville; c'étoit là le séjour ordinaire des Barons, des Sires ou des Ducs de Bourbon. Le plan de cette forteresse est carré, sa vaste & forte enceinte étoit flanquée de vingt-quatre grosses tours; aujourd'hui une grande partie de ces constructions tombe en ruine; mais le château existe encore dans son entier. On y voit trois églises ou chapelles qui en dépendent; la première est celle de Notre-Dame, c'est l'ancienne église du château; on ne sait à quelle époque elle a été fondée. Au dessus de l'autel on remarque une Vierge en marbre, qui est très-belle. La seconde chapelle, dédiée à Jésus-Christ crucifié, est plus connue sous le nom de Sainte-Chapelle, c'est une collégiale composée d'un Trésorier & de douze Chanoines. La première chapelle étant trop petite, celle-ci fut commencée sur un plan plus vaste, par Jean II du nom, Duc de Bourbon. Pierre II, Duc de Bourbon, la fit continuer, & elle ne DU BOURBONNOIS. 29 --- Page 24 --- DESCRIPTION fut achevée qu'en 1508. C'est une des plus belles chapelles du royaume. Sa construction est dans le genre des riches gothiques du quinzième siècle. Sur le portail on voit, en terre cuite, les figures de Saint-Louis & de Pierre de Bourbon, qui a fait achever cet édifice, & celle d'Anne de France la femme, fille de Louis XI, & qui fut régente de France (1). Au dessus sont les figures d'Adam & d'Eve, en pierres de grès. Duchêne, dans ses antiquités, dit, avec plus d'emphasis que de vérité, qu'elles sont si artistement élaborées, que Praxitele les eût avouées pour son chef-d'œuvre. Dans l'intérieur de l'église, on remarque la statue de Jésus-Christ & celle des douze Apôtres, le blason & la généalogie de la Maison royale de Bourbon, exécutés en bas-relief. Les stalles du chœur sont d'une très-belle menuiserie; au dessus on voit les chiffres de Pierre II, Duc de Bourbon, & d'Anne de France la femme. Les peintures des vitraux méritent, par leur conservation & leur beauté, une mention particulière; la première vitre représente le sacrifice d'Abraham; la seconde, Jésus qui guérit le Paralytique. La troisième, un crucifix; la quatrième, l'Empereur Constantin, qui aperçoit la croix lumineuse, avec ces paroles : In hoc signo vinces; la cinquième, ( Voyez ci-après Souvigni, vers la fin de l'article, où nous parlons du caractère de cette Princesse. 26 --- Page 25 --- DESCRIPTION Sainte-Hélène qui demande à un Juif dans quelle est la vraie Croix; la sixième, Sainte-Hélène qui découvre miraculeusement cette Croix; la septième, l'Empereur Héraclius, qui, après avoir vaincu Cosroès, recouvre la vraie Croix; la huitième enfin, l'Empereur Héraclius en chemise & nu-pieds, portant en triomphe la sainte Croix. La troisième chapelle, appelée le trésor, quoique pratiquée sous terre, est très-bien éclairée; on y descend par un escalier de vingt marches. C'est dans cette chapelle qu'est conservée une croix très-riche, tout entière d'or pur, & enrichie de perles & de pierres précieuses. Le montant a environ un pied & demi, & le travers un pied; elle pèse près de quatorze marcs: sur la partie supérieure de cette croix, est une couronne d'or, portant cette inscription: Louis de Bourbon, second Duc de ce nom, fit garnir de pierreries & dorures, cette croix, l'an 1393. Cette croix n'est point massive, l'intérieur est rempli d'une forme qui est, dit-on, du bois de la vraie Croix; elle contient aussi une épine de la vraie Couronne. Ces reliques furent données par le Roi Saint-Louis, à Robert son fils, chef de la Maison de Bourbon. Le pied est en forme de montagne, au bas de laquelle sont les figures à genoux, de Jean, Duc de Bourbon, & de Jeanne de France sa femme; on y voit aussi les figures de Madeleine, de Marie, & de Saint-Jean; toutes ces figures sont, ainsi que la montagne, en argent doré, & le tout ensemble pèse vingt-six marcs. Dans les armoires on conserve plusieurs reliques; tels sont le pied de Saint-Paul, Hermite; un os des Saints-Innocens; un des pouces de Saint-Blaise, & sa mâchoire inférieure. DU BOURBONNOIS. 27 --- Page 26 --- DESCRIPTION L'église de Saint-George, la seule paroissiale, est bâtie sur la colline opposée à celle du château. Au dessus du couvent des Capucins, est une promenade, formée de trois allées, l'une au dessus de l'autre, pratiquées sur un terrain très-incliné, que le Maréchal de la Meilleraie acheta pour les Capucins, à condition que l'entrée en seroit ouverte au public. Au centre de la ville est la source minérale qui jaillit avec abondance dans des bassins très-spacieux, & exposés en plein air. La place où s'ourdent ces eaux, est entourée de bâtiments commodes, & consacrés, pour la plupart, au logement des malades. On est en usage à Bourbon de prendre les bains chez soi, le matin, & dans des baignoires particulières, avec des eaux transportées de la veille. Leur température y est déterminée depuis vingt-six jusqu'à vingt-neuf degrés du thermomètre. M. de Brieude, qui a publié des observations sur ces eaux, prétend que ces bains tempérés sont insuffisants, comme remèdes curatifs, & qu'ils ne doivent être considérés que comme remèdes préparatoires. Cette eau, suivant les diverses saisons, a différens degrés de chaleur, & sa température ordinaire est de trente à quarante degrés; elle contient beaucoup d'alkali minéral, & de la terre calcaire; les buveurs y mêlent ordinairement des sels neutres, tels que les sels d'épsom, de saignette, &c. L'effet des eaux de Bourbon est souverain contre les maladies causées par la foiblesse ou le relâchement; elles raniment le sentiment: les malades paralytiques y sont presque toujours guéris, ou au moins considérablement soulagés; elles détruisent les engorgemens & les obstructions, soulagent souvent de toutes espèces de coliques, &c. enfin elles jouissent, depuis un temps immémorial, d'une réputation établie par une longue suite de succès. L'air de Bourbon est chaud & humide, & s'y renouvelle difficilement, à cause de la situation enfoncée de la ville. La vaste surface de l'étang qui l'avoisine, & les exhalaisons qui partent de la source thermale, contribuent beaucoup à charger l'atmosphère de vapeurs infalubres. C'est ce qu'a observé M. de Brieude, & ce qui lui a fait déférer que les habitations des malades fussent transportées sur les hauteurs voisines, & dans une exposition plus saine, où l'air fut plus pur & plus agité, & que l'hôpital où les malades respirent l'air le plus mal-faisant, fut placé dans le vieux château, dont la plupart des appartemens restent inutiles: par ce moyen, on rendroit enfin cet ancien & vaste monument de la tyrannie féodale utile à l'humanité souffrante. DU BOURBONNOIS. 29 --- Page 27 --- DESCRIPTION HÉRISSON. Entre Bourbon-l’Archambaud & Montluçon, se trouve la petite ville d’Hérisson, située sur le torrent de l’Oeil, entre cinq montagnes, à quelque distance de la rive droite du Cher, & dans une contrée pierreuse & peu fertile. Il y a une collégiale composée d’un Doyen & de douze Chanoines. On y voit les ruines d’un ancien château. SOUVIGNI. Petite ville, avec un ancien & riche prieuré de l’ordre de Saint-Benoît, de la Congrégation de Cluni, située sur le ruisseau de Queine, & sur la route de Moulins à Montluçon, à deux lieues de la première ville, à dix de la seconde, & à deux lieues de Bourbon-l’Archambaud. Cette ville, nommée en latin Silviniacum ou Silviniacus, sans doute à cause des bois qui l’environnoient, est fort ancienne; elle dépendoit autrefois de l’Auvergne. Les Historiens des deux vies de Saint-Mayeul, Abbé de Cluni, la placent dans cette province & sur ses limites. Elle doit son origine à un château bâti par les Sires de Bourbon, qui souvent y ont fait leur résidence, & à un monastère qu’ils y fonderent. Le château existoit sous le règne de Charlemagne, & ce Prince y fit même quelques séjours; quant au monastère, on croit qu’il fut fondé par Aimard Ier, Sire de Bourbon, qui donna, par dévotion à l’ordre de Cluni, une partie des biens qu’il possédoit dans ce lieu. Ce monastère fut fondé dans un emplacement où 30 --- Page 28 --- DESCRIPTION existôt déjà une église sous l'invocation de Saint-Pierre. Aimond, fils d'Aimard, voulut revendiquer, comme héritier, la donation considérable que son père avait faite aux Moines du lieu; mais les Moines qui, sans doute, le menacèrent du Diable & de l'enfer, le détournèrent bientôt de ce projet; il se montra même plus foible que son père en donnant plus que lui des terres & des privilèges à ce monastère. Les Moines, pour rendre plus inviolables les possessions qu'ils tenaient du Comte Aimard, après s'être rendu son fils Aymond favorable, le déterminèrent à leur accorder, en 953, une charte confirmative qu'ils remplirent des plus exécrables imprécations contre ceux qui porteroient atteinte aux biens donnés par le fondateur. On sait que c'étoit la formule ordinaire des anciennes donations, de maudire les futurs attentateurs, & de les damner comme Dathan & Abiron; mais je crois qu'il est rare de trouver une charte où les malédictions soient si nombreuses & si énergiues que dans celle-ci. Les Moines y font promettre au Comte Aymond, à sa femme & à son fils, « que ni lui ni ses parents ne reviendront contre la donation de son père, à peine d'encourir la colère de Dieu, d'être foudroyés comme anathèmes, d'être damnés comme Judas, qui a trahi Jésus-Christ, de recevoir le même châtiment que Coré, Dathan & Abiron, que la terre ensevelit tout vifs, d'être mis au nombre de ceux qui disent à Dieu : Seigneur, retirez- DU BOURBONNOIS. 31 --- Page 29 --- DESCRIPTION vous de nous. Que pendant tout le temps de sa vie, le réfractaire soit accablé de malédictions, à la ville comme à la campagne; que ses reliques soient maudites; que le fruit de son ventre soit maudit; que les fruits de sa terre soient maudits; qu'il soit maudit en entrant, qu'il soit maudit en sortant. Que le Seigneur l'afflige de faim, de difette dans tous les ouvrages de ses mains, jusqu'à ce qu'il soit abattu & perdu, à cause de sa témérité de s'élever contre Dieu, en envahissant les choses qui lui sont dédiées. Que le Seigneur le frappe de pauvreté, de fièvre maligne, de froid, de chaud, d'air corrompu; qu'il tombe devant ses ennemis, & que son cadavre devienne la proie des oiseaux du ciel & des animaux de la terre. Que Dieu l'afflige d'un ulcère malin & de la gale; qu'il soit couvert de lèpre, depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête; qu'il passe toute sa vie à se défendre de la calomnie; qu'il soit opprimé par la violence; qu'il ne se trouve personne qui puisse l'en délivrer, & que tous ses adhérens soient aussi condamnés & damnés avec lui; & que toutes les malédictions prononcées & contenues dans la Sainte Écriture tombent sur leurs têtes, & qu'ils soient effacés de la mémoire des vivans. Ainsi soit-il; ainsi soit fait; ainsi soit fait, jusqu'à ce qu'ils se soient amendés de leurs fautes ». Aujourd'hui ces mots n'épouvantent personne, & on s'emparera des biens de l'abbaye de Souvigni, sans que ceux qui en profiteront en soient pour cela plus malades, 32 --- Page 30 --- DESCRIPTION Les Sires de Bourbon ne pensoient pas comme on fait aujourd'hui : intimidés par ces effroyables menaces, ils respectèrent les biens de ces Moines, se plurent même à les accroître, & se dépouillèrent tellement en leur faveur de leurs possessions & de leurs droits à Souvigni, que bientôt les Prieurs furent plus puissans dans ce bourg que les Seigneurs mêmes. Les Prieurs avoient la justice sur toute la ville, & les Seigneurs ne pouvoient l'exercer que sur leurs domestiques & dans l'enceinte du château. Quelques Sires de Bourbon, moins crédules que leurs dévots prédécesseurs, ne purent voir patiemment leur puissance humiliée devant celle du Prieur de Souvigni ; ils cherchèrent à rentrer dans leurs anciens droits : mais les Moines, actifs, intrigans, & qui savoient écrire, firent intervenir dans leur querelle les Rois de France, & même les Papes, & parvinrent toujours à conserver des droits qu'ils ne durent qu'à la séduction, que par leur état ils n'auraient dû jamais posséder, & dont ils n'abusèrent que trop souvent. La tyrannie de ces Seigneurs enfroqués fut si excessive, qu'en 1173, les habitants de Souvigni ne pouvant plus en supporter le poids, se révoltèrent : les débats furent longs & vifs. Ponce, Evêque de Clermont, fut commis pour les faire cesser ; il vint à Souvigni, & il y rétablit la paix. En 1340, le peuple se souleva de nouveau contre les Officiers du Prieur, qui, abusant de leur DU BOURBONNOIS. 