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94.4.47.5.17 — Guienne

Description des principaux lieux de France — Édition 1789 — J.A Dulaure

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DE LA GUIENNE.

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GUIENNE ET GASCOGNE.

Tableau général de la basse Guienne & de la Gascogne.

GÉOGRAPHIE. Le Querci & le Rouergue, dont il est précédemment parlé, comprennent
la haute Guienne, ce qu'on appelle aujourd'hui la basse Guienne; & ce qu'on nommoit
autrefois la Guienne propre, comprend le Périgord, le Bordelois, le Bazadois & l'Agenois.

LA BASSE GUIENNE, dont Bordeaux est la capitale, est bornée au nord par la Saintonge,
l'Angoumois & le Limousin; à l'est, par le bas Limousin & le Querci; à l'ouest, par l'océan; &
au sud, par la Gascogne.

LA GASCOGNE, dont Auch est la capitale, est située entre la Garonne, l'Océan & les
Pyrénées; elle comprend les Landes, la Chalosse, le Tursan, le Marsan, partie du pays
d'Albret, les Basques ou la terre de Labour, le Bigorré, le Comminges, l'Armagnac, &c.

HISTOIRE. Le Périgord étoit, du temps des Romains, habité par les peuples appelés
Petrocorii, qui, sous l'Empereur Honorius, furent compris dans la seconde Aquitaine; le
Bordelois l'étoit par les Bituriges-Vivisci; le Bazadois par les Vasates; & la Gascogne
par les Aquitains, que l'on subdivisoit en plusieurs autres petits peuples, & qui, réunis à

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DESCRIPTION.

quelques voisins, formèrent, sous l'empire d'Honorius, la Novempopulanie.

Les Romains, les Goths, les Francs s'emparèrent successivement du pays qu'occupe
aujourd'hui la basse Guienne, & qui, au commencement de la monarchie, portoit le nom de
seconde Aquitaine. Les Gouverneurs ou Ducs de cette province commencèrent à devenir
héréditaires vers le milieu du septième siècle, y régnèrent presque toujours avec une autorité
absolue, & prirent la qualité de Princes d'Aquitaine; ils furent souvent forcés de reconnoître
la suzeraineté des Rois de France, qui les avoient établis. Hunauld, un de ces Ducs,
après avoir long-temps résisté aux armes de Charles Martel qui s'étoit déjà emparé de
Bordeaux & de Blaye, & qui menaçoit toute l'Aquitaine de ses ravages, fit la paix avec ce
Maire du Palais, & lui prêta fermement de fidélité. Charles Martel étant mort, Hunauld crut
pouvoir oublier des fermens forcés, & rentrer dans ses premiers droits; mais épouvanté par
les menaces de Pepin, fils de Charles Martel, il parut renoncer aux grandeurs & à toutes les
jouissances de la domination. Il fit crever les yeux à son frère Acton, se retira dévotement
dans un monastère de l'île de Rhé, que son père Eudes avoit fondé, où il embrassa la vie
monastique, & abdiqua ses États en faveur de Waifre son fils.

Waifre eut de longs démêlés avec Pepin, & fut enfin dépouillé de tous ses États par ce

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DE LA GUIENNE, &c.

premier Roi de France de la seconde Race, qui, non content de l'avoir réduit à la plus affreuse
situation, le fit arrêter, en 768, dans le Périgord, & le fit assassiner.

À la nouvelle du meurtre de son fils, Hunauld sentit renaître toute son ambition; le désir
de venger son sang lui offrit un prétexte suffisant pour renoncer à ses vœux. Il sort du cloître,
quitte le froc pour la cuirasse, revient auprès de sa femme, rassemble de tous côtés des soldats,
& le fait reconnoître pour légitime Duc d'Aquitaine. Charlemagne venoit de succéder à Pepin;
ce Monarque, à la tête d'une forte armée, s'avança dans la Guienne, battit les troupes d'Hunauld
à plusieurs reprises, & le força de se réfugier, lui & sa famille, dans les États de Loup, Duc de
Gascogne. Charlemagne, poursuivant ses succès, somma le Duc de lui remettre Hunauld. Loup,
craignant l'approche de son armée, vint aussi-tôt lui prêter fermement de fidélité, & lui livrer le
malheureux Hunauld, qui fut condamné à rentrer dans son monastère, où il passa deux années;
il en sortit pour aller en Italie, où, sous prétexte de dévotion, il tramoit, contre Charlemagne,
quelques entreprises que la mort lui empêcha d'exécuter.