33 --- Page 31 --- DESCRIPTION leur autorité, & les suites de ce soulèvement furent aussi honteuses à l'administration monacale, que le motif en avait été juste. Le monastère de Souvigny est un des plus riches de l'ordre de Cluni. Le Père Sébastien Marcaille dit qu'il est ancien, riche & de magnifique structure, situé au très-dévot pays du Bourbonnois (1). L'autorité spirituelle du Prieur s'étendait autrefois fort loin; les premières églises de Moulins n'ont pu être bâties sans sa permission. Le monastère est vaste, & la construction conserve un caractère de l'ancienne magnificence religieuse. L'église est d'une très-belle construction gothique, & contient plusieurs objets curieux. On y conserve le corps de Saint-Leger, Evêque d'Autun; celui de Saint-Robert & de Saint-Principin, martyr (2); le sépulcre ( Antiquités du prieuré de Souvigny. Moulins, 1616, in 8. ( L'Histoire du martyre de S.-Principin paraît une mal-adroite imitation du martyre de S.-Denis. Comme lui, il fut décapité; il prit, comme lui, sa tête dans ses mains, marcha long-temps, & arriva à une église où résidait un aveugle nommé Macharius. Le Saint décapité frappa à la porte; l'aveugle lui demanda son nom. Je suis Principin, répondit-il, on m'a coupé la tête, & je l'apporte ici. L'aveugle ouvre la porte, reçoit le Saint, prend un peu de son sang, s'en frotte les yeux, & aussi-tôt il vit clair. Le Saint fut enseveli dans l'église de Souvigny. Cette histoire est extraite d'un gros livre, gardé aux archives de ce prieuré, dans lequel sont contenues plusieurs autres légendes aussi véritables. Cette histoire est en partie gra. Partie VI --- Page 32 --- DESCRIPTION de Saint-Mayeul & celui de Saint-Odile. Le sépulcre de Saint-Mayeul & de Saint-Odile, situé dans la grande nef, devant l'autel de Saint-Mayeul, est une espèce de grand vase creusé dans une seule pierre, qui, si l'on en croit le Père Sébastien Marcaille, se remplit quelquefois d'un eau belle & claire, & qui a la propriété miraculeuse de guérir la fièvre & autres maladies. La robe de Saint-Mayeul fait aussi des miracles ; elle est, dit le même Ecrivain, « de simple & petite étoffe, conservée en son entier comme neuve, depuis près de six cents ans » ; il ajoute, que les femmes stériles viennent en pèlerinage dans ce couvent, touchent cette robe, & deviennent fécondes. Les objets les plus intéressants de cette église sont les tombeaux des Sires de Bourbon ; on les voit dans deux chapelles, l'une appelée Chapelle vieille, & l'autre Chapelle neuve. La chapelle vieille fut bâtie par Louis II, Duc de Bourbon ; on y voit son tombeau, sur vée sur la châsse de ce Saint. Le Prince qui le condamna à être décapité, est nommé, sur cette gravure, Agripinus, Rex Gothorum. C'est ici une de ces barbares inventions qu'on trouve si fréquemment dans les annales monastiques. On ne connoit point de Princes Goths ainsi nommés. Les deux seuls Souverains Goths qui ont régné sur ce pays, sont appelés, l'un Euric, & l'autre Alaric : il a cependant existé un Agrippin, Gouverneur de la province Narbonnoise pour les Romains ; mais il vivait long temps avant que les Goths s'étoient établis dans les Gaules, & la province qu'il gouvernait était bien éloignée du Bourbonnois. 35 --- Page 33 --- DU BOURBONNOIS. lequel est sa figure & celle de sa femme, Anne Dauphine, fille unique & héritière de Beraud II, Dauphin d'Auvergne. Ces deux figures sont représentées couchées, & les mains jointes. Sur les faces du soubassement, on voit des écussons chargés de fleurs de lis, & accompagnés de ceintures ou de jarretières armées de boucles, sur lesquelles on lit le mot espérance; c'étoit la devise de ce Prince. Il la prit, dit-on, lorsqu'il institua l'ordre des Chevaliers de Notre-Dame ou du Chardon, dont la ceinture, de velours bleu célette, doublée de satin rouge, portoit, en broderie, ce mot espérance. Ces deux époux vécurent dans une étroite amitié. D'Oronville assure que ce Prince aimait la Duchesse sa femme de vrai amour. Il mourut au château de Montluçon qu'il avait fait bâtir le 19 août 1410. La Duchesse mourut plusieurs années après; elle descendait des anciens Comtes d'Auvergne: ce fut-elle qui fit passer le Dauphiné d'Auvergne dans la Maison de Bourbon. On a enterré, par la suite, dans le même tombeau, Jean I, Duc du Bourbonnois & d'Auvergne, mort en 1434, à Londres, où il étoit prisonnier depuis la bataille d'Azincourt; Marie de Berri sa femme, & François, Monsieur, frère de Charles III, Duc de Bourbonnois, mort, en 1515, à la bataille de Marignan. La chapelle neuve fut bâtie par Charles premier, Duc de Bourbonnois, Comte d'Auvergne, de Clermont, &c., Pair & Grand Chambrier de France, fils de Jean I, Duc de Bourbon, & de Marie de Berri. Il y est enterré C ij --- Page 34 --- DESCRIPTION avec Agnès de Bourgogne sa femme. Ce tombeau est commun aux deux époux, & l'on y voit leurs deux figures couchées & représentées les mains jointes. Le Duc mourut le 4 décembre 1456. Ce Duc, suivant Olivier de la Marche, fut « l'un des meilleurs corps, fut à pied ou à cheval, & l'un des plaisans & des mondains, non pas seulement des Princes, mais des Chevaliers du royaume de France ». La Ducheffe mourut le premier décembre 1476 en son château de Moulins. Jean de Troye dit, dans sa Chronique, qu'elle vequait très-saintement & longuement, & son trépas fut fort plaint & ploré de ses enfants, parens, serviteurs & amis, & de tous autres habitants ésdits pays du Bourbonnois & d'Auvergne. En benoiss repos gise son âme. Dans le même tombeau ont été inhumés Jean II, Duc du Bourbonnois, mort à Moulins le premier avril 1488 ; Pierre II, mort le 10 décembre 1503 ; Suzanne sa fille, morte le 12 mai 1521 ; Anne de France, fille de Louis XI, femme de Pierre de Bourbon, Régente de France, & morte le 14 novembre 1522, en son château de Chantelle. Cette Princesse avoit de la fermeté, de l'habileté dans les affaires ; elle étoit belle, mais méchante : voici le portrait qu'en fait Brantome. « Anne étoit fine femme & déliée s'il en fut oncques ; vindicative, trinquate, corrompue, pleine de dissimulation & grande hypocrisie, qui, pour son ambition, se masquoit & déguisoit en toutes sortes ; splendide & magnifique. Elle avoit bien DU BOURBONNOIS. 37 --- Page 35 --- DESCRIPTION aussi de grandes bontés à l'endroit des personnes qu'elle aimoit & prenoit en sa main ; fort spirituelle & assez bonne ». Le même Ecrivain dit ailleurs que lorsqu'elle ne fut plus régente, elle vouloit néanmoins mettre le nez où elle pouvoit. Certes, ajoute-t-il, c'étoit une maîtresse femme, un petit pourtant brouillonne. Anne, en matière de religion, n'étoit pas plus éclairée que le Roi son père, d'odieuse mémoire. Endoctrinée sans doute par quelques Moines ignorans, elle croyoit fermement posséder, seulement pendant quarante-huit jours par an, non compris les dimanches, la faculté d'entendre la confession de dix personnes à son choix, & de les absoudre elle-même de tous leurs péchés. (Voyez les Observations de Godefroy sur l'histoire de Charles VIII.) ENVIRONS. On voit encore plusieurs autres tombeaux de la Maison de Bourbon, & de la branche aujourd'hui régnante, dans l'église des Cordeliers de Champaigue, village situé à une petite lieue de Souvigny. Ce couvent fut fondé, au treizième siècle, par Archambaud IX, Sire de Bourbon. Son frère, Gui de Dampierre, donna des sommes considérables pour faire agrandir l'église ; elle fut sacrée en 1275. Robert, fils du Roi Saint-Louis, fit bâtir le dortoir, le cloître, & le chapitre. Près du maître-autel, du côté de la sacristie, on voit le tombeau de Gui de Dampierre, dont nous venons de parler ; il mourut au château de Belleperche le 21 mars 1266, & ordonna que son corps fût apporté dans l'église C iiij --- Page 36 --- DESCRIPTION de ce monastère, & enterré avec l'habit de Saint-François. Agnès, fille d'Archambaud X, femme en premières noces de Jean de Bourgogne, en secondes noces de Robert, fils de Saint-Louis, fit bâtir la chapelle de la Pitié, & vendit pour cela ses bijoux & sa vaisselle d'argent; elle mourut en 1283, & fut enterrée dans cette chapelle. Au milieu du chœur est le tombeau de Béatrix de Bourgogne, Dame de Bourbon, fille de Jean de Bourgogne & d'Agnès de Bourbon; elle épousa Robert, fils de Saint-Louis; c'est d'elle qu'est issu le Roi de France Henri IV, & la branche de Bourbon aujourd'hui régnante. Le tombeau est d'un travail précieux. Cette Princesse mourut, en 1310, en son château de Murat en Bourbonnois (1), & voulut être enterrée dans cette église. Jacques de Bourbon, qui mourut le matin du jour de la Nativité de la Vierge, de l'an 1318; Philippine de Bourbon sa sœur, qui mourut le soir du même jour, & ses deux enfants jumeaux, qui moururent deux jours après, furent tous quatre ensevelis dans le même tombeau. Voilà, en deux jours, quatre personnes ( Ce château de Murat n'est point Murat de la haute Auvergne, comme quelques-uns l'ont cru; mais Murat en Bourbonnois, situé à une lieue de la petite ville de Montmareau. Ce château fut longtemps habité par la Maison de Bourbon; il en existe encore des ruines très-considérables, qui attestent son ancienne magnificence. C'est une Châtellenie, aujourd'hui engagée à la duchesse d'Antin. DU BOURBONNOIS. 39 --- Page 37 --- DESCRIPTION mortes dans la même Maison, & de la même famille; ceux qui connoissent les crimes des anciens Seigneurs, pourront soupçonner que le poison ait été employé dans ce désastre. Auprès du maître-autel, du côté de l'évangile, est le tombeau de Marie de Hainault, belle-fille de Béatrix, femme de Louis I de Bourbon; elle mourut, en 1354, en son château de Murat; elle avait tant de dévotion pour l'ordre de Saint-François, qu'elle voulut que son corps fût transporté en cette église, & inhumé en habit de Cordelier, à l'imitation de plusieurs autres Seigneurs de cette Maison, dont les figures en marbre ou en pierre sont représentées sur leur tombeau avec cet habit monacal. Ce couvent est riche; quoiqu'il ne soit plus conventuel, qu'il ait été réformé, & que par conséquent ces Moines aient renoncé à toutes propriétés immeubles, ils possèdent cependant beaucoup de terres & de rentes : ici la règle a cédé à l'intérêt. C'est aujourd'hui une maison de force, où l'on renferme les foux & les jeunes gens d'une mauvaise conduite. Les environs de Souvigny sont agréables; le magnifique vallon où la ville est bâtie, est très-bien cultivé, & produit du froment, des orges, &c. on y élève une grande quantité de bestiaux; il y a aussi des vignobles. Dans les dépendances de Souvigny sont des carrières dont on a tiré des pierres pour la construction du pont de Moulins. C iv --- Page 38 --- DESCRIPTION 40 SAINT-AMAND SUR CHER. Petite ville située près des frontières du Berri, & de la rive droite du Cher, à dix-sept lieues de Moulins, & à douze de Montluçon. Orval ayant été pris & brûlé, en 1410, par les Anglois, le Connétable d'Albret, qui possèdoit cette seigneurie par Marie-Henriette de Sully sa femme, en fit conduire les habitans dans la place de Saint-Amand, où se tenoient auparavant les foires d'Orval, & où l'on avait bâti quelques boutiques pour la commodité des Marchands. Les habitans transplantés construisirent des maisons, & en 1434, Charles d'Albret, Sire d'Orval, fit, à ses dépens, clore ce lieu de murailles. Le château n'appartient point au Prince de Condé, mais il est Seigneur de la ville, dont le local fait partie de la terre d'Orval. BANNEGON est un bourg situé à trois lieues & au nord-est de Saint-Amand. Du temps des guerres de la religion, l'ancien château de ce lieu étoit très-bien fortifié. Ce château appartenait à Marie de Brabançon, veuve du sieur de Neuvy; cette femme, qui étoit de la Religion réformée, y fut assiégée au commencement de novembre 1570, par le sieur Montaré (1), Gouverneur du Bour- ( C'est le même Montaré dont il est parlé à l'article Moulins, pag. 57. DU BOURBONNOIS. 41 --- Page 39 --- DESCRIPTION bonnois. Ce Capitaine avoit conduit une armée de trois mille hommes pour ce siège, & quelques pièces de canon avec lesquelles, pendant quinze jours, il battit le château sans succès. Ce château n'étoit défendu que par la Dame de Neuvy, & par cinquante hommes qu'elle commandoit. Cette femme courageuse, avec une si foible garnison, résista aux batteries & aux assauts réitérés de cette armée pendant plus de deux mois; enfin étant dépourvue de vivres & de munitions, & ses soldats ayant presque tous été tués aux assauts & aux sorties, & ne pouvant plus tenir la place, elle capitula, & se rendit. Montaré l'envoya prisonnière à Moulins; & furieux d'avoir éprouvé une si longue résistance de la part d'une femme, & d'avoir perdu beaucoup de soldats, il fit piller & ruiner le château de Bannegon. SANCOINS est une petite ville située sur le ruisseau d'Argent, près des frontières du Berri & du Nivernois, à trois lieues de Bannegon, & à la même distance de Saint-Pierre-le-Moutier. Ce lieu étoit connu du temps des Romains. L'Itinéraire d'Antonin le désigne sous le nom de Tinconcium, & la Table Théodosienne sous celui de Tincollum. Une voie Romaine venant de Bourges, passoit à Sancoins, & alloit à Décise. On y trouve un ancien prieuré de l'ordre de Saint-Benoît, dont la maison, bâtie comme une forteresse, fut, pendant les guerres de la religion, plusieurs fois prise & reprise, 42 --- Page 40 --- DESCRIPTION & enfin rasée, en 1592, par ordre du Roi; la ville fut, à cette époque, renfermée dans une enceinte, & les Moines se virent obligés de céder au Roi une partie de leurs droits, pour conserver l'autre. Dans la suite, le monastère, devenu moins riche, fut abandonné, & il ne reste plus aujourd'hui que le prieuré en titre. La ville renferme une seule paroisse & un hôpital; il y a un marché par semaine, & quatre foires par an. M O U L I N S. Ville capitale du Bourbonnois, avec une Généralité, une Intendance, un Présidial, un Bailliage, une Sénéchaussée, une Élection, &c., située sur une des deux grandes routes qui mènent de Paris à Lyon, & sur celle de Paris en Auvergne; sur la rive droite de l'Allier, à dix-huit lieues de Clermont, à trente lieues de Lyon, à dix lieues de Nevers, & à soixante-dix lieues de Paris. ORIGINE. Cette ville n'est point ancienne, & c'est peut-être la plus moderne de toutes les capitales du royaume. Ceux qui ont écrit qu'elle étoit l'ancienne Gergovia, capitale des Boyens, ne peuvent en offrir aucune preuve. Son origine ne remonte pas avant le quatorzième siècle; il paroît même qu'elle n'a reçu le titre de ville que vers la fin de ce siècle, ou au commencement du suivant. Son nom vient d'un ancien moulin qui étoit situé sur les bords de l'Allier, & qui n'a été détruit que depuis une vingtaine d'années. DU BOURBONNOIS. 43 --- Page 41 --- DESCRIPTION Les Ducs de Bourbon qui faîtoient leur séjour à Souvigny, à Bourbon ou à Chantelle, avoient en cet endroit un bâtiment qui leur servait de repos de chasse; c’était une tour qui a fait, depuis, partie du château de Moulins, & qui a été long-temps connue sous le nom de la Tour mal coiffée. Ils y construisirent un château, & Louis II, Duc de Bourbon, mort au commencement du quinzième siècle, le fit agrandir, & y fonda une église collégiale. L’heureuse situation de ce lieu, & le séjour qu’y firent les Ducs, attirèrent plusieurs particuliers qui y fixèrent leur demeure; le lieu s’accrut, & devint insensiblement une ville. La formation de cette ville est si récente, que jusqu’en 1789, il n’y a point eu de siège épiscopal, & qu’il n’y avait même pas, à cette époque, d’église paroissiale dans la ville; on n’y trouvait que deux succursales dépendantes des paroisses d’Yjeure & de Saint-Bonnet, villages éloignés d’un quart de lieue de Moulins. Il paroît qu’au quinzième siècle, Moulins dépendoit de l’Auvergne; c’est ce qu’assure Coquille dans son Histoire du Nivernois. « La ville capitale, qui est Molins, dit-il, n’y a pas deux cents ans, se disoit Molins en Auvergne, comme j’ai vu par une lettre de nos prédécesseurs ». DESCRIPTION. Cette ville se divise en quatre quartiers, la ville, la ville neuve, le faubourg des Carmes & celui d’Allier; elle n’a ni murs ni portes; & ce qui restoit de la vieille enceinte a été démoli depuis 1681. Le château est situé dans la partie occidentale & la plus élevée 44 --- Page 42 --- DESCRIPTION de la ville. Les rues, sans être régulières, sont assez larges; on y remarque sur-tout la rue d'Allier. Presque toutes les maisons étoient construites en bois de chataigniers (1); mais depuis plusieurs années presque toutes se sont renouvelées; à la construction en bois, on a substitué la construction en briques, qui sont souvent de plusieurs couleurs, & comparties en lozanges, en zig-zag & en autres dessins; telle muraille ressemble à une tapisserie de Bergame; ce n'est pas beau, mais c'est singulier & même agréable. Les promenades sont très-belles à Moulins; les chaussées qui sont sur les bords de l'Allier offrent des points de vue superbes & variés; la ville est en partie entourée d'un boulevard planté d'arbres, qui produit déjà beaucoup d'ombre. Le cours de Berci est la plus magnifique de ces promenades; elle est située près de l'Allier, & composée de deux allées très-larges & très-longues, accompagnées de contre-allées; ces deux allées se coupent à angle droit, & forment quatre parties qui s'étendent fort loin, & offrent des promenades très-ombragées & très-agréables, mais généralement peu fréquentées. Il y a plusieurs fontaines à Moulins, qui ont un réservoir commun, appelé Château ( Cette espèce de bois, qu'on ne trouve plus qu'à une grande distance de Moulins, a fait croire que cette ville a été construite sur l'emplacement, ou auprès d'une forêt de chataigniers, dont il n'existe plus rien aujourd'hui. DU BOURBONNOIS. 45 --- Page 43 --- DESCRIPTION d'eau; mais les eaux ont l'inconvénient de perdre leur limpidité dans des temps de pluie, & de diminuer considérablement ou même de tarir lors des sécheresses. Cet inconvénient est compensé par les puits qui se trouvent dans plusieurs maisons particulières, & dont l'eau, légère & pure paroît être celle de l'Allier, filtrée à travers les sables. Le château est vaste & magnifique, la plus grande partie fut bâtie, vers la fin du quatorzième siècle, par Louis II, Duc de Bourbonnois, Comte de Clermont & de Forez; l'autre partie fut construite par François Ier; au moins on y voit ses armes & la Salamandre, sa devise; il est aujourd'hui presque entièrement détruit: il a été le théâtre de plusieurs événements célèbres dont nous parlerons (1). La collégiale est sous l'invocation de Notre-Dame; elle fut fondée, vers l'an 1386, par Louis II, Duc de Bourbonnois, le même qui fit construire le château. Le chapitre est composé d'un Doyen & de onze Chanoines, outre les Vicaires & le bas chœur. Cette église est dans le genre des belles constructions gothiques du quinzième siècle; elle n'est point achevée, & devrait être beaucoup plus longue. On y ( Louise de Lorraine, veuve d'Henri III, & Douairière de France, après l'assassinat du Roi son mari, se retira d'abord à Chenonceaux; puis Henri IV lui ayant donné en douaire le Bourbonnois, dont avait auparavant joui Elizabeth, veuve de Charles IX, elle passa le reste de ses jours à Moulins, vivant très-dévolement, & y mourut le 4 juillet 1601. 46 --- Page 44 --- DESCRIPTION voit un ancien tableau représentant une Assomption, qui paroit d'un bon maitre. A la porte est un Saint-Christophe, qui feroit absolument nu, si le Sculpteur n'avoit eu soin de lui figurer des caleçons. Dans le chœur, les bas-reliefs en bois qui se voient au dessus des stalles, sont très-estimés; on prise sur-tout celui où la Sainte Vierge est représentée couchée dans un lit; on raconte que le Cardinal de la Rochefoucauld avait offert quarante mille livres de ces médaillons, pour les faire placer dans la cathédrale de Bourges. Le couvent des Chartreux, fondé, en 1622, par Henri de Bourbon, est situé hors la ville. Les bâtiments sont beaux; l'église est d'une belle proportion. On voit sur le maître-autel une Nativité peinte par Parocel; c'est un des beaux tableaux de ce Maître. Les Minimes furent fondés, en 1211, par le Comte de Saint-Gérand. On voit dans leur église une Sainte Famille, peinte par Perrier; composition fort agréable. On doit aussi observer un tableau dont le sujet est la mort de Sainte-Euphémie. Cette peinture est d'un grand effet; on ne peut considérer, sans émotion, la Sainte baignée de son sang. On croit ce tableau de l'École Italienne. Il a été donné à cette église par M. de Culans, Gentilhomme du Bourbonnois. Les Augustins furent établis en 1617 (1); ( Dans l'espace de dix ans, depuis 1617 jusqu'en 1628, sept communautés religieuses ont été fondées à Moulins, quatre d'hommes & trois de filles; il y a eu des époques où ces fondations étaient de mode. DU BOURBONNOIS. 47 --- Page 45 --- DESCRIPTION l'église est bien construite. Derrière le maître-autel est un beau morceau d'architecture peint à fresque, & au milieu est une Circoncision peinte par Henri Flamand. Le couvent de la Visitation renferme la principale curiosité de Moulins. Il a été construit, vers l'an 1650, par Madame de Montmorenci, veuve du célèbre Duc de Montmorenci, décapité à Toulouse. L'église est belle, & a été bâtie aux frais de cette même Dame, en 1648, sur les dessins de Lingré. Dans le sanctuaire, du côté gauche du maître-autel, on voit le magnifique mausolée que cette nouvelle Arthemise fit élever à son célèbre époux; c'est en ce genre un des plus beaux monuments qu'il y ait en France. Ce mausolée est placé contre le mur, qui forme un fonds revêtu de marbre blanc, & orné d'architecture. Le sarcophage, ainsi que le vaste socle qui le supporte, est d'un beau marbre noir; au dessus est la figure du Duc en marbre blanc; il est représenté à demi couché, ayant une main sur son casque, & tenant de l'autre son épée. La figure exprime bien, la noble & douce fierté qui caractérisait ce héros (1). ( La tête de ce Duc est tournée vers la porte, au lieu de l'être vers l'autel; c'est un défaut qui déplut infiniment à Madame la Duchesse de Montmorenci; mais il n'y avait plus de remède. L'Artiste qui avait exécuté toutes les parties de ce monument à Paris, ne connoîtra l'église que d'après un plan qu'on lui en avait fourni, où la grille du chœur était indiquée à gauche, & l'emplacement du mausolée à droite; tandis qu'il existe le contraire. 