Au commencement du règne féodal, la Guienne eut des Comtes héréditaires qui se
qualifièrent bientôt du titre de Ducs d'Aquitaine. Louis VII, dit le Jeune, épousa Éléonore,
fille & unique héritière de Guillaume X, Duc de Guienne & de Gascogne; par ce mariage,
ces provinces furent réunies à la couronne de France, mais ce ne fut que pour peu de temps.
Louis VII étoit aussi dévot que son épouse étoit galante; piqué de quelques infidélités, ce Roi,
sous prétexte de parenté, fit dissoudre son mariage, renvoya la jeune Princesse, & lui rendit
sa dot. Six semaines après cette séparation, Éléonore se remaria avec Henri, Comte d'Anjou,
Duc de Normandie, qui, dans la suite, fut déclaré Roi d'Angleterre; ces deux mariages
d'Éléonore furent la source de plusieurs siècles de guerres entre l'Angleterre & la France. La
Guienne, depuis cette époque, c'est-à-dire, depuis 1152, resta presque sans interruption à
la couronne d'Angleterre jusqu'en 1450, que les Comtes de Dunois, de Foix & d'Armagnac,
Généraux de Charles VII, Roi de France, reprirent Bayonne & Bordeaux; enfin la même
année, après la bataille sanglante, mais décisive, donnée entre les deux nations auprès de
Castillon, sur la rive droite de la Dordogne, à neuf lieues de Bordeaux, les Anglois furent
entièrement bannis de la Guienne, & cette province fut alors réunie à la monarchie.

LA GASCOGNE, comprise anciennement dans l'Aquitaine & la Novempopulanie, partagea
le sort des provinces voisines. César en fit la conquête; elle fut ensuite soumise à Clovis,
ravagée par les Sarrasins, & réunie à la couronne sous le règne de Charlemagne.

Les Gascons, ou Wascons; ou Basques, au commencement du septième siècle, n'étoient
point encore fixés dans la partie de l'Aquitaine à qui ils ont donné leur nom. Ces peuples,

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DE LA GUIENNE, &c.

originaires d'Espagne, jusquà lors indépendants, & absolument Nomades, occupèrent d'abord la
Navarre, une partie de l'Aragon & du Guipuscoa. Ils ne vivoient que de brigandages; ils
descendoient par troupes des Pyrénées, faisoient des incursions dans l'Aquitaine, ravageoient &
pilloient tout sur leur passage, puis échappoient aux poursuites en fuyant avec une légèreté
extraordinaire. Enfin ces peuples, qui n'étoient célèbres que par les maux qu'ils causoient à
leurs voisins, résolurent de jouer un rôle plus distingué, & de s'établir dans la province dont
ils avoient été long-temps le fléau. Les Rois Théodebert & Thiéri, Souverains de l'Aquitaine,
envoyèrent contre les Gascons une puissante armée, les soumirent, & les obligèrent de se
reconnoître leurs tributaires. En cette qualité, ils s'établirent insensiblement dans l'Aquitaine;
mais bientôt après s'être révoltés contre Dagobert & contre les Maires du Palais, Pepin parvint
à les réduire. Ce fut eux qui attaquèrent ensuite l'arrière-garde de l'armée de Charlemagne,
au passage des Pyrénées, à Roncevaux, dans ce combat où le romanesque Roland, neveu
supposé de Charlemagne, fut mis à mort.