48 --- Page 46 --- DESCRIPTION A côté, & sur le même sarcophage, est la Ducheffe de Montmorenci, aussi en marbre blanc, représentée assise, les mains jointes, & les yeux tournés vers le ciel. Cette figure porte l'expression d'une douleur profonde qu'aucune affection mortelle ne saurait calmer (1). Aux deux côtés, & en bas du sarcophage, sont deux socles portant chacun une figure en marbre; l'une est celle d'un Hercule couché, représentant la Force; cette figure est très-belle. L'autre représente la Libéralité, sous l'emblème d'une femme qui tient à la main de riches bijoux qu'elle semble donner. Outre les quatre grandes figures de marbre, dont nous venons de parler; il en est encore deux placées dans des niches, aux deux côtés du sarcophage; l'une, représentant un guerrier vêtu à l'antique, est l'emblème de la Noblesse; l'autre est celui de la Piété, sous la figure d'une femme tenant une croix. Entre ces deux figures, au milieu du monument, & au-dessus du sarcophage, est, dans une niche, une urne que deux Génies couronnent de guirlandes (2). Toute cette magnifique ( Cette figure n'étoit point dans le dessin qu'avait approuvé Madame de Montmorenci; elle fut fort étonnée de la voir exécutée, s'en plaignit fortement, & était sur le point de la faire retrancher; mais on parvint à la détourner de ce projet, qui aurait nué considérablement à l'ensemble de cette composition. ( Les deux figures d'enfants qui représentent ces Génies, offrirent encore à la Duchesse un objet de césure. On sait qu'en sculpture les nudités des enfants décoration DU BOURBONNOIS. 49 --- Page 47 --- DESCRIPTION décoration est couronnée par l'écusson de la Maison de Montmorenci, accompagné de deux Anges plus grands que nature, qui supportent le manteau ducal. Sur le socle du sarcophage, on lit cette épitaphe : Henrico II, Momoriaci Ducum ultimo & maximo, Franciæ Pari, Thalassiarcho, Polemarcho, terrori hostium, amori fuorum. Maria-Felix-Ursina ex Romanâ stirpe conjux unica, cui ex immensis viri divitiis unæ amor viventis & functi cineres. Post exactos in conjugio felicissimo annos XVIII, marito incomparabili de quo dolere nihil unquam potuit, nisi mortem. Benemerenti F. an. Sal. 1652, fui luctus XX. Plusieurs personnes seront peut-être curieuses d'en avoir la traduction française : « A Henri II, le dernier & le plus grand » des Ducs de Montmorenci, Amiral, Pair & « Maréchal de France, l'effroi de ses ennemis, » & l'amour des siens. Marie-Felix des Ursins, de noblesse Romaine, son unique épouse, « ne conservant de ses richesses immenses, que » les cendres du défunt, & sa tendresse pour lui, « après avoir vécu dix-huit ans dans la plus » douce union avec le meilleur des maris, qui « jamais ne lui donna d'autres chagrins, que » celui de sa mort; dans sa douleur profonde, « elle a fait élever ce monument, l'an de grace » 1652, & la vingtième année de son deuil ». La Duchesse de Montmorenci choisit les plus habiles Sculpteurs de son temps, pour qu'il ne manquât à ce monument ni magnificence ni perfection. Le célèbre François Anguier eut la font sans conséquence. Les yeux chastes de la Duchesse en furent très choqués ; l'Artiste eut beau faire des représentations, il fut contraint de couvrir d'une draperie le sexe des petits bons hommes. Partie VI. D. --- Page 48 --- DESCRIPTION direction de tout l'ouvrage, & sculpta les principales figures; il s'associa Thomas Renaudin (1) & Thibaut Poissant, qui y travaillèrent conjointement. Le tout fut exécuté à Paris. Cette Dame, après la mort tragique de son époux, victime de la vengeance du cruel Richelieu, & décapité à Toulouse le 30 octobre 1632 (1), fut elle-même accusée de l'avoir excité à la révolte; en conséquence elle fut prise & conduite prisonnière au château de Moulins, où, pendant un an, on la garda fort étroitement. L'année suivante, elle obtint un peu plus de liberté. Les Religieuses de la Visitation lui offrirent souvent des consolations & des secours spirituels qu'elle reçut avec reconnoissance; elle eut aussi de fréquentes relations avec la mère de Chantal, & avec le Jésuite Lingendes, qui étoit son directeur. L'exemple de l'une, les sollicitations de l'autre, joints à sa douleur profonde, la déterminèrent à vivre dans la retraite. Après deux ans de prison, elle fut libre; mais elle vécut toujours à Moulins, &, en 1641, elle entra dans le monastère de la Visitation, y prit le voile le 30 septembre 1657, & y mourut Supérieure, le 5 juin 1666, à soixante-six ans. En 1642, Louis XIII passa à Moulins, & vint loger dans le château. Le bruit de cette entrée renouvela les douleurs de Madame de Montmorenci. Le Roi envoya un de ses Gentilshommes pour s'informer de l'état de cette veuve. Monsieur, lui dit-elle, je vous supplie de dire au Roi que j'ai été bien surprise qu'il conserve encore en son souvenir une si malheureuse créature, & si indigne de l'honneur qu'elle reçoit de lui. Le Cardinal de Richelieu, qui accompagnait le Roi en ce voyage, qui, par des moyens odieux, avait conduit lui-même le Duc de Montmorenci sur l'échafaud, qui avait plongé sa veuve dans le plus affreux malheur; ce Cardinal fut assez audacieux ou assez hypocrite, pour oser aussi envoyer, de sa part, un Gentilhomme auprès de la Duchesse. À cette nouvelle, Madame de Montmorenci ne put contenir un premier mouvement d'indignation. On est femme avant d'être dévote; cependant sa piété l'emporta bientôt sur la nature; elle se transporta au parloir, & dit au Gentilhomme envoyé : Monsieur, vous direz, s'il vous plaît, à votre Maître, que mes larmes ( Renaudin, dont on voit, à Paris & au parc de Versailles, plusieurs ouvrages, étoit natif de Moulins. (2) Voyez à l'article Castelnaudari, le récit de sa prise, tom. II, pag. 205; & à l'article Toulouse, le récit de sa mort, tom. II, pag. 252 & suivantes. DU BOURBONNOIS. 57 --- Page 49 --- DESCRIPTION parlent pour moi, & que je suis sa très-humble servante. Le sanctuaire de cette église est orné de bas-reliefs & de statues en pierres, qui sont de Poissant. Le tableau du maître-autel est très-précieux ; c'est une Présentation au temple, peinte par Pierre de Cortonne. Il fut envoyé de Rome à la Duchesse de Montmorenci, par son neveu le Cardinal des Ursins. Parmi les figures de ce tableau, on en voit plusieurs qui sont les portraits de quelques personnes de la Maison des Ursins. Le tabernacle d'ébène est garni de bas-reliefs en argent ; l'ostensoire, qui y est enfermé, a son pied en vermeil, & toute sa partie supérieure en or pur, enrichi de diamans & d'émeraudes. Dans la sacristie, on voit plusieurs portraits, parmi lesquels on remarque ceux de Saint-François de Sales, du Pape Alexandre VII, & du Cardinal des Ursins. Il y a trois hôpitaux à Moulins ; le premier, sous le nom de Saint-Gille, est destiné aux hommes ; il est administré par des Religieux de la Charité ; le second, appelé l’Hôtel-Dieu de Saint-Joseph, est l'asile des femmes malades ; & le troisième est l’Hôpital général, où l'on reçoit les vieillards, les orphelins, les insensés, & les incurables des deux sexes. Le Collège royal est professé par des Prêtres de la Doctrine Chrétienne, établis par lettres patentes de 1780. Le Pont de Moulins passe, à juste titre, pour un des plus beaux ouvrages, en ce genre, DU BOURBONNOIS. 53 --- Page 50 --- DESCRIPTION qu'il y ait en France. Dans l'espace d'un siècle, on avait construit dans cet endroit quatre ponts, trois en pierres, & un en bois; le troisième, bâti en pierres, s'écroula en 1689: on entreprit d'en construire un quatrième au mois de mars 1706, sur les dessins de Jules Hardoin Mansard. A peine fut-il achevé, que, le 8 novembre 1710, à neuf heures & un quart du matin, il fut entraîné par l'impétuosité des eaux. Il n'en resta qu'une seule arche, que l'on fit démolir, parce qu'elle gênait la navigation. En 1754, on commença la construction d'un cinquième pont, qui est celui qui existe aujourd'hui, sous la conduite & les dessins de M. de Regemortes. Cette construction demandoit beaucoup de soins & des moyens nouveaux. Tout le terrain étant de sable, la fondation offrait la plus grande difficulté, & l'épuisement de l'eau devenait presque impossible. M. de Regemortes parvint à surmonter tous les obstacles, & à faire, par un encaissement, un pont aussi beau que solide, qui fut entièrement achevé en 1763. Ce pont, bordé de trottoirs, offre une route plate, nivelée dans toute sa longueur. Il est composé de treize arches égales, chacune de dix toises d'ouverture, & dont le cintre présente une demi ellipse; sa largeur est de sept toises, & sa longueur, prise du nu d'une culée à l'autre, est de cent soixante-quinze toises. A l'extrémité de ce pont, du côté de l'Auvergne, est une chaussée en ligne droite qui a près d'une lieue de longueur. Du même côté, & à l'extrémité de ce pont, on vient de construire de superbes & vastes casernes. D lij --- Page 51 --- DESCRIPTION ÉVÉNEMENS remarquables. Du temps de la guerre du bien public, Jean, Duc de Bourbon, étoit un des Princes révoltés. Louis XI vint, avec une armée, en Auvergne & en Bourbonnois, chassa les Princes de plusieurs places qu'ils occupoient; entre autres de la ville de Riom & de celle de Montluçon; il se seroit aussi rendu maître facilement de tout le Bourbonnois, & même de Moulins, si le Duc de Bourbon & le Cardinal son frère n'eussent envoyé, de Bourgogne en cette ville, un secours considérable, commandé par Claude de Montagu, Seigneur de Coulches, par Rodolphe de Hochberg, Marquis de Rotelin, & par de Neufchâtel, Seigneur de Montagu, &c. Ces troupes qui, sous le titre imposant de bien public, faisoient la guerre au Monarque, étant mal payées par leurs chefs révoltés, pilloient les campagnes, exerçoient, sur leurs passages, des brigandages affreux, & devenoient réellement la ruine du bien public. Le Roi ne s'arrêta pas à faire le siège de Moulins; il partit aussi-tôt du Bourbonnois, & se rendit à Paris. Quelques jours après son départ fut donnée la célèbre bataille de Montlhery. Le Connétable Charles de Bourbon, furieux contre Louise de Savoie, mère du Roi, & contre le Chancelier du Prat, son satellite, qui, avec des formes juridiques, lui avoient enlevé, très-injustement, la plus grande partie de ses biens, venoit de former le projet de sortir de France, d'aller se réunir à l'Empereur, & de tourner ses armes contre sa patrie; lorsque François Ier, partant pour la guerre d'Italie DU BOURBONNOIS. 55 --- Page 52 --- DESCRIPTION lie, fut instruit, en passant à Saint-Pierre-le-Moutier, de la secrète résolution du Connétable. A cette nouvelle, le Roi, ne voulant pas, sans être bien accompagné, entrer à Moulins, où se trouvait le Duc de Bourbon, séjourna quelques jours de plus à Saint-Pierre-le-Moutier, & y attendit des bandes de Lansquenets qui lui arrivioient. Encouragé par ce secours, François Ier entra dans Moulins, & logea ses troupes aux portes de cette ville. Il apprit que le Connétable seignoit d'être malade, afin d'avoir un prétexte qui l'exemptât de le suivre en Italie. Le Roi montra, en cette occasion, beaucoup de franchise; il vint visiter le Connétable dans sa chambre, lui déclara, sans détour, qu'il étoit instruit des pratiques que faisoit l'Empereur auprès de lui pour l'attirer dans son parti. Le Duc de Bourbon avoua qu'il avoit été sollicité par le Seigneur de Rieux d'abandonner la France pour se retirer auprès de l'Empereur; mais qu'il avoit constamment rejeté ces propositions; il ajouta, que s'il n'avoit pas plutôt instruit Sa Majesté des menées de l'Empereur, c'est qu'il avoit cru prudent de n'en confier le secret qu'à elle-même, & de vive voix; il l'assura d'ailleurs qu'aussi-tôt que sa santé seroit un peu rétablie, il se hâteroit de suivre l'armée, & qu'il ne tarderoit pas à rejoindre Sa Majesté à Lyon, attendu que ses Médecins lui avoient fait espérer que dans peu de jours il pourrait voyager en litière. François Ier fut cependant conseillé par plusieurs Gentilshommes de s'assurer de la personne du Connétable; mais n'ayant pas encore Div --- Page 53 --- DESCRIPTION des preuves assez certaines des projets de ce Prince, il refusa de se porter, envers lui, à une extrémité aussi éclatante, & partit de Moulins en attendant l'effet de ses promesses. Peu de jours après le départ du Roi, le Connétable partit en effet de Moulins, prit la route de Lyon; mais arrivé au lieu de la Pacaudière, il s'y arrêta, sous prétexte d'un redoublement de maladie qui l'empêchait de continuer sa route; de là il dépêcha à Lyon Perot de Warty (1), pour avertir le Roi de son départ de Moulins, & de la maladie qui le retenait en chemin. Tourmenté par l'incertitude du parti qu'il avait à prendre; entraîné d'un côté par son devoir qui l'appeloit auprès du Roi; de l'autre, par le sentiment profond de l'injustice & de la perte immense qu'il venait d'éprouver de la part de la mère du Roi & de ses lâches satellites; sentiment qui le portait à se venger d'une manière éclatante, en acceptant les propositions de l'Empereur; il crut très-prudent d'agir comme s'il n'adoptoit ni n'abandonnait aucun des deux partis. Ainsi, sans rejeter ouvertement les propositions de l'Empereur, & sans paraître trahir le Roi, il abandonna son voyage de Lyon, revint presque sur ses pas, & se retira en son château de Chantelle, place très-forte, dans laquelle il croyait pouvoir, en sûreté, proposer ( Ce Perot de Warty était Gentilhomme & espion. Le Roi l'avait secrètement placé auprès du Connétable qui ne s'en méfiait point, afin de connaître toutes ses démarches. DU BOURBONNOIS. 57 --- Page 54 --- DESCRIPTION à François Ier l'alternative de servir sa patrie avec zèle, s'il lui faisoit restituer ses biens, ou de prendre les armes contre elle, si on lui refusoit cette restitution. (Voyez Chantelle, p. 15) Vers le milieu du quinzième siècle, le Protestantisme eut plusieurs partisans à Moulins. En 1562, le sieur de Montaré fut envoyé en cette ville, avec charge de persécuter les Religionnaires. Il fit premièrement, dit de Serres, sans figure de procès, pendre deux Artisans; il leva ensuite jusqu'à trois mille hommes de troupes, chassa de la ville les personnes qu'il redoutoit le plus; puis il lâcha la bride à ses soldats, qui pillèrent, dans les campagnes des environs, un grand nombre de métairies, & égorgèrent plusieurs villageois. Le Capitaine Saint-Auban, conduisant, de Languedoc, quelques troupes à Orléans, faillit prendre Montaré & Moulins; mais lorsqu'il commençait le siège de la ville, il reçut des lettres qui l'obligèrent d'en partir promptement. Comme il partait avec sa troupe, la populace de Moulins courut sur l'arrière-garde, se saisit de plusieurs personnes, parmi lesquelles étoit le sieur de Foulet, Gentilhomme du voisinage, & un Avocat nommé Claude Brisson, qui furent tués sur le champ; quatre autres furent pendus à Moulins. De Serres ajoute que le noble Montaré, & le Bourreau, qu'il appelait son compère, servoient les passions & le fanatisme de la populace, &, sans forme de procès, exécutoient à mort tous les Protestans qui leur étoient livrés. L'événement le plus remarquable dont cette 58 --- Page 55 --- DESCRIPTION ville ait été le théâtre, et la célèbre assemblée de Moulins, qui commença au mois de janvier 1566. Charles IX, quoique jeune, mais dirigé par les sages conseils du Chancelier l'Hôpital, assembla les Grands du royaume en cette ville, dans l'unique intention de faire cesser la mésintelligence qui régnait entre les Guise & les Coligny, & qui tendait à la ruine du royaume. Cependant, pour ne pas faire paraître que cette assemblée avait été uniquement convoquée pour des particuliers, on voulut qu'il y fût aussi question des affaires de l'état; en conséquence les chefs de tous les Parlemens du royaume y furent invités, & s'y rendirent. Le Roi ouvrit la séance par un discours dans lequel il parla des maux dont les provinces de France étaient accablées par une suite naturelle de la dernière guerre civile; il dit que c'était pour y remédier, par les moyens les plus prompts & les plus faciles, qu'il avait convoqué cette assemblée; il pria & enjoignit même aux membres qui la composoient, de s'appliquer à seconder ses intentions. Le Chancelier l'Hôpital parla beaucoup des malheurs qu'avaient éprouvés, & qu'éprouvoient encore les habitans des campagnes, par les infolences, les brigandages & les cruautés infinies des militaires & des Gentilshommes; il soutint que ces maux étaient causés & entretenus par l'impunité & la licence, & que les Juges, amis ou esclaves des Grands, n'employaient la force qui leur était confiée, qu'à tolérer ou protéger DU BOURBONNOIS. 59 --- Page 56 --- DESCRIPTION les attentats des plus forts contre les plus foibles. Il proposa de nouvelles lois judiciaires, & la suppression de plusieurs tribunaux subalternes. « Il faut, dit-il, augmenter les gages des Juges qui resteront, les payer des deniers publics, & retrancher absolument les épices que paient les parties; car je blâme extrêmement, & je condamne ce trafic honteux qu'on fait de la justice. » Il insinua encore qu'il étoit à propos de soumettre les Juges à la censure, & de les obliger à rendre compte de la manière dont ils exerçaient leurs charges. D'après plusieurs autres propositions pleines de sagesse, on rédigea, au mois de février, une ordonnance appelée aujourd'hui l'ordonnance de Moulins, dont plusieurs articles sont, jusqu'à nos jours, restés en vigueur. Les Prêtres & les Cardinaux qui assistaient à cette assemblée, proposèrent de révoquer l'édit de pacification; ce fut sur-tout l'opinion du Cardinal de Lorraine, qui demanda la cassation d'un édit particulier, qui permettoit à ceux de la Religion réformée de s'assembler, quand bon leur sembleroit, pour tenir leurs prêches, & à leurs Ministres d'exercer leurs fonctions. Le Chancelier, qui avoit, par cet édit, voulu adoucir un peu la situation malheureuse dans laquelle se trouvoient les Protestans des provinces, fut fort blâmé par le bon & ignorant Cardinal de Bourbon, & par l'arrogant & fanatique Cardinal de Lorraine: ce dernier se récria surtout avec emportement contre la tolérance du Chancelier, qui lui répondit: Monsieur, vous êtes déjà venu pour nous troubler. Le Cardinal 60 --- Page 57 --- DESCRIPTION plein d'orgueil & d'insolence, répliquât à cet illustre Magistrat : Je ne suis pas venu vous troubler, mais empêcher que ne troubliez, comme avez fait par le passé, RELISTRE QUE VOUS ÊTES ! Le Chancelier lui ajouta : Voudriez-vous empêcher que ces pauvres gens, auxquels le Roi a permis de vivre en liberté de leurs consciences, ne fussent aucunement consoléz ? — OUI, JE LE VEUX EMPECHER, repartit le Cardinal, car l'on sait bien que souffrant telles choses, c'est tacitement souffrir les prêches secrètes, & l'empêcherai tant que je pourrai. L'intérêt & le fanatisme de ces Prêtres Cardinaux l'emportèrent sur la sagesse du Chancelier. On révoqua l'édit particulier, & les persécutions se continuèrent. On voulut cependant, pour tranquilliser les peuples, réconcilier les Guise & les Coligny ; c'étoit le principal objet de l'assemblée. On obligea donc les parties à se promettre paix & amitié, même à s'embrasser ; mais cette réconciliation simulée ne fut qu'une vaine représentation, faite pour contenter un moment les Protestants, qui cependant n'en furent pas dupes. Le Roi partit de Moulins le 23 mars 1566, & fit un voyage dans la Limagne d'Auvergne. MANUFACTURES. La coutellerie est à Moulins une principale branche de l'industrie du peuple; on y fabrique sur-tout des ciseaux qui sont renommés. CLIMAT. L'air qu'on respire à Moulins est très-sain ; favorisé par le courant de la rivière, il circule & se renouvelle sans obstacle. Cette DU BOURBONNOIS. 61 --- Page 58 --- DESCRIPTION heureuse disposition du local & l'éloignement des pays marécageux rendent ce séjour très-salubre, & les maladies épidémiques y sont rares. CARACTÈRE. La plupart des habitans de Moulins ont le tempérament sanguin & billieux ; ils sont doux, paisibles par caractère, & d'une agréable société ; ils ont des dispositions à l'esprit, & pourroient, avec succes, s'adonner aux Sciences ; mais ces dispositions sont généralement absorbées par l'insouciance nationale : le préjugé & la paresse y étouffent le génie. Ils aiment beaucoup le jeu & la société des femmes ; mais on croirait qu'ils aiment encore mieux les plaisirs d'opinion : les habits riches, les titres pompeux, toutes les apparences du pouvoir ou de l'opulence les séduisent & les flattent infiniment. Ils ont cela de commun avec plusieurs autres peuples de France, que c'est plutôt à l'éclat extérieur qu'au mérite modeste qu'ils accordent de la considération. Enfin, pour achever le portrait, & lui ajouter des traits incontestables de ressemblance, il faut dire que les habitans de Moulins, placés dans une des situations les plus heureuses de France pour faire un grand commerce, n'en font aucun. Leur ville, où viennent aboutir les routes de Limoges, de Bourgogne, celles d'Auvergne à Paris, de Paris à Lyon, où passe une rivière navigable ; & dont la Loire est peu éloignée, reste comme paralysée au milieu du mouvement général ; spectateurs insensibles, les habitans voient devant eux, sur les grandes routes, comme sur la rivière, les nombreux transports des mar- 62 --- Page 59 --- DESCRIPTION chandises ou des productions des provinces limitrophes, & ils ne sont point tentés d'imiter l'industrie de leurs voisins, & de partager avec eux la peine & les fruits de ce travail. En conséquence de ce caractère insouciant, Moulins est la seule capitale dont on n'ait point écrit l'Histoire, & la seule qui n'ait produit aucun homme qu'on puisse appeler grand dans aucun genre; les plus distingués sont les trois Lingendes, l'un Jésuite & Prédicateur; l'autre Evêque; & le troisième Poète; on cite encore Gilbert Gaulmin, célèbre par son érudition, par son orgueil (1); mais leurs noms & leurs ouvrages sont aujourd'hui oubliés & perdus dans la foule obscure des anciens & médiocres Ecrivains. POPULATION La population de Moulins est évaluée à vingt mille ames. ( On a conservé sur cet érudit des traits de caractère assez remarquables. Son Curé ayant refusé de lui administrer le Sacrement de Mariage avec une Demoiselle qu'il aimoit, il déclara, en présence de ce Prêtre, qu'il prenoit une telle pour sa femme, & se regardant comme marié en face de l'église, il vécut depuis avec elle comme son légitime époux; de pareilles alliances furent alors nommées des mariages à la Gaulmine. Colomies rapporte une anecdote qui prouve l'orgueil particulier de Gaulmin, & celui des savantasses du siècle passé. Gaulmin ayant rencontré à la Bibliothèque du Roi Saumaise & Maussac, leur dit : Je pense que nous pourrions bien tous trois tenir tête à tous les Savans de l'Europe. Saumaise renchérit sur cette pédantesque rodomontade, en répondant : Joignez à tout ce qu'il y a de Savans au monde, & vous & M. de Maussac, je vous tiendrai tête moi seul. DU BOURBONNOIS. 