Les Gascons, dans la suite, se révoltèrent contre le Duc de Toulouse, deux fois contre Louis
le Débonnaire; enfin l'histoire de ces peuples remuans, belliqueux, & impatiens de toute espèce
de joug, n'offre pour événemens qu'une suite de révoltes.

CLIMATS & Productions. Les climats des divers pays qui composent la Guienne &
la Gascogne, diffèrent beaucoup entre eux.

Le Périgord, le plus septentrional des autres parties de ces provinces, est un pays montagneux où l'on trouve cependant quelques plaines & vallées agréables & fertiles. Les bords
de la Dordogne & de l'Ile produisent des grains de toute espèce; mais en général le sol est
aride & sablonneux, & le pays manque de blés; les châtaignes, qui y sont abondantes, suppléent en
quelque façon au défaut d'une meilleure récolte; ce fruit sert également à la nourriture des
paysans & à celle des bestiaux. Il y a dans le Périgord des mines de fer, des bois & des eaux
minérales qui ont quelque réputation; le poisson & le gibier y sont abondans; on peut y vivre
sans beaucoup de dépense; l'air y est pur, sain, mais un peu froid.

Le Bordelois est un pays assez uni, l'air y est sain & tempéré; mais la continuité des
pluies y devient souvent incommode, surtout à Bordeaux & aux environs. La partie méridionale
du Bordelois est la moins fertile; la terre y est fort sablonneuse. Les vins de Médoc, que
l'on recueille sur la côte du pays de ce nom, & ceux de Grave, dont le terroir est aux environs
de Bordeaux, sont fort estimés.

L'Agenois est la contrée la plus abondante de tout le gouvernement de Guienne & Gascogne;
elle est arrosée par plusieurs rivières qui contribuent à la fertilité du terroir; le seul canton
qui avoisine le Perigord, est inférieur; au reste on y recueille néanmoins une grande quantité
de châtaignes & de noix. Il y a beaucoup de vignes dans ce pays; les unes produisent des vins
forts & rouges, capables de bien soutenir la mer, & les autres donnent des vins d'une qualité
inférieure, que l'on convertit en eau-de-vie. L'Agenois abonde en blés, en fruits & en chanvres
qui se cultivent particulièrement le long du Lot & de la Garonne; on en fait un grand commerce
pour la marine.

Le Bazadois est divisé par la Garonne en deux parties, l'une septentrionale qui dépend
de la Guienne, l'autre méridionale qui fait partie de la Gascogne. Ce pays, arrosé par plusieurs
autres rivières, est fertile en blés, en vins, excepté dans la partie la plus méridionale, où le
sol est fort sablonneux; c'est là que commence les grandes landes. Le climat est sain & tempéré.
On fait, dans le Bazadois, un grand commerce d'eau-de-vie & de chanvre; ses denrées se voiturent
ordinairement à Bordeaux par la Garonne; le flux de la mer monte jusqu'à Langon,
petite ville du Bazadois.

Gascogne. Le climat y est en général fort tempéré dans les plaines; mais dans les pays
situés près des Pyrénées & où ces montagnes s'étendent, l'hiver est rude & fort long; à mesure
qu'on s'avance vers les sommets, le terrain s'élève & devient aride. On trouve cependant plusieurs
côteaux chargés de vignes dans les montagnes inférieures, ainsi que des collines & des vallons où
sont de bons pâturages; en général, cette province produit beaucoup plus de seigle, de millet,
que de froment. Quelques cantons favorisés sont aussi riches que fertiles; mais ce pays est fort
sujet aux orages, & les fruits de la terre y sont souvent ravagés par la grêle.

Les Landes s'étendent depuis Bordeaux jusqu'à Bayonne, & se divisent en grandes & petites
landes, & en landes de Bordeaux. Le sol de ce pays, comme son nom semble l'annoncer, est en
général fort ingrat, & presque partout composé d'un sable fin & stérile que le vent enlève
facilement. Il n'y croît des vignes que dans quelques cantons; on n'y recueille que du petit
seigle; il y a des pâturages & des pins dont on fait du goudron qui, avec le liège qu'on y récolte
aussi, est le principal revenu de ce pays. Les eaux y sont mauvaises, & l'air peu sain; le voisinage
de la mer, appelé les Landes sauvages, le surpasse encore en pauvreté.