63 --- Page 60 --- DESCRIPTION ENVIROIS. A trois lieues de Moulins, sur la grande route de cette ville à Paris, on trouve le bourg de Villeneuve, qui est sur les frontières du Bourbonnois. Une maison qui est à gauche en allant à Nevers, & qui se voit encore, sur la route, porte cette inscription en vers, faite sans doute par un zélé royaliste, au commencement du règne d’Henri IV : Vive les lis, vive Bourbon, Vive Henri IV de ce nom; Vive celui Qui pour sa Révérence, A fait poser ici Les armoiries de la France, 1596. LA PALICE. Ville, avec un ancien château, située sur la rivière de Bèbre, & sur la route de Paris à Lyon, à onze lieues de Moulins, à cinq lieues de Vichi, & à neuf lieues de Roanne. Au commencement du quinzième siècle, cette terre fut acquise par Jacques de Chabannes, premier du nom, qui la laissa à son fils aîné Geoffroi de Chabannes. Geoffroi fut père du célèbre Jacques de Chabannes, Seigneur de la Palice, qui, sous les règnes de Louis XII & de François Ier, fut Grand-Maître de France, Général des armées, & Maréchal de France. Il épousa en secondes noces Marie de Melun; il institua son fils aîné, Charles de Chabannes, son hé- 64 --- Page 61 --- DESCRIPTION ritier, & substitua à son profit, la terre de la Palice, pour entretenir son nom, sa grandeur, hautessée & ses armes, est-il dit dans l'acte de substitution. La branche aînée des Seigneurs de la Palice étant éteinte, cette terre est sortie de cette maison; elle a été rachetée par Antoine de Chabannes, de la branche de Chabannes-Pionfac, qui la substitua, en 1743, à Jean-Baptiste de Chabannes, son neveu. Celui-ci se voyant sans enfans, l'a, à son tour, substituée, en 1759, à Jacques-Charles de Chabannes, Marquis de Curton, en faveur de son mariage avec Marie-Elisabeth de Taleyrand-Perigord. Cette ville, vivifiée par la grande route qui y passe, est assez bien bâtie; sur la hauteur est situé l'ancien château des Seigneurs de la Palice, dont l'aspect est plus imposant qu'agréable. La chapelle du château renferme la principale curiosité de la ville. On y voit le mausolée de Jacques de Chabannes, Maréchal de France, que sa veuve, Marie de Melun, lui fit élever; il est en marbre d'Italie, & fut exécuté à Rome; il représente la figure du Maréchal à genoux, les mains jointes, & revêtu de son armure. Marie de Melun, son épouse, y est aussi représentée dans la même attitude, & en habit de veuve. Ces deux figures sont bien faites, mais on admire encore les bas-reliefs qui ornent ce mausolée; on pourrait les comparer avec ceux du tombeau de François Ier, qui est à Saint-Denis. On --- Page 62 --- DESCRIPTION On y lit l'épitaphe suivante : « Cy giff haut & puissant Seigneur, Messire » Jacques de Chabannes, en son vivant Cheva- lier de l'ordre, Maréchal de France, Capi- s taine de cent hommes d'armes, Gouverneur » des pays de Bourbonnois, Auvergne, Lyon- »nois, Forez, Dombes, Roannois, la Mar- »che, Beaujollois, Combrailles; Lieutenant- » Général pour le Roi en Italie, Seigneur de » la Palice, Montaigu-le-Blanc, Châtel-Pe- »ron, Chezelles, Dompierre & Vendenesse, » qui trépassa en la bataille devant Pavie, le » jour de Saint-Mathias mille cinq cent vingt- » quatre; lui ayant charge de l'avant-garde, » le Roi présent. » Jacques de Chabannes avait servi sous Charles VIII, sous Louis XII, & sous François Ier; il fut tué à la bataille de Pavie, qui fut donnée contre son avis; il combattit cependant avec un courage extraordinaire; son cheval fut tué sous lui; il parvint à s'en dégager, & comme il se retiroit du côté des Suisses de l'armée française, un Capitaine Espagnol, nommé Castaldo, courut sur lui à cheval, & le fit prisonnier. La Palice se rendit à lui; mais un autre Espagnol, nommé Buzarto, étant survenu, jaloux de la glorieuse réputation du Capitaine français, lui tira un coup d'arquebuse dans sa cuirasse, le tua en assassin, & contre tous les droits de la guerre. Ce Seigneur étoit le digne Emule du Chevalier Bayard, l'honneur de notre chevalerie. Partie VI. 66 --- Page 63 --- DESCRIPTION Voici de lui un trait de courage, cité par d'Auton, qui mérite d'être rapporté. Le Pape ayant fait révolter la populace de Gênes contre le Roi de France Louis XII, ce Monarque vint soumettre les rebelles. Pour arriver à Gênes, il falloit que l'armée françoise paillât près d'une montagne très-escarpée ; sur la cime, les Génois avoient construit une forte-reflè bien défendue, & du haut de laquelle ils incommodoient beaucoup les François: on jugea qu'il étoit indispensable de s'en emparer. La Palice, à la tête de plusieurs Gentilshommes, grimpe la montagne. « Comme chacun s'efforçoit de monter, dit d'Auton, un trait vint d'amont donner droit au défaut de la gorgerette dudit Seigneur de la Palice, & lui entra, en devalant bas, dedans la gorge, bien quatre doigts, de quoi ne tint compte, mais marcha encore en avant difant: Ce n'est rien, ce n'est rien; & arracha le trait, dont incontinent grand force de sang commença à jaillir de la gorge, & tant qu'il ne put plus tirer avant; car jà avoit perdu moult sang, & toutes fois ne s'ébahit de rien; mais tout en riant dit: Je n'ai nul mal, si n'est que ma douleur est seulement pour ce que je ne puis, à mon vouloir & à ce besoin, servir le Roy, & me trouver à la bataille contre ces VILAINS (1), ( Vilain, dans l'origine, dérivé du mot villa, exprimoit simplement un habitant des campagne; l'orgueil des Nobles en fit un terme de mépris, qui s'appliquoit également aux habitants des campagnes, & à ceux des villes, qui n'étoient pas gentilshommes. Dans DU BOURBONNOIS. 67 --- Page 64 --- DESCRIPTION lesquels sans faillir, à l'aide de Dieu & des grands coups que vous, Messieigneurs, donnerez aujourd'hui, feront défauts. Après avoir donné le commandement de cette entreprise au Duc d'Albanie, il se fit mettre un appareil à la blessure, & bientôt la place fut prise. SEPT-FONTS. Abbaye d'hommes de l'ordre de Cîteaux, & de la filiation de Clervaux, située près de la rive gauche de la Bèbre ; à une demi-lieue du confluent de cette rivière & de la Loire, à six lieues & demie de Moulins, près des frontières du Bourbonnois & de la Bourgogne. Cette abbaye fut fondée, en 1132, par Guichard & Guillaume de Bourbon, cadets de l'ancienne Maison de ce nom. Elle fut dédiée à la Vierge, sous le nom de Notre-Dame de Saint-Lieu. Le nom de Sept-Fonts lui vient de sept fontaines qui prenaient leur source en cet endroit, lors de l'établissement de ce monde- l'acception que lui donne ici La Palice, ce mot est injurieux. La Palice était brave, prudent, & bon guerreux ; mais il s'en fallait bien qu'il fût au dessus des préjugés absurdes de son siècle ; il ne doutait certainement pas que son parent, Antoine de Chabannes, Comte de Dammartin, qui était un vrai brigand, & un des chefs des escoreurs, ne valût beaucoup mieux qu'un bourgeois honnête homme. (Voyez Montaigu-le-Blanc en Auvergne, tom. V, page 365, & Châlons-sur-Saône en Bourgogne). E ij 63 --- Page 65 --- DESCRIPTION tère, & dont aujourd'hui il n'en existe qu'une qui fournit abondamment de l'eau aux besoins de la maison. Cette abbaye, comme toutes celles qui sont riches & éloignées des villes, tomba dans un grand relâchement; elle ne fut bientôt occupée que par une société de libertins, sans règle & sans pudeur, qui n'étoient connus dans le monde que par le scandale qu'ils y causoient. En 1654, l'abbaye de Sept-Fonts vint à vaquer; le Cardinal Mazarin, par des raisons politiques, l'offrit au jeune Eufache de Beaufort, qui n'avoit que dix-neuf ans; on vainquit la repugnance de ce jeune homme pour l'état ecclésiastique, en battant sa vanité, en faisant briller à ses yeux une croisée & une mitre. Ces frivoles décorations, qui font le charme des enfants, le séduisent; il se décida, & le Roi le nomma abbé de Sept-Fonts. Comme la vanité plutôt que la religion avoit décidé sa vocation, il se conduisit suivant son goût; il partageoit son temps entre les jouissances d'une puérile représentation, & celles des plaisirs; d'ailleurs la conduite des Moines avec lesquels il vivoit, autorisoit parfaitement l'irrégularité de la sienne. Il s'amusoit beaucoup à officier avec les habits pontificaux, & faisoit de fréquens voyages à Moulins, où il voyoit des Dames dont l'honnêteté étoit un peu suspecte. Neuf années s'écoulèrent dans cette vie dissipée. Cet Abbé libertin avoit un frère dévot, qui, frappé d'un grand scandale, le prêcha, &, après de longues sollicitations, l'obligea à DU BOURBONNOIS. 69 --- Page 66 --- DESCRIPTION Faire une retraite chez les Récollets de Nevers. L'Abbé fut tant fermonné, qu'il se convertit, & prit la ferme résolution de renoncer à ses anciennes habitudes & de vivre dans la pénitence: ce changement s'opéra en l'année 1663. De retour dans son monastère, il déclara qu'il étoit décidé à y introduire la réforme. Les Moines, au nombre de quatre, qui seuls formioient la communauté, rejetèrent bien loin cette pieuse résolution, se moquèrent également de ses prières & de ses menaces, &, pour se défaire de ce gênant réformateur, ils l'accusèrent juridiquement d'avoir voulu les empoisonner: la plainte fut portée au Parlement de Paris. Pendant que l'Abbé de Beaufort s'étoit transporté dans cette capitale pour s'y justifier, les Moines profitèrent de son absence pour mettre le monastère au pillage; ils enlevèrent les meubles, vendirent les grains, les bestiaux, & les bois. L'Abbé revint de Paris, après avoir mis à découvert la méchanceté de ses Moines; voyant les déprédations qu'ils avoient commises dans le monastère, il défespera de les ramener jamais à son sentiment; il traita avec eux, & leur proposa une pension raisonnable, à condition qu'ils se retireroient dans des maisons de la commune observance de Cîteaux. Ils acceptèrent cette offre, & l'Abbé resta seul à Sept-Fonts. Après qu'il y eut rassemblé un certain nombre de prosélytes, il fit des règlemens, dont les principaux sont, la stabilité dans le monastère, le travail des mains, le silence perpétuel, l'abstinence de viandes, de poissons, d'œufs; E iij --- Page 67 --- DESCRIPTION l'hospitalité, l'exclusion des études, la privation de tout divertissement, de toutes récréations, & plusieurs autres réglemens, semblables à ceux qu'on observe à la Trape. L'Abbé de Beaufort, après avoir gouverné ce monastère depuis la réforme, pendant quarante-cinq ans, mourut le 22 octobre 1702. L'enclos du monastère est très-vaste; l'église est belle & gothique. La cuisine se trouve disposée au centre de cinq réféchoires qui peuvent être servis sans qu'on en sorte. Ces réféchoires sont, celui des Religieux, des Convers, des Donnés, des Infirmes & des Hôtes. Ces Moines mangent du gros pain, & ont chaque jour dix onces de vin. À dîner on leur sert un potage d'herbe qui n'a pour tout affaisonnement que du sel, un plat de légumes, & un autre de racines. Depuis Pâques jusqu'à l'Exaltation de Sainte-Croix, ils ont quelquefois à dîner une tranche de beurre qui tient lieu de seconde portion; leurs mets sont alors affaisonnés de sel & d'un peu d'huile de noix. Ils se lèvent plusieurs fois la nuit pour prier; ils se couchent tout habillés sur une paillasse, & n'entrent dans leurs cellules qu'aux heures du sommeil. Si, pour être parfaitement vertueux, il faut être inutile au monde, contrarier & torturer, pour ainsi dire, toutes les facultés naturelles; s'il faut ressembler à des muets, à des Éunuques, à des Sauvages, vivre dans un dur esclavage, être mal nourri, se priver du sommeil, se fustiger fréquemment, & croupir dans l'ignorance, DU BOURBONNOIS. 71 --- Page 68 --- DESCRIPTION enfin renoncer à la qualité d'homme; on peut dire que ces Moïnes atteignent le dernier période de la sagesse. V I C H I. Petite ville située sur la rive droite de l'Allier, sur les frontières de l'Auvergne & du Bourbonnois, à onze lieues de Moulins, & à dix de Clermont. Cette petite ville, célèbre par ses sources minérales, étoit connue du temps des Romains; elle est nommée Aquæ Calidæ, dans la Table Théodosienne, qui en représente la position par l'édifice carré qui distingue les lieux où coulent des sources thermales. Une voie romaine partoit d'Augustonemorum, Clermont, passoit à Aquæ Calidæ, qui est Vichi, & de là à Vourroux, & puis à Roanne. Vichi étoit une place forte du temps des guerres des Anglois. Pendant la guerre civile de la Praguerie, Charles VII, en 1440, après avoir assemblé les États d'Auvergne à Clermont, voyant que les Seigneurs & Princes révoltés qui avoient juré de se soumettre & de se rendre auprès de lui, manquoit absolument à leur parole, partit de la ville, bien résolu de continuer la guerre, fit passer l'Allier à ses troupes, & vint assiéger Vichi. Cette place étoit défendue par un nommé Barrette, qui la rendit aussi tôt que le Roi y fut arrivé, & jura de lui rester fidèle. Quoique la ville se fût rendue presque à la première formation, quoique les habitants fussent fort inno E iv --- Page 69 --- DESCRIPTION cens de cette révolte qui étoit l'unique ouvrage de l'ambition des Princes & Seigneurs, ils demandèrent cependant au Roi, comme une grace, de n'être pil.és ni égorgés par les troupes; & le Roi, dit un Ecrivain du temps, bénignement leur octroya, avec cette condition, que les vivres qui se trouvoient dans la ville feroient départis à ses soldats, & qu'ils y refferoient en garnison. De Vichi, le Roi marcha vers Cuffet, & envoya mettre le siège devant l'arrenne, qui se rendit après quelque résistance. (Voyez Cuffet.) Le pont qui étoit autrefois à Vichi sur l'Allier, faifoit de cette ville un pofte important pour le paffage des troupes. Du temps des guerres de la religion, l'armée des Princes confédérés, composée de soldats Protestans, du Querci, du Languedoc, de l'Auvergne & du Bourbonnois, venant du Forez, paffa à Vichi pour aller à Chartres se joindre aux troupes du Prince de Condé; elle y arriva le 4 janvier 1568, & y séjourna un jour. Le 6 janvier, jour des Rois, les troupes partirent, & ayant reconnu dans la plaine qui est entre Cognac & Gannat, une armée confédérable de Catholiques qui venoient leur disputer le paffage, elles se disposèrent au combat; & pour ôter aux soldats tout espoir de retraite, & les obliger à vaincre ou à mourir, les chefs firent rompre le pont de Vichi qui étoit le seul endroit par où les fuyards auroient pu se sauver. (Voyez Cognac, tom. V, pag. 92.) Ce pont fut rétabli dans la suite; l'armée des Allemands, conduite par le Prince Palatin, DU BOURBONNOIS. 73 --- Page 70 --- DESCRIPTION qui marchoit au secours du parti Protestant, après avoir traversé la Loire à la Charité, vint à Vichi pour y passer l'Allier. Ces troupes auxiliaires, vers la fin de février 1576, assiégèrent Vichi, prirent cette place, & sur la nouvelle du voisinage de l'armée royale, elles s'y retranchèrent. Le Prince Palatin, après avoir séjourné quelques jours dans cette ville, passa l'Allier avec son armée, alla attendre le Prince de Condé sur les frontières de l'Auvergne, & mit les habitants de cette province à contribution (1). DESCRIPTION. Vichi, situé sur les bords de l'Allier & à l'extrémité de la Limagne d'Auvergne, participe aux beautés de ce magnifique pays. Madame de Sévigné, dans ses Lettres, en a fait la peinture la plus séduisante. Le célèbre Fléchier, pendant qu'il étoit encore jeune, fit un voyage en Auvergne & à Vichi. Dans la relation de ce voyage, il parle de cette ville & de ses environs avec l'enthousiasme d'un homme enchanté. « Il n'y a pas dans la nature, dit-il, de paysage plus beau, plus riche, & plus varié que celui de Vichi. Lorsqu'on y ( Le comte Mansfeld, qui commandait les troupes Allemandes, avait marqué sa route par des ravages si excessifs, que son nom seul imprimait la terreur aux malheureux habitants des campagnes. L'Auteur des Bigarures raconte que lors de l'arrivée de ces troupes, « les pauvres villageois suyoient de toutes parts, & disoient qu'il y avait un comte Machefer, au lieu de Mansfeld, tellement qu'ils pensoient que ce fut un grand diable de géant qui mangeait les charrettes serrées ». 74 --- Page 71 --- DESCRIPTION arrive, on voit d'un côté des plaines fertiles, de l'autre des montagnes dont le sommet se perd dans les nues, & dont l'aspect forme une infinité de tableaux différens, mais qui, vers leur base, sont aussi fécondes en toutes sortes de productions que les meilleurs terrains de la contrée... Ce qu'il y a de plus remarquable en ce lieu, continue-t-il, c'est qu'on n'y trouve pas seulement de quoi récréer la vue lorsqu'on le contemple, & à s'y nourrir délicieusement lorsqu'on l'habite, mais encore à se guérir quand on est malade; en sorte que toutes les beautés de la nature semblent avoir voulu s'y réunir avec l'abondance & la santé ». A cette description en prose, le même Ecrivain en joint une autre en vers, où l'on trouvera plus de facilité que de poésie. C'est pour voir ces lieux à loisir, Où la nature a pris plaisir A réunir dans l'étendue Tout ce qui peut plaire à la vue; Les villages & les châteaux, Et les vallons & les côteaux, La perspective des montagnes, Couronnant de vastes campagnes; Le beau fleuve, qui, dans son cours, Forme à leurs pieds mille détours: La verdure émaillée des plaines, Le cristal de mille fontaines, Les prés, les ruisseaux & les bois, Toutes ces beautés à la fois Rendent le pays admirable; DU BOURBONNOIS: 75 --- Page 72 --- DESCRIPTION Et dans ce féjour délectable, Séjour à jamais préférable A celui qu'habitent les Dieux; On pense, & c'est chose croyable, Que pour l'utile & l'agréable, Jamais on ne peut trouver mieux, Tous les efforts que la peinture Fait pour imiter la nature, Ne font que de foibles crayons Des beautés que nous y voyons. Auprès de toutes ces merveilles, Qui font peut-être sans pareilles, Je n'estimerois pas un chou, Le paysage de Saint-Cloud, Non plus que celui de Surène, Arrosé des eaux de la Seine; Et qui vante Montmorenci, Se tairoit s'il eût vu ceci. Cette ville est en effet située dans une magnifique position. Le vaste bassin de la rivière, bordée de côteaux chargés de vignes & d'arbres fruitiers, s'ouvre & se prolonge au sud, & laisse voir les montagnes d'Auvergne qui bornent l'horizon. C'est sur-tout de la terrasse des Célestins que cette vue est admirable, l'œil enchanté se promène successivement sur des paysages délicieux, enrichis par le cours brillant de l'Allier. La ville est petite & assez bien bâtie. Le quartier des bains, séparé de la ville, est composé d'hôtelleries vastes, commodes, & bien aérées, 76 --- Page 73 --- DESCRIPTION où les Etrangers trouvent abondamment de quoi satisfaire à tous les besoins de la vie. Les sources minérales sont fort abondantes dans le territoire de Vichi : on les voit percer de toutes parts. Celles dont on fait usage sont au nombre de six, dont cinq chaudes & une froide. Celle du grand puits carré est enfermée dans un bâtiment appelé la Maison du Roi. Ce bâtiment, peu digne de sa dénomination importante, est destiné aux douches & aux étuves, qui n'y sont guère administrées. Il servait aussi pour les bains des pauvres ; mais les personnes chargées de la respectable fonction de soigner les malheureux, ont préféré servir les riches ; c'est ce que nous apprend M. Desbrest, Docteur en Médecine, qui gémit sur cette coupable négligence (1). La chaleur de cette source fit monter, en 1750, le thermomètre de Réaumur à trente-neuf degrés, & en 1777, à trente-sept degrés. Elle est la plus abondante des sources de Vichi, & celle qui contient le moins d'esprit sulphureux volatil. La source de la grande grille est celle où tout le monde puise, & à qui l'on donne ordinairement la préférence. « La prévention, dit à cet égard M. de Brieude, paroît avoir beau- ( Voyez le Traité des eaux minérales de Chateldon, de Vichi & de Hauterive, &c., par M. Desbrest, Conseiller du Roi, Docteur en médecine de l'Université royale de Montpellier. DU BOURBONNOIS. 77 --- Page 74 --- DESCRIPTION coup de part dans cette opinion; car on n'en donne aucune raison solide (1) ». Elle est située à l'extrémité orientale du bâtiment du Roi, entourée d'une grille de fer, & couverte d'un grand pavillon soutenu par six colonnes. La chaleur de cette eau fit monter le thermomètre, en 1750, à près de trente-neuf degrés; en 1777, il ne monta qu'à trente-cinq degrés. La source de la petite Grille, ou la fontaine Chomel, du nom d'un Médecin, intendant de ces eaux, est adossée à la Maison du Roi, à l'aspect du nord; sa chaleur, en 1750, était de trente-quatre degrés & demi, &, en 1777, de vingt-neuf degrés. La source du petit Boulet est sur le grand chemin des bains à Cusset; sa chaleur est la moindre des sources dont nous venons de parler; en 1750, elle faisait monter le thermomètre à vingt-cinq degrés, &, en 1777, à vingt-deux & demi. La source du gros Boulet est à quatre ou cinq cents toises de la Maison du Roi, sur le chemin des bains à la rivière d'Allier, & près de l'Hôpital. L'eau de cette fontaine a aujourd'hui la même température que celle de la petite Grille, & elle est la seule qui n'ait point, depuis 1750, perdu de sa chaleur (1). ( Observations sur les eaux thermales de Bourbon, l'Archambaud, de Vichy & du Mont-d'or, faites dans un voyage par ordre du Gouvernement, par M. de Brieude, Médecin, &c. ( Nous regardons comme une chose importante 78 --- Page 75 --- DESCRIPTION La fontaine des Célessins est minérale, mais froide; l'accès en est difficile, & même dangereux. Son réservoir est sur le bord de l'Allier, & creusé dans le rocher même qui sert de fondement à la maison des Célessins. On trouve encore la source du petit Puits carré, qui étoit la plus chaude; mais elle n'est plus en usage. Les malades prennent les bains dans leurs chambres, où les baigneurs portent de l'eau du grand puits carré, qu'ils mêlent avec une quantité indéterminée d'eau de rivière. M. Desbrest pense qu'il seroit beaucoup plus efficace de prendre ces bains dans le bassin même du puits carré. Ces eaux sont fondantes & apéritives. « Leur principale vertu se manifeste dans les maladies chroniques, dont le siège est dans les viscères du bas-ventre; c'est sur-tout dans celles de l'estomac, du foie, de la rate, & des parties qui les entourent, que leur action est suivie des plus grands succès ». Ces bains sont très-fréquentés; au printemps & en automne, la ville est peuplée d'Étrangers & de malades. L'heureuse situation du lieu contribue peut-être autant que l'efficacité des eaux à ce grand concours de personnes. « Je ne crains pour l'observateur naturaliste, l'état de la diminution très-sensible de la chaleur de ces différentes sources, depuis les expériences faites, avec beaucoup d'exactitude, en 1750, par M. de Lassone, Médecin du Roi, jusqu'à celles faites, en 1777, par M. Desbrest. DU BOURBONNOIS. 