La partie du pays des landes, située à la gauche de l'Adour & de la Midour, ne doit
pas être confondue avec la partie dont nous venons de parler; car la Chalosse, qui en dépend,
est un très-bon pays; on y recueille du vin & du blé en abondance, & certains cantons des
landes pouroit être mis au rang des meilleurs pays de la Gascogne, sans le fléau de la grêle,
qui détruit fréquemment l'espérance des plus belles récoltes: c'est un malheur commun à tous
les pays situés au bas des hautes montagnes.

Le pays de Labourd, dont Bayonne est la capitale, jouit d'un climat fort tempéré, excepté
dans l'été, où les chaleurs sont excessives.

Ce pays n'offre que des collines & des montagnes, les terres en sont sablonneuses; on y
recueille peu de blés & de vin, mais beaucoup de fruits délicieux; on y trouve de bons pâturages;
le gibier y est abondant & de bonne qualité.

Ce pays est habité par les Basques, peuple remarquable par la singularité de ses mœurs,
de son costume & de sa langue. (Voyez Bayonne.)

Les autres petits pays qui dépendent de la Gascogne, n'ont, dans leur climat, leurs
productions ou leur commerce, rien de particulier qui exige une mention expresse.

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RIVIÈRES. Les principales rivières de Guienne & Gascogne sont la Dordogne, qui
descend des montagnes d'Auvergne, passe dans le Périgord, y reçoit la Vézère, l'Ile, & se
jette, par une bouche fort large, dans la Garonne, au-dessous de Bourg, au bec d'Ambez; la
marée remonte dans cette rivière jusqu'à Castillon.

La Garonne, qui prend sa source dans les Pyrénées, est grossie dans son cours par une
infinité de gaves ou torrens qui descendent de ces hautes montagnes; elle reçoit plusieurs
autres rivières qui arrosent la Gascogne & le Languedoc; dont les plus considérables sont l'Ariège,
la Serre, le Tarn, la Baïse, le Lot, la Dordogne, &c. Au confluent que forme cette dernière
rivière avec la Garonne, toutes deux, mêlant leurs eaux, perdent leurs noms, pour prendre celui
de la Gironde, dont l'embouchure dans l'Océan est vis-à-vis la fameuse tour de Cordouan, qui
sert de phare aux vaisseaux. (Voy. tour de Cordouan. Voy. ci-après, p. 78.)

L'Adour prend sa source dans les Pyrénées, s'avance en circulant dans la Gascogne, reçoit
la Midour, passe à Dax, reçoit le gave de Pau, passe à Bayonne, y reçoit les eaux de la
Nive, & à une lieue de cette ville, se jette dans l'Océan.

ADMINISTRATION. La généralité de Bordeaux & Bayonne (1), qui comprend le Périgord,
le Bordelois, l'Agenois, le Condomois, le Bazadois, les Landes & le pays de Labourd,
est redimée de gabelles, exempte des aides proprement dites, & des droits sur la marque des
fers; ses contributions peuvent être estimées à environ vingt-trois millions.

La population étant évaluée à un million quatre cent trente-neuf mille âmes, cela fait seize
livres par tête d'habitans de tout sexe & de tout âge.

Son étendue étant de seize cent vingt-cinq lieues & demie carrées, c'est huit cent
quatre-vingt-cinq habitans par lieue carrée.

La généralité d'Auch & Pau comprend non seulement tous les pays de la Gascogne, mais
encore le Béarn, la Navarre, & autres parties des Pyrénées (1).