79 --- Page 76 --- DESCRIPTION pas d'exagérer, dit M. de Brieude, en assurant que c'est la source du royaume à laquelle la nature a prodigué le plus d'avantages. La pureté de l'air qu'on y respire, l'agrément des promenades, soit dans la plaine, soit sur les bords de la rivière, dont le cours est rapide; ses eaux claires & transparentes, la fraîcheur de la campagne, sa variété; tout semble réuni pour distraire les malades, & leur faire éprouver des sensations agréables ». Il se fait des envois très-confiderables de ces eaux à Paris & dans les provinces de France. Le transport cependant leur fait perdre beaucoup de leur qualité, & presque tout leur esprit volatil s'évaporé par la manière abusive avec laquelle les bouteilles sont remplies & bouchées; ce qui a fait dire à M. de Laffonne, dans le Mémoire qu'il a composé sur ces sources, « qu'il faut attendre, dans l'usage médicinal, des effets bien différents, de ces eaux transportées ou bues à leurs sources ». Il y a dans cette ville un Hôpital bien aéré, quelques monastères. Celui des Célestins, bâti sur les bords de l'Allier, & dont la terrasse est une promenade publique; fut fondé, vers la fin du quatorzième siècle, par Louis II, Duc de Bourbon; il a été supprimé comme l'ordre de ces Moines. Douet, Fermier-Général, est Seigneur engagiste de Vichi. On peut appliquer à cette petite ville tout ce que nous avons dit à l'article Gannat, relativement à la perception des droits des Aides. Un peuple de commis arrête, fouille 80 --- Page 77 --- DESCRIPTION & met à contribution, au nom du Roi, toutes les marchandises qui descendent par la rivière d'Allier. Cette tyrannie fiscale est le plus grand fléau du commerce de la province d'Auvergne, dont les denrées sont toujours surabondantes, & dont la rivière d'Allier est le seul canal d'exportation; mais des jours plus fortunés vont dissiper ces brouillards fétides qui empoisonnent la surface d'une partie de la France. Des hordes odieuses de commis ne seront plus armées contre leurs frères; la circulation sera libre, & de cette administration impolitique, on ne conservera que de l'indignation contre ses inventeurs, & du mépris contre ses lâches agens. Desbret, dans son Traité des eaux de Vichi, &c., ne peut s'empêcher, quoique dans un ouvrage consacré entièrement à la médecine, d'exprimer la fatale influence de cet établissement fiscal qui peuple la ville de Vichi d'une hiérarchie d'oppresseurs; il dit, avec le ménagement alors exigé: « Sa situation sur les bords de l'Allier, qui flotte le long de ses murs, la rendroit aussi riche & aussi commercante qu'elle l'est peu, si les habitants, au moins pour la plupart, n'étoient, par leur état même, faits pour éteindre l'émulation, entretenir la paresse, éloigner l'industrie, & répandre sur ceux qui les fréquentent, la tristesse, l'ennui & le dégoût qui accompagnent ordinairement la liberté opprimée ». ENVIROUS. A une demi-lieue de Vichi, en remontant la rive gauche de l'Allier, on trouve le village d'Hauterive, où coule une fontaine DU BOURBONNOIS. 81 --- Page 78 --- DESCRIPTION fontaine minérale froide. Les eaux ont à peu près la même propriété que celles de la fontaine des Célestins de Vichi; mais elles sont moins chargées d'alkali minéral, & moins actives. Cusset est une petite ville située à une demi-lieue de Vichi; une belle & grande route communique d'une ville à l'autre. Cusset est d'Auvergne, mais nous le plaçons ici, à cause de sa proximité de Vichi. On y voit une ancienne abbaye royale de filles de l'ordre de Saint-Benoît, fondée, en 886, par Eumenus, Évêque de Nevers. Cette fondation fut confirmée par lettres de Charles le Chauve, de l'an 886. L'Abbesse est Dame de la ville; mais elle n'a que la justice domaniale, & le Roi a la justice sur la ville. Il y a dans cette ville un chapitre composé d'un Chantre & de dix-sept Chanoines qui sont à la nomination de l'Abbesse, & un Hôpital, fondé en grande partie par le sieur Guérin de Champagnat, originaire de Cusset, qui est mort à Paris en 1706. Charles VII avait soumis une partie de l'Auvergne & du Bourbonnois, & s'étoit emparé de Vichi, de Varrenne, & d'autres places du voisinage, sur les Princes & Seigneurs révoltés, dont le Dauphin son fils étoit du nombre. Quoique ces révoltés fussent déjà violés le traité fait à Clermont quelques jours avant, se voyant battus de tous côtés, & sans espoir de succès, ils tentèrent de nouvelles voies d'accommodement; ils députèrent auprès du Roi, Partie VI. 82 --- Page 79 --- DESCRIPTION qui étoit à Roanne, le Comte d’Eu, pour proposer à Sa Majesté de se rendre à Cusset, & « que là, dit Berri dans son Histoire de Charles VII, Monseigneur le Dauphin & Monseigneur de Bourbon viendroient se mettre à sa miséricorde ». Le Comte d’Eu, par ses sollicitations, disposa le Roi à recevoir humainement des ennemis qui ne se rendoient que parce qu’ils y étoient forcés. Le Roi se rendit à Cusset, & là, ajoute le même Ecrivain, vinrent en grande révérence Messeigneurs le Dauphin & de Bourbon, en lui requérant merci & pardon, lesquels Seigneurs le Roi reçut fort humblement & béningnement. Après plusieurs paroles & démêlés, en toute humilité, ils firent grande cherre ensemble, & firent crier & publier la paix, dont tout le peuple fut très-réjoui. Le peuple avoit certes bien raison de se réjouir de la paix; car quoi qu’il fût entièrement innocent de la révolte, il étoit cependant le seul puni. Des milliers de citoyens périrent dans cette guerre civile, qui dura six mois, & les seuls coupables, après s’être révoltés contre leur Roi, après avoir violé leur serment, furent humblement & béningnement accueillis. Le Roi fit expédier des lettres datées de Cusset, du 24 juillet 1440, par lesquelles, pour prévenir la continuation des hostilités, il annonce à ses peuples la soumission du Dauphin & du Duc de Bourbon. Le Duc d’Alençon, instruit de la démarche des Princes, dont il avoit été le complice, envoya aussi tôt à Cusset un Député, pour offrir aussi sa soumission au Roi, DU BOURBONNOIS. 83 --- Page 80 --- DESCRIPTION qui pardonna à tous les chefs de la révolte, mais qui refusa la grace de quelques Seigneurs moins puissans, tels que Chaumont, de Prie & la Trimouille. Le Dauphin lui ayant représenté qu'il avait engagé sa parole, & que sans le rappel de ces Seigneurs, il ne pouvait rester à la Cour ; le Roi lui répondit fièrement, qu'il étoit libre de se retirer, que les portes étoient ouvertes, & que si elles ne suffisaient pas, il feroit abbatre vingt toises de murs pour le laisser partir à son aise. Cette réponse annonce que cette paix étoit de part & d'autre commandée par la seule nécessité. Il se fait un grand commerce de blé dans Cusset. Cette ville est peuplée de bourgeoisie chez laquelle règne un esprit d'insouciance, de galanterie, & de politesse, qui est assez général dans le Bourbonnois. On croit, avec beaucoup de fondement, que Doyac, Procureur Général au Parlement, Gouverneur d'Auvergne & du Bourbonnois, étoit de Cusset : du vil métier d'espion, il parvint à être le favori du méchant Roi Louis XI ; ses crimes furent punis comme nous l'avons raconté à l'article de Montferrand, qui, suivant quelques-uns, est le lieu de sa naissance (1) ; il est plus vraisemblable qu'il étoit natif de Cusset, où il existe encore des familles de ce nom. Busset, situé sur les frontières de l'Auvergne, à deux lieues & au sud-est de Vichi, est ( Voyez Montferrand, tom. V, page 155. 84 --- Page 81 --- DESCRIPTION un château qui a donné son nom à la branche bâtarde de Bourbon, appelée Bourbon - Busset (1). Ce château, situé dans une position très-élevée, se voit à dix ou douze lieues du côté de la Limagne d'Auvergne & du Bourbonnois. Il a appartenu long-temps à la Maison de Vichi, ensuite à celle d’Allègre, & a passé enfin à celle de Bourbon, par le mariage de Marguerite d’Allègre avec Pierre de Bourbon, fils de Louis, dont les descendants la possèdent encore. CHATELLEDON est une petite ville située sur les frontières de l’Auvergne & du Bourbonnois, à une lieue de la rive droite de la Dore, à une lieue & demie du confluent de cette rivière & de l’Allier, & à trois lieues & au dessus de Vichi & de Cusset. Ce lieu, célèbre par ses eaux mi- ( « Un jour, dit l’abbé Longuerue, un homme, de je ne sais où, d’Auvergne, ce me semble, vint me lire un Mémoire dans lequel il prétendait prouver que MM. de Busset étoient Princes légitimes; je renvoyai bien vite ce fou-là avec son Mémoire; lui disant qu’il se jouoit à se faire mettre à la Bastille, & moi avec lui; que, si ce qu’il disoit étoit vrai, la couronne leur appartenait, puisque Louis, Evêque de Liège, dont ils descendaient, étoit de la branche aînée de Bourbon, & Louis XIV de la cadette; mais que personne que lui n’avait imaginé cette extravagance: Pierre, fils bâtard de l’Evêque, & tige de MM. de Busset, ayant toujours été regardé comme bâtard, que comme tel, on lui avait fait un legs, & que comme tel il l’avait reçu ». DU BOURBONNOIS. 85 --- Page 82 --- DESCRIPTION nérales, est environné de côteaux couverts de vignobles, dont les vins, ainsi que ceux de Riz, lieu situé dans le voisinage, sont très-estimés. La ville n'est point belle; mais les environs sont agréables. Le château, situé près de la ville, appartient à M. Douet, Fermier Général; le parc & les avenues servent de promenades. De la terrasse du jardin, on découvre un lointain immense, & très-richement varié; la vue est bornée par les montagnes de la basse Auvergne & par celles du Forez. On admire dans ce vaste tableau le cours azuré de deux rivières confidérables, la Dore & l'Allier, qui viennent réunir leurs eaux près de Chateledon. Dans le voisinage de la ville, sont deux sources minérales froides; l'une est connue sous le nom de la source des vignes; l'autre sous celui de la source de la montagne. Ces eaux ont un goût piquant, aigrelet, & ferrugineux. Elles contiennent de la terre absorbante, de la nature de la magnésie, de la terre calcaire, de l'alkaline minéral ordinaire, du sel marin, de la sélénite, une substance martiale très-divisée, & beaucoup de fluide élastique. M. Desbrest ne balance pas à mettre ces eaux fort au dessus des célèbres eaux de Spa. « C'est à la juste combinaison de ces divers principes, dit-il, que les eaux de Chateledon doivent leurs propriétés médicinales, & qu'elles sont si fort au dessus des eaux de Spa, qui ont à peu près les mêmes propriétés, mais dans un degré bien inférieur ». Si cette vérité étoit parfaitement démontrée, il faudrait la crier dans tous les coins du royaume & de l'Europe, afin d'attirer en France & à F iii --- Page 83 --- DESCRIPTION Châtelledon le concours nombreux des personnes riches, oisives ou malades de tous les pays, qui viennent chaque année peupler & enrichir Spa & ses environs (1). A une lieue de Chatelledon est le bourg de Riz, situé près du confluent de la Dore & de l'Allier ; il est nommé en latin, de Rivis. Il y a un ancien prieuré de l'ordre de Cluni. Ce lieu est célèbre par son vignoble, qui produit les meilleurs vins de la Limagne. ( Suivant M. Desbreft, ces eaux ont opéré de grands miracles. Des femmes usées, maigries, attristée par l'excès des jouissances de plusieurs genres, ont recouvré la gaîté, l'embonpoint, la fraîcheur, & leur première aptitude au plaisir. Ces eaux sont salutaires dans les maladies vénériennes; elles possèdent sur-tout, à un degré éminent, la faculté, précieuse aux personnes du beau sexe, de faciliter la conception: elles ont la vertu prolifique, & la vertu de la fontaine de jouvence.