Cette généralité fait partie du pays redimé de gabelles, & le sel s'y vend huit à neuf sous
le quintal, l'on y est de plus exempt des aides; les droits réservés y sont abonnés; les chemins
y sont par corvée dans quelques endroits, à prix d'argent dans d'autres; ces travaux en général
sont considérables.

Les diverses contributions de cette généralité peuvent être estimées à onze millions trois cent
mille livres.

La population étant évaluée à huit cent treize mille âmes, c'est treize livres dix-huit sous
par tête d'habitans de tout sexe & de tout âge.

L'étendue de cette généralité étant de treize cent quarante sept lieues carrées, c'est six cent
trois habitans par lieue carrée.

Il faut bien observer que le Béarn & la Navarre sont compris dans ce calcul.

CARACTÈRES & Mœurs. Le caractère des Gascons, qui est aussi, à quelques modifications
près, celui des habitans de la Guienne, a obtenu depuis long-temps une célébrité peu
avantageuse (2); on fait que gasconnade est

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synonyme avec mensonge, ruse, forfanterie; & quelque chose de plus encore; sans décider
si cette réputation gasconne est bien fondée, nous rapporterons ici le portrait que fait de
cette nation un Cosmographe du règne de Louis XIII, & certes ce portrait n'est pas flatté.

« Les Gascons, dit-il, font de gentil esprit, prompts & fougueux, tout bouillans & pleins
de courage, propres à tout ce qu'ils entreprennent; mais au reste ils sont altiers, veulent
toujours avoir le dessus, si bien qu'ils se rendent le plus souvent odieux & insupportables;
toutefois quand ils se voyent parmi les autres nations, où ils sont plus foibles, ils cachent
leur naturel, & se rendent souples. Ils se plaisent à prêcher leurs louanges, & à les ouïr. À
leur dire, personne n'est pauvre parmi eux, & quand ils sont hors de leur connoissance, le plus
misérable & nécessiteux fait le Prince. Au reste, ils sont envieux du bien d'autrui plus que
nation de la terre, & si pleins de mépris lorsqu'ils n'ont pas affaire de personne, qu'ils
désobligent beaucoup de gens de leur connoissance par leur mine; mais quand ils ont besoin
de quelqu'un, on n'a jamais vu gens qui s'humilient davantage (1) ». J'ai omis de ce tableau
quelques traits qui chargent encore les Gascons d'avarice & de manque de délicatesse pour
se procurer ce qu'ils désirent, & accusent les Gentilshommes du pays d'être fort querelleurs.

Ce portrait pouvoit être ressemblant dans le temps où l'Auteur l'a tracé; mais la politesse,
l'empire de la raison & des connoissances, qui, dans tous les pays, s'est étendu aux dépens
de la barbarie des siècles passés, en ont beaucoup adouci les couleurs; cependant on peut
assurer que les Gascons ont encore l'esprit plus vif que solide, & que leur ambition consiste à
paroître plutôt qu'à être braves, riches ou instruits; on trouveroit encore dans ce pays-là
plusieurs originaux du Baron de Foeneste (1).

Tous les pays qui forment la Guienne & la Gascogne ne sont pas également Gascons. Il y
a plus de franchise, de bonhomie dans le Périgord; plus de politesse, de connoissances dans
le Bordelais & l'Agenois. La Cour d'Henri IV. & de Marguerite, établie pendant quatre années
dans ce dernier pays, y a laissé une teinte d'urbanité & de galanterie, qui est encore sensible
dans la ville d'Agen.

À l'article Bordeaux, nous parlons du caractère des habitans de cette ville, & à l'article
Bayonne de celui des Basques.

(1) Roman de d'Aubigné, plein de traits ingénieux & satiriques contre les mœurs de la Cour,
où il met continuellement en opposition un Gascon rempli des préjugés de la Noblesse, des vices
de son temps, &c, des ridicules de son pays, avec un homme retiré du monde, qui pense & vit
en sage.

(2) Les États, Empires, Royaumes & Principautés du monde, par le sieur D. T. V. Y., Gentilhomme
ordinaire de la chambre du Roi, 1615.